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Full text of "Oeuvres complètes d'Ambroise Paré"

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OEUVRES 


COMPLÈTES 

D’AMBROISE  PARÉ. 


II. 


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l'AlUS.  — IMPRIMERIE  1)E  BOnRGOGNK  ET  MARTINET, 
rue  Jacob  , Jo. 


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OEUVRES 

COMPLÈTES 

D AMBROISE  PARÉ 

REVUES  ET  COLLATIONNÉES  SUR  TOUTES  LES  ÉDITIONS, 

AVEC  LES  VARIANTES; 

ORNÉES  DE  217  PLANCHES  ET  DU  PORTRAIT  DE  L’AUTEUR  5 

ACCOMPAGNÉES  DE  NOTES  HISTORIQUES  ET  CRITIQUES  , 


ET 

PRÉCÉDÉES  D’UNE  INTRODUCTION 

sijr  l'origine  et  les  progrès 

DE  LA  CHIRURGIE  EN  OCCIDENT  DU  SIXIÈME  AU  SEIZIÈME  SIÈCLE, 
ET  SUR  LA  VIE  ET  LES  OUVRAGES  D’AMBROISE  PARÉ, 

PAR 

J.-F.  MALGATGNE. 


Labor  improbus  omnia  vineit. 

A.  Paré. 


TOME  DEUXIÈME. 

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A PARIS, 

CHEZ  J.-B.  BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE  DE  L’ACADÉMIE  ROYALE  DE  MÉDECINE, 

RUE  DE  L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE  , 17. 

A LONDRES,  CHEZ  H.  BAILLIERE,  219,  REGENT  STREET. 


1840 


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LE  HVITIÉME  LIVRE 


TRAITANT 

DES  PLAYES  RECEINTES  ET  SANGLANTES 

EN  PARTICULIER  >. 


CHAPITRE  I. 

DES  ESPECES  ET  DIFFERENCES  DES 
FRACTVRES  DV  CRANE. 

Apresauoir  en  bref  traité  des  playes 
en  general,  à sçauoir  de  leurs  diffé- 
rences, signes,  causes,  prognostic  et 
curation,  ensemble  des  accidensqui 
y peuuent  suruenir  : reste  mainte- 
nant à traiter  de  celles  qui  sont  faites 
en  chasque  partie , d’autant  qu'elles 
diuersifient  grandement  la  curation  : 
et  commencerons  à celles  de  la  teste, 
continuant  par  mesme  méthode  à 
toutes  les  autres  parties. 

Donc  pour  entrer  en  matière , il 
faut  sçauoir  que  la  teste  est  aucunes- 
fois  blessée  auec  petite  contusion  sans 
playe , et  quelquesfois  auec  incision 
du  cuir  qui  couure  le  Crâne  seule- 

1 La  plus  grande  partie  de  ce  livre,  jus- 
qu’au chapitre  des  Playes  de  poitrine,  avait 
paru  pour  la  première  fois  en  1561  à la  suite 
de  l’ slnatomie  de  la  teste  sous  ce  litre  : La 
méthode  de  truilier  les  playes  et  fractures  de 
la  teste,  auec  les  pourtrails  des  instrumens  ne- 
cessaires pour  la  curation  d’icelle-,  nous  la  ci- 


ment : et  aussi  souuent  on  troitue 
complication  des  deux , à sçauoir 
Playe  et  contusion.  D’auantage , l’os 
est  aucunesfois  fracturé  superficielle- 
ment , et  quelquesfois  iusques  au  Di- 
ploé , et  souuent  en  toutes  les  deux 
tables,  auec  les  membranes,  com- 
prenant aussi  la  substance  du  cer- 
ueau.  Aussi  souuenlesfois  aduient  vne 
commotion,  ou  esbranlement  au  cer- 
ueau  , auec  ruption  d’aucuns  vais- 
seaux du  dedans,  et  autres  accidens. 
Ce  qui  sera  déclaré  cy  apres  par  ordre, 
auec  la  curation  de  chacune  disposi- 
tion où  principalement  ie  suiuray  le 
diuin  : Hippocrates,  lequel  en  son  Ji- 
ure  des  Playes  de  Teste,  a fait  cinq  es- 
peces et  différences  de  fractures  au 
Crâne. 

La  première  est  appellée  Fente  ou 
Scissure. 

ferons  dans  nos  notes  sous  le  titre  d’édition 
de  1561.  Elle  commence  d’ailleurs  ainsi  : 

« Apres  auoir  ainsi  cogneu  les  parties  na- 
turelles de  la  teste,  maintenant  nous  faut 
déclarer  les  choses  répugnantes  à nature,  et 
spécialement  des  playes  et  fractures  d’icelles. 
Donc  pour  entrer  en  matière,  etc.  » 


II. 


1 


2 


LE  IIVITIÉME  LIVRE, 


La  seconde  Contusion. 

La  troisième , Embarreure , ou  En- 
fonsure. 

La  quatrième,  Incision,  ou  Me*  que. 

La  cinquième  , dite  Contrefente , 
qui  se  fait  quand  l’os  est  fracturé, 
fendu  ou  esclalé  autre  part  qu’à  l’en- 
droit où  a esté  donné  le  coup. 

Et  de  ces  cinq  especes  sont  encores 
plusieurs  différences  : car  aucunes 
sont  grandes,  moyennes,  petites,  et 
très  petites  : aucunes  longues,  larges, 
courtes  : aucunes  superficielles  : Jes 
autres  iusques  au  Diploé,  et  quelques- 
fois  passent  toutes  les  deux  tables. 
Les  vnes  sont  de  figure  droitte,  obli- 


que et  ronde  : les  autres  simples  : les 
autres  composées  entre  elles , comme 
Contusion  auec  Fissure,  et  sembla- 
bles : les  vnes  sont  compliquées  auec 
douleur,  chaleur,  tumeur,  flux  de 
sang  et  autres  accidens  : quelques- 
vnes  sont  auec  vne  ou  plusieurs  es- 
quilles d’os  séparés,  autres  non  : tou- 
tes lesquelles  différences  font  diuer- 
sifier  la  cure.  Or  pour  soulager  ta  mé- 
moire, ie  t’ay  bien  voulu  bailler  ces 
deux  tables  pour  plus  facile  intelli- 
gence L 

1 Ces  deux  tables  manquent  dans  l’édition 
de  1561. 


DES  PLAYES  E1Y  PARTICULIER. 


o 

O 


T|A BLE  I.  DES  FRACTVRES  DV  CRANE. 


[Apparente]  Au  tact, 

/ ( A la  sonde. 


i Contusion 
c’est  à dire, 
cassure  ou 
froissurede 
chose  con- 
tondante 
qui  sera 
tombée  sur 
leCrane.ou 
pour  estre 
tombé  ledit 
I Crâne  de 
[haut  sur 
lehose  obtu- 
lse,  Taisant 
que  les  parv 
lies  de  l’os| 
I fracturé 


Gardent  leur| 
place  , et 
demeurent 
contigus  , 
dontest  faite 
l’espece  de 
fracture  en 
forme  de  li- 
gne , dite 
fente  ou  fêlu- 
re , qui  esti 


En 

mesme 

os 


Non  apparente 
comme  lors  qu’elle 
lest  à l’opposite  du' 
coup  , c’est  à dire, 
quand  la  partie< 

(frappée  demeuran- 
te entière,  l’oppo-i 
\ si  te  est  fracturée  ,| 
jce  qui  se  fait 

En  di- 

uers  os' 

Moyenne,  dite  capillaire,  la-, 
quelle  n’apparoist  plus  largel 
qu’vn  poil,  et  pourtant  ne  sel 
descouurequelquesfois  qu’a-| 
près  l’application  de  l’huile 
et  encre. 


Du  dextrc  au  senestre.ou  au 
contraire.commed’uncostédu 
Coronalàl’autrecostéd’iceluy. 

De  haut  en  bas,  comme  de  la 
première  table  à la  seconde. 


Du  dextre  au 
senestre  , ou  , 
au  contraire  , , * 
comme  de  l’os  j « 

I pariétal  à l’au- 1 g 
Ure.  [j 

Du  deuant  [ -S 
au  derrière  , I — 
ou  au  contrai-  \ er 
re,  comme  du  y 
front  à l’occi-  / 
vPUt.  / 


Qui  n’ont 

aucunes 

sutures. 


Qui  les 
ont  trop 
1 serrées. 


Qui  les 
ont  mal 
, disposées. 


Per- 

dent 

leur 

place 


(Embarrure  ou  brisure  en  plusieurs  / Apparens. 
esquilles  ou  fragmens , dont  aucuns  | Cachés  sous 
sont  ( l’os  entier. 

f Ilyauneautresorted’enfon- 

— — N Enfonsure  ni.and[  sure,  qui  n’est  vraye  espece  de 

membrane  , J , ' e’  quand!  , . , ,,  f jt  , 

Hnnt  s»  fiit  I ,a  Piece  est  du  tout \ lraclure  ■ laquelle  se  tau  es  os 
f separée  ^ tombantJ  mollets  des  enfans,  sans  frac- 

l sur  la  membrane,] ture  diuision,  ainsi  que  la 
\ sans  eSqUii|es  i bosselure  en  vaisseaux  d’estain 
[ et  de  cuiure,  sans  qu’ils  soient 
\ rompus. 

En  partie,  comme!  Vousture,  quand  l’os  estesleué  et  rehaussé, 


quand  l’os  rompu  est  en  ] 
partie  séparé , et  tient/ 
aussi  par  quelque  en-J 
droit  au  sain  , dont  sef 
fait 


laissant  sous  son  reply  quelque  espace 
vuide. 

Esclature  ou  brisure  en  esclals  non  du  tout 
séparés. 


Incision,  c’est  à dire,' 
fracture  faite  parchose 
trenchante , qui  con- 
tient sous  soy 


r Excision  ou  entailleure,  en  laquelle  l’os  est  aucunement  esleué 
et  renuersé,  tenant  neantmoins  encores  à l’os  sain. 

Déperdition  ou  enleueure  , en  laquelle  la  piece  est  emportée  , 
dont  il  y a perdition  de  substance. 

Merque  ou  siégé,  qui  est  toute  incision  du  Crâne,  retenant  la 
figure  du  baston,  lequel  estant  rond,  quarréou  triangulaire, 
.rend  l’incision  semblable. 


4 


LE  HVIT1ÉME  LIVRE, 


TAULE  II 


i 


Simple,  comme  quand  elles  se  trouuent  à pari. 


l Nature  j / 


Entre  elles, 
comme 


Les  différences 
communes  à toutes 
ces  especes  de 
fracture,  sont 
prises  de  la 


!'  Incision  auec  contusion. 

Fente  auec  embarrure,  et  ainsi  des 
autres. 


Composée 


! Tumeur. 

Douleur. 

Chaleur,  Flux  de  sang. 
Conuulsion , et  autres. 


«1 


Grandes. 


Longues. 

Larges. 


Quantité,  dont  elles  1 f 1 Profondes, 

sont  dites  / Moyennes.  qu * « Médiocres. 


\ iUUj  Ollllt/dl  / 

l Petites 


Courtes. 

Estroites.  Superficielles. 


' Droites. 

I Obliques. 

\ Figure  , dont  elles  sont  nommées  { Transverses. 


Situation 


Partie,  comme  fracture  en  l’os 


/ Rondes. 

I Triangulaires , etc. 

/ Anterieure,  postérieure. 

Dextre , senestre. 

\ Haute,  basse. 

t Coronal, 

\ Occipital. 
j Pariétal. 

\Petreux,  etc. 


CHAPITRE  II. 

DES  CAVSES  ET  SIGNES. 

Les  causes  d’icelles  fractures  sont 
externes,  comme  clxeutes  et  coups  de 
baslon,  de  masse,  de  lance,  de  halle- 
barde, de  pierres,  de  hacquebute, 
d’espée , morsure  de  bestes,  et  autres 
semblables. 

Il  y a doubles  signes  par  lesquels 
on  connoist  les  os  du  Crâne  estre  frac- 
turés : car  les  vns  sont  rationaux , 
c’est  à dire,  se  comprennent,  et  don- 
nent à entendre  par  raison  la  fracture 
du  Crâne  : les  autres  sont  sensuels, 


c’est  à dire,  monstrent  au  doigt  et  â 
l’œil  telle  chose  C 

Les  rationaux  concluent  tel  effect 
par  les  accidens,  comme  si  le  patient 
est  tombé  du  coup  en  terre,  ou  de 
haut  en  bas  sus  vne  chose  dure,  s’il 
a demeuré  quelque  temps  sans  parler, 
ouïr,  ne  voir  : et  aussi  par  le  récit  du 
patient , qui  dit  sentir  grande  dou- 
leur, et  porte  soutient  la  main  à l’en- 
droit du  mal.  Aussi  faut  auoir  con- 

1 Dans  les  édi lions  de  1 56 1 et  1 575,  il  dé- 
nommait autrement  ces  deux  espèces  de  si- 
gnes; les  rationaux  étaient  dits  cotijecturatifs, 
et  ce  mot  a même  été  laissé  par  oubli  dans 
la  suite  de  ce  chapitre , et  il  appelait  signes 
certains  les  signes  sensuels. 


DKS  PLAYF.S  F.\  PARTICVLIF.R. 


templaiion  du  baston,  comme  s’il  es- 
toil  pesant  et  obtus,  picquant,  tren- 
chant,  ou  autrement  : et  à la  force 
de  celuy  qui  a frappé,  et  s’il  estoit  en 
grande  cholere  lors  qu’il  donna  le 
coup  : si  le  coup  est  tombé  perpendi- 
culairement et  de  droit  fil.  Aussi  sile 
patient  auoit  la  teste  nue  ou  bien 
couuerte,  s'il  est  tombé  en  syncope 
apres  le  coup,  et  s’il  a perdu  sa  ra- 
tiocination apres  estre  retourné  du- 
dit syncope  subit  apres  le  coup , et 
qu’il  eust  esblouïssement  des  yeux  ou 
vertigiue,  c’est  à dire , qu’il  luv  sem- 
blast  que  tout  tournast  dessus  des- 
sous : et  s’il  a ielté  sang  par  le  nez, 
bouche,  oreilles  ou  yeux,  et  s’il  a vo- 
mi. Car  Hippocrates  dit,  que  quand 
le  cerueau  est  vulneré , il  est  neces- 
saire que  la  fiéure  et  le  vomissement 
bilieux  suruiennent  ’.  Autant  en  dit 
Galien  auCommentaire,  etau  troisième 
de  luc's  a/7‘'Cfi.s,,cap.3.oùildilquecela 
vient  quand  les  fractures  paruien- 
nent  aux  membranes  du  cerueau  2. 
Semblablement , si  l’os  estant  desnué 
on  frappe  dessus  auec  vue  spatule  ou 
sonde  de  fer,  et  qu’il  sonne  cassé, 
comme  si  on  frappoit  sus  vn  pot  de 
terre  rompu  , c’est  signe  que  l’os  est 
fracturé  : ce  que  Paul.  Ægin.  a bien 
sceu  dire  s.  Or  tous  ces  signes  sont 
grandement  coniecturatifs,  voire  cer- 
tains que  le  Crâne  soit  fracturé,  et  le 
cerueau  offensé  4 : de  tant  qu’il  n’ad- 
uient  point  sans  apporter  conséquence 

« Apb.  50,  lib.  6.  — A.  P. 

a Dans  l’édition  de  1561  et  1575,  il  cite  le 
troisième  livre  De  lotis  a/feciis,  ch.  vin,  à la 
tin;  dans  l’édition  de  1579,  Galien  au  Com- 
mentaire. 

5 Cette  phrase  empruntée  à Paul  d’Égine 
manque  dans  l’édition  de  156). 

* La  citation  de  Celse  manque  encore 
dans  l’édition  de  1575. 


de  tel  accident  comme  dit  Celsus , 
ure  8.  ch.  \ . Mais  aussi  tels  accidens 
peuuent  aduenir  sans  qu’il  y ait  frac- 
ture , estant  seulement  commeu  , es- 
branlé  et  estonné 

Pareillement  on  a veu  aucuns auoir 
l’os  de  la  teste  cassé,  à qui  tels  acci- 
dens n’estoient  suruenus,  faisans  leurs 
affaires  accoutumées,  comme  s’ils 
n’eussent  point  esté  blessés,  durant 
huit  iours,  plus  ou  moins,  qui  depuis 
ont  esté  abbatus  de  plusieurs  accidens 
iusques  à mourir.  Parquoy  les  Playes 
et  fractures  de  la  teste  ne  se  doiuent 
négliger 2. 

le  veux  icy  reciter  l’aduerlissement 
que  donne  Guidon,  qui  dit,  qu’alors 
que  la  fracture  est  incertaine , si  on 
veut  connoistre  à la  vérité  où  l’os  est 
rompu , il  faut  mettre  entre  les  dents 
du  patient  vne  cordelette , et  frapper 
dessus  : car  au  mesme  instant,  le  pa- 
tient portera  la  main  au  lieu  de  la 
fracture  pour  la  monslrer  au  Chirur- 
gien. Ce  que  toulesfois  ie  n’ay  sceu 
trouuer  par  expérience,  iaçoit  que 
i’aye  pensé  plusieurs  patiens  qui 
auoienl  l’os  fracturé,  comme  ie  voyois 
à l’œil.  Et  suiuant  le  precepte  de  Gui- 
don , ie  leur  ay  fait  serrer  auec  les 
dents  vne  cordelette  , ou  bien  vn 
mouchoir  : neantmoins  sans  laisser  à 
tenir  ferme,  ils  ne  faisoient  point  sem- 
blant de  se  plaindre,  ny  de  m’ensei- 
gner le  lieu  où  l’os  estoit  rompu  : à 
cause  dequoy  ie  ne  puis  bonnement 
assurer  que  ceste  raison  de  Guidon 
soit  certaine,  veu  que  ie  n’en  ay  rien 

1 Le  paragraphe  finit  ainsi  dans  les  trois 
premières  éditions  : El  toulesfois  on  peut  voir 
qu’aucuns  auront  fractures  d'os  qui  du  com- 
mencement ne  sera  point  apperceuë  par  aucuns 
de  ces  signes  : mais  telle  chose  est  bien  rare. 

ï Ce  paragraphe  manque  au  moins  jusqu’à 
la  quatrième  édition. 


G 


LE  HVITJEME  LIVRE, 


trouué  par  expérience  '.Non  plusque 
celuy  d’Hippocrates  qui  aux  Coaques 
veult,  lors  qu’on  est  en  doute  de  la 
fracture  du  Crâne,  que  l’on  donne  au 
malade  vn  tronc  ou  coste  d'aspho- 
dele  ou  de  ferule  à mascher,  l’ad- 
uerlissant  de  ce  prendre  garde , si  en 
pressant  cela  entre  ses  dents  et  sous 
sa  mâchoire,  il  ne  sent  point  quelque 
os  craqueter  : car  si  les  os  de  la  teste 
sont  rompus,  ils  ne  faudront  point 
lors  à faire  bruit  et  craquetis , dit 
Hippocrates 2. 

Maintenant  nous  faut  parler  des 
signes  sensuels. 


CHAPITRE  III. 

DES  SIGNES  SENSVELS. 

Les  signes  sensuels  sont  ceux  qui 
se  voyent  à l’oeil , principalement 

1 La  fin  de  ce  paragraphe  manque  dans 
les  éditions  de  1561  et  1575. 

2 Bérenger  de  Carpi  avait  aussi  noté  le  peu 
de  valeur  de  ces  signes.  Il  énumère,  comme 
Paré,  les  procédés  indiqués  par  les  moder- 
nes : les  uns  conseillent  de  faire  tenir  au  ma- 
lade un  fil  ciré  entre  les  dents  et  de  frapper 
sur  ce  fil  tendu  avec  un  bâton  ; si  le  malade 
ressent  alors  quelque  douleur  dans  la  tête, 
là  est  la  fracture;  sinon  il  n’y  en  a pas.  D’au- 
Ires  tirent  par  secousses  sur  le  fil  pris  entre 
les  dents  ; d’autres  font  casser  au  malade  une 
noix  ou  une  amande;  d’autres  font  faire  au 
malade  un  nœud  de  paille,  et  s’il  ne  peut  en- 
suite  le  rompre  ou  du  moins  le  serrer  forte- 
ment, ils  disent  qu’il  y a fracture...  « J’ai 
essayé  tout  cela  , dit  Bérenger,  et  j’y  ajoute 
peu  de  confiance.  J’ai  vu  des  malades  casser 
des  noix,  des  noyaux  de  pêche  et  des  aman- 
des et  sans  douleur,  qui  avaient  cependant 
une  grande  fracture  du  crâne,  dont  quel- 
ques uns  sont  morts.  » De  fraciurd  caluœ  , 
fol.  x. 

Du  reste,  avant  Bérenger,  déjà  Vigo  avait 
parlé  à peu  près  de  la  même  manière. 


quand  l’os  est  descouuert , et  au  doigt 
par  le  bout  de  l'espatule , ou  du  doigt 
mesme  1 : aussi  quand  les  cheueux 
sont  coupés, et  demeurent  tous  droits, 
entrans  dedans  la  playe,  alors  on  peut 
prédire  vrayement  que  l’os  est  incisé, 
pource  qu’il  est  bien  difficile  de  couper 
le  poil  qui  obeïst , que  l’os  ne  le  soit 
aussi  quant-el-quant.  C’est  vn  pro- 
gnostic  qu’op  peut  faire  deuant  que 
d’habiller  le  patient  : ce  que  Hippo- 
crates a confirmé. 

Aussi  peut  estre  conneuë  la  frac- 
ture quelquesfois  au  sens  du  tact, 
quand  le  cuir  n’est  descouuert,  qui 
se  fera  en  pressant  des  doigts  sur  la 
fracture  : car  alors  on  sent  l’os  estre 
esleué  ou  enfoncé  outre  le  naturel2. 
Et  lors  que  le  cuir  est  diuisé,  l’os  es- 
tant descouuert , si  elle  n’est  appa- 
rente à la  veuë , faut  chercher  auec 
la  queuë  de  l’esprouuette,  qui  ne  soit 
trop  aiguë  ny  pointue,  à fin  que  trou- 
uant  quelque  naturelle  cauité  de  l’os, 
elle  ne  donne  imagination  abusiue 
que  l’os  soit  fracturé.  Elle  ne  doit  estre 
aussi  trop  grosse , à fin  qu’elle  ne 
passe  sur  les  petites  fentes  sans  les 
sentir  : et  lors  que  l’on  touche  l’os,  si 
on  le  trouue  lisse  et  glissant,  nous  es- 
timons qu'il  est  entier  et  non  rompu  ; 
mais  au  contraire  si  on  trouue  aspre- 
té,  c’est  signe  qu’il  est  rompu,  pour- 
ueu  que  ce  ne  soit  à l’endroit  des  su- 
tures : toutesfois  le  Chirurgien  doit 
soigneusement  considérer  que  lesfrac- 
tures  se  font  souuent  sur  les  sutures, 
lesquelles  n’ont  touiours  vne  certaine 
situation. 

Or  quelquesfois  l’os  estant  contus, 

1 Les  mots  soulignés  manquent  dans  les 
éditions  de  1561  et  1575. 

2 La  fin  de  ce  paragraphe  manque  dans 
l’édition  de  1561,  et  A.  Paré  nous  indique 
lui-même  en  marge  qu'il  a emprunté  ces 
nouveaux  détails  à Cornélius  Celsus. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


fendu,  ou  scissure,  ne  peut  estre  con- 
neu  à l'œil  ny  par  la  sonde  : mais 
quand  on  aura  apperceu  parles  signes 
Coniecturatifs  cy  dessus  escrits,  faut 
par  artifice  chercher  la  tissure , par 
mixtion  d’encre  et  huile , ainsi  que 
sera  cy  apres  déclaré.  Et  ayant  con- 
neu  l’os  estre  blessé,  faut  diligem- 
ment sçauoir  combien  le  mal  est 
grand,  et  y reniedier  promptement. 
El  lors  que  le  coup  est  sur  les  sutures, 
le  mal  est  difficile  à connoislre,  si  l'os 
n’est  grandement  rompu  :pource  que 
les  sutures,  ainsi  qu’auons  dit , re- 
présentent les  fissures,  à cause  qu'elles 
ont  aspérités  comme  les  sutures  : au- 
quel cas  Hippocrates  dit , les  Méde- 
cins estre  souuent  trompés  et  deceus, 
ainsi  qu’il  tesmoigne  de  luy  mesme 
au  liure  5.  des  Epidémies,  en  l’histoire 
de  Autonomus  in  Omilo. 

Apres  auoir  ainsi  déclaré  les  es- 
peces, différences,  et  signes  en  gene- 
ral des  fractures  du  Crâne  : mainte- 
nant faut  traiter  de  chacune  espece 
à part , commençant  à la  Fissure  ou 
Fente. 


CHAPITRE  IV. 

DE  SCISSVRE  , Q VI  EST  LA  PREMIERE 
ESPECE  DE  FRACTVRE. 

Si  leChirurgienconnoist parles  signes 
prédits  l’os  estre  fracturé  et  scissuré, 
et  qu’il  n’y  ait  playe  suffisante  : pour 
la  traiter , faut  premièrement  raser 
le  poil,  puis  couper  le  cuir  muscu- 
leux et  le  Pei  icrane  auecques  vn  ra- 
soir, et  faire  la  section  triangulaire 
ou  cruciale,  de  grandeur  qu’il  sera 
besoin  (car  telle  chose  ne  se  peut  bien 
escrire)  éditant  touiours  tant  que 
possible  sera,  les  commissures  et  les 
muscles  temporaux.  Et  ne  faut  que  le 


7 


Chirurgien  face  difficulté  de  ce  faire  : 
car  il  est  plus  expédient  faire  vne 
incision  pour  descouurir  l’os,  que  ne  le 
descouurir  et  ne  connoistre  la  nature 
de  la  fracture  : car  ayant  fait  la  sec- 
tion et  n’ayant  rien  trouué , facile- 
ment la  playe  se  consolide,  mesme 
commedit  Hippocrates:  il  est  meilleur 
guarir  les  maladies  auecques  longi- 
tude de  temps  en  sûreté,  qu’auecques 
crainte  et  soupçon  en  bien  peu  de 
temps 1 . 

Doncques  ladite  section  se  fera 
auecques  vn  rasoir  : et  où  il  y auroit 
playe  du  baston  qui  auroit  donné  le 
coup,  icelle  seruira  d’vne  desdites  in- 
cisions. 

Rasoir  pour  faire  incision. 


Aucuns  enleuent  toute  la  piece  du- 
dit cuir  musculeux  et  Pericrane,  ce 
quei’ay  fait  plusieurs  fois2.  Puis  apres 


1 Cornélius  Celsus.  — Hippocr.  — A.  P. 
— Ces  citations  manquent  dans  l’édition  de 
1661  ; de  même,  dans  cette  édition  et  celle 
de  1575,  il  n’est  point  parlé  du  besoin  d’évi- 
ter les  muscles  temporaux. 

2 On  s’étonne  de  voir  ce  mauvais  procédé 
mentionné  ainsi  sans  autre  réflexion  par 
A.  Paré.  Pierre  d’Argelata  , au  xiv  siècle , 
défendait  expressément  d’enlever  les  lam- 
beaux résultant  de  l’incision  ; mais  il  est  vrai 


s 


LE  HV1T1ÉME  LIVRE  , 


faut  bien  séparer  le  Pericrane  d’auec 
le  Crâne  , de  peur  qu’on  ne  le  touche 
de  la  Trépané  (car  tel  altouchement 
seroit  cause  d’induire  douleur  el  in- 
flammation) en  commençant  aux  an- 
gles de  la  playe  auecques  tel  Cizeau. 

Cizeau  pour  séparer  le  Pericrane. 


Et  apres  faut  emplir  toute  la  playe 
de  charpy  , à fin  de  tenir  les  léures 
esleuées  et  dilatées  iusques  au  len- 
demain, et  par  dessus  appliquer  re- 
medes  repercussifs  et  reslraintifs  du 

de  dire  que  d’autres  chirurgiens  agissaient 
autrement.  Il  semble  que  Marianus  Sanctus 
était  de  cet  avis  : valu  us  ipsum  amputare  Ji- 
(jurû  iriungulari,  vel  oclogonaliler  aul  crucia- 
liter,  non  dubilule. — De  capilis  lœsion.,  in 
col/.  Uffenbaeh.,  p.  893.  Du  reste  cette  mé- 
thode a persisté  beaucoup  plus  tard,  el  l’on 
en  retrouve  des  traces  jusque  vers  la  fin  du 
xvi ii"  siècle. 


flux  de  sang.  Et  s’il  aduenoit  qu’il 
fust  impétueux  et  si  grand  qu’il  ne 
peust  esire  estanché  par  iceux  , alors 
faudroit  lier  le  vaisseau  , faisant  vn 
point  d’aiguille,  commençant  àpasser 
l’aiguille  à la  partie  extérieure  au 
trauers  de  tout  le  cuir  musculeux, 
puis  la  repasser  par  la  partie  inté- 
rieure et  faire  le  nœud  dessus,  y ap- 
pliquant vne  petite  compresse  ronde 
faite  de  linge,  de  grosseur  d’vn  tuyau 
de  plume  d’oye,  de  peur  que  le  fil  ne 
coupe  le  cuir,  et  euiterla  douleur,  le 
serrant  si  fort  que  le  sang  ne  puisse 
passer  outre  ledit  vaisseau.  Et  ainsi 
faisant,  l’ on  estanche  les  flux  de  sang 
que  les  remedes  astrictifs  ne  peuuent 
faire. 

Ce  que  i’ay  fait  puis  nagueres  à vn 
charretier,  lequel  ainsiqu’il  estoit  sur 
sa  charrette  tomba  la  teste  première 
sur  le  paué  en  ceste  ville  , et  se  feist 
vne  bien  grande  contusion  sur  l’os 
Pariétal, partie  postérieure  : au  moyen 
dequoy  le  conuint  inciser , tant  pour 
faire  vacuation  du  sang  meurtri  , 
que  pour  auoiresgardau  vice  de  l’os: 
et  par  ladite  incision  fut  coupée  vne 
arlere.  Dont  celuy  qui  le  traitoit  ne 
luy  sceut  estancher  le  sang,  duquel 
ledit  charretier  auoit  perdu  si  grande 
quantité,  qu’il  ne  se  pouuoit  pas  seu- 
lement tourner  dans  son  lit  et  à peine 
parler,  tant  estoit  foible  et  debile1. 

Icy  i’ay  bien  voulu  réciter  telle 
histoire,  à fin  d’instruire  le  ieune  Chi- 
rurgien qu’il  ne  laisse  mourir  vn 
homme  par  faute  d’vn  petit  point 
d’aiguille:  lequel  ne  doit  seulement 
esire  fait  en  la  teste , mais  aussi  en 

1 C’est  ici  une  de  ces  observations  dont  la 
rédaction  n’ayant  jamais  été  changée,  pour- 
rait soulever  des  doutes  sur  la  date  de  la 
doctrine  professée  parl’auteur.  Les  mots  puis 
nagueres  se  rapportent  à la  date  de  la  pre- 
mière édition  de  ce  livre,  1561. 


DES  PL  AV  ES  F.N  PARTICVLIEK. 


toutes  Autres  parties  du  corps  en  cas 
semblable  , s’il  est  possible  faire  ledit 
point  d'aiguille  : puis  ayant  fait  cela, 
faut  situer  la  leste  du  malade  en  haut. 

Or  pour  retourner  à nostre  propos, 
le  lendemain  sera  regardé  quel  vice 
sera  en  l’os  : et  au  cas  qu’il  n’appa- 
rust  aucune  fracture  au  sens  de  la 
veuë  et  au  tact  de  l’esprouuette , 
neantmoins  on  coniecture  par  les  si- 
gnes prédits  y auoir  fracture  : alors 
faut  mellre  sur  l’os  qu’on  aura  de- 
couuert  de  l’encre  à escrire  , meslée 
auec  vn  peu  d’huile  rosat,  à fin  qu’elle 
pénétré  dedans  la  fente,  s’il  y en  a , 
et  que  l’os  en  soit  imbu.  Et  au  pre- 
mier appareil  d’apres  , faut  essuyer 
l'os  et  voir  si  l’encre  sera  entrée  de- 
dans, qui  se  fera  en  ruginant  et  ra- 
claul  l’os  auec  rugines  , iusques  à ce 
que  l’on  trouue  la  fin  de  la  noirceur 
de  ladite  encre  , et  qu’on  verra  l’os 
estre  blanc  : et  adonc  faut  cesser. 

Autres  y mettent  vn  cataplasme  ou 
emplaslre  astringente  , et  le  lende- 
main estant  leuée , le  lieu  appa- 
roistra  eslre  plus  sec  , qui  se  fait  à 
cause  d’vne  \apeur  chaude  qui  passe 
au  trauers  de  la  diuision,  desseiche  le 
médicament , et  par  là  la  scissure  est 
demonstrée*. 

1 Bérenger  expose  de  même  la  façon  dont 
Guy  de  Chauliac , qu’il  appelle  magnas 
Guiiio,  et  Nicolas,  croient  reconnaître  les 
fractures;  en  plaçant  sur  l’os  de  la  poudre  de 
ma*tic  méléc  à de  l’albumine,  et  s’il  y a 
fracture  , le  lendemain  le  mastic  sera  plus 
sec  dans  la  direction  de  la  fracture  que  par- 
tout ailleurs.  Bertapaglia  va  plus  loin  : il  a 
deux  emplâtres  qu’il  suflit  d’appliquer  sur  le 
cuir  chevelu  rasé,  le  lendemain  on  trouve 
l’emplâtre  desséché  au  lieu  où  existe  la  frac- 
ture. « Mais  d’abord,  dit  Bérenger,  ou  il  n’y 
a pas  encore  de  matière  qui  puisse  s’écouler 
par  la  fissure,  ou  il  y en  a.  S'il  n’y  en  a pas, 
on  comprend  que  des  vapeurs  chaudes  sor- 
tant parla  fissure,  surtout  pendant  la  fièvre, 


9 

El  apres  , encores  pour  estre  plus 
asseuré  si  la  Fissure  pénétré  les  deux 
tables  , faut  faire  clorre  le  nez  et 
la  bouche  au  patient,  et  le  faire  ex- 
pirer , et  regarder  si  par  la  fente  sort 
quelque  humidité  sanguinolente,  à 
cause  que  par  tel  moyen  l’air  de  la 
respiration  fait  enfler  et  esleuer  la  sub- 
stance du  cerueau  et  les  membra- 
nes, dont  s’ensuit  l’expulsion  de  cer- 
taine humidilé  : et  si  telle  chose  ap- 
paroist,  sera  vray  signe  manifeste  que 
les  deux  tables  sont  rompues  entiè- 
rement : et  adonc  faut  couper  l’os  par 
les  Rugines  ou  par  autres  instrumens 
propres  à ce  faire,  iusques  à la  Dure- 
mere  , soy  gardant  la  toucher  aucu- 
nement. Et  si  la  Scissure  estoit  fort 
longue  , il  ne  la  faut  pas  suiure , car 
Nature  réunira  le  reste  d’icelle  par 
vne  callosité,  qui  est  comme  cica- 
trice de  l’os  : semblablement  le  Chi- 
rurgien , comme  dit  Celse,  doit  oster 

dessécheront  le  mastic  ; mais  s’il  y en  a,  évi- 
demment l’emplàtre  devra  être  plus  humide 
au  lieu  de  la  fracture  ; et  c’est  ainsi  que  ce 
signe  pourrait  être  trompeur,  s’il  n’était  di- 
ligemment ruminé.  » 

Maître  Bérenger  oublie  cette  fois  d'en  ap- 
peler à l’expérience  : on  voit  que  le  grand 
Guy  lui  en  impose.  Du  reste,  il  est  à remar- 
quer que  ce  paragraphe  d’A.  Paré  manque 
même  dans  l’édition  latine  de  1582,  il  date 
donc  au  plus  tôt  de  1585. 

On  peut  remarquer  aussi  que  ni  Bérenger 
ni  Paré  n’attacbent  grande  confiance  à ces 
signes.  Bérenger  recommande  formellement 
de  ne  pas  se  borner  à un  seul  signe.  Il  faut 
voir  et  toucher,  non  avec  la  sonde,  mais 
avec  le  doigt,  diviserconséquemmentle  cuir 
chevelu,  hardiment,  sans  délai,  par  une  in- 
ci;  ion  triangulaire  ou  quadrangulaire  ; dans 
la  première  heure,, s'il  est  posssible,  parce 
qu’alors  le  malade  ne  le  sent  pas.  Il  porte 
d’ailleurs  celte  sentence  : qu’il  faut  arriver 
au  diagnostic  de  cette  maladie,  et  si  on  ne 
la  connaît  pas,  on  ne  la  guérit  pas.  ()p.  ci- 
laio,  fol.  xj. 


10 


LE  HV1TIÉME  LIVRE, 


de  l'os  du  Crâne  le  moins  qu’il  sera 
possible  , pource  que  la  couuerture 
de  l’os  est  meilleure  que  toute  autre 
matière  qui  y pourroit  estre  regene- 
rée , apres  qu’on  l’auroit  tranché  et 
osté'.  Mais  suffira  donner  hstie  et 
transpiration  au  sang  et  à la  matière 
sanieuse,  de  peur  qu’elle  ne  corrompe 
l’os,  et  se  face  aposteme  au  cerueau. 

Et  ne  faut  passer  à faire  ouuerture 
en  l’os  le  troisième  iour,  s’il  est  pos- 
sible , et  principalement  en  Esté;  à 
cause  qu’il  n’y  a encores  inflamma- 
tion2. Toutesfois  i’en  ay  ruginé  et 
trépané  apres  le  septième  et  dixiéme 
iour,  tant  en  hyuer  qu’en  esté,  qui  en 
sont  reschappés  : aussi  plusieurs  sont 
morts.  le  dis  ces  choses  , à fin  que  ja- 


mais on  ne  laisse  les  malades  sans 
ayde  : veu  que  ( comme  dit  Galien  en 
sa  Méthode  ) il  est  meilleur  d’essayer 
quelque  remede , voire  douteux , que 
nul  : toutesfois  en  faisant  auparauant 
bon  Prognostique,  pource  qu’il  en 
meurt  plus  sans  estre  trépanés  , que 
de  ceux  qu’on  trépané. 

Or  les  instrumens  propres  à donner 
ouuerture  aux  Scissures  sont  appel- 
lés  Rugines  , desquelles  as  icy  les 
pourtrails  de  diuerses  sortes,  à fin  que 
tu  en  puisses  choisir  selon  qu’il  te  sera 
besoin  : et  les  pourras  toutes  insérer 
l’vne  apres  l’autre  dans  la  vis  d’vn 
manche  que  tu  vois  icy  , laquelle  vis 
tu  connois  assez  par  les  extrémités 
desdits  instrumens. 


1 Cornélius  Celsus.  — A.  P.  — Cette  cita- 
tion de  Celse  manque  dans  l’édition  de  1 561 . 
On  y trouve  au  contraire  en  marge  une 
indication  omise  dans  les  éditions  posté- 
rietnes  : 

« Galien,  au  liu.  vi  de  la  Méthode,  dit  que 
s’il  y a des  longs  fragments  d’os  du  crâne,  les 
conuient  poursuiure  iusques  à la  fin  de  la 
scissure,  pourueu  qu’on  cognoisse  qu’il  ne 
s’ensuiura  point  de  danger.  » 

D’où  l’on  voit  que  Paré  était  arrivé  seul , 
dès  1561 , à professer  un  principe  opposé  à 
celui  de  Galien  sur  cette  question  ; et  ce  ne 


fut  que  plus  tard  qu’il  trouva  à s’étayer  d’un 
passage  de  Celse. 

2 Ce  précepte  est  d’Hippocrate,  et  Paré  l'a- 
vait adopté  dès  1561  ; mais  plus  tard,  ayant 
trouvé  à s’appuyer  de  l’autorité  de  Celse  , il 
n’y  manqua  pas  ; et  on  lit  en  marge  de  toutes 
les  éditions  subséquentes  : " //  faut  trépaner 
le  plustosl  que  faire  se  peut.  » Celse,  liu.  vm, 
chap.  18. 

5 Dans  la  cinquième  édition,  on  ne  trouve 
ici  que  les  sept  premières  figures,  les  trois 
autres  ayant  été  reportées,  par  je  ne  sais 
quelle  erreur,  au  livre  des  Tumeurs  en  par- 


DES  PLA.YES  EN  PARTICVIJER. 


On  racle  l’os  , quand  il  est  fendu  et 
scissure,  à fin  de  voir  iusques  où  péné- 
tré la  fente , et  aussi  pour  l'applanir 
lors  qu’il  est  rabboleux , noir  et  ver- 
moulu : et  aux  carlilagesallerés  et  cor- 
rompus. Or  il  faut  cesser  de  racler 
l’os  quand  on  en  voit  sortir  vn  peu  de 
sang:  apres  on  y doit  mettre  dessus 
des  pouldres  céphaliques,  comme  ra- 
cines d’iris  de  Florence  , de  farine 
d’iris , tbus  , aristoloche  , escorce  de 
racines  de  panax , lesquels  seicbent 
et  detergent  sans  acrimonie  ny  pic- 
queure1. 

Rugines  d'autre  façon  que  les  precedentes,  pour 
couper  d’auanlage  l'os. 


ticidier,  ch.  des  hernies.  Je  les  ai  rétablies 
comme  elles  existent  dans  l’édition  de  t5Gi, 
les  deux  premières  grandes  éditions  fran- 
çaises et  l’édition  latine. 

' Ce  paragraphe  manque  jusqu’à  l’édition 
latine  inclusivement. 


1 1 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot , quand 
l’os  est  seulement  fendu  ou  fissuré, 
le  Chirurgien  se  contentera  de  dila- 
ter et  ouurir  l’os  auec  les  susdites  Ru- 
gines , et  non  par  trépanés  , encore 
que  la  fissure  pénétré  les  deux  tables: 
et  si  elle  ne  descend  que  iusques  à la 
deuxième  table , ne  la  faut  ruginer 
que  iusques  là  : mais  si  l’os  est  contus 
et  cassé  en  plusieurs  pièces  , faut  les 
oster  auec  instrumens  conuenables  : 
et  s’il  est  necessaire  y appliquer  la 
trépané  , on  le  fera  comme  nous  di- 
rons tantost*. 


CHAPITRE  Y. 

DE  LA  CONTVSION,  QVI  EST  LA  SECONDE 
ESPECE  DE  FRACTVRE. 

Par  Contusion  se  fait  souuentesfois 
vne  ecchymose , c’est  à dire  effusion 
de  sang,  sous  le  cuir  musculeux,  auec- 
ques  coagulation  dudit  sang,  sans 

1 Paul  Ægineta,  liu.  6. — A.  P.  — Ce  pa- 
ragraphe avec  cette  citation  manque  dans 
l’édition  de  1561. 

Fallope  a établi  trois  sortes  de  fissures  : 
la  fissure  complète,  la  fissure  bornée  à la 
table  externe,  celles-ci  déjà  admises  par 
Hippocrate,  et  enfin  la  fissure  bornée  à la 
table  interne,  la  plus  grave  de  toutes,  à 
cause  de  la  difficulté  du  diagnostic.  Mais 
celle-ci  est-elle  possible? 

«Parfaitement,  répond  Fallope , et  vous 
pourrez  en  rencontrer  ; et  je  l’ai  vue  pour 
ma  part  sur  un  écolier,  gentilhomme  de 
Brescia,  qui  avait  reçu  un  coup  d’une  lourde 
épée  à la  partie  postérieure  de  la  tête.  J’avais 
ruginé  l’os  à l’endroit  du  coup  sans  y trou- 
ver aucune  fente,  ni  même  de  contusion;  je 
ne  sais  comment  il  se  fit  que  je  voulus  aller 
j usqu’au  diploé  ; je  ruginai  donc  toute  l’é- 
paisseur de  la  lame  externe  qui  était  intacte, 
et  j’arrivai  sur  l’autre  lame,  où  je  trouvai 


1 ‘2  LE  HVIT1ÉI 

playes.  Et  si  la  contusion  est  grande, 
et  que  le  cuir  soit  séparé  du  Crâne, 
alors  faut  faire  section  et  ouuerlure  , 
à fin  d’euacuer  le  sang, et  n’appliquer 
nullement  remedes  suppuratifs  ( ce 
qui  se  pourroil  faire  en  vne  autre 
partie  charneuse)  de  peur  que  l’os  ne 
s’alterastet  ouurist  : car  toutes  choses 
humides  sont  contraires  aux  os  : ce 
qui  sera  clairement  monstré  cy  apres. 
On  voit  souuent  venir  telles  Contu- 
sions, principalement  aux  ieunes  en- 
fans,  et  le  cuir  se  déprimer,  et  pour 
leur  mollesse  et  rarité  le  sang  décou- 
ler entre  le  cuir  et  le  Crâne,  et  l’on 
sent  vne  mollesse  et  inondation  à l’en 
droit  de  ladite  contusion  : ce  quei’ay 
plusieurs  fois  ouuert  auec  vne  lan- 
cette , et  par  l’ouuerture  faisois  sou- 
uent sortir  vu  sang  sereux  auec 
thrombus,  qui  est  sangcoagulé  et  fort 
noir  : puis  apres  , auec  compression 
modérée  et  remedes  desiccatifs  , 
promptement  estoient  guaris. 

Pareillement  par  vne  grande  Con- 
tusion, le  Crâne  des  petits  enfans  se 
peut  enfoncer  au  dedans,  comme  l’on 
voit  aux  déliés  vaisseaux  d’airain , de 
plomb,  d’estain  ou  semblables,  quand 
on  presse  du  doigt  dessus  il  se  fait  vne 
fosse  ou  cauilé,  et  quelquesfois  se  re- 
leuent  de  soy-mesme:  et  telle  chose 
se  fait  principalement  aux  ieunes  en- 
fans  , lesquels  ont  encores  leurs  os 
tendres,  lanuleux  et  mois  , et  à ceux 
qui  sont  de  température  mollasse, 
comme  femmes  et  pituiteux  : et  où  ils 
ne  se  releuent  d’eux-mesmes  par  le 
bénéfice  de  Nature,  faut  appliquer 
vne  ventouse  auec  grande  flamme, 
afin  de  retirer  l’os  enfoncé  en  son  lieu 
naturel, s’il  est  possible,  et  faire  clorre 

une  grande  el  insigne  tissure.  Si  nous  avions 
laissé  l’os  sans  le  ruginer,  que  serait  devenu 
ce  jeune  homme?  » — Dr  vu  In.  capiiis,  Opéra 
otnnia.  p.  027. 


iUE  LIVRE, 

le  nez  et  la  bouche  au  malade  pour 
retenir  son  haleine.  Car  par  ce  moyen 
le  cerueauel  les  membranes  aident  à 
la  ventouse  de  réduire  l’os  en  sa 
place 

Et  si  par  la  ventouse  ne  peutestre 
réduit,  adonc  faudra  faire  section  au 
cuir,  et  appliquer  vn  Tirefons  comme 
cesluy  : et  tirer  l’os  en  haut,  ainsi  que 
font  les  tonneliers  quand  ils  veulent 
retirer  vne  douue  du  dedans  au  de- 
hors. 

Tirefons. 


1 Paul.  Ægin.,  liure  6. — A.  P. — Cette  ci- 
tation manque  dans  l’édition  de  1561  ; voici 
comment  on  y lit  ce  paragraphe  : 

« Quand  on  presse  du  doigt  dessus , il 

se  fait  vne  fosse  ou  cauilé  .■  el  telle  chose  se 
fait  principalement  aux  ieunes  enfants,  les- 
quels ont  encore  leurs  os  tendres,  lanuleux 
et  mo's,  et  en  tel  cas  faut  appliquer  vne  ven- 
touse auecques  grande  flamme,  à tin  de  re- 
tirer l’os  enfoncé  en  son  lieu  naturel,  s’il  est 
possible.  » Fol.  124,  verso.  Je  trouve  ce  mot 
lanuleux  dans  toutes  les  éditions  : le  tra- 
ducteur latin  l’a  passé  sous  silence. 

Bérenger  de  Carpi  n’admet  pas  cet  enfon- 
cement. Suivant  lui , il  peut  bien  y avoir 
enfoncement  de  la  table  externe  avec  frac- 
ture limitée  à la  table  interne  , mais  non 
simple  enfoncement  de  toutes  deux.  — 
Fol."  vu.  — Haller  lui  lait  dire  qu’il  a vu  sur 


DES  PLAYES  EN  FAfiTICVLIEIt. 


i3 


El  où  tel  cas  aduiemlroil  à vn  os 
solide  et  espais,  et  que  par  tels  moyens 
ne  peust  estre  leué  : adonc  faut  ap- 
pliquer vne  petite  Trépané  et  faire 
ouuerture  au  Crâne,  au  milieu  de  l’os 
qui  sera  enfoncé , et  par  l’ouuerlure 
l’on  esleuera  ledit  os  auec  ceste  ele- 
uatoire  à trois  pieds , lequel  le  tirera 
de  la  ligne  droite  : et  a puissance  telle 
qu’on  la  peut  désirer  pour  esleuer 
les  os  enfoncés.  Sa  figure  a esté  faite 
triangle , à fin  qu’il  peust  estre  assis 
en  toutes  les  parties  de  la  teste1,  pour- 
ce  qu’elle  est  de  figure  ronde  : pareil- 
lement l’on  pourra  en  son  extrémité 
insérer  diuerses  pointes,  selon  qu’il 
en  sera  besoin,  ainsi  qu’il  l’est  demons- 
tré  par  ce  pourtrait. 


Elevatoire  à trois  pieds. 


un  adulte  te  crâne  enfoncé  absque  fructurâ. 
Haller  ne  serait  pas  tombé  dans  celte  erreur 
s’il  avait  lu  le  passage  que  je  viens  de  citer, 
ou  même  s'il  avait  exactement  copié  le  texte 
Bérenger  dit  seulement,  sans  fracture  ma- 
nifeste, absque  fraclurd  mnnifestA.  Fol.  ?4. 


Autres  Eleualoires  1 . 

AA  Monstrent  la  pointe  de  l’Eleuatoire  la- 
quelle doit  estre  mouce , à raison  que 
elle  se  doit  couler  doucement  dedans  la 
fracture  du  Crâne  ioignanl  la  Dure-mere. 
Icelle  pointe  se  hausse  et  baisse,  tant  et 
si  peu  qu’il  est  besoin. 

B Le  corps  de  l’Elcuatoire,  lequel  doit  estre 
quarré,  à fin  que  la  pointe  dudit  Eleua- 
toire,  qui  s’y  inséré,  ne  varie  et  tourne: 
l’extremité  d’iceluy  corps  doit  estre  ap- 
puyé sus  l’os  sain,  à fin  de  tenir  ferme- 
ment. 


1 Ces  deux  Élevatoires  manquent  dans  l’é- 
dition de  156t  et  de  1575.  Le  deuxième  pré- 
sente une  ressemblance  frappante  avec  le 
tirloir  des  dentistes  modernes. 


l4  LE  HVITI^ME  LIVRE 


L’vsage  d’iceluy  Eleuatoire  est  tel 
qu’il  faut,  estant  bien  mis  dedans  la 
fracture,  sousleuer  la  main  en  haut , 
à fin  d’esleuer  l’os  rompu  et  em- 
barré. 

C Monstre  la  première  branche  du  second 
Eleuatoire,  l'extremité  duquel  se  coule 
par  dessous  l’os  embarré  et  fracturé. 

D La  seconde  branche  laquelle  doit  s’ap- 
puyer sur  l’os  sain , à fin  de  tenir  coup 
pour  esleuer  lediLos  embarré. 

L’vsage  d’iceluy  est  tel , qu’il  faut , 
estant  bien  accommodé , presser  le 
manche  en  bas  , car  par  telle  com- 
pression la  première  branche  souleue 
l’os  fracturé. 

El  où  il  aduiendroit  que  l’os  seroit 
rompu  et  déprimé  d’vn  costé  seule- 
ment, sans  que  toute  la  piece  fust  en- 
foncée , il  faut  pour  l’esleuer  et  don- 
ner issue  aux  choses  estranges  , faire 
onuerture  auec  Scies  semblables  à 
celle  cy. 

Scie  propre  à couper  les  os  de  la  teste. 


Car  par  icelle  on  peut  couper 
de  l’os  (sans  comprimer  dessus) 
tant  et  si  peu  qu’on  voudra,  sans  estre 
en  danger  de  comprimer  l’os  fracturé 
sur  les  membranes  et  par  conséquent 
sur  le  cerueau. 

Et  si  l’os  n’estoit  contus  queiusques 
à la  seconde  table  ou  moins,  et  qu’il 
n’y  eust  signe  que  la  fracture  ne  pe- 
netrast  plus  outre  , il  suffira  de  des- 
couurir  l’os  iusques  à la  fin  de  la  Con- 
tusion , de  peur  qu’il  n’acquiere  in- 
flammation ou  autre  mauuaise  dispo- 
sition : laquelle  chose  se  fera  auec 
vne  Trépané  exfoli  itiue,  par  laquelle 
se  fera  amputation  de  l’os  , tant  et  si 
peu  que  l’on  voudra*. 

Trépané  exfolialiue. 


1 Les  éditions  de  1561  et  1575  ajoutent  ici 
un  paragraphe  en  partie  supprimé  dans  les 
suivantes  : 

« Galien,  au  liure  de  V su  partium,  dit  que 
l’os  se  peut  enfoncer  en  bas  par  vne  grande 
contusion,  et  subit  retourner  en  son  lieu.  Et 
telle  chose  se  fait  principalement  aux  bien 
ieunes,  pour  la  chaleur  viue  et  multitude 
d’esperits:  et  en  tel  cas  suruiennent  quel- 
quefois plusieurs  accidents,  par  faute  que 
telle  chose  n’est  cogneuë  au  chirurgien , qui 
ne  donne  issue  au  sang  respandu  entre  les 
deux  tables  et  quelquesfois  sur  la  dure-mere 
et  sur  le  cerveau  : dont  la  mort  s’ensuit  le 
plus  souuent.  D’auantage  aduient  maintes 
fois  que  la  première  table  dudit  crâne  est 
entière  et  que  la  seconde  est  rompue , auec 
esquilles  qui  compriment  la  dure-mere,  qui 
est  cause  de  la  mort  du  patient  : ce  que  i’ay 
veu  aduenir  à vn  gentilhomme  de  la  com- 
pagnie de  M.  d’Estampes , etc.  » Fol.  127, 
verso. 

L’histoire  de  ce  gentilhomme  a été  repor- 
tée au  ch.  vm. 


DES  PLAYES  EN  PART1CVLIER. 


i5 


CHAPITRE  VI. 

DES  EMBARRVRES  OV  ENFONCEVRES  , QVI 
EST  POVR  LA  TROISIÈME  ESPECE  DE 
FRACTVRE. 

Par  grands  coups  orbes,  comme  de 
baston  pesant , rond  ou  quarré  , en 
ruant  ou  frappant , aussi  par  cbeutes 
d’enhaut  en  bas  à plomb  (comme 
nous  auons  dit  ),  souvient  les  os  du 
Crâne  sont  froissés , fendus  et  enfon- 
cés plus  ou  moins  et  en  diuerses  ma- 
niérés , selon  la  vehemence  du  coup 
et  la  diuersité  des  inslrumens  qui 
blessent , et  la  partie  qui  est  endom- 
magée. Et  par  ainsi  selon  la  diuersité 
desdites  fractures,  et  desdits  accidens 
qui  enensuiuent , faut  changer  de  re- 
medes  et  instrumens. 

Or  posons  le  fait  que  l’os  soit  en- 
foncé auec  vne  ou  plusieurs  pièces 
d’esquilles  séparées,  lesquelles  se  peu- 
uent  tirer  et  esleuer  sans  l’application 
de  la  Trépané  : laquelle  chose  se 
pourra  faire  auecques  Eleuatoires 
propres  à ce  faire  , comme  celles  qui 
te  sont  icy  pourtraites. 

Eleuatoires  '. 


■ Dans  l’édition  de  1561  , à ces  deux 


Or  il  faut  bien  se  donner  garde,  en 
esleuant  et  tirant  lesdites  esquilles 
ou  portions  d’os , qu’on  ne  blesse  les 
membranes  : car  aucunes  ont  des  as- 
pérités et  pointes  qui  les  peuuent 
blesser  en  les  tirant,  si  l’on  n’y  prend 
bien  garde.  Aussi  quelquesfois  on  ne 
les  peut  extraire  sans  accroistre  l’ou- 
uerlure  de  la  fracture  : et  en  tel  cas , 
où  il  y auroit  espace  et  lieu  à mettre 
l’extremité  de  ces  tenailles,  facilement 
on  pourra  couper  auec  icelles  , tant 
et  si  peu  de  l’os  que  l’on  voudra  , 
pour  donner  issue  ausdites  esquilles 
séparée  , sans  appliquer  la  Trépané  : 
ce  que  i’ay  fait  plusieurs  fois  auec 
bonne  issue.  L’operation  desdites  te- 
nailles est  plus  brefue  et  plus  seure 
que  par  la  Trépané  : ce  que  nous  de- 
uons  tousiours  chercher. 


figures  d’élevatoires  était  jointe  la  suivante, 


qui  a été  retranchée  depuis.  Folio  129, 
verso. 


i6 


LE  IiVlTlEME  LIVRE  , 

Tenailles  capitales  incisiues , dites  Bec  de  Perroquet  C 


Et  d’abondant  tu  as  encores  icy 
figures  diuerses  de  petits  cizeaux  , 
auec  le  maillet  de  plomb  , pour  ap- 
planir  les  aspérités  des  os , ensemble 
des  pincettes , dont  les  figures  sont 
telles. 


Figures  de  diuers  cizeaux  et  pincettes,  auec 
maillet  de  plomb. 


1 Dans  l’édition  de  1561 , elles  sont  appe- 
lées : Tenailles  capitales  pour  inciser  et  briser 
le  Crâne  tant  et  si  peu  que  l’on  voudra,  qui  se 
fait  par  le  bénéfice  d’vue  viz. 

i Ces  tenailles  manquent  dans  les  éditions 
de  1561  et  1575. 


Or  il  faut  en  cest  endroit  noter  qu  on 
ne  doit  appliquer  Trépané  ny  Eleua- 
toire  sur  l’os  entièrement  fracturé, 
de  peur  qu’en  pressant  dessus  ou  ne 
blessast  les  membranes  : mais  seront 
appliqués  sur  l’os  sain  et  entier  , et  le 
plus  près  de  la  fracture  qu’on  pourra, 
à fin  de  n’oster  l’os  et  ne  decouurir 
le  cerueau  que  le  moins  qu’on  pourra. 
Pareillement  faut  encores  bien  noter 
que  si  la  fracture  esloit  grande,  cest 
à dire  longue,  ne  la  faut  du  tout  os- 
ter:  non  plus  que  les  longues  Fissu- 
res ne  doiuent  aussi  estre  suiuies 
(comme  nous  auons  dit),  mais  suffira 
donner  issue  à la  matière , et  esleuer 
l’os  s’il  comprime  les  membranes, 
comme  nous  auons  dit  cy  deuant.  Car 
Nature  reünit  et  glutine  le  Crâne  par 
vn  callus  , comme  elle  fait  aussi  és 
autres  parties  du  corps. 

Ce  qui  a esté  fait  puis  nagueres 2 à 
l’vn  des  seruiteurs  de  monsieur  Grolo, 
lequel  eut  vn  coup  de  pied  de  mulet 

i Cette  observation  est  déjà  dans  l’édition 
de  1561.  A.  Paré  nous  apprend  par  une  note 
marginale,  que  Grolo  était  conseiller  du  Roy 
au  grand  conseil. 


I)IS  PLAYES  EN  PART1CVL1ER.  1 


à la  teste,  de  sorte  que  le  crampon  du 
fer  luy  fractura  et  fit  embarrure  à 
l’os  Coronal.  Et  estant  mandé  pour 
le  penser,  ayant  conneu  l’os  estre  eu 
foncé  au  dedans,  ie  feis  section  trian- 
gulaire pour  appliquer  la  Trépané. 
Et  le  lendemain  le  trepanay  pour  es- 
leuer  l’os  fracturé , et  ayant  fait  l’ou- 
uerture,  voulus  extraire  l’os  fracturé, 
et  le  voulant  tirer  hors , conneu  la 
grandeur  d’icelle  fracture  (parce  que 
l’os  bransloit  ) , laquelle  comprenoit 
depuis  le  milieu  du  front  iusques  au 
petit  Canthus  ou  coin  de  l’œil.  Adonc 
cessant  de  tirer  cest  os,  ie  commen- 
çay  à l’esleuer  en  haut,  de  façon  qu'il 
ne  pressoit  plus  la  Dure-mere,  et  par 
l’ouuerture  de  la  Trépané  issoient  les 
matières,  et  la  Dure-mere  auoittrans- 
piration  : neantmoins  feis  prognosti- 
que audit  Grolo  (lequel  estoit  fort 
curieux  de  faire  traiter  son  seruiteur) 
qu'à  grande  peine , veu  la  grandeur 
de  ladite  fracture , pourroit-il  res- 
chapper:  toutesfois,  grâces  à Dieu, 
il  est  guéri,  reste  l’œil  du  costé  de  la 
fracture  qu’il  a perdu. 

Partant  ne  faut  oster  les  grandes 
pièces  d’os  , si  elles  ne  sont  du  tout 
séparées  de  l’os  non  fracturé , pource 
qu’ils  se  reiinissentparvncallus,  ainsi 
que  les  os  des  autres  parties:  ce  qui 
est  attesté  et  commandé  par  le  diuin 
Hippocrates , au  liure  des  playes  de 
la  leste1,  et  par  Celse,  comme  nous 
auons  dit  cy  dessus.  Et  à ceste  fin  et 
intention  , Nature  , entre  les  deux  ta- 
bles du  Crâne  appellé  Diploé  , a fait 
prouision  d’vn  aliment  sanguin  pour 
reparer  la  substance  perdue  : com- 
me en  la  cauité  des  autres  os  , vn 

1 Ici  finit  le  chapitre  dans  l’édition  de 
1501;  la  citation  de  Celse  a été  ajoutée  à 
celle  de  1575,  et  la  dernière  phrase  à celle 
de  1570. 

II. 


aliment  qui  lient  de  la  nature  de 
moelle  '. 


CHAPITRE  VII. 

DE  I..\  QVATRIÈME  ESPECE  DE  FP.ACTVRE  , 
QVI  EST  INCISION,  APPELLÉE  d’IIIPPO- 

cp.ates  mep.ove  ov  siEOE  : autrement 
figure  délaissée  du  baston  duquel  l'os 
aura  esté  frappé. 

Il  y a semblablement  plusieurs  es- 
peces d’incisions  faites  au  Crâne  : au- 
cunes superficielles , autres  moyen- 
nes, pénétrantes  iusques  au  Diploé, 

1 Paré  traite  ici  beaucoup  trop  briève- 
ment des  enfonceures  du  crâne,  pour  les- 
quelles il  semble  regarder  l’opération  comme 
toujours  indispensable.  Bérenger  commence 
par  distinguer  les  grands  enfoncements  qui 
lèsent  le  cerveau  par  compression,  de  l’en- 
foncement de  simples  esquilles  qui  piquent 
et  blessent  les  membranes.  Or,  l’enfon- 
cement, même  considérable,  n’enlraine  pas 
toujours  des  accidents  assez  graves  pour 
obliger  le  chirurgien  à agir. 

« J’ai  vu  pour  ma  part,  dit-il,  une  grande 
et  notable  compression  sans  fracture  mani- 
feste, dans  un  autre  âge  que  l’enfance;  la 
peau  n’était  point  divisée  et  il  y avait  pour- 
tant une  concavité  notable  à la  tète,  et  les 
malades  ontélé  guéris  par  les  emplâtres, sans 
fâcheux  accidents.  Je  traite  en  ce  moment 
un  enfant  qui  a l’os  fortement  déprimé,  et  il 
n’y  a aucun  accident  fâcheux. 

»>  Quelquefois  la  compression  produit  des 
songes  pénibles,  j’en  suis  témoin  parce  que 
je  l’ai  vu  une  fois  sur  un  certain  Ricio,  co- 
cher des  dames  de  la  noble  famille  des  Pio, 
à Carpi,  lequel,  à l’âge  de  vingt-cinq  ans, 
eut  le  crâne  enfoncé  d’un  coup  de  clef  : dans 
ses  songes  il  se  croyait  attaqué  par  des  en- 
nemis et  jetait  des  cris  ; mais  il  avait  peur  et 
criait  même  dans  la  veille , et  enfin  il  avait 
des  momens  de  sommeil  et  de  veille  où  il 
était  tranquille  et  ne  criait  pas.  D’après  ces 
signes,  mon  père  fit  une  incision  à la  peau, 
2 


i8 


LE  HVITJÉME  LIVRE 


autres  pénétrantes  toutes  les  deux  ta- 
bles : aucunes  sont  auec  perdition  de 
la  substance  d’os  : aucunes  sont  lon- 


gues, autres  courtes  : aucunes  lar- 
ges, les  autres  estroites  : aucunes  sont 
faites  auec  vn  instrument  aigu,  com- 


qui  n’avait  reçu  qu’une  contusion  axec  un 
peu  de  gonflement,  et  l’os  mis  à nu  fut 
trouvé  rompu  et  enfoncé.  Le  lendemain  axcc 
une  scie  fine,  on  fit  l’opération  comme  la 
cure  l’exigeait,  et  ayant  extrait  une  certaine 
quantité  d’os,  on  porta  en-dessous  un  éleva- 
toire,  et  l’on  releva  tout  l’os  enfoncéqui  était 
un  très  grand  morceau  et  qui  ne  bougea 
plus  de  sa  place.  Une  demi-heure  après 
l’homme  avait  repris  son  ancienne  intelli- 
gence, et  il  guérit  ensuite  avec  les  soins  con- 
venables. » Fol.  24. 

Il  avait  vu  aussi  comme  A.  Paré  que  ces 
grands  fragments  peuvent  encore  se  repren- 
dre, parce  qu’ils  adhèrent  toujours  en  quel- 
ques points  au  reste  du  crâne  ou  à la  dure- 
mère.  Le  crâne  reçoit  en  efl'etsa  nourriture  des 
vaisseaux  du  péricràne  et  de  la  dure-mère 
« QuC  le  crâne  reçoive  sa  nourriture  de  la 
dure-mère,  j’en  ai  fait  l’expérience  à Flo- 
rence sur  un  enrant  de  douze  ans  ou  envi- 
ron, fils  d’un  teinturier,  qui  avait  reçu  un 
t coup  de  pied  d’un  mulet.  Il  y avait  un  (rag 
ment  du  crâne  détaché  de  toutes  parts,  de 
l’étendue  d’une  grande  hostie,  et  enfoncé  an- 
dedans  de  l’épaisseur  d’un  couteau.  Je  fus 
appelé  avec  maître  Alexandre  de  Ripa,  phy 
sicien,  et  un  certain  Tanfura,  chirurgien,  et 
ayant  vu  l'os  enfoncé,  nous  voulions  le  rele- 
ver avec  les  instruments  convenables.  Mais 
dans  nos  tentatives  nous  vîmes  une  veine 
notable  rompue  d’où  sortait  une  grande 
quantité  de  sang,  ce  qui  rendait  le  cas  fort 
périlleux , et  nous  abandonnâmes  l’os  qui 
empêchait  le  sang  de  couler,  espérant  le  re 
lever  plus  tard  : et  dans  le  cours  du  traite- 
ment nous  vîmes  que  l’os  était  toujours  vi- 
vant, et  qu’il  n’arrivait  point  d’accidents 
graves  Je  restai  seul  chargé  de  la  cure  , et 
je  vis  l’os  se  consolider  par  les  côtés  à 1 aide 
d'un  cal  ; je  le  laissai , et  1 enfant  guéi it  par- 
faitement bien. 

» J’en  avais  vu  auparavant  d’autres  exem- 
ples, et  j’en  ai  vu  encore  depuis,  que  j’omets 
pour  cause  de  brièveté. 

» J’ai  vu  aussi  plusieurs  compressions  surla 


tête  d’enfans, survenues  par'une  chute  ou  par 
la  maladresse  des  sages-femmes,  et  que  j’ai 
guéries  sans  qu’il  survint  de  ces  rêveries.  Je 
crois  que  c’est  que  la  compression  n’était  pas 
assez  forte  pour  les  produire.»  Fol.  25, recto. 

Passant  ensuite  à l’histoire  des  simples 
esquilles  enfoncées  qui  piquent  ou  compri- 
ment les  membranes,  il  établit  qu’il  faut 
scier  le  crâne  sur  le  côté,  agrandir  la  fissure 
et  extraire  l’esquille  : il  n’y  a pas  d’autre 
moyen  de  guérison. 

» J'en  ai  eu  un  exemple  notable  sur  un 
certain  Philippe Donella  de  Carpi,  qui  était 
resté  un  an  entier  avec  un  gros  fragment 
enfoncé  sous  les  os.  La  pluie,  qui  était  fort 
longue,  s’était  cicatrisée  en  entier,  hors  à ses 
extrémités  où  il  restait  deux  orifices  qui  ne 
voulaient  pas  se  fermer  et  qui  versaient  de 
la  sanie  au  moins  depuis  six  mois.  Il  avait 
été  traité  par  son  frère,  qui  était  assez  bon 
opérateur,  et  par  mon  père.  Appelé  après 
eux,  je  rouvris  la  blessure  dans  toute  sa  lon- 
gueur et  la  dilatai  encore  dans  sa  largeur. 
J’enlevai  une  portion  du  crâne  sur  le  côté, 
et  je  trouvai  surla  dure-mère  une  grosse  et 
longue  esquille  que  j’enlevai.  Je  mondifiai 
la  plaie,  et  je  guéris  complètement  mon  ma- 
lade qui  encore  aujourd’hui  se  porte  bien.  » 
Fol.  25,  verso. 

11  y a quelquefois  de  ces  esquilles  enfon- 
cées qui  ne  piquent  ni  ne  lèsent  en  aucune 
façon  les  membranes.  11  n'y  a pas  d’acci- 
dents fâcheux;  mais  un  médecin  habile  re- 
connaît leur  présence,  parce  que  le  traite- 
ment se  prolonge  plus  qu’il  ne  devrait,  qu’il 
sort  du  pus  de  dessous  les  os  et  qu’il  n’y  a 
pas  de  graves  accidents;  car  il  y en  aurait 
si  la  suppuration  venait  de  toute  autre  cause. 
Dans  ces  cas,  s’il  y a une  large  ouverture, 
la  nature  finit  par  expulser  ces  esquilles  ; 
mais  il  vaut  mieux  venir  à son  secours. 
J'en  ai  extrait  plusieurs  fois,  dit  Bérenger, 
dans  des  cas  de  ce  genre. 

Enfin  de  semblables  esquilles  peuvent 
provenir  d’une  trépanation  faite  avec  de 
mauvais  instruments , de  telle  sorte  que  l’os 


DES  PLAYES  EN  PAUTICVLI ER . 


me  la  pointe  d’vne  dague,  poinçon 
ou  de  hallebarde  , ou  autres  sembla- 
bles. Aucunes  sont  compliquées  auec- 
ques  Contusion  , Fissures  et  Embar- 
rures  et  autres  accidens  :'et  selon 
icelles  différences  faut  pareillement 
diuersifier  la  cure.  Et  partant  en  au- 
cunes d’icelles  seront  appliqués  Ru- 
gines,  ïrepane  et  autres  inslrumens, 
selon  que  la  nécessité  le  requerra, 
comme  auons  dit  par  cy  deuant. 

Or  il  faut  icy  noter,  que  s’il  aduient 
qu'il  y ait  grande  playe  apres  auoir 
coupé  du  tout  l’os,  et  que  portion  du 
cuir  musculeux  fust  demeurée  sans 
estre  entièrement  coupée  : en  tel  cas 
ne  faut  paracheuer  de  couper  ledit 
cuir,  ny  séparer  l’os  (qui  sera  du  tout 
coupé)  d’auec  le  Pericrane , mais  ré- 
duire lesdils  os  et  cuir  ensemble  en 
leur  lieu.  Ce  que  Celse  commande  *, 

s’éclate  et  qu’il  reste  sous  le  crâne  de  petits 
fragments.  « J’ai  vu  ce  cas  d’une  esquille  en- 
foncée par  l’action  du  trépan,  sur  vous- 
même,  grand  prince  (on  sait  que  son  livre 
est  dédié  à Laurent  de  Médicis),  étant  un  de 
vos  médecins.  Nous  manquions  d’instru- 
ments, en  sorte  que  la  trépanation  fut  faite 
comme  on  put,  et  une  petite  esquille  s’en- 
fonça sous  les  os.  Cependant  avec  la  grâce 
de  Dieu  et  l’habileté  des  médecins,  l’os  fut 
extrait,  et  vous  fûtes  rendu  à la  santé.  » 

1 Même  observation  que  pour  les  autres 
citations  de  Celse.  L’édition  de  15G1  dit  sim- 
plement : Ce  que  ie  feis  au  capitaine  thj- 
(lron , etc. 

En  conséquence,  on  peut  présumer  que 
Paré  était  arrivé  de  lui-même  à ce  mode  de 
traitement,  et  c’est  là  un  des  points  où  il 
avait  laissé  derrière  lui  les  chirurgiens  de 
son  siècle.  Bérenger  de  Carpi  même  n’aurait 
osé  se  comporter  ainsi.  Dans  les  simples 
plaies  à lambeau  , il  conseille  bien  de  réu- 
nir par  suture,  en  laissant  à la  partie  la  plus 
déclive  un  orifice  pour  l’écoulement  du  pus, 
et  cette  conduite  lui  a souvent  réussi;  mais 
tout  aussitôt  il  ajoute  : 

« Note  cependant,  lecteur,  ce  que  j’ai  dit, 


>9 

et  feis  au  capitaine  Hydron,  lequel 
puis  peu  de  temps  fut  blessé  en  ceste 
ville  d’vn  coup  d’espée  au  milieu  de 
l’os  coronal.  Et  estoit  ledit  os  coupé 
du  tout  iusques  à la  Dure-mere,  de 
grandeur  et  largeur  de  trois  doigts 
ou  enuiron  , tellement  qu’il  se  ren- 
uersoit  sur  le  visage  et  ne  tenoit  plus 
qu’au  Pericrane  et  cuir  musculeux, 
enuiron  trois  doigts  : et  promptement 
voyant  icelle  playe,  fus  quasi  d’opi- 
nion de  paracheuer  du  tout  le  cou- 
per : mais  consideray  qu’Hippocrates 
et  les  autres  bons  praticiens  ont  lous- 
iours  prohibé  de  ne  laisser  le  cerueau 
descouuert,  s’il  est  possible  : puis  i’es- 
suyay  le  sang  qui  estoit  tombé  sur  la 
Dure-mere,  laquelle  on  voyoit  fort 
mouuoir  à l’œil  : puis  renuersay  la 
piece  qui  estoit  séparée , la  posant  en 
son  lieu  : et  pour  la  mieux  tenir,  feis 

que  la  suture  convient  quand  il  n’y  a ni 
lésion  des  os,  ni  lésion  dupéricrànc;  si  on  la 
faisaitdans  ces  cas, elle  deviendraitune  cause 
de  mort  ; pource  qu’alors  il  faut  déterger 
et  ouvrir,  et  non  coudre  et  fermer  les  plaies, 
» Toutefois  je  prends  Dieu  à témoin  que 
j’ai  vu  un  cas  que  j’ose  à peine  rapporter,  vu 
sa  gravité.  Dans  ma  jeunesse,  il  arriva  à 
Carpi  qu’un  certain  Bernardino  Spacino  bles- 
sa Bernardino  Vicentino  ( tous  deux  étant 
soldats  de  l’illustre  seigneur  fllarco  Pio  de 
Carpi  ) avec  cette  arme  qu’on  appelle  Ron- 
cha  , et  lui  sépara  l’os  du  front  de  haut  en 
bas  jusqu’aux  sourcils  , en  sorte  que  l’os  te- 
nait à la  peau,  et  que  la  peau  détachée  paï- 
en haut  et  sur  les  côtés  ne  tenait  plus  que 
vers  les  sourcils;  et  elle  était  renversée  avec 
l’os  frontal  sur  les  yeux  du  blessé.  Mon  père 
fut  appelé  et  commença  par  détacher  l’os 
de  la  peau  du  front  ; cette  pièce  d’os  était 
longue  et  large  comme  le  front  tout  entier  , 
et  la  dure-mère  n’était  nullement  lésée. 
Après  l’avoir  enlevée,  il  réunit  le  lambeau 
par  suture,  sans  laisser  aucun  soupirail,  et 
appliqua  du  blanc  d’œuf  avec  des  étoupes.  A 
la  seconde  visite  il  appliqua  mon  cérat  hu- 
main , qu’il  renouvelait  tous  les  jours  ; et  le 


20  LU  IIVITIE 

trois  points  d’aiguille  aux  parties  su- 
périeures, et  mis  des  petites  tentes  aux 
costés  de  la  playe,  à fin  de  donner  is- 
sue à la  sanie.  Et  le  tout  fut  si  bien 

blessé  guérit  en  dix  jours,  comme  si  c’eût 
été  une  plaie  simple  ; et  il  a vécu  long-temps 
après  ; et  on  apercevait  toujours  le  mouve- 
ment de  diastole  et  de  systole  à l’endroit 
d’où  l’os  avait  été  enlevé.  » Fol.  44  verso. 

La  méthode  de  Fallopc  en  cas  pareil  est  bien 
plus  étrange  encore.  Quand  l’os  est  décou- 
vert, dit-il,  il  faut  savoirque  deux  heures  seu- 
lement d’exposition  à l’air  suffisentpour  le  re- 
froidirel  entraîner  la  mortification  de  sa  sur- 
face; il  faut  alors  commencerparenlevercctle 
surface  altérée,  et  puis  réunir  la  plaie  par  ag- 
glutination. Si  l’instrument  vulnérant  a en- 
tamé l’os  de  manière  à découvrir  le  diploé  , 
il  est  inutile  de  rugincr  ; mais  il  faut  enlever 
la  portion  d’os  qui  tient  au  lambeau. 

« Écoutez  une  belle  histoire  que  confirme 
le  sentiment  d’Hippocrate  et  de  Galien.  Il  y 
a quelques  années  un  écolier,  durant  la  nuit, 
reçut  une  blessure  à la  tête:  une  partie  du 
cuir  chevelu  était  renversée,  et  un  fragment 
du  crâne  était  séparé  des  os.  Tandis  qu’on 
réchauffait  la  plaie,  je  \is  que  l’os  n’avait 
point  souffert;  il  n’y  avait  point  besoin  de 
ruginer,  parce  qu’il  était  couvert  de  sang  et 
que  la  plaie  allait  jusqu’au  diploé;  j’enlevai 
le  fragment  et  je  réappliquai  le  lambeau. 

» Il  y avait  avec  moi  un  certain  écolier; 
de  retour  dans  son  pays,  il  fut  appellé  pour 
un  domestique  blessé  de  la  même  manière, 
mais  plus  grièvement,  car  une  portion  du 
cerveau  était  enlevée  ; il  fit  comme  j’avais 
fait,  et  son  malade  guérit. 

» Bons  dieux  ! quel  honneur  s’attira  celui- 
ci  avec  une  détestable  méthode!  Je  vous 
avertis  de  ne  pas  l’imiter , car  s'il  faut  es- 
sayer la  réunion  par  agglutination  quand  1 os 
est  mis  à nu,  je  ne  dis  pas  qu’il  en  soit  de 
môme  quand  le  cerveau  est  découvert  ; il 
faut  alors  placer  dessus  une  lame  d’or,  sur 
laquelle  vous  rabattrez  la  peau  et  le  péri- 
cràne  ; parce  qu’il  convient  a la  nature  de 
la  chair  humaine  et  de  la  membrane,  comme 
vous  comprendrez.  Je  ne  vous  dis  donc  pas 
d’imiter  cet  écolier,  par  ce  qu’il  en  pour- 


E LIVRE  , 

adapté,  que  par  la  grâce  de  Dieu  il  en 
guérit,  iaçoit  qu’il  eust  eucor  plu- 
sieurs grands  coups  d’espée,  tant  au 
trauers  d’vne  cuisse,  qu’au  visage, 
et  vn  autre  au  costé  droit  près  la  mam- 
nielle,  passant  le  long  des  costes , pé- 
nétrant outre  de  l’autre  part  en  la 
partie  basse  de  l’Omoplate. 

Et  pou r conclure  , ne  faut  faire 
amputation  de  l'os  ny  cuir  musculeux 
qui  cornue  le  Crâne,  et  moins  enco- 
res  des  os  d’iceluy,  sinon  le  moins 
qu’il  sera  possible  , de  peur  que  le 
cerueau  ne  soit  descouuert. 


CHAPITRE  VIII. 

DE  LA  CINQVIÉME  ESPECE  DE  FRACTVRE, 
OVl  SE  FAIT  DV  COTÉ  OPPOSÉ  DV 
COVP. 

La  fracture  se  fait  quelquesfois  du 
costé  opposite  du  coup  : comme  si  le 
coup  est  en  la  partie  dextre  , la  Frac- 
ture ou  fissure  se  fait  au  costé  senes- 
tre  : qui  est  vne  chosebien  dangereuse, 
à cause  que  rarement  on  peut  con- 
noistre  le  mal , et  n’y  a moyen  ny  ar- 
tifice vray  de  le  connoislre,  comme 
dit  Hippocrates  , liure  De  vulneribus 
capitis:  par  quoy  en  tel  cas  quand  la 
mort  s’ensuit , le  Chirurgien  est  excu- 
sable. Ce  que  ie  puis  vrayement  at- 
tester auoir  veu  aduenir,  neantmoins 
que  Paul  Ægineta s’en  mocque,  disant 
que  nature  a fait  le  Crâne  de  plusieurs 

rait  résulter  les  plus  grands  inconvénients.  » 
(Jp.  omnia,  p.  040. 

N’esl-il  pas  curieux  de  voir  Fallopc  , qui 
dans  ce  livre  même  traite  \igo  d’empirique, 
conseiller  un  moyen  que  les  derniers  des 

charlatans  n’employaient, comme  nous  l’ap- 
prennent Franco  et  Paré,  que  pour  voler  la 
pièce  d’or  aux  malades!’  Voyez  plus  bas , 
chap.  xxii. 


DES  PLVVf.S  ICN  l'ABTICVLI  Fit. 


pièces  et  commissures  qui  le  sépa- 
rent, à fin  que  s’il  aduenoit  Fracture 
à vu  costé , qu’elle  ne  fust  communi- 
quée à l’autre.  Et  ainsi  conclut  qu’i- 
celle Fracture  ne  peut  eslre  faite  au 
costé  opposite  du  coup. 

Or  ie  dis  que  telle  chose  est  vraye 
en  ceux  qui  ont  leurs  commissures 
parfaites  : mais  en  ceux  qui  n’en  ont 
point  ou  sont  imparfaites,  il  se  pourra 
faire  qu’vu  costé  estant  frappé , l’au- 
tre opposite  soit  blessé.  Ce  qui  est 
aduenu  plusieurs  fois  , et  mesmes 
puis  nagueres  à l’vn  des  seruiteurs 
de  monsieur  du  Mats  , Control- 
leur  des  Postes , lequel  eut  vu  coup 
de  pierre  sur  l’os  Pariétal,  partie 
dextre , auecques  petite  playe  et 
grande  contusion  et  tumeur.  Et  luy 
fut  faite  incision  pour  aggrandir  la 
playe  et  faire  vacuation  du  sang  con- 
tenu en  ladite  tumeur.  Et  fut  traité 
par  deffuntmaistre Thierry  de  Hery1, 
duquel  suis  asseuré  qu’il  n’oubiia 
rien  à faire  son  deuoir , pource  qu’il 
auoit  Dieu  douant  les  yeux,  et  qu’il 
estoit  bien  exercé  à la  Chirurgie.  Et 
apres  l’incision  faite,  conneut  à l’œil 
que  l’os  estoit  entier  : neantmôins 
auoit  coniecture  grande  que  l’os  pou- 
uoit  eslre  fracturé , pource  qu’incon- 
tinent qu’il  fut  frappé,  tomba  en  terre 
et  vomist  : et  eut  autres  accidens  qui 
denotoient  Fracture.  Tant  y a que  le 

'Dans  l’édition  de  1501,  on  lit  : de  [f uni 
maislre  Thierry  de  Hery , Lieutenant  ■pour 
lors  du  premier  Barbier  du  Roy.  Or  si  l’on 
considère  que  Paré  donne  cette  observation 
comme  récente , puis  nagueres,  il  devient 
fort  vraisemblable  que  Thierry  de  Hery  ne 
fit  jamais  partie  du  collège  des  chirurgiens , 
comme  l’ont  écrit  Quesnay  dans  ses  Recher- 
ches sur  l’origine  de  ta  Chirurgie  en  France  , 
cl  Devaux  dans  son  Index  ftinereus.  Ce  der- 
nier se  trompe  aussi  étrangement  en  plaçant 
la  mort  de  Thierry  de  Hery  en  1599. 


2 t 

patient  mourut  le  vingt  et  vniéme 
iour , dont  ledit  Thierry  m’enuoya 
quérir,  par  la  persuasion  dudit  du 
Mats,  pour  sauoir  la  cause  de  sa  mort. 
Et  luy  ayant  scié  le  crâne,  trouuas- 
mes  à la  partie  opposite  du  coup, 
l’os  scissuré  et  fendu  , grande  quanti- 
té de  sanie  et  aposteme  en  la  Dure- 
inere,et  mesme  en  la  substance  du 
cerneau , et  ne  luy  fut  trouué  au- 
cune commissure  , excepté  les  deux 
Mendeuses. 

Et  partant  conclus  par  autorité 
d’Hippocrates , et  par  raison  el  expé- 
rience, qu'il  se  peut  faire  Fracture  du 
côté  opposite  du  coup,  principalement 
à ceux  qui  n’auront  commissures,  ou 
qu’elles  soient  fort  jointes  ensemble. 
D’autre  costé,  il  n’est  pas  aussi  im- 
possible que  la  fissure  se  face  à l’op- 
posite  du  coup  assis  au  mesme  os.  et 
non  en  l’autre,  en  ceux  qui  ont  le 
crâne  bien  conformé  et  distingué  par 
sutures.  Et  telle  est  l’intention  d’Hip- 
pocrates en  ce  passage  : parquoy  ne 
doit  estre  suiuie  l’opinion  deCelseen 
ce  lieu  , estimant  le  coup  assis  en  vn 
os , et  la  Fissure  en  vn  autre  : ny  de 
Pauius  Ægineta,  reiettant  la  sentence 
d’Hippocrates  comme  chose  impos- 
sible '. 

Et  fa u t noter  que  l’opposite  du  coup 
en  mesme  os  se  peut  entendre  en  deux 
maniérés.  Premièrement,  quand  la 

1 Toutes  ces  citations,  même  celle  de 
Celse,  se  trouvent  dans  l’édition  de  1591. 

Bérenger  a aussi  ouvert  une  discussion 
sur  cette  question,  savoir  si  un  coup  sur  la 
tète  peut  fracturer  l’os  au  point  opposé;  mais 
il  ne  la  résout  pas  de  la  même  manière.  Je 
donnerai  une  exacte  analyse  de  son  argu- 
mentation. 

Celse,  et  peut-être  Avicenne,  et  Nicolas 
de  Florence  croient  à cette  espèce  de  frac- 
ture; Nicolas  dit,  par  exemple,  avoir  xu  un 
cordier  qui  avait  reçu  un  coup  de  clé  sur  la 


LE  HV1TIÉME  LIVRE, 


22 

fracture  est  en  la  mesme  superficie  de 
l’os  frappé  : comme  si  la  partie  d’vn 
des  os  bregmatis  qui  est  vers  la  su- 
ture lambdoïde , estant  frappée , celle 
qui  est  vers  la  suture  coronale  se 
monstre  blessée. Secondement, quand, 
non  la  superficie  qui  a receu  le  coup 
est  blessée , mais  celle  seulement  qui 
est  au  dessous,  comme  lors  que  la  pre- 
mière table  est  frappée  sans  eslre  frac- 
turée , et  que  la  seconde  est  rompue. 
Ce  que  i’ay  veu  aduenir  à vn  gentil- 

tempe  droite;  on  découvrit  le  crâne  en  ce 
point  : il  n’y  avait  pas  de  fracture  ; cepen- 
dant au  20- jour  il  survint  du  frisson  , de 
la  fièvre;  et  le  23e  apparut  un  ecchymose 
(livedo)  à la  tempe  opposée  , avec  gangrène 
de  la  peau.  Les  chairs  gangrenées  ayant  été 
enlevées,  on  trouva  là  une  fracture  du  crâne  ; 
toutefois  le  blessé  succomba. 

Cela  paraît  décisif  ; mais  plusieurs  sont 
d’opinion  contraire:  par  exemple,  Paul  d’E- 
ginis,  le  subtil  Ilino  de  Garbo,  Gcntilis  de 
Fulgineo,  le  grand  Guy  et  beaucoup  d’autres. 
Bérenger  est  fort  embarrassé.  A la  vérité,  Gen- 
tjlis  n’est  pas  ferme  dans  son  opinion , et 
dit  qu’il  tient  un  fait  contraire  de  quelqu’un 
digne  de  foi.  L’autorité  de  Celse  est  plus 
grande  encore  ; mais , d’un  autre  côté , 
le  texte  d’Avicenne  n’est  pas  clair,  et  Dino 
l’a  entendu  tout  différemment  ; et  tout  bien 
considéré,  Paul  et  Dino  et  le  grand  Guy 
l’emportent;  Bérenger  s'appuie  d’ailleurs  sur 
trois  autopsies  qu’il  a faites,  et  où  il  a trouvé 
simplement  des  abcès  sans  fracture  au  lieu 
opposé  à la  percussion.  Entin,  dernière  rai- 
son, il  est  possible  qu’un  individu  reçoive 
un  coup  de  bâton  ou  un  coup  de  pierre,  et 
tombe  sur  le  côté  opposé  du  crâne,  où  la 
chute  produira  une  fracturequi  passera  ainsi 
pour  une  fracture  par  contre-coup... « Je  ne  dis 
point  qu’elle  soit  impossible , mais  je  dis 
qu’elle  est  fort  difficile  ; et  je  dis  que  nom- 
bre de  fois  les  médecins  accusentjine  frac- 
ture au  lieu  opposé  et  qu’ils  font  un  pur 
mensonge  , parce  que  beaucoup  se  mêlent 
de  cet  art,  qui  ignorent  les  premiers  éléments 
de  la  médecine.  » Fol.  11  à 13. 


homme  de  la  compagnie  de  monsieur 
d'Estampes,  lequel  fut  blessé  sur  la 
breche  du  chasteau  de  Hedin , d’vn 
coup  d’harquebuse  qu’il  receut  sur 
l’os  Pariétal , ayant  vn  habillement 
de  teste,  lequel  la  balle  enfonça  sans 
estre  rompu,  ny  pareillement  le  cuir, 
ny  le  crâne  extérieurement  : et  le  si- 
xième iour  mourut  apoplectique. 
Dont  aduint  que  pour  l’enuie  que  i’a- 
uois  de  connoistre  la  cause  de  sa  mort, 
ie  luy  ouuris  le  crâne,  auquel  trou- 
uay  la  seconde  table  rompue , auec 
esquilles  d’os  qui  estoient  insérés  dans 
la  substance  du  cerueau,  encore  que 
la  première  table  fust  entière  *.  Ce 
que  pareillement  atteste  auoir  veu  et 
monstre  depuis  à messieurs  Chape- 
lain, premier  Médecin  du  Roy,  et  Cas- 
lelan  premier  de  la  Royne,  en  vn  gen- 
tilhomme qui  fut  blessé  à l’assaut  de 
Rouen. 

Or  Hippocrates  ne  baille  aucune 
maniéré  de  traiter  icelle  cinquième 
espece  de  fracture , pour-ce  qu’on  ne 
peut  vrayemeulconnoistre  lelieu  bles- 
sé : pourtantle  plus  souuenl  sont  mor- 
telles. Toutesfois  se  faut  efforcer  à les 
connoistre , en  appliquant  dessus 
(ayant  tout  rasé  le  poil)  vue  emplastre 
qui  sera  faite  de  poix  liquide , et  de 
poix  noire  , cire,  auec  terebentine  et 
pouldre  d’Ireos  et  Mastich  : et  si  on 
voit  quelque  endroit  estre  plus  hu- 
mide et  plus  mol , et  aucunement  tu- 
méfié et  enflé,  on  pourra  dire  par  con- 
ieclure  qu’en  tel  endroit  doit  eslre  la 
fracture  scissurée.  loint  aussi  que  le 

i Tout  ce  paragraphe  a été  ajouté  dans 
l’édition  de  1575.  Seulement  l'histoire  du 
gentilhomme  d’Estampes  se  lisait,  dans  l’é- 
dition de  1501  , à la  suite  du  chapitre  des 
contusions  (voir  la  note  delà  page  14).  La 
phrase  suivante  manquait  et  était  remplacée 
par  celle-ci  : ce  que  pareillement  de  Vigo 
atteste  auoir  veu  aduenir. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


23 


patient  met  souuent  la  main  à l'en- 
droit où  est  la  fracture  : et  voyant 
telles  choses  auec  autres  signes  con- 
iecluratil's  par  cy  deuant  escrits,  plus- 
tot  que  laisser  le  patient  mourir,  ie 
conseille  de  trépaner,  vsanl  parauant 
de  bon  Prognostique  aux  païens  et 
amis  du  patient  : aussi  appellant  con- 
seil tant  de  Docteurs  Médecins , que 
Chirurgiens,  de  peur  qu’il  nesetrouue 
empescbé,  si  d’auenture  le  patient 
vient  à mourir  : car  ce  sera  chose  plus 
aisée  à quatre  de  le  porter  en  terre,  qu’il 
ne  seroit  à vn  seul  *. 

Or  retournons  à nostre  propos , 
concluans  qu’entre  les  especes  des 
fractures  du  Crâne , sont  quatre  qui 
peuuent  deceuoir  le  Chirurgien.  La 
première,  quand  l’os  est  contus,  et 
promptement  retourne  en  sa  place. 
La  seconde,  quand  il  y a vne  petite 
scissure  comme  vn  poil.  La  tierce , 
quand  l’os  est  esclalé  au  dedans,  et 
par  dehors  est  entier.  La  quatrième , 
quand  l’os  est  fracturé  à la  partie  op- 
posite du  coup. 


CHAPITRE  IX. 

DE  LA  COMMOTION  OV  ESBRANLEMENT 
ET  CONCV SSION  DV  CERVEAV. 

D’auantage  faut  entendre  qu’outre 
les  susdites  fractures , il  se  fait  vne 
autre  disposition  appellée  Commo- 
tion, ou  esbranlement  et  concussion 
du  cerueau,  qui  cause  semblables  ac- 
cidens  que  les  fractures  du  Crâne  2 : 

1 Cette  sentence  était  d’abord  restée  con- 
fondue dans  le  texte  ; mais  dans  les  derniè- 
res éditions  , A.  Paré  l’a  jugée  digne  d’être 
mise  mieux  en  relief,  et  il  l’a  répétée  dans 
une  note  marginale. 

2 Gai.  2.  de  la  composition  des  medicamens; 

chap.  6,  et  surl’Apb.  58,  sect.  7. — A.  P. 


laquelle  Commotion  se  fai  t pour  auoir 
tombé  de  haut  en  bas  sur  chose  so- 
lide et  dure,  ou  par  coups  orbes, 
comme  de  pierre  ou  d’vne  masse  , ou 
d’vn  coup  de  lance,  ou  l’air  d’vn  coup 
d’artillerie , ou  du  tonnerre  tombant 
près  delà  personne, voire  delà  main, 
ou  autres  semblables.  Qu’il  soit  vray, 
Hippocrates  au  5.  liure  des  Epidémies 
en  escrit  ceste  histoire  qui  s’ensuit. 

Vne  fort  belle  pucelle  fille  de  Nerus, 
aagée  de  vingt  ans,  estant  frappée 
par  maniéré  de  ieu  sur  l’os  du  Breg- 
ma,  delà  main  estendue  d’vne  sienne 
amie , fust  incontinent  surprise  de 
Vertigine  sans  respirer.  Aussitost 
qu’elle  tust  de  retour  en  sa  maison , 
vne  fiéure  aiguë  la  saisit,  auec  dou- 
leur de  teste  et  rougeur  de  la  face,  et 
au  septième  iour  elle  vuida  par  l’o- 
reille dextre  vn  bon  verre  de  boue 
puante  et  rougeastre  , et  luy  sembla 
estre  allégée.  Mais  de  rechef  la  fiéure 
suruint,  et  lors  fust  assoupie  ne  pou- 
uant  parler, auecconuulsion  de  la  par- 
tie dextre  de  la  face  et  difficulté  d’ha- 
lener.  Aussi  la  conuulsion  et  tremble- 
ment de  tout  le  corps  ensuiuit,  la 
langue  liée,  l’œil  immobile,  et  au 
neufiéme  iour  elle  mourut. 

D’auantage  noteras  que  le  patient, 
iaçoit  qu’il  y ait  vnarmet  ou  autre  ha- 
billement de  teste,  lorsqu’il  sera  frap- 
pé, neantmoins  par  grand  effort  et 
esbranlement  de  la  teste , se  peuuent 
rompre  veines  et  arteres,  non  seule- 
ment celles  qui  passent  et  entrent  par 
les  sutures,  mais  aussi  aucunes  de 
celles  qui  vont  par  cy  et  par  là  entre 
les  deux  tables,  au  lieu  dit  Diploé, 
tant  pour  suspendre  et  attacher  la 
Dure  mere  contre  le  Crâne,  à fin  que 
le  cerueau  ait  son  mouuement  plus 
libre , que  pour  porter  le  sang  et  ali- 
ment au  Crâne:  au  lieu  qu’iceluyn’a 
moelle , ains  est  nourri  du  sang  con- 


LF,  IIVITIiSme  LIVRE, 


q4 

tenu  au  Diploé , ainsi  qu’auons  dé- 
claré en  l’Anatomie.  Dont  s’ensuit 
flux  desang, qui  découle  ou  entrel’oset 
les  membranes,  ou  entre  les  membra- 
nes et  le  cerveau  :eten  cest  endroit  le 
malade  sent  grande  douleur, et  laveüe 
s’obscurcist  : lequel  sang  estant  hors 
de  ses  propres  vaisseaux  se  corrompt 
et  putréfié.  Ce  qui  est  approuué  par 
Hippocratesen  l’Aphorisme, Si  inyen- 
trem  sanguis  prœter  naturam  L Dont 
plusieurs  accidensaduiennent, comme 
esblouïssement  de  veuë,  vomissement, 
lequel  se  fait  parlacolliganceet  ami- 
tié qu’a  l’estomach  auec  le  cerueau  , 
par  les  nerfs  de  la  sixième  coniugai 
son,  lesquels  descendent  du  cerueau, 
et  se  vont  insérer  à son  orifice  supé- 
rieur, et  de  là  en  toute  sa  substance: 
au  moyen  dequoy,par  la  société  qu’ils 
ont  ensemble,  se  comprime,  resserre 
en  soy,  et  comme  se  renuerse,  et  alors 
iettepremierement  ce  qui  est  contenu 
en  sa  capacité,  et  d’abondant,  ce  qui 
y peut  affluer  des  parties  qui  luy  sont 
voisines  et  alliées  , comme  du  foye  et 
vessie  du  fiel  : entre  lesquelles  choses 
la  bile,  comme  la  plus  mobile,  et  par 
legereté  naturelle  prompte  à suiure 
ce  mouuement  par  le  haut,  sort  la 
première,  et  en  plus  grande  abon- 
dance , qui  est  la  vraie  cause  du  vo- 
missement bilieux,  tant  rechanté  par 
les  Médecins,  és  solutions  de  conti- 
nuité qui  aduiennent  tant  au  Crâne 
qu’au  cerueau.  Quelque  temps  apres 
suruient  inflammation  aux  membra- 
nes, et  au  cerueau  : à raison  du  sang 
qui  sort  des  ve  nés  et  arteres  rompues 
pour  la  violence  du  coup,  et  espandu 
par  la  substance  du  cerueau,  se  cor- 
rompt et  pourrit  incontinent.Tellein- 

1 Paul.  Ægin. — Cornélius  Celsus. — Hipp. 
Aph.  20.  liu.  0. — A.  P. — I.’édilion  de  1 56 1 ne 

cite  en  cet  endroit  ni  Paul  d’Æginc  niCelse. 


flammation  est  communiquée  à toutes 
les  parties  du  corps,  se  fait  ûéure  aussi 
tost , aussi  aduient  resucrie,  par  alte- 
ration du  cerueau  et  assopissement , 
par  alienation  , lesquels  accidens  és 
playes  de  teste  sont  fort  dangereux, 
suiuantl’autoritéd’Hippocrates  en  l’A- 
pb  orisme  ,Incapi  lisictu.obslupescen  tia 
et  elesipientia  malum1  : et  stupeur,  qui 
est  diminution  de  mouuoir  et  sentir, 
faite  par  l’obstrue  lion  des  voyes  et 
conduits  de  l’esprit  animal  : puis  apo- 
steme  et  pourriture  au  cerueau,  auec 
tres-grande  difficulté  de  respirer,  qui 
prouient  du  cerueau  offensé,  qui  fait 
que  le  thorax , qui  est  propre  instru- 
ment de  la  respiration , ne  peut  faire 
son  office,  pour-ce  que  les  muscles 
qui  ont  mouuement  du  cerueau  et  de 
l’espine  médullaire , par  l’esprit  ani- 
mal enuoyé  par  les  nerfs,  ne  peuueut 
esleuer  ledit  Thorax,  parce  qu’ils  sont 
priués  de  la  faculté  de  mouuoir  : et 
par  tels  accidens  la  mort  s’ensuit 2. 

1 Hipp.  Aph.  14.  liu.  6.  — A.  P. 

2 Les  chirurgiens  qui  ont  précédé  A.  Taré 
se  sont  assez  peu  occupés  de  la  commotion. 
Bérenger  de  Carpi , dans  ses  définitions, admet 
une  commotion  sans  fracture  , qui  enlève 
subitement  la  voix  au  malade;  et  il  cite  un 
cas  de  mort  sur  le  seigneur  Hercule  de  Mars- 
cliotis.  Les  accidents  proviennent  non  seule- 
ment de  la  rupture  des  nerfs  du  cerveau  , 
mais  encore  des  veines  et  de  la  putréfaction 
du  sang  épanché  , sans  que  l’on  puisse  con- 
naître le  siège  «le  l’épanchement.  II  cite  d’ail- 
leurs à l’appui  de  ses  idées  l’autorité  de 
Celse. 

Plus  loin  , au  fol.  15,  il  revient  sur  ce  su- 
jet ; la  commotion  est  due  à une  chute  de 
haut,  un  coup  d’un  instrument  contondant  ; 
les  sigpes  sont  la  perte  de  la  voix  , ce  qui 
accuse  la  rupture  des  nerfs  ; mais  comme  il 
y a sept  paires  de  nerfs  cérébraux  , les  acci- 
dents varient  selon  les  nerfs  lésés.  Quant  à 
la  rupture  des  veines,  elle  ne  produit  les 
accidents  que  plus  tard. 


DES  PLAYF.S  K N PAItTICVIlFR. 


Tous  lesquels  acculons,  ou  la  plus 
part , on  a veu  aduenir  au  feu  Roy 
Henry  dernier  décédé,  lequel  au  lour- 
noy  receut  vn  très-grand  coup  de 
lance  au  corps,  qui  fust  cause  luy  es- 
lcuer  la  visiere,  et  vn  esclat  du  con- 
trecoup luy  donna  au  dessus  du  sour- 
cil dextre,  et  lui  dilacera  le  cuir  mus- 
culeux du  front  près  l’os  transuersa- 
lement  iusques  au  petit  coin  de  l’œil 
senestre,  et  auec  ce  plusieurs  petits 
fragmens  ou  esquilles  de  l’esclat  de- 
meurèrent en  la  substance  dudit  œil, 
sans  faire  aucune  fracture  aux  os. 
Donc  à cause  de  telle  commotion  ou 
esbranlement  du  ccrueau , il  décéda 
l’onzième  iour  apres  qu’il  fut  frappé. 
Et  apres  son  deces,  on  luy  trouua  en 
la  partie  opposite  du  coup,  comme 
enuiron  le  milieu  de  la  commissure 
de  l’os  Occipital,  vne  quantité  de  sang 
espandu  entre  la  dure-mere  et  Pie- 
mere  : et  alteration  en  la  substance 
du  ccrueau  , qui  estoit  de  couleur 
fiaue  ou  iaunaslre,  environ  la  gran- 
deur d’vn  poulee  : auquel  lieu  fust 
trouué  commencement  de  putréfac- 
tion : qui  furent  causes  suffisantes  de 
la  mort  aduenue  audit  Seigneur,  et 
non  le  vice  de  l’œil  seulement.  Ce 
qu’aucuns  ont  voulu  referer  à la  cause 
de  sa  mort  : car  on  a veu  plusieurs 
qui  ont  receu  de  plus  grands  coups 
que  cestuy  sur  les  yeux,  neantmoins 
ne  sont  morts 

Comme  aussi  on  a veu  de  fresclie 
mémoire,  à monsieur  de  saint  Ieau, 
escuyer  du  Roy  : lequel  estant  au 
tournoy  qui  fust  fait  deuant  l’hostel 
de  Guise , eut  vn  coup  d’esclat  de 
lance  par  dedans  sa  visiere,  de  lon- 

1  J’ai  fait  voir  dans  mon  Introduction, 
contre  l’opinion  de  M.  Villiaume,  que  Paré 
avait  assisté  Henri  II  dans  cette  blessure  , 

bien  qu’il  n’en  soit  fait  aucune  mention  ici. 


gueur  et  grosseur  d’vn  doigt,  sous 
l’œil  dedans  l’orbite, pénétrant  de  trois 
doigts  ou  enuiron  dedans  la  teste  : et 
letrailay  auec  bonne compagnietant 
de  Médecins  que  de  Chirurgiens  , par 
le  commandement  du  Roy  Henry  dé- 
funt : entre  lesquels  estoient  mes- 
sieurs Valeran,  Médecin  ordinaire  du 
Roy,  Eoys  Duret,  Rodolphe  de  l’Or, 
Docteurs  Regents  en  la  faculté  de 
Medecine  à Paris,  et  Iacques  le  Roy  >, 
Chirurgien  ordinaire  du  Roy  : neant- 
moins la  playe  faite  par  vn  si  grand 
coup  a esté  guariepar  l’aide  de  Dieu. 

Et  d’abondant  en  cest  endroit  ne 
veux  laisser  en  arriéré  la  tres-grandc 
playe  que  monseigneur  François  de 
Lorraine,  Duc  de  Guise,  receut  deuant 
Boulongne , d’vn  coup  de  lance,  qui 
au  dessous  de  l’œil  dextre,  déclinant 
vers  le  nez,  entra  et  passa  outre  de 
l’autre  part , entre  la  nucque  et  l’o- 
reille , d’vne  si  grande  violence  que 
le  fer  de  la  lance  auec  vne  portion  du 
bois  fust  rompue,  et  demeura  dedans, 
en  sorte  qu’il  ne  peut  estre  tiré  hors 
qu’à  grande  force , mesmes  auec  te- 
nailles de  mareschahnonobstant  tou- 
tesfois  cesle  grande  violence , qui  ne 
fust  sans  fracture  d’os,  nerfs, veines,  ar- 
tères cl  autres  parties  rompues  elbri- 
sées  par  ledit  coup  de  lance  , mondit 
Seigneur  grâces  à Dieu  fust  guari1  2. 

Dont  conclurons  qu'aucuns  meu- 
rent de  bien  petites  playes,  les  autres 
reschappent  de  tres-grandes , voire 
qui  sont  entièrement  desesperées,  tant 
aux  Médecins  qu’aux  Chirurgien*. 

> L’édition  de  15G1  porte:  Iacques  le  Roy 
et  le  liait  d’Amboise  , Chirurgiens  ordinaires 
du  Roy.  Jehan  d’Amboisea  été  rayé  depuis. 

2 Cette  histoire  fut  publiée  d’abord  en  1552 
dans  la  seconde  édition  des  Playes  d’hacque- 
buies,  fol.  79.  Voyez  d’ailleurs  ce  que  j’en  ai 
dit  dans  la  vie  d’A.  Taré. 


2 b LE  HVIT1ÉME  LIVJîE 


Mais  telles  choses  se  doiuent  quelque- 
fois referer  aux  températures,  et  prin- 
cipalement à Dieu  , qui  tient  la  vie 
des  hommes  en  sa  main. 

Et  te  suffise  de  la  commotion  du 
cerneau,  et  des  especes  de  fracture 
du  Crâne.  Maintenant  faut  parler  du 
Prognostique. 


CHAPITRE  X. 

DV  PROGNOSTIOVE. 

Il  ne  faut  négliger  les  playes  de  la 
teste,  et  n'y  eut-il  que  le  cuir  incisé 
ou  contus  : mais  encores  moins  lors 
qu’il  y a fracture  au  Crâne,  à raison 
que  quelquesfois  suruiennenl  grands 
accidens,  et  le  plus  souuent  la  mort: 
principalement  aux  corps  cacochy- 
mes, comme  sont  verolés,  ladres,  hy- 
dropiques,  phthisiques,  ou  he  tiques, 
bouffis,  lentignicux,et  généralement 
tous  cachecliques  : car  ù tels,  leurs 
playes  sont  difficiles  à curer,  et  bien 
souuent  impossibles  1 : à raison  que 
les  playes  ne  se  guarissent  que  par 
vnion  et  consolidation  , lesquelles 
choses  ne  se  font  que  par  affluence  de 
bon  sang  et  louable,  et  par  la  force 
de  nature.  Or  l’affluence  de  sang  de- 
faut aux  hecliques  et  phthisiques  : le 
sang  bon  et  louable  defaut  générale- 
ment à tous  cacochymes  et  cachec- 
tiques : comme  la  force  et  vigueur  de 
la  faculté  naturelle  manque  à tous 
deux. 

Les  fractures  de  teste  faites  à ceux 
qui  releuent  de  maladie,  sont  difficiles 
à curer,  et  quelquesfois  impossibles. 

Les  playes  de  teste  faites  par  con- 
tusion sont  plus  longues  et  dilficiles 

1 Le  reste  de  ce  paragraphe  manque  dans 
l’édition  de  1561. 


à guérir,  que  celles  qui  sont  faites 
par  incision. 

L’os  ne  se  rompt  point,  que  la  chair 
de  dessus  ne  soit  blessée , excepté  en 
1 1 fracture  qui  se  fait  à l’opposile  du 
coup. 

Les  os  des  enfans  sont  moins  durs 
et  plus  déliés , arrosés  et  imbus  de 
sang,  que  ceux  des  vieux  : et  partant 
s’altèrent  et  pourrissent  plustost.  Par- 
quov  telles  playes  sont  plus  dange- 
reuses et  mortelles  qu’elles  ne  sont  és 
vieilles  gens,  parce  que  leurs  os  s’al- 
tèrent et  pourrissent  plustost,  à raison 
qu’ils  sont  de  température  pluscliaude 
et  humide,  et  par  conséquent  plus 
faciles  à pourrir  : et  pour  leur  ten- 
drelé  et  mol lessecommuniquent  plus- 
tost leurs  pourritures  aux  membranes 
elcerueau,  dont  la  mort  s'ensuit  plus- 
tost qu’à  ceux  qui  sont  d’aage  viril  >. 
Combien  que  és  vieilles  gensles  playes, 
tant  celles  qui  sont  à la  chair  que 
celles  qui  sont  és  os  de  la  teste,  ne 
s’agglutinent,  et  vinssent  pas  si  tost 
que  és  enfans,  à cause  que  les  vieilles 
gens  ont  les  os  plus  secs  et  plus  durs, 
et  par  conquent  moins  agglutinables: 
et  ont  moins  de  sang , et  mesme  ce 
peu  ce  qu’ils  en  ont  est  plus  sereux, 
et  p’r  conséquent  moins  propre  à 
faire  l’agglutination. 

L’homme  vit  plus  longtemps  d’vne 
playe  mortelle  faite  au  Crâne,  en 
hvuer , qu’en  esté  : à raison  qu’en 
hyuer  la  chaleur  naturelle  est  plus 
forte  qu’en  esté  : pareillement  l’hu- 
meur se  pourrit  plustost  en  esté  qu’en 
hyuer, au  moyen  quelachaleurcontre 
nature  est  plus  grande  en  esté  qu’en 
hyuer.  Cequi  est  approuué par  Hippo- 
crates en  l’Aphorisme  quinziéme  du 
premier  liure:  Ventres  hyetne,  etc.  Et 

1 Le  reste  de  ce  paragraphe  manque  dans 
l’édition  de  1561. 


DIS  PLAT  K S EN  l'ARTlCVLIER . 


où  la  chaleur  naturelle  ne  peut  curer 
la  fracture  , Nature  estant  plus  forte 
prolonge  la  vie. 

Les  playes  du  cerueau  et  des  mem- 
branes sont  mortelles  le  plus  sou- 
rient-, à cause  que  souuentesfois  s’en 
ensuit  ablation  de  l’action  des  mus- 
cles du  Thorax  et  des  autres  seruans 
à la  respiration  : dont  de  nécessité  la 
mort  s’ensuit.  Ce  que  nous  auons  par 
c y deuant  déclaré. 

Si  apres  vn  coup  donné  à la  teste 
il  suruient  tumeur,  et  se  perd  tost , 
c’est  mauuais  signe  : si  ce  n’est  par 
cause  raisonnable,  comme  apres  vne 
saignée  , purgation  ou  medicamens 
résolutifs  : ce  qui  est  prouué  par  Hip- 
pocrates'. 

Quand  la  fiéure  vient  au  commen- 
cement , c’est  à sçauoir  dans  le  qua- 
trième ou  septième  iour  (ce  qu’eile 
fait  le  plus  souuent)  on  peut  iuger 
qu’elle  vient  pour  la  régénération  de 
la  sanie,  ainsi  qu’il  est  escril  par  Hip- 
pocrates: D uni  pus  confiritur , etc. 1  2. 
Et  telle  fiéure  n’est  tant  à craindre 
lors,  que  quand  elle  vient  apres  le 
septième  iour,  auquel  iour  a de  eous- 
lumede  laisser  le  patient  : mais  quand 
elle  vient  au  dixiéme  ou  quatorzième, 
et  auec  froid  et  tremblement,  elle  est 
dangereuse,  pource qu’il  y a suspi- 
cion qu’elle  soit  causée  de  quelque 
putréfaction  qui  se  fait  au  cerueau , 
ou  à la  Dure-mere , ou  au  Crâne , 
principalement  si  elle  est  accompa- 
gnée d’autres  accidens  : comme  si  la 
couleur  de  la  playe  n’est  rouge,  mais 
blaffarde  , comme  chair  lauée  : la- 
quelle chose  se  fait  à raison  que  la 
chaleur  naturelle  est  presque  estein  te, 
et  le  Pus  deuient  visqueux  , pource 
que  la  chair  est  liquéfiée.  Puis  tost 

1 Hipp.  Aph.  65.  liu.  5.  — A.  P. 

2 Hipp.  Aph.  47.  liu.  2.  — A.  P. 


V 

apres  ladite  playe  deuient  aride  et 
seiche  , comme  d’vne  chair  sallée  , et 
quelquesfois  de  couleur  plombée  et 
noirastre  , ne  iettant  quasi  rien  , à 
cause  que  la  chaleur  naturelle  est  pa- 
reillement languide  et  quasi  suffo- 
quée : qui  est  signe  de  corruption  qui 
se  fait  en  l’os  qui  lors  se  fait  aspre 
et  esleué  (comme  on  le  trouue  lors 
qu’il  est  carieux  et  pourri  ) où  auna- 
rauant  esloit  lisse  et  poly  : et  en  fin 
deuient  de  couleur  iaunaslre , puis  li- 
uide,  quand  il  est  corrompu  d’auan- 
tage  : et  entre  les  deux  tables  y a 
matière  purulente  et  sanieuse,  ce  que 
i’ay  veu  plusieurs  fois  : et  alors  l’on 
peut  prognosliquer  le  patient  eslre 
en  péril  et  danger  de  mort. 

Mais  si  ladite  fiéure  procédé  d’Ery- 
sipelas  fait  ou  à faire, le  plus  souuent 
n’est  mortelle. 

El  pour  discerner  et  sçauoir  si  ladite 
fiéure  est  causée  de  matière  Erysipé- 
lateuse ou  bilieuse  : c’est  qu’elle  sera 
tierce  et  qu’elle  commencera  auec 
grand  froid,  puis  vient  la  chaleur  auec 
sueur .-  et  ne  laissera  le  patient  iusques 
à la  suppuration  ou  resolution  de  la 
matière  bilieuse.  Aussi  les  léuresde  la 
playe , et  autres  parties  à l’enuiron  , 
seront  tuméfiées  , ensemble  toute 
la  face,  auec  grande  inflammation 
aux  yeux , ayant  les  maschoires  et 
col  roides  et  tendues  , ne  pouuant 
tourner  la  teste  ny  ouurir  la  bouche. 
Or  telle  defluxion  Erysipélateuse  est 
engendrée  et  faite  de  sang  cholérique, 
subtil , chaud  et  sec , lequel  occupe 
communément  la  face  par  deux  rai- 
sons : la  première  , pour  la  subtilité 
de  l’humeur  : l’autre,  pour  la  tenuité 
et  rarilé  du  cuir.  Ainsi  les  accidens 
sont  plus  grands  que  d’vne  fluxion 
phleginoneuse  , qui  sont  chaleur  et 
douteur  poignante  et  mordante,  auec 
rougeur  tirant  sur  le  citrin  ou  iaunas- 


9$  LF.  IlVITllîME 

trc , parce  que  chacun  humeur  donne 
sa  teinture  au  cuir,  comme  auons  dit 
cy  dessus.  Et  subit  qu’on  presse  du 
doigt  dessus,  la  couleur  s’esuauoüist , 
et  tost  retourne'. 

Et  pour  la  curation,  faut  auoirdeux 
intentions:  l’vneà  l’euacua  ion,  l’au- 
tre à la  réfrigération  et  humectation. 

Et  si  l’humeur  est  simplement  cholé- 
rique, ne  faut  saigner  , mais  le  pur- 
ger par  remedes  qui  purgent  la  cho- 
lere,  appelles  des  anciens , Cholago- 
gues.  Toutesfois  si  c’estoit  vn  Erysi- 
pelas  phlegmoneux  , faudrait  faire 
saignée  de  la  veine  Céphalique  , du 
costé  auquel  le  mal  serait  plus  grand. 

Et  pour  ce  faire  appelleras  le  Méde- 
cin, si  tu  es  en  lieu  où  on  le  puisse 
recouurer.  Et  apres  les  choses  vni- 
uerselles  faites,  il  faut  appliquer  me- 
d ica  mens  refrigeratifs  et  humcctatifs, 
comme  Succum  solani , semperuiui, 
pnrtulacœ , lactucœ , vnibiiici  veneris  , 
Icnticulœ  palustris , cucurbitœ  : des- 
quels vseras  selon  que  les  pourras  re- 
couurer, pource  qu’il  n’est  necessaire 
les  prendre  tous  , mais  icy  sont  mis 
pour  à fin  d’en  vser  des  vns  ou  des 
autres. Pareillement  pourras  vser  de: 

Acetosa,  coda  in  aqua  commuai  ad  m.  ij. 

Postea  pistetur  et  coletur  per  setaceum,  ad- 
dendo  vnguenti  rosacei  vel  populeonis  por- 
tionem  aliquam. 

Et  autres  semblables  , lesquels  se- 
ront renouuelés  iusques  à ce  que  la 
chaleur  qui  est  contre  Nature  soit 
esteinle.  Et  faut  euiter  toutes  choses 
onctueuses  et  oléagineuses  , à raison 
que  promptement  s’eufiamment  et 
feraient  le  mal  plus  grand.  Puis  apres 
s’il  est  besoin  , l’on  vsera  de  remedes 
résolutifs. 

i Gai.  13.  de  la  Meth.  au  liu.  des  tumeurs 

contre  IVature.  — A.  P. 


LIVRE  , 

Et  icy  noteras  que  c’est  vn  bon  si- 
gne de  guérison  , lors  que  l’humeur 
est  iellé  du  dedans  au  dehors  : et  au 
contraire  , quand  il  retourne  de  de- 
hors au  dedans,  c’est  mauuais  présagé, 
ainsique  l’experience  le  monstre.  Ce 
qu’aussi  Hippocrates  aescrit1. 

Quand  l'os  est  purulent , il  vient 
des  pustules  à la  langue , pource  qu’il 
tombe  de  la  sanie  par  les  trous  du  pa- 
lais sur  ladite  langue:  et  quand  elle 
y est  arrestée,  par  son  acrimonie  fait 
esleuer  lesdites  pustules  : et  quand 
tel  accident  advient,  peu  de  gens  en 
reschappent. 

C’est  vn  mauuais  signe,  quand  le 
malade  vient  comme  apoplectique 
apres  auoir  esté  frappé  : car  tel  acci- 
dent ne  monstre  seulement  l’os  estre 
blessé , mais  aussi  le  cerueau  , lequel 
se  peut  pourrir  et  sphaceler  : ce  qui 
est  prouué  par  Hippocrates2,  disant 
que  quandl’os  eslia  purulent,  il  naist 
des  pustules  à la  langue,  et  le  malade 
meurt  n’ayant  les  sens  entiers  : et 
aux  vns  suruient  conuulsion  ou  spas- 
me à la  partie  opposite  du  coup. 
Aussi  I on  voit  commnnémentpar  ex- 
périence, qu’apres  tel  spasme  la  mort 
aduient,  et  vn  seul  n’en  reschappe  : 
ce  que  i’ay  tousiours  veu , ouurant  la 
teste  de  ceux  qui  de  tels  accidens 
mouraient , où  i’ay  trouué  portion  de 
la  substance  du  cerueau  et  des  mem- 
branes pourrie  et  sphacelée 3. 

1 Hipp.  Ap.  25.  liu.  (j.  Erysipclas  ab  in- 
lerioribus,  etc.  — A.  P. 

2 Hipp.  au  liu.  des  play  es  de  teste.  — A.  P. 

Ainsi  qu’on  peut  le  remarquer,  Hippo- 
crate est  fort  souvent  cité  dans  ce  livre. 

. s A partir  de  la  seconde  édition,  on  lit  ici 
un  paragraphe  qui  n’y  a été  mis  et  conservé 
que  par  une  erreur  manifeste.  J’ai  donc  dù 
le  supprimer  en  cet  endroit  et  le  renvoyer 
au  chap.  33,  De  la  cure  des  Playes  de  poi- 
trine, auquel  il  appartient  évidemment. 


UES  PL A.YES  EN  PARTICVLIER. 


CHAPITRE  XI. 

POVRQVOY  LE  SPASME  VIENT  A I-’OPPO- 
SITE  DV  COVP. 

Or  la  cause  pourquoy  le  spasme 
vient  à l’opposile  du  coup,  a esté  ius- 
ques  icy  par  plusieurs  recherchée, 
mais  non  assez  clairement  expliquée: 
pource  m’a  semblé  bon  de  vouer  vn 
chapitre  à part  à telle  question 1 . 

l’estime  tel  accident  prouenir  à rai 
son  de  la  douleur  de  la  playe,  et  aussi 
que  les  humeurs  et  esprits  naturelle- 
ment courent  vers  la  partie  blessée , 
lesquelles  deux  choses  espuisent,  sei- 
chent  et  consument  le  costé  de  la  par- 
tie saine , dont  puis  apres  tombe  en 
conuulsion.  Ce  qui  se  peutprouuer 
par  Galien  au  quatrième  liure  De  vsu 
partium  , qui  dit  que  le  souuerain 
conducteur  a conioint  les  trois  esprits 
en  mutuelle  connexion  et  infragile 
confédération  parleurs  productions, 
qui  sont  veines , arteres  et  nerfs  : par 
quoy  si  vn  defaut  en  vn  membre , les 
autres  pareillement  les  négligent  : et 
partant  la  partie  demeure  languide 
et  deuient  en  atrophie,  où  elle  se 
meurt  du  tout.  Et  si  on  m’obiecte  que 
Nature  a fait  tout  nostre  corps  double, 
à fin  que  si  vne  partie  estoit  blessée  , 
l’autre  demeurast  en  son  entier,  ie 
l’accorde.  Mais  ie  nie  qu’elle  ait  fait 
tous  les  vaisseaux  doubles  : car  il  n’y 
a qu’vne  veine  pour  le  nourrissement 
de  tout  le  cerueau  et  de  ses  membra- 
nes, qui  est  le  Torcular  : par  laquelle 
la  partie  senestre  blessée  peut  espui- 

1 En  effet,  dans  l’édition  de  1561  , cette 
dissertation  n’avait  pas  un  titre  séparé,  et  se 
trouvait  confondue  avec  le  Prognostique  ; 
dans  l’édition  de  1575  même,  ce  chapitre  et 
le  suivant  étaient  encore  réunis  au  précé- 

dent. 


29 

ser  l'aliment  de  ladextre  , et  par  con- 
séquent causer  la  conuulsion  par  de- 
faut d’aliment*. 

Or  il  est  vray  qu’aux  parties  où  les 
muscl  s congenerés  sont  égaux  en 
grandeur  , force  et  nombre  , la  reso- 
lution d’vne  partie  cause  conuulsion 
accidentaire  à l’autre,  mais  au  cer- 
ueau ne  se  fait  ainsi  : car  les  deux 
parties,  c’est  à sçauoir  dextre  et  se- 
nestre, font  chacune  leur  office  à part, 
et  ne  s’attendent  l’vne  à l’autre,  com- 
me il  appert  en  paralysie:  autrement 
il  s’ensuiuroit  qu’icelle  , lors  qu’elle 
est  vniuerselle  ( c’est  à sçauoir  de  la 
moitié  du  corps)  apporteroit  quant 
et  soy  conuulsion  à la  partie  opposite. 
Ce  qui  est  faux  comme  on  voit  iour- 
nellement  par  expérience.  Par  quoy 
ie  conclus  ( sauf  meilleur  iugement  ) 
que  le  spasme  qui  est  à l’opposite  du 
coup  vient  par  inanition  et  faute  d’a- 
liment et  nourriture  2. 

Toutesfois  Dalechamps,  en  sa  Chi- 
rurgie Françoise,  est  enceste  opinion  : 
« Pour  liquider  ceste  doute  (dit-il)  fan  l 
présupposer  ce  signe  de  conuulsion 
en  la  partie  contraire,  proposé  d’Hip- 
pocrates ,aduenir  quand  pour  la  gran- 
deur et  vehemence  de  l’inflammation 
faite  en  la  partie  blessée,  quija  est 
tournée  en  gangrené  du  cerueau  et 
de  ses  membranes  , auec  commence- 
ment de  sphacele  au  lest , le  patient 
doit  mourir.  En  telle  disposition  et 
ainsi  conditionnée  , est  necessaire  le 
sentiment  et  mouuement  estre  perdu, 
comme  nous  voyons  aux  autres  gan- 

1 Je  ne  dois  pas  omettre  que  Paré  signale 
ces  dernières  lignes  à l’attention  du  lecteur 
par  celte  note  marginale  : Grande  anno- 
tation. 

2 Là  s’arrêtait  la  théorie  du  spasme  dans 
l’édition  de  1561.  Tout  ce  qui  suit  a été  ajouté 
en  1575.  La  Chirurgie  française  de  Dalc- 
champs  avait  paru  en  1570. 


3o  LE  HVIT1EME  LIVRE 


grenes,  par  l’extinction  de  la  chaleur 
naturelle  : et  d’auanlage  par  la  gran- 
deur de  l’inflammalion  cstre  tellement 
bouchés  les  conduits  de  l’esprit  ani- 
mal , qu’il  ne  peut  descendre  ou  pas- 
ser aux  parties  inférieures  et  pro- 
chaines du  cerueau  de  ce  costé-là:  et 
quand  bien  y pourroit  descendre  et 
passer,  si  seroit-il  inhabile  à commu- 
niquer et  porter  la  vertu  du  sentiment 
et  mouuement,  estant  infect  et  al- 
téré de  la  putréfaction  aduenue  en  la 
playe. 

» i,’où  s’ensuit  que  la  partie  blessée, 
priuée  de  sentiment,  n’est  prouoquée 
à se  retirer,  pour  secourre  et  chasser 
de  soy  ce  qui  luy  pourroit  estre  mo- 
leste, luy  demeurant  le  sens  : et  pour 
ceste  raison  les  nerfs  procedans  d’elle, 
ne  sont  aussi  point  retirés  et  affligés 
de  conuulsion  : d’auantage  que  tous 
les  nerfs  ayans  leur  origine  de  ceste 
partie,  sont  destitués  de  la  présence 
et  assistance  de  l’esprit  animal , com- 
me a esté  déclaré  : et  de  là  procédé  la 
paralysie  des  parties  situées  au  costé 
de  la  blessée.  Car  paralysie  se  fait,  ou 
estant  le  nerf  coupé,  comme  aux 
grandes  playes  : ou  estant  le  passage 
d’iceluy  bouché  , comme  en  l’apo- 
plexie: ou  estant  sa  substance  ab- 
breuuée  et  molliüée  de  quelque  hu- 
meur subtile,  ou  par  quelque  grande 
intemperalure  tellement  offensée  , 
qu’elle  ne  peut  receuoir  l'affluence  et 
vertu  de  l’esprit  animal. 

«Quanta  la  partie  contraire  et  sa 
conuulsion,  nous  tenons  pour  chose 
accordée , le  spasme  estre  fait  ou  par 
repletion,  qui  en  eslendanl  la  sub- 
stance des  nerfs  raccourcit  : ou  par 
inanition,  quand,  estant  consommée 
et  dissipée  leur  humidité  naturelle, 
la  propre  substance  d’iceux  est  des- 
seiebée  et  retirée,  comme  nous  voyons 


vne  corde  de  lui  h approchée  du  feu  : 
ou  par  sentiment  de  quelque  vapeur 
ou  de  quelque  humidité  sanieuse,  acre 
et  mordante,  ou  d’vne  douleur  exces- 
siue , comme  il  aduient  en  l’epilepsie 
causée  d’vne  exhalation  veneueuse 
qui  du  pied  monte  au  cerueau  : aux 
picqueures  des  nerfs,  quand, estant 
fermé  l’orifice  de  la  playe,  la  matière 
sanieuse  y est  retenue  : et  aux  playes 
des  nerfs,  quand  quelque  nerf  estant 
seulement  à demy  coupé , excite  dou- 
leur vebemente.  Or  nous  trouuonsen 
la  partie  contraire  de  la  blessée,  deux 
de  ces  causes  insignes:  vne  matière 
sanieuse  resudante  de  la  gangrené , 
acre  et  cuisante,  que  Hippocrates  au 
dénombrement  des  accidens  mortels  , 
pour  signifier  sa  malignité  , appelle 
lchora,  et  au  liure  des  Fractures,  Dra- 
cryon,  et  non  Pyon  : d’auantage , vne 
vapeur  exhalante  de  la  gangrené  , 
puante  et  infecte,  comme  d’vne  cha- 
rongne  pourrie.  Ce  n’est  donc  mer- 
ueilles  si  la  partie  contraire , estant 
son  sentiment  bon  et  entier,  est  offen- 
sée, tant  de  la  matière  sanieuse  que 
de  la  vapeur  infecte , et  pour  les  de- 
cbasser  se  relire,  secout,  et  branle,  à 
quoy  s’ensuit  la  conuulsion  des  nerfs 
qui  prennent  leur  origine  d’icelle , 
comme  en  l’cpilepsie.  A mon  iuge- 
ment,  voila  comment  se  doit  expli- 
quer le  dire  d’Hippocrates  et  d’Aui- 
cenne.  Hors  l’occasion  d’vne  playe 
ainsi  mortelle , les  praticiens  adno- 
tenl  quelquesfois  en  la  partie  blessée 
estre  paralysie,  en  l’opposite  conuul- 
sion : quelquesfois  en  la  blessée  con- 
uulsion , en  la  contraire  paralysie  : 
quelquesfois  en  toutes  deux  conuul- 
sion et  paralysie  : quelquesfois  en 
chacune  d icelles  séparément  conuul- 
sion ou  paralysie , sans  que  l’autre 
soit  offensée  : mais  icy  n’est  le  lieu 


DES  PLATES  EN  PARTICVLIIR. 


de  rechercher  les  causes  de  cela.  » 
Voila  le  discours  de  Dalechamps1 Il. 


CHAPITRE  XII. 

SOMMAIRE  DES  SIGNES  MORTELS  CY 
DESSVS  MENTIONNÉS. 

Et  pour  retourner  à noslre  propos 
et  te  dire  tout  en  sommaire  : de  tous 
les  accidens  susdits  , tu  peux  l'aire 
prognostique  de  la  mort  du  patient, 
lors  qu’il  perd  sa  ratiocination  , et 
n’ayant  plus  de  mémoire  parle  sans 
occasion,  et  a les  yeux  tenebreux, 
n’oyant  point , et  se  veut  ietter  hors 
du  lict,  ou  ne  peut  mouuoir,  ayant 
heure  continue , auec  pustules  à la 
langue,  qui  mesme  luy  deuient  seiche 
et  noire  , et  sa  playe  aride  , ne  iet- 
tant  aucune  chose  ou  bien  peu,  et  de 
couleur  comme  chair  salée  : ou  s’il 
luy  suruient  apoplexie,  phrenesie, 
spasme,  paralysie  , et  le  pouls  formi- 

1 II  est  assez  remarquable  que  Paré,  après 
avoir  rapporté  tout  au  long  l’opinion  de  Da- 
lechamps , ne  s’arrête  pas  à la  combattre. 
Nousavons  vu  dansl’Introduction  qu’il  esti- 
mait Dalechamps,  qu’on  a rangé  à tort  parmi 
ses  adversaires.  Sans  doute  il  a pensé  qu’il 
lui  suffisait  d’avoir  exposé  la  sienne  ; du 
reste,  pour  ne  laisser  aucun  doute,  il  a pris 
soin  de  mettre  à la  fin  cette  note  marginale  : 
Opinion  de  Dalechamps,  toute  contraire  à celle 
de  l’autlieur. 

Je  dois  avertir  le  lecteur  que  le  chapitre 
ne  se  termine  pas  ici  , même  dans  les  édi- 
tions complètes  revues  par  A.  Paré  lui-même. 

Il  s’y  trouve  une  annotation  au  chirurgien  sur 
les  playes  du  ventre,  qui  n’a  nul  rapport  avec 
ce  qui  précède  ni  avec  ce  qui  suit , et  que 
j’ai  dù  retrancher  avec  d’autant  moins  de 
scrupule,  qu’elle  se  trouve  reproduite  à sa 
véritable  place  , au  chap.  xxxvi , Cure  des 
playes  du  ventre  inferieur. 


cant , retenîion  d’vrine  et  autres  ex- 
crcmens,  et  s’il  tombe  souuent  en 
syncope  : alors  fais  ton  prognostique, 
que  bien  tost  ton  patient  mourra. 

Or  les  susdits  accidens  viennent 
quelquesfois  aux  premiers  iours,  et 
quelquesfois  assez  long  temps  apres 
le  coup  donné. 

Et  s’ils  viennent  au  commencement, 
c’est  quand  le  cerueau  est  blessé  par 
incision,  contusion , compression  ou 
ponction,  ou  par  commotion  que  nous 
auons  par  cy  deuant  appelle  Esbran- 
lement. 

Et  quand  ils  viennent  quelque  temps 
apres,  c’est  lors  qu’il  suruient  inflam- 
mation , et  que  le  sang  se  putréfié,  et 
que  l’os  se  fait  purulent , et  par  con- 
séquent aposleme  au  cerueau  ». 

D’abondant  noterez  que  souuentes- 
fois  vne  playe  faite  au  Crâne  cause 
vne  aposteme  au  foye.  Ce  que  Robert 
Greaume,  Regenten  la  faculté  deMe- 
decine  , et  Binosque,  Chirurgien  iuré 
à Paris,  et  moy,  auons  veu  puis  na- 
gueres  en  trois  patiens.  Et  si  lu  m’ob- 

1 Pierre  d’Argelata  avait  dit  au  sujet  du 
pronostic  : 

« Et , très  chers  frères,  dans  les  fractures 
du  crâne,  ne  vous  en  fiez  point  au  pouls  pour 
pronostiquer  ou  la  mort  ou  la  guérison, 
parce  que  vous  seriez  souvent  trompés.  Mais 
jugez  d’après  les  accidents'qui  surviennent: 
les  blessés  prennent  une  personne  pour  une 
autre;  et  pour  certain  ceci  est  un  signe  de 
mort;  ils  perdent  la  parole,  ils  ne  com- 
prennent qu’incomplétcment  , ils  n’enteu- 
denl  plus;  laplaiese  dessèche;  eteroyezque 
ceci  est  très  véritable,  et  je  l’ai  prouvé  nom- 
bre de  fois.  » Lib.  I , lom.  ni,  cap.  2. 

Bérenger  de  Carpi  cite  ce  passage,  mais  il 
reprend  : 

« Je  m’étonne  d’un  pareil  langage.  Mais 
je  dis,  moi,  que  le  médecin  doit  toujours 
faire  attention  au  pouls  du  malade,  et  que 
le  pouls  lui  donnera  toujours  des  signes  de 
\ vie  et  de  mort.  Bien  plus,  on  peut  connaître 


LE  HVIT1EME  LIVRE 


? 


3s 

iectes  que  telle  aposteme  estoit  ia  con- 
creée  auparauant  le  coup  donné:  à 
ceie  respons  que  les  paliens  aupara- 
uant estre  blessés,  auoient  vue  viue 
et  naturelle  couleur,  sans  aucun  si- 
gne d’estre  hépatiques  , et  estoient 
bien  habitués,  faisans  toutes  leurs 
operations  : ce  que  tu  pourras  voir 

par  le  pouls  l’heure  de  la  mort,  si  l’on  sait 
l’interroger  avec  précaution  et  prudence.  Je 
me  souviens  et  j’ai  à celte  heure  à Bologne 
bon  nombre  de  docteurs  qui  peuvent  attes- 
ter que  j’ai  prédit  l’heure  précise  de  la  mort 
du  fils  d’un  seigneur  Jacques-Marie  de  Lino, 
en  observant  la  règle  du  pouls  incident  et 
décident  qui  nous  a été  transmise  par  les 
docteurs.  Ce  fut  toutefois  un  jugement  con- 
jectural, et  je  ne  peux  l’expliquer  entiè- 
rement par  écrit  ; voici  toutefois  comment 
je  procédai.  Je  mesurai  d’abord  au  toucher 
la  force  du  pouls;  et  visitant  le  malade  pres- 
que à toutes  heures,  je  remarquai  que  le 
pouls  s’affaiblissait  toujours.  Je  considérai 
ensuite  l’heure  de  l’état  des  accidents  et  de 
la  fièvre  ; et  comparant  les  forces  avec  leur 
affaiblissement,  songeant  de  plus  à la  qua- 
lité du  jour  critique  le  plus  proche  qui  était 
le  quatorzième  ; avec  tous  ces  indices  je 
jugeai  qu’il  mourrait  entre  la  seconde  et  la 
troisième  heure  de  nuit,  six  jours  aupara- 
vant , per  sex  dies  ante , parce  que  celte 
heure  était  l’heure  de  l’état  des  accidents  et 
de  la  fièvre;  et  il  en  arriva  ainsi  du  pauvre 
jeune  homme,  dont  j’aurais  bien  voulu  avoir 
à porter  un  autre  pronostic.  » Fol.  36,  verso. 

J’ai  fait  ce  que  j’ai  pu  pour  rendre  le 
texte  ; encore  pourra-t-on  y trouver  quelque 
obscurité.  11  me  paraît  que  Bérenger  a pro- 
nostiqué que  le  malade  mourrait  le  8'  jour, 
qui  est  en  effet,  dans  la  théorie  ancienne, 
le  jour  où  les  accidents  et  la  fièvre  sont  dans 
l’état,  c’est-à-dire  à leur  plus  haut  degré. 

Enfin  j’ajouterai  que  Fallope  revient  à l’i- 
dée d’Argelata  ; l’état  des  yeux  et  du  pouls 
sont  peu  significatifs  ; le  coma  et  le  vertige 
sont  seuls  des  signes  de  mort  certains  ; tous 
les  autres  indiquent  seulement  une  plaie 
grave  et  susceptible  de  devenir  mortelle  si 
elle  est  mal  traitée.  Loc.  cit.  p.  042. 


par  expérience  y prenant  garde,  com- 
me i’ay  fait.  La  cause  de  ce  peut  estre 
que  Nature  se  sentant  offensée  par  la 
grande  vehemence  du  coup  , collige 
et  retire  à son  secours  ses  forces  et 
vertus  de  toutes  les  parties  du  corps 
(flui  sont  le  sang  et  les  esprits)  vers 
le  cœur  et  le  foye  , ainsi  que  voyons 
en  peur  et  crainte,  et  adoneques  fait 
inflammation  au  foye  : ainsi  qu’il  se 
fait  en  quelque  partie,  lorsque  le  sang 
coule  eu  plus  grande  quantité  qu’il 
n’est  besoin  pour  sa  nourriture  : dont 
le  foye  ayant  receu  plus  de  sang  et 
d’csprils , lesquels  ne  peuuent  estre 
duémenl  euentilés  pour  l'exiguïté  et 
angustie  (c’est  à dire  pour  la  petitesse 
et  estroisseur  de  ses  vaisseaux)  alors 
se  fait  fiéure  et  aposteme  phlegmo- 
neuse  en  sa  propre  substance,  dont  la 
mort  s’ensuit1.  Ou  si  tu  aimes  mieux 
dire  auec  monsieur  de  la  Corde , que 
Nature  succombant  sous  le  faix  du 
mal , vient  à renuoyer  vue  partie  de 
celte  matierepurulenteauec  le  moins 
d’incommodité  qu’il  peut  au  foye  par- 
les veines,  et  qu’ainsi soit , tous  ceux 
ausquels  vneaposteme  se  fait  au  foye, 
le  cerueau blessé,  meurent2. 

1 Ici  finit  lechapitre  dans  l’édition  de  1501; 
et  la  fin  de  ce  paragraphe  manque  égale- 
ment dans  les  deux  premières  éditions  com- 
plètes. Mais  à partir  de  l’édition  de  1575,  on 
trouve  à la  suite  un  article  fort  intéressant 
sur  les  plaies  de  la  racine  du  nez  et  des  sinus 
frontaux.  Evidemment  il  y avait  dans  cette 
disposition  une  erreur  de  lieu  que  j’ai  dû 
corriger  ; et  j’ai  renvoyé  cet  article  à la  fin 
du  chap.  xv,  De  la  cure  des  playes  du  cuir 
musculeux. 

2 C’est  ici  la  première  mention  des  abcès 
du  foie  succédant  aux  plaies  de  tête,  et  les 
premières  théories  de  leur  formation.  On 
conçoit  que  l’anatomie  pathologique  seule 
pouvait  éclairer  à cet  égard  ; je  n’en  trouve 
aucune  notion  ni  dans  Bérenger  de  Carpi,  ni 


DES  PLAYES 


CHAPITRE  XIII. 

LES  SIGNES  ET  PRESAGES  DE  BONNE 
GVARISON. 

Au  contraire,  les  signes  et  présagés 
de  bonne  guarison  sont  lors  que  le 
patient  n’a  point  de  fleure,  ratiocine, 
mange  et  boit  de  bon  appétit , dort , 
asselle  bien , et  que  sa  playe  est  ver- 
meille , non  aride  et  seiche , iettant 
pus  loüable,  et  l’os  gardant  sa  couleur 
naturelle , et  que  la  Dure-mere  a son 
mouuement  libre.  Toutesfois  tu  note- 
ras que  les  anciens  ont  escrit  ( ce 
qu'on  voit  souuent  par  expérience) 
que  les  fractures  du  Crâne  ne  sont 
hors  de  péril , iusques  à cent  iours 
apres  la  blessure  faite'  : partant,  fais 
auec  ton  patient  bon  guet , tant  en 
son  boire,  manger,  repos,  coït,  et  au- 
tres choses.  Et  aussi  faut  qu’il  se 
garde  du  grand  froid , pour  le  péril  et 
danger  de  mort,  qu’on  a veu  en  telles 
playes  souuentesfois  arriuer  pour  tels 
accidens , apres  la  guarison  faite  des- 
dites fractures. 

Outre  plus,i’ay  à te  déclarer  que  le 

même  dans  Fallope , bien  que  tous  deux 
aient  fai  t plusieurs  autopsies  de  blessés  morts 
à la  suite  de  plaies  de  tête. 

1 C'est  Roger  qui  avait  fixé  ce  terme  ; les 
légistes  et  juges,  dit  Guy  de  Chauliac , l’a- 
vaient réduit  à 40  jours,  et  les  quatre  maî- 
tres à quinze. 

Suivant  Bérenger  , le  20'  est  d’une  haute 
importance.  « Sache  bien  , dit-il,  que  dans 
les  plaies  de  tète,  souvent  et  fort  souvent  le 
malade  arrive  jusqu’au  20e  ou21«-jour  sans 
aucun  accident  fâcheux  ; et  à cette  époque 
il  en  survient  des  plus  graves,  et  la  mort 
s’ensuit.  Et  ceci  le  plus  souvent  vient  du  pus 
retenu  dans  l’intérieur  de  la  tête.  » Fol.  3C, 
verso. 


33 

callus , soulde , on  vnion  des  os  du 
Crâne,  se  fait  communément  en  qua- 
rante ou  cinquante  iours  : toutesfois 
on  n’en  peut  donner  vraye  certitude 
pour  la  diuersité  des  temperamens  et 
aages,  non  plus  que  les  fractures  des 
Autres  parties,  comme  nous  dirons  cy 
apres.Car  aux  ieunes  se  fait  plus  lost, 
aux  vieils  plus  tard. 

Et  te  suffise  des  présagés. 

Maintenant  faut  parler  de  la  cure 
generale  , puis  de  la  spéciale  , qui  se 
fera  le  plus  succinctement  et  le  plus 
clair  qu’il  me  sera  possible.  Laquelle 
chose  se  fera  premièrement  en  or- 
donnant le  régime  sur  les  six  choses 
non  naturelles. 


CHAPITRE  XIV. 

DV  REGIME  VNI  VERSEE  QV’lL  FA  VT  OR- 
DONNER AVX  PLAYES  ET  FRACTVRES 
DV  CRANE  , ET  AVX  ACCIDENS  û’i- 
CELLES. 

Et  premièrement  faut  tenir  le  pa- 
tient en  vn  air  temperé  , qui  se  fera 
par  art , s’il  n’est  tel  par  nature  : com- 
me si  c’est  en  Hyuer  , faut  faire  bon 
feu  en  la  chambre  du  malade,  les  fe- 
nestres  et  portes  bien  closes  , euilant 
la  fumée  , de  peur  de  prouoquer  la 
sternutation  et  autres  accidens  : et 
aussi  alors  que  lu  traiteras  et  pense- 
ras le  malade,  le  faut  auoir  vue  bassi- 
noire pleine  de  braise  ou  vne  pelle  de 
fer  , laquelle  sera  tant  eschauffée 
qu’elle  deuieune  rouge , et  qu’vn  ser- 
uiteur  la  tienne  sur  la  teste  du  malade 
de  telle  hauteur  , que  le  patient  en 
sente  aucunement  la  chaleur  : à fin 
que  par  la  reuerberalion  d’icelle,  l’air 
ambiens  , c’est  à dire  qui  est  à l’en- 
tour, soit  corrigé.  Car  le  froid  (comme 

O 

O 


EÎJ  PARTICULIER. 


II. 


Lli  HVITljimu  LIVRE, 


(lit  Hippocrates 1 , est  enncmy  du  cer- 
ueau , des  os  et  de  tous  les  nerfs  , et 
gcneralementde  toute  noslre  Nature, 
ce  que  nous  auons  dit.  Aussi  est-il 
contraire  aux  vlceres  en  seichant  les 
excremens  , qui  puis  apres  minent 
l’vlcere,  empeschant  la  suppuration  : 
et  pource  que  ceste  partie  n’a  accous- 
tumé  d’estre  decouuerle  de  sa  peau  : 
et  mesme,  comme  dit  Galien2,  il  se  faut 
donner  garde  de  refroidir  le  cerueau 
quand  on  trépané  , et  apres  estre  tré- 
pané: car  c’est  le  plus  gr  nd  mal  qui 
peut  aduenir  au  malade  qui  a la  teste 
rompue.  Or  si  l’air  estoit  plus  cbaud 
que  le  cerueau  , il  ne  le  refroidiroit 
pas  : et  encores  que  soyons  en  Esté  , 
et  que  l’air  soit  excessivement  chaud, 
le  cerueau  descouuert  en  est  refroidi , 
et  demande  subit  estre  eschauffé. 
Voyla  ce  que  Galien  nous  en  a laissé 
par  escrit,  et  ne  se  faut  donner  mer- 
ueille,  si  plusieurs  meurent  de  playes 
faites  à la  teste , par  faute  d’estre  à 
couuert. 

Pareillement  la  trop  grande  cha- 
leur sera  modérée,  en  rafraîchissant 
la  chambre  auecqucs  eau  froide  ou 
oxycrat,  rameaux  de  saulx  , feuil- 
les de  vignes , et  autres  choses  sem- 
blables. 

Semblablement  ne  seraleditpatient 
exposé  en  grande  clairté,  principale- 
ment iusques  à ce  que  les  accidens 
soient  passés  : à cause  qu’icelle  dis- 
sipe et  rcsoull  les  esprits,  et  augmente 
la  douleur  , fiéure  et  autres  accidens. 

Il  faut  aussi  du  tout  euiter  le  vin  : 
ce  que  Hippocrates  enseigne  : mais  en 
lieu  de  vin  , pourra  boire  eau  d'orge 
ou  eau  cuitle,  en  laquelle  on  mettra 

1 Itipp.  liu.  5,  aph.  18.  — A.  P. 

2 Galien  8 , de  /’  louage  des  part.,  chap.  2. 
— A.  P.  — Cette  citation  de  Galien  manque 
dans  l’édition  de  1661. 


mie  de  pain  que  nous  appelions  eau 
panée,  ou  bien  hippocras  d’eau  , ou 
eau  bouillie,  puis  meslée  auec  syrop 
rosat , violât  ou  aceteux  , ou  autre 
breuuageappellépotwsd/wmws,lequel 
est  fait  d’eau  cuitte  sucrée  et  ius  de 
limon  ou  citron,  desquels  tu  pourras 
bailler  selon  le  goust  du  patient , et 
que  son  estomach  pourra  bien  vser. 
Et  de  tels  breuuages  doit  vser  le  pa  - 
tient,  iusques  à ce  que  les  grands  ac- 
cidens soient  passés , qui  sont  com- 
munément et  le  plus  souuent  dans  le 
quatorzième  iour. 

Son  manger  sera  panade  , orge 
mondé , et  non  amendé  : pource  que 
les  amendes  causent  douleur  de  leste, 
à raison  qu’elles  sont  vaporeuses  : 
aussi  il  pourra  vser  de  prunes  de  Da- 
mas cuittes , passules , raisins  de  Da- 
mas confits  auec  vn  peu  de  sucre  et 
canelle  (laquelle  est  singulière,  pour- 
ce qu’elle  conforte  l’estomach  et  res- 
ioüist  les  esprits),  et  par  fois  d’vn 
petit  poulet , pigeonneau , veau , ché- 
ureau , léuraux , petits  oiseaux  des 
champs  , comme  phaisans  , merles  , 
tou r très,  perdris,  griues,  alouettes,  et 
autres  bonnes  viandes  bouillies  auec 
laitues,  pourpier , ozeille,  bourroche, 
buglose,  cichorée,  endiue  et  sembla- 
bles. Aussi  par  fois  pourront  lesdites 
viandes  aucunes  estre  rosties  : et  peut 
ledit  malade  vser  auec  icelles  de  ver- 
ius,  oranges,  citrons , limons , grena- 
des aigres , ius  d’ozeille , les  diuersi- 
fiant  selon  le  goust  et  la  puissance  de 
la  bourse  du  patient.  Et  à celuy  qui 
voudra  manger  du  poisson,  truites, 
loches, brochets  nourris  en  eau  claire, 
et  non  limonneuse,  et  autres  sembla- 
bles : pareillement  raisins  et  prunes 
de  Damas , cerises  aigres  , passules: 
mais  qu’il  s’abstienne  de  choux  el  de 
touslegumages,  parce  qu’ils  causent 
douleur  de  teste.  El  apres  le  past , 


DES  PLAYES  Efl  PAUTIC VL1EÜ. 


35 


vserade  dragée  çpmmune,  ou  anis, 
fenouil , coriande  confits  , conserues 
de  roses,  ou  cotignat,  à fin  de  garder 
que  les  vapeurs  et  fumées  qui  mon- 
tent del’estomach  à la  teste  ne  bles- 
sent le  cerueau  : pareillement  le  co- 
tignat  pris  deuant  le  past  ’astraint  le 
ventre,  à cause  qu'il  est  styplique  et 
astringent , et  parlant  serre  l’esto- 
inach  : mais  prins  apres  le  past , le 
lasche  : à raison  aussi  qu’il  le  res- 
serre , astraint  et  contraint  les  vian- 
des de  sortir  hors. 

Si  c’est  vn  enfant , luy  conuiendra 
donner  petit  et  souuent  à manger: 
pource  que  lesieunes  ne  peuuent  por- 
ter la  faim  comme  les  plus  aagés 1 , à 
raison  qu’ils  ont  vne  grande  chaleur: 
par  quoy  ils  ont  besoin  de  grande 
nourriture,  autrement  leurs  corps  se 
consommeroient  : au  contraire,  le 
vieil  a sa  chaleur  naturelle  plus  im- 
becille,à  cause  de  quoy  il  porte  mieux 
la  faim  que  le  ieunc.  Et  par  sembla- 
ble raison,  en  temps  d’Hyuer,faut  en 
toutes  aages  donner  plus  d’alimens 
qu’en  Esté:  pource  que  la  chaleur  na- 
turelle est  plus  grande  en  Hyuer 
qu’en  autre  temps  , ainsi  qu’il  est 
prouué  par  Hippocrates'1 2.  Et  apres  le 
quatorzième  iour  (assauoir  s’il  n’y  a 
rien  qui  répugné,  comme  fiéure  et  au- 
tres accidens),  on  peut  donner  vnpeu 
de  vin  et  augmenter  son  manger  peu 
à peu,  selon  qu’il  sera  besoin,  prenant 
tousiours  indication  de  la  vertu  et 
coustume  du  malade. 

Il  doit  euiter  le  dormir  de  iour , s’il 
est  possible,  si  ce  n’est  bien  peu,  pour- 
ueu  que  la  Dure-mere  ou  le  cerueau 
ne  soit  affligé  de  phlegmon  : car  en 
telle  nécessité,  il  seroit  meilleur  faire 

1 Hipp.,  aph.  13  et  14,  liu.  1.  — A.  P. 

2 Hipp., aph.  15, liu.  1;  Centres hyeme,  etc. 
— A.  P. 


du  iour  la  nuit , et  principalement  de 
la  première  partie  du  iour , à scauoir 
de  six  heures  du  matin  iusques  à dix  : 
pource  qu’en  cesle  partie  du  iour, 
comme  aussi  au  Printemps , le  sang 
domine  au  corps,  comme  dit  Hippo- 
crates au  commencement  du  2.  des 
Epidémies.  Or  c’est  chose  toute  no- 
toire que  par  les  veilles  le  sang  est 
espandu  au  dehors , superficie  et  ex- 
trémité du  corps , comme  au  con- 
traire par  le  dormir  il  se  retire  au 
dedans  vers  les  parties  nobles  : par- 
quoy  si , auec  ce  que  par  le  bénéfice 
du  Soleil  leuant  le  sang  se  leue  et 
espand  en  l’habitude  du  corps,  il  venoit 
encore  à s’y  espandre  d’auantage  par- 
les veilles , l’inflammation  et  phleg- 
mon se  redoubleroit  en  la  méningé  et 
cerueau.  Parquoy  il  est  tres-expe- 
dient  par  le  dormir,  brider  et  reti- 
rer le  cours  du  sang  en  telle  partie 
du  iour,  en  cas  d’inflammation , de 
l’habitude  et  parties  externes  du 
corps. 

Le  veiller  pareillement  doit  estre 
modéré  : car  le  trop  veiller  corrompt 
la  bonne  température  du  cerueau  et 
de  toute  l’habitude  du  corps  : pource 
qu’aussi  excite  crudités , douleur,  pe- 
santeur de  teste  , et  rend  les  playes 
arides,  seiches  et  malignes.  Mais  si  le 
patient  ne  peut  dormir  , à cause  de 
l’inflammation  des  membranes  du 
cerueau,  Galien  commande, au  trei- 
ziéme liure  de  la  Méthode,  faire  des 
perfusions,  linimens,  onctions  dans 
les  narines  et  au  front  ou  és  oreilles , 
de  choses  refrigeratiues:  à cause  qu’ils 
endorment  et  rendent  stupides  les 
membranes  et  le  cerueau  , qui  sont 
excessiuement  eschauffés.  Pour  ceste 
raison  on  appliquera  aux  temples  vn- 
guentum  populeum  ou  rosatum  auec 
oxyrhodinum  ou  oxycrat.  Aussi  luy 
faut  faire  sentir  vne  esponge  trempée 


36  LE  ÎÎVITIÉME  LtVRE 


en  vne  décoction  de  pauot  blanc  ou 
noir,  auec  escorce  de  mandragore, 
semence  de  hyoscyame,  laitue,  pour- 
pier, planlin,  morelle  ou  autres.  Sem- 
blablement on  luy  pourra,  faire  vn 
potage  ou  vn  orge  mundé,  auquel 
l’on  mettra  vne  émulsion  de  semence 
papaueris  albi  : ou  bien  prendre  g . j. 
vel  g . j û . syrupi  papaueris  auec 
5 . ij.  aquœ  lactucœ  : et  faut  que  ledit 
patient  vse  de  telles  choses  quatre 
heures  apres  souper , à fin  de  luy 
prouoquer  le  dormir.  Lequel  dormir 
aide  grandement  à faire  la  digestion. 
Il  restaure  la  substance  du  corps  et 
esprits  qui  sont  dissipés  par  le  trop 
veiller.  D’auantage  appaise  les  dou- 
leurs : il  fortifie  ceux  qui  ont  lassi- 
tude : pareillement  fait  oublier  les 
courroux  et  tristesses,  et  corrige  le 
iugement  depraué  : parquoy  est  be- 
soin au  Chirurgien  prouoquer  le 
dormir  au  malade  lors  qu’il  luy  est 
necessaire. 

Pareillement  si  le  patient  est  replel , 
soit  faite  euacualion  par  saignée  ou 
purgationetgrandediete,  selon  l’aduis 
et  conseil  dudocteMedecin.Etencest 
endroit  noieras  qu’on  doit  euiter  les 
médecines  fortes  ausdites  playes,  prin- 
cipalement  au  commencement , de 
peur  d’enflammer  les  humeurs  et  faire 
commotion  à toutes  les  facultés  : qui 
seroit  cause  d’induire  inflammation  , 
douleur,  fiéure  et  autres  accidens  : 
ce  que  i’ay  veu  aduenir  souuentes- 
fois. 

Et  quant  aussi  à la  saignée  ( selon 
Galien  au  quatrième  delaÆ/et/todejne 
doit  estre  seulement  faite  pour  l’a- 
bondance du  sang  , mais  aussi  pour 
la  grandeur  de  la  maladie  présenté 
ou  future:  à fin  de  diuerlir  et  faire 
reuulsion  pour  tirer  la  fluxion  , la- 
quelle commence  aux  parties  con- 
traires : et  celle  qui  est  ja  couiointe , 


doit  estre  vacuée  de  la  partie  mesmé , 
ou  la  deriuer  de  la  partie  proche. 

Exemple  pour  faire  la  reuulsion  : si 
la  partie  dextre  de  la  teste  est  bles- 
sée, la  saignée  se  fera  de  la  veine  Cé- 
phalique du  bras  droit , s’il  n’y  auoit 
grande  plénitude:  et  en  defaut  delà 
Céphalique  faut  ouurir  la  Médiane  : 
et  si  on  ne  peut  trouuer  la  Médiane , 
soit  prinse  la  Basilique:  et  si  la  bles- 
sure est  du  costé  senestre,  sera  fait  le 
semblable  du  bras  senestre , plustost 
qu’à  l’opposite,  à fin  que  plus  aisément 
on  attire  et  descharge  la  partie  par  la 
rectitude  des  filamens.  Et  en  tirant 
le  sang , faut  auoir  esgard  sur  toutes 
choses  à la  vertu  du  patient,  qui  se 
fera  en  touchant  son  pouls  ( si  le  Mé- 
decin n’est  présent),  pource  , comme 
dit  Galien  au  liure  de  Sanguinis  mis- 
sione,  qu'il  monstre  infailliblement  la 
vertu  et  force  du  patient.  Parquoy 
faut  auoir  esgard  en  sa  mutation  et 
inégalité  : et  si  tu  le  trouues  petit  et 
lent,  auecques  vne  petite  sueur  qui 
commence  à venir  au  front , mal  de 
cœur,  comme  volonté  de  vomir  et 
bien  souuent  d’asseller,  auec  baaille- 
mens  et  mutation  de  couleur,  ayant 
les  leures  pâlies:  si  telles  choses  ap- 
paroissent , subit  te  faut  clorre  la 
veine  , de  peur  que  tu  ne  tires  l’ame 
auec  le  sang  : et  alors  donneras  au 
malade  vn  peu  de  pain  trempé  en  vin, 
et  luy  frotteras  les  temples  et  le  nez 
de  fort  vinaigre , et  le  feras  coucher 
tout  à plat  à la  renuerse. 

El  quant  au  second  point , qui  est 
de  la  fluxion  ja  faite  et  arrestée  en  la 
partie , elle  doit  estre  vacuée  par  la 
parlie  mesine,  ou  estre  deriuée  par 
la  proche.  La  partie  sera  deschargée 
de  la  fluxion  coniointe  et  arrestée  en 
la  partie,  faisant  des  scarifications 
aux  léures  de  la  playe , ou  par  appli- 
cation de  sangsues  bien  préparées  : 


DES  PL/YYJïS  EN  PARTICVLIP.R. 


la  matière  sera  deriuée  en  ouurant 
les  veines  proches  de  la  playe,  à sça- 
uoir,  de  la  veine  Puppe,  ou  celle  du 
milieu  du  front , ou  des  veines  et  ar- 
tères les  plus  apparentes  des  temples, 
ou  celles  de  dessous  la  langue. 

Pareillement  seront  faites  frictions 
et  application  de  ventouses  sur  les  es- 
paules,  soit  auec  scarification  ou  sans 
scarification , selon  la  nécessité. 

Outre-plus,  noteras  que  pendant 
la  curation,  souuentesfois  il  conuien- 
dra  faire  des  frictions  assez  longues 
et  fortes,  auec  linges  vn  peu  aspres , 
vniuersellement  par  tout  le  corps,  ex- 
cepté la  teste  : lesquelles  seruiront , 
tant  pour  faire  reuulsioudes  matières 
qui  pourroient  monter  en  haut , per 
halitum,  c’est  à dire,  par  exhalation , 
ou  insensible  transpiration  de  cer- 
taines vapeurs  contenues  entre  cuir 
et  chair,  lesquelles  s’augmentent  fort 
en  noslre  corps,  et  principalement  par 
faute  défaire  l’exercice  accoutumé  ». 

D’abondant  ne  veux  outre  passer, 
que  ne  recite  de  la  saignée  ceste  his- 
toire , digne  au  Chirurgien  et  à tous 
d’est re  bien  notée.  C’est  que  ces 
iours  passés,  ie  fus  appellé  aux  faux- 
bourgs  saint  Germain  des  prés  , à 
l’image  saint  Michel  , au  logis  du 
sire  Iean  Matiau,  pour  visiter  et  mé- 
dicamenter vn  ieune  homme , aagé 
de  vingt-huit  ans  ou  enuiron,  et  de 
température  sanguine  , de  monsieur 
Douradour,l’vn  des  maislresd’hostel 
de  Madame  l’Admirable  Brion  : le- 
quel estoit  tombé  la  teste  sur  vne 
pierre,  à l’endroit  de  l’os  Pariétal 

' Ici  se  trouvaient  dans  l’édition  de  1561 
plusieurs  figures  représentant  une  lancette, 
quatre  ventouses,  et  un  scarificateur.  Les 
premières  planches  ont  été  transportées  de- 
puis au  livre  des  Opérations,  cbap.  67  et  68; 
et  celle  de  scarificateur  au  livre  des  Combus- 
tions et  gangrenés,  cbap.  8. 


37 

partie  senestre  : et  au  moyen  du  coup , 
s’estoit  fait  vne  playe  contuse,  sans 
toutesfois  aucune  fracture  d'os.  Par 
le  moyen  de  laquelle  le  septième  iour 
luy  suruint  vne  fiéure  continue  et  res- 
uerie  , auec  grande  inflammation 
phlegmoneuse,  causée  par  la  lésion 
du  Pericrane,  accompagnée  d’vne  tu- 
meur merueilleuse  de  toute  la  teste 
et  le  col , ayant  le  visage  grandement 
defliguré , ne  pouuant  voir  ny  parler, 
et  moins  aualler  aucunes  choses , si 
elles  n’estoient  bien  liquides.  Subit 
voyant  tels  accidens,  neantmoins  que 
leiour  de  deuant,qui  estoit  le  huitième 
iour  de  sa  blessure,  auoit  esté  saigné 
par  Germain  Agace,  maistre  barbier 
audit  saint  Germain,  lequel  luy  auoit 
tiré  quatre  palettesde  sang  : et  voyant 
les  accidens  si  grands,  la  force  et 
vertu  du  patient  bonne , reïteray  la 
saignée,  et  luy  tiray  quatorze  palettes 
pour  ceste  fois  : puis  le  iour  suiuant, 
voyant  que  la  fiéure  ny  aucuns  des 
accidens  ncs’estoient  nullement  di- 
minués, mais  plustost  estoient  aug- 
mentés , reïlere  la  saignée,  et  luy  tire 
derechef  quatre  palettes,  qui  estoient 
vingt-deux  : et  le  lendemain  voyant 
encores  les  accidens  n’estre  diminués, 
fus  encores  d’aduis  le  resaigner,  ce 
que  n’osay  faire  seul,  veu la  grande 
évacuation  qu’on  auoit  ja  faite.  Et 
alors  priay  Monsieur  Violaines,  Doc- 
teur ltegent  en  la  faculté  de  Méde- 
cine, homme  docte  et  de  bon  iuge- 
ment,  pour  voir  le  patient.  Lequel 
subit  luy  ayant  touché  le  pouls,  le 
trouuant  fort  robuste  , et  voyant 
pareillement  à l’œil,  la  grande  tu- 
meur, l’impétuosité  et  vehemence 
de  l’inflammation,  fust  d’aduis  que 
promptement  fust  resaigné  : et  luy 
ayant  dit  que  ja  on  auoit  tiré  vingt- 
deux  palettes,  m’vsa  de  ces  mots  : Esto, 
qu’on  luy  en  eust  tiré  d’auantage , si 


38  LE  HVITIÉME  LIVRE, 

est-ce  qu’il  luy  en  faut  encores  tirer  : ; mence  procédé  du  cerueau , qui  est 
attendu  que  les  deux  indications  prin- 


cipales qui  nous  indiquent  à faire  la 
saignée , sont  présentes  : sçauoir  la 
grandeur  de  la  maladie , et  la  force 
et  vertu  du  Patient.  Adonc  fus  bien 
ioyeux,el  soudain  luy  en  tiray  encore 
trois  palettes  en  sa  presence  : et  luy 
en  voulois  tirer  d’auantage,  ce  qu’il 
remist  à l’apres  disnée , où  ie  luy  en 
retiray  encore  deux , qui  sont  vingt- 
sept  palettes,  qui  furent  tirées  audit 
patient  en  quatre  iours  suiuans  *.  Et 
la  nuit  suiuante,  le  patient  reposa  fort 
bien  : et  le  lendemain  le  trouuay  sans 
fiéure , la  tumeur  grandement  dimi- 
nuée, l’inflammation  presque  toute 
esteinte , hors  mis  les  paupières  su- 
périeures des  yeux , et  le  mollet  des 
oreilles,  lesquels  endroits  s’apostu- 
merent,  et  ietterent  assez  grande 
quantité  de  boue.  Et  proteste  qu’il  fut 
entièrement  guari,  grâces  à Dieu, 
par  les  remedes  : qui  sans  la  bénédic- 
tion d’iceluy  sont  du  tout  inutiles. 

Or  i’ay  bien  voulu  reciter  telle  his- 
toire, à fin  que  le  ieune  Chirurgien 
ne  soit  timide  à tirer  du  sang  aux 
grandes  inflammations:  pourueu  que 
principalement  la  force  et  vertu  du 
patient  soit  grande  : ie  dy  grande,  par- 
ce qu’il  y a des  personnes  que  si  on 
leur  auoit  tiré  trois  palettes  de  sang, 
on  seroit  quelquesfois  cause  de  leur 
oster  la  vie. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos , 
il  faut  que  le  malade  euite  l’acte  ve- 
nerien  , non  seulement  pendant  que 
sa  playe  n’est  encores  consolidée , 
mais  long  temps  apres,  pource  qu’en 
petite  quantité  de  semence,  est  con- 
tenu grande  quantité  d’esprits  : et 
qu’vne  grande  portion  de  ladite  se- 

1 Les  patelle'!  de  Paris  peuuem  tenir  trois 
onces  et  i>lus.  — A.  P. 


cause  de  débiliter  les  vertus,  et  prin- 
cipalement la  faculté  animale.  Dont 
grands  accidens,  et  souuent  mort  pro- 
chaine aduient  par  tel  acte  à ceux  qui 
ont  playes  à la  teste  : ce  [que  ie  puis 
attester  auoir  veu'souuent  aduenir  en 
bien  petites  playes  de  teste,  encores 
que  la  playe  fust  du  tout  consolidée. 

Semblablement  le  Chirurgien  ne 
doit  mespriser  les  affections  de  l’ame , 
pour-ce  qu’elles  causent  grands  mou- 
uemens  et  mutations  au  corps,  à cause 
qu’elles  dilatent  ou  compriment  le 
cœur  : et  en  ce  faisant  les  esprits  se 
resoluent,  ou  astraignent  et  suffo- 
quent : ces  passions  sont  ioye,  amour, 
esperance,  ire,  tristesse,  crainte,  et 
autres  : toutes  lesquelles  doiuentes- 
tre  corrigées  par  leurs  contraires. 

D’auantage  faut  que  le  malade  soit 
en  vn  lieu  de  repos , et  hors  de  grand 
bruit , s’il  est  possible , comme  loin 
de  cloches , non  près  de  mareschal , 
tonnelier,  maletier,  armurier,  pas- 
sages de  charrettes  et  leurs  sembla- 
bles, pour-ce  que  le  bruit  luy  aug- 
mente la  douleur,  la  fiéure  et  autres 
mauuais  accidens. 

Et  me  souuient  quand  i’estois  der- 
nièrement au  chasteau  de  Iledin , 
qu’à  l’heure  qu’on  faisait  la  batterie , 
le  bruit  et  retentissement  de  l’artille- 
rie causoit  aux  patiens  vne  douleur 
extresme , et  principalement  à ceux 
quiestoien  t blessés  à la  teste  : car  ils  di- 
soient qu’il  leur  sembloit  aduis,  qu’au- 
tant  de  coups  de  canon  qu’on  tiroit , 
qu’on  leur  donnoit  autant  de  coups 
de  baston  sur  leurs  playes:  et  mesme- 
mentleur  suruenoil  flux  de  sang  par 
icelles,  et  laisoient  grands  pleurs  et 
lamentations  : de  sorte  que  la  douleur, 
fiéure  et  autres  accidens  estoient  par 
telle  vehemence  grandement  aug- 
mentés, et  la  mort  accélérée. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


Et  te  suffise  du  régime  vniuersel. 

Maintenant  faut  déclarer  la  cure 
particulière,  selon  qu’aucuns  des  an- 
ciens ont  escrit,  et  aussi  selon  ce  que 
i’ay  expérimenté  par  plusieurs  an- 
nées. 


CHAPITRE  XV. 

DE  LA  CVRE  PARTICVLIEItE,  ET  PREMIERE- 
MENT DES  PLAYES  DV  CVIR  MVSCV- 

LEVX. 

Et  pour  la  cure  particulière , nous 
commencerons  à vne  playe  simple , 
laquelle  pour  sa  cure  n’a  qu’vn  seul 
et  simple  scope,  qui  est  vnion  : car  si 
elle  ne  pénétré  iusques  au  Crâne,  elle 
est  pensée  et  curée  comme  celles  des 
autres  parties  de  nostre  corps  : mais 
si  elle  est  composée , autant  qu’il  y 
aura  de  complications,  autant  faudra- 
it qu’il  y ait  d’indications.  Et  en  icelles 
faut  garder  l’ordre,  l’vrgent  et  la 
cause  *. 

Donc  si  la  playe  est  simple  et  su- 
perficielle , faut  premièrement  raser 
le  poil  d’entour  elle , et  appliquer  vn 
médicament  fait  cum  albumine  oui, 
et  bolo  armenico  , et  aloe  : et  le  len- 
demain appliquer  vne  emplastre  de 
Ianua  ou  Gratia  Dei , et  la  continuer 
iusques  à la  parfaite  vnion  de  la  playe. 
Mais  si  la  playe  est  profonde  iusques 
au  Pericrane , on  ne  peut  faillir  au 
second  appareil , à mettre  dans  icelle 
vn  digestif,  fait  cum  terebinthina  Ve- 
neta , vitellis  ouorum,  oleo  rosaceo , 
et  tantillo  croci  : et  en  sera  continué 
iusques  à ce  que  la  playe  iettera 
sanie  : et  alors  sera  adiousté  audit 
digestif  met  rosatum , et  farina  hordei. 
Puis  apres  seront  appliqués  autres 

1 Gai.  4,  delà  Méthode.  — A.  P. 


39 

medicamens  , ausquels  n’entrera  au- 
cune huile,  ny  autre  chose  onctueuse, 
comme  cestuy  : 

Médicament  epulo tique,  ou  cicatrizalif. 

'if.  Tereb.  Venetæ,  g . ij. 

Syrupi  rosati  § . j. 

Pul.  aloës,  myrrhæ  et  mastich.  ana  5 . fi . 
Incorporentur  simul,  et  fiat  vnguentum. 

Duquel  faudra  vser  iusques  à la 
procréation  de  la  chair. 

Puis  pour  faire  cicatrice , sera  ap- 
pliquée la  pouldre  qui  s’ensuit. 

if.  Aluminis  combusti, 

Corticis  granatorum  combustorum,  ana 
3.  j. 

Misceantur  simul,  et  fiat  puluis. 

Et  si  la  playe  estoit  si  grande  qu’il 
faille  faire  aucun  point  d’aiguille,  se- 
ront faits  en  tel  nombre  qu’il  sera  be- 
soin. Comme  ie  fis  à vn  soldat , qui 
estoit  dans  le  chasteau  de  Hedin,  vn 
peu  deuant  le  siégé  dernier  : qui  be- 
choit  en  terre  auec  plusieurs  autres , 
pour  la  porter  sur  les  rempars , sur 
aucuns  desquels  tomba  vne  grande 
quantité  de  ladite  terre,  qui  en  es- 
touffa  la  plus  grande  partie  : ledit 
soldat  fut  tiré  de  dessous,  et  eut  tout 
le  cuir  musculeux  incisé , et  déprimé 
iusques  au  Pericrane,  commençant  sa 
playe  deux  doigts  au  dessus  du  som- 
met de  la  teste,  et  estoit  renuersé  sur 
le  visage  : ce  qui  faisoit  grandehorreur 
à regarder.  Et  l’ayant  veu,  fis  appel- 
ler  Charles  Lambert , Chirurgien  de 
défunt  monsieur  le  Mareschal  Duc  de 
Bouillon,  pour  m’aider  à le  penser  : 
dont  l’ordre  fut  tel. 

le  lauay  sa  playe  de  vin  vn  peu 
tiede,  tant  pour  oster  le  sang  coagulé, 
que  la  terre  qui  y estoit  : puis  fut  icelle 
bien  essuyée  auec  linge  mollet  et 
délié.  Et  luy  appliquay  sur  toute  sa- 
dite  playe  terebenthine  de  Venise  mes- 


4o 


LF.  IIVITIFME  LIVRE, 


lée  auec  vn  peu  (l'eau  de  vie  , en  la- 
quelle auoit  esté  dissoultsang  de  dra- 
gon, a loës  et  pouldre  de  mastic:  et 
apres  luy  renuersay  et  remis  ledit  cuir 
en  son  lieu  naturel,  et  luy  lis  plu- 
sieurs points  d’aiguille  peu  serrés , 
poureuiter  augmentation  de  douleur 
et  inflammation,  qui  se  fait  principa- 
lement au  temps  que  la  sanie  se  fait , 
pour  tenir  iointes  les  parties  qui  es- 
toient  distantes  et  séparées,  et  garder 
l’alteration  de  l’air,  lequel  nuist  gran- 
dement à telles  playes , comme  nous 
auons  d t.  Aussi  luy  furent  mises  des 
tentes  assez  longues  et  plattes  aux 
parties  inferieures  de  la  playe  , tant 
d’vn  costé  que  d’autre  pour  donner 
issue  à la  sanie.  Et  par  dessus  toute 
la  teste  luy  fut  appliqué  vn  cataplas- 
me tel  que  s’ensuit  : 

“if.  Farinæ  hordei,  et  fabar.  ana  § . vj. 

Olci  rosa.  3 . iij. 

Aceti  quant.  sufT. 

Fiat  cataplasma  ad  formam  pultis. 

Lequel  a vertu  desiccatiue,  refrige- 
ratiue  et  repercussiue  : aussi  de  seder 
la  douleur , estancher  le  flux  de  sang 
et  euiter  l’inflammation.  El  luy  es- 
toit  renouuellé  souuen  t , de  peur  qu’es- 
tant desseiché  les  farines  ne  vinssent 
à clorre  les  pores  se  rendans  trop 
emplastriques , et  par  conséquent  ne 
permissent  qu’il  ne  se  fist  aucune 
exhalation  et  resolution  des  vapeurs 
contenues  en  la  partie.  Et  audit  sol- 
dat ne  luy  fut  fait  saignée , à raison 
qu  il  auoit  eu  grand  flux  de  sang  , 
principalement  par  certaines  arteres 
qui  sont  aux  temples  : et  estant  bien 
aduerti  que  l’ennemy  nous  venoit 
tost  assiéger , luy  conseillay  de  se  re- 
ti:  er  à Abbeuille,  à fin  qu’il  fust  mieux 
traité , ce  qu’il  fist.  El  depuis  vous 
puis  bien  asseurer  l’auoir  veu  audit 
Abbeuille,  du  tout  guari , lorsque 


retournay  de  prison  d’entre  les  mains 
des  ennemis'. 

' Nous  avons  vu  déjà  au  chapitre  vn  la  su- 
ture employée  par  Paré  dans  les  cas  où  il  y 
a même  une  portion  d’os  comprise  dans  le 
lambeau  ; et  l’on  a pu  comparer  (p.  19,  n.  I) 
les  diverses  manières  d’agir  de  Rérenger  et 
de  Fallope.  Quand  il  n'y  a qu’un  lambeau 
de  parties  molles,  la  plupart  des  chirurgiens 
de  cette  époque  faisaient  la  suture,  cependant 
quelquefois  avec  des  restrictions.  Voici  ce 
qu’en  disait  Pierre  d’Argelata  au  xivr  siècle. 

Après  avoir  cité  , en  faveur  de  la  suture  , 
l’autorité  d’Avicenne,  Guillaume  de  Salicet, 
Lanfranc , Henri  et  Guy  de  Chauliac , il 
ajoute  : 

« Et  pour  moi,  je  le  confirme  avec  l’expé- 
rience , j’ai  souvent  fait  la  suture  à la  tète, 
comme  mes  compagnons  ont  vu , et  elle  m’a 
bien  réussi.  Silence  doncà  ceux  de  mes  com- 
pagnons qui  reprennent  les  autres,  et  qui 
disent  qu’il  ne  faut  pas  faire  de  suture  à la 
tète.  Je  m’étonne  que  des  anciens  comme  il 
y en  a parmi  eux,  et  qui  ont  pratiqué  toute 
leur  vie,  ne  sachent  pas  qu’il  faut  appliquer 
la  suture  dans  les  plaies  de  tête.  Je  devrais 
peut-être  me  taire  sur  leur  ignorance , et 
les  y laisser  ; mais  je  ne  veux  pas  en  agir 
ainsi  pour  mes  compagnons.  Je  dis  donc 
qu’une  plaie  de  tête  est  sur  le  côté  ou  non  ; 
si  elle  est  de  côté,  et  s’il  y a un  lambeau  qui 
pend  , elle  doit  être  recousue.  J’ai  vu  sou- 
vent des  lambeaux  pendre  sur  le  côté  avec 
une  portion  d’os  ; j’enlevais  ce  fragment  os- 
seux, je  rejoignais  les  parties  par  la  suture, 
et  la  plaie  s’incarnait  en  peu  de  jours.  J’ai 
fait  souvent  la  suture  à l’hôpital,  et  elle  m’a 
toujours  bien  réussi.  J’ai  vu  aussi  en  ville 
sur  un  blessé  presque  toute  la  peau  ou  au 
moins  une  grande  partie  de  la  peau  de  la 
tête  détachée  des  os;  je  l’ai  replacé  comme 
il  se  devait , je  l’ai  cousue , et  elle  a repris.» 

11  n’appliquait  toutefois  la  suture  que  pour 
les  lambeaux  des  parties  antérieures  ou  la- 
térales ; pour  ceux  du  sommet  ou  de  l’occi- 
put, il  craignait  que  la  suture  n’cmpèchàt 
l’écoulement  du  pus  et  n’amenàl  la  corrup- 
tion de  l’os.  11  la  rejetait  aussi  dans  les  plaies 
par  une  pointe  d’épée  ou  de  flèche.  Lib.  ni, 
tract.  1,  cap.  l. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIKR. 


Mais  si  la  playe  estoit  faite  par  mor- 
sure de  beste  ilia  faudroil  traiter  par 
autre  maniéré.  Ce  que  ie  te  veux  bien 
en  cest  endroit  aussi  demonstrer  par 
l’bistoire  qui  s’ensuit. 

Vn  iour  estant  les  Lyons  du  défunt 
Roy  Henry  en  ceste  ville  aux  Tour- 
nelles , comme  plusieurs  les  alloient 
voir,  il  aduint  qu’un  d’iceux  se  desta- 
eha  et  ielta  sa  griffe  sur  vne  fille  aa- 
gée  de  douze  ans  ou  enuiron,  et  l’at- 
terra : ce  fait,  engoula  sa  teste,  et  auec 
les  dents  luy  fist  plusieurs  playes , 
sans  toutesfois  luy  faire  aucune  frac- 
ture aux  os.  Et  est  vraysemblable 
qu’il  Peust  deuorée,  n’euslesté  que  le 
maistre  desdits  Lyons  luy  osta  d’en- 
tre ses  griffes  et  gueule.  Et  se  trouua 
à l’endroit  vn  nommé  Rolland  Claret, 
maistre  Barbier  Chirurgien  à Paris  , 
pour  penser  et  medicamenter  ladite 
fille.  Et  quelquesiours  apres  fus  man- 
dé pour  la  visiter  , laquelle  trouuav 
fébricitante , auec  grande  tumeur  et 
inflammation  de  toute  la  teste  , en- 
semble d’vne  espaule  et  du  thorax  , 
principalement  aux  endroits  où  les 
dents  et  griffes  dudit  Lyon  auoient 
entré  : et  estoient  les  léures  desdites 
playes  liuides,  et  d’icelles  sortoit  ma- 
tière sereuse,  virulente , acre  et  fort 
fœtide  , et  quasi  intolérable  à sen- 
tir , ainsi  que  d’vne  charongne  , de 
couleur  noire  et  verdoyante  : et  di- 
soit ladite  fillesentir  grandes  douleurs 
pongitiues  et  mordantes.  Et  promp- 
tement, voyant  tels  accidens,  me 
vint  en  mémoire  que  les  anciens 
auoient  laissé  par  escrit  que  toutes 
picqueures  et  morsures  de  beste  (voire 
fussent-elles  faites  d'hommes)  estoient 
veneneuses,  les  vnes  plus , les  autres 
moins  : et  partant  ie  conclu  qu’il  fal- 
loit  auoir  esgard  à l’impression  du 
venin  délaissé,  tant  par  les  dents  que 
par  les  griffes  dudit  Lyon  , et  qu’il 


4l 

conuenoit  appliquer  choses  qui  eus- 
sent faculté  et  puissance  d’obtundre 
tous  venins  : et  partant  on  luy  fit 
plusieurs  scarifications  auiour  de  ses 
playes,  et  y fut  appliqué  des  sangsues 
pour  tirer  le  venin  dehors  et  deschar- 
ger  les  parties  enflammées  : et  subit 
luy  fut  fait  ablution  d’egypliac  , me- 
tbridat  et  theriaque  , auec  vn  petit 
d’eau  de  vie , ainsi  qu’il  s’en  suit  , à 
sçauoir  : 

'if.  Mithridat.  g . j. 

Theriacæ  veter.  g.  ij. 

Ægypt.  §.  fi. 

Dissoluantur  omnia  cum  aqua  vitæ  et  cardui 
benedicli. 

El  luy  en  furent  lauées  et  fomen- 
tées toutes  ses  playes.  Et  aux  medi- 
camens  qu’on  appliquoit  tant  dedans 
ses  playes  que  dehors,  estoit  mis  des- 
dits theriaque  et  methridat  : pareille- 
ment luy  en  fut  donné  par  l’espace 
de  quelques  iours  à boire  auec  con- 
serue  de  roses  et  buglose  , dissoult 
dans  eau  de  petite  ozeille  et  char- 
don benist  pour  la  corroboration  du 
cœur,  à fin  qu’il  ne  fust  infecté  des 
vapeurs  malignes.  Pareillement  luy 
fut  appliqué  sur  la  région  du  cœur 
tel  epitheme  : 

7f.  Aquæ  rosarum  et  nenupharis  ana  g . iv. 
Aceti  scillitici  § j. 

Corallorum  et  santalorum  alborum  et  ru- 
brorum, rosarum  rubrarum,  put.  spodij. 
ana  §.j. 

Milbridatij,  tberiacæ  ana  g . ij. 

Florum  cordialium  pulverisatorum  p.  ij. 
crocit  5.  j. 

Dissolue  omnia  simul  : fiat  epithema,  quod 
superponalurcordi,  cum  panno  coccineo 
aut  spongia. 

Et  estoit  cedit  remede  renouuellé 
soutient  : et  vous  puis  asseurer  que 
dés  la  première  fois  que  nous  eusmes 
fait  tels  remedes,la  douleur  et  in- 


LE  IIV1TIÉME  LIVRE, 


42 

flammation,  auecques  autres  mauuais 
accidens,  commenceront  à diminuer, 
et  depuis  fut  guarie:  reste  que  plus  de 
deux  ans  apres,  au  lieu  qu’elle  souloit 
estre  grasse  et  en  bon  point,  demeura 
fort  maigre  et  extenuée  de  tous  ses 
membres,  mais  à présent  se  porte 
bien. 

Ori’ay  bien  voulu  reciter  telle  his- 
toire au  ieune  Chirurgien , à fin  qu’il 
tienne  en  mémoire  que  les  playes  fai- 
tes par  picqueures  et  morseures  de 
bestes,  demandent  autre  cure  que  les 
autres  faites  par  autres  causes. 

Or  maintenant  il  nous  faut  retour- 
ner aux  autres  dispositions,  comme  si 
c’est  vn  coup  orbe  qui  ait  causé  con- 
tusion sans  playe  : alors  ayant  rasé 
tout  le  poil  ( ce  qu'il  faut  tousiours 
faire , à fin  de  connoistre  mieux  le 
mal , et  que  les  remedes  puissent  pa- 
reillement mieux  profiter),  pour  le 
premier  appareil  on  doit  vser  de  re- 
percussifs  , comme  d’oxyrhodinum , 
ou  tel  qui  s’ensuit  : 

if.  Olei  rosati  § . iij. 

Albumina  ouorum  numéro  ij. 

Pulueris  nuciscupressi,balaust.aluminis 
rochæ,  rosarum  rubrarum  ana  § . j. 
Incorporentur  simul,  fiat  medicamentum  ad 
vsum  dictum. 

Ou  au  lieu  d’iceluy , on  peut  appli- 
quer le  cataplasme  fait  de  farine  d’or- 
ge, deféues  et  de  vinaigre  et  huile 
rosat,  cy  dessus  escrit,  ou  autres  sem- 
blables : lesquels  remedes  se  doiuent 
renouueller  souuent.  Et  apres  que  la 
fluxion  et  douleurs  sont  appaisées , 
faut  appliquer  des  résolutifs  , à fin  de 
résoudre  les  humeurs  deflués  à la 
partie.  Exemple  : 

if.  Emplastri  de  mucilaginibus  g . ij. 

Emplastri  de  meliloto  et  oxicrocci  ana 
5 ■ j- 

Olei  eamomillæ  et  ancti  ana  § . û . 


Malaxenlur  simul , et  fiat  emplastrum  ad 
vsum  dictum. 

Duquel  sera  appliqué  sur  ladite 
partie. 

Pareillement  en  tel  cas,  on  peut  vser 
de  fomentation , comme  de  ceste-cy. 

if.  Vini  rubri  1b.  iv. 

Lixiuij  communis  ib.  ij. 

Nuces  cupressi  contusas,  numéro  x. 
Pulueris  myrtillorum  g . j. 

Rosarum  rubrarum,  absynthij,  foliorum 
saluiæ,  maioranæ,  stœchados,  florum 
eamomillæ,  meliloti  ana  m.  6. 
Aluminis  rochæ,  radicis  cypcri,  calami 
aromatici  ana  g . fi . 

Bulliant  omnia  simul,  et  fiat  decoctio  pro 
fotu. 

Et  d’icelle  soit  fomenté  le  lieu  blessé 
auec  esponges  ou  feutres.  Icelle  fo- 
mentation resoult  et  seiche  le  sang 
meurtri , comme  on  peut  connoistre 
par  ses  ingrediens  : et  la  faut  faire 
longuement 1 , et  apres  faut  essuyer 
et  seicher  tres-bien  la  teste  auec  lin- 
ges chauds  , et  appliquer  dessus  en- 
cores  choses  plus  resoluliues  , pour 
tousiours  consumer  et  résoudre, com- 
me le  Cerat , escrit  par  de  Vigo,  ap- 
pellé  Cerotum  de  minio,  lequel  a vertu 
d’amolir  et  résoudre , et  est  tel  : 

'if.  Olei  eamomillæ,  liliorum  ana  g . x. 

Olei  mastichis  §.ij. 

Pinguedinis  veruecis  lb . j . 

Lithargyri  aurei  § . viij. 

Minij.  5 . ij  - 

Vini  boni  cyathum  vnum. 

Bulliant  omnia  simul , baculo  agitando  , in 
primis  lento  igné  : et  in  fine  ignis  aug- 
mentetur,  donec  acquiral  colorem  ni- 
grum  vel  tendentem  ad  nigredinem, 
addendo  in  fine  cocluræ  : 

1 Galien  au  (5.  de  la  Méthode  dit  que  la  fo- 
mentation longuement  faite  resoult  plus 
qu’elle  n’attire.  — A.  P. 


DFS  PLATES  EN  PARTICVLIER. 


Terebinthinæ  fl>.  fi. 

Mastichis  g . ij. 

Gummi  elerni  g . j. 

Ceræ  quantum  sufficit , 

Et  bulliant  rursus  vna  ebullitione  , et  fiat 
emplastrum  molle. 

Et  si  par  tels  moyens  on  ne  peut  ré- 
soudre, et  qu’on  voit  y auoir  mollesse 
et  inondation  , alors  faut  ouurir  la 
tumeur  le  plustost  qu’il  sera  possible. 
Car  quand  la  chair  est  enflammée  et 
pourrie,  elle  altéré  l’os  et  le  rend  pu- 
rulent, tant  pour  l’inflammation  que 
pour  l’acrimonie  de  la  sanie  qui 
tombe  dessus:  parquoy  faut  promp- 
tement faire  appertion  , et  mondifier 
la  playe  par  tel  mondificatif. 

if.  Syrupi  rosati,  et  absinthij  ana  § . j. 

Terebinthinæ  § . j. 

Pulueris  ireos,  alocs  mastichis,  myrrhæ, 
farinai  hordei,  ana  ^ . fi. 

Ou  egyptiac  meslé  auec  apostolo- 
rum  , parties  égalés , ou  pur  , s’il  est 
besoin,  pour  mondifier  vne  grande 
pourriture  : et  apres  la  mundification, 
faut  vser  de  remedes  incarnatifs,  puis 
cicatrisatifs. 

La  chair  aisément  se  régénéré  en 
tous  les  endroits  de  la  teste,  fors  en  la 
partie'du  front,  qui  est  vn  peu  au  dessus 
du  milieu  des  sourcils  : car  en  ce  lieu  là 
à peine  y peut-elle  croislre , de  sorte 
que  toute  la  vie  du  malade,  l’vlcere 
y demeure  : parce  qu’en  tel  endroit 
il  y a vne  interne  cauité  en  l’os  pleine 
d’air,  qui  se  rend  aux  os  cribleux  du 
nez  , lequel  air  empesche  la  consoli- 
dation de  ladite  vlcere  : et  en  outre  , 
l’os  y est  si  espais  et  dense  , qu'il  n’en 
peut  suinter  assez  d’aliment  pour  la 
régénération  de  la  chair.  Adiousté 
que  du  nez  et  des  yeux  est  enuoyée 
en  l’vlcere  grande  quantité  d’excre- 
mens,  qui  empeschentque  l’vlcere  ne 
soit  menée  à cicatrice,  dont  aduient 


43 

que  lors  qu’on  fait  serrer  le  nez  et  la 
bouche  du  malade,  et  s’efforce  à souf- 
fler, l’air  sort  du  trou  de  l’vlcere  en 
si  grande  quantité,  qu’il  peut  estein- 
dre  vne  bien  grosse  chandelle.  Ce  que 
ie  proteste  auoir  veu  en  vn  quidam 
que  i’auois  trépané  parce  que  l’os  Co- 
ronal  en  cest  endroit  auoit  esté  rompu 
et  enfoncé  vn  peu  au  dessus  desdites 
cauités  L 


CHAPITRE  XVI. 

CVRE  DES  ACCIDENS  QVI  ADVIENNENT 
AV  CRANE. 

Or  apres  auoir  parlé  des  remedes 
propres  au  cuir  musculeux  , selon  la 
diuersité  des  dispositions  d’iceluy  : 
maintenant  faut  déclarer  ceux  du 
Crâne  et  de  la  Dure-mere. 

Doncques  si  l’os  est  fracturé  et  qu’il 
soit  besoin  de  le  trépaner,  ou  l’esleuer 
ou  ruginer  : apres  auoir  fait  section 
audit  cuir  musculeux,  faut  déprimer 
le  Pericrane  de  contre  le  Crâne,  ainsi 
qu’auons  dit.  Ce  qui  ne  se  peut  faire 
sans  grande  douleur , pour  la  sensi- 
bilité d’iceluy  et  la  connexion  qu’il  a 
aux  membranes  du  cerueau  par  les 
sutures  : et  parlant  faut  bien  auoir 
esgard  à mitiger  la  douleur, pour  eui- 
ter  l’inflammation  et  autres  accidens. 

Doncques  apres  qu’on  aura  fait  le 
premier  appareil  et  esleué  les  angles 
de  la  playe  : au  second  sera  mis  vn 
digestif  fait  de  iaune  d’œuf  et  huile 
rosat , auec  vn  peu  de  térébenthine  : 
et  sur  l’os  qu’on  voudra  garder  sain, 
ne  faut  nullement  loucher  des  choses 
humides  , ensuiuant  Galien  qui  dit 

1 Ce  paragraphe  si  neuf  et  si  intéressant 
était  comme  perdu  à la  fin  du  chapitre  xn. 
Voyez  page  32  , note  1. 


44  le  hvitieme  livre  , 


qu’on  ne  doit  nullement  vser  ans  os 
desnués , de  choses  onctueuses , mais 
au  contraire  de  toutes  choses  qui  des- 
seiclient  toute  humidité  superflue  *. 
Dont  faut  mettre  sur  ledit  os  charpy 
sec,  ou  poudres  céphaliques  (lesquel- 
les descrirons  cy  apres)  et  garder  qu’il 
ne  soit  altéré  , tant  de  l’air  que  des 
medicamens  humides. 

Pareillement,  apres  qu’on  aura  tré- 
pané, faut  auoir  grande  sollicitude  à 
bien  traiter  la  Dure-mere.  Car  quel- 
quefoisil  sort  grande  quantité  de  sang 
de  quelque  vaisseau, qui  pourroit  estre 
attaché  contre  la  seconde  table  : ce 
que  i’ay  veu  souuent  aduenir.  Et  tou- 
tesfois  ne  le  faut  subit  estancher,  mais 
le  laisser  fluer  selon  la  plénitude  , 
force  et  vertu  du  malade  : car  par  tel 
moyen  la  fiéure  et  autres  accidens 
sont  moins  grands  : ce  qui  est  prouué 
par  Hippocrates  , qui  dit  qu’il  est  ne- 
cessaire laisser  fluer  le  sang  aux  playes 
recentes,  excepté  au  ventre  : car  par 
tel  moyen  elles  seront  moins  moles- 
tées de  douleur, inflammation  et  d’au- 
tres accidens.  Et  les  vieilles  (dit-il)  on 
les  doit  faire  souuent  saigner,  à raison 
que  par  tel  moyen  on  descharge  la 
partie  des  humeurs  contenues  en 
icelle 1  2.  Or  donc  apres  en  auoir  laissé 
fluer  assez , sera  arresté  auecques  ce 
remede  escrit  de  Galien  : 

if.  Put.  aloës  3.  ij. 

Thur.  mast.  ana  3.  G . 

Albumina  ouorum,  numéro  ij. 

Agilcntur  simul  cum  pilis  leporis  minutim 
incisis,  üat  medicameulum  3. 

Et  apres  que  le  flux  sera  estanché, 
pour  seder  la  douleur,  sera  appliqué 
dessus  ladite  Dure-mere  sang  de  pi- 

1  Galien,  G.  liu.  delà  Méthode.  — A.  P. 

2 Hipp.au  liu.  des  vlceres,  et  Gai.  au  liu.  4 
de  la  Méthode.  — A.  P. 

3 Galien  au  6.  de  lu  Méthode.  — A.  P. 


geon  recentement  tiré  de  dessous 
l'aile  : puis  de  ceste  poudre  qui  s’en- 
suit : 

"if.  Aloës,  thuris,  myrrhæ,  sanguinis  draco- 
nis  ana  3.  j. 

Misce,  fiat  puluis  subtilis. 

Et  l’on  pourra  aussi  faire  vne  em- 
brocation d'oxyrhodinum , ou  autre 
repercussif,  comme  le  cataplasme  fait 
de  farines,  de  vinaigre  et  huile  rosat, 
pour  adoucir  et  appaiser  la  douleur 
et  euiter  inflammation  iusques  au  qua- 
trième iour  : puis  on  pourra  seure- 
ment  vser  du  Cerat  de  Vigo,  lequel  me 
semble  estre  fort  propre  pour  les  os 
du  Crâne  fracturé,  pource  qu’il  attire 
la  matière  du  profond  à la  superficie , 
resoult  et  deseiche  modérément  : et  à 
cause  de  son  odeur,  resiouist  l’esprit 
animal,  robore lecerueauet  les  mem- 
branes Ce  faisant  appaise  la  douleur, 
comme  on  le  pourra  connoistre  par 
les  ingrediens  qui  entrent  en  sa  com- 
position , qui  est  telle  : 

'if..  Olei  rosati  omphacini,  résina;  pini,  gum- 
mi  elemi.  ana  g . ij. 

Mastich.  g.j.  G. 

Pinguedinis  arietis.  g.  ij.  G. 

Foliorum  betonicæ,  matrisyluæ,  anttaos 
ana  manip.j. 

Ammoniaci  g.  G. 

Granorum  tinctorum  3.  1. 

Liquéfiât  pinguedo,  et  trituranda  trituren- 
tur,et  liquefacsimul  ammoniacum  cum 
aceto  scillilico  : deinde  buliiarit  omnia 
simul  inffi.ij-Vini  boni,  lento  igné 
vsque  ad  consumptionem  vini , deinde 
exprimanlur  : cum  expressione  addantur 

Terebinthinæ  Venetæ  g . iiij. 

Ceræ  alba;  quantum  suflicit. 

Fiat  cerotum  molle. 

Desquels  remedes  sera  vsé  selon  la 
nécessité  : ce  qui  est  enioint  d’Hippo- 
crates,et  en  la  Méthode  de  Galien,  qui 


DES  PLAYES  ÈjV 

commandent  tousiours  indications 
contraires. 

Pareillement  faudra  frotter  toute  la 
nueqiie  du  col  et  l’espine  du  malade 
de  ce  Uniment , lequel  a grande  faculté 
d’adoucir  les  nerfs  pour  empescher 
le  spasme  : comme  pourras  connois- 
tre  aussi  par  les  ingrediens  qui  s’en- 
suiuent  : 

Rutæ,  marrubij,  rorismarini,  ebulorum, 
saluiæ,  herbæ  paralysis,  ana.  m.  G. 

Kadicis  ireos,  cyperi,  baccarum  lauri , 
ana  g ■ j. 

Florum  chamæmeli,  meliloti,  hypcrico- 
nis,  ana  m.  j. 

Pistentur  et  inacerentur  omnia  in  vino  albo 
pernoctem  : deinde  coquantur  in  vase 
duplici  cum 

Olco  lunibvicorum , liliorum,  et  de  tere- 
bintbina  , axungiæ  anscris  et  bunia. 
ana  § . ij. 

Vsque  ad  consumptionem  vini  : postea  co- 
lentur,  et  in  colatura  adde 

Teiebinthinæ  Venetæ  § . iij. 

Aquæ  vitæ  § . G . 

Ceræ  quantum  sunicit. 

Fiat  linimentum  secundum  artem. 

Mais  la  douleur  estant  appaisée , 
faut  désister  de  toutes  choses  onc- 
tueuses , de  peur  qu’elles  ne  rendent 
la  playe  sordide  et  maligne,  et  que 
les  parties  proches  ne  se  pourrissent, 
et  par  conséquent  la  Dure-mere  et 
l’os:  pource  que  les  parties  ne  seroient 
gardées  par  leurs  semblables,  ce  qui 
se  doit  faire  par  remedes  desiccatifs. 
Parquoy  ne  faut  aux  playes  et  frac- 
turesde  la  teste  vser  de  remedes  oléa- 
gineux, humides  et  suppuratifs  : si  ce 
n’est  pour  mitiger  la  douleur  et  sup- 
purer en  cas  de  nécessité  : car  (comme 
dit  Galien)  il  faut  laisser  souuenlesfois 
la  propre  cure  pour  subuenir  aux  ac- 
cideus1. 


PARTICVLIEG.  45 

D’auantage  , Hippocrates  ne  veut 
qu’aux  fractures  du  Crâne  y soit  fait 
fomentation  de  vin  , ou  bien  peu 1 : et 
ce  bien  peu , interprété  Vidus  Vidius, 
si  ce  n’est  quand  on  craint  inflamma- 
tion : pource  que  la  fomentation  de 
vin  a faculté  de  reprimer,  refroidir  et 
seicher  (supplé  que  ledit  vin  soit  noir 
et  rude).  Et  combien  que  ledit  vin 
ail  faculté  et  vertu  desiccatiue  , tou- 
tesfois  actuellement  humecte.  Ce  qui 
est  grandement  contraire  aux  playes 
de  la  leste  , et  principalement  si  l’os 
est  decouuert  : en  sorte  qu’il  y au- 
roit  danger  par  la  réfrigération  du 
vin , qu’il  feroit  au  cerueau , qu’il 
ne  suruint  spasme  ou  autre  mau- 
uais  accident.  Et  partant  ne  faut  vser 
de  choses  froides  et  humides,  si  ce 
n’est,  comme  auons  dit , pour  repri- 
mer l’inflammation  et  appaiser  la  dou- 
leur causée  par  ladite  inflammation  : 
mais  seront  appliquées  sur  les  os  dé- 
nués poudres  catagmatiques  et  cépha- 
liques , ainsi  appellées  des  anciens 
Grecs,  parce  qu’elles  sont  propres  aux 
fractures  des  os  de  la  teste  et  autres  : 
à cause  que  par  leur  siccité  consom- 
ment l’humeur  superflu  , et  en  ce  fai- 
sant aident  à Nature  à séparer  les- 
dils  os,  et  engendrer  chair  dessus. 

Et  sont  lesdites  poudres  telles  : 

Thus,  radix  ireos  Florentiæ,  farina  hordei  , 
eterui,  pulu.  aloes  hepaticæ,  sanguis 
draconis,  mast.  myrrha,  radix  aristolo- 
chiæ,  gentianæ,  erucæ. 

Et  generalement  tous  simples  qui 
sont  desiccatifs , abstersifs  sans  éro- 
sion. Lesquels  seront  appliqués  apres 
que  ia  douleur,  inflammation  et  apos- 
teme  seront  passés:  mais  alors  qu’on 
voudra  mondiûer  les  membranes  et 
faire  séparer  et  incarner  et  couurir  les 


1 Gai.  au  4.  de  la  Méthode.  — A.  P. 


1 Hipp.  de  vul.  cap . — A.  P. 


LE  HV1T1ÉME  LIVRE, 


46 

os  , en  convient  vser  en  les  diuersi- 
fiant  selon  la  température  et  habitude 
du  corps,  et  des  accklens  qui  seront 
trouués  ausdites  fractures  : ayant  en 
considération  que  l’os  porte  plus  forts 
reuiedes  , et  veut  aussi  plus  estre  de- 
seiché  que  le  Pericrane  et  Dure-mere, 
d’autant  qu’il  est  plus  sec  et  non  sen- 
sible. Et  pour  ceste  raison,  lors  qu’on 
appliquera  lesdites  poudres  cépha- 
liques aux  membranes,  seront  mes- 
lées  auec  miel,  ou  syrop  rosat,  ou 
d’absynthe,  ou  leurs  semblables , à fin 
de  les  rendre  moins  desiccatiues  et 
acres. 


CHAPITRE  XVII. 

DES  ACCIDENTS  QVI  ADVIENNENT  A LA 
DVRE-MEItE. 

Si  par  fortune  la  Dure-mere  est  in- 
cisée ou  escorchée,  pour  l’agglutiner, 
Hippocrates  commande  y appliquer 
succurn  nepetœ , meslé  auec  farine 
d’orge.  En  lieu  d'iceluy  remede,  on 
peut  vser  de  ceste  poudre' qui  a pa- 
reille faculté 

Colophoniæ  5.  iij. 

Myrrhæ,  aloes,  mast.  sang.  dra.  ana  3-  j- 

Croci , sarcocollæ  ana  3.  6 . 

Misceantur,  et  fiat  puluis  subtilis. 

Et  pour  expurger  le  sang  ou  la  sa- 
nie qui  est  ou  peut  estre  en  tre  le  Crâne 
et  la  Dure-mere,  faut  mettre  vne  tente 
de  linge  délié  en  quatre  ou  cinq  dou- 
bles, trempé  en  syrop  rosat  et  d’ab- 
synthe , auec  vn  peu  d’eau  de  vie , 
entre  le  Crâne  et  la  Dure-mere,  à fin 
d’abaisser  la  Dure  - mere  de  peur 
qu’elle  ne  touche  au  Crâne  : pour 
donner  issue  au  sang  et  à la  sanie,  qui 
peuuent  estre  tombés  entre  l’os  et  la- 
dite Dure-mere:  et  aussi  pour  défen- 


dre que,  par  la  pulsation  du  cerueau, 
la  Dure-mere  ne  frappe  contre  les 
bords  du  circuit  de  l’aspérité  de  l’os 
qu’aura  coupé  la  trépané.  Et  à cha- 
cune fois  que  le  patient  sera  habillé  , 
on  mettra  vne  autre  tente  semblable, 
iusques  à ce  que  la  mondification 
soit  faite.  Mesme  le  Chirurgien,  cha- 
cune fois  qu’il  habillera  le  patient  , 
comprimera  la  Dure-mere  auec  vn 
tel  instrument  : et  luy  faut  faire  clorre 
le  nez  et  la  bouche,  et  qu’il  souffle  et 
expire , à fin  que  par  tel  moyen  il  ex- 
purge la  sanie  qui  est  entre  l’os  et  la 
Dure-mere. 

Ledit  instrument,  duquel  sera  com- 
primée ladite  Dure-mere  , doit  estre 
rond,  large,  poly,  et  vni  en  son  extré- 
mité, comme  cestuy-cy. 

Instrument  propre  pour  presser  et  baisser  la 

Dure-mere  en  bas,  à fin  de  donner  issue  à 

la  sanie. 


Et  par  dessus  la  susdite  poudre  , 
soit  mise  sur  la  Dure-mere  une  es- 
ponge  trempée  et  espreinte  en  vne 
décoction  , laquelle  ait  faculté  desic- 


UES  PLAIES  EN  PAKTiCVLIEIi. 


catiue , roboratiue  , faile  de  choses 
aromatiques  propres  à la  leste,  comme 
il  s’ensuit. 

3c.  Foliorum  saluiæ  , maioranæ,  betonicæ, 
rosarum  rubrarum,  absinthij  et  myrtil- 
lorum  , floruin  chamæm.  meliloti,  stœ- 
chados  vtriusque,  ana  ni.  fi. 

Radicis  cyperi,  calami  aromatici,  ireos, 
caryophyllatæ,  angelicæ  ana  § . fi . 
Rulliant  omnia  secundum  artem,  cum  aqua 
fabroruin,  et  vino  rubro  : fiat  decoctio 
ad  vsum  dictum. 

Et  en  lieu  d’icelle  on  pourra  vser 
de  vin  clairet  auec  portion  d’eau  de 
vie:  à tin  que  ladite  esponge  attire  et 
seiche  la  sanie  et  autres  humidités. 
Icelle  esponge  sera  plus  propre  qu’un 
linge  ou  autre  chose  , pource  que 
d’elle-mesme  elle  attire  la  sanie  , et 
aussi  qu’elle  obeïst  par  sa  mollesse  à 
la  pulsation  du  cerueau. 

Et  par  dessus  toute  la  playe  et  par- 
ties proches,  sera  appliqué  vn  emplas- 
tre  faict  de  Diachalciteos  liquéfié  auec 
vinaigre  ou  vin  et  huile  rosat , à fin 
qu’iceluy  emplaslre  soit  rendu  moins 
chaud  et  plus  mol.  Car  (comme  dit 
Hippocrates 1 ) on  11e  doit  mettre  au- 
cune chose  dure  et  fort  pesante  sur 
les  playes  de  la  teste,  ny  faire  ligature 
fort  serrée,  de  peur  d’induire  douleur 
et  inflammation  : ce  qui  est  aussi  re- 
cité par  Galien 2,  qu’vn  Apothicaire 
auoit  bandé  et  lié  si  fort  la  teste  à 
quelqu’vn  , qui  auoit  douleur  cau- 
sée d'inflammation,  qu’il  fut  cause 
de  luy  faire  sortir  les  yeux  hors  la 
teste , à raison  que  telle  ligature  com- 
primoit  les  sutures,  en  sorte  que  les 
vapeurs  fuligineux  qui  s’exhalent  tant 
par  lesdites  sutures  que  par  les  po- 
rosités du  Crâne  , ne  se  pouuoient 
exhaler  par  icelles  : et  aussi  que  par 

* Hipp.  au  liu.  des  playes  de  a leste. — A.  P. 

1 Gai.  au  liu.  de  la  man.  de  bander. — .P. 


47 

telle  compression,  les  arteres  ne  pou- 
uoient auoir  leur  mouuement  pulsa- 
tif.  Pour  ces  causes,  la  douleur  et  in- 
flammation fut  si  grandement  aug- 
mentée, que  les  yeux  luy  creuerent 
et  sortirent  hors  la  teste  *.  Par  ainsi  à 
bon  droit  Hippocrates  defend  couurir 
et  lier  par  trop  les  playes  de  la  teste. 

En  quoy  tu  retiendras  en  mémoire 
que  les  emplastres  que  tu  appliqueras 
sur  la  teste  , seront  de  consistencc 
molle  : et  les  compresses  pareillement 
seront  faites  de  linge  mol  et  subtil , 
ou  de  coton  , ou  de  laine  , ou  d’es- 
touppes  : et  sera  la  teste  ( comme 
auonsdit)  peu  serrée  et  pressée.  Et 
apres  que  le  malade  aura  esté  habillé, 
si  la  playe  iette  beaucoup  , le  faudra 
faire  situer  sur  la  playe , s’il  est  pos- 
sible, et  qu’il  estouppe  par  fois  le  nez 
et  la  bouche , et  qu’il  expire , pour 
faire  esleuer  et  enfler  le  cerueau  : à 
fin  que  par  tel  moyen  la  sanie  con- 
tenue au  dedans  soit  expellée,  de  peur 
qu’elle  n’acquiere  acrimonie  et  autre 
mauuaise  qualité.  Autrement  il  fau- 
dra gratifier  le  malade  de  se  tenir  et 
situer  en  la  façon  qui  luy  sera  plus 
aisée  et  qui  luy  viendra  mieux  à plai- 
sir. On  pourra  mettre  aussi  entre  le 
Crâne  et  la  Dure-mere  huile  de  téré- 
benthine et  vn  peu  d’eau  de  vie  auec 
aloës  et  saffran  subtilement  pulue- 
risé , pour  mondifier  et  desseicher  la 
sanie. 

1 L’édition  de  1561  ajoute  l’histoire  sui- 
vante, retranchée  dans  toutes  les  autres  : 

« Ce  que  véritablement  puis  attester  auoir 
veu  aduenirà  la  sœur  de  feu  Loys  de  Bailly, 
marchant  drappier  demeurant  sur  le  pont 
Saint-Michel  à Paris,  laquelle  eust  vne  si 
extreme  douleur  et  inflammation  à la  teste, 
que  ses  yeux  lui  sorloient,  et  creuerent  en 
ina  prcsence  : non  par  ligature,  mais  par 
vne  extreme  inflammation  des  membranes.» 
Fol.  175. 


48 


LE  HVITIÉME  LIVRE  , 


Autre  pour  mesme  effet, 
if.  Mell.  ros.  g . ij. 

Far.  hor.  pul.  aloës,  mast.  et  ireos  Flo- 
ren.  ana  5.  G. 

Aquæ  vitæ  parum. 

lncorporentursimul,  fiat  munditicatiuuin  ad 
vsum  dictum. 

Or  quelquesfois  se  fait  inflamma- 
tion, apres  la  trépanation,  à la  Dure- 
mere,  laquelle  se  leue  et  sort  grande- 
ment par  le  trou  qu’on  aura  trépané, 
au  dessus  du  Crâne , dont  plusieurs 
mauuais  accidens  s’ensuiuent1.  Mais 
pour  obuier  à la  mort,  faut  faire  plus 
grande  ouuerture  au  Crâne,  auecques 
nos  tenailles  capitales  incisiues , à fin 
de  donner  plus  grande  transpiration 
oueuacuation  aux  matières  contenues 
sous  le  Crâne  : et  alors  sera  reïlerée  la 
saignée  ou  purgation  : ensemble  con- 
uient  ordonner  vne  diete  tenue  au 
patient,  et  tout  par  le  conseil  du  docte 
Médecin  : et  appliquer  remedes  con- 
trarians  à 1 inflammation  , qui  se  fe- 
ront auec  fomentation  d’vne  décoc- 
tion faite  d’eau  , en  laquelle  on  fera 
bouillir  : 

Seminis  fini,  altheæ,  fcenugræci,  psillij, 
rosarum  rubrarum,  ana  g.j, 

Solani,  plantaginis  ana  m.j. 

Ou  autres  remedes  propres  à tels 
accidens  : et  instiller  remedes  anodyns 
et  repercussifs  dans  les  oreilles.  Et 
si  elle  est  grandement  esleuée  , pour 
la  baisser  et  resserrer  on  y doit  appli- 
quer de  la  farine  de  lentille  ou  feuilles 
de  vigne  broyées  auecques  graisse 
d'oye,  ou  autres  semblables  remedes. 
El  si  on  voit  qu’icelle  tumeur  ne  se 
résolue,  et  que  l’on  eust  soupçon  qu’il 
y eust  de  la  boue  au  dessous,  alors  on 
doit  faire  incision  à la  Dure-mere , 
auec  vne  lancette  ou  auec  vne  bis- 

‘ Paul.  Ægin.,  liu.  6,  chap.  90.  — A.  P. 


torie1,  tournant  sa  pointe  vers  le 
ciel,  de  peur  de  toucher  la  substance 
du  cerueau  : et  par  tel  moyen  on  don- 
nera issue  à ladite  boue.  Ce  que  i’ay 
fait , et  autres  Chirurgiens  , dont  au- 
cuns sont  reschappés  , autres  sont 
morts.  Partant  il  vaut  mieux  tenter 
vn  remede  grand  et  extreme , ayant 
encore  quelque  esperance , plutost 
que  de  laisser  mourir  le  patient  sans 
essayer  aucune  chose. 


CHAPITRE  XVIII. 

POVROVOY  C’EST  OVE  LA  DVRE-MERE  SE 
NOIRCIT. 

Il  aduient  aussi  que  la  Dure-mere 
est  noire  par  la  contusion  et  vehe- 
mence  du  coup , et  sang  respandu  et 
coagulé  dessus  , ou  par  alteration 
d’air  froid , ou  par  application  de  re- 
medes non  propres  à sa  substance  et 
tempérament , ou  par  putréfaction. 
Parquoy  il  faut  bien  que  le  Chirur- 
gien ait  esgard  à corriger  tels  vices. 

Doncques  pour  oster  la  noirceur 
faite  par  contusion , il  faut  appliquer 
olcum  devilellis  ouorum,  auecques  vn 
peu  d’eau  de  vie,  et  saffran,  et  racine 
d’ireos  de  Florence  subtilement  pul- 
uerisée.  Aussi  faut  faire  fomentations 
de  choses  resolutiues  et  aromatiques, 
lesquelles  seront  bouillies  en  eau  et 
en  vin.  Pareillement  sera  appliqué  le 
Cerat  de  Vigo , que  nous  auons  es- 
crit  par  cy  deuant.  Et  si  c’est  par 
sang  congelé  et  espandu  dessus  la 
Dure-mere,  sera  osté  auecques  tel  re- 
mede : 

i ici  l'édition  de  1561  donnait  des  figures 
de  lancettes  et  de  bistouris,  reportées  depuis 
au  livre  des  Opérations,  chap.  67  et  68 , et  au 
livre  des  Tumeurs  en  particulier,  chap.  vm. 


DES  PLAYES  EjY  PART1CVLIEK. 


49 


2f.  Aquæ  vit®  g . i.j. 

Granæ  finissim®  subtilitei*  triturât® 
3.  ij.  fi. 

Croci  3 . j . 

IWcIlis  rosati  5 . j.  fi. 

Sarcocollæ  3.  iij. 

Bulliant  omnia  simul  parum,  et  colenlur  : 

Et  soit  appliqué  dessus  iusques  à ce 
que  la  noirceur  soit  ostée.  Et  si  c’est 
par  l’alteration  de  l’air,  sera  appliqué 
tel  remede  : 

if.  Terebinlhinæ  Venetæ  § . iij. 

Alellis  rosati  5 . ij. 

Vilellum  vnius  oui,  farina;  hordei  5.  iij. 
Croei  3 . j . 

Sarcocollæ  3.  ij. 

Aquæ  vit®  5 iij. 

Incorporentur  simul,  et  bulliant  paululum  : 

Et  en  soit  appliqué  sur  la  Dure  inere 
iusques  à ce  que  la  noirceur  et  sa  tem- 
pérature soit  rectifiée, 

Si  c’est  par  application  de  remedes 
induement  appliqués  , il  y faut  met- 
tre d’autres  contrarians.  Comme  si  la 
noirceur  vient  par  l’indue  application 
des  choses  trop  humides , seront  ap- 
pliqués remedes  desiccatifs  , comme 
sont  les  poudres  catagmatiques  et  cé- 
phaliques Si  c’est  par  remedes  acres, 
soient  appliqués  remedes  doux  et  fa- 
miliers. Or  si  la  noirceur  vient  à pu- 
tréfaction , de  Vigo  lotie  tel  remede  : 

2C.  Aquæ  vit®  , § . ij. 

Mollis  rosati  § . fi . 

Et  si  par  tel  moyen  la  putréfaction 
11e  peut  eslre  ostée , sera  appliqué  re- 
nie de  plus  fort,  comme  cestuy  : 

Æijypliac  pour  osier  la  putréfaction. 

2£.  Aquæ  vit®  § . iij. 

Mellis  rosati  3 . j. 

Pulueris  mercurij.  3.  ij. 

Et  uniea  ebullilione  adinuicem  bulliant  : 
misce  ad  vsum  dictum. 


si  litre. 

Aquæ  vit®  g . j.  fi . 

Syrupi  absinthij,  et  mellis  rosati  ana  5.  ij. 

Vnguenti  Ægyptiaci  3.  ij.  fi. 

Sarcocollæ,  myrrhæ,  aloës,  ana  5 j. 

Vini  albi  boni  et  odoriferi  g . j. 

Bulliant  omnia  simul  parum  : deinde  colcn- 

tur  ad  vsum  dictum. 

Outre-plus  si  la  putréfaction  estoit 
si  grande  qu’elle  ne  peust  estre  ostée 
par  les  remedes  que  nous  auons  ià  dit, 
sera  appliqué  egyptiac  pur  , fait  en 
eau  de  plantain  en  lieu  de  vinaigre , 
ou  poudre  de  mercure  toute  seule  , 
ou  meslée  auec  un  peu  d’alum.  Et  ne 
faut  craindre  appliquer  tels  remedes 
sur  la  D ure-mere,  lors  qu  elle  est  pu- 
tréfiée : à cause  qu'aux  grandes  ma- 
ladies il  faut  vser  de  forts  remedes1. 
Ioint  que  comme  monstre  Galien  à la 
fin  du  6.  de  la  Méthode , la  Dure-mere 
peut  de  sa  nature  porter  tels  medica- 
mens  forts  desseichans  , pour  deux 
raisons  : la  première  , que  les  corps 
secs  et  durs , quels  sont  les  membra- 
nes, ne  sont  altérés  que  par  medica- 
mens  forts  : l'autre,  que  le  principal 
soin  du  Médecin  doit  tousiours  eslre 
de  garder  la  température  de  la  partie 
par  medicamens  de  semblable  qua- 
lité. Que  si  le  conduit  de  l’oüye,  no- 
nobstant qu’il  pénétré  et  touche  ius- 
ques à la  Dure-mere  , et  reçoiue  le 
nerf  qui  luy  vient  du  cerueau  , porte 
et  requiert  medicamens  de  telle  qua- 
lité: à plus  forte  raison  les  pourra 
porter  la  Dure-mere. 

Et  si  par  tels  moyens  la  putréfac- 
tion 11e  cesse,  et  que  la  tumeur  fust  si 
grande,  que  la  Dure-mere  sorlisthors 
du  Crâne,  sans  aucunement  soy  mou- 
uoir , et  qu’elle  fust  noire  et  aride , et 

1 Hipp.,  aph.  6,  lin.  1.  — A.  P. — Le  reste 
de  ce  paragraphe  manque  dans  l’édition  de 
1561. 


il. 


4 


LE  HV1TIEME  LIVRE 


les  yeu\  du  patient  rouges  et  enflam- 
mes, sorlans  comme  hors  la  teste  , sa 
veuë  non  asseurée , auec  inquiétude 
et  phrenesie  , si  tels  accidens  ne  ces- 
sent bien  lost , fais  prognostique  que 
le  patient  en  bref  mourra,  pource  que 
la  Dure-mere  est  gangrenée  et  la  cha- 
leur naturelle  esteinlc.  Au  contraire, 
si  la  Dure-mere  a sa  couleur  naturelle, 
et  qu’elle  ait  son  mouuement  assez 
libre  , la  playe  non  aride  et  la  sanie 
louable,  et  que  le  patient  soit  peu  fé- 
bricitant, aye  bon  espoir  qu’il  gué- 
rira : ce  qu’auons  dit  par  cy  deuant. 


CHAPITRE  XIX. 

I'OVRQVOY  ON  TREPANE  AVX  FRACTVRES 
DV  CRANE. 

Or  à présent  conuient  au  ieune  Chi- 
rurgien sçauoir  la  raison  pourquoy 
ou  trépané  les  fractures  des  os  de  la 
teste , et  non  des  autres  parties  de 
noslre  corps. 

Ce  qui  se  fait  pour  quatre  causes  : 
la  première  , pour  esleuer  les  os  et 
oster  les  esclats,  fragmens  et  esquilles 
fracturées  , qui  compriment  ou  pic- 
quent  les  membranes , et  quelquesfois 
la  substance  du  cerueau.  Seconde- 
ment , à fin  qu’on  puisse  vacuer , de- 
terger  et  seicher  le  sang  ou  la  sanie , 
qui  sont  ja  tombés  par  la  fracture, 
pour  la  ruption  des  vaisseaux  semés 
entre  les  deux  tables  (dit  Diploé),  ou 
de  ceux  qui  attachent  la  Dure-mere 
auecquesle  Crâne,  quipourroit  pour- 
rir l’os,  et  les  membranes  et  mesme  le 
cerueau.  Tiercement,  pour  appliquer 
remedes  conuenables  à la  playe  et 
fracture , selon  qu’il  est  necessaire. 
Quarlement , pour  suppléer  à la  li- 
gature repercussiue  et  defensiue  de 


lluxion  et  inflammation  , laquelle  si 
elle  pouuoit  y eslre  accommodée  , 
comme  és  autres  membres , expelle- 
roit  et  prohiberoil  les  superlluilés  du 
lieu  affecté1. 

1 L’édilion  de  1561  ne  distingue  pas  ces 
quatre  causes;  te  paragraphe  qu’on  vient  de 
lire  est  remplacé  par  celui-ci  : 

« le dis  que  c’est  à cause  que  les  supcrfl niiez 
ne  peuuent  estre  expellees  ny  prohibées  du 
lieu  afl'eclé  et  des  parties  voisines  par  liga- 
tures, comme  és  autres  membres:  parquoy 
conuient  au  Chirurgien  desnuer  le  crâne  et 
ouurir  la  fracture  : à celle  tin  qu’on  puisse 
vacuer,  detergerelseicherle  sang  ou  la  sanie 
qui  pnurroit  tomber  sur  les  membres.  Et  si 
ne  confluoit  ou  decouloit  par  fes  fractures 
du  crâne  quelque  superfluité  aux  parties  in- 
ternes, ce  seroit  chose  superflue  au  Chirur- 
gien d’exciser  ou  trépaner  l’os  : mais  il  n’est 
possible.  Qui  est  souucnt  cause  que  lesmem- 
branes  se  putréfient,  et  mesme  la  substance 
du  cerueau  ; parquoy  donc  il  est  necessaire 
d’ouurir  le  crâne  par  trépané  ou  autres  in- 
struments, tant  pour  donner  issue  et  éva- 
cuer les  superfluilez , que  pour  esleuer  les 
os  qui  compriment  ou  picquent  les  membra- 
nes , et  quelquefois  la  substance  du  cerueau, 
ou  pour  autres  causes  qu’auons  par  cy-de- 
uant  declarces.  » fol.  180. 

Nous  voici  arrivés  aux  indications  du  tré- 
pan , et  il  est  essentiel  de  nous  y arrêter 
quelques  instants.  On  voit  comment  A.  Paré 
ayant  ébauché  sa  doclrine  en  1561  , l’a  com- 
plétée un  peu  plus  tard;  et  le  lecteur  est  à 
même  déjuger  de  la  valeur  des  raisons  qu’il 
apporte  à l’appui.  Je  n’en  dirai  rien  de  plus, 
sinon  pour  faire  remarquer  combien  elle 
est  éloignée  de  la  doctrine  de  J.-L.  Petit  et 
de  l’Académie  de  chirurgie,  ce  qui  enlève  à 
celle  dernière  l’argument  banal  de  l’expé- 
rience des  siècles.  Or  la  doclrine  de  Paré,  en 
partie  puisée  dans  la  tradition,  en  partie 
dans  l’imagination  de  l’auteur,  ne  saurait 
non  plus  se  prévaloir  de  sa  haute  antiquité, 
ni  même  d’une  admission  universelle. 

Déjà  il  y avaiteu  à cet  égard  dissentiment 
entre  Lanfranc  et  les  autres  chirurgiens 
antérieurs  à Guy  de  Chauliac;  après  Guy, 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIEB. 


Or  pourquoy  les  ligatures  qui  sont 
propres  aux  fractures  des  autres  par- 
ties de  nostre  corps  ne  sont  vtiles  et 

les  opinions  ne  furent  pas  moins  partagées. 

Nicolas  de  Florence  n’admettait  que  deux 
cas  où  l’on  dût  trépaner;  premièrement,  dans 
une  fracture  comminulive  , pour  enlever 
les  c quilles;  secondement , dans  la  fissure 
capillaire,  afin  d’ouvrir  un  passage  à la  ma- 
tière qu’il  supposait  devoir  s’amasser  par- 
dessous,  et  qui  n’aurait  pas  trouvé  une  issue 
suffisante.  Il  y mettait  encore  cette  restric- 
tion, qu'il  ne  fallait  opérer  qu’en  cas  de  né- 
cessite démontrée. 

Pierre  d’Argelata  est  plus  hardi  ; il  adopte 
la  doctrine  de  Lanfranc,  en  conséquence 
il  ne  trépane  que  dans  ces  deux  cas:  enfon- 
cement de  l’os , piqûre  du  cerveau  et  de  ses 
membranes  par  les  esquilles.  Il  s’écarte  par 
là  essentiellement  de  Guy  de  Chauliac  qu’il 
ne  nomme  pas  , de  Galien  , de  Paul  et  d’Avi- 
cenne qu’il  nomme  ; et  abordant  directement 
la  question  de  la  fissure  capillaire,  il  faut 
•savoir,  dit-il,  qu'elle  peut  guérir  sans  abla- 
tion de  l'os,  cotnme  l’expérience  le  montre  , 
comme  je  l’ai  vu ; alors  il  suffit  de  pourvoir  à 
l’incarnation  de  l’os,  à l’aide  de  topiques 
convenables  ou  de  la  rugine  ; et  j’en  ai  fait 
l’expérience,  ajoute-t-il,  dans  les  petites  fissu- 
res déterminées  par  un  cltoc  et  accompagnées 
de  contusion.  Lib.  I.  Tract,  vu.  cap.  3 et  5. 

Bérenger  de  Carpi  ne  parait  pas  si  bien 
inspiré  sur  celte  question  que  sur  plusieurs 
autres;  il  adopte  le  sentiment  de  Nicolas  , 
tout  en  citant  des  faits  qui  auraient  pu  le 
mener  à une  conclusion  différente.  Voici 
comme  il  expose  sa  doctrine. 

Quand  il  y a des  esquilles  qui  piquent  ou 
compriment  les  membranes,  il  faut  opérer 
dans  la  première  heure  ou  peu  après. 

S’il  y a une  fissure  capillaire  , quand  mô- 
me il  n’apparaitrait  encore  aucun  accident 
fâcheux, si  le  sujet  est  cacochymeet  ne  veut 
pas  se  soumettre  au  régime,  il  est  essentiel 
d’opérer;  et  le  plus  tôt  est  le  mieux.  Si  le 
sujet  est  fort  et  obéissantau  médecin , il  faut 
attendre  les  accidents,  qui  viennent  en  hiver 
d’ordinaire  le  quatorzième  jour,  en  été  avant 
le  septième. 

Les  deux  principales  causes  qui  nécessi- 


5 I 

commodes  à celles  du  Crâne , c’est  à 
cause  que  la  figure  de  la  (este  est  ron- 
de, laquelle  ne  se  peut  bien  comrao- 

tent  le  trépan  sont  la  présence  d’esquilles  et 
de  corps  étrangers,  et  l’amas  de  pus  qui  a 
besoin  d’une  libre  issue. 

Dans  le  premier  cas , si  les  esquilles  ou  les 
corps  étrangers  causent  des  accidents  par 
leur  piqûre,  il  faut  opérer  immédiatement. 
S’il  n’y  a pas  de  piqûre,  les  uns  attendent 
trois  jours , les  autres  plus.  A la  vérité,  il 
n’est  pas  autant  besoin  de  se  hâter;  mais  si 
la  perforation  est  manifeste  et  si  la  plaie  est 
telle  que  le  pus  doive  s’amasser  sous  l’os, 
et  que  celui-ci  ne  lui  offre  pas  une  issue  li- 
bre, il  ne  faut  pas  attendre  au-delà  du 
deuxième  ou  di^troisième  jour. 

Si  l’on  n’est  pas  bien  certain  de  la  forma- 
tion du  pus,  on  pourra  attendre  jusqu’au 
septième  jour  en  été,  au  quatorzième  enhy- 
ver,  et  même  plus  tard,  jusqu’à  ce  que  lepus 
se  révéle  par  les  accidens  qu’il  développera. 
Alors  en  effet  la  dure-mère  sera  séparée  du 
crâne  ; condition  sans  laquelle  il  ne  faudrait 
pas  trépaner.  Du  reste  dès  que  le  médecin 
est  arrivé  à savoir  que  l’opération  est  néces- 
saire, le  plus  tôt  est  le  mieux,  sans  attendre 
ni  les  accidents  ni  les  jours  indiqués. 

« Remarque  cependant,  lecteur,  que  quel- 
quefois les  accidents  signalés  arrivent, et  qu’on 
ne  fait  pas  l’opération,  et  que  le  malade  n’en 
guéritpas  moins. J’en  ai  vu  un  cassans  le  vou- 
loir. Je  traitais,  quasi  malgré  moi,  à Bolo- 
gne, un  certain  Martin,  messager  des  lettres, 
qui  avait  reçu  sur  la  tête  un  coup  d’une 
épée  assez  mal  tranchante.  11  avait  au  crâne 
une  fracture  presque  capillaire,  plus  grande 
toutefois  et  pénétrant  jusqu’à  la  dure-mère , 
sans  lésion  de  celle-ci.  Vers  le  dixième  jour, 
les  accidents  m’ayant  démontré  que  la  dure- 
mère  était  décollée,  je  voulus  inciser  l’os  et 
agrandir  la  blessure,  mais  le  blessé  n’y  vou- 
lut jamais  consentir.  Alors  je  piocédai  avec 
des  attractifs , et  toujours  il  sortait  du  pus 
par  celle  fente  en  quantité  notable  quand 
je  lui  faisais  faire  des  efforts  d’expiration; 
toujours  cependant  il  garda  de  la  fièvre,  des 
frissons,  des  inquiétudes,  presque  jusqu’au 
cinquantième  jour.  Enfin  la  nature  sépara 
toute  l’épaisseur  de  l’os,  de  la  dure-mère  à 


LE  HVITIKME  LIVliE, 


dement  serrer  et  lier,  tant  pour  tenir 
les  os  fracturés  en  leur  lieu  naturel , 
que  pour  exprimer  et  renuoyer  le 

la  surface , dans  l’étendue  d'une  petite  hos- 
tie. La  dure-mère  apparut  alors  déjà  cou- 
verte de  chair,  et  le  malade  guérit.  Il  est 
vrai  qu’il  était  jeune  et  d’une  forte  com- 
plexion. 

* J’ai  rapporté  ce  fait  pour  montrer  ceque 
peut  la  nature  quand  on  ne  suit  pas  un  Irai- 
tementrégulier;  et  j’en  ai  vu  également  d’au- 
tres exemples  aussi  heureux.  » 

Et  enfin  un  peu  plus  loin  il  ajoute  : 

« On  peut  juger  par  tout  ce  qui  a été  dit 
que  le  temps  d’opérer  peut  être  bien  connu. 
Je  dis  cependant  avec  Nicolas  qu’il  ne  faut 
trépaner  que  quand  la  nécessité  y oblige,  car 
beaucoup  ont  été  guéris  sans  trépanation  , 
avec  les  remèdes  convenables,  que  le  mé- 
decin ne  pensait  pas  pouvoir  ainsi  guérir; et 
je  l’ai  vérifié  plus  d’une  fois,  comme  bien 
d’autres  praticiens.  » Fol.  82. 

Enfin  une  doctrine  plus  complète  et  mieux 
raisonnée,  bien  que  toujours  empreinte  des 
préjugés  de  l’époque,  était  professée  par 
Fallope,  et  le  passage  où  il  en  est  question 
mérite  d’être  reproduit  en  entier. 

« L’indication  de  trépaner  se  tire  de  ce 
qui  est  contenu  dans  le  crâne  et  qui  cher- 
che une  issue;  toutes  les  fois  donc  que  dans 
la  cavité  crânienne  il  y aura  quelque  corps 
étranger,  toujours  il  faudra  diviser  les  os. 
Ces  corps  étrangers  sont  : 1°  un  fragment 
de  l’instrument  vulnérant,  d’une  flèche, 
d’un  poignard,  d'une  pierre;  et  je  n’aurais 
lias  cru  , si  je  ne  l’avais  vu  , que  la  pointe 
d’une  lance  pût  s'y  briser  : la  pointe  d’un  es- 
ponton  s’est  rompue , il  n’y  a pas  un  an, 
dansla  tête  d’un  individu  de  Padouc;  quel- 
quefois enfin  j’ai  extrait  des  fragmens  de 
pierres;  voilà  le  premier  cas;  2, , du  pus  (<x«p)> 
quand,  après  avoir  mis  l’os  à nu,  nous  avons 
des  indices  qu’il  s’amasse  dans  le  crâne; 
3o  une  esquille  d’os  détachée  et  qui  pique 
la  dure-mère;  il  faut  dans  ce  cas  en  faire 
l’extraction;  4°  un  grand  fragment  d’os  en- 
foncé , qui  aura  contus  la  dure-mèreetaura 
amené  la  stupeur  par  suite  de  la  compres- 
sion du  cerveau;  alors  il  faut  découvrir  la 
dure-mère  et  relever  l'os.  Mais  comment 


sang  loin  delà  partie  vulnerée  etfrar- 

I ti  nie,  et  aussi  pou  r empescher  qu’il  ne 
se  face  nouuelle  fluxion  : ce  qui  est  im- 

saurez-vous  si  la  dure-mère  est  comprimée 
ou  non?  S’il  survient  subitement  du  vomis- 
sement et  du  délire;  si  le  délire  se  déclare 
et  que  vous  voyiez  une  dépression , la  dure- 
mère  souffre.  Enfin  vous  devez  savoir  qu’il 
arrive  quelquefois , dans  les  fractures  du 
crâne  , une  indication  spéciale  de  trépaner 
pour  laisser  s’écouler  la  matière.  Dans  ce 
cas,  quand  vous  voyez  une  fissure  qui  vous 
cause  des  craintes,  il  ne  faut  pas  tout  d’a- 
bord en  venir  au  trépan;  que  faire  donc? 

II  faut  en  toute  fracture  rechercher  si  elle 
pénétre  à l’intérieur  ou  non  ; si  elle  ne  péné- 
trait pas,  il  ne  serait  pas  besoin  de  trépaner; 
car  la  trépanation  est  une  opération  mor- 
telle. C’est  pourquoi , avant  d’y  recourir, 
prenez  soin  de  ruginer  l’os,  et  d arriver  ainsi 
jusqu’au  diploé,  et  enfin  jusqu'à  la  table  inter- 
ne; si  en  ctfct  la  table  externe  seule  est  frac- 
turée, il  n’y  a nul  danger.  N’allez  donc  pas 
ouvrir  le  crâne  à moins  de  piqûre  ou  de 
pression;  s’il  n’y  a qu’une  fissure  ou  une 
marque,  il  faut  essayer  d’abord  de  la  rugina- 
tion de  l’os.  » Op.omnia, p.  C48. 

Il  est  remarquable  qu’en  tout  ceci  il  ne 
s’agit  nullement  des  accidents  produits  par 
l’épanchement  du  sang  sans  fracture.  On 
voit  bien  que  Paré  a songé  à cet  épanche- 
ment dans  les  cas  de  fracture;  mais  alors 
meme  il  lui  fait  jouer  un  rôle  fort  différent 
de  celui  qu’il  a obtenu  dans  les  théories 
modernes;  et  s’il  veut  qu’on  l’évacue,  c’est 
seulement  parce  qu’il  pourroil  pourrir  l'os  et 
les  membranes  et  mesme  le  cerneau.  J'ai  cru 
un  moment  trouver  cette  lacune  remplie,  et 
c’était  encore  dans  le  livre  de  Bérenger,  si  sou- 
vent cité.  Dans  une  sorte  de  résumé  qui  ter- 
mine l’ouvrage,  il  parle  de  la  rupture  des 
vaisseaux  sans  fracture,  dans  la  dure-mère  , 
et  entre  la  dure-mère  et  la  pie-mère.  Le  pre- 
mier cas  peut  rendre  la  trépanation  néces- 
saire, mais  on  n’est  averti  de  l’épanche- 
ment que  par  les  accidents  (pii  résultent  du 
décollement  de  la  dure-mère  ; dans  le  second 
cas  la  guérison  est  impossible,  à moins  que 
la  nature  n’évacue  l’humeur  par  les  narines 
ou  par  une  autre  voie;  et  dans  les  deux  cas 


DES  PLATES  EN  PAHTICVLIER. 


possible  de  faire  à la  teste  tantà  cause 
de  sa  figure,  qui  ne  peut  permettre 
telleligature,que  pourceque  les  vais- 
seaux, àscauoir  veines  et  arteres  qui 
sont  au  dessous  du  Crâne  ,ne  peuuent 
estre  serrées  pour  exprimer  et  ren- 
uoyer  le  sang,  ains seulement  les  ex- 
térieurs , ce  qui  causeroit  douleur  et 
inflammation  : d'autant  que  telle  li- 
gature empescheroil  par  sa  compres- 
sion le  mouuemenl  des  arteres  : pa- 
reillemen  t arresteroi  t l’eua  cua  lion  des 
excremens  fuligineux  , qui  s’euapo- 
rent  par  les  commissures  du  test , à 
cause  qu’elles  seroient  trop  serrées  : 
pareillement  renuoieroit  le  sang  du 
lieu  blessé  aux  membranes  et  au  cer- 
neau (comme  nous  auons  prédit) , et 
seroit-on  cause  d’induire  douleur, 
chaleur,  fleure,  aposteme,  apoplexie, 
spasme,  paralysie , et  par  conséquent 
la  mort.  Et  partant  pour  euiter  tels 
accidens,  nous  conuient  faire  ouuer- 
ture  au  Crâne,  lors  qu’il  est  fracturé 
ou  contus , ce  qu’il  n’est  besoin  aux 
autres  parties. 

Et  auparauant  que  l’on  applique  la 
trépané,  faut  bien  serrer  le  patient, 
et  luy  mettre  sous  la  teste  quelque 
drap  plié  en  plusieurs  doubles  , et 
presser  sur  le  cheuet  ou  trauersin  , à 
fin  que  lors  qu’on  fera  l’operation  , 
que  la  teste  du  patient  n’enfonce  sur 
la  plume,  mais  qu  elle  soit  stable, sans 
qu’elle  tourne  de  costé  ne  d’autre,  ny 
qu’elle  enfonce, si  ce  n’est  par  le  com- 
mandement du  Chirurgien  qui  tre- 

le  danger  vient  de  ce  que  le  sang  se  tourne 
en  sanie.  — Il  y a ici  une  réflexion  qui  n’é- 
chappera à personne  : les  symptômes  de  la 
compression  par  l’épanchement , si  bien  mis 
en  relief  par  la  théorie  moderne,  avaient 
donc  échappé  à l’observation  de  tous  les  chi- 
rurgiens antérieurs. 


pane.  Auec  cela, luy  faut  bien  esloup- 
per  les  oreilles  de  coton  : à fin  d’ob- 
tondre  le  bruit  de  la  Trépané  ou  au  très 
instrumens  capitaux.  Et  auparauant 
que  d’appliquer  la  Trépané  , on  doit 
commencer  à percer  l’os  auec  vn  in- 
strument , lequel  aura  sa  pointe  de 
figure  triangle,  à fin  qu’il  entre  mieux 
et  plus  subit,  et  n’aura  sa  pointe  non 
plus  grosse  que  le  clou  de  la  Trépané, 
à fin  qu’elle  ne  vacille  de  costé  ny 
d’autre.  La  figure  est  presque  sem- 
blable à vn  Foret,  horsmis  la  pointe, 
comme  tu  vois  par  ce  portrait. 

Foret  pour  commencer  à ouurir  le  crâne. 


A Te  monstre  le  manche. 

BB  Les  pointes  qui  s’insèrent  dans  le  man- 
che par  vue  viz. 

Maintenant  faut  descrire  les  Tré- 
panés. 


54 


LE  IIVITIÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  XX. 

DESCRIPTION  DES  TREPANES. 

Trepanps  sont  scies  rondes,  qui  cou- 
pent Foscirculairement  plus  ou  moins, 
selon  qu’elles  peuuent  eslre  grandes 
ou  petites  : lesquelles  doiuent  auoir 
vn  clou  aigu,  ou  po'nle,  au  milieu  de 
leur  circuit , et  qui  passe  vn  petit  ou- 
tre les  dents  de  la  Trépané  : à fin 
qu’en  trépanant  soit  stable  et  ne  va- 
cille de  costé  ou  d’autre  iusques  à ce 
qu’ellesaient  fait  leur  circuit,  et  coupé 
pour  le  moins  la  première  table  ou 
enuiron.  Adonc  faut  oster  ledit  clou , 
de  peur  qu’il  ne  touche  (l’os  .estant 
coupé  ) la  Dure-mere.  Puis  s’il  est  be- 
soin , soit  continuée  la  perforation 
entière  des  deux  tables. 

D’auantage,  faut  qu’autour  de  la 
trépané  y ail  vn  chaperon,  à fin  qu’elle 
ne  puisse  passer  et  couper  l’os  plus 
qu’on  ne  voudra:  de  peur  aussi  qu’en 
trépanant,  onnel’enfonce  sur  la  Dure- 
mere.  Pareillement  on  doit  vn  peu 
huiler  ladite  trépané,  à celle  fin  qu’elle 
coule  mieux  et  plus  doucement.  Ce 
qui  est  conneu  par  les  artisans,  qui 
frottent  leurs  scies  de  choses  oléagi- 
neuses , à celle  fin  quelles  entrent 
mieux. 

Semblablement  fautsouuent  en  tré- 
panant leuer  la  trépané  et  la  tremper 
en  eau  froide , à celle  fin  qu’elle  n’es- 
chauffe  trop  l’os1,  car  toutes  choses 
solides  qui  tournent  auec  vehemence 
s’eschauffenl:  et  par  ainsi  la  trépané 
tournant  en  l’os  s’eschaufl'e  , et  1 os 
semblablement  aussi  s’eschauffe  et 
desseiche,  et  par  conséquent  s’ altéré  : 

1 Hipp.  de  vul.  cap.  — A.  P. 


dont  s’en  pourroit  séparer  d’auantage 
apres  ia  trépanation. 

Et  ici  ne  faut  ignorer  que  tousiours 
Nature  iette  vne  ex  foliation  d’os  où 
la  trépané  aura  fait  son  circuit  et  aura 
touché,  et  aussi  vne  petite  escaille  de 
la  superficie  qui  aura  esté  descouuerte 
et  que  l’air  aura  touché.  Et  pour  ai- 
der à Nature  à faire  ladite  exfoliation, 
on  appliquera  dessus  poudre  d’eruca, 
autrement  dite  roquette  , bryonia  , 
concombre  sauuage  , aristolochia  et 
autres  qui  seront  déclarées  cy  apres. 
Et  alors  qu’elles  seront  séparées,  l’on 
appliquera  cesle  poudre  , laquelle  a 
faculté  d’augmenter  la  chair  sur  l’os 
et  l’endurcir. 

if.  Pulncris  ireos  illyricæ,  aloës,  mannæ, 
thuns,  myrrhæ,  arislolochiæ , ana  3.  j. 

Puis  apres  la  génération  de  chair, 
soit  faite  cicatrice  auec  poudre  d’es- 
corce  de  grenades  bruslées  et  alun», 
cuit.  Et  ne  doit  le  Chirurgien  tirer 
lesdiles  escailles  et  os  par  violence  : 
mais  faut  attendre  que  Nature  ait 
basti  vne  chair  dessous  et  qu’elle  iette 
l’os  de  soy-mesme  : ou  autrement  se 
feroit  nouuelle  alteration  et  corrup- 
tion dudit  os*.  Ce  qui  sera  cy  apres 
plus  amplement  déclaré  aux  Caries 
des  os. 

Celuy  qui  (repane  doit  considérer 
que  la  figure  de  la  teste  est  ronde, 
pareillement  sa  trépané  , et  par  ainsi 
ne  peut  couper  l’os  egalement , com- 
me si  c’estoit  sur  \n  lieu  plat  .- aussi 
que  l’os  n’est  pas  tout  d’vnemesme  es- 
paisseur  : et  p triant  faut  qu’il  regarde 
souucnt  s’il  coupe  l'os  plus  d’vn  coslé 
que  d’autre,  qui  se  fera  en  prenant 
garde  souuent  au  circuit  qu’aura  fait 

i Crunde  annotation  pour  le  ieune  Chirur- 
gien. — A.  P. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


55 


sa  trépané,  anec  vne  espingle  ou 
chose  semblable.  Et  où  il  sera  trouué 
est re  coupé  plus  d vn  costé  que  d’au- 
tre , faut  décliner  et  presser  la  Tré- 
pané sur  iceluy  qui  sera  moins  coupé 
et  plusespais. 

Or  quant  à la  Trépané,  plusieurs  en 
ont  innouéà  leur  plaisir,  de  sorte  que 
maintenant  on  en  trouue  de  plusieurs 
et  diuerses  façons  ; mais  ie  te  puis  bien 
asseurer  que  ceste  cy  qui  est  par  moy 
inuentée,  est  plus  seure  que  nulle  au- 
tre (au  moins  quei’aye  conneu)  pour- 
ce  qu  elle  ne  peut  aucunement  en- 
foncer dedans  le  Crâne  , et  par  con- 
séquent blesser  les  membranes  et  le 
cerueau  , à raison  d’vne  piece  de  fer 
appellée  Chaperon , lequel  se  hausse 
et  baisse  du  tout  à ta  volonté,  et  garde 
que  le  Trépan  ne  pénétré  et  passe  ou- 
tre ce  que  seulement  tu  pretens  cou- 
per de  l’os,  lequel  (comme  nous  auons 
dit)  n’est  d’vne  mesme  grosseur,  es- 
paisseur  et  duresse:  et  par  ainsi  nulle 
Trépané  ne  peut  estre  faite  de  cer- 
taine hauteur  ou  petitesse  sans  iceluy 
chaperon,  lequel  se  haussant  et  bais- 
sant , fait  tel  arrest  à ladite  Trépané 
qu’il  te  plaist , voire  et  fust  de  l’es- 
paisseur  d’vne  ligne.  Et  le  danger  de 
penetrer  son  Trépan  aux  membranes 
et  au  cerueau  , n’emporte  seulement 
que  la  vie  du  palient  : ce  que  i’ay  veu 
aduonir  plusieurs  Ibis,  non  seulement 
par  la  faute  des  iëunes  Chirurgiens, 
mais  aussi  de  ceux  qui  plusieurs  fuis 
auoienl  trépané.  Auiourd’huy  i’espere 
que  ieunes  et  vieils  voire  apprenlifs 
pourront  trépaner  sans  danger  auec 
cesdites  trépanés,  desquelles  tu  as  icy 
le  poi  trail. 

1 Remarquez  ce  mot  d’ apprêtai  fs,  employé 
dés  1 ôG i , époque  où  A.  Paré  était  déjà  mem- 
bre du  collège  de  Saint-Côme  , et  conservé 
d’ailteurs  dans  toutes  les  autres  éditions. 


Figure  de  la  Trépané  desmontée  *. 


A Monstre  le  manche  entier  de  la  Trépané. 

R Le  Chaperon. 

C La  Trépané  sans  la  pointe. 

D La  Trépané  auee  sa  pointe. 

E La  Trépané  auec  son  Chaperon. 

F L’extremité  de  la  Trépané  qui  s’insère 
dedans  le  manche. 

I La  Virolle. 

JJ  Les  viz  qui  tiennent  la  Trépané  e 
Virolle. 

1 Les  éditions  complètes  donnent  en  cet 
endroit  quatre  figures  représentant  deux 
trépans  montés  et  démontés.  Ces  deux  tré- 
pans ne  diffèrent  absolument  que  dans  les 
ornements  du  manche;  je  me  suis  contenté 
de  reproduire  avec  toutes  ses  pièces  le  tré- 
pan le  plus  orné,  qui  date  delâ75. 

La  forme  des  trépans  a singulièrement  va- 
rié. Hippocrate  en  connaissait  deux  : le  tré- 
pan à couronne  et  le  trépan  perforatif.  Ce 
dernier  seul  paraît  avoir  été  conservé  dans 
la  pratique  vers  le  temps  de  Galien,  et  la 
crainte  de  léser  la  dure-mère  en  faisant  pé- 
nétrer trop  profondément  sa  pointe  , avait 
engagé  quelques  chirurgiens  à munir  celle- 
ci  d’un  bourrelet  circulaire  qui  ne  lui  per- 
mettait pas  de  s’enfoncer  trop  avant.  Le 
trépan  était  dit  alors  immersible,  abapiiston. 
On  retrouve  ce  trépan  abaptiste  dans  Albu- 
casis;  et  Guy  de  Cbauliac  nous  a transmis 


50 


r.l£  HVITiK. 

ligure  de  la  Trépané  maniée. 


A Le  manche. 

BB  La  Trépané. 

CC  La  viz  qui  lient  ladite  Trépané  au 
manche. 

D Le  Chaperon  qui  prohibe  et  garde  que 
la  Trépané  ne  passe  outre  la  volonté  de 
celui  qui  trépané. 

EF.  La  Virolle  qui  se  hausse  de  telle  hau- 
teur qu’il  est  necessaire  que  le  Chape- 
ron donne  entrée  à la  Trépané. 

FF  Vne  autre  viz  qui  tient  ferme  ladite 
Virolle. 

GG  La  pointe  triangulaire,  laquelle  doit  vn 
peu  passer  outre  les  dents  de  la  Tré- 
pané, à fin  qu’elle  puisse  eslre  tenue 
stable,  ne  vacillant  de  costénc  d’autre; 
et  doit  estre  passée  droitement  au  mi- 
lieu de  la  Trépane  : et  en  sa  partie 
supérieure  doit  eslre  en  viz  , comme  tu 
vois  en  ceste  ligure,  à lin  qu’on  inséré 
autour  d’icelle  ceste  petite  Virolle, 
merquée  par  HH,  pour  l’extraire  lors 
qu’on  aura  trépané  iusques  au  Diploé. 

les  diverses  formes  que  les  chirurgiens  de 

son  temps  donnaient  au  trépan  pour  l’em- 
pêcher d’enfoncer;  mais  jusque  là  le  trépan 

A couronne  n’était  pas  encore  rétrouvé, 


:ME  El  Vit  F., 

Or  loules  les  pièces  de  ladite  Tré- 
pané te  sont  eu  l'vne  de  ces  ligures 

et  je  ne  sais  comment  Sprengel  a écrit  le 
contraire. 

La  première  notion  que  l’on  en  retrouve 
appartient  à Jean  de  Vigo , qui  a décrit,  dans 
sa  Chirurgie  abrégée  , 1517  , son  divinum  in- 
slnimentum  nespulalum.  Cette  description 
étant  fort  obscure  , j’ai  mieux  aimé  rappor- 
ter le  texte  que  de  me  hasarder  à le  tra- 
duire. 

« In  primis  adminislrando  masculutninslru- 
mentum  sive  nespulam,  eu  jus  ofjicium  est  tan- 
tum circulum  in  osse  conficere  usque  ad  spori- 
giosum.  Deinde  administrandum  est  instru- 
mentum  cum  nespulà  feminà  nuncupatum , 
cujus  opérai io  est  simili  et  semel  foramen  et 
plaleairi  usque  ad  vitriam  secundœ  tabulœ  cum 
securitate  conficere.  Consequenler  perforelur 
vilria  usque  ad  lulus  inlrinsecus  cum  tertio 
instrumenta  quod  instrumcntum  securitatis 
dicitur.  Successive  deiude  cum  instrumenta 
noslro  lenliculan  perfuralio  ossis  ab  omni  aspe- 
riiale  et  aculeis  mundetur  et  explanetur,  » 

Nicolas  Godin , dans  sa  traduction  un  peu 
libre,  dit  que  la  figure  de  ces  instruments 
n’est  pas  encore  paivenuc  en  ses  mains  ; 
mais  voici  comme  il  les  décrit  : 

«Le  premier  instrument,  nomme  iitstru- 
mentum  masculum,  doit  estre  de  fin  acier,  de 
la  longueur  de  huyt  doitz  ou  enuiron,  ayant 
audessus  vng  manebe,  lequel  puisse  virer 
comme  la  tariere  de  laquelle  on  perce  le  bois, 
et  en  lautre  extrémité  il  doit  estre  cannule  et 
dente  comme  vne  serre, laquelle  cannule  doit 
auoir  enuiron  cinq  doitz  de  long, et  au  meii- 
lieu  dicelle  doit  aooir  vng  fer  carre  et  agu, 
lequel  seruira  seulement  a faire  vng  cercle 
dessus  los.  Le  second  instrument  doit  eslre 
forge  comme  lautre  dessus  sans  fer  au  meil- 
lieu  , mais  aux  deux  costez  doit  auoir  vne 
nespule  dentee  en  deux  costez,  laquelle  , 
quant  on  tournera  (instrument  vers  la  par- 
tie dextre,  il  fera  incision  dicelle  partie,  et 
pareillement  quant  on  la  tournera  vers  la 
partie  senestre  : et  lefl'et  de  cest  instrument 
est  de  percer  le  crâne  iusques  a la  seconde 
table  et  est  cest  instrument  nomme  nespulu 
femina.  Le  tiers  instrument  est  nomme  in- 
strnmenium  securitatis,  et  doit  auoir  le  man- 


DES  PDA  Y LS  EN  PA  RTICV  LIER. 


%* 

°7 

poséesen  leur  propre  lieu,  et  par  ainsi  j leué  auec  la  présente  Trépané,  le  sera 
l'onl  la  trépané  eoniplette.  auec  cest  instrument  nommé  Tire- 

Kl  où  l’os  estant  coupé  ne  seroit  es-  fous,  duquel  poseras  la  pointe  au  trou 


clic  ainsi  que  est  dict  dessus,  et  doit  estre 
cannule  et  dente  sans  nespule  et  sans  fer  au 
meillieu  :et  a vne  petite  cannule  dargent  ou 
de  fer  de  la  longueur  de  trois  doitz  , lequel 
entrera  par  lexlremile  de  la  serre , en  la  fa- 
çon de  vne  vigne  tournée  en  maniéré  d’vng 
viz,  lequel  en  tournant  petit  a petit  viendra 
percer  laseconde  taldeseuremenl  sansblcsser 
dura-mater,  et  quant  il  sera  perce  on  lostera, 
et  fauldra  besogner  auec  le  quart  instrument 
lequel  est  nomme  lenticula,  etc.  » Fol.  464, 
verso. 

Tout  cela  n’est  pas  encore  bien  clair.  Ma- 
rianus  Sanclus  , dans  son  Compendium  de 
cupiiis  tœsionibus,ne;  nomme  que  trois  instru- 
ments , raspalorium  , terebella  et  Irepanum  , 
sans  les  décrire,  et  ne  donne  aucun  éclaircis- 
sement sur  ceux  de  son  maître, qui  probable- 
ment neles  avait  pasencore  inventés  lorsque 
Marianusavait  quitté  Rome.Toutefois  on  peut 
juger  d'après  ce  qu’il  dit  que  le  trépan  abap- 
tiste  était  tombé  en  désuétude.  Ce  terebella  et 
ce  irepanum  seraient-ils  le  trépan  à cou- 
ronne et  le  trépan  perforatif  renouvelés  de 
Celse,  dont  Vigo  et  Marianus  connaissaient 
bien  l’ouvrage?  Il  est  difficile  de  l’affirmer; 
cependant  il  est  à noter  que  jusqu'à  Guy  de 
Chauliac,  le  trépan  abaptisie  était  seul  adopté, 
et  que  les  instruments  de  Marianus  n’étaient 
point  abaptistes.  En  effet,  après  avoir  dé- 
claré qu’il  préfère  le  terebella  , il  ajoute  que 
cet  instrument  a cet  inconvénient,  que  s’il 
n'est  pas  manié  par  une  main  habile , il  trouera 
facilement  le  cerveau  , et  qu’il  faut  prendre 
garde  de  tuer  ainsi  le  malade  en  voulant  le 
sauver. — Coll.  Fffembach.,  p.  897. Vigo  dé- 
clare également  que  ce  qui  lui  a fait  imagi- 
ner son  instrument,  c’est  la  difficulté  de  per- 
forer le  crâne  avec  les  instruments  anciens  et 
ceux  des  jeunes  docteurs,  sans  courir  le  danger 
<le  léser  les  membranes  cérébrales.  Enfin,  d’a- 
pres  les  épîtres  de  Langius  , les  chirurgiens 
allemands  ne  connaissaient  pas  non  plus  les 
trépans  abaptistes.  Ceux-ci  du  moins  n’a- 
vaient pas  pris  les  leurs  dans  Celse  qu’ils  ne 
lisaient  point  ; et  je  ne  sais  si  Langius , en 
se  moquant  de  leur  ignorance  , n’a  pas  plu- 


tôt donné  une  preuve  de  la  sienne.  Il  est 
très  possible,  en  effet,  et  même  probable  que 
les  barbiers  de  l’Allemagne  eussent  gardé 
les  instruments  de  leurs  pères,  qui  auraient 
été  abaptistes  en  réalité  , sans  porter  cette 
dénomination  grecque.  En  effet  si  l’on  re- 
trouve la  chose  dans  les  Arabes  et  les  Ara- 
bistes  , le  mot  n’y  est  pas  : il  a été  traduit 
selon  le  génie  de  chaque  langue  ; et  à l’é- 
poque môme  de  Jean  de  Vigo,  Bérenger 
de  Carpi  faisait  encore  graver  la  figure  d’un 
trépan  perforatif  abaptisie  sous  le  nom  de 
Terebrurn  non  profundans. 

Pour  revenir  aux  instruments  de  Vigo  , il 
faut  aller  jusqu'à  André  de  la  Croix  pour  en 
avoir  une  idée  un  peu  plus  exacte.  André 
delà  Croix  a figuré  une  quantité  prodigieuse 
de  trépans,  malheureusement  sans  rappeler 
lesnomsdes  inventeurs.cequiùle  à son  livre 
beaucoup  de  l’utilité  qu’il  aurait  pu  avoir 
pour  l’histoire  de  la  chirurgie.  Toutefois  nous 
trouvons  un  insirumentum  securitalis  qui  est 
très  probablement  celui  de  Vigo  ; c’est  une 
couronne  de  trépan  garnie  à quelque  di- 
stance au-dessus  de  la  scie  d’un  bourrelet 
circulaire  qui  lerend  véritablementaàapnAie. 
Au-dessus  se  trouvent  figurés  deux  modioli 
mespilati , qui  rappellent  et  expliquent  le 
nespula  de  Vigo.  Ils  sont  ainsi  nommés,  dit 
l’auteur,  parce  qu’ils  ont  la  forme  d’une 
nèfle,  en  latin  mespilum.  Ce  sont  des  cou- 
ronnes de  trépan  dont  chaque  dent  de  scie 
forme  la  pointe  d’une  petite  pyramide  trian- 
gulaire à base  supérieure,  toutes  accolées  pa- 
rallèlement tout  autour  de  la  couronne.  En 
sorte  que  nous  pouvons  assez  bien  mainte- 
nant nous  figurer  les  instruments  de  Vigo  : 
d’abord  la  couronne  mespilée  armée  d’une 
pointe  centrale,  et  appelée  à cause  de  cela 
instrument  mâle,  pour  frayer  la  voie;  puis 
une  couronnesans  pointe,  instrument  femelle, 
pour  continuer  jusqu’à  la  table  interne,  et 
alors  seulement  la  couronne  abaptisie , ou 
instrument  de  sécurité. 

Bérenger  de  Carpi,  outre  le  trépan  per- 
foratif déjà  indiqué,  ne  figure  pas  moins  de 
huit  (répans  sans  couronne,  dont  quelques 


58 


LE  IIVITIÉME  LIVRE 


qu’aura  fail  le  clou  de  la  Trépané  : les 
branches  duquel  peuuent  aussi seruir 
d’Esleualoires. 

Tire  forts  à trois  branches. 


Apres  auoir  esleué  auec  la  Trépané 
ceste  piece  ronde  de  l’os,  s’il  y a quel- 
ques aspérités  du  reste  en  la  seconde 
table,  qui  pourroient  blesser  la  Dure- 
mere,lors  qu’elle  fait  son  mouue- 
ment,  il  les  faut  couper  et  applanir 
auec  vn  instrument  nommé  Lenticu- 

uns,  mais  non  pas  tous,  ont  été  reproduits 
sans  nom  d’auteur  par  André  de  la  Croix. , 
sous  les  dénominations  de  trépan  à deux  et 
a plusieur  s ailes,  trépun  à lime,  trépan  à image  ; 
ce  dernier  est  un  véritable  (rident.  Mais  de 
plus  Bérenger  avait  un  trépan  à couronne , 
armé  de  deux  ailes  pour  l’empêcher  d’aller 
trop  avant,  et  qui,  moins  heureusement 
imaginé  peut-être  que  celui  de  Vigo,  tendait 
cependant  à remplir  la  même  indication  ; et 
enfin  c’est  dans  Bérenger  que  je  trouve  pour 
la  première  fois  l’arbre  du  vilebrequin  ap- 
pliqué au  trépan.  On  peut  voir  dans  le  Com- 
mentaire de  Vidus  Vidius  sur  le  Truité  des 
plaies  de  tête  d’Hippocrate,  ou  bien  encore 
dans  André  de  la  Croix,  les  moyens  de  ro- 
tation dont  l’on  s’était  servi  jusqu’à  cette 
invention  moderne,  que  Vidus  Vidius  ne 
parait  pas  même  encore  connaître. 

On  lrou\e  dans  l’ouvrage  d'André  de 
la  Croix,  comme  il  a été  dit,  une  foule 
d’autres  trépans  qui  appartiennent  au  xvr 
siècle  , mais  dont  les  auteurs  sont  resté-  in- 
connus. Du  reste  ces  richesses  instrumentales 


laire:  ainsi  nommé  , parce  qu’en  son 
extrémité  il  ressemble  à vit  poix  de 
lenlille  mousse  etpoly:  de  peur  qu’en 
applanissanl  les  aspérités, on  ne  blesse 
la  Dure-mere  auec  cest  instrument 
lenticulaire. 


Lenticulaire. 


pourraient  fort  bien  remonter  jusqu’à  Bé- 
renger de  Carpi  lui-mème,  et  jusques  avant 
lui,  car  il  déclare  que  les  instruments  pro- 
pres à trépaner  sont  si  nombreux  qu’il  n 
saurait  les  décrire  tous.  F.t  il  ajoute  ces  pa- 
roles bi  n remarquables:  «Certes,  il  m’est 
plus  d’une  fois  arrivé  de  faire  faire  ou  de 
fabriquer  moi-même  de  mes  propres  mains 
de  nouveaux  instruments  pour  les  fractures 
du  crâne  , dont  je  n’avais  jamais  vu  de  mo- 
dèles, et  qui  depuis  ne  m’ont  jamais  servi.  » 

On  remarquera  que  le  trépan  d’A.  l’aré 
est  aussi  un  trépan  abaplislc,  et  qui  semble 
calqué  sur  celui  de  Vigo.  Les  modernes  ont 
rejeté  ce  point  d’arrêt  circulaire,  et  je  crois 
fermement  que  l’instrument  y a perdu. 

Enfin  , je  ne  finirai  pas  celte  longue  note 
sans  faire  observer  qu’ André  de  la  Croix  ne 
reproduit  pas  le  trépan  de  l'a  ré,  et  que  dès 
lors  on  peut  présumer  qu’il  n’avait  pas  con- 
naissance de  son  livre.  Il  s’ensuit  que  toutes 
les  figures  d'instruments  qu’il  reproduit  et 
quise  trouvent  également  dans  Paré  ne  sau- 
raient appartenir  à ce  dernier,  mais  faisaient 


DES  PLAYF.S  EN  PARTICVLIEll. 


Et  où  ledit  Lenticulaire  ne  peut 
couper  l’os  qui  pourvoit  eslre  trop 
espsis,  on  vsera  de  ciseaux,  frappant 
dessus  auec  maillet , lequel  sera  de 
plomb,  de  peur  d’estonner  le  cerueau 
que  le  moins  qu’il  sera  possible.  Et  se- 
ront oslées  les  esquilles  et  petits  frag- 
raens  auec  petites  pincettes. 

Et  quand  le  lieu  où  sera  la  fracture 
ne  permet  faire  section  pour  descou- 
urir  l’os,  ù fin  d’appliquer  la  trépané, 
comme  lors  que  la  fracture  est  près 
du  muscle  temporal  ou  près  des  com- 
missures: lors  au  lieu  d’vne  , en  faut 
appliquer  deux  ou  trois  (s’il  est  besoin) 
bien  petites,  etpluspres  l’vne  de  l’au- 
tre qu’il  sera  possible:  de  façon  que  le 
circuit  de  la  seconde  ou  tierce  prendra 
sur  le  circuit  de  l’autre.  Et  si  la  frac- 
ture est  sur  vne  commissure,  ne  faut 
appliquer  sur  icelle  la  trépané  (comme 
nous  auonsdit) , mais  sera  appliquée 
des  deux  costés  d’icelle,  en  laissant  la 
commissure  entière , de  peur  de  cou- 
per et  dilacerer  les  fibres  nerueux, 
veines  et  arteres , par  lesquelles  la 
Dure-mere  est  suspendue  au  Crâne. 
Pareillement  si  l’on  ne  faisoit  apertion 
que  d’vn  costé  de  la  commissu  e , le 
sang  et  autres  matières  ne  pourroienl 
entièrement  estre  euacuées , à raison 
que  la  Dure-mere  est  entre  deux  ‘. 

partie  de  l’arsenal  chirurgical  de  l’époque. 
Quelquefois  seulement  Rare  les  a nioditiés. 
Ainsi  son  élévaloire  à trois  pieds  (voyez  p 1 3; 
paraitavoir  été  copié  surcelui  du  feuillet  60, 
recto,  d’André  de  la  Croix.  Les  secondes  te- 
nailles de  la  page  IC  représentent  le  mordent 
figuré  au  verso  de  ce  même  feuillet;  le  lire- 
fond  de  la  page  12  ressemble  presque  aliso  ■ 
lument  au  lerebrum  non  profundaii , de  Béren- 
ger. Il  faut  en  dire  autant  du  couteau  enti- 
culaire  , du  marteau  , de  plusieurs  pinces  et 
rugines,  etc. 

1 Cette  manière  de  faire  remonte  aux  an- 
ciens ; et  c’était  la  pratique  de  Jean  de  Vigo, 


59 

Or  au  lieu  de  trépaner,  on  peut 
vser  aux  cas  susdits  (pourueu  que  l'os 
soit  suffisamment  descouuert)  de  cet 
instrument , qui  est  en  maniéré  de 
compas,  lequel  se  dilate  et  serre  ainsi 
qu’on  veut , par  le  moyen  d’vne  viz. 
Aussi  on  pourra  changer  les  pointes 
d'iceluy  selon  la  nécessité  , lesquelles 
seront  tenues  fermes  par  vne  viz. 

Compas  pour  couper  l'os  du  Crâne. 


A Le  pied  du  compas  qui  coupe  l’os. 

B La  petite  viz  qui  lient  la  pointe. 

CC  Deux  pointes  differentes,  lesquelles  se 
peuuenl  insérer  dans  le  pied  du  Compas 
merqué  A,  ainsi  que  l’affaire  le  requiert. 
D La  grande  viz  qui  tient  vne  piece  de  fer, 
merquée  par  E,  par  laquelle  le  Compas  se 
dilate  et  serre  comme  il  est  besoin. 

Or  il  est  necessaire  qu’vne  iambe 
du  Compas  soit  appuyée  fermement 
pour  couper  de  l’autre  iambe.  Au 
moyen  de  quoy  l est  necessaire  auoir 
v ne  piece  de  fer  trouée  de  petits  trous, 

qui  s’appuie  de  l’autorité  deCelse.  « J’ai  fait 
souvent  cette  opération  dans  mon  temps, 
dit-il,  à la  cour  de  Rome,  ( rincipalement 
sur  le  seigneur  Marcello  de  Fregiapanis, 
citoyen  romain,  où  elle  m’a  bien  roussi.  “ 
Cliir.  compendiosa  , lib.  I. 


6o 


LF  IIVITIÉMF 

dans  lesquels  sera  le  pied  du  Compas 
appuyé,  de  peur  qu’il  ne  vacille  çà  ou 
là,  outre  la  volonté  du  Chirurgien. 
Pareillement  faut  qu’icelle  piece  de 
fer  soit  courbée  , à fin  qu’elle  puisse 
estre  appliquée  en  toutes  les  parties 
de  la  teste,  considérant  la  figure  ronde 
d’icelle. 

La  piece  de  fer  pour  appuyer  le  Compas  sur 
le  Crâne,  qui  esl  de  figure  courbe. 


Autre  Compas  pour  mesme  vsage,  lequel  se 
dilate  et  serre  par  le  moyen  d’vne  riz,  ainsi 
que  tu  peux  voir  par  ceste  figure. 


LIVRE, 

1 Ayant  leué  la  piece  de  l’os,  on  met- 
tra s u r 1 a D n ro-m  ere  d u ch  arpi  ratissé, 
lequel  boira  le  sang  et  autres  humi- 
dités : et  le  lendemain  on  y mettra  vn 
digestif  fait  d’huile  rosat,  iaune  d’œuf 
et  vn  peu  de  lerebentliine  de  Venise. 
Plusieurs  praticiens  y appliquent  hui- 
le rosat  seule,  ce  que  ie  n’approuue  : 
mais  plustost  ces  remedes  qui  s’en- 
suiuent : 

'if.  Mellis  rosati  5 . ij. 

Olei  de  vilellis  ouorum  3 . j. 

Coquantur  simul  ad  vsum. 

Autre. 

Mellis  rosati  g . j. 

Terebenthinæ Venetæ,  g.  ft. 

Olei  rosati  §.j. 

Incorporentur  simul  ad  vsum. 

Le  quatrième  iour  passé , on  désis- 
tera d’appliquer  ausdits  remedes  des 
huiles,  mais  bien  le  miel  rosat  et  huile 
de  terebenthine , mises  en  égalé  por- 
tion, y adioustant  poudre  de  mastic, 
aloës  laué,iris,  et  vn  peu  d’eau  de  vie. 
Ce  médicament  doit  estre  appliqué 
chaud  : il  mondifie,  et  est  propre  au\ 
membranes  du  cerueau,  et  aux  frac- 
tures du  Crâne,  et  au  cuir  musculeux 
qui  le  couure.  Par  dessus  toute  la 
playe  et  parties  voisines , on  mettra 
vn  cataplasme  fait  de  farine  d’orge  et 
de  féues  cuittes  en  oxymel  et  huile 
rosat  : ou  bien  on  pourra  vser  de 
l’emplastre  cliachalciteos , liquéfiée  en 
huile  rosat  et  vinaigre  : ou  l’em- 
plastre de  betonica  ou  du  gratta  Dei , 
fondus  en  huile  rosat.  D’auanlage , 
on  frottera  le  col  d’huile  rosat  et  de 
lumbriques , et  suyura-on  la  cure 
comme  ie  diray  cy  apres. 

4 

■ Toute  la  fin  de  ce  chapitre  manque  dans 
les  éditions  de  1561,  1575  et  1579,  ainsi  que 
dans  l'édition  latine. 


UES  PLAYES  EN  PAUTICVLIKR. 


CHAPITRE  XXL 

DES  LIEVX  ESQVELS  ON  NE  DOIT 
APPLIQVER  TREPANES. 

Or  apres  aiioir  descrit  les  Trépanés 
et  autres  instrumens  capitaux  , faut 
maintenant  déclarer  les  lieux  ou  en- 
droits, esquels  nullement  ne  faut  ap- 
pliquer Trépanés. 

El  premièrement  sur  l’os  fracturé 
et  separédu  tout,  ou  sur  la  plus  gran- 
de part  séparée  d’iceluy  qui  demeure 
entier,  c’est  à sçauoir  qui  n’est  frac- 
turé, de  peur  qu’en  pressant  dessus, 
on  nel’enfonçast  sur  les  membranes. 

Secondement  sur  les  sutures1. 

i A.  Paré  a expliqué  dans  son  Anatomie , 
1 i v.  III,  chap.  3,  pourquoi  il  ne  fallait  pas 
trépaner  sur  les  sutures.  C’était  de  peur  de 
rompre  les  veines,  artères  et  filaments  ner- 
veux qui  communiquent  des  parties  externes 
aux  parties  internes;  d’où  pourrait  suivre 
une  hémorrhagie  et  le  décollement  de  la 
dure-mère. 

Bérenger  avait  déjà  combattu  cette  doc- 
trine. Il  avait  recherché  si  en  effet  la  dure- 
mère  adhérait  davantage  aux  sutures  qu’aux 
autres  points  de  la  voûte  du  crâne  , et  avait 
trouvé  que  non.  Chez  des  fœtus  de  quatre  à 
cinq  mois,  il  est  bien  vrai  que  la  dure-mère 
est  intimement  unie  au  péricrânc  dans  l’in- 
tervalle des  os,  et  plusieurs  auteurs  en  avaient 
tiré  la  conséquence  que  les  adhérences  per- 
sistaient à l’endroit  des  sutures  ; mais  , ré- 
pond Bérenger,  la  raison  ne  fournit  point 
d’argument  décisif  à cet  égard,  et  les  sens 
ne  montrent  pas  ces  adhérences. 

« Ceux  qui  sont  de  cette  opinion  , ajoute- 
t-il  , croient  qu’il  est  dangereux  d’opérer 
près  des  commissures.  Mais  je  déclare  que 
j’ai  vu  plusieurs  individus  blessés  sur  les 
commissures,  et  que  je  lésai  guéris;  et  que 
j’ai  extrait  des  fragments  des  dentelures  des 
sutures  même  ; et  que  je  n’ai  pas  vu  dans 
ces  cas  celte  grande  différence  qu’y  mettent 
beaucoup  de  gens,  grands  médecins  par  la 


6l 

Tiercement  sur  les  sourcils,  poul- 
ies raisons  susdites,  ausquelles  il  faut 
adiouster  vn  point  bien  notable  : sça- 
uoir qu’en  cest  endroit  y a vne  grande 
cauité  pleine  d’vne  humidité  blanche 
et  glueuse,  et  ensemble  de  l'air , or- 
donnée de  Nature  pour  préparer  l’air 
qui  monte  au  cerneau  : autrement  le 
Chirurgien  pourroit  s’abuser,  cuidant 
la  susdite  cauité  estre  vneenfonceure 
d’os  qui  requist  le  trépan. 

Quartement  aux  parties  inferieures 
delà  leste,  s’il  est  possible,  de  peur 
que  la  substance  du  cerueau  ne  sorte 
dehors  par  l’ouuerture  faite  en  l'os, 
pour  sa  pesanteur2. 

Quinlement , sur  les  os  bregmalis 
ou  fontenelles  des  petits  enfans , les- 

plnmc  et  par  la  parole;  et  je  crois  qu’ils 
n’ont  pas  bien  vu  l’anatomie. 

» Cependant  je  conviens  que  les  mem- 
branes sont  plus  attachées  dans  les  sutures 
qu’ailleurs,  parce  que  là  il  n’y  a pas  d’os 
intermédiaire  ; et  ainsi  il  n’y  a rien  que  de 
bon,  en  opérant,  à éviter  les  sutures,  n 
Fol.  27. 

Il  revient  ailleurs  sur  ce  sujet,  et  précise 
plus  nettement  sa  doctrine. 

« Note,  lecteur,  que  quoique  l’on  trouve 
entre  les  sutures  des  artères,  des  veines  et 
des  nerfs,  le  médecin  ne  doit  pas  pour  cela 
renoncer  à jamais  à opérer  sur  elles  ; car  il 
peut  se  rencontrer  des  cas  où  il  devienne 
nécessaire  de  trépaner  là  comme  partout 
ailleurs.  Si  la  tète  est  notablement  lésée  à 
l’endroit  des  sutures , et  qu’immédiatement 
ou  avec  le  temps  on  connaisse  que  la  dure- 
mère  y est  décollée,  il  n’y  a nul  risque  en 
opérant  de  blesser  les  veines  et  les  artères  , 
parce  qu'elles  sont  déjà  séparées  et  éloignées 
du  crâne.  J’ai  fait  plusieurs  fois  cette  opé- 
ration, et  je  n’ai  pas  vu  qu’elle  fût  différente 
de  ce  qu’elle  est  dans  d’autres  endroits.  Et 
il  faut  opérer  ainsi  parce  que  l’on  réussit 
bien.  » Folio  84. 

» Il  est  trop  évident  que  Paré  n’entend 
point  défendre  d’appliquer  le  trépan  à la 
base  du  crâne  ; les  parties  inférieures  veulent 


02  LE  HV1TIÉME  LIVRE 


quels  ne  sont  encore  assez  solides 
pour  soustenir  li  trépané. 

Sextement,sur  leslemples  à raison 
du  muscle  temporal  , pour  obuier  à 
l’accident  que  descrit  Hippocrales  , 
que  si  on  fait  section  au  muscle  dextre 
de  la  temple,  il  suruiendra  spasme  de 
l’autre  coslé  : et  si  on  la  fait  au  senes- 
tre,le  semblable  accident  aduiendra. 
La  raison  est  que  le  muscle  incisé  en 
trauers  perd  son  action  , qui  estoit 
mouuoir  et  amener  la  mandibule  in- 
ferieure vers  la  supérieure.  Et  lors 
son  compagnon  opposite  estant  en 
son  entier  et  oerfection  (qui  est  tirer 
versson  principe)  lireàsoy  ladite  man- 
dibule inferieure  : et  celuy  qui  sera 
incisé,  n’a  nulle  contrariété  à son  com- 
pagnon: parlant  la  partie  saine  atti- 
rera vers  elle  la  maladie  : et  par  ainsi 
la  bouche  et  autres  parliesde  la  face 
demeureront  tortues, principalement 
plus  du  costé  non  incisé  que  l'autre  in- 
cisé : parce  que  toutes  et  quantes  fois 

dire  ici  la  partie  postérieure  , qui  est  infé- 
rieure eh  effet  quand  le  malade  est  couché 
sur  le  dos.  C’était  une  doctrine  assez  géné- 
ralement admise,  et  contre  laquelle  je  ne 
vois  à cette  époque  que  Bérenger  qui  se  soit 
élevé. 

Il  commence  par  rappeler  que  Nicolas  a 
jugé  la  trépanation  en  cet  endroit  comme 
dangereuse,  et  que  d’autres  ont  dit  ne  l’a- 
voir jamais  vu  réussir;  mais  il  ajoute  : 

« J’ai  pourtant  vu  quelquefois  le  contraire. 
Et  entre  autres  sur  le  seigneur  Paul  le  Hon- 
grois, déjà  cité  en  exempled’une  incision  au 
cerveau.  Il  avait  une  grande  plaie  à la  par- 
tie postérieure  de  la  tête  en  bas  vers  le  cou. 
Au  premier  pansement  je  lui  enlevai  un  no- 
table fragment  d’os,  et  néanmoins  il  guérit. 
Et  il  vous  est  bien  connu  , noble  prince 
( Laurent  de  Médicis),  que  nous  vous  avons 
enlevé  avec  les  instruments  une  suffisante 
quantité  d’os  à la  partie  postérieure  de  la 
tcle;  et  cependant  vous  avez  fort  bien  guéri.» 
Folio  84,  recto. 


qu'il  y a comme  vn  contrepoisde  nerfs 
et  muscles  estons  en  parties  opposites 
égaux  en  nombre,  magnitude  et  force, 
la  résolution  et  paralysie  d’vne  par- 
tie cause  et  lait  commision  en  l'autre 
par  tie  [pareille,  comme  vn  contrepois, 
ainsi  que  l’on  voit  en  vne  balance  le 
plus  pesant  emporter  le  plus  loger. 
Or  il  n’y  aura  seulement  ce  danger, 
mais  encore  vn  autre  plus  grand, 
pouree  que  ledit  muscle  se  meut  en 
maschanl  et  en  parlant  : et  partant 
difficilement  est  consolidé  , et  aussi 
que  sousiceluy  est  la  commissure  pe- 
treuse.  Pareillement  qu’en  sa  sub- 
stance sont  plusieurs  veines,  arleres 
et  nerfs,  au  moyen  dequoy  souuenl 
beaucoupd’accidensaduennent,  com- 
me douleur,  inflammation,  fiéure, 
spasme  non  seulement  particulier , 
mais  aussi  vniuersel , et  par  consé- 
quent la  mort. 

Parquoy  nul  ne  sera  si  téméraire 
de  couper  lesdits  muscles  des  temples, 
pour  faire  trépanation  pour  la  frac- 
ture qui  pourroit  estreen  tel  endroit  : 
mais  plustost  sera  faite  operation  au 
dessus  ou  à coslé,  et  le  plus  près  de 
la  fracture  que  l’on  pourra1.  Ce  que 

1 Je  trouve  encore  à cet  égard  Bérenger 
plus  hardi  et  plus  avancé  que  Paré.  Il  com- 
mence par  poser  ces  deux  principes,  que  la 
trépanation  doit  se  faire  1°  au  lieu  le  plus 
déclive  par  rapport  a l’épanchemcnl ; 2°  là 
où  les  os  ont  à la  fois  le  moins  d’épaisseur  et 
de  dureté.  Et  rapportant  à ce  propos  une 
opération  de  Galien,  qui  pour  une  fracture 
de  l’os  de  la  tempe  trépana  vers  le  synciput, 
il  blâme  hautement  celte  manière  de  faire. 
Gomment  en  effet  espérer  que  le  pus  remon- 
tera contre  son  propre  poids?  Et  il  faudra 
donc  de  plus  qu’il  décolle  la  dure-mère  pour 
se  frayer  un  trajet?  « Pour  moi,  dit  Bé- 
renger, en  pareil  ca>,  je  ferais  plus  hardi- 
ment l’ouverture  a l’os  des  tempes  qu’au 
synciput.  » Fol.  83. 


DES  PLAY  ES  EN  PAIÎTICVLIER. 


feis  a vn  gentilhomme  nommé  mon- 
sieur delà  Bretesche , lequel  à l'en- 
trée du  (eu  Roy  Henry,  fut  blessé 
d'vn  coup  de  pierre  sur  le  pont  Noslre 
Dame,  en  reste  ville  de  Paris:  la- 
quelle luy  fractura  l’os  petreux,auec 
grande  contusion  du  muscle  Tempo- 
ral, sans  playe.  Dont  ie  fus  le  lende- 
main enuoyé  quérir  pour  le  penser 
en  son  logis,  rue  de  la  Harpe,  à la 
Rose  Rouge.  Et  ayant  conneu  la  frac 
ture  et  la  nature  du  lieu  blessé, voulus 
app  'llerconséil,  tant  de  Médecins  que 
Chirurgiens  : en  Ire  lesquels  aucuns 
furent  d aduis  de  faire  ouuerl  lire  des- 
sus ledit  muscle  , à fin  d’appliquer  la 
trépané  pour  extraire  les  os  fractu- 
rés. A quoy  ie  repugnay  bien  fort , 
alléguant  l’autorité  d’Hippocrates 
au  liure  des  playes  de  la  Teste,  lequel 
deffend  de  ne  faire  incision  en  tel  en- 
droit, pour  obuier  aux  accidents  pré- 
dits : et  aussi  par  l’experience  qu’a- 
uois  conneuë,  que  ceux  ausquels  on 
auoit  fait  section  et  coupé  ledit  mus- 
cle, tomboient  en  conuulsionet  mou- 
roient  : mais  fus  de  cest  aduis  qu’il 
falloit  faire  ouuerture  à la  partie  su- 
périeure, et  le  plus  près  de  la  frac- 
ture qu’on  pourroit,  sans  toutesfois 
toucher  audit  muscle  que  le  moins 
qu’il  seroit  possible.  Or  le  frere dudit 
sieur  de  la  Bretesche,  qui  estoit  l’vn 
des  Protenotaires  de  Monseigneur  le 
Reuerendissime  Cardinal  de  Chastil- 
lon,  qui  estoit  pour  lors  viuant,  com- 
me il  estoit  présent  à la  consultation, 
pour  la  grande  amitié  fraternelle  qu’il 
luyportoit,  dist  que  nullement  ne 
permettrait  qu’on  fist  incision  sur  le- 
dit muscle  , de  peur  que  ne  suruint 
l’accident  qu’auois  demonstré.  Et  ainsi 
fut  accor  é de  tous , que  la  section 
Seroit  faite  au  dessus  dudit  muscle  : 
ce  qui  fui  fait  par  moy  tout  à l'heure. 
Et  le  leudemain  (qui  estoit  ie  troi- 


63 

siesme  iour;  ie  le  trepanay,  et  par  l'ou- 
uerture  faile  à l’os  quelques  iours 
apres  liray  quatre  esquilles  de  la  frac- 
ture, luy  mettant  vne  lente  de  plomb 
cannulée,  de  figure  plate  (comme  lu 
vois  par  cesle  figure  suiuante,  tou- 
tesfois non  si  longue)  pour  extraire  la 
sanie  qui  sorloit  d’entre  l’os  et  la 
Dure-mere.  Et  lors  que  l’habillois, 
luy  faisois  baisser  la  teste  en  bas,  et 
fermer  la  bouche  et  le  nez,  h Gn  d’ex- 
pulser la  sanie  hors  : puis  luy  faisois 
inieclion  de  choses  detersiues , auec 
vne  petite  Syringue,  dont  asicy  aussi 
le  portrait  : et  auec  autres  remedes 
fust  par  la  grâce  de  Dieu  bien  guéri. 

Tente  de  plomb  cannulée , de 
figure  platte,  pour  donner  is- 
sue à la  suûie  retenue  entre 
le  Crâne  et  la  Dure-mere.  Syringue. 


Semblable  cas  presque  aduint  au 
siégé  de  Metz,  en  la  personne  de  mon- 
sieur de  Pienne,  nommé  alors  Bu- 
gueno  : lequel  estant  sur  la  breche 
fut  blessé  en  la  temple  avec  fracture 
d’os,  par  vn  esclat  de  p erre  delà 
muraille,  fait  d'vn  coup  de  canon  tiré 
par  l’ennemy.  Et  subit  qu’d  lut  frap- 
pé, tomba  eu  terre,  et  iella  le  sang 


LE  HVITIEME  LIVRE  , 


64 

par  le  nez,  par  la  bouche,  et  par  les 
oreilles,  auec  grand  vomissement: 
et  fust  près  ce  quatorze  iours  sans 
parler ny  ratiociner  et  connoislre  per- 
sonne. Et  luy  suruint  aussi  des  tres- 
saillemens , approchans  de  spasme  , 
et  eut  tout  le  visage  enflé  et  fort  fl- 
uide. Il  fut  trépané  à costé  dudit 
muscle  sur  l’os  Coronal,  par  vn  nom- 
mé Pierre  Aubert,  Chirurgien  ordi- 
naire du  Roy.  El  au  vingt-cinquicsmc 
iouril  luy  suruint  vne  chair  molle  et 
fort  sensible,  appellée  Fungus,qui  sor- 
toil  de  la  dure-rnere,  à l’endroit  où 
l’on  auoit  appliqué  la  trépané  : la- 
quelle chair  croissoit  de  iour  en  iour, 
iaçoit  qu’on  appliquas!  dessus  choses 
corrôsiues  : toutesfois  depuis  (néant- 
moins  eeste  grande  playe  et  fracture, 
et  autres  accidents)  fut  guéri. 

Les  anciens  ont  appelé  icelle  chair 
Fungus,  à raison  qu’elle  est  molle , 
ayant  vne  racine  comme  vn  potiron 
ou  champignon,  ei  est  large  en  sa  par- 
tie supérieure,  en  l’inferieure  grcslc 
et  menue  , et  s’augmente  selon  la 
quantité  de  sa  matière , ou  selon  qu’il 
sera  aussi  traité  par  remedes  contra- 
rians  à sa  cause,  et  aussi  le  plus  sou- 
ucnt  est  fetide  : les  vulgaires  rap- 
pellent le  Fie  saint  Fiacre  l. 

Or  la  matière  comme  se  font  les- 
dits  Fungus  , c’est  qu’ainsi  qu’aux 
troncs  des  arbres  quelque  tumeur  à 
deiny  pourri,  glueux  et  visqueux 
vient  à sortir,  quasi  par  resudation 
de  chose  excremenlitielle  par  l’es- 
corce  , et  peu-à-peu  sortant  hors, 
prend  accroissemenlen  forme  de  Fun- 
gus : semblablement  des  vaisseaux 
delà  Dure-mere  et  du  Crâne,  estans 
rompus , en  sort  quelquesfois  vn 

' L’édition  de  1561  ajoute  : Qui  est  vue 
chose  absurde  cl  mal  entendue,  parce  qu’il  n’y 
a point  de  maladies  de  saincts.  Fol . 195,  recto. 


sang  melancholique , lequel  Nature 
enuoye  pour  la  régénération  de  la 
chair,  necessaire  à telles  parties, 
dont  se  forme  vn  Fungus,  lequel , 
comme  dit  Galien  , tient  de  la  na- 
ture et  substance  de  la  partie  où  il 
nais! , au  reste  retient  en  general  de 
la  nature  des  verrues  malignes. 

Or  pour  la  curation  d'iceux  faut 
appliquer  remedes,  qui  par  propriété 
occulte  ont  faculté  de  consumer  telle 
chair  superflue,  sçauoir  fort  desicca- 
tifsdeleur  nature,  et  doux  cathere- 
tiques,  comme  cestuy-cy  : 

2 Sabinæ  5.  ij. 

Ochræ  5.  j. 

Puluerisentur  simul,  et  liât  puluis. 

Autre. 

g£.  Hermodact.  coinbustoruin  §.  C. 

Fiat  pul. 

Et  où  icelle  chair  fongueuse  seroit 
fort  accreuë,  comme  il  s’en  voit  quel- 
quesfois grosse  comme  vn  œuf,  plus 
ou  moins , on  la  peut  lier  auec  fil  de 
soye  le  plus  près  de  sa  racine  qu’on 
pourra  : puis  estant  tombée,  appli- 
quer dessus  des  susdits  remedes,  et 
infailliblement  on  le  curera  mieux 
et  plus  seulement  que  par  autres  mé- 
dicaments plus  corrosifs. 


CHAPITRE  XXII. 

DE  L’ALTERATION  DES  OS  DE  LA  TESTE. 

Quelquesfois  aux  playes  de  Teste 
s’ensuit  alteration  et  corruption  de 
l’os  : ce  qui  aduient,  ou  pource  que 
l’air  l’a  touché  à nu  , on  pource  que 
la  matière  a croupi  dessus,  ou  pour 
l’indeuë  application  des  medicamens 
suppuratifs  et  onctueux  : ce  que  nous 


DES  PLAYES  EN  PART1CVLIEK. 


65 


monstreronsplusamplement  au  traité 
fies  Caries,  parlans  des  Nodus  de  la 
ver  oie 

Telle  alteration  se  connoistra,  tant 
par  la  veuë  (car  au  lieu  d’eslre  blanc, 
il  deuient  iaunastre  , puis  liuide  et 
noir)  que  par  la  sonde  , d’autant  que 
l’on  sent  aspérité  et  inégalité,  et  l’es- 
prouuette  y entre  facilement  : toutes- 
fois  i'ay  veu  l’os  estant  longuement 
descouuert  et  altéré,  eslre  fort  dur, 
voire  que  la  trépané  y enlroit  auec 
difficulté.  Parquoy  le  signe  de  carie 
n’est  asseuré  : entendu  que  l’air  sou- 
uent  desseiche  l’os  carieux  en  telle 
sorte  qu’il  se  monstre  de  ferme  con- 
sistence , apres  auoir  demeuré  long 

I L’édition  de  1561  ne  pouvait  renvoyer  à 
ce  livre  qui  n’était  pas  encore  fait;  aussi  elle 
présente  en  cet  endroit  de  notables  diffé- 
rences. Après  les  derniers  mots  du  chapitre 
précédent,  on  lit  : 

« Après  toutes  ces  choses  susdites  bien 
cogneuës,  reste  traitler  de  l’alteration,  carie 
et  pourriture  des  os  : chose  au  chirurgien 
nécessaire  d’estre  cogneuë,  pour  obuier  aux 
périls  et  dangiers  qui  s’en  ensuiuent.  » 

Alors  commence  un  long  article  sur  la  carie 
des  os,  considérée  à la  fois  en  général  et  en  par- 
ticulier pour  les  os  du  crûne.  Cet  article  ne 
comprend  pas  moins  de  dix  feuillets,  et  a 
été  transporté  depuis  presque  en  entier  au 
livre  17  De  la  grosse  verole , où  il  forme  la 
plus  grande  partie  des  chapitres  30,  31  , 32 
et  34.  Il  faut  donc  recourir  à ces  chapitres 
pour  avoir  une  idée  complète  de  la  doctrine 
professée  par  Paré  dès  1561. 

II  en  résulte  que  le  commencement  de  ce 
chapitre,  jusqu’au  paragraphe  qui  précède 
et  amène  l’histoire  du  laquais  de  M.  de  Gou- 
laines , a été  refait  pour  l’édition  de  1575  et 
les  suivantes,  mais  seulement  avec  les  ro- 
gnures de  l’édition  de  1561  qui  s’appli- 
quaient aux  os  du  crâne,  sans  changement  de 
doctrine,  et  le  plus  souvent  avec  les  mêmes 
phrases;  et  il  en  est  plusieurs  qui  se  lisent 
ici  et  qui  sont  reproduites  avec  l’article  in- 
tégral au  livre  De  la  grosse  verole  déjà  cité. 

II. 


temps  descouuert.  Ce  signe  est  bien 
plus  certain,  à sçauoir  que  la  chair 
qui  s’engendre  sur  l’os  carieux  est 
baueuse,  et  de  peu  ou  nul  sentiment. 

Or  icelle  alteration  ou  corruption 
sera  corrigée  par  cautères  actuels  ou 
potentiels  , comme  nous  dirons  en 
leur  propre  lieu,  ou  par  poudres  ca- 
tagmaliques  céphaliques,  faites  de 
rad.  ireos , rnast.  myrr.  alocs , gen- 
tianœ,  aristoloch.  centau.  corli.  pini  : 
comme  : 

’2f.  Rad.  ire.  florent.  arist.  ana  §.j. 

Centaurij  5 . ij. 

Cortic.  pini  3.  G. 

Misce  et  fiat  pul.  subtiliss. 

Laquelle  sera  appliquée  sur  l’os, 
et  si  la  corruption  est  grande,  on 
vsera  de  Rugines.  La  cheute  se  doit 
attendre  et  non  procurer  par  force  : 
car  autrement  l’os  qui  seroit  dessous, 
11’estant  couuert  de  chair,  s’allere- 
roit  : toutesfois  pelit-à-pelit  on  les 
esbranlera,  pour  aider  à nature  à les 
séparer. 

Et  icy  en  passant  tu  noteras  que 
l’exfoliation  du  circuit  de  l’os,  qui  est 
où  la  trépané  aura  passé,  se  fait  com- 
munément en  quarante  ou  cinquante 
iours  , autresfois  plustot.  Ensemble 
l’exfoliation  qui  est  causée  par  l’alte- 
ration de  l’air  ambiens,  qui  aura  tou- 
ché l’os  nu  et  descouuert,  se  fait  pres- 
que en  mesme  espace  de  temps  : ce 
qui  se  fait  aussi  apres  l’application  des 
cautères  ou  par  le  bénéfice  des  pou- 
dres céphaliques. 

Et  la  conionclion  et  vnion  (appelée 
Cailus)se  fait  communément  aussi  en 
l’os  fracturé  par  autant  de  iours  : tou- 
tesfois aux  uns  pluslost,  comme  aux 
jeunes,  aux  autres  plus  lard , comme 
aux  vieils  : de  toutes  lesquelles  choses 
on  11e  peut  donner  réglé  certaine  et 
temps  prefix  , pour  la  diuersité  des 

5 


66 


LE  HVITIÉME  LIVRE 


habitudes  et  tempéraments,  et  seion 
la  durelé  et  espaisseur  de  l’os. 

Or  si  l’aiteration  de  l’os  et  consoli- 
dation d *s  playes  sont  répugnantes 
aux  remedes  -rsdits,  faut  ordonner 
au  patient  potion  vulnéraire.  Ce  que 
i’ay  souuenlesfois  fait  auec  heureuse 
issue. 

Or  quelquesfois,  non  seulement  vne 
portion  de  l’os  est  altéré  et  tombé, 
mais  aussi  iceluy  tout  entier,  ce  qui 
est  prouué  par  Hippocrates  quand  il 
dit  : L’os  du  Crâne  estant  blessé  , se 
séparé  d’auec  le  sain  plus  ou  moins  , 
selon  la  vebemenee  du  coup  : ioint 
aussi  que  l’experience  le  monstre. 

Et  en  cest  endroit  ie  ferai  récit  de 
ce  que  i’ay  fait  estant  en  Piedmont, 
Chirurgien  de  deffunt  le  Mareschal 
de  Montejan  (qui  lors  estoit  Lieute- 
nant du  Roy)  : iepensay  un  laquais  de 
deffunt  monsieur  deGoulaines  : qui  fut 
blessé  d’\n  coup  d’espée  sur  l’os  Pa- 
riétal, partie  senestre,  non  pénétrant 
iusques  à la  seconde  table  : et  quel- 
ques iours  apres  que  sa  playe  estoit 
presque  consolidée  et  guerie,  arriua 
à Thurin  quelque  compagnie  de  sol- 
dats de  son  pays  de  Gascongne,  auec 
lesquels  vn  malin  mangea  des  tripes 
fricassées,  auec  force  oignons  et  es- 
pices,  et  ne  fut  aussi  sans  boire  vin 
fort  et  en  quantité  , et  sans  eau.  Dont 
tost  apres  tomba  en  heure  continue  , 
et  perdit  la  parole  et  le  sens,  et  luy 
suruint grande  tumeur  à toute  la  teste 
et  au  \isage,  les  yeux  rouges  et  en- 
flammés issans  hors  de  la  teste. 

Ce  que  voyant  i’appellay  Médecins 
et  Chirurgiens,  pour  aduiser  qu’on 
feroit  pour  luy  sauner  la  vie.  El  fus- 
mes  tous  d’aduis  de  le  saigner  et  clys- 
teriser,  et  faire  application  de  plu- 
sieurs rèmedes  sur  la  teste,  auec  fric- 
tions et  ligatures  aux  extrémités  : 
neantmoins  tout  le  coslé  de  la  partie 


affectée  quelques  iours  apres  s’apos- 
tema  , et  ayant  fait  ouuerture,  ielta 
grande  quantité  de  sanie  : el  trouuay 
le  cuir  musculeux  qui  estoit  déprimé, 
auprès  de  l’os  auec  le  Pericranc,  de 
largeur  enuiron  de  quatre  doigts  , et 
finnblement  toutes  les  deux  tables  de 
l’os  furent  altérées,  pourries  , noires 
et  fetides.  El  pour  corriger  cette  cor- 
ruption, y appliquay  par  interualles 
cautères  actuels  1 : el  ce  tant  polir 
corriger  la  pourriture,  que  pour  faire 
séparation  de  ce  qui  estoit  altéré.  Et 
enuiron  vn  mois  apres  le  pensant , 
veis  sortir  certaine  quantité  de  vers 
de  dessous  ledit  os  pourri,  par  au- 
cuns trous  de  la  carie  : qui  fut  cause 
de  me  faire  haster  d’extraire  et  leuer 
ledit  os,  qui  bransloit  long  temps  au- 
parauant.  Et  dessus  la  Dure-mere 
trouuay,  où  Nature  auoit  engendré 
chair,  trois  cauités  à mettre  le  pouli  e, 
quiestoient  remplies  de  vers  grous- 
lans  et  mouuans,  lesquels  estoient 
chacun  de  grosseur  enuiron  d’vn  fer 
d’aiguillette  , ayant  la  teste  noire. 

Or  esloil  la  portion  d’os  que  Nature 
auoit  séparé,  de  grandeur  de  la  paul- 
mè  de  la  main  et  plus  : tellement  qu'à 
le  voir  on  ne  pouuoit  comprendre 
que  Nalure  eut  peu  ielter  et  séparer 
telle  quantité  de  l’os  du  Crâne  sans 
mort.  Et  toulesfois  il  en  guérit,  outre 
l’esperancede  tousceuxqui  l’auoient 
vcu  : mais  apres  la  consolidation  de 
sa  playe,  la  cicatrice  luy  demeura 
grandement  caue  (ce  qui  est  escrit 
d’Hippocrates2)  pour  raison  de  la  per- 
dition de  l’os  qui  est  de  matière  sper- 

i L’édition  de  1561  ajoute:  semblables  à 
ceux-ci  : cl  donne  la  ligure  de  cinq  cautères 
que  nous  retrouverons  transportés  au  cha- 
pitre 32  du  17e  livre  : Des  cauicres  actuels  et 
potentiels. 

* liipp.  aph.  45.,  liu.  C.  Vlcera  quœcun- 
que,  etc.  — A.  P. 


DES  PEA  Y ES  EN  PART1CVLIER. 


6; 


malique,  laquelle  11e  se  peut  rege- 
nerer  selon  sa  première  intention  , et 
aussi  pource  que  la  chair  ne  peut 
croistre  sur  vn  Callus  : à cause  qu'il 
est  comme  chose  estrange  et  emprun- 
tée à Nature,  et  mesmement  parce 
qu’il  est  plus  solide  et  compacte  que 
l'os  naturel , dont  le  sang  ne  se  peut 
resuder,etpar  conséquent  la  chair  ne 
peut  estre  rengendrée.  Au  moyen  de- 
quoy  lors  qu’il  y a perdition  d’os  en 
quelque  partie  de  nostre  corps,  la  ci- 
catrice demeure  tousiours  caue  : et  au 
Crâne  où  il  y a perdit  ion  de  substance 
des  deux  tables,  l’on  voit  au  sens  de 
la  veuë,  et  sent-on  à latlouchemenl 
de  la  main,  vne  pulsation  faite  par  le 
mouuement  du  cerueau , à l’endroit 
de  la  cicatrice,  et  le  lieu  demeure  par 
longue  espace  de  temps  plus  debile 
et  douloureux.  Et  pour  ceste  cause, 
feis  faire  audit  laquais  vn  bonnet  de 
cuir  bouilli,  pour  résister  aux  in- 
iures  externes,  qu’il  porta  iusques  à 
ce  que  la  cicatrice  fust  bien  solide , 
et  la  partie  fortifiée. 

Or  il  y a d’aucuns  soy  disans  Chi- 
rurgiens, mais  plustost  sont  de  ces 
abuseurs,  coureurs  et  larrons,  que 
lors  qu’ils  sont  appeilés  pour  traiter 
les  playes  de  teste,  où  il  y aura  quel- 
que portion  d’os  amputé,  font  accroire 
au  malade  et  aux  assislans,  qu’au  lieu 
dudit  os  leur  faut  mettre  vne  piece 
d’or.  Et  de  fait,  en  la  presence  du  pa- 
tient l’ayant  receuë  , la  battent  et  la 
rendent  de  figure  de  la  playe,  et  l’ap- 
pliquent dessus,  et  disent  quelle  y 
demeure  pour  seruir  au  lieu  de  l’os, 
et  de  couuerture  au  cerueau  : mais 
tost  apres  la  mettent  en  leur  bourse , 
et  le  lendemain  s’en  vont  laissons  le 
patient  en  ceste  impression  *.  Les  au- 

*  Franco  a signalé  la  même  escroquerie  ; 
et  nous  avons  vu  cependant  que  Fallope  sem- 


tres  disent  que  par  leur  industrie  et 
grand  sçauoir  ils  font  coalescer  vne 
piece  de  cou  gourde  1 desseichée  au 
lieu  de  l’os  amputé.  Et  ainsi  abusent 
lesignorans , qui  ne  connaissent  que 
tant  s’en  faut  que  cela  se  puisse  faire, 
que  Nature  ne  peut  Souffrir  vn  petit 
poil  enfermé  en  vne  playe,  ou  autre 
petit  corps  estrange.  Ce  qui  est  prou- 
ué  par  Galien  au  qualriesme  liure  de 
sa  Méthode.  Parquoy  nul  homme  de 
bon  esprit  11e  doit  croire  tels  affron- 
teurs. 

Si  aucun  veut  dire  qu’ vne  balotte  de 
plomb  tirée  par  vne  harquebuse,  peut 
demeurer  longues  années  en  quel- 
ques parties  de  nostre  corps,  cela  ie 
leur  concédé  : parce  que  le  plomb  a 
quelque  familiarité  auecques  nostre 
substance , comme  ie  declareray  aux 
traités  des  playes  faites  par  barque- 
buses  : partant  n’engendr  si  tost  cor- 
ruption. Toutefois,  nonobstant  icelle 
familiarité,  Nature  l’expulse  au  de- 
hors, si  l’espaisseur  des  muscles,  liga- 
mens,  pannicules,  ou  autres  parties 
solides  ne  l’empesche,  ou  la  figure 
de  la  partie  qui  seroil  caue.  Parquoy 
leur  obieclion  ne  fait  rien , ou  peu  à 
propos.  Et  conclus  que  si  l’on  appli- 
que vne  piece  de  plomb  au  Crâne 
pour  seruir  de  couuerture  au  cer- 
ueau, jamais  n'y  pourroit  seruir,  non 
plus  que  l’or  ny  la  cougourdc,  ou 
aulre  matière  estrange. 

Et  te  suffise  des  alterations  et  ca- 
ries des  os  du  Crâne.  Maintenant  il  11e 
reste  plus  qu’à  déclarer  la  maniéré 
comme  l’on  doit  procéder  à la  cura- 
tion de  la  concussion  et  commotion 

ble  croire  à l’utilité  de  ce  moyen.  Voyez  la 
note  de  la  page  20. 

1 Cougourde  .dite  aussi  courge  dans  l’édi- 
tion de  1501.  Le  traducteur  latin  a rendu  ce 
mot  par  cucurbita,  citrouille. 


68 


LE  HVITIÉME  LIVRE  , 


du  cerueau.  Ce  que  ie  feray , s’il 
plaist  à Dieu,  et  le  plus  bref  qu’il  me 
sera  possible  i. 


CHAPITRE  XXIII. 

LA  CVRE  DE  LA  CONCVSSION  OV  COMMO- 
TION OV  ESBRANLEMENT  DV  CERVEAV. 

Nous  auous  par  cy  deuant  déclaré 
les  causes,  signes  et  accidens  de  la 
concussion  du  Cerueau,  sans  playe 
au  cuir  musculeux,  ny  fracture  à 
l’os  : parlant  à présent  nous  faut  par- 
ler de  la  cure. 

Donc  le  patient  ayant  receu  grande 
concussion  à la  teste,  et  le  Chirur- 
gien ayant  connoissauce  que  l’os  n’est 
fracturé,  mais  a crainte  qu’il  y ait 
quelque  vaisseau  rompu  au  dedans, 
promptement  luy  faut  tirer  du  sang 

1 II  y a un  désordre  apparent  dans  la  dis- 
position des  chapitres  précédents.  Vous  avez 
vu  au  chap.  10,  A.  Paré  s’occuper  de  la  cure 
des  accidents  qui  surviennent  au  crâne;  puis 
aux  chap.  17  et  18  , des  acculent s qui  advien- 
nent  à la  dure-mere;  aux  trois  suivants,  il 
s’occupe  du  trépan  ; au  22e  de  l'alteration  des 
os;  et  enfin  au  23e  de  la  commotion  et  des 
plaies  du  eerueau.  Le  traducteur  latin  a cru 
devoir  changer  cet  ordre.  Après  le  chap.  10, 
De  cranii  fracli  curâ  particulari , il  fait  sui- 
vre immédiatement  les  trois  chapitres  qui 
ont  Irait  au  trépan;  puis  celui  de  l’altération 
des  os;  puis  les  deux  chapitres  des  lésions 
de  la  dure-mère;  et  enfin  il  en  vient  à la 
commotion  du  cerveau.  Au  premier  coup 
d’œil  cette  distribution  est  en  effet  plus  mé- 
thodique, en  ce  qu’elle  va  des  parties  super- 
ficielles aux  parties  plus  profondes;  mais  en 
réalité,  les  altérations  de  la  dure-mère  étant 
une  indication  du  trépan,  il  était  naturel  de 
les  décrire  avant  de  s’occuper  de  l’opération 
qu  elles  nécessitent.  Du  reste,  A.  Paré  a tou- 
jours suivi  son  ordre  primitif  dans  toutes  les 
éditions  françaises , et  cette  seule  raison  au- 
rait suffi  pour  me  le  faire  conserver. 


de  la  veine  Céphalique  du  coslé  bles- 
sé. El  luy  en  sera  tiré  assez  bonne 
quantité  , ayant  esgard  à la  maladie 
présente  et  future,  et  principalement 
à la  vertu , et  autres  choses  qu’il  faut 
considérer  à la  saignée,  ainsi  que  Ga- 
lien déclaré  '.  Et  pour  ce  faire,  appel- 
leras vn  docte  Médecin. 

Puis  on  luy  rasera  tout  le  poil  de  la 
teste,  et  luy  sera  appliqué  le  cata- 
plasme cy  deuant  escrit , composé  de 
farines,  huile  rosat  et  oxymel,  ou 
autres  repereussifs  froids  et  humides , 
lesquels  seront  renouuellés  souuent. 
El  faut  euiter  ceux  qui  sont  secs  et  fort 
astringens  , comme  vngucnlum  de 
bolo , ou  semblables,  pource  qu’ils 
opilent  par  trop,  et  gardent  que  les 
matières  fuligineuses  ne  se  peuuent 
exhaler,  tant  parles  sutures  que  par 
les  porosités  du  Crâne  et  du  cuir  qui 
couure  la  teste  : dont  tant  s’en  faut 
qu’ils  gardassent  qu’il  ne  suruint  im- 
llammation  , que  plustost  par  iceux 
elle  seroit  augmentée. 

Pareillement  luy  faut  donner  clys- 
teres  souuent , s’il  n’a  bon  ventre  , à 
fin  de  garder  que  les  vapeurs  ne  mon- 
tent au  cerueau  : qui  se  fera  aussi 
aucc  i’aide  des  frictions  et  ligatures 
faites  aux  bras,  cuisses  et  iambes,  et 
par  venlouses  appliquées  sur  les  es- 
paules,  et  le  plus  près  du  col  que 
l’on  pourra  : lesquelles  seront  assez 
grandes,  et  auec  grande  flambe, 
pour  faire  plus  grande  reuulsion  , et 
destournerle  sang  qu’il  ne  monte  par 
trop  grande  impétuosité  au  cerueau  , 
lequel  causeroit  inflammation  et  au- 
tres mauuais  accidens. 

El  le  lendemain  faut  ouurir  la  veine 
Puppc,  qui  est  située  au-dessus  de  la 
suture  LambdoYde,  laquelle  a grande 
communication  auec  celles  du  cer- 


1 Gai.  au  li lire  de  Sanguine  missione. — A.  1’. 


DES  PLAY  ES  EN  PARTlCVLlE.il. 


ueau  : et  estant  ouuerte , faut  com- 
mander au  patient  qu’il  ferme  sa 
bouche  et  le  nez,  et  qu’il  expire  le 
plus  fort  qu’il  pourra.  Car  en  ce  fai- 
sant les  membranes  s’esleuent,  et  par 
ce  moyen  le  sang  qui  seroit  respandu 
entre  le  crâne  et  les  membranes  est 
euacué,  mais  non  celuy  qui  est  entre 
le  cerueau  et  lesdites  membranes.  El 
où  tel  accident  aduient,  la  chose  est 
desesperée,  s’il  y en  a trop  grande 
quantité,  et  que  Nature  ne  soit  assez 
forte  pour  le  suppurer  et  le  ietter 
hors.  L’on  peut  pareillement  ouurir 
quelques  iours  apres  celle  du  milieu 
du  front , et  les  arteres  des  temples, 
aussi  les  veines  de  dessous  la  langue, 
à fin  que  par  telles  ouuertures  on 
puisse  faire  vacuation  de  la  matière 
coniointe. 

Pareillement  le  patient  doit  tenir 
diete  tenue,  sans  boire  nullement  de 
vin, principalement  iusques  au  qua- 
torzième iour,  qui  est  le  terme  cous- 
tumier  où  les  accidens  sont  encores 
en  vigueur.  Aussi  les  medicamens  re- 
percussifs  doiuent  estre  continués  ius- 
ques au  quatrième  iour  : et  puis 
apres  on  doit  venir  aux  résolutifs, 
commençant  aux  doux  et  amiables  , 
comme  teste  décoction: 

Radicis  allheæ  5 . vj. 

Ireos,  cyperi,  calami  aromatici  ana  3 . ij. 

Foliorum  saluiæ , maioranæ  , belonicæ, 
llorum  camornillæ,  meliloli , rosarum 
nibrarum  , stœchados  ana  m.  G. 

Salis  cominunis  3 . iij. 

bulliant  omnia  simili  secundum  arloin  cum 
vino  rubro  cl  aqua  fabvonuri,  liai  de- 
coclio  : 

De  laquelle  on  fera  fomentation 
deux  fois  le  iour  auec  feutres  ou  es- 
ponge.  El  teconuienten  cesl  endroit 
noter,  qu’il  ne  faut  trop  eschaulfer  la 
teste,  de  peur  d'induire  douleur  et  in- 


C9 

tlammation.  Puis  appliqueras  le  Ce- 
rat  escrit  par  de  Vigo , lequel  a fa- 
culté de  resouldre  modérément,  des- 
seicher  et  attirer  par  les  porosités 
l’humidité  qui  est  sous  le  Crâne  : et 
par  sa  vertu  aromatique  conforte  le 
cerueau  et  l’esprit  animal  : lequel 
Cerat  est  en  cesle  forme. 

2£.  Fnrfuris  bene  triturati  3 . iiij. 

Farina:  lenliurn  §.  ij. 

Rosarum,  myrliborum  , foliorum  et  gra- 
norum  eius  ana  5 . j. 

Calami  aromatici  §.j.  G. 

Camornillæ,  meliloti  ana  m.  G. 

Nuces  cupressi , numéro  vj. 

Olei  rosacei  et  camornillæ,  ana  5-  Uj* 

Ceræ  alba:  § . ij. 

Thuris,  mastiches  ana  5.  iij. 

Myrrhæ  5.  ij. 

Puluerisatis  puluerisandis  , et  liquefactis 
oleiscum  cera, omnia  misceantursimul, 
et  fiat  mixtura,  quæ  erit  inter  formant 
emplastri  et  ceroli. 

Et  dit  en  auoir  vsé  à vn  gentil- 
homme du  Duc  d'Urbin,  lequel  cheut 
de  chenal  sur  le  pont  saint  Ange  à 
Rome,  la  teste  sur  vne  pierre  de  mar- 
bre . et  demeura  en  terre  comme 
mort,  et  saigna  par  le  nez,  bouche 
et  oreilles  : et  subit  la  teste  luy  de- 
uint  fort  enflée,  ensemble  tout  le  vi- 
sage , auec  couleur  liuide , et  de- 
meura vingt  iours  apres  estre  blessé, 
sans  parler  : aussi  fut  vingt  iours 
sans  boire  ny  manger,  fors  de  la  ge- 
lée fondue  et  des  bouillons  de  cliap- 
pon  auec  sucre  et  autres  semblables  : 
neantmoins  fut  guéri.  Vray  est  qu’il 
perdit  sa  mémoire  , et  luy  demeura 
vne  balbucie,  c’est  à dire,  fut  begue  , 
11e  sachant  expliquer  ce  qu'il  desiroit 
dire.  Ce  qui  confirme  le  dire  d’Hippo- 
crates, lequel  affirme  que  ceux  qui 
pour  quelque  cause  ont  concussion 
au  cerueau,  perdent  incontinent  la 


I,E  HViTIEME  LIVRE 


parole1  : voire  comme  note  Galien  au 
Commentaire,  toute  action  qui  vient 
de  volonté.  Or  en  tel  cas  ie  n'estime 
de  petite  efficace,  non  moins  que  de 
Vigo  , la  faculté  d’un  tel  Cerat,  d’a- 
uoir  prohibé  l’aposteme  qui  se  pou- 
uoit  aisément  faire  au  cerueau. 

Ce  qu’aucuns  bigarrés  hors  de  rai- 
son ne  veulent  concéder,  et  main- 
tiennent ne  se  pouuoir  faire  aposteme 
en  la  substance  du  cerueau.  Pareille- 
ment ne  croyent  qu’on  ne  puisse  es- 
chapper,  lors  qu’il  y a portion  de  la 
substance  du  cerueau  deperdue,  et 
donnent  des  raisons  en  Pair,  que  ne 
veux  icy  recil er  pour  euiter  prolixité  : 
mais  il  me  suffira  le  prouuer  par  l’au- 
torité des  anciens  , qui  ont  laissé 
par  escril  telles  choses  eslre  adue- 
nues  : ioint  que  par  expérience  on  le 
uoil  souuent  aduënir. 

Et  premièrement  Hippocrates  dit, 
que  celuy  quia  grande  douleur  de  tes- 
te, s il  aduient  qu’il  iette  du  pus , des 
eaux  ou  du  sang  par  le  nez  et  par  la 
bouche,  ou  par  les  oreilles,  cela  gue- 
rist  le  malade  2.  Pareillement  Galien 
au  liure  de  Inœquali  tempcrie , et  Rasis 
au  troisième  liure  de  son  Continent , 
chapitre  quatrième,  et  Auieenne  au 
chapitre  des  Exilures  à la  iij.  partie 
du  iiij.  liure,  chapitre  vingtième  , af- 
firment que  Mature  iette  la  sanie  faite 
au  cerueau,  par  le  nez,  bouche  et 
oreilles. 

Or  par  expérience  aussi  on  a veuad- 
uenir  telle  chose.  Et  me  sonuient  que 
maislre  Prolhais  Coulon  , Chirurgien 
de  deflunt  monsieur  de  Eangey,  m’a 
récité  et  affirmé  auoir  veu  vu  ieune 
garçon  en  la  ville  du  Mans , lequel 
aidoit  à sonner  vue  grosse  cloche,  et 

1 Hipp.  api).  58,  liu.  7.  Quibus  cerelmm 
aliqua , etc.  — A.  P. 

2 Aph.  10  au  liure  G.  — A.  P. 


se  peudoit  à la  corde,  par  laquelle  fut 
esleué  en  haut,  et  tomba  la  teste  pre- 
mière sur  les  quarreaux.  Et  subit  per- 
dilla  parole, l’oüye et  la  veüe,et  toute 
connoissance  et  raison , auec  réten- 
tion des  excremens  : puis  tost  apres 
luy  suruint  la  fiéure  auec  déliré,  et 
autres  mauuais  accidens.  Et  ne  fut  le 
le  palient  trépané , à cause  qu’on  ne 
trouuoit  aucune  fracture  au  Crâne. 
Et  au  septième  iour  il  luy  suruint  vne 
grande  sueur  et  sternutation,  auec 
laquelle  ietla  grande  quantité  de  pus 
par  le  nez,  oreilles  et  bouche.  Et  apres 
ceste  euacuation  les  accidens  cessè- 
rent, et  guérit. 

D’auantage  i’ay  fait  ouuerture  sou- 
uentesfois  pour  faire  rapport  en  jus- 
tice, à cause  de  la  mort  de  plusieurs 
qui  auoienl  esté  blessés  à la  teste,  où 
ie  Irouuois  grande  quantité  de  pus 
auec  pourriture  de  la  propre  sub- 
stance du  cerueau. 

Des  play  es  du  cerueau  l. 

Reste  semblablement  prouuer,  que 
les  piayes  auec  perdition  de  sub- 
stance du  cerueau , ne  sont  nécessai- 
rement mortelles  2.  Ce  que  le  bon 

1 J’ai  cru  devoir  intercaler  ici  ce  titre  afin 
d’appeler  l’attention  du  lecteur.  En  effet,  en 
consultant  seulement  les  titres  des  chapitres 
comme  l'auteur  lésa  distribués, on  pourrait 
craindre  qu’il  n’cùl  laissé  dans  ce  traité  des 
plaies  de  tète  une  lacune  aussi  importante 
que  celle  des  plaies  du  cerveau.  On  trouvera 
sa  doctrine  à ce  sujet  brièvement  exposée  au 
chapitre  Du  prognostique  (voyez  ci-dessus, 
page  27);  mais  on  avait  droit  d’attendre 
qu’il  la  confirmât  par  des  exemples  parti- 
culiers. 

2 Toutes  les  éditions  depuis  celle  de  15G1 
jusqu’à  la  4'  portent  en  cet  endroit  : Il  est 
prouvé  par  laulhorilé  de  Galien  qui  dit  auoir 
veu  vu  ieune  enfant  yuarir  d’vue  plage  péné- 
trante jusques  à l'vu  des  ventricules  antérieurs 


DES  PLAYES  EN  PARTtCVLIEH. 


vieillard  Guidon  recite  avoir  veu  vne 
playe  en  la  teste  , partie  postérieure , 
de  laqucbe  estoit  sortie  de  la  sub- 
stance du  cerneau,  et  le  patient  gua- 
rit.  Et  quand  à moy,  ie  puis  asseurer 
en  auoir  aussi  veu,  dont  icy  en  racon- 
teray  quelques  histoires. 

Dés  l’an  mil  cinq  cens  trente-liuit, 
comme  i’eslois  à Thurin  , Chirurgien 
de  deffunt  monsieur  le  Mareschal  de 
Montjean , pensay  l’vn  de  ses  pages , 
qui  receut  vn  coup  de  pierre  à la  teste 
par  vn  de  ses  compagnons,  joüant  au 
palet: et  le  coup  lut  sur  l’os  Pariétal, 
partie  dexlre,  auec  fracture  et  em- 
barrure  dudit  os,  et  sorloit  par  sa 
playe  de  la  substance  du  cerneau  , la 
grosseur  de  demie  auelaine  ou  enui- 
ron.  El  subit  qu'apperceu  telle  chose, 
disois  la  playe  estre  mortelle  El  sili- 
ce fait  arriua  vn  ieune  Médecin , le- 
quel contesta  fort  contre  moy,  disant 
qu’icelle  portion  du  cerneau  estoit 
graisse,  et  non  du  cerueau.  Auquel 
ie  dis  qu’il  la  gardast  iusques  à ce 
que  i’eusse  habilié  le  patient , et  que 
mon  dire  seroit  trouué  véritable.  Et 
apres  auoir  pensé  ledit  page,  à fin  de 
premier  par  raison  et  expérience  qu’i- 
celle portion  du  cerueau  ne  pouuoil 
estregraisse  : ie  luy  dis  premièrement, 
qu’au  dedans  le  Crâne  il  ne  se  peut 
faire  graisse , encores  que  les  parties 
soyent  froides, à cause  qu’il  y a grande 
quantité  d’esprits  animaux  , qui  sont 
très  chauds  et  subtils , ioint  la  mulli- 

\ 

du  cerveau.  P areillement  le  bon  vieillarl  Gui- 
don , etc. 

Et  ce  qui  est  assez  singulier,  c’est  que  la 
cinquième,  où  cette  phrase  est  retranchée,  a 
continue  d’indiquer  en  marge  l’endroit  de 
Galien  : T.iit.  S de  l’ T s.  de*  parties. 

Il  es!  probable  que  le  motif  de  cette  sup- 
pression est  que  Galien  ne  parie  que  d’une 
plaie,  tandis  que  Paré  parle  plus  spéciale- 
ment des  plaies  avec  perte  de  substance. 


lude  des  vapeurs  esleuées  de  tout  le 
corps  à la  teste  : lesquelleschoses  em- 
peschent  la  génération  de  la  graisse  : 
et  quant  à l’experience,  par  la  dissec- 
tion des  corps  morts , iamais  on  n’y 
voit  aucune  graisse.  Et  neantmoins 
vouloit  gaignerson  dire  par  tousiours 
contester.  En  fin  luy  dis  que  l’expe- 
rienre  nous  mettroit  d’accord.  Ce  que 
plusieurs  Gentilshommes  et  autres 
assistans  desirerent  bien  voir  et  en- 
tendre : carie  lenois,  que  si  c'estoit 
graisse , elle  nageroit  sur  l’eau  : au 
contraire  que  si  c’estoit  de  la  sub- 
stance du  cerueau  , qu’elle  iroit  au 
fonds.  D’auantage  si  c’estoit  graisse, 
en  la  mettant  sur  vne  pelle  chaude, 
ellefondroit  : et  si  c’estoit  du  cerueau, 
il  se  desseicheroit , et  demeureroit 
aride  comme  parchemin,  sans  se  fon- 
dre ou  liquéfier,  et  promptement  brus- 
leroil,pource  qu’il  est  gluant,  humide 
et  aqueux.  Et  furent  faites  telles  es- 
preuues,  dont  fut  trouué  mon  dire 
eslrevray  . et  combien  que  ledit  page 
eusl  lelle  portion  de  la  substance  du 
cerueau  perdue , il  guérit,  reste  qu’il 
demeura  sourd. 

1 Dauantage  me  souuicnt  auoir 
pensé  'auec  maistré  Thierry  de  Hery 
et  feu  maistre  Toys  Drouet , hommes 
bien  exercités  et  grandement  expéri- 
mentés en  l’art  de  chirurgie,  deux  pa- 
tients ausquels  vne  petite  portion  du 
cerueau  (toutefois  assez  manifeste) 
estoit  sortie  hors  et  séparée  de  la  sub- 

1 J’extrais  les  deux  histoires  qui  suivent 
delà  deuxième  édition  du  Traité  des  plutjes 
d'hacqnebtties , 1562,  fol.  7H.  La  première 
seule  aurait  dû  êlre  placée  ici  ; la  seconde  se 
rattacherait  beaucoup  mieux  au  cliap.  4 
de  ce  livre,  qui  traite  des  scissures,  et  nous 
sommes  obligé  de  revenir  sur  la  note  delà 
page  1 1 , où  nous  avions  attribué  à Fallope 
la  première  mention  de  la  fissure  bornée  à 
la  table  interne.  On  voit  que  Pierre  Aubert 


LK  H VJ  TI  KM  K I.IVHE, 


stance  dudit  cerneau  : dequoy  s’en- 
suivirent signes  et  accidents  mortels, 
comme  fiéure  continue,  tumeur,  alie- 
nation d’esprit, scotomie  ou  verligie, 
syncopes , abbreuiation  et  remission 
d’haleine,  rougeur  des  yeux  et  autres 
signes  : ce  neantmoins  ne  moururent 
de  telles  playes. 

Et  pour  suiure  tousiours  mesmes 
exemples  à ce  propos,  te  veux  aduer- 
tir  d’une  cure  recentement  faite  par 
Pierre  Aubert , chirurgien  de  mon- 
seigneur le  duc  de  Guyse,  d’vue  playe 
faite  par  contusion,  située  sur  la  teste 
à l’os  coronal , au  moyen  de  laquelle 
l’os  estoit  dénué  du  pericrane  et  des- 
couuert  autour  : toulesfois  ne  se  inon- 
troit  aucune  fracture  dudit  os  au  sens 
de  la  veuë,  mais  quelques  iours  apres 
suruint  au  patient  une  bonne  partie 
des  accidents  susdits  , entre  lesquels 
iettoit  le  sang  par  la  bouche  , meslé 
avec  du  pus  et  boue.  Et  voyant  ledit 
Aubert  tels  accidens  ne  cesser,  mais 
au  contraire  augmenter  de  iour  en 
iour,  vsa  de  trépans  , et  trouua  la  se- 
conde table  dudit  os  rompu , faisant 
compression  sur  la  dure-mere,  et  par 
conséquent  sur  le  cerueau  : et  ayant 
oslé  l’os  froissé  et  rompu,  trouua  ia- 

en  avait  constaté  l’existence  assez  long- 
temps avant  Fallope , et  A.  Paré  appuie  sur 
ce  point  dans  une  note  marginale  ainsi 
conçue  : 

Première  table  du  crâne  demeure  aucune- 
fois  entière  par  dehors,  et  la  seconde  est  frac- 
turée et  rompue. 

L’incision  de  la  dure-mère  pour  donner 
issue  à la  matière  épanchée  au-dessous,  a 
d’ailleurs  été  prescrite  par  A.  Pa^c  au  cha- 
pitre 17.  (Voyez-ci-dessus  page  •48.) 

Au  reste  ces  deux  observations  avaient 
été  omises  dans  toutes  les  autres  éditions 
d’A.  Paré;  oubli  d’autant  plus  difficile  à 
concevoir  qu’elles  ont , comme  on  voit,  un 
grand  intérêt  pour  les  doctrines  de  l’auteur 
aussi  bien  que  pour  l’histoire  de  l’art. 


dite  dure-mere  liuide  et  fort  ten- 
due sans  mouuement.  Le  lendemain 
voyant  que  par  l’ouverture  dudit  os 
les  accidents  ne  cessoient,  considéra 
que  pour  la  grande  contusion  pou- 
uoient  est  rerompues  au  dedans  veines 
et  arteres,  dont  feil  incision  de  la  dure- 
mere,  par  laquelle  subit  sortit  bonne 
quantité  de  pus,  et  dés  lors  le  mouue- 
menl  du  cerueau  se  commença  à faire, 
et  les  accidents  diminuèrent.  Parquoy 
le  patient  fut  à la  fin  guéri. 

Vray  est  que  s'il  eust  esté  grand  sei- 
gneur ou  prince,  n’en  feust  pas  res- 
chappé  de  telle  playe,  à cause  qu'il 
n’eust  voulu  souffrir  faire  ce  que  l’art 
commande  , et  les  chirurgiens  n’eus- 
sent fait  si  hardiment  leur  deuoir. 

1 D’abondant  n’agueres  , maistre 
Estienne  de  la  Riuiere  , Chirurgien 
ordinaire  du  Roy,  et  Loys  le  Brun  , 
Chirurgien  iuré  à Paris  , et  moy, 
auonsprnsévn  nommé  maistreRobert 
Coudgenou  , l’vn  des  chantres  ordi- 
naires de  la  chapelle  du  Roy,  d'vne 
playe  en  la  teste  , située  au  milieu  de 
l'os  coronal,  faite  d’vn  coup  d’espée,  de 
grandeur  de  cinq  doigts  ou  enuiron, 
aueo  fracture  et  embarrure  d’vne 
piece  dudit  os,  laquelle  estoit  séparée 
du  tout  d’auec  le  Crâne  : et  pour  ex- 
traire et  tirer  l’os  rompu , le  trepanay  : 
pource  qu’autrement  on  ne  l’eut  peu 
auoir,  et  apres  tiray  ledit  os  fracturé 
auecques  certains  instruments  pro- 
pres pour  extraire  aucunes  piecesd’us 
de  dessous  le  Crâne  2. 

1 Cette  nouvelle  observation  et  ce  qui 
suit  jusqu’à  la  fin  du  chapitre,  se  trouvait 
à la  suite  de  celle  du  page  du  maréchal  de 
Monlejan,  dans  l’édition  de  1801,  fol  21(1  et 
suiv.  .Te  ne  peux  m’expliquer  pourquoi  elle 
avait  été  retranchée  des  éditions  complètes 
qui  annonçaient  ainsi  quelques  histoires,  et 
qui  n’en  donnaient  qu’une. 

2 A.  Paré  avait  figuré  ici  quatre  instru- 


DTS  PLAY  ES  EN  PARTICVLIF.R. 


Or  le  dit  os  auoit  rompu  la  Du  ré- 
méré, et  sortit  parla  playe  de  la  sub- 
stance du  cerueau,  la  grosseur  d’vue 
auelaine  ou  plus,  en  la  presence  de 
messieurs  nostre  maistre  Rosée,  doc- 
teur en  Théologie,  et  Gosselin,  ma- 
thématicien et  gardien  de  la  librairie 
du  Roy,  ei  Claude  Rousselet,  bache- 
lier en  medecine.  Et  neantmoins  a le- 
dit deCourtgenou  recouuert  santé, 
et  à présent  est  encores  viuant. 

Donc  pour  conclure,  plusieurs  es- 
tant blessés  à la  teste  parpelite  playe 
meurent:  lesautresnonobstant  qu’elle 
soit  grandeet  auec perdition  delà  sub- 
stance du  cerueau , viuenl  quelques- 
fois.  Aussi  pareillement  on  voit  en 
certaines  régions  et  saisons  les  pïayes 
de  teste  estre  quasi  toutes  mortelles, 
choses  eslrange  et  quasi  ineonneuë 
par  raison,  mais  par  seule  expérience. 
Ce  que  ie  référé  du  tout  au  grand  Ar- 
chilecteur,  facteur  de  toutes  choses, 
qui  dispense  et  détermine  nostre  vie 
ainsi  qu’il  luy  plaist 

monts,  qui  ne  sont  autres  que  le  bec  de  grue 
droit , le  bec  de  corbin  dentelé,  le  bec  de  grue 
coudé,  que  nous  retrouverons  au  liv.  IX, 
l'hap.  4 , Description  des  instruments  propres 
pour  tirer  les  balles  et  autres  choses  estrunges  ; 
et  le  dernier  est  le  bec  de  corbin  , dont  Paré 
se  servait  aussi  pour  saisir  es  vaisseaux  et 
les  lier,  et  que  nous  retrouverons  au  liv.  X , 
chap.  22. 

1 Les  observations  de  plaies  du  cerveau  sui- 
vies de  guérison  ont  frappé  de  tout  temps 
les  observateurs.  A.  Paré  rapporte,  lui-même 
plus  bas  des  cas  observés  par  Galien  et  Guy 
de  Chauliac;  mais  ce  sont  toujours  des  faits 
rares, et  qu’il  ne  faut  pas  prendre  pour  règle 
du  pronostic.  Aussi  quoique  le  blessé  de 
Galien  fût  guéri  d une  plaie  qui  pénétrait  jus- 
qu’aux ventricules , nous  verrons  plus  tard 
A.  Paré,  en  présence  d’une  plaie  du  même 
genre,  porter  un  pronostic  absolument  fatal. 
Voyez  V Apologie  , voyage  de  Perpignan.  ) 

Bérenger  de  Carpi  est  de  tous  les  écrivains 
du  xvo  siècle  celui  qui  a le  mieux  étudié  les  1 


!■> 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  PLAYES  DE  LA  FACE. 

Or  apres  auoir  ainsi  traité  des playes 
et  fractures  de  la  Teste , maintenant 
faut  parler  de  celles  de  la  Face , les- 
quelles se  doittenl  soigneusement 
traiter  : à fin  que  les  cicatrices  ne 
demeurent  laides  et  difformes. 

Lescausespcuuentestresemblables 
à celle  du  Crâne,  sçauoir  est,  externes. 
Mais  aux  especes  et  différences  on 
peut  adiouster  amputation  totale  des 
parties,  comme  d’vne  oreille,  ou  d'vn 
œil  creué,  ou  du  tout  sorti  hors  de  la 
teste  : aussi  le  nez  du  tout  coupé,  et 
auecques  portion  de  laléure  ou  tota- 
lité d’icelle.  Pareillement  la  playe 
peut  estre  faite  de  chose  si  violente  , 
comme  d’vn  coup  de  harquebuse  et 
autre  chose  semblable,  qui  aura 

plaies  du  cerveau.  Il  expose  d’abord  les  si- 
gnes auxquels  on  peut  les  reconnaître.  Ces 
signes  sont  les  mêmes  que  ceux  des  plaies 
des  méninges;  seulement  quand  le  cerveau 
est  blessé,  il  sort  de  la  matière  médullaire 
qui  ne  laisse  aucun  doute  sur  le  diagnostic. 
A la  vérité  si  la  plaie  est  petite,  cette  issue 
ne  saurait  avoir  lieu;  mais  ce  cas  est  rare,  et 
ce  signe  est  presque  constant.  Quand  la  ma- 
tière cérébrale  ne  fait  saillie  au-dehors  qu’a- 
prés  un  certain  temps,  quelques  chirurgiens 
s’y  trompent,  et  la  prennent  pour  du  pus,  ou 
réciproquement.  Au  reste  Béranger  a vu  celle 
issue  de  matière  se  faire  au  13e  jour  de  la 
blessure,  et  le  malade  n’en  guérit  pas  moins. 
Folio  15. 

« Pour  ma  part , ajoute-t-il  plus  loin  , je 
crois  et  je  déclare  que  j’ai  vu  jusqu’à  ce  jour 
six  hommes  qui  ont  perdu  une  notable  quan- 
tité de  la  moelle  cérébrale,  et  qui  n’en  ont 
pas  moins  guéri  Quelques  uns  sont  morts 
peu  après  d’apoplexie.  D’autres,  et  deux  sur- 
tout, ont  gardé  une  paralysie  d’un  côté,  et 


ll\  LE  HVITIÉME  LIVRE, 


rompu  et  emporté  portion  des  os  du 
palais:  de  façon  que  le  patient  iamais 

toutefois  ils  ont  vécu  deux  ans.  De  ces  six 
malades, j’en  ai  vu  et  traité  (rois  dans  le  pays 
de  Carpi  ; j'étais  assez  jeune  alors,  mais  je 
ne  m'y  trompai  pas  pour  mon  âge.  J’avais 
avec  moi  de  fidèles  et  habiles  physiciens  : à 
ces  trois , je  retirai  à la  première  ou  à la  se- 
conde visite  une  grande  portion  du  cerveau 
qui  sortait  au  dehors  entre  les  lèvres  de  la 
plaie.  J’en  ai  vu  un  autre  à Pistoia  que  trai- 
tait un  certain  juif  appelé  Angclo,  assez  ha- 
bile chirurgien  , et  qui  fut  guéri.  El  j’en  ai 
vu  deux  que  j’ai  guéris  à Bologne  : l’un  était 
le  seigneur  Vincent  Ragacia  ; l'autre  le  sei- 
gneur Paulo,  neveu  du  cardinal  d'Istrie. 

» Pour  ce  dernier,  ce  fut  en  présence  de 
beaucoup  de  témoins  de  la  première  no- 
blesse et  de  savants, qu’à  ma  première  visite 
je  lui  enlevai  quelque  portion  du  cerveau. 
Au  treizième  jour  il  en  sortit  une  autre  por- 
tion notable  ; et  enfin  il  alla  jusqu’au  soixan- 
tième jour  sans  aucun  fâcheux  accident. 

>•  La  plaie  était  profonde,  ayant  été  pro- 
duite par  la  pointe  d’une  roncha,  de  laquelle 
il  était  resté  dans  le  cerveau  un  fragment 
de  quatre  doigts  de  longueur  enfoncé  per- 
pendiculairement, et  qu’on  pouvait  à peine 
voir  et  sentir;  il  y resta  jusqu’au  lendemain 
où  je  l’enlevai  avec  des  tenailles,  et  non  sans 
de  pénibles  efforts. 

» Je  mis  dans  ce  trou  une  tente  à demeure 
durant  cinquantejoursou  environ,  parce  qu’il 
en  sortait  continuellement  une  sérosité  abon- 
dante; vers  ce  temps  enfin  l’écoulement  s’étant 
tari,  j’ôtai  ma  tente  qui  était  canulée  et  j'es- 
sayai de  fermer  la  plaie.  Mais  vers  le  soixan- 
tième jour,  à cause  de  la  matière  retenue 
danslecerveau.il  survintun  effroyable  accès 
d’épilepsie  avec  tremblement  et  roideur  ex- 
cessive de  tous  les  membres.  Ce  que  voyant  je 
le  fis  élever  par  les  pieds,  la  tète  en  bas; 
avec  un  stylet  je  débouchai  peu  a peu  le 
trou  extérieur,  et  je  trouvai  sous  le  crâne 
une  grande  quantité  de  matière  aqueuse,  de 
couleur  de  lait,  dont  l'évacuation  fit  cesser 
à l’instant  l’accès  d’épilepsie , et  ramena  le 
malade  à sa  propre  intelligence. 

» Je  lui  remis  donc  ma  canule , et  je  fis 


puis  apres  ne  pourra  parler  que  Ré- 
gnant , c’est  à dire  parlant  du  nez , 

des  injections  qui  eurent  pour  elTet  de  tarir 
entièrement  la  source  de  celte  humidité;  il 
guérit  cl  vécut  encore  long-temps  après,  et 
arriva  aux  honneurs  de  l'épiscopat.  » 

On  peut  croire  que  c’est  sans  aucune  ma- 
lignité que  Bérenger  ajoute  au  sujeldu  futur 
évêque  : 

« -Et  je  prends  Dieu  à témoin  qu’il  jurait 
lui-même  que  dès  le  commencement  de  sa 
blessure  et  sans  discontinuer,  il  avait  coïté 
avec  une  servante  de  la  maison,  sinon  tous 
les  jours,  au  moins  tous  les  deux  jours,  et 
que  chaque  jour  il  buvait  trois  ou  quatre 
fioles  de  Malvoisie;  aussi  je  pense  que  s’il  a 
guéri , il  en  doit  rendre  grâce  à Dieu. 

»Et  je  jure  de  même  que  l’un  de  ceux  que 
j’ai  traités  à Carpi  , un  paysan  appelé  Rum- 
pha  , dans  le  temps  où  il  était  le  plus  mal  , 
mangeait  toutes  les  nuits  une  grande  quan- 
tité de  viande  salée  avec  du  pain  et  du  miel. 
Il  se  levait  la  nuit  en  secret,  prenait  des  vian- 
des salées,  et  sans  les  laver  ni  ùter  le  sel,  il 
les  faisait  cuire  sub  prunis;  et  il  avait  de  plus 
sous  son  lit  une  grande  quantité  de  miel.  Et 
ainsi  il  triomphait  sans  que  personne  en  sût 
rien  , et  j’atteste  le  fait  dans  toute  sa  vérité. 

» J’ai  dit  tout  ceci  pour  combattre  les  rai- 
sonneurs qui  ne  croient  pas  que  le  cerveau 
puisse  guérir,  et  je  les  prie  de  s’en  rap- 
porter à moi  : je  connais  le  cerveau,  et  le  pus, 
et  la  moelle.  » Fol.  -U. 

Symphoiien  Champier,  dans  scs  Lunecies 
des  barbiers  et  cyrurjient , chap.  x , rapporte 
une  observation  du  même  genre  d’après 
Hippolyle  d’Aullreppe,  le  barbier  qu’il  avait 
fait  recevoir  docteur  en  chirurgie  à l'uni- 
versité de  Pise. 

« Et  Hippolyte  d’Aultreppe  me  dit  et  iu- 
rast  en  la  présence  de  monsieur  maislre  Je- 
han Geolfrev.conseillier  et  médecin  de  mon- 
seigneur de  Lorrayne,  et  de  maislre  Voisin, 
cyrurgien  dudit  prince  à Nancy  en  mon  lo- 
gis , qu’il  auoil  gnery  le  maislre  d'aullel  de 
monsieur  le  conte  de  Ligny,  lequel  auoit 
esté  bleissé  d’vne  halebarde  le  cerueaulten 
telle  façon  qu’il  luy  auoitosté  plus  de  quatre 
onces  de  la  meduleet  presque  toute  vne  ce- 


DES  PLATES  EN  PAKTfCVLIER. 


s’il  n’est  secouru  par  le  bénéfice  de  la 
Chirurgie  : ce  qui  te  sera  déclaré  c y 
apres  1 . 

Nous  commencerons  donc  aux 
playes  des  sourcils,  en  continuant 
toutes  les  autres  parties  du  corps. 

Aucunesfoisil  aduient  que  la  playe 
sera  faite  au  trauers  des  sourcils,  en 
sorte  que  les  muscles  et  pannicule 
charneux,  qui  les  meuuent  et  es- 
leuent,  seront  du  tout  dilacerés  et 
coupés.  Adonc  les  paupières  ne  peu- 
uent  eslre  esleuées,  et  les  yeux  de- 
meureront clos , de  façon  que  le  pa- 
tient, s'il  veut  voir,  sera  contraint 
(voire  apres  la  consolidation  de  la 
playe)  esleuer  de  sa  main  ladite  pau- 
pière : ce  que  i’ay  veu  plusieurs  fois. 
Et  tel  accident  le  plus  souuent  vient 
de l’imperitie  ou  inaduertance  du  Chi- 
rurgien, faute  d’auoirdeuëmenl  cousu 
la  playe,  et  d’y  auoir  appliqué  com- 
presses et  fait  ligature  propre. 

Iule  du  cerueault,  et  despuis  a vescu  plus  de 
dix  ans.  » 

Enfin  André  de  la  Croix  déclare  à son  tour 
avoir  guéri  et  vu  guérir  des  plaies  des  mé- 
ninges et  du  cerveau.  « Et  nous  ne  nous 
sommes  point  mépris,  dit-il  ; car  nous  avons 
fait  de  nos  propres  mains  plusieurs  dissec- 
tions sur  des  corps  humains , et  nous  avons 
traité  un  nombre  presque  infini  de  fractures 
du  crâne.  » Op.  citato  , pag.  58. 

1 Ici  dans  l’édition  de  1561  se  trouvait  un 
paragraphe  spécial  sur  les  cinq  internions  du 
chirurgien  pour  la  cure  des  playes.  Ce  para- 
graphe a été  reporté  depuis  au  liv.  Vit , 
Cliap.  5,  De  lu  curaiion  des  playes  en  general. 
Voyez  lom.  I”,  p.  485.  Seulement  après  la 
quatrième  intention  , qui  est  de  conserver  la 
partie  en  son  tempérament,  l’auteur  ajoutait: 
Car  une  partie  seiche  ( comme  sont  les  pau- 
pières des  yeux. , le  nez,  les  oreilles , à raison 
qu’elles  sont  cartilagineuses')  demande  médica- 
ments plus  secs  que  tes  autres  qui  sont  plus 
chômeuses.  Fol.  219. 


75 

Et  où  tel  accident  serait  suruenu  , 
faudroit  couper,  et  du  tout  amputer 
autant  du  cuir  et  du  pannicule  char- 
neux qu’il  en  sera  besoin  :à  fin  que 
la  paupière  se  tienne  esleuée  en  haut, 
sans  que  le  patient  soit  contraint  y 
mettre  la  main.  Puis  faut  coudre 
deuëmenl  la  playe,  de  cousture  de 
pelletier  : et  par  dessus  sera  appliqué 
de  mon  baume,  et  aux  parties  voi- 
sines tel  médicament  : 

"if.  Olei  rosali  § . G . 

Albumina  ouorum  , n°  2. 

Boli  armcnici , sanguinis  draconis,  mas- 
tiches  ana  3.  j. 

Agitentur  simul,  fiat  mcdicamentum. 

Et  soit  fait  bandage  et  ligature  pro- 
pre pour  tel  cas.  Puis  apres  on  vsera 
de  l’emplaslre  Gratia  Dei , vel  beloni- 
cœ  , vel  diachalcileos , ou  autres  sem- 
blables, iusques  à ce  que  la  playe  soit 
consolidée  : et  telles  playes  et  autres 
de  la  facesecurent  facilement, si  elles 
ne  sont  accompagnées  d’autres  mau- 
uais  accidens,  ou  que  les  patieus  fus- 
sent fort  cacochymes. 

11  aduient  vn  autre  accident  du  tout 
contraire,  que  la  paupière  demeure 
esleuée  en  haut,  en  sorte  que  les  ma- 
lades dorment  les  yeux  ouuerts,  ne 
les  pouuans  clorre  : les  Grecs  les 
nomment  Lag<  phthalmos.  La  cause 
vient  de  cause  interne,  comme  d’vn 
charbon  ou  autre  aposteme  : ou  exté- 
rieure, comme  d’vn  coup  d'espée,  ou 
d’autre  baston.  La  cure  se  fera  en  fai- 
sant vne  incision  au  dessus  de  la  pau- 
pière , de  figure  de  croissant , et  que 
les  angles  ou  pointes  soient  centre 
bas,  à fin  de  relascber  et  abbaisser  ce 
qui  est  trop  esleué  de  la  paupière , et 
ne  faut  nullement  loucher  le  carti- 
lage , pour  ce  qu’apres  ne  se  pourroit 


7^ 


LE  HVITIKMF.  LIVRE, 


plus  relever.  Le  reste  cle  la  cure  se 
lera  ainsi  qu’il  appartient 


CHAPITRE  XXV. 

DES  PI.AYES  DES  YEVX. 

Les  playes  des  Yeux  sont  laites  de 
choses  poignantes,  trenehantes,  con- 
tondantes, ou  autrement.  Et  selon 
icelles  d fferences,  faut  que  le  Chirur- 
gien diuersiüe  la  cure.  Or  s’il  y a au- 
cune chose  eslrange  dans  l’oeil,  faut 
subit  la  tirer  hors,  renuersant  (s’il  est 
besoin)  la  palpebre  doucement  auec 
la  queue  de  l’espatule,  ou  vnepiece 
d’argent.  Et  où  ne  la  pourras  apper- 
ceuoir  et  voir,  appliqueras  dans  l’œil 
trois  ou  quatre  grains  de  semence 
d’Orminum  ou  Toute-bonne,  laquelle 
a puissance  de  purger  et  nettoyer  les 
ordures,  et  petits  corps  estranges  des 
Yeux,  non  loutesfois  insérés,  et  gran- 
dement attachés  contre  les  mem- 
branes. Mais  où  la  chose  estrange 
seroit  adhérante  et  insérée  aux  mem- 
branes , alors  vseras  de  cest  instru- 
ment, lequel  poseras  sur  l’œil,  et  ou- 
uriras  les  paupières,  et  presseras  dou- 
cement l’œil  : et  par  iceluy  sera  tenu 
ledit  œil  stable  , et  auec  petites  pin- 
cettes sera  tirée  la  chose  estrange 
hors.  La  figure  dudit  instrument  est 
telle. 

1 Ce  dernier  paragraphe  n’existe  pas  dans 
i’édilion  de  1561. 


Figure  d'vn  Spéculum  oculi , pour  dilater  et 
tenir  les  paupières  stables  : lequel  se  peut 
accroistre  et  reserrer  selon  la  grandeur  des 
yeux. 


Or  apres  auoir  extrait  les  choses 
estranges , sera  appliqué  dans  l’œil  tel 
médicament  : 

Prenez  germes  d’œufs  dix  ou  douze;  agitez 
en  vn  mortier  de  plomb,  auec  vn  peu 
d’eau  rose,  et  le  mettez  dans  l’œil. 

Et  par  sus  ledit  œil  et  parties  voisi- 
nes, sera  mis  repercussif  tel  que  cest  uy  : 

Médicament  repercussif. 

2 ù.  Albumina  ouorum  num.  iiij. 

Pulueris  aluminis  rochæ  combusti  .ï,  ij. 
Sanguinis  draconis  5.  j. 

Aquæ  rosarum  et  plantag.  ana  3 . ij. 
Agitenlur  simul , bat  repercussiuum. 

Duquel  on  vsera,  et  sera  réitéré  sou- 
uent. 

Autre. 

Prenez  formage  frais,  bien  escremé,  eau  rose 
et  blanc  d’œuf,  et  suc  de  acacie. 


DF. S PLAYES  EN  PARTfCVLl  KR. 


-■luire  plus  excellent  et  de  plus  grande  force 

à reprimer  la  fluxion , et  osier  l’ inflamma- 
tion. 

IL.  Gummi  Arahici  et  tragacanthi.  ana  5.  iij. 
Psillij,  cydoniorum,  seminis  portulacæ , 
planlaginis,  sumach,  ana  3.  ij. 

Fiant  mucilag.  extrahantur  cum  aqua  p!an- 
taginis,  sulani  et  rosarum,  et  (iat  col— 
lyriuin. 

Duquel  on  en  pourra  seurement 
vsQr,  tant  au  dehors  de  l’œil  qu’au 
dedans. 

El  noteras  que  tous  les  remedes 
que  tu  appliqueras  à l'œil , et  autour 
d’icelui , se  doiuent  appliquer  liedes , 
tant  à fin  qu’ils  pénétrent  mieux  par 
le  moyen  de  la  chaleur  modérée, 
qu’aussi  à raison  que  les  choses  froi- 
des actuellement  sont  ennemies  des 
yeux  et  de  Javeuë,parincrassalion  et 
stupéfaction  des  esprits  visifs  : de  fait, 
que  i’en  ay  veu  quelques-vns,  à qui 
la  veuë  est  demeurée  trouble  à faute 
de  ce  faire:  comme  aussi i’av  veu  au- 
cuns ayans  playes  aux  yeux  faites 
par  ponction  d’aiguille,  ou  de  poin- 
çon, ou  choses  semblables , en  la  sub- 
stance de  l’œil,  non  toulesfois  en  la 
pupille  1 , sortir  bonne  quantité  de 
l’humeur  aqueux,  et  guérir,  en  y ap- 
pliquant les  remedes  susdits  et  tels 
mucilages  2. 

Et  par  fois  faut  faire  instiller  ou 
rayer  du  tel  in  laid  de  femme  allaic- 

1 Toutes  les  éditions,  hors  celle  de  lotit  , 
ont  omis  ici  la  négation,  ce  qui  est  une 
faute. 

2 L’édition  de  15(11  donne  ici  une  formule 
qui  a été  retranchée  dans  les  suivantes;  la 
voici  : 

IL. Gummi  arahici  et  diadragaganti  ana  3 ij. 

Scmini  psillij  et  cydoniorum  ana  3.  j. 
Bulliant  lento  igné  in  sufficienti  quantit. 
aquæ  rosac.  doncc  acquirant  formam  mu- 
cilaginosam. 


77 

tante  fille  plus  tosl  qu’vu  masle1, 
parce  qu’il  n’est  si  chaud,  lequel  a fa- 
culté d’adoucir  et  appaiser  la  dou- 
leur, mbndifîer  et  nettoyer.  Sembla- 
blement on  pourra  vscr  du  sang  de 
tourterelle,  pigeon  , ou  de  poullels  , 
incisant  la  veine  qui  est  sous  leurs  ai- 
les. Iceux  aussi  resoluent,  mondi- 
fienl,  etappaisent  la  douleur. 

Aussi  sera  appliqué  sur  l'œil  et  par- 
ties voisines  ce  cataplasme,  lequel  a 
grande  vertu  anodine  et  sedatiue  de 
douleur,  et  prohibe  la  fluxion  et  in- 
flammation. 

Cataplasme  fort  anodin. 

IL.  Garnis  pomorum  sud  cinere  calido  dc- 
coctorum  § . v. 

Vilellos  ouorum  numéro  iij. 

Cassiæ  flstula1  rcccnter  extrade  5.  G. 

Mucilaginis  psillii , altheæ  et  cydoni. 
ana  5 . j. 

Farinæ  hordei  parum. 

Incorporentur  omnia  simul,  liât  calap. 

Aussi  on  peut  vser  de  poulmons  de. 
mouton  ou  d’autres  besles,  vu  peu 
parboüillis  en  laict,  et  tous  chauds 
les  appliquer  dessus,  et  les  reaou- 
ueller  promptement  que  le  patient 
sentira  qu’ils  seront  froids.  Et  où  ce- 
dil  remede  n’auroit  puissance  de  se- 
der  la  douleur,  à cause  d’vue  ex- 
trême chaleur,  soit  fait  tel  remede: 

1 Rayer  est  ici  pour  darder.  — La  cin- 
quième édition  se  contente  de  dire:  d'une 
femme  luiclanle  , parce  q«  il  n’est  si  chaud-,  ce 
qui  11’a  pas  de  sens,  il  convient  de  noter 
que  A.  Paré  désigne  en  marge  ces  espèces 
de  collyres  sous  ce  tilre:  Remedes  singuliers 
pour  seller  douleur  des  yeux,  .le  trouve  le 
lait  de  femme  déjà  recommandé  pour  cet 
usage  par  Yigo  , liv.  lit,  ch.  6.  Au  reste, 
pour  avoir  toute  la  doctrine  de  Paré  sur 
l’ophlhalmie , il  faut  comparer  ce  chapitre 
au  chapitre  12  du  l.V'  livre,  où  il  en  traite 
spécialement. 


78 


LE  HV1TIÉME  LIVRE, 


Cataplasme  réfrigérant. 

Prenez  feuilles  de  iusquiame  vne  poignée, 
cuiltessous  les  cendres,  puis  pilées  en  vn 
raorlier  auec  mucilages  de  psillij  et  cydo- 
niorum,  extraits  en  eau  de  niorelle  et 
plantain. 

Et  en  soit  appliqué  entre  deux  lin- 
ges sur  les  yeux  et  temples. 

Autre. 

Prenez  mucilages  de  psillij  et  cydoniorum, 
extraits  en  vne  décoction  de  papauer,et 
vn  peu  d’opium  auec  eau  rose. 

Et  où  la  playe  auroit  besoin  d’estre 
mondifiée  et  incarnée,  sera  appliqué 
tel  médicament  : 

Mondijicatif  propre  aux  playes  des  yeux. 

"if..  Syrupi  rosati  de  siccis.  g . j. 

Aq.  fœnic.  et  rulhæ  ana  3.  ij. 

Aloës  lotæ,  olibani  ana  § . fi. 

Miscead  vsum  diclum. 

Semblablement  les  fiels  de  raye,  de 
liéure,  de  perdrix  dissouls  en  eau 
d’eufrase  et  fenoil,  sont  propres  à la 
mondification  d’icelles  playes.  Pareil- 
lement ce  Collyre. 
if.  Aquæ  hord.  g . j. 

Mellis  despumati  g . iij. 

Aloës  1er  Iota  in  aqua  plantag.  et  saccari 
cand.  ana  5.  j. 

Fiat  collyrium. 

Et  s'il  est  besoin  engendrer  chair , 
on  vsera  de  cesluy  : 

Incarnatif. 

If.  Mucil.  gummi  olibani,  arabici,  et  traga- 
canthi  , sarcocollæ  in  aqua  hordei  ex- 
tractæ  ana  . .iij. 

Aloës  ter  lotæ  in  aqua  ros.  5.  j. 

Cerv.  vstæ  et  ablutæ  , tutiæ  præparatæ 
ana  3.  G . 

Fiat  collyrium. 

Or  il  faut  noter  que  la  conionctive, 
au  moyen  de  la  solution  de  conti- 
nuité, ou  autrement,  s’esleve  quel- 
quefois en  si  grande  tumeur  pour  la 


defluxion  d'humeur  ou  ventosités  , 
qu’elle  couure  du  tout  la  pupille,  et 
sort  bien  fort  hors  des  paupières,  et 
semble  à vne  chair  superflue,  per- 
dant sa  couleur  naturelle , et  deuient 
rouge  : qui  se  fait  au  moyen  de  la 
douleur  et  chaleur  estrange,  auec 
ventosité  et  quelque  aquosité , en 
sorte  que  l’œil  ne  se  peut  ouurir  ny 
clone.  Et  me  suis  trouué  en  compa- 
gnie d’vn  icune  chirurgien  , qui  sans 
moy  vouloit  couper  et  adapter  remè- 
des corrosifs  pour  amputer  l’exube- 
rance  de  ladite  conionctive  : mais  ie 
l’en  garday,  parce  qu’il  eust  esté  cause 
de  rendre  aueugle  son  patient,  au- 
quel ordonnay  vne  fomentation  d’une 
décoction  de  camomille,  melilot,  ro- 
ses , absinthe , rue,  fenoil  et  an  s,  ra- 
cine d’iris , et  de  souchet , bouillis  en 
laict  : et  auec  esponges  furent  faites 
fomentations , puis  apres  auec  ceste- 
cy  plus  forte  et  desiccative  : 

if.  Nucis  cupressi , gallarum.  balaust.  ana 
5 j- 

Plantag.  absinlhii,  hippuris  florum  ca- 
momillæ  , ineliloti , rosarum  rubrarum 
ana  m.  G . 

Ruinant  simul  cum  aqua  fabrorum,  fiat  de- 
coctio  pro  fotu. 

Semblablement  on  peut  faire  cata- 
plasme de  ladite  décoction,  auec: 
Furinœ  hordei , fabarum,  pulueris  mas- 
iichet,myrrhce , ir<os.  Puis  en  la  dé- 
clinaison de  la  resolution  , fut  vsé  de 
cesle  liqueur  dans  l’œil  : laquelle  a 
grandissime  vertu  d’astraindre,  con- 
sumer , seicher , et  roborer  ladite 
conionctiue  relaxée  , qui  est  telle. 

Faites  durcir  vn  œuf  frais  , et  subit  te  dé- 
pouillez de  sa  coeque,  et  ostez  le  moyeu  , 
et  dedans  le  reste  du  blanc,  mettez  vn 
scrupule  de  vitriol  romain  en  poudre: 
puis  l’espreindrez  dans  vn  linge  blanc  et 
net,  et  d’icelle  liqueur  en  soit  mis  quel- 


DES  PLAYES  EN  PARTICULIER. 


qucs  iours  dans  l’œil , aucc  quelque  por- 
tion d’eau  de  forge,  en  laquelle  on  au- 
rait fait  bouillir  sumach  et  roses  rouges. 

Et  te  puis  ast eurer  que  tel  remede 
est  de  grand  effect.  Mais  où  lecas  ad- 
uiendroil  qu’il  se  fist  chair  supercrois- 
sante en  la  coni  mcliue,  elle  pourra 
estre  consumée  par  cesle  poudre  : 

2f.  Ossissepiæ  et  lestarum  ouorum  calcina- 
tarum  ana  5.  j. 

Fiat  puluis  subtilis. 

On  peut  pareillement  vser  de  vi- 
triol  calciné,  ou  aluni  bruslé,  ou  au- 
tres semblables  : mais  avec  grande 
discrétion  , en  vsanl  tousiours  de  re- 
percussifs  dessus  l’œil  et  à l’entour  , 
pour  obuier  aux  accidens. 

Or  il  faut  entendre  que  la  fluxion 
se  fait  quelquesfois  en  si  grande  quan- 
tité et  qualité  d’humeur  agu , que  la 
Cornée  se  rompt  et  se  creué,  de  sorte 
que  tous  les  humeurs  sortent  hors  l. 

D’auanlage  icy  noteras  , que  pen- 
dant que  tu  cures  lesplayes  et  autres 
dispositions  mauuaises  des  yeux,  tu 
dois  situer  la  teste  du  patient  assez 
haut , et  tenir  clos  l’œil  qui  est  sain  : 
à raison  que  toute  partie  vulnerée 
doit  estre  en  repos,  et  parce  qu’vn  œil 
ne  se  peut  mouuoir  que  l’autre  ne 
se  meuue  : pour  ceste  cause  le  sain 
doit  estre  tenu  bandé  et  clos,  à fin  que 
l’œil  malade  demeure  en  repos,  pour 

1 On  lisait  ici  dans  l’édition  de  15G1  : Un 

par  coups  ou  autres  causes  extérieures.  Et  où 
tel  accident  aduiendroil  apres  la  curation  de 
l'vlcere,  on  pourra  adupter  dansl’orbile  un  œil 
fait  par  arlijice  , comme  ceux-cy  fitjurés  , qui 
sont  seulement  pour  l'ornement  du  pulient.[ Ici 
les  figures  des  yeux  artificiels.)  Ces  yeux  ar- 
tificiels seront  d’or  émaillés,  de  couleur  sem- 
blable au  naturel. 

Ce  passage,  avec  les  figures,  a été  reporté, 
dans  les  éditions  complètes,  au  chap.  i«r  du 
livre  21'. 


79 

la  connexion  et  colligance  qu’ils  ont 
l’un  auec  l’autre  par  le  bénéfice  des 
nerfs  optiques  et  motifs.  Dure  et  Pie- 
mere,  Pericrane , veines,  artères,  et 
autres  parties  : qui  fait  que  lors  que 
l’vn  souffre,  l’autre  quelquesfois  sent 
la  douleur  de  son  compagnon  : de  fa- 
çon que  le  Chirurgien  y doit  prendre 
grande  sollicitude  : pourcequele  plus 
soutient  l’on  voit  vne  fluxion  s’y  faire 
si  grande  , que  par  les  remedes  sus- 
dits ne  peut  estre  arrestee,  de  sorte 
qu’il  est  besoin  d’vn  autre  plus  ex- 
trême, qui  est  le  cautere  actuel  auec 
Selon  appliqué  derrière  ie  col , le- 
quel a vne  merueilleuse  efficace  aux 
fluxions  inueterees.  Qu’il  soit  vray, 
l’experienee  quotidiane  monstre  que 
tosl  apres  que  l’vlcere  fait  par  ledit 
cautere,  ielte  boue,  la  veuë  se  clari- 
fie, voire  à ceux  qui  jal’auoient  quasi 
du  tout  perdue. 

Ce  qui  s’est  veu  de  fresche  mé- 
moire à vu  honnesle  Italien  orfeure, 
nommé  messire  Paule,  demeurant 
en  Nesle,  près  les  Augustins  de  Paris, 
lequel  eut  vne  fluxion  sur  les  yeux, 
où  plusieurs,  tant  Médecins  que  Chi- 
rurgiens et  autres  , y auoient  mis  la 
main , desquels  receut  peu  d’aide  : et 
ne  se  pouuant  plus  conduire,  m’ap- 
pella,  et  luy  conseillay  d’aller  à l’ex- 
treme  remede,  qui  esloit  le  Seton  , ce 
que  volontiers  accorda.  Et  l’ayant  ap- 
pliqué , et  son  vlcere  estant  conuertie 
en  maliere  ou  sanie , commença  à 
mieux  voir,  et  à mesure  que  son  vl- 
cere couloit , tousiours  alloit  en  amen- 
dant, de  façon  qu’il  recouura  du  tout 
sa  veuë,  et  porta  ledit  Seton  enuiron 
vn  an  ou  plus.  Puis  s’en  fascha,  pen- 
sant qu  il  ne  luy  faisoil  plus  aucun 
profil,  dont  le  voulut  osier,  et  faire 
clone  sa  playe  : mais  six  mois  après 
tomba  en  pareil  accident , perdant  la 
veuë  comme  deuant.  Parquoy  me 


00  LE  HVITIÉME  LIVRE 


renuoya  quérir  pour  luy  appliquer 
de  rechef  ledit  Seton , dont  tost  apres 
recouura  pareillement  sa  veut*  : el  le 
porte  encores  à présent. 

Or  ie  ne  te  puis  encores  assez  louer 
l’effect  duüil  Selon  : car  depuis  peu 
de  iours  en  çà  l’ay  appliqué  par  le 
conseil  de  Jacques  Houlier,  Docteur 
ltegent  en  la  faculté  de  Medecine , 
homme  de  grande  érudition  et  de 
singulière  doctrine  , à vn  ieune 
homme  aagé  de  vingt  ans  ou  enui- 
ron,  lequel  tomboit  souuent  d’epilep- 
sie  : mais  inconlinenl  que  son  vlcere 
commença  àietter  sanie  , n’est  tombé 
audit  accident  : et  est  vraysembla- 
ble  que  le  virus  et  vénénosité  prend 
issue  par  l’vlcere  fait  dudit  Seton. 

le  dirayicysommairementque  c’est 
qu’Epilcpsie.  C’est  vn  mot  Grec  qui 
signifie  surprise,  ou  rétention  de  tous 
les  senlimens,  dont  il  aduient  que  le 
malade  chet  en  terre  , s'il  n’est  sous- 
tenu.  Car  il  perd  tout  à coup  la  veuë, 
l’ouye,  el  autres  senlimens,  comme 
par  vne  syncope,  ou  comme  par  vue 
apoplexie.  Mais  il  y a différence:  car  en 
l’apoplexie  et  syncope,  il  n’y  a nul 
mouuement  ny  sentiment  : et  en  Epi- 
lepsie , le  corps  se  meurt  fort  roule- 
ment, et  travaille  de  conuulsion  ou 
rclirement  des  nerfs  inuolontaire- 
ment.  On  le  nomme  aussi  le  mal  Saint- 
Jean,  pourcequela  teste  de  saint  Iean 
cheut  en  terre  lors  qu’il  fust  decapilé, 
puis  posée  dedans  vn  plat,  à l’appetit 
d’Herodias  *. 

Or  maintenant  faut  descrire  au 
ieune  Chirurgien  la  maniéré  d’appli- 

' Ce  paragraphe  sur  l’épilepsie  ne  se 
trouve  pas  dans  les  éditions  de  1561  , 1575 
et  1579,  non  plus  que  dans  l’édition  latine. 
L’édition  de  1561  présente  ici  ce  passage, 
qui  a été  retranché  dans  les  suivantes  : 

Je  le  laisse  encore  à déclarer  \ a cause  de 


quer  le  Selon,  et  luy  en  bailler  la  fi- 
gure. 

Premièrement  faut  que  le  malade 
soit  assis  sur  vne  escabelle,  luy  com- 
mandant baisser  la  teste  vn  peu  en 
arriéré  , à lin  que  le  cuir,  auec  le 
pannicule  charneux,  soit  plus  laxe. 
Puis  faut  qu’vu  seruiteur  tire  et  es- 
leue  en  haut  ledit  cuir,  ayant  rasé  le 
poil  s'il  y en  a,  et  alors  le  Chirurgien 
pincera  le  plus  profond  et  pi  es  du  poil 
qu’il  pourra,  ledit  cuir,  sans  aucune- 
ment toucher  à aucun  muscle  du  col, 
pour  les  accidens  qui  en  pourroient 
aduenir,  comme  spasmes  et  autres  : et 
serrera  les  tenailles  (alors  qu’il  mettra 
le  cautere  ardent)  assez  fort  : et  par 
ce  moyen  le  patient  ne  sentira  l’action 
du  feu.  Car  deux  douleurs  ensemble , 
faites  en  mesme  partie  et  lieu,  la  plus 
grande  fait  que  la  pius  petite  ne  sent 
point  ou  peu1.  L’ouuerlure  se  doit 
faire  en  long , et  non  en  trauers  : car 
par  ce  moyen  l’euacualion  des  ma- 
tières se  fera  mieux,  pour  la  rectitude 
des  fibres.  Les  tenailles  seront  percées 
au  milieu  , pour  passer  le  cautere  au 
trauers,  lequel  sera  en  son  extrémité 
agu,  triangle,  ou  quarré,  à lin  que  son 
action  soit  plus  prompte.  Puis  soudain 
passeras  au  trauers  desdites  tenailles 
el  cuir  que  lu  auras  cautérisé,  vne  ai- 
guille à Seton,  enfilée  de  fil  de  coton 
en  trois  ou  quai  redoubles,  lequel  sera 
imbu  et  trempé  dans  albumen  oui 
et  oleurri  rosatum.  Puis  appliqueras 
compresses  trempées  audit  médica- 
ment , et  feras  ligature  propre  à la 
partie. 

briefuelé)  les  elfets  que  l elle  ouverture  fait  eux 
arthritiques  el  à autres  dispositions  contre  na- 
ture, que  i'espere  te  déclarer  en  nostre pratique 
vniucrselte. 

1 Hip.  ap.  46.  Uuobus  doloribus , etc. , du 
liurc  2,  — A.  P. 


DES  PLAYES  EN  WART1CVLIER. 


Les  figures  des  Tenailles,  Cautere  actuel,  et 
Aiguille  à Selon,  sont  telles. 


Or  le  lendemain  on  fera  embroca- 
tion d'huile  rosat  autour  du  col,  et 
sera  continué  le  susdit  remede  auec- 
ques  lesdites  compresses  : et  le  Selon 
sera  imbu  de  digestif,  fait  de  iaune 
d’œuf  et  huile  rosat,  iusques  à ce  que 
l’vlcere  ielte  bouë  : et  alors  on  vsera 
(Tvn  tel  médicament,  autour  de  ladite 
corde  faite  de  cotton  1 : 

'if.  Terebenth.  Vcnetæ  ^ • mj> 

Syrupi  ros.  et  absinthij  ana  %.  &. 
Pulueris  ireos,  diacrydij,  agarici  trochis- 
cati,  et  rheubarb.  ana  3.  fi. 
Incorporentur  omnia  simul,  fiat  medica- 
mentum. 

Duquel  on  vsera  tant  que  l’on  vou- 
dra tenir  l’vlcere  ouuert,  pource  qu’il 
a vertu  d’attirer  les  matières  du  pro- 
fond, et  les  mondifier  sans  douleur. 

l’ay  trouué  puis  n’agueres  par  expé- 
rience , que  l’ouuerture  fait  auec  vne 
grosse  aiguille  triangulaire  bien  tren- 
chante,  semblable  à celle  des  embal- 
leurs, est  moins  douloureuse  qu’auec 
le  cautere  actuel  cy  dessus  mentionné. 
Parlant  ie  conseille  au  ieune  Chirur- 

1 A.  Paré  ajoute  en  marge  : Le  selon  doit 
estre  faict  de  fil  de  cotton  ou  soye  cramoisie. 


8i 

gien  de  ne  plus  vser  desdits  cautères 
actuels.  La  figure  de  ladite  aiguille 
t’est  icy  représentée  *. 

Figure  de  l’aiguille  triangulaire. 


1 Ce  paragraphe  manque  dans  toutes  les 
éditions  jusqu’en  15S2,  y compris  l’édition 
latine  : je  ne  puis  dire  s’il  se  trouve  dans 
l’édition  de  1585,  ne  l’ayant  pas  sous  les 
yeux. On  voit  parla  combien  il  est  essentiel 
de  renvoyer  chaque  portion  du  texte  à sa 
date;  on  croirait,  à lire  dans  ce  paragraphe 
ces  mois  puis  nagueres  , et  plus  haut,  dans 
l’histoire  de  Houlier  , depuis  peu  de  jours  en 
ç à,  que  le  tout  est  de  la  même  époque  ; 
tandis  que  celte  histoire,  comme  tout  le 
reste  du  chapitre,  se  trouve  déjà  dans  l’édi- 
tion de  1561. 

Du  reste  A.  Paré  avait  déjà  parlé  du  séton  à 
propos  de  l’hydrocèle  ou  hargne  aqueuse 
(voyez  tome  Ir,  page  416);  où  il  enseigne  à 
le  faire  sans  cautère  , à l’aide  des  tenailles 
à séton  et  d’une  aiguille  à pointe  triangu- 
laire. Il  se  présente  ici  une  question  histori- 

« 


II. 


8s 


LE  IIVITlÉMi;  LIVRE  , 


CHAPITRE  XXYI. 

DES  PLAYES  DES  IOVËS. 

Maintenant  nous  faut  en  brief par- 
ler des  playes  des  loues.  Si  la  playe  a 
besoin  de  cousture,  la  faut  faire  sei- 

que  assez  curieuse.  A qui  appartient  l’idée 
de  pratiquer  le  séton  sans  faire  rougir  au 
feu  l’aiguille?  car  on  trouve  l’indication  des 
tenailles  plates  et  de  l’aiguille  rouge  dans 
Guy  de  Chauliac,TR.  II,  Doci.  II,  chap.  7, 
pour  l’ hernie  aigueu.se  ; et  le  même  procédé  est 
reproduit  pour  le  séton  en  général  par  Fa- 
brice d’Aquapendente,  des  Opérât,  chirur- 
gicales, chap.  5. 

Peut-être  même  cette  première  question 
devrait-elle  être  précédée  d’une  autre  : A 
quelle  époque  remonte  l’emploi  du  séton 
dans  la  chirurgie?  Je  ne  veux  point  parler 
de  l’art  vétérinaire,  qui  paraît  s’en  être  servi 
avant  la  médecine  de  l’homme  ; on  le  trouve 
en  effet  mentionné  d’une  manière  plus  ou 
moins  claire  parColumelle,  Absyrte  et  Hié- 
roclès.  Quant  à son  application  à l’homme, 
M.  A.  Severin  renvoie  d’abord  à Hippo- 
crate, au  traité  de  \' Ancienne  Médecine,  où 
il  n’en  est  pas  dit  un  mot.  Leclerc  avait  cru 
le  voir  dansCœlius  Aurelianus,  où  Peyrilhe 
n’a  pu  le  découvrir.  Peyrilhe  lui-même 
fait  tous  ses  efforts  pour  le  distinguer 
dans  un  procédé  d’Anlyllus  pour  l’hydro- 
cèle ; et  plus  loin  il  en  rapporte  la  pre- 
mière idée  à Galien.  ( Hisi.  de  la  chir., 
t.  II,  p.  445  et  626.)  Mais  évidemment 
Antyllus  ne  parle  que  d’une  tente,  et  Pey- 
rilhe lui-même  l’a  traduit  de  cette  manière; 
quant  au  mot  de  sipho  dont  se  sont  servis 
les  traducteurs  de  Galien,  si  on  ne  lui 
donne  pas  sa  signification  propre  siphon  ou 
seringue,  il  n’y  a nulle  raison  pour  en  faire 
un  séton  plutôt  qu’une  tente.  En  vain 
Peyrilhe  s’appuie  de  l’autorité  de  Guy  de 
Chauliac  qui,  dit-il,  avait  lu  Galien  en  grec 
et  en  arabe  ; car  d’abord  il  est  bien  certain 
que  Guy  ne  possédait  pas  Galien  en  grec, 
mais  seulement  la  traduction  latine  faite 
par  Nicolas  de  Reggio  sur  le  grec  ; et  il  pa- 


che,  à lin  que  les  cicatrices  ne  de- 
meurent laides  : car  il  y en  a plusieurs 
qui  craignent  tel  accident , et  princi- 
palement les  belles  damoiselles.  Et 
pour  ce  faire  lu  prendras  deux  pièces 
de  toile  neufue , qui  ne  sera  ny  trop 
grosse  ny  trop  deliée,  de  grandeur 
qu  il  conuiendra  pour  la  playe  , cou- 
rait même  n’avoir  pas  vu  les  traductions 
arabes,  mais  seulement  les  versions  latines 
faites  sur  l’arabe.  (Voyez  son  Chapitre  sin- 
gulier.) Mais  de  plus,  Guy,  en  citant  Galien, 
donne  d'abord  le  mot  des  traducteurs  cum 
siphone,  et  ce  n’est  que  par  interprétation 
qu’il  ajoute  vel  setoue.  !1  me  parait  pour  ma 
part  que  Galien  ne  cite  pas  ici  un  procédé 
à lui  propre,  mais  une  chose  déjà  connue  et 
qu’il  suffit  d’indiquer  en  peu  de  mots,  et 
que  sa  citation  a tics  probablement  rapport 
au  procédé  d’Anlyllus.  La  conséquence  est 
que  le  séton  est  resté  inconnu  à la  chirurgie 
antique. 

M.  A.  Severin  affirme  qu’il  est  approuvé 
par  Rhazès  et  plusieurs  Arabes  : l’indication 
est  infiniment  vague,  et  j’ai  feuilleté  Rhazès 
et  Avicenne  sans  y rencontrer  le  séton. 

Nous  arrivons  aux  Arabistes,  cl  Sprengel 
attribue  l’emploi  du  séton  pour  l’hydrocèle 
à Lanfrauc.  Or,  je  puis  affirmer  qu’il  n’en 
est  pas  plus  question  dans  Lanfranc  que 
dans  tous  les  autres  chirurgiens  de  son  épo- 
que; mais  on  trouve  dans  Roger  de  Parme 
un  chapitre  spécial  intitulé  : De  setone,  où 
le  séton  est  recommandé  pour  la  douleur 
d'estomac  , pour  la  rate,  pour  la  douleur  de 
l’ombilic,  pour  la  douleur  des  reins,  lu  dou- 
leur de  l'épine,  la  douleur  des  testicules  et  les 
hémorroïdes.  Roland  a confondu  ce  chapitre 
avec  le  précédent  sous  le  litre  : De  Cauleriis; 
et  chose  remarquable,  pour  la  douleur  des 
reins  il  indique  au  lieu  du  séton  l’usture  ou 
l’application  du  cautère,  et  pour  l’asthme,  au 
lieu  de  1 ’ustion  recommandée  par  Roger,  c’est 
le  séton  qu’il  conseille.  Roger  propose  en- 
core pour  certaines  affections  des  yeux  un 
séton  derrière  l’oreille  : selon  i.  sedignus  in 
fonlanellâ  ckartilaginis  anris  ; mode  de  trai- 
temc  it  qucM.  A.  Severin  rapporte  à tort  à 
Arnauld  de  Villeneuve.  Roger  est  donc  le 


DES  PLAYKS  EN  PARTICVLIE R. 


83 


uerles  et  einplastrées  de  tel  médica- 
ment : 

Pulucris  maslichis,  6anguinis  draconis, 
thuris  , farina;  volnlilis  , tragacanlhi 
pisti. gj  psi,  picis,  sarcocollæ,  ana 5.  ij. 
Picis  nigræ 3.  j.  G . 

Alb.  ouor.  (|u;b  sufliciant. 

Fiat  medicanientum. 

Le  blanc  de  l’œuf  auec  de  la  farine 
fait  le  semblable. 

El  seront  appliquées  à chacun  costé 

premier  auteur  où  se  rencontre  ce  mot  de 
séton;  et,  pour  le  dire  en  passant,  Roland  est 
le  seul  des  chirurgiens  de  son  âge  qui  répète 
ses  paroles,  et  le  séton  ne  parait  pas  avoir 
été  employé  par  les  chirurgiens  de  l’école  bo- 
lonaise. 

D'où  venait  cependant  à Roger  l’idée  de 
ce  moyen?  On  pourrait  présumer  qu’il  l’a- 
vait puisée  dans  Albucasis.  Celui-ci  en  effet, 
pour  quelques  lésions,  faisait  faire  un  pli  à 
la  peau,  et  perforait  ce  pli  avec  un  cautère 
métallique  rougi  au  feu  et  terminé  parrfeaa: 
ou  trois  bruches.  Ainsi  pour  les  luxations  de 
l’humérus  par  humidité  ; ainsi  pour  les  mar 
ladies  de  la  rate.  Mais  ce  qui  rend  cette 
conjecture  fort  douteuse,  c’est  que  l’ana- 
logie entre  les  deux  auteurs  se  borne  au  trai- 
tement de  l'affection  de  la  rate;  et  pour  les 
hémorroïdes,  par  exemple,  le  lieu  où  l’un 
applique  les  cautères  est  tout  différent  de 
celui  que  l’autre  choisit  pour  son  séton.  Du 
reste,  il  faut  même  avouer  que  nous  igno- 
rons la  vraie  signification  de  ce  mol  chez 
Roger  et  Roland,  son  copiste.  Guy  de  Chau- 
liac  est  le  premier  qui  indique  le  manuel 
opératoire  et  décrive  les  instruments  né- 
cessaires, et  le  premier  aussi  qui  conseille 
le  séton  pour  l’hydrocéle,  et  qui  l’applique 
sur  les  épaules  et  à la  nuque  dans  les  mala- 
dies des  yeux.  Après  Guy,  il  est  remarqua- 
ble que  Pierre  d’Argelala  ne  parle  pas  du 
séton  pour  l’hydrocèle,  et  lui  substitue  les 
vésicatoires  pour  les  maladies  desyeux.  Jean 
de  Vigo  garde  le  même  silence , et  il  semble 
dès  lors  que  nous  sautions  sans  obstacle  de 
GuydeChauliacà  Franco elParé.  Maisavant 
eux  et  dès  le  xv'  siècle,  Marcus  Gatenaria 


de  la  playe,  et  distant  l’vne  de  l’autre 
d’vn  doigt  ou  enuiron.  Et  seront  lais- 
sées seiçhiT,  puis  apres  cousues  en  les 
approchant  l’vnc  contre  l’autre  com- 
me tu  vois  par  ceste  figure.  Et  par 
ainsi  la  playe  sera  glulinée,  tant  par 
ladite  suture,  que  par  les  medica- 
mens  propres , compresses  et  ban- 
dages : tous  lesquels  bandages  de  la 
Face  se  doiuent  attacher  à vne  coëffe 
ou  bonnet  de  nuit,  que  le  malade  aura 
sur  la  teste. 

avait  conseillé  le  séton  contre  l'affaiblis- 
sement de  la  vue,  et  il  ne  paraît  pas  se  servir 
d’un  cautère.  Son  procédé  est  également  cu- 
rieux sous  le  rapport  du  pansement. 

« Nous  mettons  aussi,  dit-il,  un  séton  au 
cou  de  cette  manière.  Nous  saisissons  la 
chair  avec  des  tenailles,  et  nous  la  tenons 
serrée  pendant  quelque  temps  pour  priver 
la  partie  d'esprits  et  la  mortifier;  ensuite 
nous  la  perforons  et  nous  tenons  le  lieu  ou- 
vert de  cette  manière  : si  c’est  un  pauvre, 
nous  mettons  dans  le  trou  une  corde,  et  nous 
la  lirons  fréquemment  d’un  côté  à l’autre 
pour  que  le  lieu  soit  mieux  ouvert  et  que 
l’humeur  s’écoule  ; si  c’est  un  riche,  nous  y 
plaçons  un  anneau  d’or  arrondi  ouvert  d’un 
côté,  et  qu’on  réunit  ensuite  de  peur  que 
l’anneau  ne  s’échappe,  et  ainsi  tous  les  jours 
nous  faisons  tourner  ledit  anneau.  » De  ca- 
ris œijritudinum,  etc.,  Luyduni  1532,  fol.  15 
et  IC. 

Mais  quand  même  la  priorité  ne  serait 
pas  enlevée  à A.  Paré  par  Gatenaria,  Franco 
la  revendiquerait  encore  à bon  droit.  En 
effet,  la  deuxième  édition  de  Franco,  où  se 
lit  son  procédé  du  séton  appliquée  l’hydro- 
cèle, avait  paru  en  15GI;  et  dans  cette  année 
même,  et  dans  les  éditions  bien  postérieu- 
res de  1575  et  1579,  A.  Paré  décrivait  en- 
core le  séton  à la  nuque  pratiqué  par  le  cau- 
tère. A la  vérité,  dans  la  première  édition  des 
oeuvres  complètes  en  1575 , et  meme  proba- 
blement dans  la  petite  édition  perdue  de 
1572,  il  pratique  le  séton  pour  l’hydrocèle 
par  une  simple  ponction;  mais  il  avait  alors 
l’ouvrage  de  Franco  entre  les  mains,  puis- 
qu’il le  cite  à l’occasion  de  l’étranglement 


84 


LE  HVITIIÎME  LIVRE 


Or  quand  la  playe  est  fort  grande 
et  fort  profonde,  et  les  léures  d'icelle 
fort  distantes , lors  telle  suture  n’y 
pourroit  en  rien  ou  peu  seruir.  Au 
moyen  dequoy  faut  vser  d’aiguilles 

des  hernies,  et  il  me  parait  à peu  près  cer- 
tain qu’il  y avait  également  puisé  ce  pro- 
cédé. 

— Ajoutons  qu’avant  de  traiter  des  plaies 
des  joues  , l’édition  de  1561  contenait  trois 
longs  articles  sur  les  cataractes  et  l' unguia  , 
sur  les  fistules  lachrtj males , et  enfin  sur  le 
prurit  des  pa'pebres. Ces  articles  comprenaient 
du  fol.  230  au  248.  Ils  ont  élé  transportés 
depuis  dans  lesOF.uvrescomplètes  au  liv.  xv, 
traitant  des  Operations  , où  ils  constituent 
les  chapitres  10,  14,  15,  19,  20,  21  et  22. 


quarrées  ou  triangulaires,  afin  qu’el- 
les pénétrent  et  passent  plus  aisément 
sans  grande  douleur,  enfilées  de  fil 
ciré,  en  trauersant  d’icelles  les  léures 
de  la  playe , et  replier  le  fil  autour 
cinq  ou  six  fois  (en  la  maniéré  que  les 
femmes  font , lors  qu’elles  veulent, 
garder  leurs  aiguilles  sur  leur  man- 
che, ou  les  cousturiers  dans  leur  bon- 
net) et  laisser  ainsi  les  aiguilles  atta- 
chées iusques  à la  consolidation  de  la 
playe. 

Telle  maniéré  de  cousture  se  fait 
aux  léures  : et  sont  aussi  necessaires 
aux  becs  de  liéure , c’est  à dire , aux 
léures  fendues  de  naliuité,  par  de- 
faut de  la  vertu  formatrice.  Mais  telle 
cousture  n’auroit  aucun  effet,  s’il  y 
auoit  du  cuir  entre  les  léures.  El  par- 
tant le  faut  du  tout  couper,  ou  autre- 
ment l’vnion  ne  pourroit  estre  faite. 
Autre  maniéré  de  sutures  profitent 
peu  en  telles  playes,  à raison  que  les 
parties  sont  mobiles,  tant  par  la  mas- 
tication que  le  parler  : partant  le  fil 
couperoit  la  chair  : et  encores  pour 
ceste  cause,  on  doit  par  lesdites  ai- 
guilles prendre  beaucoup  de  sub- 
stance charneuse , comme  il  appert 
par  ceste  figure  *. 

1 Voici  la  première  fois  qu’apparaît  dans 
la  langue  chirurgicale  le  mot  de  bec-de-lièvre  ; 
Franco,  dont  la  2'  édition  parut  la  même 
année  que  le  Traité  Des  playes  de  la  leste  de 
Paré,  en  (561  , donne  encore  à cette  lésion 
le  nom  de  bouche  ou  leure  Jendue  de  la  na- 
tiuité  ; mais  déjà  il  applique  le  nom  d e, dents- 
de-lieure  au  bec-de-lièvre  double  avec  sail- 
lie des  dents  médianes  en  avant. 

L’histoire  du  Lec  dc-licvre  a été  faite  jus- 
qu'ici a\ec  tant  de  négligence,  que  je  crois 
devoir  entrer  dans  quelques  détails  , et  re- 
monter un  peu  plus  haut  que  je  ne  fais  pour 
les  questions  moins  conlroversées.On  a éciil 
que  les  premières  notions  s’en  trouvent  dans 
Paré  : et  K.  Sprengel  avance  formellement 
que  tous  les  médecins  grecs  l’ont  passé  sont 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


La  figure  des  sutures desLéures:  et  au  dessous 
l’est  monslrée  l’aiguille  , autour  de  laquelle 
est  entortillé  le  fit,  comme  doit  estre  fait  au 
dessus  de  la  Léure. 


En  cest  endroit  ie  reciteray  vne  his- 
toire , à fin  que  s’il  aduient  entre  tes 

silence.  Il  est  manifeste  cependant  que  Ga- 
lien le  connaissait,  et  le  désignait  avec  d’au- 
tres fissures  du  même  genre,  sous  la  déno- 
mination commune  de  Cotoboma.  Voici  ce 
qu’on  lit  au  livre  24'  de  la  Méthode,  ch.  16  : 
« Dicemus  aulem  , et  de  ejusmodi  rationi- 
bus  in  sermonis  progressu  œque  profecto  , ut 
de  curtis  id  genus  , quœ  colobomata  Grœci 
appellanl:  quippe  ita  vocanl , quœ  in  labiis, 
aut  narium  alis,  aut  aure  deficiunt.  Nam  me- 
thodo  quâdam  curanlur  hœc  quoque , primum 
quidem  excoriata  utrinque  cerle , deinde  ad- 
ductis  conjunclisque  inter  se  culium  oris  •'  ac 
utriusque  quod  callosum  est  detraclo  , quœ  re- 
liquoe  s uni  adsertis  atque  agglutinalis.  » 

Et  Galien  revient  encore  sur  le  même  su- 
jet au  chap.  18. 11  est  à présumer  queCelse, 
dans  l'article  où  il  s’occupe  aussi  de  curtis, 
a puisé  à la  même  source  que  Galien  , et 
que  ces  données  remontent  à l’école  d’A- 
lexandrie. Il  est  vrai  de  dire  , après  cela  , 
que  ni  l’un  ni  l’autre  n’ont  signalé  l’origine 


85 

mains  tel  accident , que  tu  faces  le 
semblable. 

Comme  i’estois  à la  Fere  en  Picar- 
die, deuxiours  apres  la  iournée  saint 
Laurent,  trouuay  grand  nombre  de 
soldats  blessés,  entre  lesquels  y auoit 
vn  Gascon  qui  eut  vn  coup  d’espée 
au  trauers  de  la  mandibule  supé- 
rieure , pénétrant  iusques  à la  bou- 
che , auec  grande  difformité  du  vi- 
sage : et  parce  qu’il  auoit  esté  trois 
iours  apres  sa  blessure  sans  estre  ha- 
billé, Binosque,  Chirurgien  Iuré  à Pa- 
ris, et  moy,  trouuasmes  grande  quan- 
tité de  vers  en  sadite  playe,  et  grande 
feleur.  Promptement  luy  lauasmes  sa 
playe  auec  vne  décoction  d’absinthe 
et  aloës,  auec  vn  peu  d’egyptiac,  tant 
pour  faire  tomber  les  vers  que  pour 
mondifier  la  pourriture  : et  pour  ré- 
soudre la  tumeur  des  léures  de  sa 
playe , fismes  fomentations  resolu- 
tiues  : pareillement  luy  furent  appli- 
qués cataplasmes  résolutifs.  Et  subit 
la  resolution  faite,  ledit  Binosque  luy 

congéniale  de  la  difformité,  et  que  ceux  qui 
sont  venus  après  eux  se  sont  à peu  près 
exclusivement  occupés  des  divisions  acci- 
dentelles des  lèvres.  C’est  à l’époque  de 
Paré  et  de  Franco  qu’il  faut  descendre  pour 
avoir  des  idées  nettes  à cet  égard  , et  pour 
voir  la  dénomination  ancienne  de  coloboma 
remplacée,  au  moins  pour  les  lèvres,  par 
la  dénomination  moderne  bec-de-li'evre. 

Est-il  juste  du  moins,  comme  l’ont  fait 
quelques  auteurs,  d’attribuer  à Paré  l’em- 
ploi de  la  suture  entortillée  pour  le  bec-de- 
lièvre  ? En  aucune  manière;  cette  suture 
est  décrite,  en  effet , par  Franco,  et  ni  l’un 
ni  l’autre  ne  la  revendiquent  comme  une 
innovation  à eux  propre.  Ils  ne  faisaient  en 
effet  que  suivre  en  ce  point  Guy  de  Chau- 
liac,  Traité  m,  Doct.  il,  chap  2,  des  Plages  du 
visage  et  de  ses  parties. 

« Là  où  il  sera  possible  , dit  Guy  , de  les 
coudre  auec  pièces  de  drapeau  , comme  dit 
est,  qu’il  soit  fait.  Mais  où  il  ne  sera  possible 


86 


LE  HVITIEME  LIVKE 


fist  plusieurs  points  d’aiguille  en 
la  maniéré  cy  dessus  escrite  : et  par 
dessus  et  dedans  sa  playe , ne  luy 
fust  mis  autre  remede  que  cestuy  : 

2f..  Terebenlh'næ  Venctæ  § . vj. 

Gummi  elemi  -, . ij. 

Pul.  boli  armen.  sangu.  draconis,  mast. 
myrrhæ,  aloës  ana  3.  G. 

Incorporenlur  siraul,fiat  medicamenlum. 

Et  en  peu  de  iours  fust  la  playe  du- 
dit Gasconconsolidée, ne  reslanlqu’vn 

et  que  la  partie  sera  charnue,  ferme  et  non 
mobile,  soit  cousue  suffisamment  auec  du 
fil  d’vne  cousture  à points  séparez.  Et  où  la 
partie  seroil  mobile  , soit  cousue  auec  des 
aiguilles  à Jil  entortillé  qui  demeurent  au  lieu.  » 

Cette  manière  d’opérer  n’était  donc  nul- 
lement nouvelle;  et  Paré  n’a  rien  ajouté,  à 
cet  égard,  à ce  qui  était  connu  de  son  temps. 
Il  est  juste  même  de  dite  que  les  deux  pas- 
sages où  il  a parlé  du  bec-de-lièvre  , celui- 
ci  et  la  définition  qu’il  ajouta  en  15S5  à son 
Introduction  (voyez  tom.  i,  pag.  82),  sont 
bien  maigres  à côté  de  ce  qu’en  a écrit 
Franco. 

Franco  consacre  au  bec-de-lièvre  et  à ses 
variétés  cinq  chapitres,  du  118e  au  122e  de 
son  livre , dont  voici  les  titres  : 

Ch.  118,  Des  bouches  ou  lettres  fendues  de 
la  natiuilé  ou  autrement. 

Ch.  119,  La  cure  des  lettres  fendues.  Il  dé- 
crit ici  la  suture  sèche. 

Ch.  120,  Autre  procedure.  C’est  la  suture 
entortillée  avec  trois  aiguilles. 

Ch.  121,  D’vne  autre  façon  appelée  dents  de 
Heure.  C’est  le  bec-de-lièvre  double  avec 
saillie  des  dents  médianes  hors  de  la  bouche; 
je  ne  sache  pas  que  personne  avant  Franco 
en  ait  seulement  fait  mention. 

Ch.  122  , Cure  des  dents  de  Heure.  11  arra- 
che les  dents  saillantes  et  procède  comme 
pour  le  bec  de-lièvre , en  ajoutant  au  besoin 
des  incisions  latérales  à la  manière  de  Cclsc. 
C’est  dans  ce  même  chapitre  qu’il  donne 
l’histoire  de  Jacques  Janot,  affecté  d’une 
perte  de  substance  à la  joue , que  Franco 
répara  à l’aide  d’une  véritable  autoplasti- 
que à la  méthode  de  Celse. 


bien  petit  trou  , près  la  conionction 
de  la  mandibule  inferieure  à la  supé- 
rieure, non  plus  grand  qu'à  mettre  la 
teste  d’vne  espingle  : duquel  luy  sor- 
toit  en  parlant  ou  masebant , grande 
quantité  d’eau  fort  claire , ce  que  i’ay 
sou  tien  lesfois  veu.  Et  pour  arresler 
ladite  aquosité  , luy  fust  appliqué  au 
profond  de  son  vlcere  de  l’eau  forte, 
et  quelquesfois  de  la  poudre  de  vi- 
triol bruslé.  Et  par  ces  remedes  fust 
la  playe  guarie  *. 


CHAPITRE  XXVII. 

DES  PLAYES  DV  NEZ." 

Le  nez  est  quelquesfois  blessé  par 
playe,  froissure  et  fracture: et  alors 

1 C’est  ici  le  premier  exemple  que  je  sa- 
che d’une  fistule  salivaire;  encore  voit-on 
que  Paré  n’a  pas  su  nettement  reconnaître 
sa  nature.  Dans  toutes  les  éditions  complè- 
tes , il  s’est  contenté  de  mettre  en  marge 
Chose  digne  d’être  notée.  Dans  l’édition  de 
l5Gi  , la  note  marginale  porte  : Remede  fort 
singulier  pour  arresler  l'aquosité  d’vne  plaie 
faite  à la  iouë. 

La  journée  Saint-Laurent  n’est  autre  que 
la  bataille  de  Saint-Quentin  , qui  eut  lieu 
en  1557.  Voyez  Y Apologie  et  voyages. 

A ce  chapitre  se  rattache  naturellement 
une  opération  fort  ancienne  eu  égard  à l’é- 
poque où  elle  fut  tentée;  elle  appartient  à 
Pierre  d’Argelala  , chirurgien  du  commen- 
cement du  xve  siècle. 

«Je  te  préviens  d'une  chose  , dit-il  à son 
lecteur,  c'est  que  dans  la  suture  de  la  lèvre  lu 
joignes  bien  exactement  les  deux  bords  de  la 
division,  pour  ne  pas  laisser  à la  lèvre  une 
éminence  qui  serait  une  véritable  difformité.  J’ai 
guéri  rapidement  une  difformité  de  ce  genre 
a la  lèvre  , en  incisant  sur  le  lieu  même  de  la 
cicatrice,  ramenant  au  niveau  la  partie  émi- 
nente et  veillant  à ce  que  lu  consolidation  se  fit 
convenablement , et  lu  difformité  fut  enlevée. 
J’ai  fait  celte  opération  sur  une  demoiselle.  » 
Lib.  ni,  Tract.  î,  cap.  5. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


faut  le  réduire  en  son  lieu  naturel 
(s’il  est  possible)  auecques  la  queue 
d’vne  cspatule , ou  d’un  baston  de 
bois  propre,  enueloppé  d’estouppes, 
cotton , ou  linge  , en  esleuant  et  ré- 
duisant les  os  en  leur  figure  naturelle  : 
et  apres  la  réduction  faite , soient  mi- 
ses compresses  aux  parties  latérales, 
pour  tenir  le  nez  en  sa  figure  : les- 
quelles seront  trempées  et  imbues  en 
vn  reslrainlif  fait  ex  albumine  oui , 
masliche , bolo  armnio,  et  sanguine 
dragouis,  albumine  combusto.  Puis  soit 
faite  ligature  propre,  en  sorte  qu’elle 
ne  presse  sur  le  nez , de  peur  de  ren- 
dre puis  apres  le  patient  camus,  com- 
me aucuns  ont  faitpar  leurimperilie. 
El  apres  ce  fait , faut  mettre  dans  les 
nazeaux  tentes  cannulées  aucune- 
ment plaltes  lesquelles  seront  atta- 
chées par  vn  fil  à la  coëffe  ou  bon- 
net du  blessé , de  peur  qu’elles  ne 
tombent  : lesquelles  seruiront  de  te- 
nir les  os  fracturés  en  leur  lieu  natu- 
rel , et  donner  issue  à la  sanie  s’il  en 
y a,  et  pareillement  à l’inspiration  et 
expiration1. 

La  figure  des  tentes  cannulées  est  telle. 


1 Comparez  ce  passage  avec  le  chap.G  du 
13e  livre,  traitant  de  lu  Fracture  du  nez. 


87 

Or  si  le  Nez  , ou  portion  d’iceluy, 
n’est  du  tout  tranché  et  abbatu , et 
qu’il  y ait  encore  suffisamment  chair 
pour  donner  nourriture,  alors  le  faut 
coudre  : ce  qui  a lieu  en  son  inferieure 
partie,  qui  est  cartilagineuse , qui  se 
peut  bien  casser,  enfoncer,  tordre  et 
couper,  maisnon  rompre  ou  fracturer, 
comme  la  supérieure  qui  a nature  et 
substance  d’os  *. 

1 L’édition  de  1561  ne  termine  pas  aussi 
brusquement  cet  article. 

« Or  tenez,  dit-elle,  peutestre  du  tout  coupé 
ou  quelquefois  tenir  encore  auecques  portion 
de  chair.  S’il  est  du  tout  tranché,  ou  portion 
d’iceluy , il  ne  peut  iamais  estre  reioinl,  etc.  » 
Et  ici  se  trouve  la  description  avec  figures 
des  nez  artificiels  propres  à masquer  une 
pareille  difformité.  Tout  ce  paragraphe  a 
été  depuis  transporté  au  Liv.  xxi , chap.  2 , 
où  nous  le  retrouverons.  Après  quoi  l’au- 
teur continue  : 

« Or  si  le  nez  ou  portion  d’iceluy  n’est  du 
tout  tranché  et  abbatu  , et  qu’il  y ail  encores 
suffisamment  chair  pour  donner  nourriture, 
alors  le  faut  coudre  auec  aiguilles  et  canons 
comme  lu  vois  par  cesle  figure. 

Et  ici  les  figures  des  aiguilles  et  canons  à 
suture,  qui  ont  été  reportées  au  liv.  [vu, 
et  que  nous  avons  reproduites  t.  I , p.  439. 
Et  enfin  l’auteur  termine  ainsi  : 

Puis  seront  apposées  les  tentes  cannulées,  s’il 
est  besoin,  et  sur  ta  play e sera  appliqué  tel  mé- 
dicament : 

?f.  Terebenthinæ  lotæ  in  aquà  vitæ  §.  iiij. 

Sanguinis  draconi , boli  armenici,  alocs, 
mastiehes  ana  3.  j. 

Incorporentur  simul , fiat  medicamentum. 

Lequel  demeurera  sur  la  playe  , pour  le 
premier  appareil,  trois  iours,  s'il  est  possible. 
Iceluy  médicament  a vertu  d’arrester  le  sang  , 
appaiser  la  douleur  et  gluliner  la  playe.  Et  ne 
sera  vsé  de  tel  digestif  ou  suppuratif,  prenant 
indication  que  c’est  me  partie  seiche  et  canal 
du  cerneau.  — Fol.  253  et  suiv. 


88 


LE  H VITIÉME  LIVRE 


CHAPITRE  XXVIII. 

DES  PLAYES  DE  LA  LANGVE  '. 

La  langue  est  aucunesfois  vulnerée 
auecques  perdition  de  substance,  et 
quelquesfois  incisée  et  fendue  en  Ion  g, 
et  autresfois  en  trauers. 

S’il  y a perdition  de  substance , ia- 
niais  la  piece  ne  peut  estre  reprise , 
pource  que  toute  partie  séparée  du 
corps  viuant,  auec  lequel  elle  estoit 
coniointepar  vie,  perd  la  vie  enmesme 
instant.  Or  comme  disent  les  Philo- 
sophes, à priuatione  ad  habilum  non 
fit  regressus  : mais  s’elle  n’est  qu’inci- 
sée en  long,  facilement  est  curée,  en 
la  réunissant  auec  cousture  : et  s’elle 
est  incisée  en  trauers,  et  qu’il  y ait  en- 
cores  quelque  portion  de  sa  chair  pour 
bailler  vie,  il  se  faut  bien  garder  la 
paracheuer  de  couper  (pour  l’excel- 
lence de  son  vsage  ) : mais  la  con- 
uient  recoudre  , en  faisant  les  points 
d’aiguille  dessus  et  dessous  : et  la  faut 
tenir  fermement , pendant  qu’on  la 
coust,  auec  vn  linge  blanc,  net,  et  dé- 
lié , pource  quelle  glisseroit)  d’entre 
les  doigts  , à cause  de  sa  lubricité , 
ainsi  que  fait  vne  anguille  : et  coupe- 
ras le  fil  le  plus  près  du  nœud  qu’il  te 
sera  possible , de  peur  qu’iceluy  ne 
soit  mis  entre  les  dents , lors  que  la 
langue  se  meut  en  la  bouche  : qui 
pourroit  estre  cause  que  les  points  se- 
roient  dilacerés  et  rompus  : puis  faut 
commander  au  malade  qu’il  mange 
orge  mondé,  lait  d’amendes,  gelée, 
coulis,  pressis,  œufs  mollets  et  autres 

1 Avant  cet  article,  l’édition  de  1561  en 
contient  quelques  autres  sur  les  dents  et 
les  fractures  du  palais,  qui  ont  été  répartis 
au  liv.  xv,  ehap.  25,  26  , 27  , et  au  liv.  xxi , 
chap.  2 et  3.  L'article  Des  playes  de  ta  tan. 
gue  répond  au  verso  du  fol.  262. 


choses  semblables  : et  qu’il  tienne 
souuent  en  sa  bouche  sucre  rosat , 
syrop  de  coings,  de  cerises,  jus  de  ce- 
rises confites,  ou  autres  semblables 
confitures,  pource  que  telles  choses 
alimentent  et  nourrissent,  et  seruent 
de  medicamens  agglulinalifs. 

Or  ie  te  puis  asseurer  qu’oncques 
n’ay  veu  en  aucun  linre  ce  que  ie 
t’escris  de  la  langue  , ny  ouy  d’aucun 
précepteur  : mais  ie  l’aypraliqué  deux 
fois,  comme  lu  orras  à présent. 

Un  iour  fus  appelle»  en  la  maison  de 
défunt  Monsieur  Couët,  aduocat  eu 
Parlement , pour  penser  vn  sien  fils , 
aagé  de  trois  ans  : lequel  tomba  le 
menton  sur  vne  pierre,  et  se  coupa 
de  ses  dents  bonne  portion  de  l’extre- 
mité  de  sa  langue , et  ne  tenoit  qu’à 
bien  peu  de  chair  : et  ayant  peu  d’es- 
perance  qu’elle  se  peust  réunir,  cui- 
day  paracheuer  la  luy  couper,  mais 
toutesfois  auec  vn  très  grand  regret , 
veu  que  puis  apres  n’eust  peu  parler: 
qui  me  fist  différer,  connoissant  que 
quelquesfois  Nature  fait  des  choses 
admirables,  etquelalangueest  d’vne 
chair  fongueuse,  laxe  et  spongieuse  : 
aussi  qu’elle  n’est  suiette  aux  iniures 
extérieures  de  l’air.  Adoncques  luy 
fisdeux  points  d’aiguille,  l’vn  dessus, 
et  l’autre  dessous  , et  commanday 
à la  mere  dudit  enfant  qu’elle  eust 
à le  nourrir  des  alimens  prédits  : et 
vous  puis  asseurer  qu’en  peu  deiours 
l’enfant  fust  parfaitement  guari , et 
à présent  parle  très  bien. 

Un  cas  semblable  arriua  vn  peu  de 
temps  apres,  au  fils  de  monsieur  de 
Marigny,  President  aux  Enquestes, 
qui  fust  semblablement  guari  ‘. 

1 Celte  deuxième  histoire  n’est  rapportée 
pour  la  première  fois  que  dans  l’édition  de 
1575;  les  autres  se  trouvent  déjà  dans  celle 
de  1561. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


le  puis  narrer  vn  cas  pareil  aduenu 
depuis  n’agueres  à vn  charpentier, 
homme  de  bien  en  son  estât,  nommé 
maislre  Iean  Piet,  demeurant  aux 
faux- bourgs  saint  Germain  des  Prts , 
lequel  tomba  d’assez  haut  sur  vne 
piece  de  bois , et  se  coupa  aussi  l’ex- 
tremité  de  la  langue  , et  subit  vint 
vers  moy  pour  la  luy  paracbeuer  de 
couper,  parce  qu’elle  ne  tenoit  qu’à 
peu  de  chose  : ce  que  ne  luy  voulus 
accorder,  veu  l’experience  que  i’en 
auois  faite  auparauant.  Doncques  la 
luy  recousis,  et  peu  de  iours  apres 
fust  pareillement  guari  auecques  les 
remedes  susdits. 

Parquoy  ces  choses  entendues  au 
ieune  Chirurgien  , faut  qu’il  traite 
bien  ( s’il  n’a  meilleur  moyen  ) les 
playes  de  la  langue  en  la  façon  dite , 
et  honneur  et  profit  luy  en  aduien- 
dra  1 . 


CHAPITRE  XXIX. 

DES  PLAYES  DES  OREILLES  2. 

Maintenant  faut  parler  des  playes 
des  oreilles,  lesquelles  sont  aucunes- 
foisdu  tout  coupées,  ou  vne  partie 
d’icelles,  et  aucunesfois  reste  encores 
quelque  portion  qui  lient.  Parquoy 
faut  auoir  esgard  , comme  auons  dit, 
s’il  y a encores  suffisante  nourriture, 

1 Ce  chapitre,  dans  l’édition  de  1561,  était 
complété  par  un  article  sur  l’ablation  com- 
plète de  la  langue  et  les  moyens  d’y  remé- 
dier. Cet  article  a été  depuis  reporté  au  li- 
vrexxi  dont  il  forme  le  cinquième  chapitre. 

2 Avant  d’en  venir  aux  plaies  des  oreilles, 
l’édition  de  1 66 1 traitait  De  ranulu  cl  de  ré- 
laxation de  l’Vuulle,  articles  transportés  de- 
puis au  livre  des  Tumeurs  en  particulier, 
eh.  5 et  7.  — Voyez  le  t.  I,  p.  3S2  et  384. 


89 

et  lors  tu  y feras  suture  : et  de  ton  ai- 
guille ne  toucheras  au  Cartilage , de 
peur  que  la  partie  ne  tombe  en  gan- 
grené ( ce  que  souuentesfois  est  arri- 
ué)  mais  seulement  prendras  le  cuir, 
et  ce  peu  de  chair  qui  est  autour  le- 
dit Cartilage  : et  auec  compresses  et 
bandages,,  et  remedes  propres  à ce 
faire,  prohiberas  l’inflammation  et 
autres  accidens.  Aussi  donneras  si 
bon  ordre  , qu’il  ne  s’engendre  chair 
superflue  au  conduit  de  l’oreille,  de 
ppur  qu'elle  ne  face  obstruction  qui 
estoupperoit  la  voye  de  l’ouye.  Pour 
ceste  cause  lu  y mettras  tousiours  vn 
peu  d’esponge , à fin  de  tenir  le  trou 
de  l’oreille  ouuert.  Aussi  vseras  de 
medicamens  secs,  attendu  que  la  par- 
tie est  cartilagineuse , et  par  consé- 
quent fort  seiche. 

Et  où  le  cas  aduiendroit  qu’elle  fust 
du  tout  coupée,  apres  la  guarison  et 
cicatrisation , le  malade  pourra  por- 
ter (pour  cacher  son  imperfection)  vn 
bonnet  appellé  Calotte  : et  à l’endroit 
de  ladite  oreille,  sera  embourré  de 
colton  ou  drap,  pour  cacher  le  vice 
de  ladite  oreille  , qui  aura  esté  am- 
putée G 

‘En  cet  endroit  devait  finir  le  Traité  des 
playes  de  la  teste  ; toutefois  A.  Paréy  a ajouté 
deux  observations  des  plaies  du  cou  que 
nous  retrouverons  au  ch.  31. 

ür  il  nous  suffira  pour  le  présent , dit*  il  , 
d’auoir  traicté  des  playes  et  fractures  de  la 
leste,  auecques  celles  de  la  face  : toulesfois  pour 
tousiours  faire  instruire  le  ieune  Chirurgien  , 
auquel  mes  escrils  s’adressent,  ie  luy  veux  bien 
encore  faire  le  récit  de  ces  deux  histoires  des 
playes  de  la  gorge,  à fin  que  s’il  se  trou- 
uoil  à l’endroit  de  tels  accidens,  qu’il  face  le 
semblable  ou  mieux  s’il  peut.  C’est  que  depuis 
peu  de  temps  estaient  deux  Anglois,  etc.  » 

Et  enfin  , après  ces  deux  histoires,  il  en 
vient  à la  conclusion  de  son  livre  , que  j’ai 
j reproduite  dans  mon  Introduction. 


LE  HVITIÉME  LIVRE  , 


90 

CHAPITRE  XXX. 

DES  PLAYES  DV  COL  ET  DE  LA  GOUGE1. 

Los  playes  du  Col  et  de  la  Gorge 
sont  simples,  c’est  à dire,  auecques 
solution  de  continuité  seule  és  mus- 
cles: ou  compliquées,  à sçauoir  auec- 
ques playe  en  la  chair  et  aux  os,  com- 
me és  verlebres.  Soutient  aussi  les 
veines  iugulaires,  tant  internes  qu’ex- 
ternes . ensemble  les  Carotides  sont 
offensées.  Quelquesfois  laTrachée  ar- 
tère et  Oesophaguesontnaurés,  voire 
du  tout  coupés,  et  pour  les  susdites 
playes,  soutient  s’ensuit  la  mort. 

Parquoy  le  Chirurgien  deuant  que 
de  toucher  à la  playe  . doit  faire  son 
pronostic,  selon  ce  qu'il  verra  les  ac- 
cidens  grands  ou  petits,  d'autant  que 
la  solution  de  continuité  est  soutient 
cause  deperdre  quelque  mouuemcnt, 
ou  de  la  mort  , comme  nous  auons 
dit.  Car  à celles  du  Col,souuentesfois 
il  y a quelque  grand  nerf,  ou  tendon 
atteint , qui  est  cause  de  la  priualion 
du  mouuement  : et  si  elles  pénétrent 
iusques  à la  spinale  medulie  , auec- 
ques lésion  d'icelle , le  mal  est  incu- 
rable. 

Les  playes  de  l’Oesophague  et  Tra- 
chée arlere  sont  tres-difficiles  à curer, 
pour  leur  perpétuel  mouuement , et 
que  ladite  Trachée  artere  est  cartila- 
gineuse et  exsangue. 

Celles  de  fOesophague  se  connois- 
tront,  si  le  patient  crache  du  sang  par 

1 Les  huit  chapitres  qui  suivent,  du  30e  au 
3S%  n’ont  été  publiés  au  plus  tôt  qu’en  1372 
dans  la  petite  édition  que  je  n’ai  pu  me  pro- 
curer ; mais  on  peut  conjecturer  par  un 
passage  du  6e  livre  (voyez  t.  I,  p.  3S4)  qu’ils 
y étaient  réunis  en  un  livre  intitulé  Des 
playes  de  la  yorge. 


la  bouche,  et  que  son  manger  et  boire 
sortira  par  la  playe  : et  s'il  est  du  tout 
coupé,  nepourra  iamaisaualler,  parce 
que  chacune  partie  se  relire,  à sçauoir 
l’vne  en  haut , et  l’autre  en  bas  : et  si 
la  Trachée  artere  est  blessée,  le  vent 
sortira  par  la  playe  : semblablement 
crachera  le  sang , et  n’aura  cesse  de 
tousser. 

Celles  des  veines  iugulaires  et  ar- 
tères carotides,  estans  grandes,  sont 
mortelles, pource  qu’elles  ne  peuuent 
estre  estreintes  et  corn  rimées  par  li- 
gatures , à cause  que  le  col  11e  peut 
estre  fort  serré,  que  l’on  ne  suffo- 
quast  le  malade  : au  moyen  de  quoy 
s'ensuit  vu  flux  de  sang,  qui  est  cause 
de  mort.  Et  si  le  nerf  recurrens  est 
coupé  du  costé  dextre  ou  senestre,  la 
voix  demeure  rauque  : si  de  tous  les 
deux,  le  malade  ne  pourra  iamais 
parler,  pource  que  l’instrument  qui 
est  cause  de  la  voix,  est  tranché. 

Quant  à la  curation,  si  la  playe 
n’offense  aucun  grand  vaisseau , ny 
la  Trachée  artere  ou  Oesophague,  et 
si  elle  est  petite,  sera  facilement  cu- 
rée : s’il  est  necessaire  y faire  points 
d’aiguille,  seront  faits  comme  auons 
dit  cy  dessus:  puis  sera  instillé  téré- 
benthine de  Venise  auec  Vn  peu  de 
bol  fin,  ou  bien  de  nostre  baume,  qui 
est  tel  : 

if.  Tcrebent.  Venet.  il».  C>. 

Gnmmi  demi  5 . iiij. 

Olei  hvperico  g . iij. 

Bol.  arm.  et  sanguinis  drac.  ana  . j. 

Aqme  \ ilæ  g . ij . 

Liquéfiant  omnia  simul  lento  igné , et  fiat 
balsain.  vt  artis  est,addend.  : put.  ireos 
Florcn.  aloes  mastic,  myrrhe  ana  g.j. 

Duquel  baumei’ay  fait  choses  admi- 
rables, pour  consolider  et  agglutiner 
les  playes  ausquellcs  n’y  auoit  choses 
eslrauges,  ou  complication  de  ma- 


» 


DES  PLAYES  EN  FARTICVLIER. 


ladies.  Et  par  dessus  sera  appliqué 
l’emplastre  diachalciteos , dissoute  en 
huile  rosat  et  vinaigre,  laquelle  a 
vertu  de  reprimer  les  humeurs  et 
euiler  l’inflammatioii , ou  Lien  sera 
appliqué  l’emplastre  de  Gralia  Dû, 
ou  de  ianua. 

Et  si  la  playe  est  auec  incision  des 
veines  jugulaires  et  artères  caro- 
tides, l’effusion  de  sang  sera  arrestée, 
connue  nousauonsdescril  au  chapitre 
du  flux  de  sang:  et  lors  que  la  Tra- 
chée artere  et  Oesopliague seront  cou- 
pés, le  Chirurgien  y fera  suture  le 
plus  promptement  que  luy  sera  pos- 
sible, et  le  malade  n’a uallera  chose 
qui  soit  difficile  à transgloulir,  mais 
vsera  de  bouillons,  restaurons,  gelée, 
orges  mondés  : ets’il  est  besoin  de  gar- 
garismes, cesluy  sera  fort  propre  : 

Hord.  m.  j. 

Flor.  rosar.  p.  j. 

Passul.  mund.  iuiubar.  ana  g . B,. 

Liquirit.  g.j. 

Bulliant  omnia  simul  adden.  : mellis  rosat. 

et  syrup.  rosat.  ana  g . ij. 

Fiat  gargarisma  vt  arlis  est. 

Duquel  tiede  en  lauera  et  gargari- 
sera sa  bouche  : il  lenist  et  addoucist 
la  partie  , sede  la  douleur,  detergeet 
agglutine,  et  aide  à la  respiration. 

Or  icy  reciterav-ie  ceste  histoire, 
digne  d’est re  laissée  à la  ieunesse  des 
Chirurgiens  '. 

L’an  mil  cinq  cens  septante  quatre, 
le  premier  iour  de  May,  François 
Brege,  pâtissier  de  monseigneur  de 
Guise,  lust  blessé  à leinuille,  d’vn 
coup  d’espée  à la  gorge,  coupant  vne 
partie  de  la  Trachée  artere , et  l’vne 

1 Bien  que  celte  histoire  soit  de  1574,  elle 
manque,  ainsi  que  la  suivante,  dans  les  deux 
éditions  de  1575  et  1579,  de  même  que  dans 
la  traduction  latine. 


91 

des  veines  iugulaircs,  dont  s’ensuiuit 
grand  flux  de  sang,  et  vn  chiflement 
par  ladite  Trachée  artere.  La  playe 
fusl cousue,  et  appliqué  remedes  as- 
tringens  : et  lost  apres  lovent  qui  sor- 
loit  de  la  playe  s’introduit  entre  le 
pannicule  charneux  et  l'espace  des 
muscles,  non  seulement  de  la  gorge, 
mais  aussi  de  tout  le  corps  (comme 
vn  mouton  qu’on  a soufflé  pour  l’es- 
corcher)  ne pouuant  aucunement  par- 
ler. La  face  estoit  tellement  enflée, 
qu’on  ne  voyait  apparence  de  nez, 
ny  des  yeux.  Voyant  tels  accidens, 
tous  les  assistans  iugerent  que  ledit 
Brege  auoit  plus  besoin  d’vn  Prestre 
que  de  Chirurgien  : et  partant  l'ex- 
treme  Onction  luy  fust  administrée. 
Le  lendemain,  Monseigneur  de  Guise 
commanda  à maistre  leanleleune, 
son  Chirurgien  ordinaire,  aller  voir 
ledit  Brege,  accompagné  de  Monsieur 
Bugo,  Médecin  célébré  de  Madame  la 
douairière  de  Guise,  ensemble  Lacques 
Girardin,  maistre  Bai  hier,  Chirurgien 
au  lieu  de  leinuille,  lesquels  l’ayans 
veu , lcd  t Médecin  fust  d’aduis  le  lais- 
ser, n’rsperant  aucune  guarison,  et 
ne  trouuoit  le  pouls  des  arleres  au- 
cunement battre  pour  la  grande  cn- 
•fleure  du  cuir.  Ledit  le  leunc  ne  vou- 
lant laisser  le  malade  sans  luy  faire 
quelque  chose,  et  comme  hardy  ope- 
rateur, pour  la  bonne  expérience 
qu’il  a eu  d’vn  vif  esprit,  fust  d’aduis 
d’vser  d’vn  extreme  remede , qui  fust 
luy  faire  plusieurs  scarifications  assez 
profondes,  par  lesquelles  le  sang  et 
ventosités  furent  vacuées.  Enfin  ledit 
pâtissier  rccouura  la  parole  et  la  veuë, 
et  fust  quelque  temps  apres  du  tout 
guari  par  la  grâce  de  Dieu,  et  est  en- 
cores  viuanl , faisant  seruice  à Mon- 
seigneur de  Guise  de  son  estai  de 
^ pâtissier. 


L£  HV1TIÈME  LIVUE, 


9Q 

Autre  histoire. 

Noble  homme  François  Preuost , 
Enseigne  de  la  Coronalle  de  mon- 
sieur de  l’Archan,  aagé  de  vingt-cinq 
ans,  fut  blessé  d’vn  coup  d’espée  au 
Irauers  de  la  gorge  , passant  près  la 
Trachée  artere  , qui  coupa  les  ra- 
meaux de  la  veine  et  artere  jugu- 
laire : dont  il  suruint  vn  bien  grand 
flux  de  sang  , qui  à bien  grande  diffi- 
culté fut  estanché.  D’auantage  vn  des 
nerfs  vocables  fut  coupé  : semblable- 
ment les  nerfs  qui  naissent  des  vertè- 
bres du  conquise  dispersent  aux  bras: 
dont  tout  subit  le  bras  demeura  im- 
potent et  paralytique.  D’auantage  la 
parole  grandement  deprauée  : ioint 
que  le  col  demeura  vn  peu  tors , ne 
le  pouuant  tourner  comme  aupara- 
uant.  Neantmoins  est  reschappé  la  vie 
sauue.  Il  fut  mené  en  la  maison  de 
maistre  Pierre  Pelotot,  maislre  Bar- 
bier Chirurgien  , demeurant  à la 
place  Maubert,  dont  subit  fus  envoyé 
quérir  par  le  malade , pour  le  penser 
auec  ledit  Pelotot.  Où  estant  arriué, 
et  l’ayant  pensé  , i’eus  vne  grande 
desfiance  de  sa  guérison  , pour  les  ac- 
cidens  qui  luy  suruindrent.  A ceste 
cause  ie  fis  appeler  messieurs  Cointe- 
ret et  Pielre  , hommes  bien  entendus 
en  la  Chirurgie,  et  fismes  rapport  eu 
Iustice  , qu’à  grande  difficulté  en 
pourroit-il  reschapper , et  que  sa 
playe  estoit  mortelle.  le  l’ay  pensé 
iusques  à la  fin , et  Dieu  l’a  guari. 
Touteslois  est  demeuré  impotent  du 
bras , et  sa  parole  deprauée. 


CHAPITRE  XXXI. 

AVTRES  HISTOIRES  MEMORABLES. 

Or  en  cest  endroit  ie  veux  bien  re- 
citer ces  trois  histoires , à fin  qu’elles 


seruent  d’instruction  signalée  pour  le 
ieune  Chirurgien  , si  telles  playes  luy 
tombent  entre  ses  mains. 

La  première  fut  l’an  mil  cinq  cens 
cinquante1  :Vn  seruiteurde  monsieur 
de  Champagne,  Gentilhomme  du  pays 
d’Anjou  , fut  nauré  d’vn  coup  d’espée 
à la  gorge,  en  sorte  qu’il  auoit  F vne 
des  veines  iugulaires  coupée  auec  la 
Trachée  artere , au  moyen  dequoy 
auoit  vn  bien  grand  flux  de  sang  : 
ioint  qu’il  ne  pouuoit  aucunement 
parler , iusques  à ce  que  sa  playe  fust 
cousue  et  medicamentée.  Or  pendant 
que  les  medicamens  estoient  liqui- 
des , il  les  atliroit  entre  les  points 
d’aiguille,  elles  rendoit  par  la  bou- 
che. Dont  considérant  la  magnitude 
de  la  playe,  et  la  nature  des  parties 
blessées,  principalement  de  la  Trachée 
artere  et  veine  iugulaire , lesquelles 
sont  spermatiques,  froides  et  seiches, 
par  ainsi  difficiles  à réunir  : auec  ce 

■ Celte  date  est  fausse , car  je  trouve  déjà 
celte  histoire  dans  \e  Traité  îles  playes  d’hac- 
quebutes  de  1645,  où  elle  commence  par  ces 
mots  : El  encores  de  n’agneres  i'ay  pensé  vn 
seritileur  de  monsieur  de  Champaigne  , etc. 
fol.  CO.  Elle  est  reproduite  dans  l’édition  de 
1552,  fol.  78,  commençant  en  ces  termes  : 

« Encores  pour  exemple  des  cures  merueil- 
leuses  que  Nature  fait  : puis  nagueres  auons 
pensé,  maistre  Simon  Thupoille  et  moy  , vn 
senti  leur  de  monsieur  de  Champagne,  etc. 

Enfin  le  meme  fait  est  répété;  dans  l’édi- 
tion de  15G4,  mais  sans  la  mention  de  Simon 
Thupoille,  et  aussi  sans  date  ; la  date  de 
1550  n’y  a été  mise  que  dans  l’édition  de 
1575. 

Comment  Paré  a-t-il  pu  cependant  com- 
mettre une  erreur  aussi  grave  ? Probable- 
ment parce  qu’il  n’avait  sous  les  yeux  que 
son  édition  de  1552,  avec  l’inévitable  men- 
tion : puis  n’agueres,e t qu'il  aura  mis  la  date 
par  approximation.  Heureux  si  à tant  d’ob- 
servations rapportées  de  mémoire  on  n’avail 
jamais  à reprocher  que  des  erreurs  de  date! 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLLEH. 


aussi  que  la  trachée  artere  est  su- 
iette  au  mouuement  qui  se  fait  en  la 
déglutition,  à raison  de  la  tunique  in- 
terne, laquelle  est  continue  à celle  de 
FOesophague,  obéissant  l’vne  à l’au- 
tre par  vn  mouuement  réciproque, 
comme  corde  à double  chef  dedans 
vne  poulie  : considérant  aussi  l’usage 
desdites  parties,  c’est  que  la  Trachee 
artere  sert  à la  respiration , laquelle 
est  necessaire  à la  symmetrie  et  cha- 
leur vitale  du  cœur , et  que  la  veine 
iugulaire  est  fort  requise  à la  nutri- 
tion des  parties  supérieures  : d’auan- 
tage  ayant  esgard  à la  tres-grande 
quantité  de  sang  qu’il  auoit  perdu  et 
perdoit  par  sa  playe  ( qui  est  le  thre- 
sor  de  Nature,  conseruant  la  chaleur 
naturelle  et  esprits  vitaux)  et  autres 
accidens , faisois  mon  prognoslic  de 
mort  prochaine  : toutesfois  ie  le  puis 
asseurer  qu’ii  est  reschappé.  Ce  que 
ie  croy  estre  plustost  aduenu  par  la 
grâce  de  Dieu,  que  par  le  moyen  et 
aide  de  l’homme  , ny  des  medica- 
mens. 

1 La  seconde  histoire  est,  que  depuis 
peu  de  temps  esloient  deux  Anglois  lo- 
gés ensemble,  près  de  la  porte  saint 
Marcel,  en  ceste  ville  de  Paris,  dont 
l’vn  auoit  quelque  somme  d’escus, 
et  vne  assez  grosse  cbaisne  d’or , 
auec  quelques  autres  riches  bagues 
qu’il  porloit  ordinairement  sur  soy. 
Son  compagnon  voulant  s’emparer  de 
tels  joyaux , Gt  tant  qu’il  le  mena 
iouer  vers  le  bois  de  Vincenne  : et  es- 
tant dedans  les  vignes,  luy  coupa  la 
Trachee  artere  et  l’Oesophague , et 
luy  donna  certains  coups  de  dague , 
et  pensoit  bien  l’auoir  tué,  le  laissant 

1 Les  deux  histoires  qui  suivent  avaient 

déjà  été  publiées  à la  suite  du  Traité  des 

pluyes  de  U teste,  en  1561.  Voyez  ci-devant 
la  note  de  la  page  83. 


91 * 3 

presque  en  sa  chemise.  Ayant  fait 
ceste  trahison  et  mescbanceté,  incon- 
tinent retourna  en  ceste  ville.  Puis  le 
nauréqui  auoit  feint  estre  mort , se 
leua,  et  Gt  tant  qu’il  se  traina  à la 
maison  d’vn  païsan,  lequel  par  pitié 
le  Gt  penser  et  medicamenter.  11  fut 
apporté  en  ceste  ville,  où  tost  après 
vn  de  ses  compagnons  m’enuoya  qué- 
rir pour  le  penser  : et  trouuay  qu’il 
auoit  la  Trachée  artere  auec  FOeso- 
phague , ou  Mery  ( qui  est  la  voye 
du  boire  et  du  manger)  entièrement 
coupée  : et  subit  ie  recousus  sa  playe, 
prenant  la  Trachée  artere,  et  Rappro- 
chant plus  près  qu’il  me  lut  possible 
ses  deux  extrémités  l’vne  contre  l’au- 
tre : mais  de  FOesophague  non, parce 
qu’il  s’estoit  retiré  vers  l’estomach  : 
puis  à sa  playe  appliquay  remedes 
auec  compresse  et  ligature  propre  : et 
incontinent  qu’il  fut  ainsi  habillé, 
commença  à parler,  et  nommer  ce- 
luy  qui  luy  auoit  fait  cest  exces.  Le 
meurtrier  tost  apres  fut  pris  aux  faux- 
bourgs  saint  Marcel  : et  le  trouua- 
on  saisi  des  hardes  dudit  patient,  dont 
il  fut  contilué  prisonnier,  et  le  fait 
veriûé  apres  la  mort  du  patient , 
laquelle  fut  le  quatrième  iotir  de  sa 
blessure.  Tost  apres  le  meurdrier  fut 
rompu  sur  la  roué,  près  sainte  Ca- 
therine du  val  des  Escholiers:  et  fut 
le  meurtre  veriGé,  pour  avoir  recousu 
la  playe  dudit  patient,  l’ayant  fait 
parler. 

La  troisième  histoire  presque  sem- 
blable d’vn  Allemand , pensionnaire 
d’vn  banquier  nommé  Perot,  demeu- 
rant rue  des  Noyers  en  ceste  ville  de 
Paris,  lequel  par  vne  phrenaisie  et 
folle  opinion  , la  nuit  se  coupa  la 
gorge  d’vn  Cousteau,  et  se  donna  plu- 
sieurs autres  coups  , tant  au  Tho- 
rax qu’au  ventre  , dont  aucuns  pe- 
netroient  au  dedans , et  les  autres 


LE  TIVITIÉME  LIVRE 


94 

estoient  superficiels.  Le  lendemain 
matin  , aucuns  de  ses  compagnons  le 
voulans  visiter,  le  trqiiuerent  fort 
mal , aue<i  grande  quantité  de  sang 
respandu  autour  de  luy.  Et  voyant  tel 
spectacle,  croyoienl  et  pensoienl  que 
c’eust  esté  son  seruiteurqui  luy  avoil 
fait  tel  excès,  par  ce  qu'il  couchoil  en 
sa  chambre  : lequel  futprins  et  mené 
prisonnier  au  Chastelet,  en  luy  met- 
tant sus  auoir  ainsi  meurdri  son  mais- 
tre.  Or  ie  fus  enuoyé  quérir  pour  vi- 
siter et  penser  le  malade  : et  voyant 
la  Trachée  artere  et  l’Oesophagtte 
coupé,  auec  plusieurs  autres  playes, 
n’eus  aucune  esperance  de  sa  vie  : 
parquoy  fus  d’aduis  qu’on  appellast 
Estienne  delà  Riuière,  Chirurgien  or- 
dinaire du  Roy  , et  Germain  Chcual , 
Chirurgien  lu  ré  à Paris,  et  fut  conclu 
entre  nous,  qu’il  lalloit  recoudre  la 
playe  de  la  gorge,  comme  il  a esté  ré- 
cité cydeuant.  Promptement  la  playe 
cousue  et  bandée , ledit  patient  Alle- 
mand commença  à parler  : et  confessa 
que  luy  mesme  s’estoit  fait  tel  excès, 
et  desebargea  du  tout  son  pauure  ser- 
viteur en  nos  présences,  et  de  plu- 
sieurs autres,  et  principalement  de 
deux  Notaires,  et  d’un  Commissa  re 
du  Chastelet  : par  ce  moyen  fut  mis 
ledit  seruiteur  hors  de  prison,  et  ab- 
sous entièrement  par  la  confession 
que  fit  son  maislre.  Et  vous  puis  as- 
seurer  qu’il  vescut  quatre  jours  , 
jaçoil  que  iamais  depuis  sa  bles- 
seure  ne  sceut  aualler  aucune  chose, 
mais  fut  aucunement  alimenté  par 
clysteres  nutrilifs , et  choses  odorife- 
rentes  nutriliues  comme  mie  de  pain 
chaud,  trempée  en  vin,  et  autres  cho- 
ses semblables  que  ie  te  laisse  à dire , 
à cause  de  briefueté.  Seulement  ie 
t’asseureray  , que  par  le  bénéfice  de 
la  Chirurgie,  fut  donné  moyen  audit 
Allemand , de  parler  par  l’espace  de 


trois  iours  : qui  fut  cause  que  son 
seruiteur  et  son  hosle  furent  du  tout 
deschargés , et  la  verilé  du  fait  en- 
tièrement connue. 


CHAPITRE  XXXII. 

DES  PLAYES  DV  THORAX  OV  POITRINE1. 

Des  playes  du  Thorax  ou  Poitrine, 
les  unes  sont  faites  par  deuant , les 
autres  par  derrière  : aucunes  péné- 
trent au  dedans  et  profondément,  les 
autres  non  : aussi  aucunes  sont  avec 
lésion  des  parties  contenues,  comme 
mediastin  , poulmons,  cœur,  dia- 
phragme , veine  caue  et  grande  ar- 
tere ascendante  : et  quelquesfois  pé- 
nétrent de  part  en  part  tout  au  tra- 
uers  du  corps,  auec  fracture  d’os 
poussés  au  dedans  par  l’entrée  de  la 
playe  , et  à la  sortie  chassés  au  de- 
hors : parquoy  aucunes  sont  mor- 
telles, les  autres  non. 

Les  signes  qu’elles  pénétrent  au  de- 
dans , sont  connus,  quand  l’air  sort 
de  la  playe  auec  vn  sifflement. Et  pour 

1 Presque  toute  la  partie  dogmatique  de 
ce  chapitre  parait  avoir  été  puisée  dans  Vigo, 
qui  lui-même  n’avait  guère  fait  que  copier 
Guy  de  Chaiiliac.  Mais  les  observations  que 
Paré  y a ajoutées  olïent  un  puissant  intérêt 
et  ont  trait  pour  la  plupait  à des  questions 
neuves.  Ainsi  on  y trouve  le  premier  exem- 
ple connu  d’une  plaie  de  cœur  qui  n’ait  pas 
été  instantanément  mortelle;  de  même  je 
ne  sache  pas  que  personne  avant  Paré  ait 
fait  mention  des  hernies  diaphragmatiques, 
dont  il  rapporte  deux  observations.  Je  n’ai 
pas  trouvé  non  plus  avant  lui  les  signes  de 
l'épanchement  du  sang  dans  la  poitrine;  Guy 
et  ceux  qui  l’ont  suivi  ne  parlant  que  de  l’é- 
panchement ancien  où  le  sang  est  déjà/xi- 
Iréfié. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


bien  connoistre‘cela,on  fera  boucher 
le  nez  et  bouche  du  malade,  à fin  que 
son  vent  soit  retenu.  Ce  faisant,  si  la 
playe  pénétré,  on  ^ erra  sortir  le  vent, 
approchant  vne  petite  chandelle  al- 
lumée près  la  playe,  et  lors  on  voit 
la  flambe  se  mouuoir,  et  quelques- 
fois  esleindre  la  chandelle  : ioinl  aussi 
que  le  malade  a peine  de  respirer  et 
expirer,  et  principalement  quand  il 
y aura  du  sang  tombé  sur  le  Dia- 
phragme. 

Les  signes  par  lesquels  on  connoist 
le  cœur  eslre  blessé  , c’est  qu’il  sort 
grandequanlitédesang.auecvn  trem- 
blement vniuersel  de  tout  le  corps  : le 
pouls  est  fort  languide  et  pejil,  la  cou- 
leur fort  pâlie,  et  sueur  froide,  aueç 
syncope  , les  extrémités  demeurons 
refroidies:  et  promptement  la  mort 
s’ensuit. 

Toutesfois  ie  proteste  auoir  veu  à 
Tburin  vn  Gentilhomme,  lequel  se 
combattoit  auec  un  autre,  qui  lui 
donna  vn  coup  d’espée  sous  la  ma- 
melle senestre,  prnelranl  iusques  en 
la  substance  du  cœur  , et  ne  laissa  de 
tirer  encores  quelques  coups  d’espée 
contre  son  ennemy  qui  s’enfuyoil, 
le  poursuiuant  la  longueur  de  deux 
cents  pas  , puis  tomba  en  terre  mort: 
etenfeisouuerlure,  où  ie  trouuay  vne 
playe  en  la  substance  du  cœur,  de 
grandeur  à mettre  le  doigl,  et  grande 
quantité  de  sang  tombé  sur  le  Dia- 
phragme. 

Les  signes  qui  aduiennent  quand  les 
poulmons  sont  vulnerés  , c’est  qu’il 
sort  de  la  playe  vn  sang  spumeux 
avec  vne  toux:  le  malade  se  couche 
volontiers  sur  la  playe,  et  en  telle  si- 
tuation quelquesfois  p arle  aisément, 
et  se  tournant  de  l’autre  costé  perd  la 
parole,  et  a grande  difficulté  de  res- 
pirer, et  douleur  aux  coslés,  qui  n’es- 
toit  au  parauant. 


95 

Les  signes  qui  demonstrent  le  Dia- 
phragme eslre  blessé,  sont  pesanteur 
au  lieu  blessé,  déliré,  c'est  à dire,  per- 
turbation de  raison,  qui  se  fait  parla 
communication  des  nerfs  de  la  sixième 
coniugaison  qui  s'insèrent  au  Dia- 
phragme : grande  difficulléd’halener, 
toux,  et  douleurs  aiguës  : les  flancs  se 
retirent  et  resserrent  conlremont:  et 
par  ceste  grande  et  véhémente  inspi- 
ration , est  quelquesfois  attiré  l’eslo- 
macli  et  les  intestins  par  la  playe  en 
la  capacité  du  Thorax,  ce  que  i’ay  re- 
marqué à deux  personnes. 

L’vn  esloit  aide  à maçon,  lequel  fut 
blessé  au  milieu  du  Diaphragme,  en 
sa  partie  nerueuso,  dont  il  mourut  le 
troisième  iour  : et  luy  ayant  ouuert 
le  ventre  inferieur,  ne  peus  trouuer 
son  estomach  : ce  qui  me  fit  grande- 
ment esmerueiller,  pensant  que  ce 
fust  vne  chose  monstrueuse  d’estre 
sans  estomach.  Mais  ayant  diligem- 
ment considéré,  connus  en  fin  qu’il 
estoit  monté  dans  le  Thorax,  iaçoil 
que  la  playe  du  Diaphragme  ne  fut 
plus  grande  qu’à  mettre  le  poulce  : et 
ayant  ouuert  le  Thorax,  trouuay  le- 
dit estomach  enflé  et  plein  de  vent, 
auecques  peu  d’aquosité. 

D’abondant  ie  ne  veux  omettre 
ceste  histoire  aduenue  depuis  peu  de 
temps,  d’vn  Capitaine  nommé  Fran- 
co s d’Alon,  natif  de  Xaintonge , le- 
quel estant  à la  suite  de  Monsieur  de 
Biron,  Grand  maistre  de  l’artillerie 
de  France,  reccut  deuanl  la  Rochelle 
vn  coup  d’harquebuse , dont  l’entrée 
esloit  à la  fin  du  Sternum  près  le  car- 
tilage sculiforme,  passant  au  trauers 
du  Diaphragme  en  sa  partie  char- 
nouse,  dont  la  sortie  esloit  entre  la 
cinq  et  sixième  des  costes  vrayes  du 
costé  gauche,  duquel  coup  sa  playe 
fut  bien  consolidée  par  dehors,  toutes- 
fois il  luy  resloit  tousiours depuis  vne 


LE  HVITIEME  LIVRE  , 


96 

débilité  d’estomacb , comme  vne  es- 
pece de  colique,  à raison  dequoy  iln’o- 
soit  souper  que  bien  legerement.  Huit 
mois  apres  luy  suruint  vne  grande 
douleur  au  petit  ventre , comme  vne 
colique,  et  fut  secouru  bien  soigneu- 
sement par  Monsieur  de  Malmedy, 
Docteur  Regent  en  la  facultéde  Méde- 
cine et  Lecteur  du  Roy,  et  Monsieur 
du  Val,  pareillement  Docteur  en  la  fa- 
culté de  Medecine,hommessçauansen 

laMedecine  et  Chirurgie:  neantmoins 
quelques  remedes  qu’on  y peut  ad- 
ministrer, mourut.  Et  fus  d’aduis  l’a- 
natomiser,  pour  sçauoir  la  cause  de 
sa  mort,  et  des  grandes  douleurs  qu’il 
sentoit  pendant  sa  maladie  : cequi  fut 
fait  par  lacques  Guillemeau,  Chirur- 
gien du  Roy,  et  iuré  à Paris,  grande- 
ment versé  en  l’anatomie,  et  és  autres 
parties  de  la  Chirurgie.  Et  fut  trouué 
en  la  capacité  du  Thorax  vne  grande 
partie  de  l’intestin  Colon  rempli  de 
vents , qui  estoit  entré  par  le  trou  du 
Diaphragme  fait  par  la  blesseure  : 
toutesfois  n’estoit  ledit  trou  suffisant 
qu’à  mettre  le  bout  du  petit  doigt. 

Maintenant  nous  retournerons  à 
nostre  propos. 

On  peut  connoistre  le  sang  estre 
tombé  dedans  le  Thorax  par  la  diffi- 
culté de  respirer,  pourueu  que  le  pa- 
tient soit  assis  ou  debout  : car  estant 
sus  l’espine  du  dos,  le  sang  contenu 
en  la  capacité  s’espanche  du  long  de 
l’espine,  ne  comprimant  ny  les  Poul- 
mons,  ny  le  Diaphragme,  qui  fait  que 
quelquesfois  il  y a grande  quantité  de 
sang  contenu  audit  Thorax,  au  moyen 
dequoy  le  Chirurgien  ne  situant  bien 
son  patient , peut  estre  trompé  en  son 
pronostic.  Pareillement  aussi  se  con- 
noistpar  là,  et  par  l’accroissement  de 
la  üéure  , ayant  l’haleine  puante  et 
crachement  de  sang,  et  autres  acci- 
dens  qui  prouiennent , lors  que  le 


sang  est  hors  de  ses  vaisseaux,  se  con- 
uerlissant  en  vne  sanie  felide , alté- 
rant les  parties  esquelles  elle  touche 
de  sa  substance  ou  de  sa  vapeur. 
Aussi  que  le  malade  ne  peut  demeu- 
rer couché  que  dessus  le  dos,  et  a vo- 
lonté de  vomir  : desire  estre  sou- 
uent  leué , qui  est  cause  qu’il  tombe 
en  syncope,  à cause  de  la  faculté  vi- 
tale qui  soustient  le  corps  estant 
grandement  debiliiée,  tant  à raison  de 
la  playe,  qu’à  raison  des  gremeaux  de 
sang,  qui  en  quelque  partie  qu’ils  tom- 
bent, acquerans  qualité  veneneuse 
par  corruption  du  sang  sailli  de  ses 
Araisseaux,  affoiblissent  et  dissipent 
grandement  les  forces  du  cœur. 

Les  signes  que  la  moüelle  de  l'es- 
pine  est  blessée , c’est  qu’il  se  fait 
paralysie,  et  souuenl  conuulsion  ou 
spasme  : le  sentiment  et  mouvement 
des  parties  inferieures  subit  se  perd, 
et  les  excremens,  comme  matière  fe- 
cale  et  rvrine,sonliettées  inuolontai- 
rement,  et  souuent  du  tout  retenues. 

Les  signes  que  la  veine  caue  et 
grande  artere  sont  vulnerées,  c’est 
que  le  malade  meurt  promptement, 
à cause  de  la  subite  et  grande  vacua- 
lion  qui  se  fait  du  sang  et  esprits  qui 
remplissent  le  Thorax,  faisant  cesser 
l’action  des  poulinons  et  du  cœur, 
dont  le  pauure  malade  est  prompte- 
ment suffoqué. 

De  Vigo,  au  Traité  des  Playes  de 
la  poitrine,  chap.  10.  dit  qu’il  y dis- 
cord entre  les  Chirurgiens,  parce  que 
les  vns  sont  d’aduis  de  clore  la 
playe  pénétrante  au  dedans  le  plus 
subit  que  faire  se  pourra,  sans  s’amu- 
ser à la  tenir  ouuerte  auec  tentes,  de 
peur  que  l’air  froid  n’entre  au  cœur, 
et  que  les  esprits  vitaux  sortent  et  se 
dissipent  : les  autres  tiennent  le  con- 
traire, et  commandent  de  tenir  la 
playe  ouuerte  : voire  si  elle  n’est 


DES  jPLAYES  EJN 

grande,  qu’il  la  faut  ouurir,  à fin  que 
le  sang  contenu  au  dedans  puisse  eslre 
vacué,  craignant  qu’il  nese pourrisse 
et  putréfié,  dont  fiéure,  fistule  et 
autres  pernicieux  accidens  aduien- 
droient.  Or  véritablement  ceux  qui 
tiennent  que  promptement  faut  clore 
la  playe  sans  y mettre  aucune  lente, 
ont  grande  raison,  pourueu  qu’il  n’y 
ail  point  de  sang,  ou  bien  petite  quan- 
tité tombé  au  dedans,  de  peur  des  ac- 
cidens susdits.  Aussi  ceux  qui  tiennent 
qu’il  faut  tenir  la  playe  ouuerle , ont 
semblablement  raison,  pour  les  acci- 
dens qui  peuuent  venir,  estant  le  sang 
tombé  en  grande  quantité  au  dedans, 
et  retenu.  Et  en  cest  endroit  ie  veux 
reciter  ceste  histoire1 II. 

Estant  à Thurin  au  seruice  de  dé- 
funt Monseigneur  de  Montejan,  iefus 
appellé  pour  penser  vn  soldat  nommé 
l’Euesque,  natif  de  Paris,  qui  estoit 
lors  sous  la  charge  du  Capitaine  Re- 
nouart,  qui  fut  blessé  de  trois  grands 

I Cette  histoire  est  rapportée  déjà  dans  la 
première  édition  du  Traité  des  Plaijes  d’Iiac- 
tpiebuies , 1545,  fol.  57;  avec  la  mention  de 
l’année  1538 , et  avec  une  rédaction  un  peu 
différente  du  texte  actuel.  Ainsi  on  y lit  que 
Paré  fut  appelé  à Monicuiller  pour  panser  ce 
soldat;  le  capitaine  y est  nommé  Regnoard, 
elle  chirurgien  qui  avait  pansé  d’abord  le 
blessé  y est  moins  ménagé. 

« La  playe  estait  grande  de  cinq  doigtz  ou 
enuiron,  dit  l’auteur,  pénétrant  dans  la  cauiié 
du  llwrax  ••  ce  (pie  n’auoil  cogneu  le  chirurgien 
qui  premièrement  le  pensa.  Car  il  n’eust  si  in- 
discrètement ( comme  ie  croy  ) cousu  la  playe  , 
comme  il  feit,  en  sorte  que  rien  n’en  sortait... 

II  raconte  ensuite  comment  il  fut  appelé: 

« El  estant  arriué  , ie  doubtay  , voyant  telz 

signes,  s’il  estoit  pleurelique  : pour  ceste  cause 
i interrogay  celuy  qui  l'auoil  pensé , sçauoir 
si  la  playe  penetroit  dedans  la  capacité  du 
thorax,  lequel  respondit  que  non:  toutesfois 
i’nsay  descoudre  la  playe,  à l’orifice  de  laquelle 
ie  trouuay  gros  thrombes  de  sang  coagulé.  » 


PART1CVLIER.  97 

coups  d’espée , desquels  en  auoit  vn 
au  costé  dexlre  sous  la  mammelle  ,où 
la  playe  estoit  assez  grande  , péné- 
trant en  la  capacité  du  Thorax  : et  es- 
toit découlé  grande  quantité  de  sang 
sur  le  Diaphragme,  qui  empeschoit  la 
respiration  : et  ne  pouuoit  qu’à  bien 
grande  peine  parler,  ayant  vne  fiéure 
fort  vehemente,  etauecla  touxiettoit 
le  sang  par  la  bouche,  et  disoit  sentir 
vne  douleur  extreme  au  costé  blessé. 
Or  le  Chirurgien  qui  premièrement 
l’auoit  pensé,  auoit  cousu  du  tout  sa 
playe,  de  sorte  que  rien  n’en  pouuoit 
sortir  : et  le  lendemain  ie  fus  appellé 
pour  visiter  le  malade  , où  estant  ar- 
riué , voyant  les  accidens  et  la  mort 
proche  , fus  d’aduis  de  descoudre  la 
playe,  à l’orifice  de  laquelle  trouuay 
du  sang  coagulé.  Dont  subit  feis  esle- 
uer  le  malade  par  les  iambes,  la  teste 
en  bas,  laissant  vne  partie  du  corps 
dessus  le  lit,  s’appuyant  vne  main  sus 
vne  escabelle  plus  basse  que  le  lit  : et 

Il  évalue  le  sang  qu’il  retira  à enuiron  trois 
palettes ; et  enfin  après  avoir  raconté  l’etTct 
des  injections  amères,  et  donné  son  explica- 
cation  à cet  égard  : 

« Parquoy,  ajoute-t-il  , ie  Jus  contrainct 
les  osier,  et  suiure  la  cura  selon  les  docteurs  de 
noslre  art , par  laquelle  fut  ledict  patient 
guary.  » 

On  retrouve  cette  observation  avec  la  mê- 
me rédaction  dans  la  2e  édition  des Playes 
d’hacquebutes,  1552,  fol.  7G,  sauf  la  date  tou- 
tefois, et  dans  les  dix  lïures  de  chirurgie, 
15G4,  fol.  127. 

Je  noterai  ici  que  cette  suiure  de  la  plaie, 
regardée  par  Paré  comme  si  indiscrète,  et 
qui  n’avait  été  employée  que  parce  que  le 
chirurgien  n’avait  pas  jugé  la  plaie  péné- 
trante, fulérigée  par  Wurtz,  en  1576, en  mé- 
thode générale  pour  les  plaies  pénétrantes 
de  poitrine  ; chose  d’autant  plus  remarqua- 
ble que  Wurtz  lui-même  dénonce  l’abus  de 
la  suture  dans  les  plaies  ordinaires.  Voyez 
mon  Instruction. 


II. 


/ 


LE  HVITtÉME  LIVRE, 


98 

estant  ainsi  situé , luy  fteis  fermer  la 
bouche  et  le  nez , à lin  que  les  poul- 
monsse  tuméfiassent  et  le  Diaphrag- 
me s’esleuast,  et  les  muscles  intercos- 
tauxsecomprimassent, ensemble  ceux 
de  l’Epigastre , à fin  que  le  sang  dé- 
coulé au  Thorax  fust  ietté  hors  par 
la  playe  : et  encores  pour  mieux  faire, 
mettois  le  doigt  assez  profondément 
en  la  playe  pour  desboucber  ladite 
playe  du  sang  coagulé , et  en  sortit 
près  de  sept  à huit  onces  ja  fetide  et 
corrompu  : puis  le  feis  situer  au  lit , 
luy  faisant  des  iniections  en  sa  playe 
d’eau  d’orge  , en  laquelle  auois  fait 
bouillir  miel  rosat  et  sucre  candi  : 
puis  le  faisois  tourner  de  costé  et 
d’autre  : et  de  rechef  le  feis  esleuer 
par  les  iambes  comme  auparauant. 
Lors  on  voyoit  sortir  auec  ladite  in- 
ieclionde  petits  trombuselgremeaux 
de  sang.  Cela  fait , les  accidens  dimi- 
nuèrent, et  petit  à petit  cessèrent.  Le 
lendemain  luy  feis  encores  iniection , 
en  laquelle  adioustay  centaure,  ab- 
synlbe  , aloés,  pour  encores  mieux 
mondifier  : mais  le  malade  tost  apres 
me  dit  qu’il  sentoit  vne  tres-grande 
amertume  en  la  bouche,  et  volonté 
de  vomir.  Akms  me  vint  en  mémoire 
auoir  veu  aduenir  vne  pareille  chose 
à l’hostel-Dieu  de  Paris,  à vn  quidam 
qui  auoit  vne  fistule  au  Thorax  : et 
considérant  que  telles  choses  ameres 
s'imbiboient  en  la  substance  des  poul- 
mons,  et  que  par  leur  rarilé  et  spon- 
giosité facilement  secommuniquoient 
à la  Trachée  artere  et  Oesophague, 
et  par  conséquent  à la  bouche,  cela 
fut  cause  que  n’y  appliquay  plus  (et 
ne  feray)  telles  choses  ameres  en 
telles  playes,  à cause  qu’elles  donnent 
plus  de  fascherie  au  malade  que  de 
bien.  Or  pour  conclure  , ladite  playe 
fut  si  bien  traitée,  qu’outre  mon  espé- 
rance le  malade  guarit. 


le  reciteray  sur  ce  propos  vne  autre 
bisloire.  Quelque  temps  y a que  fus 
appellépoür  traiter  vn  Gentil-homme 
Allemand,  au  logis  de  saint  Michel, 
rue  saint  Denys,  lequel  fut  blessé  d’ vn 
coup  d’espée  pénétrant  au  Thorax  : 
et  pour  le  premier  appareil  le  pensa 
vn  barbier  son  voisin,  et  meit  vne 
assez  grosse  tente  dedans  la  playe.  Le 
lendemain  visilay  ledit  Allemand,  et 
ayant  veu  sa  playe  et  examiné  s’il  y 
auoit  du  sang  coulé  au  dedans,  con- 
noissant  qu’il  n’y  en  auoit  point,  pour- 
ce  qu’il  n’auoit  fiéure  ny  pesanteur, 
et  qu’il  n’auoit  craché  du  sang  : lors 
luy  ostay  sa  tente , et  luy  instillay  de 
mon  baume  , et  par  dessus  vne  em- 
plastre  de  Diachalciteos , et  tost  apres 
fut  guari  : ce  que  ie  proteste  auoir  fait 
en  cas  pareil  par  plusieurs  fois.  Et  puis 
icy  attester,  que  par  tenir  trop  lon- 
guement des  tentes  és  playes  du  Tho- 
rax, icelles  degenerenten  fistules,  et 
sont  rendues  incurables  le  plus  sou- 
uent  L 

Andréas  à Cruce,  Médecin  tres-fa- 
meux  à Venise,  en  son  quatrième 
liure  , section  première  de  sa  Chirur- 
gie, parlant  des  playes  du  Thorax,  et 
comment  il  faut  tirer  le  sang  ou  autre 
humeur  de  la  capacité  d’iceluy,  re- 
commande entre  tous  remedes  l'em- 
plaslre  qui  s’ensuit  : duquel  voicy  les 
paroles  expresses  : 

« Nous  trouuons  tres-seur  etexpe- 
» dient  vser  de  l’emplastre  qui  s’en- 
» suit , aux  playes  du  Thorax  et  sem- 
» blables,  appliqué  extérieurement, 
» sans  mettre  aucunement  tentes  ny 
«canules,  que  ie  puis  asseurer,  et 
» prens  Dieu  à tesmoin,  qu’il  est  d’vn 

1 Ces  derniers  mots  : F.tsont  rendues  incu- 
rables le  plus  souuent,  manquent  encore  dans 
la  seconde  édition , de  même  que  la  citation 
qui  suit  d’André  de  la  Crois. 


DES  PLAYES  EN  P ARTIC.V LIER. 


>>  effet  merueilleux  : pour  raison  de- 
» quoy  il  est  appelle  Saint,  digérant 
» les  playes  profondes,  angustes  et 
» cauerneuses , roborant  les  parties 
» voisines , attirant  par  vne  mer- 
« ueilleuse  prouidence  les  matières 
» estranges  du  profond  et  centre  du 
» corps,  et  si  il  absterge,  desseiche  et 
» consolide  toute  playe  faite  d’es- 
» toc , sans  nullement  trauailler  le 
« malade.  C’esloit  des  secrets  de  de- 
» funt  mon  pere,  qui  a long  temps  re- 
» régné  en  ces  quartiers  auec  vne 
> honnesle  réputation1.  Il  est  préparé 
» comme  s'ensuit  : 

X.  Resinæ  pini  recentis  claræ  et  odoratæ 
3 • vijî 

Olei  laurini  puri , terebenthinæ  optira. 
ana  § . ij. 

Gummi  elemni  transparentis , garuis  ac 
boni  odoris  g.iiij. 

Misce. 

» 11  faut  tout  premièrement  mettre 
» la  résiné  et  la  gomme  en  vn  poillon 
» ou  petit  bassin  d’estain  sur  le  feu  , 
» le  remuant  iusques  à ce  qu’ils  soient 
» meslés  ensemble  l’vn  auec  l’autre: 
» puis  faut  adiousler  l’huile  laurin  et 
» la  lerebenthine , et  de  rechef  les 
» faire  rebouillir,  remuant  lousiours  : 
» et  lors  que  vous  verrez  que  ledit 
» médicament  viendra  espais , le  faut 
«passer  au  trauers  d’vn  gros  linge, 
» et  le  mettre  dans  vn  pot  de  terre 
«plombé  et  bien  bouché,  et  en  es- 
» tendre  sur  du  cuir,  et  faire  vn  em- 
» piastre  qui  couurira  non  seulement 
» la  playe,  mais  quatre  ou  cinq  doigts 
» és  enuirons , luy  donnant  iour  au 

1 A.  Paré  fait  ici  un  contre-sens  ; A.  de 
La  Croix  dit:  Hoc  erui  de  secrelis  honeslissimi 
pairis  mei , qui  in  hac  medicinæ  parte  dia 
magnus  vixit  experimeniaior.  Il  ne  parle  pas 
des  quartiers  où  son  père  a régné,  mais  de  la 
partie  de  la  médecine  qu’il  a exercée. 


99 

« milieu  , pour  donner  passage  aux 
» màlieres  estranges.  » 

11  faut  seulement  penser  lesdits  ma- 
lades vne  fois  le  iour  en  hyuer,  et 
deux  en  esté.  11  loué  aussi  grandement, 
comme  escrit  Galien  au  5.  liure  de  Lo- 
tis affectis,  et  au  chapitre  2.  du  5.  liure 
de  la  Melhode  , et  Dioscoride  , liure  5. 
chapitre  9.  l’vsage  du  melicratum  , 
qui  est  fait  de  deux  parties  d’eau  de 
riuiere  et  vne  de  miel.  Il  incise  et  at- 
ténué le  sang  caillé,  qui  autrement  ne 
pourroil  passer  pour  raison  de  l’an- 
gustie  de  la  playe , pris  en  potion  , ou 
bien  en  y faisant  iniection  dans  icelle 
playe. 

Galien  au  liu.  7.  des  Administrations 
Anatomiques , recite  ceste  histoire  , 
que  le  seruiteur  de  Marillus  Mimo- 
graphe  receut  vn  coup  surlebrichet, 
duquel  au  commencement  il  ne  fist 
compte  : et  en  apres  ne  fut  bien  con- 
duit ni  gouuerné.  Estre  passé  quatre 
mois,  il  monstra  de  la  fange  en  la  par- 
tie qui  auoit  esté  frappée  : celuy  qui 
la  pensoit,  la  voulant  euacuer,  tist 
incision  : et'  comme  il  cuidoil  deuoir 
estre  fait,  incontinent  list  venir  l’vl- 
cere  à cicatrice.  « Par  apres  ladite 
« partie  s’enflamma  de  rechef  et  s’a- 
« postema,  et  de  rechef  fut  incisée,  et 
« ne  fut  de  là  en  auanl  possible  la  ci- 
« calriser.  A celte  raison,  son  maistre 
« assembla  plusieurs  Médecins,  du 
« nombre  desquels  ie  fus , et  les  pria 
« consulier  de  sa  guarison  Or  comme 
« tous  cuiderent  la  maladie  estre  vn 
« sphacele  et  corruption  du  brichet , 
» se  voyant  et  apparoissant  le  mou- 
« uement  du  cœur  en  la  partie  senes- 
» Ire,  aucun  n’osa  entreprendre  de 
» couper  l’os  gaslé  et  corrompu  : lors 
» ie  promis  de  le  couper,  au  reste  ie 
« n’asseurois  point  le  guarir  parfaite- 
« ment.  Auoir  donc  coupé  l’os  cor- 
» rompu,  à l’endroit  où  luy  est  adhe- 


100 


LE  HV1TIÉME  LIVRE, 


» rente  la  pointe  de  l’estuy  du  cœur, 
» et  se  monstrant  le  cœur  tout  nud , 
» par-ce  que  son  estuy  ou  Péricarde 
« estoit  pourri  : en  cest  instant  nous 
» conceusmes  mauuaise  opinion  et  es- 
» perance  dudit  seruiteur  : ce  neant- 
» moins  il  fut  totalement  guari  en  peu 
» de  temps  : ce  que  ne  fust  aduenu , 
» si  on  n’eust  pris  la  hardiesse  de  cou- 
« per  l’os  gasté.  » 

Cecy  sont  les  paroles  de  Galien,  di- 
gnes de  grande  admiration  , comme 
vn  homme  a peu  viure,  luy  ayant  veu 
le  cœur  à nud  et  hors  de  son  cnue- 
loppeou  tunique,  nommée  Péricarde. 
Et  si  c’estoit  un  autre  que  ce  grand 
personnage  Galien  , difficilement  on 
le  pourroit  croire  '. 


CHAPITRE  XXXIII. 

CVRE  DES  PLAYES  DV  THORAX  OV 
POITRINE. 

Si  la  playe  pénétré  au  dedans  du 
Thorax , au  premier  appareil  ne  la 
faut  clore,  mais  sera  tenue  ouuerte 
deux  ou  trois  iours  : et  si  on  voit  le 
malade  estre  auec  peu  de  douleur, 
n’ayant  pesanteur  susle  Diaphragme, 

1 A.  Paré  n’a  pas  parlé  de  la  hernie  du 
poumon  à travers  la  plaie,  que  probable- 
ment il  n’avait  point  vue. 

On  connaît  le  premier  cas  de  ce  genre  ra- 
conté par  P.oland  de  Parme  et  par  Théodoric 
(voyez  mon  Introduction);  André  de  La  Croix 
le  rapporte  et  ajoute  - Hoc  eliam  fecisne  con- 
fitelur  egregius  nostrec œiaiis  ac liujus  inclyiœ  ci- 
v Hu lis  Veneliarum  chirurgus  francisons  Strata 
de  littrano , Aloisium  de  Buraiio  ejtts  socerum. 
— II  manque  quelque  chose  à la  construc- 
tion de  cette  phrase;  peut-être  faut-il  en- 
tendre que  c’est  à son  beau-père  même  que 
Strata  de  Burano  avait  réséqué  une  portion 
herniée  du  poumon.  — (>p.  cil.  f.  108  ver. 


et  qu’il  respire  bien,  lors  on  ostera  la 
tente  , et  la  playe  sera  consolidée  le 
pluslost  qu’il  sera  possible  , en  met- 
tant vn  linge  délié  beaucoup  plus 
grand  que  la  playe, couuert  de  baume 
agglutinatif , se  gardant  y mettre  de 
la  charpie,  de  crainte  qu’il  ne  soit  at- 
tiré au  dedans , lors  que  le  malade 
inspire1. 

D’auantage  les  tentes  que  Ton  ap- 
plique à telles  playes  , doiuent  estre 
attachées  ou  liées  aux  compresses,  et 
qu’elles  ayent  semblablement  la  teste 
grosse  et  large,  à fin  qu’elles  ne  puis- 
sent tomber  au  dedans  : car  estans 
tombées  causeroient  putréfaction  , et 
par  conséquent  la  mort  : parquoy  le 
ieune  Chirurgien  y prendra  garde.  On 
appliquera  sur  la  playe  vne  emplastre 
de  diachalciteos,  ou  autre  semblable. 

Son  régime , et  les  purgations  , sai- 
gnées , et  autres  choses  necessaires  , 
luy  seront  administrées , ainsi  qu’il 
sera  requis. 

Aussi  si  Ton  connoist  qu’il  fust 
tombé  beaucoup  de  sang  au  dedans 
du  Thorax,  il  faut  tenir  l’orifice  de  la 
playe  ouuerte  auec  grosses  tentes, 
iusques  à ce  que  la  sanie  causée  par 
ledit  sang  soit  vuidée  : et  si  le  cas  ad- 

1 Ce  conseil  appartient  à A.  l'uré,  aussi 
le  signale-l-il  par  cette  note  marginale  : 

Belle  annotation. 

Avant  lui,  les  avis  étaient  fort  partagés. 
Des  chirurgiens  arabistes  qui  avaient  pré- 
cédé Guy  de  Chauliac,  les  uns  voulaient 
qu’on  tint  toujours  ces  plaies  fermées,  les  au- 
tres toujours  ouvertes;  Guy  de  Chauliac,  par- 
tageant le  différend,  ferme  les  plaies  qui  ne 
lui  paraissent  pas  compliquées  d’épanche- 
ment intérieur,  et  c’est  encore  la  doctrine 
d’A.  de  La  Croix.  A la  vérité,  Jean  de  Vigo 
trouve  plus  sfir  de  tenir  la  plaie  ouverte  ; 
ruais  avec  moins  de  précision  que  Paré  , et 
surtout  il  n’indique  pas  aussi  nettement 
apres  quel  temps  il  faut  ôter  la  tente.  Voyez 
du  reste  mon  Introduction. 


DES  PLAYES  FÏÎ  PARTICVLIER. 


101 


uient  (qui  se  fait  le  plus  souuent , 
quelque  grande  diligence  que  l’on 
puisse  faire)  que  la  playe  dégénéré 
en  fislule  , lesquelles  peu  souuent  se 
guarissent,  par-ceque  les  muscles  du 
Thorax,  qui  sont  entre  les  costes, 
sont  en  perpétuel  mouuement , et 
aussi  que  par  dedans  ne  sont  couuerts 
que  de  la  membrane  pleurelique,  qui 
est  exangue  : ioint  aussi  que  la  playe 
n’a  point  d’appuy  pour  estre  com- 
primée , cousue  et  liée  pour  aider  à 
Nature  à rapprocher  les  labiés,  et  y 
faire  régénération  et  agglutination  : 
tout  cela  fait  que  les  fistules  en  cest 
endroit  sont  le  plus  souuent  incu- 
rables l. 

Or  pour  la  cure  il  faut , apres  les 
choses  vniuerselles  faites,  donner  au 
malade  de  la  potion  vulnéraire  , et 
luy  en  faire  des  inieclions  dedans 
ladite  fistule  : en  laquelle  on  adious- 

1 L’édition  de  1576  ajoute: 

« Et  iettent  grande  quantité  de  sanie  tous 
les  iours.  Ce  qui  se  fait  premièrement  des 
\apeurs  qui  ont  esté  eleuées  du  sang,  et 
tombant  au  dedans  , se  putréfié  (sic)  : lequel 
estant  putréfié,  esleue  vapeurs  putredineuses 
qui  montent  au  cœur  et  engendrent  fiéure, 
laquelle  escbaull'e  tout  le  corps , et  subtilie 
et  liquéfié  les  humeurs,  qui  puis  apres  sont 
enuoyées  au  lieu  blessé  pour  secourir  la  par- 
tie, qui  découlent  au  thorax  : ainsi  que  l’on 
voit  à vn  gigot  de  mouton  estant  en  la  bro- 
che, et  picqué  d’vn  coup  de  Cousteau,  tout 
le  ius  en  sortir,  de  façon  que  ledit  gigot  de- 
meure tout  deseiché:  ainsi  se  fait-il , quand 
Nature  veut  secourir  la  partie  vulnerée,  luy 
enuoye  grande  quantité  de  sang  et  autres 
humeurs  et  esprits  contenus  auec  luy  desquels 
se  consomment  et  tarissent  par  le  découle- 
ment  de  la  sanie  qui  sort  journellement 
de  l'vlcere,  qui  fait  que  le  malade  meurt 
hectique,  aride  et  sec.  » 

Tout  ce  passage  a été  retranché  en  1679; 
mais  la  théorie  en  a été  reproduite,  sauf  quel- 
ques modifications,  à la  fin  de  ce  chapitre , 
sous  ce  titre  : Problème. 


fera  du  sirop, des  roses  seiches,  et  miel 
rosat , et  vn  peu  d’eau  de  vie , auec 
vnesyringue  : et  où  il  y auroit  grande 
pourrilure,i’aysouuentesfoisadiousté 
de  l’onguent  Egypliac.  Et  faut  auoir 
esgard  à la  quantité  de  l’inieclion  , à 
fin  de  la  faire  sortir,  et  qu’il  n’y  en 
demeure  nulle  portion , s’il  est  pos- 
sible : car  y demeurant , nuist  à la 
partie  , par-ce  qu’elle  se  corrompt  es- 
tant là  retenue. 

Figure  d’vne  Syringue  pour  faire  inieclions  en 
quelques  parties  que  ce  soie , lors  qu’il  en 
faut  ielter  en  grande  quantité. 


L’iniection  sortie,  on  mettra  vne 
tente  cannulée  faite  d’or,  d’argent  ou 
plomb  , laquelle  sera  pertuisée  , à fin 
que  la  sanie  entre  en  icelle,  et  qu’elle 
soit  vuidée  par  dedans  ladite  cannuie. 
D’auantage  ne  faut  omettre  qu’elie 
soit  bien  liée , craignant  qu’elle  ne 


102 


LE  nVITlÉME  LIVRE, 


tombe  au  dedans  : et  à l’orifice  d’i- 
celle, on  y mettra  vne  grande  esponge 
trempée  en  vin  et  eau  de  vie , puis 
esprainte  et  toute  chaude  sera  mise 
sur  la  partie.  Ladite  esponge  sert  à 
clorre  l’orifice  de  l’vlcere,  de  peur  que 
l’air  extérieur  n’entre  au  dedans  : d’a- 
uantage  est  propre  pour  aucunement 
attirer  et  contenir  la  matière  sortant 
d’icelle , qui  se  fera  par  l’aide  du  ma- 
lade, lequel  souuent  tant  le  iour  que 
la  nuit,  bouchera  le  nez  et  la  bouche, 
et  poussera  son  vent , et  se  panchera 
du  costé  malade  , à fin  d’expurger 
ladite  sanie.  Or  ladite  cannule  sera 
ostée,  lors  que  la  fistule  iettera  peu  : 
puis  sera  cicatrisée. 

Figures  de  Tentes  cannulées,  auec  leurs  liens 
et  esponges.  — Note  que  lesdites  cunnules 
ne  doiuent  auoir  plusieurs  trous  , comme  lu 
vois  par  ces  figures,  mais  seulement  deux  ou 
trois  en  leurs  extrémités , à raison  que  lu  chair 
s’imprime  et  entre  dedans  lesdits  trous , qui 
est  cause  qu’on  ne  les  peut  retirer  sans  dou- 
leur et  nuire  à la  playe.  Icle  sais  pour  1 auoir 
expérimenté  *. 


Et  si  la  fistule  ne  pouuoit  estre  cu- 
rée, à cause  que  l’orifice  d’icelle  est 


1 Cette  dernière  phrase  manque  dans  la 
première  édition.  Il  est  remarquable  du  reste 
que  les  figures  qui  suivent,  déclarées  mau- 
vaises par  l’auteur  dès  l’édition  de  .575, 
n’ont  jamais  été  changées.  C’est  parcelle  rai- 
son que  je  les  ai  conservées;  en  effet,  la  ca- 
nule, telle  que  l’indique  A.  Paré,  serait  bien 
mieux  représentée  par  celle  qui  est  figurée 
au  chap.  des  Plages  du  nez  (voyez  ci-devant 
pag.  87  ) , et  qui  ressemble  d’ailleurs  au 
pyulque  des  anciens,  tel  que  le  représente 
André  de  La  Croix,  Op.  cit.,  fol.  102. 


en  la  partie  supérieure,  alors  faudroit 
faire  vne  contre-ouuerlure,  ainsi  que 
nous  auons  dit  cy  dessus  de  l’Em- 

pyeme. 

le  veux  en  cest  endroit  aduertir  le 
ieuneChirursienqu'à  aucuns  lespoul- 
mons  sont  attachés  contre  les  cosles 
(comme  souuent  il  se  voit  par  l’ou- 
uerlure  des  corps  morts)  qui  fait  qu’à 
tels,  si  on  fail  vne  contre-ouuerture 
au  Thorax  , rien  n’en  peut  sortir  : en 
ce  cas  le  Chirurgien  est  frustré  de  son 
intention  : pour  cela  ne  faut  pas  qu’il 
délaissé  vne  autre  fois  faire  telles  ou- 
uerlures  quand  il  en  sera  besoin  : car 
telle  adhérence  ne  se  voit  pas  tous- 
iours,  mais  rarement  *. 

Une  playe  faite  aux  Poulinons  se 
peut  guérir,  pounieu  qu’elle  ne  soit 
trop  grande,  qu’elle  soit  sans  inflam- 
mation , et  qu’elle  soit  faite  aux  ex- 
tiemités,  et  non  en  la  partie  supé- 
rieure, et  que  le  malade  se  tienne  en 
repos  sans  toussir  ny  parler,  et  sans 
grandement  haleiner.  Car  si  le  ma- 
lade tousse,  la  playe  se  dilatera,  et 
y suruiendra  inflammation  : puis  la 
vertu  expultrice  s’efforçant  ietter  ce 
qui  luy  nuist  par  la  toux  (car  les  poul- 
inons ne  se  peuuent  purger  que  par 
tel  moyen)  en  toussant  l’vlcere  se  di- 
late de  plus  en  plus,  et  ainsi  la  playe 
s’aggrandist  et  l’inflammation  ac- 
croist , et  par  ainsi  demeure  incurable, 
et  le  malade  meurt  tabide  dudit  vl- 
cere  aride  et  sec. 

Et  pour  mondifier,  agglutiner  et  ci- 
catriser la  playe,  on  fera  vser  au  ma- 
lade d’aliments  et  medicamens  em- 

1 Ce  paragraphe  ne  se  lit  ici  dans  aucune 
édition  d’A.  Paré.  Il  m’a  fallu  le  reprendre 
à la  fin  du  chap.  x de  ce  même  livre  où  il  a 
été  placé  par  erreur  à partir  de  la  deuxième 
édition,  pour  le  remettre  ici  à sa  véritable 
place. 


DES  PLAYES  EN  PARTICULIER. 


plastiques,  austères  et  astringens, 
comme  terre  sigillée , bol  d’armenie, 
hypocistis,balaus(e,plantin,  renouée, 
berberis,  sumach,  acacia  et  leurs  sem- 
blables, desquels  on  fera  vser  au  ma- 
lade en  potageet  lobots,  y mettant  du 
mielrosat,  qui  leur  fera  comme  véhi- 
culé, etaideraàdetergeretm  ndifier 
la  playe  *.  Et  lors  que  le  malade  vsera 

1 André  de  La  Croix  expose  longuement 
tous  les  simples  recommandés  en  potion  pour 
les  plaies  de  poitrine  demeurées  fistuleuses; 
et  après  avoir  cité  Galien , les  Arabes  et  les 
arabistes,  il  ajoute  : 

« Mais  comme  les  Allemands  se  servent 
pour  ces  opérations  seulement  de  quatre 
herbes,  lesquelles  ont  été  fort  recommandées 
par  Théophraste,  le  peuple  les  a appelées 
herbes  allemandes,  savoir  1°  la stelluria  mon- 
laua,  qu’ils  nomment  sanichel  et  sinaul , et 
que  nous  appelons  alchimille  et  pied-de-lion, 
ou  par  corruption  du  mot  allemand,  sanicle, 
sanicula  ;2°  le  garinphiluta  benedictum , qu’ils 
appellent  t lurtz  et  seulem , et  qui  porte  parmi 
nous  les  noms  de  sanamunda  et  diaponsia  ; 
3°  la  clémalide  qu’ils  nomment  singrien  , 
uintegrun  et  ungrun,  et  nous  liiemalis,  vinca  et 
provinca.  La  quatrième  est  une  espèce  de 
trèfle  dite  trinitas. 

» A celles-ci  les  Français  ajoutent  Yéritro- 
danum,  et  nous  le  lierre  terrestre  et  la  peraria 
qu’ils  appellent  pirola. 

» Tous  ces  simples  sont  toujours  conservés 
tout  prêts  à Venise  parce  diligent aromataire, 
Angclo  Cecchino  Martinello,  le  premier  des 
simplicistes  de  notre  temps.  On  les  fait  bouil- 
lir dans  du  vin  blanc  de  montagne,  ou  dans 
de  l’eau  ou  du  vin  , selon  les  habitudes  du 
blessé  et  la  nature  des  symptômes , et  ajou- 
tant du  miel  on  fait  prendre  cette  potion 
tiède,  à la  dose  de  quatre  onces  ou  d’une 
demi-livre  à la  pointe  du  jour  et  quatre 
heures  avant  le  repas.  Les  herbes  doivent 
être  cueillies  dans  des  lieux  montueux,  pen- 
dant la  canicule  et  desséchées  à l’ombre.  J’ai 
connu  àFeltre,  en  1 64 5,  époque  où  je  rédi- 
geais ces  Institutions  de  Chirurgie,  un  chi- 
rurgien de  campagne  qui  donnait  à ses 
patients  matin  et  soir  un  verre  de  très  bon 


103 

de  lohots,  sera  couché  à l'enuers , et 
luy  sera  commandé  tenir  lesdilslohots 
longuement  en  la  bouche  , en  relas- 
ehant  les  muscles  du  larynx  : ce  fai- 
sant le  médicament  coulera  peu  à peu 
le  long  des  parois  delà  Trachée  artere. 
Et  faut  se  garder  qu’il  ne  deflue  trop 
à coup,  de  peur  d’exciter  la  toux  : mais 
qu’il  descende  par  dedans  la  Trachée 
artere,  ainsi  que  fait  l’eau  le  long  d’vn 
mu  r : ce  faisant  la  toux  ne  sera  excitée. 
Le  lait  de  vache,  ou  d’asnesse,  ou  de 
chéure,  sont  propres,  ausquels  sera 
adiouslé  du  miel , qui  le  garde  se  coa- 
guler en  l’estomach.  Celuy  de  femme 
est  excellent  par  dessus  tous  *. 

Le  sucre  rosat  est  fort  singulier  en 
ce  cas  , et  recommandé  grandement 
par  Auicenne  : comme  ayant  vertu 
ensemble  de  mondifier  et  astraindre  , 
qui  sont  les  deux  choses  souhaitables 
en  vn  vlcere.  Mais  de  tant  que  comme 
nous  auons  noté  cy  devaut , la  fiéure 
hectique  suruient  aisément  et  assez 
souuent  aux  playes  et  maladies  des 
parties  Thoraciques  , et  nommément 
du  Poulmon,  il  sera  bon  de  dire  quel- 
que chose  de  la  façon  de  penser  telle 
sorte  de  fiéure  : à fin  que  le  Chirurgien 

vin  blanc  avec  trois  drachmes  de  poudre  de 
choux  rouges,  et  il  était  fort  heureux  dans 
le  traitement  de  ces  plaies.  » Dp.  citai. , 
fol.  106. 

Il  recommande  d’ailleursde  ne  pas  donner 
de  ces  potions  avant  le  quatorzième  jour  si 
la  plaie  est  accompagnée  d’une  forte  fièvre; 
autrement  on  peut  y recourir  à partir  du 
septième  jour. 

1 Le  chapitre  s’arrête  ici  dans  l’édition  de 
1575.  Tout  ce  qui  suit  jusqu’au  cliap.  34  a été 
ajouté  en  1579;  de  même  qu’un  chapitre  fort 
éiendu  sur  la  fièvre  hectique,  que  nous  avons 
retranché,  parce  qu’il  se  retrouve  bien  plus 
étendu  encore  au  l’raitédesfiéures. 

L’édition  latine  a passé  le  problème  tout 
entier  sous  silence. 


LE  HVITIEME  LIVRE 


104 

en  l’absence  dn  Médecin , aye  dcquoy 
donner  quelque  contentement  et  al- 
légeance au  malade,  en  attendant  que 
la  venue  du  Médecin  désiré , et  en  tel 
cas  bien  necessaire,  puisse  apporter 
quelque  plus  grand  secours  et  gué- 
rison entière. 

PROBLEME. 

Pourquoy  est-ce  que  les  playes  faites  en 
la  substance  des  Poulmons,  causent 
fistules,  desquelles  sort  grande  quan- 
tité de  matière  purulente  et  fetide , 
qui  fait  que  les  malades  meurent  ta- 
bides  et  cliques. 

Est-ce  point  que  le  Poulmon  vlceré 
attire  beaucoup  de  sang  du  cœur  par 
la  veine  arterieuse  , comme  d’vne 
pompe,  et  l’ayant  attiré  ne  le  peut  as- 
similer, ains  se  corrompt  et  tourne 
en  sanie  fetide,  à raison  qu’elle  est  re- 
tenue enclose  au  Thorax  sans  pouuoir 
estre  euentilée,  laquelle  est  iettéepar 
la  playe  et  quelquesfois  par  vomisse- 
ment , et  par  les  selles  et  vriues  ? Or 
ladite  sanie  eschauffe  les  parties 
qu’elle  touche  et  croupit , comme  le 
Diaphragme  et  autres  parties  du  Tho- 
rax, et  d’elle  s’esleuent  vapeurs  pu- 
tredineuses , lesquelles  sont  commu- 
niquées au  cœur  et  au  cerueau,  dont 
s’ensuit  plusieurs  accidens,  et  princi- 
palement fiéure  hectique  et  colliqua- 
tiue,  et  alteration  de  l’esprit  de  la 
respiration  : qui  est  la  cause  pour- 
quoy les  anciens  ont  appellé  telle  ma- 
ladie Thcrioma,  pour  la  voracité  de 
l’vlcere,  laquelle  s’aggrandist  tous- 
iours  par  le  moyen  du  mouuement 
du  Poulmon.  Qu’il  soit  vray,  vérita- 
blement i’ay  fait  plusieurs  ouuertures 
de  corps  morts  par  coups  d’harque- 
buses,  dont  le  boulet  ne  pouuoit  estre 
plus  gros  que  le  bout  du  doigt,  neant- 
moins  ie  trouuois  la  playe  au  Poul- 


mon grande  à mettre  vn  esteuf  h Or 
ceste  vlcere  attire  à soy  le  sang,  com- 
me vn  loup  affamé,  de  la  veine  arte- 
rieuse du  cœur,  et  le  cœur  de  la  veine 
caue , dont  tout  le  corps  en  est  con- 
sommé et  rendu  sec , aride  et  etique  : 
dont  la  mort  s’ensuit. 

Et  quant  aux  fistules  , aucunes , 
neantmoins  que  le  Poulmon  ne  soit 
point  vulneré , ne  laissent  à ietter 
grande  quantité  de  matière  puru- 
lente, par-ce  qu’elles  sont  voisines  du 
cœur,  qui,  fontaine  du  sang  (selon  l’v- 
sance  commune  de  Nature,  qui  est  de 
secourir  la  partie  affligée,  tant  qu’elle 
peut,  de  sang  et  esprits,  venant  des 
rameaux  de  la  veine  azygos)  en  four- 
nit sans  fin  et  sans  mesure  ausdites 
parties  offensées,  sans  ce  que  d’elles 
mesmes , par  douleur,  ou  par  cha- 
leur, ou  par  leurs  mouuemens  (com- 
me les  Poulmons  et  Diaphragme)  en 
peuuenl  attirer  à soy.  Or  ce  sang 
Huant  etenuoyé,  ne  péchant  ny  en 
quantité  ny  en  qualité,  imbu  de  la 
malignité  de  la  partie  vulnerée , se 
fait  purulent  : d’où  vient  que  tous- 
iours  nouvelle  sanie  s’engendre  et 
desgorge  à la  playe , ou  vlcere , qui 
en  fin  conduit  le  malade  en  vn  ma- 
rasme, le  rendant  sec,  aride  et  etique: 
dont  le  plus  souuent  le  malade  meurt 
d’vne  fiéure  hectique. 


CHAPITRE  XXXIV. 

DES  PLAYES  DV  VENTRE  1NFERIEVR  , 
DIT  EPIGASTRE. 

Apres  auoir  sommairement  traité 
des  playes  du  Thorax,  reste  mainte- 
nant à parler  de  celles  du  ventre  in- 

1 Esieul  balle  de  jeu  de  paume. 


DES  PLAYES  EN  PARTfCVLIER. 


1 00 


ferieur , dont  les  vnes  sont  faites  par 
denant,  les  autres  par  derriefe  : au- 
cunes sont  superficielles,  les  autres 
pénétrent  au  dedans:  d’autres  pas- 
sent de  part  en  part  au  trauers  du 
corps,  et  quelquesfois  l’instrument  de- 
meure dedans  : aucunes  sont  auec lé- 
sion des  parties  contenues,  comme  du 
foye,  râtelle,  estomach  , intestins, 
reins  : et  aucunes  d’icelles  sont  si 
grandes,  que  partie  de  l'Omentum 
sort  de  dehors  : autres  pénétrent jus- 
ques  en  la  substance  de  Pancréas  : 
autres  à la  vessie  et  pores  vreteres  : 
autres  en  la  matrice , et  corps  des 
grands  vaisseaux.comme  de  la  grande 
veine  ou  artere. 

Or  les  signes  que  le  foye  est  blessé, 
c’est  qu’il  sort  grande  quantité  de  sang 
par  la  playe,  et  le  blessé  sent  vne  dou- 
leur pongitiue,  quis’estendiusques  au 
cartilage  Xiphoïde  ou  Scutiforme,  au- 
quel est  attaché  : quelquesfois  le  blessé 
vomit  purecholere,  et  se  trouve  mieux 
d’estre  couché  sus  le  ventre  qu’en 
autre  maniéré. 

Si  l’eslomach  ou  aucuns  des  intes- 
tins gresles  sont  offensés,  le  manger  et 
boire  sort  par  la  playe  , les  flancs  se 
tuméfient  et  deuiennent  durs,  le  ma- 
lade a le  hocquet , et  vomit  souuen- 
tesfois  pure  cholere,  a grande  douleur 
et  contorsion  au  ventre,  luy  survien- 
nent petites  sueurs  et  refroidissement 
des  extrémités  : et  si  les  gros  intestins 
sont  vulnerés , la  matière  fecale  sort 
par  la  playe. 

Si  la  râtelle  est  naurée,  le  sang  sort 
du  costé  seneslre  gros  et  noir , et  le 
malade  est  altéré , et  a les  mesmes 
signes  que  nous  auons  dit  du  foye. 

Si  les  rongnons  sont  offensés,  le  ma- 
lade a difficulté  d’vriner , et  pisse  du 
sang:  a douleur  aux  aines,  à la  verge, 
et  testicules. 

Si  la  vessie  ou  pores  vreteres  sont 


naurés,le  malade  sent  douleur  aux 
flancs  , les  parties  du  penil  sont  ten- 
dues , et  au  lieu  d’vrine  fait  du  sang, 
ou  l’vrine  sanglante,  et  quelquesfois 
mesme  sortent  par  la  playe. 

Si  la  matrice  est  vulnerée,  il  sort  du 
sang  par  les  parties  honteuses  , et  ont 
presque  semblables  accidens  que 
ceux  de  la  vessie. 

Les  playes  faites  au  foye  sont  mor- 
telles , par  ce  que  c’est  la  partie  qui 
sanguifie  et  est  necessaire  à la  vie  : 
aussi  que  la  veine  caue  ou  porte  sont 
incisées  en  leurs  rameaux,  dont  s’en- 
suit grande  hémorrhagie,  ou  flux  de 
sang,  qui  coule  non  seulement  aux 
parties  intérieures , mais  aussi  aux 
extérieures,  dont  les  esprits  s’exha- 
lent : ou  pour  ce  que  le  sang  qui  est 
coulé  aux  parties  intérieures,  s’es- 
chauffe  et  pourrit  , dont  s’ensuit 
douleur , inflammation  , et  par  consé- 
quent la  mort.  Toutesfois  Paulus 
Ægineta  dit,  qu’une  partie  et  por- 
tion du  lobe  du  foye  peut  estre  ostée 
sans  mort  '. 

Aussi  les  playes  de  l’estomach , in- 
festins gresles  , et  principalement  du 
leiunum  ( pour  la  multitude  des  vais- 
seaux qui  sont  en  iceluy , et  pour  la 
subtilité  de  sa  substance  nerueuse , 
aussi  pource  qu’il  reçoit  la  cholere  du 
cyslis  feliis)  sont  mortelles2  : pareil- 
lement celles  de  la  râtelle,  rongnons , 
vaisseaux,  vreteres,  vessie,  matrice, 
cyslis  feliis,  sont  pernicieuses,  et  sou- 
uent  mortelles,  pource  que  l’vsagc  de 
telles  parties  est  necessaire  à la  vie , 
et  aussi  qu’aucunes  sont  exangues,  et 
nerueuses,  et  que  par  icelles  passent 
les  humidités  exercmenteuses,  et  qu’il 
est  difficile  d’appliquer  les  remedes  , 
à cause  qu’elles  sont  en  la  profondité 

1 Paul.  Ægin.  ch,  88,  liu.  C.  — A.  P. 

'l  Ilipp.  Aphor.  18.  liu.  6.  — A.  P. 


10b  LE  HVIT1EME  LIVRE 


du  corps  : et  partant  sont  dites  mor- 
telles, et  principalement  si  elles  sont 
grandes. 

Mesmes  toutes  playes  qui  pénétrent 
seulement  en  la  profondilé  des  ven- 
tres , sans  lésion  des  parties  internes , 
sont  fort  dangereuses:  parce  que  l’air 
ambiens  ou  extérieur  entre  dedans, 
lequel  n’estant  élaboré , nuit  grande- 
ment aux  parties  intérieures,  ioint  que 
les  esprits  s’exhalent , dont  les  vertus 
sont  rendues  imbecilles  : et  pour  ce 
qu’on  ne  peut  bien  mondifier  telles 
playes,  qui  est  cause  qu’elles  degene- 
rent  en  fistules,  principalement  au 
Thorax,  comme  auons  dit,  se  fait  col- 
lection de  matière , dont  en  fin  la 
mort  s’ensuit. 

Toutesfois  i’ay  pensé  plusieurs  qui 
auoient  des  coups  d’espée  et  de  pis- 
toles  au  trauers  du  corps,  qui  sont 
guéris.  Et  pour  tesmoignage  de  ce, 
i’ay  pensé  en  la  ville  de  Melun  l’Ar- 
gentier de  l’Ambassadeur  du  Roy  de 
Portugal , qui  auoit  un  coup  d’espée 
au  trauers  du  corps,  par  lequel  les 
intestins  furent  vulnerés,  en  sorte 
que  quand  on  l’habilloil , sortoil  par 
laplaye  assez  grande  quantité  de  ma- 
tière fecale,  neantmoins  ledit  Argen- 
tier a esté  guéri  *. 

Mesme  ces  derniers  iours  ie  fus  ap- 
pelé pourvn  gentilhomme  natif  de  Pa- 

1 On  trouve  déjà  celte  histoire  dans  la 
deuxième  édition  du  Traité  des  playes  d’hac- 
quebutes,  1562,  fol.  79;  seulement  A.  Paré 
dit  qu’il  a pansé  le  malade  auec  maistre  Ni- 
cole Lauemauh.  Elle  y est  de  plus  immédia- 
tement suivie  de  cette  autre:  Et  d’auantage 
vn  gettli'homme  de  Vitrey  en  Bretagne  fut 
blessé  d’vn  coup  pareil,  lequel  apres  auoir  esté 
pensé  par  maistre  Gnard,  à présent  Chirurgien 
du  Boy,  et  mog,  ne  mourut. 

Celle-ci  a été  retranchée  à partir  de  l’édi- 
tion de  15G4  , peut-être  parce  que  Paré, 
alors  simple  barbier-chirurgien,  n’avait  eu 


ris,  nommé  Gilles  le  Maistre,  seigneur 
de  Belle-iambe,  demeurant  à la  rue 
saint  André  des  Arts,  en  la  présence 
de  messieurs  Botal,  Médecin  ordinaire 
du  Roy  et  de  la  Royne,  et  Richard 
Hubert,  Chirurgien  ordinaire  dudit 
Seigneur,  et  Iacques  Guillemeau  Chi- 
rurgien du  Roy  et  Iuré  à Paris,  hom- 
mes sçauans  et  bien  experiment  en  la 
Chirurgie:  lequel  auoit  receu  un  coup 
d’espée  au  trauers  du  corps,  dont  par 
plusieurs  iours  ietla  le  sang  par  la 
bouche  et  siégé,  en  assez  grande  quan- 
tité, qui  denoloit  les  intestins  estre  of- 
fensés : toutesfois  en  quinze  ou  vingt 
iours  fut  guéri. 

Pareillement  les  playes  des  grands 
vaisseaux  sont  mortelles , pour  la 
grande  effusion  de  sang  et  d’esprit  qui 
s’en  ensuit  '. 


CHAPITRE  XXXV. 

CVRE  DES  PLAYES  DV  VENTRE  INFE- 
RIEVR 1  2. 

Quant  à la  curation,  il  faut  considé- 
rer si  la  playe  pénétré  en  la  capacité 
ou  non  : et  celles  qui  ne  seront  que 
jusqu’au  Péritoine , seront  traitées 
comme  playes  simples , qui  deman- 

que  fort  peu  de  part  à une  cure  dirigée  par 
un  chirurgien  de  Saint -Côme.  Il  est  bon 
d’ajouter  que,  pour  l’histoire  précédente,  la 
mention  de  Nicole  Lavernault  a également 
été  retranchée  dès  l’édition  de  1664. 

1 Cornélius  Celsus,  lin.  5,  ch.  26.  — A.  T. 

2 Toute  la  doctrine  de  cechapilre  se  trouve 
dans  Guy  de  Chauliac,  où  le  sujet  est  même 
traité  avec  bien  plus  d’étendue.  Ce  qui  ap- 
partient à Paré  se  réduit  à la  ponction  des 
intestins  gonflés  de  gaz,  et  à la  défense  d’ad- 
ministrer des  clystères  ; Guy  de  Chauliac  les 
avait  conseillés. 


DES  PLA.YES  EN  PARTICVLIER. 


dent  seule  vnion  : mais  celles  qui  sont 
en  la  capacité  requièrent  autre  cura- 
tion : car  souuent  les  intestins  ou 
omentum,  ou  tous  deux  ensemble, 
sortent  par  la  playe. 

Quelquesfois  aussi  l’intestin  est 
blessé,  lequel  doit  estre  cousu  delà 
suture  du  pelletier  à petits  points, 
comme  nous  auons  dit  cy  dessus,  puis 
ietter  dessus  poudre  de  mastic  , 
myrrhe,  aloés,  bol  : et  la  suture  estant 
faite  , doit  estre  remis  au  dedans  pe- 
tit à petit,  et  non  tout  à coup,  faisant 
situer  le  malade  au  contraire  de  la 
playe  : comme  s’il  est  blessé  à la  par- 
tie dextre,  il  doit  reposer  sur  le  costé 
gauche,  et  au  contraire  : et  si  la  playe 
est  aux  parties  inferieures,  le  faudra 
souleuer,  ayant  les  fesses  plus  hautes 
que  la  teste  : et  si  elle  est  aux  parties 
supérieures,  faut  faire  situer  le  ma- 
lade au  contraire,  à fin  que  les  intes- 
tins tombent  en  prestant  place  à re- 
mettre ceux  qui  sont  sortis. 

Or  souuentesfois  les  intestins  se  tu- 
méfient et  enflent,  à cause  de  quel- 
ques ventosités  qui  y sont  contenues, 
et  pour  l’air  ambiens  qui  les  a refroi- 
dis et  fait  enfler,  qui  est  cause  que 
difficilement  sepeuueut  remettre  : et 
pource  le  Chirurgien  fera  fomenta- 
tions ausdits  intestins,  de  décoctions 
resoluentes  et  discutientes , ausquel- 
les  aura  cuit  camomille,  melilot,  se- 
mence d’anis , fenoüil  : ou  bien  appli- 
querez dessus  iceux  intestins,  vne  vo- 
laille viue  tranchée  par  le  milieu,  ou 
bien  de  petits  chienneaux , ou  vne 
vessie  de  porc  à demy  pleine  de  la  dé- 
coction susdite  : car  tel  e chaleur  dis- 
cute et  resoult  merueilleusement  les 
ventosités  contenues  ausdits  intestins, 
et  conforte  la  partie.  Et  si  par  tels  re- 
medes  les  ventosités  ne  peuuent  estre 
dissipées,  et  que  l’orifice  de  la  playe 
soit  estroit,  il  sera  expédient  de  la  di- 


107 

later,  à fin  de  donner  lieu  à les  re- 
mettre plus  facilement. 

El  s’ils  sont  incisés,  ils  doiuent  estre 
recousus,  principalement  les  gros,  et 
non  lesgresles,  s’ils  ne  sont  du  tout 
altérés  et  changés  de  couleur  et  cha- 
leur naturelle.  Or  ils  se  corrompent 
en  peu  de  temps  par  l’air  extérieur. 
La  maniéré  de  faire  la  couslure,  c’est 
qu’il  faut  les  recoudre  comme  font 
les  pelletiers  leurs  peaux  : et  apres,  de 
peur  que  la  matière  fecale  ne  sorte 
hors,  on  mettra  sur  la  playe  un  peu 
depoudrede  mastic  subtilement  pul- 
uerisé , puis  les  remettre  dedans  le 
ventre  : et  faut  que  les  bouts  du  fil 
soyent  passés  hors  de  la  playe,  à fin 
que  l'intestin  repris  on  le  puisse  reti- 
rer. Or  quand  la  playe  faite  au  ven- 
tre est  si  estroitte  qu’on  ne  puisse  ré- 
duire les  boyaux  au  dedans , il  faut 
accroistre  la  plaie  auec  vne  historié 
ayant  in  bouton  au  bout,  el  qu’elle 
ne  tranche  que  d’un  costé,  de  peur 
qu’en  faisant  l’incision  pour  aggran- 
dir  la  p!a\e,  on  ne  blesse  les  boyaux. 
Et  si  les  intestins  sont  si  enflés  de 
ventosités , qu’on  ne  les  puisse  ré- 
duire , lors  on  les  fomentera  d’eau 
chaude,  auec  huile,  puis  apres  de 
gros  vin  noir  tiede  et  astringent,  et 
autres  choses  cy  dessus  dites.  Et  s’il 
y auoil  si  grande  quantité  de  vents  , 
qu’ils  ne  poussent  estre  réduits,  il  les 
faut  percer  auec  vne  aiguille  pour 
faire  soriir  les  vents,  ainsi  qu  on  voit 
vne  vessie  de  porc  remplie  de  vents , 
lors  qu’on  la  perce  d’vne  espingle,  le 
vent  sort.  Ce  que  i’ai  fait  aux  intes- 
tins auec  heureuse  issue.  Cela  fait , 
il  les  faut  réduire  au  dedans  commen- 
çant aux  derniers  sortis , à fin  que 
chacun  puisse  estre  remis  en  sa  place  : 
et  pendant  qu’on  les  pousse  dedans  le 
ventre  , faut  que  le  blessé  retire  son 
haleine.  Et  estans  réduits,  il  faut  cou- 


ioS 


LE  HV1TIÉME 

•Ire  la  playe , et  y faire  tant  de  points 
qu’il  sera  de  besoing 

Et  si  la  playe  est  grande , il  faudra 
faire  la  cousture  nommée  des  anciens 
Gastrorapliie.  C’est  que  le  premier 
point  prenne  la  léure  de  la  playe 
a uec  le  Péritoine,  et  la  léure  de  l’au- 
tre costé  laisse  le  Péritoine,  ne  pre- 
nant que  la  chair,  et  de  l’autre  costé 
le  Péritoine.  Et  faudra  faire  cela  tant 
do  fois,  qu’il  sera  necessaire  pour  re- 
coudre toute  la  playe.  Or  telle  cous- 
turc  a eslé  inuentée  des  anciens  à 
bonne  raison,  parce  que  si  on  prenoit 
le  Péritoine  tant  d’vn  costé  que  d’au- 
tre, il  banderoit  et  se  deschireroit , et 
demeureroit  vne  espace  vuide  à l’en- 
droit de  la  playe,  qui  feroit  que  les  in- 
testins feroient  vne  tumeur  sembla- 
ble aux  hargnes  intestinales.  Apres 
auoir  réduit  les  boyaux’,  et  recousu 
la  playe , le  malade  doit  estre  vn  peu 
esbranlé  et  secoüé,  à fin  que  les 
boyaux  se  remettent  d’eux  mesmes 
en  leur  place.  Tout  cela  fait , on  ap- 
pliquera sur  la  playe  remedes  propres 
aux  playes  recentes1  2. 

1 Tout  ce  long  paragraphe  n’est  en  quel- 
que sorte  que  la  répétition  de  ce  qui  avait 
été  dit  au  commencement  du  chapitre,  mais 
avec  des  modifications  et  des  additions  qui 
complètent  la  doctrine  de  l’auteur , comme 
l’emploi  du  bistouri  boutonné,  la  ponction 
des  intestins  gonflés  de  gaz,  etc.  La  date 
exacte  de  ce  paragraphe  n’est  donc  pas  sans 
quelque  intérêt  ; il  n’existe  encore  ni  dans 
les  deux  premières  éditions  françaises,  ni 
dans  la  traduction  latine,  et  n’a  été  publié  au 
plus  tôt  qu’en  15S5. 

2 Ce  paragraphe  se  trouvait  rejetté  un  peu 
plus  bas  dans  les  deux  premières  éditions,  à 
la  suite  de  ce  qui  a rapport  à l’omentum,  où 
même  nous  trouverons  encore  mentionnée 
la  gastrorapliie.  Le  texte  était  assez  dillérent 
pourêtre  reproduit  ici  : 

« Or  telle  suture  se  fait  en  ceste  manière. 
L’esguille  doit  estre  passée  au  trauersde  la 


LIVRE, 

Si  l'Omentmn  est  sorti,  doit  estre 
remis  le  plustost  qu’il  sera  possible  •. 
car  il  est  suiet  à soy  putréfier,  es- 
tant de  substance  pinguedineuse , la- 
quelle estant  exposée  à l’air , se  con- 
gelé et  sa  chaleur  naturelle  s’esteint, 
et  lost  apres  tourne  à pourriture.  Ce 
qui  est  prouué  par  Hippocrates  di- 
sant , Si  le  Zirbus  vient  à sortir  hors, 
il  pourrira  >.  Ce  que  le  Chirurgien 
connoistra  lors  qu’il  sera  liuide , noi- 
raslre,  et  refroidi  au  tact,  et  lors  ne 
le  remettra  ainsi  putréfié:  caries  par- 
ties d’iceluy  corrompues  pourroient 
endommager  les  autres  : mais  le  liera 
auec  un  fil  netors,  au  dessus  de  la  pu- 
tréfaction, et  extirpera  ce  qui  est  cor- 
rompu , et  sera  réduit  en  son  propre 
lieu.  Toutesfois  on  doit  laisser  pen- 
dre le  filet,  à fin  d’attirer  ce  que  par 
le  moyen  du  filet  qui  auroit  esté 
serré , pourroil  cheoir  en  la  capacité 
du  ventre.  Aucuns  ont  voulu  laisser 
l’Omentum  dehors  estant  lié  : ce  que 
faut  bien  garder  de  faire,  à cause  que 
ce  faisant , il  est  tenu  suspendu , n’es- 

premierc  léure  , prenant  seulement  le  péri- 
toine : de  l’autre  léure  on  ne  prendra  que 
la  chair,  et  non  le  péritoine:  puis  l’autre 
point  se  fera  au  contraire,  et  ainsi  continuer 
iusquesàce  qu’il  suffira  : car  par  tel  moyen 
se  fera  consolidation  dudit  péritoine  auec  la 
partie  charneusc  : et  si  aucun  fait  le  con- 
traire, il  s’ensuit  vn  inconucnient  qui  n’est 
de  petite  conséquence:  c’est  que  le  péritoine 
estant exangue  ne  se  peut  ioindre  si  ce  n’est 
par  le  bénéfice  de  la  chair  : et  n’estant  ioint, 
demeure,  apres  la  consolidation  de  la  playe, 
vne  tumeur  qui  ne  peut  ou  bien  difficile- 
ment estre  guarie.  Apres  auoir  fait  telle  su- 
ture, la  playe  sera  traitée  et  consolidée  ainsi 
qu’il  appartiendra.  » 

Ce  méchant  procédé,  appuyé  sur  d’aussi 
méchants  raisonnements,  est  d’ailleurs  co- 
pié de  Galien,  que  Paré  cite  en  marge: 
Au  liure  C de  la  Méthode,  ch.  4. 

1 Hipp.  Apho.  58.  liu.  G.  — A.  P. 


DES  PLAYES  EN 

tant  couché  sur  les  intestins,  qui  est 
sou  propre  lieu  : dont  s'ensuit  g rande 
douleur  , et  tranchées  au  ventre  : qui 
pourroit  faire  quelque  pourriture , 
comme  chose  eslrange  à Nature  : et 
pour  euiler  tels  accidens,  le  faut  re- 
mettre comme  nous  auons  dit.  Lors 
que  l’intestin  et  Omentum  sont  remis, 
la  playe  estant  grande,  doit  eslre  cou- 
sue par  le  bénéfice  de  la  suture  dite 
Gastroraphie , délaissant  un  petit  ori- 
fice eu  la  partie  plus  decliue,pour 
donner  issue  à la  sanie. 

Grande  annotation  au  ieune  Chi- 
rurgien : c'est  qu’aux  playcs  faites 
aux  boyaux,  ne  faut  donner  clysteres, 
à raison  que  si  le  clystere  sortiroitpar 
la  playe  des  intestins,  et  demeureroit 
en  la  capacité  du  ventre,  se  pourriroil 
auecle  sang , et  s’esleueroit  de  gran- 
des ventosités  putredineuses,  qui  font 
entleures , et  tension  au  ventre.  Et 
quand  telles  choses  aduiennenl,  et  le 
malade  se  plaint  sentir  grande  dou- 
leur aux  testicules , fay  prognoslic  , 
que  ton  malade  bien  tost  mourra  : ce 
que  i’ay  veu  plusieurs  fois  ’. 

En  lieu  des  clysteres  on  peut  vser 
de  suppositoires,  ou  noüets. 

Et  quant  aux  playes  pénétrantes 
en  la  substance  du  foye,  râtelle,  esto- 
maeh  et  autres  parties  contenues,  ne 
doiuent  eslre  délaissées  : mais  le  Chi- 
rurgien fer  a son  deuoir  en  ce  qu’il  luy 
sera  possible  : iaçoit  que  par  ce  moyen 
n’aye  certaine  esperance  de  guérir, 
neanlmoins  vne  esperance  douteuse 
est  meilleure , qu’vn  desespoir  as- 
seuré 1  2 3. 

1 C’est  ici  le  paragraphe  que  l’on  trouve 
répété  par  erreur,  même  dans  la  dernière 
édition  originale,  à la  lin  du  chap.  xi  de  ce 
livre.  Voyez  la  note  3 de  la  page  28.  Il  man- 
que ici  dans  les  deux  premières  éditions,  de 

même  que  la  phrase  suivante. 

3 Sentence  deCorn.Cels.  — A.  P. 


PARTICVL1ER.  1 oq 

Si  la  vessie  est  blessée,  ou  la  ma- 
trice, et  gros  intestin,  seront  faites 
iniections  par  leurs  propres  conduits. 

le  n’ay  veu  aucun  autheur  qui  aye 
parlé  des  playes  faites  en  la  gresse, 
maisles  ont  tousiours  referées  à celles 
delà  chair  et  des  muscles:  partant  en 
cesl  endroit  m’a  semblé  bon  de  dire 
ce  mot  en  passant.  C’est  que  lors  qu’il 
sera  fait  vne  playe  simple  seulement 
en  la  substance  de  la  gresse , encor 
qu’elle  fusl  bien  profonde,  il  n’y  faut 
mettre  nulle  tente,  mais  seulement  y 
ietter  de  nostre  baume  dedans,  et 
vne  emplastre  par  dessus  de  grcilia 
Dei , ou  autre  semblable  : ce  faisant 
ladite  playe  sera  tost  apres  consolidée, 
fermée,  et  cicatrisée  , ce  que  i’ay  fait 
plusieurs  fois  *. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  PLAYES  DES  AINES  , VERGE  ET 
TESTICVLES. 

Il  aduient  quelquesfois  playes  aux 
Aines  et  parties  voisines , et  alors  il 
fau  t auoir  esgard  si  elles  penelrenl  au 
dedans,  et  connoislre  quelles  par- 
ties seront  vulnerées,  comme  vessie, 
matrice,  intestin  droit,  parce  qu’elles 
ont  grande  conjonction  ensemble,  de 
façon  que  souvient  sont  blessées  Invi- 
tes ensemble  d’vn  coup  : et  pour  le 
connoislre  , voy  les  deux  susdits  cha- 
pitres. 

Or  quant  aux  playes  des  Testicules 
et  parties  génitales,  parce  qu’elles 
sont  necessaires  à la  génération , et 

1 II  faut  ici  remarquer  la  guerre  que  Paré 
fait  aux  tentes.  Ce  paragraphe  existe  dès  la 
première  édition  de  1575,  en  conséquence 
antérieurement  à celui  que  nous  avons  si- 
gnalé touchant  la  même  doctrine  , liv.  VI! , 
ch.  5.  — Voy.  le  1. 1,  p.  435,  note. 


LE  HVITIEME  LIVRE 


qu’elles  font  la  paix  en  la  maison,  on 
les  conseruera  le  plus  soigneusement 
qu’il  sera  possible , y procédant  ainsi 
que  l’on  verra  estre  necessaire , sui- 
uant  la  doctrine  donnée  par  cy  de- 
uarit,  diuersifiant  les  remedes  selon 
les  accidens  qui  viendront  : car  d’es- 
crire  telle  chose  en  particulier,  ne  se- 
roit  jamais  fait. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DES  PLAYES  DES  CV1SSES  ET  DES  ÏAMBES. 

Les  playes  faites  au  dedans  des 
Cuisses  sont  souuent  cause  de  mort 
subite,  quand  elles  pénétrent  en  la 
grosse  veine  Sapbene  , ou  grosse  ar- 
tère, et  aux  nerfs  qui  les  accompa- 
gnent : ce  que  i’ay  veu  souuent  ad- 
uenir. 

Or  lors  qu’elles  sont  simples , il  n’y 
a rien  qui  peruertisse  la  cure,  fors 
qu’il  faut  que  le  malade  garde  le  lit , 
suiuant  le  prouerbe  commun  des  Ita- 
liens, à sçauoir,  La  wano  al  petto,  la 
gambaal  letto.  Mais  quand  elles  péné- 
trent profondément,  souuent  aduient 
grands  accidens,  comme  inflamma- 
tion , aposteme , et  pourriture  aux 
membranes  qui  couurent  les  muscles, 
qui  causent  que  l’vlcere  iette  vne 
tres-grande  quantité  de  matière,  de 
façon  que  le  malade  meurt  en  atro 
phie , et  tout  desseiché. 

Et  parlant  faut  que  le  Chirurgien 
soit  aduisé  à bien  traiter  telles  playes, 
vlceres  et  fistules,  faisant  des  inci- 
sions , à fin  de  pouuoir  extirper  et 
mondifier  les  membranes  pourries 
et  les  callosités.  Car  vne  petite  por- 
tion peut  faire  grands  accidens,  et 
tenir  l’vlcere  long  temps  ouuerte. 

Et  quand  les  tendons  du  iarret  et 
autres  sont  coupés , aucuns  Chirur- 


giens ont  bien  osé  les  coudre  boul-à- 
bout,  à fin  de  les  réunir  ensemble  : ce 
que  iamais  n’ay  osé  faire,  de  peur 
qu’il  n’y  suruint  extreme  douleur, 
cônuuision,  et  autres  accidens.  l’ay 
bien  veu  le  gros  tendon  fait  de  trois 
muscles  du  mollet  de  la  iambe  , le- 
quel s'insère  au  talon  ’.  estant  coupé 
d’vn  coup  d’espée,  la  playe  estre  long 
temps  sans  se  pouuoir  consolider  : et 
apres  estre  cicatrisée , quand  le  ma- 
lade commençoit  à cheminer,  la  playe 
s’ouuroit  comme  auparauant  : et  par- 
tant ie  conseille,  le  fait  aduenant.que 
l’on  commande  au  malade  de  bien 
long  temps  ne  cheminer  sur  la  iambe 
blessée,  iusques  à ce  que  la  cicatrice 
soit  endurcie , et  bien  ferme  : à ceste 
cause  il  doit  cheminer  long  temps  sur 
vne  potence. 

le  ne  puis  et  ne  dois  icy  obmeltre 
vn  accident  que  i'av  veu  aduenir  au 
gros  tendon  du  talon 2.  C’est  qu’iceluy 
pour  bien  legiere  occasion , comme 
pour  quelque  petit  sault, pour  vne  mal- 
marcheure,  ou  pour  auoir  failli 3 de 
pied  en  montant  à chenal,  ou  pour  y 
estre  monté  trop  allègrement  et  brus- 
quement , se  rompt  et  dilacere,  sans 

1 Hector  fut  traîné  par  ce  tendon  au  long  des 
murs  de  Troye.  — A.  P. 

a Tout  ce  qui  suit  et  qui  a rapport  à la 
rupture  du  tendon  d'Achille  est  une  addi- 
tion faite  à la  deuxième  édition  , et  a donc 
pour  date  1579.  A.  Paréavail  mis  ce  passage 
à la  suite  du  chap.  40,  qui  a pour  titre  His- 
toire du  défunt  Boy  Charles  IX,  où  certes 
on  ne  serait  pas  tenté  d’aller  le  chercher. 
J’ai  cru  devoir  le  rapporter  ici,  à la  suite  des 
plaies  des  tendons , comme  à sa  place  bien 
plus  naturelle. 

5 La  deuxième  édition  porte  sailly , la 
cinquième  fuilly  ; on  sait  que  la  grande  f de 
cette  époque  ressemble  beaucoup  à une  f. 
L’édition  latine  a traduit  suivant  ce  dernier 
sens  : ascensu  in  equum  tel  frustato  vel  ra- 
pidiore. 


DES  PLA.YES  EK  PARTICVL1ER. 


1 1 1 


qu’il  y ait  aucune  apparence  de  solu- 
tion de  continuité  à la  veué,  ou  autre 
lésion  du  cuir.  Les  signes  de  tel  acci- 
dent sont,  que  lors  que  tel  excès  se 
fait,  on  oit  vn  bruit  en  cesle  partie, 
comme  d’vn  coup  de  fouet,  et  ce  lors 
que  la  solution  se  fait  : puis  au  tact, 
on  sent  vne  cauité  au  dessus  du  ta- 
lon, à l'endroit  que  ledit  tendon  est 
rompu.  La  douleur  est  grande  en  la 
partie , auec  impuissance  de  marcher 
droit  à son  aise. 

La  cure  se  fera  en  gardant  le  lit 
par  vn  long  temps , appliquant  du 
commencement  des  remedes  reper- 
cussifs  sur  la  partie  , pour  euiter  la 
fluxion , et  autres  mauuais  accidens  : 
puis  on  vsera  de  1 'empla*trum  ni- 
grum  ou  dialchalcitcos  et  autres,  se- 
lon qu’on  iugera  le  cas  le  requérir. 
Et  toutesfois  pour  cela  ne  faut  espe- 
rer  receuoir  entière  guérison  du  mal, 
ains  au  contraire,  dés  le  commence- 
ment faut  prognostiquer  et  prédire 
qu’il  restera  tousiours  quelque  de- 
pression  en  la  partie,  auec  depraua- 
tion  de  l’action  de  la  iambe  : c’est  à 
dire , que  le  malade  clopinera  tous- 
iours quelque  peu  , à raison  que  les 
extrémités  du  tendon  rompu  ou  re- 
lâché ne  se  peuuent  iamais  parfai- 
tement reioindre. 


CHAPITRE  XXX VIII. 

DES  PLAYES  DES  NERFS  ET  PARTIES 
NERVEVSES  L 

Il  se  fait  solution  de  continuité  és 
parties  nerueuses , par  causes  exter- 
nes, en  diuerses  maniérés,  à sçauoir  : 

1 La  fin  de  ce  livre,  à partir  de  ce  chapitre, 
avait  été  publiée  pour  la  première  fois  en 
1573,  à la  suite  des  Deux  liures  de  Cliirur- 


par  choses  qui  confondent , meur- 
trissent et  escachent , comme  coups 
de  pierre,  de  baston , de  marteau,  de 
masse,  balle  d’harquebuse , garrot 
d’arbalestre,  d’vne  morsure,  pinsure, 
piqueure  , et  semblables  : par  choses 
aiguës  et  piquantes , comme  d’vne 
aiguille,  poinçon,  lancette,  dard,  flé- 
ché , espine  , escharde  : ou  quelque 
partie  de  besle  piquante,  comme 
d’vne  viue  : aussi  par  choses  tren- 
chantes,  comme  d'espée  ou  Cousteau  : 
ou  qui  estendent  si  fort  qu’ils  rom- 

gie,  de  la  génération  et  des  monstres,  p.  582  et 
suiv.,  sous  ce  litre  spécial  : Des  plaies  des 
nerfs,  tendons,  et  des  ioinctures  et  membranes. 
Cette  sorte  de  peiil  traité  est  précédé  d’un 
avis  au  lecteur  que  nous  allons  reproduire. 

AV  LECTEVR. 

« Ces  iours  passés,  deuisant  de  la  Chirur- 
gie, et  principalement  des  plaies  faictes  aux 
parties  nerueuses,  auec  monsieur  Belanger 
(Médecin  ordinaire  du  Roy  , homme  sçauaut 
et  bien  expérimenté  en  la  Medecine  et  Chi- 
rurgie, pour  auoir  suiui  longtemps  la  guerre 
ets’estre  trouué  aux  batailles) , tombasmes 
en  propos  des  plaies  qui  se  font  aux  parties 
nerueuses, où  nostre  deuis s’accorda  fort  l’vn 
à l’autre  : et  ayans  discouru  sur  ceste  ma- 
tière assez  longtemps , et  comme  n’estant 
salisfaict  à son  gré  de  ce  qui  en  a esté  es- 
cript  par  le  passé  , me  pria,  en  faueur  de  la 
republique,  et  de  l’amitié  qui  est  entre  nous 
deux  , de  mettre  par  discours,  à la  fin  de  ce 
présent  liure,  ce  que  i’en  ay  cogneu  à l’oeil 
et  effaict  : qui  a esté  cause  que  me  submet- 
tant à sa  requeste,  ay  mis  quant  et  quant  la 
main  à la  plume,  combien  quecene  soit  icy 
le  propre  lieu  d’en  traicter.  » 

Ce  traité  est  divisé  en  sept  chapitres,  dont 
quelques  uns  ont  été  reportés  ailleurs  dans 
les  OEuvres  complètes  ; je  les  indiquerai  en 
temps  et  lieu. 

Pour  ce  premier  chapitre  , il  est  entière- 
ment reproduit  ici  quant  à la  doctrine,  bien 
que  la  rédaction  ait  subi  diverses  modifica- 
tions. 


1 12 


LE  HVITIÉME  LIVRE  , 


pent  et  dilacerent,  comme  estre  rom- 
pus sur  la  gesne.  L'e  là  vient  que  des 
playes  qui  en  prouiennent , les  vues 
sont  plus  composées  que  les  autres: 
aucunes  sont  superficielles  et  petites, 
autres  longues  et  profondes  , et  au- 
cunes aussi  sont  faites  selon  la  lon- 
gueur du  nerf,  tendon  et  membrane, 
les  autres  selon  la  largeur,  auec  inci- 
sion totale,  ou  d’vue  portion  seule- 
ment. U y a d’autres  différences,  les- 
quelles ie  délaissé  pour  cause  debrief- 
ueté. 

Les  accidens  qui  en  aduiennent 
sont  douleur  vehemente , fluxion,  in- 
flammation , fleure , déliré  , syncope  , 
aposteme , gangrené  et  totale  morti- 
fication de  la  partie , spasme  , et  sou  - 
uent  la  mort , et  ce  pour  la  commu- 
nication et  colligance  qu’ils  ont  au 
ccrueau  et  autres  parties  nobles.  Entre 
toutes  les  blesseures  des  parties  ner- 
ueuses,  la  picqueure  est  celle  qui  plus 
amene  de  pernicieux  accidens , parce 
que  la  playe  est  petite  et  estroitte  : 
au  moyen  dequoy  ny  le  médicament 
y peut  entrer,  ny  la  sanie  sortir,  la- 
quelle par  sa  demeure  acquiert  vne 
virulence,  dont  elle  imbibe  la  sub- 
stance des  nerfs,  tendons  et  mem- 
branes, et  fait  qu’en  estant  engrossies, 
s’accourcissent , et  par  telle  repletion 
est  causée  douleur,  inflammation , 
spasme,  et  les  autres  accidens  des 
susdits. 

Apres  celle-cy,  les  plus  dangereuses 
sont  les  playes  où  les  nerfs , tendons 
et  membranes  ne  sont  coupés  qu’à 
demy  ou  superficiellement, parce  que 
la  portion  qui  n’est  coupée , se  relire 
vers  son  principe  , qui  cause  grande 
douleur  et  spasme  par  communica- 
tion. Cecy  est  manifeste  aux  playes 
de  la  leste,  lorsque  le  Perici  ane  n’est 
qu’à  demy  coupé , et  mesme  quand 
on  l’incise  pour  appliquer  le  trépan. 


Car  n estant  que  demy  incisé,  la  dou- 
leur et  accidens  y demeurent  bien 
plus  grands,  ques’il  l’est  du  tout.  Par- 
quoy  la  plus  seure  playe  des  nerfs 
est  celle  où  ils  sont  du  tout  coupés , 
d’autant  qu’ils  neeommuniquentrien 
aux  autres  parties  supérieures,  et 
ques’en  reli  ant  ils  ne  Irouuent  point 
de  contrariété.  Bien  est  vray  que  la 
partie  demeure  debile  et  priuée  de 
son  action  etmouuement  le  plus  sou- 
vent. 


CHAPITRE  XXIX. 

CVRE  DES  PLAYES  DES  NERFS. 

Les  playes  des  nerfs,  selon  la  com- 
mune pratique  des  anciens  Médecins 
et  Chirurgiens , ne  doiuent  estre 
promptement  agglutinées,  suiuant  la 
generale  indication  de  solution  de 
continuité  : mais  pluslost  si  elles  sont 
trop  estroiltes,  comme  les  piqueures, 
ils  commandent  qu’elles  soient  ag- 
grandies  par  incision  de  ce  qui  est  des- 
sus, et  qu’on  les  tienne  long  temps 
ouuertes,  à fin  de  donner  issue  à la 
sanie,  et  entrée  aux  medicamens  '. 

Quant  à moy,  i’ay  plusieurs  fois 
traité  telles  playes  tout  autrement  : 
et  de  fresche  mémoire  en  vn  nommé 
monsieur  le  Coq , Procureur  en  Cour 
d’Eglise,  demeurant  en  la  rue  de 
nostre-Dame,  lequel  en  serrant  cer- 
tains papiers  qui  estoient  sur  son  con- 
toir,  trouua  entre  iceux  vn  trenche- 
plume,  qui  luy  passa  tout  au  trauers 
de  la  main  : aussi  en  vn  mien  voisin , 
qui  voulant  embrocher  vn  aloyau  de 

•L’édition  de  1573  applique  tout  ce  qui 
vient  d être  dit  aux  Playes  des  nerfs,  tendons 
et  membranes . 


DES  PJLAYES  EN  PARTICVLIER. 


bœuf  qui  estoit  gelé , se  perça  de  la 
broche  le  milieu  de  la  main  de  part 
en  part.  le  leur  ay  agglutiné  incon- 
tinent leurs  playes,  y mettant  dés  le 
premier  appareil  de  mon  baume  assez 
chaud  , sans  nulle  tente , et  autour 
un  defensif,  et  furent  bien  tost  gué- 
ris , sans  leur  aduenir  aucuns  acci- 
dens 

Toutesfois  ie  ne  conseille  pas  au 
ieune  Chirurgien  de  se  bazarder  à 
suiure  telle  façon  de  pratiquer,  que 
premièrement  il  ne  soit  bien  exercé 
à discerner  les  diuerses  complexions 
et  habitudes  des  corps.  Car  cela  ne 
pourroit  bien  succéder,  si  le  corps  es- 
toit pléthorique  . cacochyme , ou  de 
sentiment  fort  aigu  : en  tel  cas  serait 
plus  seur  d’y  besogner,  comme  nous 
dirons  cy  apres. 

Or  non  seulement  les  playes  des 
nerfs  different  en  curation  d’auec  les 
autres  playes,  mais  aussi  sont  diffe- 
rentes entre  elles  : car  combien  que 
tous  medicamens  soient  propres  aux 
nerfs  blessés,  lesquels  attirent  du  pro- 
fond, et  tarissent  les  humidités  et  sa- 
nies, si  est-ce  que  ceux  qu’on  appli- 
que aux  piqueures , et  où  les  nerfs 
ne  sont  pasdesnués,  requièrent  et  en- 
durent bien  remedes  plus  forts,  sub- 
tils, et  desiccatifs  (toutesfois  sans 
mortification)  à fin  qu’ils  puissent  pé- 
nétrer au  profond , en  attirer  et  sei- 
cher  l’humeur  et  sanie  qui  est  autour, 
ou  en  la  substance  d’iceux  nerfs.  Au 
contraire,  quand  ils  sont  descouuerts, 
il  n’est  besoin  que  de  medicamens 
doux , et  qui  seichent  sans  aucune 
mordication. 

1 Ces  deux  premiers  paragraphes  se  re- 
trouvent en  substance  à la  fin  du  deuxième 
chapitre  du  Traité  de  1573;  mais  le  paragra- 
phe suivant,  qui  modifie  la  doctrine  générale, 
ne  date  que  de  l’édition  de  1575. 


1 13 

Exemple  pour  la  piqueure  de  nerf, 
ïf.  Terebent.  Venetæ,  olei  veteris  ana  §.  j. 
Aquævitæ  parum. 

Autre. 

if . Olei  terebenthinæ  § . j. 

Aquæ  vitæ  3.  j. 

Euphorbij  3.  fi . 

Autre. 

if.  Radices  dragonteæ,  brioniæ,  valerianæ  , 
et  gentianæ  exsiccatas  et  in  puluerem 
redactas  : misce  cum  decocto  centaurei, 
et  oleo  aut  axungia  veteri. 

Tu  en  mettras  chaudement  dedans 
la  playe. 

Autre. 

If.  Galbanum,  poix  grasse,  opopanax  : liqué- 
fiez en  eau  de  vie  et  fort  vinaigre,  puis  y 
meslez  axunge  de  porc,  d’oye,  de  poulie, 
de  chapon,  d’ours,  huile  vieille,  huile  de 
lis,  et  semblables. 

Autre. 

if.  Olei  hyper,  sambuci  et  de  euphorbio 
ana  § j. 

Sulphuris  viui  subtiliter  puluer.  §.  fi. 
Gummiammon.  bdellij  ana  3.  ij. 

Aceli  boni  § . ij. 

Vermiumterrestriumpræparatorum  § .j. 
Bulliant  omnia  sirnul  ad  consumptlonem 
aceti. 

On  instillera  en  la  playe  de  ce  mé- 
dicament, puis  sera  appliqué  tel  Ce- 
rat,  lequel  attire  la  matière  du  pro- 
fond. 

"if.  Olei  supra  script.  g.j. 

Terebent.  Venetæ  §.  fi. 

Diachylonis  albi  cum  gummis  3.  x. 
Ammoniaci,  bdellij  in  aceto  dissolutorum 
ana  3.  ij. 

Resinæ  pini,  gummi  elemi,  picis  naualis, 
ana  3.  v. 

Ceræ  quodsufficit. 

Fiat  ceratum  satis  molle. 

Tu  vseras  prudemment  aux  pi- 
queures des  nerfs  de  tels  et  sembla- 

8 


ii 


LE  IIVITIÉME  LIVUE , 


1 1 4 

blés  remedes,  les  diuersifiaut  selon 
la  qualité  et  profondeur  d’icelles , et 
aussi  selon  la  température  et  habi- 
tude des  corps,  et  ayant  esgard  aux 
autres  choses  considérables  *. 

Et  où  par  tels  moyens  la  douleur 
ne  seroit  appaisée,  mais  plustost  aug- 
mentée, et  qu’on  veist  la  partie  en- 
flammée , et  les  léures  de  la  playe  es- 
leuées,  ieltant  vne  sanie  sereuse,  sub- 
tile et  virulente , nommée  Ichor  2 : on 

1 Tout  ce  qui  précède  depuis  le  paragra- 
phe Or  non  seulement  lesplayes  des  nerfs,  etc., 
est  de  rédaction  nouvelle , et  date  de  1575. 
Dans  le  petit  Traité  de  1573  on  lit  : 

« Pour  la  curation,  deux  choses  sont  à con- 
sidérer, à sçauoir,  seder  la  douleur,  et  garder 
qu’ilnesefacenouuelle  fluxion  et  aposteme: 
et  pour  ce  faire  on  appliquera  à la  plaie , au 
commencement,  vn  médicament  dessiccatif, 
et  de  subtile  et  tende  substance,  à fin  qu’il 
pénétré  au  profond  de  la  pointure,  et  qu’il 
consomme  les  humidités  qui  y acquièrent 
( comme  nous  auons  dict)  promptement  acri- 
monié,  qui  ëSt  cause  d’induire  grandes  et 
extremes  douleurs  et  autres  accidents  : par- 
quoyon  y appliquera  huille  de  terebenlhine, 
avec  vn  peu  d’eau  de  vie  bien  rectifiée,  et 
pouldre  d’euphorbe,  ou  de  souphre  incorpo- 
rés ensemble,  et  y seront  appliqués  assés 
chauds,  ou  en  lieu  d’iceux  huille  de  vitriol , 
aueceau  de  vie  : et  autour  de  la  partie  , vn 
cataplasme  tel  que  cestui  : 

2f.  Farinæ  hord.  et  orob.  ana  § . ij. 

Sirup.  acetos.  §iij. 

Flor.  camomil.  p.  ij. 

Lixiuii  quantum  sufïicit. 

Fiat  cataplasma. 

» F.t  où  tels  remedes  n’auroient  peu  ap- 
paiser  la  douleur,  etc. 

H partir  de  la  cinquième  édition,  on 
trouve  ici  dans  le  texte  entre  parenthèse  la 
phrase  latine  suivante  qui  n’existe  pas  en- 
core dans  la  quatrième:  Hanc  curandi  ra- 
lionem  V^alescus  de  Tarenla,  lib.\ . c.  de  con- 
uulsione,  annolanit,  vl  est  nerui  incisionem. 

J’ai  cru  devoir  la  rapporter  dans  rés  notes, 
d’autant  plus  que  sa  rédaction  latine  fait 
fortement  douter  qu’elle  soit  bien  d’A.  Paré. 


y doit  appliquer  de  l’huile  toute  fer- 
uente , auec  vu  peu  de  linge  attaché 
au  bout  d’une  espatule,  et  en  toucher 
le  fonds  et  les  parois  de  la  playe  trois 
ou  quatre  lois.  Ceste  cautérisation 
fera  tost  apres  appaiser  la  douleur,  à 
cause  qu’en  bruslant  le  nerf,  tendon 
ou  membrane,  on  oste  le  sentiment, 
et  par  conséquent  la  douleur  : ainsi 
qu’il  appert  aux  grandes  et  extremes 
douleurs  des  dents  pertuisées , lors 
qu’on  peut  loucher  au  profond  de 
leurs  racines  d’vn  fer  ardent , ou 
d'huile  de  vitriol  rectifiée , ou  d’eau 
de  vie  : car  cela  fait  promptement 
cesser  la  douleur,  en  bruslant  le  nerf 
qui  s’insère  esdites  racines.  Nous 
voyons  aussi  aux  vlceres  corrosiues 
et  ambulaliues  (tousiours  accompa- 
gnées de  douleur  extreme)  qu’apres 
y auoir  appliqué  vn  médicament  es- 
carotique,  comme  poudre  d’alun, 
de  mercure , egypliac  fortifié , icelle 
douleur  cesse  incontinent  *. 

Or  supposons  encores  que  la  dou- 
leur perseuere , et  qu’il  y ait  ja  com- 

1 Ici  finit  le  chapitre  2 du  petit  Traité  de 
1573.  Le  chapitre  3 traite  Des  Plaies  des 
ioinc  ures, e t le  quatrième  Delà  situation  des 
ioinctures  estant  vulnerées  ; ils  forment  ici 
les  chapitres  4 1 et  42.  Enfin  les  chapitres  5 , 
6 et  7 traitent  successivement  Du  spasme  ou 
commision,  — De  la  curation  — et  de  la  Cure 
du  spasme  par  consentement  et  douleur.  Ils 
ont  été  reportés  presque  en  entier  et  littéra- 
lement au  livre  Des  play  es  en  general,  où  ils 
constituent  les  chapitres  9 , 10  et  11  (voyez 
tome  l"‘,  page  443  etsuiv.).  L’unique  mo- 
dification est  qu’au  lte  chapitre,  pag.  44G, 
après  avoir  indiqué  les  huiles  propres  à la 
picqueure  des  nerf,,  le  Traité  de  1573  ajoute 
à peu  près  l'équivalent  du  paragraphe  qui 
termine  ici  notre  chapitre  39. 

«Et  où  tels  mcdicamens  ne  profileroient, 
seroit  le  plus  expédient  de  couper  le  nerf  ou 
tendon  tout  au  trauers,  car  par  ce  moien 
chasque  partie  se  retirera  vers  son  costé , 


DES  PLAYKS  EN  PARTICVLIEK. 


menceraent  de  retraction  des  nerfs  et 
spasme,  et  que  le  malade  soit  en  dan- 
ger de  mort,  en  tel  cas  il  est  expé- 
dient de  couper  du  tout  le  nerf  ou 
tendon  du  trauers.  Par  ce  moyen 
chasque  partie  d’icvluy  se  retirant 
vers  son  coslé , n’y  aura  plus  de  con- 
traction : vray  est  que  l’action  sera 
perdue,  mais  il  vaut  mieux  la  perdre 
que  la  vie.  Ce  que  les  anciens  ont 
commandé. 


CHAPITRE  XL. 

HISTOIRE  DV  DEFVNT  ROV  CHARLES  IX 

Or  pour  instruire  le  ieune  Chirur- 
gien , et  le  dresser  mieux  à la  pra- 
tique dessusdite , ie  recileray  ceste 
histoire,  qui  n’est  hors  de  propos  pour 
la  curation  des  piqueures  des  nerfs. 

Le  Roy  ayant  la  fiéure , monsieur 
Chapelain,  son  premier  Médecin,  et 
monsieur  Castelan,  aussi  Médecin  de 
sa  maiesté,  et  premier  de  la  Royne  sa 
mere , luy  ordonnèrent  la  saignée  : 
et  pour  la  faire  on  appella  vn  qui 

et  ainsy  n’y  aura  plus  de  contraction  ny 
spasme.  » 

Ce  paragraphe  a été  modifié  comme  on  le 
lit  ici  à partir  de  l’édition  de  1575,  à l’excep- 
tion des  mots  ce  que  les  ancien  s om  commandé, 
qui  datent  au  plus  tôt  de  celle  de  1585. 

Du  reste,  après  ce  paragraphe  suivait  im- 
médiatement l’histoire  du  roi  Charles  IX  et 
celle  de  laBaillive  Courtin,  comme  on  les  va 
lire  au  chapitre  suivant,  et  l’auteur  repre- 
nait enfin  : Le  spasme  aussi  suruienl  par  trop 
grand  froid,  et  le  reste  qu’on  peut  lire  à la 
fin  du  chapitre  11  déjà  cité  du  livre  Desplayes 
en  general. 

» Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent dans  l'édition  de  1575.  L’histoire  de 
Charles  IX  avait  déjà  été  rapportée  dans  les 
Deux  Hures  de  Chirurgie  de  1573,  p.  612. 


: i5 

auoit  le  bruit  de  bien  saigner,  lequel 
cuidant  faire  ouuerlure  à la  veine, 
piqua  le  nerf  : qui  fit  promptement 
escricr  le  Roy , disant  auoir  senti 
vne  1res  grande  douleur1.  Parquoy 
assez  hautement  ie  dis  qu’on  desser- 
rast  la  ligature,  autrement  que  le 
bras  s’enflerait  bien  fort  : ce  qui  ad- 
uint  subit , auec  vne  contraction  du 
bras , de  maniéré  qu’il  ne  le  pouuoit 
fléchir  ny  estendre  librement , et  y 
estoit  la  douleur  extreme,  tant  à l’en- 
droit de  la  piqueure,  que  de  tout  le 
bras.  Pour  le  premier  et  plus  prompt 
remede , i'appliquay  vn  petit  cmplas- 
tre  de  basilicon  , de  peur  que  la 
playe  ne  s’agglutinast,  et  par  dessus 
tout  le  bras  des  compresses  imbues 
en  oxycrat  auec  vne  ligature  expul- 
siue  , commençant  au  carpe,  et  finis- 
sant près  l’espaule,  pour  faire  renuoy 
du  sang  et  esprits  au  centre  du  corps, 
de  peur  que  les  muscles  ne  receus- 
sent  trop  grande  fluxion  , inflamma- 
tion et  autres  accidens.  Cela  fait,  nous 
nous  retirasmes  à part  pour  aduiser 
et  conclure  quels  medicamens  on  y 
deuoit  appliquer  pour  seder  la  dou- 
leur, et  obuier  aux  accidens  qui  vien- 
nent ordinairement  aux  piqueures 
des  nerfs2.  le  mis  sur  le  bureau  qu’on 
deuoit  mettre  en  la  piqueure  de 
l’huile  de  lerebenlhine  assez  chaude, 
auec  vn  peu  d’eau  de  vie  rectifiée,  et 
sur  tout  le  bras  vn  emplastre  de  dia- 
chalciteos,  dissous  auec  vinaigre  et 
huile  rosat , en  continuant  la  susdite 
ligature  expulsiue.  Mes  raisons  es- 

1 L’auteur  de  cet  accident , que  Paré  n’a 
pas  voulu  nommer  ici , était  A.  Portail,  qui 
n’était  pas  encore  reçu  maître  chirurgien 
Voyez  la  vie  d’A.  Paré  dans  mon  Intro- 
duction. 

2 L édition  de  1573  ajoute:  qui  sont  spasme, 
gangrené  et  mortification,  et  quelquefois  sépa- 
ration de  l’ame  d’auec  le  corps. 


LE  HV1TIÉME  L1VÙE  , 


1 16 

toient,  que  ladite  huile  et  eau  de  vie 
ont  puissance  de  penetrer  iusques  au 
fonds  de  la  piqueure,  et  seicher  l'hu- 
midité  qui  sortoit  de  la  substance  du 
nerf,  et  par  leur  chaleur  tant  actuelle 
que  potentielle  seder  la  douleur  1 : et 
ledit  emplastre  de  diachalciteos  a pa- 
reillement vertu  de  résoudre  l’hu- 
meur  ja  couru  au  bras,  et  prohibe  la 
descente  d’autre  humeur.  Quant  à la 
ligature , elle  sert  de  roborer  et  as- 
traindre  les  muscles,  exprimer  et 
renuoyer  aux  parties  superieuresl’liu- 
meur  ja  descendu  . et  empescher  la 
nouuelle  fluxion.  Ce  que  lesdits  Mé- 
decins accordèrent  , et  conclurent 
tels  remedes  y estre  vtiles  et  neces- 
saires. Par  ainsi  la  douleur  cessa.  Et 
pour  d’auantage  résoudre  et  tarir 
l’humeur  contenu  en  la  partie,  on 
a sa  puis  apre£  des  remedes  résolutifs 
et  desiccatifs  comme  de  cestuy  : 

2C.  Farinæ  hordei  et  orobi  ana  g . ij. 
Flor.camorn.  et  meliloti  ana  p.  ij. 

Butyri  recent,  sine  sale  g.j.  fi. 

Lixinii  barbitonsoris  q.sulL 
Fiat  catapl.  ad  formam  pultis. 

Le  Roy  demeura  trois  mois  et  plus 
sans  pouuoir  bien  fléchir  ny  estendre 
son  bras  : neantmoins  (grâces  à Dieu) 
il  fust  parfaitement  guéri , sans  que 
l’action  fust  demeurée  aucunement 
vitiée. 

Or  atiions-nous  conclu  , où  les  sus- 
dits medicamens  n’eussent  esté  suffi- 
sans  pour  obtenir  la  curation,  d’vser 
d’huile  feruente  , à fln  de  cautériser 
le  nerf,  ou  m(  saies  de  le  couper  to- 
talement . parce  qu’il  estoit  plus  ex- 
pédient qu’il  perdist  l’action  du  bras, 
que  de  le  laisser  mourir  misérable- 
ment à faute  de  ce  faire.  Comme  il 

1 L’édition  de  1573  ajoute:  Ce  que  i’auois 
faict  en  cas  semblable  plusieurs  fois  auec  bonne 
el  heureuse  issue. 


estoit  aduenu  de  recente  mémoire  à 
mademoiselle  la  bailliue  Courtin,  de- 
meurant rue  sainte  Croix , près  la 
Bretonnerie , à Paris  : à laquelle  pour 
auoir  esté  ainsi  mal  saignée , le  bras 
luy  tomba  en  gangrené  et  totale  mor- 
tification , dont  elle  mourut  par  faute 
d’auoir  esté  ainsi  secourue  L 
El  ce  suffira  pour  la  curation  des 
piqueures. 

Mais  où  les  nerfs  seront  descou- 
uerts  , n’y  faudra  appliquer  medica- 
mens si  forts  : car  ils  induiroient  plus 
grande  douleur,  et  ameneroient  plus 
grands  accidens  : partant  on  en  appli- 
quera de  doux  , qui  seichent  sans 
aucune  acrimonie  ou  mordication. 
Exemple  : 

If.  Tereb.  Venet.  lotæ  in  aqua  rosar.  g . ij. 
lioli  arm.  subtil,  puluerisati  et  ireos  Flo- 
rent. ana  5.  ij. 

Incorp.  simul. 

Pareillement  nostre  baume  est  en 
tel  cas  excellent.  Aussi  est  bien  ces- 
tuy fort  recommandé  de  Vigo  : 

2£.  Olei  ros.  omphacini  §.  fi. 

Olei  de  terebenth.  3 . i i j . 

Succi  plantag.  3.  O. 

Seminis  hypericonis  aliquantulum  con- 
triti  m.  fi. 

Tulhiæ  preparatæ  5.  iij. 
Calcisdccieslotæcumaqua  plantag. 2.  ij. 
Antimonij  5.j. 

Sepi  hircini  et  vilul.  ana  3.  v. 
Yerrniumterrest.  lotor.  cum  vinog  .j.fi. 
Palliant  omnia  simul , dempta  tuthia  , in 
cyalho  deeoctionis  hordei  vsque  ad  con- 
sumptionem  aquæet  vini:  colentur,  rur- 
susque  igni  admoueantur,  addendo  tu- 
thiam,  et  ilatlinimentum  cum  cera  alba, 
et  3.  /< . croci. 

Ce  Uniment  mitige  la  douleur,  et 
est  incarnatif,  et  engendre  chair  des- 
sus les  nerfs  descouuerts. 

1 La  fin  de  ce  chapitre  manque  dans  le 

Traité  de  1573. 


L1KS  PLAY  FS  F.  X PAKÏJCVL1ER. 


Tu  accommoderas  proportionnelle- 
ment la  prédite  curation  aux  tendons 
et  membranes  , n’oubliant  aussi  à 
conforter  iceux  nerfs  ( en  quelque 
sorte  qu’ils  soient  blessés)  à l’endroit 
de  leurs  origines  et  passages  plus 
insignes , comme  la  teste , l’espine  , le 
col , les  aisselles  et  aines  : et  ce  auec 
huiles  chaudes,  comme  huile  laurin  , 
delis,  de  vers,  desauge  et  semblables 1 . 


CHAPITRE  XL1. 

DES  PLAYES  DES  IOINTVRES  2. 

Parce  que  les  playes  des  Iointures 
ont  quelque  chose  de  particulier  ou- 
tre ce  qui  a estédités  nerfs,  pourceste 
cause  nous  en  traiterons  à part  en 
ce  chapitre. 

Or  icelles  sont  dangereuses , et  le 
plus  soutient  mortelles  , à cause  des 
aponeuroses,  ou  tendons  membra- 
neux qui  les  lient,  ausquels  s'insèrent 
des  nerfs,  et  partant  ont  grand  senti- 
ment, qui  cause  les  susdits  acci- 
dens  : et  encores  plustost  si  la  playe 
est  en  la  partie  intérieure  des  iointu- 
res , comme  sous  les  aisselles , au  ply 
du  bras , au  dedans  du  Carpe  de  la 
main,  et  sous  leiarret,  pourles  gran- 
des veines , arteres  et  nerfs  qui  sont 
en  ces  parties,  esquelles  la  solution 
de  continuité  fait  hémorrhagie  et 
grande  douleur,  et  autres  accidens  : 
ausquels  faut  obuier  selon  la  nature 
et  qualité  de  chacun  : comme  s’il  y a 
flux  de  sang,  l’estancher,  et  s’il  y a 

■ Le  chapitre  se  terminait  ici  dans  l’édition 
de  1575  ; mais  dans  celle  de  1579  et  dans  les 
suivantes,  il  y a un  article  fort  curieux 
sur  la  rupture  du  tendon  d'Achille,  que  j’ai 
cru  devoir  reporter  à la  lin  du  chapitre  37. 
Voyez  ci-devant  page  110. 

2 Ce  chapitre  se  retrouve  en  entier  dans  le 
petit  Traité  de  1573,  ou  il  fait  le  chap.3. 


douleur,  la  seder  tant  qu’il  sera  pos- 
sible. 

Si  la  playe  est  fort  grande , on  la 
recoudra  pour  réunir  les  parties  sé- 
parées, délaissant  vn  orifice  en  la  par- 
tie decliue,  pour  donner  issue  à la  sa- 
nie : et  lors  que  la  playe  sera  cousue, 
on  y appliquera  de  ceste  poudre  or- 
donnée par  de  Vigo,  par  l’espace  de 
deux  iours. 

¥•  Thuris.sang.  drac.,  boli  arm.  ter.  sigill, 
ana  §.  ij. 

Aloës,  mast.  ana  3.  j. 

Fiat  puluis  subtilis. 

Laquelle  soit  aspergée  sur  la  cous- 
ture.  Puis  on  appliquera  vn  defensif 
autour  de  la  iointure,  fait  de  blancs 
d'œufs,  peu  d’huile  rosat,  bol,  mastic 
et  farine  d’orge  : et  si  on  y met  vne 
tente,  elle  sera  courte,  et  de  grosseur 
qu’il  sera  besoin , à fin  qu  elle  n’in- 
duise douleur  : et  sera  ointe  d’vn  di- 
gestif fait  de  iaune  d’œuf, huile  rosat, 
terebenlhine  lauée  et  un  peudesaf- 
fran. 

Et  si  ladite  playe  estoit  petite  et  es- 
troite,  on  l’agrandira,  s’il  est  besoin, 
à fin  que  les  humeurs,  qui  par  le 
moyen  de  la  douleur  seroient  «nés  à 
la  partie,  puissent  auoir  libre  issue. 

D’auantage  faut  tenir  la  partie  en 
repos,  et  se  garder  du  froid , et  d’ap- 
plication de  medicamens  relaxans, 
emolliens  et  humectans  : mais  au  con- 
traire faut  qu’ils  astreignent  et  sei- 
chent. 

Exemple  d’vn  cataplasme. 

2f.  Furfuris  macri , far.  bord,  et  fab.  ana 
* a;  üij • 

Flor.  camom.  melil.  ana  m.  fi . 

Tereb.  g.iij. 

Mellis  communis  §.  ij. 

01.  myrt.  ^ . j. 

Oxym.  simpl.  vel  oxycrati  , vel  lixiuij 
comm.  q.  suff. 

Fiat  catap.  ad  formam  pultis. 


LE  HV1TIEME  LIVRE 


Autre. 

7f.  Lie  de  vin,  son  de  froment,  du  tan,  noix 

de  cyprès , de  galles , terebenthine  : soit 

fait  cataplasme. 

On  en  peut  faire  plusieurs  autres 
qui  ont  semblable  vertu  d’astreindre, 
seicher  et  roborer  les  iointures  : et  en 
ce  faisant  sedent  la  douleur,  et  gar- 
dent que  les  humeurs  ne  courent  à la 
partie.  Au  dedans  de  la  playe , et  au- 
tour d'icelle,  on  se  gardera  d’appli- 
quer medicamens  huileux,  si  n’esloil 
pour  seder  une  grande  douleur,  d’au- 
tant qu’ils  relaschent  la  substance 
des  muscles , nerfs  et  membranes,  et 
les  rendent  plus  faciles  à receuoir 
fluxion  : ioint  que  par  lesdites  huiles 
la  playe  en  est  rendue  plus  sordide 
et  humide,  et  partant  plus  difficile  à 
consolider  : parquoy  vseras  de  medi- 
camens desseichans  et  astringens. 

Exemple  d’vn  remede  astringent  et  agglutinait f. 
2f.  Tereb.  Vend.  § . ij. 

Aquæ  vitæ  parum. 

Pul.  mast.  aloës,  myrrhæ,  boli  arm.  ana 

5-ij- 

Nostre  baume  y est  bon  aussi,  en 
y adioustant  de  la  poudre  desicca- 
tive  sans  acrimonie,  selon  qu’on  verra 
estre  besoin.  El  s’il  suruient  quelques 
accidens,  on  y remédiera  par  remedes 
conlrarians  à iceux. 

Sur  tout  on  doit  euiter  le  froid  , 
parce  qu’il  est  totalement  contraire 
aux  playes  et  vlceres,  et  principale- 
ment des  parties  nerueuses.  Qu’il  soit 
vray , beaucoup  d’hommes  blessés 
meurent  en  hyuer , mesmes  de  pe- 
tites playes  , qui  ne  mourroient 
de  plus\  grandes  en  Esté.  Et  cela 
s’accorde  bien  au  dire  d’Hippocra- 
tes, à sçawoir,  qu’aux  parties  vlee- 
rées  le  froid  est  mordicaut  1 : il  en- 

1  Apbor.  20,  sect.  6.  — A.  P. 


durcit  le  cuir,  fait  douleur,  rend 
les  playes  insuppurables  ( d’autant 
qu’il  diminue  ou  esteint  la  chaleur 
naturelle  qui  fait  la  suppuration)  en- 
gendre liuidité,  frissons,  fiéures,  con- 
uulsions,  et  tensions. 

Et  faut  icy  noter  que  de  telles 
playes  sortent  diuers  excremens,  et 
principalement  une  humidité  glai- 
reuse, mucilagineuse,  el  quelquesfois 
liquide,  qui  est  l’humeur  dont  les 
iointures  sont  entretenues  et  alimen- 
tées , ainsi  que  chacune  partie  est 
nourrie  de  propre  humeur.  Car  cha- 
que partie  a son  baume  naturel , 
propre  à sa  nutrition  et  entretien,  le- 
quel lors  que  la  partie  est  vulnerée , 
se  découlé,  ainsi  que  l’on  voit  lors 
qu’on  taille  la  vigne  découler  une  hu- 
midité, qu’on  appelle  séue  : c’est  ce 
dont  est  fait  le  Callus  és  fractures  *. 
Telle  humidité  des  parties  nerueuses 
estant  glaireuse,  et  comme  congelée, 
monstre  bien  qu’elle  est  accompagnée 
d’une  grande  froideur,  qui  cause  vne 
douleur  exlreme , et  répugnante  à 
tous  remedes  potentiellement  chauds. 
Cela  monstre  aussi,  qu’en  toute  dou- 
leur des  iointures,  s’il  y a matière,  elle 
est  plustosl  froide  que  chaude.  Et 
pour  appaiser  ceste  douleur,  et  corri- 
ger l’intemperature  froide,  on  doit 
appliquer  choses  calel'actiues , non 
seulement  potentiellement,  mais  aussi 
actuellement  : comme  vessies  de  bœuf 
ou  de  porc  , demi-pleines  d’vne  de- 

1 Dans  le  petit  Traité  de  1573,  il  y a ici  une 
citation  qui  a disparu  depuis,  et  qu’il  est  bon 
de  reproduire,  alin  de  faire  voir  que  Paré  ne 
négligeait  aucune  des  sources  d’instruction 
qu’il  pouvait  se  procurer;  il  s’agit  de  Para- 
celse en  sa  grande  Cuira,  jie. 

« El  c’est  cc  que  Paracelse  dit,  que  chaque 
partie  a son  baume  propre  à sa  nutrition  ou 
entretien,  etc.  » Voy.  p.  594. 


DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


coction  resolutiue , ou  des  briques 
fort  eschauffées,  puis  esteintesen  vin, 
et  posées  tout  autour  de  la  iointure, 
les  reschauffant  ainsi  qu’il  sera  be- 
soin. Ceste  chaleur  ainsi  actuelle  aide 
nature  à cuire,  digerer,et  résoudre 
l’humeur  contenue  en  la  partie,  et  la 
fortifie  : ce  qui  est  grandement  néces- 
saire , d’autant  que  la  chaleur  des 
iointures  est  petite,  et  pource  ne  peut 
réduire  les  medicamens  de  puissance 
à effet,  si  elle  n’est  aidée  par  le  béné- 
fice des  remedes  aciuellement  chauds. 

Pour  confirmation  de  ce,  ie  te  re- 
citeray  ce  qui  m’aduint  vn  iour  estant 
en  hyuer  en  mon  estude.  Vn  vent 
coulis  me  donna  tellement  contre  vne 
hanche,  que  me  voulant  leuer,  il  me 
fut  du  tout  impossible,  pour  le  froid 
qui  auoit  refroidi  les  parties  nerueu- 
ses,  et  senlois  vne  extreme  douleur, 
laquelle  ne  peut  estre  appaisée  que 
par  application  de  bricques  fort  chau- 
des , aussi  des  vessies  de  bœuf  demi- 
pleines  d’une  décoction  d’herbes 
chaudes,  par  fois  des  bouteilles  rem- 
plies d’eau  bouillante , autresfois  de 
mil  et  auoine  fricassés  en  vne  poille 
auec  vn  peu  de  vin  blanc.  Ceste  cha- 
leur actuelle  me  fist  perdre  la  dou- 
leur : ce  que  n’eussent  jamais  fait  les 
remedes  potentiellement  chauds. 


CHAPITRE  XLII. 

DE  LA  SITV ATION  DES  PARTIES  BLESSÉES 1 . 

Pour  retourner  à nostre  propos , le 
Chirurgien  méthodique  poui  uoira  au 

1 Ce  chapitre  fait  suite  au  précédent  dans 
l’édition  de  1575;  dans  ie  petit  traité  de  1573, 
il  formait  le  chapitre  4 sous  ce  titre  : De  la 
situation  des  ioinelures  estons  vulnerées;  mais 
il  ne  commençait  qu’au  deuxième  para- 


119 

surplus  de  la  curation  de  telles  playesi 
prenant  indication  deschoses  naturel- 
les, non  naturelles  , et  contre  nature. 
Sur  tout  il  regardera  à bien  situer  la 
partie  dont  la  iointure  est  vulnerée  : 
parce  que  par  la  mauuaise  situation, 
les  accidens  mauuais  accroissent,  et 
soutient  apres  la  curation  de  la  playe 
le  membre  demeure  roide  , retrait  et 
tortu.  Parquoy  il  notera  ce  que  nous 
en  dirons  présentement,  pour  le  bien 
obseruer  en  temps  et  lieu. 

Si  la  playe  est  en  la  partie  ante- 
rieure de  l’espaule  , on  doit  mettre 
sous  l’aisselle  vne  assez  grosse  com- 
presse, et  mettre  le  bras  en  escharpe, 
supportant  le  coude,  à fin  d’esleuer  et 
tenir  la  teste  de  l’os  du  haut  du  bras 
contre-mont,  et  par  ce  moyen  l’agglu- 
tination et  consolidation  sera  mieux 
et  plustost  faite.  Si  la  playe  est  en 
la  partie  inferieure,  lors  que  Nature 
commencera  à produire  chair  , et 
joindre  les  labiés  de  la  playe,  on  fera 
leuer , hausser , et  mouuoir  diuerse- 
ment  et  par  interualles  le  bras  ma- 
lade. Car  si  on  manque  de  ce  faire  , 
le  malade  ne  pourra  iamais  bien  mou- 
uoir le  bras,  apres  que  la  cicatrice 
sera  faite , et  aussi  qu’en  ceste  ioin- 
ture il  se  fait  le  plus  souuent  vne  dis- 
position , dite  des  Grecs  AnchylosisK 

Si  la  playe  est  en  la  iointure  du 
coude  , faut  situer  le  bras  en  figure 
moyenne , c’est  à dire , non  du  tout 
droit  ny  plié.  Par  ainsi  apres  la  con- 
solidation, on  s’aidera  trop  mieux  du 
bras,  que  s’il  demeuroit  droit  ou  trop 
courbé. 

Lors  qu’il  y a playe  au  carpe  ou 
aux  iointures  des  doigts  extérieures 

graphe,  le  premier  étant  rattaché  au  cha- 
pitre 3e. 

1 Le  Traité  de  1573  dit  seulement  : Le  ma- 
lade ne  pourra  iamais  bien  leuer  le  bras  en 
hault. 


120 


LE  HVITIEME  LIVRE,  DES  PLAYES  EN  PARTICVLIER. 


ou  intérieures , les  doigts  de  la  main 
se  doiuent  tenir  demi-flechis , en  met- 
tant dedans  la  main  une  pelote  ou 
compresse.  Car  si  on  les  tient  droits 
et  non  courbés,  ils  demeureront  quasi 
impuissans  en  leur  action , qui  est  de 
prendre.  Et  aduenant  que  la  main 
demeurast  demi-flechie  apres  la  cu- 
ration, le  malade  s’en  pourra  encores 
aider  à prendre  diuers  instruments, 
comme  vne  espée,picque,  hallebarde, 
la  bride  d’vn  cheual , et  faire  autres 
actions  de  la  main. 

S’il  y a playe  en  la  ioinfure  de  la 
hanche,  on  la  doit  tellement  situer, 
que  la  teste  de  l'os  femoris  ne  sorte 
hors  de  sa  place,  qui  se  fera  par  bon- 
nes compresses  et  ligatures.  Le  ma- 
lade se  tiendra  couché  sur  le  dos. 
Quand  la  playe  commencera  à se  con- 
solider, on  fera  mouuoir  l’os  femoris 
dedans  sa  boette,  à tin  qu’il  ne  se  face 
vne  conionction  de  la  teste  dudit  os 
contre  la  cauité  de  l’os  Ischion  , 
comme  nous  auons  dit  qu’il  falloit 
faire  du  bras. 

Si  la  playe  est  faite  en  la  iointure 
du  genoüil,  on  fera  tenir  la  iambedu 
malade  toute  droite  : car  il  ne  pour- 
roit  bien  cheminer  apres,  parce  qu’il 
demeureroit  boiteux  *. 

1 Le  traité  de  1573  donnait  un  tout  autre 
conseil  : 

« Si  la  playe  est  faicie  en  la  ioinciure  du 
genouil,  on  fera  tenir  la  iambe  du  malade  non 
droicle,  mais  vn  peu  courbée,  car  si  elle  deineu- 
roit  droite  il  ne  pourroit  bien  cheminer  ■■  aussi 
si  elle  esloit  trop  ployée , le  malade  seroil  fort 
boiteux  , parlant  sera  tenue  vn  peu  Jlecltie  ». 
pag.  600. 


Les  iointures  du  pied  et  des  orteils 
vulnerés  , seront  tenues  droites  , et 
non  courbées  et  fléchies  : autrement 
l’on  ne  marcheroit  pas  bien. 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  la  situa- 
tion de  la  iambe  et  du  pied,  est  toute 
differente  à celle  du  bras  et  de  la 
main  *. 


CHAPITRE  XLIII. 

DES  PLAYES  DES  LIGAMENS1 2. 

Pour  le  surplus  de  la  curation  des 
parties  nerueuses . i’ay  encores  à ad- 
uertir  touchant  les  ligamens  vulne- 
rés, qu’ils  n’ont  rien  de  particulier  , 
sinon  qu’il  les  conviendra  agglutiner, 
desseicher , et  consolider  plus  seure- 
ment,  et  aucc  medicamens  plus  forts  : 
parce  qu'ils  sont  fort  durs  et  secs,  et 
n’ont  point  de  sentiment.  Leur  cura- 
tion a esté  comprise  cy  dessus,  et  spé- 
cialement sous  les  playes  des  ioin- 
tures. 

Quant  aux  accidens  que  nous  avons 
dit  au  commencement  suiure  les 
playes  des  nerfs,  aucuns  appartien- 
nent au  Médecin,  et  ceux  qui  touchent 
le  Chirurgien  ont  esté  traités  ail- 
leurs. Parlant  nous  ne  nous  y arres- 
terons  d’auantage,  et  ferons  en  cest 
endroit  finir  ce  présent  liure , duquel 
Dieu  soit  loiié  et  remercié. 

* Cette  dernière  phrase  manque  dans  le 
Traité  de  1573,  et  même  encore  dans  l’édi- 
tion de  1575. 

2 Ce  chapitre  manque  au  petit  traité  de 
1573;  il  a étéajouté  à l’édition  de  1575. 


PREFACE 


SVR  LE  LIVRE 

DES  PLAYES  FAITES  PAR  HARQVEBVSES 


Devant  qu’entrer  à bon  escient 
en  la  description  des  Playes  faites 
par  Harquebuses  et  curation  d’i- 
celles, il  m’a  semblé  bon,  pour  mettre 
le  Lecteur  en  goust,  deuant  que  le 
présenter  à vne  table  diuersifiée  de 
tant  de  mets  et  fricassée  de  poudre  à 
canon  , toucher  icy  en  bref  qui  fut 
rinuenteur  d’une  si  pernicieuse  ma- 
chine de  guerre , en  combien  d’espe- 
ces elle  a esté  tournée  et  variée,  ayant 
chacune  son  nom  selon  son  vsage,  et 
combien  elle  est  dommageable  au 
genre  humain. 

Polydore  Virgile,  chapitre  second 
du  liure  deuxième  des  Jnuenleurs  des 
choses , dit  l’artillerie  auoir  esté  in- 
uentée  par  un  Allemand  de  basse  con- 

1 Cette  préface  a paru  pour  la  première 
fois  dans  la  deuxième  édition  des  œuvres 
complètes,  c’est-à-dire  en  1779;  et  il  n’y 
a rien  été  changé  dans  les  éditions  sui- 
vantes. 

Je  dois  ici  rendre  raison  de  l’orthographe 
que  j’ai  suivie  pour  le  mot  harquebuses.  Dans 
son  livre  de  1545,  Paré  écrivait  hacquebutes; 
en  1564,  hacquebutes  ou  haquebules  ; et  à par- 
tir de  la  première  édition  des  œuvres  com- 
plètes il  écrit  hacquebutes,  harquebuzes  Ci  har- 
quebuses indifféremment.  Nous  sommes  bien 
obligé  d'abandonner  le  premier  mot , puis- 
que , dans  celle  préface  même,  Paré  donne 


dilion,  qui  en  fut  induit  en  telle  sorte. 
Cesl  homme,  né  pour  le  péril  et  def- 
faitle  de  l’humain  lignage,  gardoit  vn 
iour  pour  certain  affaire  dans  un 
mortier , de  la  poudre  qui  depuis 
pour  son  principal  vsage  a esté  ap- 
pellée  poudre  à canon,  et  l’auoit  cou- 
verte d’vne  pierre.  Advint  qu’en  ti- 
rantdu  feu  d’une  pierre  auec  son  fusil, 
vne  petite  estincelle  tomba  dans  ce 
mortier,  et  soudain  la  poudre  ayant 
pris  feu , fit  sauter  cette  pierre  en 
haut  : ce  qui  festonna  , et  ensemble 
luy  apprit  la  force  de  ceste  matière, 
de  sorte  que  faisant  un  petit  ca- 
non de  fer , et  composant  la  pou- 
dre , il  essaya  ceste  machine  : et 
voyant  son  fait  reüssir  à son  sou- 

comme  sources  étymologiques  le  mot  l’ran- 
çois  arc  et  le  mot  italien  buzio  ; ce  qui  ne 
convient  plus  avec  hacquebutes.  D’après  cette 
double  étymologie,  il  eût  fallu  aussi  retran- 
cher Vit  comme  on  l’a  fait  plus  récemment  ; 
mais  si  le  mot  arquebuse  se  rencontre  au  xve 
siècle  , c’est  si  rarement  que  l’on  peut  accu- 
ser une  faute  d’impression  ; et  j’ai  dû  main- 
tenir l’orthographe  de  l’cpoque.  Quant  à l’.s 
substituée  au  z,  je  l’ai  trouuée  assez  fré- 
quemment pour  en  conclure  que  cette  sub- 
stitution était  déjà  admise;  et  je  l’ai  adoptée 
comme  se  rattachant  d’avantage  à l’ortho- 
graphe actuelle. 


1Q2 


PREFACE 


Lait  , fut  le  premier  qui  enseigna 
aux  Vénitiens  l’usage  de  cesle  dia- 
blerie, en  la  guerre  qu’ils  eurent  con- 
tre les  Geneuois,  l’an  de  notre  salut 
mil  trois  cens  octante , en  vu  lieu  ja- 
dis nommé  fosse  Clodiane,  à présent 
Cbioggia. 

Combien  que  selon  le  iugement  de 
Pierre  Messie, chapitre  huitième,  en 
la  première  partie  de  ses  diverses  Le- 
çons , ceste  inuention  doit  estre  plus 
ancienne  : à cause  qu’en  la  Chroni- 
que d’Alphonse,  onzième  Roy  de  ( as- 
tille,  qui  conquist  les  Isles  Argezires, 
il  se  trouve  qu’estant  au  siège  de  la 
ville , en  l’an  mil  trois  cens  quarante 
trois,  les  Mores  assiégés  tiroient  cer- 
tains tonnerres  auec  des  mortiers  de 
fer.  Encores  long  temps  auparauant, 
qui  fut  y a quatre  cens  ans  et  plus,  en 
la  Chronique  du  Roy  Alphonse  qui 
conquist  Tolede,  le  seigneur  Don  Pe- 
tre,  EuesquedeLeon,  escrit  qu’en  vne 
bataille  de  mer,  qui  fut  entre  le  Roy 
de  Tunes  et  le  Roy  More  de  Seuile, 
auquel  le  Roy  Alfonse  fauorisoit,  les 
Tuningeois  auoient  certains  ton- 
neaux de  fer  ou  bombardes,  et  qu’a- 
vec ce  ils  tiroient  force  tonnerres  de 
feu  : ce  qui  deuoit  estre  artillerie , 
bien  qu’elle  ne  fust  à la  perfection  de 
maintenant. 

L’inuenteur  de  ceste  machine  a eu 
pour  recompense  que  son  nom  et  sa 
profession  ont  esté  inconnus  de  tout 
le  monde  , comme  indigne  d’aucune 
mémoire , pour  le  malheur  qu’il  nous 
a introduit.  Combien  qu’ A ndré  Theuet 
en  sa  Cosmographie,  parlant  desSué- 
uians , peuples  d’Allemagne,  auance 
de  l’autorité  d'un  certain  vieil  liure 
escrit  à la  main,  tel  homme  Allemand 
auoir  esté  Moine  et  Philosophe,  ou 
Alchimiste  de  profession  , du  pays 
de  Fribourg , nommé  Constantin  An- 
clzen. 


Quoy  qu’il  en  soit , ceste  machine 
a esté  premièrement  appellée  li  m- 
barde , à cause  du  bruit  qu’elle  fait, 
que  les  Latins  conformément  au  na- 
turel du  son  appellent  Bombus.  De- 
puis à ceste  première  inuention  de 
sov  rude  et  imparfaiie  , le  temps, 
l’art,  et  surtout  la  malice  des  hommes 
a beaucoup  adiousté.  Car  première- 
ment quant  à la  matière , au  fer  ont 
succédé  le  bronze  et  le  cuiure , mé- 
taux plus  traitables  et  fusiles , moins 
aussi  suiels  à la  roüille.  Seconde- 
ment ceste  première  simple  et  lourde 
masse  de  canon  a este  diuersifiée  en 
cent  façons,  iusques  à les  monter  sus 
des  roues,  à fin  que  non  seulement  de 
plus  haut  , mais  aussi  de  plus  grande 
vistesse , elles  peussent  courir  à la 
ruine  des  hommes,  les  premiers  mor- 
tiers ne  semblans  assez  maniables  ny 
assez  cruels  par  vn  simple  vomisse- 
ment de  fer  et  de  feu.  De  là  sont  ve- 
nus ces  horribles  monstres  de  f anons , 
doubles  Canons , Baslardes , Mosquets, 
Passe-volans , et  pièces  de  campagnes, 
ces  furieuses  bestes  de  Coukuurines , 
Serpentines , Basilisq< , Sacres,  Fau- 
cons, Fauconneaux,  Verses,  Flcules,  Oi  - 
gnis, et  autres  infinies  especes,  toutes 
de  diuers  noms , non  seulement  tirés 
et  pris  de  leur  figure  et  qualité,  mais 
bien  d’auantage  de  leurs  effets  et 
cruauté.  En  quoy  certes  se  sont  mons- 
trés  sages  , et  bien  entendus  en  la 
chose , ceux  qui  premièrement  leur 
ont  imposé  tels  noms,  qui  sont  pris 
non  seulement  des  animaux  les  plus 
rauissans,  comme  des  sacres  et  fau- 
cons, mais  aussi  des  plus  pernicieux 
et  ennemis  du  genre  humain,  comme 
des  serpens,  couleuurcs , et  basilisqs  , 
pour  monstrer  que  telles  machines 
guerrières  n’ont  autre  vsage,  et  n’ont 
este  inuentées  à autre  fin  et  intention, 
que  pour  ravir  promptement  et  cruel- 


DES  PLAYES  PAR  IIARQVEBVSES.  12d 


lement  la  vie  aux  hommes  : et  que  les 
oyans  seulement  nommer,  nous  les 
eussions  en  horreur  et  détestation. 

le  laisse  plusieurs  autres  pièces 
moindres  en  corps,  mais  de  force  et 
cruauté  plus  pernicieuses  , de  tant 
qu’elles  attaquent  nostre  vie  de  plus 
près , et  qu’elles  nous  peuuent  sur- 
prendre à l’improviste  et  trahison  , 
sans  qu’il  y ait  moyen  de  s’en  donner 
garde , comme  sont  les  pistolet  pisto- 
lets, petits  bidets,  et  autres  semblables, 
petits  lézards  et  scorpions,  que  l’on 
peut  aisément  cacher  dedans  les 
chausses.  Entre  ces  deux  especes  tien- 
nent le  moyen  les  harqutbuses  à croc, 
que  l’on  ne  peut  bien  tirer  si  elles  ne 
sont  liées  et  accrochées  sur  du  bois , 
les  mousquets  pixtrinals , que  l’on  ne 
couche  en  iouë  , à cause  de  leur  cali- 
bre gros  et  court , mais  qui  se  tirent 
de  la  poitrine,  et  les  harquebuses  com- 
munes : le  tout  inuenté  pour  la  com- 
modité des  gens  de  pied,  et  pour  des- 
serrer balles  et  dragées.  Le  mot  gene- 
ral imposé  parles  Latins,  est  Sclopus, 
à l’imitation  du  son  , et  des  Italiens 
qui  disent  Sclopetere:  par  les  François 
harquebuse , mot  pareillement  tiré  des 
Italiens,  à cause  du  trou  , par  lequel 
le  feu  du  bassinet  entre  auant  dans  le 
canon  , car  les  Italiens  nomment  vn 
trou  Buzio  : et  se  nomme  arc,  à cause 
qu’on  en  vse  maintenant , comme  ia- 
dis  on  faisoit  des  arcs  à la  guerre,  veu 
que  les  archers  auoient  le  temps  passé 
la  première  pointe,  comme  à présent 
ont  les  harquebusiers  aux  combats  et 
batailles. 

De  ceste  misérable  boutique  et 
magazin  de  cruauté,  sont  sortis  les 
mines,  contre-mines,  les  sapes,  les 
pots  à feu,  les  traits,  les  lances  et  ar- 
balestes  à feu,  les  tonneaux  meur- 
triers, les  sachets,  les  traînées,  les  fu- 
zées , les  fagots  bruslans , les  cercles, 


les  oranges,  les  grenades,  les  pelotes, 
les  pots  et  carreaux  à feu  : très  mi- 
sérable inuenlion  , par  laquelle  nous 
voyons  souuenl  vne  milliasse  de  pau- 
ures  hommes  fricassés  sous  vne  mine, 
ou  cazematle  : les  autres  en  l’ardeur 
du  combat  atteints, voire  legierement 
de  quelqu’vn  de  ces  engins  , brusler 
cruellement  dans  leur  barnois,sans 
mesme  que  les  eaux  puissent  refrener 
et  esteindre  la  furie  d’vn  tel  feu. 

Ce  n’estoit  doneques  assez  d’auoir 
armé  le  fer  et  le  feu  contre  nous , si 
mesme  pour  haster  le  coup  on  n’eust 
quasi  comme  empenné  telles  armes  , 
les  faisant  voler  aux  despens  de  nostre 
vie  , appropriant  des  ailes  à la  mort , 
pour  accabler  l’homme  plus  soudai- 
nement : pour  la  conseruation  du- 
quel toutesfois  telles  choses  auoient 
esté  premièrement  créées.  Vrayement 
quand  en  moy-mesme  i’oy  parler 
des  machines  desquelles  les  anciens 
vsoient,fustpour  assaillir  les  hommes 
en  combat  et  rencontre , comme  sont 
les  arcs, dards, arbalestes, frondes  : fust 
pour  forcer  les  villes,  comme  sont  bé- 
liers, chenaux,  vignes,  tortues , batistes , 
et  autres  semblables,  me  semble  que 
i’oy  parler  de  petits  ioüets  d’enfans,au 
regard  decelles-cy,quipouren  parler 
proprement  et  à la  vérité,  surpassent 
en  figure  et cruautéles  choses  que  l’on 
sçauroit  penser  les  plus  cruelles.  Que 
sçauroit-on  imaginer  en  ce  monde  de 
plus  espouuentable  et  furieux  que  la 
foudre  et  tonnerre?  Et  toutesfois  le 
tonnerre  ordinaire  et  naturel  n’est 
par  maniéré  de  dire  rien , au  regard 
de  ces  machines  infernales  : ce  qui  se 
pourra  aisément  comprendre  par  la 
comparaison  des  effets  de  l’vn  et  de 
l’autre. 

Nature  a bien  voulu  honorer  et  pri- 
uilegier  l’homme , inferieur  en  force 
corporelle  aux  bestes , de  cecy  : c’est 


PREFACE 


1 2 4 

que  le  seul  homme  ne  meurt  tous- 
iours  estant  frappé  de  foudre,  et  au 
contraire  pour  peu  que  les  autres  ani- 
maux qui  sont  suiets  à la  foudre  en 
sont  touchés,  en  meurent  soudain. 
Car  comme  ainsi  soit  que  tous  ani- 
maux frappés  du  foudre  tombent 
de  l’autre  costé , le  seul  homme  ne 
meurt  point,  s’il  ne  tombe  sur  la  par- 
tie frappée  du  foudre , ou  s’il  n’est 
tourné  par  force  du  costé  d’où  la 
foudre  vient.  Mais  l’artillerie  n’espar- 
gne  non  plus  les  hommes  que  les 
bestes  : et  sans  discrétion,  de  quelque 
costé  qu’elle  vienne,  en  quelque  costé 
qu’elle  frappe , en  quelque  façon 
qu’elle  les  renuerse , leur  emporte  la 
\ie.  Il  y a plusieurs  remedes  pour 
se  garder  contre  le  tonnerre.  Car  ou- 
tre les  charmes  , par  lesquels  les  an- 
ciens Romains  croyoient  la  foudre 
pouuoir  estre  conjurée  et  diuertie 
ou  excitée  , on  ne  veit  iamais  la  fou- 
dre descendre  plus  auant  que  cinq 
pieds  en  terre.  De  là  vient  que  ceux 
qui  la  craignent  font  caves  profondes 
en  terre,  pour  s’y  retirer  comme  en 
sauueté.  On  dit  que  le  Laurier  n’est 
iamais  frappé  de  la  foudre  : c’est  pour- 
quoy  le  temps  passé  , et  encore  au- 
iourd’huy  , il  est  pris  pour  un  signal 
de  victoire.  Parquoy  l’Empereur  Ti- 
bère, craignant  sur  toutes  choses  le 
tonnerre,  se  faisoit  promptement  cou- 
ronner de  laurier,  au  moindre  bruit 
qu’il  eust  ouy  en  l’air.  On  lit  de  quel- 
ques-vns  auoir  fait  faire  des  tentes  de 
peaux  de  veaux  marins,  pour  ce  que 
cest  animal  a cela  de  particulier,  que 
iamais  il  n’est  atteint  du  foudre.  L’Ai- 
gle aussi  est  dit  auoir  ce  priuilege  en- 
tre les  oiseaux , de  n’est  re  frappée  de 
la  foudre  : c’est  pourquoy  on  l’ap- 
pelle cousteliere  de  Iupiter , dit  Pline  , 
liure  2,  chap.  54  et  55.  Mais  contre 
l’artillerie,  rien  ne  seruent  les  paroles 


et  incantations,  rien  le  laurier  victo- 
rieux, rien  le  veau  marin,  rien  chose 
quelconque,  non  pas  mesme  vne  mu- 
raille opposée,  espaisse  de  dix  pieds. 
Bref  cecy  monstre  la  fureur  inexpu- 
gnable de  l’artillerie,  au  regard  du 
tonnerre  : c’est  que  le  tonnerre  se 
peut  dissiper  par  son  de  cloches,  bas- 
sins d'airain,  et  mesme  par  le  bruit  de 
l’artillerie  : les  nuées , du  heurt  et 
combat  desquelles  se  fait  le  tonnerre, 
estans  par  telle  agitation  de  l’air,  ou 
dissipées  ou  chassées  en  autre  pays 
bien  loin:  mais  la  fureur  et  orgueil  de 
l’artillerie  ne  s’appaise  pour  chose 
quelconque. 

Il  y a quelques  temps  et  quelques 
régions  exemptes  de  foudre  : car  on 
ne  voit  gueres  tomber  la  foudre  au 
cœur  de  lTlyuer,  non  plus  qu’au  gros 
de  l’Esté.  Ce  qui  aduient  de  deux  rai- 
sons contraires  : car  en  Hyuer  l’air 
est  fort  espais,  aussi  sont  les  nuées,  de 
sorte  qu’aisément  estreignent  tout  le 
feu  que  pourroient  avoir  chargé  les 
exhalations  de  la  terre,  qui  néant- 
moins  sont  lors  froides  et  glaciales  : 
de  là  vient  que  la  Scythie  et  les  ré- 
gions froides  qui  sont  à l’environ  , 
c’est  à dire,  la  Tartarie,  Liuonie,  Mos- 
couie,  Russie,  et  autres  pays  voisins, 
sont  exempts  de  foudre.  Comme  au 
contraire  les  grandes  chaleurs  en  pré- 
servent l’Égypte  : car  les  exhalations 
et  vapeurs  de  la  terre,  qui  sont  chau- 
des et  seiches,  se  conuerlissent  par  la 
chaleur  vehemente  en  petites  nuées 
qui  n’ont  point  de  force  , comme  dit 
Pline1.  Mais  comme  l'inuenlion,  aussi 
la  tempesle  et  dommage  de  l'artille- 
rie , s’est  espandue  comme  vne  peste 
par  toutes  les  provinces  de  la  Terre  : 
et  en  tout  temps  le  Ciel  retentit  sous 
la  plaintive  voix  de  ceux  qui  en  sen- 

1 Liu.  2.  chap.  50.  — A.  P. 


DES  PLAYES  PAH  HARQUEBVSES. 


1 2 5 


lent  les  accès.  Le  tonnerre  ordinaire- 
ment n’a  qu’vn  coup,  qu’vne  foudre, 
et  ne  frappe  qu’vn  homme  à la  fois  : 
mais  l’artillerie  d’vn  seul  coup  peut 
accabler  une  centaine  d'hommes. 
La  foudre  le  plus  souuent  , comme 
estant  chose  naturelle,  tombe  for- 
tuitement, tantost  sur  un  chesne,  tan- 
tost  sur  vne  montagne,  tantost  sur 
une  tour,  et  rarement  sur  l’homme  : 
mais  l’artillerie  conduite  par  la  mali- 
gne dextérité  de  l’homme,  n’appele 
que  l’homme  , n’a  autre  but  que 
l’homme  , le  mire  seul  et  choisit  seul 
entre  une  milliasse  de  choses.  La  fou- 
dre par  le  bruit  de  son  tonnerre 
auant-courenr,  quelque  bonne  espace 
de  temps  deuant,  nous  aduerlit  de  sa 
tempeste  future  : mais  l’artillerie,  qui 
est  le  comble  de  tout  le  mal,  en  gron- 
dant frappe,  et  en  frappant  gronde, 
enuoyant  aussi  tost  la  balle  mortelle 
dans  l’estomach , que  le  son  et  bruit 
dedans  l’oreille. 

C’est  donc  à bon  droit  que  nous  dé- 
testons l’auteur  d’une  si  dommagea- 
ble et  pernicieuse  inuention  : comme 
au  contraire  deuons  estimer  ceux  di- 
gnes de  grandes  louanges,  qui  ou  par 
paroles  taschent  à reuoquerlesPrinces 
et  Roys  de  la  pratique  d’vne  si  misé- 
rable et  funeste  machine  : ou  par  ef- 
fets et  escrits  s’estudient  à donner 
quelques  remedes  à ceux  qui  en  au- 
roient  esté  atteints. 

Ce  qui  m’a  esmeu  presque  le  pre- 
mier entre  les  François  à escrirc  de 


ceste  matière  <.  Mais  devant  que  faire 
courir  ma  plume  en  ceste  carrière  , 
il  m’a  semblé  bon,  pour  plus  facile 
intelligence  du  Traité  principal  que 
ie  prétends  mettre  en  lumière  des 
playes  faites  par  harquebuses  , faire 
marcher  deuant  deux  Discours,  pour 
arracher  quelques  opinions  de  la 
fantasie  de  plusieurs,  qui  me  sem- 
blent du  tout  fausses:  la  falcité  des- 
quelles si  elle  n’est  conuaincue , il 
n’est  pas  possible  de  rien  entendre  en 
l’essence  de  ce  mal , ny  rien  faire  à 
profit  et  honneur  en  la  cure  d’iceluy. 

Le  premier  Discours,  adressé  au 
Lecteur,  condamne  par  viues  raisons 
la  façon  de  Vigo  , qui  brusloit  les 
playes  faites  par  harquebuses  , et 
les  cauterisoit,  pensant  qu’elles  par- 
ticipassent de  quelque  vénénosité.  Au 
contraire  , celle  qui  guaril  telles 
playes  par  les  suppuratifs,  est  autant 
douce  et  salubre , comme  celle  dudit 
de  Vigo  est  cruelle  et  pernicieuse. 

Le  second  Discours  adressé  au 
Roy,  monstre  lesdites  playes  ne  par- 
ticiper d’aucune  vénénosité , ains  la 
cacoëthie  et  male  morigeration  d’i- 
celles, dépendre  entièrement  du  vice 
de  l’air,  et  de  la  cacochymie  des  corps 
offensés. 

1 II  y a certainement  une  grande  modestie 
dans  cet  aveu,  car  Tagault  ne  dit  mot  des 
plaies  par  armes  à feu  , et  tout  ce  qui  en 
avait  été  écrit  en  France  avant  Paré  se  borne 
à la  traduction  de  Vigo  par  Nicolas  Godin. 


DISCOVRS  PREMIER 

SVR  LE  FAIT  DES  HAROVEBVSADES , 


ET  AVTRES  BASIONS  A FEV*. 


L’an  mil  cinq  cenl  trente-six  , le 
grand  Roy  François  envoya  vne  gran- 
de armée  en  Piedmont,  pour  enui- 
tailler  Thurin , et  reprendre  les  vil- 
les et  chasteaux  qu’auoit  pris  le  Mar- 
quis du  Guast,  Lieutenant  general  de 
l’Empereur  : ou  monsieur  le  Connes- 
table  , lors  Grand  - Maistre  , esloit 
Lieutenant  general  de  l’armée,  et 
monsieur  de  Monlejan  Capitaine  ge- 
neral des  gens  de  pied  ( duquel  alors 
i’estois  Chirurgien  ).  Vne  grande  par- 
tie de  l’armée  arriuée  au  pas  de  Suze, 
trouuasmes  les  ennemis  qui  tenoienl 
le  passage  et  auoient  fait  certains 
forts  et  tranchées,  de  façon  que  pour 
les  faire  débusquer  et  quitter  la  place, 
il  conuint  combattre , et  il  y eut  plu- 
sieurs tués  et  blessés  tant  d’vne  part 
que  d’autre.  Mais  ce  fut  à eux  de 
tout  quitter  et  gaigner  le  Chasteau  , 
où  bientost  furent  sommés  de  leur 
rendre  : ce  qu’ils  tirent , et  sortirent 
seulement  la  vie  sauue , en  chemise, 
et  le  baslon  blanc  au  poing,  dont  la 
plus  grande  part  s’en  allèrent  gaigner 

•Ce  discours  parait  dater  de  J 575 ; c’est 
en  effet  dansla  première  édition  desOEuvres 
complètes  que  je  le  rencontre  pour  la  pre- 
mière fois.  Paié  y fait  l’histoire  de  sa  décou- 
verte avec  des  détails  qui  ne  se  trouvent 
pas  dans  la  grande  Apologie. 


le  Chasteau  de  Villane  , où  il  y auoit 
enuiron  deux  cents  Espagnols. 

Monseigneur  le  Connestable  ne  le 
voulut  laisser  en  arriéré,  à fin  de  ren- 
dre le  chemin  libre.  Iceluy  est  assis 
sur  vne  petite  montagne,  qui  donnoit 
grande  asseu rance  à ceux  de  dedans, 
qu’on  ne  pourroit  asseoir  l’artillerie 
pour  les  battre:  et  furent  sommés  de 
leur  rendre,  ou  qu’on  les  mettroit  en 
pièces  : ce  qu’ils  refusèrent  tout-à-plat, 
faisant  response  qu’ils  estoient  au- 
tant bons  et  fideles  seruiteurs  de  l’Em- 
pereur , que  pouuoit  estre  Monsieur 
le  Connestable  du  Roy  son  maistre. 
Leur  response  entendue  , on  fit  de 
nuit  monter  deux  groscanons  à force 
de  bras  auec  cordages,  par  les  Suisses 
et  Lansquenets  : où  le  malheur  vou- 
lut, qu’estant  les  deux  canons  assis, 
vn  Canonnier  mist  par  inaduertance 
le  feu  dedans  vn  sac  plein  de  pou- 
dre à canon  , dont  il  fut  bruslé  , en- 
semble dix  ou  douze  soldats  : et  en 
outre  la  flamme  de  la  poudre  fut 
cause  de  descouurir  l’artillerie,  qui 
fist  que  toute  la  nuit  ceux  du  Chas- 
teau tirèrent  plusieurs  coups  d’har- 
quebuses  à l’endroit  où  ils  auoient 
peu  descouurir  les  deux  canons,  dont 
tuèrent  et  blessèrent  quelquenombre 
' de  nos  gens.  Le  lendemain  de  grand 
I matin  on  fit  batterie  , qui  en  peu 


DISCOVRS  SVR  LE  LIVRE  DES 

d’heure  fit  breche.  Estant  faite  , de- 
mandèrent à parlementer, mais  ce  fut 
trop  lard  : car  cependant  nos  gens  de 
pied  François  , les  voyans  estonnés  , 
montèrent  à la  breche , et  entrèrent 
dedans,  et  les  mirent  tous  en  pièces, 
excepté  vue  fort  belle  et  ieune  Pied- 
montoise,  qu’vn  grand  seigneur  vou- 
lut auoir  pour  luy  tenir  compagnie 
la  nuit,  de  peur  du  Loup  garou.  Le 
Capitaine  et  Enseigne  furent  pris  en 
vie  , mais  bien  tost  apres  pendus  et 
eslranglés  sur  les  créneaux  de  la 
porte  de  la  ville  , à fin  de  donner 
exemple  et  crainte  ausdits  soldais  Im- 
périaux n’estre  si  temeraii  es  et  si  fols, 
vouloir  tenir  telles  places  contre  vne 
si  grande  armée  Or  tous  les  susdits 
soldats  du  Chasteau , voyans  venir 
nos  gens  d’une  très -grande  furie, 
firent  tout  deuoir  de  se  defendre  , 
tuerent  et  blessèrent  vn  grand  nom- 
bre de  nos  soldats  à coups  de  pic- 
ques  et  d’harquebuses,où  les  Chirur- 
giens eurent  beaucoup  de  besogne 
taillée. 

I’estoisen  ce  temps-là  bien  doux  de 
sel , parce  que  ie  n’auois  encores  veu 
traiter  les  playes  faites  par  harque- 
bnses:  il  est  vray  que  i’auois  leu  en 
Iean  de  Vigo,  livre  premier  des  Playes 
en  general , chapitre  8,  que  les  playes 
faites  par  bastons  à feu  participent 
de  vénénosité,  à cause  de  la  poudre  : 
et  pour  leur  curation  commande  les 
cautériser  auec  huile  de  sambuc  , 
en  laquelle  soit  meslé  vn  peu  de  thé- 
riaque. Et  pour  ne  faillir,  parauant 
qu’user  de  ladite  huile  feruente,  sça- 
chant  que  telle  chose  pourroit  appor- 
ter au  malade  exlreme  douleur , ie 
voulus  sçauoir,  premieiement  que 
d’en  appliquer, comme  les  aulresChi- 
rurgiensfaisoient  pour  le  premier  ap- 
paieil,  qui  estoit  d’appliquer  ladite 
huile  la  plus  boitillante  qu’il  leur  es- 


PLAYES  PAR  HARQVEBVSES.  I27 

toit  possible  dedans  les  playes  , auec 
tentes  et  sefons  : dont  ie  prins  har- 
diesse de  faire  comme  eux.  En  fin  mon 
huile  me  manqua , et  fus  contraint 
d'appliquer  en  son  lieu  vn  digestif  fait 
de  iaune  d’œuf,  huile  rosat  et  tere- 
benlhine.  La  nuit  ie  ne  pgu  bien  dor- 
mir à mon  aise,  pensant  que  par  faute 
d’auoir  cautérisé  , ie  trouuasse  les 
blessés  où  i’auois  failli  à mettre  de 
ladite  huile  morts  empoisonnés  : qui 
me  fit  leuer  de  grand  matin  pour  les 
visiler.Où  outre  mon  esperance,  trou- 
uay  ceux  auxquels  i’auois  mis  le  mé- 
dicament digestif,  sentir  peu  de  dou- 
leur à leurs  playes,  sans  inflammation 
et  tumeur  , ayans  assez  bien  reposé 
la  nuit  : les  autres  où  l’on  auoit  ap- 
pliqué ladite  huile,  les  trouvay  febri- 
citans,  auec  grande  douleur  , tumeur 
et  inflammation  aux  enuirons  de 
leurs  playes.  Adonc  ie  me  deliberay 
de  ne  jamais  plus  brusler  ainsi  cruel- 
lement les  pauures  blessés  de  harque- 
busades. 

Lors  que  nousentrasmes  à Thurin, 
il  se  trouua  vu  Chirurgien  qui  auoit 
le  bruit  pardessus  tous  de  bien  medi- 
cameuler  les  harquebusades:  en  la 
grâce  duquel  trouuay  moyen  m’insi- 
sinuer,  et  luy  fis  la  court  près  de  deux 
ans  et  demy , auparauant  qu’il  me 
voulusl  déclarer  son  remede , qu’il 
appeloitson  baume.  Ce  pendant  Mon- 
sieur le  Mareschal  de  Montejan  , qui 
estoit  demeuré  Lieutenant  general 
du  Roy  en  Piedmont,  mourut  : adonc 
remonstray  au  Chirurgien  que  m’en 
voulois  retourner  à Paris,  et  luy  sup- 
pliay  qu’il  me  tint  promesse  de  me 
donner  la  recepte  de  son  baume:  ce 
que  volontairement  fit , attendu  que 
ie  luy  quillois  le  pays.  Il  m’enuoya 
quérir  deux  petits  chiens,  vne  liure 
de  vers  de  terre  , deux  liures  d’huile 
de  iis  , six  onces  de  terebenthine  de 


DISCOVRS  SVR  LE  LIVRE 


1 28 

Venise,  et  vne  once  d’eau  de  vie:  et 
en  ma  presence  il  fit  bouillir  tes  chiens 
tous  viuans  en  ladite  huile  iusques  à 
ce  que  la  chair  laissast  les  os  : et  apres 
mit  les  vers,  qu’il  auoit  auparauant 
fait  mourir  en  vin  blanc  , à lin  qu'ils 
iettassent  1«  terre  qui  est  tousiours 
contenue  en  leurs  ventres:  estant  ainsi 
vuidée , les  fit  cuire  en  ladite  huile 
iusques  à ce  qu’ils  deuindrent  tous 
arides  et  secs  : alors  fit  le  tout  passer 
par  vne  seruiette,  sans  grandement 
en  faire  expression  : cela  fait , y ad- 
iousta  la  térébenthine,  et  à la  fin  de 
l’eau  de  vie: et  appella  Dieu  pour  tes- 
moin,  que  c’estoit  son  baume,  duquel 
il  vsoit  aux  playes  faites  par  barque- 
buses  et  autres  qu’on  pretendoit  sup- 
purer, et  me  pria  de  ne  diuulguer  son 
secret. 

De  là  ie  m’en  vins  à Paris,  où  quel- 
que temps  apres  monsieur  Syluius  , 
Lecteur  du  Roy  en  Medecine,  homme 
grandement  estimé  entre  les  gens 
doctes  , me  pria  d’aller  disner  auec 
luy  : ce  que  ie  fis  volontiers:  où  il 
m’interrogua  comme  on  traitoit  les 
coups  d’harquebuses  et  les  combus- 
tions faites  par  la  poudre  à canon  : 
où  tout  subit  ie  luy  prouue  que  la 
poudre  à canon  n’esloit  aucunement 
veneneuse  , parce  que  nul  simple  qui 
entre  en  icelle  n’est  trouué  veneneux, 
et  moins  sa  composition  : et  aussi  que 
l’experience  en  faisoit  foy , par-ce 
qu’aucuns  soldats  estans  blessés  en 
prenoient  auec  du  vin  , disant  qu’i- 
celle prinse  par  dedans  gardoit  les 
accidens  d’aduenir  (ce  que  ie  n’ap- 
prouue)  : ioint  aussi  qu’aucuns  ayans 
quelques  vlceres  sur  leur  corps,  poul- 
ies desseicher  y mettoient  dessus  de 
ladite  poudre  , sans  qu’il  leur  en  sur- 
vint aucun  mal.  Et  quant  aux  balles, 
ne  pouuoient  conceuoir  si  grande 
chaleur  qu’elles  eussent  vertu  de 


brusler.  Car  vne  balle  estant  tirée 
contre  vne  muraille , on  la  pouuoit 
promptement  tenir  en  la  main  nue  , 
combien  que  pour  la  collision  faite 
contre  la  pierre,  elle  deuroit  encores 
eslre  plus  eschauffée:  et  quant  aux 
combuslions  faites  de  la  poudre  à 
canon,  ie  n’auois  rien  trouué  de  par- 
ticulier, pour  diuersifier  la  cure  des 
autres  combustions.  Et  luy  racontay 
ceste  histoire  , qu’vn  garçon  de  cui- 
sine de  monsieur  le  Mareschal  de 
Montejan  tomba  en  vne  chaudière 
pleine  d’huile  quasi  bouillante,  pour 
lequel  penser  estant  enuoyé  quérir , 
promptement  m’en  allay  demander  à 
vn  Apoticaire  des  medicamens  refri- 
gerens , qu’on  auoit  de  couslume  ap- 
pliquer aux  bruslures.  Là  se  trouua 
vne  bonne  vieille  villageoise,  qui  en- 
tendant que  ie  parlois  de  ceste  brus- 
lure  , me  conseilla  y appliquer  pour 
le  premier  appareil  ( de  peur  qu’il  ne 
suruint  des  pustules  ou  empoulles  ) 
des  oignons  cruds  pilés  auec  vn  peu 
de  sel.  le  demanday  à ladite  vieille 
si  autresfois  l’auoit  expérimenté, elle 
me  iura  en  son  iargon,Si,  messe, 
a la  fe  de  Dé'  : qui  m’incita  à en  vou- 
loir bien  faire  l'experience  sur  le  souil- 
lon de  cuisine, où  véritablement  trou- 
uay  les  endroits  où  auoient  touché 
les  oignons  n’auoir  aucunes  vessies 
ou  empoulles  : et  où  ils  n’auoienl  tou- 
ché, tout  estre  vessié.  Quelque  temps 
apres,  vn  Allemand  de  la  garde  dudit 
Seigneur  de  Montejan  s’estoit  fort 
beu  : le  feu  print  en  son  flasque  d’où 
il  luy  fit  grand  desastre  aux  mains  et 
au  visage,  et  fus  appelé  pour  le  pen- 
ser. l’appliquay  des  oignons  à la 

* Palois  italien  qui  se  peut  rendre  par  : 
Oui,  monsieur,  par  la  foi  de  Dieu.  — A.  Paré 
ajoute  en  note  : Ce  remede  est  approuué  de 
Celse,  liu.  5.  chap.  27.  Mais  il  y a erreur  ; et 
Celse  n’en  parle  pas. 


DES  PLAYES  PAR  HARQVEBVSES. 


moitié  du  visage , et  de  l’autre  costé 
les  remedes  communs  : au  second  ap- 
pareil trouuay  le  costé  où  i’auois  ap- 
pliqué les  oignons  , sans  nulles  ves- 
sies ny  excoriation,  et  l’autre  tout 
empoullé:  et  alors  proposay  d’escrire 
l'effet  desdits  oignons.  D’auantage  ie 
dis  audit  Syluius,que  pour  bien  ex- 
traire les  balles  demeurées  dedans 
quelque  partie  du  corps,  il  falloit  si- 
tuer le  blessé  en  telle  situation  qu’il 
esloit  lors  qu’il  fut  frappé  , et  outre 
ie  luy  discourus  beaucoup  d’autres 
choses  contenues  en  ce  livre. 

Mon  discours  paracheué,  me  pria  de 
grande  affection  le  mettre  par  escrit, 
à fin  que  ceste  fausse  opinion  de  de 
Vigo  fust  enuoyée  à val  l’eau  : ce  que 
volontairement  luy  voulus  accorder, 
et  fistailler  plusieurs  instrumenspour 
extraire  les  balles  et  autres  choses es- 
trangeSjCequ’on  n’auoit  encores  tait1: 
et  fuspremierement  imprimé  l’anl545, 
et  bien  receu  : qui  a esté  cause  me  le 
faire  reuoir,  et  encore  le  faire  r’im- 
primer  l’an  1552,  et  pour  la  derniere 
fois  l'an  1564,  où  ie  l’ay  enrichi  de 
beaucoup  d’autres  choses,  pour  auoir 
suiui  depuis  les  guerres,  et  auoir  esté 
aux  batailles  et  enfermé  és  villes, 
comme  à Mets  et  Hedin  : pareillement 
pour  auoir  esté  au  seruice  de  cinq 
Roys,  où  i’ay  tousiours partout  voulu 
communiquer  aux  Medecinset  Chirur- 
giens sçauans  , lors  que  i’auois  quel- 
que doute,  pour  descouurir  s’il  y auoit 
autre  moyen  de  traiter  lesditesplayes 
faites  par  harquebuses  : dont  la  plus 
grande  part,  au  moins  ceux  qui  ont 
suiui  les  guerres  et  y ont  peu  con- 
noistre  quelque  chose  par  raison  et 
expérience, sont  de  mon  aduis,  lesme- 
dicamenler  en  vsant  de  suppuratifs 

1 Ces  mots  ce  qu’on  n'auoil  encores  fait 
manquent  dans  les  éditions  de  1575  et  1579. 


12Q 

au  commencement , et  non  d’huile 
bouillante.  Et  luy  prolestay  auoir 
trouué  telles  playes  autant  aisées  à 
traiter,  estans  aux  parties  charneu- 
ses,  que  les  autres  faites  par  grandes 
contusions  : mais  le  boulet  rencontre 
les  os  et  parties  nerueuses.il  les  brise, 
dilacere  , rompt  et  fend  par  esclats, 
non  seulement  où  il  touche , mais 
beaucoup  plus  loin , sans  aucune  mi- 
séricorde , causant  grands  accidens , 
qui  suruiennent  principalement  aux 
iointures  et  aux  corps  cacochymes  : 
et  en  temps  suiet  à corruption,  à sça- 
uoir  quand  l’air  est  chaud  et  humide, 
adonc  la  cure  est  très  difficile,  et  sou- 
tient impossible , non  seulement  aux 
playes  faites  par  basions  a feu  , mais 
pareillement  celles  qui  sont  faites  par 
autres  inslrumens , voire  encores 
qu’elles  fussent  aux  parties  charneu- 
ses.  Partant  les  susdits  accidens  ne 
prouiennent  de  la  vénénosité  qui  est 
en  la  poudre  à canon,  ou  parla  com- 
bustion faite  par  le  boulet. 

Pour  preuue  dequoy,  ie  puis  allé- 
guer ce  que  i’ay  n’agueres  expéri- 
menté en  la  personne  du  Comte  de 
Courdon,  seigneur  d’Achindon , Es- 
cossois , que  i'ay  pensé  par  le  com- 
mandement de  la  Itoyne,  mere  du 
Roy  : lequel  fut  blessé  d’vn  coup  de 
pistole  au  trauers  des  deux  cuisses 
sans  fracture  d’os,  luy  estant  donné 
de  si  pies , que  le  feu  flamboit  en  ses 
chausses  : et  fut  entièrement  guari 
en  xxxij.  iours,  sans  qu’il  luy  suruint 
fiéure,  ny  autre  mauuais  accident: 
et  le  medicamentay  à saint  Iean  de 
Latran,  au  logis  de  monsieur  l’Am- 
bassadeur d’Escosse,  Archeuesquede 
Glasco , lequel  tous  les  iours  assistoit 
à le  voir  penser.  Ce  que  peuuent  tes- 
moigner  estre  vray  monsieur  Brigard , 
Docteur  Regent  en  la  faculté  de  Mé- 
decine qui  luy  assista  auec  moy,  en- 

9 


11. 


l3o  DISCOVRS  SVR  LE  LIVRE  DES  PLAYES  PAR  HARQVEBVSES. 


semble  Iacques  Guillemeau,  Chirur- 
gien du  Roy  et  iuré  à Paris,  iusques  à 
la  parfaite  guérison.  Le  mesme  peut 
tesmoigner  monsieur  Hautin,  Doc- 
teur Regent  en  la  faculté  de  Méde- 
cine , qui  le  vint  voir  par  iours  in- 
terposés : et  Gilles  Buzet  Escossois, 
Chirurgien  1 : tous  lesquels  s’esmer- 
ueilloient  comme  il  auoit  esté  si  tost 
guéri,  sans  application  demedicamens 
forts  et  acres. 

Or  l’intention  pourquoy  i’ay  fait  ce 
petit  Discours , est  pour  demonstrer, 

' L’édition  de  1575  dit  estudiant  en  chi- 
rurgie. 


qu’il  y a plus  de  trente  ans 1 que  i’ay 
trouué  le  moyen  de  traiter  les  playes 
faites  par  harquebusades , sans  vser 
d’huile  bouillante  ny  d’autres  medi- 
camens  forts  et  cuisans  : si  ce  n’est 
qu’on  en  soit  contraint,  pour  les  ac- 
cidens  qui  aduiennent  aux  corps  ca- 
cochymes, et  pour  la  mauuaise  dispo- 
sition et  malignité  de  l’air,  comme  ie 
demonstre  plus  amplement  en  ce  sui- 
uant  Discours , que  ie  fis  au  Roy  dé- 
funt, apres  la  prise  de  Roüan. 

i Dans  l’édition  de  1575,  Paré  avait  écrit 
il  y a trente  ans  ; le  texte  fut  corrigé  comme 
on  le  lit  ici  dès  la  deuxième  édition  en  1579. 


ÀYTRE  DISCOYRS 

SVR  CE  QV'IL  PLEVST  VN  IOVR  AV  ROY  DEFVNT  ME  DEMANDER 

Touchant  le  fait  des  harquebusades,  et  autres  basions  à feu,  lors  du  retour 
et  prise  de  la  ville  de  Rouan  *. 


Pource  qu'il  pleust  vn  iour  à vostre 
Maiesté  ( Sire  ) à celle  de  la  Royne 
vostre  mere,  à monsieur  le  Prince  de 
la  Roche-sur-Yon,  à plusieurs  autres 
Princes  et  grands  seigneurs,  me  de- 
mander comme  il  aduenoit  qu’en  ces 
dernieres  guerres , la  pluspart  des 
Gentils-hommes  et  soldats  blessés  de 
coups  d’harquebuses  et  autres  in- 
strumens  , mouroient  sans  y pouuoir 
aucunement  remedier,  ou  à bien 
grande  peine  releuoient  de  leur  ma- 
ladie , ores  que  les  playes  par  eux 
receuës  fussent  de  bien  petite  appa- 
rence : et  que  les  Chirurgiens  appel- 
lés  pour  leur  guérison  , y employas- 
sent tout  leur  deuoir  et  sçauoir  : l’ay 
bien  osé  mettre  ce  Discours  en  auant, 
pour,  en  partie  satisfaisant  au  deuoir 
de  mon  art,  et  ne  dérogeant  à l’hon- 
neur premier  de  ma  profession , que 
vostre  Maiesté  m’a  pleinement  conti- 
nué iusqu’à  ce  iour,  vous  faire  en- 
tendre les  raisons  qui  peuuent  auoir 
causé  la  mort  à tant  de  vaillans  hom- 

1 Ce  discours  a paru  pour  la  première  fois 
dans  les  Dix  liures  de  chirurgie  en  1564  , et 
il  a été  répété  dans  toutes  les  éditions  com- 
plètes. Les  éditions  faites  du  vivant  de 
l'auteur  donnent  le  titre  que  nous  avons  con- 
servé ici;  à partir  de  la  première  édition  pos- 


mes  : la  pluspart  desquels  i’ay  veu , 
à mon  grand  regret , finir  piteusement 
leurs  iours,  sans  qu’il  me  fut  possible, 
ny  à autre  encore  plus  esprouué  que 
moy,  y donner  aucun  remede.  le 
sçay  que  le  suiuant  discours  eston- 
nera  quelques-vns , qui  se  reposans 
sur  leurs  opinions  particulières,  et  ne 
recherchans  les  matières  iusques  au 
fond  du  sac,  trouueront  le  premier 
front  de  ma  dispute  assez  estrange  : 
pource  que  contreuenant  à ce  que  de 
long-temps  ont  imprimé  en  leur  es- 
prit, ie  ne  leur  accorde  la  cause  de  la 
malignité  des  harquebusades  procé- 
der du  venin  ou  empoisonnement , 
que  leur  cerueau  songe  estre  porté 
par  la  poudre  à canon , ou  par  les 
balles  trempées  et  fricassées  en  quel- 
que matière  veneneuse.  ïoutesfois  si 
leur  débonnaireté  et  patience  aussi  se 
peuuent  estendre  iusques  là , que  la 
première  vueille  peser  le  zele  qui  m’a 
meu  de  profiter  à la  Republique,  en- 
uers  laquelle  si  par  le  passé  me  suis 

thume,  comme  le  dernier  roi  mort  était 
Henri  III , les  éditeurs  mirent  au  roy  défunt 
Charles  neufiésme. 

Ce  discours  a reçu  quelques  additions  dan» 
la  première  édition  des  OEuvres  complètes  ; 
nous  indiquerons  les  principales. 


l32 


AVTRE  DISCOVRS  TOVCHANT  LE  FAIT 


efforcé  faire  valoir  le  talent  que  la 
singulière  prouidence  de  Dieu  m'a 
voulu  départir,  encore  maintenant 
ie  m’y  employé  d’auantage  : etl’autre 
auec  entier  iugement  examiner  les 
raisons  desquelles  i’vse  en  ce  présent 
Traité,  ie  suis  seur  qu’ils  auront  mon 
labeur  agréable  , et  l’exempteront 
de  toute  calomnie  : ou  bien  qu’ils  se- 
ront tant  mal  affectés  en  mon  en- 
droit, que  si  ie  m’adressois  à eux, 
enrichi  de  tous  les  thresors  des  an- 
ciens Philosophes , encor  me  vou- 
droient-ils  mettre  au  rang  des  plus 
appauuris  et  ignorans  hommes  de 
tout  le  monde. 

Pour  donc  obuier  aux  argumens 
que  les  fauteurs  du  venin  et  empoi- 
sonnement cy  dessus  mentionné , 
pourroient  mettre  en  ieu , ie  fera; 
voir  à votre  Maiesté  (Sire)  que  l’of- 
fense des  harquebusades  ne  prouienl 
du  venin  que  la  poudre  ou  la  balle 
porte  quant-et-soy,  et  moins  encor 
de  lacombustion  ou  cautérisation  que 
ladite  balle  eschauffée  par  le  feu  mis 
en  la  poudre  face  és  partie  qu  elle 
rompt  par  sa  violence  : ce  que  tou- 
tesfois  quelques  vns  s’efforcent  sous- 
tenir,  alleguans  pour  toutes  raisons, 
qu’autresfois  on  a veu  vne  tour  pleine 
de  poudre,  ruiner  en  vn  instant  par 
vn  seul  coup  de  canon.  Semblable- 
ment vne  maison  couuerte  de  chaume 
s’embraser  au  seul  coup  d’vne  har- 
quebuse.  Auec  ce,  qu’en  la  pratique 
des  playes  que  font  les  instrument  à 
feu  , nous  voyons  ordinairement  les 
orifices  et  pariies  circoriuoisines  sus- 
dites playes  , si  noires  qu’on  diroit  vn 
cautere  actuel  y auoir  passé,  ioint 
aussi  que  l’on  voit  sortir  et  tomber 
l’escarre,  comme  ils  disent. 

Tous  lesquels  argumens  sont  si  mal 
appuyés,  que  leur  fondement  ne  mé- 
rité qu’on  s’y  arresle , et  moins  encore 


que  la  resolution  de  vostre  demande 
soit  prise  d’eux , ainsi  que  i’espere 
vous  faire  entendre  par  la  dispute 
qui  s’ensuit,  laquelle  (apres  auoir 
veu  grand  nombre  de  telles  playes, 
icelles  obserué  diligemment,  et  médi- 
camenté par  grande  méthode)  i’ay  re- 
cueillie des  anciens  Philosophes,  Mé- 
decins et  Chirurgiens,  pour  en  faire 
présent  à votre  Maiesté,  et  ensemble 
la  retirer  del’admiralion  qu'elle  auoit 
de  la  mort  espouuantable  de  tant  de 
Gentils  hommes  et  bons  soldats. 

Or  pour  entrer  en  matière,  et  res- 
pondre  aux  argumens  cy  dessus  allé- 
gués , il  me  semble  bon  de  première- 
ment discourir  s’il  y a quelque  ve- 
nin enclos  en  la  poudre  à canon  : et 
encore  qu'il  y en  eust , si  elle  nous 
peut  infecter  par  sondil  venin.  Pour 
lequel  point  parfaitement  déduire, 
force  m’est  rechercher  la  composition 
d’icelle  poudre , considéré  qu’elle 
n’est  de  substance  simple,  mais  com- 
posée : puis  poursuiure  la  nature  des 
simples  qui  entrent  en  sa  composi- 
tion, leurs  qualités , effets  et  opera- 
tions. Quant  aux  simples , c’est  chose 
toute  asseurée  qu’il  n’y  en  a que 
trois  qui  facenl  la  composition,  à sça- 
uoir,  le  charbon  de  saule  ou  de  che- 
neuoltes,  le  soufre  et  le  salpestre, 
quelquesfois  aussi  l’eau  de  vie  : les- 
quels ingrediens  considérés  à part , 
sont  exempts  de  tout  venin.  Qu’il  soit 
ainsi , le  charbon  n’a  chose  considé- 
rable en  soy,  sinon  vne  seicheresse  en 
vue  substance  subtile,  moyennant  la- 
quelle reçoit  aussi  facilement  le  feu , 
qu'vn  linge  bruslé  reçoit  les  estin- 
cellesd’vn  fusil.  Le  soufre  chaud  et 
sec,  en  degré  non  toutesfois  excessif, 
est  de  substance  plus  oleeuse  et  vis- 
queuse, toutesfois  non  tant  aisée  à 
enflammer  que  le  charbon  : combien 
qu’il  retienne  fort  viuement  le  feu 


DES  HARQVEBVSADES  , ETC. 


1 33 


quand  il  en  est  saisi , et  ne  s’esteint 
qu’à  grande  peine.  Le  salpeslre  est 
tel  que  plusieurs  s’en  seruent  en  lieu 
de  sel. 

Ainsi  decouurons-nous  n’y  auoir 
aucune  vénénosité  en  la  nature  de 
ces  simples,  nommément  en  celle  du 
soufre  , qui  est  le  plus  suspect  : veu 
mesme  que  Dioscoride,  liure  5,  cha- 
pitre 73,  en  donne  à boire  et  humer 
dans  vn  œuf,  aux  asthmatiques,  lous- 
seurs , et  à ceux  qui  crachent  du  pus 
et  qui  ont  la  jaunisse 1 : et  Galien,  li- 
ure 9.  des  «impies,  chapitre  36,  l’or- 
donne pour  remede  topique  à ceux 
qui  sont  mords  de  bestes  venimeuses, 
et  aux  gratelles  malignes.  Or  quant  à 
l’eau  de  vie,  c’est  vne  chose  si  subtile 
qu  elle  s’euapore  et  consume  si  on  la 
iette  en  l’air  : outre  ce  que  les  Chirur- 
giens l’ordonnent  souuentesfois  en 
breuuages  et  frictions , pour  vn  re- 
mede grandement  singulier. 

Qui  me  fait  dire  toute  la  composi- 
tion estre  exempte  de  venin,  puis  que 
ses  ingrediens  sont  si  entiers  chacun 
en  son  endroit , que  les  Allemands 
Reistres  offensés  de  quelque  harque- 
busade,  ne  font  difficulté  de  dissou- 
dre en  vin  deux  charges  de  poudre  à 
canon  et  les  aualler,  esperans  par  ce 
moyens  recouurer  leur  santé,  et  ob- 
uier  aux  accidens  qui  suruiennent  à 
leursnaureures  : cequeie  n’approuue, 
parce  que  telle  chose  ne  leur  peut 
seruir.D’auantage  les  vlceres  faitspar 
ladite  poudre  ne  se  trouuent  d’autre 
nature , que  ceux  qui  sont  faits  de 
feu  ou  d’eau  bouillante2.  Mais  que 
me  sert  d’alleguer  vn  exemple  estran- 
ger,  puis  que  i’ay  veu  plusieurs  sol- 
dats François,  par  ie  ne  sçay  quelle 

1 Celle  citation  de  Dioscoride  manque 
dans  l'édition  de  1564. 

a Cette  phrase  manque  également  dans 
l’édition  précitée. 


gaieté  de  cœur,  et  se  voulans  mon- 
trer bons  compagnons,  en  aualler  as- 
sez bonne  quantité,  sans  toutesfois 
en  receuoir  desplaisir  aucun  : et  quel- 
ques autres  blessés  en  vn  endroit  de 
leur  corps,  en  appliquer  sur  leurs 
vlceres  pour  desseicher,  et  s’en  trou- 
uer  fort  bien  ? 

Quant  à ceux  qui  disent  n’estre  la 
poudre,  mais  le  boulet,  qui  subtile- 
ment pertuisé  en  plusieurs  lieux , et 
rempli  de  venin  , ou  trempé,  fricassé 
et  mixtionné  en  quelque  poison , 
cause  cesl  excès  dangereux  : ie  puis 
respondre,  sans  beaucoup  me  tra- 
uailler,  que  le  feu  mis  en  la  poudre 
purifleroit  le  venin  de  la  balle  , si 
aucun  y en  auoit  ‘ : ce  qui  ne  fait  aux 
espieux  , espées  et  fléchés , attendu 
que  le  feu  n’y  a passé.  Bref  cest  argu- 
ment doit  sembler  assez  probable, 
pour  preuue  telles  playes  estre 
exemptes  de  vénénosité,  de  tant  qu’il 
n’y  a celuy  de  vostre  camp  qui  fut 
mis  deuant  Rouan,  qui  ne  sceust 
asseurément  les  boulets  tirés  par 
eux  contre  ceux  de  la  ville , auoir 
esté  sans  aucune  poison,  et  toutes 
fois  les  assiégés  auoient  opinion 
que  toutes  telles  balles  estoient  em- 
poisonnées : ce  que  mesmes  pensoient 
les  soldats  de  vostre  camp,  croyans 
plustost  et  iugeans  la  qualité  des 
playes  par  l’issue  malheureuse  d’i- 
celles , disans  estre  veneneuses,  ceux 
de  dedans  ayans  empoisonné  leurs 
balles,  que  par  les  causes  dont  elles 
estoient  faites.  Vrayment  comme  en 
Medecine,  selon  la  sentence  d’Hippo- 
crates aux  Epidémies , comme  note 
Galien  sur  la  sentence  20  et  21  de  la 
sect.  3.duliu.  3.,  toutes  maladies  sont 

1 Ce  paragraphe  s’arrêtait  ici  dans  l’édi- 
tion de  1564 , le  reste  a été  ajouté  dans  cellt 
de  1575. 


AVTRE  DISCOVRS  TOVCHANT  LF.  FAIT 


1 34 

appellées  pestilentes  et  veneneuses , 
lesquelles  excitées  des  causes  com- 
munes et  generales,  quelles  qu’elles 
soient , tuent  plusieurs  personnes  : 
ainsi  peut  estre,  à parler  impropre- 
ment , pourrons  appeller  les  playes 
des  harquebusades  veneneuses,  qui 
sont  plus  difficiles  à penser  que  les 
autres,  non  pour  aucune  vénénosité 
qu’elles  participent,  mais  pour  quel- 
que cause  generale  dépendante  ou  de 
la  cacochymie  des  corps,  corruption 
de  l’air,  ou  des  vices  des  viures , dont 
les  vlceres  sont  rendus  plus  malins , 
cacoëthes,  et  rebelles  aux  medica- 
mens. 

De  dire  aussi  que  ce  soit  la  com- 
bustion du  boulet  qui  face  le  danger, 
ie  11e  le  puis  entendre , veu  que  les 
balles  faites  ordinairement  de  plomb, 
ne  pourroient  endurer  si  extreme  cha- 
leur sans  se  fondre  et  dissoudre  du 
tout  : lesquelles  nonobstant  nous 
voyons  passer  au  trauers  d’ vn  harnois, 
et  penetrer  le  corps  d’outre  en  outre, 
et  demeurer  encores  entières.  D’a- 
uantage  nous  obseruons,  lors  qu’on 
les  lire  contre  vne  pierre  ou  quelque 
autre  matière  solide,  pouuoir  au 
mesme  instant  estre  maniées  de  nous, 
et  tenues  en  la  main , sans  qu’elles 
rendent  notable  ou  ardente  chaleur: 
combien  que  l'attouchement  et  colli- 
sion d’icelles  auec  la  pierre  deusl  ac- 
croislre  leur  chaleur,  si  aucune  y en 
auoit.  Qui  plus  est,  si  on  tire  quelque 
balle  dans  vn  sac  plein  de  poudre  à 
canon , le  feu  n’y  prend  aucunement. 
Parce  i’ose  hardiment  dire  et  assurer, 
que  quand  le  feu  se  met  en  vne  pou- 
dre reseruée  en  quelque  tour,  ou  en 
autre  lieu,  cela  se  faire  non  par  le  feu 
que  la  balle  porte  quant-et-soy,  mais 
par  l’attrition  d’icelle,  frappant  con- 
tre la  pierre  de  ladite  tour,  et  en  fait 
sortir  quelques  estincelles  de  feu  qui 


tombent  en  la  poudre  : ne  plus  ne 
moins  qu’en  la  meche  du  fusil  nous 
voyonscheoir  quelques  estincelles  par 
la  collision  du  fer  et  du  caillou.  Le 
semblable  deuons-nous  iuger  descou- 
uertures  de  chaume , qui  ne  s’em- 
brasent par  la  chaleur  compagne  du 
boulet , mais  plustost  par  quelque 
linge  , bourre,  ou  autre  matière  atta- 
chée à la  balle.  Ce  qui  me  rend  encor 
plus  ferme  en  l’asseurance  de  mon 
dire  , est , que  si  nous  voulons  tirer 
d’vne  balle  de  cire,  ne  portant  aucun 
feu  quant-et-soy  (car  autrement  elle 
se  fondroit)  encore  percera  elle  vn 
bois  de  l’espaisseur  de  demy  doigt  : 
argument  assez  valable  pour  mons- 
trer  que  les  balles  ne  peuuenl  estre 
escbauffées  en  sorte  qu’elles  cauté- 
risent et  bruslent,  ainsique  quelques- 
vns  ont  estimé. 

Et  pour  respondre  à la  noirceur 
qui  se  trouue  ordinairement  en  l’ori- 
fice des  playes  et  des  parties  proches, 
ie  dis  cest  accident  ne  prouenir  à rai- 
son de  quelque  feu  accompagnant  la 
balle,  mais  à cause  delà  grande  con- 
tusion qu’elle  fait  : et  pour-ce  aussi 
qu’elle  ne  peut  entrer  au  corps  sinon 
par  vne  force  et  violence  incroyable, 
à cause  de  sa  figure  ronde.  Sur  quoy 
si  on  vouloit  interroguer  les  mesmes 
naurés,  ie  croy  qu’ilsseroient  sufisans 
tesmoins  de  mon  dire,  pource  qu’ils 
ne  sont  si  tost  frappés,  qu’au  mesme 
instant  ne  leur  soit  aduis  qu’vne  pou- 
tre, ou  autre  semblable  fardeau  leur 
soit  tombé  sur  la  partie  offensée , en 
laquelle  aussi  sentent  vne  douleur 
aggrauante,  vne  stupeur  et  endor- 
missement qui  dissipe  et  quelques- 
fiois  esteint  la  chaleur  naturelle,  auec 
les  esprits  qui  y sont  contenus  : dont 
le  plus  souuent  s’ensuiuent  gangrené 
et  mortification  de  la  partie , voire 
quesquesfois  du  corps  vniuersel. 


DES  HARQVEBVSADES  , ETC.  1 35 


Et  quant  à l’escarre  qu’ils  disent  y 
estre , et  en  sortir,  ils  s’abusent  : at- 
tendu que  ce  sont  certaines  portions 
des  membranes etchair  contuses,dila- 
cerées  par  la  balle,  qui  se  sont  corrom- 
pues,et  se  séparent  des  partiessaines  ; 
ce  qui  aduient  souuent  à toutes  les 
parties  grandement  contuses  et  au- 
tres1. 

Combien  que  ces  raisons  monstrent 
assez  euidemment  n’y  auoir  aucun 
venin  en  la  poudre  à canon,  ny  aucun 
feu  porté  par  le  boulet,  si  est-ce  que 
plusieurs  se  ruans  sur  la  Philoso- 
phie naturelle , sousliennent  tout  le 
contraire  : et  pour  me  preualoir  en 
ceste  opinion,  disent  les  coups  de  ca- 
non estre  du  tout  semblables  aux 
coups  de  tonnerres  et  foudres , que 
les  nues  rompues  en  la  moyenne  ré- 
gion de  l’air  précipitent  en  terre.  De 
laquelle  similitude  infèrent  et  con- 
cluent qu’il  y a du  feu  et  du  venin  au 
boulet,  sortant  delà  bouche  du  canon. 

le  sçay,  Dieu  mercy,  que  le  foudre 
engendré  d’vne  exhalation  crasse  et 
visqueuse,  au  moyen  de  la  vapeur 
qui  luy  est  coniointe  , n’esclate  ia- 
inais  la  nue  pour  se  lancer  çà  bas, 
qu’il  ne  traine  quant-et-soy  quelque 
feu  , tantost  plus  subtil,  tantost  plus 
espais, selon  la  diuersité  delà  matière 
dont  l’exhalation  est  composée  : car 
Seneque  escrit  au  2 liure  de  ses  Ques- 
tions naturelles , chapitre  49,  qu’il  y a 
seulement  trois  genres  de  foudre  tous 
differens  l’vn  de  l’autre  , selon  la 
quantité  et  sorte  de  leur  inflamma- 
tion : l’vn , qui  à cause  de  sa  matière 
plus  subtile  et  ténue,  perce  seulement 
et  pénétré  comme  en  pertuisant,  les 
obiets  qu’il  attaint  : l’autre,  qui  par  sa 
violence  rompt  et  dissipe  les  mes- 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  l’édition 
de  1664. 


mes  choses,  pource  que  sa  matière 
est  plus  compacte  et  tempestatiue , 
comme  vn  orage: et  le  tiers,  qui, 
composé  d’vne  matière  plus  terrestre, 
brusle  auec  indices  manifestes  de  son 
ardeur.  le  sçay  d’auantage  que  le 
foudre  est  de  nature  peslileute  et  fé- 
tide , à raison  de  sa  matière  crasse  et 
visqueuse , laquelle  bruslée  rend  vn 
odeur  si  puant,  que  les  animaux  ac- 
coustumés  de  gister  en  leurs  cauerues 
et  tanières,  sont  contraints  les  aban- 
donner si  d’aduenlure  le  foudre  y est 
tombé , comme  ne  pouuans  endurer 
la  puanteur  infecte  de  ce  poison. 
Mesme  que  Olaus  Magnus  en  son  his- 
toire Septentrionale  , a remarqué 
qu’en  quelques  lieux  où  le  foudre  est 
tombé,  incontinent  apres  la  cliente , 
la  campagne  se  trouue  toute  couuerte 
et  sur-semée  de  soufre,  inutile  tou- 
tesfoiset  quasi  comme  esteint1.  Si  est- 
ce  que  pour  ces  raisons  ne  me  faudra 
confesser  que  les  coups  de  canon 
soient  accompagnés  de  poison  et  de 
feu,  comme  sont  les  coups  de  foudre: 
car  ores  qu’ils  conuiennent  les  vns 
auec  les  autres  en  quelque  simili- 
tude, ce  n’est  pourtant  en  leur  sub- 
stance et  matière  : mais  plustost  en  la 
maniéré  qu’ils  ont  de  casser,  briser  et 
dissiper  les  obiets  qu’ils  rencontrent , 
à sçauoir,  les  coups  de  foudre  par 
leur  feu , çt  par  la  pierre  aucunesfois 
engendrée  en  iceluy  : et  les  coups  de 
canon  par  l’air  impétueusement  pous- 
sé , qui  conduisant  vue  balle  fait  vn 
pareil  desastre. 

Que  sii’esloisconuaincu  par  argu- 
mens  plus  forts , iusqu’à  auerer  les 
foudres  et  canons  estre  de  sembla- 
ble substance  , encor  ne  serois-ie 
forcé  de  dire  les  canonnades  et  har- 

1 Cette  citation  d’Olaüsaété  ajoutée  à l’é- 
dition de  1575. 


i3ü 


AVTltE  DISCOVRS  XOVCHANI’  LE  FAIT 


quebusades  porter  feu  quant-et-soy  : 
considéré  que  parmi  les  foudres  s’en 
trouue  quelques-vns  (ainsi  que  dit 
Pline  au  second  liure  de  son  Histoire, 
chapitre  cinquante  et  vniéme)  qui, 
composés  de  matière  merueiileuse- 
ment  seiche,  dissipent  tout  ce  qu’ils 
rencontrent,  sans  toutesfois  les  brus- 
ler  aucunement  : les  autres  de  nature 
plus  humide  , qui  pareillement  ne 
bruslent,  mais  noircissent  à l’avan- 
tage : et  quelques-vns  d’vne  matière 
beaucoup  plus  claire  et  diaphane,  le 
naturel  desquels  est  tant  esmerueil- 
lable,  qu’on  ne  peut  douter  (comme  a 
bien  dit  Seneque)  qu’il  n’y  ait  en  eux 
quelque  vertu  diuine,  en  ce  qu’ils  fon- 
dent subtilement  l’or  et  l’argent,  sans 
que  les  bougettes  et  bourses  en  soient 
aucunement  intéressées  : fondent  une 
espée,  le  fourreau  demeurant  en  son 
entier  : font  distiller  le  fer  d’vne  pi- 
que, sans  que  le  bois  cnnçoiue  aucune 
ardeur  : espandent  le  vin  des  ton- 
neaux sans  y faire  ouuerture  , ne  les 
brusler.  Suiuant  lequel  tesmoignage 
ie  pourrois  asseurer , et  sans  preiu- 
dice  aucun,  les  foudres  qui  seulement 
rompent  et  dissipent  sans  brusler  au- 
cunement , et  qui  laissent  quelques 
effets  pleins  de  grande  admiration, 
estre  semblables  en  substance  aux 
canonnades,  mais  non  ceux-là  qui 
quant-et-soy  portent  et  flamme  et  feu. 

Pour  approuuer  mon  dire,  ie  seray 
content  de  l’exemple  d’vn  soldat,  de 
la  cuisse  duquel  me  souviens  auoir 
tiré  vne  balle,  laquelle  enveloppée 
du  taffetas  de  ses  chausses,  lui  auoit 
fait  une  profonde  playe  : toutesfois 
iel’en  retiray  auec  le  mesme  taffetas, 
sans  qu’il  fust  en  façon  aucune  inte 
ressé  ny  bruslé.  Qui  plus  est,  j’ay  veu 
plusieurs  hommes,  lesquels  sans  estre 
frappés  ny  aucunement  touchés , 
mesmes  en  leurs  habillemens,  ontre- 


ceu  tel  estonnement  des  canonnades 
passans  près  d’eux , que  leurs  mem- 
bres en  sont  deuenus  noirs  et  liuides 
au  possible,  puis  tost  apres  se  sont 
gangrenés  et  mortifiés,  dont  finale- 
ment sont  morts.  Ces  effets  sont  sem- 
blables à ceux  du  foudre  : toutesfois 
il  n’y  a en  eux  aucun  feu  ou  venin  : 
qui  me  fait  hardiment  conclure , n’y 
auoir  poison  aucun  en  l’artifice  ordi- 
naire de  la  poudre. 

Puis  donc  que  le  desastre  a esté 
commun  à tous  ceux  qui  ont  esté  bles- 
sés en  ces  dernieres  guerres , et  que 
ce  n’est  par  feu  ne  par  venin  que  tant 
de  vaillans  hommes  sont  morts,  à 
quelle  cause  pourrons-nous  imputer 
ce  malheur?  le  suis  à l’endroit , Sire, 
où  j’espere  présentement  la  faire  en- 
tendre à vostre  Majesté , à fin  qu’elle 
en  soit  pleinement  satisfaite. 

Ceux  qui  ont  consumé  leur  aage  et 
estude  aux  secrets  de  la  Philosophie 
naturelle,  nous  en  ont  laissé  vn entre 
autres  pour  authentique,  et  approuué 
de  tout  temps:  c’est  que  les  elemens 
symbolisent  tellement  les  vns  auec 
les  autres,  qu’ils  se  transmuent  l’vn 
en  l’autre  : de  sorte  que  non  seule- 
ment leurs  qualités  premières,  qui 
sont  chaleur,  froideur,  seicheresse, 
et  humidité , mais  aussi  leurs  sub- 
stances, se  changent  par  raréfaction 
ou  condensation  de  soy-meme  : ainsi 
le  feu  se  convertit  ordinairement  en 
air  , l’air  en  eau,  l’eau  en  terre  : et  à 
l’opposile,  la  terre  en  eau,  l’eau  en 
air,  et  l’air  en  feu.  Ce  que  nous  pou- 
vons voir  à l’œil , et  esprouuer  és  souf- 
fiets  de  cuiure  que  les  Allemands 
nous  apportent , composés  en  forme 
de  boule  : laquelle  remplie  d'eau,  et 
n’ayant  qu’vn  petit  trou  au  milieu  de 
sa  forme  spherique,  reçoit  la  trans- 
mutation de  son  eau  en  air , par  l’ac- 
tion du  feu  près  lequel  la  boule  sera 


DES  H ARQVFBVS  A.DES  , ETC.  1 07 


posée , et  pousse  auec  violence  ledit 
air  dehors , le  faisant  bruire  impé- 
tueusement, jusqu’à  ce  qu’il  soit  du 
tout  sorti.  Le  semblable  se  peut  con- 
noistre  és  chastaignes  et  marrons , 
lors  qu’on  les  iette  au  feu  sans  les 
auoir  entamés  : car  adonc  l’humi- 
dité aqueuse  qui  y est  contenue,  se 
change  en  air  par  l’action  du  feu  , et 
l’air  voulant  sortir,  creue  le  marron  : 
pource  qu'occupant  plus  de  place  la 
forme  d’air  en  laquelle  il  est  changé 
par  raréfaction  causée  par  le  feu  , 
qu'il  ne  faisoit  sous  la  forme  d’aquo- 
sité, et  ne  trouuant  ouuerture  , est 
contraint  en  faire  vne  par  violence  : 
selon  la  vérité  de  la  proposition  te- 
nue pour  toute  asseurée  entre  les 
Physiciens,  sçauoir,  que  d’vne  partie 
de  terre,  il  s’en  fait  dix  d’eau,  et  d’vne 
d’eau,  dix  d’air,  comme  d’une  d’air, 
dix  de  feu  *. 

l’en  ose  autant  dire  et  affermer  des 
matières  contenues  en  la  poudre  à 
canon , qui  par  le  moyen  du  feu  se 
conuertissent  en  vne  très -grande 
quantité  d'air , lequel  ne  pouuant  es- 
tre  contenu  au  lieu  où  la  matière  es- 
toit  auparauant  sa  transmutation,  est 
forcé  sortir  hors  auec  vne  incroyable 
violence,  moyennant  laquelle  pousse 
le  boulet,  qui  rompt,  casse  et  brise 
tout  ce  qu’il  rencontre,  sans  loutes- 
fois  l’accompagner.  Qu’il  soit  vray , 
vn  arc,  vne  fronde  , ou  arc  à iallet, 
ieltent  loin  vne  pierre,  fléché,  ou  ial- 
let sans  aucun  air.  Mais  la  balle 
chasse  bien  deuantsoy  vn  vent  si  sub- 
til, et  si  roidemen  t agité , que  les  corps 
en  sont  premièrement  saisis  que  du 
boullet,  ores  que  la  chose  ne  soit  des- 
couuerte  à la  veuë  : car  biensouuent 
l’action  se  fait  par  ce  seul  vent , sans 

1 Cet  appel  aux  physiciens  est  également 
une  addition  faite  en  1575. 


que  la  balle  donne  son  coup , voire 
iusqu’à  rompre  les  os  sans  manifeste 
diuision  de  la  cbair  : ce  que  nous 
auons  desia  dit  eslre  commun  au  fou- 
dre. 

Le  pareil  esprouvons-nous  en  ladite 
poudre,  lors  qu’estant  enclose  dans 
les  mines,  et  conuertie  en  vent  par  le 
feu  qu’on  y met,  bouleuerse  les  mon- 
ceaux de  terre  aussi  gros  que  mon- 
tagnes. On  a veu  reste  année  en  vos- 
tre  ville  de  Paris  vne  petite  quan- 
tité de  poudre  fraischement  faite 
enl’Arsenac,  causer  une  si  grande 
tempeste , qui  fist  trembler  presque 
toute  la  ville,  qui  tomba  parterre  tou- 
tes les  maisons  prochaines , qui  des- 
couurit  et  defenestra  celles  qui  es- 
toyent  plus  à l’escart  de  sa  furie  : 
bref,  qui  (comme  vn  foudre  esclat- 
tant  ) renuersa  çà  et  là  quelques  hom- 
mes demy-morts  : aux  vns  osta  la 
veuë  , aux  autres  l’ouye,  et  en  laissa 
d’autres  non  moins  deschirésen  leurs 
panures  membres,  que  si  quatre  che- 
uaux  les  eussent  escartelés.  Et  ce  par 
la  seule  agitation  de  l’air,  en  la  sub- 
stance duquel  la  poudre  esloit  conuer- 
tie : qui  selon  la  quantité  et  qualité 
de  sa  matière,  selon  aussi  son  mou- 
uement  plus  ou  moins  fort , a causé 
des  euenemens  esmerueillables  eu 
nos  prouinces , et  du  tout  semblables 
à ceux  que  font  les  vents  enclos  sous 
une  terre  non  perspirable,  lesquels 
voulans  sortir,  soufflent  auec  vne  si 
forte  agitation,  qu’ils  font  trembler 
toute  ladite  terre,  la  haussant  et  bais- 
sant, tantost  cy,  tantost  là , la  démo- 
lissant , et  la  transportant  d’vn  lieu 
en  autre  : comme  les  villes  de  Mcgare 
et  d’Égine  , anciennement  fort  célé- 
brés au  pays  de  Grece,  toutesfois  pe- 
ries  par  tremblement  de  terre,  nous 
peuuent  tesmoigner. 

le  laisse  à discourir  (comme  peu 


avtre  discovrs  tovchant  le  fait 


i38 

seruant  à nostre  propos)  que  le  vent 
enclos  aux  entrailles  de  la  terre  rend 
vn  bruit  de  diuers  sons,  et  fort  es- 
tranges  , selon  la  diuerse  forme  des 
conduits  et  l'embouchure  des  soupi- 
raux par  lesquels  il  sort,  ne  plus  ne 
moins  que  des  instrumens  de  Musi- 
que, lesquels  estans  larges , rendent 
le  son  plus  gros  et  bas  : estans  estroils, 
le  rendent  haut  et  aigu  : et  s’ils  sont 
courbes  et  repliés,  le  rendent  divers  : 
ainsi  qu’on  voit  en  vn  cornet  de  chas- 
seur, et  aux  trompettes,  comme  aussi 
estant  moitiés  et  mouillées,  grondent 
et  iettent  vne  voix  enrouée.  Sembla- 
blement ces  bruits  , murmures  et 
bourdonnemens,  selon  la  forme  des 
lieux  d où  ils  partent , se  trouuent  di- 
uers et  meslés.  Tellement  qu’on  a 
quelquesfois  ouy  des  sifflemens  qui 
sembloient  représenter  assauts  de 
villes , cris  et  mugissemens  de  tau- 
reaux , ou  hennissemens  de  cheuaux, 
rugissemens  de  lions,  ou  de  trom- 
pettes, et  coups  d’artillerie,  et  beau- 
coup d’autres  choses  espouuentables, 
mesmes  voix  humaines.  Ce  qui  fut 
raconté  d’vn  qui  auoit  ouy  vne  voix, 
comme  d’une  femme  que  l’on  battoit 
et  qui  se  plaignoit , dont  il  eut  vne  si 
grande  frayeur , qu’à  peine  l’haleine 
ne  luy  estoit  demeurée  pour  le  pou- 
uoir  raconter.  Mais  on  luy  dit  la  cause 
de  ceste  voix  plaintiue  : et  l’auoir  en- 
tendue , fut  deliuré  de  ceste  grande 
peur , qui  autrement  estoit  suffisante 
pour  le  faire  mourir  ‘.  Mais  quelqu’vn 
dira  ces  choses  avoir  esté  de  tout 
temps,  et  non  moins  ordinaires  au 
temps  passé  qu’elles  sont  à présent, 

1 Cette  dernière  histoire  ne  se  trouve  que 
dans  les  éditions  postérieures  à celle  de 

1579  et  à la  traduction  latine.  Le  commen- 
cement du  paragraphe  y a été  également 
modifié  dans  sa  rédaction. 


et  que  c’est  folie  à moi  de  les  alléguer 
pour  causes  efficientes  de  la  mort  de 
taut  d’hommes  : ce  que  de  bon  cœur 
luy  confesserois,  s’il  estoit  ainsi  queie 
les  présentasse  pour  telles  : mais  veu 
que  par  icelles  ie  veux  seulement  pa- 
rangonner  l’impétuosité  des  canons 
auecques  celle  des  foudres  et  des  mou- 
uemens  de  terre,  sa  calomnie  n’aura 
lieu  en  mon  endroit,  ains  sera  débou- 
tée du  tout , s il  veut  prester  l’oreille 
à la  déduction  en  laquelle  i’entre  pré- 
sentement pour  arrester  la  cause  prin- 
cipale de  ceste  mort. 

‘ Au  nombre  des  choses  necessaires 
à nostre  vie,  n'y  a rien  qui  nous  puisse 
plus  altérer  que  l’air,  lequel  conti- 
nuellement bon  gré  et  mal  gré  nous 
inspirons  par  les  conduits  que  Nature 
a delegués  à ce  faire,  comme  sont  la 
bouebe,  le  nez  , et  generalement  les 
ouvert  ures  du  cuir,  et  des  arteres  qui 
lui  sont  adhérentes  : ce  que  nous  fai- 
sons beuuans,  mangeans,  veillans, 
dormans,  et  faisans  toute  autre  action 
nalureile,vitaleetanimale.De  là  vient 
que  l’air  inspiré  dans  les  poulmons,  le 
cœur,  et  le  cerueau,  et  vniuerselle- 
ment  en  toutes  les  parties  du  corps  , 
pour  les  rafraisebir  et  aucunesfois 
nourrir,  fait  que  l’homme  ne  peut  vi- 
ure  vne  seule  minute  sans  son  inspi- 
ration. Suiuant  lequel  bénéfice,  le  Mé- 
decin Hippocrates 1  2 a véritablement 
prononcé,  que  l’air  a ie  ne  sçay  quoy 
de  diuin  en  soy,  pource  que  soufflant 
par  le  monde  uniuersel , circuit  tou- 
tes les  choses  contenues  en  iceluy,  les 
nourrit  miraculeusement,  les  sous- 
tient  fermement,  et  les  entretient  en 
amiable  \nion,  et  le  tout  symbolisant 

1 A.  Paré  écrit  ici  en  marge  : Point  princi- 
pal , et  l 'raye  explication  de  la  question. 

2 Hipp.  en  la  Preface  du  Progno.  et  Ga- 
lien au  Comment. — A.  P. 


DES  HARQVEBVSADES  , ETC.  1 3g 


auec  les  astres,  esquels  la  prouidence 
diuine  est  infuse,  qui  change  l’air  à 
son  plaisir,  et  luy  donne  puissance 
tant  sur  la  mutation  du  temps  que 
des  corps  naturels.  Pource  les  philo- 
sophes et  médecins  ont  expressément 
commandé  d’auoir  esgard  aux  assiet- 
tes des  lieux , et  aux  constitutions  de 
l’air,  lors  qu’il  est  question  de  garder 
la  santé , ou  de  guérir  les  maladies  : 
à l’endroit  desquelles  la  suite  et  la 
mutation  dudit  air  a fort  grande  puis 
sance,  ainsi  qu’aisément  nous  pou- 
uons  connoistre  par  les  quatre  saisons 
de  l’année  L Car  l’air  estant  chaud  et 
sec  en  Esté,  nos  corps  pareillement 
s’eschauffent  et  desseichent  : comme 
en  hyver  l’humidilé  de  l’air  et  froi- 
dure nous  remplit  de  mesmes  qua- 
lités, en  tel  ordre  toutesfois  et  si 
bonne  disposition  de  nature,  qu’ores 
que  nostre  I emperament  semble  chan- 
ger selon  les  quatre  saisons,  si  est-ce 
que  nous  n’encourons  aucun  mal , 
pourueu  que  les  temps  gardent  leurs 
saisons  et  qualités  exemptes  de  tout 
excès.  Au  contraire,  si  les  saisons  sont 
peruerties,  de  façon  que  l’Esté  soit 
froid,  l’Hyuer  chaud,  et  les  autres  en 
pareille  intempérance  , ce  discord 
amene  grande  perturbation  , tant  en 
nos  corps  qu’en  nos  esprits,  contraints 
toutesfois  d’en  receuoir  le  danger , 
pource  que  les  causes  sont  externes 
et  nous  environnent  de  tous  costés, 
iusques  à nous  contraindre  les  héber- 
ger en  nos  organes  et  conduits  dele- 
gués par  nature,  partie  à mettre  hors 
les  excremens  superflus  de  nostre 
nourriture,  partie  à receuoir  lesdites 
causes  venantes  de  dehors,  qui  sont 
les  vents  produisans  diuers  effets  en 
nous,  selon  les  parties  du  monde  dont 

1 Hipp.au  commencement  (lu  liu.  de  Aère, 
lotis,  et  aquis. — A.  P. 


ils  procèdent. Or  comme  ainsi  soit  que 
le  venl  Austral  soit  chaud  et  humide, 
celuy  de  Seplentrion  froid  et  sec.  l’O- 
riental net  et  pur,  celuy  d’aual  nubi- 
leux  et  tout  moitié  de  pluye,  c’est 
chose  toute  asseurée  que  l’air,  lequel 
assiduellement  nous  inspirons,  tient 
en  tout  et  par  tout  de  la  qualité  du 
vent  qui  par  son  souffler  domine  sia- 
les autres.  Pource  nous  faut  néces- 
sairement considérer  en  toutes  mala- 
dies , et  és  inconueniens  qui  suruien- 
nenten  icelles,  la  qualité  des  vents  et 
la  puissance  qu'ils  ont  sur  nos  per- 
sonnes, ainsi  que  doctement  Hippo- 
crates nous  a laissé  par  escrit  au  3.  li- 
ure  de  ses  Aphorismes1,  disant  nos 
corps  receuoir  grande  alteration  par 
les  vicissitudes  des  temps  et  saisons 
de  l’année  , comme  par  le  vent  Aus- 
tral, qui  nous  assuiellist  à toutes 
maladies  reconnoissantes  l’humidité 
pour  leur  cause  première,  et  affoiblist 
notre  chaleur  naturelle:  laquelle  en 
cas  opposite  se  fortifie  et  rend  plus  vi- 
goureuse par  vn  venl  froid  et  sec,  qui 
pareillement  rend  nos  esprits  plus 
subtils  et  agiles. 

La  vérité  de  laquelle  sentence  ex- 
périmentent trop  à leur  dam  les  habi- 
tans  du  territoire  de  Narbonne,  qui 
autrement  assis  entre  les  peuples  les 
plus  gaillards  et  dispos  de  toute  la 
France,  sont  toutesfois  ordinairement 
mal-sains , comme  leurs  corps  des- 
charnés,  leurs  visages  tristes,  leurs 
faces  basanées  et  de  couleur  d’oliue 
le  monstrent  euidemment.  Aussi  en- 
tre autres  maux  ils  sont  presque  su- 
jets à la  lepre  blanche , et  les  moin- 
dres vlceres,  desquelles  on  ne  feroit 
cas  à Poictiers  ou  à Paris,  y durent  vn 
an  d’ordinaire  : non  pour  autre  rai- 

1 Hipp.  au  liu.  3.  des  Aplior.  Aplior.  5. 
et  17.  — A.  P. 


AVTRE  DISCOVRS  TOVOHATÏT  LE  FAIT 


i4o 

son,  comme  eus  mesmes  confessent , 
et  comme  reconnoissent  fous  les  es- 
trangers  qui  ont  demeuré  en  leur 
pays,  sinon  qu’ils  sont  soufflés  et  ha- 
lenés  souueut  d’vne  sorte  de  vent 
Méridional  qu’ils  appellent  Aultan, 
qui  leur  fait  l’air  grossier  et  nébu- 
leux , et  qui  cause  en  leurs  corps 
tous  les  effets  attribués  aux  vents  de 
Midy  par  Hipp.  Aph.  5.  liv.  3 : sçavoir 
quand  il  régné,  les  fait  ouyr  dur,  leur 
esbloüit  la  veuë,  leur  enfle  et  aggraue 
le  chef,  leur  appesantit  et  abbat  tou- 
tes les  forces  du  corps  *. 

Aussi  quand  ledit  Hippocrates 
compare  les  températures  les  vnes 
auec  les  autres , il  laisse  ce  point 
pour  résolu  : Que  les  seicheres- 
ses  sont  sans  comparaison  plus  sai- 
nes , que  les  humidités  continuées 
par  longue  succession  de  temps  : 
pource  (à  son  aduisdu  tout  conforme 
à la  raison)  que  l’excessiue  humidité 
est  la  vraye  matière  de  pourriture, 
ainsi  que  l’experience  nous  fait  voir 
és  lieux  où  le  vent  marin  exerce  sa 
tyrannie,  esquels  vne  viande,  tant 
soit-elle  fraische,  se  corrompt  et  pour- 
rit en  moins  d’vne  bonne  heure. 

Ces  choses  considérées,  et  qu’il  est 
necessaire  pour  conseruer  nos  corps 
en  leur  entier  que  les  saisons  se  sui- 
uent  pas  à pas  en  leur  température 
naturelle  , sans  aucun  excès  ou  con- 
trariété, il  n’y  a doute  aucune  que 
les  corps  ne  tombent  en  affection  con- 
tre nature , lors  que  les  saisons  per- 
uertissent  leurs  qualités  parla  mau- 
uaise  disposition  de  l’air  , et  du  vent 
qui  domine  en  iceluy.  Donc  comme 
ainsi  soit  que  depuis  trois  ans  en  çà 
les  saisons  de  chaque  année  n’ayent 
gardé  leurs  qualités  ordinaires , et 

1 Ce  paragraphe  tout  entier  manque  dans 
l’édition  de  150i. 


que  l'esté  ait  eu  peu  de  chaleur,  l’hy- 
uer  peu  ou  point  de  froidure  : aussi 
qu’en  toutes  les  saisons  se  soient  des- 
bordées des  humidités  continuelles 
auec  vn  vent  Austral , du  naturel  cy 
dessus  déclaré , et  ce  par  toute  la 
France:  je  ne  sçache  homme  si  peu 
versé  en  la  Philosophie  naturelle,  ny 
en  Astrologie , qui  ne  recherche  en 
l’air  la  cause  efficiente  de  tant  de 
maux  , qui  depuis  l’espace  desdits 
trois  ans  sont  suruenus  au  Royaume 
de  France.  Car  d’où  procederoient 
tant  de  pestes  contagieuses  indiffé- 
remment aduenues  aux  vieux  , aux 
ieunes,  aux  panures  et  aux  riches,  et 
en  tant  de  diuers  lieux,  sinon  de  l’air 
qui  n’a  esté  chiche  de  son  poison , 
mais  nous  en  a infectés  à son  plaisir? 
D’ou  seroient  venues  tant  de  coque- 
luches , de  pleurcsies  , d’apostemes , 
catherres,  fluxions,  petites  verolleset 
galles  : tant  de  besles  veneneuses, 
comme  grenouilles  , crapaux  , saute- 
relles, chenilles,  araignées,  mouscbes, 
hannetons,  limaçons,  serpens  , vipè- 
res, couleuures,  lézards,  scorpions,  et 
aspics,  sinon  d’vne  trop  grande  pour- 
riture, que  l’excedante  humidité  de 
l’air,  accompagnée  d’une  chaleur  lan- 
guide, a engendrée  tant  en  nous  qu’en 
la  terre  v niuerselle  de  nol  re  prouince? 
Voila  comme  nostre  chaleur  naturelle 
a esté  affoiblie,  comme  nostre  sang  et 
nos  humeurs  ont  esté  corrompus  par 
la  malignité  de  l’air,  que  le  vent  Aus- 
tral a causé  par  son  humidité  chaleu- 
reuse. 

Qu’il  soit  ainsi,  on  a tiré  ceste  an- 
née bien  peu  de  sang  en  quelques  per- 
sonnes qui  en  ait  eu  besoin  , soit 
ieune  ou  vieille,  blessée  ou  non  bles- 
sée, debonne  temperatureou  dcmau- 
uaise,qui  n’ait  esté  vicié  et  veu  de 
couleur  blanche  et  verdoyante  : ce 
que  i’ay  tousiours  obserué  en  ces  der- 


DES  HARQVEBVSADES , ETC.  îql 


nieres  guerres,  et  és  autres  lieux  aus- 
quels  on  m’appeloit  pour  guérir  les 
biessés,  ou  pblebotomer  ceux  qui  tant 
pour  précaution  que  pour  guérison 
de  quelque  maladie,  se  faisoienl  tirer 
du  sang  par  l’ordonnance  des  Méde- 
cins, en  tous  lesquels  indifféremment 
ie  trouuois  le  sang  putréfié  et  cor- 
rompu. 

Ce  point  arresté  , c’est  chose  plus 
que  véritable  que  la  charnure  de  nos 
corps  ne  peutauoir  esté  que  mal  dis- 
posée, et  tous  nos  corps  cacochymes, 
puis  que  leur  nourriture,  qui  est  le 
sang,  estoit  putréfiée,  et  l’air  tout  cor- 
rompu : dont  s’ensuit  que  les  corps 
naurés  en  leur  substance  charneuse 
estoient  difficiles  à guérir,  considéré 
qu’il  y auoit  en  iceux  perdition  de 
substance,  laquelle  ayant  besoin  de 
régénération  de  chair,  n’en  pouuoit 
venir  à bout,  fust  par  medicamens 
ou  par  artifice  de  Chirurgien , tant 
grande  estoit  sa  cacochymie.  Tout 
ainsi  qu’en  vn  hydropique  la  chair  ne 
sepeutengendi  er,pourceque  le  sang 
y est  trop  froid  et  aqueux  : et  qu’en 
vn  elephanlique  la  chair  et  les  autres 
parties  du  corps  demeurent  en  leur 
putréfaction  à cause  du  sang  cor- 
rompu dont  elles  sont  nourries  : pa- 
reillement en  playes  des  corps  caco- 
chymes ne  se  peut  faire  acquisition 
nouuelle , ny  régénération  de  bonne 
substance  : pource  que  pour  rendre 
vne  chair  loüable  à la  partie  naurée, 
il  est  necessaire  que  le  sang  ne  peche 
en  quantité  ne  qualité  : raesme  que  la 
partie  offensée  soit  en  sa  tempéra- 
ture naturelle.  Toutes  lesquelles  cho- 
ses defaillantes  au  temps  des  derniè- 
res guerres,  il  ne  se  faut  esbahirsi  les 
naureures,  tant  fussent-elles  petites 
et  de  peu  de  conséquence,  mesmes  és 
parties  non  nobles  et  principales,  ont 
amené  quant -et-soy  tant  d’accidens 


fascheux,  et  en  fin  la  mort  : considéré 
que  l'air  qui  nous  enuironne  rend 
par  son  inspiration  et  transpiration 
les  playes  pourries  et  puantes,  lors 
qu’il  est  altéré  et  pourri  : ce  que 
font  aussi  les  humeurs  préparés  à cest 
inconuenient  par  leur  cacochymie. 

Nous  en  sommes  deuenus  sages  par 
l’experience  de  tant  de  playes,  qui 
ont  engendré  vne  mer  de  pourriture 
et  d’infection , lors  que  ie  m’efforçois 
à les  guérir  : vous  asseurant  qu’il  en 
sortoit  une  puanteur  telle,  que  les  as* 
sistans  ne  la  pouuoient  sentir  qu’à 
contre-cœur,  et  auec  bien  grande  dif- 
ficulté. Il  ne  faut  alléguer  que  ce  fust 
par  faute  de  les  tenir  nettement,  de 
les  penser  souuent , ne  de  leur  admi- 
nistrer toutes  choses  necessaires  : car 
telle  pourriture  estoit  commune  aux 
Princes,  aux  grands  seigneurs,  et  aux 
pauures  soldats  : aux  playes  desquels 
(si  d’auenture  on  laissoil  couler  vn 
ioursans  lespenser,  tant  estoit  grande 
la  multitude)  on  trouuoit  le  lende- 
main vne  grande  quantité  de  vers 
auec  vne  puanteur  merueilleuse.  Qui 
plus  est,  leur  suruenoient  à tousp  u- 
sieurs  apostemes  en  diuers  lieux  de 
leurs  corps,  és  parties  opposites  à leu  1 s 
naureures  : car  s’ils  estoient  blessés 
en  l’espaule  dextre,  l’aposteme  se  fai- 
soit  au  genoüil  seneslre  : et  si  la  playe 
estoit  en  la  iambe  dextre,  l’aposleme 
se  faisoit  au  bras  seneslre  : comme  il 
aduint  au  feu  Roy  de  Nauarre  , à 
Monsieur  de  Neuers,  et  à Monsieur 
de  Rendan,  et  presque  à tous  les  au- 
tres. Ainsi  Nature  sembloit  tant  char- 
gée d’humeurs  vicieux,  qu’elle  n’es- 
toit  contente  se  purger  par  leurs  seu- 
les playes,  ains  enuoioit  vne  portion 
de  son  vice  en  autre  lieu  apparent  ou 
caché  : car  si  les  apostemes  ne  se  ma- 
nifestoient  par  dehors,  on  les  trou  - 
uoit  és  parties  internes , comme  au 


1 42  AVTRE  DISCOVRS  TOVCHANT  LE  FAIT  DES  HARQVEBVSADES,  ETC. 


foye , aux  poulinons , ou  en  la  rat- 
te.  Des  niesmes  putréfactions  s’esle- 
uoient  quelques  vapeurs  , qui  par 
leur  communication  auec  le  cœur 
causoient  fiéures  continues  : auec  le 
foye  empeschoient  la  pure  généra- 
tion du  sang,  et  auec  le  cerueau  cau- 
soient alienation  d’esprit,  resuerie, 
conuulsion,  et  consequemment  la 
mort.  A cause  desquels  accidens  n’a 
esté  possible  à Chirurgien  aucun 
(tant  expert  fust-il)  de  dompter  la 
malignité  desdites  playes  : dequoy  tou- 
tesfois  ne  doiuent  estre  repris  ceux 
qui  s’y  sont  employés , pour-ce  qu’il 
n’est  possible  de  combattre  contre 
Dieu  , ny  contre  l’air,  auquel  sou- 
uentesfois  sont  cachées  les  verges  de 
sa  diuine  iustice. 

Si  donc,  suiuant  la  sentence  de  l’an- 
cien et  diuin  Hippocrates,  qui  dit  toute 
playe  contuse  deuoir  estre  conduite 
à la  suppuration  pour  estre  parfaite- 
ment guerie,  nous  nous  sommes  ef- 
forcé de  ce  faire,  et  toutesfois  n’en 
sommes  venu  à bout  , à cause  des 
pourritures , gangrenés  et  mortifica- 
tions qui  s’y  sont  mises  par  le  moyen 
de  l’air  vicié  : qui  est-ce  qui  justement 
nous  en  accusera?  Considéré  aussi 
que  la  nécessité  nous  a contraints 
changer  nostre  façon  de  faire,  et  au 
lieu  de  medicamens  suppuratifs,  vser 


d’autres  remedes  pour  entièrement 
combattre  les  accidens  suruenus,  non 
seulement  aux  coups  d’harquebuses, 
mais  aussi  d’espées  et  autres  bastons 
à maiu,  lesquels  nouueaux  remedes 
se  pourront  voir  en  la  lecture  de  ce 
présent  Traité1.  Outre  les  causes  hu- 
maines , l’homme  est  mal  instruit  en 
la  connoissance  des  choses  celestes, 
qui  ne  tient  pour  tout  certain  l’ire  de 
Dieu  se  débander  sur  nous  pour  pu- 
nir les  fautes  qu’ordinairement  nous 
commettons  contre  sa  maiesté.  Ses 
fléaux  ont  esté  prests , ses  verges  et 
ses  armes  ont  eu  leurs  ministres  tous- 
iours  appareillés,  pour  executer  les 
commandemens  de  sa  diuine  iustice  : 
aux  secrets  de  laquelle  ne  pouuant 
entrer  plus  auant . i’aime  mieux  me 
contenir  en  vne  simplicité  que  passer 
plus  outre,  et  conclure  auec  les  mieux 
aduisés , l’occasion  principale  des 
morts  procéder  de  la  pure  et  simple 
volonté  de  Dieu,  qui  par  la  tempéra- 
ture que  son  bon  plaisir  a donné  à 
l’air  et  auxvenls,  heraux  de  sa  di- 
uine iustice,  nous  a rendus  aptes  à re- 
ceuoir  les  inconueniens, lesquels  nous 
auons  encourus  par  nostre  iniquité. 

1 Nous  avons  prissoin  d’indiquer  en  temps 
et  lieu  ces  modifications  que  Paré  a fait  su- 
bir à sa  première  doctrine.  — Voyez  ci-après 
le  chapitre  6 du  neuvième  livre. 


LIVRE 


LE  NEVFIÉME 

TRAITANT 

DES  PLAYES  FAITES  PAR  HARQYEBYSES , 

ET  AVTRES  BASTONS  A FEV,  FLECHES , DARDS  , 

ET  DES  ACC1DEJNS  d’ICELLES1. 


CHAPITRE  I. 

DIVISION  DES  PLAYES  SELON  LA  DIVER- 
SITÉ TANT  DES  PARTIES  OFFENSÉES  , 
QVE  DES  BALLES  DONT  ELLES  SONT 
FAITES2. 

Toutes  les  playes  que  les  basions 
à feu  causent  au  corps  de  l’homme , 
tant  simples  que  compliquées , auec 
contusion , dilacération , intempera- 
ture  et  tumeur,  se  font  les  vnes  és 
parties  noblesses  autres  és  ignobles  : 

• Ce  livre,  le  premier  qu’A.  Paré  ait  fait 
paraître,  et  celui  qui  d’abord  a fait  sa  répu- 
tation, a eu  trois  éditions  avant  de  passer 
dans  les  OEuvres  complètes  ; les  deux  pre- 
mières en  1545  et  1552  , avec  un  titre  ana- 
logue à celui  qu’il  porte  ici;  la  troisième  en 
1564  avec  plusieurs  autres  Traités,  sous  le 
litre  des  Dix  liures  de  Chirurgie.  Les  chapi- 
tres 14  et  15  manquant  dans  ces  trois  pre- 
mières éditions,  semblent  avoir  paru  sépa- 
rément dans  l’édition  de  1572  que  je  n’ai  pu 
voir;  et  le  chapitre  16  ne  date  que  de  1579. 

Attendu  l’importance  de  la  question , soit 
pour  l’histoire  de  l’art , soit  pour  l’histoire 
d’A.  Paré  lui-même,  je  n’ai  pas  voulu,  pour 
toute  la  partie  de  ce  livre  qui  concerne 


quelques  vnes  és  parties  chanteuses, 
quelques  autres  és  nerueuses  et  os- 
seuses : aucunesfois  auec  ruption  et 
dilacération  des  grands  vaisseaux , 
comme  des  veines  et  arteres,  et  quel- 
quesfois  sans  la  ruption  d’iceux.  Tel- 
les playes  aussi  sont  aucunesfois  su- 
perficielles , et  souuent  profondes , 
iusqu’à  penetrer  outre  le  corps  et  les 
membres  esquels  on  les  reçoit.  Vnc 
autre  diuersité  se  connoist  en  elles 
selon  la  différence  des  balles,  entre 
lesquelles  s’en  trouue  de  grosses , de 

les  plaies  d’arquebuses,  disséminer  dans  les 
notes  les  doctrines  en  lutte  avec  celles  de 
notre  auteur  , et  j’ai  préféré  les  présenter 
ensemble  dans  mon  Introduction.  Les  notes 
qui  vont  suivre  auront  donc  uniquement 
pour  objet  de  signaler  les  modifications  les 
plus  importantes  de  la  rédaction  et  des  doc- 
trines d’A.  Paré  lui-même. 

2 Tout  ce  chapitre , à l’exception  d’un  ou 
deux  mots,  offre  la  rédaction  adoptée  par  Paré 
dans  l’édition  de  1564.  Les  éditions  anté- 
rieures présentent  quelques  différences.  D’a- 
bord elles  nesont  point  divisées  en  chapitres; 
et  puis  le  style  même  a subi  de  notables 
changements  ; la  balle  y est  nommée  ballotte, 
les  apprentis  ouvriers,  etc. 


LE  JMEVF1ÉJVIE  LIVRE, 


i44 

moyennes,  et  de  petites  comme  dra- 
gée, dont  la  matière  (qui  n’est  ordi- 
nairement que  de  plomb), se  laisse  au- 
cunesl'ois  conuertir  en  acier,  en  fer, 
ou  en  estain , rarement  en  argent,  et 
moins  encores  en  or.  Suiuant  lesquel- 
les différences , le  Chirurgien  doit 
prendre  diuersesindications  pour  opé- 
rer, et  selon  icelles  diuersiüer  les  re- 
medes 1 

Or  nous  ne  deuons  iuger  les  grands 

1 Dans  les  deux  premières  éditions  le  li- 
vre commençait  ainsi: 

Les  playes  faicles  par  basions  à feu  ne  pei t- 
ueni  estre  simples,  mais  nécessairement  com- 
pliquées, c’est  àsçaitoir  auec  contusion,  etc. 

Ce  n’estdonc  qu’en  1564  que  Paréa  admis 
qu’elles  pouvaient  être  simples.  La  phrase 
qui  se  rapporte  à la  diversité  de  ces  blessu- 
res selon  la  différence  des  balles , ne  date 
aussi  que  de  1564. 

Immédiatement  après  ce  premier  para- 
graphe , dans  les  deux  premières  éditions, 
suivait  la  réfutation  de  ceux  qui  regardaient 
ces  plaies  comme  vénéneuses,  discussion 
qui  a été  depuis  reportée  dans  le  discours 
au  roi;  voici  le  texte  primitif: 

« Aucuns  disent  icelles  playes  eslre  com- 
bustcs  et  veneneuses  par  la  qualité  de  la 
pouldre  et  ballotte  ou  boulet  : dont  grands 
accidenlz  suruiennent.  Mais  facilement  se 
peult  reprouuer  telle  opinion.  Car  en  pre- 
mier lieu  la  ballotte  de  soy«ne  sçauroit  cau- 
tériser, pour  ce  que  le  plomb  ne  peult  con- 
ceuoir  si  grande  chaleur  qu’il  ne  fus!  fondu. 
Toulesfois  nous  voyons  la  ballotte  passer  au 
trauers  d’vn  harnoys  iusques  à entrer  de- 
dans la  chair,  etestre  encore  entière.  Oullre 
plus,  nous  voyons  lesdictes  ballottes  auoir 
esté  iettées  contre  vne  pierre,  et  neantmoins 
tout  soudain  on  les  peut  tenir  en  la  main , 
6ans  notable  chaleur  : combien  que  l’attrition 
ou  collision  d’icclle  auec  la  pierre  deust 
auoir  encores  augmenté  sa  chaleur:  donc  ne 
pourra  estre  faicte  adustion  par  la  ballotte. 
Et  s’ilz  disent  estre  par  la  pouldre  à canon, 
ia  la  pouldre  n’est  caustique,  comme  l’ex- 
perience  le  monstre.  Car  en  l’appliquant  sur 
aucun  vlcere  , ne  faict  corrosion  ou  mani- 


j accidens  de  ces  playes  prouenir  par 
adusliou  de  la  balle , ny  par  la  véné- 
nosité, ou  autre  mauuaise  qualité  de 
la  poudre  à canon , pour  les  raisons 
qu’auons  déduites  aux  Discours  pre- 
cedents, mais  à cause  de  la  contusion, 
dilacération  et  fraction  que  fait  lax  io- 
lence  de  la  balle  és  parties  nerueuses 
et  osseuses.  Car  quand  il  aduient  que 
la  balle  ne  touche  que  les  parties 
charneuses,eten  corps  de  bonne  tem- 

feste  douleur,  Tors  en  bien  petit  instant 
apres  qu’elle  y est  appliquée:  ce  qu’ay  voulu 
expérimenter,  premier  qu’en  donner  iuge- 
ment.  Et  de  ce  chacun  peult  faire  facile 
expérience.  D’auantage  qu’elle  ne  soit  vene- 
neuse  , ie  le  preuue  par  ceste  raison  : nul 
simple  qui  entre  en  elle  n’est  trouué  vene- 
neux,  moins  donc  sera  trouué  veneneuse  sa 
composition  et  toute  sa  mixtion.  Outre  plus, 
posé  qu’elle  eust  bien  grande  acrimonie, 
encore  ne  pourroit-clle  eslre  portée  auec  la 
ballotte,  qu’en  bien  petite  quantité:  car  elle 
est  consumée  tant  par  l’action  du  feu  , que 
séparée  par  l’agitation  de  l’air.  Et  quant  à 
ce  que  tant  facilement  s’enflamme,  n’est 
suffisante  raison  pour  conclure  qu’elle  ayt 
faculté  ou  vertu  de  faire  adustion  : car  le 
camphre  , combien  qu’il  soit  tres-froid  , ne 
laisse  pourtanldes’enflammer,  eteeque  l’eau 
de  vie  se  conuertit  en  flamme  , n’est  tant 
pour  sa  chaleur  que  pour  la  tenuité  des  par- 
ties. Ce  qui  se  monstre:  car  icelle  eau  bien 
distillée,  puis  exposée  à l’air,  s’esuanouit,  et 
dissipe  en  substance  aircuse.  Semblable- 
ment souuentesfois  on  voit  que  parauant  que 
la  ballotte  entre  en  aucun  membre, elle  ren- 
contre harnoys  et  habits , et  en  icelle  con- 
traction le  reste  de  la  pouldre  se  séparé  et 
diminue  de  ladite  ballotte:  parquoy  n’y  peut 
demeurer  que  bien  petite  portion  d’icelle. 
Mais  quand  ne  rencontre  aucune  chose  in- 
terposée deuanl  la  chair,  en  ce  cas  pourroit 
porter  plus  grande  quantité  de  pouldre,  qui 
est  cause  de  noircir  la  playe.  Ce  qui  a deceu 
et  abusé  aucuns,  cuidans  telles  playes  estre 
j adustes:  ce  qui  pour  les  raisons  predictes  est 
absurde  et  mal  entendu. 

» Parquoy  ne  deuons  iuger,  etc.  » 


145 


DES  PLAYES  d’hARQVEBVSES. 


perature,  i'ay  trouué  autresfois  telles 
playes  autant  peu  rebelles  à cura- 
tion , et  aussi  faciles  à traiter,  que 
celles  qui  sont  faites  par  autres  bas- 
tons  faisans  vulneres  ronds , contus , 
et  de  telle  figure  que  fait  le  boulet. 

Pour-ce  est-il  necessaire  auoir  plus 
d’esgard  aux  symptômes  ou  accidens 
de  la  contusion,  dilacération,  frac- 
ture d’os  et  violence  de  l’air  enuiron- 
nant,  qu’à  la  combustion  qu’on  esti- 
meroit  prouenir  du  boulet  et  vénéno- 
sité de  la  poudre  à canon , pour  les 
raisons  prédites.  Ce  que  mettant  en 
lumière  pour  aider  aux  ieunes  et  nou- 
ueaux  praticiens  en  chirurgie , i’ay 
voulu  traiter  briefuement,  toutesfois 
ainsi  que  i’ay  peu  expérimenter  à la 
suite  des  guerres  , que  i’ay  continué 
par  l’espace  de  quarante  ans  *.  En 
quoy  ie  proteste  auoir  suiui  le  con- 
seil des  Médecins,  et  gens  de  ma  pro- 
fession plus  renommés  et  approuués, 
tant  par  leur  doctrine  que  longue 
expérience  : lesquels  ie  m'asseure  sça- 
uoir  choses  trop  plus  grandes  que  ne 
pourroient  contenir  mes  escrits.  Par 
ainsi  ie  n’escris  pas  pour  eux , ains 
pour  les  nouueaux  apprentifs  de  cest 
art,  et  à ceux  qui  n’auront  meilleur 
aide  pour  suruenir  aux  cas  vrgenls 
prouenants  esdites  blesseures,  les- 
quels surprennent  quelquesfois  le 
conseil  du  Chirurgien , si  la  raison  et 
expérience  ne  conduisent  son  œuure. 

1 Les  deux  premières  éditions  disent  seu- 
lement que  l’auteur  a suivi  les  guerres;  en 

1564  il  ajoute:  que  i’ai  continué  par  l'espace  de 
trente  ans;  et  en  1575,  par  l’espace  de  quarante 
ans,  ce  qui  a été  conservé  depuis  dans  tou- 
tes les  éditions. 


CHAPITRE  II. 

DES  SIGNES  DES  PLAYES  FAITES  PAR 
HARQVEBVSES  '. 

Au  commencement  de  la  curation 
il  faut  connoistre  si  la  playe  est  faite 
par  coup  de  harquebuse  : ce  qui  sera 
aisé  à voir,  si  la  figure  de  la  playe  est 
ronde  et  liuide  en  couleur,  et  la  cou- 
leur naturelle  de  la  partie  est  chan- 
gée, à sçauoir  iaune , violette,  liuide, 
ou  noire.  Semblablement  si  à l’instant 
que  le  patient  a receu  le  coup , il  dit 
auoir  senti  vne  douleur  aggrauante , 
comme  s’il  eust  esté  frappé  d’vn  grand 
coup  de  pierre,  ou  qu’vne  poutre,  ou 
quelque  autre  grand  fardeau  luy  fusl 
tombé  sur  la  partie  vulnerée. 

Pareillement  (si  le  coup  n’atteint 
quelque  gros  vaisseau)  s’il  en  sort 
peu  de  sang  des  parties  blessées,  d’au- 
tant qu’elles  sont  contuses  , et  gran- 
dement meurtries,  qui  est  cause  qu’el 
les  s’enflent  bien  tos  t apres  le  coup , de 
façon  qu’elles  bouschent  quelquesfois 
le  passage,  tant  que  l’on  n’y  peut 
mettre  tente  ni  seton  : et  de  cela  peut 
aduenir  que  le  sang  est  supprimé  , 
lequel  autrement  couleroit  par  les 
orifices 1  2. 

Aussi  le  malade  y sent  grande 
chaleur,  à cause  de  l’impétuosité  du 
mouuement  violent,  et  de  la  ve- 
hemente  impulsion  de  l’air,  auec  la 
ruplion  de  la  chair  et  des  parties  nre- 
ueuses  : quelquesfois  aussi  pour  les 

1 Ce  chapitre  manque  d’abord  tout  entier 
dans  les  éditions  de  1545  et  1552  ; et  le  texlc 
de  1564  diffère  beaucoup  encore  du  textedes 
éditions  complètes. 

2 L’édition  de  1564  porte  simplement  : Pa- 
reillement s’il  eu  sort  peu  de  sang,  et  si  le  ma- 
lade y sent  grande  chaleur,  etc. 


II. 


ÎO 


LE  K EV  FIÉ  AIE  LIVRE, 


l4(i 

os  fracturés  qui  piquent  et  pressent 
lesdites  parties,  dont  s’ensuit  fluxion 
et  inflammation  : aussi  pour  la  grande 
contusion  que  fait  la  balle,  qui  ne 
peut  entrer  en  aucune  partie  de  nos- 
tre  corps  que  par  grande  force,  pour 
sa  figure  ronde , dont  le  lieu  en  est 
rendu  noir,  et  les  parties  voisines  li- 
uides  : parquoy  s’ensuiuent  plusieurs 
grands  accidens  , comme  douleur, 
fluxion  , inflammation  , aposteme , 
spasme,  alienation,  paralysie,  gan- 
grené, mortification,  et  apres  la  mort. 

Elles  iettent  souuent  vne  sanie  vi- 
rulente et  fort  felide,  qui  prouient 
de  la  trop  grande  abondance  des  hu- 
meurs qui  fluent  à la  partie  blessée, 
à cause  de  la  vehemente  meurtris- 
seure , contusion  et  dilacération  des 
parties , et  par  defaut  de  la  chaleur 
naturelle  qui  ne  la  peut  régir  et  gou- 
uerner  : pareillement  vient  pour  la 
cacochymie  du  corps  et  des  parties 
nerueuses,  comme  lesiointures.  Aussi 
tels  coups  sont  trouués  toujours  plus 
véhéments  que  la  blesseure  des  cornes 
d’vn  cerf, ou  d’vn  coup  de  pierre  ietté 
d’vne  fonde , ou  autres  contusions 
semblables,  par  ce  qu’il  se  fait  plus 
grande  force  d’vne  chose  ronde,  qui 
d’extreme  violence,  en  mode  de  fou- 
dre, pénétré  au  dedans  *. 


CHAPITRE  III. 

LE  MOYEN  DE  PANSER  LESDITES  PLAYES 
AV  PREA1IER  APPAREIL2. 

Pources  causes  ilfaut  que  prompte- 
ment le  Chirurgien  amplifie  la  playe, 

* Le  dernier  paragraphe  manque  dans  l’é- 
dition de  1564. 

3 Le  texte  de  ce  chapitre  se  retrouve  dans 


si  la  partie  le  permet,  tant  pour  don- 
ner issue  à la  sanie,  que  pour  donner 
libre  passage  aux  choses  estranges  , 
et  les  oster  (si  aucunes  y a)  comme  por- 
tion d’habits , bourre , drapeau , pa- 
pier, pièces  deharnois,  mailles,  balles, 
dragées,  esquilles  d’os , chair  dilace- 
rée,  et  autres  choses  qui  s’y  peuuent 
trouuer  : et  dés  le  premier  appareil,  si 
possible  est.  Car  les  accidens  de  dou- 
leur et  sensibilité  ne  sont  si  grands  au 
commencement , comme  és  autres 
temps  de  la  maladie. 

Or  pour  mieux  les  extraire,  il  faut 
faire  mettre  le  patient  en  figure  en 
laquelle  il  estoit  lors  qu’il  fut  blessé, 
pource  que  les  muscles  et  autres  par- 
ties autrement  situées  peuuent  estou- 
per  et  empescher  la  voye.  Et  pour  re- 
garder à bientrouuer  lesdites  balles  et 
autres  choses  estranges , chercher  les 
fan  t auec  le  doigt  (s’il  est  possible)  plus- 
tost  qu’auec  autre  instrument,  par-ce 
que  le  sens  du  tact  est  plus  certain  que 
nulle  sonde  ou  autre  chose  insensible. 
Que  si  la  balle  a profondé  bien  auant, 
lors  il  la  conuient  chercher  auec  vne 
sonde , ronde  en  son  extrémité , de 
peur  de  faire  douleur  Toutesfois  il 
aduient  souuent  que  par  la  sonde  on 
ne  peut  trouuer  ladite  balle,  comme 
il  escheut  au  camp  de  Parpignan , à 
Monseigneur  le  Mareschal  de  Brissac, 
offensé  d’vn  coup  d’harquebuse  près 
l’Omoplate  droite  : où  plusieurs  Chi- 
rurgiens ne  pouuant  trouuer  ladite 

les  trois  premières  éditions  : seulement  les 
deux  premières  commencent  ainsi: 

Aucommencement  donc  de  la  curation , faut 
oster  les  choses  estranges  si  aucunes  y en.a. 

El  la  troisième  dit  : 

Pour  ces  causes  il  faut  que  promptement 
le  chirurgien  oste  les  choses  estranges  ; d’où 
l’on  voit  que  le  précepte  d’amplifier  la  playe 
ne  date  que  de  1575. 


DES  PLAY ES 

balle,  disoient  qu’elle  estoit  entrée 
dedans  le  corps,  attendu  qu’il  n’y  ap- 
paroissoit  issue  aucune1.  Mais  n’ayant 
ceste  opinion , ie  vins  à chercher  la- 
dite balle,  et  n’y  voulus  aucunement 
mettre  la  sonde , mais  luy  fis  faire  tel 
geste  du  corps  qu’il  faisoit  lors  qu’il 
fut  blessé.  Puis  comprimay  douce- 
ment les  parties  circonuoisines  de  la 
playe  : ce  faisant  trouuay  vne  tu- 
meur et  dureté  en  la  chair,  auec  sen- 
timent de  douleur  et  liuidité  au  lieu 
où  estoit  la  balle , qui  estoit  entre  la 
partie  inferieure  de  l’Omoplate,  et 
enuiron  la  septième  et  huitième  ver- 
tèbre du  dos  : auquel  lieu  fut  faite  in- 
cision pour  tirer  la  balle , dont  puis 
apres  fut  tost  guari 2. 

Parquoy  est  fort  bon  chercher  la 
balle,  non  seulement  auec  la  sonde, 
mais  (comme  i’ay  prédit)  auec  les 
doigts , en  maniant  et  traitant  le  lieu 
et  les  enuirons  d’iceluy , où  l’on  con- 
jecture la  balle  auoir  peu  penetrer. 


CHAPITRE  IV. 

DESCRIPTION  DES  INSTRVMENTS  PROPRES 

POVR  TIRER  LES  BALLES  ET  AVTRES 

CHOSES  ESTRANGES. 

Quant  aux  choses  estranges , elles 
peuuent  estre  tirées  par  les  instru- 

1 La  première  et  la  deuxième  éditions  por- 
tent : Lors  fuz  enuoyé  par  mondict  seigneur 
de  Rohan  vçrs  ledict  seigneur  de  Brissach 
pour  sçauoir  si  ie  pourrois  trouuer  ladicle  bal- 
lotte •'  et  pour  paruenir  à ceste  fin,  ie  comprimay 
doucement  les  parties  circonvoisines  de  la 
playe,  et  en  ce  Jaisanl  ie  trouuay  tumeur  et  dureté 
en  la  chair  , etc.  Les  mots  : auec  sentiment  de 
douleur  et  liuidité  au  lieu  où  estoit  la  balle  , 
manquent  dans  la  première  édition  et  ont 
été  ajoutés  à la  seconde. 

2 La  première  édition  dit  : auquel  lieu  tut 


'harqvebvses.  147 

mens  cy  apres  depeincts , qui  sont  de 
diuerse  figure  et  grandeur  selon  la 
nécessité  : les  vns  sont  dentelés , les 
autres  non  : et  faut  que  le  Chirur- 
gien en  ait  de  plusieurs  et  de  di- 
verses façons , les  vns  plus  grands , 
les  autres  plus  petits , en  chacune  de 
ses  formes , à fin  de  les  accommoder 
aux  corps  et  aux  playes , et  non  les 
corps  ny  les  playes  à ses  instrumens 1 . 

Instrumens  requis  à tirer  les  choses  estranges. 
Bec  de  Corbin  dentelé. 


Cestuy  est  nommé  bec  de  Grue, 
pour  la  similitude  , lequel  pareille- 
ment doit  estre  dentelé  : et  est  propre 
à extraire  du  profond , dragées , 
mailles,  esquilles  d’os  fracturés,  et 
autres  choses. 

faicle l’incision, et  la  ballotte  tirée  parmi  nommé 
maislre  Nicole  , l’un  des  chirurgiens  de  mon- 
seigneur le  dauphin,  et  depuis  fut  tost  guery. 
— La  deuxième  porte,  par  vn  nommé  maislre 
Nicole  iMuernuull  chirurgien  du  roy  ; et  enfin 
cette  mention  a tout-à-fait  disparu  à partir 
de  la  troisième. 

1 Les  éditions  de  1545  et  1552  portent  seu- 
lement: 

Quant  aux  corps  estranges,  peuuent  estre 
osiez  par  tels  instruments  ci- apres  figurés  : 
comme  cestuy  nommé  bec  de  corbin  ( parce 


lE  nevfiéme  livre, 

Bec  de  Grue  droit. 


Cestuy  qui  esl  nommé  Bec  de  Cane, 
ayant  vne  cauité  en  son  extrémité , 
large  et  ronde , dentelée , pour  mieux 


prendre  la  balle,  est  propre  princi- 
palement lors  que  la  balle  est  aux 
parties  charneuses. 


Bec  de  Cane. 


Autre  figure  de  Tire-balle,  nommée  Bec  de  Lézard,  pour  tirer  la  balle,  lors  quelle  sera 
applatie  : collée  de  mesmes  lettres  que  l'autre. 


qu'il  représente  vn  bec  de  corbeau  ) lequel  doit 
estre  dentelé  pour  mieux  tenir  et  tirer  lesdites 
choses  estranges. 

La  phrase  qui  termine  le  paragraphe  a 
etc  mise  en  ce  lieu  en  là6i;  mais  A.  Taré 


l’avait  déjà  ajoutée  à l'édition  de  i.r>o2,  seu- 
lement dans  un  endroit  différent,  correspon- 
dant à la  fin  de  ce  chapitre. 

1 Le  bec-de-grue  coudé  ne  date  que  de 
l’édition  de  156i. 


DES  PLAYES  d’haRQVEBVSF.S. 
Autre  façon  (le  Tire-balle. 


*49 


AA  Monstre  sa  cannule. 

BB  La  verge  qui  fait  ouurir  et  fermer  la 
charnière. 

CC  La  charnière1. 


Autre  instrument  nommé  Bec  de 
Perroquet,  pour  tirer  quelques  pièces 
de  harnois  insérées  au  profond  des 
membres , mesmes  dedans  les  os. 


Bec  de  Perroquet. 


A Monstre  la  queue  de  la  viz. 

B L’escrouë. 

C Le  coulant,  lequel  au  moyen  d’vne  viz 
se  hausse  et  baisse. 

DD  La  coulisse. 

Autre  instrument  nommé  Bec  de 


Cygne , lequel  s’ouure  à'viz', 'accom- 
pagné d’vne  pincette  que  par  cy 
deuant  nous  auons  nommée  Bec  de 
Grue  droit  : et  sert  à tirer  quelque 
chose  estrange , apres  auoir  dilaté  la 
playe  auec  ledit  Bec  de  Cygne  2. 


Bec  de  Cygne. 


1 Les  deux  figures  précédentes,  de  même 
que  les  suivantes  représentant  le  bec-de- 
perroquet  et  le  bec-de-cygne,  ont  paru  pour  la 
première  fois  dans  l’édition  de  156i.  A la 
suite  du  bec-de-leznrd,  elle  en  donnait  éga- 
lement une  autre  sous  le  nom  d e.pied-de- 
griffon , avec  ce  titre  : 

Autre  façon  de  Tire  balle  nommé  Pied  de 
grillon , lequel  s’ouure  en  tirant  la  verge  con- 
tre soi  et  se  ferme  en  lu  passant  dedans:  ainsi 
qu'il  l’est  monstri  manifestement  : et  est  fort 


utile  à tirer  les  balles  des  haquebutes  à croc  et 
autres  de  gros  calibre. 

Ce  pied-de-grilîon  a été  reporté  depuis  au 
livre  De  la  génération  , chap.  42  , comme 
instrument  propre  à l’extraction  des  moles. 

On  remarquera  que  sous  le  nom  de  bec- 
de-perroquet,  A.  Paré  comprend  deux  instru- 
ments, celui  qu’il  représente  ici,  et  une  sorte 
de  tenailles  incisives  figurées  à la  page  IC  de 
ce  volume. 

2 Apiè  la  figure  du  bec-de  cygne , l’édi- 


LE  NEVFJEME  LIVRE, 


i5o 

’ Si  les  corps  estranges,  spécialement 
les  balles  et  dragées , sont  peu  pro- 
fonds, ôn  les  pourra  tirer  auec  Eleua- 
toires  *. 

Autre  instrument,  nommé  Tire- 
fond  , leqüël  tourne  à viz  dedans  vne 
Cànnule , et  est  fort  conuenable  à 
tirer  lesdi tes  balles,  lors  qu’elles  ont 
pénétré  iusqdes  dedans  les  os  : car  sa 
pointe  entre  dedans  ladite  ballole, 
pourueu  qu’elle  soit  de  plomb  ou 

tion  de  1564  en  donne  une  autre  que  je 
n’ai  retrouvé  dans  aucune  des  éditions  pos- 
térieures ; la  voici i 

Aulre  semblable  qui  s’ouure  à charnière. 


1 L’édition  de  1545  ne  parleras  d’élevatoi- 
es;  celle  de  1552  contient  la  figure  unique 
de  celui  que  nous  avons  représenté  dans  la 


estain  (car  elle  ne  pourroit  entrer  en 
vn  corps  plus  dur  ) , et  par  ce  moyen 
peut  estre  aisément  ostée 

Cannale  de  Tire-fond. 


Cestuy  est  nommé  Dilatatoire,  du- 
quel on  peut  vser  à ouvrir  et  dilater  les 
playes,  à fin  de  mieux  trouuer  lesdites 
choses  estranges.  Car  en  comprimant 
ensemble  deux  de  ses  extrémités,  les 
autres  s’ouurent  : et  peut  aussi  seruir 

note  1 de  la  page  15  de  ce  volume;  enfin 
l’édition  de  1564  emprunte  au  Traité  des 
Playes  de  teste  de  1561  les  deux  autres  éga- 
lement figurés  à la  page  15,  et  retranchés 
de  cet  endroit  dans  les  éditions  complètes. 

1 Après  ces  figures  du  tire-fond  , l’édition 
de  1564  ajoutait  celles  de  deux  autres  tire- 
fonds  que  l’on  trouvera  aux  pages  12  et  58 
du  présent  volume,  et  qui  ont  été  retranchées 
de  cet  endroit  dans  les  grandes  éditions. 

De  même  aussi , après  les  figures  du  tire- 
fond,  l’édition  de  1545  ajoutait: 

« Le  subséquent  est  nommé  tenaille  inci- 
siue:  lequel  est  commode  à couper  aucun 
os  fracturé,  qui  sort  hors  la  chair,  lors  qu’il 
a esté  rompu  par  la  violence  du  boullet , et 
est  plus  aysé  que  n’est  vne  scie,  et  ne  faicl 


DES  PLAYES  d’iIARQVEEVSES. 


1 5 1 


en  plusieurs  lieux  , comme  aux  nari- 
nes, au  siégé , et  aux  parties 
Dilatatoire. 


Les  instrumens  qui  s’ensuiuent 
sont  nommés  Aiguilles  à Seton , les- 
tant de  douleur:  ioinlque  parluy  l’operation 
est  plus  subite. 

Tenailles  incisiu.es. 


Les  éditions  de  1552  et  1564  ont  substitué 
à cette  figure  celle  des  tenailles  incisives  que 
l’on  trouvera  au  livre  des  Operations,  ch.  30; 
et  les  éditions  complètes  ont  absolument  re- 
tranché en  cet  endroit  tout  ce  qui  a rapport 
à ces  instruments. 


quelles  sont  conuenables , lorsqu’on 
veut  passer  vn  Seton  pour  tenir  la 
playe , et  la  voye  de  la  balle  ouuerte, 
iusques  à ce  que  l’on  ait  tiré  hors  les 
choses  estranges  qui  y peuuent  en- 
core estre.  Outre  ce , peuuent  seruir 
à sonder  les  playes  profondes , pour 
trouuer  la  balle , et  ne  causent  point 
de  douleur , pour  ce  qu’elles  sont 
rondes  et  polies  en  leur  extrémité2. 
Faut  donc  entendre  que  les  sondes, 
desquelles  on  cherche  la  balle , doi- 
uent  estre  moyennement  grosses , 
polies  et  rondes  en  leur  extrémité  : 


1 Dans  l’édition  de  1535,  le  dilatatoire  pré- 
sentait cette  autre  forme,  disparue  déjà  en 
1552  : 


2 Dans  les  éditions  de  1564  et  même  de 
1575, ce  paragraphe  faisait  le  commencement 
du  chapitre  suivant  sous  ce  titre  : Lamani'ere 
de  traicler  les  playesau  premier  appareilapres 
que  les  choses  eslrantjes  sont  tirées.  Ce  titre  a 
été  conservé  , mais  transporté  un  peu  plus 
loin  et  à une  place  plus  convenable  à partir 
de  l’édition  de  1579. 

Au  reste  le  commencement  de  ce  para- 
graphe se  lisait  déjà  dans  l’édition  de  1545: 
mais  la  tin  ne  date  que  de  celle  de  1552. 


— 


LE  NEVFIEME  LIVRE, 


1 5q 

pour  ce  que  les  parois  (le  la  playe,  et 
les  voyes  par  où  la  balle  a passé , in- 
continent se  rapprochent  et  retou- 
chent l’vne  contre  l'autre  , de  sorte 
que  ladite  playe  ou  voye  appert  au 
sens  de  la  veuë  beaucoup  plus  petite 
qu’elle  n’est.  Et  pour  cesle  cause  les 
soudes  gresles  et  aiguës  sont  moins 
commodes  : car  elles  s’arrestent  à la 
chair  rapprochée  et  contiguë , et  ne 
peuuent  si  facilement  aller  au  lieu  de 
la  balle,  comme  celles  qui  sont 
médiocrement  grosses  : ioint  aussi 
qu’elles  piquent  la  chair  de  la  playe, 
et  ce  faisant  molestent  fort  le  pa- 
tient : qui  est  souvent  cause  que  les 
balles  ne  peuvent  estre  trouuées.  On 
en  doit  aussi  auoir  de  plus  grandes 
pour  passer  au  trauers  d’vne  cuisse  , 
lors  que  le  cas  le  requiert . Par  ainsi  la 
longueur  d’icelles  se  doit  changer 
selon  la  grosseur  du  membre  blessé. 

Et  ne  suis  d’aduis  qu’on  s’efforce 
beaucoup  à les  faire  tousiours  passer 
au  trauers  des  parties  blessées,  de 
peur  d’induire  douleur  et  autres  ac- 
cidens.  Car  le  malade  ne  laissera  pas 
à guarir,  pour  le  seton  qui  ne  sera 
passé  tout  au  trauers,  comme  l’expe- 
rience  en  fait  foy , lors  qu’vne  balle 
passe  au  trauers  du  corps,  on  ne  passe 
point  de  seton,  et  neantmoins  guaris- 
sent  *. 


Sondes  quipeuuent  sentir  de  sétons 2. 


1 Ce  paragraphe  fort  remarquable  man- 
que dans  toutes  les  éditions  françaises  jus- 
ques  et  y compris  celle  de  1579,  et  consé- 
quemment aussi  dans  l’édition  latine.  Il  date 
donc  seulement.de  1585. 

- L’édition  de  1545  ne  contient  qu’une 


CHAPITRE  Y. 

LA  MANIERE  DE  TRAITER  LES  PLAYES  AV 
PREMIER  APPAREIL,  APRES  QVE  LES 
CHOSES  ESTRANGES  SONT  TIREES1. 

Apres  auoir  tiré  les  choses  estran- 
ges  par  les  moyens  susdits , la  prin- 

seule  ligure  d’aiguille  à séton,  un  peu  diffé- 
rente des  autres;  c’est  pourquoi  je  la  repro- 
duis ici  : 


0 


Dans  l’édition  de  1552,  cette  aiguille  a dis- 
paru, et  elle  est  remplacée  par  les  deux  au- 
tres. On  les  retrouve  en  1564;  elles  man- 
quent dans  l’édition  de  1575;  et  enfin  on  en 
retrouve  quatre  figures  en  1579  , dont  deux 
ne  sont  que  la  répétition  des  deux  autres. 

L’édition  de  1552  plaçait  en  cet  endroit 
une  remarque  sur  la  nécessité  d’avoir  des 
instruments  de  diverses  longueurs,  remar- 
que qui  a été  reportée  au  commencement  du 
chapitre  dès  1564. 

1 C’est  ici  que  la  doctrine  primitive  de 
Paré  s’éloigne  beaucoup  de  celle  qu’il  adopta 
plus  tard.  Les  variantes  doivent  donc  être 
notées  avec  soin,  ainsi  que  leur  date  exacte. 

Et  d’abord  tout  le  début  de  ce  chapitre, 


1 53 


DF.S  PLAYES  I)  HARQVF.BVSES. 


cipale  intention  sera  de  batailler  con- 
tre la  contusion  et  alteration  de  l’air, 
s’il  est  chaud  et  humide,  et  disposé  à 
pourriture  : ce  qui  se  fera  tant  par 
remedes  pris  par  dedans , que  par 
autres  appliqués  par  dehors,  et  aussi 
mis  dedans  les  playes.  Ceux  qui  doi- 
uont  estre  administrés  par  dedans, 
se  prendront  par  le  conseil  et  ordon- 
nance du  prudent  Médecin  , à la  doc- 
trine duquel  ie  laisse  tout  ce  qui  peut 
appartenir  à la  maniéré  de  viure,  et 
à la  purgation  du  malade. 

Et  quant  aux  raedicamens  topiques, 

jusqu’à  la  recette  de  l’huile  de  petits  chiens, 
manque  dans  les  éditions  de  1545  et  1552, 
dont  voici  le  texte  : 

•<  Et  pour  le  premier  appareil  fault  appli- 
quer de  l’huile  qui  s’ensuyt , vn  peu  plus 
cbaulde  que  tiede,  dedans  la  playe,  auec  ten- 
tes ou  sétons.  » 

Suit  la  recette  de  l’huile  de  petits  chiens; 
et  je  remarque  que  dans  la  première  édition 
il  se  borne  à dire  moins  pompeusement  que 
plus  tard:  Ladicte  huile  est  de  grande  effi- 
cace, tant  pour  seder  la  douleur  qu’à  suppurer 
la  playe.  La  variante  : de  grande  et  mer- 
ueilleuse  efficace,  est  de  1552.  Puis  vient  la 
formule  de  l’huile  de  lis  ; après  quoi  il 
ajoute  : 

« l’ay  veu  vn  chirurgien  allemand,  lequel 
vsoil  de  suc  d’escreuisses  crues,  pilées  et  es- 
preintes  , mises  dedans  la  playe:  et  disoit 
estre  fort  singulier  à seder  la  douleur:  mais 
ie  ne  l’ayexperimenté.  I’ay  pratiqué  et  voulu 
expérimenter,  cautériser  les  playes  auec 
huile  bouillante  et  cautères  actuelz , mais 
i’ay  trouué  ladite  cautérisation  fort  doloreuse 
cl  peu  profitable,  à cause  des  grands  acci- 
dents qui  suruiennent:  toutesfois , au  cas 
qu’il  y auroit  grande  hémorrhagie,  lors  les- 
dicts  cautères  y auroient  lieu,  et  non  aullrc- 
ment.Or  quant  auxdictes  huiles , i'ai  bien 
cogneu.etc.  » — Voyez  la  suite  à la  page  155, 
deuxième  colonne. 

L’édition  de  1564  montre  déjà  un  grand 
changement  dans  les  opinions  de  l’auteur.  11 
venait  de  passer  par  le  siège  dejRouen  , où 


le  Chirurgien  suiuant  les  choses  sus- 
dites , doit  considérer  la  constitution 
du  temps  et  de  l’air  : car  s’il  n’y  a 
danger  que  la  partie  tombe  en  gan- 
grené , il  vsera  de  suppuratifs  comme 
aux  playes  contuses , quels  sont  l'o- 
leum  catellorum , ou  d’vn  digestif, 
ayant  esgard  à la  nature  de  la  partie: 
attendu  que  les  parties  nerueuses  de- 
mandent medicamens  plus  secs  que 
les  chanteuses,  comme  nous  auons 
amplement  dit  au  Traité  des  Playes 
des  iointures.  Donc  ausdites  iointures 
et  parties  nerueuses , on  vsera  de  te- 

presque  toutes  les  plaies  s’étaient  compli- 
quées de  pourriture,  et  qui  fut  l’occasion  du 
discoursau  roiqui  précède  ce  neuvième  livre. 
En  conséquence,  il  met  en  première  ligne 
cette  nouvelle  indication':  de  batailler  contre 
l'ulleralion  de  l’air,  contre  la  putréfaction  de 
ta  playe  et  des  accidens  ; telle  est  en  effet  la 
rédaction  de  1564,  et  la  contusion  et  la  pour- 
riture attribuée  à L’air  chaud  et  humide  n’ont 
pris  place  dans  le  texte  qu’en  1575. 

Ainsi  le  premier  paragraphe  du  chapitre 
actuel , modifié  comme  il  vient  d’être  dit, 
est  de]1564.  Mais  après  ce  paragraphe  arrivait 
immédiatement  le  quatrième  ainsi  conçu  : 

« Lors  le  chirurgien  en  son  premier  appareil 
appliquera  dans  les  playes  remedes  contrarions 
à la  putréfaction  , comme  est  Pvnguent  qui 
s’ensuit.  » 

Et  le  texte  continuait  comme  nous  le  lisons 
encore  aujourd’hui , jusqu’au  paragraphe 
l’ay  bien  cogneu,  etc.,  avec  suppression  de  ce 
qui  concernait  le  chirurgien  allemand  et  sa 
méthode. 

Le  troisième  et  le  quatrième  paragraphes 
de  cechapitredatent  donc  seulementde  1575; 
encore  ledeuxièmea  subi  plus  tard  une  modi- 
fication qui  sera  notée  tout  à l’heure;  mais  sur- 
tout il  est  essentiel  de  dire  que  l’huile  de  petits 
chiens,  jusqu’en  1575  , ne  contenait  ni  eau- 
de-vie  ni  térébenthine,  et  que  cette  addition 
a une  grande  signification  pour  ceux  qui 
ont  suivi  le  progrès  des  doctrines  du  temps. 
Voyez  dans  mon  Introduction  l’analyse  rai- 
sonnée de  toutes  ces  doctrines. 


1 54  LË  NEVPlÉME  LIVRE  , 


rebenthine  de  Venise,  ou  d’huile  de 
cire,  de  mastich,  de  iaunes  d’œufs, 
et  autres  semblables  : y adioustant 
vn  peu  d’eau  de  vie  rectifiée.  Telles 
choses  ont  puissance  de  desseicher  et 
consommer  l’humidité  sereuse  yssant 
des  parties  nerueuses , et  seder  la  dou- 
leur *. 

Monsieur  Ioubert , Médecin  ordi- 
naire du  Roy , et  Chancellier  en  son 
Vniuersitéde  Montpellier , qui  a tres- 
doctement  escrit  des  Harquebusades2, 
pour  auoir  veu  plusieurs  blessés  à la 
suitedes  guerres,  dit  qu’on  ne  doit  vser 
de  medicamens  escharotiques , tant 
actuels  que  potentiels,  aux  simples 
coups  des  harquebuses , parce  qu’ils 
induisent  douleur  , inflammation  , 
gangrené,  fiéure,  et  autres  perni- 
cieux accidens.  Aussi  que  l’escarre  ou 
crouste  garde  la  suppuration  , qu’on 

‘Ce  paragraphe,  ainsi  que  le  suivant, 
ne  datent  que  de  1575;  et  la  citation  du 
Traité  des  iointures  se  rapporte  au  petit 
Traité  publié  en  1573,  et  réuni  plus  tard  au 
livre  Des  playes  en  particulier.  Voyez  ci-de- 
vant la  note  de  la  page  lit.  Mais  au  sujet 
de  ce  paragraphe,  j’ai  deux  observations  à 
taire.  La  première , c’est  qu’au  lieu  de  ces 
mots  il  vsera  de  suppuratifs,  l’édition  de  1575 
porte  : on  n’vsera  de  suppuratifs,  ce  qui  serait 
tout  le  contraire.  Je  pense  toutefois  que  la 
version  de  1575  est  le  résultat  d’une  faute 
d’impression  ; toutes  les  autres  portent,  et  le 
sens  indique  : il  vsera. 

La  seconde  est  plus  sérieuse.  Dans  les  édi- 
tions de  1579  et  1579,  le  paragraphe  se  ter- 
mine ainsi  : 

Donc  ausdicles  ioitwlures  et  parties  nerveu- 
ses, on  vsera  de  térébenthine  de  Venise  en 
plus  grande  quantité  que  de  l’huile. 

La  rédaction  définitive  ne  date  donc  que 
de  1585. 

a En  son  Traité  des  harquebusades.  — A.  P. 
— Ceci  se  lisait  dans  le  texte  et  devait  évi- 
demment être  mis  en  note.  La  première  édi- 
tion du  Traité  de  Joubei  t avait  été  publiée 
en  1570. 


doit  faire  promptement1  pour  séparer 
la  chair  meurdrie  d’auec  la  saine,  de 
peur  que  tout  ne  se  pourrisse  : comme 
il  se  fait  aisément , quand  l’humeur 
superflu  croupit  longuement  en  vn 
lieu  , n’ayant  issue  libre , et  mesmes 
pour  ses  vapeurs  qui  ne  se  peuuent 
exhaler  à cause  qu’elles  sont  encloses 
et  couuer les  de  l’escarre , se  multi- 
pliant tousiours  où  elles  sont  encloses, 
requérant  vn  plus  grand  lieu  qu’il 
ne  leur  est  permis,  passant  et  entrant 
des  petits  vaisseaux  aux  plus  grands, 
et  de  là  aux  parties  nobles , dont  s’en- 
suit le  plus  souuent  la  mort.  Toutes- 
fois  s’il  y a soupçon  de  pourriture , 
lors  il  faudra  passer  des  suppuratifs 
aux  remedes  contrariants  à la  putré- 
faction , délaissant  la  propre  cure 
pour  suruenir  aux  accidens. 

Parquoy  au  premier  appareil , dans 
les  playes,  en  cas  de  putréfaction, 
sera  appliqué  tel  onguent  qui  s’en- 
suit. 

Description  de  l'Egyptiac  propre  ausdites 
playes. 

7f.  Puluer.  aluminis  rochæ,  viridis  æris,  vi- 
triolis  Romani,  mellis  rosati  ana  g . ij. 

Aceti  boni  quantum  sufiieit. 

Bullianl  omnia  simul  secundum  tartem , et 
fiat  mcdicamentum  ad  formant  mellis. 

Les  vertus  de  cest  onguent  sont  que 
par  la  chaleur  et  tenuité  il  incise  et 
atténué  les  humeurs , reuoque  la 
chaleur  naturelle,  laquelle  a esté  re- 
poussée par  la  vehemente  impulsion 
du  coup  et  violente  agitation  de  l’air 
conduit  parla  balle.  D’auantage,  il 
corrige  la  putréfaction  de  l’humeur 
virülente,  qui  promptement  abreuue 
la  chair  conterée  et  meurtrie , si  fort 
qu’il  fait  escarre.  Cest  onguent  toutes 

1 Traduisez  : empêche  la  suppuration  qu'en 
doit  favoriser,  etc. 


1 55 


DES  PLAY ES 

et  quanles-fois  qu’il  en  sera  besoin,  se 
pourra  appliquer  auec  lentes  ou  sé- 
tons, estant  dissoult  auec  vin  ou  eau 
de  vie  : lesquelles  seront  assez  grosses 
et  longues  pour  le  premier  appareil, 
à fin  d’eslargir  et  dilater  la  playe,  pour 
mieux  y ietter  les  medicamens  : puis 
apres  ne  seront  appliquées  si  longues 
et  grosses.  Aussi  pour  mieux  couler 
au  profond  des  playes  , se  pourra 
ietter  auec  vne  syringue.  Qui  plus  est, 
sa  vertu  et  force  sera  diminuée  selon 
la  température  des  corps , et  sensibi- 
lité des  parties  blessées  : comme  si  la 
playe  est  és  lieux  nerueux,  sera  meslé 
auec  huiles  de  terebenthine  et  d’hy- 
pericon,  en  telle  quantité  que  le 
Chirurgien  expert  connoistra  estre 
necessaire  : duquel  egyptiac  on  se 
pourra  et  deura-on  passer,  n’en  vsant 
aucunement  lors  que  n’aurons  à 
combattre  le  temps  pestilent  et 
pernicieux  pour  lesdites  blesseures , 
tel  qu’on  aveu  les  années  passées l. 

Apres  l’vsage  de  l’egyptiac,  on  fera 
tomber  et  séparer  l’escarre,  auec 
choses  remollitiues  et  lenitiues , com- 
me est  l’huile  qui  s’ensuit,  la  faisant 
chauffer  vu  peu  plus  chaude  que 
tiede. 

Oleum  catellorum. 
if.  Olei  violati  fi>.  iiij. 

In  quibus  coquantur  catelli  duo  nuper  nati, 
vsque  ad  dissolutionem  ossium , ad- 
dendo • 

Vermium  terrestrium  præparatorum  vt 
decet  tt.  j. 

Coquantur  simul  lento  igné,  deinde  fiat  ex- 
pressio , quæ  seruetur  in  vsum  præ- 
dictum,  addendo: 

Tereb.  Venetæ  §.  iij. 

Aquæ  vitæ  § . j 2. 

1 Ces  mots,  les  années  passées,  se  trouvent 
déjà  dans  l’édition  de  1564,  et  s’appliquent 
spécialement  à l’année  du  siège  de  Rouen. 
Voyez  la  note  3 de  la  page  152. 

2 Je  répète  que  cette  addition  de  térében- 


d’harqvebvses. 

Ladite  huile  est  de  grande  et  mer- 
ueilleuse  efficace,  tant  pourappaiser 
la  douleur,  que  pour  suppurer  la 
playe,  et  faire  tomber  l’escarre.  En 
defaut  d’icelle,  faut  appliquer  celle 
qui  s’ensuit , qui  est  plus  facile  à 
trouuer. 

if.  Olei  seminis  fini  et  liliorum  ana  § . iij. 

Vnguenti  basilici  §.j. 

Liquéfiant  simul , et  ex  eis  vulneri  indalur 
quant,  suff. 

I’ay  bien  connu  que  lesdites  huiles 
appliquées  au  commencement  de  la 
blesseure  médiocrement  chaudes , ap- 
paisent  la  douleur , lubrifient , relas- 
chent  et  humectent  les  parois  de  la 
playe , la  disposant  à suppuration , 
qui  est  la  vraye  maniéré  de  guérir 
telles  playes.  Ce  que  Galien  au  3.  de 
sa  Méthode  thérapeut  ique , recite  d’Hip- 
pocrates, disant, si  la  chair  est  contuse, 
meurdrie,  ou  battue  de  quelque  dard, 
ou  en  autre  manière,  qu’il  la  faut 
medicamenter  en  telle  sorte  qu’elle 
suppure  le  plustost  que  faire  se  pourra. 
Car  cemoyen  elle  sera  moins  molestée 
de  phlegmon  : aussi  est  necessaire  que 
la  chair  contuse  et  battue  soit  putré- 
fiée, liquéfiée,  et  conuertie  en  pus,  puis 
apres  nouuelle  chair  engendrée  *. 

Monsieur  Ioubert  approuue  fort  tel 
remede,  lequel  toutesfoisn’ay  encores 
expérimenté,  qui  est  tel 2 : 

thine  et  d’eau-de-vie  ne  remonte  qu’à  1575. 

1 Poinct  souuerain  et  principal  en  la  cure 
des  playes  des  harquebases. — A.  P. 

2 Tout  ce  qui  suit  jusqu’à  la  fin  du  cha- 
pitre n’a  pas  subi  de  moindres  changements 
que  le  commencement 

Dans  l’édition  de  1545,  les  cinq  paragra- 
phes qu’on  va  lire  manquent , et  l’auteur 
arrivant  immédiatement  au  pansement  ex- 
térieur de  la  plaie  commence  en  ces  termes: 
Et  aux  parties  de  dessus  la  playe  et  circon- 
uoisines  failli  appliquer  remedes  refrigerantz  et 


1 56 


LF.  2TEVFJÉ 

Prenez  poudre  de  Mercure  deux  fois  calci  • 
née  g.  j. 

Gresse  de  porc  recente  ou  beurre  frais 
5-  xiij. 

Camphre  dissoult  en  eau  de  vie  3.  ij. 
Meslez  le  tout,  adioustant  un  peu  d’huile  de 
lis  ou  de  vin. 

L’experience  monslre  que  ce  re- 
mede  est  excellent,  et  la  raison  le 
confirme  aussi.  Car  la  poudre  de 
Mercure  accompagnée  de  matière 
crasse  et  humectante,  fait  que  la  chair 
meurtrie  suppure  facilement,  et  en 
peu  de  temps , sans  qu’il  y aduienne 
fort  grande  douleur.  Et  quant  au 
camphre , qu’il  soit  chaud  ou  froid , il 
y sert  grandement , pour  l’excellente 
tenuité  de  ses  parties,  à raison  de 
laquelle  tout  médicament  de  quelque 
qualité  qu’il  soit,  pénétré  mieux  et 
pousse  plus  auant  sa  vertu  : d’auan- 
tage  ledit  camphre  résisté  à toute  pu- 
trefactiou. 

roboralifz  pour  repercuter  et  cmpescher  la 
fluxion  des  humeurs,  etc. 

C’est  à peu  près  le  texte  du  dernier  para- 
graphe de  la  page  156,  mais  avec  cette  no- 
table différence  que,  au  lieu  des  parties  de 
dessus  la  plage,  l’auteur  a remis  : aux  parties 
tflii  sont  audessus  de  la  contusion  et  esloignées 
de  la  playe.  Ainsi  en  1545  il  appliquait  les 
réfrigérons  et  corroborons  sur  la  plaie  même, 
et  plus  tard  il  les  proscrivit  et  les  remplaça 
par  les  remolliens  et  suppuratifs. 

C’est  le  livre  de  Joubert  qui  a dicté  à Paré 
ces  nouvelles  modifications;  et  comme  le 
livre  de  Joubert  n’a  paru  qu’en  1570,  on 
pouvait  aisément  prévoir  la  date  de  la  ré- 
diction nouvelle  En  effet,  l’édition  de  1552 
copie  la  première  littéralement  ; celle  de 
1564  n’y  change  que  quelques  mois  et  con- 
serve exactement  le  sens.  Ce  n’est  donc  qu’à 
partir  de  l’édition  complète  de  1575  que  le 
texte  a reçu  les  corrections  et  les  additions 
qu’on  y lit  encore  aujourd'hui,  et  qui  chan- 
gent si  notablement  la  doctrine  primitive, 
il  n’y  a que  la  formule  Olei  tereb.  , etc- , 
qui  manque  encore  en  1585  et  qui  n’a  été 
ajoutée  que  dans  l’édition  posthnmedel598. 


!ME  LIVRE  , 

Aucuns  instillent  en  la  playe  eau  de 
vie , en  laquelle  on  a instillé  vitriol 
calciné.  Tel  remede  n’est  suppuratif, 
mais  résisté  à la  pourriture , duquel 
on  en  peut  vser  en  temps  chaud  et 
humide. 

Autre. 

If.  Olei  tereb.  § . iij. 

Aquævitæ  g.  fi. 

Misce. 

Or  si  le  coup  est  donné  de  fort  près, 
véritablement  la  playe  sera  bruslée 
par  la  poudre  enflammée,  et  lors  on 
appliquera  remedes  propres  à la 
combustion,  sans  toutesfois  délaisser 
la  contusion. 

Et  quant  aux  parties  de  dessus  la 
playe,  sinon  au  premier  appareil , l’on 
n’appliquera  medicamens  refrige- 
ratifs  et  astringens,  ains  remolliens 
et  suppuratifs  : pour  ce  qu’ils  refroi- 
dissent et  affoiblissent  la  partie , et 
empesclient  la  suppuration  : aussi 
constipent  le  cuir , qui  est  cause  de 
ne  donner  transpiration  aux  vapeurs 
fuligineuses',  dont  s'ensuit  gangrené 
et  mortification , par  l’indeuë  appli- 
cation de  tels  remedes.  Et  où  la  con- 
tusion seroit  grande , on  pourra  faire 
des  scarifications  pour  descharger  la 
partie  du  sang  meurtri,  qui  est  suiet 
à se  pourrir. 

Mais  aux  parties  circonuoisines , 
qui  sont  au-dessus  de  la  contusion  , 
et  esloignées  de  la  playe , faut  appli- 
quer remedes  refroidissans  et  corro- 
borans  , pour  repousser  et  empescher 
la  fluxion  des  humeurs , comme  est 
cestuy-cy. 

%.  Pnl.  boli  armeni , sanguinis  draconis, 
pal;  myrrh.  ana  3 . j. 

Succi  solani,  semperuiui , portulacæana 
5-j- 

Album,  iiij.  ouor. 

Oxyrrh.  quant,  sufficit . 

Fiat  linirn.  vt  decoi. 


1)ES  PLAYES  D HARQVEBVSES.  1 O? 


Ou  autres  semblables , desquels  il 
couuient  vser  iusques  à ce  que  l’on 
soit  asseuré  des  accidens. 

Pareillement  il  ne  faut  faillir  à bien 
bander  le  membre,  le  situant  en 
figure  propre  et  sans  douleur , s’il  est 
possible  Au  commencement  il  ne 
fautpenser  le  malade  iusques  à ce  que 
laplaye  commence  à suppurer,  que  de 
vingt  quatre  heures  en  vingt  quatre 
heures. Et  quand  la  suppuration  com- 
mence, et  par  conséquent  la  douleur, 
heure,  inquiétude  s’augmentent  , il 
faut  penser  le  blessé  de  douze  heures 
en  douze  heures.  Et  alors  qu’il  y a plus 
grande  quantité  de  matière  qui  mo- 
leste le  malade , on  le  pensera  de  huit 
heures  en  huit  heures.  Et  quand  le 
pus  commence  à se  diminuer  natu- 
rellement , il  suffit  de  douze  heures 
en  douze  heures.  Finalement  quand 
l’vlcere  se  remplit  de  chair,  et  par- 
tant ne  rend  gueres  de  matière  , c’est 
assez  le  penser  vne  fois  le  iour , ainsi 
que  du  commencement. 


CHAPITRE  VI. 

COMMENT1  IL  FAVT  TRAITER  LESDITES 
PLAYES  APRES  LE  PREMIER  APPAREIL. 

Au  second  appareil  et  autres 
suiuans , s’il  n’y  auoit  soupçon  de 
pourriture  et  gangrené 2 , faut  seule- 
lement  vser  d’vne  desdites  huiles  , y 
adioustant  des  moyeux  d’œufs  auec 
vn  peu  de  saffran  : ce  que  l’on  con- 

1 Le  chapitre  finit  ici  dans  les  éditions  de 
1564  et  1575  , et  ce  qui  suit  ne  date  que 
de  1 579. 

2 Ces  mots:  ts'il  n’y  auoil  soupçon  de  pour- 
rîtMe  ei  de  gangrené , manquent  dans  toutes 
les  éditions  antérieures  à celle  de  1575. 


tinuera  iusques  à ce  que  l’exeremenl 
de  la  playe  soit  digéré  et  tourné  à 
suppuration. 

En  quoy  chacun  doit  bien  noter , 
qne  le  pus  est  plus  long-temps  à s’y 
faire  qu’és  autres  playes  faites  par 
autres  instrumens,  pour  ce  que  la 
balle  et  l’air  qu’elle  pousse  deuant 
soy,  dissipe  (à  cause  de  sa  grande 
contusion)  la  chaleur  naturelle  et 
les  esprits  de  la  partie  : qui  est  cause 
que  la  coction  n’est  pas  si  lost  ne  si 
bien  faite,  au  defaut  de  la  chaleur  na- 
turelle, dont  suruient  vne  tres-grande 
puanteur  en  la  sanie,  et  autres  acci- 
dens fort  dangereux.  Toutesfois  ('lie 
se  fait  le  plus  souuent  en  trois  ou 
quatre  iours,  quelquesfois  aussi plus- 
tost  ou  plus  tard,  selon  le  tempéra- 
ment du  corps  et  de  la  partie , et  l'air 
ambiens  chaud  ou  froid  K 

Ces  choses  faites,  il  sera  besoin  de 
commencer  à mondiüer  peu  à peu  la 
playe , en  adioustant  au  médicament 
susdit  de  la  terebenthine  lauée  en 
eau  de  roses  ou  d'orge,  ou  semblables, 
pour  luy  diminuer  sa  chaleur  et 
mordacilé.  Si  la  disposition  du  temps 
esloit  fort  froide,  on  y pourroil  ad- 
iouster  de  l’eau  de  vie  : suiuant  le 
conseil  de  Galien , qui  enseigne  qu’en 
Hyuer  il  faut  appliquer  medicamens 
plus  chauds , et  en  Esté  moins  2. 

En  apres  nous  faut  vser  de  ce  mon- 
diheatif. 


1 Ce  paragraphe  manque  dans  les  éditions 
de  1545  et  1552.  La  première  phrase  a été 
ajoutée  dans  l'édition  de  1504;  la  seconde 
seulement  dans  celle  de  1575. 

2 Gai.  au  3.  de  la  Meüwde,  ch.  8.  — A.  I'. 
— Il  ne  faut  prendre  d’ailleurs  la  citation  de 
Galien  que  pour  les  médicaments  chauds  en 
général , et  non  pour  l’eau-de-vie  que  Ga- 
lien ne  connaissait  pas. 


1 58  IE  NEVFIÉME  LIVRE 


ïf.  Aquæ  decoctio.  hord.  quantum  sufficit. 
Succi  plantaginis,  apij,  agrimoniæ,  cen- 
taurij  minoris  ana  5 . j. 

Bulliant  omnia  simul  : in  line  decoctionis 
adde: 

Terebenthinæ  Venetæ  § . iij. 

Mellis  rosati  § . ij. 

Farinæ  hordei  3.  iij. 

Croci  9 . 

Misceantur  simul  omnia  bene  agilando , 
fiat  mundificat.  mediocris  consistentiæ  *. 
Autre. 

il.  Suce,  clymeni , plantaginis , ahsyntbij , 
apij  ana  § - ij. 

Terebent.  Venetæ  § . iiij. 

Syrupi  absinth.  et  mellis  rosa.  ana  5 . ij. 
Bull,  omnia  seeundum  artem  : postea  colen- 
tuv,  et  in  colatura  adde.- 
Pul.  aloës,  mastich.  ireos  Flor.  far.  hord. 
ana  3.  j. 

Fiatmundif.  ad  vsum  dictum2. 

Ou  cesluy-cy. 

if.  Tereb.  Vene.  lotæ  in  aq.  ros.  5 • v- 
Ol.  ros.  5 • j- 
Mell.  rosa.  § . iij. 

Myrrh.  aloës,  mastic,  aristolo.  rotundæ 
ana  3.  j.  fi. 

Far.  hor.  3.  iij. 

Misce.üat  mundificatiuum. 

Lequel  sera  appliqué  dedans  la 
playe  auec  tentes  ou  sétons 3 ne  trop 
longs  ne  trop  gros,  pour  ce  qu’ils 
pourroient  empescher  l’euacuation 
de  la  sanie  et  des  vapeurs  esleuées 
des  playes  : esquelles  si  lesdites  va- 
peurs sont  retenues , c’est  chose  cer- 
taine qu’elles  s’eschauffent  et  acquiè- 
rent vne  acrimonie,  qui  puis  apres 
erode  les  parois  et  costés  de  la  playe, 

1 Les  éditions  de  1545  et  1552  ajoutent  à 
cette  formule  Vermium  terrestrium  § . iiij. 
— Cet  ingrédient  a été  retranché  dès  1564. 

> Cette  formule  a été  ajoutée  à l’édition 
de  1575. 

s Ce  paragraphe  s’arrête  ici  dans  les  édi- 
tions de  1545  et  1552.  Tout  ce  qui  suit  jus- 
qu’à ces  mots,  Et  si  la  playe  est  sinueuse  et 
profonde,  a été  ajouté  en  1564. 


dont  s’ensuit  douleur , fluxion , in- 
flammation , flux  de  sang , aposteme 
et  pourriture,  qui  sont  communiqués 
aux  parties  nobles , et  causent  puis 
apres  plusieurs  pernicieux  accidens. 
Pour  ce  il  ne  faut  que  le  Chirurgien 
doute  aucunement1  quelesditesplayes 
se  puissent  glutiner  et  clorre,  parce 
que  la  chair  si  grandement  contuse 
et  lacerée  ne  se  peut  consolider  que 
premièrement  la  contusion  et  meur- 
drisseure  ne  soit  suppurée  et  mondi- 
fiée  : à cause  dequoy  ie  luy  conseille 
de  n’vser  de  sétons  et  tentes , si  elles 
ne  sont  gresles  et  menues,  à fin 
qu’elles  n’empeschent  l’issue  des  ma- 
tières, et  que  le  patient  les  souffre 
aisément , à fin  d’euiter  les  accidens 
prédits.  L’vsage  des  tentes  et  sétons 
est  pour  porter  les  remedes  iusques 
au  profond  des  playes , et  les  tenir 
ouuertes , principalement  en  l’orifice, 
iusques  à ce  que  les  choses  estranges 
soyent  mises  hors. 

Et  si  la  playe  est  sinueuse  et  pro- 
fonde , en  sorte  que  les  medicamens 
ne  puissent  attaindre  toutesles  parties 
offensées,  lors  il  faudra  faire  iniection 
auec  la  décoction  qui  s’ensuit. 

If.  Aquæ  hordei  1b.  iiij. 

Folior.  agrimoniæ , centaurij  minoris, 
pimpinellæ  , absintbij  , plantag.  ana 

m.  fi . 

Badie,  aristol.  rotondæ  § . G . 

Fiat  decoc.  ad  1b.  j.  in  colatura  expressa 
dissolue  : 

Aloës  hepatieæ  3.  iij. 

Mellis  rosati  § . ij. 

Bulliant  modicum. 

Puis  soit  faite  iniection  dedans  la 
playe  trois  ou  quatre  fois  à chacune 
heure  que  le  patient  sera  pensé1. 

1 Traduisez  : s’imagine  en  aucune  maniéré. 

2 L’édition  de  1552  donnait  ici  la  figure 
de  la  seringue  que  nous  avons  reproduite  à 
la  page  101  de  ce  volume. 


DES  PLAYES  D HACQVEBVSES. 


Et  si  ce  remette  n’est  suffisant  pour 
nettoyer  la  sanie , et  consommer  la 
chair  spongieuse , morte  ou  pourrie , 
il  faut  adiouster  en  la  décoction  de 
l’egyptiac  liquéfié,  en  telle  quantité 
que  la  nécessité  commandera  : comme 
pour  vne  liure  de  ladite  décoction , 
enuiron  vne  once  dudit  egyptiac,  plus 
ou  moins  : lequel  est  de  très  grande 
efficace  pour  corriger  la  chair  spon- 
gieuse et  mauuaise  au  profond  des- 
diles  playes  : ce  que  fait  aussi  ledit 
egyptiac  appliqué  seul  sur  la  crois- 
sance de  la  chair  mauvaise.  I’ay  sem- 
blablement expérimenté  la  poudre 
de  mercure  et  alum  bruslé,  meslés 
en  égalé  portion,  auoir  en  tel  cas 
vertu  toute  pareille  1 à celle  du  su- 
blimé ou  de  l’arsenic  (combien  qu’elle 
ne  soit  tant  douloureuse  ) et  qu’elle 
fait  très  grande  escarre , dont  sou- 
uentes  fois  me  suis  esmerueillé. 

Quelques  praticiens  laissent  le  plus 
souuent  grande  quantité  de  décoction 
au  profond  des  playes  sinueuses , ce 
que  ie  n’approuue.  Car  outre  ce 
qu’elle  acquiert  pourriture , et  se 
corrompt 2,  elle  tient  les  parties  ten- 
dues (qui  leur  est  chose  estrange)  et 
les  humecte , qui  fait  que  Nature  ne 
peut  faire  son  deuoir  à regenerer  la 
chair  : considéré  que  pour  la  curation 
de  tout  vlcere,  en  tant  qu’il  est  vlcere, 
comme  dit  Hippocrates,  le  but  doit 
tendre  à desseicher , et  non  à humec- 
ter. Plusieurs  errent  aussi  en  l’vsage 
trop  frequent  est  assidu  de  sétons,  en 
ce  que  ne  s’accommodans  à la  raison, 

1 L’édition  de  1545  porte,  Vertu  et  action 
bien  peu  moindre  ; celle  de  1552,  Vertu  bien 
peu  moindre  ; et  enfin  celle  de  1564,  Vertu 
toute  pareille , comme  on  lit  ici. 

2 Ces  mots  , Outre  ce  qu’elle  acquière  pour- 
riture et  se  corrompt , se  lisent  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  posthume  de  1598. 


tÔg 

les  renouuellenl  tousiours , et  les  font 
frayer  aux  parois  des  playes,  par 
lequel  frayement  causent  douleur 
ausdites  playes , et  leur  renouuellenl 
autres  mauuais  accidens.  Pourtant 
i’approuue  d’auantage  les  tentes  can- 
nulées,  faites  d’or,  d’argent  ou  de 
plomb,  comme  celles  qui  sont  des- 
critesaux  playes  du  Thorax  : i’entens 
où  elles  auront  lieu , et  où  y auroit 
grande  quantité  de  sanie1.  Aussi  faut- 
il  appliquer  des  compresses  à l’endroit 
du  fonds  du  sinus , à fin  de  comprimer 
les  parties  esloignées  de  l’orifice,  et 
chasser  la  sanie  : mesme  est  bien 
conuenable,  que  la  compresse  soit 
pertuisée  à l’endroit  de  l’orifice  de 
l’vlcere  sinueux,  et  sus  les  tentes  can- 
nulées,  et  qu’il  y soit  mis  vneesponge, 
pour  receuoir  la  sanie  : pour  ce  que 
par  tel  moyen  l’expulsion , euacua- 
tion,  et  absumption  d’icelle  se  fera 
beaucoup  mieux,  en  commençant  la 
ligature  au  fond  du  sinus,  et  la  com- 
primant médiocrement,  à fin  que  la 
matière  ne  soit  retenue  au  dedans. 
Les  bandes  et  compresses  propres  à 
ceste  operation  seront  mouillées  en 
oxycrat,  en  vin  austere,  ou  en  quelque 
autre  liqueur  astringente,  pour  robo- 
rer  la  partie  et  empescher  la  lluxion  : 

1 L’édition  de  1545  dit  -.Parquoy  j’appreutte 
plus  tes  tentes  où  elles  auront  lieu  : et  ou  y au- 
roit r/rande  quantité  de  sanie , les  fauldroil 
cannuler  et  mettre  compresses  au  fond  du  si- 
nus , etc. 

Les  éditions  de  1552  et  1564  donnent  le  mê- 
me sens,  mais  avec  cette  modification  qu’elles 
recommandent  des  cannules  d’or,  d’argent 
ou  de  plomb,  et  donnent  les  figures  des  can- 
nnles  que  nous  avons  vues  au  chapitre  Des 
playes  de  poitrine,  page  102.  Ces  cannules 
avaient  donc  été  faites  pour  les  plaies  d’ar- 
mes à feu  seulement  ; ce  qui  explique  com- 
ment leur  figure  est  défectueuse  pour  les 
plaies  de  poitrine. 


Iho  LE  JNEVFIEME  LIVRE 


mais  il  se  faut  garder  de  n’astreindre 
par  trop  la  partie,  pour  ce  que  par 
icelle  astriction  se  causerait  vne  dou- 
leur , au  moyen  de  l'exhalation  des 
excremens  fuligineux  qui  seroit  em- 
peschée  : pareillement  se  pourroit 
faire  atrophie  au  membre,  par  trop 
long -temps  continuer  lesdites  ban- 
des l. 


CHAPITRE  Y II. 

DES  MOYENS  DE  TIRER  LES  CHOSES  ES- 
TRANGES QV1  SEROIENT  DEMEVRIÎES  A 
EXTRAIRE. 

Et  là  où  il  y auroit  quelques  es- 
quilles d’os , qui  du  commencement 
n’auroient  esté  tirées  par  les  prédits 
instruments,  lors  il  faudroit  appliquer 
ce  remede , ayant  grande  puissance 
de  les  attirer,  et  autres  choses  es- 
tranges. 

y..  Radicis  ireos  Florenliæ  , panacis  et  cap- 
parurn  ana  5.  ij. 

Aristol.  rotundæ,  mannæ,  tliuris  ana3.j. 

Puluerisentur  subliliter , et  incorporentur 
simul  cum  mellis  rosati  et  terebenthi- 
næ  Venetæ  ana  g . ij. 

Autre  remede  pour  osier  lesdites  esquilles  et 
corruption  des  os. 
tf.  Resinæ  pini  siccæ  g . iij. 

Puniic.combusli  et  extincti  in  vino  albo, 
rad.  ireos,  aristolochiæ  ana  3.  ft. 
Thuris  3.  j. 

Squammæ  æris  3.  ij. 

Puluerisentur  omnia  diligenter,  incorpo- 
rentur cum  nielle  rosato.  Fiat  mundifica- 
tiuum. 

Outre  ces  remedes,  qui  ont  eu  eux 
et  de  leur  nature  telle  puissance 

i Ces  derniers  mots , par  trop  long  temps 
continuer  lesdites  bundes,  ne  se  lisent  pour  la 
première  fois  que  dans  l’édition  de  1585. 


d’attirer  les  choses  estranges,  il  en  ÿ 
a d’autres  qui  l’ont  acquise  par  pu- 
tréfaction , comme  est  toute  fiente 
d’animaux,  et  le  leuain,  ainsi  qu  escrit 
Galien1.  , 


CHAPITRE  VIII. 

DES  INDICATIONS  OV’lL  FAVT  OBSERVER 
AVSDITES  PLAYES. 

La  mondification  et  extraction  des- 
diles  choses  estranges  faites, faut  aider 
Nature  à regenerer  la  chair,  et  cica- 
triser, tant  par  choses  prises  par  de- 
dans, que  par  medicamens  à ce  con- 
uenables,  et  procéder  par  certaines 
indications  qui  sont  prises,  première- 
ment de  l’essence  de  la  maladie,  et  de 
la  cause  d’icelle,  si  elle  est  présente  : 
jaçoit  que  de  la  cause primitiue  (selon 
Galien  au  troisième  de  la  Méthode  ) 
ne  se  doit  prendre  indication  non 
plus  que  du  temps  : ce  qu’il  entend 

> Ce  paragraphe  manque  dans  les  éditions 
de  1645,  1552  et  1564.  Mais  les  deux  premiè- 
res mettent  à la  place  le  curieux  article 
qu’on  va  lire,  et  qui  a été  retranché  à partir 
de  la  troisième. 

« Et  s'il  y a quelque  fer  demeuré  en  la  ployé, 
soit  appliquée  pouldre  de  magnes  subtilement 
puluerizée,  et  soit  adiouslée  aux  lentes  auec  les 
dessusdielz  detersifz  : car  telle  pouldre  agrande 
vertu  et  propriété  d’attirer  le  fer  ainsi  qu’il 
est  cog neu  pur  expérience.  Mais  il  faut  euiter 
l’erreur  de  plusieurs  qui  s’abusent  en  appli- 
quant imleuemcnl  ladicle  pouldre  iusques  con- 
tre le  fer,  ce  qu’il  ne  faull  faire  : car  ou  elle 
touche  ledicl  fer,  nécessairement  retient  iceluy, 
lequel  elle  attirerait  de  loin  par  sa  faculté  oc- 
culte: parquoy  fiiultqu’ily  ail  certaine  distance 
de  la  pouldre  audict  fer.  Aussi  par  aulcuns 
iours  suiuanls  faull  diminuer  la  lente  , selon 
qu’on  verra  que  le  fer  s’approchera  delà  super- 
ficie de  la  playe.  » 


DES  PLAYES  d’hAUQVEEVSES. 


(le  la  cause  absente,  et  du  temps  pré- 
térit. 

Pareillement  faut  prendre  indica- 
tion des  temps  vniuersels  de  la  ma- 
ladie curable,  c’est  à sçauoir  du  com- 
mencement, accroissement , estât  et 
déclination  : selon  lesquels  faut  di- 
uersifier  les  remedes. 

Autre  indication  est  prise  de  la  tem- 
pérature du  patient , laquelle  aussi 
change  la  curation  : comme  tout  Chi- 
rurgien rationnel  et  méthodique  en- 
tend bien  qu’il  faut  d’autres  remedes 
à vn  cholérique  qu’à  vn  phlegma- 
tique , et  ainsi  des  autres  tempéra- 
tures , tant  simples  que  composées  : 
sous  laquelle  indication  de  tempéra- 
ment sera  comprise  celle  de  l’aage , 
qui  ne  reçoit  indifféremment  tous  re- 
medes, mais  en  veut  d’autres  poul- 
ies ieunes  personnes,  et  d’autres  poul- 
ies vieilles. 

D’auantage , se  doit  prendre  indi- 
cation de  la  coustume  de  viure  du 
patient  : comme  s’il  auoit  accoustumé 
de  manger  et  boire  beaucoup,  et  à 
toutes  heures,  lors  ne  luy  faudra  or- 
donner diete  si  exquise  , qu’à  celuy 
qui  est  accoustumé  de  peu  manger  et 
boire,  et  à certaines  heures.  Pour-ce 
les  dietes  de  panades  ne  sont  si  pro- 
pres aux  François  qu’aux  Italiens  : 
pour-ce  qu’il  faut  relascher  et  remet- 
tre quelque  chose  à la  coustume,  qui 
est  vne  autre  nature.  Sous  ceste  ma- 
niéré accoustumée  de  viure , se  peu- 
uent  entendre  la  condition  de  vie,  et 
l’exercice  du  patient,  selon  l’estât  du- 
quel faut  vser  de  remedes  plus  forts 
à l’endroit  des  rustiques , des  gens  de 
trauail,  et  qui  ont  la  chair  dure,  qu’il 
ne  faut  à l’endroit  des  délicats  qui 
peu  trauaillent  et  font  peu  d’exercice. 
Quelques-vns  toutesfois  1 ont  mieux 

* Quelques-vns  toutes  fois,  etc.  — Ces  quel- 
II. 


161 

aimé  comprendre  celle  indication 
sous  le  tempérament  : de  ma  part , ie 
n’en  disputeray,  en  laissant  la  réso- 
lution plus  entière  aux  Docteurs. 

L’indication  prise  de  la  vertu  du 
patient , sur  toutes  autres  est  à res- 
pecter : pour-ce  qu’icelle  defaillant , 
ou  estant  fort  debile,  il  faut  nécessai- 
rement délaisser  toutes  autres  choses 
pour  luy  subuenir  : comme  quand  la 
nécessité  nous  force  de  couper  vn 
membre,  ou  faire  quelques  grandes  in- 
cisions,ou  autres  ehosessemblables.  Si 
le  patient  n’a  vertu  suffisante  de  to- 
lérer la  douleur,  il  est  necessaire  de 
différer  telles  operations  (s'il  est  pos- 
sible) tant  que  Nature  soit  restaurée, 
et  ait  recouuré  ses  vertus  par  bon» 
alimens  et  repos. 

Autre  indication  se  peut  prendre 
de  l’air  qui  nous  enuironne , sous  le- 
quel sont  compris  la  saison  de  l’année, 
la  région,  le  lieu  de  noslre  demeure , 
et  la  constitution  du  temps.  Car  selon 
la  chaleur,  froidure,  seicheresse  et 
humidité,  selon  aussi  la  continuation 
de  ces  qualités,  il  faut  adapter  les  re- 
medes. Pour-ce  c.isoit  Guidon  les 
playes  de  la  teste  eslre  plus  difficiles 
à guérir  à Paris  qu’en  Auignon  : et 
les  playes  des  iambes,  plusfaschcuses 
en  Auignon  qu’à  Paris  : pour  raison 
qu’à  Paris  l’air  est  plus  froid  et  hu- 
mide, qui  est  chose  contraire,  princi- 
palement aux  vlceres  de  la  leste.  Au 
contraire  en  Auignon  , la  chaleur  de 

ques-uns  ne  sont  autres  que  Paré  lui-même  ; 
il  avait  écrit  en  effet  dans  les  éditions  de 
1645  et  1552  : Soubs  icelle  indication  se  pour- 
voit entendre  la  condition  de  vie  et  exercice  du 

patient Mais  mieux  vaull  les  réduire  soubs 

l’indication  du  tempérament. 

Cette  rédaction  a été  changée  en  1661  , 
probablement  par  suite  de  quelque  discus- 
sion avec  les  docteurs. 

1 1 


i6a 


LE  iXEVFlÉME  LIVRE  , 


l’air  enuironnant  est  cause  de  liqué- 
fier et  sublilier  les  humeurs.  Ainsi 
plus  facilement  et  en  plus  grande 
abondance  les  humeurs  découlent 
aux  iambes,  dont  vient  que  la  guéri- 
son des  iambes  est  plus  difficile  en 
Auignon  qu’à  Paris.  Que  si  aucuns 
allèguent  l’experience  au  contraire , 
et  que  les  playes  de  la  teste  sont  plus 
souuent  letbales  ou  mortelles  es  ré- 
gions chaudes  : ie  luy  respondray, 
cela  ne  prouenir  à raison  de  l’air, 
d’autant  qu’il  est  plus  chaud  et  sec, 
mais  à raison  de  quelque  humidité 
superflue,  ou  mauuaise  vapeur  com- 
muniquée à l’air,  comme  ës  lieux  de 
Prouence  et  d’Italie , prochains  de  la 
mer  Mediterranée. 

L’indication  de  guérir,  se  peut  aussi 
prendre  de  la  température  des  parties 
blessées  : car  les  charneuses  deman- 
dent autre  remède  que  les  os,  ne  que 
les  parties  nerueuses,  et  ainsi  des  au- 
tres. Le  qu’en  pareil  cas  fait  la  sensi- 
bilité desditesparties, laquelle  change 
la  curation  : comme  ainsi  soit  qu’il  ne 
conuienne  appliquer  medicamens  si 
acres  et  Violens  aux  nerfs  et  tendons, 
qu’aux  ligamens  et  autres  parties  in- 
sensibles. 

La  dignité  et  action  des  parties  n’a 
moins  de  priuilege  au  fait  de  la  gué- 
rison : car  si  la  playe  est  au  cerueau, 
ou  en  aucunes  des  parties  vitales  et 
naturelles,  il  faut  selon  leurdignitéet 
action  changer  et  appliquer  les  reme- 
des  : veu  mesmes  que  pour  la  con- 
templation d’icelles,  estsouuentesfois 
fait  certain  pronostic  del’euenement. 
Pour-ce  que  les  playes  qui  penelrenl 
au  ventricule  du  cerueau,  au  cœur, 
aux  grands  vaisseaux,  au  thorax  , en 
la  partie  nerueuse  du  Diaphragme, 
aufoye,  au  ventricule,  aux  intestins 
gresles  et  à la  vessie  *,  si  elles  sont 

1 Aph.  18.  liu.6.  — A.  P. 


grandes , sont  nécessairement  mor- 
telles : aussi  celles  qui  sont  és  ioin- 
tures  ou  pi  es  d’icelles,  et  és  corps  ca- 
cochymes, sont  plus  souuent  mortel- 
les, ce  que  auons  dit  cy  deuant. 

Pareillement  il  ne  faut  oublier  les 
indications  prises  de  la  position  et 
colligance  de  la  partie  affectée , ne 
mesme  de  sa  figure,  comme  Galien  a 
assez  expliqué  au  7.  de  sa  Méthode  et 
au  second  à Glaucon. 


CHAPITRE  IX. 

COMME  CES  MALADIES  SONT  COMPL1- 
QVÉES  *. 

D’auantage,  en  prenant  lesdites  in- 
dications, faut  considérer  s’il  y a com- 
plication de  maladie  ou  non.  Car 
ainsi  que  la  maladie  simple  propose 
indication  simple,  aussi  la  complica- 
tion des  dispositions  contre  nature 
propose  indications  compliquées.  Or 
les  complications  se  font  en  trois  ma- 
niérés , c’est  à sçauoir  maladie  auec 
maladie , comme  playe  auec  apos- 
teme  ou  fracture  d’os  : maladie  auec 
cause,  comme  vlcere  auec  fluxion  : et 
maladie  auec  symptôme , comme 
playe  auec  douleur  ou  flux  de  sang  : 
ou  toutes  choses  contre  nature  en- 
semble , comme  maladie , cause  et 
symptôme. 

Or  pour  sçauoir  traiter  artificiel- 
lement toutes  ces  complications  , on 
doit  suiure  la  doctrine  de  Gai.  au  7. 
de  la  Méthode,  laquelle  nous  exhorte 
à considérer  és  affections  compli- 
quées, la  plus  vrgente,  la  cause,  et 
celle  sans  laquelle  la  maladie  ne  peut 

1 Ce  chapitre  est  confondu  avec  le  pré- 
cédent dans  l’édition  de  1564,  et  même  en- 
core dans  celle  de  1575. 


DES  PDA Y ES 

estre  oslée,  qui  sont  choses  de  grande 
importance  en  toute  curation.  Et  là 
où  l’empirique  a defaut  de  conseil, 
le  rationnel  est  dirigé  par  ces  trois 
petits  mots  dorés,  desquels  dépend 
l’ordre  et  méthode  de  procéder  en 
icelles  dispositions.  Les  symptômes, 
en  tant  qu’ils  sont  symptômes  , ne 
donnent  aucune  indication  , et  ne 
changent  l’ordre  decuration  : pour-ce 
qu’en  ostant  la  maladie  qui  est  cause 
du  symptôme , iceluy  est  osté  : car  il 
dépend  d'icelle,  comme  l’ombre  du 
corps  : combien  que  souuent  nous 
sommes  contraints  de  laisser  la  ma- 
ladie en  cure  irreguliere,  pour  subue- 
nir  aux  accideuS  de  la  maladie,  les- 
quels s’ils  sont  vrgens , tiennent  le 
lieu  de  la  cause , et  non  proprement 
des  symptômes. 

Pour  conclusion,  toutes  lesdites  in- 
dications ne  sont  que  pour  venir  à 
deux  fins  , c'est  à sçauoir,  rendre  la 
partie  en  sa  température  naturelle  , 
et  que  le  sang  ne  peche  ny  en  quan- 
tité ny  en  qualité.  Cela  fait,  comme 
dit  Galien  1 , rien  n’etnpeschera  que 
la  régénération  de  la  chair  et  vnion 
de  l’vlcere  ne  se  face. 

Mais  aucùnesfois  il  n’est  possible 
mettre  lesdites  indications  en  execu- 
tion , à cause  de  la  grandeur  de  la 
playe , ou  par  exces  et  inobeïssance 
du  patient , ou  à raison  de  quelques 
autres  dispositions  suruenues  par  l’i- 
gnorance du  Chirurgien,  ou  mau- 
uaise  et  indeuë  application  des  medi- 
camens  : pour-ce  qu’au  moyen  de  ces 
choses  , suruiennent  grandes  dou- 
leurs, fleures , apostemes  , gangrenés 
(vulgairement  et  abusiuement  dites 
Esliomenes)  mortifications,  et  sou- 
uentesfois  la  mort.  D’auantage  ceux 
qui  reçoiuent  coups  d’harquebuses , 

1 AU  3.  de  Sâ  Méthode.  — A.  P. 


D IIARQVEUVSES.  î63 

souvent  meurent,  ou  bien  demeurent 
estropiés  ou  mutilés  à iamais  *. 


CHAPITRE  X. 

COMMENT  LE  CHIRVP.GIEN  POVRRA  POVR- 

SVIVRE  LE  TRAITEMENT  DESD.TES 

I’LAYES. 

Au  commencement  donc  faut  bien 
auoir  esgard  à mitiger  la  douleur,  en 
repercutant  les  fluxions  , en  ordon- 
nant régime  sur  les  six  choses  natu 
relies  , et  leurs  annexes  , en  êuitant 
choses  calefactiues  et  acres , et  en  os- 
tant ou  diminuant  le  vin  f de  peur 
qu’il  n’eschauffe,  sublilie  et  face  Huer 
les  humeurs. 

Sa  maniéré  de  viure  au  commen- 
cement doit  estre  assez  tenue,  à fin 
défaire  reuulsion.  Car  quand  l’esto- 
mach  n’est  assez  plein  , il  attire  de 
tous  coslés  à soy,  au  moyen  dequoy 
les  parties  externes  s’en  ressentans , 
demeurent  vuides.  Voila  pourquoy 
on  doit  nourrir  moins  le  malade  aux 
premiers  iours  de  sa  blesseure.  Le  coït 
luy  est  fort  contraire , d’autant  qu’il 
enflamme  les  humeurs  et  esprits  plus 
que  tout  autre  mouuement,  dont  il 
rend  la  playe  fort  enflammée  et  sub- 
iette  à defluxion 2. 

Et  ne  sera  que  bon  au  commence- 
ment, s’il  y a flux  de  sang,  en  laisser 
médiocrement  couler,  à fin  de  des- 
charger le  corps  et  la  partie.  Et  où  il 
n’auroit  suffisamment  coulé , faudra 
le  iour  suiuant  vser  de  phlébotomie 
reuulsiue , et  en  tirer  selon  la  pléni- 
tude et  vertu  du  patient.  Il  ne  faut 

1 Cette  dernière  phrase  se  lit  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  de  1579. 

2 Ce  paragraphe  a été  ici  intercalé  à partir 
de  l’édition  de  1575;  il  manque  dans  les 
éditions  antérieures. 


164 


LÈ  NtvflEME  LtvRE  , 


aussi  craindre  faire  auersion  du  sang1 2 
vers  les  parties  nobles.  Car  (comme 
nous  auons  dit)  il  u’y  a aucune  qua- 
lité veneneuse  '.  Toutesfois  nous  no- 
terons , que  telles  playes  à l’instant 
ne  iettent  gueres  de  sang,  à raison 
que  la  grande  contusion  faite  par  la 
balle,  et  la  vehemence  de  l’air  agité, 
sont  cause  de  repousser  les  esprits  au- 
dedans,  et  aux  parties  voisines  de  la 
playe  , comme  auons  dit  cy  deuant  : 
ce  qui  est  ordinairement  connu  en 
ceux  à qui  vn  gros  boulet  aura  em- 
porté vn  membre.  Car  à l’heure  de 
leur  blesseure  ne  sort  que  bien  peu 
de  sang  de  la  playe,  ueantmoins  qu’il 
y ait  de  grandes  veines  et  arteres  rom- 
pues et  dilacerées.Mais  quelque  temps 
apres,  comme  au  quatrième,  cin- 
quième et  sixième  iour,  et  quelques- 
fois  plus  tard  , le  sang  coulera  en 
grande  abondance,  à cause  que  la 
chaleur  naturelle  et  les  esprits  y re- 
tournent. 

Quant  aux  médecines  purgatiues, 
ie  les  laisse  à messieurs  les  Docteurs  : 
toutesfois  en  l’absence  d'iceux,  il  est 
necessaire  de  lascher  et  mouuoir  le 
ventre  du  patient  pour  le  moins  vue 
fois  le  iour,  soit  par  art  ou  par  na- 
ture 3 : ce  qui  se  fera  plustost  par  clys- 

1 Les  éditions  de  1552  et  1504  portent  en 
marge  : 

La  phlébotomie  veuulsiue  est  necessaire  uu 
commencement  (les  plaies  faites  par  ItaccpiebU- 
tes,  contre  l’opinion  de  plusieurs. 

Cette  opinion,  comme  on  sait,  était  celle 
d’Alfonse  Ferri  ; mais  l’ouvrage  d’Alfonse 
Ferri  n’ayant  paru  qu’en  1553,  ce  n est  pas 
à lui  que  Paré  pouvait  l'aire  allusion  en  1552. 
11  est  probable  que  cette  crainte  des  saignées 
était  commune  a beaucoup  des  partisans 
de  la  vénénosité  de  ces  plaies. 

La  fin  de  ce  paragraphe,  à partir  de  ces 
mots,  Toutesfois  nous  noterons,  etc.,  ne  date 
que  de  1504. 

2 La  lin  de  ce  paragraphe  manque  encoie 


teres  que  purgations,  principalement 
és  premiers  iours,  parce  que  l’agita- 
tion des  humeurs  en  tel  cas  est  sus- 
pecte, pour  la  crainte  qu’il  ne  se  face 
plus  grande  fluxion  à la  partie  bles- 
sée. Toutesfois  Galien,  liurequatriéme 
de  la  Méthode,  chapitre  sixième,  par- 
lant des  indications  de  la  saignée  et 
purgation  dit,  que  pour  la  grandeur 
du  mal  est  necessaire  la  saignée  et 
purgation  , combien  que  le  malade 
soit  sans  replelion  ou  cacochymie. 

La  douleur  se  doit  appaiser  selon 
l’intention  et  remission  d’icelle  : et 
pour  y remedier,  si  d’auenlure  y a 
inflammation  , on  appliquera  pour 
médicament  local , vnguentum  nutri- 
lutn , composé  auec  le  ius  de  plantain , 
ioubarbe , morelle  et  leurs  sembla- 
bles. L’onguent  diachalcileos  descrit 
par  Galien  eu  son  premier  liure  de  la 
Composition  des  medicamens  selon  les 
genres , chapitre  sixième , et  liquéfié 
auecques  huile  de  pauot , de  roses  et 
vinaigre  , n’est  de  moindre  efficace  , 
ne  l’onguent  de  holo,  ne  plusieurs  au- 
tres de  telle  faculté,  ores  qu’ils  ne 
soient  proprement  anodins  (car  tous 
anodins  sont  chauds  au  premier  de- 
gré, ou  pour  le  moins  pareils  en  cha- 
leur à nostre  corps,  Galien,  liure  cin- 
quième , chapitre  dix-neufiéme  des 
Simples ) et  les  susdits  medicamens 
sont  froids,  non  pas  tant  qu’ils  soient 
narcotiques,  lesquels  sont  froids  au 
quatrième  degré.  Mais  quoi?  les  sus- 
dits mentionnés  au  cas  prédit  appai- 
sent  la  douleur  très  commodément, 
pource  qu’ils  contrarient  auxintem- 
perat ures  chaudes , et  fluxions  d’hu- 
meurs souuent  acres  et  bilieuses,  les- 
quelles coulent  pluslosl  que  les  froi- 
des, et  causent  plus  grande  douleur. 

Apres  l’vsage  des  ropercussifs,  i’ap- 
prouue  merueilleusemeul  ce  cata- 
plasme. 


dans  l’édition  de  1504. 


1 65 


DES  PE A Y ES 

Mieæ  panis  infusæ  in lacle  vaccin.  gj. 
Bulliant  parum  addendo  : 

Olei  violacei  et  ros.  ana  5 . iij. 

Vitellos  ouorum  numéro  quatuor. 

Pul.  rosarum  rubrarum,  florum  camom. 
et  melil.  ana  5 . ij. 

Farin.  fabar.  et  hord.  ana  5 . j. 

Misce,  fiat  cataplasma  secundum  artem. 

Ou  pour  remede  pluspreparable,  tu 
pourras  prendre  de  la  mie  de  pain, 
laquelle  feras  vn  peu  bouillir  auec- 
ques  oxycrat  et  huile  rosat. 

Pour  la  curation  des  apostemes , il 
conuient  aussi  diuersifier  les  medica- 
mens  selon  les  temps  d’iceux.  Car  au- 
tres medicamens  sont  propres  au  com- 
mencement, autres  à l’accroissement, 
et  autres  aux  autres  temps,  comme 
assez  est  déclaré  par  Galien  au  liure 
( roisiéme,  chapitre  neufiéme  de  la  Fa- 
culté des  medicamens , el  par  Guidon 
en  la  curation  des  apostemes,  et  par 
ceux  qui  en  ont  escrit.  Et  où  Nature 
tendroit  à suppuration,  il  la  conuien- 
droit  suiure,  comme  dit  Hippocra- 
tes 1 : car  le  Médecin  et  Chirurgien 
ne  sont  que  des  ministres  et  aides 
de  Nature , pour  l’aider  en  ce  où  elle 
tend  commodément2. 


CHAPITRE  XI. 

DF.S  BACLES  QVI  DEMEVRENT  EN  QVEL- 

OYES  PARTIES  LONG-TEMPS  APRES  LA 

GVERISON  DES  PLAYES. 

Aucunesfois  les  balles  faites  de 
plomb  demeurent  long-temps  de- 
dans les  membres  , sans  y suruenir 

1 Aph.  21.  liu.  I.  — A.  P. 

2 A la  suite  de  ce  paragraphe,  on  trouvait 
dans  l’édition  de  1545  l’histoire  d’un  soldat 
atteint  de  gangrène  et  de  spasme,  laquelle 
histoire,  déjà  reportée  ailleurs  dans  l’édition 
de  1552,  constitue  dans  les  éditions  complè- 


d’harqvf.bvsf.s. 

aucun  mauuais  accident , ny  empes- 
chement  de  consolider  la  playe  : ce 
que  i’ay  veu  soutient  aduenir  apres 
par  longue  espace  de  temps , comme 
de  sept  ou  huit  ans  et  plus 1 : en  tin  les- 
dites  balles  estoient  poussées  hors  par 
la  vertu  expultrice , et  descendoient 
pour  leur  granité  et  pesanteur  és  par- 
ties inferieures,  esquelles  se  mani- 
festoient  : puis  estoient  tirées  hors 
par  l’operation  du  Chirurgien.  La- 
quelle si  longue  demeure  aux  corps , 
sans  pourriture  aucune  ny  mauuais 
accident  (comme  i’eslime)  ne  prouient 
que  de  la  matière  du  plomb  dont  la- 
dite balle  est  composée,  comme  ainsi 
soit  que  le  plomb  a certaine  familia- 
rité et  accointance  auec  la  nature , 
principalement  des  parties  charneu- 
ses  : ainsi  que  nous  voyons  par  expé- 
rience ordinaire,  qui  nous  apprend 
que  le  plomb  appliqué  par  dehors  , a 
vertu  de  clorre  et  cicatriser  les  vieilles 
vlceres.  Mais  si  la  balle  estoit  de 
pierre,  de  fer,  ou  d’autre  métal,  c’est 
chose  toute  asseurée  qu’elle  ne  pour- 
roit  demeurer  long  temps  au  corps, 
pource  que  le  fer  s’enrouille,  et  à 
cause  de  ce  corrode  la  partie,  ce  qui 
amcine  quant-et-sov  de  pernicieux 
accidens.  Mais  si  le  boulet  estoit 
en  parties  nerueuses  ou  nobles,  et 
fust-il  de  plomb,  il  nepourroit  gueres 
y demeurer  sans  causer  de  bien  grands 
ineonueniens.  Parquoy  s’il  aduient 
qu’il  demeure  long  temps,  ce  sera  és 
parties  charneuses , et  és  corps  qui 
seront  de  bonne  température  et  habi- 
tude -.autrement  il  n’y  peut  demeurer 
sans  induire  douleur , et  plusieurs 

tes  le  28e  chapitre  du  livre  des  Contusions  et 
gangrenés.  Je  renverrai  donc  le  lecteur  à ce 
chapitre. 

1 Les  éditions  de  1545  à 1564  disent  , 

Comme  lieux  ou  trois  ans  ou  plus. 


lG6  LE  NEVF1ÉME  LIVRE 


autres  griefs  maux,  comme  il  a esté 
dit. 


CHAPITRE  XII. 

UES  GRANDES  CONTVSIONS  ET  DILACE- 
RATIONS FAITES  PAR  LES  BOVLETS 
d’artilleries,  ET  AVTRES  GROS  CA- 
NONS. 

Outre-plus  si  une  grosse  piece  d’Ar- 
tillerie  frappe  contre  quelque  mem- 
bre, soutient  l’emporte,  ou  du  tout  le 
brise  etescache,  de  telle  façon  que  le 
boulet  par  sa  grande  vebemence  casse 
et  rompt  les  os  , non  seulement  qu’il 
touche  , mais  aussi  ceux  qui  en  sont 
loin  1 : pource  que  l’os,  qui  est  dur, 
fait  résistance , et  par  ce  moyen  la 
balle  le  force  d’auantage.  Qu’il  soit 
vray,  nous  voyons  ordinairement  la- 
dite artillerie  auoir  bien  plus  d’action 
et  effectuer  d’auantage  contre  Ane 
muraille,  qu’elle  ne  fait  contre  vn  ga- 
bion rempli  de  terre,  ou  vne  balle  de 
laine  et  autres  choses  molles , comme 
nous  auons  dit  cy  deuant. 

Pourtant  ne  se  faut  esbahir,  si  es- 
dites  playes  faites  par  harquebuses, 
suruiennent  douleur,  inflammation , 
liéure,  spasme,  aposteme,  gangrené, 
mortification , et  le  plus  souuent  la 
mort.  Car  les  grandes  contusions  des 
parties  nerueuses , fractures  ou  con- 
cussions vehementes  des  os , faites 
par  les  boulets , causent  griefs  ac- 
cidens,  non  la  combustion  ou  véné- 
nosité de  la  poudre,  ainsi  qu’estiment 
plusieurs,  ne  considérant  la  matière 
de  ladite  poudre,  laquelle  (comme 

1 Les  éditions  de  1545  et  1552  portent: 
Non  seulement  où  il  louche  , mais  beaucoup 
plus  loin  , ce  qui  est  plus  d’accord  avec  l’ex- 

périence. 


i’ay  dit)  n’est  veneneuse.  Car  si  la 
playe  est  faite  en  vne  partie  char- 
neuse  sans  toucher  les  parties  ner- 
ueuses , elle  requiert  seulement  pour 
sa  curation  remedes  semblables  à 
ceux  que  font  les  autres  playes  contu- 
ses1  : horsmis  (comme  i’ay  dit  ci-des- 
sus) la  pourriture  causée  de  l’air  en- 
uironnant,  laquelle  nous  a rendu  ces 
années  passées  les  playes  altérées , et 
grande  putréfaction  tant  à la  chair 
qu’aux  os , de  laquelle  sont  [(comme 
i’ay  dit)  esleuées  plusieurs  vapeurs  au 
cerueau , au  cœur  et  au  foye , dont 
s’en  sont  ensuiuis  de  très  mauuais 
accidens,  etsuiuamment  la  mort. 


CHAPITRE  XIII. 

DES  MOYENS  QV’lL  FAVT  TENIR  POA’R 

RECTIFIER  l’air,  ET  POVR  ROBORER 

LES  PARTIES  NOBLES,  ET  FORTIFIER 

TOVT  LE  CORPS2. 

Partant  faut  que  le  Chirurgien  ait 
esgard  à administrer  toutes  les  choses 

1 Tout  ce  paragraphe  manque  dans  l’édi- 
tion de  1545;  dans  celle  de  1552,  il  s’arrête 
à ces  mots  : les  autres  plaies  contuses  comme 
i’ay  déclaré  cy-dessus;  le  reste  date  de  1564. 

Les  derniers  mots  ne  se  lisent  pas  de  même 
dans  toutes  les  éditions.  De  1564  à 1579  , on 
trouve,  Et  suiuamment  la  mort.  L’édition  de 
1598  porte,  Et  souuent  la  mort  ; e t celles  qui 
viennent  ensuite  ajoutent,  .El  souuent  la  mort 
à la  plus  part.  J’ai  dû  préférer  le  texte  pri- 
mitif, reproduit  dans  trois  éditions  consécu- 
tives du  vivant  de  l’auteur,  aux  corrections 
des  éditions  posthumes. 

Du  reste,  le  Traité  des  playes  d'hacquebules 
tel  qu’il  est  dans  les  éditions  de  1 645 et  1552, 
ne  va  pas  plus  loin  que  ce  chapitre. 

2 Ce  chapitre  a été  ajouté  au  Traité 
des  playes  des  liacquebutes  en  1564  ; et  il 
n’y  a rien  été  changé  depuis,  à part  une 
phrase  retranchée  à la  fin. 


l67 


DES  PLAYES  1)’ 

qui  ont  puissance  de  rectifier  l’air 
ambiens,  et  de  roborer  les  parties 
nobles,  aussi  de  fortifier  tout  le  corps  : 
qui  se  fera  par  les  choses  qui  s’ensui- 
uent,  administrées  tant  par  dedans 
que  par  dehors.  Le  patient  prendra 
par  dedans  au  matin , trois  heures 
deuant  le  past,  des  tablettes  de  diar- 
rhodon  abbatis , ou  de  aroma.  ros.  de 
triasant.,  de  diamosclii,  de  Lœtificans 
Galeni , et  autres  semblables.  Par 
dehors  seront  faits  Epithemes  sur  le 
cœur  et  foye , vn  peu  tiedes,  appliqués 
auec  vne  piece  d’escarlate  ou  esponge, 
feutre  ou  linge  bien  déliés.  Cestuy-cy 
pourra  seruir  de  formulaire  à tout 
Chirurgien. 

2f.  Aquæ  rosæ  5 . iiij. 

Aquæ  buglo.  aceti  boni  ana  §.  ij. 

Coriand.  præpar.  5.  iiij. 

Garyophyll.  corticum  citri  ana  3.  j. 

Santali  rub.  o.  fi. 

Coral.  vtriusque  3.  j. 

Camph.  3 . j. 

Croc.  3 . fi . 

Pul.  diarrho.  abbalis  3.  ij. 

Theria.  et  mithrida.  ana  5 . fi . 

Pulu.  florum  camomil.,  melil.  ana  (5 . j. 

Misce,  et  fiat  epithema. 

D’auantage  on  doit  donner  souuent 
à sentir  au  patient  choses  odoriféran- 
tes et  réfrigérantes,  pour  roborer la 
faculté  animale , comme  celle  qui 
s’ensuit. 

2£.  Aquærosaceæ,  aceti  boni  ana  5.  iij. 

Garyophyl.  nucis  mosca.  cinamomi  con- 
quassatorum,  lheriac.  Galeni  ana  3.  j. 

Soit  en  icelle  liqueur  trempé  vn 
mouschoir  ou  esponge , et  que  le  pa- 
tient le  mette  souuent  au  nez.  Il  vsera 
aussi  de  quelque  pomme  aromatique 
pour  mesme  intention  , comme  est 
ceste-cy. 


’flARQVEBVSES. 

2£.  Rosar.  rubr.  violar.  ana  5.  iij. 

Baccarum  myrthi , et  iuniperi , santali 
rubr.  ana  3.  ij.  fi . 

Benioin.  3.  j. 

Camph.  3 . ij. 

Fiat  puluis. — Postea. 

if.  Olei  ros. et  nenuph.  ana  §.  fi; 

Styracis  calamitæ  3.  ij. 

Aquæ  rosarum  quantum  satis  est. 
Liquéfiant  simul  cum  cera  alba  quantum 
suffic.  Fiat  ceratum  ad  comprehenden- 
dos  supra  dictos  pulueres  cum  pistillo 
calido,  et  fiat  pomum. 

Autre.. 

Radie,  ircos  Florent,  maioranæ  , calami 
aromatici , ladani , benioin  , rad.  cyp. 
garyoph.  ana  5 . ij. 

Mosch..  g . iiij. 

Fiat  pulu.  et  cum  gummi  tragachan.  quan- 
tum sufûcit,  fiat  pomum. 

Autre. 

"if.  Labdani  puri  § . ij. 

Benioin  § . fi. 

Stirac.  calam.  5.  vj. 

Ireos  Florentiæ  § . fi . 

Garyophyl.  3.  iij. 

Maiora.  rosarum  ruhrarum , calami  aro- 
mat.  ana  3.  fi . 

Puluerisentur  omnia,  et  bulliant  cum  aqua 
rosarum  quantum  sufficit,  et  colentur, 
et  colata  liquéfiant  cum. 

Cer.  alb.  quantum  sufficit. 

Styracis  liquidæ  § . j. 

Fiat  ad  modumCerati,  comprehendantur 
per  pistillum  , addendo  moschi  3.  j.  fiat 
pomum. 

Pareillement  on  peut  appliquer  des 
Frontaux , pour  roborer  la  faculté 
animale,  et  prouoquer  le  dormir,  et 
mitiger  la  douleur  de  la  teste , comme 
cestuy. 

if.  Aquæ  rosaeæ  5 . ij. 

Olei  ros.  et  papauer.  ana  § . j.  fi . 

Aceti  boni  5 . j. 

Trochiscorum  de  camphora  3.  fi. 

Fiat  frontale. 


iG8 


LE  NEVFIEAIE  LIVRE 


On  doit  plier  vn  linge  en  cinq  ou  six 
doubles , et  le  tremper  en  ceste  mix- 
tion vn  peu  tiede , et  le  renouueller 
quand  il  sera  sec.  Et  ne  faut  pas  beau- 
coup serrer  la  teste , de  peur  de  gar- 
der que  la  pulsation  des  arteres  des 
tempes  ne  soit  libre  : autrement  on 
augmenteroit  la  douleur  de  la  teste  >. 

11  y a plusieurs  autres  remedes 
extérieurs,  par  lesquels  on  peut  cor- 
riger l’air  ambiens , comme  faire  bon 
l'eu  en  la  chambre  du  malade  auec 
du  bois  de  genéure,  de  laurier,  de 
sarment  de  vigne,  de  rosmarin,  de 
racine  d’ireos.  Aussi  les  choses  es- 
pandues  parla  chambre,  comme  l’eau 
et  le  vinaigre,  et  si  le  patient  est  riche, 
l’eau  de  damas  y est  bien  propre,  ou 
celle  qui  s’ensuit. 

2£.  Maioranæ  , menthæ,  radicis  eyperi,ca- 
lami  aromatici , saluiæ , lauandulæ , foe- 
niculi,  Ihymi,  stœchados,  florum  camo. 
mclil.  satureiæ , baccarum  lauri  et  iu- 
niperi  ana  m.  iij. 

fui.  garyoph.et  nucis  moscatæ  ana  § . j. 
Aquæ  ros.  et  vitæ  lt>.  ij. 

Vini  albi  boni  et  odoriferi  Jî>.  x. 

Ilulliant  onuiia  in  balneo  Mariæ  ad  vsum 
dictum. 

D’auantage  on  peut  faire  perfums 
pour  perfumer  ladite  chambre,  comme 
ces  oiselets  de  Cypre. 

: If . Carbonis  salicis  § . viij. 

Labdani  puri  § . ij. 

Thuris  masculi,  Uni  et  baccarum  iuniperi 
ana  g.j. 

Xylaloës , benioin  , styracis  calamitæ 
ana  § . fi. 

Nucis  moscatæ,  sanlali  lutei  ana  5.  j. 
Garyop.  styracis  liquidæ  ana  3.  ij. 
Zedoariæ,  calami  aromatici  ana  3.  j. 
Gummi  tragach.  aqua  rosac.soluti,  quod 
sit  salis. 

Fiant  auiculæ  Cyprinæ,  seu  suffitus,  quv 
forma  libebit. 

1 Hip.  liu.  De  e In.  cap.  — A.  P. 


Quant  aux  caries  et  corruption 
des  os , nous  en  parlerons  cy  apres 
amplement  '. 


CHAPITRE  XIV. 

HISTOIRES  MEMORABLES  2. 

Souvent  telles  playes  sont  accom- 
pagnées de  plusieurs  indispositions, 
comme  tumeur  œdémateuse  , frac- 
ture aux  os. 

Or  en  faueur  du  ieune  Chirurgien, 
pour  exemple  raconteray  ceste  his- 
toire de  la  blessure  de  monsieur  le 
Comte  de  Mansfelt,Gouuerneur  de  la 
Duché  de  Luxembourg , Cbeualier 
de  l’ordre  du  Roy  d’Espagne  : lequel 
fut  blessé  à la  bataille  deMoncontour 
d’vn  coup  depistole,  à la  iointure  du 
coude  au  brasdextre,  qui  luy  frac- 
tura les  os , dont  en  auoil  qui  estoient 
comminués,  comme  si  en  les  eust 
rompus  sur  vne  enclume,  parce  que 
le  coup  luy  fut  donné  de  fort  près.  Et 
parla  violence  et  force  de  ce  coup,  luy 

1 L’édition  de  15G4  ajoutait  ici  : Pource  il 
te  suffira  pour  te  présent  de  ce  <pie  nous  attons 
traitté  des  playes  faicies  par  hacquebulles  , et 
l’appresleras  à l’intelligence  de  celtes  qui  sont 
faites  par  fléchés,  iraicts  d’arbalestes,  dards,  lan- 
cesetautres  semblables  inslrttmens,au  discours 
desquels  maintenant  nous  proposons  d’entrer. 

Cette  phrase  ne  pouvait  rester  dans  les 
éditions  postérieures  , dans  lesquelles  Paré 
ajoutait  toujours  de  nouveaux  chapitres, 

2 Toutes  les  observations  contenues  dans 
ce  chapitre  datent  de  la  bataille  de  Mon- 
conlour  qui  se  livra  en  15G9  : et  naturelle- 
ment on  n’en  trouve  pas  la  moindre  trace 
dans  l’édition  de  15G4.  On  les  trouve  dès  la 
première  édition  des  OEuvres  complètes  en 
1575;  seulement  je  ne  sais  si  déjà  elles  n’au- 
raient pas  été  publiées  dans  la  petite  édition 
de  1572  que  je  n’ai  pu  me  procurer.  Voyez 
la  note  relative  au  chapitre  suivant. 


DES  PLAY  ES  I) 

suruindrent  plusieurs  accident  : à 
sçauoir,  douleurs  extremes,  inflam- 
mation , Heure , tumeur  œdémateuse, 
flalueuse  de  fout  le  bras,  voire  ius- 
ques  à l’extremité  des  doigts,  et  la 
grande  préparation  de  gangrené.  Et 
pour  obuier  à icelle,  et  à la  totale 
mortification , maistre  Nicole  Lam- 
bert et  maistre  Richard  Hubert,  Chi- 
rurgiens ordinaires  du  Roy,  auoienl 
fait  plusieurs  et  profondes  scarifica- 
tions. 

Or  par  le  commandement  du  Roy , 
ie  fusenuoyé  vers  luy  pour  le  penser  : 
et  estant  arriué,  voyant  ces  accidens 
accompagnés  d'vne  grande  feleur 
et  pourriture,  fusmes  d’aduis  luy 
faire  des  lauemens  faits  d’Egyptiac 
fortifié  et  dissoult  en  vinaigre  et  eau 
de  vie,  et  autres  remedes  escrits  au 
chapitre  de  Gangrené.  Et  outre  ces 
accidens,  ledit  seigneur  eut  vn  flux 
de  ventre,  par  lequel  il  iettoitdela 
boue  qui  venoit  des  vlceres  de  son 
bras  : ce  que  plusieurs  ne  peurent 
croire,  attendu  (disoient -ils)  que 
pour  descendre  par  le  ventre,  il  fau- 
droil  par  nécessité  que  ladite  bouë 
fust  meslée  auec  le  sang , et  aussi 
qu’en  passant  près  le  cœur  et  par 
dedans  le  foye  elle  feroit  plusieurs 
accidens,  voire  causeroit  la  mort. 
Toutesfoisil  me  semble  que  i’ay  assez 
amplement  demonstré  en  mon  liure 
De  la  suppression  d’vrine,  comme  telle 
chose  se  fait.  Partant  si  quelqu’vn 
desire  en  sçauoir  la  raison,  on  aura 
recours  audit  liure 

Mesmes  ledit  seigneur  (omboit 
quelquesfois  en  syncope,  à cause  des 
vapeurs  putrides  qui  se  leuoienl  des 

1 Ce  Liure  de  la  suppression  d’vrine  était  le 
dixième  des  Dix  Hures  de  Chirurqie  publiés 
en  15G4;  il  a été  depuis  reporté  à la  fin  du 
livre  Des  operations.  Voyez  au  chapitre  51e. 


l’iIARQVF.BVSES.  1 Gc) 

vlceres  : lesquelles  vapeurs  par  les 
arteres,  veines  et  nerfs,  estoient  com- 
muniquées à l’estomach  et  aux  par- 
ties nobles.  Et  pour  y remedier,  ie  luy 
donnois  par  fois  à aualler  vne  petite 
cuillerée  d’eau  de  vie , en  laquelle 
i’auois  fait  dissoudre  vn  peu  de  thé- 
riaque. Monsieur  Rellanger , Médecin 
ordinaire  du  Roy,  et  monsieur  le 
Bon , Médecin  de  monsieur  le  Cardi- 
nal de  Guise,  sçauans  et  experts  en 
la  Medecine  et  Chirurgie , le  secouru- 
rent pareillement  de  tout  ce  qui  leur 
estoit  possible , à contrarier  contre  la 
fiéure  et  autres  accidens.  Or  quant 
à la  tumeur  œdémateuse  et  flatulente, 
qui  occupoit  entièrement  tout  le  bras, 
i’y  appliquois  des  compresses  imbues 
enoxycrat,  auec  du  sel  et  vn  peu 
d’eau  de  vie,  et  autres  remedes  que 
ie  diraybien  lost:puis  aueedes  linges 
en  double,  ie  les  cousois  le  plus  fort 
et  dextrement  qu’il  m’estoit  possible , 
c’est-à-dire,  tant  que  ledit  seigneur 
les  pouuoit  endurer.  Telle  compres- 
sion seruoit  de  contenir  les  os  fractu- 
rés en  leur  lieu , et  à expeller  la  sanie 
des  vlceres,  et  ronuoyer  les  humeurs 
vers  le  centre  du  corps.  Et  où  l’on 
desistoil  à serrer  et  lier  le  bras,  la 
tumeur  s’augmentoit  si  fort  , que 
i’auois  peur  que  la  chaleur  naturelle 
de  son  bras  ne  fust  suffoquée  et  es- 
teinte.  Or  de  faire  autre  maniéré  de 
ligature , il  estoit  du  tout  impossible, 
pour  l’extreme  douleur  qu’il  sentoit 
lors  qu’on  luy  remuoit  tant  soit  peu 
son  bras.  Il  luy  suruint  aussi  plusieurs 
apostemes  autour  de  la  iointure  du 
coude,  et  en  autres  endroits  de  son 
bras.  Et  pour  donner  issue  à la  sanie, 
ie  luy  feis  plusieurs  incisions,  les- 
quelles ledit  seigneur  enduroil  volon- 
tiers, me  disant  s’il  n’y  en  avoit  assez 
de  deux,  qu’on  en  fist  trois,  voire 
quatre, pourle  désir auoit  d’estre  hors 


1*70  LE  NEVFIEME  LIVRE 


de  ses  douleurs , et  guari.  Et  lors  en 
souriant  ie  luy  dis,  qu’il  meritoil 
estre blessé,  et  non  ces  délicats,  qui 
plustost  se  veulent  laisser  pourrir 
voire  endurer  la  mort,  que  de  souffrir 
quelque  incision  necessaire  pour  leur 
guarison.  Et  pour  abréger  la  cure, 
il  vsa  de  la  potion  vulnéraire,  et  par 
foison  iettoit  auec  la  syringue  dedans 
ses  vlceres,  de  l’Egyptiac  dissoult  en 
vin  ou  auec  ladite  potion,  ou  bien  de 
miel  rosat  au  lieu  de  l’Egyptiac , poul- 
ies mondifier  et  corriger  la  pourri- 
ture, auec  d’autres  remedes  qui  se- 
royent  trop  longs  à reciter  : et  entre 
les  autres,  la  poudre  d’alum  pour 
desseicher  les  chairs  spongieuses, 
laxes  et  molles.  Aussi  apres  la  mon- 
dification desdites  vlceres  , i’vsay 
long-temps  de  charpie  seiche , et  ne 
luy  en  falloit  pour  chacune  fois  qu’on 
l'habilloit  gueres  moins  gros  que  le 
poing.  Et  vn  iour  voyant  qu’il  estoit 
sans  douleur , et  que  la  chair  se  rege- 
neroit , ie  luy  dis  qu’il  s’en  alloit  gua- 
r ir  : alors  il  me  dit  en  riant , qu’il  ie 
connoissoit  bien,  pource  qu’il  ne  fal- 
loit plus  à sa  playe  de  charpie  non 
plus  gros  qu’un  œuf. 

Or  pendant  ladite  curation  , ie  te 
puis  attester  luy  auoir  osté  plus  de 
soixante  pièces  d’os , entre  lesquelles 
y en  auoit  de  grandes  comme  vn 
doigt , rompues  en  estrange  figure  : 
ce  nonobstant  ledit  seigneur  (grâces 
à Dieu  ) a esté  guari  : reste  qu’il  ne 
peut,  et  ne  pourra  iamais  plier  ny  es- 
tendre  le  bras. 

Monsieur  de  Bassompierre,  Colon- 
nel de  douze  cens  cheuaux  , le iour 
de  ladite  bataille  fust  blessé  d’un 
pareil  coup,  et  eut  grande  partie 
des  accidens  susdits  : lequel  aussi 
i’ay  pensé  iusques  à guarison,  grâces 
à Dieu  : vray  est  qu’il  est  demeuré 
impotent  comme  l’autre  seigneur. 


Apres  auoir  pensé  lesdits  seigneurs 
Comte  de  Mansfelt  et  Bassompierre , 
i’eus  commandement  du  Boy  d’aller 
trouuer  en  diligence  Charles  Philip- 
pes  de  Croy,  seigneur  de  Havret , 
frere  de  monseigneur  le  Duc  d’Ars- 
cot,  près  Mons  en  Haynaut  : lequel  y 
auoit  ja  sept  mois  et  plus  qu’il  estoit 
detenu  au  lit,  à cause  d’un  coup  d'har- 
quebuse  qu’il  auoit  receu  trois  doigts 
au  dessus  du  genoüil,  lequel  ie  trou- 
uayauec  les  accidens  qui  s’ensuiuent: 
sçauoir  est,  douleurs  extremes,fiéure 
continue,  sueurs  froides,  grandes  in- 
quiétudes , le  cropion  vlceré  de  la 
grandeur  de  la  palme  de  la  main(pour 
auoir  esté  trop  longuement  couché 
dessus)  ne  pouuant  reposer  ny  de 
iour  ny  de  nuit,  sans  appétit  de  man- 
ger, mais  de  boire  assez.  Il  ressentoit 
par  fois  dedans  son  lit  des  accès  épi- 
leptiques , et  auoit  souuent  volonté 
de  vomir,  auec  vn  continuel  tremble- 
ment , ne  pouuant  porter  la  main  à 
sa  bouche  sans  aide  d’autruy  : tom- 
boit  souuent  aussi  en  syncope  ou  dé- 
faillance de  cœur,  à cause  des  vapeurs 
putrides  qui  estoient  communiquées 
à l’eslomach  et  aux  parties  nobles 
par  les  veines,  arteres  et  nerfs,  qui  es- 
toient esleuées  de  ses  vlceres  et  de 
la  corruption  des  os.  Car  l’os  de  la 
cuisse  estait  fracturé  et  esclaté  en  long 
et  en  travers,  auec  esquilles,  dont  les 
vnes  estoient  ja  séparées , les  autres 
non.  Il  auoit  vne  ulcéré  caue  près 
l’aine,  finissant  au  milieu  de  la  cuisse  : 
d’auantage  il  en  auoit  d’autressinueu- 
ses  et  cuniculeuses  autour  du  genoüil. 
Tous  les  muscles,  tant  de  la  cuisse 
que  de  la  iambe  , estoient  extrême- 
ment tuméfiés  et  imbus  d’vn  humeur 
pituiteux,  froid,  humide,  et  flatueux, 
de  façon  que  la  chaleur  naturelle  es- 
toit presque  suffoquée  et  esteinte. 

Voyant  donc  tous  ces  accidents  , 


DES  PLAYES  d’iîAROVEB VSES. 


et  les  vertus  prosternées  el  grande- 
ment abbatues,  i’eus  vn  1res  grand  re- 
gret auoir  esté  enuoyé  uers  ledit  sei- 
gneur, pource  qu’il  y auoit  bien  peu 
d’apparence  qu’il  en  peusteschapper, 
et  craignois  qu’il  ne  mourust  entre 
mes  mains.  Toutesfois  considérant  sa 
jeunesse  , i’eus  encor  quelque  espé- 
rance : car  Dieu  et  Nature  font  quel- 
quesfois  des  choses  qui  semblent  au 
Chirurgien  estre  impossibles.  Et  par- 
tant ie  demanday  audit  seigneur  s’il 
auoit  bon  courage,  et  luy  dis  s’il  vou- 
loil  bien  endurer  luy  faire  quelques 
incisions,  lesquelles  pour  sa  guarison 
estoient  plus  que  necessaires,  que  par 
ce  moyen  bientost  ses  douleurs  et  au- 
tres accidens  cesseroient.  Alors  il  me 
fit  response  qu’ilendureroittout,  voire 
à luy  amputer  la  iambe  s’il  en  estoit 
besoin.  A donc  ie  fus  bienioyeux  : et 
tost  apres  luy  fis  deux  ouuertures 
pour  donner  issue  à la  matière  qui  es- 
toit autour  de  l’os  et  en  la  substance 
des  muscles,  par  lesquels  en  sortit 
grande  quantité.  Et  apres  fut  syrin- 
gué  auec  du  vin  et  vn  peu  d’eau  de 
vie  où  il  y auoit  bonne  quantité  d’E- 
gyptiac,  pour  corriger  la  pourriture, 
et  desseicherla  chair  spongieuse, laxe 
et  molle,  et  pour  résoudre  et  consom- 
mer la  tumeur  œdémateuse  et  flatu- 
lente,  et  seder  la  douleur , et  refocil- 
ler  et  fortifier  la  chaleur  naturelle, 
quija  estoit  grandement  préparée  à 
estre  suffoquée,  parce  que  les  parties 
ne  pouuoient  cuire  ny  assimiler  le 
nutriment  à elles  necessaire  , pour  la 
trop  grande  quantité  de  matière.  Son 
Chirurgien,  nommé  maisfre  Antoine 
Mauclcr,  homme  de  bien  et  grande- 
ment expérimenté  en  la  Chirurgie, 
demeurant  à Mons  en  Haynaut,  et 
moy,  fusmes  d’aduis  luy  faii’e  des  fo- 
mentations d’vne  décoction  faite  de 
sauge  , rosmarin , thym  , lauande  , 


171 

fleurs  de  camomille,  melilot,  roses 
rouges  cuites  en  vin  blanc  el  en 
lexiue  faite  de  bois  de  chesne,  et  quel- 
que portion  de  vinaigre , et  vne  poi- 
gnée de  sel.  Ceste  décoction  ainsi 
faite  auoit  vertu  et  puissance  de  sub- 
tilier,  atténuer,  inciser,  résoudre, 
et  seicher  l’humeur  gros,  froid,  et 
pituiteux  , et  roborer  les  parties  bles- 
sées. Lesdiles  fomentations  se  fai- 
soient  longuement,  à fin  que  la  reso- 
lution fust  plus  grande  : car  estant 
ainsi  faite  longuement , resoluoit 
plus  qu’elle  ne  pouuoit  attirer,  en  li- 
quéfiant l’humeur  qui  estoit  au  pro- 
fond : et  rarefioit  le  cuir,voirela  chau- 
des muscles1.  • 

Et  pour  ceste  intention  nous  luy 
faisions  des  frictions  , auec  couure- 
chefs  chauds  , en  toutes  maniérés  : à 
sçauoir,  de  haut  en  bas , et  de  bas  en 
haut,  à dextre,  à senestre,  et  en  rond, 
et  fort  longuement  : car  les  briefues, 
c’est  à dire,  faictes  en  peu  de  temps , 
font  attraction  sans  aucunement  ré- 
soudre. Semblablement  par  iours  in- 
terposés luy  fut  appliqué  tout  autour 
de  la  cuisse  et  de  la  iambe,  el  à la 
plante  du  pied,  des  bricques  eschauf- 
fées  et  arrousées  de  vinaigre  et  vin 
blanc,  avec  une  portion  d’eau  de  vie  : 
et  par  ceste  euaporation  on  voyait 
sortir  des  porosités  du  cuir  plusieurs 
aquosités  par  sueur  , et  l’enfleure  se 
diminuer , et  la  chaleur  naturelle  es- 
tre reuoquée.  Apres  on  luy  appliquoil 
des  compresses  trempées  en  vne  lexiue 
faite  de  cendre  de  chesne,  en  laquelle 
on  auoit  faict  bouillir  sauge,  rosma- 
rin, lauande,  sel,  eau  de  vie,  clous  de 
girofle  : et  fai  soit-on  les  ligatures  si 
dextrement,  que  le  malade  les  pou- 
uoit bien  endurer  : au  reste  auec  tel 
proufit,  que  où  on  les  laissoit  vn  iour, 

■ Galien  au  6.  de  la  Méthode.—  K.  P. 


1 -2  LE  NEVFIÉ 

la  tumeur  aeeroissoit.  Aussi  on  appli- 
quoit  de  grosses  compresses  au  fond 
des  sinus  des  vlceres,  pour  chasser  et 
expurger  la  sanie  : et  encor  pour 
mieux  ce  faire,  les  orifices  des  vlceres 
estoient  tenues  ouuertes  par  le  béné- 
fice des  tentes  cannulées.  Par  fois  aussi 
pour  résoudre  la  tumeur,  on  luy  ap- 
pliquoit  vn  cataplasme  fait  ainsi. 

If.  Far.  hord.  fabar.  et  orobi  ana  5 . vj. 

Mellis  comm.  et  terebenthinie  ana  § . ij. 

Fui.  florum  camomil.meliloti  et  rosarum 
rubrarum  ana  5 . . 

Fui.  radicum  ireos  Florentiæ  , cyperi , 
rnast.  ana  3.  iij 

Ovymelis  simplic.  quantum  sufficiat. 

Fiat  catap.ad  formam  pultis  salis  liquida-. 

Pareillement  il  luy  fust  appliqué 
des  emplastres  de  de  Vigo  sinemercu- 
rio,  qui  luy  donnèrent  grande  aide  à 
seder  ses  douleurs,  et  à résoudre  la- 
dite tumeur  : toutesfois  c’estoit  apres 
auoir  eschauffé  les  parties  sur  les- 
quelles elles  estoient  appliquées,  par 
les  fomentations,  frictions,  et  euapo- 
rations  : car  autrement  ladite  em- 
plastre  n’eust  peu  estre  réduite  de 
puissance  en  effect,  pour  la  grande 
intemperature  froide  des  parties.  Or 
pour  la  mondification  des  vlceres,  on 
appliquoit  remedes  propres , en  les 
changeant,  comme  nous  voyonsqu’il 
en  estoit  besoin.  Aussi  les  poudres  ca- 
tagmaliques , pour  faire  séparer  les 
os,etcorriger  leur  pourriture,  ne  luy 
furent  espargnées.  11  vsa  aussi  par 
1 espace  de  quinze  iours  de  la  potion 
vulnéraire,  le  ne  veux  encore  laisser 
en  arriéré  les  frictions  que  luy  faisois 
faire  au  matin  vniuerselles de  tout  le 
corps,  qui  estoit  grandement  extenué 
et  amaigri,  pour  les  douleurs  et  au- 
tres accidens  qu’auonsdit,  et  aussi 
par  faute  d’exercice.  Lesdites  fric- 
tions reuoqnoienl  et  atliroient  le 


ME  LIVRE, 

sang  et  les  esprits , et  resoluoient 
quelques  humeurs  fuligineuses,  déte- 
nues entre  cuir  et  chair  : et  partant 
les  parties  estoient  puis  apres  mieux 
nourries , succulentes , et  refaictes  : 
ioint  aussi  qu’apres  ses  douleurs  pas- 
sées et  la  fiéure , commença  à bien 
dormir,  et  auoir  bon  appétit  : et  par- 
tant lui  faisois  user  de  bonnes  vian- 
des, et  boire  de  bon  vin  et  de  bonne 
bierre,  etdesieunions  luyetmoy  tous 
les  malins  de  potage  de  soupe  chau- 
dière : et  par  ainsi  deuint  gras,  refait, 
et  potelé  et  guari,  reste  qu'il  ne  peut 
bien  ployer  le  genoüil. 

Or  i’ay  bien  voulu  reciter  ces  his- 
toires , pour  tousiours  conduire  le 
ieune  Chirurgien  à la  pratique , et 
non  pour  m’en  preualoir  et  attribuer 
gloire,  mais  la  rendre  à Dieu,  connois- 
sant  que  toutes  bonnes  choses  procè- 
dent de  luy,  comme  d’une  fontaine 
qui  ne  se  peut  espuiser , et  rien  de 
nous,  comme  de  nous.  Par  ainsi  luy 
faut  rendre  grâces  de  tontes  nos  bon- 
ues  œuures,  lesquelles  ie  luy  supplie 
vouloir  continuer,  et  de  plus  en  plus 
augmenter  en  nous  par  sa  bonté  in- 
finie. 


CHAPITRE  XV. 

APOLOGIE  TOVCHANT  LES  PLAYES 
FAITES  PAIt  HARQVEBVSES  *. 

Il  m’est  tombé  ces  iours  passés  en- 
tre les  mains  vn  certain  liure  fait  par 

■Cette  apologie  a été  publiée  en  1572, 
comme  je  l’ai  fait  voir  dans  mon  Introduc- 
tion, en  même  temps  que  le  livre  Des  dis- 
locations et  très  probablement  dans  les  Cinq 
liures  de  chirurgie.  Je  répéterai  ici  qu’elle 
s’adresse  non  pas  à Gourtnelen,  comme  on 
l’a  dit  généralement , mais  à Lepaulmier  de 
Caen,  qui  avait  écrit  un  livre  sur  les  har- 
qucbusades.  Voyez  mon  Introduction. 


t)ÉS  PLAYÈS 

vn  Médecin  : auquel  assés  ouuerte- 
ment  il  blasonne  et  dénigré  ce  que 
i’ay  escrit  par  cy  deuant  des  playes 
faites  par  coups  de  harquebuses  , et 
de  leurs  cures.  le  proteste  que  quand 
il  n’y  auroit  autre  mal,  et  que  ie  ne 
verrois  autre  interest  en  cecy  que  le 
mespris  de  moy  et  de  mon  liure , ie 
laisserois  couler  les  choses  douce- 
ment, et  les  passerois  sous  silence: 
sçacbant  bien  que  les  responses  et  ré- 
pliqués , dont  nous  nous  voulons  ai- 
der «à  clorre  la  bouche  des  medisans , 
bien  soutient  sentent  plustost  à les 
faire  parler  d’auantage  qu’autrement, 
et  qu’il  n’y  a meilleur  moyen  d’assou- 
pir telles  noises,  que  de  ne  dire  mot  : 
comme  nous  voyons  que  le  feu  s’es- 
teint,  cessant  sa  matière  combustible, 
et  lui  ostant  le  bois.  Mais  quand  i’ay 
bien  considéré  le  danger  euident  au- 
quel plusieurs  se  fourreront  s’ils  vien- 
nent à suiure  les  reigles  et  enseigne- 
mens  que  donne  ledit  Médecin  pour 
la  cure  desdites  playes,  i’ay  pensé  que 
mon  deuoir  estoit  d’aller  au  deuant 
de  ce  mal,  et  d’empescher  autant  que 
que  ie  pourrois,  eu  esgard  à ma  pro- 
fession, laquelle  outre  l’affection  com- 
mune que  tous  doiuent  au  bien  pu- 
blic , m’oblige  particulièrement  à 
cecy,  tellement  que  ie  ne  pourrois  en 
bonne  conscience  faire  le  sourd  et  le 
muet , où  le  deuoir  general  et  parti- 
culier m’obligent  et  contraignent  à 
parler.  C’est  cela  qui  me  sollicite  à 
faire  cette  Apologie,  plustost  qu’vn 
désir  boüillant  et  passionné  d’auoir 
ma  reuange  de  celuy  qui  à la  vérité 
m’a  assailli  à tort. 

Or  en  ce  liure  il  prétend  contemner 
et  mépriser  l’application  des  medica- 
mens  suppuratifs,  comme  du  basili 
con  , et  d’autres  semblables  : pareil- 
lement de  ceux  qui  sont  acres,  comme 
l’Egyptiac  et  autres  : et  dit , Tels  re- 


’HARQVEBVsÊâ.  i ^3 

medcs  ont  été  cause  de  la  mort  d'une 
infinité  de  personnes  ausquels  on  les 
a appliqués  , voire  encore  que  leurs 
playes  fussent  superficielles , et  en 
partie  charneuses  : et  qu’en  ce  l’on  ne 
doit  suiure  le  conseil  d’Hippocrates, 
qui  dit  que  toutes  playes  contuses 
doiuent  estre  suppurées.  Parce  (dit-il) 
que  c’est  vne  maladie  nouuelle  et 
inconnue  aux  anciens,  qui  desire 
aussi  nouueaux  remedes.  D’auanlage 
il  dit , que  pour  l’intemperature  de 
l’air,  n’est  besoin  changer  de  remedes 
ausdites  playes.  Aussi  qu’on  ne  doit 
comparer  le  tonnerre  et  la  foudre  aux 
coups  d’artillerie.  En  quoi  le  voyant 
du  tout  contrarier  à ce  que  i’en  avois 
escrit  en  mon  liure  des  playes  faites 
par  harquebuses,  fléchés,  et  dards,  ie 
suis  contraint  pour  ma  defense  répé- 
tée aucunement  ce  que  i’en  ay  par  cy 
devant  et  ailleurs  exposé,  pour  re- 
prouuer  tous  ces  points,  comme  i’es- 
pere  faire  l’un  apres  l’autre. 

Premièrement, que  les  medicamens 
suppuratifs  ne  soient  propres  à telles 
playes,  c’est  combattre  la  raison,  l’au- 
thorité , et  expérience.  Car  chacun 
sçait  que  les  balles  estans  rondes  et 
inassiues , ne  peuuent  blesser  sans 
faire  grande  contusion  et  meurtris 
seure,  laquelle  ne  peut  estre  curée 
sans  estre  supput  ée,  suiuant  l’autho- 
rité  non  seulement  d’Hippocrates  , 
mais  aussi  de  Galien,  et  d’autres  au- 
teurs tant  anciens  que  modernes. 
Et  que  luy  sert  de  nommer  telles 
playes  nouuelles,  pour  déroger  au 
dire  d’Hippocrates , lequel  nous  te- 
nons comme  pere  , auteur  , et  vray 
fondement  des  loix  de  la  sacrée  Mé- 
decine , sur  toutes  dignes  de  grande 
louange,  parce  qu’elles  ne  sont  suiet- 
tes  à changement , comme  celles  des 
Roys,  Princes,  et  grands  Seigneurs, 
ny  à la  prescription  de  temps  et  de 


174  le  hevfiéme  livre, 

xegions?  Donc  sii’ay  en  cecy  suiui  la 


doctrine  Hippocratique  , qui  tous- 
iours  se  trouue  vraye  et  stable,  ie 
croy  auoir  bien  fait , et  n ay  esté  seul. 
Car  monsieur  Botal,  Médecin  ordi- 
naire du  Roy , et  monsieur  Ioubert 
aussi  Médecin  du  Roy,  et  son  Lecteur 
ordinaire  en  rVniuersité  de  Mont- 
pellier, hommes  bien  expérimentés, 
tant  en  la  Medecine  qu’en  la  Chirur- 
gie, qui  ont  escrit  recentement  de 
cette  matière,  louent  et  commandent 
appliquer  au  commencement  en  telles 
playes  du  basilicon,  et  autres  medi- 
camens  suppuratifs.  Ceux-cy  (pour 
auoir  suiui  les  guerres)  ont  plus  ueu 
de  blessés  par  basions  à feu  en  vn 
iour,  que  nostre  Médecin  n’a  fait  en 
toute  sa  vie.  Quant  à l’experience,  il 
y a vne  infinité  d’autres  bons  Chirur- 
giens , et  grandement  expérimentés  , 
qui  ont  vsé  et  vsent  de  ces  remedes 
au  commencement,  pour  rendre  telles 
playes  à suppuration , s'il  n’y  a indi- 
cation contraire. 

le  diray  d’auanlage , qu’vn  chirur- 
gien Empirique  son  voisin , nommé 
Doublet,  a fait  maintesfois  des  cures 
merueilleuses  , appliquant  à telles 
playes  vn  médicament  suppuratif , 
composé  de  lard  fondu,  iaune  d’œul, 
et  terebentbine  auec  vn  peu  de  sa- 
fran : et  tenoitce  remede  pour  vn  très- 
grand  secret.  Il  y en  avait  vn  autre  à 
Thurin  l’an  1538  (moy  estant  lors  au 
seruice  de  défunt  monsieur  le  Ma- 
reschal  de  Montejan,  Lieutenant  ge- 
neral du  Roy  en  Piedmont)  lequel 
auoit  le  bruit  par  sus  tous  les  Chirur- 
giens de  ce  pays  là,  de  bien  guarir 
telles  playes  auecques  oleum  Catello- 
rum,  la  description  duquel  i’eus  de 
luy  par  grandes  prières.  Cette  huile 
a puissance  de  leuir  et  appaiser  la 
douleur  , et  rendre  les  playes  suppu- 
rées  : et  l’appliquoit  vn  peu  plus 


chaude  que  tiede,  et  non  pas  boüil-' 
lante  , comme  aucuns  veulent.  Ce 
qu’vne  infinité  de  Chirurgiens  ont 
fait , apres  que  ie  leur  ay  descrit  la- 
dite huile  en  mon  liure  des  playes 
faites  par  harquebuses , auec  bonne 
et  heureuse  issue. 

Quant  au  mespris  qu’il  fait  de  l’on- 
guent Egyptiac,  ie  croy  véritablement 
qu’il  demeurera  seul  en  son  opinion  et 
heresie,  veu  qu’on  n’a  encores  sceu 
trouuer  de  plus  singulier  remede 
pour  preuenir  et  corriger  la  pourri- 
ture, qui  suruienl  le  plus  souuent  en 
vlceres  virulents  , corrosifs , ambu- 
latifs  , et  malins , iettans  vne  sanie 
puante,  dont  la  partie  tombe  en  gan- 
grené , si  on  n’y  remedie  par  l’Egyp- 
tiac  et  autres  medicamens  acres,  qui 
ont  esté  pour  cette  raison  fort  ap- 
prouués  desdits  Botal  et  Ioubert , et 
de  tous  bons  Chirurgiens.  Et  cepen- 
dant nostre  Médecin  soustient  qu’ils 
sont  venimeux  : Attendu  (dit-il)  qu’en 
les  appliquant  aux  playes  faites  par 
basions  à feu,  ont  esté  cause  de  la 
mort  de  plusieurs  personnes  : qui  est 
chose  si  absurde  et  contre  raison,  que 
i’en  quitte  la  response  aux  barbiers 
de  village,  qui  auront  trop  dequoy 
luy  satisfaire  sur  ce  point,  et  luy 
prouuer  plus  manifestement  qu’il  ne 
sçauraitnier  hardimeni,  par  la  consi- 
dération d’vn  chacun  des  ingrediens 
dudit  Egyptiac,  iceluy  non  seulement 
n’estre  veneneux,  mais  mesme  résister 
et  contrarier  directement  à toutes  sor- 
tes sortes  de  venins  et  pourritures  qui 
peuuent  survenir  aux  parties  char- 
neuses , à raison  de  quelque  playe  et 
vlcere. 

Il  dit  d’auantage,  que  la  disposition 
de  l’air  ne  peut  estre  cause  d’infecter 
et  rendre  les  playes  dangereuses  en 
vn  temps  plus  qu’en  autre.  En  cela  il 
demeurera  encore  tout  seul  de  ceste 


DES  PEAYES  ü’haRQVEEVSES. 


opinion.  Mais  s’il  eust  bien  leu  et  en- 
tendu Hippocrates,  il  n’eust  si  legere- 
ment  contemné  la  constitution  des 
saisons,  et  l'infection  prouenante  de 
l’air,  non  pas  simple  et  élémentaire  , 
(car  estant  simple , iamais  n’acquiert 
de  pourriture)  mais  par  addition  et 
meslange  de  vapeurs  corrompues  es- 
parses  en  luy , comme  i’ay  escrit  en 
mon  Traité  De  la  Peste  i.  Car  d’au- 
tant que  l’air  qui  nous  enuironne  et 
est  contigu,  estperpetuellementneces- 
saire  à notre  vie,  il  faut  que,  selon  sa 
disposition,  nostre  corps  soit  aussi  al- 
téré en  plusieurs  et  diuerses  maniè- 
res, à cause  que  nous  l’attirons  con- 
tinuellement par  le  moyen  des  poul- 
inons, et  autres  parties  dediées  à la 
respiration  , et  mesmes  par  les  pores 
et  petits  pertuis  inuisibles  de  tout  le 
corps,  et  par  les  arteres  espandues  au 
cuir  : ce  qui  se  fait  tant  pour  la  géné- 
ration de  l’esprit  de  vie,  que  pour  ra- 
freschir  et  fermenter  nostre  chaleur 
naturelle.  A ceste  cause  s’il  est  immo- 
dérément chaud,  froid,  humide,  ou 
sec,  ou  autrement  vicié , il  altéré  et 
change  la  température  du  corps  en 
semblable  constitution  que  la  sienne. 
Cela  se  voit  clairement,  lors  qu’il  est 
infecté  par  des  vapeurs  putredineu- 
sesetcharogneuses  produites  par  vne 
grande  multitude  de  corps  morts , 
non  assez  tost  enseuelis  en  la  terre  , 
comme  d’hommes,  decheuaux  et  bes- 
tes  : comme  il  aduient  apres  quelque 
bataille,  ou  quand  plusieurs  hommes 
péris  par  naufrage  ont  esté  iettés  au 
riuage  par  les  flots  de  la  mer. 

Pour  exemple , on  a connu  recen- 
tement  la  corruption  de  l’air  prove- 
nante des  corps  morts  au  chasteau  de 
Pene,  sur  la  riviere  de  Lot  : auquel 
lieu  Tan  1562,  au  mois  de  Septembre, 

1 Le  Traité  De  la  Peste  avait  paru  en  1568. 


17,5 

pendant  les  troubles  premiers  adue- 
nus  à cause  de  la  religion , fut  ietlé 
grand  nombre  de  corps  morts  dedans 
vn  puits  profond  de  cent  brassées  ou 
enuiron,  duquel  deux  mois  apres  s’es- 
leva  vne  vapeur  puante  et  venimeuse, 
qui  s’espandit  par  tout  le  pays  d’Age- 
nois  et  lieux  circonuoisins,  iusques  à 
dix  lieues  à la  ronde,  dont  plusieurs 
furent  infectés  de  peste. 

Dequoy  ne  se  faut  esmerueiller  : 
car  les  vents  soufflons  et  poussans  les 
exhalations  et  vapeurs  pourries  d’vn 
pays  en  autre , font  pulluler  la  peste. 
Par  ainsi  la  maligne  constitution  de 
l’air , soit  que  la  cause  en  soit  ma- 
nifeste ou  occulte,  peut  rendre  les 
playes  putrides,  altérer  les  esprits  et 
les  humeurs  , et  causer  la  mort.  Ce 
que  l’on  ne  doit  point  attribuer  aux 
playes',  attendu  que  ceux  qui  sont 
blessés , et  ceux  qui  ne  le  sont  aucu- 
nement, en  sont  egalement  infectés , 
et  tombent  en  mesmes  inconueniens. 
Monsieur  D’Alechamps  en  sa  Chirur- 
gie française  , parlant  des  choses  qui 
empeschent  la  curation  des  vlceres , 
n’a  point  oublié,  que  quand  en  au- 
cune prouince  régné  quelque  pesti- 
lence , ou  maladie  epidemiale , par  le 
vice  de  l’air  cela  fait  les  vlceres  incu- 
rables , ou  tres-difficiles  à guarir.  Le 
bon  vieillard  Guidon  a pareillement 
escrit,  que  les  playes  de  la  teste  es- 
taient plus  difficiles  à guarir  à Paris 
qu’en  Auignon  : et  les  vlceres  des  iam- 
bes  plus  fascheuses  en  Auignon  qu’à 
Paris  1 : d’autant  qu’à  Paris  l’air  est 
plus  froid  et  humide , qui  est  chose 
contraire,  principalement  aux  playes 
de  la  teste  : au  contraire  en  Auignon, 
la  chaleur  de  l’air  ambiens  est  cause 
de  liquéfier  et  subtilier  les  humeurs  : 
ainsi  plus  facilement , et  en  plus 

' Au  Traicté  Des  vlceres.  — A.  P. 


lê  NiiVFiÉMÊ  Livré, 


176 

grande  abondance  découlent  aux  ïam- 
bes, d’où  vient  que  la  guarison  des  vl- 
ceres  d’icelles  est  plus  dificile  en  Aui- 
gnon  qu'à  Paris.  Que  si  quelqu’un 
alléguant  l’experience,  dit  au  con- 
traire que  les  playes  de  teste  sont  !e 
plus  souuent  mortelles  és  régions 
chaudes , ie  lui  respondray  cela  ne 
prouenir  à raison  de  Pair,  qui  est  plus 
chaud  et  sec  : mais  plustost  à cause  de 
quelque  humidité  superflue  et  raau- 
uaise  vapeur  communiquée  à l’air  , 
comme  il  se  fait  és  lieux  de  Prouence 
et  d’Italie  , prochain  de  la  mer  Médi- 
terranée. De  fait,  qu’il  11’y  a si  petit 
Chirurgien  qui  ne  sçache  qu’estant 
l’air  chaud  et  humide,  facilement  les 
playes  degenerent  en  gangrené  et 
pourriture  *.  Et  quant  à l’experience, 
ie  luy  bailleray  bien  familière  : c’est 
qu’en  temps  chaud  et  humide,  et  lors 
que  le  vent  Austral  souffle  , les  vian- 
des pourrissent  en  moins  de  deux  heu- 
res, tant  soient-elles  fraisches,  de  fa- 
çon que  les  bouchers  en  ce  temps  là  ne 
tuent  leurs  bestes  qu’à  mesure  qu’ils 
les  vendent.  Aussi  n’y  a-il  doute  au- 
cune que  les  corps  humains  ne  tom- 
bent en  affection  contrenature.  quand 
les  saisons  pervertissent  leurs  quali- 

1 Cette  dernière  phrase  est  remplacée  dans 
l’édition  de  1575  parcelle-ci: 

Semblablement  monsieur  Jouberl  en  son 
Traiclé  des  playes  f, dictes  par  hucquebules  es- 
eril  qu'estant  l’air  chaud  et  humide  , etc. 

Cette  apologie  ayant  été  publiée  en  1572, 
il  serait  assez  difficile  de  comprendre  com- 
ment A.  Paré  y cite  L.  Joubcrt , si  l’on  s’en 
rapportait  à Portai  et  Haller  qui  renvoient 
l’ouvrage  de  ce  dernier  à l’an  1581.  A la 
vérité,  ils  citent  tous  deux  sa  troisième  édi- 
tion ; mais  la  date  de  la  première  restait 
un  problème  bibliographique.  J’ai  fait  voir 
qu’elle  avait  dû  paraître  en  1 570  , puisque 
Joubert,  dans  sa  dédicace  à Henri  lit , dit 
qu'il  lui  avait  fait  présent  de  son  livre  te 
premier  iour  de  l’an  1570,  après  la  victoire 
de  Montcontour. 


tés  par  la  mauuaise  disposition  dé 
l’air,  dont  011  a veu  par  certaines  an- 
nées, que  les  naurés  estoient  tres- 
difficiles  à guarir , et  souuent  mou- 
roient  de  fort  petites  playes,  quelque 
diligence  que  les  Médecins  et  Chirur- 
giens y peussent  faire. 

Ce  que  bien  remarquay,  estant  le 
siège  deuant  Rouen.  Car  le  vice  de 
l’air  alteroil  et  corrompoit  tellement 
le  sang  et  les  humeurs,  par  l’inspira- 
tion et  transpiration,  que  les  playes 
en  esloienl  rendues  si  pourries  et 
puantes  qu’il  en  sortoit  vne  feteur 
cadauereuse.  Et  si  d’auenture  on  pas- 
soit  vn  iour  sans  les  penser,  on  y trou- 
uoit  le  lendemain  grande  quantité  de 
vers , auec  vne  puanteur  merucil- 
leuse,  dont  se  leuoient  vapeurs  pu- 
trides, qui  par  leur  communication 
auec  le  cœur  causoient  fiéure  conti- 
nue : auec  le  foye  empeschoient  la 
bonne  génération  du  sang,  et  auec  le 
cerueau  produisoient  alienation  d’es- 
prit, resuerie,  conuulsion  , vomisse- 
mens  , et  par  conséquent  la  mort.  Et 
lors  qu’on  les  ouuroit,on  trouuoit 
plusieurs  apostemes  en  diuerses  par- 
( es  de  leurs  corps,  pleines  d’vn  pus 
verdoyant  et  fetide.  De  sorte  que  ceux 
qui  estoient  dedans  la  ville , voyans 
telles  choses,  et  que  leurs  blessés  11e 
se  pouuoient  guarir , disoient  que 
ceux  de  dehors  auoient  empoisonné 
leurs  balles,  et  ceux  de  dehors  en 
disoient  autant  de  ceux  de  dedans. 
Et  de  fait,  apperceuautqueles  playes 
se  tournoient  plustost  à pourriture 
qu’à  quelque  bonne  suppuration  , ie 
fus  contraint,  et  auec  moy  la  plus 
grande  part  des  Chirurgiens , laisser 
les  suppuratifs,  et  en  lieu  d’iceuxvser 
de  l’onguent  Egyptiac  et  autres  re- 
inedes  semblables , pour  obuier  à la- 
dite pourriture  et  gangrène,  et  autres 
accidens  susdits. 


DES  PLAYES  D HARQVEBVSES. 


D’auantage,  si  le  diuers  cours  du 
ciel  a la  puissance  et  la  force  d’impri- 
mer vne  pestilence  en  nous  par  ses  in- 
fluences, pourquoy  ne  luy  sera-il  pos- 
sible de  faire  le  semblable  en  vne 
playe,  et  l’infecter  en  plusieurs  ma- 
niérés? L’experience  nousen  rend  bon 
et  suffisant  tesmoignage,  non  seule- 
ment en  temps  chaud,  mais  aussi  en 
hyuer.  Car  mesme  nous  voyons  que 
les  malades,  tant  vulnerés,  qu’autre- 
ment  disposés  contre  nature,  sont  plus 
tourmentés  sans  comparaison  de  leurs 
douleurs  quand  il  veut  pleuuoir,  que 
lors  qu’il  fait  beau  temps,  à raison  de 
l’air  vaporeux  et  ténébreux  , et  vent 
Austral,  qui  meut  et  agile  intérieure- 
ment les  humeurs , qui  puis  apres  se 
deschargent  sur  les  parties  affligées  , 
et  y augmentent  les  douleurs. 

Nos  Ire  Médecin  a aussi  escrit , 
qu’aux  batailles  de  Dreux  et  saint 
Denis,  qui  furent  données  en  temps 
d’h  y lier,  mourut  un  grand  nombre 
d’hommes  : ce  que  ie  confesse  bien  : 
mais  ie  luy  nie  que  ce  fust  par  l’appli- 
cation des  medicamens  suppuratifs 
ou  des  corrosifs , ains  par  la  vehe- 
mence  de  leurs  blessures , et  pour  le 
desordre  que  le  boulet  faisoit  en  leurs 
membres  : à quoy  aidoit  grandement 
la  nature  des  parties  blessées,  et  la 
température  des  malades,  et  sur  tout 
le  froid.  Car  le  froid  rend  les  playes 
difficiles  à guarir,  voire  cause  sou- 
uent  gangrène  el  totale  mortification, 
comme  tesmoigne  Hippocrates  *.  Et 
s’il  eust  esté  auec  moi  au  siégé  de 
Metz,  il  eust  veu  beaucoup  c^psoldats 
ayans  les  iambes  esthiomences  par  le 
froid , et  vneinfmité  qui  moururent  par 
la  violence  du  froid,  encore  qu’ils  ne 
fussent  vulnerés.  S'il  ne  le  veut  croire, 
ie  le  renuoiray  sus  le  mont  Senis  en 

1 Aphor.  20  du  5.  liure.  — A.  P. 

II. 


177 

temps  d’hyuer , où  plusieurs  laissent 
la  vie,  et  sont  transis  tout  en  vn  mo- 
ment, tesmoin  la  chapelle  des  Transis 
qui  en  a pris  le  nom. 

Il  m’a  pareillement  calomnié,  d’a- 
uoir  fait  simililude  du  tonnerre  à l’ar- 
tillerie. Véritablement  on  peut  dire 
qu’ils  ont  semblables  effets  : car  la 
diabolique  poudre  à canon  fait  des 
choses  si  merueilleuses , qu’il  est  fa- 
cile à prouver  qu’ils  ont  grande  simi- 
lilude entre  eux.  Et  premièrement  on 
peut  comparer  le  feu  sortant  parla 
lumière  du  canon  à l’esclair,  en  ce 
qu’il  est  veu  parauant  que  le  tonnerre 
soit  ouy.  Car  le  semblable  se  fait  en 
l’autre:  ce  qui  aduient,  parce  que  l’o- 
reille n’est  si  prompte  que  l’œil  à re- 
ceuoirles  obietsdeson  sens.  On  peut 
aussi  comparer  l’espouuentable  bruit 
que  font  les  gros  canons,  à celuy  de 
la  foudre  : lellement  que  lors  qu’il  se 
fait  quelque  grande  batterie  auec  de 
grosses  pièces,  on  en  oit  le  bruit  quel- 
quesfois  loing  de  vingt  lieues , plus 
ou  moins,  ainsi  que  le  vent  rapporte 
le  retentissement  du  son.  Les  pre- 
miers coups  ne  sont  pas  entendus, 
comme  les  autres  suiuans.  C’est  que 
par  la  multiplication  des  sons  s’enlre- 
suiuans  et  succedans , le  plus  proche 
pousse  son  voisin , qui  puis  apres 
pousse  l’autre,  et  l’autre  l’autre  , et 
vient  à nos  oreilles.  Semblablement 
les  balles  icttées  par  la  poudre  d’vne 
vitesse  inestimable,  rompent  et  bri- 
sent tout  ce  qu’elles  rencontrent , 
voire  ont  plus  de  force  contre  les  cho- 
ses dures  que  contre  les  molles  : eu  ce 
ressemblantes  au  tonnerre,  qui  com- 
minue  l’espée  dans  le  fourreau  qui 
demeure  entier,  fond  l’argent  en  vne 
bourse  sans  la  rompre.  Ainsi  (comme 
i’ay  par  cy  deuant  escrit)  on  a veu 
plusieurs  que  les  balles  11’ont  aucune- 
ment touchés , ausquels  neanlmoins 
1 2 


LE  NliVFlÉME  LIVRE  , 


178 

l'impétuosité  de  l’air  fait  par  la  pou- 
dre sortant  du  canon , a rompu  et 
brisé  les  os  sans  aucune  apparence 
manifeste  de  solution  de  continuité 
en  la  chair,  voire  les  a meurtris  et 
tués  promptement , comme  si  c’eust 
esté  la  foudre.  La  poudre  à canon  a 
aussi  une  odeur  puante , qui  sent  le 
soufre , imitant  l’odeur  qui  demeure 
au  lieu  où  sera  tombée  la  pierre  de  la 
foudre,  laquelle  non  seulement  les 
hommes  ne  peuuent  sentir , mais  les 
animaux  aussi  sont  contraints  d’aban- 
donner leurs  cauernes  et  tanières 
lors  qu’elle  y est  tombée,  ne  pouuans 
endurer  la  puanteur  sulfurée  dé- 
laissée par  le  tonnerre.  Mais  encore 
leur  similitude  est  plus  manifestéepar 
les  effets  de  ladite  poudre , laquelle 
estant  enclose  dedans  les  mines  et  con- 
uertie  en  vent  par  le  feu  qu’on  y met, 
boulcuerse  les  monceaux  de  terre 
aussi  gros  que  montagnes,  rompt  et 
démolit  les  fortes  tours, renuerse  les 
montagnes  c’en  dessus  dessous.  Ce  que 
i’ay  assez  donné  à connoistre  par  l’iiis- 
toire  que  i’ay  ailleurs  escrite , à sça- 
voir,  qu'on  a veu  puis  n'agueres  à Pa- 
ris le  feu  s’estant  mis  en  là  poudre  de 
l’Arsenac,  causer  une  si  grande  tem- 
peste,  qu  elle  fil  trembler  presque 
toute  la  ville,  et  tomber  par  terre  tou- 
tes les  maisons  prochaines  , descou- 
urit  et  defenestra  celles  qui  estoient 
plus  à l’escart  de  sa  furie  : brief , 
comme  la  foudre  en  s’éclatant , ren- 
versa ça  et  là  quelques  hommes 
demi-morts,  aux  vns  osta  la  veuë, 
aux  autres  l’ouye,  et  en  laissa  plu- 
sieurs non  moins  deschirés  en  leurs 
pauures  membres  que  si  quatre  che- 
uaux  les  eussent  escartelés  : et  tout  ce 
par  l’agitation  de  l’air  , en  la  sub- 
stance duquel  ladite  poudre  estoit 
conuertie.  Semblable  fait  arriua  en 
la  ville  de  Malines  fan  1546 , par  la 


cheutedu  tonnerre  dedans  une  grosse 
et  forte  tour,  où  y auoit  grande  quan- 
tité de  poudre  à canon,  qui  demolist 
presque  la  moitié  de  la  ville , et  tua 
un  grand  nombre  de  personnes,  dont 
i’ay  veu  depuis  peu  de  temps  les  ves- 
tiges encore  bien  appareils.  Ces  exem- 
ples sont  à mon  aduis  suffisans  pour 
contenter  nostre  Médecin , et  lui 
monstrer  qu’il  y a grande  similitude 
entre  les  effets  de  la  poudre  à ca- 
non et  du  tonnerre. 

Combien  que  ie  ne  veux  pour  cela 
confesser,  que  les  coups  d’harquebu- 
ses  soient  accompagnés  de  poison  et 
de  feu,  comme  les  coups  de  la  foudre. 
Car  encor’  qu’ils  conuiennent  les  uns 
auec  les  autres  par  les  similitudes 
prédites,  ce  n’est  pourtant  en  sub- 
stance et  matière,  mais  plustost  en  la 
maniéré  de  casser,  briser,  et  dissiper 
les  obiets  qu’ils  rencontrent  : à sça- 
uoir,  les  coups  de  foudre  par  le  moyen 
du  feu  et  de  la  pierre  engendrée  en 
iceluy,  elles  coups  de  canon,  par  l’air 
impétueusement  poussé,  qui  condui- 
sant la  balle , fait  vn  pareil  et  aussi 
tempestatif  desastre  que  le  tonnerre. 
Ces  choses  considérées,  ne  faut-il  pas 
confesser  que  ceux  qui  ont  escrit  que 
les  coups  de  canon  elle  tonnerre  ont 
grande  similitude  ensemble,  ne  l’ont 
dit  sans  raison  ? 

Au  demeurant,  ce  Médecin  n’a  pas 
eu  grande  peine  à prouuer  comme  la 
pouldre  à canon  n’est  venimeuse , et 
que  les  balles  ne  peuuent  brusler , 
non  plus  qu’à  inuenter  et  nommer  les 
instrumens  propres  à extraire  les  cho- 
ses estranges,  parce  qu’il  les  a trou- 
nés  tous  mâchés  en  mon  liure,  auec 
plusieurs  autres  choses  qu’il  a escri- 
tes,  comme  chacun  le  pourra  con- 
noistre par  la  conférence  de  son  li- 
ure et  du  mien.  11  a aussi  enrichi  son 
liure  de  plusieurs  sentences  et  raisons 


DES  PLAYES  D JIARQVEBVSLS.  1 TQ 


qu’il  a recueillies  d’vn  auteur  Italien, 
nommé  Bartholomeus  Magius,  Méde- 
cin deBoulongne,qui  enaescrit  assez 
bien  en  vn  Traité  intitulé,  De  Vulne- 
rum  Sclopetorum  curalione:  combien 
qu’il  ne  l’a  pas  reconnu  pour  guide, 
ains  l’ayant  traduit  presque  mot  pour 
mot,  en  a neantmoins  fait  son  pro- 
pre , et  pour  traducteur  s’est  nommé 
auteur. 

Venons  maintenant  à sa  belle  pra- 
tique et  méthode  nouuelle  de  guarir 
les  playes  faites  par  basions  à feu. 

Premièrement  il  veut  qu’on  y ap- 
plique des  medicamens  suppuratifs, 
lesquels  toutesfois  il  n’entend  estre 
cbauds  et  humides  , ny  de  substance 
emplastique  : mais  tout  au  contraire, 
il  lesordonnechaudsetsecs.  Parce(dit- 
il)  que  ce  n’est  pas  comme  aux  abcès, 
où  il  ne  faut  auoir  autre  cure  que  de 
suppurer  : mais  icy,  où  les  playes  sont 
auec  contusion,  plusieurs  et  diuerses 
indications  en  sourdent,  d’autant  que 
la  contusion  veut  estre  cuilte  et  meu- 
rie,et  la  playe  desseichée. 

Pour  respondre  à cela , ie  le  ren- 
uoycray  apprendre  la  nature  et  qua- 
lité des  suppuratifs  en  Galien  au  5.  des 
Simples,  et  tout  d’vn  chemin  au  10. 
de  sa  Méthode , qui  luy  enseignera 
qu’aux  maladies  compliquées  il  faut 
considérer  la  cause, l’ordre, et  l’vrgent. 
Puis  ie  luy  demanderay  volontiers , 
s’il  sçaura  guarir  la  playe  faite  par 
coup  de  boulet,  que  la  contusion  ne 
soit  premièrement  bien  suppurée.  Il 
me  semble  que  non  , et  de  ce  ie  m'en 
rapporte  au  Jugement  de  tous  bons 
praticiens.  Par  ainsi  notre  basiiicon, 
etnotreoieum  catellorum,e  t autrestels 
medicamens  suppuratifs  , seront  pro- 
pres à suppurer  les  playes  faites  par 
harquebuses. 

Secondement , il  veut  qu’on  mette 
dans  la  playe  de  l’oxycrat,  pour  es- 


tancher  le  flux  de  sang.  Et  s’il  ne 
peut  estre  arresté  par  ce  moyen  , 
qu’on  y applique  vn  médicament  fait 
de  blanc  d’œuf,  bol  armene,  vinaigre 
rosat,  et  du  sel.  le  laisse  à penser  si 
tels  remedes  ont  puissance  d’arrester 
le  flux  de  sang , estans  appliqués  de- 
dans la  playe.  Certes  ils  le  feroient 
plustost  fluer  d’auantage,  à cause  que 
le  vinaigre  est  de  qualité  tenue  et 
mordante,  causant  douleur , fluxion, 
inflammation  , et  autres  mauuais  ac- 
cidens , comme  ie  l’ai  connu  par  ex- 
périence : et  ne  sçay  aucun  Chirur- 
gien, qui  ayant  exercé  l’art,  voulust 
suiure  telle  façon  de  pratiquer  qu’il 
ne  s’en  trouuast  trompé.  A ce  propos 
me  souuienl  auoir  pensé  vn  More,  qui 
estoit  à monsieur  le  Comte  de  Roissy, 
lequel  fust  blessé  deuant  Boulogne, 
par  vn  Anglois  qui  luy  donna  vn  coup 
de  lance  au  trauers  du  bras.  Donc 
pourcuider  estancherle  sang,  ie  mis 
dedans  sa  playe  vn  restrainlif , où  il 
y auoit  du  vinaigre  à faute  d’autre. 
Mais  tost  apres  il  me  reuint  trouuer, 
disant  qu’il  luy  sembloit  auoir  le  feu 
au  bras , et  fus  contraint  de  le  penser 
de  nouueau,  et  changer  de  remede  en 
sa  playe,  appliquant  ledit  restraintif 
par  dessus.  le  croy  que  ce  Médecin 
n’a  connu  telle  chose  : autrement 
l’estimé-ie  si  homme  de  bien , qu’il 
ne  l’eust  mis  dedans  son  liure  pour 
vn  homme  restraintif  '. 

D’auantage  il  loué  sur  tous  autres 
remedes,  son  baume  fait  d’huile  de 
cire  et  myrrhe  battus  auec  vn  iaune 
d’œuf , ou  bien  le  baume  naturel 
qu’on  apporte  du  Pérou  : et  dit,  qu’ils 
consomment  1 humidité  superflue  des 

> La  polémique  en  retendrait  est  assez  po- 
lie, mais  la  politesse  du  texte  disparaît  devant 
cette  dure  note  marginale:  Erreur  couuerte 

d'ignorance. 


XgO  LE  NEVFIEME  LIVRE, 


play  es , et  confortent  tellement  les 
parties , qu’il  n’y  suruient  aucun  ac- 
cident périlleux  : et  neantmoins  dit 
qu’ils  ne  consolident  ne  font  repren- 
dre ces  playesicy,  comme  ils  feroient 
celles  qui  ont  esté  faites  de  taille. 
Véritablement  c’est  chose  bien  estran- 
ge,  de  vouloir  penser  et  guarir  les 
playes  contuses,  comme  les  simples 
qui  ne  demandent  que  seule  vnion. 
Outre-plus  ces  baumes  ne  peuueut 
estre  propres  aux  playes  faites  par 
liarquebuses , d’autant  que  par  leur 
siccité  ils  empescheroient  la  suppu- 
ration, sans  laquelle  ne  penuent  estre 
guaries.  Et  s’ils  y conuiennent  en  au- 
cune maniéré  , ce  sera  seulement 
apres  que  la  contusion  sera  suppurée, 
et  la  playe  mondifiée.  Mais  encore  ne 
sçay-ie  où  l’on  pourroil  trouuer  tant 
d’extracteurs  de  quinte-essence,  pour 
préparer  et  fournir  tant  de  baumes 
qu'il  faudroit  pour  penser  les  soldats 
qui  seroient  blessés  en  vne  rencontre 
ou  bataille , ou  en  quelque  assaut  de 
ville  : ne  où  ils  prendroieut  l’argent 
pour  satisfaire  aux  frais 

Venons  au  reste.  Il  ordonne  que 
ces  baumes  soient  instillés  dedans  les 
playes  sans  tentes  : et  se  reprenant, 
puis  apres  dit,  qu’il  seroit  bon  y en 
mettre  vne  petite  et  courte,  seulement 
pour  empeseher  que  les  bords  de  la 
playe  ne  se  reioignent.  Comment  se- 
roit-il  possible  que  ces  baumes  et 
autres  onguens  peussent  estre  portés 
au  fond  delà  playe,  sans  tentes  ou 
sétons,  desquels  l’vsageest  principale- 
ment de  porter  les  medicamens  ius- 
ques  au  profond  des  playes , et  les 
tenir  ouuertes  pour  donner  issue  aux 
choses  estr anges?  Tous  les  bons  pra- 

> Hespon.se  plaisante  et  a propos.  — Cetle 
remarque  au  moins  fort  naïve  est  d’A.  Taré 
lui-même. 


ticiens  ne  luy  accorderont  iamais  ce 
point,  ne  ceux  qui  sçauent  que  c’est 
de  penser  telles  playes.  Or  il  y a en- 
core icy  vne  chose  digne  d’ estre  bien 
notée  : c’est  qu’apres  auoir  reprouué 
l’onguent  Egyptiac,  il  ne  laisse  pour- 
tant de  commander  qu’on  l’applique, 
depuis  le  commencement  iusques  à ce 
que  la  contusion  soit  du  tout  suppu- 
rée : et  veut  qu’on  en  vse  ainsi.  Prenez 
(dit-il)del’Egyptiacdissoulten  vne  dé- 
coction faite  de  la  sommité  d’aluyne 
et  de  millepertuis,  et  de  petite  cen- 
taure et  plantain , et  en  syringuez 
la  playe.  Il  en  descrit  puis  apres  vn 
autre  fait  d’eau  de  plantain  et  miel 
rosat,  bouillis  ensemble  à l’espaisseur 
et  consistence  de  miel,  en  l’escumant 
bien  : puis  mesle  autant  de  cecy  que 
d’Egyptiac  ensemble , et  dit  que  cest 
onguent  suppure  les  harquebusades. 
le  laisse  à penser  aux  lecteurs  Chi- 
rurgiens expérimentés,  si  tels  reme- 
des  sont  suppuratifs.  Quant  à moy,  ie 
les  estime  plus  propres  à deterger  et 
mondifier,  qu’à  suppurer. 

Il  a finalement  escrit , qu’il  ne  faut 
penser  la  playe  que  de  quatre  en  qua- 
tre iours.  Et  s’il  y a fracture  d’os , 
qu’on  n’y  touche,  ou  qu’on  ne  leue 
l’appareil,  iusques  au  huitième  iour. 
Plus  il  dit  en  vn  autre  endroit,  qu’il 
est  conuenable  instiller  tous  les  iours 
dix  ou  douze  gouttes  de  son  baume 
dedans  la  playe.  Véritablement  telle 
doctrine  est  pour  bien  estonner  le 
ieune  Chirurgien,  pour  sçauoir  quelle 
manière  de  pratiquer  il  deura  sui- 
ure.  Et  qui  suiura  la  sienne,  ie  le  puis 
asseurer  qu’il  fera  soutient  ouurir  le 
ciel  el  la  terre  : le  ciel  pour  receuoir 
les  âmes,  et  la  terre  pour  les  corps. 

Mais  c’est  assez  parlé  de  cette  ma- 
tière pour  le  présent , puis  que  nous 
sommes  asseurés  que  toutes  ces  peti- 
tes caVùllationsne  pourront  en  rien  di- 


UES  PLAYES  u’pfABQVEBVSES. 


miner  la  réputation  de  nostre  liure  : 
duquel  les  estrangers  ont  tant  fait 
de  cas,  qu’ils  l’ont  traduit  en  leurs 
langues  maternelles  pour  en  auoir 
communication  L Partant  nous  di- 
rons adieu  à nostre  Médecin , apres 
l’auoir  prié  de  reuoir  et  corriger  son 
liure  le  plustosl  qu’il  pourra,  pour  ne 
retenir  plus  longuement  les  ieunes 
Chirurgiens  en  l’erreur  dont  ilspour- 
roient  auoir  esté  imbus  par  la  lec- 
ture d’iceluy  : car  les  plus  courtes 
folies  sont  les  meilleures. 


CHAPITRE  XIX. 

AVTRE  DISCOVRS  SVR  LA  QVESTION  DE 
LA  VENENOSITE  DES  PLAYES  d’HAR- 
OVEBVSES  2. 

le  me  suis  trouué  depuis  quelques 
mois  en  la  compagnie  de  quelques 
doctes  Médecins , et  bien  expers  Chi- 
rurgiens, lesquels  par  maniéré  de 
deuis , remettant  en  ieu  la  question  de 
vénénosité  des  playes  d’harquebuses , 
s’efforçoient  principalement  par  cinq 
raisons  de  prouver  la  vénénosité  estre 
coniointe  auec  icelles  playes  : non  à 
raisou  de  la  poudre  à canon  , la- 
quelle ils  confessoient  auec  moy 
estre  exempte  de  tout  venin , et  en  sa 
composition,  et  en  son  essence  : mais 
à raison  de  la  balle , dedans  laquelle 
le  venin  pouuoit  estre  transmis,  mix- 
tionné  et  incorporé. 

La  première  raison  est,  que  le 
plomb  estant  fort  rare  et  spongieux, 
comme  la  facilité  de  sa  fusion  et  mol- 

’ Aucun  bibliographe,  n’a  fait  mention 
de  ces  traductions  indiquées  par  A.  Paré. 
Peut-être  parle-t-il  ici  d'après  ce  que  Guil- 
lemeau  lui  en  avait  rapporté. 

2 Ce  dernier  chapitre  a paru  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  de  1579. 


1 8 1 

lesse  le  monstrent , est  par  consé- 
quent fort  propre  à s’imbiber  de 
quelconque  liqueur.  Mais  telle  consé- 
quence me  semble  peu  asseurée  : car 
en  toute  mixtion  artificielle,  quelle 
est  celle  dont  nous  parlons,  il  y a 
deux  choses  à considérer  : la  matière 
des  corps  qui  entrent  en  la  mixtion, 
et  la  forme  selon  la  matière.  Tels 
corps  doiuent  estre  liquides,  ou  mois, 
ou  friables  et  aisés  à mettre  en  petites 
portions,  à fin  que  facilement  de  tou- 
tes parts  elles  se  puissent  rencontrer, 
ioindre,  et  vnir.  Selon  la  forme,  elles 
doiuent  estre  alliables  et  compatibles 
les  vnes  auec  les  autres  : ce  qui  se 
connoist  euidemment  en  l’eau  :et  en 
combien  que  leurs  matières  soient  li- 
quides et  aisées  à mesler  auec  infinies 
autres  choses , ne  pouuans  touteslois 
estre  meslées  ensemble  à raison  de 
l’antipalhie  de  leurs  formes.  Ainsi 
l’or  et  l’argent  sont  tant  amoureux 
du  plomb,  que  quand  il  est  question 
de  les  fondre,  on  les  met  pelle-mesle 
auec  le  plomb  : mais  l’airain  de  tant 
fuit  le  plomb,  que  le  mesme  or  et  ar- 
gent fuyentl’estain  (ou  plomb  blanc). 
Si  donc  le  plomb  et  l’airain  liquéfiés 
ne  se  peuuent  mesler  ensemble , bien 
qu’ils  soient  contenus  sous  vn  mesme 
genre  et  espece  métallique,  comme 
sepourroit  incorporer  le  plomb  auec 
autre  chose  veneneuse,  d’espece  et 
forme  toute  differente? 

Venons  à la  seconde  raison.  Le  fer 
(disent-ils)  qui  est  plus  dense , solide, 
et  moins  poreux,  peut  receuoir  quel- 
que qualité  veneneuse  , comme  le 
monstrent  les  fléchés  enuenimées 
dont  les  anciens  vsoient  : parquoy 
le  plomb  pourra  à plus  forte  raison 
receuoir  tel  venin.  Pour  responseie 
dis,  que  le  venin  peut  bien  estre  re- 
ceu  en  la  superficie  du  fer,  mais  non 
pas  eu  sa  substance  intérieure  par 


182 


LE  NEVF1ÉME  LIVRE  , 


meslange.  Or  est-il  icy  question  d'in- 
corporation , et  non  de  simple  endui- 
sement  et  inonction. 

Voyons  la  troisième  raison.  Non- 
obstant ( disent-ils)  que  le  plomb  re- 
iette  sa  crasse  et  ordure  à la  fonte, 
toutesfois  il  ne  lairra  de  receuoir  et 
s’abreuuer  de  quelque  substance 
estrangere  : car  ainsi  que  l’acier,  mé- 
tal entre  tous  le  plus  solide,  reçoit 
vue  trampe  qui  l’endurcit,  de  toute 
contraire  substance.  Pour  response 
ie  dis , que  quand  ja  trampe  est  don- 
née à l’acier , icelle  n’est  receuë  de- 
dans la  substance  intérieure  d’iceluy: 
car  si  telle  chose  estoil  necessaire 
pour  l’endurcissement,  cela  se  feroit 
plus  aisément  lorsque  l’on  fond  et 
liquéfié  ledit  acier,  meslant  la  trampe 
parmy  pour  l’incorporer, plustost  que 
d’attendre  qu’il  soit  pris  et  consolidé 
en  barre. 

Cesle  response  seruira  mesme  de 
réfutation  pour  la  quatrième  raison, 
par  laquelleils  disent  que  desjusdeNa- 
pellus  et  de  Rhododendron,  d’apium 
risus,  et  autres,  qui  de  toute  leur 
substance  blessent  et  corrompent  la 
nostre,  meslés  auec  le  plomb,  on  peut 
faire  des  mixtions  si  veneneuses  que 
les  playes  en  seront  nécessairement 
veneneuses.  le  dis  au  contraire,  que  la 
mixtion  est  seulement  des  choses  qui 
se  peuuent  non  seulement  appliquer, 
mais  aussi  attacher  et  adhérer,  bref 
incorporer  et  vnir  les  vnes  auec  les 
autres.  Or  comme  pourra  seulement 
adberer  l’eau  ou  autre  jus  quelconque 
liquide  auec  le  plomb , qui  est  dur  et 
solide,  tant  s’en  faut  qu’il  se  puisse 
vnir?  La  variété  de  cela  se  iugera 
mieux  par  expérience  que  par  raison. 
Faites  fondre  le  plomb  dedans  les  jus 
recités  cy  dessus,  ou  autres  que  vou- 
drez choisir.  Cela  fait,  pesez  l’vn  et 
l’autre,  vous  trouuerez  rester  l’egale 


mesure  desdits  jus  et  l’egal  poids  du 
plomb  qui  estoit  par  deuant  : signe 
très  euident,que  ny  le  plomb  ne  s’est 
rien  incorporé  desdits  jus,  ny  les  jus 
rien  perdu  de  leur  substance. 

La  cinquième  raison  est  telle.  La 
balle  laschée  d’vne  harquebuse  con- 
tre quelque  pierre  , ou  autre  corps 
de  pareille  dureté,  ne  s’eschauffe  pas 
tant  qu’elle  ne  se  laisse  bien  manier 
auec  la  main , si  on  la  prend  inconti- 
nent apres  le  coup.  Parquoy  cela  est 
faux,  que  le  venin  empraint  dedans 
la  balle  puisse  estre  consommé  par 
le  feu  de  la  poudre  enflammée.  Pour 
response  faut  noter,  que  quand  nous 
disons  qu’encore  qu’on  peust  empoi- 
gner la  balle,  toutesfois  le  feu  con- 
sommeroit  le  venin,  nous  entendons 
cela  non  du  feu  de  la  poudre  enflam- 
mée lors  qu’on  desserre  la  harque- 
buse , mais  du  feu  par  lequel  on  in- 
corpore le  plomb  fondu  auec  ledit 
poison  : lequel  agissant  immédiate- 
ment sur  le  venin  non  encore  enue- 
loppé  ny  embroüillé  d’aucun  corps 
estrange,  et  agissant  auec  temps  et 
loisir,  non  en  vn  instant  et  tout  à coup, 
peut,  sinon  consommer,  à loul  le 
moins  rabattre  grandement  les  for- 
ces du  venin.  Ceux  qui  ne  se  voudront 
contenter  de  ces  raisons,  qu’ils  lisent 
Malheole  sur  la  Préfacé  du  liure 
sixième  de  Dioscoride. 

« Il  y a , dit-il , des  modernes  si 
« fols  et  ignorans , qu’ils  ont  fait  ietter 
» dedans  l’or  ou  l’argent  fondu  , des- 
» quels  on  vouloit  faire  des  vases  , de 
» la  theriaque,  du  metridat,  et  au- 
« très  antidotes,  à fin  que  ces  me- 
« taux  ayans  acquis  à la  fonte  les 
«vertus  desdits  antidotes,  puissent 
» résister  aux  venins.  Mais  combien 
» ceste  opinion  est  sotte  et  ridicule, 
« ceux  mesmes  le  peuuent  iuger  qui 
» n’ont  que  médiocre  connoissance 


1 83 


DES  PLAYES  D 

» des  choses  naturelles , et  principa- 
» lement  des  métaux , tant  s’en  faut 
» qu’elle  ait  besoin  de  plus  euidenle 
» réfutation.  » 

Voila  les  raisons,  voilà  l’autorité 
qui  me  retiennent  en  ma  première 
opinion  des  playes  faites  par  liar- 
quebuses,  non  coniointes  avec  véné- 
nosité *. 


CHAPITRE  XVII. 

LES  DIFFERENCES  DES  PLAYES  FAITES 
PAR  FLECHES,  ET  DE  CELLES  QVI  SONT 
FAITES  PAR  H ARQVEBVSES  ®. 

Les  playes  qui  sont  faites  par  flé- 
chés, traits  d’arbaleste,  ou  autres 
bastons  semblables , different  en  deux 
choses  de  celles  qui  sont  faites  par 
harquebuses  et  autres  bastons  à feu  : 
car  aucunes  fois  elles  sont  trouuées 
sans  contusion,  ce  que  iamais  n’ad- 
uient  aux  playes  faites  par  bastons 
à feu  : souuent  aussi  sont  veneneu- 
ses.  Et  selon  ces  deux  différences 
faut  diuersifier  la  curation  : puis  con- 
sidérer les  différences  des  fléchés  et 
des  dards , pource  qu’elles  seruent 
beaucoup  à la  connoissance  et  cura- 
tion desdites  playes. 

1 On  trouve  en  regard  de  cette  dernière 
phrase  une  note  marginale  véritablement 
charmante  de  bonhomie  et  de  naïveté.  C’est 
A.  Paré  qui  dit  de  lui-même:  L' Auteur  se 
defend  tant  qu’il  peut  contre  ses  enuieux  et 
ennemis  de  son  Hure. 

2 Tout  ce  qui  se  rattache  aux  plaies  de  flè- 
ches , dards  , etc.,  était  rangé  sous  un  titre 
spécial  et  constituait  une  sorte  de  Traité  dis- 
tinct dans  les  éditions  de  1545  et  1552.  Dans 
celle  de  1564  , les  plaies  d’arquebuses  for- 
maient le  premier  livre,  et  les  plaies  de  flè- 
ches le  second. Ce  n’est  qu’à  partir  de  la  prc- 
mièreédition  des  OEuvres  complètes  que  ces 
deux  livres  ont  été  réunis. 


’harqvebvses. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  DIFFERENCE  DES  FLECHES 
ET  DARDS  L 

Les  fléchés  et  dards  different  en 
matière,  en  forme  ou  figure,  en  ma- 
gnitude , en  nombre , en  maniéré , et 
en  faculté  ou  vertu. 

La  différence  en  matière  est , que 
quelques-vnes  sont  de  bois , et  les 
autres  de  cannes  ou  roseaux  : les  vnes 
sont  en  leur  extrémité  garnies  de  fer, 
de  plomb,  d’estain,  d’airain,  de  corne, 
de  verre,  ou  d'os  : les  autres  non. 

La  différence  de  la  forme  est  telle , 
que  les  vnes  sont  rondes,  les  autres 
angulaires , les  autres  aiguës , les  au- 
tres barbelees  en  forme  d’espy  : les 
vnes  ont  la  pointe  tirant  en  arriéré, 
les  autres  en  bas  : et  aucunes  ont 
pointe  vers  les  deux  parties , sçauoir 
en  auant  et  en  arriéré  : aucunes  de 
costé  et  d’autre  : aucunes  sont  larges 
deuant  et  trenchantes  en  forme  de  ci- 
seau. 

Quant  à la  grandeur , aucunes  sont 
longues  de  trois  doigts  , et  les  autres 
moyennes. 

Le  nombre  les  fait  differentes  en  ce 
que  les  vnes  sont  simples,  n’ayans 
qu’vne  seule  pointe  : les  autres  sont 
composées,  en  ayant  deux,  ou  plu- 
sieurs. 

Aussi  en  icelles  la  maniéré  est  di- 
uerse.  Car  les  vnes  ont  le  fer  inséré 
dedans  le  fust  : les  autres  ont  le  fust 
inséré  dedans  le  fer  : les  vnes  ont  le 
fer  attaché  et  cloué  : les  autres  non  , 
et  tiennent  si  peu  qu’en  les  tirant  lo 
fer  demeure , qui  font  les  playes  beau- 
coup plus  dangereuses. 

'Ce  chapitre  manque  dans  l’édition  de 
1545;  il  a été  ajouté  en  1552. 


184 


LF.  NEVFIÉME  LIVRE, 


La  faculté  les  fait  différer,  en  ce 
qu’aucunes  sont  (comme  a esté  dit  ) 
enuenimées , les  autres  non. 

Telles  sont  les  différences  spéciales 
et  propres  des  fléchés  et  dards , selon 
lesquelles  les  dispositions  qu’elles  dé- 
laissent diuersifient  la  curation.  Tu 
peux  voir  en  ceste  figure  les  diffé- 
rences susdites  L 


» Cette  planche  est  un  curieux  monument 
de  l’histoire  militaire  du  xvic  siècle;  et  le 
P.  Daniel,  dans  son  Histoire  de  la  milice 
françoise  , n’a  pas  cru  pouvoir  mieux  faire 
que  de  la  copier.  On  y voit  environ  xingt- 
trois  figures  différentes  de  flèches  ou  fers  de 
flèches;  et  il  ne  serait  pas  sans  intérêt,  si 
ce  n’était  trop  nous  éloigner  de  notre  sujet, 
de  les  comparer  avec  les  vingt-deux  flèches 
décrites  par  Bertapaglia  environ  un  siècle 
auparavant.  Cette  planche  a paru  pour  la 
première  fois  dans  l’édition  de  1552;  celle 
de  1545  ne  donnait  pas  à beaucoup  près  au- 
tant de  figures;  mais  en  revanche  on  y en 
trouvait  deux  autres  qui  n’ont  pas  été  repro- 
duites dans  les  éditions  postérieures.  Ces 
voici  : 


^rxraZZZZZZ/Z^- 


CHAPITRE  XIX. 

DE  LA  DIFFERENCE  DES  PARTIES 
BLESSÉES  l. 

Ces  différences  exposées,  il  nous 
faut  consequemment  parler  de  ladi- 
uersité  des  parties  affectées  , qui  sont 
ou  charneuses,  ou  osseuses:  quel- 
ques-vnes  près  les  iointures,  les  au- 
tres dedans  icelles  : aucunes  auec 
grand  flux  de  sang  et  fracture  d’os, 
les  autres  non  : aucunes  sont  és  mem- 
bres principaux,  ou  semants  à iceux  : 
aucunes  profondes , les  autres  super- 
ficielles. Et  si  en  aucunes  de  telles 
playes  apparoissent  signes  manifestes 
de  mort , il  en  faudra  faire  bon  pro- 
gnostic  deuant  qu’y  toucher,  afin 
de  ne  donner  occasion  aux  ignorans 
de  mesdire  de  nostre  art. 

Or  laisser  le  trait  au  corps , cau- 
seroit  la  mort  ineuitable,  et  feroit 
estimer  le  Chirurgien  inhumain  et 
impitoyable , et  l’arrachant  le  malade 
par  aduenture  en  reschapperoit  : car, 
comme  auons  dit,  il  vaut  mieux 
tenter  vn  remede  douteux , que  de 
laisser  le  malade  sans  secours  2. 

1 Ce  chapitre  manque  comme  le  précédent 
dans  l’édition  de  1545  ; il  a été  aussi  ajouté 
en  1552,  à l’exception  du  dernier  paragraphe. 

2 Paul  Ægin. — Hippocrates.  — A.  P. 

Ce  paragraphe  a été  ajouté  ici  en  1575  sans 
que  l’auteur  se  soit  beaucoup  inquiété  s’il 
était  bien  à sa  place  ; il  ne  présente  pas  en  cll'et 
de  rapport  direct  ni  avec  le  chapitre  auquel  il 
appartient  , ni  avec  la  phrase  qui  précède. 
Il  est  très  clair  cependant  qu’il  s’y  rattache 
dans  la  pensée  de  l’auteur.  En  etl'et,  ce  pa- 
ragraphe est  extrait  mot  pour  mol  de  laCVn- 
rurgie  française  de  Dalechamps,  et  traduit 
du  chap.  88  de  Paul  d’Egine.  Paul  examine 
ce  qu’il  faut  faire  quand  le  trait  a pénétré 
dans  les  viscères  ; et  si  la  mort  est  prochaine 


DES  PLAYES 


CHAPITRE  XX. 

DE  L’EXTRACTION  DES  FLECHES. 

Touchant  l’extraction  des  Fléchés, 
il  faut  euiter  d’inciser , dilacerer  et 
rompre  les  veines,  arleres,  nerfs,  et 
fondons,  s’il  est  possible  : car  ce  se- 
roit  chose  ignominieuse,  et  contre 
l’art,  si  on  otfensoit  la  Nature  plus 
que  la  fléché. 

La  maniéré  de  les  tirer  est  double. 
L’vne  se  fait  par  extraction,  et  l’au- 
tre par  pousser  outre  >. 

Pourtant  dés  le  commencement  et 
premier  appareil,  il  conuient  oster 
les  choses  estranges  ( si  aucunes  y en 
a)  comme  les  fers  desdites  fléchés, 
leur  fust  ou  bois , ou  autres  choses 
semblables , ainsi  qu’il  a esté  dit  des 
Playes  faites  par  harquebuses,etpar 
les  mesmes  moyens.  Et  pour  mieux 
les  extraire , conuiendra  situer  le  pa- 
tient en  la  figure  qu’il  estoit  lors  qu’il 
fut  blessé,  pour  les  raisons  susdites, 
s’il  est  possible:  et  user  d’instrumens 
propres  à cest  effet,  principalement 
comme  est  cestuy,  qui  a vne  cannule 
fendue  et  dentelée  par  dehors , en 

il  ne  veut  pas  qu’on  y touche  ; mais  quand 
l’issue  est  incertaine , il  veut  qu’on  tente 
l’extraction  ; et,  entre  autres  motifs,  il  allè- 
gue celui  qui  est  contenu  dans  ce  passage. 
Cela  a donc  un  rapport  direct  avec  la  diffé- 
rence des  parties  blessées  qui  fait  le  sujet  de 
ce  chapitre;  seulement  Paré  a oublié  la  meil- 
leure partie  de  l’idée  qu’il  empruntait  à Paul 
d’Egine. 

1 Ces  deux  premiers  paragraphes  man- 
quent encore  dans  l’édition  de  1545;  ainsi, 
immédiatement  après  le  chapitre  17,  on  li- 
sait: Pourtant  dés  le  commencement,  etc.  L^s 
dates  diverses  des  intercalations  expliquent 
le  défaut  d’ordre  et  de  suite  qui  se  remar- 
que dans  la  rédaction. 


’harqvebvses.  1 85 

laquelle  s'insère  vne  verge  semblable 
à celle  du  tire-fond  de  l’harquebuse  , 
qui  a esté  figuré  cy  deuant , horsmis 
qu’elle  n’est  faite  à viz  en  son  ex- 
trémité. Aussi  est-elle  plus  grosse , à 
fin  de  dilater  la  cannule  pour  rem- 
plir la  cauilé  du  fer,  et  l’extraire 
hors , tant  des  parties  cliarneuses 
qu’osseuses , pourueu  qu’il  ne  soit 
demeuré  du  bois  de  la  fléché  en  la 
cauité  du  fer. 


Instrument  propre  à tirer  les  fers  des  Fléchés 
dont  le  fust  est  dehors. 


Cestuy  s’ouure  par  vne  viz  qui  s’insère 
dans  sa  cannule. 

Cest  instrument  aussi  y est  propre, 
qui  se  dilate  en  comprimant  les  deux 
extrémités  de  derrière , dentelé  aussi 
par  le  dehors,  ainsi  que  tu  peux  voir 
en  ceste  figure. 


gnée. 


Instrument  fermant  et  ouurant  à viz,  commode 
à lire r\  les  fers  de  flèches. 


LE  NEVFlÉME  LIVRE 


18G 

Les  signes  pour  connoistre  où  est 
le  1er , sont , que  si  l’on  touche  la 
partie  où  il  est,  l’on  sentira  aspérité 
et  inégalité  : aussi  la  chair  apparoistra 
contuse , liuide  et  noire  , et  le  patient 
sentira  pesanteur  et  douleur  conti- 
nuelle en  la  partie  vulnerée  ». 

Bec  de  grue  corbin  propre  à tirer  mailles  et 
autres  petits  corps  estranges. 


Autre  petit  crochet  pour  tirer  les  mailles  et 
autres  choses  estranges,  qui  se  pourront  ac- 
crocher : duquel  aussi  tu  te  pourras  seruir  à 
ce  mesme  effet  aux  blessures  des  harque- 
buses1 2. 

ns 


o 

Que  si  par  cas  fortuit  le  fer  bar- 
belé , soit  de  fléché  , picque,  dard  ou 
lance,  demeure  en  quelque  partie  du 

1 Ce  dernier  paragraphe  manque  dans 
l'édition  de  1545  ; il  existe  déjà  dans  celle 
de  1552. 

2 Le  premier  de  ces  cinq  instruments  est 
déjà  figuré  dans  quelques  éditions  de  Guy 
de  Chauliac  ; mais  tous  les  autres  me  parais- 
sent appartenir  à Paré. 


corps  : comme  ( pour  exemple  ) en  la 
cuisse  ou  iambe,  encores  auec  portion 
de  bois  qui  fust  rompu  par  esclats , 
alors  faudra  que  le  chirurgien  coupe 
le  bois  au-dessus  des  esclats  auec  te- 
nailles incisiues  : puis  qu’il  lire  ledit 
fer  avec  tenailles  dentelées,  comme 
tu  peux  connoistre  par  ceste  figure  L 


1 J’ai  eu  à vaincre  quelques  difficultés  pour 
rétablir  le  texte  de  ce  chapitre  , et  le  dispo- 
ser dans  un  ordre  convenable;  et  il  est  né- 
cessaire d’entrer  à cet  égard  dans  quelques 
détails. 

Dans  toutes  les  éditions,  à partir  de  celle 
de  1552,  le  texte  se  suit  couramment  jus- 
qu’au premier  paragraphe  de  la  colonne 
précédente  inclusivement;  après  quoi  ve- 
naient les  figures.  J’ai  commencé  par  re- 
placer les  figures  à la  suite  des  portions  du 
texte  qui  se  rapportent  à chacune  d’elles. 
De  ces  figures,  la  première,  ou  cannule  à 
viz,  existe  dans  toutes  les  éditions  ; la  deuxiè- 
me, espèce  de  dilatatoire,  et  la  troisième  re- 
I présentant  des  tenailles  à viz,  ne  datent  que 


DES  PLAYES 

Hippocrates  au  cinquième  des  Epi- 
demies , dit  auoir  osté  le  fer  d'vne 
sagette  , six  ans  apres  , estant  près 
l’aine1. 


CHAPITRE  XXI. 

COMMENT  IL  FAVT  PROCEDER  POVR  TIRER 
LES  FLECHES  ROMPVES. 

Mais  si  le  fer  est  d’aduenture  rompu 
de  telle  sorte,  qu’on  ne  le  puisse  pren- 
dre auec  les  susdites  tenailles , soit 

de  l’édition  de  1552.  En  même  temps  que 
les  tenailles  à vis,  dont  l’objet  est  le  même 
que  celui  des  deux  instruments  précédents , 
cette  édition  de  1552,  et  après  elle  toutes  les 
autres  , donnent  la  figure  du  bec  de  corbin 
courbé,  qui  a une  destination  toute  diffé- 
rente. Je  dois  dire  d’abord  que  cette  déno- 
mination ne  me  parait  pas  juste  ; et  il  suffit 
de  comparer  cet  instrument,  d’une  part  aux 
deu x becs  de  corbin  représentés  aux  pages  147 
et  224  de  ce  volume,  d’autre  part  au  bec  de 
unie  droit  delà  pagel48  pour  être  convaincu 
qu’il  mériterait  bien  mieux  d’être  appelé 
bec  de  grue  que  bec  de  corbin.  Toutefois  il  y 
a vne  telle  confusion  dans  tous  ces  instru- 
ments rostriformes , que  plus  d’une  fois, 
comme  nous  en  voyons  ici  un  exemple,  on 
donna  à l’un  le  nom  de  l’autre  ; et  je  n’ai 
point  voulu  corriger  le  texte  pour  si  peu  de 
chose. 

Mais  si  j’avais  laissé  réunis  le  bec  de  cor- 
bin et  les  tenailles  à viz  , je  n’aurais  su  où 
placer  le  paragraphe  qui  donne  les  signes 
pour  connoistre  où  est  le  fer.  J’ai  donc  séparé 
les  deux  instruments,  entre  lesquels  se  ca- 
sait naturellement  ce  passage. 

Le  petit  crochet  qui  vient  ensuite  est  une 
addition  de  l’édition  de  1664;  il  était  parfai- 
tement à sa  place,  de  même  que  le  para- 
graphe qui  le  suit  et  qui  date  de  1552. 

1 Cette  phrase  jetée  là  sans  liaison  avec  ce 
qui  précède  et  ce  qui  suit,  se  lit  pour  la 
première  fois  dans  l’édition  de  1585. 


’harqvebvses.  187 

tiré , si  possible  est , auec  le  bec  de 
Grue  ou  de  Corbin,  ou  autres  instru- 
mens  propres,  qui  ont  esté  dépeints 
cy  deuant  ‘. 

Et  si  le  fust  est  rompu  si  pi  es  du  fer, 
qu’on  ne  puisse  auoir  prise  audit  fer 
ny  au  fust  auec  le  bec  de  Grue,  alors 
faudra  l’extraire  auecques  le  Tire- 
fond  de  liarquebuse  : car  s’il  s’insère 
dedans  le  plomb,  à plus  forte  raison 
il  entrera  bien  dedans  le  bois.  Pareil- 
lement si  le  fer  estoit  barbelé,  ainsi 
que  souuent  est  le  fer  des  fléchés  An- 
gloises,  lors,  s’il  est  possible,  le  con- 
uient  pousser  outre  la  partie  avec  un 
instrument  propre  : car  par  ce  moyen 
l’oneuitera  plus  grand  danger,  pource 
qu’en  le  tirant , les  barbillons  pour- 
roient  rompre  tant  les  nerfs  que  les 
veines,  arteres,  et  autres  parties  Ce 
que  soingneusement  on  doit  euiter. 
Pour-ce  est-il  meilleur  de  faire  vne 
contr’ouuerlure  de  l’autre  part  à l’en- 
droit du  fer,  et  le  mettre  hors  en  pous- 
sant outre,  supposé  qu’il  y eust  petite 
espaisseur  à inciser  : car  par  ce  moyen 
et  en  moindre  danger  la  playe  qui 
aura  double  issue,  l’vne  par  deuant , 
et  l’autre  par  derrière , se  guérira 
plustost,  à raison  qu’on  y peut  appli- 
quer remedes  d’une  part  et  d’autre  , 
et  aussi  qu’elle  se  mondifiera  mieux. 
Au  contraire , si  le  fer  ayant  barbil- 

1 Ce  premier  paragraphe  se  lisait  déjà , 
sauf  quelques  légères  différences,  dans  l’édi- 
tion de  1545  : sa  rédaction  nouvelle  est  celle 
de  l’édition  de  1552.  J’observerai  seulement 
que  ces  deux  éditions  donnaient  ici  les  figu- 
res du  bec  de  grue  droit  et  du  bec  de  corbin-, 
et  qu’à  partir  de  celle  de  1564  ces  deux 
figures  ont  été  retranchées  de  ce  chapitre 
pour  être  reportées  au  chapitre  4 des  Playes 
d'harquebuses,  parmi  les  instruments  propres 
à l’extraction  des  balles. 

Tout  le  reste  de  ce  chapitre  se  retrouve 
également  dans  l’édition  de  1545. 


1 88 


LE  NEVFIÉME  LIVRE 


Ions  estoit  à l’endroit  d’vn  os , ou 
inséré  dedans , ce  que  souuent  ad- 
uient , au  profond  des  muscles  de  la 
cuisse,  des  bras,  des  iambes,  ou  d’au- 
tres parties,  esquelles  y auroit  grande 
distance  , lors  ne  le  conuient  pous- 
ser : mais  plustost  dilater  la  playe, 
en  euitanl  les  nerfs  et  grands  vais- 
seaux, ainsi  que  fait  le  bon  et  expert 
Chirurgien  anatomique  *. 

Aussi  faut  deuëment  appliquer  vn 
Dilatatoire  cane  en  sa  partie  interne, 
et  faire  de  sorte,  que  l’on  puisse  pren- 
dre les  deux  aisles  du  fer,  puis  auec 
le  bec  de  Grue  le  tenir  ferme,  et  tirer 
les  trois  ensemble  , comme  cestuy  te 
monstre. 

Dilatatoire , qui  a certaine  cauilé  au  dedans, 
auec  vn  bec  de  grue , tenant  vn  fer  barbelé. 


1 Pour  opérer  cetle  dilatation , Guy  de 
Chauliac  avait  déjà  décrit  un  instrument 
que  l’on  trouve  figuré  dans  l’édition  de  Ve- 
nise de  1546  et  dans  le  livre  de  Tagauit,  et 
qui  représente  absolument  le  lilhotome  ca- 
ché à deux  lames  et  à tige  droite.  Je  ne  sais 
comment  Paré  l’a  passé  sous  silence,  et  sur- 
tout comment  il  a oublié  un  autre  instru- 
ment qui  paraît  lui  appartenir  en  propre, 


CHAPITRE  XXII. 

CE  QV’lL  FAVT  FAIRE  SI  LA  FLECHE 
EST  IXSERÉE  EN  L’OS. 

Or  si  le  trait  ou  la  fléché  est  inséré 
dedans  l’os , de  façon  qu’il  ne  puisse 

et  qui  ne  pouvait  être  mieux  placé  qu’en 
cet  endroit.  C’est  véritablement  cette  fois  le 
lithotome  simple,  seulement  avec  le  tran- 
chant concave  au  lieu  de  l’auoir  convexe.  Il 
est  figuré  dans  l’édition  de  1564  , fol.  225, 
avec  ce  titre  : 

Cousteau  propre  lorsqu'on  veut  couper  grande 
quantité  de  chair,  lequel  se  cache  dedans  vue 
chasse  de  fer,  et  s’ouure  et  ferme  à viz  comme 
lu  peux  voir  à l’œil. 


Je  l’ai  retrouvé  là  , perdu  parmi  beau- 
coup d’autres,  sous  ce  titre  commun  : In- 
struments de  chirurgie , et  je  ne  sache  pas 
qu’Ambroise  Paré  en  ail  reproduit  la  figure 
dans  aucune  de  ses  autres  éditions. 


DES  PLATES  D HARQVEBVSES. 


189 


esfre  osté  en  poussant  outre,  mais 
bien  en  le  tirant  par  le  lieu  où  il  est 
entré,  il  le  conuient  esbranler  et 
mouuoir  sagement,  si  d’auenlure  il 
tient  fort  : se  donnant  bien  garde 
que  le  fer  ne  rompe  portion  d’iceluy 
demeurant  dedans  l’os  : ce  que  pour- 
ras faire  par  l’instrument  nommé  Bec 
de  Corbin,  ou  autres  propres  à ce, 
cy  deuant  figurés.  Quant-et-quant  ne 
faudras  à exprimer  le  sang,  le  lais- 
sant assez  couler,  prenant  indication 
de  la  vertu , à fin  que  la  partie  soit 
deschargée  et  moins  molestée  d’in- 
flammation , de  pourriture,  et  d’autres 
mauuais  accidens  *. 

L’extraction  faite  et  le  premier 
appareil,  si  la  playe  est  simple,  tu  la 
traiteras  comme  simple  : mais  s'il  y a 
complication , tu  la  cureras  selon  que 
les  disposilions  seront  compliquées. 
Pour  appaiser  la  douleur,  tu  pourras 
appliquer  auec  grand  profit  oleum 
catellorum  de  nostre  description  cy 
deuant.  Et  pour  suruenir  aux  autres 
accidens , auras  recours  aux  playes 
en  général,  et  à celles  des  harquebu- 
sades  2. 


1 Ce  premier  paragraphe  manque  dans 
l’édition  de  1545  et  appartient  à celle  de 
1552.  Il  constituait  un  chapitre  à part  dans 
celle  de  1564. 

Il  y a du  reste  une  lacune  louchant  les 
moyens  connus  au  xvic  siècle  pour  arracher 
un  trait  fiché  dans  les  os.  Guy  de  Chauliac 
avait  déjà  indiqué  l’arbalète,  dont  on  a fait 
très  gratuitement  honneur  à Tagault,  et  c’é- 
tait ici  le  lieu  de  rappeler  les  tenailles  de  ma- 
réchal avec  lesquelles  Paré  lui-même  avait 
arraché  le  tronçon  de  lance  enfoncé  dans 
la  mâchoire  supérieure  du  duc  de  Guise. 

2 La  première  édition  portait  : 

« El  faull  aux  aullres  accidents  suruenir 
selon  la  nature  et  exigence  d'iceulx  : ce  qu’on 
peult  trowier  en  Guidon  au  Traicté  des  playes , 
et  par  toute  la  metliode  de  Galien  : et  aussi 


CHAPITRE  XXIII. 

DES  BLESSVRES  ENVENIMÉES1. 

Reste  maintenant  à entendre  et  con- 
sidérer que  ces  playes  sont  quelques- 
fois  envenimées  ( comme  nous  avons 
dit) , et  que  cela  prouient  de  la  cause 
primitiue  des  fléchés  ainsi  préparées 
par  l’ennemy.  Ce  que  l’on  peut  con- 
noistre,  tant  par  le  récit  du  patient , 
disant  sentir  grande  et  poignante 
douleur,  comme  s’il  eust  esté  mords 
de  mousches  à miel  (principalement 
és  venins  chauds , desquels  on  vse 

comme  il  a esté  par  cy  deuant  dict  des  playes 
faicles  par  harquebuses , pource  qu’elles  sont 
quasi  semblables.  Fol.  33,  vers. 

La  nouvelle  rédaction  ne  date  que  de  1575. 

■ Ce  chapitre  n’est  guère  plus  long  que  le 
précédent  dans  les  éditions  complètes  d'Am- 
broise Paré.  Après  avoir  mentionné  les  sca- 
rifications, les  ventouses  et  la  succion,  elles 
ajoutent  : 

Se  fera  aussi  attraction,  application  d'on- 
gaens,  cataplasmes , cmplastres , vésicatoires , 
cautères,  epilhemes  et  autres  choses  qui  seront 
déclarées  cy  apres , parlant  des  morsures  et 
piqueures  de  besles  veneneuses. 

Les  éditions  de  1545  et  1552,  mais  surtout 
celle  de  1564,  s’élendaient  beaucoup  au  con- 
traire sur  le  traitement  des  plaies  enveni- 
mées. Avant  de  décider  si  je  reproduirais 
ici  le  texte  le  plus  complet,  j’ai  dû  rechercher 
avec  soin  si  véritablement  les  passages  re- 
tranchés n’auraient  pas  été  reportés  au  livre 
des  Venins  auquel  Paré  renvoie;  et  je  me  suis 
convaincu  que  si  le  livre  des  Venins  a fait 
en  effet  quelques  emprunts  au  livre  des 
Playes  de  fleclies  de  l’édition  de  1564,  il  est 
loin  cependant  de  l'avoir  reproduit  ni  tex- 
tuellement ni  intégralement.  En  conséquen- 
ce, j’ai  suivi  exactement  pour  ce  chapitre 
le  texte  de  1564,  rejetant  parmi  les  notes  les 
variantes  de  1545,  de  1552,  et  enfin  celles 


îqo  LE  NEVFIEME  LIVRE, 


plus  soutient  en  tel  cas  ) 1 que  par  la 
chair  du  vulneré , qui  devient  pâlie  et 
aucunement  liuide,  auec  quelque  ap- 
parence de  mortification.  A quoy  plu- 
sieurs autres  griefs  et  plus  grands 
accidens  suruiennent,  qui  n'ont  cous  - 
tume  d’aduenir  aux  autres  playes,  où 
n’y  a point  de  vénénosité.  Parquoy 
du  commencement  ( apres  auoir  tiré 
les  choses  estranges,  si  aucunes  y 
en  a)  faut  faire  des  scarifications  as- 
sez profondes  autour  de  la  playe , y 
appliquant  ventouses  auec  grande 
tlambe,  à fin  de  faire  attraction  et va- 
cuation  de  la  matière  virulente  2. 

Pareillement  est  vne  operation  tres- 
vtile  et  de  merueilleux  effet,  faire 
succer  la  playe  par  quelque  personne, 

des  éditions  complètes.  Il  en  résulte  que  non 
seulement  ce  chapitre  sera  beaucoup  plus 
long  que  celui  des  éditions  complètes,  mais 
encore  qu’il  sera  suivi  d’un  autre  qui  forme 
le  neuvième  du  livre  des  Playes  de  fléchés  en 
1564,  et  qui  se  trouvera  naturellement  ici  le 
vingt-quatrième. 

1 L’édition  de  1545  dit  : 

« Aussi  que  pour  la  tumeur,  noyrceur,  liui- 
dité,  et  aultres  plus  yriefz,  et  plus  grands  ac- 
cidens qu’il  n’aduienl  aux  aultres  playes  qui  ne 
sont  veneneuses.  » Fol.  34 , rect. 

2 L’édition  de  1545  est  ici  fort  laconique  : 
ainsi  elle  renferme  dans  les  lignes  suivantes 
tout  ce  qui  a rapport  au  traitement  local 
et  général,  à part  le  régime: 

« Fault  faire  scarifications  assés  profondes 
enuiron  la  playe,  y appliquant  ventouses, 
et  faisant  vacuation  de  sang  assés  copieuse 
pour  attirer  hors  le  venin  : puis  lauer  la 
playe  cum  decoclione  radicum,  lormentillœ  , 
vcrbasci  ( vulgo  thapsi  barbali ) , facta  in  vino 
albo,  ou  aultres  semblables  remedes.  Puis 
fault  applicquer  dans  la  playe  et  aux  parties 
circunuoysines,  theriae  ou  methridat. 

» Pareillement  luy  en  debues  donner  à 
boyre  vne  drachme  et  demye,  dissoult  en 
vin  blanc,  ou  en  eaues  cordiales,  le  plustost 
que  faire  se  pourra,  en  luy  appliquant  sur 


lequel  ne  sera  à ieun , et  qui  premiè- 
rement aura  laué  sa  bouche  auecques 
vinaigre  dedans  lequel  on  aura  fait 
boüillir  tormenlille , genest  ou  bouil- 
lon blanc  : ou  en  defTaut  de  ce  re- 
mede  on  se  contentera  de  vin  auquel 
on  aura  dissout  quelque  portion  de 
theriaque.  L’ablution  de  la  bouche 
faite,  le succeur prendra  de  l’huile  en 
sabouche,et  subitlareiettera.depeur 
que  le  venin  ne  l’offense  en  quelque 
sorte.  Pour  à quoi  obuier  d'avantage, 
il  faut  prendre  garde  qu’il  n’ait  au- 
cun vlcere  en  sa  bouche  : et  qu’il  laue 
la  playe , auant  que  la  succer,  d’eau 
de  vie,  de  vinaigre  et  theriaque  dis- 
sous ensemble , ou  autres  sembla- 
bles i. 

la  région  du  coeur  epithime  semblable  à ce- 
luy  qui  auoit  la  gangrené,  dont  par  cy  de- 
uant  a esté  escript.  » 

L’édition  de  1552  est  déjà  beaucoup  plus 
étendue  à cet  égard , et  on  y retrouve  une 
grande  partie  du  texte  de  1564.  Elle  men- 
tionne ici  les  scarifications,  les  ventouses  et 
les  lotions,  comme  celle  de  1545;  mais  elle 
donne  de  plus  les  recettes  suivantes  qui  ont 
été  ou  supprimées  ou  modifiées  depuis. 

^.Thapsi  barbali,  tormentillæ,  aristolochiæ 
rotundæ,  morsus  diaboli,  prassij,  rutæ 
ana  m.  s. 

Coquantur  in  aqua  salsa. 

« Et  en  lieu  desdictes  choses  soit  pris  oxy- 
crat  auec  sel  et  peu  de  theriaque  dissoulz  et 
cbaulfés  ensemble,  et  en  soit  lauée  et  es- 
tu née  la  playe  : apres  soit  appliqué  sur 
ladicte  playe  tel  vnguent.  » 

Suit  la  recette  de  l’onguent  : 

'if.  Ceræ,  picis  nigræ,  etc. 

1 II  esta  remarquer  que  l’édition  de  1545 
ne  fait  aucune  mention  de  la  succion  parla 
bouche. Celle  de  1552  en  parle,  non  pas  ici, 
mais  un  peu  plus  loin  ; après  avoir  rappelé 
l’application  recommandée  par  quelques  uns, 


DES  PL  A Y ES 

On  pourra  aussi  à ceste  mesme  fin 
vser  des  remedes  suiuans  : 

Onguent  attractif  de  venin. 

"if.  Ceræ , picis  nigræ , axungiæ  veruecinæ , 
olei  antiqui,  ana  quartanum  j. 

Galbani  et  ammoniaci,  ana  g.  fi. 
Theriac.  et  mitridat.  ana  §.  ij.  6. 

Fiat  vnguentum  vt  decet. 

En  lieu  de  tel  onguent  sera  fait  tel 
cataplasme. 

Cataplasme  attractif. 

•if..  Cepas  duas,  summitalum  ruthæ,  p.  ij. 
Sinap.  5.  ij. 

Salis  communis,  3.  j.  fi,. 

Contundantur  omnia  cum  modico  fer- 
mento  et  melle  communi  : fiat  cata- 
plasma  addendo  olei  ruthacei  § . fi . 

A uire  cataplasme  qui  a grande  force  d’attirer 
le  venin. 

if.  Ceparum  contusarum  , § . iij. 

Sinapis  § . j. 

Salis  communis  g . fi . 

Succi  ruthæ  g . j. 

Stercoris  columbini  §.  G. 

Alliorum  sub  cineribus  coctorum  § . j.  fi . 
Slellis  communis  § . iiij. 

Olei  laurini  quantum  suflicit. 

Fiat  cataplasma  ad  formam  pultis  liquidæ. 

Et  soit  appliqué  assez  chaud. 

soit  du  cul,  soit  de  la  chair  vive  des  pou- 
lailles,  l’auteur  ajoutait  : 

Pareillement  aucuns  commandent  succer 
telles  playes  auec  la  bouche. 

Ce  n’est  donc  qu’à  partir  de  1564  que 
Paré  a pris  sur  lui  de  donner  aussi  ce  con- 
seil. J’ajouterai  que  dans  l’édition  de  1575 
on  lit  seulement:  Pareillement  ladite  attrac- 
tion se  fera  par  succer  la  playe  ; et  enfin  la 
rédaction  de  1579,  suivie  dans  toutes  les  édi- 
tions postérieures,  est  moins  exacte  encore 
que  celle  de  1564  ; la  voici  : 

Pareillement  ladite  attraction  se  fera  par 
succer  la  playe,  par  condition  que  celuy  qui 
iucccra  tienne  vn  peu  d’huile  en  sa  bouche , et 


’hAROVEBVSES.  lyi 

Emplaslre  à ceste  fin. 

if.  Gummi  ammoniaci,  galbani,  sagapeni, 
opopan.  assæ  fæt.  §.j. 

Pulu.  piperis,  sulphuris  viui  ana  §.  vj. 
Stercoris  columbini  g.  fi. 

Succorum  calamitæ,  mentastris  etcordi, 
ana  g .j.  fi. 

Dissoluantur  gummi  cum  aceto  et  aqua  vitæ, 
fiat  emplastrum  secundum  artem. 

Autre  à ceste  intention, 
if.  Fermenti  acris  § . ij. 

Opopanacis  et  sagapeni  in  aceto  et  aqua 
vini  dissolutorum  ana  g.  j. 

Sulphuris  viui  ignem  non  experti , et 
salis  communis  ana  3.  fi. 

Piperis  rotundi  puluerisati,  et  aristoloch. 
ana  g . ij. 

Dictami  et  anagall.  ana  3.  fi. 

Mellis  communis,  terebent.  venetæ  ana 
quantum  sufiicit. 

Fiat  medicamentum  secundum  artem. 

Il  faut  aussi  appliquer  au-dessous 
de  la  playe  des  vésicatoires  '. 

Autre  cataplasme, 
if.  Nuces  antiquas,  12. 

Allia,  lotidem. 

Salis  communis  et  salis  gemmæ  ana  3.  j. 
Incorporentur  omnia  cum  melle  : fiat  cata- 
plasma. 

Telsmedicamensontnon  seulement 
faculté  d’attirer  et  résoudre  le  venin, 

n’aye  aucune  vlcere  en  icelle , de  peur  que  le 
venin  succé  et  attiré  ne  s’y  attache. 

Au  reste,  la  succion  est  déjà  indiquée  en 
peu  de  mots  par  Guy  de  Chauliac,  et  dé- 
crite parTagault  avec  toutes  les  précautions 
recommandées  ici. 

Comparez  avec  ce  qui  est  dit  sur  le  même 
sujet,  livre  des  Venins,  chap.  14. 

1 Ce  précepte,  ainsi  que  les  trois  formules 
qui  le  piécèdent,  manque  dans  1 édition 
de  1552.  Plusieurs  de  ces  formules  sont  co- 
piées de  Guy  de  Chauliac  et  de  Tagault,  qui 
sont  vraiment  les  deux  grandes  sources  où 
Paré  a puisé  ce  qu’il  a dit  des  plaies  em- 
poisonnées et  même  des  plaies  de  flèches. 


LE  NEVFIÉME  LIVRE  , 


19«2 

mais  aussi  tiennent  les  léures  de  la 
playe  larges  et  ouuertes:  ce  qu’il  faut 
faire  à fin  que  la  matière  veneneuse  ait 
issue.  Car  il  ne  faut  vser  de  medica- 
mens  repercussifs  sur  la  playe  auant 
qu’auoir  osté  la  qualité  du  venin  : 
mais  bien  és  parties  circonuoisines, 
principalement  quand  y a quelque 
apparenced'inflannnation  : aussi  pour 
empescher  la  fluxion  et  descente  des 
humeurs  en  la  partie  blessée. 

Aucuns  ont  commandé  aux  mor- 
sures et  piqueures  des  bestes  vene- 
neuses  prendre  poulailles  et  autres 
oiseaux,  et  leur  plumer  le  cul , et  y 
mettre  dedans  vn  grain  de  sel , et 
l’appliquer  sur  la  playe  : puis  leur 
serrer  le  bec  pour  mieux  tirer  le  ve- 
nin. En  pareil  commandent  appli- 
quer petits  animaux  fendus  tout  vifs, 
comme  chiens,  chats,  poulailles, 
aussi  poulmons  de  bœuf,  de  veau,  de 
mouton,  de  porc,  et  autres  : elles 
appliquer  tant  dessus  le  mal  que  sus 
les  parties  voisines  >.  Ce  que  sembla- 
blement i’ay  trouué  raisonnable  és 
playes  veneneuses  faites  par  fléchés  : 
pour  ce  que  tels  remedes  apaisent  la 
douleur,  et  resoluent  le  venin,  et 
confortent  la  partie. 

Les  cautères , principalement  les 
actuels,  sont  très -commodes  pour 
abattre  la  vertu  du  venin,  à cause 
qu’ils  amortissent  la  force  et  la  vertu 
d’iceluy,  et  ne  luy  permettent  de  ga- 
gner plus  outre,  ainsi  qu’il  sera  dit 
à la  fin  de  ce  liure.  Tous  lesquels  re- 
medes contre  le  venin  se  doiuent  ap- 
pliquer incontinent  et  dés  l’heure  (s’il 
est  possible,  à fin  qu’il  n’ait  temps  de 
penetrer  au  profond , et  occuper  les 
parties  nobles  : car  les  remedes  se- 
roient  autrement  inutiles. 

*11  n’est  pas  fait  mention  de  poulmons 
dans  l’édition  de  1552. 


Il  11e  faut  oublier  de  faire  ligature 
au  dessus  de  la  playe , et  qu’elle  soit 
assez  serrée,  à fin  qu’elle  tienne  et 
puisse  empescher  le  venin  de  pene- 
trer et  monter  aux  parties  internes  , 
pour  la  compression  des  vaisseaux  : 
qu’elle  ne  soit  aussi  trop  serrée,  de 
peur  de  stupéfier  et  faire  perdre  le 
sentiment  de  la  partie,  qui  par  ce 
moyen  pourroit  tourner  en  gangrené. 
Aucuns  disent  auuoir  fait  ligature  au 
dessus  des  morsures  et  piqueures  des- 
dites bestes  veneneuses,  d’vn  rameau 
de  genesl,  ou  d’vne  lige  de  boüillon 
blanc  , et  afferment  le  venin  n’auoir 
peu  passer  outre  : ce  que  i’approuue. 

La  theriaque  et  le  metridat  appli- 
qués seuls  et  mis  plusieurs  fois  dans 
la  playe  et  parties  voisines , ou  dissous 
auec  eau  de  vie,  apportent  vne  singu- 
lière aide.  Que  si  on  en  donne  à boire 
au  nauré  vne  drachme  et  demie  dis- 
soute en  vin  blanc  ou  eaux  cordiales, 
et  poudre  de  gentiane  vne  drachme  et 
demie,  le  plus  tost  que  faire  se  pourra, 
il  en  sentira  grand  allégement. 

Ce  fait , conuiendra  procurer  la 
suppuration  de  la  playe , le  plus  tost 
qu’il  sera  possible,  auec  vn  digestif 
composé  de  moyeux  d’œufs,  d’huile 
violât  et  terebenlhine  de  Venise  : en 
tous  lesquels  medicamens  ne  faut  ob- 
mettre  d’adiouster  vn  peu  de  theria- 
que. L’ayant  suppurée,  ilia  faut  mon- 
difier  auec  vn  tel  mondificatif. 

2f.  Terebint.  venetæ  5.  iiij. 

Mellis  rosali  5 . j. 

Olei  rosali  5 . iij. 

Pulueris  radicis  gentianæ, tonnent,  aris- 
tolocli.  rotundæ,  morsusctiabol.ana3.ij. 
Aquæ  vitæ  parum. 

Incorporentur  omnia  simul , fiat  mundifi- 
catiuum,  ad  usumdictum1. 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  l’édition 
de  1552. 


ORS  PLATES  D 

D’auantage , luy  sera  appliqué  sur 
la  région  du  cœur  vn  epitheme  cor- 
dial, duquel  auras  la  description  au 
Traité  de  Gangrené. 

L’indication  de  curer  doit  estre 
prise  de  l’alteration  du  venin,  qui 
cause  la  douleur  et  autres  accidents, 
en  changeant  et  muant  vue  quantité 
contraire  par  vne  autre  contraire. 
Exemple  : si  le  patient  sent  vne  vehe- 
mente  froidure  à sa  playe  ou  en  tout 
le  corps,  il  faut  vser  de  remedes 
chauds  : au  contraire  s’il  sent  grande 
chaleur,  on  vsera  de  froids  *. 

Quant  à l’ordonnance  de  son  régi- 
me , tout  chirurgien  bien  entendu  luy 
ordonnera  selon  les  six  choses  non 
naturelles,  contrariant  toujours  au 
venin  : comme  s’il  est  chaud,  faut 
tendre  à refroidir  : et  s’il  est  froid  , au 
contraire.  Que  si  le  venin  agit  par 
propriété  spécifique , on  le  domptera 
par  choses  temperées,  et  qui  soient 
de  facultés  contraires  audit  venin. 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  SIGNES  DE  LA  OVALITÉ  DES  VENINS. 

Les  signes  pour  connoistre  si  le  ve- 
nin est  chaud  , sont , grande  rougeur, 
ardeur,  el  douleur  poignante  en  la 

'Ce  paragraphe  manque  égalemenl  dans 
l’édition  de  1662  ; quant  à tout  ce  qui  suit, 
jusqu  à la  lin  du  livre,  on  le  retrouvera 
déjà  intégralement  dans  cette  édition  et 
même  dans  ce  le  de  1646,  sauf  quelques  ino- 
dilicatious  fort  légères  , qui  ne  touchent  ab- 
solument qu’à  la  rédaction. 

Le  lecteur  remarquera  du  reste  que  ces 
deux  derniers  chapitres  contenaient  en  ger- 
me, pour  ainsi  dire,  le  livre  des  Venins , qui 
ne  fut  composé  que  beaucoup  plus  tard. 


HARQUEBVSES.  1 g3 

partie,  auec  tumeur  et  couleur  ten- 
dante à liuidité. 

Les  signes  du  venin  froid  sont,  stu- 
peur ou  endormissement , froidure  et 
inflammation  molle  à la  partie  bles- 
sée : lesquels  souuent  sont  présagés 
de  mort , quand  il  suruient  vne  sueur 
froide  , vne  grande  réfrigération  des 
extrémités,  vn  spasme  et  défaillance 
d’esprit , la  couleur  se  changeant  en 
verdeur , noirceur  et  liuidité.  Car  tels 
signes  apparoissans  dénotent  la  mort 
prochaine. 

Les  venins  chauds  sont  cause  de 
mort , à raison  qu’ils  dissident  la  cha- 
leur naturelle , el  enflamment  la 
masse  sanguinaire  , en  introduisant 
chaleur  estrange  au  cœur , et  par 
conséquent  en  toutes  les  parties  du 
corps,  resoluans  les  esprits  vitaux. 

Les  froids , à raison  qu’ils  conge- 
lent  la  masse  sanguinaire , et  stupé- 
fient les  esprits. 

Les  autres  besongnans  par  pro- 
priété occulte,  pourcequ’ils  sont  to- 
talement contraires  à la  nature  hu- 
maine : et  appliqués  en  si  petite 
quantité  que  l’on  voudra , sont  encore 
nuisibles.  Pourceste  cause,  Galien  ia- 
mais  ne  les  permet  mesler  auec  les 
alexiteres  el  antidotes  des  venins. 

Les  cautères  actuels  appliqués  au 
commencement  (comme  a esté  dit) 
ont  grande  efficace  conlre  tous  ve- 
nins : pourcequ’ils  dissipent,  dessei- 
chenl  et  consument,  rnesines  obton- 
dent  et  amortissent  la  matière  d’iceux 
venins  : mais  si  lesdits  cautères  es- 
toient  d’or,  l’operation  en  seroit  plus 
exquise.  Apres  leur  application,  il 
faut  prétendre  à la  cheule  de  l’es- 
carre , et  poursuiure  la  curation, 
comme  il  a esté  dit  au  Traité  des 
playes  faites  par  harquebuses. 


l J 


il. 


LE  DIXIEME  LIVRE 

TRAITANT  DES 

CONTVSIONS,  COMBVSTIONS  ET  GANGRENES'. 


CHAPITRE  I. 

DES  DIFFERENCES  DES  CONTVSIONS  ET 
MEVRTRISSEVRES. 

Maintenant  nous  traiterons  des 
Contusions  et  meurtrisseures , corn- 
mencans  par  la  définition  de  Contu- 
sion : qui  est,  scion  Galien  (liure  De 
constitutione  arlis),  solution  de  con- 
tinuité en  chair  ou  os,  faite  par 
baston  ou  ferrement  gros  et  pesant , 
ou  par  cbeule  de  haut.  Le  symptôme 

1 Ce  livre  est  formé  (le  plusieurs  parties, 
qui  n’ont  pas  toutes  été  publiées  dans  le 
mcine  temps.  Les  six  premiers  chapitres, 
consacrés  aux  contusions , n’ont  paru  qu’en 
1504  dans  les  Dix  tiares  de  chirurgie,  où  ils 
constituaient  le  livre  quatrième.  Les  com- 
bustions y étaient  traitées  dans  le  livre  cin- 
quième , et  les  gangrènes  dans  le  livre  sep- 
tième ; mais  déjà  celte  histoire  des  combus- 
tions avait  trouvé  place  , sous  un  titre 
spécial,  à la  lin  du  Traité  des  play  es  d'hac- 
quebutes  de  1545;  et  le  traité  delà  gangrène 
y avait  été  ajouté  dans  l’édition  de  1552. 
Lors  de  la  première  édition  des  OEuvres 
complètes,  ce  livre  se  trouva  donc  formé  par 
la  réunion  de  ces  trois  opuscules , ayant  des 
dates  si  différentes,  1545,  1552,  1 5G4 , et  il 
subit  peu  de  modifications  dans  l’édition  de 

1579.  Mais  en  1582  Paré  ayant  fait  paraître 
à part  son  Discours  sur  la  Mumie , espèce 


qui  ensuit  telle  maladie,  est  meur- 
trisseure,  dite  d’Hippocrates  en  la 
section  seconde  du  liure  des  Fractu- 
res , Pdiosis  ou  Mclasma , c’est-à- 
dire,  noirceur  ou  liueur  l.  Ce  qui  se 
fait  en  diuerses  maniérés,  selon  le 
sang  qui  tantost  s’espand  aux  par- 
ties intérieures  , tantost  aux  cavités 
profondes  du  corps,  et  quelquesfois 
seulement  aux  parties  extérieures2. 

Or  le  sang  s’espand  dedans  le  corps, 
quand  pour  exemple,  quelqu’vn  chet 
du  haut  en  bas  d’vue  breche  : ou 

d'amplification  du  dernier  chapitre  du  livre 
primitif  des  contusions,  il  rattache  ce  dis- 
cours à tout  le  reste  dans  l’édition  de  1585  ; 
et  c’esl  ainsi  qu’il  a été  reproduit  dans  toutes 
les  éditions  posthumes. 

J’ai  cru  devoir  suivre  en  ce  point  les  deux 
premières  éditions  des  OEuvres  complètes, 
et  renvoyer  en  un  aulre  lieu  le  discours  sur 
la  Mumie.  Il  n'est  pas  à la  vérité  sans  quel- 
que rapport  avec  l'histoire  des  contusions, 
mais  ce  rapport  est  trop  éloigné  , et  l’ordre 
du  discours  s’en  trouvait  trop  interrompu. 
C’est  plutôt  une  discussion  de  matière  mé- 
dicale que  de  chirurgie  , et  en  conséquence 
je  l'ai  renvoyée  à la  suite  des  Lim  es  des  mé- 
dicament cl  des  distillations. 

1 Celte  définition  et  ces  citations  ne  datent 
que  de  l’édition  de  1579. 

2 L’édition  de  1504  porte  : 

Qui  lunlosl  s’espand  aux  parties  intérieures , 


UES  CONTVSIOlJiS,  COAlBVSTiONS  El  GANGRENES.  1 QO 


quand  il  a esté  pressé  sous  quelque 
grand  et  pesant  fardeau , comme  il 
aduient  és  mines,  ausquelles  bien 
souuent  grande  quantité  de  terre  ou 
de  pierre  tombent  sur  les  soldats  et 
mineux  : ou  par  vne  extreme  tension, 
comme  est  celle  de  la  gesne  1 : ou  par 
trop  desordonnémeDt  crier,  au  moyen 
duquel  excès  quelque  vaisseau  des 
poulinons  se  peut  rompre.  Pareille- 
ment pour  vne  harquebusadé  receuë 
au  trauers  du  corps,  le  sang  peut  sor- 
tir des  vaisseaux  : vne  partie  duquel 
se  ielte  par  les  selles  et  vrines,  ainsi 
que  i’ay  veu  aduenir  à plusieurs, 
mesmement  à défunt  monsieur  de 
Martigues,  qui  au  dernier  siégé  de 
Hedin , voulant  voir  par  dessus  le 
rempart  de  la  muraille  les  ennemis 
qui  la  sapoient  au  pied , fut  frappé 
d’vn  coup  de  harquebuse  au  trauers 
du  corps  : dont  tost  apres  ietta  le 
sang  par  la  bouche,  par  le  siégé,  et 
la  verge  , qui  fut  cause  de  sa  mort. 

D’auantage  le  sang  se  peut  espan- 
dre  dans  le  corps,  pour  estre  frappé 
de  coups  orbes,  comme  sont  ceux  de 
baslou , de  masse , de  pierre,  et  pour 
dire  en  vn  mot , de  toutes  choses  qui 
peuuent  contondre,  meurtrir,  et  faire 
sortir  le  sang  hors  des  veines  et  artè- 
res : qui  à cause  de  ce  sont  pressées, 
exprimées  , rompues,  et  dilacerées  : 
mesme  le  plus  souuent  les  parties 
extérieures  en  sont  aussi  grandement 

lantost  au  profond  du  corps  , etc.  — Celle  de 
1679  et  les  suivantes  disent  : laniosi  s'espand 
aux  parties  solides,  lanlosl  aux  cauités  profon- 
des. La  traduction  latine  n’a  pas  rendu  ce 
membre  de  phrase  qui  parle  des  parties  so- 
lides, et  qui  en  elTet  n’a  pas  de  sens  raison- 
nable. J’ai  cru  en  conséquence  devoir  suivre 
le  texte  primitif. 

1 L'édition  de  I6G4  écrit  gelienne  , ce  qui 
est  mieux  peut-être  pour  la  valeur,du  mol 
qui  signifie  torture. 


confuses  et  blessées  avec  playe  : et 
quelquesfois  sans  playe,  de  façon  que 
le  cuir  demeure  tout  entier,  mais  le 
sang  est  espandu  par  les  muscles,  et 
entre  cuir  et  chair  seulement  : la- 
quelle disposition  a esté  nommée  des 
anciens  Ecchymosis , et  particulière- 
ment d’Hippocrates  Nausiosis,  2.  sect. 
du  liure  des  Fractures  , pour  autant 
que  les  veines  semblent  vouloir  com- 
me vomir  *. 

Üonccontusion  se  fait,  quand  quel- 
que grosse  chose  lourde  et  pesante 
tombe  sur  vne  partie,  qui  rompt  la 
chair,  et  où  le  sang  prend  son  cours, 
qui  se  nomme  Effusion , et  la  chair 
demeure  entière  : mais  il  est  certain 
que  les  petites  veines  sont  rompues, 
quand  ce  mal  aduient.  La  Ruplion  se 
fait,  quand  les  fibres  des  muscles  sont 
fort  estendues,  et  souuent  quelques 
vnes  se  rompent,  et  de  là  s’ensuit 
inflammation  et  aposteme2. 

Suiuant  la  différence  de  ces  con- 
tusions, il  nous  faudra  diuersifier  la 
curation  d’icelles,  ainsi  que  présente- 
ment nous  déclarerons. 


CHAPITRE  II. 

DE  LA  CVRATION  VNIVERSELLE  DES 

GRANDES  ET  ENORMES  CONTVSIONS. 

Le  sang  qui  est  découlé  dedans  le 
corps,  se  doit  euacuer  sensiblement, 
ou  insensiblement.  L’euacuation  sen- 

1 Cette  citation  d’Hippocrate  se  trouve 
déjà  dans  l’édi lion  de  .679,  mais  placée  par 
mégarde  à la  fin  du  paragraphe  suivant;  la 
traduction  latine,  qui  a d’ailleurs  beaucoup 
resserré  le  texte  de  ce  chapitre,  avait  remis 
la  citation  à sa  place,  et  elle  a été  imitée  en 
ce  point  par  les  éditions  françaises  posté- 
rieures. 

-Ce  paragraphe  a été  intereallé  ici  en  1675. 


lqo  LE  DIXIÉME  LIVRE, 


sible  se  fera , tant  par  saignées , ven- 
touses, cornets  auec  scarifications, 
et  sangsues , que  par  médecines  pro- 
pres et  dediées  à telle  chose  , comme 
sont  les  solutifs,  moyennant  que  le 
malade  n’aye  fiéure  forte  et  conti- 
nue i.  On  l’euacuera  insensiblement 
par  potions  resolutiues  prouoquantes 
la  sueur,  ou  par  bains , et  par  la  ma- 
niéré de  diete  tenuissinie 2.  De  la  sai- 
gnée nous  auons  texte  exprès  dans 
Galien 3,  où  il  dit  Si  quelqu’vn  est 
tombé  de  haut , encores  qu’il  n’eust 
assez  de  sang,  si  est-ce  qu’il  luy  en 
faut  tirer , pour  obuier  qu’il  ne  se 
coagule  et  pourrisse  au  dedans,  es- 
tant hors  de  ses  propres  vaisseaux. 
Parquoy  ne  faut  que  le  Chirurgien 
obmette  à tirer  du  sang , selon  la 
grande  vehemence  du  mal,  et  la  plé- 
nitude et  forcedu  malade.  Cequ’ayant 

1 Cette  restriction  manque  dans  les  deux 
éditions  de  1564  et  1575. 

2 Le  texte  a subi  en  cet  endroit  un  re- 
tranchement qui  y laisse  de  l’obscurité  dans 
la  plupart  des  éditions.  Ainsi  après  ces  mots 
dicte  tenuissime,  les  éditions  de  1564  et  1575 
ajoutent  : Ce  qui  est  approuuépar  Hippocrates, 
qui  dit  que  si  quelcun  est  tombé  de  liault , te 
mesme  inur  ou  le  lendemain  on  luy  doit  bailler 
vue  médecine,  ou  vue  saignée  , non  seulement 
■nour  purger  l'humeur  superflu , mais  pour  di- 
uerlir  qu'il  ne  tombe  il  la  partie  blessée.  Sem- 
blablement Galien  dit,  etc.  — Une  note  mar- 
ginale renvoyait  pour  Hippocrate  au  Liure 
des  fractures.  L’édition  de  1579  supprima 
cette  phrase,  mais  elle  lisait  sans  ponctua- 
tion : Par  la  maniéré  de  diete  tenuissime  de  la 
saignée  nous  tramions  dans  Galien,  etc.  ; et  les 
suivantes  ont  mis  après  la  saignée  le  point  (.) 
qui  doit  être  évidemment  placé  après  le  mot 
tenuissime.  La  traduction  latine  l’a  entendu 
comme  nous , et  elle  porte  De  plilebotomia 
quidem  aperia  Galeni  sententia  est,  etc. 

3  Sur  la  sent.  62.  de  la  3.  sect.  du  liu.  De 
articul.  — A.  1’. 


fait , luy  doit  donner  à boire  telle  po- 
tion *. 

2 p.  Rac.  gent.  5.  iij. 

Bul.  in  oxycrat.  in  colat.  diss.  rhei  elect. 
3.  j.  Fiat  potio. 

Tels  remedes  resoluent,  dissoluent, 
et  ieltent  hors  par  le  cracher  le  sang 
caillé , s’il  est  és  poulinons. 

Puis  l’envelopper  en  vne  peau  de 
mouton  recentement  escorché,sur  la- 
quelle sera  espandue  de  la  poudre 
de  myrte,  de  nasturce,  et  du  sel  sub- 
tilement puluerisé.  On  le  posera  puis 
apres  en  sonlict,  où  estant  bien  cou- 
uert , suera  toui  à son  aise.  Le  lende- 
main faudra  oster  la  peau,  et  l’oindre 
du  liniment  qui  s'ensuit,  lequel  ap- 
paise  la  douleur , et  résout  le  sang 
meurtri. 

if.  Vnguenti  de  althæa.  § . vj. 

Olei  lumbric.  camo.  anethi  ana  §ij. 
Tereb.  Venet.  § . iiij. 

Farina;  fcenugræci,  rosar.  rubr.  pulueris. 
pulu.  myrt.  ana  n • j. 

Fiat  litus  ad  vsum  dictum. 

Pareillement  on  luy  donnera  à 
boire  de  la  potion  subséquente,  la- 
quelle prouoque  la  sueur,  et  dissout 
le  sang  coagulé  dedans  le  corps. 

■Jf.  Ligni  gaiaci  § . viij. 

Rad.  enulæ  campanæ,  consolidæ  maioris, 
ireos  Florenliæ , polipodij  quercini 
ana  § . (5 . 

Sem.  corian.  anisi  ana  5-  û. 
Glycyrrbizæ  g.ij. 

Nepelæ,  centaureæ  , gariopb.,  cardui 
bened.  verbenæ  ana  m.  6 . 

Aquæ  fontanæ  ft>.  xij. 

Omnia  concassata  infundantur  per  spatium 
duodccim  horarum,  quæ  omnia  lento 
igné  secundnm  artem  coquantur  ad 
consumplionein  mcdielatis. 

1 L’édition  de  1564  porte  simplement  : 
Ce  qu'ayant  fait,  luy  doit  donner  à boire  en 


DES  CONTVSIONS  , CO.VIBVSTIONS  ET  GANGRENES. 


Quand  le  malade  aura  pris  le  matin 
demy  septier  de  reste  potion  vn  peu 
tiede,  se  laissera  suer  une  heure  de- 
dans le  lict  plus  ou  moins  par  cha- 
cune fois,  et  continuera  six  ou  sept 
iours,  selon  qu’il  en  sera  besoin.  Si 
c’estoit  quelque  pauure  soldat  qui  ne 
peust  auo  r telle  commodité,  il  le 
conuiendra  mettre  dans  du  Gent, 
Penueloppant  premièrement  en  vn 
drap,  et  luy  mettant  vn  peu  de  foin , 
ou  de  paille  blanche , auant  que  l’en- 
seuelir  dans  ledit  fient  iusqu’à  la 
gorge,  et  l’y  tenir  tant  qu’on  verra 
qu’il  aura  assez  sué  : ce  que  i’ay  fait 
plusieurs  fois. 

On  donnera  pareillement  au  mala- 
de quelques  syrops  à boire , qui  sont 
propres  pour  empescher  la  coagula- 
tion et  pourriture  du  sang  , comme 
syrops  aceteux,  de  limons,  ou  de  ace- 
tosilate  citri,  la  quantité  d’vne  once 
dissout  en  eau  de  scabieuse  ou  de 
chardon  benist  pour  chacune  fois. 
Aussi  doit-on  donner  promptement 
ce  potus,  qui  est  propre  pour  garder 
que  le  sang  ne  se  coagule,  et  qui  sem- 
blablement conforte  les  parties  in- 
ternes. 

2£.  Rheu  electi  pulueris.  3.  j. 

Aquæ  rubiæ  maioris  et  plant,  ana  g.j. 

Theriacæ  5.  fi . 

Syrupi  de  rosis  siccis  g . fi. 

Fiat  potus. 

Lequel  sera  donné  tout  aussitost 
que  le  malade  sera  tombé , et  réitéré 

poison  d’oxicral,  lequel  empcsche  la  coagulation 
du  sang  en  l'estomac , ainsi  que  Galien  le 
conimande.  Puis  l'enuelopper,  etc. — Celle  de 
1575  ajoute  quelque  chose  : 

Ce  qu’ayant  fait , liai  doit  donner  à boire  vn 
posson  doxicral  tiede,  lequel  empesche  tu 
coagulation  du  sang  en  l'eslomach  , ainsi  que 
Galien  commande,  ou  telle  potion , etc.  Et 
enfin  l’oxycrat  froid  ou  tiede  a complètement 
disparu  dès  l’édition  de  1579. 


•97 

par  quatre  ou  cinq  matins.  Ou  en  son 
lieu  on  luy  fera  boire  une  drachme 
de  nature  de  baleine  ‘,  dissoute  avec 
eau  de  buglosse  ou  des  eaux  cv  des- 
sus escrites , auec  vue  once  ou  demie 
de  syrop  de  capill.  Veneris.  Apres 
l’vsage  de  ladite  potion,  il  conuiendra 
faire  prendre  au  malade  par  l’espace 
de  neuf  iours  au  matin , deux  heures 
ou  trois  devant  le  past , de  la  poudre 
qui  s’ensuit , s’il  est  necessaire. 

IL.  Rub.  torref.  rad.  rub.  maioris,  centaurij, 
gentianæ,aristoloch.  rotundæanag  .6. 

De  laquelle  en  sera  baillé  pour  cha- 
cune fois  vne  drachme  auec  syrop 
aceteux,  et  de  l’eau  de  chardon  be- 
nist. 

D’auantage  l’eau  de  noix  vertes  , 
tirée  en  l’alambic  et  beuë,  a grande 
vertu  de  dissoudre  le  sang  amassé  et 
coagulé. 

On  peut  vser  pareillement  des  bains 
faits  auec  décoction  de  racine  d ’ireos, 
enulœ  campanœ,  oxalidis,  fœniculi, 
altheœ , osmondœ  regalis,  consolidée 
maioris,  seminis  famugrœci , foliorum 
suluiœ,  maioranæ,  florum  camomillœ, 
melil.  et  de  leurs  semblables. 

Aussi  les  semences  trouuées  sous 
le  foin  ont  grande  efûcace  à ceste 
même  Gn. 

Le  bain  en  chaleur  temperée  a 
ceste  vtilité , qu’il  lasche  et  raréfié  le 
cuir,  fond  et  dissoult  le  sang  grom- 
melé , incise  les  humeurs  visqueuses , 
addoucit  les  acres , et  les  tire  du  pro- 
fond du  corps  iusqu’à  la  superGcie  du 
cuir,  de  façon  qu’vne  partie  d’eux  est 
vuidée  par  sueur  vniuerselle  , vne 
autre  par  cracher  et  moucher,  si 
d’aduenture  l’affection  est  aux  par- 
ties supérieures  : par  le  siégé  et  vrine, 
si  elle  est  aux  inferieures.  Les  bains 

t Traduction  assez  obscure  de  Sperma  ceti. 


LE  DIXIÉME  LIVRE  , 


198 

aussi  sont  profitables  aux  inflamma- 
tions des  poulmons,  aux  pleuretiques, 
selon  Hippocrates  au  troisième  De 
victu  acutorum,  et  troisième  liure 
De  morhis  : mais  c’est  lorsque  la  fièure 
est  mitigée  et  adoucie  : car  lors  ils 
appaisent  la  douleur , et  aident  à 
suppurer  et  ielter  par  les  crachats 
les  superfluités  contenues  ausdites 
parties  Ils  peuuent  pareillement 
suruenir  à plusieurs  autres  disposi- 
tions, moyennant  qu’ils  s.oient  laits 
deuèment  apres  les  choses  vniver- 
selles.  Car  s’ils  estoient  administrés 
deuant  la  saignée  et  purgation , ils 
nuiroient  grandement,  à raison  qu’ils 
pourroient  causer  nouuelle  fluxion 
aux  parties  malades.  Parquoy  ie  te 
conseille  d’vser  lousiours  du  conseil 
du  docte  et  expert  Médecin,  s’il  t’est 
possible. 


CHAPITRE  III. 

DE  LA  MANIERE  DE  TRAITER  LES  CONTV- 
SIONS  AVEC  PLATE. 

En  toute  grande  contusion  faut 
premièrement  saigner , ou  purger,  ou 
faire  tous  les  deux  ensemble , tant 
pour  l’euacualion  que  pour  la  reuul- 
sion.  Ce  qui  est  prouué  par  Hippo- 
crates eu  la  seconde  section  De  frac- 
turis , où  en  la  contusion  du  talon  , il 
donne  purgation  vomitoire  dés  le 
mesmeiour , ou  le  lendemain  pour  le 
plus  tard  2. 

1 L’édition  de  1 5G4  dit  simplement  : 

Les  bains  aussi  soûl  prouvables  aux  inflam- 
mations des  poulmons,  auxpleurelitjues,  pource 
Hu’ilz  appaisent  la  douleur , etc. 

2 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 


Puis  si  la  contusion  est  auec  playe, 
il  faut  au  commencement  empesclier 
la  defluxion  auec  onguent  de  bolo , 
blancs  d’œuf,  de  l’huile  rosat , de 
myrte,  de  la  poudre  de  roses  rou- 
ges, d’alum  , et  mastic.  Et  au  second 
appareil , on  vsera  d’vn  digestif  fait 
de  iaune  d’œuf  et  huile  violât , auec 
vn  peu  de  terebenthine.  On  pourra 
aussi  mettre  sur  les  parties  voisines, 
pour  aider  à suppurer,  le  cataplasme 
qui  s’ensuit. 

2 Rad.  al th . et  lilior.  ana  § . iiij. 

Folio,  main,  viola,  scnecionis  ana  m.  fi. 
Coquant.  complété  ir.  aqua  communi,  et 
passentur  per  setaceum,  addendo  : 
lîutyri  recent,  et  olei  viol,  ana  § . iij. 
Farinæ  volatilis  quantum  suflicit. 

Fiat  cataplasm.  ad  formam  pultis  salis  li- 
quidæ. 

Ou  autres  semblables , en  l’applica- 
tion desquels  auras  esgard , pource 
que  s’ils  sont  indeuëment  appliqués, 
rendent  les  playes  p'.ilegmoneuses , 
sordides  et  putrides. 

Donc  apres  la  suppuration  faite  , 
la  playe  sera  mondifiée,  et  la  chair 
regenerée  , puis  conduite  à cicatrice. 
Toutesfois  si  la  chair  eontuse  est 
grandement  dilacerée , et  destituée 
de  sa  chaleur  naturelle,  il  en  con- 
uiendra  faire  amputation.  Mais  s’il  y 
a encores  esperance  qu’elle  se  puisse 
agglutiner  sans  couper  , elle  sera 
cousue  comme  la  chose  le  requiert  : et 
ne  seront  les  points  d’aiguille  tant 
serrés,  comme  si  c’esloit  vne  playe 
simple  sans  contusion  , pource  que 
telles  playes  s’enflamment  et  enflent: 
qui  seroil  cause  de  dilacerer  tout  le 
cuir  auec  la  chair,  et  rompre  les 
points. 


DES  COIVTVSIONS  , COMBV 


CHAPITRE  IV. 

DES  CONTVSIONS  SANS  PLAYE. 

Or  s’il  n’y  a playe  qui  appa roisse  , 
et  que  le  cuir  demeure  entier,  les 
parties  de  dessous  demeurans  contu- 
ses,  et  qu'il  y ait  effusion  de  sang 
sous  le  cuir  : telle  disposition  (comme 
nous  auons  dit)  est  nommée  des  an- 
ciens  Ec  hymosis.  Pour  la  curation  de 
laquellefaut  tenir  bon  régime, iusques 
à ce  que  les  accidens  soient  passés. 

Au  commencement  sera  tiré  du 
sang  de  la  partie  opposite,  s’il  en  est 
besoin  , tant  pour  l’euacuation  , que 
pour  la  reuulsion.  Pareillement  se- 
ront faites  des  scarifications  égalés 
sur  la  contusion  , et  puis  seront  ap- 
pliquées des  ventouses  ou  cornets, 
tant  pour  vuider  le  sang  qui  fait  tu- 
meur et  tension  à la  partie , que  pour 
donner  air  à l’inflammation , de  peur 
qu’il  ne  se  fosse  gangrené,  et  autres 
mauuais  accidens.  Aussi  faut  lascber 
le  ventre , comme  on  verra  estre  ne- 
cessaire. Et  pour  les  topiques  et  par- 
ticuliers remedes,  au  commencement 
fout  vser  de  remedes  forts  et  astrin- 
gens  1 , principalement  vn  peu  au 
dessus  du  lieu  sugillé.  Hippocrates 
commande  que  l’on  commence  à ban- 
der sur  la  partie  contuse,  à fin  de 
resserrer  les  veines  et  arteres,  pour 
roborer  la  partie , et  empescher  la 
deflnxion , et  chasser  le  sang  hors  de 
la  partie  blessée  ; et  appliquer  en  mé- 
dicament , comme  peut  estre  cestuy- 
cy  que  i’ay  en  vsage  ordinairement. 

1 Les  éditions  de  15G4  à 1579  disent  seu- 
lement : Au  commencement  faut  vser~d.es  re- 
medes forts  et  aslringens,  à fin  de  reserrer  les 
veines  et  arteres,  pour  roborer  la  partie  et  em- 
pescher la  de/luxion,  comme  peut  estre  cesluy- 
cy,  etc. 


'STIONS  ET  GANGRENES.  1 99 

2f.  Album,  ouor.  num.  tria,  olei  myrti,  et 
ros.  ana  § . j. 

Boli  arm.  sang.  drac.  ana  § . 15 . 

Nue.  cupressi,  gallarum,  pul.  alum.  vsli 
ana  3.  ij. 

Incorporentur  omnia,  addendo  aceti  parum, 
et  fiat  medicam. 

Puis  apres  on  vsera  de  fomenta- 
tions , cataplasmes , et  emplastres  ré- 
solutifs J. 

Ces  deux  descriptions  d’emplastre 
ont  esté  de  long  temps  ordonnées 
pour  les  Roys , Princes , et  autres 
grands  Seigneurs  suiuans  la  Cour, 
lesquelles  ont  esté  confirmées  par  les 
premiers  Médecins  de  Roy  en  Roy,  en 
sorte  que  quand  quelqu’vn  est  con- 
tus  en  nostre  Cour,  on  a recours  à 
l’Apolicaire  du  Roy  , à demander  les 
emplastres  de  la  contusion  ordon- 
nés pour  le  Roy. 

Ad  nouas  contusiones. 

Tf.  Boli  arm.  § . ij. 

Terræ  sigillalæ  5.  j.  6. 

Rosar.  rubr.  myrtill.  ana  3.  vj. 

Nucis  cupressi  3.  ij. 

Omnium  sandalorum  ana  3.j. 

Nucis  moscatæ  3.  15 . 

Mast.  styracis  calain.  ana  3.  j.  (5. 

Ceræ  nouæ.  § . vj. 

Picis  naualis  g . iij. 

Tereb.  quant,  suflicit. 

Fiat  emplastrum. 

Ad  contusiones  antiqttas. 
if.  Styracis  calamitæ  , labdani , benioin  , 
ana  3.  vj. 

Mast.  iridis  ilor.,bacchurum  lauri,  cina- 
momi,  garyo.  calami  arom.  ana3.  j.  15 . 
Ligni  aloës,  flor.  cham.  lauandulæ,  nucis 
moscatæ  ana  3.  15 . 

Moschi  3.  j. 

Ceræ  nouæ  3.  vj. 

Resinæ  5 . ij. 

Tereb.  et  olei  ros.  quantum  suflicit. 

Fiat  emplastrum. 

1 Le  chapitre  se  termine  ici  dans  les  édi- 
tions de  15G4  et  1575. 


QOO 


LE  DIXIEME  LIVRE , 

— Instrument  appellé  scarificateur  < . 


CHAPITRE  Y. 

DES  MOYENS  D’OBVIER  AVX  MENACES 

DES  GANGRENES  OVI  PEVVENT  SV1VRE 

LES  CONTVSIONS. 

Les  grandes  contusions  sont  dan- 
gereuses : car  par  icelles  suruiennent 
aucunes  fois  gangrenés  et  mortifica- 
tions : ce  qu’Hippocrates  déclaré  ad- 
uenir  quand  la  partie  est  dure  et  fl- 
uide, au  second  De  fracturis  Or 
quand  la  partie  est  fort  noire  et  liuide, 
iusques  à sembler  qu’elle  soit  morte, 
et  sa  chaleur  presque  esteinte,  pour 
la  grande  concrétion  du  sang  deflué 
en  icelle,  qui  enapesche  que  l’esprit 
vital  ne  puisse  paruemr  à la  partie 
pour  l’entretenir  en  son  estre  , et 
mesme  esteint  la  chaleur  naturelle  de 
ladite  partie  : on  doit  pour  vuider,  et 
descharger  la  partie  , appliquer  les 
ventouses  ou  cornets,  ayant  premiè- 
rement scarifié  la  partie  auec  vn  ra- 
soir, lancettes  ou  tlammeltes1 2,  ou 
bien  de  l’instrument  appelé  Scarifica- 
teur, que  tu  vois  icy  figuré , dedans 
lequel  sont  insérées  dix-huit  roues 
tranchantes  comme  vn  rasoir,  mar- 
quées FFF,  qu’on  bande  auec  vn  res- 
sort marqué  C , et  sont  desbandées 
par  vn  autre  marqué  D : duquel  lors 
que  voudras  faire  plusieurs  scarifica- 
tions pour  vacuer  le  sang  espandu 
sous  le  cuir,  tu  t’en  pourras  aider  plus 
promptement  et  à moindre  douleur , 
à raison  que  dix-huit  incisions  sont 
aussi  tost  faites  qu’vne  seule. 

1 Cette  citation  ne  date  que  de  1579. 

2 Dans  l’édition  de  1564  , on  voyait  ici 
figurées  les  ventouses  et  les  flanunettes.  Ces 
figures  ont  été  reportées  depuis  au  livre  des 
Operations,  chapitre  48. 


A Monstre  le  couuerclo. 
R La  Boistc. 


Puis  on  doit  fomenter  ladite  partie 
de  fort  vinaigre  , auquel  on  aura  fait 
bouillir  radices  raphani,  ou  de  ser- 
pentaria  maior , Aron  ou  sig ilium  Sa- 
lomonis  , auripigmentum  , et  autres 
semblables  : car  telles  choses  acres 
eschaulfent  fort,  discutent,  resoluent 
et  attirent  du  profond  à la  superficie 
le  sang  meurtri  : desquels  néant- 
moins  tu  vseras  par  discrétion, de  peur 
d’attirer  non  seulement  le  sang  qui 
est  hors  des  veines,  mais  aussi  celuy 
qui  est  contenu  en  icelles.  Pareille- 
ment n’en  vseras  qu’alors  que  la 
fluxion  sera  du  tout  arrestée. 

Aux  petites  meurtrisseures , que 
nous  connoissons  quand  la  partie  li- 
uide est  molle,  selon  Galien,  sur  le 
second  De  fracturis  : on  appliquera 
seulement  de  la  cire  vierge  fondue 

1 Celle  figure  avait  paru  d’abord  dans  la 
Méthode  de  traiter  les  playes  de  la  teste,  1561, 
fol.  157. 


QOl 


DES  CONTVSIONS,  COMBVSTJONS  ET  GANGRENES. 


auec  de  la  poudre  de  cumin , et  du 
clou  de  girofle,  et  vn  peu  de  racine  de 
sigillum  Mariai,  qui  en  tel  cas  a grande 
puissance  de  degaster  , et  de  promp- 
tement résoudre  toutes  ecchymoses 
et  meurtrisseures.  Aussi  on  peut  ap- 
pliquer de  l’absynthe  vn  peu  pistée  et 
chauffée  sur  une  pelle  de  fer  chaude, 
et  l'arrouser  d’un  peu  de  vin  blanc  , 
ou  la  faire  fricasser  dedans  vne  poille 
auecques  du  vin,  de  l’huile  de  camo- 
mille , vn  peu  de  son  de  froment,  et 
de  poudre  de  clou  de  girofle  et  mu- 
guetle,  y adioustant  sur  la  lin  un  peu 
d’eau  de  vie  : puis  la  mettre  entre 
deux  linges  déliés,  et  l’appliquer  as- 
sez chaude  sur  la  partie. 

Pareillement  l’emplastre  qui  s’en- 
suit est  fort  résolutif  du  sang  meurtri. 

zt.  Picis  nigræ  § . ij. 

Gummi  elemi  § . j. 

Styrac.  liqnid.  et  tereb.  comm.  ana  3 . G . 

Pulueris  sulphuris  viui  §.  j. 

Liquéfiant  simul , fiat  emplast.  extendatur 
super  alutam. 


CHAPITRE  VI. 

MERVEILLEVX  ACCIDENT  OV1  VIENT  AVX 
CONTVSIONS  FAITES  SVR  LES  COSTES. 

Quelquesfois  par  une  grande  con- 
tusion la  chair  contuse  deuientmue- 
queuseet  boursouflée,  comme  si  on 
l’auoit  enflée  de  vent,  la  peau  demeu- 
rant entière  : ce  qui  se  voit  principa- 
lement sur  les  cosles1,  et  lors  qu’on 

1 Hip.  au  liu.  des  ^drticl.  sert.  3 sent.  53 
et  65.  — A.  P. — Dans  l’édition  de  1564  il 
renvoyaitau  livre  des  Fractures,  ce  qui  était 
une  erreur  manifeste  ; au  reste  la  citation 
du  livre  des  slrticles  en  cet  endroit  n’est 
guère  plus  exacte.  Hippocrate  a parlé  d’un 
engorgement  qui  succède  aux  contusions  et 


comprime  dessus  auecques  la  main  , 
on  sent  l’air  qui  se  départ  auec  vn 
petit  sifflement,  et  y demeure  l’im- 
pression des  doigts  , comme  aux  Oe- 
demes.  Que  si  on  n’y  donne  bon  or- 
dre, à raison  que  la  chair  n’est  atta- 
chée contre  lesdifes  costes  , il  s’y 
amasse  du  pus , qui  vient  à occuper 
l’espace  vuide,  et  se  fait  alteration 
des  os,  comme  l’on  voit  aduenir  le 
plus  souuent. 

Pour  la  curation  de  ceste  tumeur 
mucqueuse,  il  faut  comprimer  et  lier 
la  partie  le  plus  fort  que  h*  patient 
pourra  endurer  : toutesfois  en  lui  lais- 
sant sa  respiration  libre  le  plus  qu’il 
sera  possible,  si  c’est  au  Thorax.  Puis 
sera  appliqué  sur  la  partie  vn  em- 
plastre  d ’oxycrocetnn  , ou  diachylon 
irealum,  meslé  auec  l’emplastre  de 
meliloto,  et  fomentations  resolutiues. 

Or  la  cause  de  telle  tumeur  est  vne 
pituite  glaireuse,  qui  se  fait  par  faute 
de  bonne  concoction  en  la  partie , et 
d’vn  aliment  à demy  cuit  : ainsi  que 
l’on  voit  souuentesfois  la  conionctiue 
de  l’œil  par  vne  contusion  s’enfler  si 
fort,  qu’elle  sort  hors  de  la  cauité  de 
l'œil:  à cause  que  la  vertu  concoc- 
trice  de  la  partie  est  debile , pour  rai- 
son de  l’intemperature  immodérée , 
ou  pour  l’humeur  qui  y afflue,  comme 
l'on  voit  aux  tumeurs  œdemaliques. 
Car  de  l’humeur  aqueux  et  pituiteux, 
par  le  moyen  d’ vne  chaleur  imbecille, 
s’excitent  aisément  des  flatuosités, qui, 
meslées  parmy  le  reste  de  l’humeur, 
font  monstrer  et  paroistre  la  tumeur 

aux  fractures  des  côles , et  qui  peut  en  dé- 
terminer la  carie  ; ce  cas  est  assez  rare  , et 
A.  Paré  l’a  confondu  avec  l'emphysème  qui 
est  bien  plus  commun  , et  que  personne 
n’avait  décrit  avant  lui.  Au  reste,  il  revien- 
dra ci-après  sur  ce  sujet , au  chapitre  10  du 
livre  des  Fractures. 


202 


LE  DIXIÉME  LIVRE  , 


plus  graille  et  ondoyante,  comme 
explique  Galien , liure  G de  Symptom. 
causis  A 


CHAPITRE  VII. 

DIGRESSION  DE  L’AVTEVR  TOVCHANT 
l’vsage  DE  LA  MVMIE2. 

Et  ne  se  faut  esmerueiller  si  en  ce 
traité  des  contusions  ie  n’ay  fait  au- 
cune mention  de  Mumie  pour  donner 
à boire  aux  patients,  comme  font  la 
pluspart.  le  te  puis  asseurer  que  c’est 
pour  ce  que  l’on  ne  sçait  à la  vérité 
que  c’est  , si  ce  n'est  vue  chair  pourrie 
d’hommes  morts,  de  mauuais  goust  et 
odeur,  en  laquelleie  n’ay  trouué  nul 
effet,  fors  qu’elle  prouoque  le  vomis- 
sement , et  blesse  fort  1 estomach  : 
pource  ie  n’en  puis  en  conscience , et 
n’en  ose  ordonner  à personne  qui  soit. 


CHAPITRE  VIII. 

DES  COMBVSTIONS,  BRVSLEVRES  , ET 
DIFFERENCES  D’iCELLES  3. 

Le  feu  est  plus  chaud  selon  les  ma- 
tières où  il  est  imprimé  : comme  celuy 
qui  est  au  bois  de  chesne,  est  plus 

1 Celte  dernière  phrase  a été  ajoutée 
en  1579. 

2 Je  reproduis  ici  le  chapitre  primitif 
comme  on  le  lit  dans  les  éditions  de  1 504  et 
1575.  Dans  celle  de  1579  il  est  à peine  mo- 
difié ; mais  auparavant , et  comme  suite  du 
chapitre  précédent,  l’auteur  avait  ajouté  une 
digression  sur  la  Mumie  qui  occupait  près 
d’une  page  et  demie  in-folio.  Comme  cette 
digression  a ensuite  été  fondue  dans  le  dis- 
cours spécial  de  la  Mumie , il  était  tout  na- 
turel de  la  supprimer.  Voyez  d’ailleurs  la 
note  1 de  la  page  194,  et  le  Discours  de  là 
Mumie  à la  suite  du  livre  des  Distillations. 

3 Les  trois  chapitres  qui  suivent  forment 


chaud  que  celuy  qui  est  au  saule,  ou 
en  la  paille  : celuy  qui  est  au  fer,  est 
plus  chaud  que  celuy  qui  est  en  l’or  : 
celuy  qui  est  en  l’huile,  plus  que 
celuy  qui  gist  en  l’eau,  et  ainsi  des 
autres  matières.  Mais  le  plus  chaud 
et  plus  subtil  et  mortel,  est  celuy  du 
ciel , qui  vient  par  les  foudres  et  ton- 
nerres, et  est  le  feu  des  feux  A 

Les  brusleures  faites  par  poudre  à 
canon,  ou  métaux,  huile,  eau,  et 
generalemenl  toutes  autres  matières 
qui  bruslent , ne  different  qu’en  la 
seule  quantité  de  la  combustion. 
Lesquelles  tout  subit  impriment  à la 
partie  vue  douleur  et  chaleur  es- 
trange , qui  retient  la  qualité  du  feu 
(que  les  Grecs  appellent  Empy- 
reuma)  plus  ou  moins  selon  la  nature 
et  qualité  de  la  chose  qui  brusle, 
et  le  temps  qu’elle  aura  demeuré 
sur  la  partie.  Si  la  brusleure  est  su- 
perficielle , il  s’esleue  des  pustules 
ou  vessies , si  on  n’y  preuoit  : et  si 
la  brusleure  est  profonde , il  s’y  fait 
escarre  ou  crouste,  qui  est  la  chair 
bruslée.  L’action  du  feu  faisant  com- 
bustion , laisse  à la  partie  intempe- 
rature  chaude,  qui  condense,  rétré- 
cit, et  espaissit  le  cuir,  le  rendant  dur 
et  resserré,  causant  grande  douleur, 
comme  auons  dit  : qui  est  cause  d’at- 
tirer les  humeurs  des  parties  pro- 
chaines et  lointaines,  qui  se  conuer- 
tissent  en  aquosités  sereuses , qui 
cherchans  issue  qui  leur  est  deniée  à 
raison  du  cuir  espaissipar  le  feu,esle- 
uent  ainsi  que  nous  voyons  la  peau, 
excitans  vessies. 

Et  de  ces  différences  sont  prises  iu- 
le sujet  du  livre  5 de  l’édition  de  1564,  et  se 
retrouvent  déjà  en  partie  dans  celles  de  1545 
et  1552. 

1 Ce  premier  paragraphe  ne  date  que  de 
l'édition  de  1585. 


20.3 


DES  CONTVSIONS , COMBYSTIONS  ET  GANGRENES. 


dications,  dont  on  tire  les  remedes, 
entre  lesquels  les  vns  ostent  l’empy- 
reume,  qui  est  la  chaleur  estrange 
imprimée  en  iaparliebruslée,et  appai- 
sent  la  douleur  qu’elle  excitoit.  Les 
autres  enipeschent  qu’il  ne  s’esleue 
vessies  Autres  preuoient  à la  cure 
des  vlceres,  en  faisant  premièrement 
tomber  l’escarre,  mondifient,  incar- 
nent, et  cicatrisent.  Les  remedes  qui 
ostent  l’ardeur,  douleur,  et  inflamma- 
tion, sont  de  deux  sortes.  Les  vns  le 
font  par  leur  vertu  réfrigérante,  par 
laquelle  ils  esteignent  et  amortissent 
la  chaleur  estrange,  et  repoussent  le 
sang  et  les  autres  humeurs  qui  af- 
fleuroient  à la  partie,  à cause  de  la 
douleur  et  inflammation.  Les  autres 
sont  de  nature  du  tout  contraires,  à 
sçauoir , chauds  et  attractifs,  qui  re- 
laschent  le  cuir  et  ouurent  les  pores, 
resoluent  et  consomment  l’humidité 
sereuse  qui  cause  les  vessies  : et  par 
ce  moyen  appaisent  la  douleur  et  in- 
flammation. 

Exemple  des  refrigeralifs. 

L’eau  froide,  eau  de  plantain,  de  morelle, 
de  iusquiame,  de  ciguë,  et  ius  d’herbes 
réfrigérantes,  comme  de  pourpier,  laitues, 
plantain,  ioubarbe,  pauot,  mandragore, 
et  autres  semblables. 

On  en  pourra  semblablement  faire 
dt*  composés. 

Exemple. 

blancs  d’œufs  battus,  aussi  eaux  ou  sucs,  la 
fange  de  chemin  delayée  en  fort  vinaigre, 
l’alun  de  roche  fondu  en  eau,  en  laquelle 
seront  battus  blancs  d’œufs:  l’encre  qu’on 
escrit,  meslée  en  oxycrat  auec  vn  peu  de 
camphre, vnguenlum  nutritum,  populeum 
recenlement  faits,  ou  autres  semblables. 

Lesquels  seront  renouuellés  sou- 
tient au  commencement  , tant  que 
l'Empyreume  et  la  douleur  soient 
appaisées. 


D’auantage  ne  faut  oublier  d’appli- 
quer lesdits  remedes  vn  peu  chauds, 
parce  que  s’ils  estoienl  froids  actuel- 
lement, inciteroient  douleur,  et  par 
conséquent  fluxion  : ioint  aussi  que 
leur  vertu  ne  pourroit  penetrer  si  fa- 
cilement, et  eslre  réduits  de  puissance 
en  effet  : et  estans  ainsi  appliqués 
sedent  la  douleur,  prohibent  l’in- 
flammation et  les  vessies  *. 


CHAPITRE  IX. 

DES  MEDICAMENS  CHAVDS  ET  ATTRAC- 
TIFS, OVI  OSTENT  LA  DOVLEVR  ET 

INFLAMMATION  2. 

Le  feu  tient  le  premier  lieu  aux  pe- 
tites brusleures.  Quand  on  approche 

1 Ce  chapitre  se  retrouve  en  germe  dans 
l’édition  de  1545  ; en  voici.Ie  texte,  qui  a été 
à peu  près  exactement  reproduit  dans  celles 
de  1552  et  15G4. 

« La  cure  des  combustions  faictes  par  pou- 
dre à canon,  metaulx,  huiles,  eaue,  feu,  ou 
d’aultres  matières,  ne  difl'cre  qu’en  la  seullc 
quantité  de  la  combustion.  L’action  du  feu 
faisant  combustion,  laisse  à la  partie  intem- 
perature  chaulde,  condense  le  cuir  le  ren- 
dant dur,  cause  grande  douleur,  qui  est 
cause  de  faire  fluer  les  humeurs  des  parties 
prochaines  et  loingtaines  , les  conuertissant 
en  aquosités  sereuses  excitant  vessies  : ainsi 
par  multiplication  de  cause,  et  accroisse- 
ment de  matière,  s’augmente  l’inflammation 
non  seulement  neuf  iours,  comme  disent 
les  vulgaires,  mais  quelques  foys  plus  long- 
temps, aulcunes  foys  moins,  selon  la  diuer- 
silé  des  corps,  qui  est  tant  que  la  douleur 
soit  sedée,  et  la  fluxion  cessée  : et  debuons 
lors  tendre  nostre  pouuoir  à estaindre  l’i— 
gneité  délaissée  par  l’action  du  feu  imprimée 
en  la  partie  combuste.  » — Après  quoi  il 
passe  de  suite  à son  cataplasme  d’oignons. 
Cette  opinion  des  vulgaires  se  retrouve  éga- 
lement combattue  au  chapitre  suivant. 

2 Tout  ce  chapitre  se  lisait  déjà  , et  même 


LE  DIXIÈME  LIVRE  , 


!204 

le  lieu  bruslé  coutre  vue  chandelle, 
ou  chardon  ardent,  et  le  tient-on  as- 
sez longuement , on  voit  par  expé- 
rience que  ceste  chaleur  attire  à soy 
ce  que  le  feu  auoit  délaissé  de  sa  qua- 
lité, dont  procedoit  la  douleur  : et 
est  par  ce  moyen  le  vray  alexitere 
et  contre-poison  du  mal  qu'il  auoit 
fait. 

Autre  remede , c’est  d’appliquer 
subit  oignons  cruds,  pilés  avec  un 
peu  de  sel.  Et  est  à noter,  qu’il  ne  les 
fau  t appliquer  s’il  y auoit  vlcere,par-ce 
qu’ils  causeroient  douleur, et feroient 
augmentation  d’inflammation  : ce  qui 
ne  se  fait  où  le  cuir  est  demeuré  entier 
sans  estre  escorché , mais  prohibent 
qu’il  ne  se  procrée  bubes  ou  vessies  : 
et  à celte  occasion  Hippocrates  s’en 
sert  pour  faire  tomber  les  escarres.  Et 
quant  aux  parties  circonuoisines,  est 
vlile  y appliquer  remedes  refrige- 
rans  *.  le  sçay  que  plusieurs  n’ayans 
encores  expérimenté  ce  remede  des  oi- 
gnons, considéré  leur  qualité  chaude, 
contemneront  l’application  d'iceux, 
voulans  disputer  les  maladies  estre 
curées  par  leurs  contraires,  et  que 
combustion  est  faite  par  chaleur  : 
parquoy  pour  sa  cure  demande  reme- 
des froids.  Tou  tesfois  s’ils  veulent  ouïr 
la  raison,  ils  comprendront. 

L’ apparente  probation  de  l’vtilité  des 

oignons  au  premier  appareil  des 

combustions. 

Les  oignons,  comme  dit  Galien,  sont 
chauds  au  quatrième  degré:  dont  tant 

avec  plus  d’étendue  en  1545,  1552  et  1564. 
Je  noterai  les  choses  retranchées. 

1 L’édition  de  1545  dit  medicarnens  froids, 
rcpercussifz , et  elle  ajoute  : comme  vnguent 
de  lilharfje  appellé  nuirilnm  , ou  de  bolo , ou 
attitrés  de  semblable  faculté.  — L’édition  de 
1575  parle  seulement  de  medicarnens  réfri- 
gérons , comme  ceux  desquels  nous  entons 
parlé  ry  dessus. 


s'en  faut  qu’ils  contrarient  aux  com- 
bustions, que  plustost  doiuent  estre 
cause  de  l'augmenter  : parquoy  n’y 
peuuent  commodément  estre  appli- 
qués. Or  nonobstant  que  telle  raison 
ait  quelque  apparence  de  probabilité, 
loutesfois  l’experience,  raison,  et  au- 
torité nous  en  demonstrent  le  con- 
traire : ce  que  i’ay  veu  plusieurs  fois 
par  expérience  >. 

Et  par  raison  se  peut  prouuer,  que 
les  oignons  sont  chauds  potentielle- 
ment, et  actuellement  humides  : ainsi 
par  leur  température  chaude  rari- 
fient,  et  par  leur  humidité  actuelle 
relaxent  le  cuir  : par  ce  moyen  atti- 
rent, consomment  , tarissent,  et  sei- 
chent  l’humeur  ja  flué  : ce  faisant 
prohibent  les  vessies  : qui  est  aussi  la 
raison  pourquoy  il  est  bon,  prompte- 
ment qu’on  est  bruslé,  d’approcher 
la  partie  du  feu  2. 

1 L’édition  de  1545  dit  ici  : 

« Premièrement  i’ai  veu  par  expérience 
lesdits  oignons  auoir  fait  merueilles  : spécia- 
lement lorsquepensay  en  Piedmonl  plusieurs 
souldards,  lesquelz  furent  bruslés  par  vue 
traynée  de  poudre  à canon  laquelle  auoient 
faicte  les  cnnemysà  l’assaulldu  chasleau  de 
Veillaine  : et  vous  puis  asseurer,  que  là  ou 
ie  peux  appliquer  des  oignons  pilés  en  la 
maniéré  prescrite,  n'y  veint  aulcunes  vessies 
ny  pustules,  comme  feist  es  aultres,  ausquel/. 
ledit  remede  ne  fut  appliqué,  (fol.  52,  v.)  » 
L’édition  de  1575  conserve  encore  ce  passage; 
mais  celte  première  édition  contient  en  outre 
le  conseil  d’appliquer  les  oignons,  tout  sttbit 
au  premier  appareil,  et  non  plus. 

u L’édition  de  1545  contient  ici  un  long 
passage  conservé  encore  dans  celles  de  1552 
et  1564. 

« Ce  que  me  semble  ne  nous  debuoir  estre 
plus  admirable  , que  la  consyderation  des 
bestes  veneneuses,  lesquelles  pour  la  con- 
trariété qu’elles  ont  auec  nostre  corps  de 
toute  leur  substance  , par  vne  scullc  mor- 
sure , ou  bien  petit  de  leur  saliue,  en  brief 
temps  nous  ostent  la  vie  : auquel  péril  n’a 


200 


DES  CONTVSTONS  , COMBVSTIONS  ET  GANGRENES. 


Par  autorité,  Galien  me  persuade  i 
au  cinquième  liure  des  Simp'es  , 
comme  les  maladies  ne  sont  tousiours 
gueries  par  contraires  qualités,  mais 
aucunesfois  par  semblables  : combien 
que  toute  curation  soit  faite  par  con- 
trariété, prenant  contrariété  large- 
ment. Ce  que  manifestement  appert 
aux  phlegmons,  qui  sont  souuentes- 
fois  curés  par  medicamen  ts  résolutifs, 
lesquels  en  euacuant  la  matière  les 
curent. 

Parquoy  i’ose  conclure  l’applica- 
tion des  oignons  es  re  commode  au 
commencement  des  brusleures  , non 
toutesfois  escorchées  ou  vlcerées. 

Autres  remedes  pour  prohiber  les  vessies 

Prenez  fiente  de  chenal  toute  recente,  et 
soit  fricassée  en  huile  de  noix , ou  huile 
rosat,  et  soit  appliquée  sur  le  lieu  bruslé. 

Ilfautrenouueller  cesremedes  trois 
ou  quatre  fois  le  iour,  et  la  nuit,  s’il 
y a grande  douleur. 

Autre. 

Prenez  huile  de  noix,  feuilles  de  sureau,  ou 
d’hiehles,  cuites  en  ladite  huile,  et  soient 
pilées,  y adioustant  vn  peu  de  sel , et  ap- 
pliqué comme  dessus. 

peu  estre  inuenté  plus  seur  et  meilleur  rc- 
mede,  que  prendre  icelles  bcstes,  les  piler 
et  appliquer  au  vulnere  et  lieu  auquel  ont 
imprimé  leur  saliue  virulente,  qui  sont  cho- 
ses assés  occultes  et  quasi  non  subiectes  à 
raison.  A celle  cause  nous  estimons  vn  sou- 
ucrain  ayde  pour  les  blessés  du  crocodile, 
ou  laisard,  tosl  apres  appliquerau  vulnere  la 
gresse  dudict  laisard  ou  crocodile.  Sembla- 
blement à ceulv  qui  ont  esté  mords  ou  pic— 
qués  d’vng  vipere  ou  escorpion  : icelles  bes- 
tes  pilées  et  appliquées  comme  dict  est, sont 
pour  scuuerain  rernede.  Ce  que  Galien  nous 
enseigne  comme  oracle  delphic,  en  son  lib- 
ure  de  Theriach  ad  Pisonem.  » Fol.  53. 

' Ce  titre  était  celui  d’un  chapitre  spécial 
dans  l’édition  de  1575,  réuni  au  précédent 
dans  toutes  les  éditions  postérieures. 


Autre. 

Prenez  chaux  esteinte,  et  lauée  par  six  fois, 
puluerisée,  et  incorporée  auec  onguent 
rosat. 

Autre. 

Prenez  fueilles  de  iarus,  autrement  vit  de 
chien,  fueilles  de  sauge,  pilées  auec  vn 
peu  de  sel. 

Autre. 

Prenez  colle  des  menuisiers  , fondue  en  eau 
chaude  , en  double  vaisseau,  et  en  ap- 
pliquez auec  vne  plume  sur  la  partie 
bruslée. 

Et  si  par  ces  remedes  on  ne  peut 
tant  faire  qu’il  ne  s’y  face  quelques 
vessies , les  faudra  couper  aussi  tost 
qu’elles  seront  esleuées  : pource  que 
l’humeur  retenu  sous  icelles  acquiert 
vne  acrimonie  qui  corrode  la  chair, 
qui  cause  vlceres  caues.  Ainsi  par 
multiplication  de  cause  et  accroisse- 
ment de  matière  s’augmente  l’inflam- 
mation, non  seulement  neuf  iours 
(selon  les  vulgaires)  mais  quelques- 
fois  plus  long  temps , et  aucune  fois 
moins,  selon  la  diuersilé  des  corps,  et 
aussi  tant  que  la  douleur  soit  sedée, 
et  la  fluxion  arrestée. 

Si  I a brusleureestoit  si  grande  qu’elle 
eust  fait  escarre  , on  la  fera  tomber 
par  remedes  remolliens  et  bu  mec- 
tans,  comme  axunges,  huiles,  beurre, 
auec  un  peu  d’onguent  basilicum,  ou 
cest  onguent. 

"if..  Mucilag. psillij  et  cydoniorum  ana  g . iv. 

Gummi  tragacanti  g.  ij. 

Exlrahantur  cum  aqua  parielariæ,  olei  lilior. 

§•  U-  fi- 

Ceræ  nouæ  quantum  sufT. 

Fiat  vnguentum  molle. 

Et  sur  les  escorcheures  ou  vlceres 
seront  appliques  remedes  propres  à 
telles  vlceres,  lesquels  n’auront  nulle 
acrimonie,  comme  mguenti  albi  ra- 
sis  camphorati , desiccatiuum  rubeum  , 


206 


LE  DIXIÉME  LIVRE 


onguent  rosat  auquel  il  n’y  entrepoint 
de  vinaigre,  ou  nutritum,  fait  comme 
eestuy  '. 

1 Toutes  les  formules  qui  précèdent  ne  da- 
tent que  de  l’édition  de  1575  ; celle  de  1545 
conseille  bien  encore  l’onguent  suivant,  mais 
dans  d’autres  circonstances.  Voici  son  texte 
suivi  à peu  de  chose  près  par  celles  de  1552 
et  1564. 

« Parquoy  i’ose  conclure  l’application  des 
oignons,  comme  il  a esté  predict,  estre  com- 
mode au  commancement  des  combustions: 
mais  au  second  appareil  et  aullres  suiuans  ne 
les  y fuult  applicquer,  mais  est  vtile  pour  os- 
ter  l’intemperature  chaulde  l’vnguent  appellé 
nutritum  principalement  dispensé  en  la  for- 
me qui  s’ensuyt.  » 

Suit  la  formule  de  l’onguent  ; puis  il 
ajoute  : 

« Et  là  ou  ilTy  auroit  vessies,  les  fauldroit 
incontinent  couper,  et  sur  les  excoriations 
vser  de  l’vngueot  qui  s’ensuyt.  » 

Alors  vient  la  formule  buiyri  recentis  ; puis 
la  suivante  qui  a été  retranchée  plus  tard. 

if.  ülei  vitellorum  ouorum  ^ . iij. 

Olei  de  papauere  5 . ij. 

Lithargyri  auri,  cerussæ,  plumbi  vsti  et 
loti,  tuthiæ  lolæ  ana  §.j. 

Aquæ  plantaginis  et  solani  ana  3 . ij . û . 
Vnguenti  popul.,  albi  rasis  ana  § . j.  6 . 
Contundantur  omnia  simul  in  mortario 
plumbeo  , fiat  linimentum  vt  decet. 

Après  quoi  arrive  la  formule  de  l’Hôtel- 
Dieu. 

Il  faut  ajouter  qu’à  la  suite  de  la  formule 
buiyri  recentis,  etc.,  l’édition  de  1564  en 
donnait  une  autre  pour  la  même  intention, 
c’est-à-dire  pour  les  brusleures  excoriées. 

if.  Vnguenti  albi  rasis,  camphorati  et  vn- 
guenti ros.  ana  3 . iij. 

Malaxentur  simul,  fiat  vnguentum. 

Et  enfin  après  la  formule  donnée  plus  haut 
dans  cette  note  : Olei  vitellorum,  etc.  ; les 
éditions  de  1552  et  15G4  ajoutaient  la  ma- 
nière de  faire  l'huile  d’œufs,  qui  a été  égale- 
ment retranchée  depuis. 

« Ledit  oleum  ouorum  se  fait  ainsi.  Faut 


'if.  Lithargyri  aurei  3 . iiij. 

Olei  rosali  ^ . iij. 

Olei  de  papauere  § . ij. 

Aquæ  solani  vel  succi.  et  plantag.  ana 
0 - ij. 

Vnguenti  popul.  5.  iiij. 

Camphoræ  3.  j. 

Fiat  vnguent.  in  mortario  plumbeo  secun- 
dum  artem. 

Autre. 

Prenez  huile  d’œufs  battue  en  vn  mortier  de 
plomb  : aussi  chaux  viue  lauée  par  neuf 
fois,  puis  incorporée  auec  onguent  rosat 
ou  beurre  frais  sans  sel,  et  quelque  nom- 
bre de  moyeux  d’œufs  durcis. 

Ou , 

if.  Butyri  recentis  sine  sale  vstulati  et  co- 
lali  §.  vj. 

Vitellorum  ouorum  iiij. 

Cerusæ  lolæ  in  aqua  plantag.  vel  rosa- 
rum  5.0. 

Tuliæ  similiter  lolæ  3.  iij. 

Plumbi  vsti  et  loti  3.  ij. 

Misceantur  omnia  simul,  fiat  linimentum  vl 
decet. 

Et  faudra  augmenter  ou  diminuer 
la  desiccation  de  l’vlcere  selon  qu’ou 
vex-ra  estre  besoin. 

Autre. 

if.  Corticis  sambuci  viridis  et  olei  rosati 
ana  H>.  j. 

Bulliant  simul  lento  igné  , postea  colentur, 
et  adde 

Olei  ouorum  3 . iiij. 

Pul.  cerusæ  et  lutiæ  præparatæ  ana  § . j. 
Ceræ  albæ  quant,  sufficit, 

Fiat  vnguentum  molle  secundum  artem. 

prendre  40  œufs  fraiz,  et  les  faire  fort  cuire 
en  eaüe  , puis  prendre  les  moyeufs  et  les 
comminuer,  et  en  apres  les  mettre  cuire  de- 
dans vncpoille  de  terre  vernisée  ou  plombée, 
et  les  tenir  sur  vn  petit  feu  iusques  à ce  que 
l’on  voirra  qu’ilz  se  conuertissenl  en  humi- 
dité : puis  les  faut  mettre  en  vne  presse,  et 
les  espraindre  comme  l'on  fait  l’huile  d’a- 
mandes. Cesle  huile  sede  à merueille  les 
douleurs,  et  deterge  médiocrement.  » 


DI  S CONTYHONS  , CüMBVSTlONS  ET  GANGRENES, 


Autre  pour  le  visage  1 2 . 

Il  faut  prendre  de  la  pommade  g . ij. 
Mucilage  de  psyllion  tiré  en  eau  rose  g . j. 
Camphre  3 . j. 

Sperme  de  baleine  3.ij. 

Et  soit  fait  onguent. 

S’il  y auoit  vne  grande  chaleur  et 
douleur, on  prendra  suc  de  iusquiame, 
ioubarde,  ciguë,  fueille  de  nénuphar, 
de  chacun  tant  qu’il  sera  besoin , 
beurre  frais,  ou  huile  rosat  : puis  in- 
corporez le  tout  dans  une  escuelle  sur 
vn  rechaut  : et  soit  appliqué  sur  la 
brusleure,  et  renouuellé  souuent. 

Onguent  pour  les  taches  des  grains  de  poudre 
à canon. 

IL.  Vnguenti  citrini  recenter  dispcnsati  § .ij. 

Olei  rosati  g . G. 

Incorporentur,  et  fiat  linimentum. 

Autre  qui  a vertu  d’appaiser  la  douleur. 
Prenez  moyeufs  d’oeufs  cinq  ou  six,  et  soient 
incorporés  auec  mucilages  de  semence  de 
lin  , de  psyllium  et  de  coings,  et  renou- 
uellés  souuent. 

Autre. 

if..  Mucagin.  sem.lini,  psyllij  et  cydonio. 
extract,  in  aqua  rosa.  vel  communi,  ad- 
dendo  camph.  parum. 

Et  à fin  que  ce  remede  ne  se  desei- 
che  trop  subitement , faut  adiouster 
vn  peu  d’huile  rosat. 

Autre , dont  les  Dames  de  V Hoslel-Dieu  de 
Paris  vsent  aux  brusleures  3. 

"if.  Lardi  conscissi  per  frusta  ü>.  j. 

Liquéfiât  in  aqua  rosar.  deinde  coleturper 
rarum  linteum,  et  frigidum  lauetur 

1 Celte  formule,  avec  celle  qui  suit,  et  l'o«- 
guent  pour  les  taches  ont  été  ajoutés  en  1585. 

2 Celle  formule  n’a  pas  toujours  porté  le 
même  titre.  En  1545  et  1552  l'auteur  disait 
seulement  : Pareillement  plusieurs  approuuent 
pour  singulier  remede  cestuy,  lequel  ay  cogneu 
tel  par  expérience. 

En  1564  il  mettait  en  marge  : Singulier 


2Cÿ 

quater  cum  aqua  iusquiam.  vel  allerius 
generis  eiusdem,  deinde  cum  eo  incor- 
porentur vitelli  ouorum  recent.  num. 
viij.  fiat  vnguentum  *. 

Lorsqu’il  y a grande  douleur,  comme 
aduient  tousiours  à telles  vlceres  , 
l’on  doit  mettre  dessus  de  la  toile  de 
crespe,  afin  que  lorsqu’on  lesessuye, 
on  ne  les  touche  à nud  : et  au  trauers 

remede  pour  les  combustions.  Duquel  on  vse 
ordinairement  à l' Hoslel-Dieu  de  Paris.  Cette 
noie  fut  retranchée  en  1575,  et  ce  n’est  qu’à 
partir  de  1579  que  la  formule  a été  annoncée 
sous  le  titre  qu’on  lit  encore  aujourd’hui. 

1 Toute  la  fin  de  ce  chapitre  manque  dans 
les  éditions  de  1545,  1552  et  1564;  mais  en 
revanche  après  cette  formule  elles  donnent 
des  détails  qui  manquent  dans  toutes  les  au- 
tres : voici  le  texte  de  celle  de  1 545,  fol.  55  : 
« Duquel  fault  estandre  sur  vn  linge  et 
l’appliquer  sur  la  combustion  vlcerée,  con- 
syderant  diligemment  si  ledictvlcere  est  pu- 
rulent et  sordide;  car  lors  nécessité  seroit  y 
adiousterpouldresdes  mineraulx  ingrédients 
es  susdictz  vngucnts.  Quant  à la  quantité  ie 
ne  la  puis  descripre  sans  estre  taxé  auec 
ceulx  que  Galien  dict  chausser  toutes  per- 
sonnes sur  vne  seule  forme  : donc  ie  laisse 
la  quantité  d’icelles  pouldres  à la  prudente 
coniecture  du  chirurgien,  bien  congnoissant 
que  la  quantité  des  médicaments  ne  se  peull 
rationnellement  descripre  : tant  pour  la  di- 
uersité  des  dispositions  que  des  températu- 
res des  corps  et  parties  d’iceulx  : ny  aussi  le 
temps  de  l’application,  comme  plusieurs  foys 
a esté  dict.  Gai.  au  9 . Des  simples,  appreuue 
appliquer  de  l’ancre  (duquel  on  escripl)  aux 
vlceres  faictes  par  combustion , dequoy  es- 
tant à la  guerre,  me  faisoit  grand  estime  vn 
chirurgien,  me  certifiant  l’auoirexperimenté 
et  en  auoir  faict  de  belles  cures  : et  tenoit 
ledict  ancre  pour  vn  grand  secret,  toutes  foys 
ie  ne  l’experimenlay  iumais.  » 

Les  mots  en  italique  ont  été  retranchés  dès 
l’édition  de  1552. 

Immédiatement  après  ce  passage,  les  trois 
petites  éditions  en  contenaient  vn  autre  qui 
dans  les  éditions  complètes  a été  reporté,  au 
moins  quant  au  sens,  au  chapitre  suivant; 


2o8  LE  DIXIÉME  livre 


de  la  dite  toile  crespe  la  sanie  sort  li- 
brement, elles  remedes  y entrent  pa- 
reillement : ce  faisant  le  malade  est 
grandement  soulagé  de  la  douleur,  à 
cause  qu’en  essuyant  la  sanie  on  ne 
touche  à nud  l’vlcere. 

D’auantage  faut  bien  garder,  que 
si  les  brusleures  sont  faites  aux  pal- 
pebres  , ou  aux  léures,  ou  entre  les 
doigts,  ou  à la  gorge,  ou  sous  les  ais- 
selles , ou  aux  jarrets , ou  au  ply  des 
bras,  qu’icelles  parties  ne  se  ioignent 
les  vnes  contre  les  autres  : partant  on 
y pouruoira  eu  bien  situant  les  par- 

mais  comme  la  rédaction  diffère  notable- 
ment, je  vais  la  reproduire  ici  d’après  l’édi- 
tion primitive  de  1545. 

» Et  là  ou  il  seroit  besoing  de  deterger,  faul- 
dra  vser  des  detersifz  subséquents  en  y ap- 
pliquant aulcune  des  pouldres  ingredienles, 
escriples  aux  susdicts  vnguents  des  com- 
bustions. 

2 ç..  Syrupi  rosati  vnc.  iiij. 

Terebint.  lotæ  in  aqua  hordei  vnc.  iij. 

Aloes  lotæ  drachm.  ij. 

Farinæ  hordei  vnc.  semis. 

Incorporentur  omnia  simul  et  fiat  mundifi- 
catiuum. 

» Ce  faict,  si  on  voit  que  Nature  tende  à 
cicatriser  l’vlcere,  le  tault  lauer  d’caue  de 
plantaing,en  laquelle  on  aura  l'ait  boull ir  vn 
petit  d’alun  : ou  on  prendra  de  l’caue , en 
laquelle  aura  trempé  chaux,  qui  auparauant 
seroit  lauéc  par  huict  foys  : puis  y faire  cuire 
corlic.  granat.  cum  alumine  rocliœ  : la  quan- 
tité sera  selon  le  iugement  du  chirurgien. 
Apres  l’ablution  fault  appliquer  telle  pou- 
dre cicatrisante. 

^.Tutiæ  præparatæ,  litharg.  auri,  cerussæ, 
gallarum  combustar.  et  lotarurn  ana 
vnc.  vnam  : 

« De  laquelle  cri  soit  mys  sur  l’vlcere  pour 
cicatriser.  » 

Après  ceci,  l’édition  de  1545  passait  de 
suite  à l’histoire  des  combustions  profondes 
qui  fait  l’objet  du  chapitre  suivant  ; mais 


lies  bruslées,  et  mettant  tousiours 
quelques  linges  entre  deux  >. 

le  ne  veux  icy  mettre  en  arriéré  , 
que  la  poudre  à canon  enflammée 
pénétré  en  la  chair,  sans  quelquesfois 
vlcerer  le  cuir  : ce  qui  aduient  pour 
sa  tenuité  et  subtilité.  Elle  demeure 
de  telle  façon  au  profond  d’icelle 
chair,  qu’elle  n’en  peut  aucunement 
estre  ostée  : en  sorte  qu’ayant  essayé 
à l’en  tirer  par  tous  les  moyens  qu’il 
m’a  esté  possible , comme  auec  vé- 
sicatoires , scarifications  et  cornets 
appliqués  dessus , ce  neantmoins  la 
teinture  et  marque  d’icelle  y est  de- 
meurée, tout  ainsi  que  l’on  voit  les 
caractères  ou  lettres  qu’on  a fait  aux 
esclaues  y demeurer  à iamais , quel- 
que chose  qu’on  y puisse  faire. 


CHAPITRE  X. 

VNE  PROFONDE  lîltVSLEVRE  N’EST  TANT 
DOVI.OVREVSE  QV’VNE  SVPERF1CIELLE. 

D’auantage  vue  profonde  brus- 
leure,  ayant  fait  escarre  dure,  n’est 

celles  de  1542  et  1604  ajoutaient  d’abord  un 
paragraphe  qui  a été  retranché  dans  les 
OEuvres  complètes;  le  voici  : 

« Lon  pourra  aussi  vser  a mesme  effect  et 
intention,  de  squarnmu  Jerri,  squumma  ceris, 
plomb  bruslé,  coquilles  ou  testz  de  poissons, 
noix  de  galles  non  meures,  cscorces  de  gre- 
nades bruslées  : lesquelles  deseichent  gran- 
dement, et  sans  mordicalion  font  cicatri- 
ces , ainsi  que  l’escrit  maistre  Jacques 
Hollier,  docteur  en  medecine  , en  ses  liures 
de  la  Matière  de  chirurgie  , lesquelz  il  a 
composé  au  grant  prolüt  et  vsage  de  tous 
chirurgiens.  » 

Ne  serait-ce  pas  à cause  de  cet  éloge  exa- 
géré que  l’aré  a supprimé  ce  passage  !’ 

1 Ici  finit  le  chapitre  en  1575.  Le  paragra- 
phe qui  suit  date  de  1679. 


DES  CONT  VSIONS  , COMBVSTIONS  ET  GANGRENES, 


tant  douloureuse  connue  vne  qui  est 
superficielle  : ce  que  l’experience  quo- 
tidiane  monstre  en  ceux  qui  sont  cau- 
térisés : car  lost  apres  la  cautérisation 
ne  sentent  que  bien  petite  douleur,  à 
raison  qu’icclle  grande  combustion 
oste  le  sentiment,  en  bruslant  et  mor- 
tifiant les  parties  sensibles  1 , comme 
nous  auons  dit  cy  dessus  parlans  des 

1 L’édition  de  1545  ajoutait  ici  même  une 
liistoire  assez  intéressante,  qui  lut  reproduite 
avec  plus  de  details  par  les  éditions  de  1552 
cl  1564,  et  qui  a été  retranchée,  je  ne  sais 
pourquoi , des  éditions  complètes.  Je  don- 
nerai ici  le  texte  de  1 54 5 , mais  en  ajoutant 
en  italique  les  passages  qui  ont  été. ajoutés 
dans  l’édition  de  1552. 

« Ce  que  souuentes  foys  i’ay  veu , encores 
n’agueres  en  vn  enfant  aagé  de  dix  ans  ou 
enuiron,  qui  auoit  esté  Irouué  en  vn  bois  tout 
congelé  sans  aucun  mouuement  ny  parolle , 
ayant  seulement  vn  bien  peu  de  respiration  : et 
apporté  dudit  bois  fut  mis  près  d’vn  feu,  ou  fut 
en  telle  sorte  réchauffé  que  la  plus  grande 
partie  d’vne  de  ses  jambes  fut  bruslée,  ius- 
ques  auprès  des  os  : ou  plusieurs  voyans  la 
iambe  estre  si  grandement  bruslée,  ioinct 
qu’à  l’endroict  de  la  combustion  , l’eschare 
estoit  si  grosse  et  si  dure  qu’elle  rendoit  la 
partie  sans  aulcun  sentiment , osoyent  con- 
clure pour  le  plus  expédient  la  luy  extirper. 
A quoy  ie  fuz  appelle,  ou. tout  subit  la  sca- 
riliay  de  plusieurs  incisions  assés  profondes, 
et  dessus  applicquay  beurre  sans  sel , auec 
huile  rosat,  et  moyeufz  d'œufz  en  bonne 
quantité  pour  faire  tomber  les  eschares  : 
et  au-dessus  du  genouil  iemis  vngueulum  con- 
trition unec  compresses  et  bandes  trempées  en 
oxycrat,  lesquelles  ie  renouuellois  soutient  : à 
fin  de  prohiber  et  empesclter  la  fluxion  des  hu- 
meurs qui  se  faisaient  par  le  moyen  de  la  dou- 
leur. Apres  l’eschare  cliente  , f appliquai/  vn- 
guentum  album  rhasis,  populeon,  meslez  en 
esgulle  portion  et  baluzen  vn  mortier  de  plomb. 
Aux  blancs  d’œufs  pour  osier  ta  douleur  : la- 
quelle cessée  , augmentay  mon  remede  de  mé- 
dicaments seichuntz  sans  acrimonie,  qui  estoient 
bol  armene,  poudre  de  chaisne  poitrry,  tuthie, 
et  aucuns  autres  cy  deuant  déclarez  : lesquelz 


209 

playes  des  parties  nerueuses , et  de  la 
douleur  des  dents.  Et  à telles  escarres 
sera  fait  des  scarifications,  tqnt  et  si 
profondes  qu’on  aille  à la  chair  viue, 
à fin  de  donner  transpiration  aux  hu- 
meurs , et  place  aux  medicamens  re- 
mollitif's  pour  plustost  faire  tomber 
l’escarre  : et  apres  on  appliquera  re- 
mèdes detersifs  ctgeneratifs  de  chair, 

ie  continuay  itisques  à temps  que  l’vlcere  fust 
plein  et  prest  à cicatriser.  Puis  lauay  par  plu- 
sieurs foys  ledit  vlcere  auec  eaue  de  chaux  , 
vsant  apres  l’ablution  de  la  poudre  cicatrisante 
cidessus  descripte,  eu  sorte  que  l’enfant  fut 
parfaittement  guery.  » 

Au  lieu  de  ce  dernier  passage,  l’édition 
de  1545  disait  seulement:  Lesquelles  clientes 
(les  eschares)  ie  vsuy  des  medicamentz  pre- 
diclz,  sçuuoir  est  repercussifz , delersifz,  sar- 
coliques  , et  cicatrisalifz,  chacun  en  son  temps 
et  ordre:  ainsi  fut  l’enfant  guéri  parfaitement . 

Le  livre  des  combustions  se  termine  ici 
dans  les  éditions  de  1552  et  1564  ; mais  com- 
me c’était  le  dernier  des  opuscules  dont  se 
compose  l’édition  de  1545,  l'histoire  de  l’en- 
fant brûlé  y est  suivie  de  réflexions  sur  ie 
devoir  du  chirurgien  de  ne  jamais  abandon- 
ner un  malade  même  en  apparence  déses- 
péré. Ces  réflexions  au  reste  n’ont  point  été 
perdues  ; dans  l’édition  de  1 552  elles  se  trou- 
vent à la  lin  du  traité  des  gangrènes  qui  es  t 
le  dernier  de  l’ouvrage;  elles  ont  été  con- 
servées à celte  même  place  en  1564  , et  en- 
fin il  en  est  resté  dans  les  éditions  complètes 
un  paragraphe  que  l’on  trouvera  au  der- 
nier chapitre  de  ce  10e  livre,  et  qui  com- 
mence par  ces  mots . Parquoy  faut  que  le 
ieune  chirurgien , etc.  On  comprend  qu’un 
pareil  texte  appelait  naturellement  le  récit 
des  cures  les  plus  merveilleuses  de  l’auteur; 
aussi  il  n’y  manque  pas , du  moins  dans  les 
trois  petites  éditions:  car  dans  les  OEuvrcs 
complètes  toutes  les  histoires  ont  été  épar- 
pillées dans  ces  livres  et  les  chapitres  aux- 
quels elles  se  rapportaient.  Voyez  du  reste 
à la  fin  de  ce  10e  livre  la  note  de  la  page  258, 
où  j’ai  noté  les  différences  que  présentent 
pour  cette  espèce  d’épilogue  les  trois  petites 
éditions. 

14 


II. 


210 


LE  DIXIEME  LIVRE  , 


adioustant  aux  susdits  onguens  qu’a- 
uons  parlé  cy  dessus  , des  poudres 
minérales. 

Et  quanta  la  quantité,  ie  ne  la  puis 
descrire  sans  estre  taxé  auec  ceux 
que  Galien  dit  chausser  toutes  per- 
sonnes à vne  l'orme  : dont  ie  laisse  la 
quantité  d’icelles  poudres  à la  pru- 
dente conieclure  du  Chirurgien,  con- 
noissant  bien  que  la  quantité  des  me- 
dicamens  ne  se  peut  rationnellement 
descrire  (non  plus  qu’vn  peintre  la 
meslange  de  ses  couleurs)  tant  pour 
la  diuersilé  des  dispositions,  que  des 
corps  et  des  parlies  d’iceux,  et  aussi 
selon  la  variété  des  accidens  , et  au- 
tres choses  qu’auons  cy  deuant  dit , 
parlans  des  indications.  Et  apres  que 
Nature  aura  rempli  de  chair  l’vlcere, 
on  vsera  de  medicainens  cicatrisatifs, 
qui  ont  vertu  de  faire  le  cuir  *. 

Or  la  cicatrice  des  brusleures 
demeure  souuent  laide  et  raboteuse  : 
paiquoy  sera  applanie  ( et  principa- 
lement aux  mains  et  à la  face)  par 
lés  remedes  escrils  au  Traité  de  la 
Peste , chapitre  trente-huitième. 

La  brusleure  faite  par  le  tonnerre 
doit  estre  traitée  comme  celles  qui 
sont  faites  par  la  poudre  à canon 


CHAPITRE  XI. 

DES  GANGRENES  ET  MORTIFICATIONS  2. 

En  tonies  les  playes  et  solutions  de 
continuité  (desquelles  i’ay  parlé  cy 

1 On  reconnaît  dans  ce  paragraphe  quel- 
ques unes  des  idées  déjà  publiées  en  1545, 
et  dont  on  retrouvera  le  texte  dans  les  notes 
précédentes. 

La  phrase  qui  suit  touchant  la  laideur  des 
cicatrices  date  seulement  de  1575,  et  le  der- 
nier paragraphe  sur  la  brûlure  faite  par  le 
tonnerre  n’a  été  ajouté  qu’en  1585. 

3 L’histoire  de  la  gangrène  avait  été  traitée 


dessus)  suruiennent  le  plus  souuent 
grands  et  griefs  accidens,  tant  pour 
l’inaduei  tance  du  Chirurgien,  que  par 
les  fautes  qui  viennent  aussi  bien  du 
patient  que  des  autres  choses  exté- 
rieures , ou  pour  la  grandeur  de  la 
maladie  : et  principalement  entre  au- 
tres accidens  aduiennent  gangrené  et 
mortification,  qui  sont  de  très  grande 
importance  et  péril  de  la  vie , si  dili- 
gemment on  n’y  remedie.  Partant 
m’a  semblé  bon  escrire  desdites  Gan- 
grené et  mortification  , et  ce  pour 
deux  raisons  : l’vne  est,  que  lesdiles 
gangrené  et  mortification  donnent 
plus  de  mal,  tant  aux  Chirurgiens 
qu’aux  patiens,  que  les  maladies  aus 
quelles  elles  suruiennent  : au  moyen 
dequoy  faut  délaisser  la  propre  cure, 
pour  obuier  à leur  fureur  et  mali- 
gnité. L’autre  raison  est , que  i’ay 
desja  déclaré  par  cy  deuant  vne  par- 
tie des  causes  desdites  gangrenés  et 
mortifications  : toutesfois  de  toutes 
i’en  ay  voulu  escrire  amplement , et 
de  leur  curation , à fin  qu’vn  chacun 
puisse  auoir  entière  connoiss.mce  de 
les  curer  ainsi  qu’il  appartient.  le 
commenceray  donc  à la  définition, 
puis  le  declareray  les  causes,  leurs  si 
gnes,  prognostic,  et  consequemment 
la  curation  que  ie  donnerayà  enten- 
dre par  exemple  et  démonstration  fa- 
milière. 

Gangrené  est  vne  disposition , qui 
tend  à mortification  de  la  partie  bles- 

pour  la  première  fois  par  A.  Paré  en  1552,  à 
la  tin  de  la  seconde  édition  des  Playes  d’hac- 
quebuies , sous  ce  titre  : Truicté  des  causes, 
siynes,  prognostique , et  curation  de  gangrené 
et  mortification  II  en  avait  fait  ensuite  le 
7e  livre  de  son  édition  de  1664,  qu’il  a enfin 
réuni  aux  livres  des  Contusions  et  des  Conty 
basions  dans  ses  OEuvres  complètes  II  y a 
entre  ces  diverses  reproductions  de  notables 
variantes  que  je  noterai  avec  soin. 


DES  CONTVSIONS  , COMBYSTIONS  ET  GANGRENES. 


21  1 


sée,  qui  n’est  encores  morte  ne  pri- 
uée  (le  tout  sentiment,  mais  elle  se 
meurt  peu  à peu,  en  sorte  que  si  bien 
tost  on  n’y  donne  ordre,  elle  se  mor- 
tifiera du  tout,  voire  iusques aux  os1: 
qui  alors  est  appelée  des  Grecs  Spha- 
celos  ou  Necrosis , des  Latins  Syde- 
ratio , et  Esthiomenos  selon  les  mo- 
dernes2, et  des  vulgaires  le  Feu  saint 
Anthoine  3,  ou  saint  Marcel 4. 


CHAPITRE  XII. 

UES  CAVSES  GENERALES  DE  GANGRENE. 

t 

La  cause  première  et  generale  de 
Gangrené,  est  quand  par  la  dissolu- 

1 Galien  au  2.  à Glaucon. — A.  P. 

- L’édition  de  1552.  copiée  encore  par  celle 
de  1575,  portail  en  cet  endroit  : selon  les  Ara- 
bes et  les  modernes. 

3 Ce  nom  de  feu  S.  Antoine  a été  donné  à 
des  affections  fort  diverses.  J’en  retrouve  la 
première  mention  dans  les  chroniques  de 
Grégoire  de  Tours.  La  cinquième  année  du 
règne  de  Childebert  II , il  y eut  en  divers 
endroits  des  inondations  qui  causèrent  de 
grands  ravages  ; il  s’ensuivit  une  espèce  de 
dyssenterie  qui  se  répandit  dans  presque 
toute  la  Gaule.  « Ceux  qui  en  étaient  atta- 
qués, dit  le  chroniqueur,  étaient  tourmentés 
d’une  fièvre  violente  accompagnée  de  vo- 
missements; ils  éprouvaient  une  grande 
douleur  de  reins  et  une  pesanteur  de  tète 
accablante.  Ce  qu’on  rendait  par  la  bouche 
était  jaune  ou  verdâtre  ; bien  des  personnes 
pensaient  que  c'était  un  poison  secret,  et  le 
vulgaire  l’appelait  le  Jeu  S.  Antoine.  » 

Cette  dénomination  a été  également  ap- 
pliquée à d’autres  épidémies;  et  on  voit 
qu’elle  a dû  faire  bien  du  chemin  pour  ar- 
river à la  simple  gangrène. 

4 Ce  paragraphe  constituait  le  chapitre  2 
du  livre  dans  l’édition  de  15G4;  il  formait 
encore  un  chapitre  particulier  en  1575,  c’est 
en  1571)  qu’il  a été  réuni  au  premier. 


lion  de  l’harmonie  ou  température 
des  quatre  qualités , vne  partie  ne 
peut  receuoir  les  vertus  ou  esprits 
qui  la  maintiennent  et  conseruent  en 
son  estre  : à sçauoir  l’esprit  naturel 
procédant  du  foye,  porté  par  les  vei- 
nes pour  lui  donner  nourriture  : sem- 
blablement l’esprit  vital , enuoyé  du 
cœur  par  les  artere  pour  la  viuifier: 
aussi  l’esprit  animal  enuoyé  du  cer- 
neau par  les  nerfs  pour  bailler  sen- 
timent et  mouuement  : lesquels  es- 
prits receus  en  la  partie , conseruent 
et  restaurent  l’estre  et  température 
de  ladite  partie  en  son  entier.  Et  au 
contraire,  si  par  quelque  empesche- 
ment  ne  sont  communiqués  à icelle 
partie,  faut  qu’elle  soit  corrompue  et 
gastée , et  son  mouuement  depraué  : 
qui  est  la  cause  principale  desdites 
gangrené  et  mortification  : laquelle 
aussi  prouient  d’autres  causes  spé- 
ciales et  particulières  cy  apres  dé- 
clarées. 


CHAPITRE  XIII. 

DES  CAVSES  PARTICVLIERES  DES 
GANGRENES. 

Les  causes  spéciales  sont  prirrîti- 
ues,  ou  antecedentes. 

Les  primiliues  et  externes  sont  : 

Combustions  (par  le  moyen  desquel- 
les suruiennent  grandes  inflamma- 
tions ) faites  actuellement,  ou  poten- 
tiellement : Actuellement , comme 
bruslures  causées  par  feu,  huile,  eau, 
poudre  à canon , ou  semblables  : Po- 
tentiellement, par  application  de  me- 
dicamens  acres , comme  sublimé,  vi- 
triol, cautères  potentiels,  ou  autres: 
Perfrigerations  ou  grandes  morfon- 
dures  faites  par  l ait  qui  nous  euui- 


212 


LE  DIXIÉME  LIVRE, 


ronne , ou  par  indue  application  des 
remedes  froids  et  stupefactifs  : 
Fractures,  luxations,  grandes  con- 
tusions ou  meurtrisseures,  fortes  liga- 
tures, morsures  de  bestes  veneneuses, 
ou  autres  non  veneneuses,  piqueures 
de  nerfs  ou  tendons , playes  faites  es 
parties  nerueuses,  comme  és  iointures 
ou  près  d’icelles  : ou  faites  és  corps 
pléthoriques  et  cacochymes.  Autres 
playes  esquelles  les  vaisseaux  qui 
apportent  la  vie  , sont  du  tout  tran- 
chés ou  en  partie,  dont  à aucuns  s’en- 
suit ce  que  les  Grecs  appellent  Ane- 
urisme  : et  autres  causes , lesquelles 
ie  laisse  pour  briefueté. 


CHAPITRE  XI Y. 

DES  CAVSES  ANTECEDENTES  DE 
GANGRENE. 

Les  causes  anlecedentes  ou  inter- 
nes sont  grandes  fluxions  d'humeurs 
chaudes  ou  froides,  qui  tombent  sur 
vne  partie  en  plus  grande  quantité 
qu’elle  ne  peut  altérer,  digerer  et  ré- 
gir par  ses  facultés,  en  sorte  que  telles 
fluxions  suffoquent  et  esteignent  la 
chaleur  naturelle  et  les  esprits,  par 
faute  de  transpiration.  Car  pour  la 
petite  et  estroite  espace  du  lieu,  les 
arteres  ne  peuuent  auoir  leurs  mou- 
uemens  naturels  ‘.Outre  plus.  Galien 
dit  qu’aucunes  fois  l’inflammation 
commence  aux  os  : ce  qui  nous  est 

1 L’cdition  de  1552  suivie  encore  parcelle 
de  1575  ajoute  : 

Qui  sont  diastole,  c'est-à-dire  dilatation  par 
laquelle  est  attiré  l'air  extérieur  : et  systole, 
qui  est  contraction  par  laquelle  les  cxcremens 
fuligineux  sont  ietlez  hors  par  les  pores  ou  pe- 
tits conduits  de  ladite  partie. 


auiourd’huy  bien  manifeste  ‘ : ce  que 
mesme  dit  Hippocrates  en  la  senten- 
ce 2.  du  2.  des  Epidémies2.  Et  non'seule- 
menl  inflammation  simple,  mais  carie 
et  corruption  desdits  os,  principale- 
ment aux  verolés,  et  elephantiques 
ou  mezeau^  3 : desquels  la  chair  et 
cuir  se  monstre  sain  en  aucuns  en- 
droits et  non  corrompu,  et  au  dessous 
on  trouue  les  os  tous  pourris,  corro- 
dés, perluisés  et  vermoulus,  et  mesme 
le  plus  souuent  perdition  de  leur  pro- 
pre substance,  voire  en  grande  quan- 
tité : ce  qui  se  fait  d’vne  matière  ve- 
neneuse , dont  la  qualité  ne  se  peut 
exprimer  4. 

L’histoire  suiuante  en  fera  foy  : 
histoire,  dis-ie,  fort  remerquable  et 
digne  de  grande  admiration,  d’un  Re- 
ceueur  de  madame  la  Connestable,  de- 
meurant en  la  ville  de  Senlis,  nommé 
duFresnoy.  Lequel  m’enuoya  prier  de 
l’aller  voir,  à cause  qu’il  auoit  en  la 
teste  une  tumeur  de  la  grosseur  d’un 
œuf,  entre  l’os  occipital  et  pariétal , 
pour  sçauoir  de  moy  s’il  y falloit  faire 
ouuerture,  estimant  qu’il  y eust  de  la 
boue.  I’y  trouuay  deux  Médecins  et 
deux  Chirurgiens  demeurans  audit 
Senlis,  gens  d’honneur  et  de  bon  sça- 
uoir : nous  consultasmes  sur  le  fait 
de  l’ouuerture.  Ayant  considéré  la  tu- 

1 Gai.  au  liu.  Des  tumeurs  contre  Nature. 
— A.  P. 

2 Cette  citation  d’Hippocrate  est  de  l’édi- 
tion de  1585. 

3Mczeaux,  pluriel  de  mezel  ou  rnesel , lé- 
preux. 

4 L’édition  de  1552,  suivie  encore  par  celle 
de  1579,  ajoute  : 

Et  ( comme  i'ay  par  ci  deuant  escril ) ie  puis 
conclure  qu’il  y a diuinitè. — Après  quoi,  sans 
donner  l’histoire  suivante  qui  appartient  û 
l’édition  de  1585,  ni  la  citation  de  Galien 
qui  la  suit , elles  reprennent  : Souuentesfois 
aussi , etc. 


DES  CONTVSIONS  , COMDVSTfONS  ET  GANGRENES.  2 1?, 


meur,  et  entendu  comme  elle  esloit 
venue  peu-à-peu,et  de  longue  main, et 
apres  auoir  senti  et  remarqué  vne  pul- 
sation (qui  estoit  le  mouuemen!  du cer- 
ueau)  pensant  que  ce  fust  vne  artere , 
parce  que  lorsque  i’appuyois  ma  main 
dessus,  la  tumeur  s’abaissoit  et  dimi- 
nuoit,  véritablement  i’eus  opinion  que 
c’estoit  vn  Aneurisme  : et  dés  lors  ie 
dis,  qu’il  se  falloit  bien  garder  de  faire 
ouuerture  de  ladite  tumeur , de  peur 
d’ vne  hémorrhagie,  et  par  consequen  t 
de  mort  subite.  Or  il  y auoit  vn  des 
Médecins,  et  vn  des  Chirurgiens,  qui 
tenoient  qu’il  n’y  auoit  aucun  danger 
de  l’ouurir,  estimans  qu’il  n’y  eust  que 
de  la  boue.  Le  procès  estant  ainsi  parti 
en  deux,  ie  fusd’aduisqu  on  enuoyast 
quérir  monsieur  Fabry,  Médecin  ordi- 
naire du  Roy  et  de  madame  la  Con- 
nestable,  qui  estoit  lors  à Chantilly, 
pour  aduiser  s’il  y falloit  faire  ouuer- 
ture ou  non  : lequel  donna  prompte- 
ment son  aduis , estimant  comme  les 
autres,  qu’il  y auoit  du  pus,  et  qu’on 
pouuoit  sans  nul  danger  faire  euacua- 
tion  d’iceluy.  Toutesfois  lors  que  ie 
luy  dis  que  i’auois  opinion  que  ce  fust 
vn  Aneurisme  par  les  signes  qui  y ap- 
paroissoienl,  il  changea  de  propos, 
et  conclud  qu’on  n’y  touchast  nulle- 
ment, et  qu’il  falloit  penser  ladite  tu- 
meur comme  vn  Aneurisme, qui  auoit 
tousiours  esté  mon  aduis.  La  resolu- 
tion faite,  ie  m’en  reuins  à Paris: 
mais  ledit  Receueur  trois  iours  apres 
enuoya  quérir  vn  Barbier  à vn  vil- 
lage près  de  Senlis,  lequel  si  tost  qu’il 
fust  arriué,  et  qu’il  eust  veu  le  pa- 
tient, dit  qu’il  y auoit  du  pus  contenu 
en  ladite  tumeur,  et  qu’il  n’y  auoit 
point  danger  de  Fournir  : ce  qu’il  fit, 
et  au  lieu  de  boue,  eu  sortit  de  la  pro- 
pre substance  du  cerueau , et  deux 
iours  apres  ledit  Receueur  mourut. 
Apres  son  décès,  la  teste  luy  fut  ou- 


uerte  par  Adam  Mannequin  et  Ha- 
mard  Cfaeron , maistres  Barbiers  et 
Chirurgiens  demeurans  audit  Senlis: 
lesquels  m’ont  attesté  que  la  tumeur 
estoit  faite  de  la  propre  substance  du 
cerueau , auec  déperdition  de  deux 
tables  du  crâne,  de  la  grandeur  d’vn 
Noble  à la  rose. 

I’ay  bien  voulu  reciter  ceste  his- 
toire, à fin  d’aduertfr  le  ieune  Chirur- 
gien de  ne  faire  ouuerture  à la  teste 
en  semblables  tumeurs. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
Gallien  dit  au  commentaire  sur  le  54. 
Aphor.  du  7.  liure,  que  mesme  Na- 
ture forte  peut  ietter  la  boüe  au  tra  - 
uers  la  substance  des  os. 

Souuentesfois  aussi  quand  la  chau- 
de quelque  partie  est  vlcerée,  il  s’en- 
gendre vne  mauuaise  sanie,  acre  et 
fetide,  de  laquelle  si  les  os  suiets 
sont  imbus,  se  corrompentet  carient  '. 
Ce  qu’on  voit  souuent  aduenir  aux 
vlceres  cacoèthes  et  malins,  ou  au- 
tres, qui  de  long  temps  ont  demeuré 
sur  aucune  partie.  Aussi  Hippocrates 
le  lesmoigne  2,  disant  qu’en  tous  vl- 
ceres d’vn  an  ou  de  plus  long  temps , 
il  est  necessaire  que  l’os  se  séparé  et 
tombe,  et  qu’il  y demeure  cicatrices 
profondes  et  caues. 

Semblablement  lesdites  gangrènes 
et  mortifications  aduiennent  par  qua- 
lité veneneuse , chaude  ou  froide  : 
Chaude,  comme  on  voit  aux  charbons 
et  anthrax  pestiférés,  qu’en  moins  de 
vingt  et  quatre  heures  se  fera  escarre 
et  mortification  en  la  partie  affectée  : 
Froide,  commeon  voit  adueniren  vne 

1 Les  éditions  de  1652,  15G4  et  1575  por- 
tent : se  corrompent  et  inorlijient.  La  morti- 
fication prise  comme  synonyme  de  carie  est 
curieuse  à noter  à celte  époque  pour  l’his- 
toire de  l’art. 

3 Aph.  45,  liure  6.  — A.  P.,' 


I,E  DIXIÉME  LIVRE, 


2 I 4 

partie  sans  douleur  precedente,  ny 
liuidité,  ou  autres  signes  de  la  Gan- 
grené. Ce  que  de  Vigo  certifie  auoir 
veu  aduenir  à vne  noble  femme  de  la 
cité  de  Genes. 

Il  me  sou  nient  aussi  auoir  veu  sem- 
blable fait  en  ceste  ville  de  Paris  , à 
vn  homme  lequel  faisait  bonne  chere 
le  soir,  ne  se  plaignant  de  nulle  dou- 
leur : toutesfois  la  nuit  luy  suruint 
gangrené  et  mortification  aux  deux 
iainbessans  tumeur  ny  inflammation  : 
mais  y auoit  vne  couleur  en  cer- 
tains endroits  tendante  à liuidité, 
noirceur  et  verdeur  : en  aucuns  au- 
tres endroits  estoit  la  couleur  quasi 
naturelle  : toutesfois  n’y  auoit  aucun 
sentiment , et  lors  qu’on  le  piquoit 
auecques  la  pointe  de  la  lancette,  ou 
auecques  vne  espingle,  n’en  sortoit 
point  du  sang  : et  de  chaleur  au  sens 
du  tact  n’y  en  auoit  aucune,  mais  au 
contraire  on  sentoit  pluslost  vne  froi- 
deur. Ce  voyant  appellay  conseil,  par 
lequel  fut  délibéré  et  ordonné  qu’on 
lui  feroit  plusieurs  et  profondes  inci- 
sions pour  tenter  la  cure  : ce  que  ie 
fis,  mais  d’icelles  incisions  n’en  sortoit 
qu’un  peu  de  sang  fort  noir,  gros  et 
quasi  congelé.  Plusieurs  autres  re- 
medes  furent  tentés  : ce  neantmoins 
en  bref  rendit  son  esprit  à Dieu  auec- 
ques grandes  resueries , ayant  le  vi- 
sage et  tout  le  corps  liuide.  le  laisse 
à penser  si  la  cause  n’esloit  point  ve- 
neneuse. 

Pareil  cas  aduint  à vn  quidam  à 
Thurin,  l'an  mil  cinq  cens  trente  six, 
ainsi  que  i’ay  entendu  par  le  récit  que 
me  fit  François  Vostre,  Chirurgien 
tres-docte,  citoyen  dudit  Thurin. 

En  ce  lieu  ne  sera  impertinent  dé- 
clarer et  exposer  comme  sont  faites 
gangrenés  et  mortifications  par  le 
lioid  sans  qualité  veneneuse  : ce  que 
i’ay  seulement  touché  en  vn  mot  aux 


causes  externes.  Doncques  pour  plus 
grande  clairté  ie  te  l’expliqueray. 

Le  froid  extreme,  soit  par  l’air  am- 
biens,  ou  par  application  de  remedes 
repercussifs , froids  et  stupefactifs, 
fait  une  intempérie  froide  si  grande, 
que  les  esprits  sont  suffoqués  et  es- 
teints  : et  lors  que  Nature  ou  la  pro- 
uidence  de  tout  le  corps  renuoye  au- 
tres esprits  pour  subuenir  à ladite 
partie,  Iesdits  esprits  ne  trouuans 
l’harmonie  bien  disposée  pour  estre 
receus,  se  retirent  subit  vers  leur  ori- 
gine , comme  s’ils  estoient  repoussés 
par  le  grand  froid  de  ladite  partie , 
ennemy , et  du  tout  contraire  à Na- 
ture : et  pourtant  ladite  partie  ainsi 
destituée  desdits  esprits , prompte- 
ment se  mortifie.  Cccy  se  connoist 
manifestement  en  ceux  qui  marchent 
par  les  neiges  et  glaces  : car  par  l'ex- 
treme  froid  perdent  aucuns  de  leurs 
membres,  et  bien  souuent  la  vie, 
comme  présentement  déclarerons. 

I’ay  bonne  mémoire  auoir  médica- 
menté en  Piedmont  plusieurs  soldats 
ayans  passé  les  montagnes  en  hyuer: 
desquels  les  vns  par  l’extreme  froid 
auoienl  perdu  les  oreilles,  les  autres 
la  moitié  d’vn  bras,  les  autres  le  mem- 
bre viril,  autres  les  orteils  des  pieds, 
aucuns  y perdirent  la  vie  , tesmoin 
la  Chapelle  des  Transis , située  sur  le 
mont  de  Senis. 

Aussi  me  souuient  qu’en  temps 
d’hyuer,  vn  pauure  Breton  seruiteur 
d’estable  demeurant  à Paris,  s’en  alla 
coucher  sus  vn  lict  apres  auoir  bien 
beu,  près  lequel  y auoit  vne  fenestre 
à demy  ouuerte,  par  laquelle  le  froid 
entra  : et  tellement  lui  altéra  l’une  de 
ses  iambes , qu’à  son  resueil  pensant 
se  leuer , ne  se  peust  soustenir.  Et 
pourtant  fut  posé  près  le  feu,  duquel 
il  approcha  sa  iambe,  cuidant  qu’elle 
fust  seulement  endormie  : mais  se 


DES  CONTVSTONS  , COMBVSTJONS  ET  GANGRENES.  Ql5 


brusla  la  plante  du  pied  d’espaisseur 
d’vn  doigt  sans  rien  sentir  : parce 
qu’elle  estoit  ia  mortifiée  par  le  froid 
plus  qu’à  la  moitié.  Le  lendemain  le- 
dit Breton  fust  apporté  à l'Hostel- 
Dieu  , où  il  fut  visité  par  le  Chirur- 
gien et  autres , lesquels  conclurent 
qu’il  estoit  necessaire  couper  et  am- 
puter ladite  iambe  ainsi  mortifiée,  ce 
qui  fut  fait  : mais  ce  neanlmoins  la- 
dite mortification  gaigna  les  parties 
supérieures,  en  sorte  que  dedans  trois 
iours  apres  ledit  Breton  mourut  auec 
sueur  froide,  resueries,  grands  route- 
mens  et  syncopes  *. 

D’auantage  audit  mesme  temps 
d’Hyuer  faisoit  si  grand  froid,  qu’à 
aucuns  malades  couchés  audit  Hostel- 
Dieu  , l’extremilé  du  nez  se  mortifia 
sans  y auoir  aucune  pourriture  : à 
quatre  d’iceux  ie  feis  amputation  de 
ladite  partie , desques  deux  guéri- 
rent , les  autres  moururent. 

Cependant  faut  noter,  qu’en  cas  de 
froidure,  les  parties  extremes,  et  entre 
celles-cy  les  plus  esloignées  du  cœur, 
comme  les  pieds  et  iambes,  ou  les  plus 
froides  de  leur  tempérament,  comme 
le  nez  ou  oreilles  et  autres  cartilagi- 
neuses, sont  tousiours  saisies  de  gan- 
grenés les  premières  2. 

Puis  que  j’ai  déclaré  amplement 
toutes  les  causes  de  gangrené  et  mor- 
tification, faut  procéder  à la  déclara- 
tion des  signes  desdites  gangrené  et 
mortification  , lesquels  ie  distingue- 
ray  selon  leurs  causes,  à fin  de  bailler 
aux  ieunes  Chirurgiens  non  encores 
exercés , l’entiere  connoissance  des- 
diles  gangrené  et  mortification  et  de 
leurs  causes. 

1 Comparez  celte  histoire  avec  une  autre 
du  même  genre  rapportée  dans  la  note  de 
la  page  209. 

2 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 


CHAPITRE  XV. 

DES  SIGNES  DE  GANGKENE. 

Les  signes  des  Gangrenés  faites 
par  inflammation  phlegmoneuse  sont, 
quand  la  grande  douleur  et  pulsation 
qui  auoient  précédé  lesdites  inflam- 
mations sont  grandement  diminuées, 
et  }a  couleur  rubiconde  ou  vermeille 
qui  estoit  auparauant  en  ladite  par- 
tie est  changée  en  couleur  pâlie,  fus- 
que,  et  aucunement  tendante  à liui- 
dité  : comme  fort  amplement  descrit 
Hippocrates  en  la  seconde  section  du 
liure  De  fracturis , ou  il  parle  delà 
gangrené  du  talon  l.  I’entens  icy  dou- 
leur pulsatile,  non  celle  qui  est  faite 
par  le  mouuement  des  arteres , mais 
vne  pulsation  iectigaliue  ou  poi- 
gnante, qui  se  fait,  quand  par  le  com- 
bat d’entre  les  deux  chaleurs  (sçauoir 
est  naturelle  et  non  naturelle)  s’esle- 
uent  plusieurs  vapeurs  des  humeurs 
et  matières  qui  tendent  à pourriture 
és  parties  enflammées. 

Si  le  froid  est  cause  desdites  gan- 
grené et  mortification,  sera  aisé  à con- 
noistre  : car  (comme  vn  chacun  sçait) 
le  grand  froid  promptement  fait  à la 
partie  grande  douleur  poignante  et 
cuisante,  et  rougeur  estincellante,  et 
tost  apres  la  rend  liuide,  et  fort  froide, 
et  quasi  sans  mouuement  et  senti- 
ment, auec  borreur  ou  tremblement, 
comme  si  on  auoit  vn  commencement 
de  fiéure  quarte.  Si  le  froid  continue 
plus  long  temps  que  la  chaleur  de  la- 
dite partie  ne  puisse  résister,  surven- 
dra gangrené,  et  par  conséquent  mor- 
tification (si  on  n’y  donne  ordre)  et  à 
la  parfin  la  mort.  Car  (comme  dit 


• Cette  citation  a été  ajoutée  en  1579. 


LE  DIXIEME  LIVRE, 


9 1 G 

H ippoerates1,  le  froid  est  contraire  et 
ennemy  aux  os,  dents,  nerfs,  au  cer- 
ueau,  et  à la  moelle  du  dos,  générale- 
ment à nostre  vie,  laquelle  consiste 
en  chaleur  et  humidité:  à cause  qu’il 
fait  spasmes  ou  conuulsions,  et  autres 
mouuemens  contre  nostre  vouloir , 
agitation  desordonnée  de  tout  le 
corps,  que  nous  appelons  frissons,  et 
consequemment  par  sa  grande  vio- 
lence est  souuentesfois  cause  de  nos- 
tre mort. 

Quant  est  des  gangrenés  et  mortifi- 
cations faites  par  ligatures  és  fi'ac- 
tures,  luxations,  grandes  contusions, 
tu  les  connoistras  facilement  à la  du- 
reté, qui  est  pour  la  defluxion  : pareil- 
lement des  vessies  qui  seront  esleuées 
au  cuir , lesquelles  viennent  à raison 
de  la  grande  inflammation  qui  est  en 
la  partie  , ce  qui  se  voit  manifeste- 
ment aux  brusleures  : aussi  par  la  pe- 
santeur et  impotence  de  la  partie,  qui 
se  fait  à raison  que  les  esprits  man- 
quent , et  lors  qu’on  presse  dessus , la 
fosse  demeure  sans  se  releuer,  comme 
aux  Oedemes,  et  le  cuir  le  plus  sou- 
uent  se  séparé  de  la  chair  2.  Les  si- 
gnes déclarés  aux  gangrenés  engen- 
drées par  inflammation , te  pourront 
donner  connoissance  des  gangrenés 
faites  par  morsures,  picqueures, 
aneurismes,  playes  faites  és  corps 
pléthoriques  et  cacochymes  : car  pai- 
res causes  est  faite  fluxion  et  attrac- 
tion d’humeurs  en  trop  grande  quan- 
tité, qui  empeschent  (comme  i’ay  dit) 

1 Aph.  18.  liu.  7.—  A.  P. 

2 Les  éditions  de  1552  et  1564  disaient 
seulement  : Tu  les  cognoistras  facilement  « 
la  liuiditè  et  couleur  de  la  partie  morte,  car 
pour  la  compression  les  esprits  ne  peuuenl 
bailler  à la  partie  sa  couleur  naïfue. 

L’édition  de  1 575  conserve  cette  phrase  en 
ajoutant  celle  qu’on  lit  aujourd’hui  dans  le 
texte;  le  retranchement  date  de  1579. 


l’air  et  euentilation  de  la  partie.  Mais 
ie  te  veux  encore  aduertir , qu’ayant 
connu  par  les  signes  les  mortifica- 
tions, ne  faut  différer  à faire  amputa- 
tion du  membre , iaçoit  que  les  ex- 
trémités se  remuent  : car  la  teste  des 
muscles  se  remuant,  tire  la  queue,  ou 
leurs  tendons.  D’auan  tage  encore  qu’il 
y eust  quelque  peu  de  sentiment , ne 
faut  différer  l’amputation  bisques 
à ce  qu’il  n’y  en  aye  plus,  attendu 
qu’elle  pourriroit  les  parties  voisines. 

Quant  aux  signes  de  "gangrené  et 
mortification  prouenantes  de  venins, 
icy  n’est  besoin  de  reciter  la  façon 
comme  l’on  peut  connoistre  et  distin- 
guer les  accidens  qui  aduiennent,  tant 
des  venins  chauds  que  froids 1 : car 
nous  en  pourrons  parler  plus  ample- 
ment cy  apres. 


CHAPITRE  XVI. 

DV  PROGNOSTIC  DES  GANGRENES. 

Apres  donc  que  l’on  a connu  la 
gangrené  et  mortification  par  ses  si- 
gnes et  causes,  faut  auant  que  tenter 
quelque  chose  de  la  cure,  regarder 
quel  effet  pourra  auoir  ladite  dispo- 
sition, et  le  prédire  et  signifier  aux  pa- 
rens  ou  amis  des  malades  (ce  que  nous 
disons  prognosliquer)  comme  ie  te  di- 
ray.  Gangrené  et  mortification  sont 
de  si  grande  férocité  et  malignité,  que 
si  on  n’y  remedie  promptement,  la 
partie  facilement  et  du  tout  mourra 
et  corrompra  les  parties  proches  : ce 
qui  est  cause  que  quelques-vns  ont 
appelé  la  Gangrené  < hlyomenos, pour- 
ce  que  telle  corruption  chemine  par 

1 On  lisait  en  1552  et  même  en  1575  : Com- 
me i'en  ay  cideuanl  escrit  parlant  des  fléchés 
enuenimees  , auquel  lieu  on  pourra  voir. 


pr.S  CONTVStONS  , COMBVSTIONS  PT  G/VNGRFNF.S.  9. 1 


toute  la  partie  comme  venin  , et  la 
corrode  comme  fait  le  feu  espris  au 
Lois  sec,  tant  que  finalement  fera 
mourir  les  patiens.  Et  auparauant 
qu’ils  meurent , ont  tous  une  sueur 
vniuerselle  froide  auec  délires  ou  res- 
ueries,  syncopes  ou  esuanoüissemens, 
routemens  et  hocquets  : à cause  que 
les  vapeurs  esleuées  de  la  putréfac- 
tion et  pourriture,  sont  communi- 
quées et  portées  par  les  veines,  ar- 
tères , et  nerfs  aux  parties  nobles. 

Ton  prognostic  fait , faut  mettre  la 
main  à l’œuure  , ainsi  que  ie  deela- 
reray  maintenant. 


CHAPITRE  XAII. 

DE  LA  CVRE  GENERALE  DE  GANGRENE. 

En  la  curation  de  Gangrené,  faut 
prendre  les  indications  d’icelle.  Car  il 
faut  diuersifier  la  cure  selon  l’essence 
ou  grandeur  du  mal  : parce  qu’au- 
cunes gangrenés  et  mortifications 
occupent  toute  vne  partie,  les  au- 
tres seulement  une  portion  : les  vnes 
sont  profondes  , les  autres  super- 
ficielles. Les  causes  aussi  diucrses 
font  diuersifier  la  cure.  A toutes 
causes  ne  conuient  appliquer  un 
mesme  remede.  Semblablement  faut 
auoir  esgard  au  tempérament  du 
corps  et  de  la  partie.  Car  aucuns 
(comme  auons  par  cy  deuant  dit)  sont 
de  température  molle  et  délicate, 
comme  femmes , ieunes  enfans,  gens 
oisifs  et  viuans  délicatement,  chastrés 
et  autres  : lesquels  demandent  reme- 
des  plus  doux  et  moins  violents,  que 
ceuxquisontd’habitude  ou  substance 
dure  et  robuste,  comme  laboureurs, 


mariniers,  bateliers,  chasseurs,  porte- 
faix , et  autres  gens  de  trauail. 

Non  seulement  faut  auoir  ceste 
considération  du  corps,  mais  aussi  des 
parties  blessées.  Car  il  y a différence 
des  parties  musculeuses  et  chanteu- 
ses, comme  bras  ou  iambe  : ou  parties 
nerueuses  , dures  et  solides  , comme 
spondyles,  iointures,  et  autres  : aussi 
des  parties  chaudes  et  humides  , 
comme  sont  les  parties  honteuses,  la 
bouche,  la  matrice,  l’anus,  esquelles 
plus  promptement  aduient  corrup- 
tion et  pourriture , par  cause  interne 
et  fluxion  d’humeurs , qu’aux  autres 
parties  de  nostre  corps.  Parquoy  se- 
lon l’essence,  température  et  disposi- 
tion naturelle  de  ces  parties  et  du 
corps,  faut  administrer  remedes,et 
procédera  la  cure. 

Et  entre  les  autres  remedes  faut  or- 
donner "bon  régime  et  maniéré  de  vi- 
ure,  sur  les  six  choses  non  naturelles, 
pour  obuier  et  contrarier  (tant  qu’il 
nous  sera  possible)  à la  maladie  , et  à 
sa  cause,  si  elle  est  encores  présente. 
Si  l’habitude  du  corps  est  pléthorique 
ou  cacochyme,  faut  saigner  ou  pur- 
ger, selon  le  conseil  du  Médecin.  El 
pour  autant  que  les  vapeurs  qui  s’es- 
leuent  de  la  partie  gangrenée , sont 
communiquées  par  les  arteres  au 
cœur,  et  consecutiuementaux  autres 
parties  nobles  : faut  roborer  le  cœur, 
à fin  qu’il  ne  soit  infecté  de  ces  va- 
peurs malignes,  en  donnant  à boire 
theriaque  dissoute  en  eau  de  petite 
ozeille,  ou  chardon  bénit:  mithridat 
à manger,  et  conserue  de  roses  ou 
buglose,  opiates,  et  autres  choses  cor- 
diales , qui  ont  esté  déclarées  cy  des- 
sus. 

On  pourra  aussi  appliquer  cet  epi- 
theme  par  dehors , sur  la  région  du 
cœur,  pour  tousiours  roborer. 


2l8 


LE  DIXIEME  LIVRE  , 


2£.  Aq.  ros.  nenuph.  ana  § . iiij. 

Aceti  scyllilici  §.j. 

Corail,  et  santal,  albo.  et  rubr.  ros.  rubr. 
puluer.  et  spodij  ana  § .j. 

Mithridatij,  theriac.  ana  §.  ij.  fi. 
Trochis.  de  camph.  5.  ij. 

Flor.  cordial,  pulu.  p.  ij. 

Croci  S.  j. 

Dissoluantur  omnia  simul,  fiat  epithema, 
quod  superponatur  coi'di  cum  panno 
coccineo  aut  spongia. 

Voyla  briefuement  le  sommaire  des 
choses  vniuerselles  : il  nous  faut  ve- 
nir maintenant  à la  curation  propre 
et  particulière  desdiles  Gangrenés. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  CVRE  PARTICVLIERE  DE  GANGRENE. 

La  cure  de  la  gangrené  faite  par 
fluxion  de  sang  et  autres  humeurs 
qui  suffoquent  la  partie , ainsi  que 
l’on  voit  souvent  adv  enir  apx  grandes 
inflammations,  se  doit  faire  en  eua- 
cuant  et  seichant  promptement  le 
sang  et  humeurs  corrompus  qui  sont 
arrestés  en  la  partie  dolente , auec- 
ques  plusieurs  scarifications  et  inci- 
sions grandes,  moyennes,  petites,  pro- 
fondes, et  superficielles,  selon  qu'il 
sera  besoin  et  necessaire  : à fin  que  la- 
dite partie  se  puisse  euenliller  et  fla- 
beller,  et  les  vapeurs  corrompues  ex- 
haler. 

L’on  fait  les  incisions  quand  le  mal 
est  grand,  profond,  et  prochain  à 
pourriture,  et  les  scarifications  quand 
il  commence  à putréfier.  Car  d’autant 
que  le  mal  est  grand  , il  a besoin  de 
remedes  grands  et  violents  *.  Parquoy 
si  ledit  mal  va  iusqu’aux  os,  faut  di- 

i Hipp.  Aph.  Extremis  morbis,  etc.  — A.  P. 


uiser  le  cuir  et  la  chair  de  plusieurs 
et  profondes  incisions , que  pourras 
faire  auec  rasoir  à ce  propre  et  con- 
uenable  L Toutesfois  se  faut  donner 
garde  de  toucher  les  nerfs  et  vais- 
seaux notables , s’ils  ne  sont  du  tout 
pourris  et  corrompus.  Car  en  ce  cas 
faut  faire  incision,  sans  auoir  esgard 
ausdits  vaisseaux  : mais  s’ils  sont  en- 
tiers. les  incisions  soient  faites  entre 
lesdits  vaisseaux  sans  les  toucher,  s’il 
est  possible.  Si  la  gangrené  est  moin- 
dre, n’est  besoin  que  de  scarifications 
seulement. 

Apres  les  scarifications  et  incisions 
faites,  faut  laisser  couler  beaucoup 
de  sang,  à fin  de  vacuer  la  matière 
conioinle,  descharger  et  seicher  la 
partie.  Puis  appliquer  remedes  qui 
ont  faculté  d’oster  la  pourriture  par 
leur  vertu  calfactiue,  desiccatiue,  re- 
solutiue , detersiue,  et  aperitiue:et 
penetrer  au  profond  , à fin  de  con- 
sumer la  matière  virulente  et  cor- 
rompue , laquelle  est  arrestée  et  fixe 
en  la  partie  gangrenée.  Et  à ceste  in- 
tention , feras  ablution  auec  lexiue 
faite  de  cendres  de  figuier  ou  de 
chesne , en  laquelle  on  aura  fait 
boüillir  lupins,  tant  qu’ils  soient  par- 
faitement cuits.  Ou  pour  auoir  reme- 
des plus  parables , faut  prendre  de 
l’eau  salée,  en  laquelle  on  aura  fait 
boüillir  aloés  et  egypliac  2,  adious- 
tant  à la  fin  de  l’eau  de  vie.  L’eau  de 
vie  et  vitriol  calciné  est  singulier  re- 
mede. 

1 Les  éditions  de  1562  et  de  1564  don- 
naient en  cet  endroit  la  figure  du  rasoir, 
laquelle  a été  reportée  depuis  au  livre  des 
Playes  en  particulier,  page  7 de  ce  volume. 

a Là  s’arrêtait  la  formule  en  1552;  l’addi- 
tion de  l’eau-de-vic  est  de  1564.  I.’indicalion 
du  mélange  d’eau-de-vie  et  de  vitriol  cal- 
ciné est  bien  postérieure;  je  la  trouve  pour 
la  première  fois  dans  l’édition  de  1579. 


DES  CONTVSIONS  , COMBVSTIONS  ET  CANGRENES. 
Antre.  2£. 


if.  Aceli  optimi  lb.  j. 

Mollis  rosati  § . iiij. 

Syrupi  acetosi.  § . iij. 

Salis  comra.  5 . v. 

Bulliant  simul,  adde  aquæ  vitæ  lb.  fi. 

D’icelles  ablutions  faut  lauer  par 
plusieurs  fois  la  partie  : car  elles  sont 
de  grande  efficace  aux  gangrènes. 

Cesdites  ablutions  faites,  applique- 
ras egyptiac  sur  plumaceaux  : car 
c'est  le  plus  excellent  et  premier  en 
dignité  entre  les  remedes  conuena- 
bles  aux  pourritures,  pource  qu’il  fait 
séparer  la  chair  pourrie  d’auecques 
la  saine , faisant  escarres  : desquelles 
en  tel  cas  ne  faut  attendre  la  cheule, 
mais  plustost  les  couper  et  ostei  ce 
qui  sera  corrompu  auec  rasoir  ou  ci- 
zeaux  : puis  y remettre  dudit  egyp- 
liac  tant  de  fois  qu’il  sera  besoin , ce 
que  connoistras  à la  couleur  de  la 
chair,  à la  feteur  et  sensibilité  des  par- 
ties subiacentes.  La  description  dudit 
egyptiac  (duquel  i’ay  tousiours  con- 
nu grands  effets  en  tel  cas,  est  telle: 

if.  Floris  æris,  aluminis  rochæ,  mellis  com. 
ana  § . iij. 

Aceti  acerrimi  3 . v. 

Salis  communis  § . j. 

Vitrioli  romani  § . fi . 

Sublimati  puluerisati  5.  ij. 

Bulliant  omnia  simul  ad  ignem , fiat  vn- 
guentum. 

S’il  est  besoin,  on  le  fera  moins  fort. 
Auec  l’application  dudit  egyptiac, 
faut  mettre  sur  toute  la  partie  affec- 
tée cestuy  cataplasme,  lequel  empes- 
cne  et  prohibe  la  putréfaction  , re- 
soult,  deterge,  desseiche,  et  sede  la 
douleur. 


219 

Far.  fabar.  bord,  orobi,  lent,  lupinor. 
ana  îb . fi . 

Sal.  comm.  et  mel.  ros.  ana  5 . iiij. 
Succi  absintb.  marrub.  ana  § . ij.  fi . 
Aloës,  mast.  myrrhæ  et  aquæ  vitæ  ana 

§•  Ü- 

Oxymelitis  simplicis  quant,  sufficit. 

Fiat  cataplasma  molle  secundum  artem. 

Galien,  liure  3.  De  la  composition 
des  medicamens,  ordonne  faire  cata- 
plasme pour  prohiber  la  pourri- 
ture des  gangrenés,  fait  de  farine 
d’orge  et  lexiue  1 : aussi  le  capital 
des  cautères  est  fort  propre.  Lesdits 
remedes  consomment , resoluent  et 
detergent  la  sanie  virulente  et  ma- 
tière pourrie  : et  pour  leur  grande 
siccité  et  tenuité  d’essence,  pénétrant 
au  profond,  empeschent  la  putréfac- 
tion, sedent  la  douleur,  et  roborent 
la  partie  : ce  qui  est  plus  necessaire  en 
tel  cas. 

On  doit  aussi  appliquer  au  dessus 
du  mal  vn  tel  ou  semblable  defensif, 
pour  obuier  et  reprimer  la  descente 
des  humeûrs , et  garder  que  les  va- 
peurs pourries  esleuées  de  la  putré- 
faction ne  montent  au  cœur,  ou  aux 
parties  supérieures  et  nobles. 

'if..  Olei  rosali,  myrt.  ana  5 . iiij. 

Succi  plantaginis , solani , semperuiui 
ana  5 . ij. 

Albumina  ouor.  numéro  quinque. 

Boli  armeuici , terræ  sigillatæ  subtiliter 
puluerisatæ,  ana  3 . j. 

Oxycrali  quantum  sullicit. 

Misce  ad  vsum  dictum. 

L’on  en  pourra  faire  aussi  d’autres 
ayanl  p reille  vertu  : mais  faut  noter 
que  cesdits  remedes  se  doiuenl  renou- 

1 Cette  citation  de  Galien  ne  date  que  de 
1579  ; et  ce  qui  suit  sur  le  capital  des  cau- 
tères est  une  addition  de  1585. 


29.0 


I,E  DIXIÉME  LIVRE, 


ueller  soutient  Car  lors  qu’ils  sont 
froids  refroidissent  la  partie,  qui  est 
languide  à cause  que  sa  chaleur  est 
presque  suffoquée  : et  partant  il  y faut 
sonnent  appliquer  linges  chauds,  ou 
bricques,  ou  bouteilles  remplies  d’eau 
boitillante,  à fin  deroborerla  chaleur 
naturelle  qui  est  presque  du  tout  es- 
leinte.  Et  ne  faut  prendre  indication 
si  la  gangrené  a esté  faite  par  in- 
flammation , mais  de  la  disposition 
qu  elle  aura  laissée  en  la  partie. 

Or  si  le  mal  est  si  grand  qu’elle  ne 
veut  ceder  aux  susdits  remedes,  faut 
venir  à d’autres  plus  vehemens  et 
violens,  qui  sont  les  cautères  actuels. 
Apres  l’application  desquels  Galien, 
au  second  à Glaucon , commande  que 
ius  de  pruneaux  auec  sel  pilé  et  dis- 
sout soit  mis  dessus  : à cause  que  tel 
remede  pénétré  et  seiche  fort , et  par 
ce  moyen  empesche  la  pourriture. 
D’auantage,  si  lesdits  cautères  ne  pro- 
filent, il  est  besoin  venir  à l’extreme, 
qui  est  faire  amputation  de  la  partie, 
suiuant  le  dire  d’Hippocrates  2 : Aux 
maladies  extrêmes  conuicnnent  extre 
mes  et  derniers  remedes.  Toutesf'ois  on 
ne  doit  ce  faire, que  premièrement  l’on 
n’ait  certaine  connoissance  si  la  par- 
tie est  totalement  morte.  Car  ce  n’est 
petit  cas  de  couper  un  membre,  s’il 
n’est  plus  que  necessaire.  Parquoy  ie 
te  donneray  entière  et  infaillible  con- 
noissance des  parfaites  mortifications 
et  sphaceles,  par  les  signes  cy  apres 
déclarés. 

I.e  membre  infect  d’vne  playe  incurable 

Se  doit  couper,  que  le  sain  il  n’accable. 

Ovide  3. 

1 La  fin  de  ce  paragraphe  a été  ajoutée 
en  1585. 

2 Aph.  6.  lin.  1. — A.  P. 

5 Cette  citation  d’Ovide  est  encore  une 
addition  de  1585. 


CHAPITRE  XIX. 

DES  SIGNES  DES  MORTIFICATIONS 
PARFAITES. 

Si  on  connoist  en  la  parlie  affectée 
noirceur  et  froideur,  prouenant  de 
l’extinction  de  la  chaleur  naturelle, 
non  de  l’air  enuironnant  : grande  mo- 
lesse,  laquelle  si  on  comprime  ne  se 
peut  releuer,  ains  y demeure  cauité 
ou  fosse  : séparation  du  cuir  d’auec- 
ques  la  chair  subiacente , et  ne  sent- 
on  nul  battement  des  arteres1  : grande 
puanteur,  comme  de  charongne  (prin- 
cipalement si  ledit  sphaceleest  vlceré) 
dont  la  senteur  est  tant  acre  et  forte , 
qu’elle  est  intolérable  à toutes  per- 
sonnes, et  en  sort  vne  liqueur  vis- 
queuse de  couleur  noire  et  verdoyan- 
te , totale  priuation  du  sentiment  et 
mouuement2:  soit  qu’on  tire,  frappe, 
presse,  brusle,  coupe,  touche,  ou  pi- 
que : certainement  pourras  conclure 
vne  mortification  parfaite  ou  spha- 
cele.  Toutesfois  faut  auec  bon  iuge- 
ment  explorer  ladite  priuation  du 
sentiment.  Car  ie  sçay  que  plusieurs 
ont  esté  deceus,  se  fians  à vn  senti- 
ment que  les  patiens  disent  auoir,  si 
on  pique , presse , ou  autrement  at- 
touche , lequel  est  totalement  faux  et 
deceplible.  Car  il  ne  vient  que  d’vne 
grande  appréhension  de  la  douleur 
extreme,  qui  auparauant  estoit  en  la 
partie  : et  principalement  par  la  con- 
tinuité et  consentement  qu’ont  en- 
core les  parties  mortes  auec  les  viues. 

1 Cette  phrase,  et  ne  sent-on  nul  battement 
des  arteres,  a été  ajoutée  dans  l’édition  de 
1586. 

2 Les  éditions  de  1552  et  de  1564  portent: 
principalement  totale  priuation  du  sentiment  et 
mouuement. 


COMBVSTIONS  ET  GANGRENES.  22  1 


DES  CONTVSIONS  , 

Comme  pour  exemple  familier,  nous 
voyons  que  si  l’on  tire  noslre  chemise 
ou  autre  vestement  adhérant  à nos- 
tre  corps,  nous  disons  le  sentir,  iaçoit 
que  ledit  vestement  est  insensible,  et 
seulement  contigu  à nostre  corps  L 
De  ce  faux  sentiment  auras  argu- 
ment manifeste  apres  l’amputalion 
des  parties  mortifiées.  Car  les  patiens 
long  temps  apres  l’amputation  faite, 
disent  encore  sentir  douleur  és  par- 
ties mortes  et  amputées,  et  de  ce  se 
plaignent  fort  : chose  digne  d’admi- 
ration, et  quasi  incredible  à gens  qui 
de  ce  n’ont  expérience.  Parquoy  se 
faut  donner  garde  que  tel  sentiment 
ne  nous  retarde  à faire  le  deuoir  de  la 
parfaite  curation  : comme  quelques- 
fois  i’ay  veu  couper  vn  membre  à 
deux  ou  trois  fois,  pour  s’estre  arresté 
à vu  sentiment  faux  et  incertain. 

Donc  apres  avoir  connu  que  la  par- 
tie est  vrayement  morte  , la  faut 
promptement  et  sans  delay,  tant  pe- 
tit soit-il , couper  et  amputer  : car  la 
contagion  et  corruption  rauit  et  gai- 
gne  sans  cesse  les  parties  prochaines 
saines  et  viues  : et  pource  Hippocrates 
en  la  septième  section  du  sixième  li- 
ure  des  Epidémies , dit  que  les  sec- 
tions , vstions  et  trépans , se  doiuent 
promptement  executer 1  2.  Ce  remede 
est  misérable  et  digne  de  compassion, 
tant  au  patient  qu’au  Chirurgien  : 
mais  c’est  le  seul  et  dernier  refuge 
que  l’on  doit  tousiours  preferer  à la 
mort , laquelle  s’ensuiura , si  l’on 
cherche  autres  moyens  que  section 
de  la  partie  mortifiée. 

1 Celle  comparaison  est  des  plus  frappan- 
tes, et  l’on  n’a  jamais  mieux  expliqué  ce 
curieux  phénomène. 

2 Cette  citation  date  de  1579. 


CHAPITRE  XX. 

DV  LIEV  OV  IL  F AVT  COMMENCEE, 
L’AMP  VT  ATION. 

Il  ne  suffit  toutesfois  de  connoislre 
qu’il  est  nécessaire  d’amputer  la  par- 
tie mortifiée,  mais  fautsçauoir  le  lieu 
où  l’on  doit  faire  et  commencer  l’am- 
putation : et  en  cela  gist  le  iugement 
et  prudence  du  Chirurgien.  L’art 
commande  que  l’on  commence  à la 
partie  saine,  mais  te  declareray  cecy 
facilement.  Posons  pour  exemple  , 
qu’aucun  ait  vn  Estliiomene  au  pied 
iusqu’aux  malléoles  ou  cheuilles.  En 
tel  cas  faut  bien  considérer  là  ou  tu 
dois  faire  l’amputation  : car  selon 
l’art  faut  garder  le  corps  humain  en- 
tier, tant  qu’il  sera  possible.  Parquoy 
tu  dois  oster  le  moins  que  tu  pourras 
de  la  partie  saine.  Ce  neantmoins  faut 
auoir  considération  de  l'action  et  or- 
nement de  la  partie,  lesquels  te  don- 
neront conseil  de  couper  ladite  iambe 
à cinq  doigts  ou  enuiron  pi  es  le  ge- 
noüil  : pource  que  l’amputation  faite 
en  ce  lieu  , la  partie  pourra  apres 
mieux  faire  son  action,  qui  sera  mar- 
cher auec  vue  iambe  de  bois.  Car  s’il 
estoit  ainsi  que  l’on  coupast  seule- 
ment vn  peu  au  dessus  du  mal,  le  pa- 
tient seroit  en  peine  de  porter  trois 
iambes,  là  où  il*  n’en  portera  que 
deux. 

le  scay  que  le  Capitaine  François  le 
Clerc,  estant  sur  vn  nauire , eut  vn 
coup  de  canon  qui  luy  emporta  le 
pied  vn  peu  au  dessus  de  la  chenille  , 
de  laquelle  playe  fut  guéri  : mais 
quelque  temps  apres  voyant  que  sa 
iambe  luvnuisoit,  la  fit  couper ius- 
ques  à cinq  doigts  près  du  genoüil  : et 
maintenant  se  trouue  mieux  à inar- 


222 


LE  DIXIÉME  LIVRE  , 


cher  qu’il  ne  faisoit  auparauant  *. 

Au  bras  faut  faire  au  contraire,  qui 
est  osier  le  moins  que  l’on  pourra  <le 
la  partie  saine,  pour  la  diuersité  des 
actions  du  bras  et  de  la  iambe.  Et 
principalement  pource  que  le  corps 
ne  se  repose  sur  le-,  bras , comme  sur 
les  pieds  et  iambes 2. 

I’ay  déclaré  cy  deuant  comme  l’on 
pourra  connoistre  la  nécessité  de  la 
section,  et  le  lieu  d'icelle  : faut  à pré- 
sent monstrer  le  moyen  de  procéder 
et  exercer  ladite  section. 


CHAPITRE  XXI. 

DV  MOYEN  DE  PROCEDER  A LA  SECTION 
DV  MEMBRE. 

En  premier  lieu  roboreras  la  force 
et  vertu  du  patient,  s’il  est  besoin,  par 
alimens  propres,  de  facile  digestion  et 
pleins  d’esprits  : comme  œufs  mol- 
lets, roustie  trempée  en  bon  vin,  ou 
autres  semblables.  Puis  situe  le  pa- 
tient ainsi  qu’il  appartient , et  tire  les 
muscles  en  haut  vers  les  parties  sai- 
nes, et  fais  vne  ligature  extreme  vn 
peu  au  dessus  du  lieu  que  l’on  vou- 
dra amputer,  auec  un  fort  lien  délié , 
et  de  figure  platte,  comme  ceux  des- 
quels les  femmes  lient  leurs  cheueux. 

Icelle  ligature  sert  de  trois  choses. 
La  première  est  qu’elle  tient , auec 
l’aide  du  seruiteur,  le  cuir  et  muscles 
esleués  en  haut  : à fin  qu’apresl’œu- 

1 Cette  histoire  célèbre,  qui  peut  encore 
trouver  son  application  de  nos  jours,  se 
trouve  déjà  dans  l’édition  de  1552  ; on  y lit  : 
le  capitaine  François  Leclerc,  qui  est  soubz  la 
charge  de  monsieur  le  baron  de  la  Garde,  etc.; 
le  reste  comme  ci-dessus. 

2 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée  en 
1579. 


ure  ils  recouurent  l’extremité  des  os 
qui  auront  esté  coupés  : et  apres  la 
consolidation,  la  cicatrice  faite,  les- 
dits  cuir  et  muscles  seruent  comme 
d’vn  coussinet  ausdites  extrémités  des 
os  ; par  ainsi  la  partie  pourra  demeu- 
rer plus  forte  et  moins  douloureuse 
si  l’on  comprime  dessus  ; ioint  aussi 
que  la  curation  est  plus  briefue  ; car 
d’autant  qu'on  laisse  plus  de  chair  sur 
lesdits  os,  plustost  ils  sont  couuerts. 
La  seconde  , est  qu’elle  prohibe  l’he- 
morrhagie  ou  flux  de  sang  : à cause 
qu’elle  presse  les  veines  et  arteres. 
La  troisième,  est  qu’elle  rend  obtus , 
et  oste  grandement  le  sentiment  de  la 
partie  : pource  qu’elle  empeschepar 
sa  grande  compression  l’esprit  ani- 
mal , qui  donne  sentiment  par  les 
nerfs  à la  partie. 

Dono  apres  la  ligature  forte  ainsi 
faite  , faut  promptement  couper  tous 
les  muscles  et  autres  parties  iusqu’aux 
os,  auec  vn  rasoir  bien  tranchant,  ou 
Cousteau  courbé , comme  cestuy  sui- 
uanl1,  apres  auoir  deuestiet  decou- 
uert  l’os  de  son  périoste  , à fin  que  la 
scie  passe  mieux  et  plus  prompte- 
ment, et  à moindre  douleur. 

Cousteau  courbé  pour  couper  les  membres. 


Nota,  que  lorsqu’on  veut  faire  am- 
putation d’vue  iambe  , faut  qu’elle 
soit  vn  peu  ployée,  et  qu'apresla  sec- 
tion on  l’estende,  à fin  que  les  vais- 

1 Je  noterai  ici  que  la  fin  de  la  phrase, 
apres  auoir  deuesti,  etc.,  a été  ajoutée  seule- 
ment en  15S5;  addition  d’ailleurs  peu  né- 
cessaire, puisque  le  même  précepte  se  trouve 
tout  aussi  nettement  exposé  dans  l’un  des 
paragraphes  suivants. 


DÛS  CONT  VSIONS  , COMBVSTIONS  ET  GANGRENES.  220 


seaux  qu’en  prétend  lier  pour  arres- 
ter  le  sang , se  manifestent  mieux , 
pour  plus  facilement  les  pincer,  tirer 
et  lier  Ceux  qui  auront  mis  la  main 
à telle  œuure,  facilement  entendront 
cesle  méthode  : et  crois  que  nul  pra- 
ticien ne  l’a  encore  dite  ny  escrite , 
au  moins  que  ie  sçache  *. 

Il  te  faut  noter  icy,  qu’il  y a entre 
les  os  portion  d’aucuns  muscles,  que 
ne  pourras  bien  couper  auec  ledit 
rasoir  ou  cousteau 1  2 3.  Pourtant  les 
couperas  auec  un  instrument  fait  en 
maniéré  de  lancette  courbée  le  l’ad- 
uertis  de  ce  : car  si  tu  laisses  autre 
chose  que  l’os  à couper  à la  scie,  cer- 
tainement tu  feras  eu  la  sciam  grande 
douleur  au  patient , à cause  que  la 
scie  ne  peut  qu’à  grande  peine  couper 
les  choses  molles,  comme  cbair,  ten- 
dons et  membranes,  ainsi  qu’elle  fait 
les  os  durs  et  solides. 


Lancette  courbée  3. 


1 Ce  paragraphe,  où  A.  Paré  décrit  une 
méthode  qu’il  revendique  justement  comme 
sienne,  n’a  été  écrit  que  bien  tard;  il  ne  se 
trouve  dans  aucune  édition  faite  du  vivant 
de  l’auteur.  C’est  donc  entre  1 585 , date  de 
la  4'  édition,  et  1 590,  époque  de  la  mort  de 
Paré,  qu’il  a fait  cette  addition  à ses  œu- 
vres; et  elle  n’a  paru  qu’avec  la  première 
édition  posthume  en  1598. 

2 Point  remarquable  en  l’opération.  — A.  P. 

3 Cette  lancette  courbée,  placée  en  cet  en- 
droit dans  les  éditions  de  1552  et  1564,  a été 
retranchée  de  celles  de  1575  et  1579,  replacée 
en  1585  et  conservée  depuis.  C’est  un  instru- 
ment absolument  semblable,  sauf  quelques 
ornements  de  lâchasse,  à celui  qui  se  trouve 


Apres  auoir  entièrement  coupé  tou- 
tes les  parties  jusqu’aux  os,  les  faut 
scier  promptement  auec  telle  scie,  de 
grandeur  d’vn  pied  trois  pouces  ou 
enuiron  *. 

Scie. 


D’auantage  tu  mettras  vn  linge  en 
double  au  dessus  de  l’os  qu’on  veut 
scier,  de  peur  que  les  dents  de  la  scie 
ne  touchent  à la  chair,  et  ne  la  des- 
chirent 2. 

figuré  sous  le  nom  de  Bistorie  au  livre  des 
Tumeurs  en  particulier.  Voyez  T.  I,  p.  389, 
les  fig.  et  la  note. 

1 Les  derniers  mots  qui  indiquent  les  di- 
mensions de  la  scie  ont  été  ajoutés  en  1575. 

2 Cette  mention  d’un  linge  à appliquer 
sur  les  chairs  pour  les  protéger  contre  l’ac- 
tion de  la  scie  ne  se  lit  pas  encore  dans  l’é- 
dition de  1585;  mais  seulement  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  posthume  de  1598. 
Du  reste,  c’était  une  pratique  connue;  elle 
est  indiquée  par  Vigo,  et  Paul  d’Égine  la 
rapporte  à Léonide. 


LE  DIXIEME  LIVRE 


CHAPITRE  XXII. 

DES  MOYENS  POYR  ARRESTER  LE  FLVX  DE 
SANG  QVAND  LE  MEMBRE  EST  COVPÉ  L 

Lois  que  l’amputation  du  membre 
est  faite , il  est  necessaire  que  quel- 
que quantité  de  sang  s’escoule , à fin 
qu’à  la  partie  deschargée  y suruien- 
nent  moins  d’accidens,  et  selon  la  plé- 
nitude et  force  du  malade  2.  Le  sang 
escoulé  en  quantité  suffisante  (pre- 
nant tousiours  indication  des  forces 
du  malade  ) il  faut  promptement  bel- 
les grosses  veines  et  arteres  si  ferme 
qu’elles  ne  fluent  plus.  Ce  qui  se  fera 

1 Nous  voici  arrivé  à l’une  des  découvertes 
qui  onl  fait  le  plus  d’honneur  à A.  Paré,  l’ap- 
plication de  la  ligature  aux  vaisseaux  ou- 
verts dans  les  amputations.  11  est  facile  d’en 
fixer  la  date,  au  moins  d’une  manière  ap- 
proximative, entre  l’édition  de  1552,  dans 
laquelle  il  n’est  encore  fait  mention  que  des 
cautères,  et  celle  de  1564,  où  les  cinq  chapi- 
tres qui  suivent  se  lisent  presque  avec  la 
même  rédaction  qu’aujourd’hui.  Le  chapitre 
22e  a subi  quelques  modifications  dans  les 
éditions  postérieures;  nous  les  indiquerons 
d’abord,  et  après  la  description  complète  des 
procédés  nouveaux,  nous  reproduirons  le 
texte  et  les  figures  de  l’édition  de  1552. 

2 Dans  les  éditions  de  1564  et  de  1575  on 
lisait  en  cet  endroit  : 

« Ce  qu’Hippocrates  nous  enseigne,  disant 
qu’il  est  besoin  aux  vlceres  récents  de  laisser 
Huer  quelque  quantité  de  sang,  hors  mis  au 
ventre,  à cause  que  la  partie  sera  moins 
molestée  d’inflammation,  et  par  conséquent 
l’vlcere  s’en  guérira  plustost.  Il  dit  sembla- 
blement qu’il  est  bon  faire  saigner  soutient 
les  vieux  vlceres,  à fin  que  par  ce  moyen  la 
partie  qui  ne  peut  assimiler  le  sang  qui  luy 
est  enuoyé  pour  sa  nourriture,  à raison  de 
sa  débilité,  soit  deschargée  et  rendue  plus 
forte.  Au  liu.  des  vlceres.  » 

Tout  ce  passage  a été  retranché  à partir  de 
l'édition  de  1579. 


en  prenant  lesdits  vaisseaux  auec  tels 
instrumens,  nommés  Becs  de  Cor- 
bin  l. 

Bec  de  corbin  propre  à tirer  les  vaisseaux 
pour  les  lier. 


Cestuy  est  le  plus  propre,  parce  que 
l’on  s’en  peut  seruir  par  ses  deux  ex- 
trémités, selon  que  le  vaisseau  sera 
grand  et  délié.  A,  monstre  vn  petit 

1 11  est  étonnant  de  voir  à quels  instru- 
ments A.  Paré  avait  recours  pour  pratiquer 
ses  ligatures  ; d’abord  un  bec-de-corbm  sans 
ressort,  et  dont  nos  pinces  à pansement  don- 
nent une  idée  assez  exacte  ; plus  tard,  et  seu- 
jement  en  1585,  un  bec-de-corbin  armé  d’un 
ressort  qui  tenait  ses  branches  écartées, 
mais  toujours  avec  une  charnière  qui  com- 
pliquait l’instrument  ; et  enfin  les  aiguilles. 
Paré  possédait  cependant  la  pince  à dissec- 
tion que  les  modernes  ont  justement  pré- 
férée et  qu’on  voit  figurée  page  16  de  ce  vo- 
lume; et  plus  d’un  siècle  auparavant, 
Butapaglia  avait  recommandé  pour  le  même 
usage  un  crochet  que  figure  très  bien  le  te- 
nuculum  actuel.  Quant  aux  aiguilles,  Vigo 
et  Marianus  Sanctus  les  avaient  aussi  mises 
en  usage. Voyez  mon  Introduction,  et  la  nolo 
de  la  page  441  du  T.  I. 


220 


DES  CONTVSIONS  , COMBVSTrONS  ET  GANGRENES. 


ressort , qui  le  tient  aucunement  ou- 
uert,iusques  à ce  que  l’on  le  com- 
prime !. 


De  ces  instrumens  faut  pinser  les- 
dits  vaisseaux  ( qui  n’est  mal-aisé  à 
faire,  parce  qu’on  voit  le  sang  iaillir 
pariceux1 2)les  tirant  et  amenant  hors 
de  la  chair,  dans  laquelle  se  sont  re- 
tirés et  cachés  soudain  apres  l’extir- 
pation du  membre,  ainsi  que  font 
toutes  autres  parties  coupées,  tous- 
iours  vers  leur  origine.  Ce  faisant,  il 
ne  te  faut  estre  trop  curieux  de  ne 
pinser  seulement  que  lesdits  vais- 
seaux : pource  qu’il  n’y  a danger  de 
prendre  avec  eux  quelque  portion  de 
la  chair  des  muscles,  ou  autres  par- 

1  Cet  instrument  ne  date  que  de  l’édition 
de  1585. 

2 Cette  parenthèse  a également  été  ajoutée 
en  1585. 


ties  : car  de  ce  ne  peut  aduenir  aucun 
accident  : ains  auec  ce  l’vnion  des 
vaisseaux  se  fera  mieux  et  plus  seu re- 
ment, que  s’il  n’y  auoit  seulement 
que  le  corps  desdits  vaisseaux  com- 
pris en  la  ligature.  Ainsi  tirés,  on  les 
doit  bien  lier  auec  bon  fil  qui  soit  en 
double. 


CHAPITRE  XXIII. 

COMMENT  IL  FA  VT  PROCEDER  AV  TRAI- 
TEMENT D’VN  MEMBRE  AMPVTÉ  , LE 
FLVX  DE  SANG  ARRESTÉ. 

Ce  fait , tu  deslieras  la  première  li- 
gature que  tu  auois  faite  au  dessus 
du  lieu  de  la  coupure  : puis  promp- 
tement feras  quatre  points  d’aiguille 
en  croix  aux  léures  de  la  playe , pro- 
fondant lesdits  points  vn  doigt  de- 
dans la  chair,  à Gn  qu’ils  tiennent  plus 
ferme  : par  ce  moyen  tu  ramèneras 
les  parties  des  muscles  coupées  sur 
l’os , à fin  qu’il  soit  mieux  et  pluslost 
couuert , et  moins  touché  de  l’air  ex- 
térieur , à fin  que  ladite  chair  luy 
serue  apres  la  consolidation  , comme 
d’un  coussin. 

Or  tu  dois  noter,  qu’il  ne  faut  ser- 
rer lesdits  points  si  pies  que  tu  t’ef- 
forces d’approcher  ensemble  les  lé- 
ures de  la  playe,  ce  qu’aussi  tu  ne 
pourrois  faire  : car  plustost  le  tout 
viendroit  à se  rompre,  et  les  parties  à 
se  relascber.  Ains  te  suffira  de  les  ser- 
rer médiocrement , pour  ramener  la 
peau  et  chair  subiacente  en  l’estât 
et  pareille  longueur  qu’ils  estoient 
auant  la  retraction  qui  s’est  faite  de- 
puis et  durant  l’amputation. 


i5 


ii. 


a 26 


LE  DIXIEME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXIV. 

CE  QV’lL  FAVT  FAIRE  S’IL  SVRVENOIT 

FLVX  DE  SAXG  , A CAVSE  d’VN  DES 

SVSDITS  VAISSEAVX  DESLIÉ. 

Les  choses  ainsi  faites , s’il  adue- 
noit  puis  apres  qu’aucun  desdits  vais- 
seaux se  desliast,  il  te  faut  relier  le 
membre  de  ta  première  ligature , 
comme  a esté  dit  cy-deuant  : ou  au 
lieu  de  ce  faire  (ce  que  ie  loué  d’a- 
uantage  , et  qui  est  trop  plus  aisé  et 
moins  douloureux)  qu’vn  seruileur 
prenne  le  membre  à deux  mains, 
pressant  fort  de  ses  doigts  sur  l’en- 
droit du  chemin  desdits  vaisseaux  : 
car  en  ce  faisant , il  empeschera  le 
flux  de  sang.  Ce  pendant  tu  prendras 
vne  aiguille  longue  de  quatre  pouces 
ou  enuiron , quarrée  et  bien  tran- 
chante, enfilée  de  bon  fil  en  trois  ou 
quatre  doubles,  de  laquelle  tu  relie- 
ras les  vaisseaux  à la  façon  qui  s’en- 
suit : car  alors  le  Bec  de  Corbin  ne  le 
pourrait  seruir.  Tu  passeras  ladite  ai- 
guille par  le  dehors  de  la  playe , à 
demy  doigt  ou  plus  à coslé  dudit  vais- 
seau, iusques  au  trauers  de  la  playe, 
près  l’orifice  du  vaisseau  : puis  la  re- 
passeras sous  ledit  vaisseau , le  com- 
prenant de  ton  fil,  et  feras  sortir  ton 
aiguilla  en  ladite  partie  extérieure  de 
l’autre  coslé  dudit  vaisseau  , laissant 
entre  les  deux  chemins  de  ladite  ai- 
guille seulement  l’espace  d’vn  doigt  : 
puis  tu  lieras  ton  fil  assez  serré  sur 
vne  petite  compresse  de  linge  en  deux 
ou  trois  doubles  de  la  grosseur  d’vn 
doigt , qui  engardera  que  le  nœud 
n'entre  dedans  la  chair,  et  l’arreste- 
rasseurement.  Ladite  ligature  retire 
entièrement  dedans  la  bouche  et  l’o- 
rifice de  la  veine  ou  artere,  auec  les- 


quelles aussi  cachées  et  couuertes 
des  parties  charneuses  adiacentes , 
se  reprend  aisément  ledit  orifice. 

le  te  puis  asseurer  que  iamais  apres 
telle  operation  , on  ne  voit  sortir  vne 
goutte  de  sang  des  vaisseaux  ainsi  liés. 
Et  ne  se  faut  trauailler  d’vser  des  sus- 
dits moyens  d’arrester  le  sang  aux  pe- 
tits vaisseaux  : pource  qu’aisémenl  il 
sera  supprimé  par  les  aslringens  que 
nous  t'ordonnerons  cy  apres. 

Tu  pourras  trouuer  ceste  maniéré 
de  pratiquer  assez  obscure  et  mal 
intelligible  : mais  tu  dois  considérer 
que  c’est  chose  très  difficile  de  met- 
tre clairement  et  entièrement  par 
escrit  la  Chirurgie  manuelle.  Car  elle 
se  doit  plustost  apprendre  par  imagi- 
nation, et  en  voyant  besongner  de 
bons  et  expeiimentés  maistres,  si  lu 
en  as  le  moyen  : ou  bien  l’essayer  sur 
des  corps  morts,  comme  i’ay  plusieurs 
fois  fait. 


CHAPITRE  XXV. 

DES  MEDICAMENS  EMPLASTIQ VES. 

Maintenant  nous  dirons  les  reme- 
des  desquels  il  conuient  vser  apres 
l'amputation  du  membre,  qui  sont 
les  emplasliques  grandement  propres 
aux  vulneres  récents,  comme  sont 
ceux-cy. 

7}.  Boli  arrnenij  5 . iiij. 

Farinæ  volatilis  § . iij. 

Picis  resinæ  f, . ij. 

Puluerisenlur  omnia  subtilissime,  et  rnixtis 
simul  (iat  puluis. 

De  laquelle  sera  la  playe  toute  pou- 
drée, puis  garnie  par  dessus  de  charpy 
sec  : apres  on  appliquera  par  dessus 
ce  repercussif. 


DES  CONTVSIONS,  COMBVSTIONS  ET  GANGRENES. 


If.  Albumina  ouorum  numéro  vj. 

Boli  armenij,  sanguinis  «Iraconis,  gypsi, 
terræ  sigillatæ,  aloës,  masliches,  galla- 
rum  combustarum,  ana  3 . ij. 
Puluerisentursubtilissime  et  beneagitentur, 
addendo  olei  rosati  et  niyrt.  ana  3 . j. 
Fiat  defensiuum  ad  formam  mellis. 

Cest  onguent  doit  estre  appliqué 
auec  estouppes  trempées  en  oxycrat, 
sur  la  partie  , et  plus  haut  vn  petit: 
comme  si  tu  as  coupé  la  iambe , faut 
appliquer  ton  onguent  quatre  doigts 
ou  plus  au  dessus  du  genoüil.  Ce  re- 
inede  n’est  pas  seulement  repercussif, 
mais  aussi  robore  la  partie,  empesche 
la  fluxion , appaise  le  flux  de  sang, 
sedela  douleur,  et  prohibe  la  chaleur 
eslrange.  D’auantage,  il  faut  tremper 
eu  oxycrat  les  compresses  et  bandes , 
puis  situer  le  membre  en  figure 
moyenne  sur  des  coussins  et  oreil- 
lers, pleins  de  paille  d’auoine,  poil  de 
cerf,  ou  de  son  de  froment.  L’appa- 
reil susdit  ne  se  doitrenouueller  sans 
nécessité  grande , à sçauoir  quatre 
iours  apres  en  Hyuer , et  moins  en 
Esté , selon  que  tu  verras  estre  be- 
soin 

1 Ici  s’arrête  l’exposition  dogmatique  des 
procédés  nouveaux  d’A.  Paré;  le  chapitre 
qui  suit  est  consacré  à l’histoire  de  leur  dé- 
couverte. C’est  donc  ici  le  lieu  de  mettre  en 
regard  de  la  nouvelle  doctrine , la  pratique 
primitive  de  l’auteur;  et  je  reproduirai  in- 
tégralement le  texte  de  l’édition  de  1552  qui 
tenait  la  place  des  quatre  chapitres  précé- 
dents et  de  celui  qui  va  suivre. 

«Apres  l’amputation  faicte,  fault  appli- 
quer cautères  acluelz,  desquelz  les  premiers 
seront  en  façon  de  bouton  en  leurs  exlre- 
mitez,  et  en  auras  de  grands,  moyens  et  pe- 
tits pour  l’en  seruir  selon  qu’il  est  besoin. 
Iceux  appliqueras  non  seulement  sur  les 
grands  vaisseaux  , pour  estancher  le  sang  : 
mais  aussi  dans  la  cauitédesos,  à fin  de 
consumer  vne  partie  de  la  moelle  : car  en  ce 
faisant,  la  partie  sera  moins  doloreuse,  et 


Ü27 


CHAPITRE  XXVI. 

DIGRESSION  DE  L’AVTEVR  FORT  NECES- 
SAIRE A BIEN  CONSIDERER  TOVCHANT 
LES  CAVTEllES  ACTVELS,  DESQVELS 
ON  A VSÉ  IVSQVES  ICÏ  APRES  l’AM- 
P VTATION. 

le  confesse  icy  librement  et  auec 
grand  regret,  que  i’ay  par  cy  deuant 
pratiqué  tout  autrement  que  ie  n’es- 
cris  à ceste  heure , apres  que  l’ampu- 
tation des  bras  et  iambes  esloit  faite. 
Mais  quoy?  I’auois  veu  ainsi  faire  à 
ceux  que  l’on  appelloit  pour  telles 
pratiques,  esqueiles  incontinent  apres 
le  membre  extirpé,  vsoient  de  plu- 
sieurs cautères,  tant  actuels  que  po- 
tentiels , pour  empescher  le  flux  de 
sang  , chose  1res  horrible  et  cruelle 
seulement  à raconter  : car  cela  cau- 
soit  vne  extreme  douleur  aux  pa- 
tiens, attendu  que  telles  playes  reeen- 
tement  faites  sont  fort  sensibles,  et 
au  moyen  de  ceste  sensibilité , si  on 
y applique  choses  caustiques  dessus 
et  contre  les  parties  nerueuses,  sou- 


plustost  l’os  s’exfoliera.  Desdictz  cautères  la 
figure  est  telle  : 


» Puis  apres  cautériseras  entièrement  tout 
le  reste  aueccestuy,  lequel  est  plat , ayant 
plusieurs  trous  lesquelz  ont  esté  inuenlez  à 
fin  que  le  sang  et  autres  humiilitez  passent 
au  trauers  : au  moyen  de  quoy  sa  chaleur 
est  plus  grande,  d’autant  que  le  sang  et  hu- 


LE  DIXIÉME  LIVRE, 


228 

dam  leur  action  et  impression  est  com- 
muniquée aux  parties  internes , dont 
suruiennent  de  très-grands  et  perni- 

midité  n’estaignent  ny  suffoquent  sa  chaleur 
sitost  qu’ilz  fcroient  si  ledict  cautere  n’auoit 
trouz.  Et  tant  plus  ledict  cautere  sera  chault 
tant  moins  sera  il  doloreux:  à cause  qu’il 
faict  promptement  son  action,  qui  est,  con- 
sumer quelque  reste  du  virus  de  la  putré- 
faction (si  aucune  en  y a)  imbue  en  la  partie, 
et  la  roborer  : et  principalement  arrester  le 
sang , par  le  moyen  de  l’eschare  ou  crouste  : 
laquelle  si  n’est  bien  faicte,  y a danger  qu’il 
ne  suruienne  flux  de  sang,  lequel  en  tel  cas 
fault  bien  euiter  : car  c’est  le  thresor  de  nos- 
tre  vie. 


»Et  la  ou  tu  n’auras  tel  cautere,  beson- 
gneras  auec  ceux  cy. 


Diuersilez  de  cauleres  aciuelz, 


cieux  accidens , et  le  plus  souuent  la 
mort.  Qu’il  soit  vray,  on  ne  vit  om> 
ques  de  six  ainsi  cruellement  traités , 


Autres  cautères  aciuelz  desquelz  pourras  vser 
à ta  commodité. 


» Apres  l’application  desquelz  deslieras  ton 
lien,  non  tout  subit,  mais  peu  à peu,  en 
commandant  à ton  ministre  faire  compres- 
sion vers  les  parties  supérieures  dudict  lieu, 
de  paour  que  tout  à coup  le  sang,  qui  a este 
attiré  par  le  moyen  de  la  ligature,  ne  rompe 
l’eschare  qui  aura  esté  faicte.  Puis  appo- 
seras vn  repercussif  qui  aye  faculté  d’ostcr 
Yempyresme  ou  qualité  ignée  délaissée  tant 
par  l’amputation  que  par  lesdicts  cautères, 
qui  puisse  aussi  reprimer  et  repoulscr 
l’affluxion  des  humeurs,  pareillement  d’en- 
durcir les  eschares  et  de  seder  la  douleur, 
lequel  est  tel  : 

"if.  Albumina  ouorum  numéro  vj. 

Boli  armenij,  sanguinis  draconis,  gypsi, 
terræ  sigillatæ,  aloës,  masliches,  galla- 
rum  combustarum  ana  § . ij. 
Puluerisentursubtilissimeetbeneagitentur  : 
adde  olei  rosati  et  myrt.  ana  § . j. 

Fiat  defensiuum  ad  formam  mellis. 

» Cestuy  vnguent  soit  appliqué  auec  es- 
touppes  imbues  en  oxycrat  sur  ladicte  partie 
et  plus  hault  vn  petit,  comme  si  tu  as  coupé 
la  iambe,  fault  appliquer  à quatre  doigts  ou 
plus  au  dessus  du  genouil.  Les  compresses 
ou  bandages  soient  pareillement  imbus  au- 
dict  oxycrat,  et  apres  fault  situer  le  membre 


DES  CONTVSIONS  , COMBVSTIONS  ET  GANGRENES.  220 


eschapper  deux  : encore  estoient-ils 
long-temps  malades,  et  mal-aisément 
estoienl  les  playes  ainsi  bruslées  me- 
nées à consolidation,  pource  qu’vne 
telle  vstion  faisoit  des  douleurs  si  ve- 
hementes,  que  les  malades  tomboient 
en  Heure,  en  spasme,  et  autres  mor- 
tels accidens  : auec  ce  que  le  plus  sou- 
uenl , l’escarre  cheute , suruenoit 
nouueau  flux  de  sang  qu’il  falloit  en- 
core estancher  auec  les  cautères  ac- 

sur  coaissins  faictz  de  paille  d’aueine,  en  fi- 
gure médiocrement  haulte.  Cestuy  appareil 
en  temps  d’yuer  ne  faut  oster  deuant  quatre 
ou  cinq  iours  : mais  en  esté  plus  tost. 

» Or  si  le  cas  aduient  (comme  il  se  faict 
souuent)  que  amputation  de  quelque  mem- 
bre brisé  et  rompu  par  coup  d’artillerie  ou 
autrement,  soit  necessaire:  toutefois  que  tu 
ne  puisses  auoir  cautères  actuelz  ,'pour  en 
vser  apres  l’amputation  faicte  : en  lieu  des- 
dicts  cautères,  tu  mettras  sur  les  vaisseaux 
pouldre  calheretique, comme  sublimé  calsiné, 
vitreol  bruslé  , pouldre  de  mercure  meslée  en 
esyalte  portion  auec  pouldre  d'alun,  ou  autres 
semblables  : à fin  d’arrester  la  fluxion  de 
sang.  Feras  aussi  vn  restrainctif  de  pouldre 
de  bol,  piastre,  folle  farine,  sang  de  dragon, 
aloés , mastic  et  myrrhe  incorporez  auec  uul- 
bins  d’œufz:  lequel  appliqueras  sur  le  vul- 
ncre  et  aux  autres  parties  voisines,  pour 
empescher  la  fluxion  des  humeurs  , proue- 
nant  à raison  de  la  douleur.  Apres  appli- 
queras vue  canule  à nud  sur  la  partie  la  plus 
decliue  qui  soit  en  l’vlcere,  euitant  l’orifice 
des  vaisseaux,  à fin  que  les  liqueurs  et  hu- 
miditez  qui  resudent  de  la  partie  blessée,  se 
puissent  euacuerpar  ladicte  canule.  Ce  faict, 
tu  n’osteras  l’appareil  sitost  ; autrement  dan- 
ger seroit  (veu  que  les  cautères  aetuelz  n’ont 
esté  appliquez)  que  le  flux  de  sang  de  rechef 
suruint,  plus  difficile  à restraindre  et  sup- 
primer, qui  n’estoit  auparauant. 

» La  figure  de  ladicte  canule  doit  estre 
ronde,  de  grosseur  d’vn  doigt,  de  longueur 
de  quatre  doiglz  ou  enuiron:  et  à l’endroit 
qu’elle  passera  sur  la  partie,  plate:  icelle 
eslouperas  auec  vne  petite  cheuillc,  à fin 


tuels  ou  potentiels,  lesquels  répétés 
consommoient  vne  grande  quantité 
de  chair  et  autres  parties  nerueuses. 
Pour  laquelle  déperdition  les  os  de- 
meuroient  puis  apres  nuds  et  descou- 
uerts  : ce  qui  a rendu  à plusieurs  ^ci- 
catrisation impossible , ayans  tout  le 
reste  de  leur  vie  gardé  vn  vlcere  au 
lieu  du  membre  coupé,  qui  leur  ostoit 
le  moyen  de  se  pouuoir  seruir  d’vne 
iambe  ou  bras  faits  artificiellement. 

que  rien  ne  sorte,  sinon  à ta  volonté  : comme 
tu  vois  par  ce  pourtraict.  » 


Après  quoi  le  texte  reprend  à peu  près  vers 
le  milieu  du  chapitre  27  : D’uuuntage , long- 
temps apres  l’ amputation  faicte,  les  patientz  di- 
sent encore  auoir  la  partie  qui  a esté  am- 
putée, etc.  — Édition  citée,  fol.  62  à 67. 

On  retrouve  dans  ce  texte  de  1552  la  for- 
mule d’un  onguent  qui  a été  conservé  au 
chapitre  25  avec  quelques  mots  sur  la  levée 
de  l’appareil  ; on  retrouvera  de  même  les 
figures  des  cautères  au  Luire  de  la  grosse 
verolle , chap.  33;  j’ai  cru  toutefois  devoir 
tout  reproduire  ici  pour  ne  pas  laisser  la 
moindre  lacune.  Quant  aux  figures  de  la  ca- 
nule, elles  ont  été  supprimées  dans  toutes  les 
éditions  postérieures;  et  leur  reproduction  a 
en  quelque  sorte  le  mérite  de  la  nouveauté. 

Voyez  aussi  tome  I,  page  296,  en  note,  un 
passage  fort  curieux  de  la  Briefue  Collection 
anatomique , sur  la  section  des  os  et  de  la 
moelle  dans  les  amputations. 


23o  LE  DIXIÉME  livre, 

Parce  ie  conseille  au  ieune  Chirur- 


gien de  laisser  telle  cruauté  et  inhu- 
manité, pour  plustost  suiure  ceste 
mienne  façon  de  pratiquer , de  la- 
quelle il  a pieu  à Dieu  m’aduiser  sans 
que  iamais  l’eusse  veu  faire  à aucun , 
ou y dire,  ne  leu , sinon  en  Galien  au 
5.  liure  de  sa  Méthode,  où  il  escrit, 
qu’il  faut  lier  les  vaisseaux  vers  leurs 
racines,  qui  sont  le  foye  et  le  cœur, 
pour  estancher  le  grand  flux  de  sang. 
Or  ayant  plusieurs  fois  vsé  de  ceste 
maniéré  de  coudre  les  veines  et  ar- 
tères aux  playes  recentes , esquelles 
se  faisoit  vne  hémorrhagie,  i’ay  pensé 
qu’il  s'en  pouuoit  bien  autant  faire 
en  l’extirpation  d’un  membre.  De- 
quoy  ayant  conféré  auec  Estienne  de 
la  ltiuiere  , chirurgien  ordinaire  du 
Roy,  et  autres  Chirurgiens  iurés  à Pa- 
ris et  sur  ce  leur  ayant  déclaré  mon 
opinion , furent  d’aduis  que  nous  en 
fissions  l’espreuue  au  premier  ma- 
lade qui  s’offriroit,  combien  que  nous 
eussions  les  cautères  tous  prestspour 
en  vser  au  defaut  de  la  ligature  Ce 
que  i’ay  pratiqué  à l’endroit  de  plu- 
sieurs auec  tres-bonne  issue  : encore 
depuis  peu  de  iours  en  ça,  en  la  pei- 
sonne  d’vn  postillon  seruiteur  de 
Brusquet,  nommé  Pirou  Garbier,  au- 
quel fut  coupée  la  iambe  dextre  , 
quatre  doigts  au-dessus  du  genoùil  , 
pour  vne  Esthioraene  qui  luy  estoit 
su ruenue  à cause  d’vue  lraclure. 

Partant  ie  conseille  au  ieune  Chi- 
rurgien de  laisser  cette  misérable 
maniéré  de  brusler  et  carnacer  (si 
quelque  reliqua  de  gangrené  ne  le 

i Les  éditions  de  1564  et  1575  disent  seu- 
lement : 

El  François  liasse , tous  deux  chirurgiens  a 
parjs.  — Le  nom  de  François  fiasse  a été 
effacé  et  le  texte  rédigé  comme  on  le  lit  au- 
jourd’hui, à partir  de  l’édition  de  1579. 


contraignoit  de  ce  faire  ‘ ),  l’admon- 
nestant  de  ne  plus  dire,  le  l’ay  leu  au 
liure  des  anciens  l’raticiens , le  Yay 
veu  faire  à mes  vieux  peres  et  maistres, 
suiuant  la  pratique  desquels  ie  ne  puis 
aucunement  faillir . Ce  que  ie  l’accorde, 
si  tu  veux  entendre  ton  bon  maistre 
Galien  au  liure  cy  dessus  allégué,  et 
ses  semblables  : mais  si  tu  te  veux  ar- 
rester  à tonpere  et  à tes  maistres, 
pour  auoir  prescription  de  temps  et 
licence  de  mal-faire,  y voulant  lous- 
iours  perseuerer,  ainsi  mesmes  que 
que  l’on  fait  quasi  ordinairement  en 
toutes  choses , tu  en  rendras  compte 
deuant  Dieu , et  non  deuant  ton  pere 
ou  les  bons  maistres  praticiens , qui 
traitent  les  hommes  de  si  cruelle 
façon. 


CHAPITRE  XXVII. 

LA  MAXIERE  DE  POVRSVIVRE  LA  CVRA- 
T10N  DV  MEMBRE  AMPVTÉ. 

Or  pour  reprendre  nostre  premier 
point , et  paracheuer  la  cure  encom- 
mcncée  par  le  moyen  des  remedes 
propres  et  conuenables  à nos  vlceres, 
il  faut  premièrement  noter,  qu’aupa- 
ravanl  que  d’oster  les  liens  desquels 
on  aura  lié  les  vaisseaux,  il  convient 
que  l’agglutination  d'iceux  soit  faite , 
et  de  peur  qu'il  ne  vienne  nouueaux 
flux  de  sang,  qu’ils  soient  couuerts  de 
chair.  Qui  se  fera  en  appliquant  des 
sus  quelques  remedes  froids,  aslrin- 
gens,  etemplastiques,  comme  la  pou- 
dre qui  s’ensuit. 

i cette  parenthèse  est  encore  une  addition 
fort  tardive  d’A.  Paré  , car  on  ne  la  ren- 
contre pour  la  première  fois  que  dans  l’édi- 
tion posthume  de  1598. 


T) F. S CONTVSIONS  , COMBVSTIONS  ET  GANGRENES.  Q.3  1 


2£.  Pulu.  bol i arm.  farinæ  hordei , picis  ré- 
sina?, gypsi  ana  5 .iiij. 

Aloës , nucum  cupressi,  cortic.  granat. 
ana  5 . j. 

Incorporent,  omnia  sinnil,  fiat pul  subtilis. 

De  laquelle  en  sera  aspergée  et 
saupoudrée  toute  l'vlcere  par  l’espace 
de  trois  ou  quatre  iours.  Puis  apres 
on  n’en  \ sera  qu’à  l’endroit  des  vais- 
seaux qui  auront  esté  liés,  et  en  sera 
encore  continué  par  l’espace  de  huit 
ou  dix  iours,  à fin  qu’on  soit  bien  as 
seuré  que  les  vaisseaux  soient  eslou- 
pés  et  couuerts  de  chair  : mais  sur  le 
reste  de  l’vlcere  sera  appliqué  vn  di- 
gestif, et  continué  iusquesà  ce  qu’elle 
soit  tournée  à suppuration.  Car  lors 
on  quittera  le  digestif  pour  prendre 
les  medicamens  mondificalifs,  comme 
sont  ceux  qui  s’ensuiuent. 

"ij..  Terebent.  venetæ  lotæ  in  aq.  vitæ  §.vj. 

Mellis  rosati  colati  § . i i j . 

Succi  plantaginis,  apij  et  centaurij  mi- 
noris  ana  § . ij. 

Bulliant  omnia  simul  vsque  ad  consumptio- 
nem  succorum  , auferantur  ab  igné  , 
addendo 

Farinæ  bordei  et  fabar.  ana  g . j. 

Theriac.  Gai.  g . G . 

* Aloes , myrrhæ,  aristolochiæ,  ana  g . iij. 

Croci  3.j. 

Fiat  mundificatiuum  1 . 

Or  il  est  ainsi  que  long  temps  apres 
l’amputation,  les  patiens  pensent  en- 
core auoir  en  son  entier  le  membre 
qui  leur  a été  amputé,  comme  i’ay  dit: 
ce  qui  leur  aduient,  comme  il  me  sem- 
ble , pource  que  les  nerfs  se  retirent 
vers  leur  origine.  Car,  comme  escrit 
Galien  au  liure  De  rnotu  musculorum, 
contraction  est  la  vraie  et  propre  ac- 

1  Tout  ce  commencement  du  chapitre  ne 
date  que  de  l’édition  de  1504;  avec  le  para- 

graphe qui  suit  recommence  seulement  le 
texte  de  1552. 


tion  du  nerf  et  muscle , et  quant  à 
l’extension , ce  n’cst  tant  action  que 
mouvement  G Or  les  nerfs  en  se  reti- 
rant font  grande  douleur,  et  presque 
semblable  aux  rétractions  qui  se  font 
aux  spasmes.  Pour  à quoi  remédier, 
faut  leur  frotter  la  nucque  et  toute 
la  partie  allèctée  auec  le  Uniment  qui 
s’ensuit,  et  qui  est  de  grande  efficace 
contre  spasme,  paralysie,  stupeur, 
contorsions  , distensions , et  autres 
affections,  principalement  des  par- 
ties ner ueuses,  prouenanles  de  causes 
froides. 

if.  Satuiæ,  chamæp  t.  maioranæ,  rorisma- 
rini,  menthæ,  rutæ,  lauand.  ana  m.  j. 

Florum  camomill.  mclil.  summitatum 
anethi  et  hypcrici  ana  p.  ij. 

Baccarum  lauri  et  iuniperi  ana  § . ij. 

Radie,  pyreth.  3.  ij. 

Mast.  assæ  odoralæ  ana  g.j  fi. 

Terebenlhinæ  venetæ  Ib.j. 

Olei  lumbricorum,  anethi  et  calellorum 
ana  g . vj. 

Olei  terebenlhinæ  g . iij . 

Axungiæ  humanæ  § . ij. 

Croci  3.  j. 

Vini  albi  odorilcri  ib.j. 

Ceræ  quantum  sufTicit  : 

Contundenda  conlundantur,  puluerisanda 
putuerisentur,  deinde  maccrentur  om- 
nia in  vino  per  noctem,  posleà  coquan- 
tur  cum  oleis  et  axungia  prædiclis  in 
vase duplici  : fiat  linimentum  secundum 
artem  : in  fine  adde  aquæ  vitæ  g . iij  2. 

D’auantage  en  traitant  cesle  playe,  il 
est  conuenable  de  procurer  la  cheute 
des  extrémités  des  os  que  la  scie 

1 Cette  citation  de  Galien  a été  ajoutée 
en  1579. 

2 L’édition  de  1552  présente  ici  un  pas- 
sage supprimé  dans  les  suivantes,  attendu 
qu’il  se  rapportait  exclusivement  au  traite- 
ment des  amputations  où  l’on  avait  cauté- 
risé les  vaisseaux. 

« Et  alors  que  l’on  verra  qu’il  sera  temps 


LE  DIXIEME  LIVRE 


Q.3‘2 


et  l’air  auront  touchés  1 : ce  que  le 
Chirurgien  fera  par  l’application  (les 
cautères  actuels  sur  lesdits  os,  en  l’ap- 
plication desquels  se  doit  bien  garder 
de  toucher  aucunement  les  parties 
sensibles:  mais  en  vser  discrètement, 
comme  i’ay  descritpar  cy  deuant.  Sur 
quoi  tu  noteras , que  les  os  ne  se  doi- 
uent  tirer  par  violence,  ains  en  leses- 
branlant  peu-à-peu  : desquels  nonob- 
stant tu  ne  dois  esperer  la  cheule  de 
trente  iours , ou  plus  ou  moins,  apres 

de  faire  tomber  les  eschares;  fault  appli- 
quer rnedicamentz  suppuratif;?  et moleficatifz 
(émollients)  qui  en  relaxant  font  venir  le 
pus  entre  les  dictes  eschares  et  la  chair, 
comme  vn  tel. 

7f.  Farinæ  frumenli  et  liordei  ana  5 . iiij. 
Cum  decoclo  maluarum  violarum,  et  radicis 
allheæ , adde  : 

Rutyri  sine  sale  et  axungiæ  suillœ  lique— 
factæ  ana  5 . ij. 

Vitellos  ouorum  numéro  iiij. 

Fiat  cataplasma  secundum  artem. 

» Ou  basilicon  auec  hui  lie  rosat,  ou  beurre 
seul , ou  iaulne  d’œufs  agitez  et  battus  en 
huile  : et  generalement  toutes  choses  vnc- 
tueuses. 

» Apres  la  chute  desdictes  eschares,  fault 
mondifier  auec  tel  ou  semblable  mondi- 
ficatif. 

g?.  Terebenthinæ  venetæ  5 . iiij. 

Syrupi  rosati , et  absinth.  ana  5 . ij. 

Pulueris  radicis  aristolochiæ , ircos  , 
maslich.,  aloës,  myrrhæ,  ana  § . G . 
Fiat  mundifical'.uum. 

Autre. 

Terebenthinæ  lotæ  in  aqua  vitæ,  etc.  » 

(Suit  la  deuxième  formule  que  l’on  ren- 
contre dans  le  texte  actuel  de  ce  chapitre; 
après  quoi  l’auleur  ajoute:) 

» Le  monditicalif  de  apio  est  aussi  en  tel 
cas  fort  conuenable.  » Folio  67. 

1 L’édition  de  1552  dit:  — Que  les  cau- 
tères et  air  auront  touché  : qui  se  fera  pur  la 
réitération  des  cautères  aeluelz , etc. 


l’ampnlation.  Ce  fait,  tu  vseras  des  re- 
mettes propres  pour  consumer  les 
chairs  spongieuses  et  supercroissan- 
tes, comme  sont  vitriol  bruslé1,  pou- 
dre de  mercure , et  autres , entre  les- 
quels l’alun  cuit  et  puluerisé  en  ce  cas 
est  fort  commode  , si  on  l’applique 
seul  ou  auec  autres  mondificatifs. 
De  ces  remedes  tu  pourras  vser  ius- 
ques  à l’entiere  guérison  de  l’vlcere, 
et  les  diuersifier  comme  tu  verras 
qu’il  en  sera  besoin  *. 

1 Le  chapitre  finit  ainsi  dans  toutes  les 
éditions  à partir  de  celle  de  1564;  mais  au 
lieu  de  la  dernière  phrase,  l’édition  de  1552 
portait  : 

« El  te  sentira  (l’alun  puluerisé)  de  cica- 
triser ou  faire  le  cuir,  et  paracheuer  la  cure  de 
l’vlcere  : laquelle  parfaicte  , le  patient  pourra 
auoir  main  de  fer,  s'il  a souffert  amputation  de 
la  main,  ou  iambe  de  bois , etc.  » Folio  68. 

Et  suivaient  les  figures  des  divers  mem- 
bres artificiels;  jambes,  mains,  bras,  avant- 
bras.  Ces  figures  avaient  été  également  con- 
servées en  cet  endroit  dans  l’édition  de  1564, 
où  elles  constituaient  avec  leur  texte  le  cha- 
pitre 29  du  Liure  septième;  plus  tard,  et 
dans  les  éditions  complètes,  elles  ont  été 
reportées  au  Livre  de  la  prothèse  , ou  des 
moyens  d'adiousler  ce  qui  defaut , chap.  12. 

Au  reste,  on  voit  que  Paré  attache  assez 
peu  d’importance  aux  procédés  spéciaux 
d’amputation  pourchaque  membre;  il  prend 
la  jambe  pour  type,  et  semble  d’avis  que  le 
procédé  sufiït  et  doit  être  le  même  pour  tous 
les  membres.  On  trouve  cependant  un  pro- 
cédé particulier  pour  les  doigts  ( Liure  des 
operations , chap.  30)  ; on  le  verra  dans  le 
chapitre  suivant,  pratiquer  une  désarticu- 
lation du  coude.  La  grande  Apologie  con- 
tient plusieurs  observations  d’amputations 
faites  suivant  la  nouvelle  méthode,  c’est-à- 
dire  avec  ligature  des  vaisseaux  ; mais  il  est 
à noter  qu’il  ne  s’agit  là  encore  que  des 
doigts  ou  de  la  jambe.  L’amputation  de  la 
cuisse  dans  la  continuité  effrayait  les  chirur- 
giens de  cette  époque, comme  elle  avait  effrayé 
leurs  devanciers;  il  semble  même  qu’il  en 
était  ainsi  de  celle  du  bras.  Dalechamps,  qui 


2.33 


DES  C0NTVS10NS,  COMBVSTIONS  ET  GANGRENES. 


CHAPITRE  XXVIII. 

HISTOIRE  MEMORABLE  ü’VNE  MORTIFI- 
CATION ADVENVE  A VN  SOLDAT,  AV- 
OVEL  LE  BRAS  F VT  COVPE  A LA 
IOIXTVRE  DV  COVDE  t. 

l’estime  auoir  assez  amplement 
traité  les  moyens  de  curer  la  Gan- 
grené et  Sphacele:  toutesfois  à fin  que 
tu  puisses  mieux  entendre  ce  que  i’ay 
dit,  ie  te  feray  récit  (comme  pour 

met  en  regard  dans  son  ouvrage  les  grandes 
autorités  chirurgicales  , ne  va  pas  au-delà 
de  ce  qu’enseignait  Albucasis:  c’est-à-dire 
que  dans  les  cas  de  gangrène  on  amputait 
dans  les  articulations  des  doigts,  du  poignet 
et  du  coude,  des  orteils  , du  cou-de-pied  et 
du  genou  ; mais  quand  la  gangrène  mon- 
tait plus  haut,  elle  était  considérée  comme 
mortelle,  A celte  doctrine  d’ Albucasis  on 
ajoutait  celle  des  anciens  qui  coupaient 
dans  la  continuité,  mais  toujours  au-dessous 
des  grandes  articulations  du  genou  et  du 
coude;  et  la  désarticulation  du  cou-de-pied, 
si  elle  avait  jamais  été  pratiquée,  se  trouva 
naturellement  proscrite,  ainsi  que  celle  de 
la  partie  inférieure  de  la  jambe , par  l’au- 
torité d'A.  Paré,  appuyée  de  son  histoire  du 
capitaine  Le  Clerc 

1 Ce  chapitre  fait  déjà  suite  au  Traité  de 
gangrené  el  mortification  dans  l’édition  de 
1552,  où  on  le  trouve  rédigé  dans  les  mêmes 
termes,  folios  73  à 70,  à part  quelques  chan- 
gements de  peu  d’importance  qui  ont  été 
faits  dans  les  éditions  ultérieures,  et  qui 
seront  notés  en  leur  lieu.  Mais  l’histoire  qui 
en  fait  le  fond  avait  déjà  été  publiée  dans  le 
Traité  des  plages  d’hacquebules  de  1545;  elle 
commence  au  folio  22,  immédiatement  après 
ce  qui  fait  aujourd’hui  le  chapitre  10;  et 
elle  offre  d’assez  notables  différences  avec  le 
récit  actuel  pour  qu’il  y ait  intérêt  à les  re- 
produire. Voici  d’abord  comment  elle  est 
annoncée. 

« Aultres  plus  griefs  aceidens  suruiennent 
comme  i'ay  predict,  à cause  de  la  grande 


exemple)  d’une  cure  que  ie  fis  estant 
à Thurin  au  seruice  de  Monsieur  le 
Maresclial  de  Montejan. 

Un  panure  Soldat  receut  au  bras 
senestre  près  le  carpe  et  iointure  de 
la  main,  un  coup  deharquebuse  : au 
moyen  duquel  la  balle  auoil  dilaceré 
et  rompu  plusieurs  os,  tendons  et  au- 
tres parties  nerueuses,  dont  suruint 
gangrené,  puis  esthiomene  iusques 
à la  iointure  du  coude , et  iusques  à 
l’espaule  y auoit  gangrené  , et  en  la 
moitié  du  Thorax  grande  inflamma- 

dilaceration  et  ruption  des  parties  nerueuses, 
et  fractures  d’os  : comme  spasme,  paralysie, 
gangrenés,  sphaceles,  mortifications,  et  aul- 
tres : desquelz  suffira  en  faire  mention  d’vn 
pour  exemple,  lequel  je  vy  estant  à Turin 
au  service  de  monseigneur  le  mareschal  de 
Monte  Ihcan,  l’an  mil  cinq  cens  trente 
huict.  » 

L’histoire  commence  ensuite  ainsi  qu’on 
la  lit  ici  jusqu’à  la  mention  de  la  gangrené  ; 
alors  l’auteur  continue  : 

« Semblablement  auoit  grands  routz,  des- 
quelz la  cause  principale  estoient  les  vapeurs 
pourris,  etcsleués  de  la  mortification  , qui 
ainsi  se  communiquoient  aux  parties  nobles 
par  le  moyen  des  veines  et  arteres  (folio 23, 
verso.). Or  futledict  souldart  délaissé  de  plu- 
sieurs chirurgiens  : parquoy  ie  fus  appellé, 
et  voyant  grande  noirceur,  feteur,  froideur 
(pour  l’extinction  de  chaleur  naturelle), 
grande  mollesse,  en  laquelle  quand  éstoit 
comprimée  demeuroitcauité  sans  se  releuer, 
et  séparation  du  cuir  d’auec  la  chair  soub- 
iacente  : aussi  priuation  du  mouuement  et 
sentiment,  qui  sont  les  vrays  signes  d’esthio- 
menes  et  mortifications  : donc  voyant  lelz 
signes  et  stimulé  de  quelqu’un  de  ses  amys, 
mea  de  pitié,  i’osay  suiuant  le  commande- 
ment de  nostre  art , luy  extirper  le  bras  par 
la  ioincture  du  coulde  : mais  auparauant 
l’œuure  , luy  feis  ligature  audessus  du  coul- 
de, assés  estroitement  serrée,  tant  pour 
euiter  l’hemorrhagie  que  pour  luy  liebeler 
et  empescher  le  sentiment  pendant  l’opera- 
tion : ce  nonobstant  y suruint  grande  lie- 


LE  DIXIÉME  LIVRE, 


234 

fion , et  ja  notable  préparation  de 
gangrené  : dont  auoit  le  patient  grands 
routemens,  syncopes  inquiétudes,  et 
autres  mauvais  accidents denonceans 
la  mort.  Parquoi  ledit  soldat  fut  dé- 
laissé de  plusieurs  Chirurgiens,  et 

morrhagie , à cause  des  grands  vaisseaulx 
qui  sont  en  icelle  partie  : et  nonobstant 
laissay  suiïisemment  fluer  le  sang  pour 
iniculx  descharger  et  alléger  la  partie,  et 
scicher  la  gangrené,  ia  tendant  à sphacelus 
et  mortification,  puis  i'arretay  le  sang  auec 
cautères  actuelz  : et  ainsi  i’amputay  ledict 
liras  sans  scie,  peureeque  la  mortification 
n’estoit  onltre  la  ioincture.  Ce  faict  desliay 
la  ligature,  faisant  sur  la  gangrené  trois 
grandes  et  profondes  incisions,  euilant  la 
partie  interne  du  bras , à cause  des  vais- 
seaulx, et  grande  multitude  de  nerfz  qui  y 
sont:  et  de  rechef cautcrisay  lesdictes  inci- 
sions , tant  pour  arrester  le  sang  que  pour 
roborer  la  partie,  pour  raison  de  la  grande 
dessiccation,  consuinption  et  viuificalion 
que  font  lesdicts  cautères  en  telles  dispo- 
sitions. Puis  i’applicquay  grande  quan- 
tité de  refrenatifz  et  repercussifz  sur  l’in- 
tlammation  du  thorax  : et  aussi  sur  la  gan- 
grené, pour  osier  l’ardeur  et  qualité  du  feu 
délaissée  par  les  cautères,  comme  cestuy. 

T..  Boli  armeni  subtiliter  pulueri  lib.  vnam. 

Terræ  sigillatæ  § . iiij. 

Albumina  ouorumdecem. 

Olei  rosati  § . vi. 

Aceti  § . iiij. 

Aquæ  plantaginis  et  solani  ana  5 . iij. 
Incorporentur  omnia  simul  , fiat  Uni— 
mentum. 

» Aulcuns  vsent  d’huiles  seules  aux  in- 
flammations : ce  que  ie  n’appreuue,  pource- 
que  promptement  s’enflamment  au  moyen 
de  leur  substance  oléagineuse.  Et  tost  apres 
pour  conforter  le  patient,  tant  pour  la  reso- 
lution des  esprits  que  pour  les  vapeurs  in- 
fectes qui  estoient  communiquées  aux  par- 
ties nobles  par  les  veines  et  artères  du  lieu 
gangrené  : ie  luy  donnay  à boire  vne  drach- 
me de  theriach  dissoult  en  eaue  de  fleurs 
de  buglos  c et  borraiche  : ce  que  ie  conti- 


alors  fus  stimulé  d’aucuns  de  ses  amis 
de  le  visiter,  ce  que  ie  fis  : et  apres 
avoir  connu  ladite  mortification , 
prins  la  hardiesse,  suiuant  le  com- 
mandement de  nostre  Art,  luy  couper 
le  bras  par  la  iointure  du  coude.  Et 

nuay  par  aulcuns  iours  , en  luy  faisant  vser 
de  sirops  cordial/.,  comme  rosat,  de  bu- 
glosse  : et  parfovs  conserue  de  roses,  et  sur 
le  cœur  luy  applicquay  tel  epilheme  : 

if.  Aquæ  buglossi,  rosarum,  nénuphar,  ana 
5-i'j- 

Aceti  scvllitici  § . vnam. 

Milhridalii , theriaeæ  ana  3.  iij. 
Trochiscorum  dccamphora  3.  vnam. 
Florum  cordialium  puluerizat.  ana  p.  ij. 
Croci  3.vnum. 

Dissoluantur  omnia  simul , fiat  epilhema. 

» Et  souuent  estoit  applicqué  tiede,  auec 
vne  esponge  neufue,  et  ainsi  continuay  les- 
dictes choses , iusques  à tant  qu’il  n’auoit 
aulcuns  roulements.  Et  pour  faire  cheoir  les 
eschares,  i’y  applicquay  tel  detersif. 

if.  Olei  rosati , butyri  recentis  et  sine  sale 
ana  5 . iij. 

Vitellos  ouorum  iiij. 

Theriaeæ  Gai.  3.  ij. 

Croci  3 . semi. 

Incorporentur  simul. 

» Et  en  vsay  tant  que  lesdictes  eschares 
furent  cheutes.  Et  sur  la  partie  gangrenée, 
cestuy  cataplasme  et  non  medicamens  reper- 
cussifz, pou  rce  qu’ilz  opilent  etesteignent 
la  chaleur  naturelle  de  la  partie  gangrenée. 

if.  Farinæ  fabarum,  orobi,  liordei,  fœnigr. 
ana  lib.  semis. 

Salis  communis  5.  iiij. 

Mellis  communis  fl>.  semis. 

Florum  camomillæ,  anelh.  et  melilo. 
ana  m.  semis. 

Aquæ  vitæ  1b.  semis. 

Incorporentur  omnia  simul,  et  bulliant  pa- 
rurn  cum  oxymel.  scyllilic.  quantum 
sufficit  : liât  cataplasma  vt  decet. 

» I’ay  trouué  ledict  cataplasme  de  grande 


DES  CONTVSIONS . COMBVSTTONS  ET  GANGRENES.  Qo5 


en  premier  lieu  luy  liay  estroitement 
le  bras  au-dessus  du  coude  pour  les 
raisons  susdites  : ce  fait,  luy  coupay 
le  bras  sans  scie,  pour-ce  que  la  mor- 
tification n’estoit  outre  la  iointure  du 
coude  : et  là  commençay  l’amputa- 
tion , incisant  les  ligamens  qui  ioignent 
les  os.  Et  ne  se  faut  esbahir  de  telle 
amputation  de  la  iointure  : car  Hip- 
pocrates en  la  quatrième  section  de 

et  merueilleuse  efficace  : et  non  sans  raison, 
ppurce  qu’il  est  apéritif  et  incisif,  à cause 
de  l’oxymel,  et  desiccatif  pour  les  farines  et 
sel , résolutif  pour  les  fleurs , roboratif  de  la 
chaleur  naturelle  pour  l’eaue  de  vie,  et  dé- 
tersif pour  le  miel. 

frn  autre  de  sembluble  vertu, 
x.  Farinæ  fœnigr.  faba.  orobi  et  lupinorum 
ana  § . v. 

Succi  absinth.  saluiæ  ana  g . iiij. 

Salis  communis  § . iij. 

Olei  auethi  et  ctaam.  ana  § . iij.  semis. 
Terebinth.  g • sex. 

El  cum  sulficienli  quant,  lixiuij.  tonsoris, 
ad  ignem  lentum  fiat  cataplasma  : in 
fine  adde  aquæ  vitæ  5 . iij. 

» Apres  les  eschares  cheutes  n’auoit  grand 
sentiment  à la  chair  : parquoy  vsay  d’ablu- 
tion faites  en  telle  maniéré. 

X.  Laxiuij.  clari , aceti  ana  ft.  vnam. 

Aquæ  vitæ  ft>.  semis. 

Salis  communis  3 . iiij. 

Ægyptiaci  3 . sex. 

Rulliant  omnia  simul. 

» Puis  applicquois  sur  les  plumaceaux  de 
l’vnguent  qui  s’ensuit. 

X.  Mellis  rosati  § . quatuor. 

Aluminis  rochæ  § . très. 

Floris  æris  § . ij. 

Salis  gemmæ  § . vnam. 

Sublimati  g . vnam. 

Aceti  rosati  § . sex. 

Bulliant  omnia  simul  vsque  ad  spissitudinem 
mellis,  fiat  vnguentum. 

» Et  apres  que  les  eschares  estoient  sepa- 


son  liure  des  Articles,  la.recommande 
et  dit  quYlle  est  fort  facile  à guérir, 
et  n’y  voit  rien  à craindre  que  la  syn- 
cope, à cause  de  la  douleur  en  l’incision 
des  tendons  et  ligaments  communs. 

Won  incision  faite,  nonobstant  la 
ligature  suruint  grand  (lux  de  sang, 
à cause  des  vaisseaux  qui  sont  en 
icelle  partie,  lequel  laissay  suffisam- 
ment couler  pour  descharger,  alle- 

rées,  ie  detergeoie , et  mundifioie  auec  tel 
mundificatif  : 

2£.  Terebenlh.  lotæ  in  aquû  vitæ  g.  sex. 
Mellis  rosati  colati  §.  très. 

Succi  plantaginis,  apij,  cenlaurij  mi- 
noris  ana  g . duas  : 

Bulliant  omnia  simul  vsque  ad  consump- 
tionem  succorum,  auferantur  ab  igné, 
addendo 

Farinæ  hordei  et  fabarum  ana  g . vnam. 
Theriacæ  g . semis. 

Aloës,  myrrhæ.  aristolochæ  ana  § . très. 
Croci  9.  vnam. 

Fiat  mundificatiuum. 

» Puis  incarnay  auec  tel  sarcotic. 

2f.  Therebenlh.  venet.  lotæ  in  aquà  hordei 
^ . quatuor. 

Mellis  rosati  ^ . duas. 

Farinæ  hordei  5.  vnam  semis. 

Thuris,  myrrhæ,  aloës,  ireos  ana 3.  vnam. 
Incorpor.  omnia  simul  et  fiat  sarcoticum. 

» Et  fault  augmenter  ou  diminuer  la  sic- 
cité  , selon  la  quantité  et  qualité  de  la 
sanie.  » 

Après  tous  ces  détails  il  passe  à l’histoire 
du  spasme  qui  saisit  le  malade  ; il  n’a  rien 
changé  à la  description,  mais  il  décrit  les 
liniments  tout  au  long,  les  voici  : 

Olei  prædicti  ex  decoc.  catellorum  g .'sex. 
Olei  cham.  anelhi,  lilio.  et  de  euphorbio 
ana  3.  ij. 

Vnguenli  dialth.  § . iiij. 

Aquæ  vitæ  § . ij.  semis. 

Liquéfiant  omnia  simul,  fiat  linimentum. 

« En  pareil  cas  on  pourroit  vser  de  celuy 


q36 


LE  DIXIÉME  LIVRE, 


ger,  et  euentilcr  la  partie,  et  aussi 
pourempescher  la  gangrené  qui  estoit 
au  bras,  ja  tendant  à mol  lification. 
Puis  arrestay  ledit  sangauec  cautères 
actuels,  n’ayant  en  ce  temps-là  au- 
tre melliode  ni  façon  de  faire  : 
ce  fait,  desliay  doucement  la  li- 
gature , et  apres  fis  sur  la  gan- 
grené plusieurs  grandes  et  profondes 
incisions , euitant  la  partie  interne  du 
bras,  à cause  des  grosses  veines,  ar- 
tères, et  multitude  de  nerfs  qui  y 
sont.  Et  de  rechef  cauterisay  quel- 
qu'vnes  des  incisions,  tant  pour  ar- 
rester  le  sang,  que  pour  deseicher  et 
consumer  aucune  matière  virulente 
imbue  en  la  partie  : puis  appliquay 
des  remodes  cy  deuant  escrits,  sur 
icelle  : et  sur  l’inflammation  du  Tho- 
rax , grande  quantité  de  refrenatifs  et 
repercussifs  : pareillement  epithemes 

qui  s’ensuit,  lequel  est  de  très  grande  effi- 
cace contre  spasme,  paralysie,  stupeur  et 
contorsions,  distensions  et  aultres  affections, 
principalement  des  parties  nerueuses  pro- 
uenantes  de  causes  froides. 

"if..  Saluiæ  , chamepiteos,  etc.» 

Ici  la  longue  formule  que  l’on  a lue  à la 
pagc231,  deuxième  colonne;  car  ce  que  Paré 
oublie  le  moins  ce  sont  ses  formules,  et 
parmi  les  précédentes  on  a dû  en  remarquer 
aussi  qui  ont  trouvé  place  en  quelque  autre 
endroit  du  texte  actuel. 

Le  malade  est  ensuite  mis  dans  le  fumier, 
où  bientôt  il  est  prisd'un  petittlux  de  ventre 
et  d’une  grosse  sueur  ; puis  l’auteur  ajoute  : 

« Et  cependant  qu’il  ne  pouuoit  ouurir  la 
bouche,  le  nourrisoye  de  laict  venant  de  la 
vache  et  par  interualles  de  sorbilions  : par 
ce  moyen  fut  guery  de  spasme.  » 

On  voit  qu’il  ne  s’agit  en  aucune  façon  de 
l’emploi  des  dilalatoires.  Ce  fut  dans  l’édi- 
tion de  1662  que  Paré  dit  qu’il  les  avait  em- 
ployés; et  celui  qu’il  figurait  n’était  autre 
que  celui  qu’il  reporta  plus  lard  au  Liure 
des  ulayes  en  general . cliap.  10,  De  la  cure 
da  spasme,  où  nous  l’avons  reproduit.  Dans 


sur  le  cœur,  et  autres  choses  cordiales 
que  ie  luy  donnay  : lesquels remedesie 
continuay  iusques  à tant  que  les  rou- 
temens  et  autres  accidens  aduenus 
par  le  moyen  des  vapeurs  esleuées  de 
la  pourriture,  et  communiquées  au 
cœur  par  les  arteres , furent  sedés  et 
appaisés. 

Or  ie  ne  puis  omettre  à raconter 
(pour  s’en  donner  garde)  que  quinze 
iours  apres  suruint  au  pauure  soldat 
vn  spasme,  lequel  i’auois  parauant 
prognostiqué,  à cause  du  froid , et 
qu’il  estoit  mal  couché  en  un  grenier, 
là  où  non  seulement  avoit  peu  de 
couuerture  , mais  aussi  estoit  exposé 
à tous  vents  , sans  feu , et  autres  cho- 
ses necessaires  à la  vie  humaine.  Et 
le  voyant  en  tel  spasme  et  retraction 
de  membres,  les  dents  serrées,  les 
léures  et  toute  la  face  tortue  et  reti- 

l’édition  de  1664  c’était  encore  la  même 
figure,  mais  il  y joignait  celle  que  l’on  voit 
ici , avec  ce  litre  : Autre  dilataioire  plus 
fort.  Enfin,  dans  les  éditions  complètes,  c’est 
ce  dernier  qui  est  resté  , et  qui  est  réputé 
avoir  servi  au  pauvre  soldat  de  Turin,  à une 
époque  où  très  probablement  il  n’avait  pas 
encore  été  inventé. 

Deux  autres  phrases  ont  été  aussi  très  mo- 
difiées, et  il  peut  être  utile  de  les  rétablir, 
soit  comme  document  touchant  l’histoire  de 
Paré  lui-mèine , soit  pour  rétablir  l’intégrité 
de  l’observation.  Les  voici  comme  on  les  lit 
dans  la  petite  édition  de  1646  : 

« Ce  que  souuentes  foys  auois  veu  faire  et 
faict  à l’Hostel-Dieu  de  Paris,  en  cas  sem- 
blables. Ainsi  tomba  assés  bonne  partie  de 
l’exlremité  d’iceluy  os  adiutoire,  tant  à 
cause  de  l’air  intérieur,  etc.  » 

Ajoutons,  pour  compléter  nos  remarques 
sur  le  texte  de  cette  histoire,  que  la  men- 
tion d’Hippocrate  à propos  de  l’amputation 
dans  les  articles  n’y  a été  insérée  qu’à  partir 
de  l’édition  de  1 676,  et  que  l’observation  faite 
par  l’auteur  à propos  des  cautères  actuels, 
n’ayant  en  ce  temps-là  autre  méthode  ni  façon 
défaire,  ne  date  que  de  l’édition  de  1664. 


DES  CONTVSIONS,  COMBVSTIONS  ET  GANGRENES.  ‘iZ’] 


fée , comme  s’il  eust  voulu  rire  du  ris 
Sardonic,  qui  sont  signes  manifestes 
de  conuulsion  : esmeu  de  pitié , et  dé- 
sirant faire  le  deu  de  mon  Art,  ne 
pouuant  autre  chose  luy  faire  pour 
lors , le  fis  mettre  en  vne  estable  en 
laquelle  estoit  grand  nombre  de  bes- 
lail  et  grande  quantité  de  fumier  : 
puis  trouuay  moyen  d’auoir  du  feu  en 
deux  rechauds,  près  lesquels  luyfrot- 
tay  la  nucque,  bras  et  iambes,  euitant 
les  parties  pectorales , auec  linimens 
cy  deuant  escrits  pour  les  rétractions 
et  spasmes.  Apres  enueloppay  ledit 
patient  en  vn  drap  chaud  , le  situant 
audit  fumier,  l’ayant  premièrement 
garni  et  couuert  de  paille  blanche  : 
puis  fut  dudit  fumier  très  bien  cou- 
uert, où  il  demeura  trois  iourset  trois 
nuicts  sans  se  leuer  : dedans  lequel 
luy  suruint  vn  petit  flux  de  ventre  et 
vne  grosse  sueur  : ce  pendant  com- 
mença vn  petit  à ouurir  la  bouche, 
dont  peu  à peu  luy  aiday  auecques 
tel  instrument,  lequel  ie  mettois  entre 
ses  dents. 


Apres  auoir  ouuert  la  bouche  par 
cedit  instrument,  luy  mettois  vn  petit 
baston  de  saux1,  à fin  que  la  bouche 
demeurast  ouuerte,  ayant  retiré  le- 
dit instrument:  et  ce  pendant  qu’il  ne 
pouuoit  mascher,  ie  luy  faisois  donner 
du  laict  de  vache  et  œufs  mollets  : par 
ces  moyens  fut  guéri  dudit  spasme. 
Consequemment  ie  suiuisla  cure  du 
bras , en  réitérant  l’application  des 
cautères  actuels  sur  l'exlremité  de  l’os 
adiutoire,  pour  tousiours  consumer  et 
seicher  les  humidités  estranges  : et  te 
faut  noter,  que  le  patient  auoil  grande 
délectation  lors  qu’on  luy  appliquoit 
lesdits  cautères,  pource  qu’il  disoit 
sentir  vn  prurit  tout  au  long  dudit  os 
adiutoire,  qui  estoit  pour  la  chaleur 
communiquée  par  le  moyen  desdits 
cautères  le  long  de  l’os.  Ce  que  sou- 
uentes  fois  auois  veu  aduenir  à Fhos- 
tel-l)ieu  de  Paris  en  cas  semblables. 
Ainsi  tombèrent  grandes  squames 
ou  escailles  de  l’extremité  dudit  os, 
tant  pour  l’air  extérieur,  que  pour 
l’application  desdils  cautères.  Pareil- 
lement ie  fomenlois  souuent  la  partie 
affectée,  pour  tousiours  la  deseicher 
et  roborer  : lesquelles  fomentations 
esloient  faites  auecques  vn  vin  aus- 
tère, gros  et  astringent , auquel  fai- 
sois bouillir  roses  rouges,  absinthe, 
sauge,  laurier,  fleurs  de  camomille 

1 II  est  besoin  d’expliquer  ce  que  c’était 
que  ce  baston  de  saux  que  Paré  mctlait 
entre  les  dents  de  son  malade.  Il  n’en  est 
pas  question  dans  l’édition  de  1545.  Celle 
de  1552  porte  : vn  petit  bois  de  baston  de 
torche  ; celle  de  1564  , vn  petit  baston  de  tor- 
che ; ce  qui  veut  dire  un  de  ces  petits  bâtons 
que  l’on  met  dans  les  fanons  à fractures. 
Voyez  le  Liure  des  bandages,  chap.  10.  C’est 
à partir  de  l’édition  de  1575  qu’on  a lu  bus- 
ton  de  saux  ; l’édition  latine  traduit  : Inscrits 
hinc  et  illinc  salicis  bacillis  , de  petits  bâtons 
de  saule. 


LE  DIXIEME  LIVRE 


238 

etmelilot,  aneth , et  autres  medica- 
mens  prédits:  par  ainsi  fut  guéri  le 
pauure  soldat. 

Parquoy  faut  que  le  Chirurgien  ait 
tousiours  deuant  les  yeux,  que  Dieu 
et  Nature  luy  commandent  ne  laisser 
les  paliens  sans  faire  tousiours  son 
deuoir,  combien  qu’il  preuoye  tous 
signes  mortels.  Car  Nature  faitsou- 
uent  ce  qu’il  semble  au  Chirurgien 
estre  impossible:  comme  tres-sage- 
menl  nous  demonstre  l’ vn  de  nos  Doc- 
teurs anciens,  disant,  Contingunt  in 
morbis  monstra,  sicut  et  in  natura  *. 

A cette  cause  ie  prie  les  Chirurgiens 

1 Corn.  Celsus. — A.  P.  — Cette  note  mar- 
ginale ne  se  trouve  que  dans  l’édition  de  1562. 

Ici  finissent  le  chapitre  et  le  livre  dans 
toutes  les  éditions  complètes;  il  est  donc 
essentiel  de  rendre  raison  de  l'addition  des 
deux  derniers  paragraphes. 

Ces  deux  paragraphes,  tout-à-fait  dignes 
et  de  la  piété  et  de  l’expérience  d’A.  Paré, 
se  lisent  déjà  dans  son  Traité  des  playes  par 
hacquebules  de  1545,  folios  59  et  61  ; ils  sont 
répétés  dans  l’édition  de  1552 , folios  76  et 
79,  et  enfin  dans  celle  de  1664  , où  le  pre- 
mier commence  et  l’autre  termine  le  2 Ie  cha- 
pitre du  Liure  des  gangrenés  et  mortifications. 
Ce  21*  chapitre,  intitulé  : Recueil  de  quel- 
ques histoires  notables  obseruées  par  l’aulheur, 
a été  retranché  du  livre  dans  les  éditions 
complètes  ; et  les  histoires  notables  ont  bien 
été  reportées  ailleurs,  mais  les  réflexions 
qui  leur  servaient  de  prologue  et  d’épilogue 
ne  purent  trouver  place  ; et  en  vérité,  pour 
les  conserver,  il  fallait  les  mettre  comme  je 
l’ai  fait,  au  lieu  qu’elles  avaient  primitive- 
ment occupé. 

C’est  par  ces  réflexions  que  se  terminaient 
donc  et  les  deux  éditions  de  1545  et  1552,  et 
le  livre  indiqué  de  celle  de  1564.  Mais  à l’ap- 
pui et  comme  exemple , chacune  de  ces  édi- 
tions apportait  un  certain  nombre  d’histoires 
qui  n’éiaienl  pas  les  mêmes  dans  toutes. 

Ainsi  on  lit  dans  l’édition  de  1545  l’his- 
toire du  soldat  du  capitaine  Renouard,  re- 
portée depuis  par  l’auteur  au  chapitre  De» 


i 

commençans  à operer  en  l’art , qu’ils 
n’ayent  vouloir  délaisser  les  pauures 
languissans,  sansles  me  icamenter  : ce 
nonobstant  quelques  grandes  playes 
ou  autres  dispositions  conlre  nature 
qu’ils  puissent  auoir.  Car  souuentes 
fois  l’on  voit  plusieurs  playes,  et  au- 
tres maladies,  apres  auoir  esté  délais- 
sées et  déplorées,  guérir. 

Et  pour  retournera  nostre matière, 
i’ay  bien  voulu  traiter  telles  cures  des- 
esperées  et  laissées,  à fin  de  tousiours 
stimuler  eldonner  courageaux  ieunes 
Chirurgiens  qui  commencent  à exer- 
cer l’art,  de  non  laisser  les  griefs  bles- 

playes  de  poitrine  (ci-devant  page  97);  — 
puis  une  autre  où  Paré  se  trouva  en  consul- 
tation avec  Thierry  de  Héry  et  Loys  Drouet; 
celle-ci  avait  été  oubliée  dans  les  OEuvrcs 
complètes  , je  l’ai  reportée  au  chapitre  Des 
playes  du  cerueau  (ci-devant,  page  71),  cl 
je  saisis  cette  occasion  de  rectifier  l’erreur 
commise  dans  la  note  qui  s’y  rapporte,  et 
d'après  laquelle  cette  histoire  daterait  seu- 
lement de  1552.  La  troisième  est  celle  du 
serviteur  de  M.  de  Champaigne,  intercalée 
plus  tard  par  A.  Paré  au  chapitre  31  du  Liure 
des  playes  en  particulier  (voyez  ci-devant, 
page  92  );  et  enfin  après  ces  trois  histoires 
l’auteur  continuait  ainsi,  folio  61  : 

« Pareillement  en  rucompleroys  de  plusieurs 
aultres,  entre  lesquelz  aulcuns  auoienl  eu  coups 
d'estoc  au  trauers  du  corps,  et  toulesfoys  oui 
recouuerl  santé:  mais  monslrer  icy  la  méthode 
et  maniéré  comme  ils  ont  esté  pensés,  ce  seroit 
comme  l’ay  dicl , oullre  mon  scop  , qui  n’est 
icy  d’escripre  la  cure  des  playes  : car  i’ay  pro- 
posé, Dieu  aydanl,  en  faire  vue  praclique , 
laquelle  i’espere  escripre  et  mettre  en  lumière 
si  ie  connais  ce  mien  petit  labeur  estre  aggrea- 
ble  aux  ieunes  studieux  de  chirurgie.  Et  pour 
retourner  ànostre  matière,  etc.:  comme  le 
paragraphe  par  lequel  j’ai  terminé  le  dixième 
livre. 

L’édition  de  1552  contient  sept  histoires  : 
1°  celle  du  soldat  du  capitaine  Renouard; 
2°  celle  où  sout  mentionnées  Thierry  de  Hery 
et  Drouet;  3°  l’histoire  si  curieuse  de  Pierre 


l)FS  CONTVSlOîfS,  COMBVSTIONS  Fl'  GANGRENES. 


ses,  encore  qu'ils  ayenl  signes  mortels,  | 
mais  s'efforcer  à faire  ce  que  l’art 
commande  : les  priant  n’y  besongner 
par  acquit,  ni  aussi  les  laisser  par  de- 
faut de  payement  s’ils  sont  indigens  , 
mais  plustost  leur  aider  par  vue  cha- 
rité, laquelle  nous  sommes  tous  tenus 
par  le  commandement  de  Dieu  exer- 
cer l’vn  enuers  l’autre.  Et  là  où  on 
auroit  fait  quelque  cure  digne  de 
louange,  ne  se  la  faut  attribuer,  mais 
à Dieu  : considérant  et  connoissant 

Aubert,  omise  dans  toutes  les  autres  éditions 
et  que  j’ai  reproduite  ci-devant,  page  72; 

4°  celle  du  serviteur  de  M.  de  Champai- 
gne  ; 5°  celle  du  duc  de  Guise,  reportée  au 
chapitre  De  la  commotion  du  cerneau  [ ci-de- 
vant,  page  25);  0°  une  autre  relative  à l’ar- 
gentier du  roi  de  Portugal,  qui  se  trouve 
aujourd’hui  au  chapitre  Des  playes  du  ventre 
inferieur  (ci-devant  page  10G);  7°  et  enfin 
la  dernière,  concernant  un  gentilhomme  de 
Vitrey,  omise  dans  toutes  les  autres  éditions, 
et  que  j’ai  reproduite  dans  une  note  de  la 
même  page  106.  Après  quoi  l’auteur  conti- 
nuait ainsi  : 

« De  plusieurs  autres  ie  pourroye  faire  ré- 
cit : mais  monstrer  icy  comme  Hz  ont  esté 
pensés,  ce  seroil  ( comme  i’ay  dicl ) oullre  mon 
scope,  qui  n’est  d’esc'ire  en  ce  lieu  la  cure  des 
playes.  Cur  i’ay  proposé  ( Dieu  aydanl  ) en 
faire  vne  pratique,  laquelle  en  bref  fespere 
mettre  en  lumière,  auec  les  figures  et  pour- 
truitz  de  tous  ou  de  tu  pluspai  l des  in-lrumenlz 
qui  appartiennent  à la  chirurgie,  si  te  cognais 
ce  mien  petit  labeur  entre  uggreable  aux  ieunes 
studieux  de  chirurgie.  » 

Et  enfin  suivait  le  paragraphe  : Et  pour 


23q 

que  (ouïes  bonnes  choses  procèdent 
de  luy,  comme  d’vue  fontaine  qui 
ne  se  peut  espuiser,  ci  rien  de  nous 
comme  de  nous.  Par  ainsi  luy  faut 
rendre  grâce  de  toutes  nos  bonnes 
œuvres  : lequel  ie  supplie,  de  tout  le 
pouuoir  qui  est  en  moy  mis  par  sa 
bonté  infinie  , qu'il  luy  plaise  nous 
faire  entendre  la  cause  et  lin  pour 
laquelle  sa  diuinité  nous  a donné 
estre,  à fin  de  n’estre  frustrés  d’i- 
celie. 

retourner  à nostre  matière,  qui  terminait 
également  l’ouvrage. 

Enfin  dans  l’édition  de  15G4,  le  chapitre 
du  7e  livre  commence  par  le  paragraphe  : 
le  prie  les  ieunes  chirurgiens,  etc.;  donne 
ensuite  les  histoires  première , quatrième  cl 
sixième  de  l’édition  de  1552,  et  termine 
sans  plus  par  l’épilogue  ordinaire. 

Ici  se  présente  une  réflexion  que  je  ne 
saurais  passer  sous  silence. 

On  comprend  parfaitement  pourquoi  les 
histoires  transférées  ailleurs  n’ont  pu  être 
conservées  dans  leur  lieu  primitif;  on  ne 
voit  pas  aussi  bien  la  raison  de  la  suppres- 
sion des  autres.  La  seule  que  je  puisse  en 
donner  est  la  négligence  avec  laquelle  l’au- 
teur revoyait  ses  nouvelles  éditions , et  j’en 
trouve  ici  même  une  preuve  notable.  L’édi- 
tion de  1552  , en  rapportant  la  sixième  et 
la  septième  observations,  portait  en  marge; 
Deux  histoires  comme  exemples  ; celle  de  1561 
annonce  également  en  marge  -.Deux  histoires, 
et  cependant  elle  n’en  donne  qu'une.  L’autre 
aura  probablement  sauté  avec  le  paragra- 
phe suivant , et  par  un  simple  defaut  d’at- 
tention. 


LE  ONZIEME  LIVRE 

TRAITANT  DES 

VLCERES  , FISTVLES  ET  HEMORRHOIDES 


CHAPITRE  I. 

DE  LA  DEFINITION  ET  CAVSE  DES 
VLCERES. 

Nous  auons  par  cy  deuant  traité  de 
la  nature , différence , causes , signes 
et  curation  des  playes  sanglantes.  Il 
faut  maintenant  parler  des  vlceres, 
qui  est  vne  solution  de  continuité 
aux  parties  molles,  non  sanglante, 
ains  inueterée , de  laquelle  sort  pus 
ou  sanie,  quelquesfois  estant  accom- 
pagnée d'vne  ou  plusieurs  indisposi- 

1  Je  trouve  ce  livre  publié  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  complète  de  1575; 
toutefois  la  façon  même  dont  il  débute  sem- 
ble indiquer  qu’il  a paru  d’abord  avec  le 
livre  Des  playes  en  general  et  immédiate- 
ment après,  dans  la  petite  édition  de  1572 
que  je  n’ai  pu  me  procurer.  Quoi  qu’il  en 
soit,  de  1575  à 1579  il  a subi  de  Irès  grandes 
modifications.  Dans  la  première  édition,  il 
se  composait  en  tout  de  9 chapitres;  4 pour 
les  ulcères,  et  les  5 autres  pour  les  varices, 
les  fistules  et  les  hémorrhoides.  Dans  celle 
de  1579,  il  se  trouve  augmenté  de  IG  chapi- 
tres tous  consacrés  aux  ulcères,  sans  compter 
d’autres  additions  de  détail. 

Du  reste,  c’est  un  livre  presque  entière- 
ment emprunté  à Hippocrate  et  à Galien, 
comme  on  le  verra  facilement  par  les  fré- 


tions qui  empeschent  et  retardent 
l’vnion  et  consolidation  d’icelle  : ou 
pour  dire  plus  briefuement  selon  Ga- 
lien, chapitre  6 du  livre  De  conslUu- 
tione  arlis  , solution  de  continuité 
faite  par  érosion1  2. 

Les  causes  sont  internes  ou  ex- 
ternes. 

Les  causes  internes  sont  humeurs 
pechans  plus  en  qualité  qu’en  quan- 
tité, et  quelquefois  en  tous  les  deux  : 
lesquels  pour  leur  malignité  font 
érosion  au  cuir  et  parties  molles.  Ce 
qui  prouient  par  vu  mauuais  régime 

quentes  citations  de  ces  deux  autorités;  et 
ce  qui  apparticn t en  propre  à Paré  s’v  ré- 
duit à fort  peu  de  chose. 

Plusieurs  auteurs  du  commencement  du 
xvic  siècle  avaient  traité  spécialement  des 
ulcérés;  par  exemple,  Ange  de  Bologne  et 
Paracelse;  je  n’ai  point  mis  toutefois  leurs 
doctrines  en  regard  de  celle  de  Paré  dans 
les  notes  ajoutées  au  texte , pour  des  raisons 
tout  opposées.  Ange  de  Bologne  a trop  peu 
de  choses  en  propre;  et  Paracelse,  au  con- 
traire , a des  théories  et  une  pratique  trop 
opposées  de  tout  point  à celles  des  anciens 
et  de  Paré  pour  qu’il  y ait  quelque  utilité 
dans  ce  rapprochement.  J’ai  cru  devoir  me 
borner  à ce  que  j’en  ai  dit  dans  mon  Intro- 
duction. 

a Cette  citation  est  une  addition  de  1579. 


DES  VLCERES,  FISTVLES  ET  IIEMORRHOIDES.  24 1 


de  viure , ou  pour  quelque  vice  qui 
est  en  quelque  partie  principale, 
comme  au  foie,  à la  râtelle,  ou  par 
toute  l’habitude  du  corps. 

Les  causes  externes  sont,  comme 
extreme  froideur,  qui  occupera  quel- 
que partie , et  principalement  les  ex- 
trémités, à sçauoir  bras  et  iambes, 
dont  s’ensuit  douleur,  qui  est  cause 
d’attirer  le  sang  et  esprits  à icelle, 
qui  se  corrompent  par  le  defaut  de 
la  chaleur  naturelle  et  extreme  froi- 
deur. dont  s’ensuit  l’vlceration  de  la 
partie.  Semblablement , vlcere  vient 
à raison  d’un  coup,  ou  froissement, 
ou  pour  application  de  medicamens 


acres  , ou  pour  quelque  combustion. 
Aussi  contagion  et  attouchement 
peut  eslre  cause  d’vlcere  : ce  qui  est 
manifeste  à voir  à ceux  qui  ont  vlce- 
res  aux  parties  honteuses,  ou  qui  au- 
ront couché  auec  quelqu’vn  qui  au- 
roil  la  maladie  venerienne1. 

1 Des  deux  tables  qui  suivent,  la  première 
se  rencontre  déjà  dans  l’édition  de  1575;  la 
seconde  date  seulement  de  1579.  Du  reste 
on  peut  en  retrouver  non  seulement  l’idée, 
mais  les  principaux  détails  dans  la  chirurgie 
de  Tagault , comme  nous  l’avons  dit  déjà 
pour  les  tables  des  tumeurs  et  des  plaies  en 
général. 


1 G 


II. 


i Propres  de  trois  cho- 
ses, à sçauoir,  de  la 


/ Fi  y ure,  dont  est  I 
dit  l’vlcere  i 

Dimension  en  Ion- 1 
gueur,  largeur, 
profondeur  .■  vlcere 


P>ond , tortu  , crochu  , 
triangle. 

Long,  court,  large,  es- 
troit,  médiocre,  super- 
ficiel, profond,  moyen. 


Simple  , seul 
et  sans  ad- 
jonction 
d’autre  dis- 
position, du- 
quel sont 
prises  les 
différences 


Egalité  ( Egal  : aussi  l0ng  ’ large  ’ Pr°- 

ou  inégalité , f°nd’  ®l  Ce  tant  en  Vn  entJrüil 
, ’ J qu’a  lautre. 

vlcere  f , , . . 

1 [ Inégal  au  contraire. 

1 Temps,  f Recent,  Inueteré. 
vlcere  I De  briefue  ou  longue  durée. 


Apparence,  1 Euident 
vlcere  i Caché 


Du  tout. 
En  partie. 


Maniéré  (le  ) 


Deschiré,  Incisé  : Partie  des- 


Vlcekf. 
est  solution 
de  continuité 
en  partie 
molle,  d’où 
sort  matière 
et  sanie.- 
ctest  double. 


Moins  propres  ou 
accidentaires  de 
six  choses,  comme  du 


génération  , / 

vlcere  ) chiré,  et  partie  incisé. 


/ Anterieur, postérieur. 
/ Generale , 1 Intérieur,  extérieur. 

^ vlcere  ) Supérieur,  inferieur. 


' Situation  . 


Spéciale 


, Cause  , 
/ vlcere 


| Cacochyme 
Rheumatique 
( Enuenimé. 


Partie 


Dextre,  senestre. 

Au  commencement, 
au  milieu,  en  la  fin 
d’vn  Muscle,  ou  au- 
tre partie. 


f Similaire  , vlcere  au  cuir  , en  la 
) chair,  etc. 

j Organique  , vlcere  au  nez  , en 
l’oreille , en  l’œil. 


Î Telephien,  / que  Telephus  en  a 
1 esté  malade. 

Chironien  , j queChiron  en  agita- 
parce  \ ri  le  premier. 

! qu’il  ressemble  à tel 
> Chancrcux,  v animal. 


Composé  en 
plusieurs 
maniérés, qui 
ne  sont 
différences 
d’vlceres, 
mais  addi- 
tions d’iccux, 
' auec 


Maladie  en 


, , /Chaud , froid. 

Intemperature  1 „ , . , 

, ‘ ) Sec , humide. 

simple  ou  c°mpo-’  M 

et  sec,  chaud  et  humide. 

s,x, v CCIC  \Froidetsec,  froid  et  humide. 

Incommoderation,  J Auec  luxation,  aspre, calleux,  lislu- 
vlcere  ( leux,  cauerneux,  sinueux. 


Intemperature  et  incommoderation 
ensemble , vlcere 


ÎPlilegmoneux. 
Erysipélateux. 
Oedémateux. 
Scirrheux. 


Symptôme , 
vlcere 


Phagedenique , douloureux  , sordide  , viru- 
lent, etc. 


Cause  et  maladie, 

Cause  et  symptôme , 

Maladie  et  symptôme , 

Cause , maladie  et  symptôme. 


I Pour  exemple  accommode  icy  les  ap- 
> pellations  dessusdites  és  ttrois  coin- 
| plications  particulières. 


A V T H E TABLE  DES  CHOSES  ESTRANGES 

Qui  sortent  des  Vlceres,  Fistules  et  Apos ternes. 


La 

différence 
de  la 
matière 
estrange 
quisorides 
vlceres, 
fistules  et 
apostemes, 
est  prise 


Simi- 

laires, 

comme 


De  la  nature 
des  parties 
rnesmes, 

lesquelles 

sont 


Organi 

« ques, 


' comme 


j' Des  parties  char- / Espais , égal,  lisse,  blanc,  et  non 
neuses  sort  vn  j fetide  j appellé  des  anciens  à cause 
excrement  ( de  son  espaisseur,  pus. 

Noir,  verdoyant,  huileux  et  fetide  , 
et  s’appelle  par  les  Grecs  Elœodes, 
d’autant  qu’il  ressemble  à l’huile. 
— Celse  , liu.  5,  chap.  26. 

Sanieux,/ Mais  si  par  l’acrimonie 
d’iceluy  la  veine  est 
crodée , il  en  sort  vn 
Subtil,  { sang  gros,  et  de l’artere 
subtil , chaud  et  bouil- 
lant, auec  pulsation  et 
^Glueux,\  sautellement. 

/ Et  sort  en  toussant , 
^ et  est  quelquesfois 
ietté,  non  seulement 
par  l’vlcere  , mais 
aussi  parla  bouche, 
par  le  siégé  et  par 
' les  vrincs. 
diuerse  couleur  et  de 
mauvaise  odeur. 


| Des  os  et  cartila- 
ges pourris , 


Des  nerfs,  veines, 
arteres,  tendons 
et  membranes  > 
qui  couurent  les 
muscles , 


Du  thorax, 


/Fetide, 

I Grisâtre , 

\ Cadauereux, 
F Aucunesfois 
' verdoyant, 


Fort  onctueux  et  glaireux. 


■Du  sang  au  Phlegmon, 


De  la  diuer- 1 
si  té  des 
humeurs  , 

comme 


| De  la  diuer- 1 
si  té  des 
tumeurs  , 

comme 


De  la  ma- 
tière qui 
représente, 
comme 


\ 


De  la  bouche  vlcerée,  etf  De 
des  parties  pudibondes  ( 

Des  genoüils  et  autres 
iointures 

(Blanç. 

| Esgal. 

( Lisse. 

( Iaunastre, 

De  la  bile  en  Erysipele,  j siddji 

, t Noirastre, 

De  la  bilenoire  au  Chancre,  j j juic|e 

i Aqueux, 

De  la  pituite  en  l’Oedeme  j yjSqueux. 

’De  la  teigne,  des  escrouëlles , des  j 
charbons  pestiférés,  des  bubons,  F 
veneneux,  des  contusions  par  bas- 1 
tons  à feu.  J 

Des  gangrenés  / Noire,  fetide,  verdoyante,  sentant  vne  odeur  si 
et  < puante  et  cadauereuse  que  difficilement  on 

mortifications  ( la  peut  endurer. 

En  l’abcés  nommé  Meliceride,  est  semblable 

en  couleur  et  consistance  à / Miel, 

Slealome,  \ Suif, 

Alherome , V Bouillie. 

En  autres  abcès  , / Pierre,  craye,  sablon,  charbon,  coquilles  de 
autres  corps  qui  ) limaçons  , espics , chairs , cartilages , corne 
ont  forme  plusf  dure  et  spongieuse,  os,  poil,  voirie  certains 
estrange, comme  \ animaux,  tant  vifs  que  morts. 


Fetide. 


244  le  onzième  livré 


CHAPITRE  IL 

QVE  C’EST  OV’lL  FAVT  ENTENDRE  PAR 

ces  mots  : Pus,  Ichor,  Sanies,  Sor- 

des,  Rhos,  Cambium  et  Gluten1. 

Ichor  et  Sanies  ne  sont  en  rien  dif- 
ferens , sinon  que  Ichor  est  un  mot 
Grec,  et  Sanies  est  Latin.  L’un  et  l’au- 
tre est  pris  maintenant  pour  toute 
humidité  subtile  et  aqueuse  qui  est 
contenue  parmi  les  humeurs  dedans 
les  veines  : maintenant  aussi  pour 
tout  excrement  sanieux  , subtil  et 
humide,  lequel  sort  des  vlceres  , ou 
bien  qui  exude  des  corps  morts.  Ga- 
lien l’accomparage  au  lait  clair, 
nommé  en  Latin  Sérum  : lequel  est 
tiré  du  lait  caillé,  quand  on  fait  le 
fromage2  : et  est  tel  excrement 
( comme  escrit  Celse  3 ) trouué  aux 
ulcérés  malings , et  principalement  à 
ceux  des  nerfs,  quand  une  inflam- 
mation a précédé. 

Sordes  est  un  mot  Latin , tiré  d’un 
mot  grec  dit  Rypos,  lequel  vient  de 
Rypao,  ou  Rypeo,  qui  est  autant  à 
dire  qu’estre  ord  , sale  et  crasseux. 
Tellement  que  Rypos  ou  Sordes,  si- 
gnifie proprement  le  plus  gros  excre- 
ment, lequel  apres  la  troisième  con- 
coction, sort  et  exsude  dessus  la  peau 
et  epiderme  , où  estant  amassé  il  est 
appellé  crasse:  et  ceux  qui  abondent 

1 Ce  chapitre  est  encore  une  addition  de 
1579.  Il  se  présentait  avec  te  titre  que  je  lui 
ai  laissé  , sans  prendre  rang  parmi  les  cha- 
pitres , je  l’ai  intitulé  Chapitre  2,  ce  qui 
change  toute  la  numération  des  suivants. 

Au  reste  quelques  unes  de  ces  définitions 
se  lisaient  déjà  en  1575  à la  fin  du  chapi- 
tre 4,  où  elles  ont  été  conservées  malgré  le 
double  emploi  manifeste. 

Malien,  liure  2.  Des  elemens. — A.  P. 

s Liure  5.  chap  26.  — A.  P. 


en  tel  excrement  sont  nommés  cras- 
seux. Il  se  prend  aussi  pour  l'excre- 
monl 1 ou  plus  grosse  ordure  qui  s’a- 
masse aux  vlceres  , et  qui  s’apparoist 
dessus  la  langue  des  febricitans.  Pour 
ceste  cause , Galien  dit 2 que  Rypos  ou 
Sordes  n’est  autre  chose  qu’vn  excre- 
ment gros , qui  rend  l’vlcere  ord  et 
salle,  et  Ichor  ou  Sanies,  un  autre 
excrement  aqueux  et  subtil,  qui  le 
rend  humide. 

Ce  mot , qui  est  en  François  ap- 
pellé Bouë , en  Latin  Pus , et  en  Grec 
Pyon , signifie  un  humeur  putride , 
qui  ressemble  à peu  près  à la  sub- 
stance des  parties  spermatiques.  Les 
anciens  l’ont  ainsi  appellé,  à cause 
de  son  espaisseur  et  blancheur,  com- 
me tesmoigne  l’auteur  du  liure  ap- 
pellé Onomaslus. 

Cambium , Itos  et  Gluten , ce  sont 
trois  mots  qui  ont  esté  inuentés  par 
les  recens  pour  exprimer  la  nature 
de  l’humeur  alimentaire , lequel  hu- 
meur seul  Galien  escrit  deuoir  estre 
dit  proprement  Alimentum,  par  ce 
que  actuellement  il  nourrit 3.  Toutes- 
lois  pour  sçauoir  la  distinction  de  ces 
mots , il  faut  entendre  que  l’humeur 
qui  exude  et  sort  dehors  par  les  em- 
boucheures  des  veines  capillaires, 
pour  estre  diffus  et  apposé  aux  par- 
ties qui  doivent  estre  nourries,  est 
appellé  Itos,  pour  autant  qu’en  ma- 
niéré et  façon  de  rosée , il  est  espandu 
par  les  places  vuides  des  parties  si- 
milaires, pour  leur  nourrilure.  Ice- 
lui  s’estant  par  assimilation  un  peu 
espaissi  et  comme  congelé , s’agglu- 

1 L’édition  de  1579  portait  : Il  se  prend 

aussi  pour  l'ordure  qui  s'amasse  entre  les  on- 
gles des  doigts , comme  il  fait  aussi  pour  l'ex- 
cremenl,  etc. 

2 Liure  3 .de  la  méthode.  — A.  P. 

5 Liure  7.  chap.  6.  De  la  méthode.  — A.  P. 


DES  VLCERES  , Fl  ST  VE 

tine  et  attache  aux  fibres  solides  des 
parties,  dont  il  est  appelé  Gluten, 
ou  carniforme  : apres  qu’il  est  trans- 
mué et  parfaitement  assimilé  à la 
propre  substance  desdites  parties  , 
est  appelle  Cambium , qui  est  un  mot 
barbare. 


CHAPITRE  III. 

LES  SKiNES  DES  VLCERES. 

Selon  la  diuersité  et  différence  des 
vlceres , il  y a aussi  diuers  signes. 
Car  lors  qu’il  y a pourriture,  et  que 
d’icelle  sort  vapeur  fetide  et  cadaue- 
reuse  accompagnée  de  sordicie , c’est 
signe  d’vne  vlcere  putr  ide.  Ainsi,  vlcere 
corrosiue  est  celle  qui,  parla  malignité 
de  sa  matière,  ronge  et  consomme  les 
parties  qui  luy  sont  voisines. 

L’ vlcere  sordide  est  pleine  de  gros 
excremens  et  visqueux,  auec  vne 
chair  molle , superflue  et  crousteuse. 

Vlcere  cauerneuse  a l’orifice  petit  et 
eslroit,  avec  profondité  non  appa- 
reille, et  plusieurs  anfractuosités  de 
coslé  et  d’autre , sans  toutefois  qu’il 
y aye  callosité  ny  dureté. 

L’ vlcere  fistulçuse  est  semblable  à la 
susdite,  sinon  qu’il  y a callosité  et 
dureté  des  labiés  et  parois  de  la  pro- 
fondeur et  cauernosité. 

V vlcere  chancreuse  est  horrible  à 
voir,  ayant  les  léures  dures  et  ren- 
uersées,  de  laquelle  sort  un  virus 
puant  et  fetide,  et  quelquesfois  du 
sang , et  autour  d’icelle  sont  les  vei- 
nes tuméfiées,  comme  nous  auons 
monstre  au  chap.  du  Chancre. 

Vlcere  dyscrasiée  est  celle  qui  est  ac 
compagnée  de  quelque  intemperalu- 
re  froide,  chaude  , humide  ou  seiche, 
ou  compliquée  d’icelles. 


ES  ET  H EMO  P.  RHO  IDES.  245 

Vlcere  cacoëthe  est  celle  qui  ne  se 
peut  guarir  par  remedes  deuëment 
appliqués , à cause  qu’il  y a au  corps , 
ou  à la  partie  ulcerée , quelque  cause 
occulte  , de  laquelle  n’est  possible 
donner  raison,  qui  empesche  la  gua- 
rison. 

L’ vlcere  ’rheumatique  est  lors  qu'en 
la  partie  flue  quantité  d’humeur  qui 
l’entretient , comme  l’on  voit  en  1” vl- 
cere variqueuse,  lors  qu’elle  est  ac- 
compagnée de  varices , c’est-à-dire 
grosses  veines  eminentes,  tortues  et 
anfractueuses  , remplies  de  gros 
sang. 

L 'vlcere  apostematcuse  est  celle  à la- 
quelle y a tumeur  contre  nature , 
comme  phlegmon , erysipelas , œde- 
ma,  scirrhe. 

Vlcere  chironique  est  celle  de  la- 
quelle Chiron  le  Centaure,  homme 
bien  versé  en  la  connoissance  des 
simples , a guari  plusieurs  par  le 
moyen  de  l’herbe  dite  de  son  nom , 
Centaurium  minus  : ainsi  que  semble 
monstrer  üioscoride,  chap.  7,  liv.  5, 
ou  bien  pource  que  Chiron  en  a esté 
guari  C Certes  Galien,  sur  l’Aph.  22 
de  la  5.  section,  estime  tels  vlceres 
malins,  et  ne  faire  jamais  suppura- 
tion louable  : comme  vlcere  Telephien, 
de  laquelle  a esté  affligé  Telephus. 


CHAPITRE  IV. 

DV  PRONOSTIC  DES  VLCERES. 

Les  vlceres  malignes,  qui  durent 
un  an  ou  d’auantage , iaçoit  qu’elles 
soient  pensées  et  medicamentées,  se- 

1 L’édition  de  1575  ne  cite  en  cet  endroit 
ni  Dioscoride  ni  Galien  , et  dit  seulement  : 

Vlcere  chironique  est  celle  de  laquelle  Cliiro- 
neus  a esté  guary. 


246  LF.  onzième  livre, 

Ion  raison,  il  est  necessaire  que  Vos, 


qui  est  le  fondement  de  la  chair  vl- 
cerée , soit  altéré  et  corrompu  , à 
cause  de  la  mauuaise  disposition  de 
la  partie,  qu’elle  a acquise  par  vn 
long  temps  pour  la  defluxion  des  hu- 
meurs malins  dont  elle  a esté  ab- 
breuuée,  ou  pour  la  mauuaise  dispo- 
sition de  l’os  Et  par  ainsi  il  est  ne- 
cessaire que  dudit  os  altéré  se  face 
exfoliation,  et  en  sortent  esquilles, 
comme  chose  qui  est  conlre  nature  : 
et  veu  qu’il  en  est  sorti  de  l’os  qui  ne 
peut  reuenir,  il  faut  que  l’vlcere  es- 
tant cicatrisée  demeure  caue. 

Les  vlceres  qui  aduiennent  aupa- 
rauant  quelque  maladie,  ou  durant 
icelle , lors  que.  lesdites  vlceres  vien- 
nent pâlies,  liuides,  noirastres et  sei- 
ches, c’est  signe  que  le  patient  est 
proche  de  mort , d’autant  que  les  fa- 
cultés qui  nourrissent  le  corps  sont 
débiles  et  languides , qui  ne  peuuent 
secourir  de  suc  nourrissant  la  partie 
malade 2.  Et  selon  l’humeur  qui  sera 
à la  partie,  l’vlcere  en  aura  la  cou- 
leur : comme  s’il  y a quelque  portion 
de  bile,  sera  iaunaslre  : de  melancho- 
lie , liuide  ou  noirastre  : et  de  pituite , 
blanchastre. 

Ceux  qui  ont  vlceres  accompagnés 
de  tumeur,  ne  tombent  souuent  en 
conuulsion,  et  ne  deuiennent  pas  fols 
ne  insensés , d’autant  que  tels  hu- 
meurs malings  contenus  en  la  tu- 
meur ne  sont  communiqués  aux 
parties  nerueuses  , ny  au  cerueau , 
dont  s’ensuiuent  les  susdits  acci- 
dens.  Mais  si  telle  tumeur  vient  à 
s’esuanouir  sans  aucune  cause  ma- 
nifeste, comme  pour  application  de 
quelque  médicament  résolutif,  ou 
par  quelque  flux  de  sang,  à ceux 

1 Hipp.  Aph.  45.  liureC.  — A.  P. 

2 Hipp.  Progn.  liure  1.  chap.  8.  — AP. 


qui  auront  vlceres  au  dos  aduien- 
dra  conuulsion  , pour  ce  que  la 
susdite  matière  sera  retournée  aux 
parties  nerueuses  et  aux  muscles  du 
Thorax , lesquels  imhus  de  ceste  ma- 
tière par  repletion  , feront  spasme  et 
conuulsion. 

Et  ceux  qui  auront  vlceres  à la 
partie  anterieure  deuiendront  fols, 
insensés  et  pbreneliques  , pour  la 
multitude  des  veines  et  arteres  qui 
est  en  icelles , par  lesquelles  tel  hu- 
meur est  porté  au  cerueau  , dont 
s’ensuit  phrenesie  et  manie1.  Aussi  si 
elles  occupent  le  Thorax , suruiendra 
pleuresie , ou  empyeme  si  la  matière 
découlé  en  la  capacité  du  Thorax. 

Les  vlceres  qui  sont  accompagnées 
de  tumeur  laxe,  signifient  concoction 
des  humeurs  qui  sont  à la  partie,  et 
sont  plus  faciles  à guarir  que  celles 
qui  sont  accompagnées  de  tumeur 
dure,  d’autant  que  la  nature  et  par- 
tie du  membre  affectée  n’en  a fait 
encore  concoction  : laquelle  natu- 
rellement en  nous  se  fait  par  elixa- 
tion , et  non  par  assaliou , comme  dit 
Aristote  au  4.  des  Météores-,  qui  est 
cause  qu’aux  tumeurs,  la  mollesse 
est  signe  de  concoction  et  miliûcation 
de  la  matière. 

Les  vlceres  qui  sont  aux  parties  pi- 
leuses, quand  le  poil*  qui  est  autour 
chet , ou  bien  quand  le  cuir  qui  est 
autour  se  defleure,  sont  rebelles, 
malignes  et  difficiles  à cicatriser s: 
pour  ce  qu’elles  demonstrent  qu’il  y 
a au  profond  de  la  partie  quelque 
mauuais  humeur,  qui  ronge  et  cor- 
rode tant  le  cuir  que  la  racine  des 
cheueux,  qui  naissent  et  s’entretien- 
nent en  nous  de  l’exhalation  d’vn  suc 

1 Hipp.  liure  5.  Aph.  65.  — A.  P. 

2 Citation  ajoutée  encore  en  1579. 

2 Hipp.  sect.  5.  Aph.  67.  — A.  P. 


DES  VLCERES,  FISTVLF.S  ET  IIF.MORIÎIIOIDES. 


louable  et  nourrissant  : d'où  vient 
que  par  les  longues  fleures , et  par  la 
verole  et  ladrerie,  le  poil  tombe. 

Es  vlceres  où  il  y a carie  d’os,  si  la 
chair  est  liuide,  comme  plombée,  ou 
de  couleur  citrine  , c’est  mauuais  si- 
gne : car  cela  dénoté  que  la  chaleur 
naturelle  est  esleinte,  que  l’os  suiet 
est  grandement  altéré  et  corrompu 

Les  vlceres  qui  suruiennent  à cause 
de  quelque  maladie,  comme  pour  hy- 
dropisie, sont  très-difficiles  à guarir2  : 
semblablement  celles  qui  sont  accom- 
pagnées de  varices , de  quelque  in- 
temperature , ou  qui  ont  les  bords 
durs,  et  qui  sont  de  figure  ronde3. 

Toute  vlceçe  remplie  de  chair  et  ci- 
catrisée, si  elle  renouuelle,est  en  dan- 
ger de  tomber  en  fistule:  semblable- 
ment si  elle  occupe  quelque  tendon  , 
est  difficile  à guarir  et  tres-doulou- 
reuse 4.  Es  vlceres  qui  n’ont  esté 
mondifiées  comme  il  appartient, s’en- 
gendre tousiours  supercroissance  de 
chair  : si  elles  occupent  quelque  bras 
ou  .jambe,  exc.tent  souuent  phleg- 
mon ou  autre  tumeur  aux  aines  et 
parties  glanduleuses,  et  principale- 
ment si  le  corps  est  cacochyme.  Car 
telles  parties  sont  suieltes  à fluxion 
pour  leur  imbécillité  et  rarité. 

Albucrasis  dit , que  pour  neuf  cau- 
ses les  vlceres  sont  difficiles  à gluli- 
ner,  incarner,  et  cicatriser.  La  pre- 
mière, quand  le  corps  a faute  de  sang. 
La  seconde,  quand  il  peche  en  qua- 
lité. La  tierce,  par  l’indeuë  applica- 
tion des  medicamens  qui  ne  ltiy  sont, 
conuenables.  La  quatrième  lors  que 
Fvlcere  est  sordide.  La  cinquième , 

1 Hipp.  liure  6.  Aph.  4.  — A.  P. 

2 Hipp.  Aph.  g.  liure  7.  — A.  P. 

5 Hipp.  De  vlceribus. — Galien,  cbap.  2.  et 
5.  dli  4.  De  la  metlwile.  — A.  P. 

■*  Auicenne.  — A.  P. 


247 

quand  l’vlcere  est  putride  ou  pourrie. 
La  sixième , quand  en  vne  prouincc 
il  régné  quelque  pestilence,  ou  ma- 
ladie epidemique , qui  fait  les  vlceres 
difficiles  à guérir.  La  septième,  quand 
il  y a callosité.  La  huitième,  quand 
la  nature  du  pays  est  telle,  que  les 
vlceres  y sont  de  longue  durée,  com- 
me en  Saragoce  d’Aragon  , où  les 
apostemes  durent  vn  an.  La  neufié- 
me , quand  les  os  sont  carieux  et  cor- 
rompus. 

Cornélius  Celsus  dit  qu’il  y a aucuns 
signes,  par  lesquels  on  peut  connoistre 
combien  ii  faut  esperer  ou  craindre, 
touchant  la  curation  1 : car  les  signes 
qui  nous  dénotent  quelque  chose  de 
bon , sont  dormir  et  repos  , librement 
respirer,  n’estre point  altéré,  n’auoir 
en  horreur  et  desdain  les  viandes, 
estre  exempt  de  fiéurc,  et  si  le  ma- 
lade l’auoit  eue  , ne  l’auoir  point  : 
aussi  que  l'vlcere  rende  vn  pus  blanc, 
poly  et  esgal  , et  non  de  mauuaise 
odeur.  (Nous  disons  le  pus  estre  poly, 
quand  toutes  ses  parties  sont  cuites , et 
ne  se  trouue  aucune  aspérité  à l’attou- 
chement, qui  puisse  monstrer  qu’il  y 
ait  encores  quelque  portion  d’humeur 
crue  et  non  meurie  : nous  l’appelions 
égal,  quand  il  n’est  point  de  parties 
dénaturé  dissemblables:  nous  le  di- 
sons blanc,  quand  il  est  non  de  cou- 
leur blanche  parfaitement , mais  de 
couleur  de  cendre2.)  D’autant  que 
telles  choses  signifient  que  la  chaleur 
naturelle  concurrant  en  la  généra- 
tion, surmonte  celle  qui  est  contre 
nature,  et  que  la  matière  obéît  à l’o- 
peration de  la  chaleur,  dont  la  mau- 
uaise complexion  du  membre  est  rec- 
tifiée : et  par  conséquent , Nature 

lCorn.  Gels,  liure  2.  chap.  3.  — A.  P. 

2 Cette  parenthèse  a été  intercalée  ici  en 
1579. 


LF.  ONZIÈME  LIVRE  , 


548 

pourra  mieux  faire  curation  de  ladite 
vlcere. 

Or  les  signes  qui  nous  dénotent 
quelque  chose  de  mauuais, sont  veille, 
inquiétude , difficulté  d’expirer  et  res- 
pirer, grande  alteration , desgouste- 
ment,et  voir  les  viandes  à contre- 
coeur, estre  fébricitant , et  de  l’vlcere 
sortir  pus  noir,  limonneux  et  de  mau- 
uaisc  odeur  : d’auantage  quand  la 
curation  est  bien  nuancée , et  s’il  sur- 
uient  flux  de  sang.  Car,  comme  dit 
Hippocrates 1 , quand  l’hemorrhagie 
et  soudaine  effluxion  de  sang  suruient 
aux  vlceres . qui  pour  l’inflammation 
qu'ils  ont,  font  grande  pulsation,  c’est 
mauuais  signe , pource  que  telle  ef- 
fluxion sortant  de  l’artere  s’y  arreste 
assez  difficilement  : et  aussi  pource 
que  la  partie  est  lors  molestée  d’in- 
flammation et  douleur  a,  par  laquelle 
le  sang  atténué  et  bouillonnant,  se 
desbonde  tout  àcoup,  rompant  de  vio- 
lence ses  canaux  et  arteres  : à quoy 
s’ensuit  vnautreinconuenient, sçauoir 
mortification  de  la  chaleur  naturelle, 
par  la  déperdition  de  sang  : et  par  con- 
séquent faute  de  suppuration,  et  en- 
fin gangrené. 

Il  reste  encore  du  prognostic  parler 
des  excremens  qui  sortent  des  vlce- 
res, à sçauoir  vn  nommé  en  Grec 
Jchor,e t en  Latin  Sanies,  lequel  est 
double  : l’vn  subtil  et  virulent,  comme 
on  voit  sortir  aux  piqueures  des  nerfs 
et  malings  vlceres:  l’autre  est  gras  et 
glutineux , qu’on  voit  ordinairement 
sortir  des  playes  des  jointures.  Il  y en 
a vn  autre  nommé  Sorties,  qui  est  en- 
core plus  cras  (dont  l’vlcere  est  dite 
sordide  ) de  couleur  noirastre  , au- 
tresfois  rougeastre,  cendrée,  inesgale, 

1 Hipp.  liure  7.  Aph.  2t.  — A.  P. 

2 Le  paragraphe  s’arrête  ici  dans  l’édition 
de  1576  ; le  reste  date  de  1579. 


comme  lie  de  vin , et  d’odeur  fetide. 
La  tenuité  de  la  sanie  issant  des  vl- 
ceres, qui  est  rougeastre,  semblable 
à laueure  de  chair,  monstre  que  la 
matière  est  chaude,  et  si  elle  est  blan- 
chastre,  monstre  qu’elle  est  froide. 
Et  celle  qui  est  blanche,  polie,  c’est  à 
dire,  douce  au  toucher,  égalé,  et  en 
petite  quantité,  auecques  vne  visquo- 
sitésans  nulle  mauuaise  odeur,  signi- 
fie estre  bonne,  et  que  Nature  fait 
génération  de  chair. 


CHAPITRE  Y. 

DE  LA  CVRATION  DES  VLCERES. 

En  la  curation  des  vlceres  deux 
choses  nous  sont  proposées  : sçauoir 
l'vlcere  simple,  laquelle  n’est  accom- 
pagnée d’aucun  accident:  et  l’vlcere 
composée  ou  compliquée  auec  sa  cau- 
se, maladie  ou  symptôme. 

Or  l’vlcere  simple,  entant  qu’elle 
est  vlcere , a vne  commune  indication 
de  curation  , à sçauoir  exsiccation. 
Car  toute  vlcere,  entant  que  vlcere , 
a besoin  de  desiccation,  laquelle  pour 
ceste  cause  estant  plus  humide  que  la 
playe , requiert  plus  grande  desicca- 
tion L 

Or  lors  qu'il  y a plusieurs  compli- 
cations qui  accompagnent  l’vlcere, 
pour  l’ordre  de  leur  curation  , Galien 
veut2  que  le  Chirurgien  méthodique 
se  propose  trois  principaux  points , 
qui  sont  l’urgent, la  cause,  et  la  cho:-  !* 
sans  laquelle  la  maladie  11e  sçauroit 
estre  ostée. 

Et  pour  facile  intelligence  de  ce , i.‘ 
te  donneray  cest  exemple.  Posons  le 

1 Galien  4.  et 5.  Delà  metliode. — Guidon, 
Traité  des  vlceres.  — A.  P. 

2 Galien  7.  Méthode.  — A.  P. 


D F.  S VI, CERFS  , F1STVLK  I ET  HEM  O hit  IiOl  DES. 


cas  qu’il  y ait  vue  \ Icere  à la  iambe, 
située  à la  partie  intérieure,  vn  peu 
au  dessus  du  malléole,  estant  fort  dou- 
loureuse, caue , putride,  auec  carie 
en  l’os,  de  figure  ronde,  ayant  les 
bords  calleux  et  durs,  auec  tumeur 
et  inflammation  des  parties  voisines, 
accompagnée  d’vne  varice.  L’ordre  de 
curation  de  telle  vlcere  se  doit  com- 
mencer aux  choses  vniuerselles,  ayant 
esgard  à l’habitude  de  tout  le  corps, 
qui  est  plethoric  et  cacochyme  : les- 
quelles indispositions  pourront  estre 
amendées  par  les  six  choses  non  na- 
turelles ordonnées  par  le  docte  Mé- 
decin : ce  qu’estant  deuëment  fait , 
ostera  la  cause  de  ladite  vlcere  Car 
tel  est  le  commandement  de  Galien, 
chap.  t.  du  4.  liure  des  Medicamcns 
selon  les  genres.  Si  (dit-il)  le  corps  a 
besoin  de  quelque  préparation,  il  faut 
qu'elle  soit  faite  deuant  que  toucher 
à l' vlcere.  Car  souuent  pour  la  gua- 
rison  de  quelques  vlceres  la  seule  pur- 
gation suffit,  à autres  la  seule  sai- 
gnée, à autres  tous  les  deux,  selon  que 
la  cause  de  l’vlcere  est  cacochymie,  ou 
pléthore,  ou  tous  les  deux. 

Et  quant  à la  cure  particulière, 
nous  aurons  esgard  à ce  qui  est  le  plus 
vrgent , qui  sera  premièrement  de  se- 
der  la  douleur  par  remedes  contra- 
rians  à icelle  : comme  si  c’est  à raison 
d’vne  intemperature  phlegmoneuse, 
qui  dés  long  temps  a occupé,  distendu, 
et  endurci  la  partie,  elle  sera  ostée  par 
euacuation,  faisant  premièrement  fo- 
mentation d’eau  chaude , à fin  d’a- 
mollir et  relascher  le  cuir,  et  que  l’e- 
uacuation  des  humeurs  contenus  se 
face  plus  aisément:  puis  on  fera  des 
scarifications  pour  euacuer  le  sang , 
selon  que  l’on  verra  estre  necessaire. 

1 Le  paragraphe  se  termine  ici  dans  lïd:- 
tion  de  1575  ; le  reste  a été  ajouté  en  J 579. 


Si  le  malade  estoit  délicat,  ne  voulant 
tolerer  icelles  scarifications,  on  appli- 
quera des  sangsues  : puis  sera  mis  sus 
la  partie  vn  emplastre  de  cerat  réfri- 
gérant de  Galien  , ou  autre  sembla- 
ble : et  pour  parachcuer  à vacuer 
l’humeur  arreslé, on  vsera  de  remedes 
conuenables,  selon  la  doctrine  escrile 
és  tumeurs  contre  Nature. 

Cela  fait , on  aura  esgard  à la  chose 
sans  laquelle  la  maladie  ne  pourra 
estre  ostée,  qui  se  fera  en  gardant 
l’ordre  des  susdites  dispositions  com- 
pliquées : comme  la  carie,  laquelle 
sera  ostée  par  cautères  actuels  : et  en 
l’application  d’iceux  on  fera  de  sorte, 
que  l’on  rendra  l’vlcere  d’autre  figure 
que  ronde,  àseauoir  longue  ou  trian- 
gulaire , et  par  ce  moyen  on  consom- 
mera la  callosité,  et  la  pourriture  de 
l’vlcere  sera  corrigée  : puis  on  procé- 
dera à faire  choir  l’escarre  : et  apres 
on  sera  soigneux  à l’exfoliation  de 
l’os , comme  nous  auons  traité  cy  des- 
sus, et  on  procédera  au  reste  de  la  cu- 
ration de  l’vlcere, laquelle  apres  auoir 
esté  monditiée,scra  remplie  de  chair  : 
pour  la  régénération  de  laquelle  deux 
choses  sont  necessaires  : La  première 
est  la  cause  efficiente  : la  seconde  est 
la  matière  dont  est  engendrée  la 
chair1.  Or  la  cause  efficiente  est  la 
bonne  température,  non  seulement 
de  tout  le  corps,  mais  aussi  de  la  partie 
affligée,  par  le  moyen  de  laquelle  se 
fait  attraction  , concoction  , apposi- 
tion, et  assimilation:  et  telle  tempe- 
rature  doit  estre  conseruée  et  main- 
tenue par  bonne  maniéré  de  viure , 
qui  engendre  vn  bon  sang,  non  chaud, 
acre  , bruslé,  ni  aqueux  : car  tel  sang 
pourroit  rendre  non  seulement  tout 
le  corps  mal- disposé,  mais  principa- 
lement la  partie  vlcerée.  Quanta  la 

1 Galien  0.  Méthode , chap.  -3.  — A. P. 


25o 


LE  ONZIEME  LIVRE  , 


ma  dore  dont  est  procréée  la  chair, 
c’est  le  sang-  pur  et syncere.ne  péchant 
ny  en  quantité  ny  qualité.  Or  en  telle 
génération  il  s'engendre  double  ex- 
crement  : vn , qui  est  humide  appçllé 
de  nous  sanie: l’autre  plus  espais,sor- 
dicic'2.  Tous  deux,  d’autant  qu’ils  sont 
contre  nature,  empeschent  la  susdite 
régénération,  et  pource  doiuent  eslre 
ostés  par  leur  contraire.  Ce  qui  se  fera 
par  medicamens,  lesquels  seront  de- 
siccatifs  au  premier  degré,  et  mondi 
lient  médiocrement,  desquels  les  vns 
sont  plus  forts,  les  autres  plus  de- 
biles  : et  pource  le  discret  Chirurgien 
en  vsera  auec  méthode,  considérant 
le  naturel  de  tout  le  corps  et  de  la 
partie  vlcerée,  l’assiette,  formation, 
et  vertu  d’icelle  partie,  ensemble  l’a- 
bondance de  l’humidité  et  sordicie. 
Car  les  femmes,  d autant  qu’elles  sont 
plus  humides,  demandent  medica- 
mens quiseichent  moins,  et  les  parties 
charneuses  requièrent  medicamens 
plus  forts  que  les  tendineuses,  pour 
leur  sentiment  exquis-,  car,  dit  Ga- 
lien, chap.  7.  du  liure4.  de  la  Méthode, 
toute  partie  fort  sensible  se  doit  trai- 
ter sans  douleur  autant  qu’on  peut2. 
Ainsi  l’vlcere,  tant  plus  qu’elle  est  hu- 
mide, a besoin  de  medicamensjqui  sei- 
chent  d’auantage  : car  la  partie  de- 
mande eslre  conseruée  par  choses 
semblables , et  l’vlcere  requiert  cho- 
ses contraires  à icelle. 

Lors  que  l’vlcëre  sera  remplie  de 
chair  parle  bénéfice  de  nature  et  aide 
du  Chirurgien,  il  faut  induire  cica- 
trice (qui  est  vne  chair  calleuse  en- 
duite en  lieu  de  peau  ) en  appliquant 
remedes  qui  deseichent  sans  acrimo- 
nie ni  mordication , si  ce  n’est  en  pe- 

• 

• Galien  3.  Méthode,  chap.  3.  — A.  P. 

2 Cette  nouvelle  citation  de  Galien  est 
encore  une  addition  de  1579. 


tile  quantité.  Car  l’alum  bruslé , et  le 
vitriol  commun  bruslé  et  laué  mis  en 
petite  quantité,  cicatrisent.  On  vsera 
doneques  de  radix  aristolochiœ,  aloës, 
plumbum  vslum , cortic.  granat.  com- 
bust.,  litharg.,  pompholix,  ayant  es- 
gard  aux  choses  vniuerselles  escrites 
en  la  génération  de  chair  : ou  de  la  la- 
mine de  plomb  frottée  de  vif-argent, 
de  laquelle  ay  veu  grand  effet,  voire 
plus  que  d’aucun  remede. 


CHAPITRE  VI. 

de  l’vecere  intemperée  *. 

Apres  auoir  escrit  en  general  la  dé- 
finition,les  causes,  signes,  différences, 
et  prognoslic  des  vlceres,  reste  en  spé- 
cial enseigner  la  guarison  de  celles 
qui  sont  compliquées  auec  quelque 
accident,  commençant  à l'vlcere  in- 
temperée.  Or  toute  inlemperalure  est 
chaude,  froide,  seiche,  ou  humide  : et 
pour-ce  à fin  que  le  Chirurgien  ne 
prenne  l’vne  pour  l’autre,  il  est  bon 
de  les  distinguer. 

L’intemperature  seiche  se  connois- 
trapar  la  veuë,  l’vlcere  estant  comme 
ridée,  ne  rendant  aucune  ou  peu  d’hu- 
midité , comme  aussi  par  le  toucher 
la  sentant  rude  et  dure.  Telle  intem- 
peralurese  guarira  par  remedes  hu- 
meclans , faisant  vne  fomentation 
d’eau  tiede,  suiuant  l’opinion  de  Ga- 
lien, au  liure4.de  la  Mclhode,  ou  bien 
d ’hydrelèo,  c’est-à-dire,  d’huile  et  eau 
(ayant  esgard,  comme  nous  enseigne 
Galien  , que  si  le  corps  est  plethoric 
ou  cacochyme,  il  le  faudroil  premiè- 
rement purger  et  saigner,  craignant 

1 Ce  chapitre  G et  les  14  suivants  jusqu’au 
21e  inclusivement,  sont  une  addition  faite  à 
ce  livre  seulement  en  1579.  Ainsi  dans  la 


DES  VLCERES,  FISTVLES  ET  HEMORRHOIDES.  1 


d’attirer  d’auantage  à la  partie).  Telle 
fomentation  sera  continuée  iusques 
à ce  que  la  chair  vienne  rougeastre, 
mollasse,  et  humide,  et  que  la  partie 
s’enfle  vn  peu:  car  si  on  continuoit 
d'auantage,  on  résoudrait  l’humidité 
qu’on  auroit  attirée.  La  fomentation 
faite,  sera  mis  sus  l’vlcere  tel  ou 
semblable  remede. 

If.  Cremor  hordei  ® . ij. 

l'ol.  mal.  in  aqua  cocl.  §.j. 

Pingued.  porc.  §.j.  û. 

Mellis  commun.  5 . fi> . 
lisce  in  mortar.ctfiatvnguent.  admoueatur 
parti  præmis.  fotu. 

L’intemperature  humide  se  con- 
noist  par  la  quantité  des  excremens 
que  ielte  l’vlcere, par  la  chair  baueuse 
et  supercroissante  : parquoy  faudra 
vscr  de.  remedes  plus  secs  , tels  que 
sont  les  Sarcotiques,  ayant  esgardàla 
quantité  de  la  matière,  et  à la  nature 
de  la  partie,  et  autres  indications  es- 
crites  cy  dessus.  Entre  autres  remedes 
Galien,  liure  1.  De  sirnp.  med.  facult. 
ehap.  7.  loué  fort  l’eau  alumineuse: 
car  elle  desciche,  monditie,  et  fortifie 

première  édition  des  OEuvres  complètes, 
toute  l’histoire  des  ulcères  était  traitée  fort 
brièvement  en  4 chapitres , et  le  21e  chapitre 
actuel  était  alors  le  5e.  Il  faut  ajouter  ce- 
pendant que  le  précédent  ne  se  terminait 
pas  ainsi  ; il  y avait  un  assez  long  passage 
que  je  reproduirai  ici. 

« Or  quanta  la  veine  variqueuse,  laquelle 
abreuue  coustumierement  l’vlcere,  elle  sera 
comprimée  par  compresses  et  ligatures  : et 
où  tel  remede  ne  serait  suffisant, sera  coupee 
comme  nous  dirons  cy  apres. 

» Digression  louchant  les  medicamens  que 
l'on  applique  aux  vlceres. 

» On  cognoistra  que  les  médicaments  que 
l’on  applique  aux  vlceres  seront  trop  chauds 
ou  froids,  secs  ou  humides,  par  la  couleur 
de  l’vlcere  et  de  la  sanie  qui  en  sort.  Par- 


la partie.  On  peut  aussi  fomenter  la 
partie  vlcerée,  d’vne  telle  décoction. 

If.  P.osar.  rub.  absinth.  betonicæ,  tapsi  bar- 
bat.  ana  m.  j- 

Gallar.  nucum  cupress.  ana  3.  ij. 

Aluminis  roch.  3.  j. 

Fiat  decoctum  in  vino  austero,  dequofial 
fotus. 

La  fomentation  faite, seraappliquée 
sus  l’vlcere  de  l’emplastre  de  cerusa , 
de  minio  et  autres,  le  loué  fort  la 
poudre  d’alun  calciné,  mise  en  petite 
quantité,  pour  l’experience  que  i’eu 
ay  fait. 

Quant  à l’intemperalure  chaude , 
elle  sera  connue  par  la  couleur  rou- 
ge, ou  iaunaslre,  par  l’attouchement 
du  Chirurgien,  et  par  la  douleur  que 
sentira  le  malade,  ainsi  que  monstre 
Galien  liure  4.  de  la  Melliode.  Lors 
nous  aurons  recours  aux  remedes  re- 
frigerans,  comme  l’onguent  rosat,  de 
mesme  réfrigérons  Galeni,  populeum  : 
aussi  les  compresses  et  bandages  se- 
ront trempés  en  eau  de  plantain,  mo- 
relle,  oxycral.  l’ay  soutient  pratiqué 
les  scarifications  profiler  plus  que 

quoy  si  on  voit  l’vlcere  estre  douloureuse  et 
enflammée,  on  peut  iuger  les  médicaments 
estre  trop  chauds  : au  contraire  si  on  voit 
estre  intemperee  en  froideur,  ieltant  vne 
sanie  crue,  on  iugera  les  remedes  estre  trop 
froids  : et  si  ladite  vlcere  est  trouuee  seiche, 
iettant  peu  ou  point  de  sanie,  les  remedes 
seront  trop  secs  : aussi  lorsque  l’on  voit  l’vl- 
cere ietter  grande  quantité  de  sanie , on 
iugera  les  remedes  estre  trop  humides  : et 
partant  le  chirurgien  rationel  corrigera  ces 
vices  par  remedes  contrarians.  El  icy  faut 
noter  que  du  temps  de  Galien  il  y auoit  vn 
empirique , etc.  » 

Cette  histoire  empruntée  à Galien  a été 
reportée  au  chapitre  10  (voyez  page  255); 
avec  elle  finissait  le  chapitre  4 de  1575  et 
l’histoire  des  ulcères;  et  l’auteur  passait 
immédiatement  au  chapitre  Des  varices. 


a a *2 


IJ'  O > Zi  KM  H MvrtE, 


tous  remedes , ou  bien  les  sangsues  : 
car  par  lel  moyen  le  sang  eschauffé  et 
préparé  à corruption  , est  oslé  de  la 
partie,  et  de  lel  fardeau  grandement 
deschargée. 

L’inlemperature  froide  se  connois- 
tra  par  la  couleur  blanche.,  par  l’at- 
louchement  du  Chirurgien,  el  senti- 
ment du  malade,  lequel  dit  sentir 
froid  à la  partie.  Pour  laquelle  gua- 
rir,  tout  autour  de  la  partie  refroidie 
seront  apposées  bouteilles  pleines 
d'eau  chaude , ou  vessies  de  porc  à 
demi  remplies  d’vne  telle  décoction. 

"if..  Origa.  puleg.  camomill.  melilo.  ana  in.  j. 

Absinth.  sal.  maior.  roris.  ana  m.  ft. 
Fiat  dccoct.  in  vino  generoso,  addendo  aquæ 
viUu  q.  satis. 

L’vlcere  pourra  mesme  eslre  fo- 
mentée auec  esponges  trempées  en 
eesledile  décoction.  Pareillement  on 
vsera  de  l’emplaslre  de  metiloto,  oxy- 
cro  réuni  de  Viyo,cum  et  sine  rnercurio. 

Or  si  l’vlcere  est  compliquée  auec 
deux  sortes  d’intemperature , les  re- 
medes  pareillement  seront  diuersifiés 
selon  icelles:  et  touchant  le  reste  de 
la  guarison , elle  sera  paracheuée , 
comme  a esté  dit  cy  dessus,  en  inon- 
difiant  l’vlcere,  puis  l’incarnant  à fin 
de  la  rendre  à cicatrice. 


CHAPITRE  VII. 

DE  L’VLCIiRE  DOVLOVREVSE. 

Souuent  à raison  desdites  intempe- 
ratures  l’vlcere  est  fort  douloureuse. 
Pour  à quoi  remedier,  ou  aura  re- 
cours aux  remedes  susdits,  et  où  la 
douleur  perseuereroil,  et  ne  voudroit 
obéir  à iccux,  on  passeroit  aux  narco- 
tiques. Tels  sont  les  cataplasmes  faits  j 
ex  folijs  mandragorœ,  symphy.,hyo-  \ 


scyami,  solani,  cicutce,  et  olcis  eius- 
dem,  ausquels  on  adiouste  oleum  pu- 
paueris,  mandragorœ,  opium,  vnguen- 
tum  populcum,  et  autres  semblables 
descrits  au  liure  (les  Tumeurs,  parlant 
de  la  douleur. 

Mais  si  telle  douleur  suruient  pour 
quelque  malice  et  virulence  d’hu- 
meur , lequel  souuent  corrode  et 
ronge  la  chair  et  bords  de  l’vlcere , ne 
pourra  estre  appaisée  par  remedes 
anodins  ny  narcotiques,  ains  au  con- 
traire augmentera  de  plus  en  plus,  es- 
tant d’auantage  irritée  par  remedes 
doux  el  gracieux,  que  s’ils  estoient 
plus  forts.  Parquoi  pour  appaiser  telle 
douleur,  faut  auoir  recours  aux  re- 
medes forts  el  catberetiques  : car  aux 
maladies  fortes,  faut  vser  de  forts  re- 
medes. Parquoi  il  sera  appliqué  sus 
l’vlcere  vn  plumaceau,  chargé  et  cou- 
uert  de  nostre  Ægypliac  fortifié  tout 
pur,  ou  bien  vn  peu  d’huile  de  vitriol, 
ou  d’vn  mondificatif,  auquel  on  aura 
adiouslé  poudre  de  mercure.  Tels  re- 
medes ont  vertu  d’obtondre  et  abba- 
tre  la  virulence  et  malice  de  l’hu- 
meur qui  entretenoit  la  douleur  : ce 
pendant  tout  autour  d’icelle,  seront 
mis  remedes  réfrigérants , craignant 
que  la  douleur  causée  par  le  remede 
acre  ne  face  fluxion  à la  partie. 


CHAPITRE  VIII. 

oe  l’vlcere  compliqvée  avec  svper- 
CROISSANCE  DE  CHAIR. 

En  l’vlcere,  tant  pour  la  négligence 
du  Chirurgien , que  pour  la  faute  du 
malade,  suruient  vne  chair  superflue 
plus  qu’il  n’est  de  besoin,  estant  quel- 
quesfois  enuironnée  de  bords  ou  lé- 
ures  dures  el  calleuses.  Si  telle  chair 
est  mollasse  et  baueuse,  se  pourra 


t)ES  V LCE11ES  ) t'ISTVLËS 

osfer  par  remedes  desiccatifs,  comme 
sont  galla,  thuris  cortex,  alors,  lu- 
thia,  antimonium,  pompholyx,  ehalci- 
tis,  plumbum  vstum,  bruslés  et  lanés 
s’il  en  est  besoin,  desquels  seront  faits 
poudres  et  medicamens,  auec  vu  peu 
d’huile  et  cire. 

El  où  tels  remedes  ne  seront  suffi- 
sons , la  chair  estant  dure  et  ferme , 
faudra  d'iceux  passer  aux  caustiques, 
ou  bien  la  couper.  Car  comme  dit 
Galien  liure  3.  Méthode, chap.  6.,  d’os- 
ter  la  chair  surcroissante  n’est  œu- 
ure  de  nature , comme  l’vnion  et  gé- 
nération d’icelie  : mais  c’est  l’œuure 
du  médicament  fort  deseichant,  ou  la 
main  du  Chirurgien.  Entre  autres  re- 
medes, ie  loue  fort  la  poudre  de  mer- 
cure, auec  portion  d’alun  calciné,  ou 
le  vitriol  seul  calciné. 

Et  quant  aux  léures  de  l’vlcere 
dures  et  calleuses,  seront  amollies  par 
remedes  emolliens , comme  sontpm- 
guedines  vituli , anseris,  gallinœ,  ana- 
hs,  olea  liliorum , amygdalarum  dul- 
cium , lumbricorum , catellorum , œsi- 
pus,  mucagines  althece,  lini,  fœnugrcvci, 
gummi  ammoniaci , galbant,  bdellij : 
desquels  simples  seront  faits  emplas- 
tres,  onguent  et  liniment,  ou  bien  on 
vsera  de  l’emplastre  diachylttm,  de 
mucaginibus,  ou  de  Vigo  cummercurio. 
Apres  auoir  vsé  quelque  temps  de  ces 
remedes , sera  appliquée  vne  lamine 
de  plomb,  frottée  de  vif-argent , la- 
quelle a grande  vertu  d’applanir  l’vl- 
cere,  et  abbaisser  les  bords  d’icelle 
Et  où  tels  remedes  ne  seroient  suf- 
fisans  , laudroit  appliquer  remedes 
caustiques. 

1 L’addition  du  mercure  à la  surface  de  la 
lame  de  plomb  n'est  d’aucune  utilité. Quant 
a 1 application  de  ces  lames  sur  les  ulcères 
pour  en  hâter  ia  cicatrisation,  elle  remonte 
à Guy  de  Chauliac,  comme  je  l'ai  dit  dans 
mon  Introduction. 


ET  rlËMOItRHOIDËS.  2,53 

Que  si  la  callosité  estoil  si  dure, 
que  les  remedes  ne  peussent  faire 
leur  operation,  faudroit  première- 
ment les  scarifier,  ou  bien  les  couper 
du  tout,  à fin  de  donner  prise  au  mé- 
dicament, et  ce  iusques  au  vif,  comme 
ditGalien,liure4.  de  la  Méthode,  chap. 
2,  ayant  esgard  au  precepte  d’Hippo- 
crates, liure  des  Vlceres  : que  si  l’vl- 
cere est  ronde,  lui  faudra  donner 
autre  figure,  à scauoir  oblongue  ou 
triangulaire. 


CHAPITRE  IX. 

DE  b’VLCEliE  VERMINEVSE  ET 
PVTREDItSEVSE. 

Quelquesfois  és  vlceres  il  s’engen- 
dre des  vers,  dont  elles  sont  dites  ver- 
mineuses : la  cause  de  ce,  est  la  trop 
grande  humidité  excrementeuse,  pré- 
parée à pourriture  par  la  chaleur 
immodérée  et  contre  Nature.  Ce  qui 
aduient,  ou  parce  que  l’vlcere  est  né- 
gligée,ou  pour  l’intemperature  et  ca- 
cochymie de  tout  le  corps  ou  de  la 
parlie,  ou  pource  que  telle  humidité 
excrementeuse  ne  se  peut  esgoutter 
n’ayant  libre  issue:  ce  que  l’on  voit 
aduenir  en  l’oreille,  nez,  siège,  col  de 
la  matrice,  et  és  vlceres  cuniculeuses. 

Pour  guérir  telles  vlceres,  faut  pre- 
mièrement que  le  Médecin  aye  esgard 
à toute  l’habitude  du  corps,  ordon- 
nant la  purgation  et  saignée , sans 
omettre  la  bonne  maniéré  de  viure. 
Secondement  faudra  oster  les  vers , 
puis  desseicher  ceste  trop  grande  hu- 
midité. Parquoi  l’vlcere  sera  fomen- 
tée d’une  telle  décoction , laquelle  a 
vertu  de  les  faire  mourir  : car  les  vou- 
lant oster  viuans,  on  feroit  douleui , 
à cause  que  soutient  ils  tiennent  à la 
partie  vlcerée. 


254  LE  ONZIÈME  LIVRE 


if.  Absinlhij , cenlaurij  maioris,  marrub. 
ana  m.  j. 

Fiai  decoclio  ad  lb.  fi.  in  qua  dissol. 

Aloës  g . fi  . 

Vnguent.  ægyptiaci  g.  j. 

De  ce  remede  sera  laué  l’vlcere,  et 
des  plumaceaux  trempés  en  icelle  y 
seront  laissés.  Or  si  i’vlcere  est  si- 
nueuse et  cuniculeuse,  on  fera  iniec- 
tion  d'icelle  décoction. 

Archigenes  loue  fort  ce  remede. 

ff.  Cerusæ , polij.  montani  ana  5.  fi. 

Picis  naualis  liquida1  q.  s. 

Misce  in  mortario  pro  linimento. 

Soutient  la  pourriture  est  si  grande, 
qu’elle  ne  se  peut  corriger  par  tels  re- 
medes  : et  lors  faut  passer  aux  plus 
forts , mesmes  aux  cautères  actuels , 
ou  bien  à la  section  : toutesfois  sui- 
uanl  le  precepte  d’Hippocrates,  nous 
commencerons  aux  plus  légers , si  la 
maladie  le  permet , comme  de  ce  re- 
mede escrit  par  Galien  liure,  4.  De  lu 
composition  des  medicumens  : 

if.  Ceræ  Q>.  j. 

Cerusæ  g . viij. 

Olei  rosali  tt>.  j. 

Salis  ammon.  g . iiij. 

Squamæ  æris  g.ij. 

Thuris,  alum.  ærug.  malicor.  calcis  viuæ 
nna  g . j. 

Fiat  emplastrurn. 

Ou  bien  de  cestuy  : 

if.  Terebinth.  lotæ  § . ij. 

Ceræ  albæ  § . I? . 

Liquef.  simul  addendo. 

Sublimati  5.  fi . 

Salis  torrefact.  et  vitrioli  calcinât, 
ana  5.  j. 

Fiat  mundificatiuum  *. 

Ou  bien  nous  vserons  de  noslre 
egyptiac  pur,  auquel  il  entre  du  su- 

i  Ce  remede  peut  se  faire  en  plus  petite 
quantité.  — A.  P. 


blimé.  Cependant  les  enuirons  de  l’vl- 
cere  seront  munis  de  defensifs , crai- 
gnant la  trop  grande  douleur. 


CHAPITRE  X. 

t, 

DE  L’VLCERE  SORDIDE. 

L’vlcere  sordide  (apres  les  choses 
vniuerselles  ) sera  guerie  par  medica- 
mens  detersifs , en  considérant  que 
souuent  y a vn  excrement  gros  et  es- 
pais,  accompagné  de  certaine  humi- 
dité et  sanie  superflue,  qui  sont  comme 
remparts  et  bouleuers  sus  les  par- 
ties vlcerées  : assoupissant  la  force  et 
vertu  des  medicamens,  pour  forts  sou- 
uent qu’ils  soient.  Il  faut  pour  ceste 
cause  premièrement  lauer  l’vlcere 
auecques  telle  décoction. 

if.  Lixiuij  communis  H>.  j. 

Absinth.  marrub.  apij , cent,  vtriusque, 
hypericonis  ana  m.  fi . 

Coquant.  in  colat.  quod  sufTicit  : adde , 

Mellis  rosa.  g . j. 

Vnguent.  ægypt.  § . û. 

Fiat  decoctio. 

Puis  sera  mis  vn  tel  mondificatif. 

if.  Succi  apij  et  plantag.  ana  5.  ij. 

Mellis  comm.  § . j. 

Tereb.  § . j.  6. 

Pulu.  ircos  Florent,  et  aloës  ana  g .6. 
Fiat  mundificat. 

Aussi  le  vin  doux , auquel  on  aura 
fait  bouillir  herbes  detersiues,  comme 
panax,  aristoloche,  absinthe, et  autres 
semblables  : puis  y adiouster  miel  ro- 
sat,  et  eau  de  vie.  Cestuy  lauement 
deterge  et  desseiche  les  vlceres  caues 
et  cuniculeuses  V 

Le  Chirurgien  doit  considérer  dili- 

1 Ce  paragraphe  est  une  addition  qui  date 
seulement  de  1585. 


255 


DES  VI, GERES,  FISTVLES  ET  HEMORRHOIDE5. 


gemment  en  combien  d’appareils  il 
pourra  auoir  descouuert  l'excrement 
sordide,  etdesseiché  l’humeur  super- 
flu : car  quelquesfois  on  peut  oster 
tels  excremens  à vn  seul  appareil  : et 
aussi  on  ne  le  peut  faire  qu’à  plu- 
sieurs fois,  à raison  que  la  partie  est 
fort  sensible,  ou  que  le  corps  est  déli- 
cat; et  lors  qu’on  aura  detergé  l’vl- 
cere  : faut  euiter  les  remedes  forts  et 
acres  , de  peur  d’inciter  douleur , 
fluxion , inflammation  et  érosion,  qui 
seroit  cause  de  rendre  l’vlcerc  encore 
plus  caue  : parquoy  on  appliquera  re- 
medes qui  desseichent  sans  acrimonie, 
à fin  d’aider  à Nature  à engendrer  et 
produire  la  chair.  Tels  remedes  sont 
poudre  d'aioës,  mastic,  myrrhe,  ireos, 
litharge,  antimoine,  racine  de  gen- 
tiane, farine  d'orge , et  leurs  sembla- 
bles : puis  apposer  dessus  charpi  fait 
de  linge  vieil  et  délié , et  par  dessus 
vne  lamine  de  plomb,  frottée  de  vif- 
argent  : et  seront  lesdils  détersifs  et 
dessiccatifs  plus  ou  moins  forts , se- 
lon qu’on  verra  estre  necessaire.  Leur 
quantité  ne  se  pourra  bien  descrire  : 
mais  la  faut  connoislre  par  conjecture 
artificielle , qui  sera  quand  on  verra 
l’vlcere  estre  trop  humide,  seiche  ou 
aride.  Si  elle  est  trop  humide,  elle  se 
connoislra  par  la  quantité  de  la  sa- 
nie , et  par  la  chair  baueuse , laxe  et 
mollasse.  Si  elle  est  trop  desseicbée, 
elle  se  connoistra  à raison  qu’elle  sera 
seiche,  ietlant  peu  d’excrement,  en- 
semble la  mutation  de  la  couleur  de 
la  sanie. 

Or  quelquesfois  par  l'indue  appli- 
cation des  medicamens  forts  detersifs 
et  desiccatifs,  les  vlceres  se  cauent,  et 
iettent  grande  quantité  de  matière  : 
ce  qui  trompe  et  déçoit  souuent  les 
Chirurgiens  : car  voyans  les  vlceres 
ietter  tant  de  sanie , y appliquent  de- 
rechef encore  de  plus  forts  et  acres,  ce 


qui  nous  est  confirmé  par  l’bisloirc 
d’vn  Empirique  citée  par  Galien , le- 
quel Irailoil  vne  vlcere  sordide,  y ap- 
pliquant vn  médicament  verd  qui  es- 
toit  mordant  et  corrosif1.  Ce  médi- 
cament consumoit  la  chair  suiette  , 
causant  douleur  et  chaleur  à la  par- 
tie , et  par  ce  moyen  de  iour  en  iour 
la  rendoit  plus  caue  : mais  ne  connois- 
sant  point  que  son  remede  (voyant 
que  ladite  vlcere  iettoit  beaucoup 
d’excremens)  fust  assez  detersif,  y ad- 
iousta  plus  forts  detersifs2,  et  ce  fai- 
sant l’vlcere  iettoit  d’auantage  : dont 
fust  fort  estonné,  et  de  rechef  ad- 
iousta  remedes  encore  plus  forts  , 
pour cuider tarir  l’excremenl d’icelle  : 
mais  de  plus  en  plus  l’vlcere  se  ca- 
uoit  : parquoi  ne  la  peusl  guarir  par 
son  ignorance. 

Or  la  cause  pour  laquelle  l’vlcere 
iettoit  telle  quantité  de  sanie  , estoit 
que  la  chair  se  colliquoit  et  fondoil 
en  pus  et  sanie  par  la  violence  de  son 
médicament  trop  abstersif,  et  la  dou- 
leur qui  causoit  fluxion.  Parquoy  il 
faut  bien  auoir  esgard,  si  l’ vlcere  est 
deuenue  sordide  par  l’erosion,  et  col- 
liquation  de  la  chair  suiette  : comme 
aussi  de  prendre  garde,  si  le  médica- 
ment qu’on  aura  appliqué  ne  l’aye  as- 
sez nettoyé3  : ce  qui  se  connoistra  par- 
la douleur,  et  par  les  léures  qui  sont 
plus  rouges  et  plus  chaudes  qu’au- 
parauant  : et  pour  ces  raisons  faut 
diuersifier  les  medicamens,  selon  que 
l’on  verra  l’vlcere  estre  trop  humide 
ou  seiche,  et  que  les  corps  seront  plus 
forts  ou  robustes. 

1 Cette  histoire  était  déjà  citée  dans  l’édi- 
tion de  1 575  à la  fin  du  chapitre  4.  Voyez  la 
note  de  la  page  251. 

2 L’édition  de  1575  dit  : adiousta  pour  cesle 
occasion  du  miel  el  autres  remedes  detersifs. 

3 Grande  annotation  pour  le  ieune  Chirur- 
gien.— A.  P. 


LE  ONZIÈME  LIVRE 


iiU 

Or  on  appelle  les  corps  forts,  ceux 
qui'  sont  de  température  seiche , 
comme  laboureurs,  croclieteurs,  ma- 
riniers, chasseurs,  et  autres  de  grand 
trauail , et  qui  demeurent  en  région 
chaude.  Tels  ont  leur  corps  ferme  et 
sec,  estant  de  couleur  noirastre.  Les 
foibles  sont  ceux  qui  sont  de  tempe- 
rature  humide,  comme  femmes,  en- 
l'ans  , eunuques,  gens  oisifs  et  séden- 
taires, et  qui  demeurent  en  pais  froid. 
Tels  ont  leur  corps  humide  et  phleg- 
matiquc , et  par  conséquent  mol  et 
blanc  , et  fort  sensible.  Et  pour  ce 
il  est  impossible  qu’vn  médicament 
puisse  seruir  à tous  corps  : à ceste 
cause  il  le  conuient  diuersifier  selon 
la  température,  tant  du  corps  que  de 
la  partie  vlcerée,  de  la  saison  de  Tan- 
née, région,  aage,  sexe, et  autres  cho- 
ses prises  des  choses  naturelles  et 
contre  nature,  comme  plus  ample- 
ment i’ay  descrit  en  l’introduction. 
Combien  que  la  quantité,  qualité,  et 
mixtion  de  tels  medicamens,  ne  se 
puisse  au  vrai  descrire,  non  plus  que 
la  meslange  des  couleurs  aux  peintres: 
toulesfois  le  Chirurgien  prudent,  par 
Mie  coniecture  artificielle,  prendra 
indication  que  les  corps  robustes  en- 
durcis à la  peine  et  grand  labeur,  de- 
mandent remedes  forts  : car  des  doux 
et  bénins  n’en  pcuuenl  auoir  aucun 
amendement.  Au  contraire  ceux  qui 
sont  de  température  molle  et  dé- 
licate , requièrent  remedes  doux 
sans  aucune  érosion  : autrement  en 
lieu  de  vouloir  produire  chair  en 
leurs  vlceres  , les  remedes  forts  la 
consommeroienl  et  caueroient  d’a- 
uantage  , comme  les  remedes  doux 
et  sans  érosion  appliqués  és  vlceres 
des  corps  robustes , les  rendroient 
sordides  et  sanieuses,  et  en  fin  pu- 
trides. 


CHAPITRE  XI. 

DES  VLCERES  VIRVLENTES,  CORRODAN- 
TES , CACOETHES  ET  CHIRON1ENS  , OV 
PII  AGEDENIOVES. 

Les  vlceres  virulentes  et  corrodantes 
ne  sont  differentes  les  vues  des  auties, 
sinon  de  plus  ou  moins.  Car  l’vlcere 
virulente  est  celle  de  laquelle  sort  vu 
excrement,  dit  vulgairement  virus  : 
lequel  lors  qu’il  est  rendu  plus  ma- 
lin et  corrodant,  mine  et  ronge  les 
parties  subiacentes  et  voisines  de  l’vl- 
cere, dont  elle  est  dite  pour  lors  cor- 
rosiue.  Elles  viennent  d’vn  humeur 
mélancolie,  erugineux  et  malin,  et 
suit  les  chancres  de  bien  près.  Telles 
vlceres  sont  nommées  de  Galien,  liure. 
quatrième  De  la  composition  des  medi- 
camens , disepuloliques , c’est-à-dire , 
de  difficile  cicatrisation.  « l’appelle, 
« telles  vlceres  cacoethes  (dit-il)  quand 
« la  partie  souffrante  est  tant  cachec- 
» tique  et  intemperée  qu’elle  altéré  et 
«corrompt le  sang  qui  afflue  pour  la 
«nourrir,  ores  que  de  soifustbon  et 
« aisé  à digerer  : disepuloliques,  quand 
«le  sang  est  si  mauuais  et  si  caco- 
» chyme,  qu’il  ronge  la  partie  qui  de 
« soy  estoit  temperée  « : puis  il  dit  vl- 
cere  chironien  , c’est  à dire , vlcere 
qui  est  bien  fort  cacoëthe. 

Pour  la  guérison,  considéré  qu’en- 
tre icelles  il  y a grande  latitude  et 
différence,  entant  que  les  vues  sont 
plusdysepulotiques  etpluscacoëthes, 
les  autres  moins,  il  est  necessaire  qu’il 
y ait  autant  de  nombre  de  medica- 
mens qui  les  guériront,  que  de  dif- 
férences d’vlceres.  Parquoy  n’est  de 
merueille,  si  ceux  sontsouuent  dé- 
crûs de  leur  intention,  lesquels  n’ont 
qu’vn  médicament  pour  cicatriser 


DES  VLCERES,  FISTVLES  ET  HEMOP.RHOIDES. 


^67 


tous  vlceres  cacoëthes.  Galien,  liure 
4.  De  la  composition  des  medicamens , 
chap.  4.  recommande  ce  médicament 
d’Asclepiades. 

if.  Æris  squamæ , ærug.  ras.  ana  § . j. 

Ccræ  1b . . 

Resinæ  caricis  1 5 . j.  6 . 

Ka  quœ  liquari  possunt,  aridis  afTundantur. 

Telle  emplastre  sera  appliquée  seu- 
lement sur  i’vlcere  et  à l’enuiron 
pour  engarder  l’inflammation , ou 
autre  médicament  froid. 

Pareillement  Galien  au  liure  sus 
allégué,  loué  fort  ce  remede:  Epulo- 
tique  (dit-il)  de  Primion  aux  déses- 
pérés , c'est  à dire , aux  vlceres,  que 
maints  Médecins  se  sont  efforcés  de 
guérir,  mais  ils  n’en  sont  venus  au 
bout,  et  les  ont  délaissées  comme  in- 
curables. Il  conuient  auoir  fiance  en 
ce  médicament , tant  pour  autres 
choses,  quepource  qu’il  estapprouué 
par  expérience2:  la  composition  du- 
quel est  telle  : 

"if.  Sorcos  § . iij. 

Aluminis  scissilis,  ca'cis  viuæ  ana  § . ij. 

Thuris,  gallarum  ana  §.  iiij. 

Ceræ  lib.  j.  et  5 . iiij. 

Sessi  vitulini  lib.  j.  et  §.vij. 

Olei  veteris  quantum  suflicit. 

Fiat  cmplastrum. 

1 Carex,  herbe  appellée  gladiolus  ou  glaieu. 

— A.  P. 

2 Le  chapitre  se  termine  ici  dans  la  pre- 
mière édition  posthume  , à la  date  de  1598, 
et  dans  les  suivantes;  chose  d’autant  plus 
remarquable  que  dans  celle  de  1579,  où 
ce  chapi Ire  a paru  pour  la  première  fois, 
A.  Paré  avait  donné  la  formule  qui  suit  et 
qui  est  essentielle  à l’intelligence  du  texte  , 
et  qu’en  1585  il  avait  ajouté  en  outre  la  ci- 
tation d’Albucasis.  Je  ne  puis  me  rendre 
compte  de  cettesuppression  dans  les  éditions 
posthumes,  et  j’ai  cru  devoir  donner  le  texte 
le  pluscomplet,  qui  est  pour  cet  endroit  celui 
de  la  quatrième  édition. 


Albucasis  commande  brusler  tel- 
les vlceres  qui  rongent  et  cheminent, 
à On  de  les  arrester. 


CHAPITRE  XII. 

ADVERTISSEMENT  AV  1EVNE  CHIRVRGIEN, 
TOVCHANT  LA  DISTANCE  DV  TEMPS 
QV’lL  FAVT  PENSER  LES  VLCERES  CA- 
COETHES. 

Pour  monstrer  l’vsage  de  Tem- 
plastre  cy  dessus  escrite  d’Asclepia- 
des, et  pour  la  faute  qui  se  commet 
auiourd’huy  entre  la  plus  part  des 
Chirurgiens,  de  penser  deux  ou  trois 
fois  le  iour  les  vlceres  malignes , ca- 
coëthes, et  de  difficile  guérison,  esli- 
mans  par  ce  moyen  plustost  les  gué- 
rir: l’ai  bien  voulu  ici  leur  meltre 
l’authorité  de  Galien  (qui  est  du  tout 
contraire  à leur  pratique)  laquelle 
est  pareillement  appuyée  sur  la  rai- 
son. 

« Asclepiades  (dit-il)  a bien  fait  d’ad- 
» iouster  à la  fin  de  la  recepte  du  me- 
» dicament  susdit  ce  qui  s’ensuit.  Oste 
» la  bande  et  l’emplastre  tous  les 
» trois  iours,  et  fomente  l’vlcere:  et 
» lors  que  tu  auras  nettoyé  ton  petit 
«emplastre,  et  malaxé,  remets -le 
» dessus,  estant  certain  que  si  vu  me- 
» dicament  11e  seiourne  long  temps 
» sur  le  corps , il  ne  profile  aucune- 
» ment 1 : chose  qu’aucuns  Médecins 
» ont  tant  ignoré,  qu’ils  pensent  trop 
» mieux  besongner,  quancHls  abster- 
» gentla  sanie  de  l’vlcere  trois  fois  le 
» iour,  que  ceux  qui  ne  les  nettoyent 
» que  deux  fois.  Et  est  ceste  mauuaise 
» coustume  tant  inueterée , que  les 
» malades  mesmes  accusent  souuent 
» les  Chirurgiens  de  négligence , qui 

1 Grande  annotation.  — A.  P. 

*7 


11. 


258 


LE  ONZIÈME  LIVKE 


» ne  les  habillent  qu’vne  fois  le  iour  : 
» mais  ils  sont  bien  decens:  car  com- 
» meauez  entendu  et  leu  en  plusieurs 
« lieux  de  mes  œuures , les  qualités 
» de  tous  corps  qui  s’entretouchent 
» agissent  l’vne  contre  l’autre,  et  tous 
«deux  pâtissent  quelque  chose,  et 
» fust  l’vne  d’icelles  de  beaucoup  plus 
» forte  que  l’autre:  au  moyen  dequoy 
» lesdites  qualités  s’vnissentauecques 
» le  temps , combien  qu’elles  soient 
» de  beaucoup  differentes  : de  maniéré 
» que  la  qualité  du  médicament  s’v- 
« nist,  et  quelquefois  devient  sembla- 
» ble  à celle  du  corps,  qui  est  chose 
» fort  vlile.  Parquoy  deuez  loüer  ce- 
» luy  qui  premier  a inuenté  d’vser 
» encores , et  de  remettre  le  premier 
» emplastre  : et  l’imiter,  d’autant 
» qu’auez  plus  connu  par  expérience 
» soninuention  estre  bonne  *.  «A  iusle 
raison  il  a encores  commandé  qu’on 
fomente  l’vlcere  tous  les  trois  iours, 
c’est  à dire,  toutes  les  fois  qu’on  l'ha- 
billera : car  estant  le  médicament 
fort,  ce  n’est  de  merueilles  s’il  a be- 
soin de  quelque  mitigation. 

Telle  authoritéde  Galien  peut  estre 
confermée  par  raison.  C’est  chose 
toute  notoire  que  les  médicaments 
ne  peuvent  agir,  sinon  par  le  béné- 
fice de  la  chaleur  naturelle,  laquelle 
doit  exciter  la  faculté  du  médicament 
à faire  son  operation.  Or  est-il  ainsi 
qu’en  telles  vlceres  malignes  et  re- 
belles, la  chaleur  de  la  partie  est 
foible,  languide,  et  quasi  comme  ca- 
chée et  enseuelie  par  la  chaleur  es- 
trange  et  contre  nature , de  sorte 
qu’elle  ne  peut  si  tost  se  mettre  en 
euidence  et  effort  pour  exciter  et 
esueiller  le  remede  à faire  son  ope- 
ration, et  pour  ce  a besoin  d’espace 

1 Galien,  liure4.  De  la  composition  des  me- 
dicamens  selon  les  genres.  — A.  P. 


de  temps:  de  sorte  que  lors  qu'il  serait 
excité  à son  œuvre,  et  comme  au  mi- 
lieu de  son  operation , la  chaleur  es- 
tant attirée  et  s’estant  fortifiée,  si 
vous  desbandez  la  partie  et  ostez 
l’emplastre,  l’vlcere  sera  exposée  à 
l’air,  qui  rendra  la  chaleur  plus  foi- 
ble et  petite,  la  repoussant  au  dedans  : 
et  le  remede  qui  sera  ja  excité  et  es- 
guillonné  à agir  et  opérer,  perdra 
ceste  première  force  acquise,  de  sorte 
que  le  remettant , ou  vn  autre , il 
faudra  tousiours  recommencer  nou- 
uellc  besongne,  n’ayant  permis  qu’il 
eust  fait  toute  son  operation  en  im- 
primant sa  faculté  à la  partie  vlce- 
rée. 

Pareille  faute  font  ceux  qui,  en  ha- 
billant souuent  les  vlceres,  les  es- 
suient bien  fort  : car  ils  estent  non 
seulement  l’excrement  inutile,  qui  est 
la  boue  et  sanie  de  l’vlcere,  mais  aussi 
le  naturel , qui  sont  Ros , Cambium  et 
Gluten , dont  est  engendrée  la  chair 
bonne  et  louable  en  l’vlcere. 

Parquoy  pour  les  raisons  susdites, 
il  n’est  besoin  de  si  souuent  penser 
les  vlceres , s’il  n’y  a accident  qui  y 
su ruienne,  ny  de  les  essuyer  si  soi- 
gneusement. 


CHAPITRE  XIII. 

nv  BANDAGE  DES  VLCERES. 

le  ne  veux  oubliera  demonstrer  la 
maniéré  de  bander  et  lier  les  parties  vl- 
ceréesiC’est  que  la  bande  commencera 
sus  l’vlcere , et  soit  tant  large  qu’elle 
comprendra  non  seulement  l’vlcere, 
mais  aussi  quelque  portion  des  parties 
supérieures  et  inferieures  : et  qu’elle 
comprime  médiocrement  susl’vlcere, 
à fin  qu’elle  expurge  les  humeurs 


DES  VLCERES,  FISTVLES  ET  HEMORRIIOI DES. 


hors  de  ladite  vlcere.  Ce  faisant  on  la 
rendra  plus  seiche,  qui  est  la  voye  de 
guérison,  comme  dit  Hippocrate  au 
commencement  du  liure  des  1 Icercs >. 
Et  ne  faut  que  la  bande  soit  serrée 
trop  fort  ny  trop  lasche:  car  la  forte 
feroit  douleur  et  fluxion,  et  la  foible 
ne  seruiroit  de  rien  : et  partant  il  faut 
en  toutes  choses  médiocrité.  On  peut 
tremper  les  compresses  et  bandes  en 
oxicrat,  ou  en  gros  vin  austere,et 
principalement  en  Esté. 

Le  bandage  fait,  la  partie  doit 
estre  tenue  en  repos  : comme  si  l’vl 
cere  est  aux  iambes,  le  malade,  sui- 
uant  la  doctrine  d'Hippocrate,  ne  se 
tiendra  debout  ny  assis,  mais  couché 
au  lict,  faisant  exercice  de  ses  bras  en 
les  maniant,  leuant  et  baissant,  ayant 
de  grosses  balles  pesantes,  comme  de 
plomb  ou  d’autre  matière.  Au  con- 
traire, si  l’vlcere  est  au  bras,  il  exer- 
cera les  iambes  en  cheminant.  Et  où 
il  ne  pourroit  cheminer,  on  les  lui 
frottera  , ensemble  les  cuisses  en  de- 
uallant  en  bas,  à On  de  faire  reuulsion 
et  deriuation  des  esprits  et  humeurs 
qui  fluent  à la  partie  vlcerée  en  trop 
grande  abondance. 


CHAPITRE  XIV. 

DES  VLCERES  EN  PARTICVLIER,  ET 
PREMIEREMENT  DES  YEVX. 

Nous  avons  par  cy  deuant  exposé 
les  différences,  causes , lignes  des  vl- 
ceres,  et  combien  elles  sont,  et  quelle 
est  l’indication  d’vne  chacune,  en- 
semble leur  curation  : maintenant 
reste  à spécifier  celles  qui  occupent 
quelques  parties  : car  selon  Galien , 

1 Hippocrates  a esté  premier  inuenleur  de 
ctste  maniéré  de  bander.  — A.  I’. 


a59 

liure  quatrième  de  la  Méthode,  di- 
uersc  indication  doit  estre  prise  de  la 
situation,  forme  et  Ggure,  de  l’vtilité 
et  vsage,  et  du  sentiment  aigu  ou  hé- 
bété de  la  partie.  Et  pource  commen- 
cerons aux  vlceres  des  Yeux. 

Telles  vlceres  aduiennent  souuent , 
comme  dit  Celse , liure  sixième , cha- 
pitre sixième , à raison  de  quelque 
pustule  , ou  pour  quelque  fluxion 
d’humeurs  acres  qui  corrodent  les 
membranes,  ou  pour  quelque  coup. 

Paulus  Ægineta,  liure  troisième,  en 
remarque  telles  différences.  Si  l’vl- 
cere est  située  en  la  membrane  cor- 
née, et  qu’elle  soit  caue  (dit-il) , es- 
troilte  et  nette  , les  Grecs  l’appellent 
Bolryon  : que  si  elle  est  plus  large  et 
moins  caue  et  profonde,  est  nommée 
Cœloma  : et  lors  que  l’vlcere  est  au 
cercle  delà  pupille,  est  dite  Argc- 
mon.  Si  elle  est  crousteuse  et  sordide, 
est  appelée  Epicauma. 

Icelles  en  general  requièrent  vue 
semblable  guérison  comme  les  autres, 
à sçauoir  estre  mondifiées,  incarnées, 
desseiebées,  et  cicatrisées  : mais  par- 
ticulièrement la  partie  demande  re- 
medes  plus  doux  et  moins  doulou- 
reux. En  premier  lieu,  le  malade  sera 
purgé  , baigné,  saigné,  tant  du  bras 
que  des  veines  etarteres  temporales: 
et  pour  les  remedes  Topiques,  à fin 
de  détourner  la  fluxion , lui  seront 
appliquées  ventouses  derrière  les  es- 
paulesauec  scarification,  s’il  en  est 
besoin  : ou  bien  un  gros  pain  bis 
chaud  enrousé  d’eau  de  vie  et  bon 
vin  sus  la  nuque  du  col , et  sus  le 
front  et  temples  en  forme  de  frontal  : 
et  vne  emplastre  astringente , comme 
celle  contra  rupturam , ou  l’onguent 
commilissæ  et  desiccaliuum  ruùrum 
incslés  ensemble.  Et  dedans  l’œil  sera 
mis  tel  collyre  descrit  par  Gelse  au  lieu 
sus  allégué,  approuué  par  Hollier  : 


LE  ONZIEME  LIVRÉ  , 


$6ü 

if..  Æris  vsli,  cadmiæ  vstæ  et  lotæ  ana  3 . j. 
Myrrh.  opij,  ana  3.  ij. 

Acac.  gum.  arab.  ana  5.  iij. 

Aqua  fingilur  collyrium  , quod  liquore  oui 
dissoluitur. 

Le  Chirurgien  doit  prendregarde  à 
la  douleur , et  pource  par  interualle 
sera  bon  d’user  de  quelque  collyre 
anodin , à fin  d’accoustumer  l’œil  au 
susdit.  Aussi  on  pourra  faire  collyres 
de  décoction  de  plantain  , absinthe , 
fenugrec,  y dissoluant  sucre  candi, 
tulhie,  gomme  diatragacant,  myrrhe, 
et  vn  peu  de  vitriol.  L’vlcere.  estant 
mcndiûée,  sera  incarnée  d’vn  tel  re- 
mede. 

if..  Sarcocollæ  nutritæ  in  lacl.  mulieb.  5.  iij. 
Pul.  diæreos  simpl.  gummi  arabici,  tra- 
gacanlbi,  ana  3.  fi . 

Mucag.  fœnug.  quan.  suit,  vt  inde  fiat 
collyrium. 

Il  faut  noter  qu’aux  vlceres  qui 
sont  fort  humides,  les  poudres  sont 
plus  conuenables  que  les  collyres. 
L’vlcere  remplie  , la  cicatrice  sera 
faite  par  vn  tel  collyre. 

^.Tutbiæ,  cadmiæ  præparatæ  vtdecet,ce- 
rusæ,  anlim.  olibani  ana  3.  fi. 

Myrrhæ,  sarc.  sang,  draco.  aloës,  opij 
ana  3 . fi . 

Cum  aqua  plautag.  fiat  collyrium. 

Ou  bien  la  poudre  sera  mise  seule. 
Celse,  livre  sixième,  chapitre  sixième, 
remarque  deux  vices  d icelles  cicatri- 
ces : car  ou  elles  sont  grosses,  comme 
enleuées,  ou  bien  canes.  Si  elles  sont 
caues,  elles  demandent  estre  remplies 
par  vn  tel  remede. 

if.  Papauer.  lachrym.  3.  fi. 

Sagapeni,  opop.  ana  3.  j.  fi. 

Ærug.  3.  j. 

Cumini  5.  iiij. 

Piperis  3.  ij. 

Cadmiæ lotæ,  ccrus.ana  3.  j.  fi. 

Cum  aqua  pluuiali  fiat  collyrium. 


Si  la  cicatrice  est  grosse  et  esleuée, 
il  recommande  tel  collyre. 

If.  Cinamo.  acaciæ  ana  5.  fi  . 

Cadmiæ  lotæ,  croci,  myrrhæ,  papaueris 
lachrymæ,  gummi  Arabici,  ana  3.  j. 
Piperis  albi,  tburis  ana  3.  j.  fi. 

Æris  combusti  3.  iij. 

Cum  aqua  pluuiali  fiat  collyrium. 

Or  si  la  cicatrice  est  sus  la  cornée 
et  qu’elle  couurela  pupille,,  le  malade 
ne  pourra  voir  de  cest  œil,  à raison 
que  l’esprit  visuel  ne  peut  reluire  au 
trauers,  n’estant  transparente  et  lu- 
cide comme  auparauant.  Et  est  à no- 
ter , que  les  cicatrices  qui  sont  à la 
cornée  sont  blanches , et  celles  de  la 
conionctiue  sont  rouges  : d’autant  que 
la  conionctiue  est  plus  garnie  de  vei- 
nes que  la  cornée,  lesquelles  rem- 
plies de  sang  qui  y est  coulé  et  sorti 
dehors,  fait  que  cette  partie  demeure 
rouge.  Or  la  cornée  estant  du  tout 
spermatique  et  exangue,  ne  peut  re- 
ceuoir  telle  fluxion  de  sang  : mesme 
la  matière  qui  la  doit  nourrir  , en- 
uoyée  à icelle  pour  s’assimiler,  est  de 
couleur  lucide  et  transparente  , la- 
quelle matière  endurcie  par  la  cha- 
leur deuient  blanche , comme  il  ap- 
pert au  blanc  d'un  œuf,  qui  deuient 
blanc  estant  durci  par  le  feu. 


CHAPITRE  XV 

DES  VLCERES  DV  NEZ,  ENSEMBLE  DE  LA 
PVNAISIE  OV  M AV V AISE  SENTE VR  ü’i- 
CELVY , DITE  DES  GRECS  ET  LATINS 

Ozœna. 

Punaisie  ou  Ozœna  , n’est  autre 
chose  qu’vn  vlcere  profond  et  puant 
qui  est  au  dedans  du  nez , duquel 
sortent  plusieurs croustes  de  mauvaise, 
odeur.  Celse  les  appelle  vlceres  pu  an- 


1)FS  VLCI-.RF.S  . FISTVLES  ET  HF.MORRHOIDES.  20 


tes,  de  mauuaise  odeur  et  de  difficile 
guérison  >.  La  cause  desquelles  , 
comme  escrit  Galien  liure  3.  De  la 
composition  des  medicamens  selon  les 
lieux,  chapitre 3,  prouient d’humeurs 
acres  et  pourris,  qui  tombent  de  la 
teste  dedans  les  naseaux,  vers  les  apo- 
physes mamillaires. 

Pour  la  guérison,  il  est  necessaire 
d’vser  de  bon  régime , puis  apres  pré- 
parer l’humeur  péchant,  et  estant  pré- 
paré, le  purger  par  médecines  conve- 
nables , et  mesme  par  la  saignée , si 
besoin  est.  Apres  faut  desseicher  et 
roborer  la  teste  , afin  qu’elle  ne  re- 
çoiue  et  qu’elle  ne  renuoye  aucun 
excrement  en  bas.  Puis  faut  venir  à 
la  partie  vlcerée  , et  tascher  à resei- 
clicr  l’vlcere , par  medicamens  qui 
ayent  vertu  de  repousser  l’humeur 
et  le  résoudre  : comme  sont  le  vin  de 
grenade  cuit  à la  moitié  en  vn  vais- 
seau d’airain  , poudre  de  coral , san- 
daulx,  poudre  de  calamite,  de  naslur- 
tium,  d’hellebore  blanc,  suc  de  ra- 
nunculus,  auquel  jan  adioustera  de 
l’alun , et  autres  que  l’on  peut  lire 
en  Celse.  Galien,  au  lieu  allégué, 
de  l’authorité  d’Archigenes  conseille 
que  l’on  tire  le  ius  de  calament  par 
le  nez,  et  qu’on  seiebe  ledit  calament, 
et  estant  mis  en  poudre  bien  subtile, 
qu’on  le  souffle  auec  vn  petit  canal 
commepar  vn  tuyau  déplumé  dedans 
le  nez.  Autres  vsent  de  cesle  poudre. 

2£.  Rosarum  rubrarum,  myrtil.  calam.  aro- 

mat.  radie,  angel.  gent.  macis,  caryoph. 

ana  3.  fi . 

Camph.  ami),  g . iiij. 

Mosci  g . vj. 

Fiat  pul.  subtil is. 

Manardus  en  ses  Epistres , liure  20. 
Epistre  v.  loue  surtout  le  caput  pur- 
giiun  , fait  ex  vrina  asini.  Et  là  où  le 

1 Liu.  C.  cliap.  8.  — A.  P. 


mal  seroit  tant  enraciné  qu’il  ne  se 
pqurroit  appaiser  par  les  susdits  re- 
mèdes, il  faudroit  avoir  recours  au  vi- 
triol , verd  de  gris , sel  ammoniac , et 
alun  avec  vinaigre. 

Souuent  les  os  Ellimoïdes  s’altèrent 
par  telles  vlceres . Que  si  cela  aduenoit , 
ne  les  faudroit  tirer  par  violence,  mais 
les  laisser  séparer  par  nature,  faisant 
petites  iniections  auec  eau  de  vie  en 
laquelle  on  auroit  infusé  les  poudres 
céphaliques,  pour  desseicher  l’altera- 
tion d’iceux. 


CHAPITRE  XVI. 

DES  VLCERES  DE  LA  BOVCHE. 

Les  vlceres  de  la  bouche,  des  Grecs 
sont  dites  Aphlhœ , maladie  familière 
aux  petits  enfans,  comme  il  est  noté 
au  3.  liure  des  Aphorismes.  Telles  vl- 
ceres souuent  commencent  par  les 
genciues,  et  cheminent  iusqu’au  pa- 
lais, et  en  fin  gaignent  jusques  à la 
luette  et  gauion  , comme  monstre 
Celse  liure  0.  chap.  li.  Galien  comm. 
du  3.  des  Epidémies , en  fait  de  deux 
especes, dont  les  vues  sont  assez  traita- 
bles , les  autres  malignes  et  rebelles. 

Lacause  pour  les  petits  enfans  vient 
à raison  de  la  délicatesse  de  leur  bou- 
che, estant  mollasse  , tendre  et  facile 
à exulcerer  : ensemble  aussi  les  ex- 
cremens  acres , dont  s’ensuit  vlceres 
malins. 

Pour  la  guérison,  faut  euiter  toutes 
viandes  qui  eschauffent  : et  si  c’est  vn 
nourrisson,  faut  que  le  lait  de  la  nour- 
rice soit  rectifié  par  viandes  refrai - 
chissantes,  bains,  et  fomentations  à 
ses  mammelles  d’eau  liede,  comme 
commande  Celse  liure  6.  chap.  il. 

Et  quant  aux  remedes  Topiques, 


LE  ONZIÈME  LIVRE  , 


262 

ayant  esgard  à l'aage,  faut  vser  de  re- 
medes  qui  opèrent  promptement,  at 
tendu  qu’ilsnepeuuent  demeurer  lon- 
guement sur  la  partie  vlcerée  : et 
pour  ce  ont  besoin  d’estre  de  subite 
operation , à fin  qu’ils  fassent  en  vn 
instant  telle  action  , comme  , s’ils 
estoient  foibles , ils  pourroient  faire 
en  vingt  et  quatre  heures,  demeurans 
tousiours  sus  la  partie. Donc  sil’vlcere 
est  malin  , sera  touché  d’eau  forte 
esteinte  ( dite  eau  de  Séparation  ) ou 
auecques  la  commune  qui  n’a  serui , 
à laquelle  on  adioustera  pour  vne 
goutte  d’icelle  cinq  ou  six  d’eau  de 
fontaine  ou  de  puits , plus  ou  moins 
selon  la  malignité.  Aussi  on  pourra 
vser  d’huile  de  vitriol,  de  soulphre 
d’antimoine , d’eau  de  sublimé,  et  au- 
tres semblables.  Aëce  veut  que  telles 
vlceres  putrides  soient  corrigées 
auecques  huile  bouillante,  trempant 
en  icelle  vn  floc  de  laine  attachée  au 
bout  d’vne  esprouuette , puis  l’appli- 
quer sur  la  parlie  vlcerée,  iusques  à 
ce  que  de  toute  part  elle  apparoisse 
blanche,  et  quervlcere  soit  applanie. 
Par  ce  moyen  on  arreste  la  corrosion 
del’vlcere.et  fait  on  que  la  chair  saine 
s’auance  pour  remplir  et  couurir  ce 
qui  est  rongé  et  consommé.  Apres  telle 
cautérisation  , on  vsera  d’vn  tel  gar- 
garisme, lequel  profitera  aux  vlceres 
non  malignes. 

2f..  Hordei  integ.  p.  j. 

Plan,  ceterac,  pilosel.  agrim.  ana  m.  j. 
Fiat  decoct.  ad  tt.  j in  qua  diss. 

Mel.  ros.  § . ij. 

Diamor.  § . f>  • 

Fiat  gargarism. 

Semblables  gargarismes  peuuent 
estre  faits  d’escorce  de  grenade,  ba 
lauste,  sumac,  berberis,  roses  rouges, 
y dissoluant  du  diamorum  et  dianu- 
cum  auecques  un  peu  d’alun.  Galien 


cliap.  10.  liu.  6.  de  la  Méthode , dit  que 
les  vlceres  de  la  bouche  simples  doi- 
uent  estre  gueries  par  medicamens 
qui  desseichent  médiocrement,  comme 
diamorum  et  dianucum,  et  que  si  elles 
sont  autres,  faut  vser  de  plus  forts 
remedes. 

Lors  que  telles  vlceres  sont  au  pa- 
lais , faut  les  traiter  plus  soigneuse- 
ment, craignant  que  par  la  chaleur  et 
humidité  de  telle  partie,  l’os  estant 
rare  et  spongieux , il  ne  s’altere  et 
corrompe  : qui  feroit  qu’estant  tombé, 
le  malade  parleroit  regnault , comme 
nousmonstrerons  au  liured’Adiowster 
ce  qui  defaut. 

Que  si  l’vlcere  est  verolique , faut 
auoir  recours  à son  alexitaire,  qui  est 
le  vif-argent,  laissant  tous  remedes 
communs. 

Or  souuent  il  y a des  vlceres  fistu- 
leuses  aux  genciues,  dont  s’ensuit  ca- 
rie à la  racine  de  la  dent,  et  en  fin  l’vl- 
cere  pénétré  par  dehors  comme  sous 
le  menton  : ce  qu’aucuns  estiment 
estre  escrouelles,  est  imans  estre  incu- 
rables, ne  se  pouuans  guérir  par  au- 
cun remede  susdit.  En  telles  vlceres 
faut  suiure  le  conseil  d’Aëcè  et  de 
Celse.liure  G.  chap.  13.  qui  est  arra- 
cher la  dent  offensée  : car  par  ce 
moyen  on  extirpera  la  fistule,  la  gen- 
ciue  s’abaissera,  et  ce  qui  reste  de  la 
curation  sera  plus  facile,  pource  qu'il 
n’y  auoit  que  la  pourriture  de  la  dent 
qui  l’entretenoit. 

Et  quant  est  des  vlceres  de  la  lan- 
gue, elles  ne  requièrent  autres  reme- 
des que  celles  de  la  bouche  : vrai  est , 
comme  dit  Celse  liu.  G chap.  12.  que 
celles  qui  sont  aux  costés  sont  plus 
difficiles  à guérir , et  qu’il  faut  pren- 
dre garde  s’il  n’y  a point  quelquo 
dent  aigüe  qui  lui  touche,  laquelle  s’il 
estoil  ainsi , la  faudroit  limer. 


DES  VLCERFS,  FISTVLES  ET  HEMORRHOIDES. 


CHAPITRE  XVII. 

DES  VLCERES  DES  OREILLES. 

Il  aduient  vlcere  an  conduit  de  l’o- 
reille , ou  par  cause  externe  , comme 
coup,  cheute,  ou  pour  vne  aposteme. 
De  telles  vlceres  souuent  sort  grande 
quantité  de  matière,  qui  aduient  non 
de  la  propre  vlcere,  estant  petite  et 
en  partie  spermatique,  mais  de  la  des- 
charge de  tout  le  cerueau. 

Pour  la  guarison  , faut  auoir  es- 
gard  à la  cause  antécédente  qui  peut 
entretenir  l’vlcere , laquelle  pourra 
eslre  diuertie  par  purgations  , masti- 
catoires et  errhines  : comme 

if.  Mast  3.  j. 

Staphisag.  et  pyrethri  ana  3.j. 
Cinamom.  et  caryophyll.  ana  3.  fi. 
Fiant  maslicat.  quibus  manè  ante  paslum 
vtatur. 

Errhine. 

'if.  Succi  béton,  mercurial.  meliss.  ana  5 . fi . 
Vini  albi  § . j. 

Misce,  fréquenter  naribus  attrahantur. 

Quant  aux  remedes  topiques,  faut 
euiter  toutes  choses  onctueuses  et 
huileuses  , comme  a noté  Galien,  li- 
ure  5.  de  la  Méthode , disputant  con- 
tre vn  Thessalien,  lequel  vsant  du  te- 
trapharmacum  à vne  vlcere  d’oreille, 
deiouren  autre  la  rendoit  plus  pu- 
rulente et  felide  : et  en  fin  Galien  la 
guérit  avec  les  Irochisques  d’Andro- 
nius  dissoults  en  vinaigre , desquels 
la  composition  est  telle. 

if.  Ealaust.  3 . ij. 

Allumais  3.  j. 

Atramenti  sutorij  3.  ij. 

Myrrhæ  5 j. 

Thuris,  aristoloch.  gall.  ana  3.  ij. 

Sal.  anima.  3.  j. 

F.xcipiantur  oninia  inelicrato  , et  fiant  tro- 
chisci. 


263 

Galien  aumesmelieu  dit  auoir  guéri 
telles  vlceres  inueterées  de  deux  ans, 
auec  scoria  ferri  mise  en  poudre  tres- 
sublile,  et  en  apres  cuite  auec  vinai- 
gre bien  fort , iusques  à ce  qu’elle  soit 
deuenue  espaisse  comme  miel. 

Pour  corriger  la  pourriture  qui  sort 
des  oreilles,  le  fort  vinaigre  et  fiel  de 
bœuf  incorporés  ensemble,  et  instillés 
dedans  vn  peu  liedes  : la  merde  de  fer 
subtilement  puluerisée  en  vinaigre 
très  fort,  puis  bouillie,  seiebée  et  ap- 
pliquée ausdites  vlceres,  lesdesseiebe 
à grande  merueille  : ce  qu’on  voit  par 
expérience. 

Que  si  la  boue  et  sanie  ne  pouuoit 
eslre  euacuée,  il  faudroit  la  tirer  par 
une  seringue  propre , dite  Pyoulcos , 
comme  tu  vois  par  ceste  figure. 

Pyoulcos. 


CHAPITRE  XVIII. 

DES  VLCFRES  DE  LA  TRACHEE  ARTERE, 
OESOPHAGVE,  ESTOMACH  ET  INTES- 
TINS. 

A telles  parties  peuuent  venir  vlce- 
res de  cause  externe , comme  pour 
quelque  médicament  qu’on  aura  pris, 
lequel  sera  corrosif,  ou  pour  quelque 
poison  : aussi  de  cause  interne,  comme 
pour  quelque  humeur  acre  et  poi- 
gnant, qui  aura  vlceré  telles  parties. 

Les  signes  sont  douleur  en  la  partie, 
et  principalement  lors  qu’on  aualle 
quelque  chose  aigre  , chaleur  à l’en- 
droit. Si  l'vlcere  est  à l’orifice  de  l’es- 
tomach , les  accidens  son t plus  grands, 
comme  défaillance  de  cœur , douleur 


q64 

presqueintolerable, et  refroidissement 

des  extrémités.  Si  l’vlcere  est  aux  in- 
testins, le  malade  iette  souuentesfois 
de  la  boue  par  le  siégé,  ensemble  du 
sang,  ayant  de  grandes  douleurs  et 
espreintes,  à raison  que  tel  humeur 

croupissant  aiguillonne  Nature  àchas- 
ser  si  peu  d’excrcmens  qu'il  y a . Si  1’  vl- 
cere  est  à la  trachée  arlere.le  malade 
tousse  souuentesfois,  et  la  plus  part 
du  temps  a difficulté  de  respirer. 

Pour  la  cure,  telles  vlceres  doiuent 
estre  guéris,  comme  escrit  Gallien 
lin.  4.  et  5.  de  IciMdhode,  par  ce  qu’on 
mange  et  boit , se  donnant  de  garde 
d’vser  de  toutes  choses  acres  et  cor- 
rosiues,ny  detuthie,litharge,  ceruse, 
verdegris , et  semblables , ainsi  qu’on 
fait  aux  vlceres  externes:  mais  au 
contraire  douces  et  gracieuses,  ayant 
esgard  à la  partie.  Comme  si  elles  sont 
à l’œsophage,  et  trachée  artere,  et 
poulmons,  seront  baillées  à plusieurs 
fois  : autrement  ils  seruiroient  peu  , 
parce  qu’ils  ne  font  que  passer.  Pa- 
reillement tels  remedes  ne  doiuent 
estre  fort  liquides , mais  visqueux  et 
glulineux  : car  estans  les  voyes  du 
boire  et  manger,  et  de  l’air,  ont  besoin 
de  remedes  qui  puissent  adhérer  et 
glutiner,  et  non  qui  coulent  prompte- 
ment. Et  s’il  les  conuient  modifier,  on 
vsera  de  miel  cru,  lequel  sur  toutes 
choses  est  vtile  à telles  vlceres  : et 
lors  qu’on  les  voudra  agglutiner,  on 
ymesleradela  gomme  diatragacanth, 
dissoulte  auec  décoction  aucunement 
astringente. 

Les  remedes  propres  aux  vlceres  de 
l’estomach  doiuent  estre  médicamen- 
teux et  alimenteux,  non  acres,  de 
peur  d’induire  douleur , inflammation 
et  vomissement  : aussi  ils  engarde- 
roient  de  digerer  les  alimens.  Partant 
on  usera  d’orge  mondé  bien  sucré  , 
de  gelée  en  laquelle  on  aura  dissoult 


livre  , 

de  la  gomme  diatragacanth  , bol  ar- 
mene  vray,  décoction  de  pruneaux  , 
dattes,  figues,  raisin  de  damas,  miel  : 
le  lait  de  vache  bouilli  auec  moyeux 
d’œufs  et  vu  peu  de  miel  commun 
est  singulier.  Et  si  on  veut  agglutiner 
telles  vlceres,  on  vsera  de  remedes 
austères,  astringens  et  glutineux,  les- 
quels n’ayent  aucune  érosion  ni  mau- 
uais  goust , comme  hypocistis,  fleurs 
de  grenadier  , escorce  de  grenade  , 
terre  scellée  , sumac  , acacia  , roses 
rouges,  et  autres  semblables,  lesquels 
ne  font  nulle  érosion  aux  parties  in- 
térieures. On  vsera  aussi  de  décoctions 
astringentes  , comme  de  coings  , de 
lentisque,  ou  de  l’extremité  de  vigne, 
de  rubus,  de  myrte  auec  vin  austere, 
s’il  n’y  auoit  crainte  d’inflammation. 

Lors  qu’on  vse  de  tels  ou  autres  re- 
medes, l’vlcere  estant  à la  trachée  ar- 
tere et  poulmons,  Galien  veut  que  le 
malade  soit  couché  à l’enuers,  et  qu’il 
tienne  le  médicament  ( dit  lohot  ) en 
la  bouche,  en  relaschant  les  muscles 
du  larynx  : car  en  ce  faisant  le  médi- 
cament coulera  peu-à-peu  ie  long  des 
parois  de  la  trachée  artere,  comme 
l’eaufaitle  long  d’vn  mur,  se  gardant 
que  le  médicament  n’entre  tout  à vu 
coup,  de  peur  d’induire  la  toux  , la- 
quelle est  du  tout  contraire  à telles 
vlceres,  à cause  qu’elle  fait  dilater 
l’vlcere. 

Le  semblable  est  pour  les  vlceres 
de  l’œsophage.  Leur  breuuage  sera 
hydromel,  hydrosaccharum.syrop  de 
violes,  etdeiuiubes.  En  toutes  vlceres 
inlerieureslemielestforl  recommandé 
pour  estre  meslé  auec  les  medicamens: 
car  vsant  seulement  de  choses  astrin- 
gentes, elles  demeureroient  souuenl 
en  l’estomach , sans  estre  digérées  ni 
distribuées  : mais  le  miel  outre  qu’il 
aide  à la  digestion  et  distribution  , il 
est  aussi  fort  propre  à telles  vlceres. 


LE  ONZIÈME 


DES  V LC  Eli  ES  , F1STVLES 

Pareillement  le  lait  d’anesse  est  fort 
recommandé,  et  en  lieu  d'icelui , (le 
ehéure  ou  de  vache.  La  potion  vulné- 
raire est  fort  vtile,  pourueu  qu  elle 
soit  composée  de  simples  qui  ayent 
esgard  aux  parties  vlcerées. 

La  guérison  des  vlceres  qui  sont 
aux  intestins,  différé  en  ce  des  susdites 
parties  : comme  si  elles  sont  aux  gros, 
on  y remedie  par  iniections  et  clyste- 
res,  vsant  mesme  de  remedes  acres, 
afin  de  corriger  la  pourriture,  comme 
Ægyptiac  dissoult  en  décoction  d’orge 
ou  de  vin:  mais  si  l’vlcere  est  aux 
gresles  qui  sont  près  l’estomach  , les 
remedes  seront  pris  par  le  boire  et 
manger.  Pource,  comme  dit  Galien 
liure  cinquième  de  la  Méthode  , ce  qui 
est  ietté  par  le  siégé  ne  peut  parue- 
nir  iusqu’aux  intestins  gresles  : et  ce 
qu'on  prend  par  la  bouche,  quand  il 
paruient  aux  intestins  gros,  ne  peut 
auoir  sa  vertu  entière. 


CHAPITRE  XIX. 

I)F,S  VLCERES  DES  REIXS  ET  DE  LA 
VESSIE  L 

Il  vient  vlcere  aux  reins,  ou  pour 
quelque  humeur  acre  et  mordicant 
qui  y coule,  ou  pour  quelque  veine 
qui  se  rompt,  ou  pour  quelque  apos- 
teme  qui  dégénéré  en  vlcere. 

1 Bien  que  ce  chapitre  soit  un  de  ceux  qui 
ont  été  ajoutés  en  entier  à ce  livre  dans  l’c- 
dition  de  1579,  on  en  retrouve  cependant 
les  premières  traces  dans  une  édition  bien 
anlérieure.  Ainsi  dans  le  Liure  de  lu  sup- 
pression d’vrine,  en  15C4,  se  trouvait  un  cha- 
pitre intitulé  Des  signes  des  vlceres  aux 
reins,  et  un  autre  Des  vlceres  en  la  vessie  et 
des  signes  d’icelles,  et  enfin  un  troisième  Du 


ET  HEMORRHOI DES.  2GT) 

Elles  sont  connues  par  la  douleur 
et  pesanteur  qu’on  sent  aux  lombes 
à l’endroit  du  rein  et  par  la  boue  qui 
se  mesle  auec  l’urine, laquelle  se  con- 
noist  venir  d’iceux , et  non  de  la  ves- 
sie , d’autant  qu’elle  n’est  si  fetide  que 
celle  qui  vient  de  la  vessie  : car  estant 
froide  et  exangue,  ne  la  pouuant  cuire 
comme  les  reins,  qui  sont  chauds  et 
charnus,  est  rendue  fetide  et  de  mau- 
uaisc  odeur.  D’abondant  la  boue  qui 
sort  des  reins,  se  mesle  premièrement 
auec  Lvrine,  puis  résidé  au  fond  du 
vaisseau , et  ne  sort  qu’auec  l’vriue  : 
mais  celle  qui  sort  de  la  vessie  , sort 
quelquesfois  sans  l’vrine  toute  seule  : 
d’abondant  les  reins  estans  vlceres , 
on  apperçoit  souuent  de  petits  fila- 
mens  sortir  auec  l’vrine.  Hippocrates 
au  qua  riéme  liure,  Aphorisme  77. dit 
que  ceux  ausquels  auec  leur  vrine 
espaisse  sortent  furlures  ou  petites  es - 
cailles  blanches,  leur  vessie  est  sca- 
bieuse. 

Pour  la  guérison , il  est  très  expé- 
dient d’auoir  le  ventre  mol,  qui  se 
fera  par  clysteres  conuenables  , et 
viandes  humides.  Le  vomissement  est 
recommandé,  à On  de  faire  reuulsion 
des  humeurs  qui  pourroient  lluer  sus 
iceux.  Les  grandes  purgations  sont 
contraires,  craignant  de  faire  commo- 
tion des  humeurs  en  icelle  partie. 
Pour  mondifier  telles  vlceres,  ceste 
décoction  a grand  effet. 

prognoslic  des  vlceres  en  la  vessie.  Dans  les 
éditions  complètes,  le  Liure  de  la  suppression 
d’vrine  a été  compris  dans  le  Liure  des  ope- 
rations, où  nous  retrouverons  encore  les  'trois 
chapitres  indiqués.  11  y a donc  un  véritable 
double  emploi  ; toutefois  la  rédaction  n’est 
pas  absolument  la  même , et  nous  en  signa- 
lerons les  différences  quand  nous  serons 
arrivés  au  Liure  des  operations. 


26(» 


LE  ONZIEME  LIVRE  , 


if..  Hordei  integri  m.  ij. 

Glycyrrhizæ  [5.6. 

Rad.  acetosæ  et  petroselini  ana  5.  vj. 
Fiat  decoct.  adlb.j.  in  colatura  dissol. 

mellis  despum.  § . ij. 

Capiat  sing.  rnatut.  ad  § . iiij. 

Le  lait  de  chéure  ou  d’anesse  auec 
vu  peu  de  sucre  est  fort  profitable. 
Gourdon  loue  fort  tels  trochisques. 

Trochisques  de  Gourdon. 

X.  Quatuor  sem.  frigidor.  maior.  mund., 
sem.  papane  albi,  semin.  mal.  semin. 
port,  semin.  cydonior.  baccar.  myrti , 
tragacanthi , gummi  arabici , nucum 
pin.  mund.  pistac.  penid.  glycyrrhizæ 
mund.  mue.  psyllij,  amygdal.  dulc. 
bord.  mund.  ana  3.  ij. 

Boli  arm.  sang.  drac.  spodij,  ros.  myrrh. 
ana  § . fi. 

Excipiantur  hydrom.  et  fing'antur  troch.qui 
sint  singuli  ponderis  3.  ij. 

Galien  hure  4.  de  laMelhode,  recom- 
mande fort  le  miel  et  les  diurétiques, 
pour  estre  meslés  auec  les  remedes 
qui  sont  propres  à telles  vlceres,  d’au- 
tant qu’ils  prouoquent  et  esmeuuent 
les  vrines,  et  sont  comme  véhiculés 
aux  autres  remedes. 

Les  vlceres  de  la  vessie  sont  ou  au 
fond  d’icelle,  ou  au  col  près  le  con- 
duit de  1 vrine.  Si  elles  sont  au  fond  , 
l’on  sent  douleur  presque  conti- 
nuelle : et  si  elles  sont  au  col , elles 
s’apperçoiuent  le  plus  souuent  lors 
qu’on  pisse , et  apres  auoir  pissé.  Si 
elles  sont  au  fond,  il  sort  quelques- 
fois  de  petites  peaux  comme  escailles  : 
et  lors  que  l’vlcere  gaigne  iusques  au 
conduit  de  l’vrine , la  verge  souuent 
se  dresse.  Celles  qui  sont  au  profond 
pour  la  plus  part  sont  incurables, 
tant  pour  la  composition  de  la  partie 
qui  est  exangue  et  nerueuse , que 
pour  l’vrine  qui  demeure  perpétuel- 
lement : car  encore  qu’on  aye  pissé , 
si  est  ce  qu’il  demeure  tousiours  quel- 


que portion  d’vrine , laquelle  touche 
de  toutes  parts  la  vessie,  attendu 
qu’elle  s’affaisse  et  reserre  selon  que 
l’vrine  sort. 

Pour  la  guarison,  les  mesmes  re- 
medes descrits  aux  vlceres  des  reins 
lui  seront  profitables  , tant  pris  par 
dedans,  que  seringués  par  la  verge  : 
et  entre  autres  les  trochisques  de 
Gourdon  dissoults  descrits  cy  deuant. 
Reste  seulement  que  telles  vlceres 
estans  plus  douloureuses,  le  Chirur- 
gien doit  auoir  esgard  à appaiser  la 
douleur.  I’ay  approuué,  et  souuent 
expérimenté  vne  iniection  d’huile  de 
hiusquiame  extraite  par  expression. 
On  pourra  vser  de  cataplasmes,  lini- 
mens  sus  le  petit  ventre , et  enlre- 
fesson , ensemble  de  clysteres , des- 
quels remedes  anodins  nous  auons 
assez  fait  mention.  Si  les  vlceres  es- 
loient  fetides,  ie  11e  ferois  difficulté 
d’vser  d’vn  peu  d’egyptiac  dissoult  en 
vin  et  eau  de  plantain  ou  de  rose  : ce 
que  i’ay  fait  souuent  auec  bonne  issue. 


CHAPITRE  XX. 

DES  VLCERES  DE  LA  MATRICE. 

Les  vlceres  de  la  matrice  viennent 
ou  à raison  de  quelque  humeur  acre 
et  mordicant , qui  ronge  les  parois 
d’icelle,  ou  pour  quelque  aposteme 
qui  y est  suruenue,  ou  apres  les  fleurs 
blanches,  ou  apres vn  grand  prurit, 
ou  apres  la  contagion  de  la  verolle, 
par  la  violente  défloration  de  la  fille 
pucelle  trop  ieune , ou  d’vn  accou- 
chement difficile, ou  pour  estre  tombée 
sur  quelque  chose  aigüe,  ou  en  auoir 
esté  frappée  *. 

1 L’édition  de  1579  dit  simplement:  Ou 
pour  quelque  aposteme  qui  y est  suruenue , ou 


DES  VLCERF.S , FISTVLES  ET  HEMORKHOI  DES. 


Or  telles  vlceres  situées  au  col  de 
la  matrice,  ou  cauité  d’icelle,  sont 
simples  ou  composées  L 

Elles  se  connoissent  par  la  douleur 
que  les  femmes  sentent  au  dessus  du 
penil,  et  par  la  sanie  et  boue  qui  sort 
par  leurs  parties  honteuses.  Auicenne 
lin.  3.  fen.  21.  traité  11.  chap.  5.  en 
fait  telles  différences  •.  Ou  elles  sont 
putrides,  lors  que  la  matière  qui  en 
sort  est  fort  puante,  ressemblant  à la 
laueure  de  chair  : ou  elles  sont  sordi- 
des , lors  que  d’icelles  sort  grande 
quantité  d’humeur  virulent  et  indi- 
geste. Que  si  elles  sont  corrosiucs, 
l’humeur  qui  en  sortira  sera  noiras- 
tre.auec  grande  douleur  et  eslance- 
mens. 

Elles  sont  ou  an  col  de  la  matrice, 
ou  au  fond  d’icelle.  Celles  qui  sont  au 
col,  sont  connues  par  la  veué,  y 
mettant  le  spéculum, etcellesquisont 
au  profond,  par  les  excremens  qui 
en  sortent , et  le  lieu  de  la  douleur. 

Or  il  se  fait  en  la  matrice  telle  cor- 
ruption, que  l’intestin  droit  en  est 
rongé  et  corrodé , et  de  l’intestin  le 
col  de  la  matrice  en  est  erodé  : et  la 
sanie  sort  tant  par  l’intestin  que  par 
le  col  de  la  matrice,  voire  parle  siégé. 

Le  prognostic,  c’est  que  les  vlceres 
de  la  matrice  sont  difficiles,  et  sou- 
uent  impossibles  à guarir , pource 
qu’elle  est  chaude  et  humide , et 
qu’elle  reçoit  toutes  les  superfluités 
du  corps.  Les  vlceres  qui  se  peuuent 
voir  et  toucher  en  ceste  partie , sont 

pour  vn  difficile  accouchement.  La  nouvelle 
rédaction  date  de  1585. 

1 J’ai  conservé  cette  phrase  qui  ne  date 
également  que  de  1585  , à raison  de  la  dis- 
tinction assez  futile  d’ailleurs  de  ces  ulcères 
en  simples  et  composés.  Quant  à la  distinc- 
tion plus  importante  des  ulcères  du  col  et 
des  ulcères  du  corps  utérin  , elle  était  èx- 
primée  un  peu  plus  bas  dès  1579. 


plus  faciles  à guarir  que  celles  qui 
sont  au  profond.  Celles  qui  iettent  vn 
pus  louable,  et  aux  ieunes  femmes, 
sont  plus  aisées  à guarir  que  celles 
qui  iettent  vne  sanie  non  louable,  et 
sont  aux  corps  des  vieilles  femmes  L 

Les  remedes  seront  semblables  à 
ceux  qui  sont  descrits  aux  vlceres  de 
la  bouche,  comme  eau  forte,  huile  de 
vitriol,  d’antimoine,  et  autres,  estons 
corrigées , desquelles  on  touchera 
l’endroit  vlceré  : car  il  faut  que  le 
remede  besongne  à l’instant , ne  poll- 
uant longtemps , non  plus  qu’à  la 
bouche,  y demeurer. 

Galien  commande  les  remedes  fort 
dessiccatifs , à fin  d’euiter  la  pourri- 
ture, à laquelle  ceste  partie  pour  sa 
chaleur  et  humidité  est  suietlé,  et 
comme  senline  de  tous  les  excremens 
du  corps.  Si  l’ vlcere  est  au  profond, 
on  fera  telle  iniection. 

if.  Hordci  integri  pij. 

Gaiaci  § . j. 

Rad.  ireos  g . . 

Absinth.  plantag.  centaur.  vtriusque 
ana  m.  j. 

Fiat  decoct.  in  aqua  fabor.  ana  1b.  ij.  in 
quibus  diss.  mellis  rosati  et  syrupi  de 
absinth.  ana  g . iij.  — Fiat  iniectio. 

Si  la  feteur  ne  cessoit,  entre  autres 
remedes,  i’ay  souuentesprouué  celuy . 

if.  Vini  rubri  B>.  j. 

Vnguen.  ægyptiaci  § . Ij. 

Bulliant  parum. 

1 Les  deux  paragraphes  qu’on  vient  de  lire 
ont  été  ajoutés  à l’édition  de  1585.  Il  y avait 
dans  leur  distribution  une  erreur  de  lieu 
que  j'ai  cru  devoir  corriger.  Ainsi  l'auteur 
commençait  l’histoire  du  traitement  , et 
s’interrompait  pour  parler  des  suites  et  du 
pronostic  , qui  doivent  venir  naturellement 
après  la  description  des  signes  ; et  c’es!  ainsi 
que  j’ai  disposé  le  texte,  sans  y apporter 
d’ailleurs  le  moindre  changement. 


9.08 


LP.  O N /.II;  ME  LIVRE, 


Tel  remede  corrige  la  pourriture  et 
malice  de  l’humeur,  laquelle  souuent 
est  cause  de  la  douleur.  Puis  on 
pourra  faire  des  parfums  tels  quis’en- 
suiuent. 

2C  F.scorcc  d'encens,  mastic,  graine  de  ge- 
néure,  labdanum,  dechacundenii-once. 

Orpiment  rouge  ou  citrin  3.  ij. 

Cinabre  demi-once. 

F.t  seront  formés  trochisques  auec  lereben- 
thine,  pour  ielter  sur  le  feu,  et  en  faire 
receuoir  la  fumée. 

Et  s’il  y auoit  grande  ardeur  et  in- 
flammation , on  feroil  iniection  auec 
ius  de  plantain  et  de  morelle,  on  eau 
de  forge,  en  laquelle  on  fera  bouillir 
testes  de  pauot  conquassées,  trochis- 
quas  de  camphre,  et  autres  sembla- 
bles*. 

Les  vlceres  mondifiées  seront  cica- 
t risées  par  eaux  propres,  comme  eau 
alumineuse,  eau  de  plantain,  en  la- 
quelle on  aura  dissoult  vn  peu  de  vi- 
triol ou  alun. 

Si  telles  vlceres  degeneren  t en  chan- 
cre , on  aura  recours  aux  remedes 
anodins  et  propres  à telle  affection, 
lesquels  sont  amplement  descrits  au 
chapitre  du  Chancre. 

Touchant  les  vlceres  du  fondement, 
nous  en  parlerons  au  chapitre  des  Fis- 
tules, comme  de  celles  de  la  verge 
au  liure  de  La  Verolle. 


CHAPITRE  XXL 

DES  VARICES  , ET  LE  MOYEN  DE  LES 
COVPER  2. 

Varice  est  une  dilatation  de  veine, 
quelquesfois  d’vn  simple  rameau , 

1 Ce  paragraphe  et  la  formule  des  trochis- 
i] ues  qui  précède  sont  des  additions  de  1 585. 
- Vous  retrouvons  ici  le  texte  de  l’édition 


quelquesfois  de  plusieurs.  Aucunes- 
fois  elles  sont  courbées  et  repliées  en 
plusieurs  circonuolutions  emmonce- 
lées  : et  peuuent  venir  en  plusieurs 
parties  de  noslre  corps,  comme  aux 
temples,  au  dessous  du  nombril  et  tes- 
ticules , à l’amarry  et  siégé , mais  le 
plus  souuent  aux  cuisses  et  iambes. 

La  matière  pour  ia  plus  part  est  vn 
sang  melancholique.  Les  varices  s’en- 
gendrent aux  personnes  qui  sont  me- 
lancholiques,  et  qui  se  nourrissent 
des  viandes  melancholiques.  Les  fem- 
mes grosses  en  sont  communément 
esprises , à cause  du  sang  melancho- 
lique qui,  retenu  pendant  leur  gros- 
sesse, fait  que  les  veines  se  dilatent 
et  viennent  variqueusespour  la  grande 
multitude  du  sang;  aussi  elles  vien- 
nent à cause  d’vn  grand  et  vehement 
mouuement,  comme  de  courir,  sau- 
ter, et  dancer  : voyager  à pied,  et  por- 
ter grands  fardeaux,  tomber  de  haut 
en  bas,  ou  estre  tiré  sus  la  gesne. 

Quant  aux  signes,  ils  sont  manifes- 
tes pour  l’amplitude  et  grosseur  des 
veines. 

Il  est  meilleur  de  ne  toucher  aux 
inueterées,  parce  qu’elles  preseruent 
de  plusieurs  maladies,  à cause  que  le 
sang  regorge  aux  parties  nobles, dont 
s’ensuit  vlceres,  chancres  et  suffoca- 
tions. 

Lorsqu’elles  sont  plusieurs  et  iointes 
ensemble  aux  iambes,  quelquesfois 
dedans  icelles  on  trouue  des  throm- 
bus de  sang  desseiché  et  dur,  causant 
grande  douleur  au  malade  lors  qu’il 
chemine,  ou  quand  on  presse  dessus  *. 

de  1575,  coupé  en  deux  par  une  si  longue  in- 
tercalation. Ce  chapitre  des  varices  faisait  le 
chapitre  5 , et  venait  immédiatement  après 
le  5°  chapitre  actuel  , intitulé  J Je  la  cura- 
tion dei  vlceres.  Voyez  la  note  de  la  page 240. 

1 Ces  mots  : ou  quand  on  presse  dessus,  man- 
quent dans  l’édition  de  1575. 


DES  VLCEKES,  EISTVEES  ET  flOfORRIIOl  DES.  200 


A tc'.h's  on  fera  ouuerture  an  corps 
de  la  veine , à fin  d’cuacuer  la  trop 
grande  abondance  contcmieenicelles, 
ensemble  les  thrombus,  comprimant 
tant  en  haut  qu’en  bas,  afin  de  les 
faire  sortir  : ce  que  i’ay  fait  auec  bonne 
et  heureuse  issue,  faisant  tenir  quel- 
que temps  le  malade  en  repos,  et  y 
appliquant  medicamens  propres.  L’on 
coupe  souuenles  fois  la  varice  au  de- 
dans de  la  cuisse,  vn  peu  au  dessous 
du  genoüil , où  la  pluspart  se  trouue 
l’origine  et  production  de  la  veine  va- 
riqueuse : car  communément  plus  bas 
elle  se  diuise  en  plusieurs  rameaux,  à 
raison  de  quoi  l’operation  est  plus 
mal-aisée.  Or  la  cause  pourquoi  l’on 
incise,  est  à celle  fin  de  couper  le  che- 
min, et  faire  rempart  au  sang  et  au- 
tres humeurs  contenus  auec  lui,  qui 
abreuuenl  quelques  vlceres  eslans 
aux  iambes  : ou  pour  defendre  les 
humeurs  qui  Huent  à icelles,  qui  sont 
cause  que  le  malade  ne  peut  chemi- 
ner : ou  pour  la  crainte  qu’on  peut 
auoir,  que  par  quelque  accident , la 
veine  ainsi  grandement  estendue  et 
dilatée  ne  s’y  face  ouuerture , la- 
quelle seroit  cause  d’vn  très-grand 
flux  de  sang,  et  causeroit  la  mort  du 
malade  s’il  n’estoit  promptement  se- 
couru. A ceste  cause  les  anciens  com- 
mandent de  les  couper  L 

Et  pour  ce  faire  faut  situer  le  ma- 
lade à la  renuerse , ayant  les  iambes 
estendues,  non  du  tout,  mais  vn  peu 
fleschies.  Cela  fait,  on  fera  une  liga- 
ture à la  cuisse,  un  peu  au  dessus  de 
l’ouuerture  qu’on  y fera,  et  quatre 
doigts  au  dessous  une  autre,  à fin  de 
tuméfier  la  veine  : et  dessus  Je  cuir,  à 
l’endroit  delà  veine,  on  fera  vue  mer- 
que  d’encre  , pour  ne  faillir  à faire 
l’incision,  laquelle  se  fera  en  ceste 

1 Paul  Ægin.  chap.  82.  liu.  6.  — A.  P. 


manière  : C’est  que  l’on  esleuera  le 
cuir  en  haut  des  deux  costés  , et  on 
fera  l’incision  au  cuir  sus  le  corps  de 
la  veine  sans  toucher  à icelle,  où  l’on 
auoit  marqué  d’encre.  L’incision 
faite  , la  veine  sera  manifeste  à la 
veué,  et  par  dessous  icelle  on  passera 
vne  aiguille  à seton  enfilée  à double 
fil,  non  ayant  pointe  aigtic  , mais  vn 
peu  ronde,  de  peur  d’inciser  la  veine, 
et  on  séparera  les  membranes  de  la 
veine  tant  en  haut  qu’en  bas  : puis  on 
défait  les  bandages  de  la  cuisse . et 
apres  on  liera  fermement  la  veine  à 
la  partie  supérieure  : puis  le  corps  de 
la  veine  au  dessous  de  la  ligature  sera 
incisé,  ainsi  que  si  l’on  voulait  faire 
vne  saignée  : et  par  cette  ouuerture 
sera  euacué  le  sang  de  la  partie  infe- 
rieure, tant  qu’il  sera  necessaire:  et 
lors  on  liera  la  partie  inferieure  de  la 
veine,  comme  on  a fait  la  supé- 
rieure : et  apres  on  coupera  entière- 
ment le  corps  de  la  veine  enlre  les 
deux  ligatures,  laquelle  estant  cou- 
pée, ses  deux  extrémités  se  reti- 
rent et  cachent  tant  d’vn  costé  que 
d’autre. 

Et  faut  noter,  que  la  ligature  de  la 
veine  doit  estre  laissée , iusqu’à  ce 
qu’elle  tombe  de  soy-mesme.  Et  pour 
les  remedes  particuliers,  on  appli- 
quera vn  reslraintif,  tant  sus  la  playe 
comme  és  parties  voisines,  et  de  trois 
iours  ne  sera  touché  à la  playe.  l.e 
reste  de  la  cure  se  fera  comme  les  au- 
tres. 

Autre  maniéré  de  couper  la  varice, 
c’est  d’appliquer  vn  cautere  poten- 
tiel, qui  ronge  et  coupe  la  veine  : puis 
se  retire  en  haut  et  en  bas  : et  par 
ce  moyen  il  y demeure  vne  espace 
vuide  , où  apres  s’engendre  de  la 
chair  : et  puis  la  cicatrice,  qui  sera  dure 
et  espaisse,  empeschera  la  fluxion 
en  bouschûnt  le  passage  de  ladite 


LE  ONZIEME  LIVRE 


270 

veine.  Et  par  ce  moyen  la  veine  vari- 
queuse sera  guarie1. 


CHAPITRE  XXII. 

DES  FISTVLES  2. 

Fistule  est  vne  sinuos'té  profonde , 
estroite,  calleuse,  et  quelquesfois  in- 
sensible : ainsi  dite  des  anciens,  pour 
la  similitude  et  figure  qu’elle  a à l’in- 
strument nommé  Fiente,  parce  que 
les  fistules  sont  semblablement  caues 
et  vuides.  Elle  se  fait  en  plusieurs  et 
differentes  parties  de  nostre  corps,  et 
souuent  apres  quelques  apostemes  ou 
vlceres  mal  traitées  et  pensées3.  Quel- 
quesfois aussi  elles  sont  critiques  de 
plusieurs  autres  maladies , selon  le 
texte  d’Ilippoérates  sent.  28.  de  la  2. 
sect.  du  liure  De  humoribus  , où  il 
dit,  que  les  fistules  guarissent  d’au- 
tres maladies,  voire  celles  qui  sont 
aigues  : comme  aduient  quand  la  fis- 
tule de  la  iambe  est  iudicatoire  de  la 
peripneumonie,  comme  escrit  Hippo- 
crates au  Prognostique  64.  de  la  3. 
sect.  et  à telle  fistule  11e  conuient  si 
tost  toucher. 

1 Ce  nouveau  procédé  que  les  expériences 
modernes  , et  principalement  celles  de 
M.  Bonnet , de  Lyon  , ont  montré  plus  sùr 
que  le  premier,  a été  ajouté  dans  l’édition 
de  15S5.  C’est  une  réminiscence  d’un  pro- 
cédé décrit  par  Guy  de  Chauliac,  qui  seu- 
lement fait  précéder  la  cautérisation  de  la 
double  ligature.  Mulia  renascunlur  quœ  jam 
cecidere... 

2 Ces  deux  chapitres  des  fistules  sont  em- 
pruntés presque  en  entier,  et  souvent  litté- 
ralement, au  77e  chapitre  de  Paul  d Egine, 
traduit  par  Dalechamps  dans  sa  Chirurgie 
françoise. 

3 Ce  paragraphe  s’arrête  ici  en  1375.  Les 
citations  qui  suivent  sont  de  1579. 


La  callosité  est  une  chair  blanche , 
solide,  seiche,  et  sans  douleur,  la- 
quelle est  engendrée  par  congestion 
d’un  excrement  pituiteux  desseiché , 
ou  melancholique  aduste,  qui  enduit 
la  circonférence  de  l’vlcere,  et  occupe 
le  lieu  sus  lequel  se  deuroit  engen- 
drer la  bonne  chair.  La  sinuosité 
quelquesfois  est  du  tout  seiche,  et 
quelquesfois  humide  : et  estant  hu- 
mide, pleure  et  iette  incessamment, 
aussi  quelquesfois  elle  cesse  de  cou- 
ler, et  l’orifice  d’icelle  se  ferme  du 
tout,  de  sorte  qu’elle  déçoit  le  ma- 
lade et  le  Chirurgien  estimans  la 
guarison  d’icelle  : puis  quelque  temps 
apres  s’ouure,  et  fiue  comme  aupa- 
rauant. 

Les  fistules  quelquesfois  prouien- 
nent  du  vice  des  os  , quelquesfois  des 
nerfs  ou  membranes,  ou  d’autres  par- 
ties. Les  vues  sont  droites,  autres  tor- 
tues : les  vnes  ont  vn  seul  orifice  ou 
sinuosité,  les  autres  plusieurs  : quel- 
ques unes  sont  aux  ioinlures  , autres 
pénétrent  en  quelque  capacité  du 
corps,  comme  dedans  le  Thorax,  ven- 
tre, boyaux,  matrice,  vessie,  et  au- 
tres : les  vnes  se  guarissent  facile- 
ment, autres  difficilement,  et  s’en 
trouue  quelques  unes  incurables. 

Aux  fistules  se  trouuent  diuers  si- 
gnes, selon  la  partie  où  elles  finissent. 

Celles  qui  se  rendent  et  terminent 
aux  os,  se  commissent  par  la  résis- 
tance, quand  on  y met  l’esprouuette  : 
car  lors  ou  rencontre  la  substance 
d’iceluy  dure,  qui  sonne  cassé,  et  si 
l’esprouuette  estant  sus  l’os  glisse, 
comme  sus  quelque  chose  brunie  et 
polie , on  peut  conieclurer  l’os  estre 
sain  et  entier  : et  si  elle  s’arreste  des- 
sus en  quelque  lieu  que  ce  soit,  c’est 
signe  que  l’os  est  aspre,  raboteux, 
carieux  et  corrompu.  Quefquesfois 
l’os  nous  est  manifesté  à la  veuë,  et 


DES  VLCERES  , F.JTVLES  ET  HF.MORRHOJDES. 


pour  ce  n’auons  besoin  de  soinle  ni 
esprouuelte  : el  la  matière  qui  en  sort 
est  huileuse  ou  visqueuse,  rapportant 
à l’aliment  et  humeur  contenu  en  la 
cauité  de  l’os,  sçauoir  à la  moelle, 
comme  ainsi  soit  que  tout  excrernent 
relient  la  condition  de  l’aliment  de 
la  partie  dont  il  vient. 

En  celle  qui  se  rend  à quelque 
nerf,  le  malade  sentira  vne  douleur 
poignante,  principalement  si  la  ma- 
tière est  acre,  ou  vne  stupeur  si  elle 
est  froide  : de  sorte  que  le  mouue- 
ment  de  la  partie  sera  vicié  : et  lors 
que  l’on  voudra  sonder  la  fistule,  on 
causera  douleur:  et  la  matière  qui  en 
sortira  , sera  sanieuse  , subtile  , 
aqueuse,  glueuse,  et  non  huileuse, 
comme  celle  qui  sort  des  os  : repré- 
senté en  tout  la  matière  dont  est 
nourri  le  nerf  pour  la  raison  susdite. 

Ces  mesmes  accidents  aduiennent , 
quand  les  fistules  pénétrent  aux  mem- 
branes qui  enueloppent  les  muscles, 
et  aux  tendons  d’iceux. 

Si  elles  finissent  en  la  chair,  la  ma- 
tière est  plus  espaisse  el  moins  liquide, 
égalé,  lisse , blanche,  et  en  grande 
quantité. 

Si  la  fistule  finit  aux  veines,  les  ac- 
cidens  sont  semblables  à ceux  qui  se 
trouuent  en  la  fistule  des  nerfs,  mais 
moindres  , comme  és  pointures  et 
douleurs,  et  n’y  a aucun  mouuement 
empesché. 

Si  elles  se  finissent  en  l’artere,  les 
mesmes  accidents  se  trouuent  qu’en 
celles  de  la  veine.  Mais  si  la  matière 
de  l’vlcere  est  si  acre,  qu’elle  corrode 
les  susdits  vaisseaux , il  sortira  du 
sang  gros  en  abondance  de  la  veine , 
et  de  l’artere  du  sang  subtil  auec  vu 
bruit  '. 

1 .Te  suis  ici  le  texte  des  éditions  de  1575, 
1579  et  1585.  La  première  édition  posthume 


Les  vieilles  fistules  qui  ont  par  lon- 
gues années  coulé , lors  qu’elles  se 
referment,  causent  soutient  la  mort, 
et  principalement  aux  vieilles  gens1, 
à raison  que  les  humeurs  qui  auoient 
coustume  de  couler  regorgent  en  la 
masse  ordinaire,  et  se  pourrissent,  en- 
gendrans  fiéures  et  autres  accidens, 
el  par  conséquent  la  mort. 


CHAPITRE  XXIII. 

CVr.E  DES  FISTVLES. 

Pour  la  curation  on  commencera 
par  la  sonde,  qui  sera  d’vne  chan- 
delle de  cire  , ou  de  plomb , d’or,  ou 
d’argent  : et  par  icelle  on  connoislra 
la  profondeur  et  anfractuosités.  Et  si 
la  fistule  a deux  orifices  ou  plusieurs, 
ayant  des  cavités  cuniculeuses,  de  fa- 
çon que  l’on  ne  les  puisse  bien  -onder 
et  suiure  leurs  cauités , alors  on  doit 
ietter  vne  iniection  par  l’vn  des  orifi- 
ces, el  obseruer  l’issue  de  ladite  iniec- 
tion par  les  autres  ouuertures  : et  par 
ce  moyen  on  connoislra  s’il  y a vne 
seule  ou  plusieurs  cauités  profondes 
ou  superficielles  Cela  fait,  on  fera 
des  incisions  pour  descouurir  el  am- 
puter les  callosités  qui  se  feront  avec 
le  rasoir,  ou  par  medicamens  causti- 

en  1598,  et  toutes  celles  qui  l’ont  suivie, 
ajoutent  en  cet  endroit  : comme  nous  dirons 
cy-apres  de  l’aneurisme.  On  ne  saurait  croire 
que  ce  soit  une  addition  préméditée,  puis- 
que l’anévrisme  a été  traité  bien  auparavant 
à la  lin  du  Liure  des  tumeurs  en  general.  Il 
est  probable  que  l’édition  posthume  a suivi 
en  cet  endroit  le  texte  de  la  petite  édition  par- 
tielle où  avaient  paru  pour  la  première  fois 
et  le  Liure  des  vlceres  et  le  Liure  des  tumeurs , 
et  où  celui-ci  était  précédé  de  l’autre. 

1 Le  chapitre  finit  ici  en  1575  et  1579;  le 
reste  date  de  1585. 


1 -Ie!  LÈ  ONZIEME  LIVRE  , 


ques,  ou  par  caufere  actuel.  Car  i<a- 
mais  on  ne  pourroit  guarir  l’vlcere 
fistuleuse , que  premièrement  on 
n'eust  osté  la  callosité,  à raison  que 
Nature  ne  peut  produire  et  aggluti- 
ner les  parties  distantes,  lorsqu’il  y a 
chair  calleuse1  : d’autant  que  deux 
corps  durs  ne  se  peuuent  unir  que 
par  le  moyen  de  quelque  humidité 
gluante,  quelle  est  le  bon  sang.  Or 
les  callosités  occupantes  de  toutes 
parts  la  superficie  de  la  chair  vlce- 
rée  , empeschent  qu’iceluy  puisse 
sortir  des  veines  capillaires  pour  l’v- 
nion  desdites  parties. 

Semblablement  on  vsera  d’iniec- 
tions  caustiques,  et  apres  on  bous- 
chera  le  pertuis,  à fin  qu’elles  facent 
leur  operation  : laquelle  sera  con- 
nue estre  bonne  sors  que  la  partie 
demeure  enflée,  et  la  matière  qui  es- 
toit  en  abondance,  fort  digeste  et  en 
petite  quantité  L Apres  faut  accélérer 
la  cheu te  de  l’escarre,  puis  traiter 
l’vlcere  comme  auec  déperdition  de 
substance. 

Souuent  la  callosité  qui  est  autour 
de  la  sinuosité  ou  cauité  de  la  fistule, 
vaincue  des  medicamens  acres  et  es- 
caroliques  ayans  fait  escarre,  se  sé- 
paré et  sort  entière,  et  lors  au  des- 
sous se  trouue  la  fistule  nette  et 
vermeille.  Ce  que  i’ai  veu  à un  Gen- 
til-homme, lequel  ayant  vne  fistule  à 
vne  cuisse,  pour  vn  coup  de  harque- 
buse,  et  ayant  vsé  de  medicamens 
acres,  comme  Ægyptiac  fortifié,  quel- 
ques iours  apres  l’escarre  sortit  d’au- 
tour de  la  circonscription  de  la  fistule 
semblable  à une  membrane.  Ce  que 
voyant  ledit  Gentil-homme,  eslimoit 
estre  quelque  linge,  que  le  Chirur- 

1 Ce  paragraphe  s’arrête  ici  en  1575;  le 
reste  a été  ajouté  en  1579. 

- Corn.  Celsus. — A.  P. 


gien  qui  premièrement  l’auoit  pensé 
n’auoit  connu  , le  taxant  de  son  im- 
péritie. Tcutesfois  sçaehant  que  c’es- 
toit  la  crouste  de  ladite  escarre,  lui 
dis  que  c’estoit  la  chair  calleuse  et 
dure,  quej’avois  fait  séparer  par  le 
moyen  des  remedes  forts  et  cuisans, 
qu’il  auoit  bien  sentis  : et  que  telle 
chose  estoit  signe  qu’il  seroit  bien 
tost  guari.  Ce  qu’il  fut,  parce  que 
i’instillay  de  monbaumededans  toute 
la  cauité. 

Les  fistules  qui  sont  près  des  grands 
vaisseaux,  comme  veines,  arteres,  et 
nerfs,  ou  de  quelque  partie  noble,  ne 
se  doiuent  toucher,  si  ce  n’est  auec 
grande  prudence  et  artifice. 

Or,  quand  la  fistule  vient  à cause 
de  l’os  altéré  et  pourri , on  doit  con- 
sidérer si  le  vice  est  en  sa  superficie 
ou  profondité , ou  s’il  est  du  tout  cor- 
rompu : et  s'il  n’est  qu’en  sa  superfi- 
cie , ii  sera  raclé  et  ruginé  seulement  : 
et  si  la  carie  est  profonde,  on  la  doit 
oster  auec  un  trépan  exl'oliatif  : et  si 
la  corruption  est  communiquée  ius- 
ques  à la  mouëlle , elle  sera  ostée 
auec  une  tenaille  incisiue  , pour  y 
faire  plus  ample  ouuerture , y appli- 
quant premièrement,  si  besoin  est, 
un  petit  trépan  pour  donner  passage 
à ladite  tenaille  : et  s’il  est  du  tout 
corrompu  , il  sera  pareillement  du 
tout  coupé,  comme  en  l’os  d’une 
iointure  du  doigt,  du  rayon,  du  coude, 
de  l’os  de  la  greue,  ou  tibia.  Mais  ad- 
uenant  ce  mal  à la  boiste  de  la  han- 
che, ou  en  la  teste  de  l’os  de  la  cuisse, 
ou  à une  vertebre,  ne  faut  entre- 
prendre la  cure 1 , non  plus  qu’à  au- 
tre quelconque  fistule  qui  de  soy  est 
incurable , quelles  sont  celles  qui  pe- 

1 A.  Paré  cite  ici  en  marge  Paul  d’Egine  , 
et  il  eût  été  convenable  de  citer  en  même 
temps  son  traducteur  Dalechamps , auquel 


DES  VLCERES  , FISTVLES  ET  HÈMORRHOIDES. 


netrent  jusqu’aux  membres  princi- 
paux , ou  se  rencontrent  aux  parties 
veineuses  , arterieuses  ou  nerueuses  : 
ou  qui  aduiennent  à personnes  déli- 
cates, qui  choisiroient  plustost  mou- 
rir auec  leur  mal  qu’endurer  le  tour- 
ment de  l’operation  : ou  bien  quand 
de  l'incision  doit  suruenir  autre  plus 
fascheuse  disposition  , comme  con- 
uulsion  en  fistule  de  partie  nerueuse. 
En  tel  cas  le  Chirurgien  ne  doit  cher- 
cher l’entiere  cure  et  parfaite,  ains 
se  doit  contenter  de  la  palliatiue, 
qui  se  fera  en  preuoyant  qu’il  ne 
tombe  sur  la  partie  autre  nouuelle 
fluxion , faisant  par  bon  régime  que 
trop  d’excremens  ne  s’amassent  dans 
le  corps  : et  en  cas  qu’ils  s’y  amas- 
sent , tes  purgeant  par  interualle , et 
diuerlissant  sur  une  partie  moins  no- 

Parc  a fait  directement  cet  emprunt.  Cette 
chirurgie  vigoureuse  de  Paul  a été  mise  en 
usage  par  quelques  chirurgiens  arabes , et 
au  xv' siècle  par  Pierre  d’Argelata,  et  par 
Benivieni  (Voyez  mon  Introduction  ) ; mais 
pour  tous  les  autres  jusqu’au  xvnc  siècle, 
et  pour  A.  Paré  lui-même,  elle  semble  n’a- 
voir été  qu’un  précepte  admis  en  théorie, 
mais  trop  hardi  pour  la  pratique  , et  je  ne 
sache  pas  qu’au  xvi'  siècle  de  pareilles  opé- 
rations aient  été  pratiquées. 

Au  reste,  c’est  ici  que  finit  la  citation  de 
Paul  d’Egine,  et  tout  le  reste  du  chapitre 
manquait  dans  l’édition  de  1575;  mais  en 
revanche  on  y lisait  le  paragraphe  suivant  : 

Mais  se  fera  on  auec  la  scie  ou  par  autre 
instrument.  El  mesme  sera  le  plus  expedienl 
prendre  du  sain , à fin  que  la  corruption  qui 
pourroit  y rester  ne  se  communique  d'auantaye 
à l’os  sain  et  entier,  comme  il  est  manifeste  à 
voir  aux  gangrenés , esquelles  si  l’on  n’a  ex- 
tirpé du  vif,  la  pourriture  se  communiquera  de 
rechef  à la  partie  saine  , qui  est  cause  de  re- 
commencer la  cure , autrement  le  malade 
mourroit. 

Ce  passage  a été  retranché  en  1579,  et 
remplacé  par  ce  qui  termine  le  paragraphe 
actuel. 

11. 


ble,  si  mieux  on  ne  peut  : mondifiant 
la  chair  vicieuse  qui  croist  en  l’vlce- 
re,  et  la  saine  auec  medicamens  qui 
n’irritent  et  ne  causent  putréfaction. 

Le  ieune  Chirurgien  sera  aduerti 
que  lors  qu’on  verra  aux  fistules  que 
la  sonde  ou  tente  demeurera  noire, 
ou  qu’il  y aura  quelque  fétidité,  on  ne 
doitpourtant  acertener  qu’il  y ait  ca- 
rie aux  os.  Car  souuentesfois  cela  ad- 
uient , à cause  qu’il  y est  demeuré 
dedans  quelque  morceau  d’esponge 
ou  de  linge  qui  se  pourrit , comme 
i’ai  veu  par  expérience  L 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  FISTVLES  DV  FONDEMENT  OV  SIEGE. 

Les  fistules  du  Fondement  sont  fai- 
tes comme  les  precedentes,  à sçauoir 
d’un  abcès  ou  d’vue  playe  mal-curée, 
ou  d’vne  hemorrhoïde  apostumée. 

Les  vnes  sont  cachées , les  autres 
manifestes.  Celles  qui  seront  cachées 
se  connoistront  d’autant  que  par  le 
siégé  sortira  une  humidité  sanieuse  et 
purulente,  et  que  le  malade  sentira 
douleur  à la  partie.  Celles  qui  sont 
manifestes  se  connoistront  en  les  son- 
dant : et  pour  ce  faire,  le  Chirurgien 
mettra  son  doigt  dedans  le  siégé,  et 
par  l’orifice  de  la  fistule  mettra  sa 
sonde  de  plomb  : laquelle  si  elle  lou- 
che le  doigt  à nud  sans  aucune  inter- 
position , c’est  vn  signe  infaillible 
qu’elle  pénétré  dedans  la  cauité  du 
boyau2  : ioint  aussi  que  non  seule- 
ment par  le  siégé  sort  vne  matière 
sanieuse , et  souuentesfois  des  vers  : 
mais  en  outre  par  le  trou  que  la  ma- 

1 Ce  dernier  paragraphe  «'existait  pas  en- 
core en  1579,  et  date  seulement  de  1585. 

2 Paul  Æginet.  — A.  P. 

18 


2^4  LE  GNZllïi 

liere  par  son  acrimonie  se  sera  ou- 
uert  à costé.  Les  tislules  cuniculeuses 
et  tortueuses  comme  vn  labyrinthe, 
se  iugenl  à ce  que  la  sonde  ne  péné- 
tré guiere  auant , et  rieantmoins  il  en 
fine  plus  grande  quantité  de  matière 
qu’il  nVst  requis  pour  une  petite  vl- 
cere.  Or  en  l’orifice  de  toutes  se  voit 
presque  tousiours  quelque  callosité 
eminente,  que  les  Chirurgiens  appel- 
lent vulgairement  Cul  de  poulie. 

Aux  fistules  du  fondement  il  ad- 
uient  souuent  plusieurs  accidens , 
comme  tenesme,  que  nous  appelions 
espreintes  par  acrimonie  de  la  ma- 
tière : strangurie,  qui  est  un  decou- 
lement  d’vrine  : procidence  ou  re- 
laxation du  fondement  : decoulement 
de  matière  sanieuse  et  puante1,  le 
tout  par  communication  de  matière 
estrange , et  sympathie  par  voisinage 
des  parties , comme  note  Hippocrates, 
liure  des  Fistules. 

Lorsque  nous  voudrons  curer  la 
fistule  par  œuure  manuelle,  faut 
faire  situer  le  malade  à la  renuerse, 
en  sorte  qu’il  tienne  les  iambes  esle- 
uées  en  haut , de  façon  qu’il  aye  les 
cuisses  jointes  vers  son  ventre  : puis 
le  Chirurgien  mettra  le  doigt  dans  le 
siégé , oinct  de  quelque  médicament 
onctueux,  ayant  rongné  son  ongle: 
puis  par  l’orifice  de  l’vlcere  mettra 
vne  grosse  aiguille  de  plomb  enfilée 
partie  de  fil  et  de  queuë  de  cheual, 
laquelle  aiguille  estant  rencontrée 
par  le  doigt  à nud , qui  est  au  fonde- 
ment, sera  courbée  et  ramenée  de- 
hors par  le  siégé  pour  passer  ledit  fil  : 
lequel  estant  passé , sera  lié  et  serré 
à nœud  coulant , à fin  que  de  jour  en 
autre  on  le  puisse  serrer  d’auantage  : 
et  au  par  auant  de  le  resserrer,  on  le 

1 La  fin  de  ce  paragraphe  manque  dans 
l'édition  de  1576. 


ifE  LIVRE, 

tirera  vers  soi , comme  si  on  le  vou- 
loit  scier  : car  par  ce  moyen  ledit  fil 
coupera  la  fistule , sans  auoir  aucun 
flux  de  sang. 

Or  quelquefois  telles  fistules  ne  pé- 
nétrent iusqu’à  la  cauité  du  boyau, 
tellement  que  le  doigt  ne  touche  im- 
médiatement la  sonde,  à cause  de 
quelque  callosité  qui  sera  interposée 
entre,  la  sonde  et  le  doigt.  Et  pour  la 
curation  faudra  mettre  vne  sonde  de 
fer  ou  d’argent,  laquelle  sera  creuse, 
et  par  dedans  sa  cauité  on  iettera  vne 
aiguille  piquante  et  trenchante,  à 
fin  de  rompre  ladite  callosité  : ce  que 
l’on  ne  pourroit  faire  par  le  bénéfice 
d’vne  de  plomb,  ou  d’vne  autre  qui 
fust  ronde,  sans  vne  grande  douleur. 

i Sonde  d'argent  creuse  auec  C aiguille  , 
ensemble  l’aiguille  de  plomb. 


A Monstre  l’aiguille. 

B La  sonde  creuse. 

C L’aiguille  et  sonde. 

D L’aiguille  de  plomb  enfilée. 

Puis  estant  rompue , sera  liée  com- 
me la  susdite.  Celle  qui  est  superfi- 


DES  VLCERES,  FISTVLES  ET  HEMORRHOIDES.  270 


cielle  n’a  besoin  d’estre  liée , ains 
seulement  sera  coupée  auec  une  his- 
torié courbe,  ou  ciseaux  propres  à ce 
faire , et  apres  sera  oslée  la  callosité , 
et  traitée  comme  auons  dit  cy  dessus 
des  autres  fistules. 

Ce  pendant  il  faut  noter  en  ce  lieu 
qu’apres  auoir  coupé  la  fistule,  s’il 
demeure  quelque  callosité  et  cuir  ci- 
catrisé, qui  n’ait  esté  emporté  et 
trenché  par  le  fer  ou  médicament,  la 
fistule  a coustume  de  retourner  C 


CHAPITRE  XXV. 

DES  HEMORRHOIDES. 

Les  hemorrhoïdes , selon  que  le 
mot  est  pris  vulgairement , sont  tu- 
meurs aux  extrémités  des  veines  qui 
sont  autour  du  siégé , faites  par  vne 
fluxion  d’humeurs  melancholiques 
pour  la  plus  part,  et  sont,  selon  les 
anciens , especes  de  varices 2. 

Les  vues  sont  ouuertes , et  par  suc- 
cession de  temps  Fouuerture  deuient 
calleuse  : les  autres  fermées,  estans 
seulement  enflées  sans  rien  iettcr  : 
autres  sont  grandes , petites,  grosses  : 
autres  apparentes,  autres  cachées, 
ieltaus  pour  la  plus  part  sang  auec 
vne  sérosité  iaunastre , qui  est  celle 
qui  de  sa  tenuité  a fait  courir  le  sang 
en  tel  lieu , et  de  son  acrimonie  a ou- 
uert  lesdites  veines.  D’icelles  lors 
qu'elles  sont  fermées,  aucunes  sont 
semblables  à vne  ampoulle  faite  de 
brusleure , à raison  dequoi  les  patiens 
les  nomment  Vesicales,  et  sont  en- 
gendrées par  affluxion  d’humeur  pi- 

1 Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté 
en  1579. 

2 L’édition  de  1575  porte  : especes  d'ane-- 
urismes  -,  la  rédaction  actuelle  date  de  1579. 


tuiteux  et  sereux  : autres  à un  grain 
de  raisin,  qu’ils  nomment  Vuales , 
qui  sont  engendrées  par  affluxion  de 
sang  louable  en  qualité,  redondant 
en  quantité.  Aucunes  sont  sembla- 
bles à une  meure,  et  sont  dites  Mo- 
rales, causées  par  affluxion  de  sang 
melancholique  : autres  sont  dites 
Verrucales , pour  la  similitude  d’vne 
verrue , et  sont  engendrées  de  pareille 
cause. 

Cette  disposition  est  cause  de  plu- 
sieurs accidens  aux  hommes , par  ce 
qu’elle  oste  la  naturelle  beauté , à 
raison  que  pour  la  grande  euacuation 
de  sang  la  couleur  de  tout  le  corps 
est  changée  et  corrompue , et  les  con- 
duit à vne  misérable  vie,  et  pour  la 
foiblesse  de  tout  le  corps , elles  met- 
tent souuent  le  malade  en  danger  de 
mort  : à cause  que  l’euacualion  im- 
modérée qui  s’en  ensuit  fait  hvdro- 
pisie.  Elles  fluent  volontiers  de  mois 
en  mois,  ou  de  trois  mois  en  trois 
mois  : ce  qui  ne  se  fait  souuent  qu’a- 
uec  grande  douleur,  qui  excite  quel- 
quefois inflammation , abcès  et  fistu- 
les, si  promptement  on  n’y  remedie. 
Or  si  elles  jettent  modérément,  et  le 
malade  soustienne  bien  l’euacuation 
sans  ennuy,  on  ne  les  doit  arrester 
du  tout , parce  qu’elles  preseruent  de 
melancholie , manie , lepre , strangu- 
rie , et  autres  affections , comme  pleu- 
résie , peripneumonie  et  malins  vl- 
ceres,  selon  la  sentence  37.  de  la  3. 
sect.  du  6.  des  Epidémies  : et  ores 
qu’on  les  voulust  curer,  il  est  bon, 
selon  l’Aphorisme  12.  du  liure  6.,  en 
laisser  vne 1 : mais  si  le  flux  de  sang 
est  démesuré , on  l’arrestera  : car  au- 
trement il  cause  hydropisie , pour  la 
réfrigération  dufoye,  auec  vne  con- 

1 Ces  citations  ne  datent  que  de  l’édition 
de  1579. 


276  LE  ONZIEME  LTV.,  DES  VLCERES,  FlSTVLES  ET  HEMORRHOIDES. 


somplion  et  exténuation  de  tout  le 
corps.  Pareillement  estant  iudeuë- 
ment  retenu,  il  regorge  aux  poul- 
inons , rompant  quelque  vaisseau  qui 
cause  la  mort  du  malade  : ou  au  foye 
causant  la  meme  hydropisie , réfrigé- 
rant ledit  foye  par  suffocation  de  sa 
chaleur  naturelle. 

Pour  la  curation,  lors  qu’elles  fluent 
trop,  on  y appliquera  vne  tente  faite 
de  poil  de  liéure , couuerte  d’vn  tel 
médicament. 

If.  Pul.  thuris,  balaust.  sang.  drac.  ana  § . £> . 
Incorp.  omnia  cum  alb.  oui,  fiat  medicam. 
ad  vsum. 

Autre  ’. 

Prenez  du  drappeau  bruslé  comme  si  on  le 
vouloit  mettre  en  vn  fusil,  et  le  mettez 
dessus. 

Et  lors  qu’elles  sont  fort  tuméfiées 
sans  estre  ouuertes,  on  doit  faire  cuire 
vn  oignon  sous  la  cendre,  et  piler  en- 
semble vn  fiel  de  bœuf,  et  de  tout  ce 
en  faire  médicament  qui  sera  appli- 
qué et  renouuellé  de  cinq  en  cinq 
heures.  Tel  remede  est  propre  lors 
qu’elles  sont  internes  et  cachées  : et 
lors  qu’elles  sont  apparentes  on  y ap- 
pliquera des  sangsues,  ou  bien  on  fera 
apertion  auec  la  lancette.  Le  suc  et 
marc  de  l’herbe  nommée  galiopsis , 
autrement  vrtica  labeonis,  posé  sur 
les  hemorrhoïdes  les  ouure  et  fait  sai- 
gner, aussi  cure  les  fungus  et  thymus 
qui  sont  autour  du  siégé. 

1 Cette  formule  manque  encore  en  1585; 

elle  se  rencontre  pour  la  première  fois  dans 
l’édition  posthume  de  1598. 


S’il  y a grande  ardeur,  cuisson  et 
douleur,  on  fera  asseoir  le  malade  en 
vn  demy  bain  : et  s’il  y a quelques 
vlceres , on  y appliquera  tel  médica- 
ment. 

2f.  Olei  ros.  § . iiij. 

Cerus.  § . j. 

Litharg.  §.  ft. 

Ceræ.nouæ  3.  vj. 

Opij  3 . j. 

Fiat  vnguent.  secund.  artem. 

Autre  pour  seder  les  grandes  douleurs  et 
espraintes. 

2f.  Thur.  myrrh.  croci  ana  3.  j. 

Opij  3.  j. 

Fiat  vnguent.  cum  oleo  rosa.  et  mucag.  sem. 
psiliij,  addend.  vitel.  vnius  oui. 

Autre  *, 

Prenez  feuilles  de  saulge,  de  consolida  me- 
dia , de  millefolium,  et  de  lierre  ter- 
restre, de  chacun  demie  poignée,  pilée 
en  vn  mortier  auec  vn  iaune  d’œuf  : et 
de  tel  remede  en  appliquer  sur  le  mal. 

Autre 1  2. 

"if.  Vnguenti  populeonis  5 . ij. 

Vitel.  ouor.  numéro  duo. 

Agitent,  simul  in  mortario  plumbeo. 

Ou  prenez  de  la  moelle  de  bœuf 
auec  beurre  frais  : du  tout  laué  en  eau 
rose  soit  fait  onguent. 

Le  reste  de  la  cure  se  paracheuera 
ainsi  qu’il  sera  necessaire. 

1 Cette  formule  manque  dans  les  éditions 
de  1575  et  1579  ; on  la  lit  déjà  en  1585. 

2 Les  deux  formules  qui  suivent  n’ont  été 
ajoutées  à ce  chapitre  qu’à  partir  de  l’édition 
de  1598. 


LIVRE 


LE  DOVZIÉME 

TRAITANT 

DES  BANDAGES'. 


CHAPITRE  I. 

DIFFERENCE  DES  BANDES. 

Les  bandes,  desquelles  on  fait  li- 
gature , sont  differentes  entre  elles. 
En  icelles  nous  considérons  selon  Ga- 
lien au  liure  des  Bandages , six  choses, 
la  matière , la  figure , la  longueur,  la 
largeur,  la  structure  ou  façon , et  les 
parties. 

La  matière  est  triple  : membra- 
neuse, ou  faite  de  cuir,  laquelle  est 
propre  aux  cartilages  du  nez  frac- 
turé : celle  de  laine , comme  aux  par- 
ties enflammées,  où  ne  faut  presser: 
de  linge , comme  où  il  faut  presser2. 

Et  de  ceste-cy  les  vnes  sont  de  lin , 
les  autres  de  cbanure  fort,  comme 

* Encore  un  livre  presque  entièrement 
puisé  dans  Hippocrate  et  dans  Galien  , dont 
Paré  cite  les  traités  dès  le  début  de  son  pre- 
mier chapitre.  Les  opuscules  de  ces  deux 
grands  maîtres  sur  les  bandages  et  les  ap- 
pareils paraissent  avoir  été  connus  des  Ara- 
bes ; mais  ils  n’étaient  point  parvenus  aux 
arabistes  ; aussi  A.  Paré  est  le  premier  chi- 
rurgien moderne  qui  leur  ait  consacré  un 
travail  spécial.  Il  ne  me  paraît  pas  qu’il  ait 
été  publié  avant  la  première  édition  des 
OEuvres  complètes  en  1575.  Seulement 
A.  Paré  y a fait  entrer  environ  deux  chapi- 


note  Hippocrates  en  la  troisième  sec- 
tion de  l'Officine  du  Chirurgien.  Et 
pour  estre  bonnes,  elles doiuent  estre 
de  toile  qui  aura  desia  serui , à fin 
qu’elles  soient  plus  molles  et  traita- 
bles. Aussi  faut  qu’elles  soient  fortes, 
de  peur  qu’elles  ne  se  rompent,  et 
qu  elles  puissent  fermement  tenir  et 
expeller  l’humeur,  pour  prohiber  les 
fluxions.  Et  faut  qu’elles  n’ayent  au- 
cun ourlet,  bord,  liziere,  ny  cousture, 
par  ce  que  l’ourlet  et  cousture  bles- 
sent : d’autant  que  l’ourlet,  qui  est 
dur , comprime  la  chair , et  la  liziere 
ne  permet  bien  lier,  et  la  bande  com- 
prime trop  à l’endroit  de  la  liziere,  et 
ne  serre  assez  au  milieu , par-ce 
qu’elle  n’obeït,  mais  tient  ferme.  D’a- 
uantage,  elles  doiuent  estre  nettes, 

très  du  livre  des  Fractures  de  l’édition  de 
1564.  A sa  première  publication  il  se  com- 
posait seulement  de  7 chapitres,  le  3e  étant 
réuni  au  2°,  et  les  deux  derniers  n’existant 
pas.  En  1579,  le  2e  chapitre  fut  divisé  en 
deux,  ce  qui  fit  8 chapitres.  Enfin  le  9e  et 
le  10e  ont  été  ajoutés  dans  l’édition  de  1585, 
comme  on  les  lit  encore  aujourd’hui. 

2 Ce  paragraphe  date  seulement  de  1579; 
c’est  aussi  dans  cette  édition  qu’A.  Paré  a 
ajouté  au  texte  de  ce  chapitre  les  citations 
des  livres  de  Galien  et  d’Hippocrate  aux- 
quels il  l’a  presque  tout  emprunté. 


LE  DOVZïÉME  LIVRE, 


278 

à fin  que  si  on  fait  quelque  infusion, 
elles  puissent  estre  imbues  de  liqueur 
necessaire,  et  icelle  passer  au  tra- 
uers.  Aussi  elles  doiuent  estre  cou- 
pées de  droit  fil,  et  non  de  biaiz,  par- 
ce qu’elles  tiendront  plus  fermes  : et 
seront  esgales,  c’est-à-dire,  non  plus 
larges  ni  plus  esti  oiles  en  vn  endroit 
qu’en  l’autre. 

Pour  la  différence  de  la  figure,  au- 
cunes sont  roulées,  ausquelles  ne  faut 
rien  coudre  : les  autres  tranchées  par 
leurs  extrémités  (comme  aux  ma- 
melles) ou  par  le  milieu  : les  autres 
ont  plusieurs  bandes  cousues  ensem- 
ble, pour  faire  diuers  chefs  represen- 
tans  vne  diuerse  figure,  comme  en  la 
teste.  Aucunes  sont  longues,  les  au- 
tres courtes:  aucunes  fort  larges,  les 
autres  fort  estroites,  selon  qu’il  est 
requis.  Or  la  longueur  et  largeur  d’i- 
celles ne  se  peut  particulièrement  es- 
crire,  mais  elles  seront  diuersifiées 
selon  la  diuersité  des  corps,  et  la  lon- 
gueur, largeur  et  grosseur  des  parties 
blessées  : et  pour  le  dire  en  vn  mot , 
il  faut  bander  la  teste  en  autre  ma- 
niéré que  la  gorge.  Ainsi  est-il  des 
clauicules,  des  bras,  telins,  aines,  tes- 
ticules, siégé,  cuisses,  iambes,  pieds  et 
doigts,  selon  leur  structure'. 

Les  vnes  sont  pour  suspendre  ou 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1575;  le 
paragraphe  qui  suit  date  seulement  de  l’é- 
dition de  1585;  le  dernier  existait  déjà  en 
1579.  Bien  plus,  cette  édition  présente  une 
phrase  qui  a été  effacée  dès  l’édition  suivante, 
la  voici  : 

Le  s vnes  sont  de  soy  et  sans  artifice  assez 
fermes,  comme  les  membranacées  : les  autres 
sont  lissues , comme  celles  de  linge. 

Les  anciens  se  servaient  de  Landes  de 
cuir  ou  membranacées , mais  non  les  chirur- 
giens du  xvp  siècle;  et  A.  Paré  en  hasardant 
cette  phrase  avait  commis  un  anachronisme 
qu’il  a eu  le  bon  esprit  de  corriger. 


esleuer,  comme  aux  mamelles,  testi- 
cules, hargnes  : aussi  seruent  à tenir 
les  medicamens  sur  les  parties,  pour 
curer  les  inflammations  ou  faire  sup- 
puration. Galien  commande  que  le 
ieune  Chirurgien  s’exerce  et  apprenne 
à faire  les  bandages  sur  vn  homme 
sain,  et  lier  les  malades  bien  dextre- 
ment  quand  il  en  sera  besoin. 

Les  parties  sont  le  corps  de  la 
bande,  et  les  chefs.  Le  corps  est  ceste 
longueur  et  largeur  : les  chefs  sont 
les  extrémités,  tant  selon  le  long  que 
selon  le  trauers,  comme  escrit  Galien 
sur  la  22.  sent,  delà  2.  sect.  de  l’offi- 
cine du  Chirurgien. 


CHAPITRE  II. 

INDICATIONS  ET  PRECEPTES  GENERAVX 

POVr.  LES  BANDES  F.T  L1GATVRES. 

La  bande,  ou  ligature,  doit  auoir 
deux  indications,  l’une  à la  partie, 
l’autre  à la  maladie,  comme  dit  Hippo- 
crates en  lq  première  et  seconde  sec- 
tion du  liure  des  Fractures.  Quand  on 
bande  une  jambe , il  la  faut  bander 
estant  droite  : car  si  on  la  bande 
estant  ployée , le  bandage  se  déféra 
lors  qu’elle  sera  estendue,  à cause 
que  les  muscles  se  mettent  en  autre 
figure.  Au  contraire , lors  que  nous 
voulons  bander  le  bras,  il  faut  qu’il 
soit  ployé  : car  s’il  est  estendu , et 
qu’on  le  ployé  apres,  la  ligature  se 
laschera , à cause  ( comme  nous  auons 
dit  ) que  les  muscles  seront  peruertis 
en  autre  figure.  Sur  quoy  nous  ob- 
seruerons , qu’il  faut  bander  et  lier 
les  parties  en  la  figure  qu’on  veut 
qu’elles  demeurent  '. 

1 A.  Paré  avait  déjà  touché  la  question  de 
la  position  des  membres  vers  la  fin  du  cha- 


DES  BANDAGES.  27Q 


Il  faut  que  les  compresses  et  astelles 
embrassent  toute  la  partie  fracturée  : 
toutcsfois  aux  os  iugulaires , et  aux 
costes , et  aux  vertebres , cela  ne  se 

pitre  C du  Liure  des  fractures  de  l’édition  de 
1564.  Il  semble  toutefois  qu’alors  il  n’était 
pas  aussi  nettement  fixé  sur  la  position  à 
leur  donner  a\ant  d’appliquer  le  bandage, 
et  qu’il  l’appliquait  parfois  dans  une  posi- 
tion qu’il  se  réservait  de  changer  plus  lard. 
Voici  le  texte  : 

Le  membre  ainsi  bandé,  notre  art  commande 
le  situer  en  sa  fiqure  conuenable  et  accouslumée, 
à fin  que  le  patient  y puisse  longuement  durer  : 
laquelle  figure  se  trouuera  louable  et  bonne  si 
les  muscles  sont  en  leur  lieu  et  le  plus  haut 
qu'il  sera  possible , toulesfois  sans  douleur  : ce 
qui  se  fera  si  le  membre  est  tenu  en  figure 
moyenne.  Folio  44. 

On  retrouvera  cette  recommandation  de 
la  figure  moyenne  répétée  au  livre  actuel 
des  fractures , chapitre  4 (voyez  plus  bas, 
page  303) , et  il  n’est  pas  facile  de  concilier 
celte  règle  générale  avec  l’extension  absolue 
conseillée  pour  les  fractures  de  la  cuisse  et 
de  la  jambe.  C’est  que  la  grande  autorité  en 
cette  matière,  après  Hippocrate,  c’était 
Galien;  et  que  Galien  est  tombé  aussi  dans 
cette  apparente  contradiction.  Mais  du  moins 
Galien  y échappe  en  établissant  pour  le  trai- 
tement des  fractures  du  membre  inférieur, 
cette  distinction  ingénieuse,  qu’il  faut  pré- 
férer la  position  à laquelle  les  malades  sont 
le  plus  accoutumés  d’après  leur  profession; 
fléchie,  s’ils  ont  d’habitude  les  jambes  flé- 
chies; étendue,  s’ils  travaillent  les  jambes 
dans  l’extension.  Paré  a copié  la  règle  géné- 
rale, sans  se  soucier  beaucoup  si  elle  était 
en  contradiction  avec  ses  préceptes  spéciaux 
pour  chaque  fracture , et  en  réalité  il  con- 
serve l’extension  complète  pour  les  membres 
inférieurs;  plus  tard,  au  contraire,  Fabrice 
d’Aquapendente,  ne  traitant  que  des  fractu- 
res en  général , et  pressant  les  conséquences 
du  principe  général  deGalien,enestarrivéà 
recommander  la  flexion  pour  presque  toutes 
les  fractures  des  membres,  et  a été  vérita- 
blement le  prédécesseur  et  le  maître  de  Per- 
chai Pott,  qui  n’a  guère  fait  que  com- 
menter et  développer  sa  doctrine. 


peut  faire,  parce  que  telles  parties  ne 
pcuuent  estre  enuironnées  *. 

Quant  à l’indication  de  la  maladie  , 
s’il  y a vn  vlcere  caue,  sinueux  , et 
cuniculeux  , ietlant  grande  quantité 
de  sanie  , il  faut  commencer  à lier 
et  comprimer  au  fond  du  sinus,  et  fi- 
nir à l’orifice  de  l’vlcere  : soit  que  le 
sinus  soit  en  haut,  ou  en  bas,  ou  aux 
costés  : à fin  que  par  ce  moyen  on 
expurge  la  sanie,  et  qu’on  face  appro- 
cher les  parties  séparées  et  distantes2. 
Car  si  la  sanie  demeure  sans  estre 
euacuée,  elle  ronge  et  corrode  les 
parties , et  fait  croistre  l’vlcere  et  le 
rend  incurable,  et  souuent  fait  carie 
aux  os  : parce  qu’ils  s’altèrent  et  pour- 
rissent, à cause  que  les  humeurs  acres 
s’imbibent  en  leur  substance. 

Or  entre  les  bandages,  les  vns  sont 
par  eux-mesmes  remedes , comme 
ceux  qui  conioignent  les  choses  des- 
iointes  et  séparées: les  autres  seruent 
aux  remedes,  comme  ceux  qui  ser- 
uent pour  tenir  les  médicaments  ap- 
propriés aux  maladies.  Tel  bandage , 
dit  Hippocrates  au  commencement  de 
la  secondesection  de  l' officine  du  Méde- 
cin, ou  il  se  fait  qu’il  appelle  Deligolio 
opérons , ou  il  est  fait  qu’il  appelle 
Deligatio  operala. 

Quant  au  premier,  pour  bien  ban- 
der, il  faut  que  la  bande  soit  roulée  es- 
troittement,  à fin  qu'elle  soit  mieux 
entortillée  autour  de  la  partie  qu’on 
veut  bander , et  que  le  Chirurgien  la 
tienne  fermement  en  sa  main.  D’auan- 
tage  en  bandant  faut  prendre  garde 
que  les  bouts  des  bandes , et  la  cous- 
ture,  ne  soient  finis  sur  le  lieu  dou- 
loureux, mais  au  dessus , ou  au  des- 
sous, ou  à costé  Outre-plus  il  se  faut 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  les  éditions 
de  1575  et  1519,  il  a été  ajouté  en  1585. 

2 Beau  précepte  pour  le  Chirurgien. — A.  P. 


200  LE  DOVZIÉME  LIVRE 


bien  garder  de  mettre  quelque  nœud 
sur  ledit  lieu  , ou  bien  à l’endroit  du 
dos,  ou  des  fesses,  ou  aux  costés:  ny  à 
l’endroit  des  jointures,  ou  au  derrière 
de  la  leste,  ou  aux  costés  des  temples, 
ny  sous  les  aisselles,  aines,  et  plantes 
des  pieds  : et  pour  dire  en  vn  mot , à 
l’endroit  où  le  malade  a accouslumé 
de  se  coucher , et  s’appuyer.  Plus,  il 
faut  plier  les  bandes  à l’endroit  qu’on 
veut  qu’elles  soient  attachées  et  cou- 
sues, à fin  qu’elles  tiennent  plus  fer- 
me : car  quand  les  bouts  sont  larges , 
encore  qu’elles  soient  liées  estroille- 
ment , toutesfois  elles  ne  tiennent  pas 
fidèlement.  Parquoii’ay  tousiours  de 
coustume  de  les  replier  en  long  en 
leur  extrémité,  lors  que  ie  les  veux 
coudre  et  arrester  *. 

Quant  au  second  , le  Chirurgien 
qui  aura  fait  les  ligatures,  doit  pren- 
dre garde  aux  intentions  pourquoy 
elles  ont  esté  faites,  et  s’il  a bandé 
bien  proprement  , et  face  qu’elles 
soient  belles  à voir , et  qu’elles  ne  ri- 
dent point,  à fin  de  contenter  les  ma- 
lades et  lesassistans  : car  chacun  ou- 

1 A.  Paré  avait  déjà  donné  ce  précepte,  et 
même  avec  plus  de  détails  , dans  le  Liure 
des  fractures  de  l’édilion  de  1564  , chap.  6, 
fol.  43,  verso. 

«le  ne  veux  icy  oublier  à l'aduertir,  ton 
bandage  fait,  qu’il  ne  le  faut  pas  coudre  lu  fin 
de  tes  bandes  en  la  largeur  que  elles  sont  : car 
elles  ne  tiendraient  pus  si  ferme,  ores  qu’elles 
fussent  eslroillement  attachées  : mais  le  les 
faut  replier  en  long  de  costé  et  d’autre,  faisant 
l’extremilé  d’icelles  presque  en  pointe  puis  les 
coudre  pour  les  arrester  : en  quoy  faisant  tu 
prendras  garde  de  ne  fuire  la  cousture  à l’en- 
droit de  ta  plage,  de  peur  de  la  douleur  qui  s’y 
feroil  en  les  y attachant.  » 

Ce  passage  me  parait  d’un  haut  intérêt 
pour  l’histoire  des  bandages.  On  voit  que 
Paré  ne  savait  les  arrêter  qu’à  l’aide  d’un 
nœud  ou  d’une  suture,  et  qu’il  ne  faisait 
point  encore  usage  des  épingles,  bien  qu’on 


urier  doit  poliret  embellir  son  ouurage, 
tant  que  possible  lui  sera. 

Les  bandages  trop  lasches  aux  frac- 
tures et  luxations  sont  souuent  cause 
de  rendre  les  parties  tortues , bossues, 
et  contrefaites  L 

Aux  fractures,  luxations,  et  sépara- 
tions des  os,  aussi  aux  playes  et  con- 
tusions faut  commencer  le  bandage  , 
et  y faire  les  premières  reuolutions 
ou  tortillemens , qui  seront  deux  ou 
trois , et  les  serrer  ( s’il  est  possible  ) 
plus  en  tels  endroits  qu’és  autres,  à 
fin  de  tenir  fermement  les  os  en  leur 
lieu , et  exprimer  et  expulser  le  sang 
et  autres  humeurs  qui  peuuenl  estre 
ja  tlués,  et  aussi  pour  garder  qu’il  n’en 
flue  plus  qu’il  ne  sera  besoin.  Car 
par  une  fracture  (laquelle ne  se  fait 
jamais  sans  contusion)  le  sang  sort 
de  ses  vaisseaux,  à raison  qu’ils  sont 
violentement  foulés,  pressés,  et  expri- 
més : qui  cause  meurdrisseure  en  la 
chair, de  couleu  r premièrement  rouge, 
puis  liuide  ou  noire,  parce  que  le  sang 
estant  hors  de  ses  propres  vaisseaux 
s’est  espandu  en  la  chair  et  sous  le 

les  trouve  nommées  plusieurs  fois  dans  ses 
OEuvres,  et  par  exemple  ci-devant,  page 
214,  première  colonne.  Nous  avons  vu  éga- 
lement, A l’occasion  du  bec  de  lièvre,  que 
la  suture  entortillée  proposée  par  Paré  était 
pratiquée  à l’aide  d’aiguilles  et  non  pas  d’é- 
pingles. On  a cherché  à diviser  l’histoire 
des  bandages  en  plusieurs  époques;  à mon 
avis  , l’époque  principale  serait  celle  de 
l’invention,  mais  surtout  de  l’application 
des  épingles  : car  c’est  elle  qui  sépare  ab- 
solument la  déligalion  ancienne  de  la  déli- 
gation  moderne. 

1 Cette  remarque,  assez  mal  liée  à ce  qui 
précède  et  à ce  qui  suit,  est  de  1585.  tille 
semblerait  véritablement  mieux  à sa  place 
dans  le  chapitre  suivant,  où  il  est  parlé  des 
inconvénients  des  bandages  trop  serrés  dans 
les  luxations  et  les  fractures.  L’auteur  y 
revient  d’ailleurs  également  au  chapitre  5. 


DES  BANDAGES. 


28l 


cuir,  et  en  la  substance  des  parties 
subiacentes.  Partant  faut  conduire  la 
bande  le  plus  loing  de  la  partie  frac- 
turée, ou  luxée,  que  l’on  pourra.  Car 
qui  feroit  autrement,  il  renuoyerait 
le  sang  au  lieu  blessé,  et  pourroitcau- 
ser  aposteuies  et  autres  mauuais  ac- 
cidens.  Or  le  sang  qui  llue , tend  en 
bas  seulement  par  vn  chemin  : et  ce- 
luy  qui  est  exprimé , va  par  deux  , à 
sçauoir  de  haut  en  bas , et  de  bas  en 
haut  Toutesfois  il  faut  auoir  esgard 
de  le  repousser  plustost  vers  le  corps 
que  vers  les  extrémités,  parce  qu’elles 
ne  sont  assez  capables  ny  fortes  pour 
receuoir  sans  accident  telle  abon- 
dance de  sang  : car  il  s’y  pourroit 
faire  une  inflammation  ou  aposteme  : 
et  lors  qu’on  le  repoulse  vers  le  corps, 
il  est  régi  et  gouuerné  par  les  vertus 
et  facultés  naturelles  2. 

1 Galien  sur  la  sent.  25.  de  la  1.  sect.  des 
F > •actures.  — A.  P. 

2 Toute  la  fin  de  ce  paragraphe  est  em- 
pruntée, sauf  quelques  différences  de  rédac- 
tion, à l’édition  de  1564,  chapitre  cité, 
folio  43;  mais  le  texte  primitif  étant  réel- 
lement beaucoup  plus  clair,  je  crois  devoir 

'le  reproduire. 

* Ayant  réduit  le  membre  , le  plus  près 
qu’il  sera  possible  de  sa  figure  naturelle , il 
faut....  commencer  le  bandage  sur  la  frac- 
ture, et  y faire  trois  ou  quatre  tours,  0 fin 
de  tenir  mieux  les  os.  De  là  retourner  la 
bande  en  haut  sur  les  parties  saines  , lousiours 
tirant  vers  le  corps  , et  te  plus  loin  de  la  frac- 
ture que  l'on  pourra , iusqu’à  ce  que  la  bande 
soit  tout  employée  : car  par  ce  moyen  on  re- 
poulse le  sang  qui  ia  estoit  coulé  ù la  fracture 
et  aux  enuirons  d’icelle  : aussi  on  engarde 
qu’il  en  coule  d’auanlage.  Or  qui  feroit  la  li- 
gature autrement , il  renuoiroit  le  sang  au  lieu 
blessé  : et  pourroit  causer  apostemes  et  autres 
mauuais  accident.  Car,  comme  dit  Hippocra- 
tes, le  sang  qui  coule  en  bas , seulement  y va 
par  vn  chemin  : mais  celuy  qui  en  est  repoulsé 
par  la  bande , va  par  deux  sentiers,  à sçauoir 
de  haut  en  bas , et  de  bas  en  haut,  Fti  quoy 


CHAPITRE  III. 

TROIS  BANDES  NECESSAIRES  AVX 
FRACTVRES  '. 

Et  pour  bien  et  duement  tenir  les  os 
luxés  et  fracturés,  il  est  necessaire  au 
Chirurgien  s’aider  selon  Hippocrates, 
senten.  24.  de  la  2.  sect.  de  l’Officine 
du  Médecin , de  deux  especes  de  ban- 
des : les  vnes  sont  appellées  de  luy 
Hypodesmides , c’est  à dire,  sous-ban- 
des , les  autres,  Epidesmi,  c’est  à dire, 
sus-bandes.  Les  sous-bandes  sontdeux, 
quelquesfois  trois2,  dont  la  première 
commencera  sur  la  fracture,  y faisant 
trois  ou  quatre  reuolutions  : et  qu’il 
ait  esgard  à la  figure  de  la  fracture  , 
pource  que  selon  icelle  faut  faire  et 
diuersifier  le  bandage.  Car  il  faut  me- 

faut  auoir  esgard  de  chasser  plustost  la  grande 
abondance  de  sang  vers  te  corps  que  vers  les 
extrêmes  parties  : pource  que  les  exlremilez  ne 
sont  assez  capaces  ne  conuenables  pour  rece- 
uoir vue  si  grande  abondance  de  sang  et  d’hu- 
meurs, et  rnesmes  ne  sont  assez  puissantes  pour 
les  cuire  et  assimiler  à leur  substance  : qui  plus 
est,  une  inflammation  et  aposteme  s’y  pourroit 
engendrer  auecques  autres  penlleux  accidens. 
Mais  quand  on  le  repoulse  vers  le  corps , tors 
il  est  régi  et  gouuerné  par  les  facullez  natu- 
relles. » 

Cette  doctrine  n’est  autre  que  celle  d’Hip- 
pocrate au  livre  des  fractures;  et  elle  peut 
entraîner  de  graves  inconvénients,  tels  que 
la  dissémination  de  la  tumeur  du  cal  pro- 
visoire, et  des  retards  dans  la  consolidation 
de  la  fracture.  Mais  ce  n’est  pas  ici  le  lieu 
d’ouvrir  une  discussion  à cet  égard. 

'Ce  chapitre  n’était  point  séparé  du  pré- 
cédent dans  l’édition  de  1575. 

2 L’édition  de  1575  nefaisait  nulle  mention 
des  distinctions  établies  par  Hippocrate,  et 
disait  simplement  : 

« Il  est  necessaire  au  Chirurgien  s'aider  de 
trois  bandes  dont  la  première,  etc. 

En^laTO  , Paré  fléchissant  sous  l’autorité 


LE  POVZIÉME  LIVRE 


282 

ner  la  bande  vers  le  costé  contraire  à 
celui  vers  lequel  la  luxation  ou  frac- 
ture  est  inclinée,  à fin  que  l’os  emi- 
nent  soit  repoussé  et  tenu  ferme  en 
son  lieu  naturel,  auquel  on  l’aura 
restitué.  Telle  chose  se  fera  bien  en 
ceste  maniéré  : à sauoir , quand  la  par- 
tie dextre  est  plus  eminente,  la  bande 
alors  commencera  à la  mesme  partie, 
et  sera  menée  vers  la  senestre  : au 
contraire,  si  la  senestre  est  excedente, 
faut  que  la  bande  commence  à icelle, 
et  soit  conduite  vers  la  dextre.  Par- 
tant il  faut  que  le  Chirurgien  use  de 
la  main  dextre  et  senestre,  pour  bien 
faire  icelles  ligatures  *,  et  conduira  sa 
première  en  haut,  c’est  à dire,  vers  le 
corps,  pour  les  raisons  prédites. 

Ceste  maniéré  de  comprimer  sur  les 
fractures  n’est  seulement  propre  et 
particulière  à icelles,  mais  aussi  aux 
luxations.  Car  quand  il  se  fait  luxa- 
tion en  une  partie  , et  qu’elle  est  re- 
dure, il  faut  comprimer  et  bander 
plus  doucement  le  costé  d’où  l’os  est 
parti,  et  serrer  plus  fort  celuy  auquel 
est  tombé.  Donc  le  bandage  doit  estre 
amené  du  lieu  sur  lequel  l’os  est  tombé, 
et  que  celuy  duquel  il  est  tombé  soit 
lasche  et  non  pressé  de  la  bande  et 
compresse , à fin  qu’on  la  pousse  et 
face  tendre  et  tirer  vers  la  partie  con- 
traire, où  s’est  faite  la  luxation.  Car 
si  on  bandoit  autrement,  le  bandage 
cederoit  au  mal,  pource  que  la  partie 
a esté  relaschée  et  desiointe  de  son 
lieu  naturel  : et  partant  on  pourroit 

d’Hippocrate,  corrigea  son  premier  texte, 
adoptant  les  deux  bandes  comme  doctrine  gé- 
nérale ; mais  il  est  à remarquer  que  sa  prati- 
que ne  changea  point  pour  cela , et  nous  le 
verrons  au  Linre  des  fractures  opposer  au 
bandage  d’Itippocrate  sa  pratique  ordinaire. 
Voyez  ci-après  page  32a. 

1 Le  Chirurgien  doit  estre  ambidextre  , s'il 
est  possible.  — A.  P. 


estre  cause  de  la  repousser , ou  ren- 
uoyer  de  rechef  l’os  hors  de  son  lieu, 
où  il  aurait  esté  réduit.  Mais  tant  s’en 
faut  qu’il  le  faille  bander  vers  la  partie 
où  s’est  faite  la  luxation  , qu’ Hippo- 
crates veut  qu’on  la  ramene  vn  peu 
plus  que  son  naturel. 

Or  pour  poursuiure  nos  sous-ban- 
des ',  ayant  fait  la  première , on  en 
prendra  vne  seconde,  laquelle  com- 
mencera pareillement  sur  la  fracture, 
et  n’y  fera  qu’un  tour  ou  deux  : parce 
qu’il  ne  faut  tant  enuoyer  de  sang 
vers  les  extrémités  , comme  aux  par- 
ties supérieures  ( ainsi  que  nous  auons 
desja  demonslré)et  sera  conduite  vers 
le  bas  ou  extrémité  de  la  partie,  la 
serrant  doucement,  à fin  aussi  d’ex- 
primer le  sang  de  la  partie  blessée  2, 
et  la  ramènerons  en  haut  : ce  que  si 
nous  ne  voulons  faire,  prendrons  vne 
troisième  sous-bande,  qui  commen- 
cera où  la  seconde  aura  fini , et  sera 
conduite  en  haut:  qui  sert  à réduire 
les  muscles , qui  ont  esté  detors  et 
tournés  de  leur  situation  naturelle 
par  les  deux  premières  bandes 3. 

1 L’édition  de  1575,  fidèle  à son  texte  an- 
térieur, porte  en  cet  endroit  : nos  trois  ban- 
dages. 

2 L’édition  de  1575  arrête  là  les  circonvo- 
lutions de  la  deuxième  bande,  et  poursuit 
ainsi  : 

« La  troisiesme  bande  commencera  oit  la 
seconde  aura  Jiny , et  sera  conduite  en  haut 
tout  à l’ opposite  de  la  première  et  seconde; 
c’est  à sçauoir,  si  elles  ont  esté  conduites  à 
dextre,  on  la  conduira  à senestre,  ou  au  con- 
traire, et  finira  la  où  la  première  aura  fini,  la 
serrant  doucement  : et  faut  qu’il  y ail  grande 
espace  entre  ses  reuolulions.  L’vsage  de  ceste 
tierce  ligature  c'est  de  remettre  les  muscles  en 
leur  figure  naturelle , de  laquelle  ils  auoyenl 
esté  peruerlis  et  destournez  par  les  deux  pre- 
mières bandes.  » 

La  nouvelle  rédaction  date  de  1579. 

5 Ces  détails  sur  l’arrangement  de  la  se- 


DES  BANDAGES. 


283 


Or  il  faut  serrer  les  bandes  modéré- 
ment , mesurans  la  médiocrité  par 
noslre  iugement,  et  le  sentiment  du 
malade  , qui  dit  estre  assez  serré  , et 
que  s’il  l’estoit  plus  , il  ne  se  pourroil 
endurer  : considerans aussi  la  tumeur 
ou  enfleure  qui  doit  estre  sans  inflam- 
mation , et  l’habitude  du  corps.  Car 
les  corps  mois  ne  peuuent  tant  endu- 
rer estre  serrés  et  pressés  que  les 
durs.  Or  pour  auoir  trop  lié  et  bandé 
vne  fracture  ou  luxation , on  iette  et 
expelle  les  humeurs  aux  extrémités  , 
dont  souuentesfois  suruiennent  de 
grandes  tumeurs  œdémateuses.  Et 
pour  y remedier,  il  faut  deslier  le  lieu 
fracturé  ou  luxé  : puis  on  commen- 
cera à bander  et  comprimer  les  par- 
ties enflées,  et  conduire  la  bande  vers 
les  parties  supérieures  , à fin  de  des- 
charger la  partie  enflée  : et  où  on  ne 
deslieroit  la  partie  fracturée  ou  luxée, 
l’humeur  ne  pourroit  estre  renuoyé 
és  parties  supérieures  '. 

Geste  méthode  est  laisser  la  propre 
cure  poursubuenir  aux  accidens  : ce 
que  le  Chirurgien  rationel  fera  tous- 
iours , quand  il  connoistra  estre  ne- 
cessaire. Et  pour  ceste  cause  Hippo- 
crates commande  qu’on  deslie  la  liga- 
ture de  trois  iours  en  trois  iours,  et  à 
chacune  fois  qu’on  fomente  la  partie 
d’eau  chaude , à fin  que  les  humeurs 

eonde  et  de  la  troisième  bandes  se  retrouvent 
au  Liure  des  fractures  de  l’édition  de  1564  , 
chapitre  déjà  cité;  comme  ce  sont  toujours 
les  mêmes  idées,  et  qu’elles  n’appartiennent 
pas  même  à notre  auteur,  je  ne  reproduirai 
pas  le  texte  de  cette  édition,  qui  présente 
d’ailleurs  fort  peu  de  différence  avec  la  ré- 
daction définitive.  • 

1 A.  Paré  ne  parle  ici  que  de  l’oedème  qui 
survient  par  l’effet  d’un  bandage  trop  serré; 
mais  dans  l’édition  de  1564,  chapitre  7, 
folio  45,  il  mentionnait  spécialement  celui 
qui  est  produit  par  la  fracture  même. 

.Mais  si  d’auanture  il  surinent  tumeur  à la 


contenus  en  la  fracture,  lesquels  y 
sont  flués  par  le  moyen  de  la  douleur, 
soient  resouls  et  euacués , pour  pro- 
hiber vn  prurit , et  autres  accidents. 
Et  apres  qu’ils  seront  passés , on  dé- 
liera la  ligature  plus  à tard , et  la 
fera-on  plus  lasche , à fin  que  le  sang 
et  la  matière  qui  doit  faire  le  callus 
ne  soient  empeschés,  mais  qu  ils  y 
fluent  plus  librement. 


CHAPITRE  IV. 

DES  BANDAGES  DES  FRACTVRES 
AVEC  PLAYE. 

Aucunes  fractures  sont  auec  playe  : 
et  lors  qu’il  y a playe,  encor  les  faut-il 
bander:  autrement  elles  enfleroient  , 
receuant  les  humeurs  des  autres  par- 
ties, dont  plusieurs  accidents  sur- 
uiendroient.  Mais  ne  faut  que  le  ban- 
dage soit  comme  nous  auons  dit , y 
faisant  des  circonuolutions , parce 
qu’il  faut  tous  les  iours  traiter  la 
playe  pour  la  mondifier  et  médicamen- 
ter : et  où  il  y auroit  des  circonuolu- 
tions , faudroit  tous  les  iours  remuer 
la  partie,  qui  seroit  cause  de  faire 
douleur  au  malade,  qui  engarderoit 
TvniondeTos,  laquelle  demande  le 
repos. 

main  , au  genouil  ou  au  pied,  à cause  de  quel- 
que os  rompu,  en  cest  esgard  il  faut  commencer 
à bander  et  lier  icelles  parties  premier  que  la 
fracture.  Car  si  on  faisait  autrement , l’hu- 
meur contenu  en  ceste  enfleure  et  qui  conti- 
nuellement y deflue,  ne  pourroil  estre  renuoyé 
aux  parties  supérieures , pour  la  compression 
que  ferait  la  première  ligature. 

Et  il  ajoutait  en  marge  : 

Belle  obserualion  pour  les  tumeurs  audes- 
soubs  des  fractures. 

C’est  sans  doute  par  un  pur  oubli  que  ce 
passage  intéressant  n’a  point  été  reproduit 
dans  les  éditions  complètes. 


LE  DOVZIÉME  LIVRE  , 


284 

Partant  iceluy  bandage  se  fera  en 
passant  seulement  vne  fois  autour 
d’icelle  playe  auecques  vne  bande  qui 
sera  en  deux  ou  trois  doubles,  en  fa- 
çon d’une  compresse , laquelle  sera 
dextrement  cousue  : et  sera  de  telle 
largeur  qu’elle  comprime  entière- 
ment toute  la  playe , pour  les  raisons 
que  dirons  cy  apres  au  liure  des  Frac- 
tures. Et  si  la  playe  est  de  figure  se- 
lon la  longitude  du  corps,  les  com- 
presses et  astelles  doiuent  estre  ap- 
pliquées aux  costés,  à fin  de  reioindre 
la  playe , et  expeller  les  excremens  : 
mais  si  elle  est  au  trauers,  ne  faut  ap- 
pliquer telle  maniéré  de  compresses 
et  astelles  : car  on  dilateroit  la  playe, 
et  ietteroit-on  les  excremens  dans 
icelle,  comme  escrit  Galien  sur  la 
douzième  sentence  de  la  seconde  sec- 
tion du  liure  des  Fractures. 


chapitre  y. 

PRECEPTES  ET  OBSERVATIONS  COHIMVNES 

POVR  LES  FRACTVRES  ET  LVXATIONS. 

D’auantage , en  toute  fracture  et 
luxation,  les  parties  caues  et  exté- 
nuées, comme  celles  qui  sont  vers  les 
iointures , doiuent  estre  remplies  de 
compresses  ou  bandes  appliquées  au- 
tour pour  faire  la  partie  égalé  , à fin 
que  les  astelles  la  compriment  egale- 
ment, pour  mieux  tenir  les  os  en  leur 
lieu  naturel  : comme  quand  on  bande 
le  genoüil , il  faut  emplir  la  cauité, 
c’est-à-dire  la  partie  postérieure , qui 
est  le  iarret , à fin  que  le  bandage  soit 
mieux  et  pluspromptement  fait . Il  faut 
faire  le  semblable  sous  les  aisselles,  et 
au  dessus  du  talon , et  au  bras  près  le 
carpe,  eten  toutesles  autrespartiesoù 
il  y a cauité  et  inégalité  ‘. 

1 Ce  premier  paragraphe  est  extrait,  avec 


Apres  auoir  bandé  et  lié,  faut  inter- 
roger le  malade  s’il  sent  la  partie 
estre  trop  serrée,  et  s’il  dit  ouy,  et 
qu’il  ne  la  peut  endurer,  la  faut  des- 
serrer. Car  si  le  bandage  est  trop 
serré,  il  excite  douleur,  chaleur, 
fluxion,  gangrené,  et  par  conséquent 
mortification  : et  celuy  qui  n’est  pas 
assez  serré  ne  profite  rien,  principa- 
lement aux  fractures  et  luxations.  Or 
si  la  partie  est  bien  bandée,  c’est  à 
dire  si  elle  n’est  trop  lasche  ny  trop 
serrée , on  la  trouuera  le  lendemain 
enflée  d’vne  tumeur  molle  œdéma- 
teuse, à cause  que  la  ligature  a ex- 
primé le  sang  du  lieu  fracturé  1 : au 
contraire , si  elle  est  trop  serrée  , la 
tumeur  sera  dure.  Et  si  on  ne  trouue 
aucune  tumeur  le  lendemain,  c’est 
signe  que  la  ligature  n’est  assez  ser- 
rée, et  qu’elle  n’a  aucunement  chassé 
et  exprimé  le  sang  de  la  partie  frac- 
turée ou  luxée.  Si  doneques  on  con- 
noist  que  pour  la  ligature  trop  serrée 
il  soit  suruenu  vne  tumeur  grande  et 
dure,  promptement  il  la  conuient 
deslier,  pour  empescher  les  accidens: 
et  faut  fomenter  la  partie  d’eau  chaude 
auec  huile,  puis  la  rebander  médio- 
crement, ne  serrant  fort  les  bandes 
pendant  qu’il  y aura  douleur  et  in- 
flammation2. Auquel  temps  ne  faut 
aussi  mettre  choses  pesantes,  de  peur 
d’augmenter  les  accidens  susdits.  Et 
lors  que  le  malade  se  porte  bien,  faut 
laisser  le  bandage  trois  ou  quatre 

des  différences  fort  peu  importantes  de  ré- 
daction, du  chapitre  6 du  Liure  des  fractures 
de  l’édition  de  15G4. 

‘Hippocrates  sent.  37.  et  38.  sect.  1.  des 
Fractures.  — A.  P. 

2 Ce  paragraphe  est  également  reproduit 
sous  une  forme  un  peu  différente  d’après  la 
fin  du  chapitre  6 et  le  commencement  du 
chapitre  7 du  Liure  des  fractures  de  l’édition 
de  16G4. 


DES  BANDAGES. 


iours  sans  le  deslier,  et  plustost  aux 
délicats , et  plus  tard  aux  robustes. 
Toutesfois  il  faut  icy  noter,  que  le 
troisième  iour,  et  de  là  en  autant  ius- 
ques  au  septième,  on  trouue  les  ban- 
des lasches,  et  la  partie  plus  gresle , 
qui  est  bon  signe , à cause  que  la  tu- 
meur s’est  esuanoüie  et  résolue , par- 
ce que  par  la  ligature  on  a exprimé  le 
sang  qui  auoit  couru  à la  partie  : 
ioint  que  par  la  compression  on  a dé- 
fendu vne  portion  du  nourrissement, 
qui  la  fait  monstrer  plus  gresle  et 
amaigrie  ».  Et  ainsi  les  os  rompus,  en 
les  serrant , se  dresseront  et  touche- 
ront mieux  : et  lors  on  doit  assez  ser- 
rer sur  la  fracture,  et  ailleurs  moins  : 
et  à l’endroit  où  la  fracture  fait  emi- 
nence , faut  comprimer  et  serrer  d’a- 
uantage  auec  compresses  et  astelles. 
Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  le  sep- 
tième iour  passé,  il  faut  plus  estroitte- 
ment  bander  qu’auparauant , pource 
qu’en  tel  temps  l’inflammation , dou- 
leur, et  autres  accidens,  sont  commu- 
nément passés. 

Or  ce  que  nous  auons  cy  dessus 
déclaré  des  trois  bandes,  ne  peut 
estre  deuëment  fait  en  toutes  parties , 
comme  aux  fractures  de  la  mandi- 
bule, à l’os  furculaire,  à la  teste , au 
nez,  et  aux  costes  : parce  qu’à  raison 
qu'elles  ne  sont  longues  et  rondes , 
on  ne  peut  faire  la  ligature  tout  au- 
tour d’icelles  parties,  comme  l’on  fait 
aux  bras,  aux  cuisses  et  iambes  : mais 
elle  se  fait  seulement  par  dehors. 


CHAPITRE  VI. 

VTILITÉ  DES  BANDAGES. 

Par  les  choses  precedentes  nous  con- 
noissons  que  l’vtilité  des  bandages 

1 Hippocrates  sent.  39.  40.41.  de  la  sect.  1 . 
des  Fractures. — A.  P. 


285 

est,  que  par  iceux  les  choses  desiointes 
et  séparées  sont  poussées  en  leur  lieu 
naturel,  et  les  entr’ouuertes  sont  con- 
iointes,  comme  és  fractures,  fentes, 
contusions,  vlceres  sinueux:  esquelles 
choses  Pvnité  est  perdue,  et  pour  la 
conionction  desquelles  les  bandes  sont 
necessaires  : outre-plus,  par  icelles  les 
choses  lesquelles  seroient  serrées  et 
coniointes  , tenues  séparées  : comme 
on  voit  qu’és  combustions  les  doigts  se 
ioignent  ensemble,  et  les  iarrets,  et 
aussi  les  aisselles  contre  la  poitrine , 
et  le  menton  contre  le  sternon  : et  par 
bien  bander,  icelles  choses  n’aduien- 
nent  point. 

Les  bandes  et  ligatures  seruent  pa- 
reillement à refaire  les  parties  éma- 
ciées et  amaigries.  Exemple.  Si  la  iam- 
be  dextre  est  en  atrophie , il  faut  lier 
la  senestre,  commençant  au  pied  et 
finissant  en  l’aine.  Si  c’est  le  bras  dex- 
tre, on  liera  le  senestre,  commençant 
à la  main  et  finissant  sous  l’aisselle  : 
car  en  ce  faisant,  on  renuoye  vne 
grande  portion  du  sang  de  ces  parties 
ainsi  liées  en  la  veine  caue  : laquelle 
estant  plus  pleine  , en  sera  enuoyé  à 
la  partie  emaciée,  en  laquelle  les  vais- 
seaux ne  sont  remplis,  mais  aucune- 
ment vuides.  Or  il  en  conuient  en- 
uoyer  beaucoup , d’autant  que  la 
partie  est  vuide,  et  pareillement  pour 
l’alimenter.  D’auantage  faut  que  la 
partie  saine  soit  en  repos , et  qu’elle 
soit  bandée  et  liée  sans  douleur,  à fin 
que  le  sang  et  esprits  y fluent  moins  : 
ce  qu’ils  feraient  d’auantage , si  elle 
estoit  liée  auec  douleur. 

Plus,  les  ligatures  et  compresses 
seruent  à estancher  le  flux  de  sang 
des  playes,  dequoy  l’experience  iour- 
nelle  nous  fait  foy,  en  cequ’apres  vne 
saignée  , y mettant  vne  compresse  et 
ligature  dessus,  le  sang  est  estan- 
ché. 


LE  DOVZIEME  LIVRE  , 


286 

D’abondant  les  ligatures  seruent 
aux  femmes  nouuellement  accou- 
chées: lois  qu’on  bande  leur  ventre , 
on  exprime  le  sang  de  leur  matrice, 
qui  en  est  grandement  arrousée  et 
imbue , et  par  ce  moyen  on  aide  à la 
vertu  expultrice  à le  ietter  hors.  Aussi 
ceste  ligature  prohibe  que  les  vents 
n’entrent  en  icelle  matrice. 

La  ligature  sert  aussi  aux  femmes 
grosses  à supporter  le  fardeau  de  leur 
grossesse,  et  celles  principalement  qui 
portent  leurs  enfans  si  bas  qu’ils  leur 
pendent  entre  les  iambes  , leur  em- 
peschant  la  liberté  de  marcher  : car 
par  la  ligature  appellée  des  femmes 
Nombrillere  , outre  qu’elles  sont  sou- 
lagées de  la  pesanteur,  le  faix  estant 
retroussé,  l’enfant  est  contraint  re- 
monter plus  haut , dont  leur  est  le 
marcher  plus  aisé  '. 

Outre  ces  choses , les  ligatures  ser- 
uent à faire  reuulsion  et  deriualion 
de  plusieurs  parties  du  corps,  et  aussi 
à tenir  les  medicamens  appropriés  aux 
maladies,  comme  au  col,  au  thorax  et 
au  ventre1 2.  Galien,  au  troisième  com- 
mentaire de  l’Officine  du  Médecin , 
commande  de  commencer  le  bandage 
sur  les  fractures  et  luxations,  et  sur 
les  playes  et  contusions , à fin  de  des- 
charger la  partie  du  sang  et  humeurs 
qui  ont  deilué  sur  icelle , et  garder 
qu’ils  ne  Huent.  Toutesfois  s’il  y a si- 
nus ausdites  vlceres,  il  faut  commen- 
cer sur  iceluy  ,•  à fin  d’euacuer  le 
pus  ou  sanie  par  l’ouuerture  de  l’vl- 
cere. 

Que  diray-ie  plus?  La  ligature  a 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  la  première 
édition  et  a été  ajouté  en  1579. 

2 Ce  paragraphe  s’arrêtait  ici  dans  les 
éditions  de  1575  et  1579  ; la  citation  de 
Galien  qui  le  complète  est  une  addition  de 
1585. 


trois  vtilités  en  l’amputation  des  mem- 
bres, comme  bras  et  iambes.  La  pre- 
mière, c’est  qu’elle  tient  le  cuir  et  les 
muscles  esleués  en  haut , à fin  qu’a- 
pres  l’œuure  ils  recouurent  l’extre- 
mité  des  os  qui  auront  esté  coupés. 
Car  apres  la  consolidation  et  la  cica- 
trice faite,  les  muscles  seruent  comme 
d’vn  coussinet  aux  extrémités  des  os: 
et  par  ainsi  la  partie  pourra  demeu- 
rer plus  forte,  et  moins  douloureuse 
quand  on  pressera  dessus,  ioint  aussi 
que  la  curation  est  plus  briefue.  Car 
d’autant  que  la  partie  est  plus  cou- 
uerte  de  chair,  plustost  aussi  les  os 
sont  couuerts.  La  seconde  est,  qu’elle 
prohibe  l’hemorrhagie , ou  flux  de 
sang,  à cause  qu’elle  presse  les  veines 
et  arteres,  de  sorte  qu’il  n’en  peut  sor- 
tir que  bien  peu.  La  troisième  est 
qu’elle  rend  obtus  et  hébété , c’est  à 
dire  qu  elle  oste  grandement  le  senti- 
ment delà  partie,  parce  qu’elle em- 
pesche  par  sa  grande  adstriction  que 
l’esprit  animal , lequel  donne  senti- 
ment par  les  nerfs,  11e  peut  reluire  à 
la  partie  pendant  qu’on  la  coupe  *. 


CHAPITRE  VII. 

VS  AGE  DES  COMPRESSES. 

L’vsage  des  compresses  est  double, 
à sçauoir,  pour  emplir  les  parties  ca- 
ues,  et  celles  qui  ne  sont  si  grosses 
vers  leurs  extrémités  comme  vers  le 
milieu  2.  Exemples  des  parties  caues 
qu’il  faut  remplir  : comme  sous  les 

'Ces  derniers  mots, pendant  qu’oti  la  coupe, 
se  lisent  pour  la  première  fois  dans  l’édition 
de  1585. 

2 Hippocrates,  sent.  2.  de  la  3.  sect.  de 
l'Officine, et  sen.  32.  de  la  1.  sect.  des  Frac- 
tures. — A.  P. 


DES  BANDAGES. 


287 


aisselles,  sous  les  iarrets,  aux  claui- 
cules,  et  aux  aines.  Quant  à celles  qui 
ne  sont  si  grosses  vers  leurs  extrémi- 
tés comme  vers  le  milieu,  ce  senties 
bras  près  le  carpe,  et  lesiambes  près 
le  pied,  et  la  cuisse  au  dessus  du  ge- 
noiiil  : ausquels  lieux  il  faut  mettre 
des  compresses  et  bandes  tout  au- 
tour, tant  que  l’on  verra  la  partie 
estre  égalé. 

Le  second  vsage  est  d’entretenir 
les  premières  deux  bandes  appli- 
quées sur  la  partie  fracturée  : et  dif- 
férant en  ce  qu’au  premier  vsage  on 
les  met  de  trauers,  et  au  second  de 
long'.  On  peut  aussi  vser  de  com- 
presses quand  on  veut  eslendre  vn 
membre  luxé  pour  le  réduire , de 
peur  que  les  liens  ne  compriment  et 
lacent  douleur.  Pour  ce  faut  garnir 
de  compresses  la  partie  qui  doit  estre 
estendue,  à fin  que  les  liens  ne  com- 
priment pas  trop,  et  par  ce  moyen  on 
engardera  qu’ils  ne  blessent  tant 
qu’il  est  possible.  Les  compresses  doi- 
uent  estre  espaisses  de  trois  ou  qua- 
tre doubles , plus  ou  moins,  et  lon- 
gues et  larges  plus  ou  moins,  selon 
qu’on  verra  estre  besoin1 2 3: et  doiuent 
estre  trempées  en  oxycrat,  ou  en  vin, 
ou  en  huile , ou  cerat , s’il  y auoit 
douleur , à fin  qu’elles  soient  plus 
mollettes  et  qu’elles  tiennent  plus 
ferme. 

1 Cette  première  phrase  manquait  dans 
l’édition  de  1575;  immédiatement  après  le 
paragraphe  précédent  on  lisait  : Aussi  faut 
vser  de  compresses,  etc.  — La  rédaction  nou- 
velle est  de  1579. 

2 Le  chapitre  finit  ici  dans  les  éditions  de 

1575  et  1579.  Le  reste  a été  ajouté  en  1585. 


CHAPITRE  VIII. 

VSAGE  DES  EERVLES  , ASTELLES , 
TORCHES  ET  QVESSES. 

Après  auoir  parlé  des  bandes  et 
compresses,  à présent  nous  faut  trai- 
ter des  ferules  et  astelles , et  autres 
choses  qui  seruenl  à tenir  les  os  en 
leur  place,  comme  sont  sachets,  cous- 
sins , oreillers  , torches  de  paille  et 
quesses  *. 

1 L’édition  de  1545  se  borne  à énumérer 
les  bandes  el  compresses , esclacs,  astelles  fai- 
tes de  boys  , plomb  , fer  blanc , cuir  corroyé, 
gros  papier  de  chartes , ou  escorce  d'arbres , 
folio  37.  Celle  de  1552 répète  les  mêmes  ter- 
mes ; seulement  le  mot  esclacs  est  orthogra- 
phié esclatz  ; ce  sont  sans  doute  des  attelles 
faites  en  fendant  des  planches  de  certains 
bois,  comme  dans  les  campagnes  on  en  im- 
provise encore  en  fendant  des  fonds  de  boîtes 
de  sapin. 

L’édition  de  1564  ne  dit  également  qu’un 

mot  des  astelles  et  ferules  qui  peuuent  estre 
faites  de  boys,  de  plomb,  de  fer  blanc,  de  gros 
papier  de  quarte  , ou  d’escorce  d'arbres  , 
folio  42,  verso. 

Nous  verrons  au  chapitre  des  fractures  de 
l’avant-bras,  que  le  plomb  avait  été  em- 
ployé pour  fabriquer  des  gouttières  desti- 
nées à soutenir  le  membre,  et  qu’il  avait  été 
ensuite  abandonné  pour  le  fer-blanc.  Je  me 
suis  assuré  toutefois  qu’avec  des  lames  de 
plomb  d’une  demi -ligne  d’épaisseur,  on 
peut  parfaitement  modeler  sur  le  membre 
des  gouttières  à la  fois  très  solides  et  très 
malléables,  préférables  peut-être  à celles  de 
fer-blanc,  mais  sans  aucun  doute  aux  ap- 
pareils en  fil  de  fer  de  M.  Mayor. 

Quant  aux  quesses , ce  mot  est  ici  l’équi- 
valent de  caisses  avec  une  mauvaise  ortho- 
graphe. Les  cassoles  sont  de  petites  caisses. 
La  caisse  se  rend  en  latin  par  capsa  , mot 
que  l’on  retrouve  dans  Guy  de  Chauliac  ; la 
cassole  par  capsula,  et  la  traduction  latine 
d’A.  Paréjs’est  servie  de  ce  dernier  mot  pour 
désigner  et  les  unes  et  les  autres. 


288 


LE  DOVZIÉME  LIVRE, 


Les  fcrules , ou  astelles , sont  faites 
de  papiers  collés  ensemble,  ou  de  bois 
mince  ou  délié  , ou  de  cuir,  de  quoy 
on  fait  des  semelles  aux  souliers  : ou 
d’escorce  d’arbre , ou  lames  de  fer 
blanc,  ou  de  plomb,  ou  d’autre  ma- 
tière semblable,  qu’on  pourra  com- 
modément recouurer  : bref,  comme 
dit  Auicenne , de  matière  qui  en  sa 
duretésoit  douce,  et  se  puisse  ployer1. 
Vray  est,  que  ie  conseille  qu’on  prenne 
vne  matière  la  plus  legere  qu’il  sera 
possible  de  trouuer,  de  peur  que  par 
sa  pesanteur  elle  ne  blesse  la  partie2, 
comme  d’escorce  de  ferule,  qui  est 
fort  propre,  ou  papier  collé,  enue- 
loppé  de  laine  ou  de  coton  ou  de 
linge  mollet , de  peur  qu’on  ne  fasse 
douleur.  Pareillement  faut  qu’elles 
soient  de  longueur  et  largeur  et  en 
nombre  tel  qu’il  sera  necessaire  : 
aussi  qu’elles  soient  courbées  ou 
droites,  selon  que  la  partie  le  re- 
querra : et  qu’elles  ne  portent  sur  les 
eminences  des  os,  comme  sur  les 
cbeuilles  des  pieds,  aux  genoüils, 
aux  couldes,  et  autres  parties  emi- 
n en  tes,  de  peur  qu’elles  ne  les  bles- 
sent : et  qu’elles  soient  plus  minces 
vers  leurs  extrémités , et  plus  espais- 
ses  vers  la  fracture.  Leur  vsage  est 
de  tenir  fermes  les  os  fracturés  ou 
luxés , à fin  qu’ils  ne  vacillent  d’vn 
costé  ny  d’autre.  Et  pour  ce  faire,  ne 
faut  qu’il  y ait  beaucoup  de  compres- 
ses et  de  reuolutions  de  bandes,  parce 
qu’elles  ser oient  tenues  trop  lasche- 
ment  sous  le  nombre  des  reuolutions 
ou  espaisseur  des  compresses. 

Les  torches  ou  ferions,  sont  faites  de 

1 Cette  citation  d’Avicenne  n’appartient 
pas  à la  rédaction  primitive  de  ce  livre  ; elle 
n’a  été  ajoutée  qu’en  1579. 

a Le  reste  de  la  phrase  manque  dans  les 
éditions  de  1575  et  1579  , et  a été  ajouté  en 
1585. 


bastons  de  grosseur  d’vn  doigt,  les- 
quels on  enueloppe  de  paille,  puis 
d’vn  demy  linceul  : et  sont  appro- 
priés principalement  aux  iambes  et 
cuisses  rompues  >. 

1 C’est  ici  la  première  fois  qu’apparaît  en 
chirurgie  le  mot  de  fanons,  dont  j’ignore  ab- 
solument la  valeur  étymologique  etl’origine. 
En  1545,  A.  Paré  ne  le  connaissait  pas  ou  du 
moins  ne  l’employait  pas  encore;  il  parle 
seulement  à l’occasion  des  fractures  de  jambe 
des  torches  de  paille,  au  milieu  desquelles,  pour 
plus  fermement  tenir,  l’on  mettra  vne  verge 
de  boys  , les  reuoluanl  d’un  drap  : fol.  37  , 
verso.  — L’édition  de  1552  n’en  dit  pas  da- 
vantage ; celle  de  1564  dit,  toujours  pour  les 
fractures  de  jambe  : 

Apres  les  astelles  seront  appliquées  les  tor- 
ches de  paille  , dans  lesquelles  faudra  mettre 
des  basions  asses  menus  et  forts  pour  tenir  la 
paille  ferme  et  roitle.  Aussi  faudra  enrouler 
lesdiltes  torches  dans  vu  drap  de  linge,  et  les 
mettre  à dcxlre  et  à senestre  du  membre  rompu, 
pour  le  tenir  en  figure  draille,  fol.  52. 

En  sorte  que  c’est  seulement  en  1575  que 
nous  rencontrons  le  mot  fenons,  transformé 
depuis  en  celui  de  fanons.  L’édition  latine 
donne  pour  équivalents  les  mots  de  toruli 
seu  cesticelli,  que  j’ai  vainement  cherchés 
dans  les  lexiques  de  Blancard  et  de  Castelli. 
Quoi  qu’il  en  soit,  A.  Paré  ne  donne  pas  ce 
nom  comme  une  chose  nouvelle;  il  semble 
n’avoir  fait  que  le  transporter  du  langage 
usuel  des  chirurgiens  de  son  temps  dans  la 
langue  écrite,  comme  il  avait  fait  déjà  pour 
le  mot  bistorie.  Recherchons  maintenant 
leur  origine  et  leur  histoire,  et  voyons  par 
combien  de  modifications  ont  passé  les  fa- 
nons, jadis  si  fort  en  usage,  et  si  négligés  au- 
jourd’hui. 

Le  premier  auteur  qui  en  parle  est  Guy 
de  Chauliac.  A l’occasion  des  fractures  de 
cuisse,  après  avoir  exposé  les  divers  appareils 
d’Albucasis  et  des  chirurgiens  italiens,  il 
ajoute  : Alii,  ut  magisler  Petrus,  cum  suste- 
namentis  faelis  de  paleis  longis  secundum  lon- 
gitudinem  pedis  involutis  cum  linleamine  et  su- 
tura : desuper  ligant  cum  tribus  aut  quatuor 
vittis.  Joubert  a traduit  littéralement  : Les 
autres,  comme  maistre  Pierre,  auec  deux  sous • 


DES  BANDAGES. 


Les  quesses  sont  faites  de  fer  blanc 
ou  de  bois.  Leur  vsage  est  de  tenir 
les  os  en  bonne  figure,  et  inesmemenl 


289 

quand  le  malade  se  fait  leuer  d’vn 
lit  pour  se  faire  porter  en  vn  autre, 
ou  quand  il  va  à ses  affaires  : et  pour 


lenemenls  faicis  de  pailles  longues  selon  la 
longueur  du  pied,  enveloppées  d'vn  linceul  et 
cousues  : lient  par-dessus  auec  trois  ou  cpiatre 
( yssus . Ce  serait  donc  ce  maître  Pierre  qui  en 
serait  l’inventeur;  du  reste,  comme  on  voit, 
ils  n’avaient  point  encore  de  dénomination 
spéciale,  et  Guy  de  Cliauliac,  qui  les  em- 
ployait quelquefois,  les  appelle  un  peu  plus 
loin  les  susdits  appttyemenls  de  paille,  cum 
islis  appodiamentis  de  paleis. 

Pierre  d’Argelata  analyse  très  sèchement 
le  chapitre  de  Guy,  et  en  conséquence  répète 
quelques  mots  de  ces  soutiens  de  paille.; 
après  quoi  il  n’en  est  plus  question  jusqu’à 
Paré,  qui  les  décrit  avec  cette  modification 
inconnue  à Guy  et  qui  consiste  à placer  un 
petit  bâton  au  centre. 

11  est  remarquable  que  ni  Fabrice  d’Aqua- 
pendenle,  ni  Fabrice  de  Hilden,ni  Scultet.ni 
Wiseman,  ne  font  aucune  mention  des  fa- 
nons ; en  sorte  que  jusqu’au  xvnr  siècle  ils 
semblent  être  demeurés  uniquement  dans  la 
pratique  des  chirurgiens  de  France.  Je  les 
retrouve  dans  Fournier,  L'Économie  chirur- 
gicale pour  le  r’ habillement  des  os  du  corps 
humain,  1671,  p.  208,  déjà  sous  le  nom  mo- 
derne de  fanons,  et  offrant  deux  variétés,  se- 
lon qu’ils  sont  faicis  auec  deux  basions  en- 
ueloppez  de  paille  ou  de  linge.  Tous  les 
chirurgiens  de  Paris  ne  les  avaient  pas  même 
adoptés  ; car  Lavauguyon  et  Verduc  les  pas- 
sent absolument  sous  silence.  Enfin  Arnaud 
se  déclara  en  leur  faveur  dans  des  cours 
publics  fort  célèbres  , et  dont  Leclerc  nous  a 
conservé  quelques  idées  ; J.-L.  Petit  les  prit 
ensuite  sous  son  puissant  patronage,  et  leur 
usage  ou  du  moins  leur  nom  se  répandit 
dans  presque  toute  l’Europe.  Arnaud  les  fa- 
briquait avec  un  petit  drap  en  double  qu'on 
roule  par  les  bouts,  dans  lesquels  on  renferme 
de  la  paille  et  un  petit  bâton  au  milieu  pour 
les  soutenir.  Ce  n’est  pas  autre  chose  que  la 
description  donnée  par  A.  Paré.  Mais  pour 
supporter  le  talon,  Arnaud  avait  imaginé  ce 
•lu’il  appellait  de  faux  fanons,  faits  sans  bâton 
et  sans  paille a\ec  une  bande  d’environ  qua- 
tre doigts  de  large  roulée  à deux  globes; 

H. 


chaque  cheville  de  la  jambe  portant  sur 
chaque  rouleau  , et  le  talon  appuyé  sur  la 
bande  simple  entre  les  deux  rouleaux. 

J.-L.  Petit  les  décrivit  d’une  autre  ma- 
nière. Il  rapporte  l’histoire  d’une  fracture 
de  cuisse  pour  laquelle  il  employa  les  fanons, 
qui  ne  sont  autre  chose  que  deux  rouleaux  de 
paille  entourés  de  linge  et  qui  s’ applique  ni  de  cha- 
que côté  le  long  de  la  partie.  Ils  avaient  environ 
deux  pouces  de  diamètre;  la  toile  qui  les 
enveloppait  faisait  assez  de  circonvolutions 
autour  pour  que  l’inégalité  de  la  paille  en 
fut  effacée  et  qu’ils  ne  blessassent  point  les 
endroits  sur  lesquels  ils  pourraient  appuyer. 
Comme  on  le  voit,  Petit  employait  les  fa- 
nons primitifs  de  maître  Pierre,  à part  le 
drap  qui  les  réunissait,  comme  il  va  être 
dit  : il  y joignit  ce  qu’il  appelle  à son  tour 
de  faux  fanons-,  c’étaient  des  fanons  beau- 
coup plus  mollets,  plus  garnis  de  linge,  mais 
qui,  non  enveloppés  d’un  même  drap,  for- 
maient deux  cylindres  séparés.  Ils  avaient 
chacun  quatre  lacs  qui  venaient  se  lier  par- 
dessus le  membre  pour  empêcher  ces  faux 
fanons  de  s’écarter.  Ils  devaient  servir,  étant 
placés  sous  les  vrais  fanons , à tenir  le  mem- 
bre tout  entier  suspendu  sur  la  toile  de  ceux- 
ci  comme  sur  un  branle,  et  sans  toucher 
pour  ainsi  dire  au  matelas.  Petit  avait  aussi 
modifié  les  vrais  fanons  en  ce  sens,  d’abord 
qu’ils  n’étaient  point  roulés  dans  un  même 
morceau  de  linge,  comme  c’était  la  coutume 
avant  lui;  mais  dans  deux  linges  sépa- 
rés , dont  l’un  les  unissait  depuis  la  partie 
qui  est  au-dessus  des  condyles  du  fémur 
jusqu’en  bas,  et  l’autre  depuis  quatre  doigts 
au-dessus  de  la  fracture  jusqu’en  haut; 
ainsi  il  n’y  avait  point  de  toile  entre  eux 
dans  presque  toute  la  partie  (postérieure  de 
la  cuisse,  ce  qui,  pour  une  fracture  compli- 
quée, facilitait  beaucoup  les  pansements;  de 
plus  il  les  mit  dans  une  situation  telle  qu’ils 
étaient  un  peu  en  dessous  de  la  grande 
épaisseur  ou  du  diamètre  transversal  de  la 
partie, en  sorte  que  le  membre  était  appuyé 
dessus  et  non  enfermé  dedans. 

Duvemey  emploie  aussi  les  fanons;  mais 

*9 


LE  ÜOVZIÉME  LIVRE, 


*9° 

le  dire  en  vn  mot,  quand  il  faut  ap- 
puyer et  situer  les  parties  fracturées 
et  luxées  fermement,  de  façon  qu  elles 

ce  ne  sont  plus  ceux  que  nous  connaissons. 
Il  les  veut  plats  d’abord,  pour  qu’ils  soient 
plus  fermes  et  ne  blessent  pas  les  parties  ; 
pour  cela  il  prend  une  espèce  de  tringle 
faite  de  bois  de  hêtre  ou  de  sapin , large  de 
1 pouce  1/2,  épaisse  de  '<  à 5 lignes,  sur  laquelle 
on  roule  un  bout  d’un  drap  mis  en  double,  que 
l’on  assujettit  par  quelques  points  d’aiguille. 
Ses  fanons  revenaient  à peu  près  à nos  graudes 
attelles  d’aujourd’hui.  Il  plaçait  en  outre 
sous  la  jambe,  pour  lui  donner  le  même  vo- 
lume qu'à  la  cuisse,  un  drap  roulé  en  Juiix  fa- 
nons ; ceux-ci  étaient  placés  conséquem- 
ment en  dedans  des  vrais  fanons. 

Heister  ne  connaît  que  les  fanons  de 
paille,  enveloppés  à la  manière  ordinaire, 
dans  un  drap  unique;  il  leur  conserve  leur 
nom  français , et , chose  remarquable  , il 
ajoute  que  les  plus  habiles  chirurgiens  de 
son  temps  leur  donnaient  la  préférence, 
comme  à ce  qu’il  y a de  plus  propre  à con- 
tenir les  pièces  fracturées. 

Nous  avons  vu  jusqu’ici  les  fanons,  d’a- 
bord en  paille,  se  munir  d’une  tige  centrale 
plus  solide,  et  enfin  sous  les  mains  de  Du- 
verney,  se  changer  en  véritables  attelles  in- 
flexibles ; Bertrand!  leur  fil  subir  une  autre 
métamorphose.  Il  décrit  sous  le  nom  de  fa- 
non , il  fanone , un  drap  plié  en  plusieurs 
doubles  avec  une  toile  cirée  entre  les  dou- 
bles, et  roulé  par  les  bords  de  manière  à for- 
mer un  demi  canal.  Le  corps  du  fanon  est 
le  fond  de  ce  demi  canal,  les  rouleaux  sont 
ses  parties  latérales. 

B.  Bell  a plus  encore  écarté  ce  mol  de  sa 
signification  primitive.  Fanon  et  attelle  sont 
pour  lui  synonymes.  Attelles  de  carton,  at- 
telles de  bois  mince  collé  sur  du  cuir,  taillées 
d’ailleurs  dans  les  formes  les  plus  compli- 
quées, tout  cela  est  fanon  ; des  deux  attelles 
de  Sharp  pour  la  fracture  de  la  jambe,  celle 
de  dessous  qui  embrasse  le  genou  et  le  pied, 
est  appelée  par  Bell  vrai  fanon  ; celle  de  des- 
sus moins  étendue,  faux  fanon-,  c’est  une 
confusion  des  plus  étranges. 

Un  article  de  Y Encyclopédie  méthodique, 


ne  se  puissent  mouuoir  à dextre  ou  à 
senestre , en  haut  ni  en  bas , soit  en 
veillant  ou  en  donnant  : aussi  qu’elles 

emprunté  du  reste  à l’ancienne  Encyclopédie, 
décrit  les  fanons,  en  latin  ferulœ  slramineœ, 
comme  étant  généralement  employés  à celte 
époque,  et  donne  quelques  détails  nouveaux 
sur  leur  fabrication.  Le  bâton  central  était  de 
la  grosseur  du  doigt, et  la  paille  était  assu- 
jettie à l’entour  avec  une  ficelle.  On  se  ser- 
vait aussi  des  faux  fanons  de  J.-L.  Petit. 
Enfin,  au  lieu  de  garnir  de  compresses  les 
intervalles  entre  les  fanons  et  le  membre, 
dans  quelques  hôpitaux  on  se  servait  de  sa- 
chets remplis  de  balles  d’avoine;  innovation 
qui,  comme  on  le  voit,  ne  remonte  pas  bien 
haut,  et  dont  l’auteur  est  resté  inconnu. 

Desault  rejeta  les  fanons  du  traitement 
des  fractures  , et  leur  substitua  les  grandes 
attelles  qu’il  croyait  avoir  imaginées  et  qui 
remontent  à Duvemey  et  même  à Avicenne; 
il  généralisa  l’interposition  des  coussins  de 
balles  d’avoine  entre  l’attelle  et  le  membre. 
Je  remarque  que  l’expression  de  drap  fanon 
pour  indiquer  le  drap  dans  lequel  on  roule 
les  attelles  ne  remonte  qu’à  llesault;  je  ne 
l’ai  pas  trouvée  indiquée  avant  lui. 

Montcggia  a conservé  le  nom  de  fanons  ou 
roinli  en  italien;  mais  il  désigne  ainsi  eu 
réalité  de  larges  attelles,  et  se  range  donc  à 
la  suite  de  Desault  et  de  Duverney. 

Boyer  indique,  pour  les  fanons,  la  même 
structure  que  A.  Paré,  pour  les  faux  fanons, 
le  procédé  d’Arnaud.  M.  Sanson  a copié  au 
contraire  Richter,  qui  décrit  les  fanons  tels 
que  je  les  ai  vus  encore  employés  en  Polo- 
gne ; un  rouleau  de  paille  avec  une  baguette 
d’osier  au  centre;  et  M.  A.  Bérard  a copié 
M.  Sanson.  Enfin  parmi  nous  M.  Larrey,  le 
dernier  défenseur  des  fanons  en  France,  en 
est  revenu  à leur  fabrication  primitive,  c’est- 
à-dire  à des  cylindres  de  paille  serrés  forte- 
ment avec  des  ficelles,  et  du  diamètre  d’un 
pouce  et  demi  environ. 

J’ai  poursuivi  jusqu’à  nos  jours  celte  his- 
toire des  fanons,  parce  que  je  ne  l’ai  trouvée 
faite  nulle  part,  et  qu’on  peut  les  considérer 
comme  des  instruments  de  la  chirurgie  du 
I moyen  âge , qui  n’appartiennent  presque 
* plus  qu’à  l’histoire,  et  qui  du  moins  ont  déjà 


des  bandages, 


ne  tombent  en  bas,  et  qu’elles  ne 
soient  trop  liées  et  serrées,  de  peur 
que  les  humeurs  ne  courent  à la  par- 
tie blessée,  et  qu'il  n’y  suruieune  dou- 
leur, inllammation,  aposteipe,  gan- 
grené et  inortiücat  on.  On  peut 
appeler,  selon  Hippocrates,  les  casso- 
les,  torches,  et  tous  autres  instru- 
mens  qu’on  accommode  aux  fractures 
pour  tenir  le  membre  en  figure  droite 
et  indouloureuse,  Glossocomcs,  c’est- 
à-dire  engins  ou  machines  , lesquels 

disparu  parmi  nous  de  la  pratique  générale. 
J’ajouterai  cependant  quelques  mots  sur 
leur  valeur  réelle,  qui  me  parait  avoir  été 
trop  méconnue,  surtout  par  les  partisans 
des  grandes  attelles. 

Desault  surtouta  fait  une  rude  guerre  aux 
fanons  ; il  leur  reprochait  de  glisser  en  avant 
ou  en  arrière,  et  de  laisser  ainsi  la  jambe 
sans  soutien  et  le  pied  libre  de  s’incliner  en 
dehors.  A cet  égard  il  convient  de  remar- 
quer que  les  véritables  fanons  n’ont  jamais 
servi  d’attelles  latérales;  que  tous  les  chi- 
rurgiens, ou  bien  ont  commencé  par  placer 
des  attelles  sur  la  jambe  ou  la  cuisse,  ou 
bien,  comme  Pierre  d’Argelata  et  M.  Larrey, 
ont  entouré  le  membre  d’un  appareil  solidi— 
fiable;  et  que  les  fanons  ne  servaient  qu’à 
former  sous  le  membre  une  sorte  de  canal 
élastique  mais  résistant,  dont  la  plus  nette 
expression  se  trouve  dans  l’appareil  de  J.-L. 
Petit.  Les  fanons  posant  sur  le  lit  ou  sur  un 
coussin,  enveloppés  dans  leur  linge,  ne  pou- 
vaient donc  glisser  en  avant  ni  en  arrière  ; 
et  Desault,  qui,  en  adoptant  les  grandes  at- 
telles de  Duverney  et  d’Avicenne  , a oublié 
les  petites  attelles  admises  en  même  temps 
par  ces  chirurgiens,  n’avait  certainement  pas 
assez  fait  pour  la  solidité  de  son  appareil. 
Les  grandes  attelles,  trop  minces  pour  poser 
solidement  sur  le  lit  ou  sur  le  coussin,  écar- 
tées d’ailleurs  de  la  jambe  par  les  sachets  de 
balles  d’avoine,  glissent  facilement  dés  que 
les  liens  se  relâchent,  et  sont  plus  aptes  à se 
déranger  que  les  fanons.  D’ailleurs  elles 
laissent  sans  soutien  la  face  postérieure  du 
membre,  et  sous  ce  rapport  l’appareil  de  Dé- 
duit pèche  au  plus  haut  degré.  Aujourd’hui 


agi 

on  applique  pour  tenir  les  membres 
en  vn  estai  sans  que  le  malade  les 
puisse  remuer  aucunement  à dextre 
ou  à semestre , haut  ou  bas , soit  en 
veillant  ou  en  dormant  : et  pour  le 
dire  en  vn  mot , Glossocomcs  signifie 
tous  instrumens  qui  seruent  à réduire 
les  fractures  ou  luxations. 

Hippocrates  appelle  les  pluma- 
ceaux  les  linges  de  quoi  on  fait  les 
compresses,  et  ce  qu’il  appelle  fulci- 
mens  , c’est-à-dire  appuis  qui  afler- 

elles  semblent  partager  la  défaveur  qui  s’at- 
tache aux  fanons,  et  elles  cèdent  le  pas  aux 
appareils'solidifiables.  Je  n’ai  pas  ici  à dis- 
cuter la  question  de  ces  appareils;  souve- 
nons-nous seulement  qu’ils  étaient  déjà  em- 
ployés par  les  arabistes,  et  qu’ils  avaient  été 
remplacés  au  xvie  siècle  parles  fanons, com- 
me ceux-ci  le  furent  vers  la  lin  du  xviir  siè- 
cle par  les  attelles,  qui  elles-mêmes  n’étaient 
pas  plus  nouvelles;  et  puisque  tour  a tour 
ces  appareils  ont  eu  la  vogue,  puisque  cer- 
tainement tous  ont  des  avantages  qui  leur 
sont  propres,  faisons  en  sorte,  en  adoptant 
ceux  qui  nous  paraissent  préférables,  de  ne 
pas  rejeter  les  autres  dans  un  si  complet  ou- 
bli, afin  que  l’expérience  des  temps  passés 
ne  soit  point  perdue,  et  que  la  science  ne  soit 
pas  condamnée  à marcher  toujours  dans  le 
même  cercle  où  elle  s’agite  depuis  plus  de 
deux  mille  ans. 

Voyez  Leclerc,  Chirurgie  complète,  édit,  de 
1739,  p.  349  et  351;  — J.-L.  Petit,  Mal.  des 
os,  édit,  de  1758,  t.  Il,  p.  204  et  209;  — Du- 
verney, Mal.  des  os,  t.  I,  p.  143  et  146;  — 
Heister,  Inst,  de  chir.,  trad.  franç.  in-8°, 
t.  I,  p.  350; — Bertrandi,  Malallie  delle  ossa, 
p.  124; — B.  Bell,  Cours  de  chir.,  trad.  fran- 
çaise, t.  VI,  p.  286  et  suiv.  ; — Encycl.  mé- 
ihod.,  chirurgie,  art.  Fanons-, — Desault, 
ÜEuvres  posthumes,  t.  I,  p.  275; — Monteggia, 
Isliluzioni  chir.,  édit,  de  1830,  in-12,  t.  IV, 
p.  46;  — Boyer,  Mal.  chir.-, — Sanson  , art. 
Fractures  du  Dict,  de  méd.  el  chir.  pral.-, 
— A.  Bérard,  art.  Fractures  du  Dict.  de  méd. 
en  25  vol.; — el  enfin  Hipp.  Larrey,  Trai- 
ment  des  fractures  des  membres  par  l’appa- 
reil inamovible,  thèse  inaug.,  p.  8. 


LE  DOVZIEME  LIVRE 


292 

missent,  comme  font  les  bandes, 
compresses  , canaux , astelles,  et  au- 
tres choses  qui  appuient 
Ceux  qui  ne  sont  encore  exercés  en 
la  pratique  de  Chirurgie  ne  peuuent 
bonnement  entendre  ces  choses  : car 
il  est  très  difficile  de  mettre  par  escrit 
la  diuersité  des  bandes,  compresses, 
astelles,  fendes,  et  autres  choses 
qu’on  fait  par  la  main.  Mais  il  faut 
imaginer  ce  qui  en  est  icy  escrit,  et 
aussi  auoir  veu  besongner  les  bons 
maistres  auparauant  que  d’y  pouuoir 
bien  mettre  la  main.  Et  m’asseure 
que  ceux  qui  auront  pratiqua  et  veu 
pratiquer  prendront  grand  plaisir  en 
ceste  lecture , parce  que  ce  qu’on 
voit  par  les  sens  est  plus  croyable 
que  ce  qu’on  comprend  par  raison. 
Toutesfois  i’ay  mis  peine , non  seule- 
ment en  cest  endroit  mais  par  tous 
mes  escrits,  d’enseigner  et  exposer 
aux  jeunes  Chirurgiens  le  plus  clai- 
rement qu’il  m’a  esté  possible , leur 
mettant  quasi  l’image  des  choses  de- 
uant  les  yeux. 


CHAPITRE  IX. 

DES  LAOS  ET  LIENS2. 

Il  reste  encore  à parler  des  laqs  ou 
liens  , desquels  il  y a plusieurs  diffé- 
rences. Les  vos  sont  grands  et  larges, 
comme  ceux  qu’on  v.se  à réduire  la 
hanche  ou  les  vertèbres  : autres  pe- 
tits , pour  lier  les  astelles  aux  fractu- 
res .et  luxations  : autres  à tenir  ceux 
que  l’on  taille  de  la  pierre,  et  aux 

: Ce  paragraphe  se  lit  pour  la  première 
fois  dans  l’édition  de  1585. 

2 Ce  chapitre,  ainsi  que  le  suivant,  se 
Usent  pour  la  première  fois  dans  l’édition 
de  1585  ; et  il  n’y  a rien  été  changé  dans  celle 
de  1598. 


femmes  lors  qu’on  les  deliurc  de  leurs 
enfans  : autres  à lier  la  production 
du  péritoine  , en  l’amputation  des 
hargnes  et  testicules  : autres  à lier 
les  veines  et  arteres  : autres  «à  lier 
les  bras  et  iambes  pour  faire  les  sai- 
gnées : autres  à lier  l’vmbilic  de  l’en- 
fant nouuellement  né  : autres  à lier 
les  bras , cuisses  et  iambes,  pour  faire 
reuulsion  à ceux  qui  saignent  trop  : 
autres  à lier  les  excroissances  des 
parties  honteuses  des  femmes  : autres 
aux  polypus  ou  verrues , aux  loup- 
pes,  et  autres  excroissances  de  chair  : 
autres  à lier  les  fistules  du  fonde- 
ment, ou  lesfongus  qui  naissent  entre 
les  dents  et  eu  autres  parties. 


CHAPITRE  X. 

LES  ÀCCIDENS  QVI  ADVIENNENT  PAR  TROP 
LIER  ET  SERRER  LES  PARTIES  DV  CORPS. 

Par  trop  serrer  la  teste  aux  inflam- 
mations des  yeux,  on  les  fait  souuent 
sortir  hors  leur  orbite  : ce  que  i'ay 
veu,  comme  i’ay  escrit  cy  dessus  aux 
playes  de  teste,  chap.  17. 

Aux  playes  faites  au  nez , par  le 
trop  serrer  et  presser  on  rend  les  ma- 
lades camus. 

Pareillement  aux  playes  des  ioües 
et  léures,  on  rend  la  bouche  tortue. 

Par  trop  serrer  et  comprimer  les 
vertebres  du  dos , on  les  iette 
hors  de  leur  place  : qui  fait  que  les 
filles  sont  bossues  et  grandement 
emaciées  par  faute  d’aliment,  ce  qu’on 
voit  souuent.  Car  i’ay  souuenancc 
auoir  ouuert  le  corps  mort  d’vnc 
Dame  de  nostre  Cour,  qui  pour  vou- 
loir monslrer  auoir  le  corps  beau  et 
greslc , se  faisoit  serrer  de  sorte , que 
ie  trouuay  les  fausses  costes  cheuau- 
chans  les  vues  par  dessus  les  autres  : 


DFS  EANJMCFS. 


qui  faisoit  que  son  estomach  estant 
pressé,  ne  pouuoit  s’estendre  pour 
contenir  la  viande,  et  apres  auoir 
mangé  et  beu , estoit  contrainte  de  le 
reietter,  et  le  corps  n’estant  nourri 
dcuint  maigre  : n’ayant  presque  que 
le  cuir  sus  ses  os,  qui  fut  cause  de  sa 
mort. 

Pour  trop  lier  vne  partie  , on  est 
cause  de  gangrené  et  de  totale  morti- 
fication. 

Par  trop  lier  et  serrer  vn  enfant  en 
son  maillot,  on  l’estouffe  faute  de  res- 
piration. 

D’auantage  par  trop  lier  et  com- 
presser vne  iointure , on  cause  sou- 
tient une  luxation , ou  distorsion  , et 
deprauation  de  l’action. 

Par  trop  serrer  le  ventre  aux  femmes 
grosses,  on  fait  que  les  enfans  sont 
bossus  et  contrefaits,  et  la  mere  auor- 
tant,  souuent  meurt  auec  l’enfant. 

Par  trop  serrer  l’eslomach  et  les 
parties  dediées  à la  respiration  , on 
est  cause  d’vne  sufl'ocation  et  mort 
subite  : ce  que  de  recentc  mémoire 
on  a veu  aducnir  l’an  1581,  en  l’E- 
glise Saint-Nicolas-des-Champs,  où 
vne  ieune  espousée  de  Iean  de  la  Fo- 
rest , maistre  Barbier  Chirurgien  à 
Paris,  fille  de  défunt  IacquesOchede, 


2Q.3 

marchant  passementier,  et  de  Claude 
lloufault,  laquelle  pour  estre  trop 
serrée  et  pressée  en  scs  habits  nup- 
tiaux , sortant  de  l’autel , apres  auoir 
pris  du  pain  et  du  vin  à la  façon  ac- 
coustumée,  pensant  retourner  en  sa 
place,  tomba  roide  morte  faute  de 
respiration , et  le  iour  mesme  fut  en- 
terrée en  ladite  Eglise.  Et  quelques 
iours  apres,  ledit  delà  Forcstespousa 
à Saint-Germain  en  Laye  ladite  Bou- 
fault,  mere  de  ladite  fille  défunte: 
parce  que  son  curé  auoit  refusé  faire 
ledit  mariage,  disant  qu’aucun  ne 
pouuoit  espouser  la  fille  et  la  mere. 

Par  trop  comprimer  la  production 
du  Péritoine  par  vn  brayer,  on  garde 
la  descente  des  testicules  au  Scrotum. 

Pour  porter  des  souliers  trop  courts 
et  trop  estroits,  on  fait  que  les  ongles 
entrent  à la  chair,  et  les  orteils  che- 
uauchent  l’un  par  dessus  l’autre , 
et  s’y  font  des  cors  qui  causent  de 
grandes  douleurs. 

Par  trop  et  longuement  lier  et  ser- 
rer les  parties,  on  les  atrophie,  et  en- 
fin on  leur  osle  la  vie. 

Que  diray-ie  plus?  c’est  que  par 
trop  serrer  la  gorge  à quelque  per- 
sonne que  ce  soit,  on  l’estrangle,  et 
luy  fait-on  perdre  la  vie. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE 

TRAITANT 

DES  FRACTVRES  DES  0S‘. 


CHAPITRE  I. 

QVE  C’EST  QVE  FIUCTVRE  , ET  DE  SES 
DIFFERENCES. 

Fracture,  selon  Galien  au  sixième 
liure  de  la  Melhode  , est  solution  de 
continuité  faite  en  l’os , nommée  en 
Grec  Catagma.  Or  toute  offense  d’os  a 
plusieurs  especes  et  différences,  à sça- 

1 Ce  livre  des  fractures  est  un  de  ceux 
qu’A.  Paré  a ébauchés  des  premiers , et 
qu’il  a le  plus  remaniés.  Il  avait  commencé 
dans  son  Traité  des  playes  d’hacquebutes,  en 
1545,  par  tracer  une  histoire  générale  des 
fractures  compliquées  sous  ce  titre  : La  mé- 
thode curaliue  des  fractures  f aides  par  j léchés 
ou  basions  à feu,  et  il  l’avait  reproduite  avec 
fort  peu  de  changements  dans  l’édition  de 
1552.  En  1561,  ayant  eu  la  jambe  cassée, 
il  avait  étudié  sur  lui-même  toutes  les  cir- 
constances de  cette  fracture  ; il  refondit 
donc  son  premier  essai  et  en  fit  le  troisième 
livre  de  son  édition  de  15G4,  sous  ce  titre 
nouveau  : Des  fractures  des  os.  Ce  livre 
était  composé  de  18  chapitres;  toutefois  ce 
n’était  encore  qu’un  essai  où  il  se  bornait 
à traiter  de  quelques  fractures,  en  attendant 
ses  OEuvres  complètes;  et  voici  comme  il 
s'exprimait  lui-même  à la  fin  du  chapi- 
tre 7 : 

Ayant  ainsi  discouru  des  fractures  en  ge- 


uoir,  séparation,  luxation,  vnion  ou 
conionction  , excision  ou  diuision  , 
contusion,  aposteme,  carie,  pourri- 
ture, dosnuomenl  auecques  perdition 
de  sa  couuerture,  fracture  (de  la- 
quelle voulons  traiter  maintenant) 
complette,  incomplette,  quelquesfois 
faite  en  long,  et  autresfois  en  trauers, 
ou  obliquement  et  de  biais,  et  les  piè- 
ces ou  esquilles  rompues,  quelques- 

neral,  maintenant  ie  traînerai/  des  particulières 
qui  suruiennent  au  bras  et  aux  iambes  seule- 
ment. Car  ce  n’est  mon  intention  pour  le  pré- 
sent de  passer  plus  outre,  pourcc  que  du  reste 
i’en  parlerai / plus  amplement  en  ma  practiqne 
generale. 

Enfin  il  refondit  de  nouveau  son  livre, 
et  l’étendit  jusqu’à  31  chapitres  dans  ses 
OEuvres  complètes , en  y comprenant  cette 
fois  toutes  les  fractures  connues  de  son  temps. 
Cependant  la  doctrine  générale  y offre  des 
lacunes  ; c’est  qu’il  a cru  devoir  reporter  au 
Liure  des  bandages  toutes  les  généralités  sur 
les  appareils  des  fractures,  qui  faisaient  le  su- 
jet des  chapitres  6 et  7 de  l’édition  de  1564. 

Du  reste,  comme  dans  le  livre  précédent, 
A.  Paré  suit  ici  presque  constamment  les 
doclrines  d’Hippocrate  et  de  Galien  ; à peine 
s’il  garde  quelques  réminiscences  desArabes 
et  des  Arabistcs,  et  il  ne  s’écarte  guère  des 
anciens  que  quand  il  a son  expérience  per- 
sonnelle à alléguer. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


fois  ont  leur  bout  mousse,  et  autres 
fois  agu  et  pointu,  qui  piqué  la  chair 
ou  les  nerfs , et  sonnent  les  veines  et 
arteres. 

Quelquesfois  la  fracture  est  faite  en 
raifort  : c’est  lors  que  l’os  n’est  point 
esclatté  en  esquilles,  mais  est  rompu 
vniment  : les  Grecs  l'ont  nommée  Ila- 
phanidon. 

En  noix  : c’est  en  plusieurs  petites 
pièces  (comme  vne  noix  cassée  sus 
vue  enclume  auecques  vn  marteau  ) 
séparées  l’vne  de  l’autre,  comme  nous 
voyons  ordinairement  estre  fait  aux 
coups  de  pistolles  cl  autres  bastons 
à feu  : en  Grec  Âlphilidon. 

En  fente  apparente  , ou  capillaire , 
c’est  à dire,  petite  comme  vn  poil,  de 
façon  qu’on  ne  la  peut  apperceuoir 
au  sens  de  la  veuë  : parlant  on  est 
contraint  d’y  mettre  de  l’ancre  qui 
descend  en  dedans , et  la  racler  pour 
la  connoistre  : les  Grecs  l’appellent 
Âpoehema. 

Enfonccurc  : Voutnre,  rehaussant 
l’os  en  haut. 

liriseure , c’est  à dire,  diuision  de  l’os 
en  plusieurs  esclals. 

Aucunes  de  cesdites  fractures  sont 
faites  en  large,  en  long,  en  trauers  : 
les  vnes  auecques  pièces  egalles  : les 
autres  dentelées  et  inegalles , et  es- 
quilleuses.  Aucunes  sont  faites  en  la 
superficie  seulement  de  l’os,  auec  per- 
dition de  quelque  portion  d’iceluy, 
comme  vne  escaille  séparée:  les  au- 
tres sans  que  les  os  soyent  séparés 
les  vns  des  autres,  mais  seulement 
fendus  en  long  : les  autres  descen- 
dantes iusques  à la  moelle  de  l’os 

1 Tout  le  texte  de  ce  premier  chapitre, 
jusqu’en  cet  endroit , est  exactement  repro- 
duit d’après  l’édition  de  1575,  à part  seule- 
ment les  trois  derniers  synonymes  grecs  qui 
ne  datent  que  de  1585.  Mais  de  plus,  ce  texte 
ne  fait  que  répéter  à fort  peu  de  chose  près 


29  5 

Aucuncsfois  les  os  se  courbent  sans 
estre  rompus,  comme  l’on  voit  aux 
costes  et  aux  cartilages  , et  aussi  aux 

celui  de  l’édition  de  15G4(  et  celui-ci  sc  re- 
trouvait en  germe  dans  les  éditions  bien 
antérieures  de  1552  et  1545.  Afin  de  bien 
établir  la  date  et  l’origine  des  idées  présen- 
tées dans  ce  chapitre,  je  reproduirai  d’abord 
le  début  de  la  portion  consacrée  aux  frac- 
tures dans  le  Traité  des  playes  d’hacquebutes 
de  1545. 

« Consyderé  que  soutient  aduient  tant  pour 
la  grande  violence  des  boulletz  cl  ballottes  des 
hacquebutes , que  des  traietz  , principalement 
des  gros  garots  d’arbalesle , que  les  os  sont 
rompus  et  fracturés  : ie  n’ay  voulu  obmellre  en 
traicter,  selon  ce  que  i’en  ay  veu  par  expé- 
rience. Et  pource  que  lesdiles  fractures  ad- 
uiennenl  soutient  de  long , aulcunes  foys  de 
trauers,  quelqucsfoys  obliques,  les  vnes  incom- 
plètes , les  aulires  complétés  : les  vnes  aux 
parties  esgales  , les  aulires  dentelées , inesgqles 
et  esqui lieuses  : et  failli,  comme  i'ay  prescript, 
consyderer  la  partie  en  laquelle  est  la  fracture, 
pource  que  aulcunes  foys  adulent  à la  leste  , 
quelqucsfoys  aux  costes , ou  à l’os  de  l’atliu- 
loire,  ou  à l’os  femoris  : aussi  U l’vn  ou  à deux 
fociles  : pareillement  es  ioinclures  : parquoy 
selon  icelles  différences  et  indications  primés 
des  parties,  failli  diuersifier  la  cure.  «Folio  3G. 

L’édition  de  1552  répète  exactement  celle 
de  1545;  celle  de  1504  admet  comme  les 
autres  des  fractures  complétés  et  incomplètes, 
des  fractures  dentelées,  et  de  plus  des  frac- 
tures sans  que  les  os  soient  séparés  les  vns 
des  aulires , mais  seulement  fendus  du  long. 
Tout  ceci  semble  attester  une  doctrine  fort 
avancée;  ce  n’est  toutefois  que  la  reproduc- 
tion d’idées  qui  avaient  cours  depuis  long- 
temps dans  la  pratique.  La  distinction  des 
fractures  complètes  et  incomplètes  appar- 
tient à Lanfranc,  et  se  trouve  répétée  dans 
Guy  de  Chauliac  et  dans  Tagault;  celle  des 
fissures  longitudinales  remonte  plus  haut 
encore  et  vient  de  Galien  , et  le  français  de 
Paré  n’est  guère  que  la  traduction  du  latin 
de  Tagault  : In  iis  non  omnino  separantur  ù 
se  parles  sic  affecti  ossis,  sed  veluli  per  rectilu- 
dinem  finduntur. Quant  à la  fracture  dentelée, 
j’ai  été  fort  surpris  de  rencontrer  dans  Paré 


2QO  le  treiziéme  livre  , 


bras  et  iambes,  principalement  aux 
ieunes  qui  ont  les  os  encore  mois  et 
tendres.  Aueunesfois  aussi  les  os  se 
cauent  et  bossellent,  comme  l’on  voit 
aux  pots  d’estain  et  de  cuiure , on 
voit  souuent  aduenir  au  crâne  par 
contusion  de  ceux  qui  ont  les  os  ten- 
dres. le  dis  d’auantage,quequelques- 
fois  les  esquilles  des  os  ne  bougent  de 
leur  place  : alors  le  mal  est  difficile 
estre  conneu , parce  que  rien  ne  pic- 
que  ne  recroche  contre-mont,  au  tou- 
cher tout  est  égal  et  uni , la  partie 
garde  sa  forme  entière.  Toutesfois  on 
peut  prendre  coniecture  de  ce  que  la 
partie  se  deult  quand  l’on  presse  des- 
sus, et  qu’elle  ne  peut  faire  son  office, 
et  qu’elle  s’enfle  et  deuient  chaude  et 
enflammée  : ioint  qu’il  y a eu  cause 

celte  épithète  que  j’avais  appliquée  à cer- 
taines fractures,  soit  des  côtes  chez  les  adul- 
tes, soit  des  os  longs  même  chez  les  enfants, 
et  dans  lesquelles  les  aspérités  des  fragmens 
engrenées  les  unes  dans  les  autres  ne  leur 
permettent  point  de  s’abandonner.  Il  est* 
probable  que  d’abord  Paré  n’entendait  sous 
ce  nom  que  les  fractures  inégalés , esquil- 
leuses  et  à pièces  de  Guy  de  Chauliac;  mais 
plus  tard,  comme  on  le  verra  dans  le  para- 
graphe suivant,  il  note  aussi  d’une  façon 
spéciale  les  fractures  dont  les  fragmens  de- 
meurent juxta-posés.  Ce  n’est  pas  encore  là 
tout-à-fait  ce  que  j’entends  par  fracture 
dentelée , car  les  fragmens,  quoique  non  den- 
telés , peuvent  être  retenus  en  place  par  le 
périoste;  mais  déjà  cela  indique  une  obser- 
vation très  sagace  et  très  avancée  pour  ce 
temps. 

Cette  note  ne  sera  peut-être  pas  sans  uti- 
lité pour  l’iiisloire  de  l’art;  elle  fait  voir  que 
Félix  Wurtz,  auquel  plusieurs  écrivains  ont 
rapporté  les  premières  notions  des  fissures 
longitudinales,  n’a  fait  en  réalité  que  dé- 
velopper dans  un  chapitre  d'ailleurs  fort  re- 
marquable des  idées  qui  avaient  cours  dans 
la  science,  et  qui  remontaient  à une  fort 
haute  antiquité. 


manifeste  qui  aura  précédé  , comme 
cheule  ou  coup  orbe*. 

Aucunes  sont  simples , c’est  à dire , 
sans  estre  accompagnées  d’aucune 
disposition  ni  accident  : comme  playe, 
flux  de  sang, inflammation,  gangrène, 
et  autres  complications.  Toutes  les- 
quelles différences  demandent  indi- 
cations propres  à chacun  genre  d’i- 
celles. Pareillement  faut  considérer 
la  partie  en  laquelle  la  fracture  est 
faite,  pource  que  bien  souuent  elle 
aduient  à la  teste,  aux  costes,  aux 
bras,  aux  iambes,  aux  iointures,  et 
autres  parties  du  corps.  Aussi  aux 
corps  vieux,  ieunes,  et  bien  tempérés, 
et  aussi  aux  intemperés  et  malhabi- 
lués,  et  selon  icelles  différences  faut 
diuersifier  la  cure. 

Or  les  causes  des  fractures  sont 
toutes  choses  externes,  qui  peuuent 
couper,  froisser,  briser  et  casser  les 
os  : et  aussi  pour  tomber  de  haut  en 
bas,  voire  en  tant  de  façons,  qu’il  se- 
roit  difficile  de  tenir  le  nombre  des- 
dites causes2. 

'Ce  paragraphe,  qui  manque  dans  toutes 
les  éditions  antérieures  à celle  de  1585 , est 
curieux  à plus  d’un  titre.  Nous  y trouvons 
d’abord  les  premières  notions  des  fractures 
qui  ne  se  révèlent  ni  par  la  crépitation  ni 
par  un  déplacement  quelconque.  Pour  la 
courbure  des  os  du  crâne  et  des  côtes,  c’est 
une  doctrine  fort  ancienne, que  l’on  retrouve 
dans  la  plupart  des  arabisles  et  même  plus 
haut  (voyez  ci-devant,  page  12,  pour 
l’enfoncement  des  os  du  crâne);  pour  la 
courbure  des  os  des  membres  sans  fracture, 
il  faut  encore  en  faire  remonter  les  pre- 
mières notions  à Lan  franc,  qui  a un  cha- 
pitre spécial  De  plicalura  ossium  in  piieris. 
Mais  l’esprit  du  temps,  entraîné  vers  les  an- 
ciens, avait  fait  perdre  de  vue  ces  cour- 
bures osseuses,  et  l'on  sait  que  même  après 
A.  Paré  elles  étaient  retombées  dans  l’oubli, 
dont  une  observation  plus  exacte  les  a enfin 
retirées  de  nos  jours. 

- Les  deux  derniers  paragraphes  de  ce 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


CHAPITRE  II. 

DES  SIGNES  DES  FRACTVRES1. 

Les  signes  des  fractures  sont  assez 
euidens  et  manifestes  : desquels  le  pre- 
mier et  plusjcertaiu  est,  quand,  en  ma- 
niant la  partie  fracturée,  on  Irouue 
les  parties  des  os  séparées,  et  sent-on 
vue  crépitation  et  altrition  , ou  cro- 
quement  : c’est  à dire,  vn  bruit  qui 
a ient  du  lrayement  des  os  qui  tou- 
chent les  vus  contre  les  autres.  Sem- 
blablement on  connoist  la  fracture 
par  l'impuissance  de  la  partie,  et  prin- 
cipalement si  ladite  fracture  est  aux 
os  adiutoires , et  au  gros  os  de  la 
iambe.  Car  n’estant  seulement  qu’à 
vn  des  petits  fociles  du  bras,  ou  de  la 
iambe,  pour  cela  le  malade  ne  lais- 
sera de  manier  aucunement  le  bras, 
pu  de  cheminer  sur  le  pied , pource 
que  ce  petit  focile  ne  sert  qu’à  souste- 
nir  les  muscles,  et  non  le  corps, 
comme  fait  le  grand  os.  P’auantage 
la  fracture  peut  estre  conneuë  par  la 
figure  de  la  partie  changée  : qui  est 
caue  au  lieu  d’où  est  parti  l’os,  et 

chapitre  se  retrouvent,  au  moins  quant  au 
fond,  dans  l’édition  de  15G4. 

•l’ajouterai  que  dans  celle  de  1575  A.  Paré 
a ajouté  touchant  les  causes  des  fractures, 
un  paragraphe  qu’il  a placé  assez  mal  à pro- 
pos au  chapitre  3,  et  dont  la  place  était 
beaucoup  mieux  marquée  à la  fin  de  ce 
premier  chapitre.  Mais  comme  toutes  les 
éditions  complètes  sont  uniformes  à cet 
égard  , je  n’ai  rien  voulu  changer  à l’arran- 
gement fait  par  l’auteur,  et  je  me  contente 
de  signaler  cette  légère  erreur  dans  la  dis- 
position du  texte. 

1 Ce  deuxième  chapitre,  à l’exception  de 
quelques  mots  changés  à la  fin  et  sans  au- 
cune importance,  est  reproduit  intégrale- 
ment d’après  l’édition  de  I5G4. 


297 

bossue  au  lieu  où  il  s’esl  arresté , ac- 
compagnée d’vue  Ires  grande  dou- 
leur, qui  vient  à cause  de  la  blessure 
de  la  membrane  dite  Périoste,  et  de 
celle  qui  couurc  la  moelle,  et  des  au- 
tres parties  qui  sont  pressées  ou  pic- 
quées , et  les  nerfs  qui  sont  peruertis 
de  leur  lieu. 


CHAPITRE  III. 

PROGNOSTIC  DES  FRACTVRES  L 

Le  chirurgien  doit  prognostiquer , 
qui  est  prédire  les  inconueniens  et  is- 
sues qui  peuuent  aduenir  aux  frac- 
tures, àsçauoirsi  elles  sont  mortelles, 
ou  curables:  ou  si  leur  curation  sera 
longue,  ou  briefue  : et  quels  accidens 
les  peuuent  accompagner,  à fin  qu’il 
déclaré  la  vérité  aux  parens  et  amis 
du  malade,  pour  euiter  la  calomnie 
des  hommes  : ce  qu’il  fera , ayant  la 
connoissance  non  seulement  de  l’a- 
natomie des  os,  mais  aussi  la  compo- 

• L’édition  de  I5G4  avait  déjà  un  chapitre 
assez  étendu  sur  le  prognostic,  qui  a passé 
tout  entier  dans  celui-ci , bien  qu’avec  des 
transpositions  de  paragraphes  qui  ne  parais- 
sent pas  toujours  suffisamment  raisonnées. 
J’indiquerai  les  principales  additions  faites 
en  1575,  parmi  lesquelles  d’ailleurs  il  n’y  a 
rien  qu’on  ne  puisseau  besoin  retrouver  dans 
Galien  et  dans  Hippocrate,  hors  peut-être 
cette  idée,  que  les  fractures  sont  plus  fré- 
quentes en  hiver. 

I.esdeux  éditions  antérieures,  savoir  celles 
de  1545  et  1552,  ont  bien  aussi  quelques 
phrases  sur  le  prognostic;  je  n’en  rappor- 
terai qu’une  seule,  parce  qu’elle  diffère 
notablement  de  la  rédaction  actuelle. 

« Aussi  failli  entendre  que  les  f raclures  en 
telles  parties,  comme  l'os  adiutoire  ou  femoris, 
sont  plus  difficiles  à curer  que  celles  qui  sont 
en  l'vn  des  Jociles  : car  elles  sont  plus  difficiles 
à tenir  vnies  qu’en  l’vn  desdits  faciles. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


Q98 

sition  et  habitude  de  tout  le  corps  : et 
en  bien  prognostiquantpeut  acquérir 
honneur  et  profit  : et  où  ii  verra  la 
fracture  douteuse,  il  doit  plustost  dé- 
cliner ad  periculum,  quant  ad  secur i-  I 
îàtem.  Car  si  le  malade  reschappe,  ce 
lui  sera  vn  plus  grand  honneur,  que 
s’il  auoit  dit  qu’il  deust  estre  guéri , 
et  puis  il  en  mourust1. 

Deuant  que  passer  plus  outre,  ie 
diray  qu’en  Hyuer  lors  qu’il  gele,  à la 
moindre  cheute  les  os  se  rompent 
plus  facilement  qu’en  autre  temps. 
Car  par  la  siccité  de  l’air  les  os  de- 
uiennent  plus  fragiles  et  frangibles, 
où  en  temps  humide  ils  deuiennent 
plus  ployables  et  obeïssans  : ce  que 
nous  pouuons  connoistre  aux  chan- 
delles de  suif  et  de  cire  2. 

Pour  entrer  doncques  en  matière 
touchant  le  prognoslic  des  fractures, 
il  faut  entendre  que  les  os,  à cause  de 
leur  seicheressc,  ne  se  peuuent  aisé- 
ment gluliner,  comme  fait  la  chair  : 
(sinon  aux  petits  enfans,  comme  es- 

1 Ce  premier  paragraphe  est  de  1575. 

2 Voici  le  paragraphe  auquel  je  renvoyais 
dans  la  dernière  note  du  chapitre  premier. 
Sa  date  exacte  est  de  1575,  et  il  mérite  une 
attention  toute  spéciale,  en  ce  que  l’on  y 
retrouve  la  première  origine  de  cette  opi- 
nion généralement  répandue,  que  les  frac- 
tures sont  beaucoup  plus  communes  en  hiver 
qu’en  été.  On  peut  voir  sur  quelle  triste 
théorie  Paré  avait  établi  son  opinion  ; et 
quant  au  fait  en  lui-même,  il  11’est  pas  inu- 
tile d’observer  que  Paré  n’avait  point  d’hô- 
pital , et  ne  pouvait  décider  une  pareille 
question  que  d’après  sa  pratique  particulière, 
nécessairement  restreinte  à un  trop  petit 
nombre  de  cas.  J’ai  cherché  dans  un  autre 
travail  à préciser  la  différence  qu’apportent 
les  saisons  dans  la  fréquence  des  fractures  , 
et  je  me  borne  a y renvoyer  le  lecteur.  — 
Voyez  mes  Eludes  statistiques  sur  tes  Frac- 
tures el  les  Luxations,  dans  les  Annales 
d’hygiène  publique,  tome  XXII , 1 839. 


crit  Galien  In  Arle  parua,  ausqnels  à 
cause  qu’ils  onl  beaucotip  de  sub- 
stance humide , l'os  se  reprend  selon 
la  première  intention  *)  mais  ù l’en- 
tour de  leurs  fractures  s’engendre 
vne  substance  dure , appellée  callus , 
qui  se  fait  de  ce  qui  abonde  de  l’ali- 
ment de  l’os  rompu  , laquelle  le  lient 
et  l’agglutine,  et  auec  le  temps  s’en- 
durcit si  fort,  que  l’endroit  de  telle 
glutination  se  trouue  plus  ferme 
et  plus  dur  que  l’autre  partie  non 
rompue.  Car  comme  la  coi  le  sert  au 
bois  pour  le  ioindre  , semblablement 
le  callus  sert  aux  os  rompus  pour  les 
ioindre  et  agglutiner  ensemble.  Ce 
n’est  donc  sans  grande  raison,  que  les 
os  fracturés,  pour  estre  vnis,  deman- 
dent le  repos.  Car  si  on  remue  la  par- 
tie auant  que  l’agglutination  soit 
dcuëment  parfaite,  le  callus  se  rompt 
et  dissoult,  et  l’os  ne  se  pourra  iamais 
reunir  2. 

La  matière  d’iceluy  ne  doit  pecher 
en  qualité  ny  en  quantité,  non  plus 
que  le  sang  en  la  génération  de  la 
chair  deperdue  : et  partant  pour  le 
bien  faire,  il  faut  que  la  partie  soit  en 
son  tempérament  naturel  : autre- 
ment ne  se  pourra  faire,  ou  pour  le 
moins  sera  grandement  retardé. 

Les  fractures  aux  ieunes  sont  trop 
plus  faciles  à guérir  qu’aux  vieux , 
pource  que  les  ieunes  sont  encore 
pleins  de  sucs  glaireux  et  visqueux  , 

1 Cette  parenthèse  a été  intercalée  ici  dans 
la  deuxième  édition  complète,  en  1579. 

2 Les  mots  en  italique  ne  se  rencontrent 
dans  aucune  des  éditions  revues  par  A.  Paré 
lui-même  j la  première  qui  les  donne  est 
l’édition  posthume  de  159S.  On  pourrait 
donc  avec  quelque  raison  douter  que  celle 
assertion  soit  de  notre  auteur,  d’autant  plus 
qu’elleesten  contradiction  avec  l’expérience, 

] et  avec  la  doctrine  de  Celse  reproduite  dans 
la  Chirurgie  frunçoise  de  Dalechamps. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


et  abondent  en  humidité  naturelle, 
radicale  et  substantifique  : combien 
qu'on  puisse  alléguer  les  vieux  auoir 
plus  d’humidité  que  les  jeunes  : à 
quoy  ie  pense  auoir  respondu  en  vsant 
de  ce  mot,  humidité  substantifique  et 
naturelle , à la  différence  de  celle  des 
vieux  qui  n’est  telle,  mais  superflue  et 
excremeuteuse , dont  s’ensuit  qu’elle 
est  moins  apte  et  propre  à faire  la  gé- 
nération du  callus.  Et  de  ce  on  voit 
qu’il  "n’est  possible  de  donner  reigle 
certaine  de  la  génération  du  callus  : 
parce  qu’aucuns  oss’vnissentplustost 
et  les  autres  plus  tard  : qui  se  fait  aussi 
pour  la  constitution  de  l’année,  de  la 
région, du  tempérament  du  malade  et 
de  sa  maniéré  de  viure,  et  pour  la  fa- 
çon de  la  ligature.  Aussi  quand  le  ma- 
lade est  debile  et  que  l’humeur  est  trop 
aqueux  et  subtil,  lors  il  n'est  pro- 
pre pour  faire  le  callus.  Au  contraire 
quand  les  forces  et  vertus  sont  en- 
tières, lors  elles  font  leur  deuoir  à 
ioindre  les  os  ensemble:  et  principa- 
lement si  la  matière  est  grosse  et  es- 
paisse,  elle  est  facilement  conuertie 
en  la  substance  du  callus.  Pource  il 
conuient  ordonner  au  malade  ali- 
mens  et  medicamens  propres  pour  ai- 
der Nature  à ce  faire  : ce  que  nous  di- 
rons cy  apres. 

Lors  qu’il  se  fait  fracture  près  les 
jointures,  le  mouuement  est  apres 
difficile , et  principalement  quand  le 
callus  demeure  gros  : et  aussi  du  tout 
perdu,  si  la  iointure  est  attrite  et 
froissée  : et  encore  en  tel  accident  y 
a grand  danger  que  la  partie  ne 
tombe  en  grande  inflammation , à 
cmse  que  les  tendons  excitent  dou- 
leur: et  que  la  mort  n’ensuiue*. 

1 Ce  paragraphe  est  de  1575,  à l’excep- 

tion de  ces  mots  : « cause  que  les  tendons 
excitent  douleur,  qui  ont  été  ajoutés  en  1579. 


299 

Les  fractures  faites  aux  deux  os  du 
bras  et  des  iambes  sont  plus  difficiles 
à guérir  que  celles  qui  sont  seule- 
ment à l’vn  des  fociles  des  bras  et  des 
iambes,  parce  qu’elles  sont  plus  mal- 
aisées à tenir  que  lors  qu’il  n’y  a 
qu’un  seul  focile  rompu  : pource  que 
celuy  qui  demeure  entier,  soustient  et 
appuyé  celuy  qui  est  rompu. 

Semblablement  il  faut  plus  de 
temps  à faire  le  callus  en  vn  gros  os 
qu’à  vn  petit.  Aussi  les  os  qui  sont  ra- 
res et  spongieux  sont  plustost  gluti- 
nés  par  le  callus  que  ceux  qui  ne  sont 
de  telle  nature1.  D’auantage  les  os 
fracturés  és  corps  de  température 
sanguine  sont  plustost  vnis  qu’aux 
cholériques. 

En  quelque  corps  que  ce  soi! , les 
os  rompus  ne  peuuent  jamais  si  bien 
eslre  vnis  qu’il  n’y  demeure  quelque 
inégalité,  et  eminence  à raison  de 
l’vnion  des  os  faite  par  le  callus.  Et 
partant  le  Chirurgien  doit  deuëment 
faire  la  ligature,  autrement  le  callus 
demeureroit  plus  gros  ou  plus  menu 
qu’il  n’est  besoin. 

La  fracture  la  moins  fascheuse  est 
la  simple  : et  celle  qui  est  en  esclats 
est  la  pire  : et  la  plus  difficile  de  tou- 
tes, c'est  celle  où  il  y a des  lragmens 
qui  piquent , à cause  que  par  poin- 
ture de  nerf  ou  périoste  se  fait  con- 
uulsion  2. 

Or  quelquesfois  les  pièces  de  l’os 
rompu  demeurent  en  leur  place  : 
aussi  le  plus  souuent  sont  hors  de  leur 
lieu,  et  l’vne  cheuauche  sur  l’autre  : 
et  si  les  pièces  sont  hors  de  leur  lieu  . 
il  y aura  cauité,  et  au  toucher  inega- 

1 Hippocrates  sent.  18.  et  19.  de  la  l.  sect. 

Des  fractures.  — A.  P. 

- Les  mots  à cause  que  par  pointure  de  nerf 
ou  périoste  se  fait  coVntiiMon.  manquent  dans 
les  éditions  de  1504  et  1575. 


3üO  LE  TREJZIÊ 

lité , et  les  esquilles  piquent  et  pres- 
sent. Aussi  les  extrémités  de  l’os  ne 
sont  iointes  bout-à-bout , le  membre 
est  plus  court  que  le  saiu  : et  les 
muscles  sont  plus  tuméfiés  et  enflés , 
d’autant  qu’ils  se  retirent  vers  leur 
origine  : dont  si  on  trouue  l’os  en- 
foncé, subit  il  faut  estendre  le  mem- 
bre : car  les  muscles  et  uerfs  tendus 
par  l’os  et  retirés  vers  leur  chef  ou 
leur  fin  , ne  permettront  que  les  piè- 
ces de  l’os  retournent  en  leur  place, 
si  on  ne  les  estend  de  force  et  vio- 
lence. Et  si  cela  n’est  fait  dés  les  pre- 
miers iours , il  y suruient  inflamma- 
tion : durant  laquelle  il  est  très 
dangereux  de  forcer  les  nerfs  et  ten- 
dons, parce  qu’il  en  aduient  souuent 
aposteme,  spasme,  gangrène  et  mor- 
tification : et  pource  Hippocrates  con- 
seille en  la  sentence  30.  de  la  troi- 
sième section  des  Fraclurcs  , que 
nous  nous  gardions  de  faire  exten- 
sion le  trois  et  quatrième  iour,  crainte 
d’inflammation  L 

Les  fractures  sont  perilleusesquand 
les  esclats  sont  grands  et  sortent 
hors , et  encore  principalement  aux 
os  qui  sont  pleins  de  moelle  2. 

Lors  que  les  os  rompus  ou  luxés  ne 
peuucnt  estre  réduits  en  leur  situa- 
tion naturelle , la  partie  tombe  en 
atrophie,  à cause  que  les  veines,  artè- 
res et  nerfs  sont  peruertis  de  leur 
propre  lieu  , et  que  la  partie  ne  se 
meut  point,  ou  à grande  difficulté. 
Parquoy  les  esprits  n’y  peuuent  re- 
luire, et  l’aliment  n’y  vient  pas  en 
telle  quantité  qu’il  deuroit  pour 
nourrir  la  partie,  dont  l’atrophie  s’en- 
suit : lequel  mesme  accident  peut 
venir  par  trop  longuement  et  estroi- 

1 Ce  paragraphe  est  de  1575 , à part  la  ci- 
tation d Hippocrate  quia  étéajoutée  en  1579. 

'l  Encore  un  paragraphe  qui  date  de  1575. 


ME  LIVRE  , 

tentent  tenir  la  partie  liée  : de  quoy 
nous  traiterons  plus  amplement  cy 
apres. 

Lors  que  le  membre  rompu  ou 
luxé  est  grandement  enflammé,  il  y a 
danger,  en  voulant  réduire  la  frac- 
ture , que  le  malade  ne  tombe  en 
spasme  : partant  faut  différer  la  ré- 
duction (s’il  est  possible)  iusquesà  ce 
que  les  humeurs  soient  resoults,  et 
la  partie  desenflée,  et  la  grande  dou- 
leur cessée. 


CHAPITRE  IV. 

CVP.E  VNIVERSEI.EE  DES  FRACTVRES  ET 
EVXATIONS  '. 

Or  r’habiller  une  partie  rompue,  ou 
luxée  et  séparée,  est  la  réduire  en 
son  lieu.  Parquoi  le;  vulgaires  à bon 
droit  appellent  ceux  qui  réduisent  les 
os  fracturés  ou  luxés  , R'habülcurs 
ou  rcnoüeurs.  Et  pour  bien  redresser 
et  r’habiller  les  os  , il  faut  auoir  par- 
faite connoissance  de  l’anatomie  d’i- 
ceux , et  la  pratique  de  ce  faire  ap- 
prise des  bons  maistres  et  continuée 
de  longue  main. 

Et  en  la  cure  de  telles  dispositions, 
on  doit  auoir  trois  intentions.  La 
première  est  remettre  l’os  en  son 
lieu.  La  seconde,  l’y  faire  tenir.  La 
tierce,  empescher  qu’il  n’y  suruien- 
ne  aucuns  mauuais  accidens  : et 
s’ils  y estoient  suruenus,  les  corri- 
ger : qui  sont  comme  douleur,  in- 

1 Ce  chapitre  est  formé  de  trois  chapitres 
presque  entiers  de  l’édition  de  1564 , outre 
des  additions  considérables  faites  pour  la 
plupart  en  1575,  mais  quelques  unes  aussi  en 
1579  et  même  en  1585.  Tout  ce  qui  se  rap- 
porte aux  luxations  date  d’abord  de  1575;  en 
1564  il  n’était  question  que  des  fractures. 


UES  FRACTVRES  DES  OS. 


flammation  , fiéure,  aposteme,  gan- 
grené, mortification,  et  autres. 

Donc  pour  réduire  aisément  vne 
fracture  ou  luxation , il  le  faut  faire 
tout  chaudement,  ou  du  premier  iour, 
s’il  est  possible  : pour-ce  qu’alors  le 
malade  est  moins  molesté  de  douleur 
et  inflammation , et  que  les  muscles 
ne  sont  encores  fort  refroidis.  Et  pour 
y procéder,  faut  que  le  malade , et  la 
partie  luxée,  et  le  Chirurgien  soient 
en  bonne  veué,  et  ayans  bons  serui- 
teurs,  bonnes  ligatures,  et  bonnes  ma- 
chines, si  le  cas  le  requiert  : aussi  que 
lesassistans se  taisent,  etescoutentle 
réducteur,  et  ne  crient,  ne  disent,  ne 
facent  aucune  chose,  qui  empesche  le 
Chirurgien  de  faire  son  œuure.  En 
apres  faut  lier  et  tenir  la  partie  près 
de  la  fracture,  ou  luxation,  tant  d’vn 
costé  que  d’autre , c’est  à dire , tant 
vers  la  partie  supérieure  (par  laquelle 
i entens  celle  qui  est  vers  le  centre  du 
corps)  qu’inferieure,  de  peur  qu’en 
faisant  l’extension  par  trop  loin  d’i- 
celles, l’on  ne  blesse  les  parties  saines, 
et  aussi  que  l’extension  ne  se  peust 
deuëment  faire  : pareillement,  depeur 
que  le  malade  en  tirant  ne  suiue  le 
Chirurgien,  s’il  n’estoit  lié  qu’en  la 
partie  inferieure , et  non  vers  le 
corps1. 

Ces  choses  estans  ainsi  ordonnées , 
faut  que  le  Chirurgien  estende,  et  tire 
bien  droit  la  partie  offensée,  d’autant 
que  les  os  estans  rompus,  ou  luxés, 
les  muscles  se  retirent  vers  leur  ori- 
gine 2 : et  par  mesme  moyen  tout  l’os 
se  retire , comme  escrit  Galien  sur  la 
1.  sent,  de  la  1.  section  des  Fractures. 
Pourceil  est  impossible  de  les  réduire 

1 Tout  ce  commencement  de  chapitre  est 
de  1575. 

2 Hippocrates  sen,  GO.  de  la  2.  scct.  Des 
Jracturçs.  — A.  1’. 


3oi 

sans  estendre  les  muscles.  La  partie 
ainsi  tirée,  seront  les  os  plus  aisément 
réduits  en  leur  lieu,  pressant  auec  les 
mains  dessus,  s’ils  font  quelque  emi- 
nence.  Et  les  réduisant,  il  se  faut 
donner  garde  que  les  bouts  des  os 
fractui’és  ne  s’entre -choppent , de 
peur  qu’ils  s’esbrechent  et  rompent. 
Car  les  esquilles  seroient  cause  de 
faire  aposteme,  pour  puis  apres  eslre 
iettés  hors.  Si  vn  os  rompu  surpasse 
la  peau , et  qu’il  soit  nud  et  descou- 
uert , et  ne  puisse  eslre  réduit,  alors 
le  faut  scier  ou  couper,  qui  est  l’aduis 
d’Tlippocrates,  et  du  iour  mesme,  s’il 
est  possible.  Puis  seront  bandés  et 
liés  auecques  compresses  et  astelles  '. 

Et  si  c’est  vne  luxation,  apres  l’ex- 
tension faite  faut  pousser,  tourner 
et  virer  la  partie  luxée,  selon  qu’il 
sera  necessaire. 

Quelquesfoisle  Chirurgien  est  con- 
traint d’vser  de  machines,  comme  aux 
luxations  inueterées,  et  aux  fractures 
et  luxations  des  grands  os,  et  aux 
corps  robustes,  et  aux  grandes  ioin- 
tures  : pource  que  la  force  qui  y est 
requise  ne  peut  estre  souuentes  fois 
faite  par  la  seule  main  du  Chirur- 
gien. Car  d’autant  plus  que  les  mus- 
cles Sont  forts  et  robustes,  d’autant 
ils  ont  plus  de  force  et  vertu,  pour  se 
retirer  vers  leur  origine.  Partant  à 
ceux-là  nous  sommes  contraints  d’v- 
ser de  machines,  parce  que  les  mains 
du  Chirurgien  ne  sont  pas  suffisantes 

> Ce  paragraphe  répond  au  quatrième  cha- 
pitre de  l’édition  de  1564,  intitulé  : De  lu 
maniéré  de  réduire  les  os  fracturés.  Seule- 
ment on  n’y  lisait  pas  la  citation  de  Galien 
qui  a été  ajoutée  en  1579,  et  surtout  il  y 
manquait  le  passage  qui  commence  ainsi  ! 
et  les  réduisant,  et  finit  par  ces  mots  : s'il  est 
possible.  Cette  addition  assez  importante  se 
lit  pour  la  première  fois  dans  l’édition  de 
1585. 


3o‘J  LE  TREIZIÉME  LIVRE 


pour  tirer  et  réduire  telles  fractures 
ou  luxations.  Toutesfois  il  se  faut  bien 
donner  garde  de  tirer  trop  fort . de 
peur  d’encourir  ës  accidens  susdits  : 
qui  sont  rompre  les  muscles  et  nerfs, 
et  causer  douleur,  gangrené,  commi- 
sion, paralysie,  et  autres  accidents, 
lesquels  viennent  plustost  aux  robus- 
tes et  vieux,  qu’aux  ieunes , pource 
qu’ilssont moins  blessés  que  les  vieux, 
lors  qu’ils  sont  fort  tirés,  à cause  qu’ils 
ont  le  corps  plus  humide  et  mol  Car 
tout  ainsi  qu’on  tire  fort  les  cuirs  sans 
les  deschirer  et  rompre, lorsqu’ils  sont 
mouillés  et  mois  , mais  quand  ils  sont 
durs  et  secs,  ils  se  rompent  plustost  : 
ainsi  est-il  des  muscles,  nerfs,  et  liga- 
mens.  Car  quand  ils  sont  humides  et 
mois,  ils  obéissent  et  se  rompent  faci- 
lement : mais  quand  ils  sont  secs  et 
durs , ils  ne  se  peuuent  estendre  sans 
grande  force,  non  seulement  s’ils  sont 
tirés  plus  qu’il  ne  faut,  mais  aussi  s’ils 
ne  sont  que  moyennement  estendus, 
" pource  qu’en  ce  cas  les  libres  nerueu- 
ses,  et  corps  des  muscles,  se  rompent  : 
ce  qui  n’aduient  aux  ieunes,  qui  sont 
humides  et  mois,  et  generalement  à 
tous  ceux  qui  ont  la  chair  mollasse  et 
humide , comme  enfans , femmes , et 
eunuques*. 

Parquoy  (comme  nous  auons  dit)  le 
Chirurgien  y aura  esgard , à fin  de 
faire  la  réduction  ainsi  qu’il  appar- 
tient: laquelle  on  connoistra  estre 
bien  faite,  quand  la  douleur  est  ap- 
paisée,  à raison  que  les  fibres  des 
muscles  et  autres  parties  sont  remi- 
ses en  leur  situation  naturelle,  et  que 
les  os  ne  pressent  plus  : auec  ce  qu’au 
toucher  on  ne  sent  aucune  eminence, 
mais  une  égalité.  Et  si  les  fractures 
ou  luxations  sont  aux  cuisses,  ou  aux 

1 Ce  paragraphe,  ainsi  que  le  précédent, 
date  de  l’édition  de  1676. 


iatnbes,  pour  connoistre  si  les  os  sont 
bien  réduits , il  faut  faire  conférence 
de  la  partie  saine  auec  la  malade,  ap- 
prochant les  pieds  et  genoux  l’vn  près 
de  l’autre,  pour  voir  s'ils  sont  bien 
égaux  en  longueur.  Laquelle  chose 
on  doit  obseruer  toutes  les  fois  qu’on 
traitera  le  malade,  pource  que  l’os 
réduit  peut  resortir  hors  de  son  lieu , 
le  malade  se  tournant  de  costé  et 
d’autre  en  son  lit,  ou  par  certains  tres- 
saillemeus,  qui  viennent  lors  qu’il 
dort:  ce  qui  se  fait  par  la  force  des 
muscles  se  retiraus  vers  leurs  origines, 
et  ce  faisans  esbranlent  et  mouuenl 
l’os  fracturé , qui  à raison  de  ce  ne 
garde  la  situation  que  le  Chirurgien 
lui  a baillée,  ains  cheuauche  l’vn  sur 
i’autre  : dont  le  malade  sent  vne  ex- 
trême douleur,  iusques  à ce  que  les 
os  soyent  de  rechef  remis  en  leurs 
places.  A quoy  le  Chirurgien  doit 
estre  fort  attentif:  car  le  callus  se 
faisant,  si  les  os  cheuaucheut  les  vns 
sur  les  autres  , l’os  demeurera  d’au- 
tant plus  court,  et  par  conséquent  le 
membre  : gui  fera  tousiours  clocher  le 
malade,  à son  grand  regret,  et  deshon- 
neur du  Chirurgien. Parquoy  faut  que 
le  malade  y donne  bon  ordre  de  son 
costé,  se  gardant  bien  de  remuer  la 
partie  rompue  , le  plus  qu’il  lui  sera 
possible , iusques  à ce  que  le  callus 
soit  affermi  et  endurci  : mais  la  luxa- 
tion estant  réduite  et  bien  bandée,  ne 
se  défait  pas  si  facilement  comme  la 
fracture  *. 

Or  ayant  fait  la  réduction  ainsi 
qu’il  a esté  déclaré,  faut  venir  à la  se- 
conde intention  pour  la  curation  des 
fractures  et  luxations  : c’est  que  la 
partie  qui  estoit  rompue  ou  luxée,  et 

> Ce  paragraphe  constituait  le  chapitre  5 
de  l’édition  de  1664  : Des  signes  par  lesquels 
on  connoistra  les  os  eslre  bien  réduits. 


DES  ERACTVRES  DES  OS. 


est  remise,  tienne  ferme  en  son  lieu  : 
qui  se  fera  par  bandages,  compresses, 
et  autres  choses  que  nous  déclarerons 
particulièrement  cy  apres,  selon  cha- 
cune partie,  et  aussi  par  les  médica- 
ments propres  : à quoy  sert  pareille- 
ment tenir  la  partie  en  repos,  et  en  sa 
figure  et  situation  naturelle  et  ac- 
couslumée,  à fin  qu’elle  y puisse  lon- 
guement demeurer  , et  la  penser 
quand  il  sera  besoin,  euitant  la  dou 
leur  tant  qu’il  sera  possible.  Et  par- 
tant apres  la  réduction  faite,  il  est 
bon  d’appliquer  tout  autour  du  cerat 
(et  faut  que  les  bandes  et  compresses 
en  soyent  imbues  : autrement  ils 
beuroient  ledit  cerat  par  leur  seiche- 
resse,  et  partant  profiteroit  peu.  Ceste 
doctrine  est  prise  d’Hippocrate,  du  3 
liu.  de  F Officine  du  Médecin)  et  autres 
repercussifs,  puis  des  résolutifs,  selon 
qu’il  sera  besoin1.  Et  faut  que  les 
bandes  et  compresses  soyent  trempées 
et  baignées  en  oxycrat , ou  oxyrho- 
dinum,  si  c’est  fracture  simple  : ou  eu 
gros  vin  austere,  et  autres  liqueurs 
semblables,  vn  peu  tiedes,  si  la  frac- 
ture est  auec  playe  (comme  escrit  Ga- 

1 Cette  manière  de  panser  les  fractures 
simples  n’a  pas  toujours  été  celle  de  Paré , 
et  nous  pouvons  signaler  à cet  égard  trois 
modilications  qu’a  subies  sa  pratique.  Ainsi 
en  1564  il  écrivait  : 

Ayant  réduit  le  membre  le  plus  près  qu’il 
sera  possible  de  sa  figure  naturelle,  il  faut 
appliquer  tout  autour  de  la  fracture,  mesine 
sur  icelle,  de  l’huile  rosat  auec  vn  peu  de  vi- 
naigre, et  des  emplastres  couuertes  d'vnguent 
rosat,  etc. 

Les  éditions  de  1575  et  1579  portent  : 

Et  parlant  apres  la  réduction  faite,  il  est 
bon  d’appliquer  tout  autour,  mesme  sur  icelle, 
de  l’huile  rosat  auec  blancs  d’œufs,  et  autres 
repercussifs,  puis  des  résolutifs,  selon  qu’il 
seru  besoin. 

Enfin  la  rédaction  actuelle  avec  la  citation 
d’Hippocrate  date  seulement  de  1585. 


3o3 

lien  sur  la  21.  sen.  de  la  1.  section  des 
Fractures  '),  lesquelles  faudra  sou- 
uenlesfois  humecter,  principalement 
en  Esté  : car  par  ce  moyen  on  robore 
la  partie,  en  repoussant  la  delluxion, 
et  par  conséquent  on  empesche  l’in- 
flammation et  la  douleur.  Et  quand 
les  accidens  seront  passés,  il  faut  dé- 
sister d’humecter  les  bandes,  de  peur 
de  retarder  le  callus  : à la  génération 
duquel  il  faut  procéder  par  les  choses 
qui  aident  à le  faire,  comme  nous  dé- 
clarerons cy  apres. 

Or  quant  à la  figure  que  l’on  doit 
obseruer,  elle  sera  conuenable,  si  les 
muscles  sont  en  leur  situation  natu- 
relle : ce  qui  se  fera  si  la  partie  est  te- 
nue en  figure  moyenne,  laquelle  si 
elle  est  sans  douleur,  le  malade  y 
pourra  longuement  demeurer. 

Ces  choses  faites,  il  luy  faudra  de- 
mander s’il  est  point  trop  serré  : et 
s’il  dit  que  non,  si  ce  n’est  vn  peu  sur 
la  fracture,  il  la  conuient  laisser  trois 
ou  quatre  iours,  plus  ou  moins,  sans 
la  deslier,  s’il  ne  sent  grande  dou- 
leur: Mais  aux  luxations  on  la  pourra 
bien  laisser  sept  ou  huit  jours,  s’il  n’y 
suruienl  aucun  accident. 

Et  faut  que  le  Chirurgien  entende, 
qu’en  traitant  les  os  fracturés  ou 
luxés  , il  doit  par  tous  moyens  pren- 
dre garde  d’empescher  les  accidens 
qui  pourroient  suruenir  : qui  est  la 
troisième  intention  que  traiterons  à 
présent2. 

1 Cette  mention  de  la  fracture  compliquée 
de  plaie  et  la  citation  de  Galien  qui  la  suit, 
ne  datent  que  de  1579.  Du  reste  nous  ne 
nous  y arrêterons  pas , attendu  que  la  thé- 
rapeutique des  fractures  compliquées  est 
spécialement  traitée  au  chapitre  24. 

2 Toute  la  fin  de  ce  chapitre,  depuis  ce  que 
nous  avons  dit  appartenir  au  chapitre  5 de 
l’édition  de  1564 , est  empruntée  au  cha- 

{ pitre  6 de  cette  même  édition , à part  tou- 


3o4 


LE  TREIZIÉME  LIVRE 


CHAPITRE  V. 

LA  TROISIEME  INTENTION  EST  CORRIGER 
LES  ACCIDENS  *. 

Pour  ce  faire  faut  traiter  la  partie 
le  plus  doucement,  et  auecques  moins 
de  douleur  que  faire  se  pourra  (ainsi 
qu'il  a esté  cy  deuanl  déclaré)  pre- 
nant garde  d’empescher  la  fluxion  sur 
la. partie  : et  ce  par  medicamens  qui 
ont  vertu  de  corroborer,  et  repousser 
les  humeurs  : et  par  bonne  maniéré 
de  viurc,  aussi  par  purgation  et  phlé- 
botomie s’il  en  est  besoin 2. 

Que  si  les  accidens  sont  desia  sur- 
uenus,  il  y faut  remedier  selon  la  di- 
uersité  d’iceux  : car  il  y en  a de  plu- 
sieurs et  de  diuerses  sortes  : entre 
lesquels  se  fait  communément  vn 
prurit  ou  démangeaison  au  commen- 
cement. 

jours  ce  qui  regarde  les  luxations.  Ce  cha- 
pitre G a pour  titre  : De  la  maniéré  de  traiter 
leu  fractures  au  premier  appareil  -,  aussi  est- 
il  bien  plus  étendu  que  le  texte  qui  y cor- 
respond dans  les  éditions  complètes;  mais 
les  détails  concernant  l’application  des  ban- 
des ont  été  reportés  par  l’auteur  au  Liure 
des  bandages , chapitre  3,  connue  il  a été 
dit.  Voyez  ci-devant  la  note  de  la  page  294. 

1 Ce  chapitre  est  presque  entièrement  de 
l’édition  de  1575,  à part  le  passage  relatif 
au  prurit,  qui  existait  dans  celle  de  1564, 
et  quelques  additions  postérieures. 

2 L’auteur  est  fort  bref  ici  sur  les  médi- 
caments comme  sur  le  régime;  il  s’étendra 
davantage  lorsqu’il  fera  l’histoire  de  sa  pro- 
pre fracture.  C’est  là,  aux  chapitres  23  à 31, 
qu’il  faut  recourir  pour  étudier  à fond  la 
doctrine  de  Paré  touchant  la  formation  du 
col  et  la  thérapeutique  des  fractures  ; et 
c’est  là  aussi  que  je  comparerai  le  texte  dé- 
finitif avec  ce  qu’il  avait  dit  sur  le  même 
sujet  dans  scs  premiers  traités. 


Or  le  prurit  est  engendré  des  va- 
peurs de  ce  qui  reste  du  sang,  et  des 
autres  humeurs  contenus  en  la  partie, 
qui  sont  ou  vue  mordication  modérée, 
d'où  vient  prurit  simple,  ou  mordica- 
tion grande  , d’où  vient  prurit  dou- 
loureux *.  Parquoy  lors  que  telle  ma- 
tière est  vuidée , la  cause  du  prurit 
est  cessée.  Or  lesdites  vapeurs  ne  se 
peuuent  bien  exhaler,  pource  que  la 
partie  est  pressée  et  couuerte  d’em- 
plastres,  de  compresses,  et  de  ban- 
des : ioint  aussi  qu’elle  demeure  sans 
son  exercice  accoustumé,  et  pource  y 
a moins  de  chaleur  naturelle.  Par- 
lant conuient  deslier  les  bandes  de 
trois  iours  en  trois  iours,  pour  donner 
air  et  transpiration  aux  excremens 
fuligineux  et  matières  sanieuses 
contenues  sous  le  cuir , de  peur 
qu’elles  ne  le  rompent  et  vlcerent  : 
ce  qui  est  suruenu  à plusieurs  par 
faute  de  ce  faire.  Pareillement  faut 
fomenter  la  partie  auec  eau  chaude, 
et  ce  assez  longuement  ; car  comme  il 
est  escrit  au  3.  de  F Officine  du  Chirur- 
gien, longue  fomentation  d’eau  chau- 
de atténué  et  euacue , la  moindre 
remplit  et  amollit2.  Aussi  vser  de  lé- 
gères frictions  auec  la  main  ou  linges 
chauds,  desquels  on  la  frottera  en 
toute  figure  ; à sçauoir,  en  haut,  en 
bas,  à dextre,  à senestre,  et  en  rond. 
Pareillement  on  peut  vser  de  fomen- 
tation faite  d’vue  décoction  de  saulge, 
camomille,  melilot,  roses,  et  sembla- 
bles, bouillis  en  eau  et  en  vin.  Et  par 

■ Galien,  sur  la  4.  sent,  de  la  1.  sect.  Des 
fractures. — A.  P.  — Cette  citation  se  rap- 
porte aux  mots  : qui  font  ou  vue  mordication 
modérée,  etc.;  c’est  une  addition  faite  en  1579. 

2 Cette  partie  de  la  phrase  , depuis  les 
mots  : et  ce  assez  longuement,  jusqu’à  ceux- 
ci,  remplit  et  amollit,  a été  également  ajoutée 
en  1579. 


DES  FUACTVRES  DES  OS. 


ces  moyens  petit-à~petit  on  ostera  le 
prurit l. 

Et  où  il  y auroit  desia  vessies , il 
les  conuient  couper , pour  donner 
prompte  issue  à l’humeur,  lequel  re- 
tenu pourroit  corroder  et  faire  vl- 
cere  : et  apres  faudra  appliquer  quel- 
que médicament  refrigeralif,  comme 
est  l’onguent  album  Rhasis  camphora- 
tum  ou  desiccatiuum  rubrum , ou  vn- 
ÿucnhoHrosafwm,  où  il  n’ent  re  point  de 
vinaigre  , auquel  on  y adioustera 
poudre  de  bois  pourri , ou  de  la  tu- 
tie  préparée,  ou  autres  semblables. 

Mais  il  aduient  aussi  quelquesfois 
des  accidens  beaucoup  plus  grands 
et  dangereux , que  nous  déclarerons 
cy  apres. 

Or  s’il  y auoit  quelques  pièces  ou 
esquilles  d’os  qui  fussent  du  tout  sé- 
parées, il  les  faut  promptement  oster, 
principalement  s’ils  picquentles  mus- 
cles2, et  aussi  si  l’os  estoit  esclatté  et 
sorti  hors  de  la  chair,  en  sorte  qu’on 
ne  le  peust  réduire,  il  le  conuient 

1 Ce  paragraphe  sur  la  cause  du  prurit  et 
les  moyens  d’y  remédier  est  emprunté  pres- 
que littéralement  au  chapitre  7 de  l’édition 
de  1564;  seulement  en  parlant  des  frictions, 
cette  édition  recommande  de  les  faire  en 
haut,  en  bas,  à dexlre,  à seneslre,  à lors,  à 
trauers , et  en  rond  : car  telle  friction  resoult 
les  vapeurs  superflues  contenues  en  la  partie. 

L’édition  de  1545,  suivie  par  celle  de  1552, 
conseillait  de  tout  autres  moyens  ; on  y li- 
sait : 

Et  s'il  suruenoit  prurit  en  laparlie  , il  con- 
uient faire  ablution  auec  oxycrat,  auquel  on 
aura  fait  bouillir  sel  et  alun , puis  soit  appliqué 
vnguentum  populeum  , vel  nulriiwm , ou  autre 
de  telle  faculté.  Folio  38,  verso. 

Nous  verrons  dans  l’histoire  de  sa  fracture 
de  jambe,  que  ce  fut  alors  que  Paré  changea 
de  sentiment  à cet  égard.  Voyez  ci-après 
chapitre  25. 

- Hippocrates,  sent.  4G.  sect.  3.  Des  frac- 
tures. — A.  P. 


3o5 

couper  auec  tenailles  incisiues,  ou 
par  le  bec  de  perroquet  : desquels 
t’aideras  selon  que  verras  estre  vtile. 

Le  Chirurgien  doit  pareillement 
prendre  garde  que  la  partie  blessée 
ait  souuent  vne  llabellalion , à fin 
qu’elle  n’acquiere  inflammation  : aussi 
garder  qu’elle  ne  soit  trop  couuerte 
ny  pressée.  La  flabellation  se  fera  en 
la  changeant  de  place,  et  la  sousle- 
uant  par  fois.  Tel  précepte  n’est  seu- 
lement à noter  pour  les  fractures , 
mais  aussi  pour  toutes  parties  bles- 
sées et  vlcerées1. 

Ayant  donc  ainsi  discouru  des  frac- 
tures et  luxations  en  general , main- 
tenant ie  traiteray  des  particulières, 
commençant  au  nez. 


CHAPITRE  YI. 

DE  LA  FRACTVRE  DV  NEZ. 

Il  faut  entendre  que  le  nez  est  car- 
tilagineux en  sa  partie  inferieure,  et 
osseux  en  sa  supérieure.  En  sa  partie 
cartilagineuse  il  n’aduienl  point  frac- 
ture, si  ce  n’est  merque  ou  siégé  : ains 
seulement  enfonceure  ou  entorseure, 
contusion , ou  meurdrisseure  : mais 
en  la  partie  osseuse,  souuent  aduient 
fracture  et  enfonceure  au  dedans  : et 
où  il  ne  sera  bien  réduit , le  malade 
demeurera  camus,  ou  aura  le  nez 
torlu,  et  par  conséquent  difficulté  de 
respirer  2. 

1 Ces  mots  cl  vlcerées  sc  lisent  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  posthume  de  1508. 

On  notera  que  ce  précepte  si  important  de 
la  llabellalion  appartient  à Ambroise  Paré  , 
ainsi  que  le  mot  lui-même;  du  moins  n’en 
ai-je  pas  trouvé  la  moindre  mention  avant 
lui. 

- Hippocrates  sent.  40.  de  la  2.  sect.  De 
arliculis. — A.  P. 


II. 


20 


3oG 


LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


Or  pour  réduire  ceste  fracture , 
faut  baisser  l’os  qui  est  trop  eminent, 
et  cehiy  qui  est  trop  baissé,  le  faut 
releuer  auec  vne  espatule,  ou  vn  pe- 
tit baston  approprié  à ce  faire,  garni 
et  enueloppé  de  cotton  ou  de  linge,  à 
fin  de  faire  moins  de  douleur  au  ma- 
lade : et  faut  tenir  ladite  esprouuetle 
d’vne  main  , et  de  l’autre  faire  la  ré- 
duction. 

Puis  l’os  estant  suffisamment  es- 
leué  et  réduit  en  son  lieu , on  mettra 
des  tentes  longues  et  grosses  dans  les 
nazeaux,  faites  d’esponges  ou|d’estou- 
pes,  parce  que  telles  choses  sont  mol- 
les, et  tiennent  le  nez  haut  esleué. 
Pareillement  seront  appliquées  com- 
presses des  deux  costés , pour  mieux 
tenir  l’os  en  sa  figure  naturelle,  ius- 
ques  à ce  que  l’agglutination  soit 
faite. 

Souuentesfois  i’y  ay  mis  des  tentes 
cannulées,  faites  d’or  ou  d’argent,  ou 
de  plomb,  lesquelles  estoient  atta- 
chées par  vn  filet  à la  coëffe  ou  bon- 
net de  nuit  du  malade,  qui  seruoient 
à tenir  les  os,  et  donner  issue  à la  sa- 
nie et  autres  excremens  sortans  du 
nez  : et  seruoient  aussi  à l’inspiration 
et  expiration  *. 

D’auantage,  s’il  n’est  necessaire,  on 
se  gardera  de  presser  le  nez  par  le 
bandage , de  peur  de  le  rendre  large, 
enfoncé  ou  tortu  : et  où  il  y aura 
playe , tu  y procéderas  ainsi  que  i’ay 

1 L’introduction  d’éponges dansles narines, 

pour  servir  de  soutien  aux  fragments,  re- 
monte à une  époque  antérieure  à Hippocrate 
même,  qui  en  blâme  l’emploi,  et  qui  leur 
préfère  un  morceau  de  poumon  d’agneau. 
Plus  tard  on  imagina  de  placer  dans  les  na- 
rines des  tuyaux  de  plume  pour  faciliter 
la  respiration  ; ce  nouveau  moyen  est  déjà 
mentionné  dans  Celse.  Les  canules  métal- 
liques sont  de  l'invention  d’A.  Paré. 


déclaré  en  mon  liure  des playes  de  la 

teste  huma 'ne. 

Apres  l’avoir  réduit,  tu  vseras  de  ce 
médicament,  et  à toutes  autres  par- 
ties seiches,  lequel  a puissance  de 
repercuter  et  reprimer  la  fluxion , as- 
traindre,  tarir,  et  desseicher  l’hu- 
meur ja  deflué , et  aider  à tenir  les  os 
en  leur  lieu  ». 

2£Thuris,  rnastiches,  boli  Armeniæ , san- 
guinis  draconis  ana  § . ft. 

Aluminis  rochæ,  resinæ  piui  siccæ  ana 
5.  ij. 

Puluerisentur  subtilissimè. 

Item  farinæ  volalilis  §.  fi>. 

Albuminum  ouorum  quantum  sulficit. 
Incorporentur  omnia  sirnul , et  fiat  medi- 
camentum. 

Si  la  partie  cartilagineuse  est  pa- 
reillement fracturée,  on  y procédera 
comme  en  la  substance  osseuse.  Or  il 
faut  entendre  que  la  solution  de  con- 
tinuité faite  aux  cartilages,  est  nom- 
mée d’Hippocrates  fracture , comme 
en  l’os:  pource  qu’il  ne  peut  trouuer 
autre  vocable  plus  propre,  attendu 
que  c’est  la  partie  la  plus  dure  apres 
l’os1 2. 

1 Cette  espèce  de  colle  où  se  trouvent 
réunis  l’amidon  et  l’albumine,  les  deux  bases 
capitales  des  appareils  inamovibles  moder- 
nes, est  imitée  d’une  recette  analogue  déjà 
indiquée  par  Hippocrate  pour  la  fracture  du 
nez.  On  voit  que  les  appareils  amylacés  ou 
amidonnés  remonteraient  au  besoin  à une 
origine  bien  plus  haute  qu’on  ne  le  croit 
communément. 

2 Hippocrates  sect.  2.  du  Liure  des  articles, 
sent.  47.  et  Galien  au  Commentaire. — A.  P. 

L’édition  de  1575  portait  ici 

Pourcequc  ( comme  dit  monsieur  d' Ale- 
champs  en  sa  chirurgie  françoise  ) ne  peut 
trouuer,  etc. 

La  citation  de  Dalcebamps  a été  effacée 
dès  1579,  sans  doute  à raison  de  son  inexac- 
titude; en  effet,  Dalechamps  ne  dit  rien  de 
semblable. 


DES  ERACTVRES  DES  OS. 


Le  callus  en  la  fracture  du  nez 
est  communément  fait  en  douze  ou 
quinze  iours , s’il  n’y  suruient  acci- 
dent. 


CHAPITRE  VIL 

DE  LA  FRACTVRE  DE  LA  MANDIDVLE 
1NFERIEVRE. 

La  mandibule  inferieure  se  termine 
en  deux  maniérés  de  cornes,  dont 
l’vne  se  finit  en  pointe,  et  reçoit  vn 
tendon  du  muscle  temporal,  l’autre 
en  tubercule  rond , qui  est  allié  à l’os 
sous  l’addition  nommée  mammillaire, 
et  illec  s’implante  en  vne  petite  cauité. 
Elle  est  iointe  au  milieu  du  menton 
par  coalescence,  et  est  moüelleuse  au 
dedans. 

Lors  qu'elle  est  fracturée,  elle  sera 
réduite  en  son  lieu,  en  mettant  les 
doigts  en  la  bouche  du  malade , pres- 
sant les  eminences  tant  par  dedans 
que  par  dehors,  à fin  d’vnir  et  appo- 
ser les  os  l’vn  contre  l’autre.  Et  si  elle 
est  du  tout  fracturée  en  trauers , et 
que  les  bouts  fussent  l’vn  sur  l’autre, 
il  faut  faire  extension  et  contre-exten- 
sion , c’est-à-dire  lirans  en  deux  parts 
contraires,  pour  mieux  adiuster  les 
bouts  de  l’os  au  droit  l’vn  de  l’autre. 

Et  si  les  dents  sont  diuisées,  esbran- 
lées,  ou  séparées  hors  de  leurs  alueo- 
les  ou  petites  cauités , elles  doiuent 
estre  réduites  en  leurs  places  : et  se- 
ront liées  et  attachées  contre  celles 
qui  sont  fermes . auecques  vn  fil  d’or, 
ou  d’argent,  ou  de  lin.  Et  les  y faut 
tenir  iusques  à ce  qu’elles  soient  bien 
affermies,  et  le  callus  soit  refait  et 
rendu  solide. 

Et  y sera  appliquée  vne  ferule  faite 
de  cuir,  dequoy  on  fait  les  semelles 


aux  souliers,  fendue  par  le  milieu,  à 
l’endroit  du  menton,  de  longueur  et 
largeur  de  la  mandibule  : et  y fera- 
on  vne  ligature  auec  vne  bande 
large  de  deux  doigts,  et  longue  tant 
qu’il  sera  besoin,  coupée  par  les  deux 
bouts , laissant  d’entier  vn  pouce  , et 
à l’endroit  du  menton  sera  pareille- 
ment fendue , à fin  qu’elle  empoigne 
et  comprime  mieux  le  menton  : et  des 
quatre  bouts , les  deux  inferieurs  se- 
ront cousus  sur  le  sommet  de  la  teste, 
à vn  bonnet  de  nuit  ou  callote , et  les 
deux  autres  bouts  supérieurs  seront 
conduits  de  trauers  et  seront  cousus 
au  derrière  dudit  bonnet , le  tout  si 
dextrement  qu’il  sera  possible,  pour 
bien  tenir  la  fracture1. 

Le  signe  qu’elle  est  bien  réduite , 
c’est  quand  les  dents  plantées  en  icelle 
sont  en  pareille  assiette  de  leur  rang. 

Le  malade  ne  se  couchera  point  sur 
la  partie  fracturée,  de  peur  que  les  os 
ne  se  démettent , et  que  la  fluxion  ne 
s’y  face  d’auantage.  S’il  n’y  suruient 
inflammation , ou  autre  accident , le 
callus  se  fait  en  vingt  iours , parce 
qu’elle  est  spongieuse , creuse , et 
pleine  de  substance  mouélleuse , et 
principalement  en  son  milieu  : quel- 
quesfois  plus  tard  , selon  la  tempéra- 
ture et  aage  du  malade  , comme  il  se 
fait  en  tous  les  autres  os.  On  vsera  du 
médicament  agglutinatif  et  repercus- 
sif  cy-dessus  escrit,  et  d’autres  qu’on 

1 II  n’y  a rien  dans  ce  chapitre  qui  appar- 
tienne à Taré  ; et  il  ne  serait  pas  même  dif- 
ficile de  retrouver  dans  les  arabistes  qui  ont 
précédé  Guy  de  Chauliac  quelques  idées 
dont  il  aurait  pu  tirer  profil.  Quoi  qu’il  en 
soit,  la  ligature  des  dents  remonte  à Hippo- 
crate; le  médicament  agglutinatif  qu’on 
trouvera  conseillé  plus  bas  est  indiqué  dans 
Hippocrate  et  dans  Celse;  la  bande  fendue 
en  fronde  est  une  invention  de  Soranus,  et 
l’attelle  de  cuir  appartient  à Théodoric. 


3o8 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 


verra  estre  necessaires.  Le  malade 
doit  estre  nourri  de  choses  qu’il  ne 
faille  mascher,  iusques  à ce  que  le  cal- 
lus  soit  fait  et  bien  affermi , pource 
qu’il  ne  les  pourroit  mascher,  et  aussi 
que  la  mastication  luy  seroit  con- 
traire. Parquoy  vsera  de  bouillie,  pa- 
nade, coulis,  pressis,  orges  mundés, 
gelées,  potages , œufs  mollets,  jus  de 
confitures,  restaurans,  et  autres  sem- 
blables. 


CHAPITRE  VIII. 

DE  LA  FRACTVr.E  DE  L’OS  CLAVICVLAIRE 
OV  FVRCVLAIRE. 

La  fracture  de  cest  os  sera  réduite , 
selon  qu’il  sera  hors  de  sa  place.  Or 
soit  cestc  fracture  faite  en  quelque 
sorte  que  ce  soit,  tousiours  le  bout  qui 
est  attaché  contre  l’espaule  est  plus 
abaissé  contre-bas  que  l’autre  bout 
qui  est  attaché  contre  le  sternum  : 
parce  que  le  bras  le  tire  contre-bas1. 

Si  la  fracture  est  faite  en.trauers,  elle 
est  plus  facile  à estre  réduite,  et  aussi 
plus  aisée’à  guarir  que  celle  qui  se  fait 
en  long.  Car  tout  os  rompu  de  trauers 
plus  facilement  retourne  en  son  lieu 
naturel , en  le  sousleuant  d’vn  costé 
ou  d’autre  auec  les  doigts,  et  plus  fa- 
cilement se  remet.  Mais  ceiuy  qui  est 
rompu  en  raifort , est  plus  malaisé  à 
estre  réduit , et  aussi  les  bouts  des  os 
à se  tenir  l’vn  contre  l’autre,  et  plus 

1 Hippocrates  sent.  G3.sect.  1.  Des  articles. 
— A.  P.— Il  est  cependant  essentiel  d’ajou- 
ter qu’Hippocratc  a mentionné  le  cas  où  le 
fragment  sternal  se  trouve  porté  au-dessous 
de  l’autre,  et  que  pareille  mention  se  trouve 
dans  Paul  d’Eginc  , dont  la  traduction  par 
Dalccliamps  a fourni  à Paré  presque  tous  les 
matériaux  de  ce  chapitré. 


difficilement  se  collent  ensemble.  Car 
remuant  les  bras  tant  soit  peu  , l’vne 
partie  de  l’os  s’escarte  et  se  séparé  de 
l’autre , et  la  piece  qui  est  proche  de 
l’espaule  descend  à l’inferieure  par- 
tie de  la  poitrine  : à raison  que  l’os 
clauiculaire  n’a  de  soy  aucun  mou- 
uement , mais  suit  le  mouuement  du 
bras  et  de  l’espaule , qui  tire  contre- 
bas la  portion  qui  lui  est  contiguë. 

Or  pour  réduire  ceste  fracture  faite 
en  raifort,  ou  autre  façon,  que  les 
bouts  de  l’os  ne  soient  l’vn  sur  l’au- 
tre , ou  escartés , faut  qu’vn  seruiteur 
tire  le  bras  en  arriéré,  et  vn  autre  au 
contraire  tirera  l’espaule  vers  soy  à 
l’opposite,  et  ainsi  se  fera  la  contr’ex 
tension  : cependant  le  Chirurgien 
r'habillera  auec  ses  doigts  la  fracture, 
poussant  contre-bas  ce  qui  est  émi- 
nent et  releué,  et  retirant  contre  - 
mont  en  dehors  ce  qui  est  enfoncé  en 
bas. 

Aucuns  pour  mieux  réduire  ceste 
fracture  mettent  vne  grosse  com- 
presse ronde  sous  l’aisselle  du  malade , 
puis  pressent  le  coude  contre  les  cos- 
tes  : et  le  Chirurgien  réduit  la  frac- 
ture. 

Si  d’auenture  lès  bouts  de  l’os  es- 
taient tant  enfoncés  contre  bas,  et  que 
par  les  moyens  susdits  n’eussent  peu 
estre  reloués , alors  il  faut  faire  cou- 
cher le  malade  à la  renuerse  , et  luy 
mettre  entre  les  deux  espaules  vn 
oreiller,  ou  vn  quarreau  assez  dur, 
ou  le  cul  d’vne  jatte,  ou  chauderon, 
ayant  mis  premièrement  dessus  quel- 
que couuerture.  Puis  vn  seruiteur 
pressera  contre- bas  les  espaules  du 
malade,  à fin  que  les  bouts  de  l’os  ca- 
chés et  descendus  contre-bas  retour- 
nent contre-mont.  Et  par  ce  moyen 
le  Chirurgien  réduira  facilement  la 
fracture. 

Et  si  d’auenture  l’os  estoit  en  telle 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


3oq 


façon  rompu  et  esclaté , qu’il  n’eust 
peu  estre  réduit  en  sa  place,  et  qu’au- 
cun de  ses  esclats  picquast  et  entrast 
dedans  la  chair , et  qu’il  causast  diffi- 
culté de  respirer , alors  on  serait  con- 
traint de  faire  incision , et  le  relcucr 
auec  vn  crochet,  et  couper  les  pointes 
pou  r obuier  aux  accidens  de  la  mort  : 
et  puis  traiter  la  playe  ainsi  qu’il  est 
besoin. 

Et  si  ledit  os  estoit  rompu  en  plu- 
sieurs pièces , apres  les  auoir  réduites 
en  leursplaces,  il  faut  appliquer  des- 
sus vn  médicament  colletic  , comme 
farine  de  froment,  thus,  bol-ai  mené , 
sang-dragon,  résiné  de  pin,  pulueriscs 
et  incorporés  en  blancs  d'œufs,  et  met- 
tre par  dessus  des  ferules  autour  de 
l’os  enueloppées  de  linge  vsé,  oinctes 
dudit  médicament  : et  pareillement 
trois  compresses , à sçauoir  deux  aux 
costés,  mais  la  troisième  sera  plus 
grosse , et  posée  sur  l’endroit  de  l’os 
eminent,  qui  le  repoussera  et  l’engar- 
dera  de  se  releuer,  oinctes  pareille- 
ment du  médicament  susdit,  à fin 
qu’estant  desseiché  il  ne  puisse  bou- 
ger de  dessus,  et  que  les  extrémités 
de  l’os  ne  déclinent  à dextre  ny  à se- 
nestre,  et  s’esleuent  en  haut.  Et  faut 
pareillement  que  lesdites  compresses 
soient  de  grosseur  et  de  largeur  qu’il 
sera  besoin  , pour  remplir  les  cauités 
qui  sont  au  dessous  et  au  dessus  du- 
dit os.  Puis  on  bandera  commodément 
auec  une  bande  à double  chef,  et  la 
mettra-on  en  maniéré  de  croix  saint 
André , et  sera  de  la  largeur  d'vne 
palme,  et  longue  d’vne  toise  et  demie, 
plus  ou  moins  , selon  le  corsage  du 
malade  : et  fera-on  qu  elle  lire  le  bras 
en  derrière.  Aussi  ne  faut  oublier  à 
mettre  des  compresses  sous  les  ais- 
selles , et  principalement  sous  celle  de 
la  fracture  , pour  remplir  les  cauités 
d’icelle,  à fin  que  le  malade  comporte 


et  endure  mieux  la  ligature.  Sembla- 
blement ne  faut  oublier  à commander 
au  malade  de  tenir  les  bras  en  arriéré, 
posant  sa  main  sur  la  hanche , ainsi 
que  les  villageois  la  mettent  quand  ils 
dansent , faisant  la  ie  renie-goy , à fin 
que  l’os  soit  mieux  tenu  en  sa  place  L 

Toulesfois  quelque  diligence  qu’on 
puisse  faire,  il  y demeure  quasi  tous- 
iours  deformité,  pource  qu’on  ne  peut 
bien  faire  la  ligature  qui  puisse  enui- 
ronner  l’os  tout  autour,  comme  l’on 
fait  au  bras  et  à la  iarnbe. 

Le  callus  en  cest  os  est  fait  le  plus 
souuent  en  vingt  iours , à cause  qu’il 
est  rare  et  spongieux. 


CHAPITRE  IX. 

DE  LA  FP.ACTVRE  DE  L’OMOPLATE.  -j 

Omoplate  est  un  mot  Grec,  qui  si- 
gnifie espaulette  ou  palleron  de  l’es- 

1 J’ai  dit  que  presque  tout  ce  chapitre  est 
emprunté  à Paul  d’Egine  ; il  faut  ajouter 
qu’il  est  loin  de  représenter  l’état  de  la 
science  même  chez  les  anciens.  Ainsi  le  cé- 
lèbre appareil  d’Hippocrate  qui  consiste  à 
porter  et  maintenir  la  main  du  côté  malade 
sur  l’épaule  du  côté  sain,  n’est  pas  même 
indiqué;  ainsi  encore  du  procédé  de  réduc- 
tion décrit  par  Guy  de  Chauliac  comme  ap- 
partenant à son  maître  de  Bologne,  et  con- 
sistant à mettre  le  genou  entre  les  épaules, 
et  à porter  ainsi  la  poitrine  du  blessé  en 
avant  tandis  qu’on  attire  les  épaules  en  ar- 
rière. 

Ambroise  Paré  a recommandé  ici  une 
position  particulière  du  bras  et  de  l’avant- 
bras  qui  lui  appartient  en  propre;  du  reste, 
cette  innovation  dont  on  ne  saisit  pas  bien 
le  but  ne  parait  avoir  été  adoptée  après  lui 
par  personne  ; et  peut-être  conviendrait-il 
d’essayer  ce  qu’elle  peut  donner. 


LE  TREIZIEME  LIVRE, 


3lO 

paule.  Elle  n’est  point  enjointe , mais 
plaquée  seulement  au  derrière  des 
costes  de  la  poitrine , et  attachée  auec 
l’os  occipital  et  auec  les  spondyles 
du  dos  par  le  moyen  des  muscles , et 
au  deuant  par  l’acromium  ( qui  est 
vne  apophyse  ou  vn  auancement  de 
l’extremité  de  sa  creste  ou  espine  ) où 
l’os  clauiculaire  est  appuyé  et  joint. 
Aucuns  Anatomistes  appellent  ceste 
mesme  conionction  acromium.  Elle  a 
vne  autre  production  ou  apophyse 
appelée  le  col  de  l’omoplate , et  au  bout 
il  y a une  cauité,  qui  reçoit  la  teste  de 
l’os  du  haut  du  bras.  D’auantage  elle 
a vne  autre  petite  apophyse,  appelée 
coracoïde  en  Grec,  à cause  qu’elle  re- 
présente un  bec  de  corbeau , pource 
que  son  extrémité  est  crochue1. 

Or  elle  peut  estre  fracturée  en  toutes 
ses  parties.  Quelquesfois  en  sa  creste , 
qui  est  au  milieu  d’elle , que  nature 
luy  a donnée  pour  sa  tuition  et  dé- 
fense, comme  ont  les  vertebres  du 
dos.  Quelquesfois  aussi  que  sa  partie 
large  est  enfoncée  au  dedans,  et  quel- 
quesfois  en  la  iointure , où  l’os  du 
haut  du  bras  est  posé  en  sa  cauité. 
Et  selon  ces  différences , les  accidens 
sont  plus  grands  ou  moindres. 

On  connoist  la  fracture  estre  en  sa 
creste , quand  en  touchant  dessus  on 
trouue  vne  inégalité  qui  cause  dou- 
leur. L’eufonceure  de  sa  partie  large 
se  connoist  pareillement  au  toucher, 
parce  qu’on  y trouue  vne  cauité  , et 
vne  stupeur , ou  endormissement , au 
bras  du  costé  blessé , et  le  malade 
sent  vne  douleur  poignante  quand  on 
y touche  : et  telle  chose  se  fait  à cause 

1 Galien  au  Liure  des  os.  — A.  P.  — L’édi- 
tion de  1575  ajoutait  ici  ces  mots,  retranchés 
dès  1579  : 

Plus  l’os  de  l’ omoplate  est  presque  couuert 
de  cartilage. 


des  nerfs  , qui  se  distribuent  aux  mus- 
cles de  l’espaule. 

Si  les  pièces  de  l’os  ne  sont  du  tout 
séparées  , et  ne  picquent  point , il  les 
faut  redresser  en  leur  situation  natu- 
relle, et  les  y faire  tenir  auec  remedes 
agglutinalifs,  qui  engendrent  le  cal- 
lus,  et  auec  compresses  et  bandages 
propres  à ceste  partie.  Et  si  les  pièces 
bougent  ou  remuent,  et  picquent  la 
chair , il  sera  fait  incision  pour  les  os- 
ter,  et  seront  tirées  auec  vn  instru- 
ment nommé  bec  de  corbin.  Et  en  cest 
endroit  faut  noter,  si  les  esclats,  ou 
quelques  portions  des  os  fracturés  ne 
sont  du  tout  séparés , et  qu’ils  tien- 
nent encores  au  périoste  et  ligamens, 
s’ils  ne  picquent  la  chair  , ne  les  faut 
oster  : pource  que  i’ay  veu  plusieurs 
fois  qu'ils  se  reprenoient  et  vnissoient 
ensemble,  non  seulement  à l’omo- 
plate , mais  aussi  aux  autres  parties, 
comme  i’ay  monstré  par  cy-deuant 
aux  playes  de  teste.  Mais  alors  qu’ils 
sont  du  tout  séparés , et  n’adherans 
plus  au  périoste , nécessairement  les 
faut  tirer  dehors:  ou  autrement  Na- 
ture auec  le  temps  les  chassera  hors , 
parce  qu’ils  n’ont  plus  de  vie  auec  leur 
tout , et  faut , comme  dit  Hippocrates 
au  liure  des  fractures  de  teste , que  le 
vif  chasse  le  mort. 

Ce  qui  est  aduenu  à monsieur  le 
marquis  de  Villars , lequel  receut  en 
ceste  partie  vn  coup  de  pislolle  à la 
bataille  de  Dreux , et  dés  lors  on  luy 
lira  quelque  esquille  de  l’os , et  quel- 
que picce  de  son  harnois,  et  de  la 
balle:  et  si  la  playe  quelque  temps 
apres  fut  consolidée  et  du  tout  close. 
Toulcsfois  apres  la  bataille  de  Mont- 
contour  , pour  auoir  longuement 
porté  le  harnois  sur  son  dos , il  se  fit 
vne  nouuelle  fluxion  et  inflammation 
sur  la  cicatrice , en  sorte  qu’elle  se 
rouurit , et  en  sortit  de  rechef  plu- 


DES  FRAGT\ 

sieurs  esquilles  d'os , et  portion  de  la 
balle  L 

Si  la  fracture  est  faite  au  col  du  pal- 
leron,  ou  à la  iointure  de  l’espaule, 
rarement  on  en  eschappe,  quelque 
grande  diligence  qu’on  puisse  faire. 
Ce  qu’on  a veu  n'agueres  aduenir  aux 
defunlsroy  de  Nauarre,  et  à monsieur 
de  Guise,  et  au  comte  Ringraue  Phi- 
lebert,  et  plusieurs  autres,  en’ces  der- 
nières batailles,  à cause  qu’autour  de 
ceste  iointure  il  y a plusieurs  et  gros 
vaisseaux , à sçauoir  la  veine  et  ar- 
tère axillaire,  et  les  nerfs  naissans  des 
verlebres  du  col , qui  se  distribuent  à 
tous  les  muscles  du  bras.  D’auanîage, 
lorsqu’il  s’y  fait  inflammation  et  pour- 
riture. facilement  sont  communiqués 
au  cœur  et  autres  parties  nobles  : 
dont  plusieurs  accidens  aduiennent, 
et  souuent  la  mort  2. 


CHAPITRE  X. 

DE  t\  FRACTVUE  OV  DEPRESSION  DV 
STERNVM  OV  RRECHET. 

Le  sternum  quelquesfois  est  frac- 
turé , et  quelquesfois  il  n’y  a qu’vne 

1 L’édition  de  1575  présentait,  à la  suite 
de  cette  histoire,  le  paragraphe  suivant, 
qui  a été  retranché  dans  toutes  les  éditions 
postérieures  : 

« Or  quant  à la  balle  qui  est  faite  de  plomb, 
il  ne  se  faut  esmerueiller  si  elle  peut  longue- 
ment demeurer  au  corps  sans  causer  mauuais 
accidens  : car  ( comme  i’aij  dit  en  mon  Hure  des 
plages  faites  par  harquebuses)  le  plomb  a grande 
familiarité  à notre  Nature,  comme  l’experience 
nous  le  monstre,  voyons  des  hommes  attoir  bal- 
les en  leurs  corps,  et  les  attoir  portées  par  lon- 
gues années  sans  causer  aucuns  accidens  : 
pareillement  les  vlceres  malignes  estre  curées  , 
y appliquant  dessus  lames  de  plomb  , où  tous 
les  autres  remedes  nattaient  peu  projjiler.» 

‘-L’édition  de  1575  dit  : et  par  conséquent 


ES  DES  OS.  3 1 1 

dépréssion  et  enfonceure  au  dedans 
sans  fracture. 

Le  signe  qu’il  est  fracturé,  c’est 
qu’au  lieu  de  la  fracture  on  trouue 
vne  inégalité  : et  quand  on  touche  des- 
sus, il  obéît  au  doigt,  et  sent-on  vne 
crépitation  et  bruit.  El  lorsqu’il  est  en- 
foncé , on  voit  vne  inégalité  et  cauité, 
et  adonc  le  malade  sent  grande  dou- 
leur, et  a difficulté  de  respirer,  à cause 
que  l’os  presse  les  membranes  et  les 
poulmons  qui  sont  au-dessous  de  ces 
parties-là  : pareillement  a la  toux,  et 
souuent  crache  du  sang. 

Or  pour  réduire  cet  os,  il  faut  situer 
le  malade  comme  nous  auons  dit  en 
la  réduction  do  l’os  clauiculaire , à 
sçauoir , le  mettant  à la  renuerse  : et 
luy  mctlra-on  vn  quarreau  sous  son 
dos,  puis  sera  foulé  sur  ses  espaules 
contre-bas,  et  auec  les  mains  on  ré- 
duira l’os , pressant  les  costes  d’vn 
coslé  et  d’autre  : et  fera-on  de  sorte 
que  la  réduction  soit  bien  faite.  Puis 
apres  on  appliquera  les  remedes  cy- 
dessus  mentionnés,  pour  prohiber 
l’inflammation  et  seder  la  douleur.  Et 
y seront  adaptées  promptement  des 
compresses  : aussi  la  ligature  sera  croi- 
sée par  dessus  les  espaules , laquelle 
ne  doit  estre  trop  serrée , de  peur 
qu’elle  n’engarde  la  respiration  du 
malade.  S’il  est  besoin , on  tirera  du 
sang , et  fera-on  toutes  autres  choses 
necessaires  et  requises  à cest  effet. 

L’an  15(i3,  ie  fus  enuoyé  par  le  com- 
mandement du  défunt  roy  de  Nauarre. 
lieutenant-general  du  roy,  pour  pen- 
ser Anthoine  Benarnl,  seigneur  de 
Ville-Neufue,  cheualier  de  l’ordre  du 
Roy,  et  gentil-homme  de  sa  chambre, 
capitaine  de  trois  cents  hommes , le- 
quel fut  blessé  près  la  porte  de  la  ville 

la  mort.  Le  mot  soutient  a été  substitué  à 
l’autre  dès  1579. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 


3ia 

de  Meun , d’un  coup  de  mousquet  au 
milieu  du  sternum  , dont  sa  cuirasse 
enfonça  les  os  du  sternum  : qui  fut 
cause  qu’il  tomba  par  terre  comme 
mort,  ieltant  grande  quantité  de  sang 
par  la  bouche , et  en  cracha  par  l’es- 
pace de  trois  mois  apres.  Et  pour  ré- 
duire les  os,  i’y  proceday  comme  i’ay 
dit,  et  receut  parfaite  guarison  , es- 
tant à présent  viuant 


CHAPITRE  XI. 

DE  LA  FRACTVRE  DES  COSTES. 

Les  costes  vrayes  sont  osseuses , et 
reçoiuent  fracture  en  toute  partie  : 
mais  les  costes  faulses  ne  se  peuuent 
fracturer  que  presl’espine  du  dos,  au- 
quel endroit  sont  osseuses  : car  en  la 
partie  anterieure  elles  sont  cartilagi- 
neuses, et  partant  en  cest  endroit  se 
peuuent  plier,  et  non  fracturer. 

Or  elles  se  peuuent  toutes  rompre 
en  dedans  et  en  dehors.  Aussi  elles  ne 
sont  quelquesfois  du  tout  rompues, 
mais  seulement  esclattées  et  fendues  : 
et  quelquesfois  par  dedans,  et  non  par 
dehors  : et  la  scissure  ou  fente  péné- 
tré aucunesfois  iusques  au  milieu  de 
leur  substance  , qui  est  rare  et  spon- 
gieuse2 : et  quelquesfois  aussi  sont  du 
tout  rompues  et  esclattées , dont  les 
esclats  pressent  et  picquent  la  mem- 

1 Cette  histoire  manque  dans  l’édition  de 
1575,  et  a été  ajoutée  en  1579;  mais  la  date 
de  1563  est  fausse  , le  roi  de  Navarre  étant 
mort  en  1561.  Probablement  il  faut  lire 
1553. 

2 Cette  indication  des  fractures  incom- 
plètes ou  scissures  des  côtes  est  empruntée 
àCelse,  traduit  par  Dalcchamps  dans  ses 
Annotations  à Paul  d’Eginc.  — A.  Paré  a 
omis  de  parler  de  l’enfoncement  sans  frac- 


brane  pleuretique,  qui  les  couure 
par  dedans.  Adonc  le  danger  est 
grand  : mais  lors  qu’il  n’y  a que  simple 
fracture , sans  que  ladite  membrane 
soit  rompue,  ou  grandement  pressée, 
ou  autre  complication  de  disposition, 
le  mal  est  petit,  et  pour-ce  Hippo- 
crates conseille  qu’ils  mangent  assez 
libéralement,  parce  que  le  ventre  mo- 
dérément plein  redresse  la  coste’,  ce 
qui  est  vray.  Ceux  qui  ont  fracture 
aux  faulses  costes  , se  trouuent  plus 
mal  auant  manger  qu’apres,  à raison 
qu’auant  le  past  ils  sentent  les  costes 
suspendues , sans  qu’elles  soient  au- 
cunement soustenues  par  les  alimens 
contenus  en  l’estomach.  Pareillement 
la  fracture  qui  est  au  dehors  est  trop 
plus  aisée  à guarir  que  celle  du  de- 
dans, à cause  qu’elle  picque  la  pleure, 
excite  inflammation  , et  souuent  em- 
pyeme1.  Car  celle  de  dehors  se  réduit 
facilement,  à cause  qu’on  la  peut  tou- 
cher , mais  celle  de  dedans  ne  se  peut 
toucher.  Celle  qui  est  faite  au  dehors 
se  peut  guarir  en  vingt  jours,  s’il  n’y 
suruient  quelque  mauuais  accident. 

Les  signes  des  costes  rompues  ne 
sont  pas  difficiles  à estre  conneus.Car 
touchant  des  doigts  à l’endroit  de  la 
douleur,  on  trouue  la  fracture  en  sen- 
tant vne  inégalité  et  crépitation,  prin- 
cipalement si  elles  sont  du  tout  rom- 
pues. Et  si  la  coste  rompue  est  tournée 
vers  le  dedans , le  malade  sent  ,vne 

turc,  admis  depuis  Gariopontus  par  presque 
tous  les  arabistes  (voyez  mon  Mémoire  sur 
la  fracture  des  côtes;  Arch.  gén.  de  médecine, 
1838),  et  qui  paraît  en  réalité  répondre  à 
une  fracture  incomplète  dans  le  sens  vertical 
avec  pliure  du  reste  de  la  côte. 

2 Ces  mots  : « cause  qu’elle  picque  la  p lé- 
ure,  etc. , ont  été  ajoutés  en  1579,  ainsi  que 
la  citation  d’Hippocrate  placée  quelques 
lignes  plus  haut. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


3 i 3 


vehemente  douleur  punctiue , et  en- 
core plus  violente  et  fascbeuse  qu’en 
la  pleuresie , parce  que  la  membrane 
qui  couure  les  costes  est  picquée  et 
pressée  par  les  esclats  de  la  fracture. 
Au  moyen  dequoy  le  malade  a vne 
très  grande  difficulté  de  respirer , 
tousse,  et  souuent  crache  du  sang: 
parce  que  les  poulinons  le  succent  et 
attirent,  qui,  à cause  de  la  dilacéra- 
tion, est  hors  de  ses  vaisseaux,  et  d’i- 
ceux  entre  en  la  trachée  arlere,  et  de 
là  est  jette  par  la  bouche. 

On  peut  bien  redresser  auec  les 
doigts  les  fractures  des  costes  faites 
au  dehors  : mais  si  elles  sont  tour- 
nées au  dedans,  il  est  impossible,  par- 
ce qu’on  ne  peut  faire  ce  qu’il  appar- 
tient , qui  est  tirer  et  contre-tirer , et 
presser  sur  les  eminences  de  la  frac- 
ture. Aucuns  pour  retirer  l’os  frac- 
turé en  dehors,  commandent  appli- 
quer vne  ventouse,  mais  ils  font  mal  : 
car  par  la  contraction  et  compression 
des  parties  circonjacentes,  ou  voisi- 
nes , faite  par  la  ventouse , feroient 
attraction  des  humeurs,  et  augmen- 
tation de  douleur  à la  partie  malade  : 
et  partant  ne  la  faut  nullement  ap- 
pliquer , ce  qu’aussi  Hippocrate  dé- 
fend1. Mais  pour  la  réduire , on  fera 
coucher  le  malade  sur  le  costé  sain. 
Puis  on  mettra  sur  la  fracture  vne 
emplastre  couuerte  sur  de  la  toile 
neuue  et  forte,  faite  de  terebenthine, 
résiné  , et  poix  noire  , farine  de  four- 
ment,  mastic,  aloës  : et  l’ayant  laissée 
quelque  espace  de  temps,  sera  es- 
euée  et  tirée  de  force  contre-mont, 
et  par  ce  moyen  la  cosle  sera  tirée  en 
haut  : et  fera-on  cela  non  seulement 
vne  fois , mais  par  plusieurs,  tant  que 

1 Hippocrates  au  Linre  des  art.  sect.  3. 
sent.  51. — Paul,  liure  6.  chap,  96.  — Auic. 
en  son  4.  — A.  P. 


le  malade  se  sente  allégé  , et  auoir 
son  haleine  plus  libre.  Pour  quoy  faire 
plus  aisément , le  malade  peut  gran- 
dement aider  au  Chirurgien,  en  tous- 
sant, et  retenant  son  haleine,  lors 
qu’on  tirera  l’emplastre. 

Mais  aussi  si  nous  sommes  con- 
traints par  vne  grande  nécessité,  à 
cause  que  la  membrane  qui  couure 
les  costes , et  les  nerfs  qui  accompa- 
gnent les  veines  et  arteres  qui  sont 
sous  chacune  coste,  sont  grandement 
pressés  et  picqués , en  sorte  que  le 
malade  sent  vne  extresme  douleur, 
et  ne  peut  qu’auec  bien  grande  peine 
respirer,  et  aussi  qu’il  crache  du  sang 
et  tousse , et  est  fébricitant  : alors 
pour  obuier  à la  mort , il  faut  faire 
incision,  et  descouurir  vne  portion  de 
la  coste  fracturée  : puis  auec  vn  cro- 
chet esleuer  les  esclats  de  l’os  qui  pic- 
quent,  et  les  faire  sortir  dehors  en  les 
coupant,  ou  autrement.  Et  si  la  playe 
est  grande , il  la  faut  coudre , et  la 
traitter  comme  il  appartient. 

Et  sera  ordonné  régime  au  malade, 
et  la  saignée  et  purgation  , ainsi  que 
verra  le  docte  Médecin  estre  besoin  : 
car  comme  escrit  Hippocrates , en  la 
simple  fracture,  il  n’est  grand  besoin 
de  tel  régime,  parce  qu’il  n’y  a fiéure 
ny  aucun  malin  accident  : mais  en  la 
composée , qui  est  auec  conuulsion  ou 
playe  des  muscles,  il  est  de  nécessité 
pour  la  fiéure  et  empyeme  *.  Et  sur  la 
partie  sera  appliqué  vn  cerat,  et  au- 
tres remedes,  selon  les  accidens  qui 
suruiendront.  Les  bandages  qu’on 
fait  à ceste  partie,  ne  peuuent  seruir 
qu’à  tenir  les  remedes.  Et  quant  à la 
situation  du  malade,  il  se  doit  mettre 
en  telle  assiette  qu’il  pourra  endurer 
et  se  trouuer  mieux. 

‘Cette  citation  d’Hippocrate  est  encore 
une  addition  faite  en  15*9. 


3i4 


LE  TREIZIEME  LIVRE  , 


CHAPITRE  XII. 

ACCIDENS  QVI  SVRVIENNENT  DES 
COSTES  ROMPVES  >. 

Il  nous  reste  à présent  traiter  en 
bref  des  accidens  qui  aduiennenl  à 
cause  de  la  contusion  faite  sur  les  cos- 
tes  : c’est  que  la  chair  contuse  de- 
uient  boursouflée,  pituiteuse,  mu- 
queuse et  glutineuse,  à raison  que 
la  partie  ne  peut  cuire  et  digerer  l’a- 
liment qui  luy  est  enuoyé  : partant  il 
demeure  à demy  cuit,  à cause  de  l’im- 
becillilé  de  la  partie,  et  de  la  trop 
grande  multitude  de  l'humeur  qui  in- 
flue 1 * 3 : d'où  vient  que  de  telle  crudité 
et  humeur  indigeste  s’esleuent  plu- 
sieurs flatuosités, pour-ce  que  la  vertu 
concoctrice  est  debile,  à raison  de 
l’imbécillité  et  intempérie  de  la  par- 
tie (Hippocrates  3.  des  Articles),  dont 
on  trouue  la  chair  en  cest  endroit  tu- 
méfiée, comme  si  on  l’auoit  soufflée  : 
et  lors  qu’on  comprime  dessus  auec 
la  main , on  sent  l’air  qui  se  despart, 

1 Ce  chapitre  était  réuni  au  précédent 
dans  l’édition  de  1575  ; l’auteur  l’en  a sé- 
paré en  1579,  et  ajuste  titre,  attendu  que  le 
premier  n’est  qu’une  pâle  compilation, 
tandis  que  celui-ci  présente  un  fait  nouveau 
et  fort  important  pour  l’histoire  des  fractures 
des  côtes  : l’emphysème,  que  Paréa  malheu- 
reusement confondu  avec  l’altération  du 
périoste  et  de  la  côte  elle-même. 

Du  reste,  ce  chapitre  est  presque  entière- 
ment copié  du  chapitre  6 du  Liure  des  con- 
tusions qui  avait  paru  en  l56i.  Voyez  ci- 
devant  page  201. 

3 L’édition  de  1575  portait  : 

Et  parlant  se  fait  vn  aliment  demy  cuit 
poureeque  la  verte  concoctriue  est  debile  dont 
ou  trouue  la  chair  en  cest  endroit  tuméfiée,  etc. 

La  rédaction  actuelle  date  de  1579. 


et  le  lieu  qu’on  a comprimé  demeure 
caue,  comme  on  voit  aux  fluxions 
œdémateuses.  Et  si  on  n’y  donne  or- 
dre, il  s’y  fait  inflammation  , fiéure  , 
aposteme  , difficulté  de  respirer  : et 
quelquesfois  les  costes  se  pourrissent 
à cause  que  la  chair  est  esleuée  de 
contre  l’os  : lequel  demeurant  nud 
sans  sa  couucrlure  naturelle,  il  s’in- 
troduit, et  est  frappé  d'vn  air  qui 
quelquesfois  est  cause  d’alterer  l’os  et 
le  pourrir.  Et  lors  que  cela  se  fait,  les 
malades  iettent  la  bouë  par  la  bou- 
che, puis  deuiennent  tabides,  dont  la 
mort  s’ensuit. 

Or  pour  obuier  à tels  accidens, 
faut  promptement  fafre  la  réduction, 
comme  nous  auons  dit.  Et  pour  ré- 
soudre cesle  tumeur  muqueuse,  faut 
appliquer  remedes  propres,  bander 
et  comprimer  auec  compresses,  ù fin 
que  la  chair  touche  à l’os,  et  qu’il  ne 
demeure  nud.  Et  quant  à la  maniéré 
de  la  compression , on  appliquera  le 
bandage  assez  serré , toulesfois  non 
tant  que  les  costes  ne  se  puissent 
mouuoir , et  que  la  respiration  soit 
empeschée.  Puis  on  vsera  des  reme- 
des résolutifs  et  calefactifs  pour  dis- 
siper l’humeur.  Et  faudra  diuersifier 
les  remedes  selon  que  les  accidens  se 
présenteront. 

S’il  suruient  aposteme,  elle  sera  ou- 
uerte  sans  trop  tarder , de  peur  que 
l’os  ne  se  pourrisse  : et  apres  l’ou- 
uerture  faite,  on  euacuera  la  matière, 
et  pour  ce  faire  on  mettra  vue  tente 
cannulée  dans  l’vlcere,  si  bien  at- 
tachée qu’elle  ne  puisse  tomber  en  la 
capacité  du  Thorax1.  Et  seront  faites 
toutes  autres  choses  necessaires  et  re- 
quises à telles  dispositions. 

1 Voyez  pour  les  tentes  cannulées  le  cha- 
pitre 33  du  livres,  Cure  des playes  du  thorax, 
ci-devant  page  101. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


CHAPITRE  XIII. 

DE  LA  FRACTVRE  DES  VERTEBRES  OV 

ROVELLES  DE  L’ESPINE  , ET  DE  SES 

APOPHYSES  OV  SAILLIES. 

La  rondeur , ou  circonférence  des 
vertebres , est  quelquesfois  rompue , 
contuse,  et  enfoncée  au  dedans,  qui 
fait  que  les  membranes  qui  couurent 
la  mouëlle  spinale,  ou  elle-mesme  es- 
tant ainsi  pressée  , causent  plusieurs 
mauuais  accidens,  et  peut-on  presa- 
gir  estre  incurable , selon  qu'ils  se- 
ront grands  : à sçauoir , quand  on 
voit  que  les  bras  et  les  mains  du  ma- 
lade sont  stupides  et  paralytiques, 
sans  les  pouuoir  remuer  : et  aussi 
qu’en  les  piquant  ou  serrant , le  ma- 
lade ne  sent  rien  : semblablement 
quand  les  accidens  susdits  se  trouuent 
aux  iambes  et  aux  pieds  : et  que  le 
malade  laisse  sortir  ses  excremens 
sans  les  sentir , et  les  pouuoir  tenir, 
ou  aussi  qu’il  ne  peut  vriner  (car  se- 
lon Hippocrates,  sect. 2. du  Vrorrhcli- 
que,  de  quelque  cause  que  la  moitié 
de  l’espine  soit  blessée , ces  accidens 
suruiennent  *)  : on  peut  alors  presagir 
la  mort  prochaine. 

Et  apres  l’auoir  prédit  aux  parens 
et  amis,  et  aux  assistans,  il  se  faut  en- 
hardir , s’il  est  possible  de  faire  inci- 
sion pour  oster  les  esquilles , ou  es- 
clals  qui  sont  enfoncés , et  compri- 
ment la  mouëlle  et  les  nerfs1 2  : et  s’il 
n'est  possible , faut  appliquer  reme- 

1 Cette  parenthèse  est  une  addition  de 
1579. 

2 Cette  opération  hardie  a été  puisée  par 
A.  Paré  dans  la  Chirurgie  françoise  de  Date- 
champs  , chapitre  98  de  la  traduction  de 
Paul  d’Egine;  et  malgré  l’antiquité  de  cette 


3 1 5 

des  qui  sedent  la  douleur  et  qui  pro- 
hibent l’inflammation , et  réduire  les 
parties  fracturées  en  leur  lieu,  les  y 
faisant  tenir  par  les  moyens  que  di- 
rons en  la  luxation  de  l’espine. 

Que  si  seulement  les  apophyses  des 
vertebres  sont  rompues  (qui  se  con- 
noislra,  par  ce  que  les  accidens  susdits 
n’y  suruiennent,  et  qu’en  poussant  du 
doigt  dessus,  on  sent  la  piece  ou  es- 
clat  de  l’os  se  remuer , et  changer  de 
place  : joint  aussi  qu’au  lieu  de  la 
fracture  on  trouue  vne  cauité  et  en- 
fonceure,  auec  quelque  bruit  d’vne 
petite  crépitation  ou  craquement  : 
d’abondant,  si  le  malade  veut  plier 
l’escbine,  il  sent  douleur,  par-ce  que 
la  peau  qui  est  à l’endroit  de  la  frac- 
ture s’eslend  et  presse  les  esclats  de 
l’os,  principalement  s’ils  sont  pointus 
et  espineux , piquant  la  chair  : et  s’il 
se  dresse,  il  se  trouue  mieux,  à cause 
que  ladite  peau  est  lasche,  partant 
les  esquilles  de  l'os  piquent  moins) 
alors  on  les  pourra  réduire,  s’ils  ne 
sont  du  tout  séparés  de  leur  périoste: 
mais  aussi  s’ils  en  sont  entièrement 
séparés , adonc  faut  faire  incision  et 
les  oster , puis  traiter  la  playe 
comme  il  appartient. 

Les  fractures  des  apophyses  des 
vertebres  se  guarissent  aisément , 
pourueu  qu’elles  ne  soyent  accom- 
pagnées d’autres  dispositions,  comme 
quelque  grande  contusion,  ou  au- 
tres : parce  que  tous  os  rares  et  spon- 
gieux en  peu  de  temps  se  consoli- 
dent, comme  nous  auons  dit. 

origine,  je  ne  sache  pas  qu’elle  ait  été  pra- 
tiquée ou  du  moins  que  la  science  en  pos- 
sède des  observations  avant  notre  époque. 
Il  y a quelques  années  seulement  qu’elle  a 
été  tentée  par  des  chirurgiens  anglais  et 
américains. 


3 1 6 


LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


CHAPITRE  XIV. 

DE  LA  FRACTVRE  DE  L’OS  SACRVM. 

Aussi  l’os  sacrum  peut  estre  frac- 
turé en  certaine  partie,  où  le  patient 
peut  recouurer  santé  : ce  que  i’ay 
veu  plusieurs  fois  s’estre  fait  par 
coups  (le  boulets , ou  autre  chose 
brisante  : mais  où  la  fracture  sera 
faite  à l’endroit  de  l’espine , et  si  elle 
est  blessée,  à peine  le  malade  peut 
euiter  la  mort,  pour  les  raisons  qu’a- 
uons  déclaré  cy  dessus. 


CHAPITRE  XV. 

DE  LA  FRACTVRE  DES  OS  DV  CROVPION, 
OV  DE  LA  QVEVE. 

Le  croupion,  nommé  os  coccyx,  est 
composé  de  quatre  petits  osselets, 
dont  le  premier  a vne  cauité  où  s’in- 
sère la  fin  de  l’os  sacrum  : les  trois 
autres  sont  ioints  ensemble  par  sym- 
physe , à l’extremité  desquels  il  y a 
vn  petit  cartilage. 

Or  la  fracture  de  ces  os  sera  ré- 
duite1 en  mettant  le  doigt  dedans  le 
siégé  du  malade  , tant  qu’il  soit  ap- 
posé à l’endroit  du  lieu  de  la  frac- 
ture : duquel  il  repoussera  l’os,  et 
l’egalera  auec  l’autre  main,  l’appo- 
sant extérieurement  sur  la  fracture. 
Et  à fin  qu’elle  soit  mieux  et  plustost 
glutinée,faut  que  le  malade  se  tienne 
au  lit  pendant  la  curation  : et  où  il 
se  leuera,  faut  qu’il  se  mette  en  vne 
chaire  percée,  à fin  qu’il  n’y  ait  rien 
qui  presse  sur  la  fracture.  Et  seront 
appliqués  les  remedes  conuenables 

1 L’édition  de  157.r>  disait  le  doigt  médius. 


aux  fractures,  les  diuersifiant  selon 
qu’on  verra  estre  necessaire. 


CHAPITRE  XVI. 

DE  LA  FRACTVRE  DE  L’OS  DE  LA 
HANCHE, 

L’os  de  chacune  hanche  est  composé 
de  trois  os  : le  premier  est  nommé  os 
Mon , le  second  ischion,  le  tiers  os  pu- 
bis. Ces  trois  os  sont  si  bien  conioints 
ensemble  (aux  hommes  qui  ont  ac- 
compli leurs  trois  dimensions)  qu’on 
ne  les  peut  nullement  séparer:  mais 
aux  petits  enfans  ils  se  peuuent  aisé- 
ment séparer  l’vn  d’auec  l’autre.  Et 
pour  les  bien  entendre,  ie  te  renuoi- 
ray  à mon  Anatomie , où  i’en  ay  am- 
plement escrit  : et  dirons,  que  cedit  os 
peut  estre  rompu  en  toutes  ses  par- 
ties, pour  estre  tombé  de  hault  en  bas 
sur  quelque  chose  dure , ou  par  coup 
de  quelque  certain  instrument , comme 
de  pistolle,  arbalestre,  ou  autre  façon. 

Ceste  fracture  se  connoist  comme 
les  autres,  à sçauoir,  par  le  sentiment 
de  douleur  pongitiue  et  pulsaliue,  et 
stupeur  en  la  iambe  du  costé  mesme , 
quand  le  milieu  est  enfoncé  : elle  se 
cognoist  aussi  au  sens  de  la  veuë  et  du 
toucher , et  veut  estre  habillée  selon 
qu’on  verra  estre  necessaire.  Faut  ti- 
rer les  pièces  d’os,  si  elles  sont  du 
tout  séparées,  du  premier  appareil, 
s’il  est  possible,  faisant  incision  s’il 
en  est  besoin , euitant  de  couper  le 
chef  des  muscles,  ou  quelque  vais- 
seau, principalement  le  grand  et  gros 
nerf  qui  se  distribue  entre  les  muscles 
de  la  cuisse  et  de  toute  la  iambe.  Et 
les  esclats  ou  fragmens  qui  ne  sont 
entièrement  séparés  de  leur  périoste, 
seront  r’assemblés  et  réduits  auec  les 
doigts.  Et  conséquemment  on  proce- 


dera  à la  reste  de  la  curation,  comme 
on  verra  estre  necessaire. 


CHAPITRE  XVII. 

DE  LA  FRACTVRF.  DE  L’OS  DV  ERAS  , 
0V  ADIYTOIRE. 

L’os  du  haut  du  bras  est  rond,  caue, 
et  plein  de  moüclle , ayant  vne  assez 
grande  teste  en  sa  partie  supérieure  , 
assise  su  r vn  moyen  col.  Il  a en  sa  partie 
inferieure  deux  apophyses,  ou  promi- 
nences  : l’vne  anterieure,  l’autre  pos- 
térieure : et  y a entre  les  deux  comme 
vne  demie  orbite  oucauité  d’ vne  pou- 
lie, les  deux  extrémités  de  laquelle 
sedesinent,  l’vne  en  vne  cauité  exté- 
rieure et  l'autre  intérieure,  pour  l’ar- 
rest  de  la  flexion  et  extension,  c’est-à- 
diredepeurque  l’osducoudene  tour- 
nast  tout  autour  de  sa  cauité , qui  est 
semblable  à vne  poulie.Et  si  telle  chose 
aduenoit , l’action  du  bras  eust  esté 
imparfaite,  parce  qu’il  se  fust  plié  au- 
tant au  dehors  comme  au  dedans. 
Cecy  est  necessaire  sçauoir  au  Chi- 
rurgien , pour  la  réduction  des  frac- 
tures et  luxations  de  cestepartie.  Et  ne 
faut  seulement  l’apprendre  par  ce  li- 
ure, mais  qu’il  ailleauxcimetieresl’ap- 
prendre  sur  les  os  des  morts , comme 
i’ay  fait  *,  et  autres  anatomistes. 

Si  les  extrémités  de  cet  os  fracturé 
cheuauchent  beaucoup  les  vnes  sur 
les  autres , et  que  ce  soit  vn  homme 
fort  robuste  : alors  pour  le  réduire  il 
faudra  faire  grande  extension  au  bras, 
ayant  premièrement  fait  seoir  le  ma- 
lade assez  bas,  à fin  qu’il  ne  se  puisse 
leuer  lorsqu'on  réduira  la  fracture,  et 

1 Les  éditions  de  1575  et  1579  portent  : 

Comme  fay  voulu  faire;  ce  qui  d’ailleurs 
ne  change  rien  au  sens. 


3l7 

aussi  que  le  Chirurgien  face  son  ope- 
ration plus  à son  aise , bien  que  Hip- 
pocrates meu  d’autres  considérations 
vueille  que  le  malade  soit  situé  haut1. 
Semblablement  ne  faut  faillir,  en  fai- 
sant l’extension  , de  la  faire  en  tirant 
ledit  os  en  bas  vers  la  terre  en  ligne 
droite,  et  que  le  coude  soit  semblable- 
ment plié  aussi  lorsqu’on  le  veut  si- 
tuer pour  estre  tenu  enescharpe.  Car 
si  on  vouloit  faire  la  réduction  le 
bras  estant  haussé  et  estendu,  ou  en 
quelque  autre  figure , il  le  faudroit 
tousiours  tenir  en  ceste  mesme  situa- 
tion en  laquelle  on  l’auroit  réduit  : 
ou  autrement]  le  voulant  mettre  en 
escharpe , la  fracture  se  pourroit  ai- 
sément défaire.  Ce  qui  est  très  neces- 
saire au  Chirurgien  d’obseruer  en 
remettant  ledit  os  rompu,  tenant  le 
bras  couché  presque  contre  le  corps 
vers  la  ceinture.  En  quoy  le  Chirur- 
gien prendra  aussi  garde  en  le  ban- 
dant, et  y apposant  les  astelles,  qu’el- 
les ne  pressent  sur  les  iointures  : car 
comme  escrit  Hippocrates,  sect.  3. 
de  l’officine  du  Chirurgien , et  sect.  1. 
des  fractures , il  ne  faut  que  les  astelles 
pressent  les  parties  descharnées,  ner- 
ueuses  et  sensibles , de  peur  de  dou- 
leur et  dénudation , tant  du  nerf 
que  de  l’os)  : et  principalement  à l’in- 
terieure  partie,  vers  laquelle  se  fait  la 
flexion , de  peur  qu’elles  ne  facenl 
douleur  et  inflammation  : et  partant  il 
faut  en  cest  endroit  qu’elles  soyent 
plus  courtes.  Et  apres  auoir  ainsi  r’ha- 
billé  le  bras,  il  sera  posé  contre  la  poi- 
trine en  figure  d’angle  droit,  et  y sera 
lié,  à fin  que  le  malade  se  remuant , il 
ne  peruertisse  la  figure  de  l’os,  qu’on 
aura  réduit  en  son  lieu. 

1 Cette  citation  d’Hippocrate  est  de  1579, 
de  même  que  celle  qu’on  trouvera  un  peu 
plus  bas  comprise  entre  deux  parenthèses. 


DES  FKACTVRES  DES  OS. 


3 1 8 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 


En  telles  fractures , il  faut  que  le 
bras  demeure  à repos  iusques  à ce 
que  le  callus  soit  fait , qui  se  fait  en 
quarante  iours,el  quelquesfois  plus 
tard  : dont  on  n’en  peut  donner  reigle 
certaine  , non  seulement  de  la  frac- 
ture du  bras,  mais  de  toutes  les  au- 
tres , comme  nous  auons  dit. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  FRACTVItE  DE  L’OS  DV  COVDE , 

ET  DV  RAYON,  C’EST-A-DIltE  DES  DEVX 

FOCILES  DV  BRAS 

Quelquesfois  l’os  du  coude  et  du 
rayon  sont  rompus  ensemble  d’vue 
mesme  fracture,  et  quelquesfois  vn 
d’eux  seulement.  Aussi  il  aduientque 
la  fracture  est  faite  ou  au  milieu  d’i- 
ceux,  ou  en  l’extremité  prochaine  du 
coude,  ou  du  poignet. 

La  pire  fracture  est  quand  tous  les 
deux  os  sont  rompus  ensemble.  Car 
le  bras  demeure  du  tout  impotent  : 
et  la  curation  en  sera  plus  difficile, 
parce  qu’ils  sont  plus  malaisés  à te- 
nir que  lorsqu’il  n’y  en  aura  qu’vn 
seul  : pource  que  celuy  qui  demeure 
entier  souslient  encore  le  bras,  et 
garde  que  les  muscles  ne  sc  retirent , 
comme  ils  font  lorsqu'ils  sont  du 
tout  rompus  ensemble.  Et  la  pire  d’a- 
pres, c’est  quand  l’os  du  coude  est 

1 L’édition  de  1575  commençait  ce  cha- 
pitre par  une  longue  description  des  deux 
os  textuellement  extraite  du  chapitre  20  du 
livre  4,  commençant  par  ces  mots:  Les  deux 
os  en  leurs  extrémités,  et  allant  jusqu’à  la  fin 
de  la  description  des  os.  Ce  morceau  qui  lé- 
sait double  emploi  a été  retranché  dés  1579. 
Voyez  1. 1,  p.  2S0,  depuis  la  fin  de  la  deuxiè- 
me colonne,  jusqu’à  la  page  282,  au  milieu 
de  la  première  colonne. 


rompu  : et  la  plus  facile  à guarir,  c’est 
quand  l’os  du  rayon  seul  est  fracturé, 
parce  qu’il  est  supporté  et  soustenu 
sur  l’os  du  coude  : et  si  ces  deux  os 
sont  rompus,  il  faut  faire  la  contr’ex- 
tension  plus  forte,  parce  que  les  mus- 
cles sont  plus  retirés  que  s’il  n’y  en 
auoit  qu’vn  seul  : et  l’vn  demeurant 
entier  sert  plus  que  les  bandes  et  as- 
telles  à soustenir  l’autre.  Aussi  s’il  n’y 
a qu’vn  d’iceux  rompu,  pour  réduire 
il  faudra  faire  moindre  extension  que 
si  tous  les  deux  l’estoient,  parce  que 
les  muscles  sont  moins  retirés , de- 
meurant entier  l’un  desdits  os  qui  les 
tient  droits. 

Et  estant  réduits,  bandés,  et  aste- 
lés  ainsi  qu’il  appartient,  le  bras  sera 
pendu  en  escharpe , de  sorte  que  la 
main  ne  soit  guere  plus  haute  que  le 
coude,  à fin  que  le  sang  et  autres  hu- 
meurs ne  tombent  sur  la  main  : la- 
quelle pareillement  sera  située  et  te- 
nue en  figure  qui  soit  moyenne  entre 
la  prone  et  la  supine  ',  selon  laquelle 
figure  l’os  du  rayon  est  droitement 
situé  sur  le  coude , comme  il  est  en 
Hippocrates  sentence  3.  sect.  1.  du  li- 
ure  des  Fractures.  La  raison  est,  qu’il 
y a peruersion  tant  en  l’os  qu’aux 
muscles  par  la  figure  supine  : car  pre- 
mièrement pour  l’os  du  coude,  l’apo- 
physe slyloïde  et  l’olecrane  doiuent 
estre  au  niueau  et  vis-à-vis  l’vn  de 
l’autre  : ce  qui  ne  se  fait  en  la  figure 
supine , par  laquelle  l’apophyse  sty- 

1 L’édition  de  1575  présente  ici  une  doc- 
trine très  remarquable  et  très  différente  de 
celle  qui  a été  substituée  en  1579.  Voici  le 
texte  : 

Laquelle  pareillement  sera  située  et  tenue 
en  figure  supine  s’il  est  possible  , à sauoir  la 
paume  vers  le  ciel.  Car  estant  posée  en  cesle 
maniéré,  l'os  du  coude  droittemenl  eslsilué  sur 
le  rayon  , et  si  on  fait  autrement , le  callus 
estant  formé,  le  malade  puis  apres  ne  pourra 


DES  FR ACTVRES  DES  OS. 


loïde  du  coude  est  vis-à-vis  de  l’apo  - 
physe interne  de  l’os  du  coude  : poul- 
ies muscles , parce  que  quelle  est  l’in- 
sertion et  la  teste  du  muscle,  telle  est 
la  situation  de  son  ventre,  et  l'inser- 
tion de  sa  queue.  Or  par  la  figure  su- 
pine,  les  muscles  qui  viennent  de  l’a- 
pophyse interne  de  l'os  du  bras , et 
fléchissent  le  coude  , ont  leur  queue 
supérieure  et  extérieure. 

D’abondant  tu  n’oublieras  pareil- 
lement à fleschir  et  estendre  par  fois 

tourner  la  main  vers  le  ciel  : dont  l’action  de 
cesle  partie  sera  grandement  deprauée. 

D’où  venait  à A.  Paré  cette  idée  de  la  su- 
pination PSans  aucun  doute  il  l’avait  adoptée 
d’après  les  sérieuses  études  qu’il  avait  faites 
sur  les  os  des  morts,  comme  il  le  dit  au  cha- 
pitre précédent,  et  l’on  peut  ajouter  aussi , 
d’après  une  mûre  observation  de  ce  qui  se 
passe  sur  le  vivant. 

En  effet,  nul  écrivain  de  cette  époque  ni 
des  temps  antérieurs  n’avait  recommandé  la 
supination  ; et  ce  n’était  pas  non  plus  une 
doctrine  qu’il  eût  adoptée  au  hasard,  et 
pressé  peut-être  par  la  rédaction  précipitée 
de  son  livre,  car  il  la  préconisait  déjà  dès 
1564,  en  l’appuvant  même  sur  des  argu- 
ments encore  plus  pressants.  Je  reproduis 
ce  texte  primitif. 

Laquelle  pareillement  (la  main ) sera  située  et 
tenue  en  figure  supine  ( s’il  est  possible  ) , à 
sçauoir  la  paulme  vers  le  ciel  ou  approchant  de 
telle  situation  et  figure,  cle  peur  qu’ apres  la 
curation,  l’action  du  bras  ne  soit  deprauée. 
Car  la  position  de  la  main  autrement  faicle 
que  ie  ne  dis,  et  comme  on  practiqve  ordi- 
nairement, à sçauoir  les  deux  faciles  se  croi- 
sants en  croix  bourguignonne,  et  la  main  prone, 
la  figure  demeure  viliée  quand  les  os  se  re- 
prennent , et  par  conséquent  le  mouuemenl 
depraué,  comme  il  est  aduenu  à plusieurs  qui 
apres  ne  peuuent  tendre  la  main  supine.  Edit, 
citée,  folio  47. 

Et  il  prend  même  soin  d’ajouter  cette  note 
marginale  : Grande  faute  que  l'on  commet 
vulgairement  en  la  situation  des  fociles  du  bras 
rompu. 

Ce  n’est  pas  sans  quelque  étonnement  que 


319 

le  bras  du  malade,  toutesfois  sans 
douleur  le  moins  qu’il  sera  possible  , 
pour  obuier  que  par  la  fluxion  qui  se 
fait  à la  Jointure  du  coude  et  parties 
voisines,  et  la  longue  demeure,  les  os 
d’icelle  iointure  ne  s’agglutinent  en- 
semble , dont  s’ensuit  apres  immobi- 
lité de  la  iointure,  comme  s’il  y auoit 
vn  callus  formé  : et  de  là  vient  que 
puis  apres  le  bras  ne  se  peut  plier  ny 
estendre  : ce  que  i’ay  veu  aduenir  à 
plusieurs  : aussi  Galien  le  nous  a laissé 

j’ai  retrouvé  ainsi  dans  A.  Paré  une  doctrine 
que  je  croyais  bien  avoir  renouvelée  le  pre- 
mier après  vingt-deux  siècles.  Car  cette 
doctrine  est  indiquée  dans  le  Livre  des 
fractures  d’Hippocrate,  mais  signalée  comme 
mauvaise  , et  l’autorité  d’Hippocrate  fit 
adopter  par  toute  l’antiquité  la  pronation 
moyenne  ou  complète,  que  l’anatoinie  et  le 
raisonnement  et  l’expérience  s’accordent  à 
montrer  irrationnelle  et  fâcheuse  dans  ses 
résultats. Comment  donc  A.  Paré,  après  avoir 
si  bien  montré  l’erreur  de  la  pratique  ordi- 
naire, après  avoir  soutenu  en  1564  et  en 
1575  une  doctrine  tout  opposée,  comment, 
à l’âge  de  69  ans,  est-il  venu  se  donner  à 
lui-même  un  si  formel  démenti?  C’est  qu’il 
n’avait  pas  encore  la  force  de  se  soustraire 
d’une  manière  si  absolue  au  joug  de  l’auto- 
rité; c’est  que,  pour  appliquer  la  ligature 
après  les  amputations,  il  avait  pu  se  réfu- 
gier derrière  l’autorité  de  Galien,  et  que 
pour  sa  nouvelle  doctrine  dans  les  fractures 
de  l’avant-bras  il  se  trouva  seul,  non  seu- 
lement contre  ses  contemporains,  mais  seul 
contre  Hippocrate,  Galien,  seul  contre  tous; 
et  il  recula.  Ainsi  c’est  Hippocrate  qui  a fait 
condamner  dans  l’antiquité  la  doctrine  ra- 
tionnelle ; et  c’est  encore  Hippocrate  qui  eut 
le  même  pouvoir  au  xvic  siècle.  A bon  droit 
doue  la  pratique  généralement  reçue  de  nos 
jours  peut-elle  porter  le  nom  d’Hippocrate; 
seulement  comme  le  règne  de  l’autorité  tend 
chaque  jour  à disparaitre  , on  peut  espérer 
de  voir  prochainement  de  plus  saines  idées 
adoptées  pour  la  thérapeutique  des  fractures 
de  l’avant  br^ts.  J’ai  débattu  cette  question 
dans  mon  Anatomie  chirurgicale,  t.  II,  p.  '*72. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 


320 

par  escrit  : et  tel  vice  est  nommé  an- 
cyle  ou  ancyîosis  *. 

Or  si  la  fracture  est  accompagnée 
d’vne  playe , tu  prendras  garde  de 
soustenir  le  bras  auec  lames  de  fer- 
blanc  courbées , ou  gros  papier  de 
carte , ou  autre  chose  propre  à ce 
faire , qui  seruent  de  contenir  les  piè- 
ces de  l’os  en  telle  situation  qu’on  les 
a réduits  : et  de  situer  le  bras  sur  vn 
petit  oreiller,  comme  lu  vois  par  ceste 
figure. 

La  figure  de  la  situation  d'vn  bras  rompu, 
auec  playe  2. 


1 Galien  au  Comm.  sur  les  lia.  des  articles 
d'Hippocrates. — A.  P. 

2 II  csit  à remarquer  que  pour  les  fractures 
compliquées  de  plaie,  A.  Paré  place  la  main 
dans  la  pronation  complète,  la  pire  de  tou- 
tes les  positions,  et  qu’il  ne  paraît  pas  s’être 
aperçu  qu’il  péchait  ainsi  directemcntcontre 
la  doctrine  qu’il  avait  à si  bon  droit  établie 
pour  les  fractures  considérées  en  général. 
Celte  figure  et  le  texte  qui  s’y  rapporte  se 
rencontrent,  en  effet,  sauf  quelques  change- 
ments qui  ne  portent  pas  sur  le  fond,  depuis  * 


CHAPITRE  XIX. 

DE  LA  FRACTVRE  DE  LA  MAIN. 

Les  os  du  carpe , métacarpe,  et  des 
doigts  de  la  main , sont  quelquesfois 
rompus,  et  cassés  : mais  comme  escrit 
Hippocrates  sect.  2.  des  Fractures,  le 
plus  souuent  ils  ont  l’espece  de  frac- 
ture qui  s’appelle  marque  ou  siégé  *. 

Toulesfois  s’ils  sont  rompus  ou  cas- 
sés , le  moyen  de  les  réduire,  c’est  que 
le  malade  estende  sa  main  sur  vnc 
table  égalé.  Ce  fait , vn  scruiteur  ti- 
rera les  os  fracturés,  et  le  Chirurgien 
les  redressera  et  posera  en  leur  si- 
tuation naturelle.  Puis  appliquera  les 
remedes  propres,  et  astellesiet  les 
doigts  seront  liés  ensemble  auec  leurs 
voisins  qui  les  costoyent  : car  en  ceste 
façon  ils  demeurent  mieux. 

le  premier  ouvrage  de  Paré,  en  1545,  jusque 
dans  ses  dernières  éditions. 

Voici  le  texte  de  1545,  folio  38  ; il  faut  se 
rappeler  que  dans  le  langage  anatomique 
de  l’époque  , le  bras  signiüe  l’avant-bras. 

El  si  c’est  au  bras , soit  traiclé  et  soustenu 
auec  lame  clc  plomb  concaue,  ou  gros  papyer  de 
chartes  : ainsi  qu’il  a esté  cxj  déliant  desclairi 
et  comme  pourras  entendre  par  ceste  figure. 

L’édition  de  1552 , au  lieu  de  la  lame  de 
plomb,  porte  : auec  lame  de  jer  blanc  plié. 
Celle  de  15G4  dit  : auecques  lames  de  fer- 
blanc  courbé  et  vn  petit  oreiller , et  omet  le 
papier  de  carte  , qui  a été  rétabli  dans  celle 
de  1575. 

On  voit  d’ailleurs  dans  cette  figure  que  la 
plaie  demeure  largement  découverte , et 
peut  être  pansée  sans  enlever  l’appareil. 
L’édition  de  15G4  ajoutait  à cet  égard  qu’il 
fallait  traiter  la  playe  comme  lu  oyras  cy  apres 
en  la  fracture  d’vne  iambe  auec  playe.  C’est 
en  efl'el  à l’occasion  de  la  fracture  de  jambe 
que  l’auteur  aborde  ce  point  de  pratique. 
Voyez  ci-après  chapitres  23  et  24. 

I t Celle  citation  date  encore  de  1579. 


DES  ERACTVKES  DES  OS. 


Il  faut  que  le  Chirurgien  considéré 
que  ces  os  sont  de  substance  rare  et 
spongieuse,  et  partant  le  callussefait 
aisément  '.  D’auantage  il  faut  appli- 
quer vne  compresse  ronde  au  dedans 
de  la  main , pour  mieux  tenir  les  os 
rompus  en  leurs  places , et  les  doigts 
en  figure  moyenne,  à sçauoir  n’estans 
du  tout  ployés  ny  dressés  : pource 
que  s’ils  demeuroient  autrement,  le 
callus  qui  se  feroit  depraueroit  l’ac- 
tion de  la  main  qui  est  de  prendre,  ou 
bien  l’aboliroit  du  tout 2. 

Au  contraire , les  orteils  des  pieds 
fracturés  seront  tenus  droits , et  non 
ployés , à fin  que  le  cheminer  ne  soit 
empesché. 


CHAPITRE  XX. 

DE  LA  FRACTVRE  DE  LA  CV1SSE  FAITE 
AV  MIL1EV  DE  L’OS  3. 

On  trouue  communément  les  extré- 
mités de  l’os  de  la  cuisse  estant  rompu 
cheuaucher  l’vne  sur  l’autre,  à cause 

' L’édition  de  1575  ajoutait  : El  quelques- 
fois  trop  gros  : à cesle  cause  il  faut  faire  la 
ligature  plus  serrée. 

Ce  passage  avait  été  emprunté  à la  tra- 
duction de  Paul  d’Egine  par  Dalechamps  ; il 
a été  supprimé  dès  1579. 

2 Le  premier  auteur  qui  se  soit  occupé  de 
la  position  à donner  à la  main  dans  les  frac- 
tures des  os  du  métacarpe  est  Albucasis.  Il 
fléchissait  les  doigts  quand  lesfragmens  fai- 
saient saillie  vers  la  paume  de  la  main;  il 
les  étendait  quand  ils  proéminaient  vers  la 
face  dorsale.  Guillaume  de  Salicet  vint  en- 
suite qui  préconisa  l’extension  dans  tous  les 
cas  ; et  la  troisième  doctrine  qui  recommande 
la  flexion  pour  toutes  ces  fractures  , appar- 
tient à A.  Paré. 

3 Ce  chapitre  se  lit  déjà,  en  partie  du 
moins,  dans  l’édition  de  1564. 


321 

des  gros  et  forts  muscles  qui  sont  en 
icelle,  lesquels  se  retirent  tous  vers 
leur  origine  , comme  nous  auons  dit 
cy  deuant.  Parquoy  lorsqu’on  ré- 
duira ceste  fracture  , faut  que  le  ma- 
lade soit  couché  sur  le  dos , et  ait  la 
iambe  estendue , et  que  le  Chirurgien 
tire  bien  fort  la  cuisse  : et  où  il  ne  le 
pourra  taire  seul , il  aura  deux  serui- 
leurs  forts  et  puissans  *,  pour  r’ame- 
nerles  extrémités  des  os  rompus  l’vne 
contre  l’autre.  Et  à ces  fins  les  an- 
ciens auoient  l’instrument  nommé 
glossocomium,  lorsque  la  main  n’esloit 
assez  forte; 

Eigure  d vn  insinuaient  nommé  Glossocomium, 


1 L’édition  de  1564  dit  : Il  faut  que  le  Chi- 
rurgien tire  et  eslende  bien  fort  la  cuisse,  aidé  il 
ce  faire  par  hommes  et  ministres  forts  et  puis  ■ 
sauts , etc. 


II. 


21 


3ü2  LE  TREIZIÉME  LIVRE 


En  lieu  d’iceluy  on  peut  pareille- 
ments’aider  de nostre moufle:  carHip- 
pocrates  permet  la  tension  si  grande, 
que  mesme  il  bande  sans  auoir  re- 
ioint  les  os , parce  que  où  le  muscle 
est  plus  puissant  que  le  bandage , ai- 
sément les  os  se  remettent  par  la  con- 
traction du  muscle  ‘. 

D’abondant  le  Chirurgien  considé- 
rera, en  réduisant  ceste  fracture,  que 
cest  os  est  courbé  en  la  partie  inté- 
rieure , et  gîbbeux  en  l’ekterieufe  : 
partant  il  le  faut  remettre  en  sa  figure 
naturelle  , et  auoir  mémoire  qu'il 
n’est  de  figure  droite  : et  où  l’on  y 
commettra  faute,  le  malade  demeu- 
rera claudlcant  à iamais 2 . A ceste 

* Ce  paragraphe  n’existe  pas  dans  l’édition 
de  1504,  et  les  deux  phrases  qui  le  consti- 
tuent sont  elles-mêmes  d’une  date  différente. 

La  première,  qui  a rapportai!  moufle,  est 
de  1575,  et  peut-être  de  la  petite  édition  de 
1572  ; et  elle  marque  ainsi  l’époque  de  l’ap- 
plication du  moufle  à la  réduction  des  frac- 
tures et  des  luxations,  entre  1564  et  1575  au 
plus  tard. 

La  citation  d’Hippocrate  est  de  1579,  et 
elle  demande  une  explication  ; car  le  langage 
d’A.  Paré  tendrait  à lui  donner  un  sens  tout 
contraire  au  sens  réel.  Hippocrate  dit  que 
l’extension  dans  ces  fractures  peut  être  portée 
même  un  peu  plus  loin  qu’il  n’est  absolu- 
ment nécessaire,  sans  aucun  inconvénient; 
car  quand  mêmcon  écarterait  les  fragments 
à distance,  l’action  des  muscles  en  dépit  de 
l’appareil  parviendrait  toujours  à les  rap- 
procher. C’est  l’idée  que  veut  rendre  A.  Paré 
par  ces  mots  : sans  auoir  reioinl  les  os. 

2 Cette  idée  appartient  à Hippocrate  , et 
elle  n’en  vaut  pas  mieux  pour  cela.  Le  dé- 
placements plus  commun  dans  ces  fractures 
est  celui  où  l’un  des  fragments  et  même  tous 
les  deux  sont  dejelés  en  dehors,  et  la  com- 
presse spéciale  mise  en  dedans  de  la  cuisse 
tendrait  encore  à augmenter  ce  déplacement. 

L’édition  de  1564  donnait  en  cet  endroit 
deuA  figures  du  fémur  pour  montrer  la  con- 
cavité de  sa  face  interne. 


cause  faut  appliquer  vne  compresse 
au  dedans  de  la  cuisse,  qui  remplisse 
le  plat  et  cauité  d’icelle,  de  peur  que 
l'os  ne  se  demette  de  sa  place  1 : la- 
quelle sera  couuerte  d’onguent  rosat, 
ou  de  quelque  autre  médicament  glu- 
tineux,  de  peur  qu’elle  ne  se  déplacé. 
Semblablement  on  mettra  d’autres 
compresses  sur  la  partie  qui  est  plus 
gresle,  laquelle  est  près  du  genoüil,  à 
fin  que  les  ligatures  soyent  égalés,  les- 
quelles se  font  pour  trois  intentions 
dites  cy  dessus.  La  première  est,  pour 
contenir  l’os  en  la  figure  où  il  aura 
esté  réduit,  iusques  à ce  que  les  pièces 
soyent  conglutinées  par  le  callus  qui 
les  soude.  La  deuxième,  pour  em- 

> Ce  paragraphe  se  termine  en  cet  endroit 
dans  l’édition  de  1564;  et  pour  mieux  dire  , 
le  reste  du  chapitre  appartient , sauf  quel- 
ques modifications  de  détail , à la  rédaction 
de  1575.  Dans  celle  de  1564,  le  chapitre 
finissait  ainsi  : 

« De  peur  que  l’os  ne  se  demette  de  sa 

place,  et  se  reprenant  ne  change  sa  figure 
naturelle.  Ayant  vsé  de  ceste  façon  de  prati- 
quer on  cognoistra,  par  lés  signes  cy  deuant 
escrits , la  rcdüction  du  membre  fracturé 
estre  bien  faille.  Pource  faut  que  le  malade 
de  sa  part  y donne  bon  ordre,  se  tenant  sta- 
ble et  coy,  sans  mouuoir  la  partie  : aussi  il 
faut  que  le  Chirurgien  tant  qu’il  pourra  , 
comprime  les  muscles  par  compresses,  ban- 
des, astclles,  ecclisses,  fcrules  et  torches  de 
paille  : lesquelles  seront  si  longues  qu’elles 
prendront  depuis  l’os  Ilium,  iusques  à l’ex- 
tremité  du  pied,  à fin  de  mieux  tenir  l’os, 
et  garder  que  le  patient  soy  tournant  de 
costé  ou  d’autre,  ne  mette  l’os  réduit  hors 
du  lieu  où  il  aura  esté  remis  : toutesfois  il 
se  faut  garder  de  trop  presser  par  lesdiltes 
torches  et  ecclisses  les  eminences  des  os, 
comme  sont  les  cheuilles  du  pied  et  éminen- 
ces du  genoil  et  autres  : ny  pareillement  les 
nerfs  et  tendons. 

» On  peut  appeller  selon  Hippocrates  les 
cassoles , les  torches  et  tous  autres  instru- 
mens  qu’on  accommode  aux  fractures  pour 


DES  FRACTVJ1ES  DES  OS. 


pescher  la  fluxion  qui  aisément  y 
vient , tant  pour  la  douleur  que  pour 
la  débilité  de  la  partie.  La  troisième  , 
pour  contenir  les  compresses  et  as- 
telles,  et  les  remedes  qu’on  y applique. 
L’inflammation  est  empeschée  en  ré- 
primant et  rechassant  le  sang  et  les 
autres  humeurs , qui  autrement  y 
flueroient  : et  en  exprimant  le  sang 
contenu  en  la  partie  fracturée,  versles 
parties  prochaines,  tant  supérieures 
qu’inferieures.  Et  partant  lesdites 
bandes  se  doiuent  faire  de  bonne  toile 
forte , et  non  rude.  Leur  largeur  et 
longueur  gist  en  la  coniecture  artifi- 
cielle du  Chirurgien  , qui  les  mesure 
selon  que  la  fracture  est  grande  ou 
petite,  et  la  grosseur  ou  longueur 
de  la  partie  : et  doiuent  tousiours  cou- 
urir  toute  la  partie  fracturée , et 
grande  portion  de  la  saine. 

Or  parce  qu’au  liure  des  Bandages, 
i’ay  exposé  principalement  le  ban- 
dage d’Hippocrates  , ie  te  veux  icy 
exposer  celuy  de  nostre  pratique  or- 
dinaire : qui  est  que  nos  praticiens 
veulent  auoir  trois  bandes  pour  telles 
fractures  *. 

tenir  le  membre  en  figure  droilte  et  indou- 
loureuse, gtossocomes,  c’est-à-dire,  engins 
ou  machines,  lesquels  on  applique  pour  te- 
nir le  membre  en  vn  estât  sans  que  le  patient 
le  puisse  remuer  à dextrcou  à senestre,  haut 
on  bas,  soit  en  veillant,  soit  en  dormant, 
tant  qu’il  luy  est  possible. 

» D’auantage  le  Chirurgien  attisera  dili- 
gemment si  l’os  est  en  sa  vraye  figure  et  si- 
tuation : et  ou  il  n’y  seroit,  se  mettra  en 
deuoir  de  l’y  remettre.  » Folio  49,  verso. 

Presque  tous  ces  détails  ont  été  reportés, 
soit  avec  une  rédaction  nouvelle  , soit  dans 
les  mêmes  termes,  au  Liure  des  bandages,  no- 
tamment aux  chapitres  7 et  8.  Voyez  ci-de- 
vant pages  28G  et  suivantes. 

■ L’édition  de  l575présentait  ici  une  autre 
rédaction  et  un  autre  sens  : 

« Or  les  anciens  veulent  auoir  trois  bandes 


3a3 

La  première  se  doit  commencer  sur 
la  fracture  (comme  nous  auons  dit 
au  liure  des  bandes)  y faisant  deux  ou 
trois  tours , et  plus  serrés  que  les  au- 
tres, qui  seront  menés  contre-mont  où 
elle  doit  estre  terminée  : et  ses  reuo- 
lutions  doiuent  estre  fortiointesl’vne 
contre  l’autre  : ainsi  conduite , fait 
qu’elle  tient  les  os,  et  exprime  et  re- 
prime le  sang  loin  de  la  fracture.  La 
deuxième  fera  aussi  deux  tours  sur  la 
fracture  , puis  sera  menée  contre  bas 
auec  reuolulious  plus  escartées  l’vne 
de  l’autre  que  la  première , et  de  bas 
on  la  fera  retourner  contre-mont,  où 
aussi  se  finira.  Son  effet  est  semblable- 
ment d’exprimer  et  reprimer  : et  ses 
reuolutions  descendent  contre-bas,  et 
sont  moins  ioinles , à fin  qu’il  se  face 
moindre  expression  de  sang  aux  extre  - 
mités,  qui  ne  peuuent  sans  inflamma- 
tion en  receuoir  beaucoup,  à cause 
qu’elles  sont  loin  de  la  chaleur  natu- 
relle , qui  est  plus  grande  au  centre 
qu’elle  n’est  aux  extrémités.  La  troi- 
sième doit  commencer  en  bas  à l’ex- 
tremüé  du  membre,  et  estre  conduite 
doucement  contre-mont,  et  faire  ses 
reuolutions  au  contraire  des  deux 
premières,  à tin  de  réduire  les  muscles 
qui  peuuent  auoir  esté  deslors  deleur 
deué  situation  naturelle  L 

pmr  telles  fractures.  » Voyez  à cet  égard  le 
chapitre  8 du  Liure  des  bandages,  ci-devant 
page 281,  et  la  note  qui  s’y  rattache;  voyez 
également  la  noie  suivante. 

1 J’ai  déjà  noté  au  livre  des  bandages  que 
Paré  s’écartait  dans  sa  pratique  des  précep- 
tes qu'il  adoptait  en  théorie  sur  la  foi  d’Hip- 
pocrate. C’est  ainsi  qu’il  décrit  deux  appa- 
reils distincts,  l’un  au  livre  des  bandages, 
l’autre  ici;  mais  il  est  facile  de  voir  qu’en 
dépit  d’Hippocrate  c’est  à son  bandage  or- 
dinaire qu’il  donne  la  préférence.  Du  reste, 
il  faut  bien  convenir  que  c’était  une  pure 
affaire  d’habitude  , et  qu’il  importe  fort 


324  LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


Apres  a noir  fait  ces  bandages  , il 
faut  appliquer  trois  astelles  l'ailes  de 
gros  papier  de  carte,  ou  autre  matière, 
comme  nous  auons  dit.  La  première 
sera  posée  au  dessous  de  la  fracture, 
assez  large  et  longue,  tant  qu’il  sera 
besoin  : et  deux  autres,  vne  de  chacun 
costé , distante  l’vne  de  l’autre  d’vn 
doigt,  à fin  de  tenir  l’os  qu’il  ne  vacille 
çà  ou  là , enueloppé  d’estoupes  ou  de 
coton,  et  auec  des  liens1  les  serrer 
tant  qu’il  sera  conuenable. 

Et  apres  il  faut  faire  situation  de  la 
partie  : laquelle  doit  auoir  trois  inten- 
tions, à sçauoir,  mol,  égal,  et  haut. 
Mol,  parce  que  la  dure  comprimant  la 
partie  malade , cause  douleur  et  in- 
flammation. D’auantage  le  malade  ne 
la  pouuant  souffrir,  estcontraintpour 
la  changer  et  se  soulager,  remuer  la 
partie  fracturée,  laquelle  doit  demeu- 
rer en  repos  sans  estre  remuée.  Egal, 
parce  que  le  contraire  fait  douleur  et 
distorsion  de  la  partie  , quand  vne 
partie  d’icelle  est  ; ppuyée , et  l’autre 
suspendue  sans  appuy  : et  pource  se 
faut  garder,  dit  Hippocrates  sect.  1. 
Des  fractures  2 , que  le  talon  et  pied 
ne  demeure  suspendu  sans  appuy , 
parce  que  incontinent  se  feroit  douleur 
et  fluxion  fâcheuse.  Haut,  pour  em- 
pescher  la  fluxion,  qui  est  irritée  par 
la  situation  basse  et  penchante  : et 
partant  la  cuisse  et  la  iambe  seront 
tenues  plus  haut  quele  reste  du  corps, 
sur  certains  oreilliers , ou  quelques 
malelats 3,  gardant  toutesfois  en  ceste 
hauteur  telle  médiocrité,  que  la  par- 
tie ne  soit  trop  tendue  : comme  aduer- 

peu  de  recouvrir  un  membre  fracturé  avec 
deux  bandes  ou  avec  trois. 

■ L’édition  de  1575  dit  : auec  des  rubenS. 

a Cette  citation  et  la  fin  de  la  phrase  qui 
8’y  rapporte  manquent  en  1575. 

3 La  fin  de  la  phrase  et  en  conséquence  la 
citation  d’Hippocrate  manquent  en  1575. 


tit  Hippocrates,  sent.  56.  sert.  1.  Des 
fractures. 

Et  sera  aussi  tenue  la  cuisse  en  pa- 
reille longueur  que  la  saine  : et  pour 
ce  faire  la  faut  appuyer  de  costé  et 
d’autre  avec  des  torches  de  paille, 
comme  nous  dirons  bien  tost  d’vne 
iambe  rompue. 

Or  quand  le  bandage  est  ainsi  con- 
duit que  nous  auons  dit,  la  nuit  et  le 
lendemain  le  malade  se  sent  plus  serré 
que  lors  qu’on  l’a  mis  du  commence- 
ment : et  au  genoüil  se  fait  vne  tu- 
meur molle  par  l’expulsion  de  l'hu- 
meur qui  estoit  en  la  partie  fracturée, 
et  le  deuxième  iour  la  ligature  se  las- 
che,  pource  qu’vne  partiede  l’humeur 
se  résout  : et  le  troisième  iour  on  la 
trouue  encore  plus  lasche,  pource  que 
la  matière  s’est  d’auantage  résolue. 
Adoncquesfaut  débander  la  ligature, 
de  peur  qu’elle  ne  fasche  le  malade 
pour  la  situation  où  il  demeure  si  lon- 
guement contraint  sans  aucunement 
se  remuer1  : et  aussi  estant  la  partie 
couuerte  et  enueloppée  si  long  temps 
sans  estre  débandée,  qu’il  n’y  sur- 
uienne  vn  prurit , qui  vient  par  faute 
de  transpiration  et  résolution  de  l’hu- 
meur ja  arresté  : et  aussi  de  celuy  qui 
flue.àraisondela  chaleur  et  douleur, 
et  des  excremens  et  superfluités  du 
nourrissement  de  la  partie,  qui  abon- 
dent pour  raison  de  son  imbécillité. 
Car  par  la  rétention  d’iceux  non  seu- 
lement aucuns  sentent  vne  déman- 
geaison , mais  aussi  souuent  se  font 
des  vlceres  à la  peau  , à raison  des 
humeurs  sanieux  et  acres  qui  crou- 
pissent là. 

Et  quand  tel  accident  aduient , il 
fautfomenterlapartied’eau  tiede  auec 

1 Le  malade  doit  estre  habillé  le  troisième 
iour.  — Hippocrates  au  Liure  des  fractures , 
sent.  40.  et  41.  sect.  1.— A.  P. 


DES  FRACTVUES  DES  OS. 


3q5 


huile,  autant  d’espace  de  temps  qu’il  se- 
ra besoin  , pource  qu’elle  appaise  la 
douleur,  relasche  ce  qui  est  trop  tendu 
par  la  compression  du  bandage,  es- 
chauffelaparlierefraidie  par  lareper- 
cussion  et  expression  du  sang  et  des 
esprits  qu’ont  faits  les  bandes.  S’il  y a 
tumeur  auec  grande  meurdrisseure,  il 
faut  longuement  faire  ladite  fomen- 
tation , pour  résoudre  ce  qui  est  es- 
i range  en  la  partie  , et  y appliquer 
autres  remedes  plus  résolutifs.  Tou- 
tesfois  faut  auoir  esgard  de  non  les 
trop  continuer,  pource  qu’ils  empes- 
cheroient  la  génération  du  callus1  : 
parquoy  nous  aurons  tousiours  es- 
gard en  ce  fait  à la  reigle  mise  par 
Hippocrates,  sentence  quinziéme,  sec- 
tion troisième  de  l’Officine  du  Chirur- 
gien, touchant  le  temps  et  durée  de  la 
fomentation  : qui  est  que  petite  fo- 
mentation attire,  et  ne  résout  rien. 
D’auantage  faut  considérer  le  tempé- 
rament et  habitude  du  malade  : car 
s’il  estoit  pléthorique , ils  attireraient 
les  humeurs  superflus  en  la  partie. 

Les  anciens  veulent  iusques  au  sep- 
tième iour  qu’on  remue  le  bandage 
de  trois  iours  en  trois  iours  : et  passé 
le  septième , de  sept  iours  en  sept 
iours.  En  cela  on  n’en  peut  donner 
reigle  certaine  : car  selon  les  accidens 
il  faut  habiller  le  malade , plus  tost 
ou  plus  tard,  selon  la  douleur  et  au- 
tres accidens.  Il  est  vray  que  s’il  n’y 
auoit  aucun  accident , ie  serois  bien 
d’aduis  que  ce  fust  le  plus  tard  qu’il 
serait  possible  : car  si  les  bords  de  l’os 
fracturé  sont  esbranlés  et  remués, 
cela  empesehe  l’agglutination  du  cal- 
lus. Car  ainsi  que  Ton  ioint  les  pièces 
de  bois  auec  de  la  colle,  ou  les  po- 
tiers d’estain  leurs  pots  : ainsi  Nature 

■ La  fin  de  la  phrase  avec  la  citation  man- 
quent dans  l'édition  de  1575. 


cimente  les  os  auec  le  callus , de  fa- 
çon qu’ils  ont  grand  besoin  (pendant 
que  le  callus  se  fait)  de  demeurer  à 
repos:  ou  autrement  la  matière  du 
callus  se  fond,  et  ne  s’agglutine  point. 

Pour  aider  à l’agglutination  du  cal- 
lus (qui  commence  à se  faire  apres  le 
treiziéme  iour,  ou  bien  le  quinziéme, 
plustost  ou  plus  tard,  selon  que  la 
partie  sera  en  son  tempérament)  on 
y appliquera  vn  emplastre  fait  de 
blanc  d’œuf,  battu  auec  poudres  de 
roses  rouges  et  farine  de  fourment , 
et  autres  emplastres  catagmatiques, 
qui  seront  cy  apres  escrites  à la  frac- 
ture d’vne  iambe  rompue. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  LA  FRACTVRE  FAITE  PRES  LA  IOIN- 
TVRE  DVDIT  OS  l. 

Quelquesfois  il  se  fait  fracture  près 
la  iointure  de  la  hanche  au  col  de  l’os 
femoris  : ce  que  ie  proteste  auoir  veu 
en  vne  honneste  dame,  ayant  esté  ap- 
pellé  pour  la  penser.  Voyant  que  sa 
iambe  estoit  plus  courte  que  l’autre, 
auec  vne  eminence  que  le  trochanter 
faisoit  extérieurement  au  dessus  de  la 
iointe  de  l’ischion,  i’estimois  de  prime 
face  que  ce  fust  la  teste  de  l’os,  et  y 
auoir  luxation,  et  non  fracture.  Alors 

1 Ce  chapitre  si  important,  puisqu’il  offre 
la  première  observation  connue  de  fracture 
du  col  du  fémur,  et  que  l’histoire  de  cette 
fracture  proprement  dite  ne  remonte  pas 
plus  haut  ; ce  chapitre  manque  dans  l’édition 
de  1564,  et  se  lit  dans  celle  de  1575.  Existait- 
il  déjà  dans  l’édition  perdue  de  1572?  Quoi 
qu’il  en  soit , c’est  au  moins  à l’une  ou 
l’autre  de  ces  époques  si  rapprochées,  que  la 
fracture  du  col  du  fémur  a été  pour  la  pre- 
mière fois  révélée  aux  Chirurgiens. 


026  LE  TREIZIÈME  LIVRE 


ie  tiray  et  poussay  l’os,  ce  me  sem- 
bloit , en  sa  boëte , attendu  que  les 
deux  iambes  estoient  égalés  en  lon- 
gueur et  figure  : et  la  pensay  et  ac- 
coustray  coinmed’vneluxation.  Deux 
iours  apres  ie  la  fus  reuoir,  qui  se 
plaignoit  sentir  vue  extreme  douleur, 
et  trouuay  sa  iambe  courte , et  son 
pied  tourné  au  dedans.  Alors  ie  def- 
feis  toutes  les  bandes,  et  trouuay  l’e- 
minence  comme  auparauant.  Adonc 
ie  m’eflforçay  de  rechef  à réduire  l’os 
en  sa  boëte.  Ce  faisant  i’apperceu 
que  l’os  crepitoit , et  eu  esgard  qu’il 
n’y  auoit  nulle  cauité  en  la  ioinle, 
lors  ie  conneus  qu'il  y auoit  fracture, 
et  non  luxation. 

(Pareillement  l’epipbyse  delà  teste 
de  cest  os  quelquesfois  se  séparé  et 
desioint , de  sorte  que  le  Chirurgien 
est  deceu  , estimant  qu’il  y ait  luxa- 
tion , et  non  disionction  de  l’epiphyse 
dudit  os.  ) 

Adonc  ie  réduis  l’os  : appliquant  des 
astelles  sur  les  compresses,  et  fois  la 
ligature  à deux  chefs,  la  croisant  par 
dessus  la  iointure,  et  autour  du  corps 
en  croix  S.  André  ■.  et  le  reste  de  la 
Curation  se  feit  ainsi  qu’auons  dit  par 
cy  deuant  : et  posay  un  arc  de  cerceau 
par  dessus  le  pied,  de  peur  que  la  cou- 
uerture  ne  pressast  sur  les  orteils. 
D’abondant  feis  attacher  vne  corde 
au  plancher  au  milieu  de  son  lit , 
comme  on  doit  tousiours  faire  aux 
fractures  et  luxations  de  la  cuisse  et 
de  la  iambe , à laquelle  les  malades 
se  soutiennent  des  bras  poursesous- 
leuer  lors  qu’ils  vont  à leurs  affaires, 
et  aussi  pour  quelquesfois  vu  bien 
peu  se  tourner  et  esleuer  le  dos  et  le 
croupion , à fin  de  donner  vne  trans- 
piration aux  parties  pressées , qui  par 
trop  long  temps  leur  estant  deniée , 
cause  vne  douleur  et  chaleur  es- 
trange  : dont  s’ensuit  vlcere  le  plus 


souuent  au  croupion,  laquelle  induit 
douleur,  fiéure  , et  vne  si  grande  in- 
quiétude , que  la  mort  s’ensuit , si  on 
n’y  donne  bon  ordre.  Aussi  que  d’au- 
tant que  la  fracture  est  faite  près  des 
jointures , d’autant  est  plus  difficile  à 
traiter  , et  plus  malaisément  guerie  : 
pource  qu’à  cause  des  nerfs,  tendons 
et  ligamens  communs,  elle  apporte  de 
plus  grands  accidens,  et  que  ce  lieu  est 
exangue.  Celle  qui  est  faite  au  milieu 
de  l’os  est  plus  aisée  à traiter  et  plus- 
tost  curée. 

Que  diray-ie  plus  ? c’est  qu’il  faut  que 
le  Chirurgien  prenne  souuent  garde 
que  l’os  ne  se  demelte  comme  on 
l’aura  réduit.  Ce  qu’il  fait  aisément , 
parce  qu’il  est  seul , et  que  par  la 
moindre  faute  du  malade  se  sousle- 
uant  en  allant  à ses  affaires  ou  au- 
trement, l’os  de  la  cuisse  se  déplacé, 
et  les  extrémités  cheuauchenl  l'vne 
sur  l’autre  : et  partant  faut  à toutes 
les  fois  qu’on  l’habille , auoir  esgard 
à la  figure  de  l’os,  et  conférer  la  lon- 
gueur de  la  iambe  saine  à la  malade: 
et  auparauant  quelecallus  soit  fait, 
la  tirer  et  réduire , en  sorte  que  le 
malade  ne  demeure  boileux  : et  qu’il 
se  remue  aussi  le  moins  qu’il  pourra. 

Auicenne  a dit  que  peu  souuent  on 
guérit  si  heureusement  la  fracture 
de  la  cuisse  , que  le  malade  ne  de- 
meure boiteux  ‘.  Autres  anciens  aussi 
nous  ont  laissé  par  escrit  que  l’os 
de  la  cuisse  est  consolidé  en  cinquante 
iours  : mais  en  cela  il  n’y  a point  de 
reigle  certaine,  comme  i’ay  dit  cy  des- 
sus. D’auantage , soit  que  le  callus 
soit  fait  en  cinquante  ou  soixante 
iours,  si  est-ce  pourtant  que  le  ma- 
lade ne  se  pourra  pas  encores  de 
long  temps  soustenir  et  cheminer 

1 I.iure  3.  fen.  G.  traité  1.  ctaap.  14.— 
A.  P. 


1>ES  FIUCTVRES  DES  QS. 


dessus,  à cause  que  la  partie  demeure 
bien  long  temps  debile  : et  parlant 
les  malades  cheminent  quelque  temps 
sur  des  crosses.  Ainsi  faut-il  entendre 
en  toutes  les  autres  parties  fracturées 
et  luxées,  du  temps  prefis  qu  ils 
leur  ont  baillé  pour  estre  le  caîlus 
fait , et  les  iointes  affermies  ». 

Icyle  ieune  Chirurgien  notera,  que 
les  epipbyses  des  os  souuent  se  desioi- 
gnent  et  sepax-ent  : qui  est  une  espece 
de  luxation,  laquelle  Colombus,  au 
chapilie  second  de  son  Anatomie  , dit 
que  mal  aisément  se  reunissent,  à rai- 
son que  telle  conionction  et  alliance 
d’os  ne  se  fait  pas  par  vne  seule  teste 
entrant  en  vne  seule  cauité,  mais  par 
le  moyen  de  plusieurs  tubercules  re- 
ceués  dedans  plusieurs  sinuosités,  la- 
quelle rencontre  est  malaisée  à ré- 
duire. Qui  se  fait  de  cause  interne  ou 
externe  : Externe  , quelquesfois  par 
la  faute  du  Chirurgien,  qui  manie  trop 
rudement  les  os  tendres  des  petits  en- 
fans,  ou  par  cheutes,  ou  autres  causes 
qu’auons  dit  cy  dessus  : Interne,  à 
cause  de  certains  humeurs  qui  ont 
coulé  et  croupi  en  quelque  iointure  , 
ainsi  que  nous  voyons  souuent  ani- 
uer  en  la  petite  et  grosse  verolle,  ou 
d’autre  humeur  non  verollique  : ainsi 
que  de  récente  mémoire  est  aduenu 
à defunct  monsieur  Marchant,  Ad- 
uocat  au  Cbastellet  de  Paris , homme 
d’honneur  et  de  bonne  doctrine  et 
expérience,  lequel  eustune  defluxion 
à la  iointure  du  genoüil  qui  le  tour- 
menta par  l’espace  de  huit  mois,  et 
appela  plusieurs  gens  doctes , tant 

■ Le  chapifre  se  termine  ici  dans  les  édi- 
tions de  1575  et  1579.  Ce  qui  suit  date  seu- 
lement de  1585.  11  faut  observer  cependant 
que  la  disjonction  des  épiphyses  était  déjà 
signalée  dès  1575,  dans  la  parenthèse  qui 
coupe  si  désagréablement  le  récit  de  l’obser- 
vation qu’on  vient  de  lire  plus  haut. 


3*27 

Médecins  que  Chirurgiens,  pour  cui- 
der  le  soulager  : ce  qu’on  ne  peust 
faire  par  aucun  moyen  , à cause  que 
son  mal  commença  à l’os.  Vn  iour  se 
tournant  eu  son  lit , 1 os  de  la  cuisse 
se  rompit  pies  le  genoüil , tjont  il 
mourut  to.st  apres.  La  cuisse  fut  ou- 
uerle , et  luy  fut  trouué  fracture  et 
séparation  de  l’apophyse  dudit  os,  le- 
quel pareillement  esloit  tout  carieux 
et  pourri , neantmoins  sans  iamais 
auoir  eu  la  verolle. 

A bonne  cause  a esté  dit  par  nos 
anciens , que  les  os  peuuent  souffrir 
les  trois  geni  es  de  maladies,  à sçaucir 
solution  de  continuité , incommode- 
ralion  ou  mauuaise  composition , et 
intempérie. 


CHAPITRE  XXII. 

DE  LA  ItOTVLE  DV  GENOÜIL. 

La  rotule  du  genoüil  souuent  est 
contuse,  et  moins  souuent  se  rompt  : 
toutesfois  elle  se  séparé  en  deux  ou 
trois  pièces , quelquesfois  en  long  , 
quelquesfois  en  trauers  : et  quelqqes- 
fois  est  seulement  fendue , voire  d® 
toute  son  espaisseur , pt  quelquesfois 
brisée  en  petites  pièces  *.  Et  telles  cho- 
ses aduiennent  sans  playe , ou  auec 
playe. 

Les  signes  sont  manifestes , pour 
l’impotence  de  la  iarnbe  , et  aussi 
qu’en  la  maniant  on  trouue  cauité 
et  séparation  des  pièces  rompues  : et 
les  maniant  et  faisant  toucher  l’vne 

» Cette  fracture  n’est  mentionnée  ni  par 
Hippocrate  ni  par  Galien  ; Paul  d’Egine  est 
le  premier  qui  en  parle  d’après  Soranus. 
Paul  n’avait  distingué  que  la  fracture  en 
travers  et  en  petites  pièces  ; la  fracture 
en  long  a été  signalée  par  Guillaume  de 
Salicet. 


3q8  le  treizième  livre 


contre  l’autre , on  sent  vn  bruit  fai- 
sant crépitation  ou  craquement. 

On  les  réduit  en  estendanî  la  iambe, 
et  approchant  les  pièces  les  vnes  con- 
tre les  autres  , et  appliquant  propres 
remedes  , et  vne  grosse  compresse 
sous  le  iarret,  pour  remplir  lacauité, 
ù fin  que  le  malade  ne  puisse  plier  la 
iambe  pendant  que  le  callusse  fera  : 
car  la  pliant,  on  feroit  de  rechef  sé- 
parer les  pièces  qu’on  auroil  réduites 
ensemble.  Aussi  seront  pareillement 
faites  les  ligatures  et  apposées  les 
torches  de  paille,  comme  nous  auons 
dit  à la  fracture  de  l’os  femoris.  Et 
faut  situer  et  tenir  la  iambe  comme 
si  elle  estoit  rompue,  iusques  à ce  que 
le  callus  soit  fait  et  endurci. 

Pour  le  prognostic,  ie  dis,  que  ia- 
mais  ie  n’ay  veu  que  ceux  qui  ont  eu 
ceste  partie  rompue,  ne  soyent  de- 
meurés claudicans  : parce  que  la  con- 
jonction faite  par  le  callus  empesche 
le  genoüil  se  pouuoir  flesehir  , et  les 
malades  trauaillent  beaucoup  en 
montant  : mais  en  cheminant  en  lieu 
applani , ceste  peine  ne  se  manifeste 
point1. 

Ceste  fracture  demande  vne  longue 
demeure  dans  le  lit , pour  le  moins 
quarante  iours  ou  plus. 


CHAPITRE  XXIII. 

DE  LA  FRACTVRE  DE  LA  IAMBE. 

On  r’habille  ceste  fracture  comme 
l’os  du  petit  bras , quand  les  deux  os 
sont  rompus  ensemble. 

Hippocrates  prognostique  que  la 

« Ce  pronostic  avait  déjà  été  porté  par 
Paul  d’Egine;  seulement  A.  Paré  accuse  la 
roideur  de  l’article,  tandis  que  Paul  accuse 
son  peu  de  solidité.  Au  reste,  les  deux  théo- 
ries sont  également  fondées  en  réalité. 


fracture  de  l’os  de  la  gréue  est  plus 
dangereuse,  difficile,  et  tardiueà  gué- 
rir, que  celle  du  petit  os1  : parce  qu’il 
est  plus  gros,  et  aussi  soustient  tout 
le  corps  : et  le  petit  n’est  que  pour 
appuy  et  soustien  des  muscles  qui 
sont  à la  iambe  pour  mouuoir  le  pied. 

L’os  de  la  gréue  seulement  rompu 
se  trouue  au  dedans  de  la  iambe, 
parce  que  le  petit  eslant  entier,  ne  le 
laisse  ietter  en  dehors  : et  aussi  le  pe- 
tit seulement  rompu  se  trouue  en 
dehors , parce  que  l’os  de  la  gréue 
eslant  entier,  ne  le  laisse  ietter  en 
dedans  : mais  aussi  l’vn  et  l’autre  es- 
tans  rompus,  se  peuuent  aussi  bien 
tourner  en  deuant  qu’en  derrière , et 
en  derrière  qu’en  deuant.  Aussi  quand 
il  n'y  en  a qu’vn  rompu  . la  fracture 
est  beaucoup  plus  aisée  à guérir,  que 
lors  qu’ils  le  sont  tous  deux  : pource 
que  (comme  nous  auons  dit  en  la  frac- 
ture du  pelit  bras)  celuy  qui  demeure 
entier  sert  à son  compagnon , voire 
plus  que  les  astelles2. 

Or  pour  lousiours  mieux  instruire 
le  ieune  Chirurgien  , ie  veux  reciter 
vne  histoire,  laquelle  me  fust  bien 
chere. 

Le  malheur  me  vint  en  lapresence 

1 f.iure  des  fractures,  sect.  2.  sent.  05. — 
A.  P. 

2 L’édition  de  1 5G-*  dit  quelque  chose  de 
cetle  fracture  au  chapitre  9,  folio  4g.  J’y 
trouve  spécialement  la  remarque  suhantc 
qui  est  lortjuste,  et  qui  a été  supprimée  plus 
tard,  sans  doute  par  oubli. 

Si  le  petit  focile  de  la  iambe  nommé  sura  , 
est  seulement  rompu,  le  patient  pourra  encor 
cheminer  : mais  si  c’est  le  gros  nommé  tibia, 
encor  que  le  petit  soit  entier,  il  demeurera  im- 
potent iusques  à ce  que  le  callus  soit  fuit , 
pource  que  ledit  os  soustient  le  corps,  et  non  pas 
te  petit  qui  est  fait  seulement  pour  sentir  d' ap- 
puy aux  muscles,  auec  ce  qu'il  n’a  mouuement 
comme  le  gros. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


de  défunt  Nestor,  Docteur  Regent  en 
la  faculté  de  Medecine,  et  de  Richard 
Hubert,  Chirurgien  ordinaire  du  Roy 
( duquel  le  renom  est  assez  conneu) 
estant  mandé,  et  moy  auec  luy,  pour 
visiter  quelque  malade  au  village  des 
Bons-Hommes,  près  Paris1. Or  voulant 

I La  date  exacte  de  cet  accident  était  de- 
meurée inconnue;  je  l’ai  retrouvée  dans  la 
petite  édition  de  15G4,où  toute  cette  histoire 
est  déjà  racontée  , Liure  des  fractures,  cha- 
pitre 11.  Voici  le  commencement  de  ce  cha- 
pitre. 

Ayant  pur  cy-deuanl  amplement  déduit  les 
simples  fractures  des  os,  suiuamrnenl  il  con- 
uienl  déclarer  la  manière  par  laquelle  se  doit 
trailler  vite  fracture  composée,  c’est-à-dire 
auec  pluye  : pour  laquelle  monstrer  plus  eui- 
demmenl , nous  prendrons  pour  exemple  vue 
iambe  de  laquelle  les  deux  fociles  seront  en- 
tièrement rompuz  auecques  playe  : ce  qui  m’ad- 
uint  le  quatriesme  iour  du  moy  s de  Mai  15G1, 
comme  monsieur  IVeslor,  Docteur  regenl  en  la 
Faculté  de  medecine  , Richard  Hubert  , et 
Antoine  Portail , maislres  Barbiers  Chirur- 
giens à Paris,  desquels  le  renom  est  assez 
cogneu  , pourront  amplement  tesmoigner,  es- 
tants mandez  et  moy  auec  eux  pour  visiter 
quelques  malades  au  village  des  Bons-Hommes, 
près  Paris,  le  malheur  m’aduint  en  la  maniéré 
qui  s’ensuit.  V oulant  passer  l'eau,  etc. 

Ce  passage  est  extrêmement  précieux 
pour  l’histoire  de  la  chirurgie  française  au 
xvr  siècle.  Ainsi  donc  ce  n’étaient  pas  seu- 
lementEtiennel.arivière  et  Paré  qui  avaient 
franchi  les  limites  opposées  aux  barbiers 
par  l’orgueilleux  collège  de  Saint-Côme,  ils 
n’avaient  fait  qu’ouvrir  la  voie;  et  Antoine 
Portail  et  Richard  Hubert,  tous  deux  plus 
tard  Chirurgiens  du  roi,  avaient  commencé 
par  être  barbiers  ! 

II  est  à remarquer  que  le  nom  d’Antoine 
Portail  a disparu  de  cet  endroit  dès  1575.  On 
a vu  dansmon  Introduction  que  Paré  avait  eu 
avec  lui  une  discussion  dont  nous  ignorons 
et  le  sujet  et  l’issue , mais  qui  laissa  entre 
eux  une  hostilité  que  nous  a révélée  le  pam- 
phlet de  Compérat.  On  conçoit  des  lors  que 
Paré  ait  voulu  effacer  de  ses  œuvres  le  nom 
de  son  ennemi. 


829 

passer  l’eau,  et  tascher  à faire  entrer 
mon  cheual 1 en  vn  bateau  : ie  luy 
donnay  d’vne  houssine  sur  la  croupe, 
dont  la  beste  stimulée  me  rua  vn  tel 
coup  de  pied,  qu’elle  me  brisa  entiè- 
rement les  deux  os  de  la  iambe  se- 
nestre,  à quatre  doigts  au  dessus  de 
la  iointure  du  pied.  Ayant  reçu  le 
coup,  et  craignant  que  le  cheual  ne 
me  ruast  de  rechef,  ic  demarchay  vn 
pas  : mais  soudain  tombant  en  terre , 
les  os  ja  fracturés  sortirent  hors,  et 
rompirent  la  chair,  la  chausse,  et  la 
botte , dont  ie  sentis  telle  douleur 
qu’il  est  possible  à l’homme  d’endu- 
rer2. 

Mes  os  ainsi  rompus,  et  le  pied 
contre-mont,  ie craignoisgrandement 
qu’il  me  fallust  couper  la  iambe3: 
pource  iettanl  ma  veué  et  mon  esprit 
au  ciel,  i’inuoquay  mon  Dieu  4,  et  luy 
priay  qu’il  luy  pleust  par  sa  benigne 
grâce  me  vouloir  assister  en  mon  ex- 
trême nécessité.  Soudain  fus  porté 
dans  le  bateau  pour  passer  de  l’au- 
tre part  pour  me  faire  penser  : mais 
le  branlement  d’icelui  me  cuida  faire 
mourir,  pource  que  l’extremité  des 
os  rompus  lrayoit  contre  la  chair  , et 
ceux  qui  me  portoient  n’v  pouuoient 
donner  ordre. 

Estant  hors,  fus  porté  en  vne  mai- 
son du  village,  auec  plus  grande  dou- 
leur que  ie  n’auois  enduré  au  bateau: 
car  vn  me  tenoit  le  corps  , l’autre  la 
iambe,  l'autre  le  pied  : et  en  chemi- 
nant l’vn  haussoit  à senestre,  l’autre 

' L’édition  de  15G4  dit  : ma  haquenee. 

2 L’édition  de  16G4  dit  : qu’il  n’est  possible 
à homme  au  moins  selon  mon  iugemenl  en  en- 
durer plus  grande  sans  mort.  Celle  de  1575 
porte  : horsmis  selon  mon  iugemenl  la  mort. 

5 L’édition  de  1564  ajoute  : pour  me  sauner 
la  vie. 

4 L’édition  de  15G4  : le  nom  de  Dieu. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


33o 

baissoit  à dextre.  Enfin  toutesfois  on 
me  posa  sur  vn  lit  pour  reprendre  vn 
peu  mon  baleine  : où  pendant  que 
mon  appareil  se  faisoit,  ie  me  feis  es- 
suyer tout  le  corps,  pource  que  i’es- 
tois  en  sueur  vniuerselle  : et  si  on 
m’eust  ietté  en  l’eau,  ie  n’eusse  esté 
plus  mouillé.  Ce  fait , on  me  pensa 
aucc  vn  médicament  tel  que  nous 
peusmes  pratiquer  audit  lieu  , lequel 
nous  composasmes  de  blanc  d’œuf, 
de  farine  de  froment,  de  suye  de  four, 
auec  du  beurre  frais  fondu1.  Sur  tout 
ie  priay  maistre  Richard  Hubert,  ne 
m’espargner  non  plus  que  si  i’eusse 
esté  le  plus  eslrange  du  monde  en  son 
endroit  : et  qu’en  réduisant  la  frac- 
ture , il  mist  en  oubli  l'amitié  qu’il 
me  portoit.  D’auantage  l’admonestay 
(ores  qu’il  sceusl  bien  son  art)  de  tirer 
fort  le  pied  en  figure  droite,  et  que  si  la 
playe  n’estoit  suffisante,  qu’il  l’ac- 
creust  auec  vn  rasoir,  pour  remettre 
plus  aisément  les  os  en  leur  position 
naturelle  : et  qu’il  recherehast  dili- 
gemmentla  playe  auec  les  doigts,  plus 
tost  qu’auec  autre  instrument  (car  le 
sentiment  du  tact  est  plus  certain  que 
nul  autre  instrument)  pour  oster  les 
fragmens  et  pièces  des  os,  qui  pou- 
uoientestredu  tout  séparées:  mesmes 
qu’il  exprimast  et  feist  sortir  le  sang 
qui  estoit  en  grande  abondance  aux 
enuirons  de  la  playe  : et  qu’il  me  ban- 
dast  et  situast  la  iambe  ainsi  qu’il 
seauoit,  et  ce  faisant  qu’il  eust  trois 
bandes , comme  nous  auons  dit  cy 
dessus,  et  qu'il  commençast  à bander 
ladite  playe  : puis  fussent  mises  des 
aslelles , les  vnes  de  largeur  de  trois 

1 L’édition  de  1564  portait  ici  en  note  mar- 
ginale : liemede  aisé  à faire  pour  vue  frqclure 
recente  au  deffaul  d' autre.  En  1575  Paré  chan- 
gea cette  note  pour  celle-ci  : Bon  medicgment 
de  village  promptement  appareillé. 


doigts,  les  attires  de  deux,  et  longues 
de  demy  pied  et  cambrées, pour  mieux 
se  coucher  autour  de  la  iambe  : les- 
quelles aussi  estoienl  moins  larges  par 
les  bouts,  et  loing  l’vne  de  l’autre 
d’vn  doigt  *.  Puis  furent  liées  auec 

1 A.  Paré  avait  consacré  un  article  spécial 
de  son  ouvrage  sur  les  Plages  d'hacquehutes, 
publié  en  1545  et  1552,  aux  fractures  com- 
pliquées de  plaie.  Comme  ce  qu'il  en  a dit 
n’a  point  été  reproduit  dans  l’édition  de  1564 
ni  dans  les  OEuvres  complètes,  je  prendrai 
soin  de  rattacher  scs  doctrines  primitives 
aux  doctrines  postérieures  en  chaque  occa- 
sion. On  vient  de  lire,  par  exemple,  la  con- 
duite qu’il  prescrivait  pour  lui-même  à 
Richard  Hubert;  on  peut  la  comparer  avec 
ce  qu’il  recommandait  en  1545,  folio  37. 

« Le  commencement  de  la  cure  doibt  estre 
cqnime  j’ay  dit:  ostant  premièrement  sans 
violence  les  esquilles  totalement  séparées  des 
deux  parties  fracturées:  (car  s’ellesadheroient 
auec  vne  d’icelles,  n’auroient  besoing  d’estre 
ostées , et  se  pourroiept  agglutiner  par  la 
vertu  nutriliue  de  l’os).  Puis  fault  esgualer 
et  redqire  l’os  en  sa  situation  , le  tenant  en 
bonne  figure  auec  bandes  et  compresses , 
esclacs,  astefes  fuites  de  bpys,  plomb,  fer- 
blanc  , cuir  corroyé,  gros  papyer  de  chartes, 
ou  escorce  d’arbres  : et  selon  la  diuersité  des 
fractures  et  membres,  faut  diuersilier  les 
bandes,  compresses , aslelles , et  autres  re- 
medes,  lesquelz  seront  escriptz  cy  apres.  Et 
fau)tque  icelles  compresses  et  bandes  soient 
baignées  en  oxycrat,  ou  gros  vin,  médiocre- 
ment austere,  pu  autres  liqueurs  semblables  : 
ef  qu’elles  soient  sonuentes  foys  humectées, 
principalement  en  esté,  et  de  nuict.  Par  ce 
moyen  on  roborera  la  partie  et  ostera  Ion  la 
cause  d’inflammation.  » 

L’édition  de  )564  donne  |e  texte  actuel; 
mais  elle  ajoute  quelques  détails  qui  sans 
doute  pourraient  se  retrouver  dans  les  règles 
générales  des  fractures , mais  qu’il  est  bon 
de  voir  appliqués  à un  cas  de  fracture  avec 
plaie. 

u Ce  faisant  qu’il  commenças!  à bander  la- 
ditte  playe  et  y feist  trois  ou  quatre  tours 
dessus,  la  serrant  asses  médiocrement,  à 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


petits  rubans  de  filet , semblables  à 
ceux  dont  les  femmes  entortillent  et 
lien!  leurs  cheveux  : et  tout  ce,  à fin 
qu’elles  comprimassent  mieux  et  fus- 
sent vn  peu  plus  serrées  à l’endroit 
de  la  fracture  qu’en  autre  lieu. 

Apres  la  iambe  ainsi  bandée,  ie  luy 
feis  remplir  la  cauité  du  iarret,  et  celle 
qui  est  entre  le  pommeau  de  la  iambe 
et  du  talon,  de  compresses  faites  d’es- 
toupes  enueloppées  de  linge1.  Puis 

fin  d’exprimer  entièrement  le  sang  contenu 
en  la  partie  : puis  qu’il  conduisis!  le  reste 
de  la  bande  iusques  près  le  genoil,  à fin 
d’empescber  que  le  sang  et  les  humeurs  ne 
delïluasscnt  en  la  playe.  Suiuamment  qu’il 
eust  vne  seconde  bande  qui  commenceroit 
encor  sur  la  playe  vn  tour  ou  deux,  qui  puis 
apres  seroit  conduitte  en  serrant  vn  peu  d’a- 
uantage  iusques  sur  le  pied  pour  y finir  : 
outre  ce,  qu’il  en  prit  vne  tierce,  et  com- 
mençast  son  bandage  sur  le  pied  , la  con- 
duisant au  contraire  de  la  première,  de  sorte 
que  ses  reuolutions  fussent  vn  peu  distinctes 
l' vne  de  l’autre,  et  prinsent  fin  auec  la  pre- 
mière : à fin  que  les  muscles  qui  auoient 
esté  pour  la  première  bande  aucunement 
tirts  et  changez  de  situation  naturelle  y fus- 
sent remis.  La  iambe  ainsi  bandee sera  posee 
en  telle  situation  que  nous  auons  dit. 

» Puis  luy  seront  appliquez  en  longueur 
quelques  astclles  ou  ferules,  nommées  des 
Grecs  splénia,  larges  de  deux  ou  trois  doigts, 
et  longues  tant  qu’il  en  sera  besoin  : à fin 
qu’elles  aident  à tenir  les  os  en  leur  situa- 
tion naturelle  : et  couuicnt  mettre  lesdilles 
astellcs  loin  l’vne  de  l’autre  de  deux  doigts 
ou  enuiron  : mesmes  les  cambrer  vn  peu 
pour  mieux  se  coucher  sur  la  rondeur  du 
membre  : et  les  faire  moins  larges  par  les 
bouts,  à fin  qu’elles  compriment  mieux  la 
partie.  Lesdittes  astelles  seront  comprimées 
et  liees  auec  petits  rubents  de  fil,  etc.  » 

On  voit  d’ailleurs  qu’il  y a ici  quelques 
différences,  si  légères  qu’elles  soient,  con- 
cernant la  longueur,  la  largeur  et  l’inter- 
valle des  attelles. 

1 Cette  première  phrase  manque  dans  l’é- 
dition de  1564. 


33 1 

y furent  apposés  deux  fenons,  ou  tor- 
ches de  paille,  dans  lesquelles  on  meit 
vn  petit  baston  à chacune  pour  tenir 
la  paille  ferme  et  roide,  et  enueloppées 
d’vn  demy  linceul,  puis  apposées  aux 
coslés  de  la  iambe  : et  comprenoient 
en  longueur  depuis  le  talon  iusques 
près  de  l’aine,  et  furent  apres  liées  en 
quatre  endroits  : et  par  ce  moyen  la 
iambe  ne  peut  estre  peruerlie  ny  tour- 
née d’vn  costé  ou  d’autre  ‘.  Et  apres 
fut  située  en  figure  droite  et  non 
courbée,  et  esleuéeen  médiocre  hau- 
teur, mollement, et  vniement , à fin  d’e- 
uiter  douleur,  lluxion,  inflammation, 
et  autres  accidens. 

Or  il  faut  icy  noter  . que  si  on  fait 
faute  à bien  situer  la  iambe , on  ren- 
dra le  malade  boiteux  : pour  autant 
que  si  elle  demeure  trop  haute,  la 
fracture  demeurera  concaue  en  sa 
parlie  anterieure  : au  contraire,  si 
elle  demeure  trop  basse , elle  sera 
conuexe  et  gibeuse  en  sa  partie  an- 
terieure2. 

D’auantage  tu  obserueras,  que  si 
on  faut  à bien  remplir  et  vnir  le  lieu 

■ Celte  description  des  fanons  est  un  peu 
différente  de  celle  de  l’édition  de  1564  ; 
mais  comme  j’ai  donné  le  texte  primitif 
ci-dessus  dans  la  grande  note  de  la  page 
28S  , il  est  inutile  d’y  revenir. 

2 Ce  paragraphe  et  le  suivant  manquent 
en  cet  endroit  dans  l’édition  de  1564;  mais 
on  en  retrouve  les  éléments  dans  deux  pas- 
sages queje  reproduirai  à cause  de  leur  ré- 
daction différente.  Ainsi  on  lit  d’abord  à la 
fin  du  chapitre  12,  folio  53  ; 

Faut  semblablement  que  les  torches  de  paille 
compriment  depuis  la  hanche  iusques  à l' ex- 
trémité du  pied,  et  que  d'icelles  auecques  com- 
presses les  costez  de  la  fracture  soient  vn  peu 
comprimez.  Pareillement  se  mettront  quelques 
compresses  soubz  le  iarret  et  près  du  talon 
pour  remplir  ces  parties  caues,  à fin  que  toutes 
les  parties  de  la  iambe  soient  supportées  vni- 


332  LE  TREIZIÉME  LIVRE 


caue  qui  est  entre  le  pommeau  de  la 
iambe  et  les  cheuilles  du  pied  , le  ta- 
lon souffrira  beaucoup  à cause  qu’il 
demeure  longuement  pressé ',  qui  fait 
une  extreme  douleur  (ce  que  ie  sçay 
pour  l’auoir  senti  en  moy-mesme)  à 
cause  que  les  esprits  n’y  peuuent 
deuëment  reluire , et  soutient  il  s’y 
fait  une  chaleur  estrange.  Parquoy 
sçaehant  la  cause  de  telle  douleur , 
souuentesfois  me  faisois  vu  peu  leuer 
le  talon  , à fin  de  donner  air,  et  que 
les  esprits  peussent  reluire,  et  quelque 
vapeur  transpirer. 

Et  pour  le  déclarer  en  vn  mot , ma 
iambe  fut  posée  sur  un  coussinet, 
bandée  et  liée  auec  torches  de  paille  , 
comme  tu  vois  par  ceste  figure2. 

ment  et  en  equ alité.  Et  de  tout  ce  ne  faut  rien 
oublier. 

Et  au  commencement  du  chapitre  15,  fo- 
lio 55,  verso  : 

Il  faut  icy  noter  que  si  le  talon  en  telles 
fractures  n’est  bien  situé,  le  patient  sera  à ja- 
mais boiteux  : car  s’il  est  situé  trop  haut  la 
fracture  demeurera  concaue  plus  qu’elle  ne 
doit  : au  contraire  s'il  est  tenu  plus  bas  qu’il 
ne  faut  et  mal  porté  ou  appuyé,  les  os  demeu- 
reront conuexes  cl  gibbeux  en  la  partie  ante- 
rieure. Pource  est-il  expédient  y mettre  le 
meilleur  ordre  qu’on  pourra. 

' A.  Paré  ajoute  dans  une  note  marginale  : 
Il  faut  tousiours  remplir  les  cauilés  des  parties 
fracturées  pour  les  rendre  esgales. 

2 Cette  figure  se  rencontre  déjà  dans  les 
éditions  de  1545  et  1552.  A.  Paré  n’a  pas  jugé 
nécessaire  de  la  changer;  et  c’est  un  tort 
sans  doute,  puisqu’elle  donne  un  démenti 
formel  à la  doctrine  émise  dans  le  texte  qui 
précède.  On  voit  en  effet  que  sa  playe  fut 
recouverte  par  les  trois  bandes;  tandis  que 
dans  l’édition  de  1545,  exactement  copiée 
par  celle  de  1552,  il  recommandait  de  lais 
ser  la  plaie  à découvert  à l’aide  d’une  ou- 
verture spéciale.  Voici  le  texte  primitif: 

Et  si  ta  fracture  est  à la  iambe , à l'vn  ou 
aux  deux  fociles,  est  necessaire  tenir  la  iambe 
droite  auec  torches  de  paille , au  milieu  des- 


Figure  d’vne  iambe  rompue  auec  playe. 


CHAPITRE  XXIV. 

CE  QV’lL  F A VT  NECESSAIREMENT  OBSER- 
VER AVX  BANDAGES  , QVAND  IL  Y A 
PLAYE  AVEC  FRACTVRE. 

Il  n’y  a doute  aucun,  selon  la  doc- 
trine des  anciens,  qu’il  ne  faille  ban- 
der sur  la  playe  : autrement  elle  s’en- 
fleroit,  receuant  les  humeurs  des  au- 
tres parties,  dont  plusieurs  accidens 
suruiendroient  : ainsi  que  l’on  peut 
voir  par  expérience  en  quelque  partie 
charneuse  et  bien  saine.  Si  elle  n’est 
bandée  qu’en  haut  et  en  bas , sans  y 

quelles,  pour  plus  fortement  tenir , Ion  mettra 
vue  verge  de  boys,  les  reuolvanl  d vn  drap  : et 
au  commencement  faut  peu  restraindre  la  par- 
tie, en  laissant  vue  feneslre  à l’endroit  de  la 
playe,  pour  la  medicamenler  sans  la  deslier, 
comme  il  appert  par  la  figure  subséquente . 
Edition  de  1545,  folio  37. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


comprendre  le  milieu  , la  partie  non 
comprimée  deuiendra  fort  enflée  , et 
changera  sa  couleur,  deuenant  liuide, 
à cause  de  la  trop  grande  multitude 
d’humeurs  qui  sont  enuoyés  des  par- 
ties circonuoisines  pressées.  Par  plus 
forte  raison  telle  chose  se  fera  , si  la 
partie  est  vlcerée,  veu  que  sans 
vlcere  ou  playe  telle  tumeur  ou  liui- 
dité  se  fait.  Pour  ces  causes  l’vlcere 
demeure  insuppurable  et  lacrymeux, 
c’est  à dire  , que  d’iceluy  distille  une 
sanie  crue  et  claire  , comme  sont  les 
larmes  qui  dégouttent  des  yeux , lors 
qu’ils  sont  offensés  d’inflammation. 
Or  si  cest  humeur  crue  coule  et  de- 
meure long  temps  sur  la  substance 
des  os,  il  les  altéré  et  pourrit  : enco- 
res  plustost  s’ils  sont  rares  et  mois  , 
que  s’ils  sont  plus  solides  et  durs 
Laquelle  corruption  et  altération 
se  connoist , parce  que  l’vlcere  iette 
plus  de  boue  claire  et  plus  fetide,  qu’il 
ne  feroit  en  un  simple  vlcere  : aussi 
pour  voir  les  léures  de  l’ulcere  ren- 
uersées,  et  la  chair  baueuse  et  mol- 
lasse, et  le  malade  dit  sentir  quelques 
fois  vne  douleur  pulsatiue  au  profond 
de  l’vlcere  : pareillement  en  sondant 
on  trouue  l’os  du  tout  desnué  de  son 

1 Tout  ce  paragraphe  dans  lequel  A.  Paré 
combat  si  vivement  la  doctrine  qu’il  avait 
préconisée  en  1545  et  1552  (voir  la  note  pré- 
cédente), date  de  l’édition  de  1564  , où  il 
forme  le  commencement  du  chapitre  12  du 
Liure  des  fractures.  C’était  la  lecture  des  an- 
ciens qui  avait  ainsi  fait  changer  d’opinion 
à notre  chirurgien  ; en  effet,  dès  l’édition  de 
1564  il  renvoyait,  en  marge  de  ce  passage, 
à Hippocrates  au  liure  des  fractures , et  plus 
tard  il  n’a  fait  que  multiplier  ces  renvois 
marginaux.  Il  cite  spécialement  la  section  3 
du  livre  indiqué  d’Hippocrate.  On  lit  égale- 
ment en  marge  dans  les  éditions  complètes 
ce  précepte  bref  et  précis  : Faut  bander  sur 
la  playe. 


333 

périoste,  et  souuentesfois  aspre  et  ra 
boteux  : ou  qu’en  pressant  dessu  s auec 
la  sonde,  elle  entre  dedans  la  subs- 
tance de  l’os.  Mais  icy  ie  laisseray  ce 
propos,  veu  que  i’ay  escrit  (ce  me 
semble)  assez  suffisamment  de  l’alte- 
ration des  os  *. 

Or  cette  alteration  et  pourriture 
n’aduiendra  iamais  si  le  malade  est 
bien  bandé  et  pensé. 

Pource  i’aduertisle  Chirurgien  à ne 
faillir  débander  sur  laplayes’ilest  pos- 
sible, c’est  à dire,  s’il  n’y  a vne  si  gran- 
de douleur  et  inflammation  qu’elle 
peust  engarder  de  ce  faire  : car  lors  on 
seroit  contraint  de  laisser  la  propre 
cure  pour  suruenir  à l’accident.  Pour 
l’esgard  duquel  sera  prise  vne  piece 
de  toile  non  trop  vsée,  qu’on  ployera 
en  deux  ou  trois  doubles  : et  sera  de 
telle  largeur,  qu'elle  couurira  et  com- 
primera entièrement  la  playe  et  les 
parties  proches  : et  ne  fera  qu’vne 
seule  reuolution  , et  sera  cousue  au 
costé  de  la  playe,  à fin  que  lors  qu’on 
la  voudra  penser,  on  ne  face  que  la 
descoudre1 2,  sans  aucunement  (s’il  est 
possible)  remuer  ny  esbranler  les  os 
fracturés,  pource  que  la  fracture  ne 
demande  à estre  remuée  souuent 
comme  fait  la  playe,  pour  estre  trai- 
tée ainsi  qu’il  est  requis. 

Il  se  faut  garder  de  trop  estreindre 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575,  et 
se  terminait  alors  par  ces  mots  : au  liure  des 
play  es  faites  par  harquebuses , et  au  liure  des 
playes  de  la  leste  humaine.  Sans  cloute  ce 
double  renvoi  se  trouvait  dans  l’édition  per- 
due de  1572  qui  ne  contenait  pas  les  deux 
livres  cités;  et  par  mégarde  il  avait  été  con- 
servé dans  la  première  édition  complète.  Il 
a été  retranché  dés  1579. 

2 Remarquez  que  Paré  ne  fait  jamais  usage 
des  épingles,  mais  toujours  de  la  couture 
pour  arrêter  ses  bandages.  Voyez  d’ailleurs 
la  note  1 de  la  page  280. 


LE  TREIZIEME  LIVRE 


334 

et  presser  sur  la  playe,  pour  prohiber 
douleur,  inflammation,  et  autres  mau- 
uais  accidens.  Et  pour  le  dire  en  vn 
mot , si  la  playe  est  liée , pressée , et 
bandée  comme  il  appartient,  elle  ern- 
pesche  la  descente  des  humeurs  : 
mais  aussi  si  elle  n'est  bien  faite , il 
s’y  fera  aposteme  , principalement  j 
quand  elle  sera  trop  lasche  ou  trop 
serrée.  Or  ceste  admonition  est  poul- 
ies apprentifs  , qui  n’ont  encore  leur 
iugement  entier  en  ceste  pratique1  : 
ioint  que  plusieurs  suiuent  la  pratique 
de  Paulus , et  font  circonuolulions 
deçà  et  delà,  selon  le  lieu  supérieur 
et  inferieur  de  la  playe  , puis  ramè- 
nent la  bande  et  circonuolutions  en 
croix  saint  André.  Mais  tel  bandage 
feuestré  ne  vaut  rien  , et  faut  faire 
celuy  que  ie  t’ay  déclaré  suiuant  Hip- 
pocrates. 

le  veux  à présent  retourner  à dé- 
clarer comme  ie  fus  traité  de  ma  frac- 
ture apres  le  premier  appareil. 

1 Tout  ce  paragraphe  manque  dans  l’édi- 
tion de  1664,  et  il  se  compose  lui-même  de 
deux  additions  de  dates  différentes.  Ainsi  la 
première  partie , qui  précède  le  chiffre  de 
renvoi  de  la  note,  est  de  1575,  et  le  reste  de 
1679.  Cette  remarque  a son  importance,  en 
ce  que  l’on  voit  dans  trois  éditions  succes- 
sives A.  Paré  insister  de  plus  en  plus  sur  la 
doctrine  qu’il  a adoptée,  et  finir  enlin  par 
cette  déclaration  que  le  bandage  fenestré  de 
Paul  d’Egine  ne  vaut  rien.  Peut-être  Paré 
ripostait— il  par  cette  critique  peu  ménagée 
à quelque  servile  adorateur  des  anciens  qui 
lui  avait  fait  la  guerre,  comme  il  répliqua 
plus  tard  à Gourmelen.  Quoi  qu’il  en  soit, 
il  importe  de  remarquer  que  Paul  d’Egine 
ne  recommande  pas  de  laisser  la  plaie  à 
découvert,  et  que  les  circonvolutions  en 
croix  ont  précisément  pour  but  de  la  recou- 
vrir. Dalechamps,  que  Paré  a oublié  cette 
fois  de  consulter,  a très  bien  rendu  le  pas- 
sage de  Paul. 


CHAPITRE  XXV. 

COMME  L’AVTHEVR  FVT  TRAITÉ  AYANT 

ESTÉ  PORTÉ  EN  SON  LOGIS  APRES  LE 

PREMIER  APPAREIL. 

Pour  retourner  à mon  malheur  : 
ma  iambe  traitée  de  point  en  point  en 
la  maniéré  predile , ie  fus  apres  dis- 
ner  porté  en  mon  logis,  où  ie  me  feis 
tirer  trois  palettes  de  sang  de  la  ba- 
silique senestre.  El  au  second  appa- 
reil, et  autres  suiuans,  ie  fus  sollicité 
de  mes  compagnons  et  amis,  Chirur- 
giens iurés  de  Paris1. 

Et  autour  de  la  playe  et  de  ses  par- 
ties voisines,  ie  feis  appliquer  de  l'on- 
guent rosat-  lequel  est  fort  loué  des 
anciens  au  commencement  des  frac- 
tures, parce  qu’il  sede  la  douleur  et 
prohibe  l'inflammation,  repoussant 
les  humeurs  loin  de  la  partie  bles- 
sée, à cause  qu’il  est  froid,  astringent 
et  repercussif  : lequel  estoit  fait 
d’huile  omphacin , eau  rose , et  vn 
peu  de  vinaigre , et  de  cire  blanche  : 
continué  iusques  au  sixième  iour.  Les 
compresses  et  bandes  estoient  trem- 
pées en  oxycrat,  et  quelquesfois  en 
vin  gros  et  astringent,  pour  roborer 
la  partie,  ce  qui  est  principalement 
recommandé  d’Hippocrates  aux  frac- 
tures auec  playe , et  astreindre  et  re- 
percuter les  humeurs  : et  quand  elles 
estoient  seiches , ie  les  faisois  arrou- 
ser  dudit  oxycrat,  et  autresfois  d’oxy- 

1 L’édition  de  1564  porte  : de  mes  compa- 
gnons Chirurgiens  de  Paris  , principalement 
de  maislre  Es  tienne  de  la  Riuicre,  Chirurgien 
ordinaire  du  Roy,  qui  prinl  la  charge  princi- 
palle  de  me  penser. 

2 L’édition  de  1564  dit  seulement:  de  l’ on- 
guent rosat,  ce  que  l’on  continua  iusques  à cc 
que  l’aposleme  et  suppuration  suruint. 


DES  FRACTV 

rhodinum.  Car  quand  elles  sont  trop 
seiches,  douleur  et  inflammation  sur- 
niennent  à la  partie,  à cause  qu’elles 
la  serrent  d’auantage  qu’elles  ne  fai- 
soient  quand  elles  estoient  mouil- 
lées. Il  y a plusieurs  Chirurgiens,  qui 
en  tel  cas  depuis  le  commencement 
iusques  à la  fin  n’vsent  que  de  medi- 
camens  astringens  et  emplastiques, 
contre  la  méthode  d’Hippocrates  et 
de  Galien  : considéré  que  par  leur 
astriction  et  emplastration  ils  estoup- 
pent  les  pores  du  cuir  de  la  partie:  ce 
faisant  augmentent  la  chaleur  es- 
trange,  auec  vn  grand  prurit  ou  dé- 
mangeaison : au  moyen  dequoy  s’en- 
gendre sous  le  cuir  vne  certaine 
humidité  sereuse,acre  et  mordicante, 
qui  fait  vlcere  : qui  donne  bien  à con- 
noistre  que  tels  medicamens  ne  peu- 
uent  estre  continués  que  cinq  ou  six 
iours.  Donc  au  lieu  d’iceux  on  vsera 
des  emplastres  cy  apres  déclarées. 

Et  pour  retourner  à mon  propos , 
ie  garday  au  commencement  de  ma 
maladie  vne  si  extreme  diete,  que  par 
l’espace  de  neuf  iours  ne  mangeois 
par  chacun  iour  que  douze  pru- 
neaux de  Damas,  auec  six  morceaux 
de  pain 1 , et  beuuois  vne  chopine 

‘L’édition  de  1S45  s’exprime  ainsi  tou- 
chant le  régime  que  le  blessé  doi  t garder  dans 
les  premiers  jours.  Folio  38,  ver-o  : 

« Incontinent  apres  et  sur  toutes  choses 
fault  tenir  le  membre  en  repos  et  ordonner 
dicte  assés  tenue  pour  le  commencement,  et 
saignée,  purgation,  principalement  en  l’ab- 
sence du  Médecin  à ce  requis.  Car  lors  le 
Chirurgien  doibt  consyderer  de  cacochymie 
ou  plénitude,  qui  sont  le  plus  souuent  causes 
generales  des  accidents  périlleux,  ausquelz 
pour  mieux  obuier,  fault  applicquer  es  par- 
ties voysines  de  la  playe,  remedes  reper- 
cussifzet  empiasticques,  à fin  de  plus  facile- 
ment prohiber  douleur,  fluxion  et  inflam- 
mation. Et  si  d’auenture  y auoit  grande 


RES  DES  OS.  335 

d’bippocras  d’eau , composé  eu  ceste 
maniéré  : 

2 c.  Sacchar.  albissimi  5 . xij. 

Aquæ  fontanæ  H». xij. 

Cinnam.  5.  iij. 

Bulliant  simul  secundum  artem. 

Autresfois  du  syrop  cap  il.  Vener. 
auec  eau  cuite.  Autresfois  du  Potus 
diuinus  fait  ainsi: 

“if.  Aquæ  coctæ  lb.  vj. 

Sacchari  albiss.  ^ . iiij. 

Succi  limonum  § . j. 

Le  tout  soit  battu  ensemble  dans 
deux  esguieres  de  verre,  ou  autres 
vaisseaux  pour  boire.  Par  fois  aussi 
i’vsois  d’vn  bol  de  casse  auec  vn  peu 
de  rhubarbe.  Autresfois  de  supposi- 
toires de  sauon  pour  prouoquer  mon 
ventre  : chose  que  ie  craignois  beau- 
coup, à cause  qu’il  me  falloit  remuer 
pour  mettre  vn  drap  dessous  moy, 
afiec  ce  que,  quand  i'estois  quelque 
temps  sans  y aller , ie  sentois  grande 
chaleur  aux  reins. 

Il  n’y  eut  loutesfois  si  exquis  régi- 
me, ny  autres  choses,  qui  peussent 
garder  que  la  fiéure  11e  me  saisist  en 
l’onzième  iour,  auec  deflnxion,  qui 
causa  vne  aposteme,  laquelle  sup- 
pura long  temps  : tout  ce  que  ie  croy 
m’estre  aduenu,  tant  à cause  de  quel- 
que humeur  retenu  en  la  partie,  que 
pour  n’auoir  sceu  endurer  que  la 
playe  fust  assez  bandée,  mesmespour 
quelques  esquilles  comminuées  et  sé- 
parées des  extrémités  des  os,  faites 

hoemorrhagîe,  seroit  necessaire  l’arrcstcr, 
puis  digerer,  mundifier  et  incarner  la  playe  : 
soy  gardant  diligemraentd’appliquer  aulcu- 
nes  choses  vnctueuses  sus  l’os  fracturé  et 
dénué  : mais  seulement  pouldres  desiccati- 
ues,  comme  ireos  , panucis  , cappuris , arisio- 
lochiœ  rolundæ  , masticliis,  myrrhes , et  leurs 
semblables.  » 


336  LE  TREIZIÉME  LIVRE 


tant  par  la  fracture  , qu’en  la  réduc- 
tion d’icelle  : car  le  bout  de  l’vne  et 
de  l’autre  n’estoit  égal,  et  lors  qu’il  y 
a quelques  petits  fragments  du  tout 
séparés,  ils  ne  peuuent  plusestre  vnis 
ny  glutin^s , et  par  ainsi  s’altèrent  et 
pourrissent  : qui  est  souuent  cause  de 
faire  aposteme  et  autres  grands  acci- 
dens.  Or  les  signes  qui  me  faisoient 
connoistre  qu’il  y auoit  des  os  sépa- 
rés, estoient  que  de  la  playe  sortoit 
vne  sanie  claire  et  crue  : pareillement 
les  léures  d’icelle  estoient  fort  en- 
flées, et  la  chair  laxe  et  molle  comme 
esponge.  Outre  lesquelles  causes  il 
me  semble  que  la  principale  occasion 
de  la  fiéure  , et  de  l’aposteme,  pro- 
uint  de  ce  qu’vue  nuit  en  dormant 
les  muscles  se  retirèrent  par  vne  vio- 
lence si  grande,  queie  leuay  maiambe 
en  l’air,  voire  de  telle  sorte  que  les  os 
sortirent  hors  de  leur  situation , et 
pressèrent  les  léures  de  la  playe , tel- 
lement qu’il  fallut  de  recbef  tirer  et 
pousser  les  os  pour  les  réduire.  En 
quoy  faisant  i’enduray  encores  plus 
de  douleur , que  n’auois  fait  la  pre- 
mière fois  que  fus  pensé. 

Ceste  fleure  me  con  linua  sept  iours, 
au  bout  desquels  fut  terminée  partie 
par  l’aposteme , et  partie  par  très 
grandes  sueurs  '. 


CHAPITRE  XXVI. 

DE  LA  CAVSE  DES  TRESSAILI.EMENS  AVX 
MEMBRES  FRACTVRÉS. 

le  ne  veux  oublier  de  dire  en  cest 
endroit  ce  qu’il  me  semble  de  la  con- 
traction et  tressaillement  des  muscles, 

1 Celle  phrase  a été  transposée  ici  de  la 
fin  du  chapitre  suivant,  où  elle  se  trouvait 
dans  l’édition  de  1564. 


qui  en  dormant  suruient  ordinaire- 
ment aux  fractures.  La  cause  est  (à 
mon  aduis)  qu’en  dormant  la  chaleur 
naturelle  se  retirant  au  centre  de 
nostre  corps,  fait  que  les  extrémités 
deuiennent  refroidies:  dont  aduient 
que  Nature  voulant  par  son  accous- 
tumée  prudence  enuoyer  quelques 
esprits  pour  secourir  la  partie  blessée, 
et  ne  la  trouuant  disposée  à les  rece- 
uoir,  permet  que  subit  ils  se  retirent 
au  dedans  dont  ils  sont  enuoyts.  Les 
muscles  semblablement  tirent  les  os 
ausquels  ils  sont  attachés:  et  faisans 
ceste  rétraction  vers  leur  origine , 
comme  nous  auons  dit  cy  deuant,  ti- 
rent les  os  fracturés,  qui  est  cause  de 
les  desioindre  et  séparer  de  nouueau, 
auec  vne  très  grande  douleur. 


CHAPITRE  XXVII. 

AD  VERTISSEMENT  TOVCHANT  LES  PAR- 
TIES SVR  LESOVELLES  EST  APPVVÉ 
LE  MALADE  ESTANT  COVCHÉ  AV  LIT. 

Or  pource  qu’en  demeurant  long- 
temps au  lit  à la  renuerse,  sans  se 
pouuoir  aucunement  remuer , qu’a- 
uec  vne  extreme  douleur  au  lieu 
fracturé  : et  aussi  pource  que  les 
parties,  lesquelles  sont  appuyées  (qui 
sont  le  talon  , le  dos , et  l’os  sacrum) 
et  que  les  muscles  de  la  cuisse  et  de  la 
iambe  fracturée  demeurent  tendus  et 
sans  faire  aucunement  leurs  mouue- 
mens  accoustumés  : ces  parties  de- 
uiennent premièrement  endormies  et 
stupides , puis  apres  s’eschauffent 
d’vne  chaleur  non  naturelle  : dont 
aduient  fluxion,  aposteme,  et  vlcere, 
et  principalement  à l’endroit  de  l’os 
sacrum  , ou  croupion , pource  qu’en 
ceste  partie  il  y a peu  de  chair  : et  le 


DES  FRACTVJRES  DÈS  OS. 


talon  semblablement , qui  est  fort 
sensible  et  suiet  à pareils  inconue- 
niens  Et  les  vlceres  faites  en  icelles 
parties  difficilement  se  guérissent , et 
souuent  s’y  fait  carie,  corruption  et 
morlification  , dont  on  a veu  ensuy- 
ure  fiéure  continue,  déliré,  spasme  et 
sanglot1 2:  qui  vient  à cause  de  la  sym- 
pathie qui  se  fait  par  similitude  de 
substance  des  nerfs  de  la  sixième  con- 
iugaison,  qui  sont  distribués  à l’esto- 
mach,  et  du  gros  tendon  du  talon  qui 
vient  des  trois  muscles.  Tous  lesquels 
accidens  aduenus  font  mourir  le  ma- 
lade en  peu  de  iours,  tant  pourl’in- 
flammation,  que  des  vapeurs  pourries 
qui  sont  communiquées  aux  parties 
nobles  par  les  veines , nerfs  , et  artè- 
res: et  apres  l’expiration  et  inspira- 
tion defaillante,  par  conséquent  la 
mort  s’ensuit. 

Considérant  toutes  ces  choses , 
qu’autresfois  auois  veu  aduenir,  ie 
me  faisois  souuent  esleuer  le  talon  : 
aussi  auec  vne  corde , qui  estoit  au 
plancher  de  mon  lit , me  sousleuois  par 
fois  vn  peu  , pour  donner  transpira- 
tion aux  parties  pressées.  Pareille- 
ment me  faisois  mettre  vn  bourrelet 
sous  mes  fesses,  de  figure  ronde,  rem- 
pli de  duuet , à fin  que  le  croupion 
fust  porté  en  l'air,  et  qu’il  ne  touchast 

1 L’édition  de  1564  porte  : Le  talon  sem- 
blablement, qui  est  fort  sensible  à cause  (lu  gros 
tendon  qui  l'enlourne  et  couure,  fait  des  trois 
muscles  du  pommeau  de  la  ïambe  et  des  nerfz 
qui  passent  à ses  coslez. 

- Hippocrates  sent.  2.  Des  fractures.  — 
A.  P. 


à rien  : semblablement  en  faisois  met- 
tre vn  autre  petit  sous  le  talon , et 
faisois  souuent  appliquer  emplastres 
d’onguent  rosat , pour  remédier  à la 
douleur  et  chaleur  desdiles  parties  K 

Or  depuis  ma  guérison,  estant  ap- 
pelle pour  semblables  fractures,  ayant 
mémoire  de  la  douleur  et  inflamma- 
tion que  ie  sentois  au  dos,  et  principa- 
lement sous  le  talon,  et  que  les  mala- 
des se  plaignoient  de  semblables  ac- 
cidens : i’ay  inuenlé  vne  cassole  de 
fer  blanc,  en  laquelle  on  pose  la  iambe 
fracturée  (apres  l’auoir  pensée) , qui 
sert  de  la  tenir  en  sa  figure  naturelle, 
sans  qu’elle  puisse  tourner  cà  et  là,  si 
ce  n’est  à la  volonté  du  malade,  plus 
aisément  que  ne  font  les  fenons  ou 
torches  de  paille  : aussi  cmpesche  que 
le  talon  ne  porte  à plomb  , ains  est 
soustenu  en  l’air  : ce  qui  se  fait  en  po- 
sant vne  grosse  compresse  vers  le 
mollet  de  la  iambe  sous  icelle  cassole, 
qui  est  cause  que  le  talon  estsousleué 
en  l’air,  à raison  qu’icelle  cassole  est 
ench ancrée  en  ce  lieu.  Pareillement 
elle  sert  de  tenir  la  plante  du  pied 
droite  et  appuyée  , et  que  la  couuer- 
ture  ne  touche  dessus  les  doigts  dudit 
pied,  par  le  moyen  d’vue  semelle  de 
fer  blanc  accommodée  à icelle , la- 
quelle est  enuironnée  d’vn  archet  de 
semblable  fer  , comme  tu  peux  voir 
par  ceste  figure  qui  t’est  icy  pré- 
sentée. 

1 L’édition  de  1564  dit  : de  toute  la  iambe. 
Ici  finissait  le  chapitre  dans  cette  édition 
et  dans  celle  de  1575. 


II. 


22 


338  Lfî  TREIZIEME  LiVîllï 


Figure  des  Cassole s ». 


A Le  fond  de  la  cassole. 

BD  Les  ailerons  qui  s’ouurent  et  ferment 
comme  l’on  veut, 

C La  fin  des  ailerons  où  se  met  la  semelle. 
D L’archet  de  fer  blanc. 

É La  semelle. 

F L’eschancreure  où  passe  le  talon. 

Maintenant  nous  faut  retourner  à 
la  reste  de  la  cure. 


CHAPITRE  XXVIII. 

QTELS  F.E11EOE9  FVREN'f  APPLIOVÉS  A 
L’VLCERE  ACCOMPAGNÉ  O’APOSTEME2. 

Quand  ie  connues  laposteme  se  faire, 
ie  fis  appliquer  vn  suppuratif  fait  de 

‘ La  figure  de  ta  cassole  et  le  texte  qui  s’y 
rapporte  se  lisent  pour  la  première  fois  en 
1579.  La  date  de  l’invention  remonte  donc 
tout  au  plus  aux  quelques  années  précé- 
dentes , puisqu’il  n’en  est  point  parlé  dans 
l’édition  de  1575. 

2 Ce  titre  est  jeté  comme  au  hasard,  et 
n’est  pointconsacré  à un  chapitre  particulier 
dans  les  éditions  complètes;  j’ai  suivi  en  cet 
endroit  l’édition  de  1564,  qui  en  a fait  son 
chapitre  16. 


jaunes  d’œufs,  d’huile  commune,  et 
terebenthine , auec  vn  peu  de  farine 
de  fourment,  tant  que  la  suppuration 
fut  faite.  Quelque  temps  apres,  pour 
mondifier  l’vlcere , i’ay  vsé  de  tel 
médicament. 

: Tf . Syrupi  rosati  , terebenthinæ  venetæ  , 
ana  g . ij. 

Pul.  radicis  ireosFlorentinæ,  aloës,  mas- 
tiches,  far.  hord.  ana  3.  C. 
Incorporentur  omnia  simul,  fiat  mundi- 
ficatiuum. 

Et  à l’endroit  où  i’auois  coniecturé 
les  os  deuoir  sortir  *,  i’y  faisois  mettre 
tentes  d’esponges,  d’estoupes  de  lin, 
pour  tenir  l’vlcere  ouuerte:  et  de- 
dans le  profond  de  l’vlcere,  des  pou- 
dres catagmatiques  auec  vn  peu  d’a- 
lum  cuit , pour  faire  sortir  les  frag- 
mens  des  os  séparés  : lesquels  mis 
hors,  l’vlcere  fut  guari  et  cicatrizé 
auec  alum  cuit , qui  ayant  vertu  de- 
siccaliue  et  astringente,  fait  que  la 
chair  qui  est  molle  et  spongieuse  et 
arroüsée  d’humidité  superflue,  est 
rendue  ferme  et  dure  : et  en  fin  aide 
Nature  à faire  le  cuir  et  la  cicatrice. 

Or  les  pièces  de  l’os,  à cause  de  leur 
siccité , ne  se  peuuent  reioindre  im- 
médiatement : mais  ont  besoin  de  cal- 
losité, qui  se  caille  et  espaissit  à l’en- 
tour de  leurs  bords , qui  les  attache 
ensemble  comme  vne  soudure  ou  ci- 
ment , qui  se  fait  de  la  propre  sub- 
stance de  l’os  et  de  sa  moélle,  et  par 
l’aide  des  medicamens  qui  sont  em- 
plastiques,  et  qui  eschauflent  modéré- 
ment. Au  contraire  ceux  qui  ont  puis- 
sance de  résoudre  et  de  sublilier , di- 
minuent le  callus.  Partant  on  vsera 

i Je  noterai  ici,  comme  étude  de  la  langue 
que  ce  que  retranché,  les  os  deuoir  sortir, était 
remplacé  dans  l’édition  primitive  de  1564 
par  cette  formule  plus  française  : que  les  os 
deuoient  sortir. 


DES  FR ACTVBÈS  DFS  OS. 


de  ces  emplastres  suiuantes , des- 
quelles i’ay  conneti  grands  effets  pour 
aider  à Nature  à la  génération  du 
callus1. 

2£.  Ôlci  myrtil.  et  ros.  ompliac.  ana  lb.  fi. 
Rad.  alth.  Q>.  ij. 

RatliciS  fraxini  et  lblior.  eiusdem,  rad. 
consol.  maloris,  et  falior.eidsdem,folior. 
salicis  ana  m.  j. 

Fiat  decoctio  iti  sufllcienti  quantitatë  vlni 
nigrl  et  aquæ  fabrorum  ad  inediam  con- 
sumptionern.  Adde  in  colalura: 

Pul.  myrrhæ  et  lliur. ana  §.  fi. 

Adipis  hirci  lb.  fi. 

Terebenih.  lotæ  g . iiij. 

MastiCli.  5.  iij. 

Litharg.  auri  et  argéntl  ana  g . ij. 

Êoli  armertiæ,  et  tcrræ  sigil.  ana  g . j.  fi. 
Mitiij  5.  vj. 

Ceræ  albæ  quant,  suff. 

Fiat  crapl.  vt  ars  docéi. 

Eu  lieu  d’iceluy  on  peut  vser  d’em- 
plastrum  nigrum,  fait  en  ceste  ma- 
niéré : 

%.  Litharg.  auri  lb.  j. 

Oléi  et  acèli  fc.  ij. 

Coquantur  simul  lefilo  igné,  dûtiêc  fiigrüin 
et  sfdendehs  reddatur  emplàstruru,  et 
fiort  adbæreat  digilis. 

, Autre. 

X.  Olei  rosa.  fnyrt.  ana  5 . ij. 

Nue.  cupressi , boli  armeniæ , sang.  drac. 
pulueris.  ana  5 . fi . 

Kmplast.  diachalciteos  g.iiij. 

Liquéfiant  simul,  et  fiat  empla.  secundum 
artem. 

1 Tout  ce  paragraphe  est  remplacé  dans 
l’édition  de  1564  par  cette  phrase  : 

Et  pour  faire  le  callus , on  vsoit  de  cest 
emptaslre  duquel  i’auoy  plusieurs  fois  vsé  en 
cas  semblables,  y trouuant  grands  et  merueil- 
leuxeffects  : pource  qu’il  ne  cause  aucune  in- 
flammation mj  prurit  ; aussi  qu’il  dcseche  et 
astrainl  médiocrement , comme  l'on  peut  co- 
gnoistre  par  ses  ingrédients. 


Et  en  defaut  dücetix , faut  vser  de 
sparadrap, dont  voicy  la  composition: 

2f.  Pul.  thuris,  far.  volatilis,  mastic.,  holi 
armeniæ,  résina;  pini,  nucum  cupressr, 
rubeæ  tinctorum  ana  5 . ij. 

Seui  arietlni,  ceræ  albæ  ana  lb.  fi. 

Fiat  emplastrum. 

Auquel  on  doit  plonger  (pendant 
qu’il  est  chaud)  quelque  toile  assez 
vsée  pour  s’en  seruir  comme  dessus1. 

1 Üne  partie  de  ces  formüles,  bit  du  moins 
de  fortanalogues,  avaient  déjà  été  préposées 
cù  1545  pour  favoriser  la  consolidation  dtl 
cal  ( voyez  ci-après  la  grande  note  de  la 
pagë  343).  Mais  en  1 552,  A.  Paré  avait  ajoulé 
un  assez  long  passage  sur  le  même  sujet, 
folio  31  ; 

« Mais  où  il  n’y  aura  autre  disposition  que 
la  seule  fracture,  fauldra  faire  des  fomen- 
tations au  septième  iour  auec  eaue  liede  . 
non  pour  fesouldre  la  matière  du  cdllüs, 
mais  pour  euapûrer  quelques  CxCrementz 
fuligineux  contenuz  soubz  le  cuir,  par  le 
moyen  des  medicamentz  emplastiques  au 
parauant  appliquez,  et  pour  attirer  la  ma- 
tière dudict  callus.  D’auantage  il  faut  Con- 
tinuer lesdictes  fomentations,  iusques  à ce 
que  la  partie  commence  à se  tuméfier  et 
rougir,  et  n’ayant  plus  de  paour  deresouldre 
la  matière  nécessaire  à la  génération  et  con- 
firmation dudict  callus.  Et  apres  ladiclc  fo- 
mentation tu  y pourras  appliquer  de  l’em- 
plastrenoir,  lequel  se  faict  en  la  maniéré  qui 
s’ensuyt  : comme  le  descrit  Galien  au  Pre- 
mier liure  de  la  composition  dés  medicamentz 
en  general. 

2f.  Lithargyri  argenti  libram  vnam. 

Olei  et  aceti  ana  lib.  ij.  fi. 

Coquantur  simul  lento  igné,  donec  nigrùfri 
et  spleridens  reddatur  emplastrflm  et 
non  adbærent  digitis. 

» Gestuy  emplastre  est  grandement  loué 
dudit  Galien. 

» Aussi  Pierre  Estienne,  chirurgien  de 
monseigneur  le  duc  de  Niuernois,  m’a  autre- 
fois grandement  recommandé  l’vsage  dudict 


LE  TREIZIÉME  LIVRE  , 


340 

L’cmplastre  de  diachalcileos  est  fort 
louée  des  anciens  pour  les  fractures, 
mais  il  la  faut  accommoder  selon  le 
temps  : comme  en  Esté  sera  liquéfiée 
en  suc  de  plantain  et  de  morelle  , de 
peur  qu’elle  n’eschaulfe  par  trop. 

1 Aussi  faudra  tousiours  auoir  es- 
gard  à la  température  du  corps.  Car 
nul  ne  doute  , s’il  n’est  bien  des- 
pourueu  de  raison,  qu'il  ne  faille  tant 
desseicher  à vn  ieune  enfant,  comme 
il  faut  à vn  vieil  : parce  que  si  on 
vsoit  de  medicamens  autant  desicca- 
tifs  à vn  enfant  qu’on  feroit  à vn 
vieil,  on  consommeroit  l’humeur  dont 
se  fait  le  callus.  Pource  il  est  neces- 
saire au  Chirurgien  de  bien  regarder 
à telles  choses.  Car  combien  que  les 
remedes  soient  bons  et  loüables  , 
neantmoins  pour  estre  indiscrète- 
ment appliqués,  souuent  aduiennent 
de  très  pernicieux  accidens,  dont  on 
peut  accuser  le  Chirurgien  qui  n’a 
conduit  son  œuure  par  méthode  rai- 
sonnable : comme  il  appert  quand  le 
callusest  fait  trop  mol,  trop  gros,  trop 
petit,  tortu,  ou  trop  retardé  à faire. 


CHAPITRE  XXIX. 

PAR  QVELS  SIGNES  ON  CONNOISTRA  LE 
CALLVS  SE  FAIRE. 

V eritablement  ie  conneus  que  le  cal- 
lus se  commençoit  à faire  en  ma  frac- 

emplastre  aux  vlccres  cacoethes  et  nialings, 
ce  que  i’ay  cogneu  : et  depuis  l’appliquant 
plusieurs  fois  aux  fractures,  i’ay  trouué  au- 
dict  emplastre  grand  vertu  et  efficace  d’en- 
gendrer le  callus.  » 

C’est  à peu  près  le  même  emplâtre  noir 
qu’il  préconise  encore  dans  le  texte  actuel  : 
seulement  au  lieu  de  la  litbarge  d’argent,  il 
a substitué  la  litharge  d’or. 

* Ce  paragraphe  manque  dans  l’édition 
de  1564. 


turc , lors  que  l’vlcere  commença  à 
jetler  moins  de  sanie  que  de  cous- 
tume  : aussi  que  les  douleurs  cessè- 
rent, pareillement  les  tressaillemens  : 
qui  fut  cause  que  ie  ne  voulus  faire 
penser  ma  iambe  si  souuent  que  ie 
taisois  auparauant.Caren  essuyantla 
playe  quand  le  callus  se  fait,  on  dessei- 
che les  matières  du  callus,  c’estàsça- 
uoir,  ros,  cambium,  et  gluten,  qui  sont 
les  propres  alimens  de  la  substance , 
tant  de  l’os  que  de  la  chair.  le  le  con- 
neus aussi, pource  qu’à  l’entour  de  la 
playe  on  voyoit  sortir  par  les  pores 
vne  petite  sueur  sanguinolente , qui 
teignoit  les  bandes  et  compresses , 
comme  les  anciens  ont  laissé  par  es- 
crit1.  Ce  qui  aduient  pource  que,  la 
matière  du  callus  amassée  en  ce  lieu, 
Nature  pousse  hors  par  les  porosités 
du  cuir  quelque  rosée  sanguinolente, 
en  maniéré  de  resudation.  Puis  aussi 
ie  sentois  vne  vapeur,  ou  exhalation, 
auec  vne  chaleur  temperée,  qui  pro- 
cedoit  des  parties  supérieures  iusques 
à la  playe,  auec  vn  sentiment  qui 
m’estoit  fort  agréable. 

Alors  ie  ne  voulus  plus  tenir  la 
partie  tant  serrée , de  peur  d’empes- 

1 C’est  Galien  qui  le  premier  a signalé  ce 
phénomène  que  personne  peut-être  n’a  con- 
staté après  lui,  excepté  A.  Paré.  Mais  celui-ci 
peut-il  môme  faire  autorité  sur  ce  point? 
Je  n’oserais  prendre  sur  moi  de  le  décider; 
seulement  il  ést  bon  de  remarquer  qu’il 
croyait  dès  long-temps  auparavant  à la  réa- 
lité de  ce  signe,  et  qu'il  pouvait  donc  avoir 
quelque  prévention  à cet  égard.  On  lit  dans 
l’édition  de  1545,  folio  40,  verso  : 

Le  signe  par  lequel  on  congnoisi  manifeste- 
ment que  le  callus  se  forme,  est  qu’on  voit  sortir 
par  les  pores  de  la  partie  affectée  quelque  sueur 
sanguinolente , laquelle  taincl  et  eusanglantil 
aulcunemenl  les  compresses  et  bandes.  Et  ce 
pource  que  le  callus  amassé  en  ce  lieu  fait 
sortir  hors  par  les  pores  quelque  rosée  sangui- 
nolente , par  maniéré  de  resudalion. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


cher  la  descente  de  la  matière  du  cal- 
lus  : d’autant  que  l’os  ne  se  reünit 
point  par  le  callus , si  ce  n’est  par  le 
moyen  du  sang  qui  y vient,  ne  pé- 
chant en  quantité  ny  en  qualité1.  Et 
commençay  à vser  d’alimens  propres 
pour  engendrer  vn  sang  gros  et  vis- 
queux, et  qui  facilement  se  mue  en 
la  substance  du  callus:  comme  sont 
les  extrémités  tendineuses  et  cartila- 
gineuses , à sçauoir , tremeaux , gigo- 
teaux,  pieds  de  bœuf,  groins  et  oreilles 
de  porc,  testes  de  cheureau,  de  mou- 
ton, d’aigneau  : lesquels  estoient  cuits 
le  plus  souuent  auec  ris,  ou  orge 
mondé , en  les  diuersifiant  auiour- 
d’huy  de  l’vne,  et  demain  de  l’autre 
forme.  I’vsois  aussi  de  fourmentée, 
ou  panade  de  pain  de  pur  fourment, 
cuit  en  bouillon  de  chapon  et  moyeux 
d’œufs.  le  beuuois  du  vin  clairet  as- 
sez gros  et  astringent , et  médiocre- 
ment trempé , et  au  dessert  chastai- 
gnes  et  netles. 

Or  ce  n’est  sans  raison  que  ie 
t’ay  spécifié  ces  alimens  : car  il  y a 
autant  de  danger  d’vser  de  viandes 
trop  dures,  comme  de  chair  de  bœuf, 
comme  de  trop  legere  : car  les  dures 
font  vn  callus  trop  sec,  et  les  trop  lé- 
gères le  font  trop  deslié:  or  doit-il 
estre  visqueux,  comme  escrit  Galien 
au  6.  de  la  Méthode  chap.  5 2.  Lesquels 

1 Hippocrates,  sect.  1.  Des  fractures,  sent. 
43.  — A.  P. 

2 La  première  phrase  de  ce  paragraphe  a 
été  ajoutée  ici  en  1579.  Du  reste  tout  ce  qu’on 
vient  de  lire  sur  le  régime  du  blessé,  et  ce 
qui  va  suivre  touchant  la  théorie  du  cal,  se 
retrouvent  déjà  à fort  peu  de  chose  près 
dans  la  première  publication  deParé  en  1545. 
Voici  le  texte , folio  39. 

« Et  lorsqu’on  congnoistra  les  accidents 
estre  passés  et  qu’il  se  fera  régénération  de 
chair  en  l’vlcere,  puisque  le  Médecin  et  Chi- 
rurgien ne  sont  que  ministres  de  Nature, 


34 1 

alimens  receus  premièrement  en  l’es- 
tomach,  auquel  ils  sont  préparés,  sont 
depuis  enuoyés  aux  intestins, desquels 
sont  attirés  aux  veines  mesaraïques , 
et  d’icelles  à la  veine  porte , et  d’elle 
au  foye,  puis  à la  grande  veine  caue, 
et  de  là  és  veines  qui  sont  distribuées 
par  tout  le  corps  : dont  aucunes  por- 
tent mesmement  le  sang  dans  les  os, 
ausquels  est  faite  la  moelle , qui  est 
la  propre  nourriture  d’iceux  : et  pour 
ceste  raison  elle  est  contenue  en  la 
cauité  des  grands  os , et  aux  petites 
cauités  et  porosités  des  petits,  dans 
lesquels  il  y a vn  humeur  qui  est  leur 
propre  nourriture , en  lieu  de  la 
moelle.  Or  la  moelle  est  engendrée 
de  la  plus  espaisse  partie  du  sang, 
qui  est  portée  aux  cauités  des  grands 
os  par  grandes  veines  et  arteres,  et 
aux  petits  par  petites  qui  finissent 
aux  porosités  d’iceux.  Car  aux  grands 
os  on  trouue  cauités  manifestes , par 
où  entrent  lesdites  veines  et  arteres, 
pour  les  causes  que  dessus.  Sembla- 
blement aussi  y entrent  des  nerfs,  des- 
quels est  faite  vne  membrane,  qui  en- 
ueloppe  et  couure  ladite  moelle  : au 
moyen  de  quoy  ladite  membrane  a 
sentiment  exquis,  ainsi  que  l’expe- 
rience  le  monstre  : non  que  ie  veuille 
dire  que  ladite  moelle  ait  de  soy 
sentiment,  ains  seulement  de  sa  mem- 

fault  qu’ilz  tendent  luy  ayder  à faire  l’exic- 
cation  du  callus.  Ce  qu’ilz  ne  peuuent  mieux 
faire  que  par  le  régime  du  patient , luy  don- 
nant viandes  nutritiues  et  de  suc  visqueux, 
comme  extrémités  de  bestes,  trumeaux  de 
bœuf  et  gigoteaux  de  veau  cuitz  auec  ris  et 
horge  ou  semblables  : bon  pain  de  pur  fro- 
ment, ou  de  segle  selon  la  coustume  et  le 
pays.  Pour  son  boire,  vin  assés  gros,  et  a 
aulcuns  de  la  biere,  pourueu  qu’ilz  ne  soient 
point  subieetz  à obstructions , ausquelles 
fault  bien  auoir  esgard  : car  tant  s’en  fault 
que  l’aliment  visqueux  (lequel  de  soy  est 


342  LE  TRKIZIÉ 

brane.  Qr  d'icelle  medulle  , et  de  la 
propre  substance  de  l’os , se  fait  vne 
resudalion  crasse  et  terrestre , dont 
s’entendre  et  fait  le  câlins,  par  la 
vertu  nulriliue  tenant  le  lieu  de  for- 
matrice : du  temps  duquel  callus  ne 
se  peut  donner  réglé  (comme  nous 

opilatif  ) ayde  à la  génération  du  callus,  que 
plustost  il  l’empesche  s’il  n’est  promptement 
distribué  et  porté  facilement  par  les  con- 
duictz.  Ainsi  me  semble  que  je  suc  d’horge 
est  assés  conucnablc  en  ce  cas  : car  auec 
viscosité  a vne  vertu  detersiue  par  laquelle 
facilement  est  distribué. 

» Or  combien  qu’il  appartient  au  Médecin 
philosopher  ces  choses,  i’ay  osé  en  cest  en- 
droit cp  escripre  quelque  petit  de  mon  ad- 
uis  ; par  tant  que  raison  veult  que  chascun 
pnurier  ayt  congnoissance  de  son  intention  : 
parquoy  ine  semble  chose  inepte , qu’vn 
phirurgien  tende  à la  génération  du  callus, 
s’il  ne  sçait  par  quelle  tiq  et  pomment. 

» Il  vient  des  alimens  premièrement  re- 
ceus  en  l’estomach,  auquel  sont  préparés, 
puis  enuoyés  es  intestins,  desquels  sont  at- 
tirés es  veines  mesaraiques  : et  d’icelles  à la 
veine  porte,  et  d’elle  au  foye  : puis  à la 
grand  vginc  caue,  et  de  le  es  veines  qui  sont 
disséminées  pu  la  chair  : de  laquelle  se  fait 
vue  resudation  as  os  : deqqoy  est  faicte  vne 
chose  moyenne  entre  la  chair  et  l’os  nommée 
salifie,  faicte  par  la  vertu  nutritjup,  tenant 
le  lieu  c|e  la  vertu  formatrice  : laquelle  ma- 
tière comme  Galien  recite  au  sixiesme  de  sa 
Méthode,  est  necessaire  pour  engendrer  le 
callus  : car  par  la  vertu  nutritiue  et  forma- 
trice se  concrée  et  engendre  vne  matière 
crassp  et  terrestre,  superflue  de  l’aliment, 
cnuoyég  aitx  ps,  eUejle  substance  redon- 
dante du  propre  nutriment  de  l’os  est  la 
Yraye  matière  du  callus  : laquelle  se  com- 
mencer dousiesme,ou  quinsiesme,  ou  ving- 
tième iourde  la  fracture, selon  lespracticiens 
qui  de  celle  matière  ont  traicté.  Combien 
que  du  temps  ne  se  peult  donner  reiglc  cer- 
taine, à cause  delà  variété  des  tempéra- 
ments : aussi  pource  que  les  choses  qui  em- 
pesehent  la  génération  du  callus,  eq  aulcuns 
plqstost  sont  ostées,et  es  anltres  plus  tard.  » 


AIE  LIVRE  , 

auons  dit  cy  dessus)  pource  que  les 
choses  qui  empeschent  la  génération 
d’iceluy  sont  ostées  aux  vns  plustost, 
et  aux  autres  plus  tard  K 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
les  simples  fractures  sans  playe  de  la 
iambe  le  plus  soutient  sont  glulinées 
en  cinquante  iours  par  le  callus2  : 
mais  à cause  de  la  playe  et  esquilles 
séparées,  et  autres  accidens  qui  es- 
taient à ma  iambe,  ie  fus  trojs  mois  et 
plus  déliant  que  le  callus  fust  fait , 
pendant  lesquels  ie  demeurpy  tous- 
iours  couché  à la  renuerse , qui  est 
vne  espece  de  gesne  à vn  panure  ma- 
lade. Encores  fus-je  vn  autre  mois 
auant  que  ie  peusse  bien  appuyer  le 
pied  en  terre  sans  potence  : ce  que  ie 
commençay  auec  douleur,  à raison 
que  le  callus  tenoit  la  place  des  mus- 
cles3. Car  auparnuant  que  le  momie- 
mont  puisse  estre  libre,  il  est  neces- 
saire que  peu  h peu  les  tendons  et  les 
membranes  soient  desjointes,  ou  de- 
prises  contre  la  cicatrice4. 

1 Le  chapitre  finissait  ici  dans  l’édition  de 
1564  et  même  dans  celle  de  1575  ; et  la 
suite  de  l’[i istoire  ne  se  retrouvait  dans  la 
première  qu’à  la  fin  du  chapitre  suivant,  et 
dans  l’autre  qu’à  la  fin  du  chapitre  3j,  qui 
faisait  le  30e  ; elle  a été  replacée  ici  en  1579. 

2 L’édition  de  156 J dit  : en  quarante  iours, 
ce  qui  était  véritablement  trop  peu,  au 
moins  pour  le  plus  grand  nombre  des  cas. 

3 L’édition  de  1564  ajoute  : et  que  la  cica- 
trice de  l'vlcere  ne  permettait  C extension  et 
flexion  des  muscles. 

4 L’édition  de  1564,  suivie  encore  parcelle 
de  1575,  ajoutait  ici  : 

Tontesfois , grâces  à Dieu  , i’en  ay  esté  en- 
tièrement guéri  sans  boiter  eu  façon  aucune. 

Et  il  y a lieu  de  s’étonner  que  cette  phrase 
si  essentielle  ait  été  omise  dans  les  éditions 
suivantes. 

Dès  1575  l’observation  était  complétée  par 
les  deux  paragraphes  qui  suivent;  mais  il 
n’en  était  pas  ainsi  en  1564,  elle  finissait 


DES  FRÀCTVRES  DES  OS. 


Que  diray-ie  plus  ? Ma  iambe  saine 
aidoit  à la  malade , comme  fait  la 
main  à sa  sœur,  et  le  bras  à son  com- 
pagnon qui  seroit  rompu,  aidant  à le 
sousleuer,  tourner  et  virer  d’vn  costé 
et  d’autre,  la  couuranl  et  descou- 
urant  lors  qu’il  estoit  necQssaire, 
d’vne  prouidence  admirable  : ainsi 
que  nous  voyons  que  (Nature  vou- 
lant defendre  la  vie)  souuent  l'hom- 
me jette  au  deuant  de  ce  qui  nous 
peut  offenser  les  mains  seules,  et 
prend  l’espée  nue , pensant  eslre 
mieux  qu'elles  soient  blessées,  meur- 
tries, voire  entièrement  amputées, 
de  peur  que  le  cerueau  ou  le  cœur 
fussent  offensés,  pource  que  sont  par- 
ties principales  et  source  de  nostre 
vie  : ce  qu’on  voit  ordinairement, 
sans  que  premièrement  on  y aye 
pensé  : et  telles  choses  sont  offices  de 
l'ame  à nous  incompréhensibles. 

Or  i’ay  bien  voulu  icy  alléguer  ceste 
histoire  de  ma  iambe  , à fin  qu’elle 
serue  de  méthode  à toutes  autres 
fractures  accompagnées  de  playe. 


CHAPITRE  XXX. 

DES  CHOSES  QVI  EMPESCIIENT  I.A  FOR- 
MATION DV  CALLVS , ET  DE  LA  MA- 
NIERE DE  LE  CORRIGER  S’IL  EST  VITIÉ. 

Apres  auoir  ainsi  déclaré  les  signes 
dont  on  connoistra  le  commencement 
du  callus,  sa  génération,  et  la  maniéré 

avec  la  phrase  que  nous  venons  de  repro- 
duire , et  l’auteur  ajoutait  : 

Sur  quoi i ie  ferai)  fin  du  traitié  des  fractu- 
res , et  priray  Dieu  qu’il  vueille  garder  de 
pareil  accident  tous  ceux  qui  liront  ceste  his- 
toire, et  m’enuoier  pluslosl  la  mort  que  d’y 
retomber  derechef , toutes  fois  sa  volonté  soit 
faite. 


343 

par  laquelle  il  se  fait  : maintenant  il 
conuient  dire  ce  qui  eirspesclie  la  gé- 
nération d’iceluy,  et  ce  qui  aide  Na- 
ture à le  former  et  endurcir  *. 

Or  les  choses  qui  empeschent  que 
le  callus  ne  se  face  , ou  qui  le  retar- 
dent, sont  tou  teschoses  qui  ont  grande 
puissance  de  résoudre  et  subtilier , et 

1 Ce  chapitre  se  lit  encore  dans  l’édition 
de  1664,  où  il  fait  le  18e  et  dernier  du  livre 
des  fractures.  Riais  fort  long-temps  aupara- 
vant, c’est-u-dire  dès  l'édition  de  1645 , 
A.  Paré  avait  traité  ce  sujet , et  sa  doctrine 
d’alors,  bien  qu’à  peu  près  la  meme  au  fond, 
différait  assez  dans  les  détails  pour  que  j’aie 
cru  devoir  la  reproduire.  Voici  donc  comme 
il  s’exprimait,  folio  41  à 45. 

« Apres  auoir  ainsi  entendu  que  la  géné- 
ration du  callqs  se  doibt  faire,  lors  si  on  11c 
voitaulcun  indice  d'iceluy  callus,  fault  con- 
sidérer si  l’empcschement  prouient  par  ce 
que  l’os  11’est  en  sa  température  ou  situation 
naturelle  : ce  qui  aduient  souucntesfoys  par 
auoir  esté  mal  couserué  en  sa  réduction  , ou 
qu’il  a receu  quelque  disposition  semblable 
à l’inflammation  de  la  chair  : comme  mes 
me  Galien  a noté  au  sixiesme  delà  Méthode: 
car  si  inflammation  ou  mauluaise  tempe- 
rature  empesche  régénération  ou  congluti- 
nation en  partie  carncuse , par  pareille 
raison  pourra  estre  empeschée  en  l’os  géné- 
ration de  callus  : parquoy  faudra,  si  d’icelle 
température  on  a quelque  indice,  la  corriger 
par  son  contraire  : puis  venir  ayder  à en- 
durcir la  matière  du  callus,  auec  medica- 
mentz  topiques  ayans  faculté  cmplastique, 
astringente  et  desiccatiue  , et  non  tant  as- 
tringente toutesfoys  qu’elleayl  vertu  de  pro- 
hiber la  descente  du  nourrissement  en  la 
partie  : à quoy  sont  propres  medicamentz 
composés  ex  farina  volatili , farina  [rumenli, 
manna,  colla  fabrorum  lignariorutn,  sarcocola, 
mastich.  tragagantha , pice  pingui , résina. 

» Entre  les  pouldres  sont  conuenables  pul- 
uis  myrthillorum . thuris,  aloës , myrrfiœ , boli 
armeni,  sanguinis  draconis,  rosurum,  et  leurs 
semblables  : lesquelles  choses  en  pouldres 
pourront  estre  incorporées  cum  albumine 


344 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 


qui  sont  onctueuses,  oléagineuses , et 
humides.  Car  par  icelles  s’amollit, 
relaxe,  sublilie,  liquéfié,  et  con- 
somme l’humeur  dont  il  se  doit  faire: 

oui,  vel  vino  auslero  et  adslrinijente , ou  vn 
tel  cataplasme  qui  s’ensuyt  : 

"if.  Farinæ  frumenti  g . sex. 

Sanguinis  draconis,  inastich.  thuris,  sar- 
cocolæ  ana  g.  vnam. 

Misceantur  simul  omnia  cum  albumine  ouï , 
fiat  cataplasma. 

» La  farine  de  froment , thus  et  sarcocole 
seront  cuittes  en  eaue  : puis  sera  faict  cata- 
plasme, lequel  a vertu  de  repuiser,  retenir 
et  engendrer  le  callus,  auquel  on  peult  ad- 
iouster  musilaiges  de  tragagant,  gome  ara- 
bic,  et  semblables,  par  lcsquelz  sera  faict  le 
cataplasme  plus  tenant  et  adhérant  : en  quoy 
reiectons  l’huile , car  quelques  huiles  que  ce 
soient,  à cause  de  leur  substance  oléagi- 
neuse et  vnctueuses,  humectent  et  relaxent 
par  trop  long-temps  : qui  est  la  cause  pour 
quoy  Galien  en  la  génération  du  ealle,  cm- 
peschée  et  retardée  par  trop  grande  siccité  , 
plus  tost  commande  la  fomentation  d’caue 
tiede  que  d’huile,  laquelle  de  soy,  parceste 
raison,  est  contraire  à toute  génération  de 
calle. 

»Donc  lorsque  nous  voudrons  engendrer 
ledict  callus  , on  ne  doibt  aulcuncrnent  fo- 
menter la  partie  fracturée  de  médicaments 
relaxatifz  et  humectatifz  : car  par  icculx  on 
subtilie  et  liquéfié  l’humeur,  lequel  au  con- 
traire l’on  doibt  deseicher,  engrossir  et  cs- 
pessir  : ne  pareillement  de  resolulifz  , 
pource  qu’ilz  consument  et  deseichent  par 
trop  l’humeur  terrestre,  duquel  on  doibt 
faire  le  callus  : mais  ie  ne  dy  pas  que  lesdietz 
médicaments  humectatifz  et  relaxatifz  ne 
doibuent  auoir  lieu  ou  le  callus  seroit  trop 
gros,  ou  tortu,  pour  le  diminuer  et  rompre 
de  nouueau.  Aussi  s’il  y auoit  trop  grande 
humidité , non  obstant  que  Galien  pour 
icelle,  comme  est  predict,  y commande  seu- 
lement la  fomentation  d’eaue  tiede  estre 
faicte,  iusques  à faire  tuméfier  et  rougir  la 
partie  : raison  me  persuade,  pour  rendre  le 
callus  solide  et  dur,  comme  désiré  Nature, 


lequel  à l’opposite  on  doit  desseicher, 
engrossir,  et  espaissir,  et  endurcir  auec 
medicamens  empîastiques , modéré- 
ment chauds  et  astringens. 

fomenter  la  partie  auec  telle  décoction. 

"if.  Vini  rubri  et  austeri  lib.  iij. 

Salis  communis  g . iiij. 

Balaustiorum  , sumach.  berberis,  nue. 
cupressi , gallarum  ana  g . iij.  semis. 
Absinth.  rosarum  rubr.,  caudæ  cquinæ, 
polygoni  (vulgô  centinodiæ)  ana  m. 
vnum. 

Aluminis  combusti  g.ij. 

Bulliaut  omnia  simul,  et  fiat  decoctio. 

»Et  apres  la  fomentation  faicte,  i’approuue 
applicquer  telle  ou  semblable  emplastre. 

"2j . Olei  rosati , myrtillorum  ana  g . ij. 
Colophoniæ,  mastich.  thuris  ana  g.  j. 
Nue.  cupressi,  boli  armeni  ana  g . semis. 
Emplastri  diachalciteos  § . iiij. 
Liquéfiant  simul,  et  fiat  emplastrum  secun- 
dum  artem. 

» Ou  au  lieu  d’iceluy,  sparadrapum,  faict 
en  la  maniéré  que  s’ensuit. 

if.  Thuris  , farinæ  volalilis  , picis , mastich. 
boli  armeni  ana  g . ij 
Seui  arietini , ceræ  albæ  ana  1b.  semis. 
Fiat  emplastrum. 

» En  laquelle  on  doibt  plonger  linges  , 
pendant  qu’il  est  chauld  et  liquide  : et  soient 
applicquéssurla  fracture  : aulcuns  appellent 
tel  médicament  toille  gaultier. 

» En  dell'ault  duquel  on  pourra  vscr  de 
cestuy  : 

if.  Olei  rosati  vnc.  iiij. 

Resinæ  vnc.  très. 

Ceræ  vnc.  duas. 

Colophoniæ,  mastichis,  thuris  ana  g. 
semis. 

Nucis  cupressi,  rubiæ  tinctorum  (aultre- 
ment  racine  d’herbe  qui  teint  en  garan- 
ce) ana  drachmam  vnam. 

Fiat  emplastrum. 

» Ce  médicament  sera  mieux  faict  si  on  y 


DTS  FRACTVRES  DES  OS. 


345 


Toutesfois  ie  ne  veux  nier  que  les 
mcdiramens  humides  et  relaxans  ne 
doiuent  auoir  lieu  où  le  callus  seroit 
trop  gros  et  tortu  , ou  d’autre  mau- 
uaise  figure,  à fin  de  le  diminuer  et 
rompre  de  nouueau . Ce  qui  se  fait  lors 
que  la  partie  est  grandement  difforme, 
et  son  action  deprauée,  pourueu  qu’il 
soit  encore  recent.  Ce  que  l’on  doit 
faire  auec  fomentation  faite  de  décoc- 
tion de  tripes  ou  de  teste  de  mouton, 
esquelles  on  fera  cuire  des  racines  de 
guimauue,  couleurée,  semence  de 
lin,  fenugrec,  fiente  de  pigeon,  graine 
de  laurier,  et  autres  semblables.  Aussi 
faudra  vser  de  ce  Uniment  et  em- 
plastre  : 

u 

met  plus  d’emplastiques,  et  diminue  l’huile  : 
et  en  ce  faisant  fault  tousiours  auoir  esgard 
à la  complexion  et  nature  du  corps  : car  nul 
ncdouble  qu’il  ne  fault  tout  deseicheren  vn 
ieune  enfant,  comme  en  vn  viel  ou  rusti- 
tique-  pource  qu’en  l’enfant,  si  on  vse  d’vn 
médicament  tant  desiccatif , que  Ion  vseroit 
en  vn  viel  ou  rustique,  Ion  consumeroit, 
comme  est  ia  dict, l’humeur  duquel  se  faict  le 
callus.  Partant  est  necessaire  au  Chirurgien 
de  diligemment  considérer  : car  combien 
que  les  remedes  soient  bons  et  louables , 
neantmoins  pour  eslre  indiscrètement  ap- 
pliqués, sont  cause  de  faire  très  pernicieux 
accidents , lesquels  viennent  par  l’erreur 
dudict  Chirurgien,  non  conduisant  son  <ru- 
ure  par  méthode  rationelle  : comme  il  ap- 
pert que  souuentesfoys  aduient  les  callus 
estre  faietz  tortuz,  trop  molz,  trop  gros,  ou 
trop  petits. 

» S’il  est  tortu,  en  sorte  que  la  partie  soit 
grandement  difforme  et  l’action  deprauée  : 
pourueu  qu’il  fust  recent,  le  fault  amollir, 
resouldre,  et  mettre  à néant  selon  que  pos- 
sible sera  , par  fomentations  relaxantes  , 
emollientes,  et  resoluentes,  tant  par  décoc- 
tion de  tripes  et  testes  de  mouton  , eaue 
tiede,  hydrolcum,  c’est-à-dire  mist'on  d’eaue 
et  huile,  que  aultres  faictes  d’herbes  remol- 
litiues,  comme  maulue,  guimaulue,  et  sem- 
blables : en  y adioustant  fenugrec  , liantes 


’if.  Vnguenti  de  althaea  5 . iiij. 

01.  lilij  et  axung.  anscris  ana  § . j. 

Aquæ  uilæ  parum. 

Liquéfiant  simul , fiat  linimentum. 

Duquel  faut  frotter  la  partie  , puis 
mettre  dessus  cest  emplaslre  : 

2f.  Emplastri  de  Vigo  cum  mercurio  , cerati 
cesypati  descriptione  Philagrij  ana 
o-  üj  - 

01.  aneth.  et  liliorum  ana  § . j. 
Liquéfiant  omnia  simul,  fiat  emplastrum: 
extendatur  super  alutam  ad  vsum  dic- 
tum. 

Le  callus  estant  assez  amolli,  faut 
le  rompre,  et  redresser  les  os  en  leur 
figure  naturelle  , et  pratiquer  toutes 

de  pigeons  , graines  de  laurier,  iris,  et  aul- 
tres semblables  deuement  dispensés  : puis 
apres  le  redresser  en  sa  naturelle  forme. 

» Si  le  callus  est  par  trop  mol , sera  en- 
durci et  affermi  par  médicaments  astrin- 
gents, qui  ont  esté  par  cy  deuant  escriplz. 

» S’il  est  trop  gros,  le  conuiendra  amoin- 
drir, en  muant  et  diminuant  les  aliments  : 
puis  fault  par  longue  espace  de  temps  frotter 
la  partie  auecque  huile,  sel  et  salpêtre. 
Pareillement  sera  la  partie  fomentée  d’eaue 
salée  assés  chaulde , et  pardessus  y appli- 
quer remedes  resolutifz  et  astringents,  tan- 
tost  d’vn,  tantost  d’autre,  puis  la  bander 
assés  estroictement.  Et  conuiendra  faire 
frictions  es  parties  opposites,  affîn  de  des- 
tourner et  attirer  vne  partie  du  nourrisse- 
ment. 

» Aulcunes  fois  le  callus  demeure  trop 
petit,  ou  est  retardé  à faire, quand  la  partie 
est  par  trop  estuuée  et  fomentée,  ou  trop 
souuent  remuée  : ou  à raison  que  les  bendes 
sont  trop  estroictement  serrées,  ou  qu’elles 
sont  ostées  deuant  le  temps  : pareillement  à 
cause  que  le  patient  a faict  quelque  desordre 
en  sa  maniéré  de  viure-  Pour  lesquelles 
causes  fault  contrarier  à telles  choses,  luy 
ordonnant  les  aliments,  et  adoptant  les  re- 
medespropres  pour  faire  et  augmenterledict 
callus.  » 

L’édition  de  1552  a reproduit  tout  ce  pas- 


3A6  LE  TREIZIÉME  LIVRE 


les  choses  de  nouueau  necessaires 
pour  parfaire  la  curation. 

Si  le  callus  estoit  trop  endurci  et 
vieil , il  vaut  mieux  ne  s’efforcer  à le 
rompre , ajns  le  laisser  , de  peur  de 
faire  pis  au  malade.  Car  il  peijt  adue- 
nir,  le  voulant  rompre,  que  l’os  se 
rompra  plustost  en  vn  autre  endroit 
qu’au  lieu  du  callus.  Parquoy  le  ma- 
lade sera  plus  sage  de  se  contenter  de 
viure  estant  boiteux  , que  de  se  met- 
tre en  hazard  de  mourir1. 

Si  le  callus  estoit  trop  gros,  on  le 
diminuera  (au  moins  s’il  est  recent) 
par  medicamens  moliificatifs  et  re- 
solulifs,  et  fort  astringens,  qui  ont 
vertu  de  liquéfier,  consommer,  et  des- 
seicher.  Pareillement  sera  bon  le  frot- 
ter souuenlesfois  longuement  auec 
huile  laurin,  auquel  on  dissoudra  du 
salpêtre,  ou  d’autre  sel.  Et  la  tumeur 
sera  bandée,  y appliquant  vne  lame 
de  plomb  assez  estroitement  serrée , 
qui  empeschera  qqe  le  noiirrissenient 
pe  pourra  pénétrer  à la  partie,  et  par 
ainsi  le  callus  sera  diminué. 

Si  le  calius  est  quelquefois  trop  pe- 
tit et  retardé  à faire , à cause  que  les 
bandes  ont  esté  trop  serrées,  et  aussi 
parce  que  la  partie  a esté  longuement 
en  repos  sans  aucun  exercice  (qui  est 

sage,  mais  auparavant  elle  ajoute  quelques 
idées  qui  ont  trouvé  place  dans  le  texte  ac- 
tuel , touchant  le  cal  retardé  par  atrophie. 

« Et  si  d’aduenturc  ledict  callus  estoit  re- 
tardé à faire  par  faute  d’aliment , comme 
en  atrophie,  lors  fauldroit  commencer  la  li- 
gature à la  racine  des  vaisseaux.  Exemple  : 
si  c’estoitla  iambe,  fauldroit  commencer  la 
ligature  à l’heyne  : car  par  ce  moyen  Ion 
exprime  le  sang  et  inatiere  du  callus,  et  le 
fai  et  on  coulera  la  partie  affectée. «Folio  31, 
verso. 

i Edition  de  1564  : que  de  se  remettre  entre 
les  mains  de  lelz  rabilleurs  pour  se  faire  mou- 
rir misérablement. 


une  des  occasions  principales  qui  la 
rendent  emaciée  , considéré  que  le 
mouuement  eschauffe  la  partie , dont 
elle  est  mieux  nourrie , et  par  consé- 
quent plus  forte)  ou  si  ladite  retarda- 
tion vient  par  faute  des  alimens  pe- 
chans  en  qualité,  ou  en  quantité , ou 
en  tous  les  deux  ensemble  : aussi  pour 
aqoir  trop  souuent  deslié  la  partie  , 
ou  s’estre  trop  hasté  de  la  mouuoir  : 
on  obuiera  à ces  vices  , administrant 
au  malade  le  boire  et  manger  par  cy 
deuant  esorit,  parlant  de  la  généra- 
tion du  callus.  Si  c’est  pour  auoir  trop 
serré  la  partie,  il  la  faudra  desserrer, 
et  oster  du  tout  la  bande  de  dessus 
la  fracture  : au  lieu  de  laquelle  sera 
faite  vne  autre  maniéré  de  ligature , 
qui  commencera  à la  racine  des  vais- 
seaux , à sçauoir  , près  l’aine  , et  au 
bras  près  l’aisselle,  la  conduisant  ius- 
ques  près  la  fracture.  Carpar  ce  moyen 
on  exprime  le  sang,  et  le  fait-on  cou- 
ler à la  partie  offensée,  ainsi  que  par 
cy  deuant  en  auons  escrit.  Au  con- 
traire pour  chasser  le  saqg  de  la  par- 
tie. Pareillement  on  peut  vser  de  fric- 
tions molles , et  fomentations  avec 
eau  chaude  temperément , qu’il  fau- 
dra délaisser  lors  qu’on  verra  quel- 
que chaleur  et  tumeur  en  la  partie. 
Car  si  on  poursuiuoit  d’auantage,  on 
resoudroit  ce  qu’on  y auroit  attiré1. 
Parlant  tu  noteras  que  les  frictions  et 
fomentations  ont  contraire  effet , se- 
lon qu’elles  seront  longues  ou  brief- 
ues. 

D’auantage  pour  faire  attraction  de 
l’aliment , on  appliquera  emplastres 
de  poix , et  fomentations  necessaires 
aux  atrophies. 

1 Le  reste  du  chapitre  manque  dans  l’édi- 
tion de  J 564  ; en  revanche  on  y trouve  la 
fin  de  l’histoire  de  la  fracture  de  jambe  de 
l’auteur. Voyez  tes  notes  1 et  4 de  la  page  342. 


DES  FRACTVRES  DES  OS. 


CHAPITRE  XXXI. 

DES  FOMENTATIONS  QV’ON  FAIT  AVX 
FRACTVRES  DES  OS. 

On  fait  les  fomentations  pour  plu- 
sieurs et  diuerses  intentions , et  en  di- 
uerse  maniéré. 

La  fomentation  d’eau  chaude  doit 
cslre  temperée  (c’est-à-dire  moyenne, 
entre  bouillante  et  froide)  : et  cesle 
température  se  connoist , partie  au 
sentiment  de  nostre  main  , partie  au 
sens  du  malade,  qui  estant  interrogé, 
laditestre  trop  chaude  ou  trop  froide, 
ou  modérée.  Icelle  eau  ainsi  modéré- 
ment chaude,  appliquée  par  peu  de 
temps  par  fomentation  , eschauffe  et 
subtilie  l’humeur  qui  est  à la  super- 
ficie du  cuir  , et  le  préparé  à résolu- 
tion : aussi  fait  attraction  du  sang  et 
de  l’aliment  necessaire  à vne  partie 
qui  en  aura  besoin.  Pareillement  ap- 
paise  les  douleurs  : relasche  ce  qui 
est  trop  tendu  : eschauffe  modéré- 
ment vne  partie  trop  refroidie  par 
l’expulsion  et  expression  du  sang  et 
des  esprits , qui  auroit  peu  estre  faite 
parles  bandes  et  ligatures  : et  s’il  y a 
intemperature  chaude , elle  la  refroi- 
dit accidentellement  , qui  se  fait  en 
resoluant  l’humeur  chaude  contenue 
en  la  partie  : que  si  e!le  est  extenuée 
et  amaigrie,  la  rend  charnue  et  mieux 
nourrie , et  succulente , laissant  une 
humidité  gracieuse  , comme  font  les 
bains  d’eau  douce  L 

1 Ce  paragraphe  est  accompagné  d’une 
note  marginale  ainsi  conçue  : 

Facultés  de  l'eau  chaude  selon  Hippocrates, 
sent.  15.  sect.  3.  de  l’ Officine  du  Chirurgien. 


347 

Nous  Jugeons  la  fomentation  auoir 
esté  appliquée  peu  de  temps,  quand 
en  la  parlie  il  commence  y apparoistre 
vn  peu  de  rougeur  et  tumeur  : modé- 
rément, quand  la  rougeur  et  tumeur 
sont  apparentes  et  manifestes:  lon- 
guement, quand  la  rougeur  qui  ap- 
paroissoit  est  perdue , et  la  tumeur 
abaissée. 

Il  faut  auoir  aussi  vne  considéra- 
tion de  l’habitude  du  corps  qu’on  fo- 
mente. Car  s’il  est  pléthorique  , la 
médiocre  fomentation  remplira  la 
partie  d’humeurs  superflus  : mais 
aussi  s’il  est  maigre  et  extenué,  ren- 
dra la  parlie  qu’on  fomente  charnue, 
mieux  nourrie,  succulente, et  refaite1. 

Reste  à parler  des  fractures  des  os 
du  pied. 


CHAPITRE  XXXII. 

DF.  I.A  FRACTVRF  DES  OS  DV  PIED. 

Les  os  de  l’auant-pied  et  ceux  des 
orteils  peuuent  estre  fracturés  com- 
me ceux  de  la  main  :parquoy  ils  pour- 
ront estre  traités  comme  nous  auons 
dit  par  cy  deuant.  Toutesfois  spécia- 
lement les  orteils  ne  seront  tenus 
courbés  comme  les  doigts  de  la  main, 
à fin  que  leur  action  ne  soit  empes- 
chée,  qui  est  de  tenir  l’homme  droit  et 
debout , comme  les  iambes  pour  le 
faire  marcher  : et  aussi  faut  que  le 
malade  se  tienne  au  lit  et  en  repos, 
sans  cheminer,  iusques  à ce  que  le 
callus  soit  bien  foymé. 

1 C’est  ici  que  se  trouvait,  dans  l’édition 
de  1515,  la  fin  de  l’histoire  de  la  fracture 
d’A.  Paré,  reportée  depuis  au  chapitre  29. 


LE  QVATORZIEME  LIVRE 


TRAITANT 


DES  LVXATIONS1. 


CHAPITRE  I. 

DESCRIPTION  ET  ENVMERATION  DES  LVXA- 
TIONS , c’est-à-dire  DELOVEVRES  ET 

desboetvp.es  d’os. 

Luxation  est  sortie  de  la  teste  de 
l’os  hors  sa  cauité  en  vn  lieu  inac- 
coustumé,  qui  empesche  le  mouue- 
ment  volontaire. 

Il  y a vne  autre  espece  de  luxation, 
qui  se  fait  par  élongation  ou  eslar- 
gissement  des  ligamens  qui  lient  les 
ioinlures  : laquelle  n’est  pas  vraie 
dislocation,  mais  est  vn  chemin  à se 
faire2:  et  telle  chose  se  fait  par  vne 
tres-grande  distension  et  relaxation 
des  ligamens,  comme  de  celuy  qui  est 
au  dedans  de  la  ioinlure  de  la  han- 
che, à ceux  qu’on  aura  tirés  sur  la 
gesne  : ou  de  ceux  qui  enuironnent 
la  ioinle,  comme  l’espaule,  pour 

1 Nous  savons  d’une  manière  positive  que 
ce  livre  avait  paru  dans  la  petite  édition 
perdue  de  1572  ; et  il  est  peu  probable  qu’il 
ait  subi  de  notables  changements  en  1575. 
C’est  un  livre  presque  tout  hippocratique, 
en  sorte  qu’il  avait  pu  être  jeté  en  moule 
d’une  seule  pièce.  Je  ferai  seulement  remar- 
quer ici  que  le  chapitre  21  avait  disparu  en 
1579,  et  que  je  l’ai  rétabli  d’après  l’édition 
de  1575. 

2 L’édition  de  1575  dit  : elle  est  alors  facile 


| auoir  eu  l’astrapade  : ou  le  pied , à 
ceux  qui  font  quelque  faux  pas,  et  le 
tordent  ou  renuersent. 

11  y a aussi  vne  autre  espece  de 
luxation,  qui  se  fait  quand  les  os  s’es- 
lochent , s’entr’ouurent , et  entre- 
baaillent,sansloutesfois  estre  luxés1  : 
et  principalement  cela  se  voit  és  pe- 
tits fociles  du  bras  et  de  la  iamhe  : 
et  quand  cela  se  fait,  les  ligamens 
sontaussi  dilatés,  et  quelquefois  rom- 
pus et  dilacerés  2. 

Nous  auons  vne  autre  sorte  de 
luxation,  qui  se  fait  (principalement 
és  os  des  ieunes)  par  une  séparation 
des  epiphyses,  comme  de  la  teste  de 
l’os  adiutoire  et  femoris,  et  autres 
iointures  : et  cela  se  connoist  en  ce 
qu’on  voit  séparation  des  os  auec 
crépitation  et  impotence  de  la  partie. 

D’auantage  par  vne  violence  les  os 
des  ieunes  enfans  se  courbent  et 

à se  faire:  ce  qui  présente  un  tout  autre 
sens,  f'h  chemin  à se  [aire  me  paraît  vouloir 
dire  an  long  temps  à se  faire;  la  traduction 
latine  a omis  ce  membre  de  phrase. 

' Les  deux  premières  éditions  portent: qui 
se  fait  par  vne  entr’ouuerlure , ou  séparation 
des  os  qui  estoient  contigus  l'vn  à l'autre. 

2 C’est  là  le  texte  de  l’édition  de  1598  ; les 
précédentes  disent  en  cet  endroit  : 

Les  ligamens  sont  aussi  dilatés  ou  rom- 
pus. 


DES  LVXATIONS. 


cambrent,  ce  que  i’ay  veu  plusieurs 
fois  : mais  ceux  des  vieux  se  rompent 
pluslost  que  de  se  ployer,  à cause  de 
leur  durlé 


CHAPITRE  II. 

DIFFERENCES  DES  LVXATIONS. 

Aucunes  luxations  sont  simples,  les 
autres  composées. 

Nous  disons  celles  estre  simples, 
aucc  lesquelles  il  n’y  a aucune  dispo- 
sition adiointe. 

Les  composées  sont  celles  où  il  a 
complication  de  disposition,  comme 
fracture,  playe,  aposteme,  inflamma- 
tion, douleur  très  grande,  et  autres  : 
pour  lesquelles  nous  sommes  quel- 
quesfois  contraints  de  laisser  la  luxa- 
tion sans  estre  réduite. 

Autres  différences  sont  prises  de  ce 
qu’aucunes  sont  completles,  comme 
lors  que  l’os  est  du  tout  sorti  de  sa 
boette  : les  autres iucomplettes, quand 
il  n’est  du  tout  sorti  de  sa  cauité,  et 
est  appellé  contorsion , ou  élongation 
et  entr’ouuerture.  Ceste  deloüeure 
imparfaite  n’a  point  de  différence,  si- 
non entant  que  les  os  naturellement 
contigus  sont  plus  ou  moins  séparés 
les  vus  des  autres. 

Aussi  selon  la  diuersité  du  lieu  la 
luxation  est  diuerse,  pour  ce  qu’au- 
cunes sont  faites  en  la  partie  ante- 
rieure, postérieure,  supérieure,  et 
inferieure  : aucunes  en  toutes  ces  par- 
ties, c’est-à-dire,  en  toutes  les  maniè- 
res susdites,  et  les  autres  en  aucunes 
d’icelles  seulement.  Parquoy  selon 
icelles  différences,  faut  diuersifier 

1 Ce  dernier  paragraphe  semble  bien  plu- 
tôt se  rapporter  au  livre  des  fractures  qu’à 
celui  des  luxations. 


349 

l’operation  manuelle,  comme  nous 
dirons  cy  apres. 

Outre  lesquelles  différences  il  y 
en  a d’autres  prises  des  iointures  , 
comme  grandes  ou  petites:  profon- 
des, ou  peu  caues.  On  peut  encores 
adiouster  autres  différences  prises  du 
temps,  en  ce  que  la  luxation  est  ré- 
cente ou  vieille.  Et  toutes  ces  diffé- 
rences suiurons  par  ordre  en  chasque 
partie  du  corps  humain,  trailans  d’i- 
celles particulièrement. 


CHAPITRE  III. 

CAV SES  DES  LVXATIONS. 

Les  causes  des  luxations  sont  trois 
en  general,  à sçauoir  internes,  et  ex- 
ternes , et  la  troisième  est  hérédi- 
taire. i' 

Internes,  comme  quand  il  y a cer- 
taines humeurs  et  ventosités  qui 
tombent  aux  iointures  en  si  grande 
abondance,  qu’elles  lubrifient  et  re- 
laschent  les  ligaments  qui  lient  les  os 
ensemble,  et  les  jettent  hors  de  leur 
boette  : ou  bien  remplissent  lesdils  li- 
gamens,  de  telle  sorte  qu’iceux  en- 
grossis,  et  par  conséquent  accourcis, 
venans  à se  retirer  ensemble,  retirent 
ou  les  apophyses  des  os,  dont  ils  ont 
leur  origine,  ou  bien  les  os  mesmes 
hors  leurs  sinus  et  cauité  : ce  qu’on 
voit  souuent  aduenir  à la  hanche  par 
vne  schialique,  et  aux  vertebres,  qui 
rendent  les  patiens  bossus  et  contre- 
faits, à raison  qu’elles  sont  déplacées 
de  leur  propre  lieu  *. 

Externes,  comme  tomber  de  haut 
en  bas , ou  receuoir  quelque  coup 

1 La  luxation  spontanée  de  la  hanche  est 
ici  clairement  indiquée;  mais  elle  le  sera 
[ mieux  encore  ci-aprés  au  chapitre  40. 


395  le  QVAfoüÉjjêME  Livre 


orbe;  ou  estre  tiré  sltf  vhe  gesne,  ôü 
endurer  l’aslrapade , ôu  s’entol  sër 
violentemeht  par  vfié  mesmarébèure. 
Atissi  pal'  vne  indeuë  situation  , 
comme  l’on  voit  és  ieunes  garçons 
qui  bfelütent  la  farine,  et  tondeurs, 
lesquels  par  vne  longue  continuation, 
jellent  les  genôüils  au  dedans.  Pareil- 
lement les  ètifans  qui  apprennent  à 
escriie,  par  v-ne  indeuë  situation  së 
tournans  de  costé,  hatlssans  l’espanle 
deuiennent  bossus.  Aussi  les  autres 
manouuriers,  par  vne  coustume  à 
exercer  leur  art  (ce  que  Ton  voit  aux 
laboureurs)  se  plians  le  dos,  deuien- 
nent courbes  et  contrefaits  : et  les 
ieunes  tilles,  par  leur  trop  serrer  le 
corps  sont  rendues  bossues  L Toutes 
lesquelles  choses  font  que  les  os  sor- 
tent de  leur  place  et  lieu  naturel  : ce 
qui  aduient  aussi  souuentesfois  aux 
enfantemens  difficiles,  quand  les  sa- 
ges-femmes tirans  les  bras  des  en- 
fans,  disloquent  les  iointures  de  l’es- 
paule  ou  de  la  cuisse 1  2. 

La  cause  héréditaire  est  celle  qui 
vient  de  pere  et  mere  aux  enfans, 
comme  quand  les  bossus  engendrent 
des  enfans  bossus  et  contrefaits,  et 
les  boiteux  engendrent  des  boiteux  : 
dont  fexperience  fait  foy,  non  pas 
tousiours,  mais  le  plus  souuent.  D’a- 
bondant Hippocrates,  Iiure  de  Arti- 
cules sect.  3.  sent.  88.  et  94.  et  sect. 
4.  sent.  5.  et  4,  dit  que  les  enfans  au 
ventre  de  la  mere  se  peuuent  luxer 
les  bras  et  les  iambes  par  cheutes, 
coups,  ou  pour  auoir  esté  pressés: 
ce  que  nous  voyons  en  ceux  qui  ont 
les  pieds  bois  : ou  pour  auoir  les  arti- 

1  Les  trois  phrases  qui  précèdent , à partir 
de  ces  rtrots,  aussi  par  vnk  indeuë  siluaiion, 
ont  été  intercalées  en  158à. 

2 L’édition  de  1573  ajoutait  ici  : et  oit  elles 
ne  seront  réduites  les  ace  idem  susdits  peuuent 
surueml.  Ge$  mots  ont  été  retranchés  Cn  1579. 


cle§  trop  humides  et  laxes.  Ët  dé  ce 
lie  se  faut  lion  plus  eSbahir,  qiie  de  ce 
que  Galien  escrit  aü  Commentaire  sur 
le  Hure  des  Articles,  à sç'auoir  que 
l’enfant  estant  au  ventre  de  sa  mere, 
peut  auoir  des  apostemes  qui  se  peu- 
uent ouurir  et  cicatrizer.  Il  aduient 
aussi  qu'aucuns  ont  les  cauités  de 
leurs  iointures  peu  profondes,  et  que 
les  léures  ou  bords  de  leurs  pyxides 
ou  cauités  sont  fort  rabbatues  , dont 
les  testes  des  os  n’entrent  assez  pro- 
fondément en  icelles  : et  que  les  liga- 
mens  qui  tiennent  les  os  en  leurs 
iointures,  ne  sont  fermes,  mais  fort 
déliés  et  menus  de  leur  conforma- 
tion : ou  sont  humides  d’eux-mesmes 
et  fort  lubriques,  ou  humectés  par 
vne  fluxion  d’humeurs  pituiteüx  et 
muqueux,  qui  relaschent  et  amollis- 
sent les  ligamens  qui  doiuenl  tenir 
ferme  la  liaison  des  os,  comme  nous 
auons  déclaré  : et  à ceux-là  les  os 
se  desioignent  facilement  de  leurs 
iointures,  et  aussi  facilement  y sont 
réduits,  de  façon  que  les  malades  le 
plus  souuent  les  remettent  d’eux- 
mesmes  sans  aide  du  Chirurgien  : ce 
que  i’ay  veu  plusieurs  fois. 

Aussi  quand  les  marges  ou  bords 
des  cauités  sont  rompus,  et  la  cauilé 
d’iceux  est  applanie,  s’ensuit  pareil- 
lement facile  luxation  L 

1 Ce  chapitre  est  sans  doute  en  grande 
partie  emprunté  aux  anciens;  mais  il  serait 
injuste  cependant  de  ne  pas  noter  la  mé- 
thode avec  laquelle  A.  Paré  expose  leurs 
idées,  et  la  nouveauté  de  quelques  aperçus 
qu’il  y ajoute.  Ainsi  je  ne  sache  pas  que 
d’autres  aient  parlé  avant  lui  de  ces  causes 
spéciales  des  déviations  des  genoux  et  dü  ra- 
chis, indiquées  dans  le  passage  intercalé  éti 
1385;  ni  des  luxations  produites  par  les  sa- 
ges-femmes, ni  de  celles  qiii  reconnaissent 
pout  causes  le  peu  de  profondeur  des  cavi- 
tés articulaires  ou  la  fracture  des  bords  de 


DES  LVXATI01VS. 


CHAPITRE  IV. 

SIGNES  VNIVERSELS  POVR  CONNOISTRE 
LES  DELOVEVRES. 

Des  signes,  les  vns  sont  communs  à 
toutes  deloüeures,  les  autres  propres 
ù chacune. 

Les  signes  communs  sont,  tumeurs 
ou  gibbosités  où  l’os  est  forjetté , et 
cauité  au  lieu  dont  il  est  sorti.  Les 
particuliers  seront  recités  en  traittant 
particulièrement  de  chacune, 

Les  signes  de  la  luxation  complelte 
sont,  que  l’action  de  la  partie  est  per- 
due, c’est  à dire,  qu’elle  ne  se  meut 
point.  On  connoist  aussi  la  dislocation 
par  le  sentiment  de  douleur,  laquelle 
prouient  à cause  que  l'os  n’est  en  son 
lieu  naturel,  et  qu’il  presse  la  chair, 
et  fait  distension  aux  nerfs  qui  sont 
pareillement  peruertis  de  leur  situa- 
tion naturelle.  A ce  sert  aussi  la  com- 
paraison de  la  pareille  iointure  de  la 
partie  saine  à celle  qui  est  malade, 
pourueu  que  ladite  partie  saine  ne 
soit  point  vitiée  contre  nature,  comme 
tortue,  ou  extenuée,  ou  trop  grosse, 
ou  qu  elle  ait  quelque  autre  vice  qui 
peust  empescber  de  connoislre  l’os 
déplacé  de  sa  boette.  Et  partant  il 
faut  entendre  qu’elle  soit  en  son 
tempérament  et  figure  naturelle. 

Le  signe  de  la  luxation  incomplette 
est,  que  le  mouuement  de  la  partie 
n’est  du  tout  perdu,  mais  il  est  gran- 
dement depraué. 

Le  signe  que  les  ligamens  qui  lient 
les  iointures  sont  allongés,  est,  que 
quand  on  presse  des  doigts  vn  costé 

cps  cavités.  Sans  doute  Paré  n’a  pas  traité 
à Tond  toutes  ces  questions;  mais  il  a laissé 
au  moins  des  indications  précieuses,  dont 
plus  d’un  auteur  modetne  aurait  pu  profiter. 


3b  t 

de  l’os,  on  le  chasse  de  l’autre^  et  su" 
bit  il  retourne  en  son  lieu  : d’auan- 
tage  quand  on  presse  du  doigt  sur  la 
iointure,  il  y entre  facilement  : ioint 
aussi  que  l’action  de  la  partie  est 
grandement  deprauée,  et  souuent  du 
tout  perdue. 


CHAPITRE  V. 

PROGNOSTIC  DES  LVXATIONS. 

Toutes  iointures  se  peuuent  de- 
loüer,  mais  toutes  ne  se  peduent  pas 
remettre,  comme  la  teste  : parce  que 
tout  promptement  tue  le  malade, 
pour  compression  qui  se  fait  à la 
moelle  de  l’espine  : pareillement  les 
vertebres  de  l’espine,  et  la  maschoire 
tombée  des  deux  costés,  si  aupara- 
uant  que  les  remettre  il  y a desja 
grande  tumeur  et  inflammation.  Aux 
autres  jointes,  pour  ce  que  les  os  ne 
sont  tous  luxés  d’vne  mesme  sorte, 
ains  quelquesfois  plus,  les  autres  fois 
moins  : selon  ceste  diuersité,  la  ré- 
duction sera  plus  ou  moins  difficile. 
Car  d’autant  que  les  os  seront  moins 
esloignés  de  leur  cauité , d’autant 
aussi  seront-ils  plus  aisés  à estre  ré- 
duits ; et  d’autant  qu’ils  en  seront 
plus  esloignés,  d’autant  en  seront-ils 
plus  difficiles:  aussi  pour  la  figure, 
comme  celle  du  coude.  D’auantage, 
d’autant  que  la  luxation  se  fait  plus 
aisément  en  quelque  partie,  d’autant 
aussi  la  réduction  en  est  pareillement 
plus  aisée,  que  où  l’os  ne  se  des- 
boëttequ’à  grande  difficulté. 

Ceux  qui  sont  bien  charnus  et  graS, 
leurs  os  ne  se  deboëttent  pas  si  aisé- 
ment, qu’en  ceux  qui  sont  maigres  : 
et  aussi  lors  qu’ils  sont  hors  de  leur 
lieu,  plus  difficilement  se  remettent  : 


352  LE  QVATORZIEME  LIVRE 


et  ceux  qui  sont  plus  maigres  que  de 
coustume,  leurs  os  se  luxent  et  ré- 
duisent plus  facilement.  Or  la  cause 
pourquoy  aux  gras  leurs  os  ne  tom- 
bent facilement  , est  que  leur  ioin- 
ture  est  entièrement  comprimée  de 
toute  part  par  les  muscles  et  gresse. 
Au  contraire  ceux  qui  estoient  gras, 
puis  sont  deuenus  maigres,  leurs 
iointures  en  sont  plus  lasches,  par- 
quoy  plus  facilement  se  desboëttcnt  : 
ioint  que  les  iointures  aux  hommes 
qui  deuiennent  maigres,  se  remplis- 
sent de  mucosités, par  defautde  bonne 
nourriture  et  de  chaleur  de  la  partie, 
qui  rend  le  lieu  plus  glissant,  comme 
dit  Hippocrates  en  la  sent.  29.  de  la 
sect.  1.  du  Hure  des  Articles.  Mais  en 
vn  corps  maigre  et  sec  de  sa  nature, 
les  muscles  sont  plus  robustes,  et  les 
ligamens  plus  forts  et  secs:  et  pour 
cesle  cause  les  os  se  disloquent  à 
lard  : aussi  à plus  grande  force  sont- 
ils  réduits  lors  qu’ils  sont  deloüés. 

Aucuns  os  estans  joints , s’entr’ou- 
urent  et  séparent  l’vn  de  l’autre, 
comme  l’Omoplate  de  la  clauicule, 
au  lieu  que  les  Grecs  nomment  Acro- 
mium  1 : l’os  du  coude  et  du  rayon  : 
l’os  de  l’esperon,  ou  petit  focile  de 
contre  l’os  de  la  gréue  ou  grand  fo- 
cile : l’os  calcanéum  de  contre  l’astra- 
gale, ou  l’osselet.  Tous  lesquels  ne  se 
reioigncnt  iamais  comme  ils  estoient 
auparauant  qu’ils  fussent  escartés 
et  desioints.  Aussi  la  partie  en  de- 
meure le  plus  souuent  difforme,  et  ne 
recouure  point  si  bien  son  action  et 
vsage  : à raison  que  le  plus  souuent 
les  ligamens  qui  seruent  à lier,  atta- 
cher, renforcir,  et  reuestir  les  parties 
de  nostre  corps  les  vnes  auec  les  au- 
tres, sont  rompus  et  trop  relaschés. 

Ceux  qui  ont  luxation  de  cause  in- 


terne, icelle  estant  réduite,  elle  se 
peut  souuent  disloquer  de  rechef: 
parce  que  les  ligamens  estans  imbus 
et  arrousés  de  l’humeur  superflu  qui 
est  découlé,  ne  peuuent  faire  tenir  les 
os:  ce  qu’aduient  aussi  quand  les  li- 
gamens sont  rompus:  et  lors  qu’on 
estimeque  le  malade  soit  guari,les  os 
sortent  de  leur  place,  et  puis  les  ayant 
de  rechef  réduits , n’y  peuuent  de- 
meurer. Quelquesfois  les  ligamens  ne 
sont  du  tout  rompus,  mais  portion 
d’iceux  : dont  l’action  de  la  partie  se- 
lon la  disposition  sera  plus  ou  moins 
deprauée  ou  perdue. 

Il  y a aussi  vue  autre  luxation  in- 
curable , qui  aduient  à raison  des 
mesmcs  ligamens:  sçauoir  lors  qu’i- 
ceux  sont  tellement  remplis  et  abreu- 
ués  d’humidité  superflue,  que  venans 
à se  raccourcir  et  retirer  , ensemble 
auec  soy  retirent  et  font  distraction 
des  appendices  d’auec  leurs  os.  Car  à 
raison  de  la  multitude  des  cauités  et 
tubercules , par  l’insertion  desquels 
l’appendice  est  iointe  auec  son  os,  il 
est  presque  impossible  que  la  rencon- 
tre s’en  face  en  mesme  que  par- 
auant  *. 

Pareillement  si  les  luxations  sont 
inueterées , et  qu’il  y ait  de  quelque 
humeur  accrue  aux  cauités  des  ioin- 
tures, les  os  ne  pourront  tenir. 

Aussi  lors  que  les  testes  de  l’os  ad- 
iutoire,  ou  femoris,  ont  ià  fait  par 
diuturnité  de  temps  vn  lieu  broyé  et 
battu , auquel  elles  sont  descendues 
ou  montées,  iamais  les  os  ne  pourront 
demeurer  dans  leurs  iointures,  en- 
cores  qu’on  les  y ait  bien  réduits: 
pource  que  la  cauité  de  la  ioinlure 

■Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579; 
l’idée  m’en  parait  fort  obscure  : la  traduc- 
tion latine  le  rend  mot  à mot,  et  n’aidc  en 
aucune  façon  à en  bien  déterminer  le  sens. 


* Celsus.  — A.  P. 


DES  LVXATIONS. 


s’est  remplie  de  cest  humeur  glai- 
reux , lequel  s'endurcit  et  augmente, 
qui  fait  que  l’os  ne  peut  entrer  ny 
demeurer  en  sa  iointure,  et  que  la 
teste  desdils  os  a fait  autre  lieu  ou 
cauité  tenant  la  place  desdits  os,  la- 
quelle est  broyée  et  calleuse  : de  là 
vient  que  quand  les  os  sont  remis,  ils 
ne  peuuent  tenir  en  leur  place,  à cause 
que  la  chair  qui  estoit  autour  occupe 
la  cauité  de  l’os,  et  celle  là  qui  est  de- 
meurée calleuse  et  dure  lient  alors  le 
lieu  de  iointure  *. 

Outre  plus,  ceux  qui  ont  le  haut  du 
bras  luxé  peuuent  faire  quelque 
œuure  de  leur  main , aussi  bien 
que  de  l’autre  bras  qui  n’est  luxé. 
Car  les  mains  ne  portent  pas  le 
corps,  comme  font  les  iambes.  Et 
d’autant  qu’on  fait  exercice  de  la 
main, d’autant  aussi  lebras  est  mieux 
nourri. 

Mais  au  contraire , quand  il  y a 
luxation  à l’os  femoris , principale- 
ment en  la  partie  intérieure,  il  se  fait 
vne  grande  atrophie  à la  iambe,  pour- 
ce  qu’on  n’en  peut  faire  nul  mouue- 
ment.  Car  les  parties  qui  ont  moins 
de  mouuement , sont  aussi  moins 
nourries.  Dont  dit  Hippocrates:  «L’v- 
sage  et  exercice  des  parties  les  robore 
et  entretient  bien  habituées  : au  con- 
traire la  paresse  et  cessation  de  mou- 
uementj les  extenue  et  débilité2.  » 

Finalement  lors  qu’il  y a vne  luxa- 
tion accompagnée  d’vne  grande  playe 
et  fracture,  la  voulant  réduire,  et  fai- 
sant extension,  il  y a danger  qu’on  ne 

1 Je  restitue  dans  le  texte  cette  dernière 
phrase , De  là  vient , etc. , qui  se  lit  dans 
toutes  les  éditions  du  vivant  de  l’auteur,  et 
qui  manque  dans  toutes  les  éditions  pos- 
thumes. 

2 1.iurc  G.  Epid.  sect.  5.  sent.  10.  et  sect.  3. 
De  art.  sent.  88.  — A.  P. 


353 

face  trop  grande  extension  aux  nerfs, 
et  ruption  aux  ligamens,  veines  , et 
arteres  : qui  sont  cause  de  conuulsion 
et  spasme  , ou  inflammation  , et  au- 
tres accidens.  Parquoy  en  tel  cas  Hip- 
pocrates conseille  ne  réduire  telle 
luxation,  et  que  le  malade  demeure 
plustost  impotent,  que  de  luy  osier  la 
vie.  Car  toute  deloüeure  se  doit  re- 
mettre auant  que  l’inflammation  y 
soit  venue  : et  si  ja  elle  y estoit,  il  faut 
laisser  le  malade  en  repos , et  oster 
l’inflammation  , et  n’irriter  point  le 
mal,  de  peur  d’y  causer  vne  extreme 
douleur,  gangrené,  spasme,  et  par 
conséquent  la  mort  : ce  que  i’ay  veu 
aduenir  quelquesfois.  Et  quand  l’in- 
flammation, tumeur , et  autres  acci- 
dens seront  cessés  , il  faut  essayer  à 
réduire  l’os  aux  membres  qui  le  peu- 
uent  souffrir  : et  à cela  aide  beau- 
coup l’habitude  du  corps1.  Car  si  le 
corps  est  délicat  et  mollace,  on  fera 
la  réduction  plus  promptement  et  fa- 
cilement: au  contraire  non. 

Et  te  suffise  du  prognostic:  main- 
tenant il  nous  faut  venir  à la  cure 
vniuerselle. 


CHAPITRE  VI. 

CVRE  VNIVERSELLE  DES  LVXA.T10NS. 

Outre  ce  que  nous  auons  déclaré  cy 
deuant  de  la  cure  generale  des  frac- 
tures et  luxations,  il  sera  bon  d’es- 
crire  encores  maintenant  ce  qui  ap- 
partient plus  spécialement  ausdites 
luxations , t’aduertissant  première- 
ment d’obseruer  cinq  intentions,  ou 
respects , lesquels  conuient  faire  par 
ordre  et  successiuement.  Lapremiere, 

1 L’édition  de  1575  ajoute  : cl  des  liga- 
mens, ce  qui  a été  effacé  dès  1579. 

23 


II 


35A  LE  QUATORZIEME  LIVRE, 


tenir:  la  seconde,  tirer:  la  troisième, 
pousser  : la  quatrième,  faire  deuë  si- 
tuation : la  cinquième , corriger  les 
accidens. 

La  première  intention,  qui  est  te- 
nir, se  doit  entendre  de  tout  le  corps, 
ou  seulement  d’vue  partie.  Tout  le 
corps  se  doit  tenir,  lors  que  l’espaule 
est  hors  de  sa  place,  ou  les  vertebres, 
ou  l’os  de  la  euisse.  Il  ne  faut  tenir 
que  la  partie  , quand  la  luxation  est 
à l’os  furculaire,  ou  au  coude , ou  en 
la  main , ou  au  genoüil , ou  au  pied  : 
et  la  raison  pourquoy  on  tient,  c’est 
de  peur  qu’en  tirant , le  corps  ne 
suiue  la  partie  que  l’on  tire  : et  où  il 
ne  seroit  tenu  ferme , on  ne  pourroit 
bien  réduire  la  luxation. 

La  seconde  intention,  qui  est  de  ti- 
rer, c’est  à fin  qu’il  y ait  interualle  li- 
bre et  spacieux  entre  les  os  desioints  : 
sur  quoy  il  faut  noter,  qu’on  doit  met- 
tre tousiours  la  partie  en  laquelle 
l’os  est  tombé,  au  dessus, et  celle  dont 
il  est  tombé,  au  dessous  ou  à costé  *. 
Or  les  façons  de  tirer,  c’est  à dire,  es- 
tendre , sont  diuerses , selon  que  les 
muscles  et  ligamens  sont  puissans,  et 
les  os  sont  transportés  en  çà  ou  en  là: 
et  pour  ce  faire  on  s’aide  seulement 
des  mains.  Que  si  les  mains  ne  sont 
suffisantes,  on  vse  d’instrumens  et 
machines  propres  à ce  faire , comme 
tu  verras  par  les  figures  cy  apres  de- 

‘ La  loi  des  extensions  est  d’une  justesse 
admirable  avec  la  remarque  qu’y  ajoute  no- 
tre auteur;  et  c’est  en  l’oubliant  lui-même 
qu’il  a adopté  tous  les  procédés  des  anciens. 
Essayez  en  effet  de  mettre  l’aisselle  où  est 
tombé  l’humérus  au-dessus  de  la  cavité  glé- 
noide  pour  exercer  les  extensions  dans  les 
luxations  scapulo-humérales,  vous  n’y  réus- 
sirez qu’en  élevant  fortement  le  bras,  et  en 
le  tirant  du  côté  de  la  tête.  Dans  le  procédé 
vulgaire,  l’aisselle  demeure  au-dessous  de 
la  cavité,  et  l'extension  est  irrationnelle. 


peintes.  Mais  pour  euiter  l’inconue- 
nient  qui  pourroit  venir  de  trop  es- 
tendre,  l’extension  sera  faite  seule- 
ment tant  que  l’os  soit  vis  à vis  de  sa 
cauité. 

La  troisième  intention  est,  qu’apres 
que  la  partie  sera  suffisamment  es- 
tendue,  faut  pousser , tourner,  et  vi- 
rer l’os  déplacé  , selon  qu’il  sera  be- 
soin. Enquoy  faut  bien  prendregarde 
de  ne  pousser  en  autre  lieu  qu’en  sa 
boette,  parce  qu’on  pourroit  faire  pas- 
ser l’osd’vne  parlieen  l’autre:  comme 
si  l’os  adiutoire  ou  femoris  sont  luxés 
en  la  partie  anterieure,  en  les  trop 
poussant,  on  les  jette  et  fait-on  passer 
en  la  partie  postérieure,  sans  les  faire 
entrer  en  leur  iointe.  Pour  à quoy 
pouruoir,  les  os  seront  poussés  par  la 
mesme  voye  qu’ils  sont  sortis  : la- 
quelle chose  se  fait  facilement  aux 
luxations  recentes,  à cause  des  mus- 
cles qui  se  retirent  vers  leur  origine, 
lors  qu’ils  sont  aidés  par  la  main  du 
Chirurgien.  On  connoist  l’os  y eslre 
mis,  quand  entrant  dans  sa  boette,  il 
fait  vn  bruit  sonnant  clocq:  et  la  par- 
tie qui  estoit  desloüée,’au  toucher  et  à 
la  veuë  est  semblable  à la  saine  de  fi- 
gure, conformation  et  grandeur 1 : et 
la  douleur  est  appaisée,  et  que  la  par- 
tie fait  ses  mouuemens  naturels,  à 
sçauoir  flexion,  extension  prone  et 
supine , la  haussant  et  baissant;  et 
tournant,  comme  elle  faisoit  aupara- 
uant  eslre  luxée. 

La  quatrième  intention,  qui  est  de 
faire  deuë  situation,  c’est  à fin  que 
l’os  qui  aura  esté  réduit , se  puisse 
contenir , et  de  rechefjie  sorte  de  sa 
boëttc.  En  la  luxation  du  bras  on  le 

1 Le  paragraphe  s’arrête  ici  dans  l’édition 
de  1575  ; celle  de  1579  ajoute  Set' la  douleur 
est  appaisée:  et  le  reste  ne  date  que  de  l’édi- 
tion de  16S5. 


DES  LVXATIONS. 


tiendra  en  escharpc  : et  en  celle  de  la 
hanche,  du  genoüil,  et  du  pied,  au  lit  : 
ainsi  des  autres  parties  qui  sont  dé- 
clarées chacune  à part  soy.  En  quoy 
faut  obseruer , qu’apres  la  réduction 
faite , l’on  doit  appliquer  estoupades 
et  compresses  baignées  en  oxycrat,  et 
couuertes  de  mcdicamens  conuena- 
bles  : aussi  qu’elles  soient  proprement 
serrées  et  liées  selon  la  partie  luxée, 
n’oubliant  à tourner  les  bandes  à l’op- 
posile  du  lieu  où  l’os  aura  esté  luxé. 
Semblablement  lesdiles  compresses 
seront  mises  plus  grosses  au  lieu  d’où 
sera  sorti  l’os,  qu’en  vne  autre  part. 
Car  si  on  fait  le  contraire , il  y aura 
danger  de  le  repousser  et  jetter  hors 
de  sa  place.  Cela  fait,  on  n’y  doit  tou- 
cher de  quatre  ou  cinq  iours,  s’il  n’y 
suruient  douleur  , ou  quelque  autre 
accident. 

La  cinquième  intention  est,  de  re- 
médier aux  accidens  et  affections 
compliquées,  s’il  en  y a : comme  dou- 
leur , inflammation,  playe,  fracture, 
et  autres  qu’auons  dit  au  liure  des 
Fractures. 

Que  si  la  luxation  estoit  vieille , 
c’est-à-dire,  qu’elle  eust  demeuré 
long-temps  sans  estre  réduite , et  les 
ligamens  fussent  endurcis  et  dessei- 
chés,  auant  qu  on  essaye  de  la  remet- 
tre, il  la  faut  adoucir  et  amollir  auec 
fomentations,  cataplasmes,  emplas- 
tres,  linimens,  et  autres  choses  neces- 
saires : puis  mouuoir  et  broyer,  c’est- 
à-dire  , agiter  deçà  et  delà  (non  par 
violence)  la  ioinlure  qu’on  veut  re- 
mettre, à fin  d’eschaulfer,  dissoudre, 
atténuer,  lubrifier , et  subtilier  l’hu- 
meur deflué  sur  icelle , pour  mieux 
eslendre  les  fibres  des  muscles,  liga- 
mens, et  aponeuroses  qui  la  lient. 


355 

Mais  si  on  voit  qu’il  y ait  grande  dou- 
leur, inflammation  et  tumeur  , il  n’y 
faut  toucher  que  premièrement  tels 
accidens  ne  soyent  passés,  comme 
auons  dit. 

Les  os  qui  sont  enlr’ouuerts,  en(re- 
baaillés,  et  aucunement  séparés,  se- 
ront reioints  par  bien  bander,  lier  et 
situer  la  partie,  commençant  le  ban- 
dage sur  l’entr’ouuerture  de  l'os , 
puis  situer  la  partie  comme  il  est  re- 
quis. Il  aduient  de  très  grands  acci- 
dens à l’entr’ouuerture  du  talon  , 
comme  inflammation,  douleur,  con- 
uulsions,  et  quelquesfois  la  mort: 
parquoy  ne  doiuenl  estre  négligées*. 


CHAPITRE  VII. 

DESCRIPTION  DE  QVELQVES  INSTRV- 
JMENTS  SERVANS  AVX  LVXATIONS. 

Auparauant  que  d’entrer  en  ma- 
tière, i’ay  voulu  te  faire  peindre  ces 
trois  ligatures , pour  tenir  et  tirer  les 
parties  luxées. 

La  première  marquée  par  A.  sert  à 
tenir. 

La  seconde  marquée  par  B.  est  pour 
tirer,  qui  est  faite  d’vn  seul  nœud. 

La  troisième  marquée  par  C.  est 
auec  deux  nœuds,  pour  mieux  tenir 
fermement,  comme  tu  vois  par  ces 
figures2. 

1 Ce  dernier  paragraphe  manque  dans  les 
deux  premières  éditions , et  n’a  été  ajouté 
qu’en  1585. 

2 On  trouve  de  ces  lacqs  ou  d’analogues 
figurés  dans  le  livre  d’Oribase  de  Laqueis. 


356 


le  qvatorziéme  livre, 


Plus  vn  instrument  pour  tirer  d’ vne 
vehemente  force , lors  que  la  main 
n’est  suffisante,  qui  est  fait  en  maniéré 
d’vne  petite  moufle,  marquée  D.D. de- 
dans laquelle  il  y a trois  petites  roues, 
dans  lesquelles  se  metune  corde  mar- 


quée H.,  et  aux  extrémités  il  y a deux 
crochets  , dontl’vn  sert  pour  tenir  la 
dite  moufle  contre  quelque  pillier,  et 
l’autre  qui  est  pour  tirer  le  lien  qu'on 
attache  à icelle. 


Figure  de  lu  Moufle  * . 


AA  Les  couuercles  desdites  boettes. 

BB  Les  boettes  qui  couurent  ladite  moufle. 
C Vn  piton  à viz,  qu’on  pose  dans  vn  pil- 
lier de  bois,  pour  attacher  l’vn  des 
crochets  de  la  moufle. 

F Vn  foret  duquel  on  perce  le  pillier, 
pour  insérer  ledit  piton,  comme  tu  vois 
par  ceste  figure. 

i Nul  autre  auteur  avant  Paré  n’avait  in- 
diqué la  moufle  pour  servir  à la  réduction 
des  luxations.  Mais  d’ailleurs  il  en  revendi- 


En  lieu  de  la  Moufle,  aucuns  prati- 
ciens vsent  de  cest  instrument  nommé 
Maniuelle , dont  la  pointe  est  faite  en 
maniéré  de  foret  ou  d’vne  tairiere  , 
qu’on  attache  contre  vn  pillier  ou 
soliue  de  bois  : dans  laquelle  mani- 
uelle y a vne  viz,  qui  en  son  extrémité 

que  formellement  lui-même  la  première 
idée  par  ces  mots  nostre  moufle  qu’il  répète  en 
divers  endroits.  Voyez  p.  392, 395, 398,  etc. 


DES  LVXATIONS. 


35; 


a vn  crochet , là  où  on  attache  vn 
lion,  et  par  le  moyen  de  la  clef,  ladite 
viz  tourne  dans  vne  escrouëj  et  par 
icelle  est  tiré  le  lien  tant  et  si  peu  qu’il 
est  requis  pour  réduire  l’os  en  sa 
boette. 


Figure  de  la  Maniuelle  *. 


A présent  nous  poursuiurons  les 
deloüeures  particulièrement , com- 
mençans  à la  mandibule  inferieure,  et 
finirons  à l'extremité  des  doigts  des 
pieds. 

1 Gersdorf  avait  employé  le  premier  la  vis 
pour  exercer  l’extension  sur  le  bras  préala- 
blement assujetti  sur  son  ambi  ou  son  fou 
(voyez  mon  Introduction , p.  ccvj  ) , mais  il 
la  faisait  agir  sur  l’ambi  même , et  par  un 
mécanisme  tout  différent  de  celui-ci.  Cette 
manivelle  parait  avoir  été  inventée  par  Paré 
vers  1563;  elle  est  figurée  dans  ses  Dix  liures 
de  chirurgie  , folio  229;  Jil  luijdonnait  alors 
le  nom  de  Tiroir. 


CHAPITRE  VIII. 

CVRE  PARTICVLIERE  DES  LVXATIONS  1 

ET  PAP.TICVL1EREMENT  DE  LA  MANDI- 

BVLE  INFERIEVRE. 

En  la  mandibule  inferieure  se  fait 
luxation  : ce  qui  aduient  souuent  en 
baaillant  et  ouurant  grandement  la 
bouche.  Et  icelle  se  fait  en  la  partie 
anterieure,  et  peu  souuent  en  la  pos- 
térieure, à cause  des  deux  addita- 
mens  mammillaires , qui  l’engardent 
estre  reculée  en  arriéré. 

Elle  se  fait  en  deux  maniérés , à 
sçauoir,  seulement  d’vn  costé,  et  quel- 
quesfois  des  deux. 

Le  signe  qu’elle  n’est  deloiiée  que 
d’vn  costé,  c’est  qu’elle  est  tournée  de 
trauers,  et  le  costé  dont  elle  est  luxée 
se  monstre  plus  plat  et  caue,  et  celuy 
de  la  partie  saine  plus  esleué  et  auan- 
cé  : et  la  bouche  du  malade  demeure 
ouuerte  , ne  la  pouuant  fermer , ni 
mascher  les  viandes  : et  les  dents  sont 
plus  auancées  en  deuant,  que  celles 
de  la  mandibule  supérieure  et  aussi 
ne  sont  à l’endroit  de  leurs  pareilles  : 
au  contraire  les  canines  se  rencon- 
trent sous  lesincisiues  , et  la  partie  de- 
loüéc  et  le  menton  sont  tournés  et 
inclinés  vers  le  costé  qu’elle  n’est 
deloiiée. 

Les  signes  qu’elle  est  deloiiée  des 
deux  costés,  sont,  qu’elle  pend  sur  la 
poitrine , et  tout  le  menton  s’auance 
en  deuant,  et  par  dessus  la  maschoire 
on  voit  les  muscles  temporels  tendus, 
et  la  saliue  coule  de  la  bouche  du 
malade,  ne  la  pouuant  retenir  : et  ne 
peut  fermer  la  bouche , ny  remuer  la 
langue  pour  parler,  mais  balbutie. 

Lorsqu’elle  est  luxée  des  deux  cos- 
I tés,  elle  est  plus  difficile  que]- quand 


LE  QVATORZIÉME  LIVRE  , 


358 

elle  n’est  que  d’vn  costé,  et  pareille- 
ment les  accidens  sont  plus  grands. 
Parquoy  elle  doit  estre  soudainement 
remise,  ou  autrement  le  malade  tombe 
en  extreme  douleur,  fleure , inflam- 
mation autour  de  la  gorge , est  en 
danger  de  mort,  et  le  plus  souuent  en 
dix  iours , plus  ou  moins , selon  l’ha- 
bitude du  corps  : à raison  (comme  dit 
monsieur  Dalechamps)  des  cinq  ra- 
meaux de  nerfs  qui  viennent  de  la 
seconde  et  cinquième  coniugation  du 
cerueau,  qui  se  distribuent  aux  mus- 
cles qui  la  font  mouuoir  : au  moyen 
de  quoi  lors  qu’ils  sont  violentement 
eslendus,  causent  les  accidens  susdits 

Les  praticiens  tiennent  qu’en  douze 
jours,  apres  estre  réduite,  elle  est  as- 
surée de  non  plus  retomber. 

Et  où  elle  aura  esté  quelque  temps 
sans  estre  réduite,  faut  vser  de  reme- 
des  remollitifs  et  relaschans , comme 
fomentations,  linimens,  cataplasmes , 
et  semblables  choses  qui  ont  vertu  de 
ce  faire.  Et  apres  la  réduction  faite,  on 
y appliquera  vn  médicament  fait  de 
blancs  d’œufs  et  huile  rosat,  pour  se- 
der  la  douleur  : et  les  compresses  se- 
ront trempées  en  oxycrat  : et  au  se- 
cond appareil  on  y en  mettra  vn  au- 
tre, qui  aura  puissance  d’agglutiner  et 
reserrer  les  ligamens  et  autres  par- 
ties qui  auront  esté  relaschées , à fin 
aussi  que  la  partie  remise  soit  tenue 
immobile,  et  soit  astraiute. 

Exemple. 

y.  Put.  boli  armen.  sang.  drac.  farinæ  vola- 
til. mastich.  picis  resinæ  ana  § . fi . 

Album,  ouor.  q.  s. 

Fiat  medicam. 

Etapres  on  pourra  vser  de  l’emplas- 
tre  diachakiteos  fondue  en  huile  ro- 
sat et  vn  peu  de  vinaigre,  et  autres 
qu’on  verra,  estre  necessaires. 


CHAPITRE  IX. 

MANIERE  DE  REDVIRE  LA  MANDIBVLE  , 
LORSQV’ELLE  EST  LVXÉE  EN  LA  PAR- 
TIE ANTERIEVRE  DES  DEVX  COSTÉS. 

Il  faut  faire  coucher  le  malade  en 
terre,  ou  sur  une  petite  selle  basse  , et 
luy  tenir  fermement  la  teste,  et  que 
le  Chirurgien  mette  ses  deux  pouces 
dans  la  bouche  du  malade , envelop- 
pés d’vne  petite  bandelette,  à fin  qu’il 
ne  se  blesse  contre  les  dents , et  qu’ils 
n’eschappent  et  glissent,  pressant  sur 
les  grosses  dents  de  la  mandibule  in- 
ferieure, et  quant-et-quant  tenant  les 
doigts  par  dessous  le  menton  en  esle- 
uant  toute  la  mandibule. 

Et  si  par  ce  moyen  on  ne  peut  faire 
la  réduction , à cause  que  la  bouche 
est  si  fermée  qu’on  n’y  peut  mettre 
les  poulces  dedans , faut  mettre  des 
coins  de  bois , qui  ne  soit  pas  dur  ny 
aspre,  mais  mol,  et  qui  cede,  comme 
le  bois  de  coudrier,  ou  sapin  (et  seront 
de  figure  quarrée , de  grosseur  d’vn 
doigt  ou  plus)  : et  les  appliquera-on 
dessus  les  dents  molaires  aux  deux 
costés , qui  seruiront  de  conduire  la 
maschoire  en  son  lieu  quand  on  la  ti- 
rera : et  les  y faut  tenir  fort  : puis  on 
mettra  vne  bande  sous  le  menton,  et 
vn  seruiteur  mettra  ses  deux  genoux 
sur  les  espaules  du  malade , et  tirera 
en  haut  les  deux  bouts  de  la  bande  : 
et  alors  le  Chirurgien  doit  presser  vers 
le  bas  les  deux  coins  de  bois , et  dres- 
ser en  leur  lieu  les  os  de  la  mandi- 
bule l. 

Et  apres  la  réduction  faut  bander 

1 Ce  procédé  remarquable  a été  puisé  par 
A.  Paré  dans  Dalechamps , qui  l’a  pris  dans 
Guy  de  Chauliac  , lequel  enfin  le  rapporte 
à son  premier  inventeur,  .Tamier. 


DES  LVXA.TIONS. 


et  medicamenter  le  malade  ainsi  qu’il 
est  necessaire , et  apres  luy  comman- 
der qu'il  n’ouure  la  bouche  , et  qu’il 
ne  mange  rien  difficile  à mascher,ius- 
ques  à ce  que  la  douleur  soit  passée  : 
et  qu’il  vse  de  choses  liquides,  comme 
orge-mondé , panade,  gelée , pressis, 
coulis,  et  autres  semblables. 


CHAPITRE  X. 

MANIERE  DE  REDVIRE  LA  MANDIBVLE 
LVXÉE  SEVLEMENT  D’VN  COSTÉ. 

Il  faut  faire  asseoir  le  malade  beau- 
coup plus  bas  que  le  Chirurgien , et 
luy  fera-on  tenir  la  teste  en  derrière 
par  vn  seruiteur,  à lin  qu’en  la  rédui- 
sant et  tirant , il  ne  suiue  le  Chirur- 
gien : ce  qu’il  faut  touiours  obser- 
uer  en  toutes  luxations,  comme  nous 
auons  dit.  Puis  mettra  le  pouce  dans 
la  bouche  du  malade  sur  les  dents 
maxillaires,  et  abaissera  la  mandi- 
bule , en  la  tirant  à costé,  et  la  pous- 
sera en  sa  place.  Et  pendant  qu’il  fait 
tel  œuure , faut  que  le  malade  s’aide 
de  son  costé,  n’ouurant  la  bouche  que 
le  moins  qu’il  pourra , à fin  que  les 
muscles  ne  tendent  point  : mais  plus- 
tost  on  luy  commandera  de  la  laisser 
aller  sans  la  fermer  : car  en  ce  faisant, 
les  muscles  crotaphites  se  retirent  en 
leur  propre  lieu , et  aident  à la  ré- 
duire. 

Aucuns  afferment  qu’il  se  fait  luxa- 
tion de  ladite  mandibule  en  la  partie 
postérieure , et  qu’alors  la  bouche  de- 
meure fermée,  et  le  malade  ne  la  peut 
ouurir  : aussi  que  les  dents  d’icelle  ne 
sont  point  tant  auancées  que  celles  de 
la  mandibule  supérieure , mais  sont 
reculées  en  arriéré  : et  pour  la  réduc- 
tion disent,  qu’il  faut  tenir  la  teste  du 


359 

malade  fermement  par  derrière,  et 
que  le  Chirurgien  mette  ses  pouces 
dans  la  bouche , et  les  doigts  sous  le 
menton , et  qu’il  la  tire  vers  soy  en 
l’esbranlanl,  et  maniant  d’vn  coslé 
et  d’autre.  Quant  à inoy , iamais  ie 
n’ay  veu  telle  luxation  aduenir  , et 
pense  qu’à  grande  difficulté  se  peut 
faire,  pour  la  raison  prédite.  Si  elle 
se  faisoit,  ce  seroit  vue  luxation  in- 
complette , estant  vn  peu  reculée 
en  arriéré  contre  lesdits  additamens 
mammillaires:  et  facilement  se  pour- 
roit  réduire  en  esleuant  en  haut  la- 
dite mandibule,  donnant  vn  coup  de 
poing  par  dessous. 


CHAPITRE  XL 

DE  LA  LVXATION  DE  L'OS  CLAVICV- 
LAIRE  OV  IVGVLAIRE. 

L’os  iugulaire  se  peut  ployer,  de- 
loüer,  et  rompre.  Il  se  desioint  en 
deux  maniérés  : l’vne  de  contre  le 
sternum,  et  l’autre  de  contre  l’omo- 
plate, à sçauoir,  l’Acromium  , qui  est 
partie  et  aboutissement  de  son  es- 
pinc,  contre  lequel  est  appuyée  et 
iointe  la  furcule.  Toutesfois  tant  d’vn 
costé  que  d’autre  la  luxation  de  cest 
os  est  rare  et  difficile,  pour  la  ferme 
adhérence  et  connexion  qu’il  a auec 
les  parties  susdites  : et  à grande  diffi- 
culté l’extremité  qui  adhéré  au  ster- 
num se  peut  baisser  en  bas,  à cause 
qu’elle  est  soustenue  de  la  première 
coste. 

Ladite  luxalion  peut  aduenir  au  de- 
dans , et  au  dehors,  et  aux  costés  : et 
selon  icelles  différences  il  faut  que  le 
Chirurgien  face  la  réduction , qui  se 
fera  en  poussant  et  estendant  le  bras. 
Et  s’il  est  besoin  on  fera  coucher  le 


3Go  LE  QVATORZIEME  LIVRE 


patient  à la  renuerse,  ayant  l’espaule 
sur  le  cul  d’une  iatte  , ou  autre  chose 
semblable , à fin  que  l’cspaule  et  le 
thorax  se  courbent  en  dehors  , pour 
puis  apres  réduire  mieux  la  luxation 
ou  fracture  : ce  qui  se  fera  en  haus- 
sant, ou  baissant,  ou  tirant  le  bras  du 
patient  en  auant,  ou  en  arriéré,  selon 
le  costé  auquel  sera  faite  la  disloca- 
tion. Puis  en  poussant  sur  l’eminence 
dudit  os  , sera  réduit  en  son  lieu.  Et 
conuient  lier , et  mettre  compresses , 
et  le  tenir  en  repos , ainsi  que  s’il  es- 
tait rompu. 

Galien  sur  le  liure  des  Deloüeures 
d’Hippocrates  1 dit  , luy  estant  en 
l’aage  de  trente-cinq  ans  , en  s’exer- 
çant dedans  l’eschole  publique , luy 
auoir  esté  desioint  l’os  de  l’acro- 
miuin  d’auec  l’os  furculaire,  si  gran- 
dement , qu’entre  l’acromium  et  l’os 
furculaire  estoit  interualle  de  trois 
doigts  : et  recite  ceste  deloüeure 
auoir  esté  guerie  par  vue  si  violente 
ligature  , qu’il  sentoit  au  dessous  de 
l’os  furculaire  le  battement  des  ar- 
tères. Laquelle  il  porta  par  l’espace 
de  quarante  iours  : et  dit,  que  peu  de 
malades  veulent  souffrir  vue  si  grande 
compression,  et  si  longuement  comme 
il  est  necessaire. 

Or  véritablement  ceste  luxation  est 
difficile  à connoistre  , et  encore  plus 
à estre  curée.  le  sçay  qu’aucuns  Chi- 
rurgiens s’y  sont  trompés,  eslimans 
que  la  teste  de  l’auant-bras  estoit 
luxée.  Car  lors  la  sommité  de  l’es- 
paule  , appelée  des  Grecs  Epomis , se 
voit  plus  enflée,  et  le  lieu  d’où  estoit 
sorti  l’os  furculaire  , caueet  enfoncé, 
auec  douleur  vehemente  et  grande 
tumeur , et  le  malade  ne  pouuant 
hausser  le  bras , ne  faire  autre  mou- 

t Des  art.  seet.  1.  comm.  sur  la  sent.  02. 
— A.  P. 


uement  necessaires  de  l’espaule.  Et 
où  l’os  ne  sera  réduit , le  malade  de- 
meurera impotent , et  ne  pourra  ia  - 
mais  porter  la  main  sur  la  teste  ny  à 
la  bouche. 


CHAPITRE  XII. 

DE  L’ESPINE  LVXÉÊ. 

L’espine  est  composée  de  plusieurs  os 
qui  sont  comme  petites  rouelles  rap- 
portées ensemble  par  eniointures,  qui 
aident  chacun  en  son  endroit  vn  peu 
à faire  son  mouuement , pour  fléchir 
le  dos  sur  le  deuant,  et  non  en  arriéré, 
selon  leur  rondeur  et  circonférence 
de  leurs  cercles,  pour  plier  et  dresser. 
Car  si  elleeust  esté  faite  d’vnseul  os, 
l’homme  eust  esté  immobile  , estant 
comme  embroché  ou  empalé.  Aussi 
lesdites  rouelles  sont  creuses  , pour 
donner  vn  chemin  seur  à la  moelle 
de  l’espine  , laquelle  comme  vn  ruis- 
seau coulant  du  cerueau,  a esté  faite 
pour  la  génération  et  distribution  des 
nerfs  qui  deuoient  donner  sentiment 
et  mouuement  à toutes  les  parties  si- 
tuées au  dessous  de  la  teste  : desquels 
sort  par  les  trous  de  chaque  roüelle 
une  coniugation  Aussi  il  y a des  veines 
et  arteres  qui  y entrent  dedans  poul- 
ies nourrir  et  viuifier.  D’auantage  faut 
entendre  que  la  face  postérieure  de 
l’espine  dorsale  est  diuisée  en  quatre 
parties,  appelées  apophyses  et  epi- 
physes  : dont  les  vnes  montent  en 
haut,  les  autres  descendent  en  bas,  et 
d’autres  qui  sont  à trauers,  et  les  au- 
tres au  milieu , comme  crestes  et  es- 
pines:  à cause  de  quoy  a esté  appelée 
Espine,  pour  ses  forjettures  qui  sont 
aiguës  comme  espines,  à l'extrémité 
desquelles  il  y a des  cartilages.  Et  no- 


DES  TAXATIONS. 


36 1 


teras  icy  , que  la  première  vertebre 
n’a  point  de  creste , pource  que  les 
muscles  qui  meuuent  la  teste  occu- 
pent le  lieu  où  elle  deuoit  naistre. 

Or  l’vtiliié  de  Fespine  auec  ses  apo- 
physes sert  comme  de  bouleuertetfor- 

tification  à la  moelle  spinale , la  cou- 
urant  et  enueloppan  t de  toute  par  tcon. 
tre  les  iniures  externes.  Aussi  elle  est 

commelacarineetfondementdu  corps 

et  principalement  l’os  sacrum,  lequel 
est  le  plus  grand  de  toutes  les  vertè- 
bres, et  au  plus  bas  d'icelles  , comme 
leur  fondement:  semblablement  sous- 
tient  l’os  de  la  hanche.Toutes  les  ver- 
tèbres vont  tousiours  en  diminuant  : 
et  estoit  (comme  dit  Galien)  raisonna- 
ble que  celles  qui  sont  sur  les  autres 
soient  moindres  que  celles  qui  sont 
dessous , veu  que  ce  qui  est  porté  et 
soustenu , doit  estre  moindre  que  ce 
qui  porte  et  soustient.  V oila  pourquoy 
elles  sont  basties  comme  vn  clocher. 
Les  apophyses  latérales  des  vertebres 
du  metaphrenum  ont  d’abondant  vne 
autre  vtilité,  qui  est  d’appuyer  et  en- 
iointer  les  os  des  costes. 

Entre  les  vertebres  y a des  cartila- 
ges, et  vn  humeur  glaireux  qui  les 
abreuue  et  humecte  (semblable  à ce- 
luy  de  qui  presque  toutes  les  iointu- 
res  de  nostre  corps  sont  lubrifiées  et 
glissantes)  pour  les  rendre  plus  obéis- 
santes à leur  mouuement,  qui  se  fait 
en  deuant  et  non  en  derrière,  comme 
nous  auons  dit , à fin  que  les  actions 
de  l’homme  se  facent  mieux  : et  pa- 
reillement pour  ce  que  la  grande 
veine  caue  et  grande  artere,  qui  sont 
couchées  sur  icelles,  eussent  esté  trop 
tendues  et  se  fussent  peu  rompre,  si 
elles  se  fussent  ployées  en  arriéré.  A 
ceste  cause  les  eniointures  des  vertè- 
bres sont  en  la  partie  postérieure , et 
non  à l'anterieure  , et  sont  liées  en- 
semble par  certains  ligamens  bien 


forts  Fvne  auec  l’autre.  Or  mainte- 
nant ielaisseray  plusieurs  autres  dis- 
cours que  fait  Galien  au  liure  trei- 
ziéme De  l’vsage  des  parties , parlant 
de  l’espine  , et  diray  auec  luy  qu’en 
nostre  corps  rien  n’y  est  fait  temerai- 
rement,  mais  auec  grande  industrie 
et  artifice,  par  la  sagesse  admirable 
du  divin  et  grand  Architecte,  qui  est 
le  Dieu  viuant , sans  qu’aucune  chose 
y soit  superflue  ou  manque. 


CHAPITRE  XIII. 

DE  LA  LVXATION  DE  LA  TESTE  AVEC  LA 
PREMIERE  VERTEBRE  DV  COL. 

La  teste  est  assise  sur  le  col , et  en 
la  base  d’icelle  il  y a deux  apophyses 
ou  eminences  près  le  grand  trou  par 
lequel  passe  la  moelle  spinale,  les- 
quelles sont  receues  par  deux  cauités 
qui  sont  en  la  première  vertebre  du 
col  : et  icelles  aucunesfois  se  desioi- 
gnent  et  séparent  desdites  cauités , et 
font  luxation  en  la  partie  postérieure: 
à raison  de  quoy  Fespine  médullaire 
est  foulée,  pressée,  et  esiendue  : et 
lors  le  menton  du  malade  touche  à la 
poitrine,  et  ne  peut  rien  aualer,  ny 
parler  : et  meurt  subitement,  non  par 
la  faute  du  Chirurgien  , mais  par  la 
grandeur  du  mal,  qui  est  du  tout  in- 
curable. 


CHAPITRE  XIV. 

DE  LA  LVXATION  DES  VERTEBRES 
DV  COL. 

Il  sepeutsemblablementfaire  luxa- 
tion complette  ou  incomplette  aux 
autres  vertebres  du  col.  Si  elle  est 


362 


LE  QVATORZIÉME  LIVRE, 


complette  , subitement  la  mort  s’en- 
suit si  elle  n’est  promptement  réduite, 
à cause  que  la  nucque  et  les  nerfs 
(principalement  ceux  qui  seruent  à la 
respiration)  sont  comprimés  et  serrés, 
dont  l’esprit  animal  n’y  peut  reluire  : 
et  subit  y suruient  inflammation  , 
squinancie,  et  difficulté  de  respirer. 

Quelquesfois  aussi  ladite  luxation 
est  incomplette,  ce  qui  peut  aduenir 
à toutes  verlebres,  à sçauoir,  quand 
elles  sont  peruerties  en  la  partie  an- 
terieure ou  postérieure.  Le  signe 
qu’elle  est  incomplette,  est  que  le  col 
demeure  tors,  et  le  malade  a le  visage 
liuide,  et  difficulté  de  parler  et  res- 
pirer. 

Le  moyen  de  réduire  icelle  luxa- 
tion, soit  complette  ou  incomplette  , 
c’est  qu’il  faut  faire  asseoir  le  malade 
en  vne chaire  basse,  et  qu’vn  serui- 
teur  luy  presse  sur  les  espaules  , et  le 
Chirurgien  prendra  sa  teste  aux  cos- 
tés  des  oreilles  auec  les  deux  mains , 
et  l’esleuera  en  haut,  en  tournant  et 
virant  de  costé  et  d’autre , iusqu’à  ce 
qu’elle  soit  réduite.  Le  signe  qu’elle 
sera  réduite,  est  que  le  malade  sentira 
promptement  allégement  de  douleur, 
et  pourra  tourner  la  teste  de  costé  et 
d’autre.  Apres  la  réduction  faite,  faut 
faire  pencher  la  teste  du  costé  oppo- 
site à la  luxation  , et  lier  le  col  au- 
tour de  la  iointure  de  l’espaule  : et  en 
ce  faisant  se  faut  garder  de  trop  lier 
et  serrer  la  gorge , de  peur  d’empes- 
cher  la  respiration  et  transglutition. 


CHAPITRE  XV. 

DE  LA  LVXATION  DES  VERTEBRES 
DV  DOS. 

Les  vertebres  du  dos  se  peuuent 
luxer  en  quatre  maniérés  : à sçauoir. 


anterieure,  postérieure,  à costé  dex- 
tre,  et  senestre.  Le  signe  qu’elles  sont 
luxées  en  la  partie  anterieure , est 
qu’on  voit  qu’elles  sont  enfoncées  en 
dedans.  Lors  qu’elles  sont  luxées  en 
la  partie  postérieure,  elles  sont  trou- 
uées  gibbeuses,  c’est-à-dire,  plus  haut 
esleuées  par  dehors  qu’elles  ne  doi- 
uent  : quand  elles  sont  luxées  aux 
costés,  on  y voit  vne  eminence  contre 
nature. 

Les  vertebres  deuiennent  gibbeu- 
ses de  cause  interne  ou  externe  : ce 
qui  est  commun  à toutes  luxations. 

La  cause  interne  est  vne  fluxion 
d’humeurs,  enuoyés  sur  lesroüelles 
de  l’espine  et  sur  leurs  ligamens,  ou 
de  tout  le  corps,  ou  de  quelque  par- 
tie : ou  l’imbécillité  mesme  des  roüel- 
les  et  ligamens  qui  amassent  telles 
superfluités  : ou  douleur  qui  les  y 
attire. 

La  cause  externe  est  pour  tomber 
de  haut  sur  choses  dures  , ou  par 
coups  orbes , et  de  se  pencher  et  cour- 
ber sur  le  deuant  : ce  qu’on  voit  aux 
vignerons  , paueurs,  et  autres  maniè- 
res de  gens  qui  gaignent  leur  vie  en 
se  fort  ployant , comme  nous  auons 
dit  cy  deuant.  Aussi  à ceux  qui  ont 
vne  luxation  extérieure  de  l’os  femo- 
ris,  qui  n’a  peu  eslre  réduit,  pource 
qu’en  cheminan  l le  malade  se  panche, 
et  appuyé  sa  main  sur  la  cuisse , il  se 
fait  que  par  vne  accoustumance  les 
vertebres  se  courbent.  Telle  disposi- 
tion se  lait  pareillement  aux  vieux 
qui  se  panchent  sur  le  deuant. 

Or  les  vertebres  ne  sont  gueres 
poussées  de  la  partie  poslerieuro  à 
l’anlerieure,  si  ce  n'est  à grande  vio- 
lence : et  encore  les  ligamens  peuuent 
pluslost  se  rompre  que  de  se  tant 
estendre  : et  telles  luxations  sont 
mortelles , à cause  que  la  moelle 
spinale  est  offensée  par  la  compres- 


DES  LVXATIONS. 


363 


sion  : et  estans  ainsi  pressées , les  par- 
ties sont  rendues  stupides  et  insensi- 
bles. Donc  si  les  vertebres  sont  luxées 
par  dedans , la  réduction  ne  se  peut 
iamais  faire , pource  qu’on  ne  peut 
les  repousser  par  le  ventre  pour  les 
réduire  en  leur  lieu.  Il  suruient  aux 
malades  difficulté  d’vriner,  et  ietter 
les  autres  excremens  du  ventre  : aussi 
leur  aduient  aux  cuisses  vn  refroidisse- 
ment et  abolissement  de  sentir  et 
mouuoir  : et  à aucuns  l’vrine  et  au- 
tres excremens  sortent  inuolontaire- 
ment  : et  aussi  quelquesfois  sont  re- 
tenus du  tout  : combien  que  non  seu- 
lement tels  accidens  aduiennent  aux 
luxations  , mais  aussi  par  playe  et 
fracture  *.  Or  quand  l’espine  est 
luxée  en  la  partie  intérieure , elle  in- 
duit les  accidens  dessusdits,  parce  que 
les  nerfs  qui  procèdent  de  la  moelle 
vont  et  se  disséminent  plus  aux 
parties  intérieures  qu’exterieures  : 
parquoy  ils  sont  plus  pressés  : et  pa- 
reillement la  moelle  spinale,  ensem- 
ble toutes  les  parties  qui  ont  con- 
nexion et  consentement  auec  elle , 
s’enflamment  : dont  la  vessie  ne  peut 
plus  ietter  l’vrinc.  La  stupeur  pro- 
uient  à cause  que  la  faculté  animale 
(pour  la  compression  des  nerfs,  en- 
semble de  la  dure  et  pie-mere)  ne 
peut  reluire  par  iceux  : dont  s’ensuit 
nécessairement  difficulté  de  sentir. 
Alors  la  vessie  et  les  intestins  ne  font 
plus  leur  action  naturelle , qui  est 
d’ouurir  et  astreindre  : dont  la  mort 
s’ensuit. 

Quand  l’espine  est  luxée  en  la  par- 
tie extérieure , elle  ne  cause  point  ces 
accidens  susdits  , pource  qu’elle  ne 
fait  point  compression  à la  medulle 
spinale  ny  aux  nerfs. 

1 Galien  sur  la  sent.  51.  de  la  3.  sect.  du 
Luire  des  articles.  — A.  P. 


CHAPITRE  XVI. 

LA  MANIERE  DE  REDVIRE  L’ESPINE 
LVXÉE  EN  LA  PARTIE  EXTERIEVRE. 

Pour  réduire  les  vertebres  gibbeu- 
ses,  c’est-à-dire,  luxées  en  la  partie 
extérieure  , faut  situer  le  malade  sur 
vne  table,  le  mettant  sur  le  ventre, 
et  le  faut  estendre  au  long  d’icelle,  et 
le  lier  commodément  par  dessous  les 
aisselles  et  au  dessus  des  hanches , 
auec  la  tierce  partie  d’vne  nappe.  Pa- 
reillement luy  faudra  lier  les  cuisses 
et  les  pieds  : puis  sera  tiré  en  haut  et 
en  bas,  et  estendu  le  plus  qu’on  pour- 
ra , sans  toutesfois  grande  violence  : 
car  où  telle  extension  ne  se  feroit , il 
seroit  impossible  de  réduire  la  verté- 
bré luxée,  à cause  des  apophyses  qui 
sont  receues  et  reçoiuent  pour  s’en- 
tretenir les  vnes  les  autres.  Apres  l’ex- 
tension deuëment  faite  , le  Chirurgien 
poussera  de  ses  mains  en  dedans  la 
vertebre  qui  fera  eminence. 

Et  si  on  ne  la  peut  réduire  en  ceste 
maniéré , il  faut  enuelopper  auec  du 
linge  deux  bastons  de  grosseur  d’vn 
doigt,  et  de  longueur  de  quatre , plus 
ou  moins,  et  les  appliquer  aux  costés 
des  vertebres  luxées,  et  presser  seu- 
lement sur  icelles , pour  les  ietter  de- 
dans leur  apophyse  arliculatoire , 
ainsi  qu’il  t’est  demonstré  par  ceste 
figure1. 

1 Je  n’ai  trouvé  ce  procédé  dans  aucun  au- 
teur antérieur  ni  même  contemporain  ; en 
sorte  qu’on  peut  en  rapporter  l’invention  à 
Paré.  Il  est  fort  douteux  cependant  que  ja- 
mais on  soit  parvenu  par  ce  moyen  à réduire 
une  luxation  des  vertèbres;  bien  plus , la 
luxation  des  vertèbres  dorsales  est  encore  à 
observer. 


364 

r 


LE  QVATORZlÉME  LIVRE  , 


Et  ne  faut  toucher  ny  presser  sur 
les  apophyses  qui  sont  au  milieu  , de 
peur  qu’on  11e  les  rompe. 

On  connoistra  la  vertebre  estre  ré- 
duite, quand  elle  sera  égalé  aux  au- 
tres qui  luy  sont  proches.  Apres  la  ré- 
duction faut  lier  et  presser  la  partie , 
et  y mettre  des  astelles  ou  platines  de 
plomb  accommodées  à ce  faire  : les- 
quelles seront  si  bien  appropriées, 
qu’elles  ne  pressent  nullement  sur 
l’areste  des  spondyles,  mais  seulement 
aux  costés.  Aussi  faut  faire  situer  le 
malade  sur  le  dos , et  y tenir  longue- 
ment les  astelles,  de  peur  qu’il  11e  se 
face  réitération  de  luxation. 


CHAPITRE  XVII. 

DE  LA  LVXATION  DES  VERTEBRES  FAITE 
DE  CAYSE  INTERNE. 

Les  vertebres  se  luxent  pareille- 
ment de  cause  antecedente,  qui  se 
fait  par  l’imbécillité  naturelle  des  par- 
ties, principalement  du  ligament  ner- 
ueuxpar  lequel  toutes  les  vertebres 


sont  liées  ensemble.  Or  cedit  liga- 
ment est  plein  d’vn  humeur  glaireux 
et  glutineux,  que  Nature  a engendré 
autour  desdites  vertebres,  ainsi  qu’és 
autres  articles,  à fin  que  leur  mouue- 
ment  soit  plus  libre.  Cesluy  ligament 
ne  va  iusques  à la  moelle  de  l’espine, 
et  lie  seulement  les  vertebres  par  de- 
hors : mais  il  y a vn  autre,  dont  la 
moelle  de  l’espine  est  toute  enuiron- 
née,  outre  la  Pie  et  Dure  mere,  à fin 
qu’elle  ne  soit  offensée  par  les  verte- 
bres quand  elles  se  meuuent,  laquelle 
naist  du  Pericrane  à l’endroit  qu’il  est 
conioint  auec  la  première  vertebre 
du  col. 

Or  quelquesfois  il  se  fait  mixtion 
de  grande  fluxion  d’vn  autre  hu- 
meur contre  nature  , froid  , crud  , 
gros , visqueux  et  glutineux , dont 
s’engendre  vne  tumeur  qui  fait  dis- 
tension des  nerfs  qui  sortent  des  ver- 
tebres, et  principalement  des  ligamens 
qui  les  lient.  le  dis  principalement 
des  ligamens  : car  il  ne  huit  pas  esti- 
mer que  les  nerfs  qui  sortent  de  la 
moelle , puissent  tirer  auec  eux  les 
vertebres  et  les  luxer,  parce  qu’ils 


DES  LVXATIONS. 


365 


sont  si  petits  et  mois  qu’ils  ne  le  peu- 
uont  faire.  Or  les  ligamens  estaus  fort 
distendus  et  tirés  vers  la  tubérosité  et 
tumeur  noueuse,  tirent  à soy  les  ver- 
tébrés, à sçauoir,  au  dedans  ou  de- 
hors, à dextre  ou  senestre,  et  par  con- 
séquent les  luxent.  S’il  y a des  tumeurs 
ou  nodosités  au  dedans  et  au  dehors, 
l’espine  sera  tournée  des  deux  costés, 
à sçauoir,  au  dedans  et  au  dehors,  et 
aux  costés  : et  voit-on  alors  l’espine 
estre  tournée  en  figure  d’arc,  ou  de 
S,  ou  d’autre  figure,  qui  sera  faite  se- 
lon que  les  vertebres  seront  dépla- 
cées de  leur  lieu  naturel.  Les  Grecs 
ont  donné  certains  noms  à telles  de- 
loueures,  à sçauoir,  Cyphosis , Lordo- 
sis,  Scoliosis  : qui  nous  ont  esté  inter- 
prétés par  monsieur  Dalechamps  en 
sa  Chirurgie  françoise ■ Cyphosis,  est 
la  bosse  releuée  en  dehors:  Lordosis, 
est  enfonceure  baissée  en  dedans  : 
Scoliosis,  est  entorseure,  ou  bosse  non 
droite,  mais  tournée  et  entorsée , 
c’est-à-dire  , ietlée  à dextre  ou  à se- 
nestre. 

Les  causes  qui  font  ainsi  desioindre 
les  vertebres,  sont  cheutes,  contu- 
sions, l’habitude  de  tout  le  corps  trop 
humide,  qui  enuoye  sur  icelles  des 
humeurs  glaireux  et  visqueux  qui 
les  amollissent,  lubrifient,  et  relas- 
chent.  On  voit  cecy  aduenir  aux 
ieunes  enfans,  à cause  de  leur  trop 
grande  humidité  et  tendresse  : comme 
(pour  exemple)  on  voit  qu’on  plie  fa- 
cilement vne  verge  humide  et  verde. 
Aussi  il  aduient  par  la  faute  de  leurs 
nourrices , qui  estreignent  aux  filles 
la  poitrine  et  les  costés,  à l’intention 
de  leur  faire  à l’aduenir  le  corps 
gresle,  et  les  hanches  esleuées  : car 
par  telle  faute  les  os  de  la  poitrine 
sont  contraints  de  se  ietter  trop  en 
deuant  ou  en  arriéré , dont  s’ensuit 
gibbosité  et  bosse  : et  quelquesfois 


vne  espaule  ne  croist  pas  et  demeure 
amaigrie,  et  l’autre  croist  et  s’engros- 
sit  par  trop.  D'auantage  la  nourrice 
peut  encores  faire  faute  au  coucher 
de  l’enfant,  qui  le  couche  plustosl  sur 
les  costés  que  sur  le  dos l.  Aussi  au  le- 
uer  : car  si  venans  à leuer  leurs  en- 
fans,  elles  lesprennent  seulement  par 
les  pieds  sans  soustenir  le  dos  de  l’au- 
tre main  , à la  longue  viendra  luxa- 
tion aux  vertebres,  à raison  de  la  pe- 
santeur des  parties  supérieures  au 
regard  des  inferieures.  Ce  qui  a prin- 
cipalement lieu  aux  petits  enfans  , à 
raison  qu’ils  croissent  plus  en  teste 
qu’en  tout  le  reste  du  corps. 


CHAPITRE  XVIII. 

PROGNOSTIC. 

Si  en  l’aage  d’enfance  les  vertebres 
du  Metaphrene  sont  voûtées,  les  cos- 
tes  ne  croissent  point  ou  peu  en 
large , mais  se  forjettent  en  deuant  : 
et  partant  la  poitrine  ou  le  sternum 
perd  sa  largeur  conuenable  et  s’ai- 
guise en  pointe.  Parce  aussi  que  les 
costés  sont  peruerties  de  leur  situa- 
tion naturelle,  les  malades  deuien- 
nent  asthmatiques,  ne  pouuans  auoir 
librement  leur  inspiration  et  expira- 
tion naturelle , à cause  que  les  poul- 
mons  sont  pressés,  et  les  muscles  qui 
seruent  à la  respiration  : et  partant 
sont  contraints,  pour  mieux  auoir  leur 
haleine,  et  tenir  le  col  fléchi  en  ar- 
riéré : ce  qui  leur  fait  monstrer  la 
gorge  grosse  en  deuant  : aussi  pour 
l’anguslie  et  stricture  de  la  trachée 
artere,  par  laquelle  l’air  entre  et  sort 
és  poulmons,  ils  respirent  auec  bruit, 

1 Le  chapitre  se  termine  ici  dans  l’édition 
de  1575;  le  reste  est  de  1579. 


356  LE  QVATORZIEME  LIVRE, 


et  en  dormant  soufflent.  Ils  sont  aussi 
sujets  à defluxions  sur  les  poulmons  : 
et  dit  Hippocrates  qu’ils  ne  viuent 
pas  longues  années  L 

Si  les  vertebres  des  lombes  sont  for- 
jeltées  en  la  partie  intérieure,  les  ma- 
lades sont  sujets  à maladie  des  reins 
et  de  la  vessie  : aussi  leurs  iambes 
leur  deuiennent  plus  gresles  : la  bar- 
be et  le  poil  du  penil  sort  plus  tard , 
et  en  moindre  quantité  : et  sont  pa- 
reillement moins  fertiles  à procréer 
lignée,  que  si  le  vice  estoit  à celles  du 
Metaphrene. 

Les  gibbosités  qui  viennent  des 
causes  extérieures,  sont  aucunes  fois 
curables:  mais  celles  qui  sont  faites 
de  causes  intérieures,  sont  incurables, 
si  on  n’y  pouruoit  au  commencement 
par  grande  metbode.  Parquoy  les 
bossus  qui  viennent  de  cause  hérédi- 
taire, c’est-à-dire  de  pere  et  mer»  bos- 
sus, sont  du  tout  incurables. 

Aussi  quand  l’espine  est  gibbeuse 
en  enfance,  et  auant  que  le  corps  soit 
parfaitement  creu  ou  agrandi , elle 
ne  croist  plus  : mais  les  bras  et  les 
iambes  se  parfont.  Est  ne  faut  s’emer- 
ueiller  de  cela  : car  à cause  que  les 
veines,  arteres  et  nerfs  sont  peruertis 
de  leur  propre  lieu,  aussi  qu’à  grande 
difficulté  les  esprits  y peuuent  re- 
luire , nécessairement  l’aliment  n’y 
paruient  pas  en  telle  quantité  qu’il 
deuroit:  dont  il  s’ensuit  émaciation, 
c’est-à-dire , amaigrissement  : mais  si 
le  corps  a acquis  ses  trois  dimensions, 
c’est-à-dire  qu’il  ne  croisse  plus  , les 
parties  de  l’espinc  deuiennent  seule- 
ment emaciées:  mais  les  parties  loin- 
taines, comme  les  bras  et  les  iambes, 
sont  du  tout  sans  mal.  Car  les  verte- 
bres ainsi  viciées  ne  gastent  pas  tout 

1 Hippocrates  sect.  3.  du  Liure  des  articles 
depuis  la  sent,  6.  — A.  P. 


le  corps , mais  seulement  les  parties 
qui  luy  sont  prochaines. 

11  nous  reste  à parler  maintenant 
de  la  moelle  de  l’espine , laquelle  se 
peut  par  vn  grand  mouuement  es- 
branler,  sans  que  les  vertebres  soyent 
luxées.  Ce  mal  se  peut  appeller  com- 
motion ou  concussion  : lequel  se  fait 
quand  elle  se  déprimé  de  son  lieu  où 
elle  adhéré.  Les  causes  sont  pour 
tomber  de  quelque  lieu  haut  en  bas, 
ou  par  quelque  grand  coup  orbe,  ou 
pour  auoir  eu  l’astrapade.  Peu  rcs- 
chappent  à qui  tel  accident  aduient, 
pour  plusieurs  raisons  que  le  Chirur- 
gien dogmatique  peut  bien  excogiler 
et  sçauoir1.  l’ay  différé  iusques  icy 
vn  point  fort  considérable  pour  le 
prognostic  de  la  luxation  des  verte- 
bres : c’est  que  plus  il  y a de  vertebres 
luxées,  moins  est  dangereuse  la  luxa- 
tion : la  raison  est , qu’en  tel  cas  la 
moelle  spinale  n’est  pas  si  pressée 
que  quand  il  n’y  a luxation  que  d’vne 
verlebre  : à raison  que  la  luxation  de 
plusieurs  vertebres  fait  en  la  moelle 
vn  angle  obtus,  et  celle  qui  n’est  que 
d’vne,  y fait  vn  angle  aigu.  C’est  ce 
que  tant  de  fois  répété  Hippocrates 
en  la  sect.  3.  du  liure  des  articles,  que 
la  luxation  orbiculaire  de  l’espine  est 
moins  dangereuse  que  l’angulaire. 

- ■- = 

CHAPITRE  XIX. 

DE  LA  LVXATION  DE  L’OSCOCCYX,CAVD.E, 
OV  QVEVË, 

L’os  caudœ  se  luxe  en  dedans  pour 
tomber  violentement  sur  le  croupion, 
ou  par  quelque  coup  orbe. 

Le  signe  qu’il  est  luxé  est  quand 

* Le  chapitre  finit  ici  dans  l’édition  de 
1575;  le  reste  a été  ajouté  en  1579. 


DES  LVXATIONS. 


le  malade  ne  peut  mettre  le  talon  vers 
la  fesse,  inesmes  ployer  le  genoüil 
qu’à  grande  peiue  et  difficulté  : et 
va  à ses  affaires  auec  douleur  : et  ne 
se  peut  tenir  assis,  si  ce  n’est  sur  vue 
chaire  percée. 

Pour  le  réduire,  il  faut  mettre  le 
doigt  dans  le  siégé,  tant  qu’il  soit  ap- 
posé à l'endroit  du  lieu  affecté , ainsi 
qu’auons  dit  en  sa  fracture  : puis  on 
esleuera  ledit  os  vers  les  parties  supé- 
rieures auec  force,  et  de  l’autre  main 
on  l’egalera  en  son  lieu  extérieure- 
ment : puis  sera  traité  par  remedes 
cy  dessus  mentionnés.  Il  est  affermi 
en  vingt  iours  : durant  lesquels  si  le 
malade  seleuedulit,  faut  qu’il  soit 
assis  en  vne  chaire  percée,  de  peur  de 
faire  réitération  de  la  luxation. 


CHAPITRE  XX. 

DE  LA  LVXATION  DES  COSTES. 

Les  costes  par  vne  grande  contu- 
sion se  peuuent  desioindre  et  luxer 
aux  costés  des  vertebres  oû  elles  sont 
iointes , et  cstre  poussées  au  dedans  : 
dequoy  les  anciens  n’ont  point  parlé: 
toutesfois  ils  confessent  que  tous  les 
os  en  general  se  peuuent  peruertir  de 
leurs  iointures. 

Le  signe  qu’elles  sont  luxées  aux 
costés,  est  qu’auec  les  doigts  on 
trouue  vne  inégalité,  à sçauoir,  ca- 
uilé  d’vn  costé,  et  exluberance  de 
l’autre  : et  lors  qu’elles  sont  poussées 
au  dedans  , on  trouue  vne  cauité  au 
lieu  où  elles  adhèrent  aux  vertebres. 

Telles  luxations  causent  plusieurs 
et  diuers  accidens,  à sçauoir,  diffi- 
culté de  respirer,  à cause  que  leur 
mouuement  est  empesché,  ioint  aussi 
que  le  malade  ne  se  peut  ployer  et 
dresser.  Et  pour  la  contusion  faite 


367 

sur  icelles,  la  chair  contuse  deuient 
boursouflée,  pituiteuse,  muqueuse,  et 
glutineuse,  pour  les  raisons  qu’auons 
déclarées  en  la  fracture  d’icelles.Donc- 
ques  pour  obuier  à tels  accidens,  faut 
promptement  faire  la  réduction,  puis 
on  remédiera  à ceste  boursoufleure. 

Si  la  luxation  est  faite  au  costé  su- 
périeur des  vertebres,  on  fera  tenir 
le  malade  debout,  ayant  les  bras  sus- 
pendus à quelque  porte  ou  fenestre  : 
puis  on  comprimera  sur  l’eminence 
de  la  coste  luxée,  tant  qu’elle  soit  ré- 
duite en  son  lieu.  Au  contraire,  si  la 
luxation  est  faite  du  costé  inferieur, 
faut  que  le  malade  se  ployé,  ayant  les 
mains  sur  les  genoux  : puis  le  Chirur- 
gien poussera  sur  l’eminence  tant 
qu’elle  soit  réduite.  Et  si  la  luxation 
est  faileen  la  parlieinterieure,iln’est 
possible  qu’elle  soit  réduite  par  la 
| main  du  Chirurgien,  non  plus  que  la 
luxation  des  vertebres  faite  en  de- 
dans, pour  les  raisons  susdites. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  LA  DEPRESSION  OV  ENFONCE V RE 
DV  STERNVM1. 

Le  sternum  peut  estre  déprimé  et 
enfoncé  au  dedans  par  vn  grand  coup 
orbe  : ce  que  i’ay  veu  aduenir  par  vn 
coup  de  mousquet , le  malade  estant 

1 J’ai  rétabli  dans  le  texte  ce  chapitre  21, 
qui  se  lit  dans  l’édition  de  1575  et  a été  re- 
jeté de  toutes  les  autres.  Des  deux  para- 
graphes qui  le  constituent,  le  premier  a trait 
à une  histoire  déjà  rapportée  avec  plus  de 
détails  au  Liure  des  fractures,  chap.  10;  et 
le  second  se  lit  au  livre  deuxième  de  l'ana- 
tomie, chap.  1.  Voyez  t.  I,  p.  176.  Mais  il 
était  ici  plus  à sa  place , et  c’est  pour  cela 
que  j’ai  suivi  le  texte  de  l’édition  de  1575. 


LE  QVATORZIÉMK  LIVRE  , 


368 

armé , dont  sa  cuirasse  fut  enfoncée , 
et  par  conséquent  le  sternum. 

le  ne  veux  à ceste  heure  oublier  et 
dire  l’abus  et  déception  d’aucuns,  qui 
tiennent  que  le  cartilage  xyphoïde , 
appellé  du  vulgaire  la  fourchette,  se 
luxe  et  tombe  : qui  est  vne  chose  , 
faussement  inuentée  : car  iamais  ne 
peut  tomber  ny  se  déplacer.  Parquoy 
en  cest  endroit  ie  n’en  veux  faire  au- 
cune mention. 


CHAPITRE  XXII. 

DE  LA  LVXATION  DE  l’eSPAVLE. 

Il  se  fait  facilement  luxation  en 
l'espaule , parce  qu'en  ceste  iointure 
les  ligamens  sont  lasches,  et  la  cauité 
de  l’omoplate  peu  caue,  et  de  toutes 
parts  égalé  et  lissée,  c’est-à-dire,  po- 
liè,  et  pareillement  la  teste  de  l’auant- 
bras  : ce  qui  se  fait  par  le  moyen  des 
cartilages,  et  de  certain  humeur  glai- 
reux qui  la  lubrifie  et  humecte  : 
ioint  aussi  qu’il  n’y  a point  de  liga- 
ment en  ceste  iointure  d’os  en  os, 
comme  il  y a en  la  hanche  et  au  ge- 
noüil.  Et  telle  chose  a esté  faite  par 
la  prouidence  de  Nature,  à cause  qu’i- 
celle ne  fait  seulement  extension  et 
flexion , comme  le  coude  , mais  fait 
d’auantage:  c’est  qu’elle  contourne  le 
bras  circulairement,  en  figure  supine, 
et  prone,  et  en  toutes  parts. 

L’os  adiutoire,  que  Hippocrates  ap- 
pelle l’auant-bras , se  peut  luxer  en 
quatre  maniérés,  c’est  à sçauoir,  en  la 
partie  supérieure,  inferieure,  ante- 
rieure , et  extérieure 1 : iamais  en  la 

> Galien , sur  la  sent.  1 . et  2.  du  Liure  des 
articles. — A.  P. 

11  y a eu  ici  une  variation  importante  dans 
le  texte.  En  1575,  Paré  admettait  des  luxa- 


posterieure , à raison  de  la  cauité  du 
palleron  qui  reçoit  la  teste  de  l’auant- 
bras  : iamais  aussi  en  l’interieure  par- 
tie de  la  iointure,  tant  pour  le  grand 
et  fort  muscle  deltoïde  qu’elle  a par 
dessus,  que  la  creste  du  palleron  et 
de  l’acromium  qu’elle  a tirant  vers  le 
col,  et  l’apophyse  ancyroïde  qu’elle  a 
tirant  en  dedans. 

Communément  et  le  plus  souucnt 
elle  se  fait  en  la  partie  inferieure: 
partant  nous  la  descrirons  première- 
ment. Doncques  le  signe  que  la  luxa- 
tion est  faite  en  la  partie  inferieure, 
est  qu’on  trouue  vne  cauité  sur  l’es- 
paule:  et  l’extremité  de  l’omoplate, 
nommée  acromium , se  trouue  estre 
aiguë  et  auancée  en  dehors  , parce 
que  la  teste  du  haut  du  bras  est  des- 
cendue sous  l’aisselle , qui  y fait  vne 
eminence.  Le  coude  se  iette  en  de- 
hors , et  s’escarte  des  costes  : toutes- 
fois  l’approchant  de  force , on  le  fait 
ioindre  et  toucher  à icelles.  Aussi  il 
est 1 plus  difficile  au  malade  de  l’a- 
uancer  en  deuant,  que  le  retirer  en 
derrière  : d’auantage  le  bras  est  plus 
long2.  Pareillement  le  malade  ne 

tions  en  la  partie  supérieure,  inferieure,  ante- 
rieure et  posterievre ; et  en  conséquence, 
les  remarques  qui  suivent  sur  l’impossibilité 
de  la  luxation  postérieure  et  même  sur  \'an- 
lerieure  n’existaient  pas.  La  dénomination 
de  luxation  en  arrière  venait  sans  doute  à 
l’auteur  de  son  éducation  première,  et  il 
l’avait  vue  dans  Guy  de  Chauliac.  On  peut 
penser  qu’il  se  corrigea  dans  l’édition  de 
1579,  soit  par  la  lecture  du  texte  de  Galien, 
qu’il  cite;  ou  encore  par  les  réflexions  de 
Dalechamps  sur  le  texte  de  Paul  d’Egine, 
où  l’on  retrouve  d’ailleurs  les  doctrines  de 
Galien. 

L’édition  de  1575  dit:  aussi  il  est  plus 
loin  que  l’autre,  et  plus  difficile,  etc. 

2 Le  texte  a subi  ici  un  changement  sin- 
gulier. En  1575  et  en  1579,  on  lisait  : le  bras 
est  plus  court ; ce  n’est  qu’à  partir  de  l’édi- 


a 


DES  LVXATIONS. 


peut  leuer  le  bras  sur  l’autre  espaule, 
ny  porter  sa  main  à la  bouche,  et 
sent  douleur  quand  il  manie  son  bras 
en  quelque  maniéré  que  ce  soit , 
pource  que  les  muscles  sont  pressés 
et  tendus , et  aucunes  de  leurs  fibres 
sont  rompues.  Et  ce  signe  n’est  pas 
seulement  particulier  pour  la  partie 
inferieure , mais  pour  les  luxations 
laites  en  toute  autre  partie  de  l’es- 
paule. 

Il  faut  icy  entendre,  que  le  signe 
de  ne  pouuoir  leuer  le  bras  ny  l’es- 
tendre,  n’est  certain  pour  conclure  la 
luxation1.  Car  cela  peut  aussi  venir 
d’autre  cause  , comme  contusion , 
fracture , inflammation , playe , apos- 
teme,  ou  scirrhe,  ou  quelque  fluxion 
faite  sur  les  nerfs  qui  naissent  des 
vertebres  du  col  pour  eslre  distribués 
au  bras. 

Or  il  y a six  maniérés  de  réduire  la 
luxation , quand  elle  est  faite  en  la 
partie  inferieure.  La  première,  auec 
le  poing  ou  les  doigts.  La  seconde , 
auec  l’espaule  mise  sous  les  aisselles  : 
lesquelles  deux  conuiennent  à la  des- 
loüeure  recente,  et  facile  à réduire, 
comme  aux  jeunes  enfans,  et  femmes, 
et  ceux  qui  sont  peu  charnus,  et  gé- 
néralement qui  ont  vne  habitude 

lion  de  1535  que  Paré  a remis , le  bras  est 
plus  lonr/.  D’où  est  venue  cette  correction? 
Celse avait  écrit  que  le  bras  était  allongé;  et 
le  traducteur  latin  de  Paré,  se  trouvant  en- 
tre l’autorité  du  texte  qu’il  traduisait  et  l’au- 
torité de  Celse,  préféra  cette  dernière,  et  se 
permit  cette  incroyable  licence  de  traduire 
le  bras  plus  court  par  brachium  long  lus.  Celle 
liccuce  eut  d’ailleurs  un  plein  succès  , et 
peut-être  A.  Paré  avait-il  ôté  consulté  à cet 
égard  ; quoi  qu’il  en  soit,  il  est  certain  qu’en 
1585  il  a mieux  aimé  suivre  son  traducteur 
que  son  propre  texte.  Mais  que  devient  dans 
tout  ceci  l’autorité  de  l’observateur  ? 

1 Belle  annotation.  — A.  P. 


36g 

mollasse  et  pituiteuse.  La  troisième  , 
auec  le  peloton  de  fil  poussé  par  le 
talon.  La  quatrième,  auec  vne  pelote, 
iettant  le  bras  sur  vne  barre  de  bois, 
ou  sur  vne  courge , ou  autre  chose 
semblable,  soustenue  par  deux  serui- 
teurs , ou  entre  deux  colomnes , ou 
sur  vne  porte.  La  cinquième,  auec 
l’eschelle.  La  sixième,  auec  le  arnbi l. 
Toutes  lesouelles  nous  descrirons 
maintenant. 

Et  en  quelque  maniéré  qu’elle 
soit  luxée , faut  pour  la  réduire  tirer 
le  bras  en  bas  vers  la  terre2. 


CHAPITRE  XXI H. 

LA  PREMIERE  MANIERE  DE  REDVIRE  L’ES- 

PAVLE,  AVEC  LE  POING  OV  LES  DOIGTS 

IOINTS  ENSEMBLE. 

Il  faut  premièrement  tenir  ferme- 
ment le  malade  au  dessus  de  la  ioin- 
ture  de  l’espaule, par  vn  homme  assez 
fort  : secondement , luy  faire  tirer  le 
bras  par  vn  autre  au  dessus  du  coude 
contre  bas,  tellement  que  la  teste  de 
1’auant- bras  soit  posée  vis-à-vis  de  sa 
boette.  Ayant  tiré  suffisamment , le 
Chirurgien  haussera  et  poussera  de 
ses  mains  ou  de  son  poing , l'os  de- 
dans sa  cauité. 

El  icy  noteras,  qu’aux  luxations  ré- 
centes, et  aux  icunes,  et  aux  peu 
charnus  , et  à ceux  qui  sont  de  tem- 
pérament mollasse  , lors  qu’on  fait 
suffisante  extension,  la  teste  de  l’os 
estant  desucloppée  d’entre  les  mus- 

1 L’édition  de  1575  écrit  le  lambin  ; mais  ce 
parait  être  une  faute  d’impression  qui  a été 
corrigée  dès  1579. 

2 Celte  dernière  phrase  n’a  été  ajoutée 
qu’en  1585.  Du  reste  on  la  retrouvera  plus 
bas  au  chapitre  28. 


II. 


24 


LE  QVATORZJÉME  LIVRE  , 


370 

clés,  et  autres  parties  qui  la  compri- 
ment, lesdits  muscles  de  ceste  partie 
soudain  lâchés  aident  à réduire 
l’os 1 : ce  que  i’ay  conneu  quelques- 
fois:  car  ne  taisant  seulement  qu’vne 
préparation  en  tirant  et  haussant  vn 
peu  le  bras,  la  réduction  se  faisoit 
sans  y penser  : ce  qui  se  faisoit  par  le 
moyen  des  muscles  qui  se  retiroient 
vers  leur  principe,  et  ce  faisant  ti- 
roient  l’os  en  sa  boette. 

Et  si  par  ce  moyen  la  main  n’est 
suffisante,  tu  attacheras  l’espaule  du 
malade  par  le  lien  qu’auons  cy  des- 
sus figuré,  contre  vn  pilier,  ou  tenu 
par  derrière  par  vn  fort  homme  : puis 


le  bras  du  malade  sera  lié  au  dessus 
du  coude  auec  vn  escheueau  de  fil, 
lequel  sera  attaché  auec  vne  corde  , 
et  tiré  par  la  moufle  qu’auons  pareil- 
lement descriie  cy  dessus,  et  vn  ser- 
uiteur  tirera  la  corde  tant  et  si  peu 
qu’on  voudra.  Puis  le  Chirurgien  aura 
vne  seruiette,  ou  autre  lien,  qui  sera 
passé  sous  le  bras  du  malade , assez 
pies  de  la  deloüeure,  lequel  sera 
passé  sur  le  col  du  Chirurgien,  à fin 
qu’il  esleue  le  bras  en  haut  : et  de  ses 
deux  mains  réduira  l’os  en  son  lieu , 
en  tournant  le  bras  vers  la  poitrine 
du  malade  , comme  lu  vois  par  ceste 
figure. 


Apres  la  réduction , faut  appliquer 
sur  toutes  les  parties  voisines  de  l’es- 
paule  vn  médicament  fait  de  folle  fa- 
rine, bol  armene,  myrliles  , encens, 
poix  résiné,  aluni , subtilement  pulue- 
risés,  et  incorporés  auec  blanc  d’œufs. 
Et  faut  mettre  sous  l’aisselle  vn  pelo- 
ton de  laine  ou  de  coton  , ou  vne 
compresse  de  drapeau  trempée  en 


huile  rosat  ou  de  myrtile,  auec  vn 
peu  de  vinaigre,  et  vn  peu  d'onguent 
rosat  .réfrigérant  de  Galien , de  peur 
qu’elle  ne  tint  au  poil,  s’il  y en  auoit. 
Apres  on  fera  la  ligature  large  de 
cinq  doigts  , ou  plus  ou  moins,  selon 
la  grosseur  du  malade,  et  longue  de 
deux  brassées  ou  plus,  laquelle  sera  à 
deux  chefs  : commençant  le  bandage 
par  le  milieu  d’icelle,  ieltée  sous  l’ais- 
selle , et  menée  par  dessus  l’espaule 


* Point  notable.  — A.  P. 


DES  LVXATIONS. 


371 


malade , puis  par  dessous  Vautre  ais- 
selle , de  sorte  que  ses  reuolu lions  se 
; croisent  en  forme  de  croix  S.  André, 
et  faire  tant  de  tours  qu’il  sera  be- 
soin. Apres  on  attachera  le  bras  con- 
! tre  les  costes,  et  sera  situé  en  es- 
charpe  assez  haut  en  figure  d’vn  an- 
gle droit,  tenant  la  main  près  l’espaule 
saine,  à fin  que  l’os  recentemenl  re- 
mis 11e  tombe  de  rechef  hors  de  sa 
boette:  et  ne  faudra  remuer  l’appa- 
reil de  quatre  ou  de  cinq  iours/s’il  n’y 
suruient  quelque  accident. 

_ 

CHAPITRE  XXIV. 

AVTRE  MANIERE  DE  REDV1RE  P’ESPAVl.E 
AVEC  LE  TALON,  LORSQVE  LE  MALADE 
NE  SE  POVRROIT  TENIR  DROIT  NY  ASSIS. 

Faut  faire  coucher  le  malade  con- 
tre terre  sur  quelque  couuerture  ou 
matelas  : puis  on  luy  mettra  sous  Vais- 
selle vn  peloton  de  fil,  ou  vne  pelote 
de  cuir  remplie  de  bourre  ou  de  co- 
ton , de  grosseur  proportionnée  à la 
capacité  de  l’aisselle,  à fin  que  du  ta- 


lon on  puisse  mieux  pousser  l’os  en 
sa  place  Car  lors  qu’on  tire  le  bras , 
il  se  fait  plus  grande  cauité  en  l’ais- 
selle, à cause  des  tendons  et  des  mus- 
cles qui  sont  des  deux  costés.  Puis  le 
Chirurgien  s’asserra  vis-à-vis  du  ma- 
lade au  deuanl  du  bras  desloüé.  Et  si 
c’est  l’espaule  droite,  il  accommodera 
le  talon  de  son  pied  droit  sur  la  pe- 
lote: et  si  c’est  l’espaule  gauche,  il 
accommodera  le  talon  du  pied  gau- 
che. Puis  apres  il  empoignera  le  bras 
du  malade,  et  le  tirera  vers  les  pieds, 
et  auec  le  talon  il  poussera  fort  con- 
tre l’aisselle.  El  pendant  que  cela  se 
fait,  il  y aura  vn  seruiteur  par  der- 
rière la  teste  du  malade,  lequel  haus- 
sera le  bras  auec  quelque  seruielte 
deliée,  ou  quelque  lien  ou  courroye 
propre  à ce  faire , et  posera  la  plante 
de  son  pied  sur  l’espaule  du  malade, 
et  la  poussera  en  bas.  Et  d’auantage 
pour  bien  faire,  il  y aura  vn  autre 
seruiteur  assis  de  l’autre  coslé,  qui 
tiendra  le  corps  et  le  bras  sain  du 
malade,  à fin  qu  il  11’obeïsse,  et  11e  soit 
esleué  ny  tourné  çà  et  là  lors  qu’on 
fera  la  réduction,  comme  tu  vois  par 
ceste  figure. 


LE  QVATORZIÉME  LIVRE, 


372 

Autre  maniéré  de  réduire  l’espaule  *. 


Il  faut  mettre  l’aisselle  du  malade 
sur  le  bout  aigu  de  l’espaule  d’vn 
homme  assez  fort,  et  plus  grand  que 
le  malade,  ou  qu’il  aye  quelque  chose 
sous  ses  pieds  pour  le  hausser  : et  luy 
tirera  le  bras  vers  sa  poitrine,  en  sorte 
que  le  corps  du  malade  demeurera 
suspendu.  Et  si  le  malade  est  fort  lé- 
ger, il  faut  que  quelqu’vn  pesant  suf- 
fisamment pour  luy  donner  contre- 
pois  , se  pende  et  branle  sur  iceluy  : 
et  par  ce  moyen  le  bras  estant  ainsi 
tiré  contre-bas , et  esbranlé  en  tour- 
nant et  virant  en  la  partie  con- 
traire, faisant  cela  auec  l’aide  du  Chi- 
rurgien , qui  pressera  l’espaule  du 
malade  contre-bas,  la  réduction  sera 
faite  : comme  tu  vois  par  ceste  figure. 


« Ce  titre  existe  dans  toutes  les  éditions 
sans  former  de  chapitre  séparé;  et  je  l’ai 
laissé  ainsi  bien  qu’il  soit  tou/-â-fai t en  de- 
hors du  titre  officiel  du  chapitre.  Mais  il  y 
aurait  eu  trop  à faire  si  j’avais  voulu  par- 


Cli APURE  XXV. 

AVTRE  MANIERE  DE  REDV1RE  L’ESPAVLE. 

On  prend  vn  baston  assez  plat, 
comme  vne  courge  (dont  les  cham- 
brières de  Paris  portent  deux  seaux 
d’eau  sur  leurs  espaules  ) de  largeur 
de  deux  pouces,  et  long  enuiron  d’vne 
toise  : au  milieu  duquel  sera  attaché 
vn  peloton  de  fil  ou  vn  esteuf,  de 
grosseur  conuenable  à l’aisselle  : et  à 
chacun  costé  y aura  vne  cheuille  es- 
leuée  , qui  engardera  que  l’espaule 
ne  vacille  en  çà  ou  en  là.  Puis  y aura 
deux  hommes  plus  grands  que  le  ma- 
lade (ou  pour  le  moins  auront  quel- 
que chose  sous  leurs  pieds  , qui  les 
haussera  tant  que  besoin  sera)  et  tien- 
dront le  baston  sur  leurs  espaules. 
Puis  le  malade  posera  son  aisselle 
sur  le  peloton,  et  le  Chirurgien  tirera 
fort  le  bras  contre-bas,  de  façon  que 
le  malade  demeurera  suspendu  sur  le 
baston.  Adonc  la  réduction  se  fera, 
comme  tu  vois  par  ceste  figure  suy- 
uante  : en  laquelle  lu  vois  aussi  le 
baston , auecques  le  peloton  et  les 
cheuilles. 

On  peut  nommer  ce  baston,  courge1. 

tout  rétablir  un  ordre  rigoureux,  qui  n’était 
point  dans  l’habitude  de  l’auteur;  et  déjà 
dans  le  chapitre  précédent  il  a décrit  le  pro- 
cédé du  moufle,  tandis  que  le  titre  n’annonce 
que  le  procédé  du  poing  ou  des  doigts. 

Je  noterai  en  passant  que  la  planche  pré- 
cédente manque  dans  l’édition  de  1585. 

1 Tous  les  procédés  décrits  jusqu’ici , à 
l’exception  du  moufle , se  retrouvent  dans 
Hippocrate,  et  les  figures  mêmes  avaient  été 
données  par  Vidus  Vidius  dans  son  édition 
des  commentaires  de  Galien  , et  par  le  tra- 
ducteur de  celte  édition.  Le  bâton  est  un  de 
ces  procédés  anciens , mais  la  modification 
du  bâton  en  courge  appartient  à Paré. 


DES  LVXATIONS. 


373 


CHAPITRE  XXVI. 

I.A  C1NQVIEME  MANIERE  DE  REDVIRE 
l.’ESPAVLE,  AVEC  VNE  ESCHELLE *. 

On  la  réduit  pareillement  auec  le 
degré  d’vne  eschelle , comme  il  s’en- 
suit. Il  faut  attacher  sur  l’eschelon 
quelque  chose  ronde,  comme  vn  pe- 
loton de  fil , de  grosseur  qu’il  puisse 

1 Vous  remarquerez  que  cette  cinquième 
maniéré  est  au  moins  la  sixième  ; car  nous 
venons  de  parcourir  successivement  le  poing 
ou  les  doigts,  le  moufle,  le  talon,  l'épaule  et  le 
bâton.  Peut-être  l’un  de  ces  procédés  avait- 
il  passé  sous  silence  dans  l'édilion  partielle 
de  1572;  mais  ils  se  trouvent  déjà  tous  dans 
la  première  édition  des  OEuvres  complètes 
en  1575. 


entrer  dessous  l’aisselle  du  malade , 
comme  auons  dit  : puis  on  le  fera 
monter  sur  vne  petite  escabelle,  et 
luy  liera-on  les  deux  iambes  ensem- 
ble , et  le  bras  sain  derrière  le  dos , à 
fin  qu’il  ne  prenne  et  se  remette  sur 
l’eschelle  quand  on  fera  la  réduction: 
puis  faut  poser  l’aisselle  du  malade 
droittement  sur  le  peloton,  et  luy 
commander  d’approcher  son  corps 
tant  qu’il  luy  sera  possible  contre 
l’escbelon  : autrement  il  y auroit 
danger  de  rompre  l’os  du  haut  du 
bras , sans  réduire  la  luxation.  Aussi 
ne  faut  que  le  malade  pose  sa  teste 
entre  les  eschelons.  Puis  on  liera  le 
bras  luxé  au  dessus  du  coude  auec  vn 
escheueau  de  fil,  ou  autre  lien  propre 
à ce  faire  : et  vn  seruiteur  le  tirera 
fort  contre-bas,  et  tout  à l’heure  vn 
autre  seruiteur  luy  tirera  l’escabelle 
de  dessous  ses  pieds,  de  façon  qu’il 
demeurera  tout  suspendu  à l’eschelle. 
Ainsi  l’os  sera  réduit  ou  de  soy-mes- 
me,  ou  auec  l’aide  du  Chirurgien,  qui 
poussera  l’espaule  contre-bas,  en 
branlant  le  bras  d’vn  costé  et  d’au- 
tre. L’os  réduit , tout  à l’instant  on 
remettra  vne  autre  escabelle  sous  les 
pieds  du  malade,  à fin  qu’il  puisse  re- 
tirer son  bras  de  dessus  l’eschelle  plus 
aisément,  car  s’il  le  releuoit  trop  con- 
tre-mont, il  y auroit  danger  que  l’os 
recentement  remis  sortit  de  recbef  de 
sa  place1 . 

Tu  peux  connoistre  l’industrie  de 
réduire  l’espaule  par  ceste  figure  de 
l’eschelle  : laquelle  doit  estre  toute 
droitte,  et  non  en  autre  figure2. 

1 On  lit  un  exemple  d’une  récidive  arrivée 
de  cette  manière  dans  les  observations  de 
Delamotte. 

2 Ce  procédé,  comme  celui  de  la  porte  qui 
viendra  après , remonte  également  à Hip- 
pocrate. 


374 


LE  QVATORZIÈME  LIVRE, 


le  ne  veux  en  cesle  endroit  laisser 
en  arriéré  l’astuce  et  inuention  du 
Chirurgien  de  monseigneur  le  Duc  de 
Lorraine, nommé  Nicolas  Picarl1,  le- 
quel fut  appelle  en  vn  village  près 

1 Ambroise  Paré  avait  lié  connaissance  avec 
Nicolas  Picard  clans  le  premier  voyage  qu’il 
avait  fait  en  Lorraine  à la  suite  du  roi  Char- 
les IX  en  150G  ; en  conséquence  ce  procédé 
du  chirurgien  Lorrain  se  lit  dans  toutes  les 
éditions  des  OEuvres  complèles.  Il  y en  a 
un  autre  du  même  auteur  que  Paré  n’apprit 
de  lui  que  plus  lard  , lors  de  son  second 
voyage  à Nancy  (voyez  ci-après  page  377). 
Au  reste  nous  retrouverons  encore  ailleurs 
d’autres  témoignages  du  génie  inventif  de 
ce  Nicolas  Picard  , qui  serait  demeuré  in- 
connu sans  ces  citations  de  Paré. 


Nancy,  pour  réduire  vne  luxation  de 
l’espaule  d’vn  païsan  : en  la  maison 
duquel  il  n’y  auoit  que  luy  et  sa 
femme.  Il  mit  et  attacha  ledit  païsan 
sur  vne  eschellc,  comme  dessus  auons 
dit,  et  print  vn  baston  entre  ses  iam- 
bes,  et  le  posa  sous  l’vn  des  esche- 
ions,  et  attacha  vn  lien  au  dessus  du 
coude  du  bras  luxé:  puis  de  toute  sa 
pesanteur  et  force  pressa  sur  le  bas- 
ton,  et  commanda  à la  femme  de  tirer 
la  selle  de  dessous  les  pieds  : et  tout 
à l’instant  remit  l’os  en  son  lieu, 
comme  lu  vois  par  cesle  figure. 


Fiç/urc  pour  réduire  l’espaule  sur  l’eschelle. 


Et  par  faute  d’vne  esclielle,  on  se 
peut  aider  d’vne  perche  posée  en  tra- 
uers  de  deux  colomnes , ou  d’vne 
porte  , comme  tu  vois  par  ceste  fi- 
gure : en  laquelle  t’est  monstré  vn 
bois  auec  liens,  qui  te  sera  déclaré 
tout  maintenant. 


DES  I/VXATIONS.  3?  5 


Autre  figure  pour  réduire  l’espaule  sur  une 
porte. 


CHAPITRE  XXVII. 

AVTRE  MANIERE  DE  REDVIRE  l’ESPAVEE. 

Hippocrates  loue  sur  toutes  les  ma- 
niérés de  réduire  l’espaule  luxée, 
ceste-cy.  « Il  faut  prendre  (dit-il)  vn 
bois  large  de  quatre  ou  cinq  doigts , 
et  espés  de  deux , ou  moins , et  de 
longueur  de  deux  coudées , ou  plus 
court.  Il  faut  que  l’vn  des  bouts  soit 
fort  estroit  et  fort  tenue  , et  qu’il  y 
ait  vne  petite  teste  ronde,  et  vn  peu 
caue,  et  qui  soit  vn  peu  eminente  non 
vers  les  costés,  ains  vers  la  teste  de 
l’os  du  haut  du  bras , à fin  qu’estant 


mis  sous  ladite  teste  de  l’os  du  haut  du 
bras,  il  soit  approprié  à l’aisselle  pies 
les  costes.  L’on  collera  quelque  piece 
de  drap  ;>u  bout  dudit  bois,  ou  quel- 
ques compresses  de  coton  ou  de 
linge,  à fin  qu’il  blesse  moins  les  par- 
ties où  il  touche.  Apres  il  faut  mettre 
le  plus  auartl  qu’on  peut  la  teste  du- 
dit bois  en  l’aisselle,  entre  la  teste  de 
l’os  du  haut  du  bras,  el  les  costes.  Pa- 
reillement tout  le  bras  sera  estendu 
sur  ledit  bois, et  lié  au  dessous  de  l'ais- 
selle, et  vn  peu  au  dessus  du  coude 
et  de  la  main  , à fin  qu’il  soit  immo- 
bile. Or  c’est  chose  qui  importe  et 
qu’il  faut  faire,  que  le  bout  de  ce  bois 
passe  la  teste  de  i’os  du  haut  du  bras, 
de  façon  qu’il  entre  fort  auant  sous 
l’aisselle.  En  apres  il  faut  mettre  vne 
grande  piece  de  bois  en  trauers  , de 
grosseur  du  manche  d’vne  boue,  au 
milieu  de  deux  colomnes , ausquelles 
ladite  piece  soit  bien  attachée  : sur 
laquelle  auec  le  bois  il  faut  mettre 
tellement  le  bras, qu’il  soit  d’vn  costé, 
el  le  reste  du  corps  soit  de  l’autre.  Et 
doit  ladite  piece  eslre  sous  l’aisselle  : 
et  apres  il  faut  tirer  d’vn  costé  le  bras 
autour  de  la  piece  de  bois,  el  de  l’au- 
tre costé  il  faut  tirer  le  corps.  Or  il 
faut  lier  la  piece  de  bois  si  haut , que 
le  malade  soit  pendu  de  tout  le  reste 
du  corps,  de  sorte  qu’il  ne  louche  en 
terre.  Aussi  qu’on  le  balance  contre- 
bas. Ce  moyen  de  réduire  la  luxation 
de  l’espaule  est  le  meilleur  de  tous 
les  autres1.  » 

Au  lieu  de  deux  colomnes,  on  s’ai- 
dera d’vne  escbelle , ou  d’vne  porte, 
ou  de  deux  pieds  de  lit.  Maistre  Henry 
Aruet,  Chirurgien  demeurant  à Or- 
léans, homme  de  bien  et  grandement 
expeiimenté  en  la  Chirurgie,  m’a  af- 

1 Hippocrates  au  1.  liure  des  articles,  dit 
ces  propres  paroles,  sent.  19.  — A.  P. 


LE  QVATORZ1KME  LIVRE  , 


376 

fermé  que  iamais  n’auoit  fait  faute  à 
réduire  ceste  luxation  par  ceste  ma- 
niéré, si  par  succession  de  temps 
( comme  dit  Hippocrates  ) la  chair 
n’estoit  accreuë  en  la  cauilé  de  la 
iointure,  et  aussi  la  teste  de  l’os  n’a- 
uoit fait  vn  lieu  tout  battu,  auquel 
elle  fust  descendue.  Car  alors  l’os  ne 
pourroit  estre  remis,  ny  demeurer  en 
son  lieu  , mais  retomberait  au  lieu 
battu  et  ja  calleux,  qui  tient  lieu 
d’vne  iointure. 

D’auantage  11e  veux  encore  oublier 
de  bien  instruire  le  ieune  Chirurgien, 
que  si  d’auenture  la  teste  et  l’os  du 
haut  du  bras  faut  à entrer  tout  à 


l'heure  en  sa  cauilé,  il  faut  que  le 
Chirurgien  branle  çà  et  là  le  bras 
disloqué  : et  par  ce  moyen  la  teste  de 
l’os  r’entrera  en  sa  boëtte  : et  y es- 
tant r’entrée,  on  r’habillera  et  appli- 
quera-on  les  compresses  et  ligatures, 
comme  nous  auons  dit  par  cy  douant. 

Outre  et  par  dessus  les  figures  cy 
dessus  dépeintes,  i’en  ay  voulu  encor 
donner  vue  autre,  pour  réduire  la- 
dite luxation  auec  la  piece  de  bois 
qu’escrit  Hippocrates,  qui  sera  atta- 
chée d’vne  chenille  de  fer  dans  vn 
treteau,  laquelle  se  pourra  hausser 
et  baisser  tant  et  si  peu  qu’on  vou- 
dra, comme  tu  vois  par  cette  figure. 


Glossocome  d'Hippocrates  nommé  arxbi  *. 


Or  le  malade  doit  estre  assis  sur 
vne  petite  selle , vn  peu  plus  bas  que 

1 Par  1°  texte  même  d’Hippocrate  cité  ci- 
dcssus,  on  voit  que  l’ambi  représcnlé  par 
cette  figure  n’était  pas  alors  connu  ; et  toute 
l’antiquité  n’a  fait  usage  que  de  1 ’ambès 
qu’on  verra  figuré  plus  loin,  et  qu’on  réu- 
nissait à la  porte,  à l’échelle,  ou  au  bâton 
suspendu  sur  deux  colonnes  comme  on  le 


n’est  la  hauteur  du  treteau,  ayant  les 
pieds  liés  ensemble , de  peur  qu’il  ne 

voit  à la  page  375.  La  réunion  de  l’ambi  à 
un  piédestal,  ou  comme  dit  Paré,  à un 
tréteau , constitue  à proprement  parler 
Yambi,  instrument  tout  moderne,  et  dont 
les  premières  traces  ne  remontent  plus  haut 
qu’à  l’ouvrage  de  Gcrsdorf  en  1517.  Voyez 
mon  Introduction. 


DES  LVXATIONS. 


s’esleue  lors  que  le  Chirurgien  ré- 
duira la  luxation  : ce  qu’il  fera  ayant 
posé  et  lié  le  bras  luxé  sur  la  piece  de 
bois,  et  icelle  appliquée  sous  la  teste 
du  haut  du  bras,  comme  a esté  dit  cy 
dessus  : et  apres  ce  fait , baissera  le 
bout  de  ladile  piece  de  bois  opposite 
à la  teste  caue  et  ronde  contre-bas. 
Ce  faisant  l’os  se  réduira  en  sa  boette. 

D’auanlage  ie  l’ay  encores  fait  dé- 
peindre en  particulier  la  piece  de  bois, 
nommée  Ambi  laquelle  en  sa  leste 
a vue  cauité  marquée  par  B.  et  sa  to- 
talité marquée  A.  auec  trois  liens  pour 
lier  le  bras  ferme,  de  peur  qu’il  ne  va- 
cille çà  ou  là,  comme  tu  vois  par  ceste 
ligure  *. 


Ti 

gü3 


Depuis  la  première  impression  de 
mon  Liure,  estant  à Nancy  en  Lor- 
raine,par  le  commandement  duRoy, 
pour  la  maladie  de  madame  la  Du- 
chesse : maistre  Nicolas  Picart,  Chi- 
rurgien de  monseigneur  le  Duc,  me 
monstra  vn  Ambi,  auquel  il  auoit  ad- 
iousté  quelques  choses  par  dessus  ce- 
luyque  i’auois  tiré  d’Hippocrates, du- 
quel ie  t’ay  bien  voulu  donner  le 
portrait , ensemble  l’explication  d’i- 
celuy  2 

A.  Monstre  deux  ailerons  ou  oreilles  qui  sont 
audit  ambi,  à fin  de  retenir  le  haut  du 
bras , qu’il  ne  vacille  çà  ne  là. 

B.  Le  pillier  sus  lequel  est  attaché  leditambi. 

C.  La  petite  cheuille  qui  tient  ledit  ambi 
ioint  dans  le  pillier. 

D.  Les  virolles  qui  tiennent  ferme  la  patte 
du  pillier,  à fin  qu’il  ne  se  hausse  ou 
vacille  en  la  réduction. 

F..  Les  trous  de  la  patte  où  est  inséré  le 
pillier  ioint  au  plancher. 


1 Ceci  est  l 'ambès  pur  d’Hippocrate,  déjà 
figuré  à la  page  375. 

2 Ce  paragraphe  et  la  figure  qui  suit  ne 
datent  que  de  l’édition  de  1579. 


3 


77 


c 


Figure  dudit  ambi , 


— Xaff? — ~ 


C’est  vne  chose  bien  decente  aux 
Chirurgiens  demeurans  aux  villes, 
d’auoir  tel  instrument  pour  réduire 
les  luxations  de  l’espaule. 

■ *à  : 

CHAPITRE  XXVIII. 

LA  MANIERE  DE  REDV1RE  L’ESPAVLE  , 
QVAND  LA  LVXATION  EST  FAITE  EN 
LA  PARTIE  ANTERIEVRE  L 

Il  n’aduient  pas  soutient  que  l’es- 
paule  se  luxe  en  la  partie  anterieure. 
Toutesfois  il  n’y  a rien  qui  par  vne 
soudaine  violence  ne  se  face  : telle- 
ment que  les  os  se  luxent , combien 
que  leurs  articles  soyent  bien  munis 
pour  empescher  la  luxation  : comme 

1 L’édition  de  1575  porte  ici  en  la  partie 
supérieure,  et  ainsi  dans  tout  le  reste  du  cha- 
pitre. C’est  encore  une  réminiscence  de  Guy 
de  Chauliac,  que  Paré  corrigea  en  1579.Tou- 
tefois,  même  dans  son  histoire  de  la  Non- 
nain,  il  mettait  la  luxation  en  la  partie  su- 
périeure: ce  qui  prouve  qu’il  ne  voyait  là 
qu’un  changement  dans  les  mots,  et  non 
dans  les  choses. 


3^8 


LE  QVATORZI^ME  LIVRE, 


en  cest  article  il  y a vn  grand  obstacle 
ou  empescbement , à sçauoir  l’acro- 
mium  , et  l’extremité  de  l’os  furcu- 
laire , qui  est  appuyé  de  contre  , et 
aussi  le  gros  muscle  et  fort,  nommé 
epomis , et  celuy  à deux  testes  et  au- 
tres. Donc  lorsqu’elle  se  fait,  il  y a vne 
grande  violence  : ce  qu’Hippocrates 
dit  n’auoir  iamais  veu1.  Neantmoins 
Galien  tesmoigne  l’auoir  veu  cinq 
fois  : vne  fois  en  Asie,  en  la  ville  de 
Smyrne,  et  quatre  en  la  ville  de  Rome: 
laquelle  , dit-il , estoit  en  ce  temps-là 
si  peuplée,  qu’on  pouuoit  dire  que 
c’estoit  Vepitome  de  toute  la  terre  ha- 
bitée : et  aux  villes  où  Hippocrates 
liabitoit , n’y  pouuoit  auoir  tant  de 
gens  qu’en  vne  seule  rue  de  la  ville 
de  Rome.  Parquoy  Galien  dit  qu’il  ne 
se  faut  esmerueilier  s’il  n’auoit  veu 
telles  luxations  Car  où  il  y a beau- 
coup de  gens,  on  voit  pareillement 
plusieurs  et  diuers  accidens2. 

De  ma  part , ie  proteste  n’en  auoir 
iamais  veu  qu’vne  seule  en  vne  non- 
nain  , qui  se  voulant  sauner  de  son 
monastère,  se  iella  d’vne  fenestre  en 
terre,  et  tomba  sur  le  coude  : dont 
elle  se  fit  luxation  en  la  partie  ante- 
rieure de  l’espaule. 

On  peut  connoislre  telle  luxation 
par  la  figure  de  la  partie  vitiée,  et  en 
touchant  de  la  main  dessus  l’article, 
on  trouue  la  teste  de  l’auant-bras 
vers  la  poitrine.  Pareillement,  le  ma- 
lade ne  petit  fléchir  le  coude. 

Telle  luxation  est  réduite  comme 
les  autres,  à sçauoir  en  tirant  et  pous- 
sant. Et  pour  ce  faire,  faut  faire  cou- 
cher le  malade  à la  renuerse,  et  faire 
l’extension  du  bras  à la  partie  con- 
traire. Mais  premièrement  que  ce 

1 Hippocrate,  sect.  1.  liu.  des  Articles, 
sent.  2.  — A.  P. 

2 Gai.  Comm.  sur  la  sect.  1.  du  liu.  des 
Art.  sent.  23.  — A.  P. 


faire,  il  faut  mettre  vn  lien  propre 
pour  tenir  la  iointure  fermement, 
comme  celuy  qui  est  appelé  de  Ga- 
lien (sur  le  liure  des  Articles)  Carche- 
sien  1 : et  remplir  la  cauité  de  l’ais- 
selle d’vn  peloton  de  fil , ou  autre 
chose  semblable,  et  tirer  le  bras  par 
dessus  le  coude.  Et  faut  noter  que  lors 
que  la  teste  dudit  os  est  astreinte  des 
muscles,  il  faut  tourner  vers  la  partie 
postérieure  qui  est  opposée  à l’ante- 
rieure. Aussi  se  donner  garde  qu’il 
ne  tombe  en  bas  sous  l’aisselle  : ce 
qu’on  euitera  en  l’estendant  et  tirant 
vers  diuerses  parties  : à quoy  auss 
sert  de  munir  et  garnir  la  cauité  de 
l’aisselle  du  peloton  dessusdit.  Puis 
faut  pousser  la  teste  de  l’os,  qui  est 
serrée  entre  les  muscles  : et  apres  en 
laschant  l’extension  , faut  laisser  re- 
nie ttre  l'os  en  son  lieu  auec  les  mus- 
cles, qui  s’en  retournent  d’eux-mcs- 
mes  à leur  origine. 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  LVXATION  DE  L’ESPAVLE  FAITE 
EN  LA  PARTIE  EXTERIEVRE 2. 

Il  se  peut  faire  luxation  en  l’espaule 
vers  la  partie  extérieure  : mais  aussi 
rarement. 

Le  signe  de  cette  luxation  est 
qu’on  ne  peut  estendre  le  bras,  et  se 
meut  plus  difficilement  enl’eslendant 

‘ Sect.  I.  sent.  23.—  A.  P. 

2 J’ai  déjà  dit  plus  haut  que  l’édition 
de  1575  disait  en  la  partie  postérieure;  et  du 
reste, chose  assczcurieuse,  il  en  est  resté  dans 
toules  les  éditions  subséquentes  un  témoi- 
gnage irrécusable  dans  celte  note  marginale 
que  l’auteur  avait  oublié  de  changer:  Comme 
l'on  doit  situer  le  malade  en  la  luxation  faite 
en  la  partie  postérieure. 


DES  LVXATIONS. 


vers  la  partie  extérieure  que  vers 
l’anterieure  : ioint  aussi  qu’on  trouue 
vne  etninence  de  la  teste  de  l’os  vers 
la  partie  extérieure  de  l’espaule , et 
vue  cauité  à celle  qui  est  contraire. 

Pour  réduire  telle  luxation,  faut  si- 
tuer le  malade  sur  le  ventre,  et  luy  ti- 
rer fort  le  coude  vers  les  parties  con- 
traires à la  luxation,  et  pousser  l’eini- 
neuce  en  sa  cauité  : et  par  ainsi  l’os  se 
remettra  en  sa  place. 

En  quelque  maniéré  que  la  luxa- 
tionde  l’espaule  soit  faite, pour  la  ré- 
duire, il  faut  estendre  le  bras  vers  la 
partie  inferieure , le  tenant  tousiours 
droit 

Ee  signe  que  la  réduction  est  faite 
en  toutes  ces  maniérés  de  luxations, 
c’est  qu’on  oit  vn  bruit  faisant  clocq , 
lors  que  l’os  entre  en  sa  boette.  Pa- 
reillement le  malade  peut  plier,  es- 
tendre et  hausser  le  bras  : ioint  aussi 
que  la  douleur  cesse.  Outre-plus  on 
le  connoist  en  conférant  le  bras  ma- 
lade auec  l’autre  sain,  comme  auons 
dit  cy-dessus. 

Apres  la  réduction  faite,  on  appli- 
quera medicamens  propres  , et  met- 
tra-on  sous  l’aisselle  vne  pelote  qui 
sera  accommodée  selon  la  cauité,  et 
pareillement  des  compresses  aux  cos- 
tés  où  sera  faite  la  luxation.  Puis  se- 
ront liés  auec  vne  bonne  et  large 
bande  à deux  chefs,  qui  sera  tournée 
sur  l’espaule  en  forme  de  croix 
saint  André,  et  sera  menée  par  des- 
sus l’autre  aisselle  , et  fera-on  tant 
de  reuolutions  qu’il  sera  besoin.  Puis 
le  bras  sera  tenu  en  escharpe,  faisaht 
angle  droit  : laquelle  figure  non  seu- 
lement en  ceste  luxation  , mais  aussi 
au  coude,  et  à la  main  luxée  ou  frac- 

1 Voici  la  règle  générale  que  Paré  a cru 

devoir  reproduire  en  1585,  à la  suite  du 
chap.  xxi.  Voyez  ci-dessus,  page3G9. 


379 

turée  est  propre,  parce  qu’elle  es!  la 
moins  douloureuse  : ioint  que  ladite 
partie  peut  long-temps  demeurer  im- 
mobile en  ceste  figure. 


CHAPITRE  XXX. 

DE  LA  LVXATION  FAITE  EX  I,A  PARTIE 
SVPEP.IEVRE  DE  l’eSPAVI.E 

Il  se  fait  aussi  quelquesfois  luxation 
à la  supérieure  partie  de  l’espaule.  Le 
signe  de  ceste  deloüeure  est,  que 
l’on  trouue  la  teste  de  l’os  du  haut  du 
bras  ioignant  le  dessous  de  la  furcule, 
et  cauité  sous  l’aisselle  : et  le  coude 
plus  fort  esloigné  des  cosles  que  lors 
que  la  luxation  est  faite  en  la  partie 
inferieure,  et  semblablement  impo- 
tence du  bras. 

Pour  réduire  telle  luxation  , faut 
que  le  chirurgien  mette  son  espnule 
sous  le  coude  du  malade,  et  qu’il  la 
hausse  contre-mont , et  à l’instant 
qu’il  presse  ou  face  presser  et  pousser 
par  vn  seruiteur  la  teste  de  l’os  dans 
sa  cauité. 

Autre  maniéré  : il  faut  faire  cou- 
cher le  malade  à la  renuerse  sur 
vne  table  ou  à terre,  et  qu’vn  serui- 
teur  tire  le  bras,  el  le  chirurgien  de 
ses  mains  poussera  l’os  en  sa  place. 

Apres  la  réduction  faite,  on  y procé- 
dera comme  nous  auons  dit  és  autres 
luxations1 2,  sçauoir,  qu’on  mettra  les 
compresses  où  l’os  est  oit  forjetté  , 
conduisant  la  ligature  comme  auons 
cy-deuant  enseigné. 

1 L’édition  de  1575  porte  Ici  en  la  partie 
anterieure. 

2 Ces  mots,  es  autres  luxations , ne  datent 
que  de  l’édition  de  1585;  on  lisait  aupara- 
vant : comme  nous  avons  dit  de  la  luxation  à 
la  partie  postérieure. 


3S0 


LE  QVATORZIKME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXXI. 

DE  LA  DELOVEVRE  DV  COVDE1. 

Le  coude  se  peut  pareillement  luxer 
en  quatre  maniérés,  à sçauoir,  en  la 
partie  intérieure , extérieure , supé- 
rieure et  inferieure.  Par  la  partie  in- 
térieure, i’entens  celle  qui  regarde  le 
centre  du  corps,  le  bras  estant  en  sa 
situation  naturelle,  sçauoir  est,  en 
ligure  entre  prone  et  supine  : par  l'ex- 
terieure,  celle  qui  luy  est  opposite  : et 
par  la  partie  supérieure,  celle  qui  re- 
garde le  ciel  : et  par  l’inferieure,  celle 
qui  regarde  la  terre  2. 

Et  d’autant  que  la  iointuredu  coude 
a plus  grandes  diuersités  d’eminences 
et  cauités  que  celle  de  l’espaule, 

1 Dans  les  livres  anatomiques  j’avais  écrit 
rouble,  n’ayant  trouvé  aucune  autorité  pour 
réformer  cette  bizarre  orthographe.  Depuis, 
dans  l’édition  de  Paré  de  1579,  j’avais  trouvé 
coude  en  nombre  d’endroits;  et  enfin  Dale- 
champs  en  1570  affecte  partout  cette  der- 
nière orthographe.  Dès  lors  je  me  suis  em- 
pressé de  l’adopter. 

2 Toute  cette  classification  des  luxations 
du  coude  est  fort  obscure,  et  demande  une 
explication.  En  lisant  attentivement  le  texte, 
on  voit  que  Paré  considère  le  sujet  couché, 
la  main  reposant  sur  son  bord  cubital  ; alors 
la  luxation  en  la  partie  intérieure  serait  celle 
que  nous  disons  antérieure,  où  l’olécràne  est 
supposée  passée  en  avant  de  la  poulie  humi- 
rale  ; lésion  fort  rare , et  dont  on  ne  connaît 
peut-être  qu’un  seul  exemple  bien  authen- 
tique; la  luxation  en  la  partie  extérieure  est 
la  luxation  en  arrière  des  modernes,  où 
l’apophyse  coronoide  est  dite  logée  dans  la 
cavité  olécranienne;  et  enfin  les  luxations 
supérieure  et  inférieure  correspondent  aux 
luxations  latérales  ; et  nous  aurons  à remar- 
quer plus  tard  que  Paré  les  regardait  comme 
toujours  incomplètes. 

Ru  reste,  dans  cette  malheureuse  création 
de  dénominations  nouvelles , Paré  avait  le 


d’autant  aussi  la  luxation  d'icelle  est 
plus  fascheuse.  Aussi  l’os  se  déplacé 
plus  difficilement,  et  pareillement  se 
réduit  plus  mal  aisément.  Or  le  coude 
estioint  auec  l’os  du  haut  du  bras,  et 
entrent  mutuellement  l’vn  dedans 
l’autre  comme  vne  fiche  en  vn  gon 
qu’on  attache  à vne  fenestre  pour 
l'oiiurir  et  fermer.  Autre  comparai- 
son. L’os  du  coude  tourne  autour  du 
haut  du  bras  comme  autour  d’vne 
demie  poulie,  pour  fléchir  et  estendre 
le  bras.  le  dis  demie  poulie,  pour  que 
si  Nature  l’eust  fait  tourner  d’auan- 
tage , l’action  du  bras  n’eust  peu  se 
faire  commodément  : parce  que  le 
bras  se  fusl  plié  au  dehors  comme  au 
dedans  : ce  que  l’on  peut  connoistre 
par  l’anatomie. 

Donc  nous  dirons  que  le  coude  se 

double  tort  de  s’éloigner  et  de  l’aspect  des 
choses  et  du  langage  généralement  adopté. 
On  lit  dans  toutes  les  édition  posthumes  une 
note  marginale  qui  a trait  au  premier  pa- 
ragraphe de  ce  chapitre  , et  qui  semble 
destinée  à établir  quelque  concordance  entre 
sa  doctrine  et  celle  des  anciens.  La  voici  : 

Ce  que  l’Autheur  appelle  supérieure  et  infe- 
rieure partie,  Hippocrates,  sent,  derniere,  sect. 
3 des  fractures,  l’appelle  anterieure  et  posté- 
rieure. Aussi  fait  Celse , chap.  16,  liu.  8. 

Cette  note  est-elle  de  Paré  ? On  ne  la 
trouve  ni  dans  la  première  ni  dans  la  se- 
conde édition  ; mais  elle  est  dans  la  qua- 
trième , qui  a été  revue  et  augmentée  par 
lui-même.  Cependant  je  remarquerai  qu’elle 
est  suivie  de  trois  autres  où  il  ne  parle  ja- 
mais à la  première  personne , et  qui  sont 
indiquées  dans  le  texte  par  des  lettres  de 
renvoi , a,  b,  c,  exemple  unique  jusqu’ici 
dans  ses  ouvrages.  Frappé  d’un  certain 
étonnement  à cet  égard  , j’ai  eu  l’idée  que 
peut-être  ce  serait  une  note  du  traducteur 
latin  ; et  en  efiet  j’ai  retrouvé  la  première 
origine  de  ces  notes  dans  l’édition  latine 
de  1582.  Elles  n’appartiennent  donc  pas  à 
Paré  en  réalité  ; mais  c’est  de  son  aveu  qu’el- 
les ont  été  ajoutées  à sa  quatrième  édition. 


DES  LVXATIONS. 


luxe,  à cause  que  ses  deux  apophyses 
ne  Irauersent  pas  tout  autour  de  l’os 
de  l’auant  - bras  qui  le  reçoiuent. 
Parquoy  lorsqu’on  fait  plus  grande 
flexion  que  là  où  son  apophyse  inté- 
rieure rencontre  le  fonds  de  sa  cauité, 
l’apophyse  postérieure  se  déplacé  en 
derrière  : et  aussi  quand  on  fait  vne 
extension  violente,  l’apophyse  ante- 
rieure louche  le  fond  de  sa  cauité  *,  et 
alors  ladite  apophyse  se  iette  hors  de 
son  lieu  : et  ceste  luxation  est  plus  dif- 
ficile à réduire  que  la  première,  ioint 
aussi  que  l’extremité  du  coude  nom- 
mée olecrane  est  fort  haute,  et  son 
intérieure  fort  abaissée.  Parquoy  il 
nous  est  plus  facile  à le  fléchir  qu’à 
l’estendre  : à cause  de  quoy  telle  des- 
loueure  se  fait  par  plus  violente 
force  que  celle  qui  se  fait  en  la  partie 
intérieure. 

Le  signe  de  ceste  luxation  est  que 
le  bras  demeure  estendu  et  ne  se  peut 
plier 2,  pource  que  l’apophyse  interne 
du  coude  demeure  enla  cauité  externe 
qui  est  en  la  partie  inferieure  de  l’os 
du  haut  du  bras,  laquelle  estoit  au- 
parauant  occupée  de  la  partie  interne 
de  l’olecrane , qui  est  l’extremité  du 
coude  : dont  alorsla  réduction  est  tres- 

1 J’ai  mis  en  italique  ces  mots  posté- 
rieure et  anterieure  , qui  se  rattachent  aux 
apophyses  olécrâne  et  coronoide  , mais  qui 
forment  un  contresens  avec  ce  qui  pré- 
cède, puisque  d'après  sa  manière  de  consi- 
dérer le  coude,  Paré  doit  les  appeler  exté- 
rieure et  intérieure.  Un  peu  plus  haut , en 
effet , on  voit  qu’il  donne  le  nom  d’apo- 
physe intérieure  à l’apophyse  coronoide.  Au 
reste,  tout  ce  commencement  du  paragraphe 
est  presque  littéralement  copié  de  Dale- 
champs. 

1 Ce  signe  est  attribué  par  Hippocrate  et 
Celse  à la  luxation  [aide  en  la  partie  ante- 
rieure. Cette  note  est  une  de  celles  dont  je 
parlais  tout-à-l’heure , et  qui  ont  été  em- 
pruntées à l’édition  latine. 


38 1 

difficile,  pource  que  ladite  apophyse 
demeure  accrochée  dans  icelle  cauilé. 

Le  signe  que  la  luxation  est  faite  en 
la  partie  intérieure  1 , c’est  que  le 
bras  ne  se  peut  estendre,  et  demeure 
plié. 

Le  signe  qu’elle  est  faite  aux  parties 
latérales2, est  que  la  figure  de  la  ioin- 
ture  du  coude  demeure  viciée  entre 
la  flexion  et  l’extension. 

Et  en  toutes  ces  luxations,  l’action 

* Ce  signe  est  attribué  par  Celse  à la  luxu- 
tion  en  la  partie  postérieure.  — Note  emprun- 
tée à l’édition  latine. 

2 11  appelle  parties  latérales , ce  que  il  a 
dict  partie  supérieure  et  inferieure.  Cette  note 
est  de  la  même  main  que  les  autres,  et  elle 
contient  réellement  une  critique  de  l’incon- 
séquence des  termes  employés  par  Paré.  On 
ne  la  trouve  point  dans  l’édition  latine  ; 
mais  c’est  que  le  traducteur  avait  redressé  le 
texte  et  cet  endroit,  et  rendu  ces  mots,  aux 
parties  latérales,  par  ceux-ci,  sursurn  et  deor- 
sttm. 

Après  cette  première  critique,  l’annota- 
teur achève  de  copier  ce  qui  suit  dans  l’édi- 
tion latine  : 

Ce  signe  [ le  signe  des  luxations  latérales) 
est  attribué  par  Celse  à la  luxation  en  la  par- 
tie intérieure  et  extérieure.  Mais  ici  le  tra- 
ducteur latin  s’était  trompé  : Celse  dit  seu- 
lement : Si  in  exteriorem  inlerioremve , bra- 
chium porreclum.  est,sed  patilum  in  eam  partem 
à quâ  os  recessit  recurvatum.  Du  reste  , il 
faut  bien  avouer  que  tout  ce  chapitre  de 
Paré  ne  pèche  pas  seulement  contre  la  clarté 
du  style  , mais  encore  contre  l’exactitude 
des  faits,  et  que  toute  sa  symptomatologie 
laisse  beaucoup  à désirer.  Dans  la  luxation 
en  arriére , qu’il  appelle  en  la  partie  exté- 
rieure , l’avant-bras  est  presque  constam- 
ment fléchi;  et  lui-même  va  dire  au  chapi- 
tre suivant  qu’il  est  presque  en  figure  droite  , 
ce  qui  admet  un  certain  degré  de  flexion. 
J’ajouterai  cependant  que  j’ai  vu  deux  cas 
où  l’avant-bias  demeurait  étendu  , et  que 
peut-être  Paré  ayant  rencontré  quelque  fait 
analogue,  aura  prisjpour  règle  ce  qui  jusqu’à 
présent  ne  m’a  paru  être  que  l’exception. 


LE  QVATORZIÉME  LIVRE  , 


382 

du  coude  ne  se  peut  faire  iusques  à 
ce  que  la  réduction  soit  faite.  Pareil- 
lement on  trouue  vue  eminence  du 
costé  où  la  luxation  est  faite,  et  vue 
cauité  à la  partie  contraire  : ce  qui 
est  commun  à toutes  luxations. 

Outre-plus,  la  luxation  du  coude  se 
fait  complette  ou  incomplette.  Celle 
qui  est  incomplette  est  facile  à se  faire, 
et  aussi  à se  réduire.  Mais  celle  qui  est 
complette,  tout  ainsi  qu’elle  est 
difficile  à se  faire,  aussi  est-elle  fort 
difficile  à réduire , si  on  n’y  procède 
promptement  et  auant  que  l'inflam- 
mation y soit  suruenue  : car  si  elle  y 
est  ja,  la  curation  est  tres-difficile,  et 
souuent  du  tout  impossible , princi- 
palement celle  qui  est  faite  en  de- 
hors *. 


CHAPITRE  XXXIt. 

LA  MANIERE  l)E  REDVIRE  LA  LVXATION 
DV  COVDE  FAITE  EN  LA  PARTIE  EX- 
TERIEVRE. 

Et  lors  qu’on  voit  que  le  bras  du 
malade  demeure  presque  en  figure 
droite , sans  le  pouuoir  aucunement 
fléchir,  faut  conclure  la  luxation  es- 
tre  faite  en  la  partie  extérieure.  Par- 
quoy  la  faut  réduire  promptement,  à 
cause  qu’il  s’y  fait  fluxion  et  inflam- 
mation , pour  l’extrerae  douleur  qui 
interuient. 

i 11  semble  ici  que  Paré  admette  des  luxa- 
tions complètes  et  incomplètes  dans  tous  les 
sens  ; mais  en  étudiant  mûrement  son  texte, 
je  suis  arrivé  à cette  conclusion  , que  ses 
luxations  en  dehors  et  en  dedans  ( en  avant 
et  en  arriéré  de  Celse  et  des  modernes  ) 
sont  toujours  complètes  ; et  ses  luxations 
en  haut  et  en  bas  ( latérales  des  modernes  ) 
sont  toujours  incomplètes.  Voyez  à cet  égard 
le  chapitre  34. 


Donc  pour  faire  la  réduction , en 
quelque  partie  que  la  luxation  soit 
faite,  faut  qu’vn  seruiteur  tienne  fer- 
mement le  bras  du  malade  au-dessous 
de  la  ioinlure  de  l’espaule,  et  le  chi- 
rurgien tirera  le  bras  par  la  main,  et 
poussera  l’os  de  l’avant-bras  en  de 
hors  , et  l’eminence  du  coude  en  de- 
dans, et  tirera  le  bras  petit  à petit  en 
le  tournant  d’vn  costé  et  d’autre,  à 
fin  de  ielter  l’os  en  sa  cauité. 

le  veux  icy  aduertir  le  ieune  chi- 
rurgien que  pour  réduire  icelle  des- 
loüeure , ne  faut  fléchir  le  bras , 
pource  que  iamais  par  ce  moyen  l’os 
ne  pourroit  estre  réduit,  à cause  que 
l’apophyse  intérieure  de  l’os  du  coude 
est  en  la  place  de  l’apophyse  exté- 
rieure de  la  cauité  de  l’os  du  haut  du 
bras  : et  partant,  en  pliant  le  bras,  on 
fait  seulement  que  hausser  le  coude, 
et  ne  le  tire-on  pas  en  sa  cauité  '. 

Et  où  telle  chose  ne  se  pourra  faire 
par  la  main , adonc  faut  faire  que  le 
bras  luxé  embrasse  vue  colomne,  ou 
le  pied  d’vn  lit , et  qu’il  soit  vn  peu 
plié  : puis  on  empoignera  d’vue  forte 
lisiere  l’extremité  du  coude,  dite  ole- 

» Point  notable  de  ijrande  importance.  — 
A.  P. 

Je  suis  bien  encore  obligé  de  faire  remar- 
quer que  point  notable  et  de  grande  impor- 
tance est  en  parfaite  opposition  avec  les  deux 
procédés  que  l’auteur  va  recommander  et 
même  représenter  par  des  figures  ; ce  qui 
est  d’autant  plus  étrange  que  ces  procédés, 
comme  je  vais  le  dire  , paraissent  véritable- 
ment lui  appartenir. 

Dalechamps  décrit  pour  cette  luxation  les 
procédés  des  anciens  , puis  les  trois  procédés 
des  arabistes  indiqués  par  Guy  deChauliac, 
savoir,  l’étrier,  le  talon  et  le  genou  ; et  enfin 
il  ajoute  : 

Aucuns  operateurs  réduisent  ceste  [de- 
loueure,  cslendans  le  bras  à l'entour  d'un  pos- 
teau rond  et  le  pliant  de  force,  qui  est  une  ma- 
niéré simple  et  facile . 


DES  LVXA.TIONS. 


383 


crâne,  la  tirant  vers  sa  cauilé  auec 
vn  baston  entortillé  dans  ladite  li- 
sière, comme  tu  vois  par  ceste  ügure. 

La  figvre  qui  monstre  à faire  la  réduction  du 
coude  autour  d’vn  pilier  auec  un  baston  s. 


Le  signe  que  l’os  sera  réduit,  c’est 
que  le  malade  estend  et  fléchit  le 
bras,  et  la  douleur  est  cessée,  et  la  fi- 
gure viciée  remise  en  son  estât  na- 
turel. 

Autre  maniéré  encore  plus  facile  : 
c’est  que  le  bras  estant  autour  du  pi- 
lier , on  mettra  vn  bien  fort  lien  de  la 
largeur  d’vn  pouce  sur  l’extremité  du 
coude , puis  sera  tiré  tant  que  l’os 

1 Ce  procédé  et  le  suivant  sont  tout-à- 
fait  modernes,  et  ne  se  trouvent  dans  aucun 
auteur  antérieur  à Paré.-  On  trouve  bien 
dans  Oribase  et  dans  les  arabistes  la  méthode 
des  extensions  exercées  sur  l’avant-bras 
fléchi , mais  nullement  celle  des  tractions  di- 
rectes sur  l'olécrane. 


tombe  en  sa  place,  comme  tu  vois  par 
ceste  figure. 

La  figure  qui  montre  a faire  la  réduction  du 


coude  par  vn  lien. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DE  LA  LVXATION  DV  COVDE  FAITE  EN 
LA  PARTIE  1NTERIEVRE. 

Si  la  luxation  est  faite  en  la  partie 
intérieure,  pour  la  réduire  il  faut  es- 
tendrefortle  bras,  et  le  fléchir  soudai- 
nement et  impétueusement,  de  façon 
que  la  main  touche  droit  sur  l’espaule 
du  bras  luxé.  Aucuns  mettent  quelque 
chose  ronde  et  dure  au  ply  du  coude, 
puis  fléchissent  fort  le  bras , comme 
nous  auons  dit. 


384 


LE  QVATORZIÉME  LIVRE  , 


CHAPITRE  XXXIV. 

DE  LA  LYXATION  INCOMPLETTE  DV  COV- 

DE,  FAITE  EN  LA  PARTIE  SVPERIEVRE 

OV  INFËRIEVRE  l. 

Si  l’os  du  coude  est  seulement  quel- 
que peu  sorti  de  sa  place  en  la  partie 
supérieure  ou  inferieure,  eu  le  tirant 
et  poussant  vers  sa  cauité,  on  le  réduit 
facilement  en  cesle  façon. 

Deux  seruiteurs  tiendront  le  bras 
estendu(l’vn  par  l’auant-bras,  et  l’au- 
tre par  le  brassai  ),  et  le  tireront  cba 
cun  vers  soy  en  parties  contraires,  et 
le  chirurgien  auec  sa  main  repoussera 
l’os  en  son  lieu. 

Apres  ces  réductions  faites , faut 
poser  le  bras  en  figure  d’angle  droit, 
et  le  bander  et  y appliquer  remedes 
cy-dessus  mentionnés,  puis  le  pendre 
au  col  auec  vne  escharpe  , ainsi 
qu’auons  dit  en  la  luxation  de  l’es- 
paule.  Hippocrates  veut  qu’apres  la 
réduction  de  ceste  partie  , le  malade 
remue  souuent  son  bras  en  figure 
prone  et  supine,  et  aussi  qu’il  l’estende 
et  fléchisse  pareillement,  quequel- 
quesfois  il  sousleue  de  sa  main  quelque 
chose  pesante , à fin  d’adoucir  et  as- 
souplir les  ligamens  qui  lient  cesle 
ionture,  de  peur  que  les  os  ne  s’vnis- 
sent , et  coalescent  ensemble  par  vne 
maniéré  de  callus,  nommé  des  Grecs 
Ancylusis  : qui  seroit  cause  que  le  ma- 
lade ne  pourroit  iamais  apres  fleschir 
ny  estendre  le  bras.  Ce  que  i’ay  veu 
souuent  aduenir,  pour  auoir  esté  trop 
long-temps  sans  auoir  remué  ladite 

1 Ce  titre  existe  dans  toutes  les  éditions, 
sans  former  un  chapitre  séparé,  et  cepen- 
dant il  est  impossible  de  le  rattacher  au 
chapitre  32.  C’est  pourquoi  j’ai  pris  le  parti 
d’en  faire  un  nouveau  chapitre. 


iointure  : parce  que  l'humeur  vis- 
queux qui  est  naturellement  aux 
ioinlures  et  autres  superfluités  qui 
inleruiennent  à cause  de  la  douleur, 
s’y  endurcissent  et  font  coller  les  os 
ensemble.  Parquoy,  pour  obuier  à tel 
accident,  il  faut  remuer  l’appareil  de 
trois  iours  en  trois  iours,  et  comman- 
der au  malade  de  remuer  son  bras  en 
toutes  maniérés,  loutesfois  sans  nulle 
violence. 

Icelle  luxation  est  asseurée  en  vingt 
ou  vingt-cinq  iours  ou  moins , selon 
les  accidens  qui  seront  interuenus. 

Il  faut  d’au  an  lage  que  le  chirurgien 
contemple,  que  lors  que  le  coude  est 
hors  de  son  lieu  entièrement,  l’autre 
os  nommé  rayon  , se  deboette  pareil- 
lement. Partant  , en  réduisant  le 
coude,  il  prendra  garde  de  réduire  le 
rayon  en  son  lieu  : et  notera  qu’en  sa 
partie  supérieure  il  a vne  apophyse 
qui  est  caue  et  ronde , qui  reçoit  l’os 
du  hault  du  bras,  et  vne  petiie  emi- 
nence  où  s’insère  le  muscle  biceps  '. 


CHAPITRE  XXXV. 

DE  LA  DELOVKVRE  DE  L’EXTREMITE  DE 
L’OS  DV  COVDE,  APPELLÉE  STYLOÏDE, 
qVI  EST  PROCHE  DV  CARPE. 

Quelquesfois  l’extremité  ou  apo- 
physe de  l’os  du  coude  appelée  sty- 
loïde,  est  séparée  du  rayon,  quelqucs- 
fois  en  dedans , et  quelquesfois  en 
dehors,  pour  estre  tombé  de  haut  sur 
les  mains. 

La  maniéré  de  le  réduire  sera  de  le 

1 En  regard  de  ce  dernier  paragraphe 
on  lit  à la  marge  : De  la  luxation  du  rayon 
près  du  coude.  On  s’imaginerait  que  Paré 
a connu  la  luxation  isolée  du  radius;  mais 
le  texte  montre  qu’il  n’en  est  rien.  Le  pré- 


DES  LVXATIONS. 


385 


repousser  en  sa  place,  et  y faire  bonne 
et  seure  ligature,  et  y appliquer  ine- 
dicamens  grandement  astringens  et 
dessicatifs.  Mais  encores  qu’on  face 
toutes  choses  necessaires , ledit  os  ne 
se  peut  ia mais  bien  moindre  et  tenir  à 
la  place  dont  il  est  issu.  Ce  qui  est 
confirmé  par  Hippocrate  au  liure  des 
Articles , qui  dit  : « Quand  le  rayon  est 
séparé  de  l’os  du  coude,  telle  sépara- 
tion est  incurable,  comme  toute  autre 
distraction  des  os  ioin  ts  par  symphyse, 
c’est-à  dire  vnion  : pource  que  l’os  ne 
peut  bien  demeurer  en  sa  place,  à 
raison  des  ligamens  qui  ont  esté  trop 
esiendus  et  relâchés 1 : » ce  que  i’ay 
veu  souuentesfois,  quelque  diligence 
qu’on  y peust  faire  2. 

ceple  spécial  qu’il  donne  n’en  est  pas  moins 
d'une  importance  réelle  ; et  j’ai  vu  plus  d’une 
fois,  après  le  cubitus  réduit,  le  radius  laissé 
encore  demi-luxé  par  des  chirurgiens  inat- 
tentifs. 

11  ne  faut  pas  omettre  cependant  que  la 
luxation  isolée  du  radius  avait  elé  décrite 
par  Hippocrate,  et  observée  par  Dalechamps. 
Voici  ce  qu’en  dit  celui-ci  : 

« Hippocrates,  sur  la  fin  du  troisième  liure 
des  fractures,  dit  les  signes  de  la  séparation 
du  radius  et  de  l’os  du  coude  estre  qu’on  ne 
peut  commodément  estendre  ny  fléchir  le 
bras:  et  que,  maniant  l’endroit  où  est  la 
veine  médiane,  on  sent  et  aperçoit  la  sépa- 
ration : dauantage  que  ceste  deloueure,  si 
ainsi  on  la  doit  nommer,  est  incurable, 
comme  toute  autre  distraction  des  os  ioints 
par  symphysis  et  vnion  : et  que  le  lieu  où 
est  faite  la  disionction  deuient  gros  et  hu- 
mide, ce  que  l’experience  m’a  monstré  estre 
véritable  en  cinq  ou  six,  et  principalement 
en  vn  Tbeode,  orfeure  et  laueur,  qui  eut 
ces  os  séparés  par  un  grand  coup  de  pierre, 
en  se  deflendant  contre  quatre  brigands  qui 
le  vouloyent  assassiner.  » Chirurgie  fran- 
çaise, p.  844. 

1 Sent.  1.  sect.  2.,  et  sent.  derniere,sect.  3. 
des  fract.  — A.  P. 

2 Ce  chapitre,  comme  les  autres,  est  em- 


CHAPITRE  XXXVI. 

I)E  LA  LVXATION  DV  POIGNET. 

Le  poignet  est  la  conionction  du  ra- 
dius auec  les  huit  os  du  carpe.  En  ice- 
luy  il  y a double  iointure , à fin  que 
l’vne  supplée  au  defaut  de  l’autre. 
Exemple  : le  mouuement  circulaire, 
c’est-à  dire  tourner  la  main  en  dessus 
en  dessous,  se  fait  par  le  bénéfice  de 
rayon , et  la  flexion  et  extension  par 
le  moyen  de  l’os  du  coude. 

Il  se  fait  en.iceluy  luxation  inté- 
rieurement , extérieurement , et  aux 
costés  l.  Le  signe  qu’elle  est  faite  in- 

prunté  d’Hippocrate;  encore  l’emprunt  au- 
rait pu  être  plus  complet.  Dalechamps  rap- 
porte ici  une  curieuse  observation  : 

« Hippocrates,  dit-il,  outre  ces  deloueu- 
res  lait  mention  de  deux  accidents,  ou  igno- 
rés ou  non  escrits  de  nos  praticiens.  1,’vn 
quand  l’epiphyse  du  rayon  qui  soustient  led 
huit  os  du  poignet  se  delouë:  l’autre  quand, 
près  du  poignet,  l’vn  des  os  du  braçal 
( avant-bras ) se  séparé  de  l'autre.  Comme  il 
est  auenu  à madame  de  Monioli,  par  la 
morseure  d’vn  cheval  qui  l’empogna  près 
du  poignet,  et  luy  sépara  tellement  l’os  du 
coude  d’auec  le  rayon,  que  l’epiphyse  sty— 
loeide  de  l’os  du  coude  estoit  au  milieu  de 
la  supérieure  partie  du  braçal.  » Chirurgie 
française,  1570,  in-8,  p.  848. 

On  ne  comprendrait  pas  bien  la  luxation 
de  madame  de  Monioli  si  l’on  ne  se  rappe- 
lait que  le  sujet  étant  toujours  supposé  cou- 
ché, et  l’avant-bras  en  pronalion  plus  ou 
moins  complète , au  milieu  de  la  supérieure 
partie  du  braçal  signifie  simplement  : au  mi- 
lieu de  la  face  postérieure,  ou  plutôt  de  la 
face  externe  de  l’avant-bras. 

1 II  y a icy  pareille  discordance  en  la  nomi- 
nation des  especes  de  luxations,  et  rapport  des 
signes  à chacune  d’icelles,  entre  l’aulheur,  et 
Celse  et  Hippocrates,  sent.  2.  sect.  2.  des  ar- 
ticles, que  par  auant  ch.  30.  — Cette  note 

2Ô 


11. 


LE  QUATORZIÈME  LIVRE, 


38G 

terieurement , c’est  que  la  main  de- 
meure renuersée  : et  lors  qu’elle  l’est 
extérieurement, la  main  demeure  flé- 
chie. Et  si  elle  est  aux  costés,  la  main 
est  tournée  au  contraire,  à sçauoir, 
■vers  le  pouce  ou  le  petit  doigt.  Aussi 
quelquesfois  il  n’ÿ  a que  l’vn  des  os 
luxes  : qui  se  connoistra  facilement 
par  la  figure  viciée  et  par  l'action 
blessée. 

Le  moyen  de  réduire  lesdits  os 
est,  qu’il  faut  tenir  l’auant-bras,  et 
tirer  assez  fort  la  main,  la  situant  sur 
vne  table  ou  sur  quelque  autre  chose 
ferme,  et  faisant  que  la  partie  d’où  l’os 
est  luxé  soit  au  coslé  inferieur  d’où  il 
est  sorti,  et  celle  où  il  est  luxé,  au 
c sté  supérieur.  Puis  faut  pousser  sur 
les  eminences  des  os,  tant  que  la  ré- 
duction soit  bien  faite. 


chapitre  xXxvn. 

f)E  LA  LVXÀtlON  f)ES  OS  DV  CARPE. 

Au  carpe  il  y a huict  osselets  , les- 
quels par  vne  grande  force  peuuent 
sortir  de  leur  situation  et  conionclion 
naturelle.  Les  signes  sont , qu’on 
trouue  qu’ils  font  tumeur  et  caiiilé, 
ainsi  que  les  autres  os  luxés. 

Le  moyen  de  les  réduire  est , qu’il 
faut  faire  situer  la  main  du  malade 
sur  vne  table  : et  s’ils  sont  luxés  au 
dedans,  on  couchera  la  main  sur  la 
table  ù la  renuerse  : et  lors  le  chirur- 
gien pressera  de  sa  main  sur  les  os 
eminehs , et  les  réduira  en  leur  lieu  : 
et  s’ils  sont  luxés  en  dehors,  le  de- 
dans de  la  main  sera  posé  sur  la  table, 
et  sera  pressée  comme  dessus  : et  si  la 

critique  ne  date  que  de  la  quatrième  édi- 
tion, àlaquelle  elle  a été  transportée  de  l’édi- 
tion latine.  Voyez  la  note  2 de  la  page  380. 


luxation  est  vers  un  des  costés,  on  les 
repoussera  en  la  partie  contraire  et 
opposite.  Et  la  réduction  faite,  on  y 
appliquera  les  temedes  necessaires: 
et  sera  la  main  liée  et  bandée,  cl  le 
bras  posé  en  escharpe. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DE  LA  LVXATION  DES  OS  DV  METACARPE. 

Au  métacarpe  il  y a quatre  os,  des- 
quels les  deux  du  milieu  ne  se  peuuent 
luxer  à costé,  à cause  de  leurs  pareils 
ou  compagnons.  Aussi  celuy  quisous- 
tienl  l’index,  et  l’autre  qui  soustient 
le  petit  doigt,  ne  se  peuuent  luxer  du 
costé  auquel  ils  sont  opposés  à ceux 
du  milieu , mais  seulement  de  l’autre 
costé  : mais  tous  se  peuuent  luxer 
en  dedans  et  en  dehors. 

La  maniéré  de  les  réduire  est  sem- 
blable à celle  du  carpe. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DE  LA  LVXATION  DES  DOIGTS. 

Les  doigts  se  luxent  en  quatre  ma- 
niérés, à sçauoir,  en  la  partie  inté- 
rieure , extérieure , et  aux  costés. 
Pour  les  réduire,  il  faut  tirer  elpous 
ser  de  figure  droite,  et  par  ce  moyen 
on  les  remettra  en  leur  lieu.  Ils  sont 
réduits  facilement  , parce  que  leurs 
Jointures  sont  peu  caues  , et  aussi 
qu’elles  sont  superficielles,  et  leurs 
ligamens  lasebeset  foibles. 

Cette  luxation  est  communément 

1 Paré  ajoute  ici  en  marge  : La  rédaction 
des  dotais  luxés  est  facile.  Cette  assertion  très 
hasardeuse,  surtout  pour  ce  qui  regarde 


DES  LVXATIONS. 


affermie  en  douze  iours,  ainsi  que 
celles  du  carpe  et  métacarpe. 


CHAPITRE  XL. 

I)E  LA  LVXATION  DE  LA  HANCHE. 

La  iianche  se  delouë  en  quatre  fa- 
! cous,  à sçauoir  en  dedans,  en  dehors, 

I en  deuant  et  en  derrière  : mais  le  plus 
i souuerit,  en  dehors  et  en  dedans,  en 
deuant  et  en  derrière  rarement. 

En  ceste  iointure  ne  se  peut  faire 
luxation  incomplette,  principalement 
des  causes  extérieures,  ainsi  qu'il  se 
fait  au  coude,  à la  main  , au  genoüil, 
et  à la  cheuille  des  pieds,  «à  cause  que 
la  teste  de  l’os  de  la  cuisse  est  ronde, 
et  que  la  cauité  où  il  se  loge  à des 
bords  tout  autour  : ioint  que  les 
muscles  en  ceste  partie  sont  forts  : et 
partant  il  ne  se  peut  faire  qu’vne  par- 
tie ou  portion  de  la  teste  soit  dedans 
sa  cauité , et  l’autre  dehors  , pource 
qu’en  tournant  et  mouuant,  elle  re- 
tourneroit  dans  sa  boette  par  la  force 
des  musclés  '.  Mais  és  luxations  faites 
de  cause  interne,  elle  peut  estre  in- 
completle,  parce  que  les  muscles  et 
ligamens  sont  relaschés,  et  n’ont  la 

les  luxations  du  pouce,  proute  seulement 
qu’il  n’avalt  pas  sur  celte  question  autant 
d’expérience  que  sur  le  reste  de  la  chirurgie. 

1 Galien  sur  la  sent.  47.  de  la  4.  sect.  du 
lin.  des  articles.  — A.  P.  — Cette  note  est 
inexacte  : ce  n’est  pas  Galien,  mais  Hip- 
pocrate qui  a nié  les  luxations  incomplètes, 
en  vertu  de  raisonnements  assez  spécieux 
pour  qu’on  les  ait  reproduits  de  nos  jours. 
Je  professe,  pour  ma  part,  que  les  luxations 
incomplètes  sont  au  contraire  les  plus  fré- 
quentes , et  en  m’appuyant  sur  quelque 
chose  de  mieux  que  des  raisonnements. 
Mais  ce  n’est  pas  ici  le  lieu  d’entrer  dans 
une  pareille  discussion. 


387 

force  de  ramener  ledit  os  en  sa  iointc 
ou  cauité. 

Le  signe  qu’elle  est  desboëtlée  en 
dedans,  est  que  la  iambe  malade  com- 
parée à la  saine  se  monstre  plus  lon- 
gue , et  le  genoüil  plus  abaissé  et 
tourné  en  dehors,  cl  le  malade  nepeut 
plier  la  iambe  : et  aussi  qu’à  l’endroit 
de  l’aine  on  trouue  manifestement  la 
teste  de  l’os  femoris,  qui  y est  arrestéo 
et  retenue.  Elle  se  monstre  plus  lon- 
gue, pource  que  la  teste  dudit  os  n’est 
plus  en  sa  boëlte,  et  est  descendue 
plus  bas,  partant  la  iambe  s’allonge  : 
aussi  le  genoüil  se  tourne  en  dehors, 
parce  que  de  nécessité  le  bout  infe- 
rieur de  l’os  femoris  se  tourne  au  con- 
traire de  sa  boëtte:  qui  est  vue  chose 
commune  à tous  les  os  luxés , que 
quand  il  y a luxation  d’vn  costé,  l’au- 
tre extrémité  du  mesme  os  est  tou- 
siours  tournée  vers  la  partie  opposite 
à celle  qui  est  luxée.  Parquoy  quand 
la  teste  de  l’os  de  la  cuisse  est  de- 
loüée  en  la  partie  intérieure  , l’autre 
extrémité,  qui  est  au  genoüil,  est  né- 
cessairement tournée  vers  le  dehors, 
et  ainsi  des  autres  parties.  Pareille- 
ment on  ne  peut  plier  la  cuisse  vers 
l’aine , à cause  que  l’os  déplacé  tient 
les  muscles  qui  font  son  extension  si 
tendus,  qu’ils  nepeuuent  obéir  à ceux 
qui  la  doiuent  plier  : car  la  flexion 
doit  précéder  l’extension,  et  l’exten- 
sion la  flexion  '. 


CHAPITRE  XLÏ. 

PROGNOSTIC  DE  LA  LVXATION  DE  LA 
HANCHE. 

Aux  luxations  de  la  cuisse  il  y a 
danger,  ou  que  l’os  soit  réduit  inalai- 

‘ Galien  auliu.  dumouuement  des  muscles. 

— A.  P. 


388  LE  QVATORZlÉME  LIVRE 


scment,  ou  qu’estant  réduit  ne  tombe 
de  rechef.  Car  si  les  muscles,  tendons 
et  ligamens  de  cesto  partie  sont  forts 
et  durs,  à peine  laissent-ils  réduire 
l’os  en  sa  place.  Pareillement  s’ils  sont 
trop  foibles , laxes  et  mois  , ils  ne  le 
peuuent  tenir  quand  il  est  réduit  : 
semblablement  quand  le  ligament 
court  et  rond  , qui  ioint  estroitement 
la  teste  dudit  os  au  fond  de  sa  cauité, 
est  rompu  ou  relasché.  Or  ledit  liga- 
ment se  rompt  par  quelque  violente 
force,  et  se  relasche  par  vue  humidité 
glaireuse  et  superflue , amassée  és 
, parties  voisines  de  ceste  iointure,  qui 
l’abreuue  et  mollifie.  Et  si  cedit  li- 
gament est  rompu , eneores  que  l’os 
soit  réduit,  ne  tient  jamais  et  retombe 
tousiours,  quelque  diligence  qu’on  y 
puisse  faire  : ce  que  i’av  veu  plusieurs 
fois.  S’il  est  seulement  humecté  et 
relasché , apres  l’auoir  réduit , si  on 
peut  consommer  et  seicher  l'humeur 
par  medicamens  et  par  cautères  po- 
tentiels ou  actuels  appliqués  autour 
de  la  iointure,  l’os  y demeure  ferme 
et  ne  retombe  plus. 

Donc,  pour  le  dire  en  vn  mot,  quand 
ce  ligament  est  rompu  ou  trop  relas- 
ché, l’os  ne  peut  tenir  ferme  en  sa 
boette  lors  qu’il  y est  remis,  principa- 
lement en  ceux  qui  sont  maigres, 
pource  qu’icelle  iointure  n’est  liée  de 
ligaments  par  dehors,  comme  est  la 
iointure  du  genoüil,  et  qu’il  n’y  a 
point  d’aponeurose , c’est-à-dire  ten- 
dons larges,  comme  nous  auons  dit. 
D’auantage  les  parties  qui  sont  près 
d’vne  luxation  qui  n’a  esté  réduite, 
deuiennent  en  atrophie,  c’est' à dire 
qu’ils  amaigrissent , en  sorte  que  la 
chair  des  muscles  est  extenuée  et  con- 
sommée, à raison  que  l’os  n’est  en  son 
lieu et  partant  ladite  partie  ne  peut 

1 Voyez  Galien  sur  la  sent.  42.  de  la  sec. 
4.  du  liu.  des  Articles.  — A.  P. 


faire  son  action  : et  aussi  que  les  vei- 
nes, arleres  et  nerfs  ne  sont  pareille- 
ment en  leur  situation  naturelle,  qui 
garde  que  la  nourriture  et  les  esprits 
n’y  peuuent  suffisamment  reluire  : et 
estant  imbecille , ne  peut  attirer,  re- 
tenir, cuire,  n’assimiler  le  nutriment. 
Exemple  : ceux  qui  ont  l’os  femoris 
luxé , et  n’a  esté  réduit , ledit  os  ne 
croist  plus  comme  les  autres  os  du 
corps,  et  aussi  deuient  plus  court  que 
celuy  qui  est  en  sa  boette,  pource 
qu’il  est  près  du  lieu  où  est  le  mal. 
Toutesfois,  les  os  de  la  iambe  et  du 
pied  ne  sont  empeschés  à croislre, 
d’autant  qu’ils  demeurent  en  leur  si- 
tuation naturelle  : néantmoins  la 
iambe  leur  deuient  plus  gresle,  c’est-à- 
dire  lesmusclesatrophiés.  Autant  s'en 
fait-il  à l’os  du  haut  du  bras  ( ce  qui 
est  commun  à toutes  les  luxations 
non  réduites  ) , lequel  aussi  deuient 
plus  court,  et  les  muscles  plus  éma- 
ciés et  consommés  que  ceux  du  bas 
du  bras  et  de  la  main.  Et  pour  le  dire 
en  vn  mot,  les  os  qui  sont  plus  près 
de  la  iointure  luxée  deuiennent  plus 
courts,  et  leurs  muscles  plus  atro- 
phiés, parce  que  les  esprits  et  aliinens 
ne  peuuent  estre  portés  en  icelles 
parties  : qui  est  cause  qu’elles  tom- 
bent en  atrophie.  Or  quand  Hippo- 
crates dit  plus  courts,  il  faut  entendre 
en  ceux  qui  n’ont  pas  accompli  leur 
croissance.  Car  à ceux  qui  sontpar- 
uenusà  leurs  troisdimensions,lesosne 
se  peuuent  accourcir,  mais  bien  dimi- 
nuer en  grosseur.  11  faut  aussi  enten- 
dre que  l’exercice  de  la  main  sert 
grandement  à ce  que  la  chair  de  tout 
le  bras  demeure  plus  nourrie , et 
principalement  depuis  le  coude  ius- 
ques  aux  doigts  : mais  quand  l’os  fe- 
moris est  luxé,  et  principalement  en 
la  partie  intérieure,  et  que  les  enfans 
sont  eneores  au  ventre  de  leur  mere, 


1)F.S  TAXATIONS. 


ou  qu’ils  sont  en  leur  enfance , les 
muscles  seront  plus  émaciés  qu’au 
bras,  à raison  qu’ils  ne  se  peuuent  ai- 
der de  la  iambe  ny  du  pied  en  la 
luxation  de  l’os  femoris , comme  ils 
font  de  la  main  en  la  luxation  de  l’os 
du  haut  du  bras  *. 


CHAPITRE  XL II. 

DE  LA  LVXATI0N  DE  LA  HANCHE  FAITE 
EN  DEHORS2. 

Quand  la  luxation  de  la  cuisse  est 
faite  en  dehors,  et  qu’elle  demeure 
sans  estre  remise,  la  douleur  auec  le 
temps  s’appaise,  et  la  chair  d’e^tour 
deuient  calleuse  et  dure  comme  la 
main  des  laboureurs  et  artisans  : 
et  la  teste  de  l’os  se  forme  et  fait  vne 
cauilé  en  laquelle  elle  se  met,  de  façon 
qu’auec  le  temps  le  malade  peut  che- 
miner sans  potence  ou  baston.  Adonc 
la  cuisse  et  la  iambe  ne  sont  tant 
atrophiées  ou  amaigries. 

Mais  si  la  luxation  est  faite  au  de- 
dans , l’atrophie  sera  pins  grande, 
d'autant  que  les  vaisseaux  qui  de  leur 
naturel  vont  et  tirent  tousiours  plus 
vers  le  dedans  , comme  note  Galien 
sur  la  sent.  51  de  la  3.  sect.  du  liure 

1 Paré  a puisé  dans  Hippocrate  presque 
tout  ce  chapitre,  rempli  de  belles  ,et  gran- 
des vérités,  obscurcies  seulement  par  la 
contusion  que  fait  le  chirurgien  français 
entre  les  luxations  accidentelles  et  les  luxa- 
tions suite  d’une  lésion  organique  de  l’ar- 
ticle. 

2 En  ne  consultant  que  les  titres  des  cha- 
pitres, on  pourrait  croire  que  celui-ci  s’oc- 
cupe spécialement  delà  luxation  en  dehors: 
en  aucune  manière;  c’est  la  suite  du  précé- 
dent, et  il  devrait  porter  pour  titre  : Du 
prognoslic  de  chacune  des  luxations  du  Jemur 
* n particulier. 


38ç) 

des  Articles,  sont  plus  pressés,  et  qi:e 
la  partie  ne  peut  se  mou  noir  ny 
tourner  contre  l’os  pubis  ou  du  pe~ 
nil.  D’auantage  cette  luxation  n’es- 
tant point  réduite,  quelque  temps 
apres  les  malades  cheminent  comme 
les  bœufs,  à sçauoir  en  tournoyant  la 
iambe  vers  la  partie  de  dehors.  Pa- 
reillement le  malade  estant  soustenu 
sur  la  iambe  luxée,  ne  peut  demeurer 
en  figure  droite,  mais  oblique.  Aussi 
la  iambe  saine  fait  peu  d’espaeequand 
elle  se  meut,  à comparaison  de  celle 
qui  est  luxée  : parce  que  celle  qui  est 
luxée  fait  son  mouuement  en  tour-- 
noyant,  et  l’autre  le  fait  sans  tour- 
noyer. Pour  ceste  cause,  les  malades 
portent  vne  potence  ou  vn  baston,  à 
fin  qu’ils  soyent  appuyés  sur  la  partie 
malade,  de  peur  qu’ils  ne  tombent  en 
terre. 

D’auantage  ceux  qui  ont  cest  os 
luxé  en  dehors,  ou  en  derrière,  qui 
n’a  peu  estre  réduit,  par  succession 
de  temps  la  teste  dudit  os  rend  la 
partie  calleuse  , qui  permet  que  le 
iarret  se  plie  sans  grande  douleur  : 
mais  les  malades  soustiennen  t et  mar- 
chent seulement  sur  la  racine  des  or- 
teils. l’outesfois  ils  sont  contraints  de 
se  courber  en  deuant  lors  qu’ils  che- 
minent bien  fort,  pource  que  la  iambe 
est  plus  courte,  et  tiennent  il  chacun 
pas  la  main  sur  la  cuisse  malade,  à 
cause  que  la  tesle  de  l’os  n’est  pas 
droitement  sous  le  corps  portant  à 
plomb  : neantmoius  à la  longue  les 
malades  peuuent  cheminer  sans  po- 
tence ni  baston , lors  qu’ils  y sont  ac- 
coustumés.  Pareillement  la  iambe 
saine  par  vne  coustume  et  vsage  de- 
uient difforme , pource  qu’elle  aide  à 
la  malade  en  s’appuyant  en  terre  : en 
quoy  faisant,  il  est  necessaire  que  la 
cuisse  et  le  jarret  soyent  courbés. 

Au  contraire,  quand  la  luxation  est 


3qo  le  QVAtorziéme  livre  , 


faite  en  (leuant,  et  n’a  esté  réduite,  et 
que  le  malade  ( comme  auons  dit  ) est 
paruenu  à scs  trois  dimensions,  l’os 
ayant  accouslumé  de  tournerai!  lieu 
auquel  il  est  tombe , et  que  la  partie 
est  devenue  calleuse  et  dure , alors  il 
chemine  sans  baston , potence  ou 
croce,  et  marche  du  tout  droit  pource 
que  la  iambe  luxée  ne  se  peut  facile- 
ment plier,  ny  en  l’aine  ny  au  jarret, 
et  que  les  maladess’appuyent  plus  vo- 
lontiers sqr  le  talon  qu'ils  ne  font  sur 
la  racine  des  doig  ts  des  pieds. 

le  ne  veux  encores  laisser  en  ar- 
riéré de  remémorer  que  si  ceste  luxa- 
tion, comme  toutes  les  autres,  est  in- 
ueterëe,  iamais  ne  se  peut  réduire. 

Or  voilà  les  signes  et  accidents  qui 
viennent , quand  la  luxation  est  faite 
en  dedans,  et  que  le  ligament  qui  at- 
tache l’os  en  sa  cauité  de  la  ioinle  est 
trop  rompu  ou  trop  relasché. 


CHAPITRE  XLI1I. 

LES  SIGNES  QVE  LA  LVXATION  EST 
FAITE  EN  DEUORS  >. 

Lors  que  la  luxation  est  faite  en  de- 
hors, les  signes  sont  contraires  à la 
luxation  faite  en  dedans.  Car  la  iambe 
malade  est  plus  courte,  d’autant  que 
Ig  leste  de  l’os  de  la  cuisse  est  eleuée 
au-dessus  de  sa  boette,  et  que  les  mus- 
cles là  situés  se  retirent  vers  leur 
origine,  et  eux  se  retirans,  tirent  en- 
cores pareillement  l’os  contre-mont  : 
qui  fait  que  la  iambe  est  plus  courte 2. 

1 Le  lecteur  qui  s’en  fierait  aux  titres  des 
Chapitres  pourrait  penser  que  t'aréa  oublié 

donner  les  signes  fie  la  luxation  en  de- 
dans. On  les  trouvera  ci-dessus  au  chapi- 
tre 4Q. 

a L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : et  la 


Pareillement  le  genoüil  et  le  pied  se 
tournent  en  dedans  : et  si  on  veut 
faire  marcher  le  malade,  le  talon  ne 
peut  toucher  contre  terre,  mais  seu- 
lement sur  le  mol  du  pied,  qui  est  en 
la  racine  des  doigts.  Aussi  peut  bien 
plier  la  iambe:  ce  qu’il  nesauroit  faire 
quand  la  luxation  est  faite  au  dedans. 
D’auantage  la  iambe  malade  porte 
mieux  le  corps  que  qpaqd  la  luxation 
est  faite  au  dedans  : parce  que  la 
leste  de  l’os  est  plus  <le  ligne  droite 
sous  le  corps,  qu’il  n’est  quand  la 
luxation  est  faite  au  dedans  : et  auec 
le  temps,  si  la  luxation  ne  peut  estre 
réduite,  le  malade  chemine  sans  bas- 
top,  pource  qu’il  ne  sept  pins  de  don- 
leur,  à raison  que -lg  teste  de  l’os  a 
broyé  et  rendu  calleux  et  dur  le  lieu 
où  il  fait  sa  demeure,  n’estant  plus  en 
sa  propre  place.  Alors  aussi  la  iatnhe 
s’extenue  et  amaigrit  moins  que 
quand  la  luxation  est  faite  au  dedans, 
pource  que  Los  pe  presse  tant  les 
vaisseaux  , et  aussi  qu’on  la  Rànaille 
plus  commodément. 

Bref,  quand  la  cuisse  est  luxée  en 
la  partie  postérieure , la  iambe  se  11e- 
cliist,  et  pese  peut  estendre  : et  quand 
elle  est  luxée  eu  la  partie  anterieure, 
elle  s’étend,  mais  elle  ne  se  peut  flé- 
chir >. 


CHAPITRE  XLIV. 

DE  LA  LVXATION  FAITE  EN  REVANT. 

La  luxation  en  deuant  se  fait  bien 
rarement. 

fesse:  c’est-à-dire  que  la  fesse  était  égale- 
ment raccourcie.  Ces  trois  mots  ont  été 
retranchés  à partir  de  la  seconde  édition. 

1 Ce  dernier  paragraphe  n’existait  pas 
dans  les  premières  éditions  : il  a été  ajouté 
à la  quatrième. 


DES  LVXA.TIONS. 


Les  signes  sont  , qu’on  Irouue  lu 
leste  do  l’os  de  la  cuisse  tombée  sur 
l'os  du  penil  : dont  on  voit  l'aine 
tuméfiée,  et  la  fesse  apparoit  ridée 
et  descharnée , à cause  de  la  çonlrac 
tion  des  muscles  : aussi  que  le  malade 
peut  estendre  la  iambe  sans  douleur, 
mais  il  ne  la  peut  ployer  vers  l’aine , 
à cause  que  le  muscle  anterieur,  qui 
naist  de  l’os  ilion  , est  pressé  de  la 
teste  de  l’os  qui  ne  se  peut  estendre  : 
pt  si  le  malade  est  contraint  de  11e- 
cldr  le  iarret , il  sent  grand  douleur  : 
et  lors  qu’ou  fait  comparaison  de  la 
iambe  malade  avec  la  saine , on  les 
trouue  esgales  en  longueur.  Neaut- 
moins  le  malade  ne  se  peut  soustonir 
sur  la  racine  des  orteils  : et  si  on  veut 
IWurcor  de  le  faire  marcher,  il  ne  se 
peut  appuyer  que  dessus  le  talon. 
D’auanlage  le  bout  du  pied  ne  se  peut 
tourner  vers  la  partie  anterieure, 
Souuentesfois  en  ceste  luxation 
l’vrine  est  supprimée,  à cause  que  la 
teste  de  l’os  presse  les  grands  nerfs  , 
desquels  naissent  ceux  qui  vont  à la 
vessie  : laquelle  se  ressentant  de  la 
douleur,  tombe  en  inflammation,  qui 
afflige  le  muscle  sphincter  de  la  ves- 
sie : qui  fait  que  pendant  icelle  in- 
flammation , l’vrine  n’est  permise  de 
passer  qu’à  grande  difficulté , parce 
que  les  parties  enflammées  et  tumé- 
fiées ferment  le  passage  de  l’vriue1. 


CHAPITRE  XCV. 

DE  LA  LVXATION  FAITE  EN  DERRIERE. 

Pareillement  la  luxation  faite  en 
derrière  vient  rarement,  parce  que  la 
partie  postérieure  de  la  boette  de  la 

1 Tout  cela  est  emprunté  au  livre  des  Ar- 
ticles d’Hippocrate. 


391 

hanche  est  fort  profonde,  comme  l'an- 
terieure l’est  beaucoup  moins  : au 
moyen  dequoy  la  luxation  faite  au 
dedans  est  pius  frequente  que  nulle 
des  autres. 

Les  signes  sont , que  le  malade  ne 
peut  estendre  la  iambe,  et  aussi  il  ne 
la  peut  plier,  à cause  que  les  muscles 
qui  sont  autour  de  la  testo  de  l’os 
sont  grandement  pressés  et  tendus  : 
et  la  douleur  s’augmente  quand  U 
veut  ployer  le  jarret,  à raison  qu’on 
lire  les  muscles  d’auantage.  Pareil- 
lement la  iambe  malade  est  plus 
courte  que  la  saine  : et  quand  on 
presse  sur  la  fesse,  on  trouue  la  teste 
de  l’os  prominpnte  entre  les  muscles 
fessiers  : et  l’on  trouue  cauité  en 
l’aine , dont  est  trouuée  lasebe  et 
molle  quand  on  la  touche  : et  le  talon 
ne  peut  toucher  en  terre,  parce  que 
la  teste  de  l’os  est  cachée  entre  les 
muscles  de  la  fesse,  qui  la  retirent 
contre-mont,  et  principalement  le 
gros  muscle  fessier,  qui  fait  te  cous- 
sinet de  la  fesse,  lequel  eu  ceste  luxa- 
tion est  plus  pressé  que  nul  des  au- 
tres : qui  fait  que  le  malade  ne  peut 
fléchir  le  genoüil,  à cause  que  le 
fléchissant  on  fait  grande  extension 
de  l’aponeurose,  ou  tendon  large,  qui 
couure  le  genoüil.  Et  si  Je  malade 
s’efforce  de  se  tenir  sur  le  pied  de  la 
cuisse  luxée  sans  quelque  appny,  il 
tombe  en  derrière,  parce  que  le  corps 
panche  en  ceste  partie,  à cause  que 
la  teste  de  l’os  n’est  pas  droitement 
au  dessous  du  corps  pour  t’estançon- 
ner  : et  pour  ceste  raison  il  faut  qu’il 
s’appuye  sur  vue  potence  posée  sous 
l’aisselle  du  costé  luxé. 

Apres  auoir  suffisamment  descrii 
les  signes,  accidens,  prognostie,  et 
diiiersité  de  luxations  failes  à la  han- 
che, maintenant  il  reste  à escrire  et 
monslrer  la  maniéré  de  réduire  l’os, 


?)Q2  LF.  QVATORZIÉME  LIVRE, 


selon  la  diuersitë  des  lieux  où  il  tom- 
be, auecque  la  meilleure  méthode  et 
la  plus  briefue  qu’il  me  sera  possible. 

Premièrement  il  faut  situer  le  ma- 
lade sur  vn  banc  ou  sur  vne  table, 
(mettant  dessous  luy  quelque  matelas 
ou  couuerture  de  lit,  de  peur  qu’il  ne 
soit  pressé)  ou  à la  renuerse,  ou  sur 
le  ventre,  ou  sur  le  costé  : de  façon 
que  la  partie  où  l’os  est  forjetté  soit 
tousiours  la  plus  haute,  et  celle  d’ou 
il  est  sorti,  la  plus  basse.  Exemple: 
si  la  luxation  est  faite  en  dehors  ou 
en  derrière,  faut  situer  le  malade  sur 
le  ventre.  Si  elle  est  faite  en  dedans, 
le  faut  situer  à la  renuerse  sur  le  dos1. 
Si  elle  est  faite  en  deuant,  il  faut  le 
situer  sur  le  costé  sain.  Et  l’os  sera 
tousiours  tiré  et  poussé  verssaiointe, 
pour  le  chasser  en  dedans.  Si  la  luxa- 
tion estrecente,ou  que  ce  soit  vn  Jeune 
enfant,  ou  femme,  ou  autres,  qui  ont 
naturellement  les  iointures  laxcs,  i! 
ne  sera  besoin  pour  réduire  l’os  de 
faire  grande  extension  parlions  : mais 
la  seule  main  du  chirurgien  suffira  : 
ou  bien  on  se  contentera  d’vne  forte 
lisiere,  ou  d’vne  portion  d’vne  nappe 
ou  seruiette  : et  auecques  certaines 
compresses  mises  entre  les  iambes,  à 
sçauoir,  autour  de  la  ioinlure  de  la 
hanche,  sera  tenu  fermement.  Puis  le 
chirurgien  tirera  la  cuisse  de  droite 
ligne  au  dessus  du  genoüil,  vis  à vis 
de  la  boette  d’où  l’os  est  issu  : et  par 
ce  moyen  sera  réduit,  pourueu  qu’on 
tire  vn  peu  plus  haut  la  leste  de  l’os, 
de  peur  que  les  bords  de  sa  cauité 

1 L’édition  de  1575  voulait  que  le  malade 
fût  couché  sur  le  ventre  dans  la  luxation  en 
dedans,  et  sur  le  dos  dans  la  luxation  en  de- 
hors, ce  qui  était  contraire  aux  principes 
des  anciens,  et  ce  qui  dépendait  sans  doute 


n’engardent  estre  remis,  si  elle  n’es- 
toit  tirée  et  esleuée  vn  peu  plus  haut 
que  sa  cauité. 

Où  l’os  ne  sera  assez  tiré , on  doit 
estre  asseuré  qu’il  ne  pourra  eslre 
réduit  : partant  il  faut  plustost  pé- 
cher à tirer  vn  peu  plus  que  trop 
peu  *.  Toutefois  il  se  faut  bien  garder 
de  trop  tirer  : de  peur  de  rompre 
quelque  muscle  ou  tendon,  ou  autre 
partie  nerueuse  : et  où  on  ne  pourra 
réduire  l’os  par  la  seule  main,  alors 
faudra  vser  de  machine,  comme  nos- 
tre  moufle  attachée  à deux  posteaux, 
et  la  corde  tirée  tant  qu’il  en  soit  be- 
soin. 

Or  ce  pendant  qu’on  fera  ces  ré- 
ductions violentes  par  machines,  ne 
faut  que  les  parenset  amis  du  malade 
soyent  presens,  s’il  est  possible,  com- 
me estant  vn  spectacle  odieux  à veoir, 
et  ouyr  crier  le  malade  : et  aussi  que 
le  chirurgien  soit  asseuré,  non  piteux, 
ne  craintif,  lors  qu’il  fera  la  réduc- 
tion : et  ne  soit  nullement  esmeu  par 
la  clameur  du  malade,  ny  moins  des 
assistans  : et  que  pour  cela  il  ne  se 
hasle  point  plus  qu’il  ne  doit,  pource 
que  luy  seroit  grand  deshonneur 
n’auoir  peu  réduire  l’os,  et  aussi 
grand  dommage  au  malade. 

Apres  auoir  ainsi  discouru  des  luxa- 
tions de  la  hanche,  il  faut  pour  l’in- 
struction du  ieune  chirurgien  (auquel 
cest  escrits’addresse)les  déduire  par- 
ticulièrement pour  plus  grande  in- 
telligence : commençant  à celle  qui  est 
faite  en  dedans  de  la  cuisse. 

d’une  simple  erreur  de  rédaction  ; car,  dés 
la  seconde  édition,  le  texte  a été  corrigé 
comme  on  le  lit  ici. 

1 Ubserualion  digne  d'eslre  bien  notée.  — 
A.  P. 


I 


DF.S  LVXATIONS. 


CHAPITRE  XLVI. 

LA  MANIERE  DE  REDVIRE  LA  LVXATION 
DE  LA  C VISSE  FAITE  EN  DEDANS. 

II  faut  estcndre  le  malade  sur  vne 
table,  ou  sur  vn  banc,  comme  nous 
auons  dit.  Au  milieu  d’iceluy  sera 
posée  vne  cheuii  le  d roit  entre  ses  cuis- 
ses, longue  d’vn  pied,  et  grosse  com- 
me le  manche  d’vne  houë,  garnie  de 
quelque  chose  molle,  de  peur  qu’elle 
ne  blesse  le  malade.  Cesle  cheuille 
sert  à fin  que  le  corps  estant  arresté 
contre  icelle,  ne  sniue  et  n’obeïsse 
point  quand  on  tirera  : et  aussi  que 
lors  qu’on  fera  l’extension,  elie  se 
rencontre  entre  la  teste  de  l’os  et  le 
perinæurn,  que  Dalechamps  en  sa 
Chirurgie  Françoise  appelle  ÏEntre- 
fesson.  Ce  faisant,  il  n’est  grand  besoin 
faire  autre  contr’extension  aux  par- 
ties supérieures.  D’abondant  quand 
on  tire  le  malade,  ceste  cheuille  aide 
à rechasser  et  pousser  l’os  auecques 
vn  peu  d’aide  de  la  main  du  chirur- 
gien, qui  en  virant  et  donnant  le  tour 
çà  et  là,  aide  à remettre  l’os  en  son 
lieu. 

Or  quand  il  faut  tirer  et  contre- 
lirer,  il  faut  auoir  des  liens  qu’auons 
par  cy  deuant  escrits  en  la  réduction 
de  l’espaule,  ou  vn  tissu,  ou  quelque 
lisiere  forte,  conduits  par  dessus  l’es- 
paule  : l’vn  desquels  sera  posé  au 
dessus  de  la  iointure  de  la  hanche  : 
et  au  defaut  de  la  cheuille,  on  mettra 
vn  lien  autour  de  la  iointure  de  la 
hanche,  tenu  par  vn  homme  fort  : 
et  l’autre  lien  sera  posé  au  dessus  du 
genoüil,  lequel  sera  pareillement  tiré 


3ç)3 

contre  bas,  par  vn  autre  homme,  tant 
et  si  fort  qu’on  verra  eslre  besoin. 
Aussi  se  faut  donner  garde  que  le 
lien  qui  tient  la  partie  luxée  soit 
sur  la  teste  de  l’os  qu’on  veut  réduire, 
parce  qu’il  empcscheroit  qu’il  ne 
pourroit  r’ entrer  en  sa  place. 

Cesle  maniéré  d’extension  est  com- 
mune aux  quatre  especes  de  la  luxa- 
tion de  la  cuisse  : mais  en  chacune 
d’icelles  particulièrement  il  faut 
changer  la  maniéré  de  repousser  l’os 
en  sa  boette,  selon  les  parties  où  elle 
décliné,  à sçauoir,  le  poussant  et 
tournant  en  dehors,  quand  la  luxa- 
tion est  au  dedans  : et  au  dedans , 
quand  elle  est  au  dehors:  ce  que  nous 
déduirons  chacun  à paî  t soy. 

Or  aucuns  r’habilleurs  et  renoùeurs 
de  village,  lors  qu’ils  veulent  réduire 
ceste  luxation,  font  la  ligature  au 
pied,  et  par  ce  moyen  la  iointure  du 
pied  et  du  genoüil  sont  plus  eslen- 
dues  que  celle  de  la  hanche  luxée, 
pource  qu’elles  sont  plus  près  du  lien 
qui  est  attaché  au  pied  : et  partant 
sans  nulle  occasion  ils  font  extension 
à la  iointure  du  pied  et  à celle  du 
genoüil,  dont  plusieurs  accidens  ad- 
uiennent.  Parquoy  icy  noteras,  qu’on 
ne  doit  attacher  les  liens  au  pied , 
mais  au  dessus  de  la  iointure  du  ge- 
noüil : et  en  la  luxation  de  l’espaule, 
nullement  la  faire  à la  main,  mais  au 
dessus  du  coude  seulement  *. 

* Obserualion  (ligne  d’estre  notée  au  chi- 
rurgien. — A.  P.  — Ce  n’esl  pas  une  obser- 
vation moins  notable  que  ce  procédé  des 
rhabilleurs  de  village  ait  iini  par  devenir  la 
pratique  générale  des  chirurgiens  français 
de  la  fin  du  xvi  11e  siècle,  et  même  du  com- 
mencement de  ce  siècle-ci. 


3g4 


LE  OVATORZIÉME  LIVRE  , 


CHAPITRE  XLVII. 

I \ MANIERE  RE  RED VIRE  RA  LVXATIQN 
DE  LA  CA  ISSE  I AITR  AV  DEDANS,  PAR 
MACHINES,  LURSQYE  LA  MAIN  DV  CHI- 
Iî  RDI  EN  n'est  ASSEZ  SUFFISANTE. 

gi  la  luxation  est  faite  au  dedans, 
apres  auoir  situé  deuément  le  corps , 


et  tenu  la  partie  malade  , il  faut  met- 
tre dessus  l’aine  quelque  chose  ronde  : 
et  soudain  par  dessus  icelle  on  lire  le 
genoüil  dp  malade  , en  pliant  fort , et 
pressant  sur  la  teste  de  l'os  vers  sa 
boette , et  tirant  le  genoüil  et  la  iambe 
à l’endroit  de  l’aine,  et  la  menant  au 
dedans  vers  l’autre  iambe  le  plus 
qu'il  sera  possible  : et  par  ce  moyen 
on  réduit  l’os  en  sa  place,  connue  tu 
vois  par  ceste  ligure. 


Aussi  noteras  qu’en  ceste  luxation  , 
et  autres,  apres  auoir  tiré  l’os  suffi- 
samment d’entre  les  muscles,  et  auoir 
fait  extension  des  ligamens , il  fin 
qu’ils  cedent , faut  lascher  la  corde , 
et  ne  plus  tirer  : ou  autrement  la  ré- 
duction ne  se  pourra  faire , pour  la 
trop  grande  extension  qu’on  feroit 
aux  muscles,  tendons,  et  ligamens, 
qui  ne  pourroient  obéir  à la  main  du 
chirurgien. 

Les  signes  que  la  luxation  est  ré- 
duite , sont , que  les  iamhès  sont  de 
pareille  longueur  : aussi  que  le  ma- 
lade plie  et  eslend  sa  iambe  sans  dou- 
leur ny  peine. 

Apres  qu’on  sera  asseuré  l’os  estre 


réduit , on  appliquera  les  remedes 
qui  ont  esté  par  cy  deuant  escrils. 
Puis  on  commencera  tousiom  s leban- 
dage  sur  le  lieii  où  estoit  l'eminence 
de  l’os  déplacé,  et  sera  mené  et  con- 
duit vers  la  partie  opposite  et  saine, 
passant  sur  les  reins  par  derrière,  et 
sur  le  ventre  par  deuant.  Et  ne  faut 
oublier  de  mettre  vne  grosse  com- 
presse dedans  l’aine , qui  tiendra  l’os 
ferme  en  sa  cauité  : aussi  des  torches 
de  paille  longues  iusques  au  talon , 
comme  nous  auons  monstre  en  la 
fracture  de  la  cuisse.  D’auantagefaut 
lier  les  deux  cuisses  ensemble,  à fin 
que  la  partie  luxée  demeure  cncores 
plus  stable  sans  se  mouuoir.  Et  ne 


DES  LVXAT10NS. 


395 


faut  oster  ce  premier  appareil  de 
quatre  ou  cinq  iours,  s’il  est  possible, 
sçauoir  est,  qu’il  n’y  eust  quelque 
accident  qui  contraignist  de  ce  faire. 
Faut  aussi  faire  tenir  le  malade  trente 
iours  dans  le  lit,  à fin  que  les  muscles, 
nerfs  et  ligamens  qui  ont  esté  relas- 
rhés  se  fortifient  : de  peur  qu’en  che- 
minant trop  test , l’os  ne  se  (lomist  de 
roc  fief. 

Quanta  la  situation  de  la  jambe, 
elle  doit  estre  tenue  en  figure  moyen- 
ne , c’est-à-dire,  entre  droite  et 
courbée  : autrement  ne  pourrojt  lon- 
guement demeurer  en  figure  droite 
sans  causer  douleur,  à cause  des 
muscles  qui  seroyenl  trop  long  temps 
tenus  tendus. 


CHAPITRE  XLYIII. 

LA  M AMERE  I)E  REDVIRE  LA  LVXATION 
DE  LA  CVISSE  FAITE  EJ*  DEHORS. 

Quand  la  luxation  est  faite  en  de- 
hors , il  faut  situer  Je  malade  sur  vne 
table  , ou  sur  vn  banc,  garni  comme 
nous  auons  dit  par  çy  douant,  ayant 
le  ventre  dessus  la  labié  : et  faire  Jes 
ligatures  à la  hanche  ipxée,  et  au 
dessus  du  geqojiü.  Cela  fait,  fapt 
tirer  contre-bas,  et  cqntrptirer  con- 
tre-mont : et  le  chirurgien  poussera 
du  dehors  en  dedans  l’os  en  sa  place  : 
et  sj  la  main  n’est  assez  forte,  qn 
s’aidera  de  nos(re moufle,  comme  tu 
y ois  par  ceste  figure  ’. 


Ceste  luxation  est  la  plus  facile  à 
estre  réduite  de  toutes  les  autres  de 
la  cuisse  : tellement  que  i’ay  veu  quel- 
quesfois  ayant  fait  l'extension  , qu’en 
lasehant  les  muscles,  ils  iettoient  la 
teste  de  l’os  en  sa  cauité  , sans  aucu- 
nement pousser  : à cause  que  natu- 
rellement ils  se  retirent  vers  leur 
origine  ; et  l’as  l’entrant  dedans  sa 
boette  ne  fait  quelquesfois  aucun 
bruit  : et  quelquefois  fait  bruit,  fai- 


sant cloctj  qui  est  vn  signe  certain 
que  l'os  est  rentré  dans  sa  cauité. 

Apres  ceste  réduction  faite,  on 
appliquera  les  remedes  cy  dessus  men- 
tionnés. Et  pareillement  ne  sera  ou- 
blié de  mettre  vne  compresse  sur  la 
iointure,  et  la  ligature  , et  les  torches 
de  paille . ainsi  qu’auons  enseigné  par 
cy  douant. 

1 J’ai  déjà  dit  que  Taré  était  l’inventeur 


T,E  QVATORZIÉ'ME  LIVRE 


3g6 


CHAPITRE  XL IX. 

LA  MANIERE  DE  REDVIRE  LA  LVXATION 

DE  LA  CVISSE  FAITE  EN  DEVANT. 

Si  la  luxation  est  faite  en  deuant, 
fautsituerle  malade  sur  le  costé  sain, 
et  le  lier  ainsi  qu’auons  dit.  Puis  le 
chirurgien  mettra  vne  compresse  des- 
sus la  teste  de  l’os  qui  fait  eminence , 
aquelle  sera  tenue  fermement  par 
vn  seruiteur.  Puis  ayant  fait  l’exten- 
sion suffisante,  le  chirurgien  auec  la 
main  poussera  la  teste  de  l’os  en  sa 
boette  : et  si  la  main  n’est  assez  forte, 
la  poussera  auec  le  genoüil , tant 
qu'elle  soit  réduite  : et  estant  réduite, 
sera  traitée  et  bandée  ainsi  qu’a- 
uons enseigné  cy  dessus. 

du  moufle  appliqué  à la  réduction  des  luxa- 
tions, et  il  s’en  attribue  nettement  ici  la 
possession,  1 tostre  moufle.  Mais,  sans  parler 
des  machines  à treuil  des  anciens,  les  mo- 
dernes avaient  aussi  imaginé  des  moyens  de 
traction  plus  puissants  que  l’extension  parla 
main  des  aides.  Guy  de  Chauliac  fixait  le 
plein  d’une  serviette  au-dessus  du  genou,  en 
rattachait  les  deux  bouts  à un  pilier  solide- 
ment implanté  sur  la  table  même  où  l’on 
couchait  le  patient,  et,  à l’aide  d’un  levier 
ou  cheville  introduit  entre  les  bouts  de  la 
serviette,  et  qui  servait  à la  tordre,  il  éten- 
dait le  membre  avec  une  grande  force.  Ce 
qu’il  y a d’obscur  dans  la  description  de  Guy 
est  éclairé  par  la  glose  de  Dalechamps.  Ce- 
lui-ci nous  rapporte  un  autre  procédé  en- 
core : 

« Aucuns  font  tourner  les  posteaux  (ce  que 
Guy  appelle  les  piliers)  auec  deux  barres 
passées  au  trauers,  mettent  les  bouts  des  loiiail- 
es  (les  draps  ou  serviettes)  dans  vn  des  per- 
tuis  où  passent  les  barres,  r.  fin  que  la  barre, 
remise  en  son  trou,  les  tienne  fermes  : puis 
tournent  le  posteau,  et  font  ainsi  l’ extension. 
— Chirurgie  française,  p.  SRO. 


CHAPITRE  L. 

LA  MANIERE  DE  REDVIRE  LA  LVXATION 

DE  LA  CVISSE  FAITE  EN  DERRIERE. 

Le  malade  sera  pareillement  cou- 
ché sur  le  ventre  dessus  vn  banc,  ou 
vne  table,  et  tiré  ainsi  qu’il  a esté 
dit  des  autres  luxations  de  ceste  par- 
tie : et  le  chirurgien  poussera  de  ses 
main  l’eminence  de  l’os  en  sa  iointu- 
re  , en  prenant  le  genoüil  du  malade, 
et  le  tirant  en  dehors , le  reculant 
ou  séparant  de  la  iambe  saine.  Et 
estant  réduit  en  son  lieu , il  n’y  peut 
demeurer  si  le  malade  n’est  couché 
et  bien  bandé,  à cause  que  la  cauité 
de  la  boette  de  l’ischion  va  en  bais- 
sant, et  que  la  charge  de  toute  la 
cuisse,  qui  y est  pendue , est  pesante  : 
et  partant  tomberoit  de  rechef  de  son 
lieu  , si  le  malade  vouloit  cheminer. 


CHAPITRE  LI. 

DE  LA  LVXATION  DE  LA  ROVÊLLE  DV 
UENOVIL. 

La  rouelle  du  genoüil  se  peut  de- 
louer  en  dedans,  en  dehors , en  des- 
sus, en  dessous,  et  non  iamais  en 
derrière , par  ce  que  les  os  qu’elle 
couure  ne  le  permettent  L 

1 Cette  classification  m’avait  paru  de  l’in- 
vention d’A.  Paré;  en  effet,  à peine  la  luxa- 
tion de  la  rotule  est-elle  mentionnée  dans 
les  anciens,  et  les  Arabes  et  les  arabistes 
n’en  parlent  que  pour  décrire  le  mode  de 
rédqction,  sans  désigner  le  sens  dans  lequel 
elle  se  déplace.  Voyez  mon  Mémoire  sur  les 
luxations  de  la  rotule,  p.  3 et  4.  Mais  j’ai 
constaté  depuis  que  Paré  n’avait  guér#  fait 


DES  LVXATIONS. 


Pour  la  réduire,  il  faut  que  le  mala- 
de s’appuye  sur  le  pied  de  la  partie 
luxée,  en  terre  vnie,  ou  sur  vne  table  : 
puis  le  chirurgien  la  poussera  de  ses 
mains  du  costé  où  elle  incline.  Et 
l’ayant  réduite  faut  remplir  la  cauité 
du  jarret  de  compresses  de  telle  gros- 
seur, que  le  malade  ne  puisse  plier  la 
iambe  : caria  ployant,  on  la  fait  de  re- 
chef sortir  de  son  lieu.  Pareillement 
on  mettra  vne  astelle  vn  peu  caue  et 
ronde,  comme  est  la  figure  delà  rouel- 
le , posée  du  costé  vers  lequel  estoit 
déplacée  : et  les  remedes  propres  se- 
ront appliqués,  et  auec  le  bandage 
sera  tenue  si  ferme,  qu’elle  ne  puisse 
tourner  çà  ou  là.  Apres  auoir  tenu  le 
genoüil  assez  en  repos,  faut  que  le 
malade  commence  peu  à peu  à fléchir 
le  genoüil  iusquesà  ce  qu'il  connoisse 
quelemouuement  de  ceste  partie  luy 
soit  aisé. 


CHAPITRE  LU. 

DE  I,A  DELO VEVIÎE  DV  GENOVIL. 

Le  genoüil  se  peut  luxer  en  trois 
maniérés,  à sçauoir,  en  dedans,  en 
dehors,  et  en  derrière  : en  deuant 
rarement,  n’estoit  par  vne  extreme 
violence  , pource  que  la  rouelle  l’em- 
pesche , laquelle  tient  les  os  de  ceste 
partie  ferme.  Les  autres  maniérés  se 
font  aisément , à raison  que  la  coche, 
ou  cauité  du  bout  de  l’os  de  la  cuisse, 

ici  que  copier  Dalechamps.  Celui-ci  s’ex- 
prime de  celte  manière  : 

IV oure  aulheur  ne  traite  point  de  la  dé- 
biteur e faite  en  la  rouelle  du  genoil,  qui,  tou- 
tefois, aident  soutient.  Elle  se  deloue  en  de- 
dans, en  dehors,  en  dessus,  en  dessous,  non 
en  derrière,  parce  que  les  os  qu'elle  couure  ne 
le  permettent , et  peu  au  deuant.  — Chirurgie 
fran(oise,lb10,  p.  887. 


397 

est  caue  comme  vne  gouttière,  et 
aussi  qu’elle  est  fort  lisse  et  glissante, 
et  pareillement  que  sa  structure  est 
moins  serrée  que  la  ioinlure  du  cou- 
de : et  partant  il  se  luxe  et  réduit  plus 
aisément. 

Les  causes  de  ceste  luxation  sont 
pour  tomber  de  haut , ou  sauter,  ou 
courir  trop  viste. 

Les  signes  sont , que  le  malade  ne 
peut  plier  la  iambe  contre  la  cuisse  , 
c’est-à-dire , mettre  le  talon  contre  la 
fesse. 

Les  luxations  qui  se  font  au  gc- 
noüil  en  dedans  et  en  dehors,  poul- 
ies réduire,  faut  faire  vne  médiocre 
extension,  et  pousser  l’os  du  costé 
où  il  sera  forjelté,  tant  qu’il  soit  en 
sa  place. 


CHAPITRE  LIII. 

DE  LA  LVXATION  DV  GENOVIL  FAITE 
EN  DERRIERE1. 

11  faut  faire  asseoir  le  malade  sur 
vne  escabelle , ou  sur  vn  banc  de 
moyenne  hauteur,  le  dos  tourné  con- 
tre le  visage  du  chirurgien,  lequel 
luy  mettra  sa  iambe  entre  les  deux 
siennes , et  de  ses  deux  mains  la 

1 J’établis  ici  un  nouveau  chapitre,  et  je 
dois  expliquer  pourquoi.  Dans  la  première 
édition,  ce  titre  : De  la  luxation  du  genoüil 
Jaite  en  derrière,  occupait  le  milieu  de  la  li- 
gne, et  séparait  nettement  le  procédé  qui 
suit  de  ceux  qui  ont  été  indiqués  pour  les 
luxations  en  dedans  et  en  dehors.  A partir 
de  la  seconde  édition,  le  titre  avait  été  trans- 
formé en  une  simple  note  marginale,  ce  qui 
laissait  penser,  lorsqu’on  ne  lisait  que  le 
texte,  qu’il  s’agissait  toujours  des  deux  pre- 
mières luxations.  J’ai  rétabli  ce  titre,  et, 
pour  plus  de  régularité,  j’en  ai  fait  un  cha- 
pitre. 


LE  QVATOIIZIÉME  LIVRE 


398 

pliera  contre  la  fesse.  Et  si  par  ce 
moyen  ne  se  peut  réduire , faut  auoir 
vne  pelolle  faite  d’vne  bande  roulée , 
et  l’attacher  au  milieu  d'vn  baslon  : 
et  icelle  sera  posée  par  vu  seruiteur 
au  ply  du  jarret  sur  l’os  emihent , et 
poussée  eh  douant  : et  vn  autre  serui- 
teur mettra  sur  le  genoüil  vne  bande 
ou  quelque  lisiere  large  de  trois 
doigts  : puis  de  ses  deux  mains  la  ti- 
rera contre-mont  : et  tous  ensemble 
tout  à coup  plieront  la  iambe  et  le 
talon  contre  la  cuisse  ou  la  fesse. 

Toutes  ces  choses  sentent  à réduire 
telle  luxation  faite  en  derrière. 


CHAPITRE  L1Y. 

I)E  LA  LVXATION  DV  GENOVIL  FAITE 
EN  DEVANT. 

Si  la  luxation  est  faite  en  deuant , il 
faut  situer  le  malade  sur  vne  table  , 
et  faire  deuë  ligature  au  dessus  de  la 
jointure  du  genoüil , et  au  dessus  du 
pied.  Puis  le  chirurgien  poussera  de 
ses  deux  mains  sur  l’os , tant  qu'il  soit 
réduit.  Et  si  les  mains  ne  sont  assez 
suffisantes  pour  tirer  et  contre-tircr, 
l’on  vsera  de  nostre  machine,  comme 
tu  vois  par  ceste  figure1. 


Le  signe  qu’il  est  réduit , est  que  le 
malade  fléchit  et  estend  sa  iambe 
sans  douleur.  Apres  la  réduction  , on 
appliquera  les  remedes  et  compresses, 
et  fera-on  les  ligatures  ainsi  qu’il  est 
requis  : et  defendra-on  au  malade  de 
cheminer  sur  la  iambe , iusques  à ce 
qu’on  verra  eslre  besoin. 

1 II  est  probable  que  Paré  a voulu  seule- 
ment id  indiquer  une  application  possible 
de  son  moufle,  plutôt  qu’un  usage  qu'il  en 
aurait  fait  lui-même.  La  luxation  en  devant, 
regardée  comme  très  rare  jusqu’à  nos  jours, 


CHAPITRE  LV. 

I)E  LA  LVXATION  ET  DISIONCTION  DE 
L’OS  PÉRONÉ,  AYTREMENT  DIT  PETIT 
FOCILE  DE  LA  IAMBE. 

Le  petit  focile  de  la  iambe  est  ap- 
posé sans  cauité  contre  le  gros  focile , 

et  qu’il  a bien  fallu  reconnaître  ensuite 
comme  la  plus  fréquente,  avait  été  observée 
par  Megès  dans  l’antiquité;  après  quoi  l’on 
n’en  retrouve  de  nouvelles  observations  que 
fort  avant  dans  le  xvme  siècle.  Voyez  ma 


bKS  LVXATIONS; 


à sçnuoir.  cri  la  partie  supérieure  près 
le  genoiiil,  et  en  bas  près  l'astragale  : 
et  se  peut  luxer,  desioinclre,  et  en- 
tr’ouurir  desdites  parties  en  trois  ma- 
niérés, à sçauoir  en  la  partie  ante- 
rieure , et  aux  deux  coslés.  Cela  se 
fait  communément  lors  qu’en  chemi- 
nant on  se  mesmarche  , et  le  pied 
nous  defaut , et  se  tourne  en  dedans 
ou  en  dehors  : et  le  corps  s’appuyant 
au  dessus,  fait  qu’il  s’entr'ouure,  de- 
prime  , et  luxe.  Aussi  telle  chose  se 
peut  faire  pour  tomber  de  haut,  ou 
pour  quelque  grand  coup  orbe.  Pa- 
reillement quelquesfois  ses  epiphyses 
se  desioigncnt  et  se  rompent  *. 

Or  pour  les  faire  tenir  et  ioindre 
ensemble , elles  seront  réduites  par 
la  main  du  chirurgien  , en  les  pous- 
sant en  leur  situation  naturelle  : et 
les  faut  puis  apres  bien  bander,  et 
mettre  des  compresses  au  costé  au- 
quel le  petit  focile  a esté  peruerti , 
commençant  la  ligature  dessus  la 
luxation  , pour  les  raisons  prédites  : 
et  le  malade  gardera  le  lit  quarante 
iours,  et  tant  qu’on  connoistra  les 
ligamens  estre  bien  affermis. 


CHAPITRE  LVI. 

DË  LA  LVXATION  DV  GRAND  FOCILE 
AV  E L’.A  STRAGALE. 

11  se  fait  aussi  luxation  du  grand 
focile  d’auec  l’astragale  , tant  au  de- 

Letlre  à M.  Velpeau  sur  les  luxations  fémoro- 
tibiales,  dans  les  Archives  de  médecine,  1837, 

t.  13  et  14. 

1 Évidemment  Paré  veut  parler  ici  de  la 
luxation  avec  fracture  du  péroné,  que  I)u- 
puytren  a désignée  sous  le  nom  fort  inexact 
de  /raciwe  du  tiers  inférieur  du  péroné;  at- 
tendu que  la  fracture  peut  très  bien  exister 
sans  la  luxation,  et  que  la  luxation  peut  à 
peine  exister  sans  la  fracture. 


dans  du  pied,  qu’au  dehors.  On  la 
connoist  par  l’emlnence  tfoutlée  au 
costé  où  la  luxation  est  faile. 

S’il  n’y  a que  luxation  incompleüe, 
et  que  l’os  ne  soit  qu’vn  peu  séparé  , 
adonc  la  réduction  sera  facile  , en 
poussant  seulement  l’os  en  son  lieu. 
Et  apres  la  réduction,  faut  appliquer 
des  compresses  et  ligatures  comme  il 
est  besoin  , à sçauoir,  en  apposant  et 
tournant  la  bande  au  costé  opposite 
à la  luxation,  comme  nous  ations  dé- 
claré cy  douant , à tin  qu’on  repousse 
l’os  en  son  lieu  d’où  il  est  sorti  : et  se, 
faut  garder  de  (rop  comprimer  le 
gros  tendon  qui  est  au  talon. 

Ladite  luxalion  est  affermie  en  qua- 
rante iours  communément,  s’il  n’y 
aduient  aucun  mauuais  accident. 


CHAPITRE  LVÜ. 

DE  LA  LVXATION  DV  TALON. 

Quand  on  saute  de  bien  haut  lieu  , 
et  qu’on  tombe  sur  le  talon,  adonc 
l’os  du  talon  se  luxe,  et  s’esloigne  de 
l’os  nommé  astragale.  Telle  luxation 
se  fait  plus  communément  vers  la 
partie  intérieure  qu’exterieure  , à 
cause  que  le  petit  focile  passe  et  em- 
brasse l’astragale  : qui  est  cause  qu'il 
le  tient  plus  fort  que  de  l’autre  costé, 
oû'il  n’y  a telle  apodiation  ou  eslan- 
ceure. 

La  réduction  se  fera  en  tirant  et 
poussant  les  os  en  leur  lieu  naturel  : 
laquelle  est  assez  facile  , pourueu 
qu’il  n’y  ait  grande  fluxion  et  inflam- 
mation. Quant  au  bandage  qu’on  y 
fera,  il  faut  plus  presser  sur  le  mal 
qu’en  autre  part , à fin  d’expeller  le 
sang  du  lieu  blessé  aux  parties  voi- 
sines, touteslois  sans  causer  douleur 
que  le  moins  qu’on  pourra , se  don- 


4-00  LE  QVATORZIEME  LIVRE 


nant  garde  de  trop  presser  les  nerfs 
et  le  gros  tendon  qui  est  au  talon , 
comme  nous  auons  dit.  11  faut  que  le 
malade  soit  à repos  par  l’espace  de 
quarante  iours  pour  le  moins , encore 
qu’il  n’y  suruienne  nuis  accidents  : ce 
qui  se  fait  souuent  par  la  contusion 
faite  en  ceste  partie  : parquoy  est  bon 
en  faire  chapitre. 


CHAPITRE  LVIII. 

DES  ACCIDENS  QVI  SVRVIENNENT  PAR  LA 
C0NTVSI0N  FAITE  AV  TALON. 

Or  pour  ceste  grande  contusion,  les 
veines  et  arleres  iettent  du  sang  au 
trauers  de  leurs  tuniques  et  par  leurs 
pelils  orifices.  Au  moyen  dequoy  se 
fait  vne  ecchymose , c’est-à-dire  , 
meurdrisseure  au  lieu  de  laiointure 
et  au  talon  : et  alors  suruient  grande 
douleur  et  tumeur.  Parquoy  il  est 
expédient  d’y  remedier  : qui  se  fera 
en  ordonnant  bon  régime,  saignée,  et 
purgation  s’il  en  est  besoin  , y appli- 
quant aussi  des  remedes  propres , et 
principalement  en  atténuant  le  cuir 
qui  est  sous  le  lalon  , s’il  est  trop  dur 
(comme  naturellement  il  est)  par  fo 
mentalion  d’eau  chaude  et  huile  : 
mesme  le  faut  couper,  s’il  est  trop 
calleux , assez  profondément  auec  vn 
rasoir,  euitant  la  chair  viue.  Telles 
choses  se  font , à fin  que  le  cuir  soit 
plus  transpirable , et  que  la  resolu- 
tion de  la  meurdrisseure  se  puisse 
mieux  faire.  Et  faut  qu’au  talon  ces 
choses  soient  faites  deuant  que  l’in- 
flammation y soit  suruenue,  de  peur 
qu’il  n’y  suruienne  spasme  : car  le 
sang  issu  hors  de  ses  vaisseaux  se 
pourrit , pource  que  la  partie  pour  sa 
densité  ne  permet  qu'il  se  puisse  bien 
exhaler  et  résoudre , et  aussi  que  le 


gros  tendon , qui  est  attaché  sous  le 
talon,  est  fort  sensible  : ioint  qu’il  y 
a des  nerfs  qui  passent  en  ses  parties 
latérales  : ce  que  i’ay  monstré  en 
Y Anatomie  Vniuerselle  h 

L'inllammation  vient  pareillement 
en  ceste  partie  pour  trop  longuement 
demeurer  à la  renuerse,  et  estre  ap- 
puyé et  couché  dessus,  et  principale- 
ment sur  vne  chose  dure,  ainsi  qu’a- 
uons  déclaré  en  la  fracture  de  la 
iambe , parlant  de  la  situation  du 
talon.  Parquoy  le  chirurgien  y pro- 
cédera comme  il  est  dit,  de  peur  qu’il 
n'y  suruienne  aposteme , et  par  con- 
séquent carie.  Car  par  icelle  il  sur- 
uient plusieurs  accidens  , comme 
fiéure  continue  aiguë,  et  d’icelle  s’en- 
suit tremblement , sanglot,  et  déliré. 
Car  par  la  carie  de  cest  os  les  parties 
proches  qui  l’enuironnent  communi- 
quent leur  mal  aux  parties  nobles, 
pource  que  le  gros  tendon,  fait  de 
trois  muscles  du  pommeau  de  la  iam- 
be, estant  enflammé,  communique 
l’inflammation  ausdils  muscles,  et 
aux  nerfs  qui  sont  distribués  par 
iceux.  Aussi  les  arteres  qui  sont  sem- 
blablement pressées  et  eschauffées, 
communiquent  leur  chaleur  au  coeur: 
dont  s’ensuit  fiéure,  et  par  les  nerfs 
distension  , spasme  et  sanglot , à cau- 
se des  nerfs  qui  sont  distribués  à l’es- 
tomach , lequel  aussi  est  nerueux , et 
pareillement  des  nerfs  qui  sont  dis- 
tribués aux  muscles  delà  respiration. 

Pour  le  dire  en  vn  mot , lors  qu’il 
y a carie,  c’est-à-dire  , pourriture  en 
l’os  du  lalon  , ce  mal  est  incurable  2. 

1 Voici  un  renvoi  assurément  antérieur  à 
la  publication  des  OEuvrcs  complètes,  et 
que  l’auteur  a oublié  de  changer.  Voir  la 
Bibliographie  de  I’aré  dans  mon  Introduction. 

2 Tout  cela  est  extrait  d’Hippocrate,  et 
spécialement  du  Traité  des  fractures. 


DES  LVXATIONS. 


CHAPITRE  L1X. 

DE  LA  LVXATION  DE  L’OS  ASTRAGALE, 

c est-a-dire  de  l’osselet. 

L os  astragale  se  peut  luxer  en 
toutes  parts  : et  quand  il  se  déplacé 
en  dedans,  le  dessous  du  pied  se  tour- 
ne en  dehors  : et  quand  il  se  déplacé 
au  contraire , le  signe  est  aussi  con- 
traire. Et  s il  est  luxé  en  deuant,  le 
gros  tendon  qui  s’implante  au  talon 
est  dur  et  tendu  Et  s’il  est  luxé  en 
duriere , 1 os  du  talon  est  presque 
caché  au  dedans  du  pied  : et  telle 
luxation  est  faite  par  vne  extreme 
violence. 

On  le  réduit  auec  les  mains  , en  ti- 
rant et  poussant  par  grande  force  le 
pied  aux  parties  opposites  d’où  il  sera 
déplacé. 

Apres  la  réduction  , on  appliquera 
rcmedes  et  ligatures  propres.  Il  fau- 
dra que  le  malade  garde  longuement 
le  lit,  parce  que  cest  osselet  soustient 
tout  le  corps  : et  n’estans  point  en- 
cores  les  ligamens  qui  le  tiennent  re- 
tournés en  leur  première  force,  et 
cedans  au  faix  qu’ils  portent,  danger 
seroit  que  de  rechef  ne  sortist  hors 
de  son  lieu. 


CHAPITRE  LX. 

DE  LA  LVXATION  DES  OS  DV  TARSE, 
ET  DV  PEDIVM. 

Les  os  du  tarse  et  du  pedium  se 
peuuent  pareillement  luxer  : et  la 
luxation  se  fait  quelquesfois  sous  le 
pied,  autresfois  dessus,  et  aucuns 
d'iceux  aux  coslés. 

Si  on  les  voit  estre  emineus  et  esle- 


4oi 

ués  sur  le  pied , faut  que  le  malade 
appuyé  son  pied  sur  quelque  ais  : puis 
que  le  chirurgien  presse  sur  l’os  emi- 
nent,  tant  qu’il  soit  remis  en  son  lieu. 
Au  contraire,  si  l’eminence  est  trou- 
uée  sous  le  pied , il  faut  faire  le  sem- 
blable , c est  à sçauoir,  presser  l’os 
par  dessous  tant  qu’il  soit  réduit.  Et 
s'ils  sont  aux  costés , on  les  pressera 
de  sorte  qu’on  les  réduira  en  leur 
lieu  naturel. 


CHAPITRE  LXI. 

DE  LA  LVXATION  DES  OS  DE  LA  PLANTE 
DV  PIED  ET  DES  ORTEILS. 

Les  doigts  du  pied  se  luxent  en  qua- 
tre maniérés,  comme  les  doigts  de  la 
main  : et  la  maniéré  de  les  réduire  est 
aussi  semblable,  qui  est  de  les  tirer 
de  ligne  droitte,  et  les  pousser  en  leur 
ioinlure,  et  lesbandercommodément. 
Et  pour  le  présagé,  ils  sont  réduits 
lacilement,  à cause  que  la  sortie  de 
leur  lieu  est  petite. 

Toute  la  curation  est  pareille  à celle 
des  doigts  de  la  main  , hors  mis  qu’il 
laut  garder  le  lit  pour  le  pied  , et 
pour  la  main  mettre  le  bras  en’es- 
eharpe.  Il  faut  commander  au  malade 
de  se  reposer  par  l’espace  de  vingt 
murs  plus  ou  moins,  à sçauoir,  ius- 
ques  à ce  qu’il  se  puisse  aisément 
sou  s tenir  dessus. 


CHAPITRE  LXII. 

DES  COMPLICATIONS  ET  ACCIDENS  QVt 
PE V VENT  SVRVENIR  A LA  PARTIE  FRAC- 
TVRÉE  OV  LVXÉE. 

< ù il  y a plusieurs  complications  de 
maladies  et  accidens,  qui  souuent  ac- 
26 


11. 


ÀO‘J  LE  QVATORZIÊME  LIVRE, 


compagnentles  fractures  etluxations: 
comme  contusion,  douleur  extreme, 
inflammation,  fleure,  aposteme,  gan- 
grené, estbiomeue,  vlcere,  fistule,  al- 
teration et  carie  aux  os,  atrophie  ou 
amaigrissement  de  la  partie,  depra- 
uatiou  de  l’action  des  parties , et  au- 
tres : lesquelles  requièrent  pour  leur 
curation  grande  method  e et  diligence. 

Quant  à la  contusion,  elle  est  faite 
lors  que  quelque  chose  grosse  et  pe- 
sante tombe  sur  vne  partie , ou  par 
tomber  de  haut  en  bas,  dont  se  fait 
effusion  de  sang  : lequel , s’il  est  en 
grande  quantité,  sera  subit  euacué 
par  scarifications,  à fin  de  descharger 
la  partie,  de  peur  qu’elle  ne  tombe  en 
gangrené  et  pourriture  : et  d’autant 
qu’on  connoistra  le  sang  estre  plus 
gros,  et  le  cuir  espais,  les  scarifica- 
tions seront  faites  plus  profondes  : 
et  y peut-on  semblablement  mettre 
des  sangsues. 

Or  nous  auons  parlé  cy-deuanl  de 
la  douleur,  sçauoir  est,  qu’elle  se  fait 
au  moyen  que  les  os  ne  sont  eu  leur 
lieu  naturel,  faisans  ponction  et  com- 
pression aux  muscles  et  parties  ner- 
ueuses,  dont  l’inflammation  suruient, 
et  par  conséquent  la  fleure,  et  sou- 
uent  aposteme , pour  la  defluxion  et 
inflammation  : et  de  l’inflammation 
gangrené,  de  gangrené  esthiomene, 
puis  vlcere  et  fistule  : de  fistule,  carie 
et  pourriture  aux  os. 

L’atrophie  , ou  amaigrissement , 
vient  d’auoir  trop  longtemps  tenu 
la  partie  en  repos , et  aussi  pour  i’a- 
uoir  tenu  liée  : car  telles  choses  pri- 
uent  la  partie  d’aliment,  parce  que  le 
sang  et  esprits  sont  comprimés  et  em- 
pescliés  de  tomber  en  la  partie. 

Pour  la  cure  de  l’atrophie,  si  la  par- 
tie est  trop  liée,  on  la  déliera:  et  si  elle 
peut  estre  exercée,  on  le  fera  en  l’es- 
lendant,  fléchissant,  haussant  et  bais- 


sant, et  tournant  : car  par  ces  moyens 
la  chaleur  naturelle  sera  excitée,  et 
par  conséquent  les  esprits  reluiront 
plus  abondamment  en  icelle.  Et  où  la 
partie  ne  pourra  estre  exercée,  faut 
faire  des  frictions  et  fomentations 
d’eau  chaude.  Les  frictions  seront  mo- 
dérées , sçauoir  est , entre  dures  et 
molles,  aussi  entre  celles  qui  se  font 
trop  briefuement  et  trop  longtemps. 
Quant  à la  qualité  de  l’eau  pour  les 
fomentations  , il  faut  pareillement 
qu’elle  soit  moyenne  entre  la  fort 
chaude  et  celle  qui  est  tiede.  Aussi  ne 
faut  faire  la  fomentation  trop  longue- 
ment ny  trop  peu  : pource  que  si  on 
la  faisoit  trop  longuement , on  pour- 
roit  résoudre  ce  qu’on  auroit  attiré  : 
et  si  on  la  fait  peu  de  temps  , on  at- 
tire peu  ou  rien  l. 

Apres  la  fomentation  , on  appli- 
quera medicamens  chauds  et  emplas- 
tiques,  faits  de  poix,  de  terebenlhine, 
euphorbe,  pyrethre,  souphre,  et  leurs 
semblables , tel  que  cestuy-cy  : les- 
quels faudra  remuer  tous  les  iours , 
plus  ou  moins,  selon  qu’on  verra  eslre 
necessaire. 

Dropax. 

7f.  Picis  nigræ,  ammoniaci,  bdel.  gummi 
demi  in  aqua  vit*  dissol.  ana  5 . ij. 

Olei  laurini  5 . j. 

Pul.piperis,  zingiberis,  granorum  para- 
disi,  baccarum  lauri  et  iuniperi,  ana 
5.  ij. 

Fiat  emplastrum  secund.  artein,  extendatur 
super  alutani. 

D’auantage  faut  bander  et  lier  l’au- 
tre partie  saine,  toutesfois  sans  dou- 
leur. Exemple  : Si  le  bras  dextre  est 
atrophié , on  bandera  le  senestre , 

1 Toute  cetle  doctrine  surle.traitenicnt  de 
l’atrophie  est  empruntée  aux  livres  hippo- 
cratiques, à part  quelques  détails  de  peu 
d importance. 


DES  LVXATIONS. 


commençant  à la  main  et  finissant  à 
l’aisselle  : et  si  c’est  la  iambe  dextre, 
on  liera  la  senestre,  commençant  au 
pied  et  finissant  à l’aine  : carence  fai- 
sant, on  renuoye  vue  portion  du  sang 
et  esprits  en  la  veine  caue  : et  d’elle, 
estant  pleine,  il  en  sera  renuoyé  en  la 
partie  atrophiée,  en  laquelle  les  vais- 
seaux ne  sont  remplis,  mais  aucune- 
ment vuides.  Pareillement  faut  que 
la  partie  saine  soit  en  repos,  à fin  que 
l’aliment  y flue  moins.  Or  il  conuient 
en  faire  aller  beaucoup  en  la  partie 
emaciée,  d’autant  qu’elle  est  vuide, 
et  aussi  pour  l’alimenter. 

D’auantage  vne  partie  atrophiée 
peutestre  restaurée  en  lq  liant  et  ser- 
rant médiocrement  : car  ainsi  on  at- 
tirera le  sang,  comme  quand  nous 
voulons  faire  vne  saignée,  nous  lions 
les  bras  ou  les  iambes,  pour  attirer  le 
sang  aux  veines.  Plus,  on  peut  faire 
souuent  tremper  la  partie  atrophiée 
dans  de  l’eau  vn  peu  plus  chaude 
que  tiede , et  l’y  tenir  iusques  à ce 
qu’elle  se  tuméfié  et  rougisse  : et  par 
ce  moyen  on  attire  le  sang  aux  vei- 
nes : ce  qui  se  voit  quand  nous  vou- 
lons ouurir  les  veines  des  mains  et  des 
pieds.  Or  lors  que  par  les  remedes 
cy  dessus  mentionnés , les  parties 
atrophiées  s’eschauffent , rougissent 
et  enflent,  c’est  signe  de  guarison  : au 
contraire  non  : et  partant  les  faut 
laisser,  et  n’y  perdre  temps  ny  ar- 
gent. 

D’auantage  s’il  demeure  dureté  aux 
iointures  apres  les  fractures  et  luxa- 
tions, il  les  conuient  amollir,  et  ré- 
soudre l’humeur  contenu  en  icelles 
par  fomentations,  linimens,  cataplas- 
mes, emplastres  faits  de  racines  de 
guimauue,  bryone,  oignons  de  lis, 
semence  de  lin , fenugrec , et  autres 
semblables  : pareillement  de  gommes 


4o3 

fondues  en  fort  vinaigre , comme 
ammoniac,  bdellium,  opopanax,  lada- 
num  , sagapenum , styrax  liquida  : 
aussi  de  graisse  d’oye,  de  geline,  hu- 
maine, huile  de  lis,  et  autres  sembla- 
bles : et  commander  expressément 
au  malade  qu’il  remue  la  partie  le 
plus  qu’il  luy  sera  possible  sans  dou- 
leur, à fin  qu’il  eschauffe , subtilie  et 
consomme  l’humeur  contenue  en 
icelle:  et  par  tel  moyen  sera  la  partie 
restituée  en  son  naturel,  si  possible 
est.  le  dis  si  possible  est  : car  si  l’im- 
potence vient  à cause  que  la  fracture 
est  près  de  la  iointure  ( comme  nous 
l’auons  dit  ) le  mouuement  apres  est 
difficile,  et  souuent  du  tout  impossi- 
ble : principalement  si  le  callus  est 
trop  gros,  ou  si  la  iointure  mesme  a 
esté  allrite , froissée  et  fracturée , 
comme  on  voit  ordinairement  aux 
coups  d’harquebuses 

Que  diray-ie  plus?  C’est  qu’il  se  fait 
quelquesfois  dilatation  des  membra- 
nes et  fibres,  tant  nerueuses  que  mus- 
culeuses , appelée  des  Grecs  Apo- 
spasma  : et  dilacération  des  mes- 
mes parties,  nommée  semblablement 
Regma , qui  se  fait  par  vne  grande  et 
violente  extension , comme  ceux  que 
l’on  tire  sur  la  gesne , ou  par  tomber 
de  haut  en  bas,  ou  par  vne  mesmar- 
cheure , ou  vouloir  tirer  un  coup  de 
raquette  à vn  jeu  de  paulme,  ou  jetter 
vne  pierre  ou  barre,  ou  faire  autre 
violente  extension  : lesquelles  causent 
grande  douleur , et  deprauation  de 
l’action  de  la  partie,  sans  rien  appa- 
roistre  au  dehors , dont  souuent  me 
suis  trouué  bien  empescbé.  Et  pour 
secourir  à tel  accident , faut  au  com- 

1 Le  chapitre  s’arrête  ici  dans  les  premiè- 
res éditions;  le  paragraphe  qui  suit  a été 
ajouté  en  1585, 


4°4 

mencement  appliquer  sur  la  partie 
de  Yoxyrhodinum,  qui  est  huile  rosat 
et  vinaigre  : puis  apres  l’emplastre 
diachalciteos  fondue  auec  dudit  oxy- 
rhodinum  : puis  deux  ou  trois  iours 


DES  LVXATIONS. 

apres,  oindre  toute  la  partie  d’huile 
de  terebenlhine  et  eau-de-vie,  la- 
quelle confortera  les  parties  blessées, 
en  resoluant  la  meurtrisseure  des 
parties  nerueuses. 


LE  QVATORZIEME  LIVRE  , 


LE  OVINZIEME  LIA7  RE 

TRAITANT  DE 

PLVSIEVRS  INDISPOSITIONS  ET  OPERATIONS 

PARTICYLIERES , 


APPARTENANTES 


CHAPITRE  I. 

DE  L’ALOPECIE. 

L’alopecie  est  cheute  du  poil  de  la 
teste  , et  quelquesfois  des  sourcils  , 
barbe,  et  autres  parties , dite  vulgai- 
rement la  Pelade.  Elle  est  ainsi  appel- 

1 Ce  livre  a été  formé  de  fragments  publiés 
à diverses  dates.  Les  chapitres  les  plus  an- 
ciens sont  assurément  ceux  qui  concernent 
les  maladies  des  yeux  et  de  la  face,  et  que 
l'on  trouve  déjà  dans  la  Meiliode  cura  line 
des  playes  de  la  leste,  en  1561 . Puis  viennent 
deux  livres  tout  entiers  qui  faisaient  partie 
des  Dix  Hures  de  chirurgie,  en  1564  ; savoir, 
celui  des  pierres  et  celui  de  la  suppression 
d' urine.  Quant  aux  chapitres  placés  au  com- 
mencement et  à la  fin,  et  à quelques  autres 
intercalés  vers  le  milieu,  il  me  paraît  qu’ils 
ont  vu  le  jour  pour  la  première  fois  en 
1575,  à moins  que  quelques  uns  n’aient  pris 
place  dans  la  petite  édition  de  1572,  que  je 
n’ai  pu  me  procurer.  Il  y en  a même  un,  le 
chapitre  5,  dont  la  plus  grande  partie  n’a 
vu  le  jour  qu’après  la  mort  de  Paré,  dans  la 
première  édition  posthume,  en  1598. 

Que  si  le  lecteur  s’étonne  des  matières 
disparates  traitées  dans  ce  livre,  il  faut  qu’il 
se  rapporte,  d’une  part,  au  titre  que  l’au- 
teur lui  a donné,  et  qui  témoigne  assez  qu’il 


AY  CIIIRVRGIEN  . 


lée  des  médecins,  comme  maladie  des 
renards 1  2,  parce  qu’ils  sont  sujets  à 
telle  indisposition,  pour  certaine  galle 
qui  leur  suruient  en  leur  vieillesse. 

Icelle  se  fait  par  le  defaut  de  ma- 
tière dont  les  poils  doiuent  estre 
nourris,  ou  pour  la  corruption  d’icelle 
matière, comme  apres  fleures  longues: 

voulait  en  faire  le  complément  de  sa  chirur- 
gie ; d’une  autre  part,  l’alopécie,  la  teigne, 
la  migraine,  etc.,  avaient  été  traitées  par 
Guy  de  Chauliac,  Vigo  ou  Dalechamps,  et 
nous  avons  vu  des  preuves  nombreuses  que 
Paré  ne  voulait  ni  laisser  de  lacunes,  ni  se 
laisser  devancer  par  qui  que  ce  fût  en  tout 
ce  qui  avait  trait,  de  près  ou  de  loin,  à la 
chirurgie.  J’aurai  soin,  d’ailleurs,  pour  cha- 
que chapitre  qui  aura  une  date  différente 
de  celle  de  la  première  édition  des  œuvres 
complètes,  d’indiquer  sa  date  exacte,  les  va- 
riations du  texte,  et  les  sources  où  Paré  a 
puisé.- 

Le  premier  chapitre,  ainsi  que  le  suivant,  a 
été  puisé  principalement  dans  Guy  de  Chau- 
liac et  dans  Vigo  ; toutefois,  dans  le  second, 
et  à propos  du  traitement  de  la  teigne,  on 
verra  que  Paré  met  aussi  en  avant  sa  pro- 
pre expérience. 

2 L’édition  de  1575  porte  : Galien  l’ap- 
pelle maladie  desvieils  renards,  etc. 


4o6  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


ou  par  vieillesse,  faute  d’humidité  ra- 
dicale : ou  par  application  des  on- 
guens  trop  chauds,  comme  ceux  qui 
se  veulent  faire  noircir  les  cheueux  : 
aussi  par  l’indeuë  application  des  dé- 
pilatoires, ou  par  vne  brusleure  ou  de- 
perdition  de  substance  du  cuir , qui 
apres  la  guarison  fait  que  la  cicatrice 
sera  demeurée  dure  1 : et  générale- 
ment pour  tout  vice  de  la  substance 
d’iceluy  en  trop  grande  rarilé,  qui 
fait  que  l’excrement  fuligineux  n’est 
point  arrésté  : ou  densité , qui  fait 
qu’iceluy  retenu  dessous  le  cuir  n’a 
point  issue  pour  dpnner  essence  aux 
cheueux.  Or  pour  la  corruption  des 
humeurs  qui  allèrent  la  vapeur  et 
matière  dont  les  cheueux  sont  engen- 
drés, vient  alopécie  : ce  qui  procédé 
du  vice  de  tout  le  corps,  comme  l’on 
voit  en  la  maladie  Neapolitaine,  au- 
trement grosse  verolle,ou  à ceux  qui 
sont  préparés  à lepre,  ou  qui  en  sont 
du  tout  infectés. 

Celle  qui  vient  par  vieillesse , ou 
par  fiéure  hectique,  ou  brusleure,  aux 
chauues,  lepreux,  teigneux,  est  in- 
curable : et  partant,  le  chirurgien  n’y 
doit  mettre  la  main. 

Celle  qui  se  peut  curer,  le  sera  os- 
tant  la  cause  : comme  si  c’est  par  cor- 
ruption d’humeurs,  le  médecin  sera 
appelé,  lequel  ordonuera  la  maniéré 
de  viure,  purgation  et  saignée  , ainsi 
qu’il  connoistra  estrc  necessaire  : puis 
le  chirurgien  rasera  le  poil,  et  vsera 
de  fomentations  attraetiues  et  resolu- 
liues  ••  appliquera  des  cornets  et  sang- 
sues , à fin  d’attirer  la  malice  de 
l’humeur  au  dehors.  Cela  fait,  on  la- 

1 La  phrase  s’arrête  ici  dans  l’édition  de 
1575;  la  fin  a été  ajoutée  en  1579.  En  re- 
gard de  cet  endroit,  Paré  avait  écrit  la  note 
suivante  : 

Le  poil  ne  croisl  jamais  sur  les  cicatrices. 


uera  la  teste  du  malade  de  lexiue,  en 
laquelle  on  aura  fait  bouillir  miel,  ra- 
cines d’ireos,  aloés,  à fin  de  bien  mon- 
difier  les  lieux  affectés. 

Or  si  l’alopecie  vient  par  faute  d’a- 
liment, on  frottera  la  partie  auec  vne 
piece  de  toile  neuue,  ou  auec  fueilles 
de  figuier , tant  que  l’on  voye  vne 
rougeur,  ou  d’oignons  cruds.  Pareille- 
ment on  piquera  en  plusieurs  en- 
droits la  partie  auec  vne  aiguille  : 
puis  seront  appliqués  onguens  faits 
de  ladanum,  fiente  de  pigeon,  staphy- 
sagria  , huile  laurin  , térébenthine  : y 
mettant  tant  de  cire  qu’il  est  besoin 
pour  en  faire  onguent,  pour  attirer  le 
sang  et  la  matière  du  poil. 

Si  l’alopecie  vient  de  la  grosse  ve- 
rolle,  le  malade  doit  estrc  bien  frotté 
iusques  à ce  qu’il  entre  au  royaume 
de  Bauiere 1 : et  par  ce  moyen  recou- 
urera  son  poil  et  parfaite  santé. 

Si  elle  est  causée  par  quelque  vice 
du  cuir,  il  le  corrigera  par  son  con- 
traire, le  raréfiant  ou  condensant,  se- 
lon que  le  cas  le  requerra 2. 


CHAPITRE  II. 

DE  LA  TEIGNE. 

Teigne  est  une  galle  espaisse,  qui  se 
produit  en  la  teste  auccqlies  escaillcs 
et  croustes  de  couleur  cendrée , et 
quelqüesfois  iaune  , hideuse  à voir, 
auec  vne  senteur  puante  et  cadauc- 
reuse.  Elle  est  ainsi  appelée  du  vul- 
gaire, parce  que  le  cuir  de  la  teste  ap- 
paroit  troüé  et  rongé,  comme  le  drap 

1 II  n’est  pas  besoin  sans  doute  d’ctpliquer 
cette  plaisanterie  de  l’époque;  entrer  au 
royaume  de  Bauiere , baver,  saliver. 

- Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté  en 
1579. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE.  4°7 


mangé  de  teignes,  qui  sont  vers  qui 
rongent  les  habillemens  L 

Il  y en  a trois  différence^.  La  pre- 
mière est  appelée  Squamosa,  à cailse 
que  lors  que  le  malade  se  gratte,  fait 
sortir  grande  quantité  de  petites  cs- 
cailles  blanchastres,  semblables  à 
du  son  : d’aucuns  praticiens  est  dite 
Teigne  seiche,  pouflagrdndeadüstion 
de  l’humeur.  La  seconde  espece  est 
nommée  h'icosa  , à raison  que  ldrs 
qu'on  oste  la  crouste,  qui  est  idUfias- 
tre.on  trouue  dessous  de  petits  grains 
dechairrouge,  semblables  aux  grains 
d’vne  figue , et  jette  vne  matière  san- 
guinolente. La  troisième  est  dite  Cor- 
rosiua,  à raison  que  l’on  y trou  ue  plu- 
sieurs vlceres,  ausquellcs  il  y a plu- 
sieurs petits  trous,  desquels  sort  vne 
sanie  liquide,  semblable  à la  laueure 
de  chair  sanglante , auec  portion  du 
poil.  Icelle  est  fort  puante  et  cadaue- 
reuse  , de  couleur  plombine  du  iau- 
nastre  , parfois  faite  d’hurheUr  pitui- 
teux , nitreux  , et  aucunesfois  dé 
choleré  aduste , et  de  melancholie. 
Toutes  les  susdites  especes  se  font 
d'humeurs  corrompus  selon  la  dluer- 
sité  d’icelles,  plus  ou  moins  : comme  la 
furfüreuse  moins  que  la  Aqueuse,  et 
la  fiqueuse  moins  que  l’vlcèrëuse. 

Quelquesfois  elle  vient  dés  la  hdti- 

1 Ce  chapitre  commence  autrement  dans 
les  deux  premières  éditions  : 

Teigne  est  vne  maladie  qui  occupe  le  cuir 
musculeux  qui  couure  la  leste , laquelle  a esté 
ainsi  nommée  des  anciens,  à cause  qu’elle  ronge 
la  teste  cl  les  autres  parties  quelle  occupe, 
tomme  vn  ver  que  l’on  nordine  teignè,  qui 
ronge  les  habillemens. 

La  nouvelle  rédactionme  date  que  de  l’é- 
dition de  1 &8ô. 


uité  de  l’enfant,  et  ldrs  est  de  très 
difficile  curation  : ou  d’vne  nourrice 
teigneuse,  et  alors  ne  faut  attenter  la 
cure  iusques  à ce  que  l’enfatit  soit 
paruenu  eh  aage  suffisant  pouf  tdlerer 
les  remedes  : loutesfois  ori  pourra  ap- 
pliquer des  feuilles  de  choux  ou  depo- 
rée,  oinctes  d’un  peu  de  beurre  frais, 
ou  autre  remede  doux,  qüi  aye  puis- 
sance d’amollir  et  donner  issue  à la 
matière  qui  fait  la  teigne.  Ceux  qui 
sont  en  aage  suffisant  seront  saignés, 
purgés,  et  baignés,  ainsi  qu'il  sera  ne- 
cessaire. 

Il  y a encore  vne  autre  espece 
moins  maligne,  familière  aux  enfans, 
qui  leur  couure  parfois  toute  la  teste 
et  le  visage,  qui  vient  de  Fimpurité 
du  sang  dont  ils  estoient  nourris  au 
ventre  de  leur  mere  *. 

Et  pour  les  medicamens  topiques, 
on  fera  vne  fomentation  rèmolliente 
et  disculiente , faite  auec  racine  d’al- 
thea , de  lis,  lapaih,  acetosi,  lesquelles 
seront  bouillies  en  lexiue,  adioustant 
vn  peu  de  vinaigre.  Apres  la  fomen- 
tation faite,  qui  sera  continuée  par 
cinq  ou  six  iours  ( deux  fois  ctiaqüc 
jour),  on  fera  raire  le  malade  : et  se- 
ront faites  plusieurs  scarifications , 
applications  de  sangsues  , cornets  : 
puis  on  frottera  Ta  teste  d’huile  de 
staphysagre , auec  vn  peu  de  sauon 
noir,  à fin  d’attirer  et  obtondre  l’hu- 
meur conioint  à la  partie.  Aussi  on 
pourra  vser  de  ce  médicament,  tant 
que  l’on  connoistra  la  guarison  par- 
faite , lequel  est  grandement  loué 
de  de  Vigo,  Gourdon  et  Guidon: 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  les  deux 
premières  éditions,  et  a été  ajouté  en 
1585. 


/l08  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


Onguent  souuerain  pour  la  teigne,  pris  mol  à 
mot  de  de  Vigo  1 . 

if.  Hellebori  albi  et  nigri,  atram.  auripig- 
menti,  litharg  auri,  cale.  viu.  vilrioli, 
alum.  gallar.  fulig.  ciner.  clauellatarum 
ana  § . fi. 

Arg.  viui  extincti  g . iij. 

Ærug.  æris  3.  ij. 

Fiat  pulv's  qui  incorpor.  cum  succo  borragi- 
nis , scabiosæ,  fumariæ  , oxylapathi, 
aceti  ana.  quart,  j. 

Olei antiqui  1b.  j. 

Rull.  vsque  ad  consumpt.  succorum  : tune 
in  fine  decoct.  ponantur  pulueres,  ad- 
dendo  : 

Picis  liquid.  g . fi . 

Cerce  quant,  suif. 

Fiat  vnguenlum. 

Quant  au  vif-argent,  il  le  faut  des- 
teindre auecvn  peu  de  terebenthine 
et  axonge  , puis  l’incorporer  auec  les 
autres  ingrediens  2.  Les  susdits  au- 
theurs  afferment  cest  onguent  guarir 
de  toute  espece  de  teigne.  Et  quant  à 
moy , véritablement  ie  le  prouue 
grandement, considérant  la  promesse 
des  susdits autheurs,  etles  ingrediens 
qui  entrent  en  la  composition. 

La  crousteuse  nommée  Ficosa  sera 
aussi  fomentée  tant  que  les  croustes 
soient  tombées  : et  pour  prompte- 
ment les  faire  tomber,  on  y appli 
quera  du  cresson  pilé  et  fricassé  auec 
graisse  de  porc , et  le  lendemain  les 
croustes  tomberont  sans  nul  doute  : 
et  mesmemenl  si  on  en  continue  long- 
temps, ledit  cresson  la  guarit du  tout  : 

• J’ai  en  vain  cherché  cet  onguent  dans 
Vigo,  et,  généralement,  Vigo  est  assez  fécond 
en  formules  pour  ne  pas  copier  celles  des 
autres.  Celle-ci  se  trouve  dans  Guy  de 
Cbauliac,  qui  l’emprunte  à Gordon,  et  dit 
l’avoir  trouvée  très  efficace. 

2 Cette  phrase  est  une  addition  posthume, 
et  se  lit  pour  la  première  fois  dans  l’édition 
de  1598. 


ce  que  i’ay  expérimenté  : et  sera  ap- 
pliqué du  susdit  onguent.  J’en  ay 
traité  qui  ont  esté  guaris  par  appli- 
cation d’huile  de  vitriol  , et  par  fois 
de  l’egyptiac  fortifié.  Et  si  l’on  voit  la 
racine  du  poil  estre  pourrie , on  les 
doit  arracher  auec  pincettes  : et  si 
telle  corruption  comprenoit  tout  ou 
grande  partie  de  la  teste , pour  plus 
et  promptement  les  arracher , faut 
prendre  des  pièces  de  fustaine,  et  es- 
pandre  sus  l’endroit  velu  vn  tel  re- 
mede. 

Onguent  bien  esprouué. 
if.  Picis  nigræ  5 . vj. 

Picis  resinæ  § . ij. 

Pul.  virid.  æris  et  vitrioli  Rom.  ana  3 . j. 
vel  g.  fi. 

Sulph.  viui  3 . fi . 

Coquant.  omnia  simul  in  accto  acerrimo 
quan.  suif,  fiat  medicam.  ad  vsuin  : 

qui  sera  appliqué  sus  la  teste , et 
laissé  par  l’espace  de  trois  iours:puis 
seront  lesdits  emplastres  tirés  à con- 
trepoil  assez  violentement,  à fin  d’ar- 
racher auec  ses  racines  iceluy  poil  : et 
tel  remede  sera  continué,  tant  que 
l’on  verra  estre  necessaire. 

Et  quant  à la  troisième  espece, 
nommée  Teigne  corrosiue,  il  faut  mon- 
difier  les  vlceres,  y appliquant  vn  tel 
onguent. 

'if..  Vng.  cnulat.  cummercur.  duplic.  ægyp- 
tiac.  ana  3 . iij. 

Vitrioli  albi  puluer.  3.  j. 

Incorpor.  omnia  simul , fiat  vnguentum  ad 
vsum. 

Ou  bien  on  vsera  du  susdit.  El  s'il 
aduenoit  quelque  douleur,  ou  autre 
accident,  ou  y remédiera  comme  le 
prudent  chirurgien  connoistra  estre 
necessaire. 

Sur  tous  autres  remedes , i’ay  bien 
approuué  ceux-cy: 


OPERATIONS  DE  GHIRVRGIE. 


if.  Caphur.  §.  fi. 

Alnmin.  roch.  vitr.  virid.  æris,  sulphur. 
viu',  fulig.  forna.  ana  3.  vj. 

Olei  amygd.  dulc.  et  axung.  porci  ana 

5 • ij- 

Incorporentur  simul  in  mortario,  fiat  vn- 
guentum. 

Autres  prennent  du  jus  de  fumier 
de  brebis , et  en  frottent  les  lieux  où 
est  la  teigne,  et  y laissent  vn  linge 
trempé  par  dessus  *. 

Or  si  le  malade  ne  peut  estre  guari 
par  tous  les  susdits  remedes , et  qu’il 
eust  pareillement  en  autres  endroits 
de  son  corps  vlceres  crousteuses, 
semblables  à celles  qui  sont  à la  teste , 
ie  conseille  que  l’on  luy  frotte  la  teste 
d’vn  liniment  fait  d’axonge  et  vif-ar- 
gent , auec  vn  peu  de  soupbre  : puis 
que  luy  soit  appliqué  sus  la  teste 
l’emplaslre  de  de  Vigo  cum  mercurio, 
en  façon  de  bonnet  : semblable- 
ment sur  les  espaules , cuisses  et 
iambes  : et  que  l’on  le  tienne  en  vne 
chambre  chaudement , estant  traité 
comme  ceux  quiont  la  grosse  verolle: 
car  par  ce  moyen  plusieurs  en  ont 
esté  guaris.  Et  celuy  qui  l’a  premiè- 
rement expérimenté  de  ma  connois- 
sance,  ce  fut  maistre  Simon  le  Blanc, 
chirurgien  ordinaire  du  roy  , homme 
grandement  expérimenté  en  la  chi- 
rurgie , qui  appliqua  l’emplaslre  de 
de  Vigo  cum  mercurio  sus  vn  ieune 
homme  qui  auoit  la  teigne,  ayant 
auparauant  essayé  tous  moyens  de 
le  guarir  : ce  qu’il  ne  peut  obtenir, 
sinon  par  les  susdits  emplaslres , le 
traitant  comme  s’il  eust  eu  la  ve- 
rolle : et  fut  parfaitement  guari. 

Le  teigne  est  horrible  à voir  , et 
jette  souuenl  vne  sanie  fort  puante  , 

1 Ce  paragraphe,  de  même  que  la  formule 

qui  précède,  manque  dans  la  première  édi- 

tion, et  a été  ajouté  à la  deuxième. 


409 

et  cadauereuse  : la  recente  est  diffi- 
cile à curer,  et  la  vieille  encores  plus 
fascheuse  : et  lors  que  l’on  estime  le 
malade  estre  guari,  quelque  temps 
apres  renient  et  repullule,  à cause  de 
la  mauuaise  impression  de  l’humeur 
qui  aura  rendu  la  partie  intemperée. 

La  teigne  est  contagieuse,  et  sou- 
tient vient  de  cause  héréditaire  : aussi 
pour  vser  de  viandes  qui  corrompent 
le  sang.  Ladite  teigne  est  fort  difficile 
à curer , à raison  que  le  cuir  de  la 
teste  est  fort  espaiset  serré  : parlant 
l’humeur  difficile  d’estre  desraciné 
de  là  i. 

Elle  délaissé  soutient,  apres  estre 
curée,  vne  dépilation,  et  reproche  au 
chirurgien  : et  partant  ont  laissé  la 
cure  aux  empiriques,  et  aux  fem- 
mes 2. 


CHAPITRE  III. 

DE  SCOTOM1E  OV  VERTIGO  3. 

La  maladie  nommée  Vertigo,  est  vn 
subit  esbloüissemenl  etoffuscalion  de 
la  veuë,  causée  d’vn  esprit  vaporeux 
et  chaud , qui  monte  par  les  arteres 
carolides  à la  teste , et  remplit  le  cer- 
ueau,  faisant  vn  mouiiement  des  hu- 
meurs et  esprits  contenus  en  iceluy, 
lequel  est  inégal,  confus  et  turbulent, 
comme  quand  nostre  corps  tournoyé, 
ou  quand  on  a beu  trop  de  vin  fort , 
puissant , et  sans  eau.  Cest  esprit 

'Ce  paragraphe  ne  date  que  de  la  qua- 
trième édition. 

2 La  première  édition  disait  seulement, 
aux  empiriques  ; ces  mots,  et  aux  femmes,  ont 
été  ajoutés  à la  deuxième. 

3Cechapitre  est  extrait  des  remarques  de 
Dalechamps  sur  le  chap.  4 de  Paul  d’Égine  ; 
i Chirurgie  française , 1570,  p.  19. 


410  LE  QVINZI^ME  LIVfcE 


bouillant  le  plus  souuent  est  enuoyé 
du  cœur  au  cerueau  par  les  arteres 
Carotides  internes , et  d’elles  à celles 
du  rets  admirable  : quelqilesfois  est 
eilgendré  dedans  le  cerueau,  mesmes 
estant  intemperé  en  chaleur.  Pareil- 
lement peut  venir  d’autre  part,  comme 
de  l’estomuch,  foye,  râtelle,  ou  autre 
viscere. 

Les  signes  sont , que  les  malades 
ont  la  veüë  perturbée,  si  tant  peu  ils 
tournent  le  corps,  ou  regardent  quel- 
que chose  qui  tourné  comme  vue 
roiië,  ou  l’eau  coûtante,  et  autre 
chose  ayant  vn  mouuement  subit.  Si 
la  causé  vient  du  cerueau,  les  malades 
Prit  douleur  et  grande  pesanteur  de 
(esté,  bruit  aux  oreilles,  et  ne  sentent 
le  plus  souuent  rien  par  le  nez. 

Pour  la  cure,  Paulus  Ægineta  com- 
mande faire  l’incision  des  arteres  der- 
rière les  Oreilles,  combien  qu’il  Sëm- 
bleroit  meilleur  faire  l’incision  des 
arteres  qui  sont  aux  temples1  : mais 
si  elle  vient  d'autre  partie,  peu  pro- 
fite : et  partant  le  docte  médecin  y 
pouruoyera. 


CHAPITRE  IV. 

DE  LA  MIGRAINE L 

Migraine  , est  proprement  quand 
la  dotlleur  ne  tiéttt  que  la  moitié  de 

I Ces  mots*  combien  qu’il  semblerait  meil- 
leur faire  l’incision  des  arteres  qui  sont  aux 
temples,  ont  été  ajoutés  en  1579.  Dalecharnps 
dit  : En  ce  mal,  l'incision  des  arteres  derrière 
les  oreilles  est  profitable  si  l’esprit  vaporeux 
monte  par  les  externes  : mais  non  s’il  est  enuoyé 
par  les  internes. 

II  convient  cependant  d’ajouter  que  Paré 
cite  en  note  Paul.  Ægin.,  lin.  G,  cliap.  4,  et 
lin.  3,  cliap.  i2  ; et  cette  citation  témoigne 
qu’il  avait  consulté  quelque  autre  auteur 
que  Dalechamps. 


la  teste , dextre  ou  senestre.  Aussi  la 
douleur  quelquesfois  ne  monte  point 
plus  haut  que  les  muscles  tempo- 
raux , aussi  quelquesfois  monte  ius- 
ques  au  sommet  de  la  teste. 

La  cause  de  ceste  douleur  peut 
venir  des  veines  ou  arteres,  tant  in- 
ternes qu’exterlies,  ou  des  méninges, 
ou  meshie  de  la  substance  du  Cer- 
ueau , ou  seulement  du  pericrane,  ou 
cuir  musculeux  qui  couure  le  crâne. 
Aussi  peut  venir  de  certaines  vapeurs 
putrides  qui  montent;  de  FéstOthach , 
ou  de  la  rtiatrice , ou  de  quelque  vis- 
cere à la  teste. 

La  cause  est  interne , Ou  externe. 
L’externe , comme  chaud  , frOld , ou 
trop  boire  et  manger  viandes  chau- 
des et  vaporeuses,  ou  quelque  vapeur 
et  exhalation , comme  celle  d’ahti- 
moine,  vif-argëht,  ou  autre:  ce  qui 
est  cause  que  lés  orféures  et  doreurs 
eh  sont  souuetit  espris.  L’interrte, 
comme  intemperdture  simple  ou  com- 
posée , auec  intlammation  et  tétisioh. 

La  pesanteur  de  teste  monstre  l'a- 
bbndance  d’humeur  : et  quand  la 
douleur  est  poignante , pulsatile , et 
tensiue  , les  humeurs  et  vapeurs  en- 
semble en  sont  fcduse.  Si  la  douleur 
est  faite  par  l’abondartce  d’vné  va- 
peur subtile  aüec  pulsation , cela 
vient  à cause  de  l’Inflammation  des 
membranes  du  cerueau.  La  fiéure  y 
SUrüient  il  cause  de  la  grande  inflam- 
mation , principalement  quand  l’hu- 
meur qui  cause  ld  douleur  sè  putré- 
fié. Quand  la  douleur  est  superficielle, 
la  cause  d’iceile  est  ati  pericrane  : et 
quand  elle  est  profonde , et  que  le 
malade  sent  la  douleur  iUsqu’à  la 

2 Comme  le  précédent,  ce  chapitre  est  em- 
prunté en  grande  partie  aux  annotations  de 
Dalechamps  sur  Paul  d’Égine,  Chirurgie 
française,  édit,  citée,  p.  24. 


OPERATIONS  DE  CHÏRVRGIE. 


racine  des  yeux , cela  monstre  la  cau- 
se estre  aux  membranes  du  cerueau  , 
et  soutient  est  si  cruelle , que  le  ma- 
lade ne  peut  endurer  que  l’on  luy 
touche  à la  teste.  Or  ces  douîéürs 
sont  quelquesfois  Continues  , qUel- 
quesfoisont  des  paroxysmes  qui  vien- 
nent sans  ordre  : et  soutient  tour- 
mentent tant  le  malade,  qu'il  ne  petit 
souffrir  qu’on  face  bruit  elt  sa  cham- 
bre, ny  parler  haut  : et  ne  peut  voir 
la  clairté  , ny  sentir  aucune  chose 
odorante,  ne  faire  mouuemenl  de  son 
corps , et  estime  que  l’on  luy  rompe 
et  brise  la  teste  auec  vn  maillet , et 
ne  peut  boire  vin. 

Lors  que  la  cause  est  d’vn  sang 
bouillant , subtil  et  vaporeux , et  que 
tous  les  autres  retnedes  n’aut  ont  ser- 
ui,  l’incision  des  arteres  és  temples 
est  vn  très  grand  remede,  soit  que  la 
cause  vienne  des  vaisseaux  intérieurs 
ou  extérieurs  : à cause  qu’il  se  fait 
tousiours  euacuation  de  sang  et  es- 
prits , lesquels  doiuent  estre  etiacués 
selon  la  force  du  malade  L 

Christofle  Landré  dit  auoir  guari 
vne  infinité  de  gens  de  la  migraine  , 
appliquant  vn  cataplasme  fait  de 
fiente  de  palombes  ou  pigeons,  broyée 
auec  huile  de  noyaux  de  pesche  2. 

Or  ne  sera  icy  hors  de  propos  re- 
citer reste  histoire  de  monseigneur  le 
prince  de  la  Roche-sur-Yon,  lequel 
estoit  extrêmement  tourmenté  d’vne 
douleur  de  teste,  tant  de  iour  que 
de  nuit , auec  peu  d’intermission  : et 
pourleguarir  appella  messieurs  Cha- 
pelain , premier  médecin  du  roy,  et 
Castelan,  aussi  ntedecin  dudit  sei- 

1 Aëce,  Albucrasis. — Paul.  liu.  6.  chap.4. 
— A.  P.  — Ces  citations  sont  empruntées  de 
Dalechamps. 

- Ce  paragraphe  date  de  la  seconde  édi- 
tion ; j’ignore  qui  était  ce  Landré , que  Paré 
appelait  d’abord  l’André  en  1579. 


4 H 

gneur,  et  premier  de  la  royne  mere , 
et  monsieur  Duret,  lecteur  et  méde- 
cin ordinaire  du  roy , homme  fort 
sçauanl  et  beaucoup  estimé  entre  les 
gens  doctes  : lesquels  luy  ordonnèrent 
plusieurs  remedes , tant  par  dedans 
que  par  dehors , semblablement  sai- 
gnées , ventouses,  bains,  frictions, 
diete  : bref  tout  ce  qui  se  pouuoit  ex- 
cogiler  : tous  lesquels  remedes  ne  luy 
peurent  iamais  appaiser  la  douleur. 
Adonc  m’enuoya  quérir,  pour  enten- 
dre de  moy  si  i’atiois  aucun  moyen  à 
luy  seder  la  douleur  : où  prompte- 
ment luy  conseille  se  faire  ouurir 
l’artere  du  temple  , du  costé  où  il 
sentoit  sa  plus  grande  douleur  : et  luy 
dis  que  i’auois  grande  conieciure  que 
la  cause  de  sa  douleur  estoit  contenue 
aux  arteres,  et  non  aux  veines,  et 
qu’auois  fait  soutient  telle  ouuertu- 
re , dont  les  malades  estoient  guaris , 
et  qile  les  anciens  le  conseilloiëht1, 
mesme  que  ie  me  i’auois  fait  ouurir 
pouf  semblable  douleur,  et  que  de- 
puis n’auois  senti  aucun  mal  Subit 

1 Gai.  13.  Met. ch.  dernier.  — A.  P. 

2 Je  n’ai  pu  découvrit  à quelle  époque  ni 
par  qui  Ambroise  Paré  s’était  fait  faire  l’ar- 
tériotomie; seulement  la  mehtion  de  Chape- 
lain et  de  Castelan  atteste  qne  ce  fut  avant 
15G9.  (Voyez  mon  introduction,  p.  cclxxiii). 
Je  lis  dans  la  Bibliothèque  chirurgicale  de 
Haller,  que  Félix  Wurtz  avait  été  aussi  at- 
taqué d’une  migraine,  pour  laquelle,  d’après 
le  conseil  de  Conrad  Gesner,  il  se  fit  prati- 
quer l’aftèrlolomie  par  Jean  Wascr,  et  avec 
le  même  succès  que  Paré.  Gesner  étant  mort 
en  15G5,  probablement  la  guérison  de  \Yurfz 
est  antérieure  à celle  deFaré.  Celui-ci  ne 
pouvait  cependant  la  connaître,  car  la  chi- 
rurgie de  YVürtz  ne  comprenait  d’abord  que 
les  quatre  premiers  livres;  et  la  traduction 
française,  publiée  fort  avant  dans  le  xvm  siè- 
cle, n’en  contient  pas  davantage.  Or  cette 
histoire  d’artériotomie  se  trouve  dans  le  cin- 
quième livre  qui  n’a  point  été  traduit,  et 


I,E  QVINZIÉME  LIVRE, 


4l2 

enuoya  quérir  les  susdits  médecins  , 
lesquels  furent  de  mon  aduis  : et  en 
leur  presence  feis  ouuerture  de  Tar- 
ière, choisissant  la  plus  apparente  à 
la  temple  et  qui  auoit  plus  grand 
battement,  auec  vne  simple  incision , 
comme  pour  faire  vne  phlébotomie  : 
et  fust  tiré  du  sang  deux  palettes  et 
plus  ",  lequel  sortoit  par  vne  grande 
impétuosité  de  ladite  artere,  saute- 
lant  loing  à raison  du  diastolé  et  sys- 
tolé  d’icelle  : et  proteste  que  par  le 
moyen  de  cesle  ouuerture  il  perdit 
incontinent  sa  douleur  sans  plus  luy 
retourner  : dont  ledit  seigneur  me 
feit  un  honorable  présent. 

Aucuns  ont  suspecte  ceste  incision 
des  arteres , pource  qu’il  est  difficile 
d’arrester  le  flux  de  sang  : et  que  ce 
faisant,  la  cicatrice  autour  de  T artere 
cause  aneurisme,  maladie  fascheuse 
et  dangereuse,  et  que  l’artere  estant 
en  perpétuel  mouuement  ne  se  peut 
aisément  consolider  : et  pour  ce  con- 
seillent de  couper  premièrement  le 
cuir,  puis  l’escorcher  et  séparer,  et  la 
lier  des  deux  coslés,  puis  la  couper, 
comme  auons  dit  la  varice.  Mais  ie  te 
puis  asseurer  l’apertion  auec  la  lan- 

c’est  pourquoi  je  suis  obligé  de  le  citer  seu- 
lement d’après  Haller.  Au  reste,  l’idée  pri- 
mitive de  cette  médication,  comme  Paré  le 
remarque,  remonte  au  moins  à Galien. 

Comment  d’ailleurs  agit  en  pareil  cas  l’ar- 
tériotomie? cela  est  difficile  à dire;  peut-être 
la  cure  tenait -elle  à la  section  d’un  des 
filets  nerveux  qui  longent  l'artère.  Quoi  qu’il 
en  soit,  les  deux  succès  oblenus  surWurtz  et 
sur  Paré,  auxquels  s’ajoute  encore  la  guérison 
du  prince  de  La  PiOche-sur-Yon  , sont  bien 
faits  pour  éveiller  l’attention  des  praticiens. 

1 Jusqu’en  1579,  Paré  avait  écrit  deuxpoi- 
lettes,  il  adopta  le  mot  patelles  en  1585. 


cette , comme  on  fait  la  saignée , n’es- 
tre  dangereuse,  comme  i’ay  expéri- 
menté souuentesfois,  et  que  la  con- 
solidation se  fait  aussi  bien  que  de  la 
veine  , non  si  tost  toutesfois,  et  qu’il 
ne  suruient  aucun  flux  de  sang  : 
pourueu  que  la  ligature  soit  bien 
faite  , et  qu’elle  demeure  trois  ou 
quatre  iours,  en  y mettant  vne  con- 
uenable  compresse  ‘. 

1 II  faut  remarquer  que  ces  mêmes  objec- 
tions, qu’A.  Paré  avait  si  bien  résolues,  ont 
été  encore  reproduites  de  nos  jours  dans  une 
discussion  soulevée  à l’Académie  de  méde- 
cine, à l’occasion  d’un  mémoire  de  M.  Ma- 
gistel;  et  que,  là  aussi,  des  faits  nombreux 
ont  été  allégués  pour  en  démontrer  le  peu 
de  fondement.  L’histoire  de  l’art,  convena- 
blement étudiée,  réduirait  à rien  bien  des 
discussions,  et  empêcherait  bien  des  redites. 

Du  reste,  le  procédé  fort  simple  que  Paré 
décrit  ici  paraît  lui  appartenir,  et  nous  le  lui 
verrons  défendre,  dans  sa  grande  apologie, 
contre  le  procédé  des  anciens,  décrit  par 
Paul  d’Égine,  admis  par  Gourmelen,  et  qui 
était  généralement  adopté  au  xvic  siècle. 
Voici  ce  qu’on  lit  dans  Dalechamps,  p.  18. 

« Or,  si  les  arteres  sont  petites  et  prochai- 
nes cle  la  peau,  il  sera  bon  en  trancher  et  osier 
vne  grande  partie,  comme  on  fait  aux  varices, 
et  comme,  de  noslre  temps,  vn  médecin  ocu- 
laire de  réputation  a tranché  vne  bonne  partie 
des  arteres  temporales...  Si  l' artere  est  grande 
et  bat  fort,  le  plus  seur  est  la  lier  dessus  et 
dessous,  puis  inciser  ce  qui  est  au  milieu  des 
deux  fils,  lesquels  doiuent  eslre  de  quelque  ma- 
tière peu  suiette  à putréfaction,  comme  desoyc, 
de  lin,  de  cordes  de  lin,  à fin  qu’ils  ne  tom- 
bent point  auant  que  l’incision  soit  remplie  de 
chair  qui  bouche  et  ferme,  comme  vne  esloup- 
pon,  l'orifice  du  vaisseau  incisé.  Cela  fait, 
sans  danger  on  peut  laisser  tomber  les  fils. 

Je  ne  sais  quel  est  ce  médecin  oculaire 
dont  Dalechamps  fait  ici  mention. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


CHAPITRE  V. 

DES  MALADIES  OV  INDISPOSITIONS  QVI 
AD  VIENNENT  AVX  YEVX  *. 

Ces  iours  passés  estant  en  consulta- 
tion auec  monsieur  Cappel , docteur 
regent  en  la  Faculté  de  Medecine  à 
Paris , homme  très  docte  et  de  grande 
recherche , pour  vn  quidam  qui  auoit 
vue  grande  inflammation  aux  yeux , 
dont  ne  voyoit  rien  : deuisant  auec 
luy,  ie  luy  dis  que  i’auois  1res  grand 

1 J’ai  quelques  remarques  assez  importan- 
tes à faire  à l’occasion  de  ce  chapitre.  D’a- 
bord, bien  que  le  titre  existe  dans  toutes  les 
éditions  d’A.  Paré,  il  ne  formait  pas  un  cha- 
pitre spécial,  et  restait  en  quelque  sorte 
confondu  avec  celui  de  la  migraine.  J en  ai 
fait  le  chapitre  5 de  ce  livre,  qui,  par  consé- 
quent, en  compter^  à la  table  un  de  plus 
que  dans  les  autres  éditions. 

Mais  son  étendue  a singulièrement  varié 
dans  les  éditions  originales.  D’abord,  dans 
celles  de  1575  et  1579,  il  était  fort  court,  et 
contenait  seulement  ce  qui  suit  : 

De  plusieurs  indispositions  et  maladies  qui 
aduiennent  aux  yeux. 

« Quelquefois  les  maladies  des  yeux  sont 
vniuersellement  en  toute  la  substance  de 
l’œil,  comme aposteme  nommée  ophlhalmie, 
et  mouuement  perdu  ou  depraué.  Aucunes 
sont  seulement  particulières  de  ses  parties, 
comme  vice  à l’humeur  crystallin,  ou  au 
nerf  optique,  ou  aux  palpebres.'ou  aux  tu- 
niques. Cecy  est  prouué  par  Galien  au  4. 
des  maladies  et  accidents  , disant  qu’aux 
yeux  il  y a triple  différence  d’accident  : 
l’vne  est  au  premier  organe,  comme  à l’hu- 
meur crystallin  : l’autre  au  defaut  de  la 


4i3 

désir  de  Irouunr  quelque  docte  méde- 
cin en  la  langue  grecque,  pour  faire 
vn  recueil  de  toutes  les  maladies  des 
yeux,  et  en  bailler  l'interpretation  en 
langue  françoise,  à fin  que  les  ieunes 
chirurgiens  les  poussent  discerner  et 
connoistre  les  vnes  des  autres,  pour 
pouuoir  plus  facilement  paruenir  à 
la  curation  : alors  me  dit  qu’il  le 
feroit  volontiers  pour  l’amour  de  moy 
et  du  public.  Ce  que  depuis  a fait , en 
ayant  recueilli  la  plus  grand  part, 
lesquelles  par  apres,  pour  plus  grande 
facilité , i’ay  rédigées  en  ceste  table. 

vertu  animale  visuelle,  qui  descend  par  le 
nerf  optique  : la  tierce  est  és  parties  coadiu- 
uantes,  comme  sont  toutes  ses  autres  par- 
ties, comme  playes,  apostemes,  vlceres,  con 
tusions  et  autres.  Les  autres  sont  propres, 
comme  larmes,  cataractes,  glaucoma,  et  au- 
tres que  dirons  cy  apres.  » 

Dans  la  quatrième  édition,  le  litre  avait 
été  modifié  comme  on  le  lit  aujourd’hui  ; le 
texte  précédent  remplacé  par  le  premier  pa- 
ragraphe du  texte  actuel;  et  la  table  an- 
noncée manquait  absolument.  Cette  lacune 
restait  accusée  par  un  espace  blanc  de  quel- 
ques lignes  avec  ces  deux  signes  au  milieu  : 

î ‘J 

Il  semble  que  Paré  n’avait  voulu  donner 
sa  table  que  pour  la  faire  suivre  de  l’his- 
toire de  toutes  les  maladies  qu’elle  com- 
prenait, et  que  , devancé  par  l’impression  de 
son  livre,  comme  il  le  dira  lui-méme  au 
chapitre  suivant,  il  renonça  à la  publier 
toute  seule.  Quoi  qu’il  en  soit,  et  qu’elle  ait 
été  rétablie  dans  cet  endroit  par  lui-même 
ou  par  ses  éditeurs  posthumes,  elle  ne  parut 
que  dans  la  cinquième  édition,  c’est-à-dire 
en  1578. 


4*4 


LE  QVINZIÉME  LIVRE 


METHODIQVE  DIVISION  ET  DENOMBREMENT 

DES  MALADIES  QVI  SVRViENNENT  AVX  YEYX. 

Les  maladies  ou  affections  des  yeux,  comme  escrit  Galien,  chapitre  15  de 
l’Introduction , sont  en  nombre  de  113,  desquelles  aucunes  occupent 


Exophthalmia 

L OEIL  EXTIER,  COMME  : 

J * Prominentia  oculi,  en  latin.  OEilde  bœuf,  gros  œil:  qui  se  fait  quand 
1 l’œil  sort  hors  l’orbite  par  nature  plustost  que  par  accident. 

Atrophia 

1 Imminuiio  oculi,  L.  Exténuation  : qui  est  vn  emmaigrissement  de 
] toutes  les  parties  de  l’œil , apportant  vue  profondité  et  cauité  d’iceluy. 

1 — ( Galien  in  définit.  Medic.) 

Ecpiesmos 

1 Exilas,  Expressio,  Exertio,  L.  Cheutte  de  l’œil:  quand  il  est  du  tout 

< hors  de  sa  cauité,  et  principalement  par  fluxion  ou  coup.  — ( Aëce , 

( liure  7.) 

S Irabismus 

( Strabositas,  L.  Estrc  louche , ou  bicle:  c’est  vne  distorsion  contrainte 
( auec  inégalité  de  la  veuë.  — (Paul,  liure  3,  chapitre  2.) 

Çnlopsis 
et  Myopiads 

f Propinqua  visio,  L.  Quand  naturellement  l’on  ne  peut  voir  les  choses 
< que  de  près,  et  difficilement  de  loing , et  semble  que  l’on  voyc  des 
l mousches.  (Aëce,  liure  7.) 

Uyperopsia 

( Remota  visio,  L.  Quand  l’on  ne  peut  voir  et  distinguer  les  choses  que 
} de  loing,  en  dilatant  fort  les  yeux  : ceste  affection  est  contraire  à la 
\ precedente. 

Anopsia 

1 Quand  l’on  ne  sçauroit  discerner  les  obiets  s’ils  ne  sont  vn  peu  esleués. 

f Hallucinatio , ou  caliyatio , L.  Abusement  de  veüe  ou  d’œil:  quand  on 

Parorasis 

] prend  vne  chose  pour  vne  autre,  et  est  l’auant-coureur  d’aueuglement. 

\ — ( Sauonarola .) 

f Hebeludo,  L.  Esbloilissement  continuel  et  diminution  de  la  veuë,  sans 

Amblyopia 

\ aucune  apparence  extérieure,  mais  seulement  par  alteration  médiocre 
<(  des  humeurs , esprits  ou  tuniques.  — Monsieur  Fernel  l’a  dit  venir 
/ quand  la  cornée  deuient  trop  dure. — (Paul,  liure  3,  chapitre  22.  Acce, 
\ liure  7.) 

( Dclacrymalio,  Piluitœ  cursus,  L.  Yeux  pleurons , moites  ou  mousses: 

Epiphova 

quand  les  humeurs  courent  aux  yeux,  et  pleurent  perpétuellement.  — 

( (Celse,  liure  6.) 

Rexis 

/ Ruptura  ab  ietu,  L.  Rupture:  quand  les  membranes,  et  principalement 
) l’vuée  ou  la  cornée  sont  toutes  rompues  par  quelque  coup , de  sorte 
1 que  l’œil  est  du  tout  creué , tous  les  humeurs  sortans.  — ( Aëce , 

\ liure  7.) 

Synchysis 

( Confusio,  L.  Quand  tous  les  humeurs  sont  meslés  et  confus  ensemble 
} par  grande  playe  ou  inflammation,  la  prunelle  apparoist  de  diuerses 
\ couleurs.  — (Galien  in  Isag.) 

Paralysis 

( Resolutio,  L.  Quand  l’œil  ne  se  peut  mouuoir,  estant  perclus  de  scs 
* muscles.  — (Galien  en  l' Introduction.  Aëce,  ibidem.) 

OPERATIONS  DE  CHIRVRG1E. 


hippos 

Oederna 

Sepedou 

Gangrena 

Anlhracosis 


lYyctalopia 

Hemeralopia 


Emphysema 

cnesmodes 

Psorophihalmia 

Xeroplilhalmia 

Sderophlhalmia 

Chemosis 


PtilosisouPorosis 


Coloboma 


Seler.osis 

Scirrosis 

Scirrophthalmia 


Ectropion 


4i5 

Equus,  L.  C’est  vn  braillement  perpétuel  de  l’œil,  venant  dés  la  na- 
tiuiîé  de  la  personne  : aucuns  l’attribuent  aux  paupières,  et  le  nomment 
en  latin,  IVïctatio  : clignement  d'o.il,  œil  d’Iiypocrile  : d’autant  que  l’on 
remue  tousioursles  paupières,  ou  l’œil  mesinc. 

Quand  l’œil  est  tout  boursouflé,  perdant  sa  naifue  couleur,  se  remuant 
diflicilcment.  — ( Galien  in  Medico.) 

Puiredo,  L.  Quand  l’œil  se  vient  du  tout  à pourrir,  et  quelquesfois 
se  gangrené.  — ( Galien  en  l’ Introduction.) 

Carbuncululio,  L.  OEil  rosti  : c’est  vne  espece  de  charbon  à l’œil.  — 
( Galien  en  i Introduction. ) 

Nocturna,  ou  vespertina  cœc.ilas,  ou  nusciosa  affectio,  L.  Quand  de  nuit 
on  ne  void  rien,  et  ce  par  accident  : le  contraire  est,  Acies  nocturna  : 
quand  on  void  mieux  de  nuit  que  de  iour,  et  se  peut  dire  Hemeralopia 
en  grec,  OEil  de  chat  en  François  : comine  Acies  Solaris , ou  Solana 
Visio  , quand  l’on  ne  peut  voir  qu’aux  rayons  du  soleil  : et  Tenebrosa 
affectio,  se  dit  de  ceux  qui  voyent  mal-aisément  la  lumière  grande. — 
[Paul,  liure  3,  chapitre  22,  et  Galien  in  Isagog.) 


LES  PARTIES  DE  L’OEIL,  qVI  SONT: 

Les  paupières  : 

Infiatio  pruriginosa,  L.  Quand  la  paupière  deuient  enflée  estant  pleine 
de  pituite , qui  fait  vne  démangeaison  auec  fluxion.  Cela  aduient 
volontiers  aux  vieillards,  et  en  esté.  — ( Aëce , liure  7.  Celse,  liure  G.) 

Lippitudo  pruriginosa , L.  Chassie  batteuse  et  poignante  : quand  vne 
pituite  salée  cause  vne  démangeaison  auec  fluxion  d'vne  matière 
acre,  dont  s’ensuit  quelquesfois  inflammation.  — [Aëce,  ibidem,) 

Lippitudo  arida,  L.  Chassie  seiche.  Quand  il  ne  découlé  rien,  ou  bien 
peu  des  paupières,  y sentant  cuisson  et  aspreté,  principalement  en  la 
supérieure.  — [Aëce,  liure  7.)  Elle  se  rapporte  à tout  l’œil  aussi. 

Lippitudo  dura,  L.  C’est  vn  difficile  mouuement  des  paupières  et  yeux, 
accompagné  de  dureté  sans  fluxion. — ( Hippocrates , de  Aëre , locis  cl 
, aquis.) 

' Inuersio,  ou  Hiatus.  L.  Quand  l’vne  et  l’autre  paupière  est  retournée 
par  vne  grande  inflammation,  et  que  le  blanc  de  l’œil  est  plus  haut 
[ esleué  que  le  noir.  — ( Galien  in  Medico.  Paul,  liure  3.) 
r Crassilies  callosa  palpebrarum , L.  Dcplumolion , espaisseur  des  pau- 
\ pieres  auec  pelade.  Quand  les  paupières  sont  dures  et  grosses  avec 
j chaleur  et  rougeur,  et  le  poil  ne  s’y  peut  ficher  pour  en  sortir.  — 
\ [Aëce,  liure  7,  chapitre  77.) 

/'  Mutilaiio,  L.  C’est  vne  déperdition  de  quelque  partie  de  la  paupière. 
' Il  se  prend  aussi  pour  déperdition  de  quelque  partie  que  ce  soit.  — 

\ [Galien,  liure  4,  method.) 

ÎDurities,  L.  C’est  vne  tumeur  des  paupières  auec  chaleur  et  douleur 
continuant  plus  que  l’inflammation.  — ( Galien  in  med.)  Et  si  lesdi tes 
paupières  deuiennent,  auec  la  dureté,  enflées  et  liuides  par  vne  chair 
sous-croissante,  se  fait  et  suruient  scirrosis , comme  par  vne  longue 
continuité  d’inflammation.  — [Galien,  ibid.) 

ilnuersalio,  L.  OEil  éraillé , quand  la  paupière  inferieure  par  cica- 
trice , ou  autre  occasion , se  renuerse  et  ne  peut  couurir  son  blanc.  — 
[Paul,  liure  G.) 


4i6 


Ancyloblepharon 

Sympliysis 

Prosphysis 

Lagophthalmia 


T rachoma 


Sycosis 


Telosis, 
ou  Epanaslema 
ochlhodes 

Hydalis 


Mydesis 


Crilhe  OU  Postia 


Chalazion 


Ptliiriasis 


Trlchiasis 
Madarosis 
j Milphosis 


Phalangosis 

Distychiasis 


Lithiasis 

Pladarolis 

Alonia 

Paralysis 


Sarcosis 

Alheromala 


LE  QVINZlÉME  LlVllE, 


( Inuiscalio,  L.  Quand  les  paupières  se  tiennent  les  vnes  les  autres, 
J ou  bien  sont  adhérantes  à la  conionctiue  ou  cornée,  pour  quelque 
\ vlcere  mal  pansé.  — ( Galien  inlsag.  Aëce , liure  7,  chapitre  64.) 

( Leporina  palpebra,  I,.  OEil  de  li étire,  quand  l’on  dort  les  paupières 
s ouuertes,  comme  les  liéures  : il  vient  soutient  de  nature.  Aussi  quand 
\ par  conuulsion  la  paupière  supérieure  ne  couure  le  blanc. — ( Amauld .) 
i'  Asperiiudo,  L.  Inégalité  de  l’vne  et  l’autre  paupière  , avec  dureté 
| raboteuse,  et  semble  qu’il  y aye  des  grains  de  milet.  — ( Aëce , liure  7, 
\ chapitre  43.) 

ÎFicositas,  ou  ftcosa  palpebra,  L.  Quand  les  paupières  sont  si  inégales 
et  rudes  que  l’on  y apperçoit  comme  petits  grains  de  figue.  — ( Galien 
in  hag.)  lit  quand  il  en  sort  du  sang,  souucnt  s’appelle  Moruvn , ou 
Cetsurn. 


Callosa  palpebra,  L.  Quand  les  paupières  viennent  dures  comme  vu 
cal,  ou  comme  vn  cor.  Aucuns  le  nomment  Epanaslema  ochlhodes. 


b Palpebrarum  aquositas , ou  vesica,  L.  Quand  la  paupière  inferieure 
| est  pleine  d’vne  graisse  mollasse  et  aqueuse.  — (Paul,  liure  6,  cha - 
\ pitre  14.) 

I Putredo,  L.  Tumeur  auec  putréfaction  dont  il  en  découlé  matière. 

( — ( Galien  in  hag.) 

Hordeum:  prœputiolurn,  L.  Orgueil:  c’est  vne  petite  tumeur  fixe  , qui 
■ vient  à l’extremité  de  la  paupière  , où  s’engendrent  les  cils.  — (Paul, 
^ liure  6.  ) 

/'  Grande,  L.  Gresle:  c’est  vne  petite  tumeur  mobile,  ronde  et  lucide 
| comme  vn  grain  de  gresle,  laquelle  vient  aux  paupières.  — ( Galien  en 
\ l'Introduction.) 


( Pediculatio,  L.  Quand  le  poil  des  paupières  est  molesté  par  le  moyen 
\ des  petits  poulx  qui  y croissent.  — (Aëce,  liure  7,  chupitre  65.) 

I Quand  il  croist  d’autres  poils  aux  paupières  que  les  naturels , les- 
) quels  piquent  l’œil  et  le  font  pleurer  : le  contraire  est  Madarosis,  et 
i Milphosis  en  grec,  Glabrities  palpebrarum  en  latin,  quand  le  poil  des 
( paupières  tombe.  — (Aëce,  liure  7,  chapitre  78.) 

r Quand  il  vient  à la  paupière  deux  ou  trois  rangs  de  poils,  ou  bien 
j quand  ils  se  recoquillent  en  dedans  et  piquent  l’œil.  — (Paul,  liure  7.) 
j Et  quand  il  n’en  vient  qu’vn  rang,  est  dit  Distychiasis.  — (Galien  en 
V V Introduction.  ) 

SLapidescentia  , L.  Sont  petites  tumeurs  dures  comme  pierrottes  qui 
croissent  aux  paupières,  et  se  peut  dire  Grauelle  des  yeux. — (Aëce, 
liure  7,  chapitre  79.  ) 

I Ce  sont  petits  corps  mois  et  décolorés  venans  au  dedans  des  paupières. 
/ Imbécillité  simple  des  paupières  sans  autre  cause  externe  que  l’on 
( voye  : mais  cependant  l’on  ne  les  peut  esleuer,  estans  contraints  de  les 
tenir  fermées,  comme  paralytiques,  si  on  ne  les  hausse  de  la  main.— 

\ (Auicennc.) 

(Croissance  de  chair  qui  vient  en  leur  partie  intérieure,  estans  qucl- 
quesfois  deux  ou  trois  comme  petits  pois.  — (Galien  in  Med.)  Il  sur— 
uienl  aussi  és  paupières,  Atherornata,  Ganglia,  Melicerides  et  E arices. 
Ensemble  il  tombe  en  l’œil  choses  estranges.  — (Aëce,  liure  7.) 


■ 


Hyposphagma 

Epanastema 
ochtliodes 
Hymenon 
epanastas  is 


Taraxis 

Ophthalmia 

Pterygion 

Aigle 

Porosis 

Bolhryon 

Cœloma 

Argema 

Elcosis 

Epicauma 

Encauma 

Phlyctcenœ 

Psydracia 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGÏE. 

Membranes,  à sçauoir , ou 

A toutes,  et  .se  fait  : 


4l? 


Sanguinis  effusio,  L.  Meurt, üseure , sont  petites  marques  rouges,  ou 
pros  sang  noir  qui  suruient  aux  membranes,  et  principalement  à la 

1 ausike?1 '2ethC°rnée’  T rUptUre  qUi  est  venue  aux  reines  qui  sont 

■ZreTn  nembranCt;  6 p,;,nCipaIemenl  Pai'  vn  coup.  — [Auicenne, 
tture  <5,  le  nomme  Altarfaii.)  ' 

Ficus  L Qui  est  vne  tumeur  et  comme  inflation  et  boursouflement 
de  toutes  les  membranes  qui  sont  à l’œil  : et  lorsque  le  mal  est X 

sMesd'itp  56  n°Te  Hy,}WUm  EPunasta*is.  Rebelliones  en  latin,  comme 
si  lesdites  membranes  s enorgueillissoient,  et  vouloient  sortir  hors  de 
ur  place  et  lieu  naturel.  Cornarius  les  nomme  Membranarum  eminen- 

s:  “r  :rx  merabranes  vne  mo,iesse> due  p-  ^ 


En  particulier , comme  : 

Adnata,  Comonctiue. 

Perturbatio,  L.  Chaleur  et  rougeur  de  l’œil,  auec  moiteur,  prouenant 
de  cause  externe,  comme  de  la  fumée,  poussière,  huile,  ou  autre  chose 
qui  aura  entré  en  l’œil.  - (Aëce,  liure  7,  chapitré  3.) 

Lippitudo,  L.  Inflammation  de  l’œil,  quand  le  blanc  d’iceluy  est  fort 

V^le\  C eSt  VnC  excroissance  de  chair  fibreuse,  laquelle 
petit  a petit  couure  la  comonctiue,  et  quelquesfois  la  prunelle  venant 

chapitre^.  A^Z  ^ ~ ^ 6> 

— ?g.z  r-sr ,ur  - 

cornée. C°mme.Vne  P°inture  en  la 


Cornée. 

Cauitas,  L.  C’est  vne  vlcere  semblable  à la  susdite,  mais  plus  lar-e 
et  moins  profonde.  — ( Auicenne .)  ® * 

| C’est  vn  vlcere  rond  occupant  l’iris,  de  sorte  qu’elle  s’apparoit  rouge 
en  la  comonctiue,  et  blanche  en  la  cornée.  0 

j Vlceralio,  L.  c’est  vne  ruption  de  la  cornée  par  vn  coup,  ou  grande 
! inflammation.  — ( Galien  in  dej.  med .)  ° 

J Elcus  sordidum,  L.  Sont  vlceres  sordides  et  crousteuses,  desquelles 
, sort  de  la  boue  orde  et  vilaine.  — [Aëce,  liure  7.)  4 

Pustulæ,  L.  C’est  vne  petite  tumeur  auec  inflammation,  qui  occupe  la 
cornée,  et  sont  comme  vessies.  — {Aëce,  ibid.  chapitre  15.) 


II. 


27 


4i8 

Achlys 

Nepheleon 


Hypopion , 
Pyosis,  Onyx 


Carcinoma 

Oulœ 

Paralampsis , 
Aigis 


{ 

( 


Proplosis 

Slaphyloma 

Melon 

Helos 


Mydriasis, 

l’iulycoria 


Phthisis 


Ilypochyma 
Gulig  zala. 


Glaucoma 


WP  QVIUZIÉME  UVUE, 

Caligo,  L.  C’est  vne  vlcere  superficielle  de  couleur  cerulée  ou  ob- 
scure, ou  obscure  cicatrice,  qui  commence  à brouiller  l’œil.  — (Aëce, 

Gorrceus.) 

Nubecula , L.  Nuage:  c’est  vne  vlcere  superficielle  comme  la  prece- 
dente, mais  plus  obscure  et  profonde,  la  veuë  commençant  à estre  basse. 

— (Norias,  chapitre  45.) 

Sanies,  L.  Telle  maladie  aduient  lorsqu’il  coule  du  sang  meurtri,  ou 
qu’il  s’engendre  de  la  boue  entre  la  Cornée  et  Vuée  , estant  nommée 
Onyx,  si  ladite  boue,  comme  desseichée,  représente  la  forme  et  couleur 
de  l’ongle. — [Paul,  liure  3,  chapitre  22.) 

Cancer  corneœ,  L.  Quand  les  veines  qui  sont  en  la  cornée  sont  pleines 
de  sang  noir,  accompagné  de  douleur  poignante.  — (Galien  Isag.) 

Cicatrix,  L.  Sont  cicatrices  blanches  et  esleuées  qui  viennent  en  la 
cornée,  à cause  d’vn  vlcere  profond.  — (Galien  en  i Introduction.) 

Cicatrix  resplendens,  L.  C’est  vne  dureté  et  cicatrice  au  noir  de  l’œil 
plus  grosse  et  esleuéc  que  V Aigis.  Elle  se  peut  dire  OEil  blanc.— 

( Galien  en  son  Lexicon.) 

Vuée. 

Procidentia  vueœ,  L.  Cheulte  de  l’vuée,  ce  qui  aduient  quand  la  cornée 
: est  rompue,  et  l’vuée  cheutte.  — (Celse,  liure  G.) 

('  Muscce  caput,  ou  formicalis  ruptura,  L.  Quand  l’vuée  se  représente  par 
\ la  cornée  en  grosseur  et  figure  d’vne  teste  de  mousche.  — (Paul,  liure  G. 

V Galien  in  def.  med.) 

^ Malum , L.  Pommelle  : quand  l’vuée  est  tellement  grosse  et  sortie, 
t qu’elle  représente,  suspendue,  vne  pommette. 
c Claum,  L.  Clou,  ce  qui  aduient  quand  la  susdite  vuée  se  vient  à 
l endurcir,  représentant  la  teste  d’vn  clou. — (Auicenne.) 

Prunelle. 

! Pupilles  dilatatio,  L.  Eslargissemcnt  de  la  prunelle,  qui  se  fait  quand 
la  membrane  vuée  s’eslargit  à l’endroit  du  trou,  et  représente  l’obiet 
plus  grand,  imparfait  et  confus.  — (Aece,  hure  7,  chapitre  52.)  Quel- 
quesfois  la  prunelle  semble  n’estre  pas  droitement  au  milieu , mais 
changée  de  sa  place,  et  se  dit  par  Àrnauld,  pupillue  è loco  remotio, 
page  1 54. 

! Tabes  pupillœ,  L.  Quand  la  prunelle  deuient  plus  petite  et  obscure 
que  le  naturel,  et  alors  les  obiets  semblent  plus  grands.  —(Aece, 

ibid.) 

Suffasio,  L.  Cataracte  ou  Coulisse  : c’est  vne  concrétion  d’humeur 

1 entre  la  cornée  et  l’humeur  crystaiin,  qui  est  le  siégé  de  la  distinction 
des  couleurs.  Et  quand  elle  couure  la  prunelle,  ou  vient  à s’endurcir 
en  l’vuée,  qui  est  le  fondement  de  la  prunelle,  elle  est  appellée  Tunica 
ocularis  en  lutin  , en  françois  Maille,  Paye,  Bourgeon.— (Paul, liure  6.) 
Elle  s’appelle  par  Auicenne  Gutia  zala,  et  obscura. 

Humeurs  : 

Crystaiin , et  sont  : 

r Glguccdo,  L.  Ce  qui  aduient  quand  l’humeur  crystaiin  sc  vient  a 
desscicher  et  blanchir:  on  l’appelle  œil  blaffard,  et  telle  affection  vient 
( aux  gens  vieux. 


OPERATIONS  DE  CfJjRVRGIE. 


419 


Heteroglautis 


Leucoma 


Agyrias 

Acatastasia 

Crysialloidous 


E$t  quand  la  susdite  affection  n’aduient  qu’à  vn  des  yeux,  et  se  peut 
nommer  œil  veron  ou  bigarré.  Se  font  aussi  quant  les  yeux  sont  blaffards, 
ou  la  prunelle  est  noire.  — ( Galien  10.  de  Vsu  part.) 

Atbugo,  L.  OEil  de  chiure , quand  l’humeur  crystalin  est  du  tout 
blanchi,  qui  ne  vient  point  par  vlcere,  ny  aux  petits  enfans  par  force 
de  crier.  — ( Galien  in  def.  med.) 

Albedo  in  cnj.italoïde  , L.  Quand  il  se  fait  vne  marque  blanche  sur 
l’humeur  crystalin.—  [Aëce,  liure  7,  chapitre  2G.) 

Quand  l'humeurcrystalin  est  si  imbecille,  que  par  vne  grande  lumière 
est  tourné  et  bouleuersé,  comme  s’il  estoit  disloqué. 


Ou  de  tous  ensemble,  comme  : 

Aithemoma  I I^aiii  oculi>  L.  OEil  de  loup  ou  de  mattuais  garçon,  quand  les  humeurs 
I se  noircissent  du  tout,  l’œil  deuenant  du  tout  noir  ou  obscur. 
Aimalops  j Suggillatum  , L.  OEil  poché,  quand  il  y a confusion  d’humeurs  l’œil 
’ estant  noir.  Il  s’appelle  aussi  Hypocliysis. 

ILeoninus  oculus,  L.  OEil  d’airein,  quand  l’œil  est  rous,  fier  et  cslin- 
celant  comme  vn  lion  : ainsi  les  ont  les  ladres.  — [Fernel,  chapitre  de 
Eléphant.) 


Ançhylops 

Aegilops 

Peribrosis 

Encanlhis 

Rhœas,  Chemosis 
Epinyclis 

Prosphysis 


Amaurosis 

Aporrexis 

Parempiosis 

Symptosis 


Coins  ou  angles  : 

ÎAbscessus  ocularis,  L.  C’est  vue  collection  d’humeur  semblable  à du 
miel,  entre  le  grand  coin  de  l’œil  et  le  nez,  et  est  enueloppé  d’vne  taye 
sans  faire  douleur.  — [Galien  in  Isag.  Paul,  liure  6,  chapitre  22.) 

| Fistula  lacrymalis,  L. C’est  vne  fistule  qui  naist  au  grand  coin  de  l’œil, 
par  le  susdit  abcès,  faisant  carie  souuent  à l’os.  — ( Celsé .) 

(Angulorum  erosio , L.  C’est  vne  vlcere  qui  est  au  petit  coin,  vers  la 
temple,  et  quelquesfois  en  sort  du  sang  , et  se  nomme  aussi  Pruritus 
Lacrymalium.  — ( Arcul .) 

t C est  vne  tumeur  ou  addition  de  chair  à celle  qui  est  contenue  aux 
t angles,  ou  que  la  glande  lacrymale  se  vient  à enfler. 

( C est  vne  diminution,  de  chair  à celle  qui  est  contenue  aux  angles,  ou 
| sous  les  paupières  et  coins  des  yeux,  et  à celle  se  rapporte  Chemosis  en 
{ grec,  en  latin  Irnminutio.  — ( Galien  in  def.  Med.) 

( C est  vne  vlcere  qui  découlé  perpétuellement  du  coin  des  yeux.  — 

* [Pline,  liure  20,  chapitre  6.) 

{Agglutinatio , L.  Quand  les  coins  ou  angles  se  viennent  à prendre  et 
agglutinei  : il  se  prend  aussi  pour  l’agglutination  des  paupières  auec 
l’œil.  — ( Galien  en  l’Introduction.) 


Nerf  optique  : 

( Obfuscalio  ou  Gutta  serena,  L.  Aueuglement  : qui  vient  quand  le  nerf 
s optique  est  bouché  par  quelque  humeur.  — [Galien  I.  prorr.  Hippo- 
V crat.) 

1 Abruptio,  L.  Quand  le  nerf  optique  est  rompu  par  quelque  coup,  de 
t sorte  que  l’esprit  visuel  n’y  peut  passer.  — [Galien  in  Isug.) 
r Coincidenlia,  L.  Ce  qui  se  fait  quand  le  nerf  optique  est  rempli  de 
t quelque  humeur  qui  y découlé.  — [Galien,  ibid.) 

. Concidentia,  L.  Ce  qui  aduient  quand  le  nerf  optique  se  retressit  ou 
\ deuient  flasque  par  imbécillité  ou  seicheresse. 


LE  QVUVZIEME  LIVRE 


4<20 


CHAPITRE  VI. 

EXPLICATION  DE  QVELQVES  MALADIES 

PARTICVI.IERES  CONTENVES  EN  LA  SVS- 

DITE  TABLE  , ET  PREMIEREMENT  DV 

MOYEN  DE  REHAVSSER  LA  PAVPIERE 

SVPERIEVRE  ». 

I’aviois  proposé  d’escrire  en  parti- 
culier toutes  les  susdites  maladies  : 
mais  comme  i’ay  esté  deuancé  par 
l’impression  de  mon  liure  qui  estoit 
sus  la  presse,  et  sçachant  qu'il  y auoit 
quelcun  qui  y trauailloit  pour  les 
escrire  toutes  en  particulier1 2,  ie  me 
suis  arresté  à mettre  seulement  celles 
qui  s’ensuiuent. 

A quelques  vns  la  paupière  supé- 
rieure est  relaschée  outre  son  natu- 
rel , et  plus  qu’il  n’est  necessaire  à 
couurir  l’œil,  qui  est  cause  d’amener 
double  accident  : l’vn  est  que  le  ma- 
lade ne  peut  bien  ouurir  l’œil  : l’autre, 
que  les  poils  du  cil  entrent  dedans 
l’œil  et  le  piquent,  donnant  au  ma- 
lade grande  douleur. 

Ceste  relaxation  vient  à raison 
d’vne  paralysie  particulière,  qui  se 
fait  aux  vieilles  gens,  ou  d’vne  fluxion 
rheumatique  sans  acrimonie,  cuison, 
ne  mordicalion  : ce  qui  nous  est  fait 
manifeste,  parce  que  ceux  qui  sont 

1 Dans  les  deux  premières  éditions,  ce 
chapitre  avait  simplement  pour  titre:  Le 
moyen  de  rehausser  lu  paupière  supérieure  ; 
et  le  premier  paragraphe  n’existait  pas;  il  a 
été  ainsi  arrangé  en  1585.  Alors,  toutefois, 
il  était  marqué  chapitre  5.  Voyez  la  note  de 
la  page  413. 

2Ce  quelqu’un  était  Guillemeau,  élève  de 
Paré,  dont  le  Traité  des  maladies  de  l’œil 
parut  à Paris  l’année  même  dans  laquelle 
Paré  écrivait  ces  lignes,  c’est-à-dire  en 
1585. 


vexés  de  telle  affection  ont  quelques- 
fois  vn  ou  deux  rangs  de  poils  aux 
paupières  outre  leur  naturel  , qui 
croissent  pour  la  quantité  de  ceste 
matière  : comme  voyons  qu’en  terre 
humide  il  croist  beaucoup  d’herbes. 
Or  si  c’esloit  vne  humidité  acre  et 
cuisante,  le  malade  le  pourroit  faci- 
lement apperceuoir  pour  la  douleur 
qu’il  auroit  aux  yeux  : ioint  que  tel 
humeur  corromproit  le  poil  qui  na- 
turellement y est  produit,  et  par  plus 
forte  raison  engarderoit  qu’il  en  sur- 
uint  de  superflu. 

Et  pour  la  curation  : deuant  que 
faire  l’operation  , faut  marquer  d’an- 
cre ce  qu’il  sera  expédient  d’en  cou- 
per , craignant  qu’en  ostant  trop , la 
paupière  ne  demeurast  renuersée,  ce 
que  les  anciens  nomment  Ectiopion: 
puis  il  faut  pincer  etsouleuer  la  pau- 
pière supérieure,  laissant  le  cartilage 
qui  est  au-dessous  : et  apres  couper 
en  trauers  la  peau  tant  qu’il  sera  be- 
soin , sans  offenser  ledit  cartilage  : 
puis  l’on  fera  deux  ou  trois  petits 
points  d’aiguille,  pour  reunir  la  playe 
et  la  conduire  à cicatrice  : laquelle 
estant  faite,  empesche  que  la  paupière 
ne  tombe  plus  bas  qu’elle  ne  doit , à 
cause  qu’elle  aura  esté  accourcie.  11 
ne  faut  oster  que  ce  qu’il  en  faut,  ou 
autrement  il  aduiendroit  deux  dan- 
gers : l’vn,  que  si  on  coupe  trop,  l’œil 
demeurera  éraillé,  parce  que  la  pau- 
pière ne  pourra  couurir  l’œil.  Aussi 
si  on  en  coupe  moins  qu’il  ne  faut,  ce 
sera  temps  perdu,  et  faire  endurer  le 
malade  sans  profit. 

El  où  il  y auroit  plusieurs  cils  ou 
poils , les  faut  tirer  et  arracher  par 
petites  et  propres  pincettes  : puis  cau- 
tériser la  racine  auec  vn  petit  cautere 
sans  offenser  l’œil,  où  apres  se  forme 
vne  cicatrice  qui  defend  qu’ils  n’y  re- 


OPERATIONS  DE  CHIRVRG1E. 


42  1 


naissent.  Le  cautere  t'est  icy  repré- 
senté *. 

Cautere . 


1 Cette  figure  manque  dans  les  éditions 
de  1575  et  1579;  et  cependant  on  la  retrouve 
dans  la  petite  édition  de  1564,  p.  208;  et 
auparavant  dans  le  traité  ries  playes  de  la 
teste,  de  1561,  p.  248.  Voici  le  texte  de  cette 
dernière  édition  : 

D’abondant  quelquefois  le  poil  desdites  pal- 
pebres  se  renuerse  dans  l’œil,  qui  est  cause  d’in- 
duire grand  douleur  et  inflammation.  Et,  pour 
la  cure,  il  faut  arracher  le  poil  auec  sa  racine  : 
puis,  à l'endroit  d’iceluy,  sera  appliqué  vn  bien 
petit  cautere  actuel,  à celle  fin  de  consumer 
f humeur  qui  fait  croistre  ledit  poil , et  aussi 
qu’upres  la  cautérisation  il  se  fait  cicatrice  so- 
lide : et  par  ces  moyens  le  poil  ne  renaist  au- 
cunement, et  ainsi  le  patient  est  mis  hors  de 
peine  1 

Du  reste,  ce  procédé  et  même  cette  forme 
de  cautère  sont  indiqués  dans  Guy  de  Chau- 
liac:  de  même  que  l’excision  d’un  pli  cu- 
tané, pour  remédier  à la  chute  de  la  pau- 
pière , remonte  fort  haut  dans  l’antiquité. 


CHAPITRE  VII. 

DE  LAGOPHT1IALMIE , OV  OEIL 
DE  LIÈVRE  1. 

Or  ceux  qui  ont  la  paupière  trop 
esleuée  en  haut , dorment  les  yeux 
ouuerts , 11e  les  pouuant  clorre  : les 
Grecs  les  nomment  Lagaphthalmos . 

La  cause  vient  intérieurement , 
comme  d’vn  charbon,  ou  autre  apos- 
teme  , et  vlcere  : extérieurement, 
comme  d’vn  coup  d’espée  ou  d’autre 
baston  , ou  de  brusleure  , ou  par 
cheutte,  ou  autrement. 

Quand  ceste  maladie  est  venue  par 
vne  cicatrice , on  la  peut  guarir , 
pourueu  que  la  paupière  soit  d’espais- 
seur  suffisante  : mais  quand  ce  vice 
vient  de  nature  , ou  qu’il  y a vne 
grande  déperdition  de  substance , 
comme  il  aduient  par  vne  brusleure, 
ou  par  vn  charbon , le  malade  ne 
peut  guarir. 

Pour  la  curation  , il  faut  vser  des 
fomentations  relaxantes  et  remollien- 
les  : puis  on  fera  vne  incision  sus  la 
paupière  en  forme  de  croissant,  tirée 
dessus  toute  la  cicatrice,  de  maniéré 
que  toute  la  circonférence  d’icelle  soit 
en  haut  en  forme  de  vousle  ,et  ses  poin- 
tes en  bas  près  du  cil  : apres  on  sépa- 
rera les  léures  de  l’incision  que  l’on 
aura  faite , et  sera  mis  dessus  de  la 
charpie  seiche,  et  par  dessus  vne  pe- 

1 Le  contenu  de  ce  chapitre  se  retrouve 
déjà  presque  en  totalité,  à la  fin  du  chapitre 
24  du  8»  livre  (voyez  ci-devant,  page  75),  le- 
quel avait  paru  en  1 5G1 . Mais  le  texte  nou- 
veau date  de  1575,  et  a été  essentiellement 
extrait  de  la  Chirurgie  française  de  Dale- 
champs,  p.  51. 


LE  QVINZIÉME  LIVRE, 


4‘22 

tite  emplastre  : puis  sera  la  partie 
liée  comme  il  appartient , en  rebais- 
sant la  paupière,  à fin  qu’elle  ne  re- 
tourne eu  la  figure  première  et  non 
naturelle.  Or  faisant  l’incision,  il  se 
faut  donner  garde  de  toucher  le  car- 
tilage : car  estant  incisé,  la  paupière 
ne  se  pourroit  plus  releuer. 

La  paupière  inferieure  est  suielte  à 
plusieurs  indispositions,  et  mesme  à 
ceste  susdite,  et  lors  telle  maladie  est 
nommée  Ectropion  : laquelle  sera 
traitée  comme  la  susdite  L 


CHAPITRE  VIII. 

DE  LA  GRESLE  DES  PAVPIERES  NOMMÉE 

Chalazion  en  grec:  et  P’vn  avtre 

vice  nommé  Hordcolum  L 

Chalazion  est  vne  petite  eminence 
ronde , transparente  , qui  se  concrée 
en  lapalpebre  supérieure, et  se  remue 
çà  et  là  : les  Latins  l’ont  nommée 
Grando  , Gresle  en  françdis , à cause 
qu’elle  ressemble  à vn  grain  de  gresle. 

11  Sè  fait  vne  autre  tubercule  ou 
emineiice  au  bord  des  paupières  qui 
Se  nomtfie  Hordeolum  , à cause 
qtfelle  a quelque  similitude  à vn 
grain  d’orge. 

Leur  matière  est  contenue  dedans 
vne  tunique , et  tres-difficilement  se 
suppure  : au  commencement  on  la 
peut  résoudre,  et  lors  qu’elle  est  inue- 
terée,  et  que  l’humeur  est  (iur  comme 
piastre,  ou  comme  vnepierre  de  tuffe, 
est  1res  difficile  à guarir. 

i Ce  chapitre  est  également  puisé  dans 
Dalechamps , et  date  de  1575;  mais  le  pro- 
cédé du  séton  me  paraît  appartenir  à Paré  ; 
je  ne  l’ai  trouvé  dans  aucun  auteur  avant 
lui , et  ce  qui  est  assez  étrange,  c’est  qu’a- 
près  lui  Guillemeau,  son  élève,  n’en  fait 
pas  la  moindre  mention. 


Quant  à la  curation , il  les  faut  oS- 
ter  par  œuure  manuelle  , y fàisatit 
aperlion,  à fin  de  faire  euacuation  de 
l’iiumeur  contenue  : mais  quand  ladite 
tumeur  n’est  non  plus  grosse  qu’vn 
grain  d’orge,  on  doit  passer  au  trauers 
vne  aiguille  enfilée , et  y laisser  le  fil 
de  longueur  suffisante,  lequel  sera  at- 
taché au  front  ( si  c’est  à la  paupière 
supérieure),  ou  à la  iouë  (si  c’est  à 
l’inferieure  ) auec  vne  petite  emplas- 
tre de  Gratia  dei,  et  sera  remué  de 
deux  en  deux  iours,  comme  l’on  fait 
à vn  seton  : car  par  ce  moyen  ladite 
tumeur  sera  suppurée , et  enfin 
guarie. 


CHAPITRE  IX. 

d’vne  svrstance  grasse  qvi  se  cov- 

CHE  SOVS  LA  PAVPIERE  , NOMMÉE 

Hydatis  i. 

Hydatis  est  vne  substance  grasse 
comme  vn  petit  morceau  de  gresse , 
laquelle  est  couchée  au-dessous  de 
la  peau  de  la  paupière  supérieure, 
qui  suruient  principalement  aux  pe- 

1 Ce  chapitre  est  un  extrait  fort  court  du 
chapitre  14  de  Dalechamps,  dont  Paré  a, 
même  copié  presque  absolument  le  litre 
( Chirurgie  françoise,  p.  Cl).  Dalechamps,  qui 
d’ordinaire  ne  fait  que  traduire  les  auteurs 
grecs,  latins  et  arabes,  ajoute  ici  quelques 
réflexions  de  son  cru  : 

Aucuns  praticiens  nomment  aussi  hydalidas 
des  petites  uescies  pustules  ou  aigueroles  pleines 
de  sérosité  aqueuse  qui  se  font  entre  la  coniunc- 
live  et  la  corne  de  l’œil , comme  i’ay  veu  sou- 
vent en  quelques  uns  auec  commencement  de 
plerygium  : aux  autres  sans  cela  : aux  uns  pe- 
tites comme  la  teste  d'une  epingle  : aux  autres 
si  large  que  toute  ta  coniunctiue  estoit  souleuee . 
comme  nugueres  en  monsieur  t’ archediacre  dt 
S.  Eidal  à Lyon. 


OPERATIONS  DÈ  CTlIRVRGTE.  4^3 


tits  ehfants  qui  sont  fort  humides  : et 
par  ainsi  la  tumeur  est  molle  et  laxe, 
qui  rend  la  paupière  cbdemateuse , 
estant  cause  qu’elle  ne  se  peut  rele- 
uer.  Ceux  qui  sont  vexés  de  telle  in- 
disposition ne  peuuent  regarder  la 
clarté  du  soleil,  ayans  les  yeux  rou- 
ges et  pleurans  coutumieremertt. 

Pour  la  curation  , il  faut  inciser  et 
amputer  dextrement  cesle  supercrois- 
sance , sans  toucher  à l’œil  : apres 
l’amputation  on  doit  mascher  vn  peu 
de  sel,  et  l’appliquer  dessus  ( si  la  dou- 
leur n’estoit  trop  grande),  à fin  de 
desseicher  le  lieu,  qu’elle  ne  reuienne 
plus  : et  par  dessus  tout  l’œil  on  appli- 
quera vn  hlanc  d’œuf  avec  eau  rose, 
ou  autre  médicament  repercussif. 


CHAPITRE  X. 

DES  PAVPIERES  PRISES  ET  10INTES 
ENSEMBLE  *. 

La  paupière  supérieure  se  ioint 
auec  le  cil  de  l’inferieure,  qiielques- 
fois  auec  la  tunique  conionctilte , et 
quelquesfois  auec  là  cornée. 

Telle  agglutination  se  fait  quel- 
quesfois  par  nature  , c’est-à-dire  par 
le  vice  de  la  vertu  formatrice  dans  le 
ventre  de  la  mere  ( comme  quelques- 
fois l’on  voit  les  doigts  s'entretenir 
ensemble,  les  extrémités  du  siégé,  et 
l’orifice  du  Col  de  la  matrice  ) néant- 
moins  que  les  yeux  sont  bien  formés, 
ce  qu’on  peut  voir  à la  grosseur  de 
l’œil  dans  l’orbite,  et  mouuement  d’i- 
celuy.Aucunesfois  telle  chose  aduient 
par  playe  ou  par  adustion , ou  par 

1 Ce  chapitre  a été,  comme  les  précédents, 
puisé  dans  le  livre  de  Dalechamps  ; toutefois 
au  texte  de  1575  Paré  a fait  en  1579  quel- 
ques additions  empruntées  la  plupart  à l’un 
des  chapitres  suivants.  Voyez  ci-après  p.428. 


aposteme,  mesme  par  la  petite  ve- 
rolle , et  autres  causes  '. 

Pour  la  cure,  faut  la  séparer  soi- 
gneusement, auec  vn  instrument  pro- 
pre, se  gahdant  bien  de  toucher  la 
cornée  : à cause  qu'elle  se  forjetteroit 
en  dehors.  Ce  qui  se  fera  mettant  la 
queue  d’vne  espatule  entre  les  pal- 
pebres,  laquelle  ou  leuera  en  haut 
( de  peur  de  toucher  à la  substance  de 
l’œil)  faisant  l’incision  auec  vue  lan- 
cette courbée  2.  L’incision  et  sépara- 
tion ainsi  executée,  on  mettra  dedans 
l’œil  du  blanc  d’œuf,  battu  auec  eau 
rose,  et  tiendra-on  la  paupière  ou- 
uerte  , commandant  au  malade  l’ou- 
urir  et  fermer  : et  la  nuit  on  mettra 
vn  petit  linge  délié,  trempé  eh  eau 
en  laquelle  on  aura  dissout  vn  bien 
peu  de  vitriol  : ou  bien  on  vsera  de 
ladite  eau  simple  : car  tel  remede 
cmpeschera  qu’elle  ne  se  reagglutinfe. 
Le  troisième  iour , on  ÿ appliquera 
eaux  desiccatiues  sans  acrimonie,  à 
fin  de  produire  cicatrice. 

Or  si  la  paupière  est  adhérente  à la 
cornée,  à l’endroit  de  la  pupille,  le 
malade  demeurera  aueugle  de  cest 
œil,  ou  bien  n’en  verra  que  bien  peu, 
à cause  de  ladite  cicatrice,  par  la- 
quelle la  vertu  visuelle  rie  pourra  pé- 
nétrer 3 dehors  iusques  aux  obiets,  ou 
bien  ne  pourra  donner  passage  à 
leurs  images  iusques  à l’humeur  erys- 
talin. 

Pour  le  prognostic,  tu  apprendras  de 
Celse  que  ce  mal  recidiue  tousiours; 

1 Ce  paragraphe  ajouté  ici  en  1579,  a été 
copié  littéralement  du  chapitre  14.  Voyez 
la  note  i de  la  page  429. 

2 La  fin  de  cette  phrase,  depuis  les  mots 
ce  qui  se  fera , etc. , est  également  une  inter- 
calation de  1579,  empruntée  au  chapitre  14. 

3 L’édition  de  1575  terminait  à ce  mot, 
pénétrer,  le  paragraphe  et  le  chapitre  à la 
fois  ; tout  ce  qui  suit  a été  ajouté  en  1579. 


4^4  I.E  QVINZIÉME  LIVRE  , 


encore  qu’on  aye  mis  toute  diligence 
à le  guarir. 


CHAPITRE  XI. 

DV  PRVRIT  DES  PALPEBRES  DES  YEVX  *. 

Il  se  fait  souuent  vn  grand  prurit 
ou  démangeaison  aux  palpebres  des 
yeux,  causée  de  pituite  ou  phlegme 
salé , qui  quelquesfois  engendre  les 
vlceres  desquelles  sort  vne  sanie  qui 
fait  que  les  palpebres  se  glutinent  de 
nuit  ensemble,  et  les  rend  chassieuses  : 
laquelle  chose  donne  grande  fascherie 
au  patient. 

Si-  Et  pour  la  curation,  les  choses  vni- 
uerselles  premises,  s’il  y a vlceres,  se- 
ront lauées  et  corrigées  auec  ce  col- 
lyre : 

Prenez  eau  de  miel  distillée  in  balneo  Ma- 
riæ  § . iij. 

Sacch.  cand.  5.  j. 

Aloës  lotæ  subtiliter  pulverisatæ  3.  fi. 
Misce , fiat  collyrium. 

Et  si  tel  remede  ne  suffit,  vseras  de 
cestuy  plus  fort  : 

2f.  Vnguenti  ægyptiaci  3.  j. 

Dissol.  in  aqua  plantaginis  quantum  suf- 
ficit. 

Et  auec  vn  peu  de  linge  délié  et 
imbu,  seront  touchées  les  palpebres, 
soy  donnant  bien  garde  qu’il  n’en 
tombe  en  l’œil 1  2.  Et  au  soir , lors  que 
le  patient  voudra  dormir,  se  fera  ap- 
pliquer de  cest  onguent,  qui  en  tel  cas 
est  de  grand  effecl  : 

1 Ce  chapitre  est  plus  ancien  que  les  pré- 
cédents; car  on  le  retrouve  avec  le  même 
titre  dans  le  traité  Des  play  es  de  la  lesie  de 
166) , fol.  246. 

2 le  n'entens  que  l’egypliac  louche  l’œil , 
comme  quelques  vus  l'ont  voulu  dire.  — A.  P. 

— Cette  note  de  l’auteur  est  de  1676. 


if..  Aiungiæ  porci  et  butyri  recentis  ana 
5-  fi- 

Tutiæ  preparatæ  3.  fi. 

Antimo.  præpara.  in  aqua  eufras.  3 ij. 
Camphoræ  g . iiij. 

Misce,  et  in  mortario  plumbi  ducanturper 
très  horas. 

Lequel  sera  gardé  en  vne  boitte  de 
plomb  *. 

Autres  eaux  propres  aussi  à deterger,  seicher, 
roborer,  astreindre , et  entièrement  guarir  le 
prurit,  et  rougeur  desdites  palpebres. 

’if.  Aquæ  euphrasiæ,  fœniculi,  chelidoniæ 
ana  § . fi . 

Sarcocollæ  nutritæ  3.  ij. 

Vitrioli  romani  3.  j. 

Misceanlur  simul , et  bulliant  vnica  ebulli— 
tione  : postea  coletur,  et  seruetur  ad  vsum 
diclum. 

Autre. 

’if.  Aquærosatæetvini  albi  boni  ana  §.  iiij. 
Tutiæ  præparatæ,  aloës,  ana  3.  j. 

Floris  æris  3 . ij. 

Camphoræ  g . ij. 

Bulliant  omnia  secundum  artem , et  ser- 
uentur  in  vase  vitreo. 

Et  d'icelle  en  soient  lauées  les  pal- 
pebres. 

Autre. 

Prenez  vin  blanc  demie  liure. 

De  sel  commun  3.  j. 

Et  le  mettez  en  un  bassin  de  barbier  bien 
net  et  couuert,  et  le  laissez  par  l’espace 
de  cinq  ou  six  iours,  en  remuant  vne  fois 
le  iour  ledit  vin. 

Et  d’iceluy  en  soient  frottées  les 
palpebres  iusques  à la  parfaite  cura- 
tion. 

Autre. 

Prenez  de  l’vrine  du  patient,  et  la  mettez  en 
un  vn  bassin  de  barbier,  par  l’espace 
d’vne  nuit,  et  d’icelle  le  malade  se  la- 
uera  ses  yeux 3. 

1 Ces  mots,  lequel  sera  gardé  en  vne  boitte 
de  plomb,  sont  une  addition  de  1675. 

2 Ici  finit  le  texte  de  1561  ; toute  la  fin  du 
chapitre  date  de  l’édition  de  1575. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE.  AïO 


Et  ne  faut  faire  difficulté  d’vser 
desdits  reniedes , ausquels  entrent 
choses  acres.  Car  ie  proteste  à Dieu 
auoir  veu  vne  fenmie  aagée  de  cin- 
quanteans ou enuiron,  laquellepour 
un  prurit  se  lauoit  les  yeux  de  vinai- 
gre le  plus  fort  qu’elle  pouuoit  trou- 
uer,  dont  en  fus  fort  esmerueillé  : et 
me  dit  iarnais  n’auoir  trouué  remede 
plus  singulier. 

De  Vigo  ordonne  vne  eau,  qu'il  dit 
estreprecieuse  et  d’admirable  opera- 
tion dessustoutesautres  médecines  en 
ce  cas,  et  dit  qu’elle  doit  estre  plus  es- 
timée que  l’or  et  l’argent 1 , laquelle 
est  telle  : 

"if.  Aquæ  rosatæ  , vini  albi  odoriferi  me- 
diocris  vinositatis  ana  g . ïiij. 
Wyrobolani  citrini  triturati  5.  j 6. 
Tliur.  3.  ij. 

Bulliant  oninia  simili , vsque  ad  consump- 
tionem  tertiæ  partis  , deinde  immédiate 
addantur  : 

Floris  æris  3 . ij. 

Camphoræ  g . ij. 

Deinde  reseruetur  in  vase  vilreo  bene  obtu- 
rato  ad  vsum. 


CHAPITRE  XII. 

DE  LA  LIPP1TVDE  ET  CHASSIE  2. 

Il  y en  a quelques-vnsquiont  tous- 
iours  les  yeux  mouillés  d’vn  humeur 

1 Liu.  2.  chap.  4.  irait.  3.  — A.  P. 

2 II  n’est  pas  toujours  facile  d’indiquer 

la  source  où  a puisé  notre  auteur;  ainsi  on 
ne  s’imaginerait  guère  retrouver  ce  chapitre 
presque  tout  entier  dans  les  annotations  de 
Dalechamps  sur  un  chapitre  de  Paul  d’Égine, 
intitulé  . La  manière  d’inciser  la  peau  de  la 
teste,  dicte  des  Grecs , — Voyez 

Chir.  françoise  , p.  34  L’auteur  original  est 
ici  Celse , dont  Dalechamps  donne  la  tra- 
duction. 


subtil,  acre  et  chaud,  qui  leur  cause 
vne  perpétuelle  aspérité,  et  pour  peu 
de  chose  il  suruient  inflammation,  et 
quelquesfois  lippitude  ou  chassie,  et 
enfin  éraillement  des  yeux.  Or  lippi- 
tude n’est  autre  chose  qu’vne  ordure 
blanche  qui  leur  sort  des  yeux,  et 
quelquesfois  tient  les  paupières  join- 
tes ensemble,  et  tourmente  le  malade 
toute  sa  vie  : toulesfois  à d’aucuns  ce 
mal  est  curable,  et  quelquesfois  du 
tout  incurable. 

Premièrement  la  curation  est  inu- 
tile à ceux  qui  ont  ce  mal  d’enfance  : 
car  nécessairement  il  leur  dure  ius- 
ques  à la  mort. 

Semblablement,  ceux  qui  ont  gros- 
ses testes  pleines  d’humeurs  en  gua- 
rissent  difficilement  1 : quelquesfois 
la  fluxion  se  fait  par  les  veines  exté- 
rieures, et  autres  fois  par  les  intérieu- 
res, et  quelquesfois  par  toutes  deux. 
Et  si  la  fluxion  se  fait  par  les  vaisseaux 
inferieurs,  est  incurable  ou  difficile  à 
guarir  : si  par  les  extérieurs,  il  y a 
esperance  de  guarison  , en  faisant  les 
choses  vniuerselles  : puis  raser  toute 
la  teste,  et  appliquer  medicamens  as- 
tringents à fin  de  reserrer  les  veines, 
comme  l’emplastre  conlra  rupturam. 
Seront  aussi  appliquées  ventouses,  en 
faisant  frictions  par  derrière  : l’on 
pourra  appliquer  vn  seton  s’il  est  be- 
soin. Et  pour  les  remedes  topiques, 
on  vsera  du  collyre  d’eau  rose  et  de 
vitriol  en  petite  quantité.  Aucuns  ap- 
pliquent vn  cautere  actuel  au  som- 
met de  la  teste,  à tin  d’arrester  la 
fluxion  : ce  que  ie  loue  grandement  2. 

1 Corn.  Celsus.  — A.  P. 

2 Tout  ce  qui  précède,  à l’exception  du 
séton , se  retrouve  dans  Dalechamps , et 
Paré,  dans  toutes  les  éditions  revues  par 
lui-méme,  semblait  se  borner  au  rôle  de 
compilateur.  Ce  n’est  que  dans  la  première 
édition  posthume,  publiée  huit  ans  après  sa 


426  I.E  QVINZIÉME  LIVRÉ  , 


CHAPITRE  XIII. 

d’ophthalmie  L 

Ophlhalmie  est  vne  inflammation 
de  la  membrane  appelée  conionctiue , 
et  par  conséquent  de  tout  l’œil,  ac- 
compagnée souuent  de  douleur,  ron- 
geur et  chaleur.  Icelle  est  faite  de 
cause  primitiue,  comme  cheute,  coup, 
poudre , ou  sable  qui  peut  iaillir  aux 
yeux  : ou  d’antecedente,  comme  par 
vne  defluxion  d'humeurs  sus  la  mem- 
brane. 

Les  signes  suiuent  l’humeur  dont 
elles  sont  composées.  Si  c’est  le  sang, 
il  y aura  douleur,  rougeur,  chaleur 
et  decouloment  de  larmes,  et  semble 
au  maladequ’il  ayedusable  aux  yeux: 
bref  tous  signes  qui  suyuent  le  sang: 
et  ainsi  des  autres  humeurs,  comme 
nous  auons  dit  cy-dessus.  Si  elle  pro- 
uient  de  toule  la  teste,  on  sent  grande 
pesanteur  en  icelle  : et  s’il  y a grande 
douleur  et  inflammation  vers  le  front, 
c’est  signe  qu’elle  prouient  de  quel- 
que intemperature  qui  vient  de  la 
dure  mere,  ou  pericrane.  Lorsque  le 
malade  a volonté  de  vomir, c’est  signe 
qu'elle  prend  son  origine  de  l’esto- 
mach. 

Entre  toutes  les  inflammations , 
celles  des  yeux  sont  les  plus  doulou- 
reuses , et  pour  ce  plusieurs  désirent 

mort,  qu’on  lit  cês  mots  du  texte  que  j’ai 
mis  en  italique  : ce  que  ie  louë  grandement. 
Il  n’y  a cependant  aucun  motif  de  douter 
qu’ils  soient  de  lui. 

1 Je  ne  saurais  dire  exactement  où  Pafé  a 
pris  ce  chapitre  ; et  quand  on  l’aura  lu,  on 
jugera  sans  doute  que  cette  question  n’est 
pas  d’un  grand  intérêt.  La  doctrine  est  celle 
de  Guy  de  Chauliac  et  de  Vigo,  les  foi-mules 
je  ne  sais  à qui.  La  rédaction  est  de  1575. 


souuentesfois  la  mort,  pour  la  grande 
et  extreme  douleur  qu’ils  sentent , 
dont  souuent  les  yeux  sortent  hors  de 
leur  propre  lieu,  et  se  creucnt,  comme 
nous  dirons  cy-apres l. 

Pour  la  curation,  le  chirurgien  se 
proposera  trois  points.  Le  premier  est 
le  régime  de  viure.  Le  second  , eua- 
cuation  de  la  matière  antécédente.  Le 
troisième  est  application  de  medica- 
mens  topiques.  Le  régime  de  viure 
sera  modéré,  Cuitant  toutes  viandes 
vaporeuses  , et  vsera  de  celles  qui 
empeschent  les  fumées  de  monter  en 
haut.  Il  s’abstiendra  du  vin,  si  ce  n’est 
que  la  douleur  soit  causée  d’vn  hu- 
meur gros  et  visqueux,  comme  dit 
Galien  Le  second  point , qui  est  l’e- 
uaciiation  de  la  matière  ahtecedente, 
et  de  la  coniointe,se  fera  par  purga- 
tions et  phlébotomie  : semblablement 
les  ventouses  appliquées  sur  les  es- 
paules  auec  scarification  et  sans  sca- 
rification, sont  necessaires: ensemble 
les  frictions.  Et  si  la  fluxion  augmen- 
toit,  il  seroit  1res  expediebt  d’appli- 
quer vn  selon,  à fin  de  faire  euaciia- 
tion  et  deriuation  de  la  matière  anté- 
cédente. Pareillement  a près  les  choses 
vniuerselles,  Galien  recommande  fort 
l’apertion  des  veines  et  arteres  au 
front  et  temples,  à cause  que  souuen- 
tesfois le  sang  chaud  et  vaporeux 
remplitles  vaisseaux,  qui  causent  telle 
douleur.  Le  troisième  , qui  est  appli- 
cation de  medieamens  topiques , se- 
ront diuersifiés  selon  les  quatre  temps: 
car  au  commencement , lors  que  la 
matière  est  chaude,  les  repercussifs 
seront  grandement  profitables,  et  en 

1 Galien  , De  locis  affeclis.  — A.  P. 

2 Comm.  sur  l’yïph.  SI.  de  la  secl.  6. — A.  P. 
— L’édition  de  1575  porte:  comme  dit  Hip- 
pocrates, el  renvoie  au  47e  aphorisme  du  li- 
me VII. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRG1E. 


l’augment  les  repercussifs  et  aucune- 
mént  résolutifs4,  comme  : 

2f.  Aqu.  rosar.  et  plantaginis,  ana  § . O. 
Alb.  vnius  oui,  mueaginis  gummi  tra- 
gacanthi  §.  fi. 

Fiat  collyrium. 

Lequel  tiede  sera  mis  en  l’œil  , et 
par  dessus  on  appliquera  vne  petite 
compresse  trempée  en  ce  collyre  : 

Autre. 

2 C.  Mucag.  sem.  psillij  et  cydon.  extract,  in 
aqua  plant,  ana  3 . fi . 

Aqua  solaiii , et  lact.  mul.  anà  § . fi . 
Trochisc.  albi  rasis  9.  j. 

Fiat  collyrium. 

Duquel  vserezcOtnme  du  precedent. 
Et  on  appliquera  sur  le  front  et  aux 
temples  vn  tel  defensif  : 

2f.  Bol.  armen.  et  sang,  dracon.  mastic,  ana 
5-j-  fi- 

Alb.  vnius  oui , aquæ  rosarum  et  aceti 
ana  §.  j. 

Terebinth.  lotæ  et  olei  cydoniorum  ana 

B- j-  O- 

Fiat  defens. 

Ou  bien  en  lieu  d’iceluy  on  vsera 
de  l’onguent  de  bolo,  ou  emplaslre  de 
1 liachalcitcos , Oil  contra  ruptliram , dis- 
sout en  huile  de  myrtils,  et  vn  peu  de 
vinaigre.  Et  si  la  douleur  est  grande, 
on  appliquera  tel  cataplasme  : 

2f.  Medull.  pomor.  subcinerib.  coctor.  § . iij. 

Lact.  mul.  § . C. 

Fiat  cataplas. 

Lequelseraappliquésur  l’œil,  ayant 
mis  du  collyre,  et  renouüelé  soutient. 
Ou: 

2f.  Mucag. sem. psyllij et cydonior. ana 3 . fi. 
Micæ  panis  albi  in  lacté  infus.  3 . ij. 
Aquæ  rosar.  3 . fi . 
fiat  catÜpi. 

1 Galien,  13  méthode,  ch.  dernier.  — A.  P. 


427 

D’auanlage  pourras  vser  des  cata- 
plasmes cy  dessus  escfits  ü la  douleur 
de  phlegmon.  Aussi  le  Sang  de  tour- 
terelle, pigeon  ou  volaille  appaise 
grandement  la  douleur.  Semblable- 
ment les  bains  appdisént  la  douleur 
et  arrëslent  la  fluxion  , à cause  que 
par  sueur  se  fait  eiiacuation  de  tout 
le  corps.  En  l’estai  lors,  que  lés  dou- 
leurs seront  cessées  , on  vserà  de  tels 
rèmedes  : 

te.  Sarcoc.  nutr.  in  lact.  mul.  3.  j. 

Alocs  lotæ  in  aqua  rosar.  3 . ij. 
Trochisc.  alb.  ras.  3.  fi. 

Sacc.  cand.  5.  ij. 

Aquæ  rosar.  § . iij. 

Fiat  collyrium. 

Lequel  sera  appliqué  tiede  eii l’œil. 

Autre. 

2f.  Seminis  fœnic.  et  Icenugræci  ana  * . ij. 

Florum  camomill.  melilotiana  m.  G. 
Coquantur  iri  aqua  commun!  ad  § iij. 
Colaturæ  adde  : 

Tutiæ  præparatæ , et  sarcocollæ  nutritæ 
in  lact.  mul.  ana  3.  j.  6 . 

SücChar.  cand.  3.  fi. 

Fiat  collyrium  vl  artis  est. 

En  la  déclination,  on  fomentera  là 
partie  d’vue  décoction  carminatiiie , 
puis  sera  appliqué  ce  collyre: 

2f.  Sarcocol.  nut.  3.  ij. 

Aloës  lotæ  et  myrtil.  ana  3.  j. 

Aquæ  rosar.  et  cuphras.  ana  § ij. 

Fiat  collyrium  vt  artis  est  : vtatur  vt  dixi  1 . 


CHAPITRE  XIV. 

DE  L’OEIL  QVI  CUET  DEHORS  , 

dix  Proptosis. 

Il  y a vne  indisposition  nommée  en 
Grec  Proptosis,  Exilas  en  Latin,  /«- 

1 Pour  avoir  une  juste  idée  de  la  pratique 


428  LE  QV1NZIÉME  LIVRE, 


grossation  ou  prominence  eu  Français, 
qui  est  quand  l’œil  sort  hors  de  sa  ca- 
uité  par  trop  grande  repletion  de  ma- 
tière tombant  sur  les  yeux,  qui  se  fait 
par  un  grand  et  vehement  vomisse- 
ment , et  par  trop  crier  , et  aux  fem- 
mes par  labeur  d’enfanter,  ou  par 
trop  grande  resolution  des  muscles, 
ou  par  vne  douleur  extreme  de  teste. 

Et  quelquesfois  par  cestc  promi- 
nence ou  procidence,  la  veuë  se  perd 
du  tout,  et  l’œil  se  creue,  et  les  hu- 
meurs sortent  dehors.  Ce  quei’ay  veu 
véritablement  aduenir  à la  sœur  de 
Loysde  Billy  , marchand  drapier  de- 
meurant près  le  pont  saint  Michel  à 
Paris,  laquelle  eut  vne  si  extreme 
douleur,  inflammation  et  fluxion, 
que  les  yeux  lui  sortirent  hors  de  la 
teste  en  ma  presence1. 

La  cure  sera  diuersifiée  selon  les 
causes.  Et  apres  les  choses  vniuersel- 
les , on  appliquera  ventouses  sur  la 
nucque  du  col  et  sur  lesespaules: 
aussi  vn  selon  ou  cautere.  Et  poul- 
ies particulières,  l’œil  sera  comprimé 
auecques  compresses  imbues  en  dé- 
coction astringente,  cum  succo  acacia:, 
rosarum rubrai um,  fueilles  de  pauot, 
escorcesde  grenades,  fueilles  de  roses 
deiusquiame.  Et  aussi  desdites  choses 
on  pourra  faire  cataplasmes  auec  fa- 
rine d’orge,  et  autres  remedes  sem- 
blables. 

(le  Paré  , dans  les  cas  d’ophtalmie , il  est  es- 
sentiel de  comparer  ce  chapitre  au  chapi- 
tre 25  du  8e  livre  , intitulé:  Des  play  es  des 
yeux.  Voyez  ci-devant , p.  70. 

1 C’est  la  même  histoire  qu’il  avait  d’a- 
bord racontée  dans  le  traité  Des  play  es  de 
la  leste  de  1501  , et  qu’il  reporta  en  cet  en- 
droit en  1575.  Voyez  la  note  de  la  page  47 
de  ce  volume.  — Une  faute  d’impression  y 
a fait  mettre  Boys  de  Bailly  ; il  fallait  Boys 
de  Beilly.  Dans  ses  éditions  complètes  il  a 
changé  l’orthographe  de  ce  nom  , et  écrit 
de  billy. 


D'atrophie  de  l’Oeil. 

Il  y a vne  autre  maladie  contraire 
à la  prominence  de  l'Oeil , nommée 
Atrophie,  qui  est  priuation  de  nourris- 
sement,  de  façon  que  toute  la  sub- 
stance de  l’Oeil  est  aucunement  fletrie 
et  consommée,  auec  grande  angustic 
de  la  pupille.  L’Atrophie  sera  curée 
par  son  contraire.  Et  pour  le  parti- 
culier, on  fera  des  fomenlationschau- 
des  et  attractiues  , et  frictions  aux 
parties  proches,  et  autres  applica- 
tions de  choses  qui  reuoquent  le  nour- 
rissement  et  les  esprits  à la  partie. 

De  Chemosis. 

Chemosis  est  vn  mot  Grec , c’est 
quand  l’vne  et  l’autre  palpebre  sont 
renuersées  par  grande  inflammation, 
qu’à  grande  peine  peuuent  couurirles 
yeux,  ioint  aussi  que  la  Conionctiue 
est  beaucoup  plus  eminente  que  la 
Cornée,  et  est  rouge  et  non  blanche1. 

Les  causes  sont  antécédentes , et 
primitiues  : Antécédentes , comme 
multitude  d’humeurs  : Primitiues , 
comme  playe , contusion  , et  autres. 

La  cure  se  fera  selon  la  disposition 
qu’on  verra  eslre  délaissée  en  la  partie. 

De  l’aglutination  qui  se  fait  des  palpe- 
hrcs  l’vne  contre  l’autre. 

L’aglutination  des  palpebres  se  fait 
quelquesfois  par  nature,  c’est  à dire , 

1 Fuchsius  en  sa  méthode.  — A.  P.  — I.e 
livre  que  cite  Paré  est  sans  doute  le  Me- 
demli  methodus , sea  ratio  compendiaria  per- 
veniendi  ad  veram  solidamque  medicinam , 
publié  à Bâle  en  1541 , à Paris  en  1550.  Et 
peut-être  est-ce  là  la  source  ignorée  où  Paré 
a puisé  les  éléments  de  ce  chapitre  et  du 
précédent.  Je  n’ai  pas  eu  le  courage  de  le 
vérifier.  Je  remarquerai  , toutefois  , que 
cette  citation  appartient  sans  doute  à l’un 
des  collaborateurs  inconnus  de  Paré;  en 
effet,  je  ne  sache  pas  que  l’ouvrage  de  Fuchs 
ait  eu  une  traduction  française. 


OPÉRATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


429 


par  le  defaut  de  la  vertu  formatrice 
au  ventre  de  la  mere  ( comme  l’on 
voit  les  doigts  se  tenir  ensemble  , ou 
le  siégé,  ou  l’orifice  du  col  de  la  ma- 
trice) neanlmoins  que  les  yeux  soient 
bien  formés:  ce  qu’on  peut  voir  à la 
grosseur  de  l’œil  dedans  l’orbite,  et 
au  mouuement  de  l’œil.  Aucunesfois 
telle  chose  aduient  par  playe,  ou  par 
aduslion,  ou  par  aposteme,  anthrax, 
et  souucnt  par  la  petite  verolle  ou 
autres  causes. 

La  cure , c’est  de  mettre  la  queuë 
d’vne  espatule  entre  les  palpebres , la 
leuant  en  haut  (de  peur  de  toucher 
la  substance  de  l’œil),  puis  faire  inci- 
sion auecques  vne  lancette  courbée  , 
et  séparera -on  les  paupières  l’vne 
d’auecques  l’autre.  Et  sera  la  playe 
traitée  ainsi  qu’il  appartient.  Et  se 
faut  donner  garde  que  de  reclief  ils 
ne  se  r’aglutinent , qui  se  fera  y ap- 
pliquant un  peu  de  linge  délié,  et  mé- 
dicaments propres  entre  deux  , ius- 
ques  à ce  que  la  cicatrice  soit  faite  '. 


CHAPITRE  XV. 

DE  VNGVLA2. 

Autre  indisposition  vient  aux  yeux, 
appelée  Vngula , qui  est  une  excrois- 
sance de  chair  membraneuse 3,  qui 
peu-à-peu  croist  sur  la  conionctiue  , 
prenant  son  origine  le  plus  souuent 
du  grand  angle  de  l’œil,  et  quelques- 


fois  du  petit  : aucunesfois  couure  en- 
tièrement la  conionctiue,  et  autresfois 
portion  delà  cornee,  et  aucunesfois  la 
pupille,  qui  fait  que  le  malade  ne  voit 
goutte.  Autres  ne  sont  en  leur  milieu 
nullement  adhérantes  contre  la  con- 
ionctiue : de  façon  qu’on  peut  mettre 
vne  petite  sonde  entre  deux'.  Aucu- 
nes sont  de  couleur  rouge  , citrine  , 
brune,  les  autres  blanches. 

Leurs  causes  sont  primiliues , com- 
me coups,  cheulles  et  autres:  aussi 
peuuent  venir  des  antecedentes,  com- 
me fluxions  qui  se  font  sur  les  yeux. 

Les  signes  seront  connus  des  choses 
prédites1 2.  L’ongle  qui  est  grosse,  lar- 
ge, et  fort  attachée  à la  conionctiue , 
est  difficile  à guarir  : si  elle  couure 
entièrement  la  pupille  ,1e  Chirurgien 
n’y  doit  toucher  : caria  cicatrice  qui 
demeureroit  apres  ne  permettroit  la 
faculté  animale  visuelle  reluire  au 
trauers.  Icelles  sont  souuent  accom- 
pagnées d’ophthalmie,de  démangeai- 
son ou  cuison , auec  douleur  lar- 
moyante, et  tumeur  des  paupières. 

Or  quant  à la  curation  , au  com- 
mencement faut  vser  de  bon  régime 
de  viure , estre  purgé , saigné  , prin- 
cipalement s’il  y a grande  inflamma- 
tion 3.  Et  pour  les  medicamens  to- 
piques , afin  de  consommer  icelle 
excroissance  et  prohiber  l’augmen- 
tation , on  mettra  souuent  dans  l’œil 
de  nostre  collyre  de  vitriol,  descrit 
au  chapitre  des  Playes  des  yeux4 5  : et 
si  pour  tel  remede  ne  laisse  à prendre 


1 Ce  dernier  article  existant  déjà  en  1575, 
a été  reporté  presque  en  entier  en  1579  au 
chapitre  10,  et  fait  conséquemment  double 
emploi  Voy.  ci-dcvant  les  notes  de  la  p.  423. 

2 Ce  chapitre  et  le  suivant  sont  presque 

textuellement  extraits  du  traité  Des  playes 

de  la  teste,  publié  en  1561,  fol.  239  et  suiv. 

5 L’édition  de  1561  dit:  de  chair  fibreuse 
et  membraneuse. 


1 Cette  phrase  a été  ajoutée  en  1575. 

2 L’édition  de  1561  se  bornait  à cette 
phrase  unique  pour  la  symptomatologie;  le 
reste  du  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 

3 Édition  de  1561  : estre  purgé  , seigné  , s'il 
est  besoin. 

4 Voyez  ci-dessus,  page  78  , la  formule 
qui  commence  ainsi  : Faites  durcir  vn  œuf 
frais,  etc.  L’édition  de  1561  répète  ici  la 


43 O LE  QYÏNZIÉME  LIVPE, 


croissance,  ou  qu’on  eust  esté  appelé 
au  commencement , de  sorte  qu’elle 
fust  confirmée,  la  cure  sera  faite  par 
operation  manuelle,  comme  s'ensuit. 

Ayant  situé  le  patient  sur  vu  banc 
à la  renuerse,  à demy  couché,  et  tenu 
ferme  par  un  seruiteur1,  luy  faut  ou- 
urir  les  paupières,  et  les  tenir  stables 
par  l’instrument  dit  Spéculum  oculi, 
escrit  au  chapitre  des  Play  es  des  yeux 2. 
Lors  le  Chirurgien  eleuera  et  suspen- 
dra en  haut  l’Vngula  par  son  milieu  , 
aueccertaiuspetitscrochels:  et  l’ayant 
esleuée,faut  passer  une  aiguille  enfi- 
lée de  fil  vni  entre  la  Conionctiue  et 
l’Vngula  : puis  sera  osté  le  crochet , 
et  esleuée  l’Vngula  en  haut  par  le 
fil,  puis  commencera  à la  séparer 
doucement  , commençant  vers  son 
origine,  auec  vne  petite  Bistorie,  ius- 
ques  à son  extrémité,  en  se  donnant 
bien  garde  de  toucher  la  substance 
de  la  Conionctiue  ou  Cornée. 

Les  figures  des  crocheis , aiguille  , et  historié 
sont  telles  5 , 


même  formule , toutefois  avec  quelques  mo- 
difications: au  lieu  d'un  scrupule  de  vitriol, 
elle  en  prescrit  un  gros  ; elle  espraint  l’œuf 
dans  un  linge  bien  blanc,  auec  une  petite  por- 
tion d’eau  de  forge  , et  elle  met  de  la  liqueur 
dans  l’oeil  sans  y ajouter  de  la  décoction 
de  sumach  et  de  roses  rouges.  Tout  cela  est 
assez  peu  important. 

1 Édition  de  1561  : par  vn  bon  ministre. 

2 Voyez  ci-devant,  page  76. 

3 Ces  instruments  semblent  appartenir  à 


Puis  sera  coupée  auec  ciseaux  , et 
sera  appliqué  dans  l’œil  albumen  oui 
cum  aqua  rosarum,e t sera  souuent 
renouuellé  cestuy  remede.  Aussi  faut 
que  le  patient  ouure  et  remue  sou- 
uent son  œil,  de  peur  que  la  palpebre 
ne  se  coalesce  contre  la  partie  d'où 
ou  aura  tiré  l’Vngula1. 

Aucuns  praticiens  font  qu’en  lieu 
de  séparer  l’Vngula  auec  la  Bjstorie  , 
prennent  le  tuyau  d’vne  plume  d’oye 
bien  accoustrée,  tranchante  et  polie: 
les  autres  la  séparent  auec  un  poil 
de  queue  de  cheual:  et  quand  elle 
sera  séparée , la  faut  couper  auec  la 
pointe  de  ciseaux  déliés  et  bien  tpan- 
chans , en  se  gardant  expressément 
de  toucher  à la  glandule  qui  est  au 
grand  Canthus,  pource  que  si  elle 
estoil  coupée,  son  vsage  sepoit  perdu, 
et  le  patient  ietteroit  larmes  toute  sa 
vie. 

Or  luy  ayant  coupé,  faut  mastiquer 
sel  commun  et  du  cumin,  et  le  mettre 
dans  l’œil,  de  peur  que  la  paupière 
ne  se  reprenne  à l’endroit  d’où  on 
aura  amputé  l’Vngula.  On  pourra 
mettre  par  dessus  l’œil  des  repercus- 
sifs  escritsaux  Playesdes  yeux,  pour 
euiter  l'inflammation  et  autres  acci- 
dens. 

Paré,  du  moins  quant  à la  forme,  car  le  pro- 
cédé auquel  ils  sont  destinés  avait  été  dé- 
crit par  les  arabistes  et  même  par  les  an- 
ciens. Les  Grecs  avaient  un  scalpel  spécial 
qu’ils  appelaient  ptérygotome.  Voyez  Paul 
d’Eginc,  liv.  VI  , ch.  18. 

1 Pourquoy  faut  que  le  malade  ouure  et 
ferme  souuent  l'œil.  — A.  P.  — Cet  avis , re- 
jeté dans  les  notes  marginales  dans  toutes 
les  éditions  complètes , faisait  partie  du 
texte  dans  celle  de  1561.  On  lisait  donc, 
entre  l’avant-dernière  phrase  du  chapitre 
et  la  dernière  : 

Aussi  pour  ceste  cause  faut  commander  au 
patient  qu'il  remue  souuentesfois  l’œil  iusques 
à ce  que  la  cicatrice  soit  faite. 


OPERATIONS  J)p  CHIRVRGIE. 


43  1 


CHAPITRE  Xyi. 

DES  FISTVLES  LACRYMALES,  APPELÉES 

des  grêcs  Ægylops  '. 

Au  grand  coin  de  l’Oeil  il  y a vne 
glande  faite  de  Nature,  pour  receuoir 
et  contenir  vne  humidité  pour  lubri- 
fier et  humecter  l’œil , à fin  qu’il  ne 
fust  par  ses  mouuemens  desseiché: 
ce  que  nous  auons  assez  demonstré 
cy  dessus  en  l’Anatomie  de  ceste  par- 
tie. Or  ceste  glandepar  fluxions  phleg- 
moneuses  ou  par  matière  catarreuse 
et  pituiteuse  tombant  du  cerueau  , 
s’aposteme  et  vlcere  , et  quelquefois 
se  dégénéré  en  fistule,  et  par  quelque 
temps  se  fait  carie  en  l’os. 

Aucunes  desdites  fistules  sont  ou- 
uertespar  dehors,  principalement  la 
phlegmoneuse  : les  autres  par  dedans, 
qui  se  fait  de  matière  catarreuse , de 
sorte  qu’il  n’appert  aucune  ouuerture 
par  dehors,  fors  vne  tumeur  de  gros- 
seur d’vn  pois  : et  lors  qu’on  presse 
dessus , on  fait  sortir  vne  sanie  se- 
reuse  et  rousse,  autresfois  blanche  et 
visqueuse  par  le  coin  de  l’œil , ou  par 
dedans  le  nez  : aucuns  iettent  ladite 
sanie  continuellement  : les  autres  sont 
vn  mois  ou  plus  sans  rien  ietter  , qui 
est  le  propre  d’aucunes  fistules. 

Les  vieilles  fistules  lacrymales  sont 
cause  de  rendre  l’œil  atrophié,  et 
puante  haleine  , et  quelquefois  de 
faire  perdre  du  tout  l’action  de  l’œil: 
parquoy  est  besoin  que  le  patient  ap- 
pelle conseil  tant  du  Médecin  que  du 


Chirurgien  , pour  obuier  à tpls  acci- 
dens. 

Pour  la  curation  , il  faut  que  les 
choses  vniuersellcs  precedent  lespar- 
ticulieres.  Donc  si  l’vlcere  n’est  assez 
ample,  sera  appliqué  dedans  tentes 
d’esponge  : et  pour  corriger  et  con- 
sumer la  chair  superflue  de  ladite 
glande,  on  appliquera  dextrement  au 
profond  , inedicamens  catberetiques , 
comme  poudre  de  vitriol  calciné,  ou 
de  mercure , eau  forte  , huile  de  vi- 
triol1, ou  vn  petit  cautere  potentiel. 

Et  si  tels  remedes  ne  profitent , cl 
qu’il  y eust  carie  en  l’os , et  que  le 
patient  voulust  endurer,  on  doit  vser 
de  cautere  actuel,  lequel  ie  loué  plus 
que  le  potentiel,  pource  que  son  ope- 
ration est  plus  prompte  et  seure  : et 
puis  bien  asseurer  qu’à  plus  eurs  l’ay 
appliqué  auec  heureuse  issue.  En  tel 
cas  aucuns  praticiens  veulent  que  le- 
dit cautere  soit  d’argent,  les  autres 
d’or,  pource,  disent-ils,  que  tels  mé- 
taux sont  plus  excellens  que  le  fer  : 
mais  quant  à moy,  ie  n’y  trouue  au- 
cune raison  : parce  que  c’est  tousiours 
le  feu  qui  opéré,  et  non  la  matière  des 
cautères.  Que  s’il  est  question  d’esfre 
si  cérémonieux  pour  le  choix  desdils 
métaux  : ie  trouue  par  raison  le  fer 
plus  propre  à telle  operation  qu’au- 
cun autre  , de  tant  qu’il  est  plus  as- 
tringent et  dessiccatif  que  ny  l’or  ny 
l’argent,  pource  qu’il  est  plus  terres- 
tre, comme  l’effet  le  monstre  és  eaux 
qui  pas; en t par  les  mines  de  fer2. 

La  figure  du  cautere  doit  estre  de 
figure  triangulaire,  et  vn  peu  aigu  en 


1 Ce  chapitre  se  trouve  à la  suite  du  pré- 
cédent dans  le  traité  Des  playes  de  la  leste, 
fol.  242.  Du  reste,  il  ne  contient  pour  ainsi 
dire  rien  de  propre  à l’auteur,  hors  peut- 
être  la  plaque  pour  préserver  l’oeil  de  l’ac- 

tion du  cautère. 


1 Huile  de  vitriol  est  siccutiue , et  fort  as- 
tringente. — A.  P.  — Cette  note  vient  de  l’é- 
dition de  1561,  et  a été  conservée  dans  les 
éditions  complètes. 

2 La  dernière  phrase  de  ce  paragraphe  y 
a été  ajoutée  en  1579. 


432  LE  QVINZ1ÉME  LIVRE, 


son  extrémité,  à fin  que  plus  promp- 
tement il  face  son  effet.  Et  alors  qu’on 
l’appliquera,  on  doit  bander  l’œil  sain, 
de  peur  que  le  malade  ne  voyele  feu  : 
et  luy  sera  tenu  la  teste  ferme,  de  peur 
qu’il  ne  la  tourne  de  coslé  ny  d’autre. 
Et  sur  l’œil  fistule,  sera  appliqué  vne 
piece  de  fer  , laquelle  se  cambre  se- 
lon la  cauité  du  grand  canthus  de 
l’œil1.,  en  laquelle  il  y aura  un  trou 
qui  sera  posé  à l’endroit  de  la  fistule, 
par  lequel  on  appliquera  le  cautere  : 
ce  faisant  on  ne  touchera  nulle  autre 
partie  que  l’endroit  qu’on  veut  cau- 
tériser. Et  d’abondant , sert  pareille- 
ment de  clorre  entièrement  l'œil , de 
peur  que  le  patient  n’apperçoiue  ledit 
cautere:  la  figure  duquel  est  telle 
auec  la  piece  de  fer. 


* Ces  mots,  laquelle  se  cambre,  etc.,  man- 
quent dans  l’édition  de  1601  ; toutefois  la 
figure  de  la  plaque  est  toujours  restée  la 
même. 


D’auantage  le  Chirurgien  aussi  aura 
esgard  que  lors  qu’il  appliquera  le 
cautere,  ou  fera  quelque  autre  grande 
œuure  de  Chirurgie , comme  couper 
vn  bras  ou  autre  partie  du  corps, 
ou  faire  quelque  ouuerture , et  gé- 
néralement toute  operation  cruel- 
le, jamais  ne  doit , s’il  est  possible, 
permettre  y assister  aucuns  des  pa- 
rens  et  amis  du  malade  , fors  seule- 
ment les  seruiteurs,  ou  ceux  qui  puis- 
sent bien  ratiociner  et  entendre  que 
telles  actes  se  font  selon  l’art,  à fin 
de  luy  donner  aide  et  secours  pour  la 
guarison  de  sa  maladie.  Car  ceux  qui 
portent  folle  amitié  au  patient,  et  qui 
peu  ratiocinent , tant  s’en  faut  qu’ils 
donnent  louange  à ton  œuure,  qu’au 
contraire  la  vitupéreront , et  l’appe- 
leront  non  Chirurgien  , mais  bour- 
reau : pource  que  la  science  n’est  ia- 
mais  contemnée  si  ce  n’est  par  gens 
ignares,  empiriques , et  sans  raison. 

Or  apres  auoir  deuëment  appliqué 
ledit  cautere  , mettras  dans  l’ouuer- 
ture  et  sur  l’œil  et  parties  voisines , 
blancs  d’œufs  agités  eu  eau  rose , 
plantain  et  morelle:  et  sera  le  patient 
posé  au  lit  ou  en  vne  chaire  la  teste 
vnpeu  haute,  et  sera  renouuellé  ledit 
remede  subit  qu’il  commencera  à se 
desseicher.  Puis  sera  procuré  la  cheu- 
le  de  l’escarre,  auec  vn  peu  de  beurre 
frais  : laquelle  estant  tombée,  sera 
l’vlcere  mondiliée,  puis  incarnée,  et 
cicatrisée  selon  l’art.  Et  où  l’os  sera 
trouué  estre  carié  , seront  appliqués 
remedes  propres  aux  caries  des  os, 
lesquels  déclarerons  cy  apres1. 

1 Après  le  chapitre  qu’on  vient  de  lire  , 
l’édition  de  1561  contenait  un  passage  qui 
ne  se  retrouve  pas  dans  les  éditions  com- 
plètes; le  voici  : 

« Et  pour  dire  en  somme  des  dispositions 
de  l’œil , il  s’y  fait  inflammations,  fluxions, 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


. CHAPITRE  XVII. 

DV  STAPHYLOME1. 

Staphylome  , est  vne  tumeur  de  la 
cornée  de  l’œil  auec  l’vuée,  qui  vient 
à cause  d’vne  defluxion  ou  vlcere 
faite  en  l’œil  : la  cornée  estant  relas- 
chée  ou  poussée  en  dehors  , par  vnc 
pustule  engendrée  au  dessous.  Iceluy 
ressemble  à vn  grain  de  raisin  , en  sa 
figure  et  rondeur , au  reste  quelques- 
fois  estant  de  couleur  noire , quel- 
quesfois  blanche.  Or  si  la  cornée  est 
vlcerée  et  corrodée  , de  sorte  que  la 
tunique  vuée  sorte  par  l’vlcere  , la 
couleur  du  Staphylome  sera  noire, 
semblable  à vn  grain  de  raisin  noir 
( pource  que  la  membrane  vuée  est 
en  son  extérieure  partie  noire),  qui 
s’apparoist  quand  la  cornée  est  rom- 
pue. Et  lors  que  la  cornée  n’est 
que  relaschée  et  non  rompue,  le  Sta- 
phylome est  bianchastre  comme  vn 
raisin  qui  n’est  encore  meur  2. 

apostemes  et  pus,  au  milieu  des  deux  faces 
de  la  cornée,  qui  fait  quelquefois  une  exu- 
bérance de  grosseur  d’vn  pois , causée  le 
plus  souuent  de  la  petite  verolle,  qui  rend 
le  patient  difforme  : aussi  vlceres,  macules 
ou  taches  et  cicatrices , lesquelles  s’elles  sont 
à l’endroit  de  la  pupille,  et  vieilles  et  en- 
durcies, la  veué  est  abolie,  à raison  que 
l’esprit  animal  visuel  ne  peut  reluire  au 
trauers.  » Fol  245,  verso. 

Ce  n’est  guère  qu’une  énumération  ; mais 
dans  cette  énumération  étaient  compris  les 
abcès  de  la  cornée,  dont  l’auteur  n’a  plus 
parlé  depuis. 

' Ce  chapitre,  qui  date  de  1575,  est  une 
fort  courte  analyse  des  annotations  de  Da- 
lechamps  sur  le  19“  chapitre  de  Paul  d’E- 
gine.  Cilir.  françoise , p.  84  et  suivantes. 

2 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée  en 
1579. 


433 

Les  anciens  en  ont  fait  plusieurs 
différences1.  Premièrement  s’il  y a 
petile  ouueiture  à la  cornée,  là  où 
l’vuée  apparoistra  , est  lors  appelé 
teste  de  mouche  : et  quand  elle  est  plus 
ouuerle,  et  semble  dure  et  calleuse, 
sera  appelée  teste  de  clou  : et  si  elle  est 
d’auantage  ouuerte,  sera  dit  grain  de 
raisin. 

Et  en  quelque  sorte  que  ce  mal  ad- 
uienne,il  apporte  deux  inconueniens 
et  dangers  : l’vn  de  perdre  et  détruire 
LTVeuë  : l’autre  de  gaster  et  défigurer 
le  visage.  La  Chirurgie  y sert , non 
pour  restituer  la  vue,  car  elle  est  ja 
perdue  , mais  seulement  pour  embel- 
lir l'œil , ce  qui  se  fera  en  coupant  ce 
qui  est  trop  eminent:  toutesfois  se 
faut  donner  garde  de  faire  trop  grande 
ouuei  ture , que  les  humeurs  ne  tom- 
bent dehors. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  L’OEIL  PLEIN  DE  MATIERE  PVRVLENTE, 
DIT  HYPOPYON  2. 

ïl  se  fait  souuentes  fois  du  pus  entre 
la  cornée  et  l’vuée:  ce  qui  aduient 
ou  de  cause  interne  , ou  externe  : de 
cause  interne,  comme  de  quelque 
fluxion,  et  souuent  apres  vne  grande 
inflammation  : de  cause  externe,  com- 
me de  quelque  coup  , de  façon  que 
quelque  vaisseau  se  rompt  : puis  le 
sang  estant  hors  de  ses  vaisseaux  , se 
pourrit. 

Pour  la  curation  on  doit  (les  choses 

■ A.  Paré  cite  ici  en  marge  Aèce  et  Paul; 
c’est  évidemment  un  emprunt  fait  à Dale- 
champs. 

2 C’est  encore  Dalechamps , ouvr.  cité , 
p.  92,  qui  a fourni  le  titre  et  les  principale* 
idées  de  ce  chapitre. 


11. 


28 


LE  QVINZIÉME  LIVRE, 

rniuerselles  premia*)  appliquer  veu-  | Celle  qui  est  naturelle  vienUe  ta».- 
i n/ifinSfipQiimK  pnsom 


touses  et  faire  scarifications , ensem- 
ble des  frictions  de  haut  en  bas,  à fin 
que  l’autre  œil  par  consentement  ne 
souffre,  et  appliquer  collyres  sédatifs 
de  douleur  et  résolutifs.  Galien  dit 
auoir  fait  vacuation  de  ceste  matière 
purulente  en  incisant  la  cornée  quel- 
que peu  au  dessus  de  l’Iris  , qui  est 
le  lieu  où  toutes  les  tuniques  se  ioi- 
gnent  ensemble1  : ce  que  i’ay  fait  en  la 
présence  de  laques  Guillemeau,  chi- 
rurgien iuré  à Paris , auec  heureuse 


qui  cai  uuiuiv.av  • 

tiuilé  , et  ne  se  peut  reparer  : celle 
qui  se  fait  par  accident  est  double,  à 
sç auoir , qui  vient  de  cause  anteie- 
denté , et  l’autre  de  primitiue.  Celle 
de  cause  antecedente  vient  par  vno 
defluxion  du  cerueau  ; la  cure  de  la- 
quelle se  fera  par  le  docte  et  prudent 
médecin. 

A celle  qui  vient  de  cause  primi- 
tiue , comme  pour  vn  coup  , cheute , 
ou  contusion  faite  à l’œil,  y conuient 
soudain  appliquer  dessus  choses  ic- 

. - 1 H/v.iloiir  pf 


ISSU  C 

et  vuidé  la  matière,  on  mondilieia 
l’vlcere  auecques  eau  miellée  , ou 
autre  chose  semblable. 


r poris  aupc  heureuse  souüain  appliquer  uc^u^ 

rUs^nEt  ayant  fait  ceste  ouuerture,  percussiues,  et  appaiser  la  douleur,  et 

i ! f-  la  ma  tie  e on  mondiüera  prohiber  la  fluxion  par  bon  régime  de 

P.t  vuide  la  matieie,  on  m , pblcbotomie , ventouses , fric- 

tions, et  autres  choses  que  l’on  verra 
estre  vtiles  : puis  apres  on  vsera  des 
remedes  résolutifs , comme  du  sang 
de  tourterelle,  pigeon,  ou  de  quelque 
volaille  , et  l’appliquer  tout  chaud , 
tant  dedans  l'œil  que  dehors , et  sus 
l’œil  et  aux  parties  voisines  tel  cata- 
plasme. 


CHAPITRE  XIX. 

DE  LA  DILATATION  DE  LA  PVPILLE,  AP- 
PELLÉE  DES  ANCIENS  MÏDRIASIS  . 

Mydriasis,  selon  les  anciens,  est  di- 
latation delà  pupille  de  l’œil,  laquelle 
se  fait  naturellement  ou  par  accident. 

i Galien,  Un.  14  de  la  Méthode,  chap. 
dernier.  - A.  P.  - H est  essentiel  d'expli- 
quer l’idée  de  Galien  ; il  a incisé  la  cornée 
dans  sa  partie  inférieure , au-dessus  de  son 
union  avec  l’iris  et  la  sclérotique. 

a On  lit  à ce  sujet  dans  les  OEuvres  de 
Guillemeau,  édition  de  1649,  page  781 . 
Ce  que  i'ag  veu  pratiquer  auec  bon  succès  a 
monsieur  Paré,  premier  chirurgien  du  roy , 
ci  faire  l’operation  aussi  doctement  qu  il  se 
pouuoit,  encore  qu’il  fust  aagé  de  soixante  et 
douze  ans  : l’ayant  à son  imitation  ueptus 
pratiqué  par  deux  fois  sans  qu’il  soit  suruenu 
aucun  aecident  au  malade,  mais  plustost  grand 

toulagcment. 

Évidemment,  Paré  n’ava.t  pas 72  ans  lors- 
qu’il écrivit  ce  chapitre  en  1675. 

* Ce  chapitre  est  puisé  en  partie  dans  1 ou- 
vrage de  Jean  deVigo,  liv.  4,  tr.  2,  chap.  8. 


■2f.  Far.  fab.  hord.  ana  g . iiij. 

Olei  rosar.  et  myrtil.  ana  g.  j-  £>• 

Pul.  ireos  Florent.  3.  ij. 

Cum  sapa , fiat  catapl. 

D’auantage  on  vsera  de  ceste  fo- 
mentation. 

■ij..  Ros.  rub.  myrtill.  ana  m.  j. 

For.  melil  et  camomil.  ana  p.  j. 

Nucum  cuprcssi  g.j. 

Vini  austeri  1b.  G . 

Aquæ  rosar.  et  plantag.  ana  g iij* 

Fiat  omnium  decoct.Pro  fotu,  cum  spongia  . 
Ægineta,  lit».  3.  de  Re  medica,  loue 

i Telle  fomentation  a vertu  de  réduire  la 
paupière.  — A.  P.  — Je  pense  qu’il  faudrait 
lire  ici  la  pupille  , bien  que  la  paupière  se 
trouve  dans  toutes  les  éditions.  F.n  effet , ces 
formules  sont  imitées  de  celles  de  Vigo , qui 
leur  attribue  pour  effet  la  réduction  de  la 
pupille. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


pourceste  affection  l’eau  marine,  et 
en  deffaut  la  saumure.  Ætius  apres 
luy  en  dit  le  mesme,  Actuarius  aussi, 
Gourdon  et  de  Vigo  l’approuuent  *. 


CHAPITRE  XX 

DES  CATARACTES2. 

Or  quelquesfois  aussi  par  coup,  ou 
cheute , et  autres  causes , sont  faites 
cataractes,  desquelles  ie  traiteray  en 
ce  lieu,  le  plus  bref  qui  me  sera  pos- 
sible. 

Cataracte  est  autrement  appelée 
des  Grecs  Hijpochyma , des  Latins  Su f- 
fusio 3 , et  du  vulgaire  Maille.  Or  il  ne 
faut  icy  disputer  des  noms , mais  que 
la  chose  soit  entendue.  Parquoy  di- 
sons que  cataracte  n’est  autre  chose 
qu’vne  taye  ou  petite  peau,  qui  ! aist 
sous  la  tunique  cornée,  à l’endroit  de 
la  pupille  ou  prunelle  de  l’œil , na- 
geant sur  l’humeur  aqueux  : à la  dif- 
férence des  taches,  macules,  et  cica- 
trices qui  sont  dessus  ladite  cornée. 
Aucunesfois  la  pupille  en  est  du  tout 
couuerte  , et  aucunesfois  seulement 
à moitié , et  quelquesfois  n’y  a que 
bien  petite  portion  d'icelle.  Et  selon 
icelles  différences,  l’action  de  l’œil  est 

1 Ce  dernier  paragraphe , si  riche  en  cita- 
tions, ne  se  lit  pour  la  première  fois  que 
dans  l'édition  posthume  de  169S.  Il  n’y  a 
cependant  nulle  raison  de  croire  qu’il  n’ap- 
partienne point  à Paré. 

2 Nous  revenons  ici  au  texte  du  traité 
Des  play  es  de  la  texte  de  1561;  tout  ce  qui 
regarde  l’histoire  de  la  cataracte  y était  traité 
avec  de  grands  détails  du  fol.  230  jusqu’au 
239  ; et  ce  texte  n'a  subi  que  de  légères  mo- 
difications, que  nous  signalerons  chemin 

i faisant. 

* L’édition  de  1561  ajoute  ici  : et  des  Ara- 
bts  cataracte. 


435 

deprauée  et  empeschée,  ou  du  tout 
perdue  et  abolie  : à raison  que  l’es  • 
prit  animal  visuel  ne  peut  reluire  au 
trauers  d’icelle  taye. 

Les  causes  sont  extérieures  ou  in- 
térieures. Les  exlerieures , comme 
coups  ou  cheutes  , ou  auoir  eu  trop 
grande  chaleur  ou  froideur  à la  teste, 
qui  auroient  causé  quelque  douleur 
et  fluxion  aux  yeux.  Les  intérieures 
sont  grosses  vapeurs  et  fumées  ele- 
uées  de  Festomacli 1 ( par  faute  de 
bonne  digestion  ) au  moyen  d’auoir 
vsé  indeu  m<  nt  de  grosses  viandes, 
vins  forts,  et  generalement  toutes 
choses  vaporeuses,  dont  sont  faites 
grosses  vapeurs  et  fumées  corrom- 
pues, qui  montent  de  l’estomach  au 
cerueau  : puis  descendent  aux  yeux 
par  quelque  espace  de  temps , les- 
quelles se  liquéfient  et  fondent  en 
humeur  visqueux,  puis  se  condensent 
et  congèlent  par  la  froideur  des 
membranes,  ainsi  que  voyous  en  la 
génération  de  la  glace. 

Les  signes  peuuent  estre  pris  de  la 
description  prédite,  parce  qu’on  voit, 
principalement  lorsqu’elle  est  confir- 
mée, vne  taye,  membrane,  ou  petite 
peau  sur  la  pupille.  laquelle  est  quel- 
quesfois blanche,  noire,  celeste,  cen- 
drée ou  liuide,  cilrine,  verde,  et  quel- 
quesfois ressemblant  à argent  vif,  qui 
pource , se  monstre  forl  mouuante 
entre  toutes  les  autres.  Toutes  les- 
quelles sont  ainsi  colorées  selon  la 
diuersité  de  l’humeur  dont  elles  sont 
faites. 

Du  commencement  que  la  cata- 
racte se  forme,  il  semble  au  patient 

1 Les  vapeurs  qui  s'esleuent  de  l’estomac 
montons  aux  yeux,  causent  les  cataractes , et 
selon  leurs  qualilez  et  subslunces  sont  diuerse- 
ment  colorées.  — A.  P.  — Celte  noie  margi- 
nale se  lit  déjà  dans  l’édition  de  1561. 


LF,  QVINZIÉME  LIVRE, 


43  fi 

voir  en  l’air  petites  inousches,  poils, 
rets , et  autres  diuerses  choses  qui 
montent  et  descendent  , et  qu’vne 
chose  soit  deux  : aussi  que  la  lumière 
et  caractères  ou  images,  luy  semblent 
plus  petites  qu’ils  n’auoient  accous- 
tumé , à cause  que  la  faculté  animale 
visuelle  ue  peut  deuément  reluire , 
pour  l’obscurité  que  fait  la  taye  : ainsi 
que  font  les  nuées,  lesquelles  empes- 
chent  la  lumière  du  soleil  et  de  la 
lune  reluire  sur  la  lerre.  Pareillement 
lors  que  la  cataracte  est  en  son  ac- 
croissement , le  patient  voit  moins  en 
plein  iour  que  vers  le  soir,  parce  que 
le  iour  estant  en  sa  grande  lumière, 
résout  et  dissipe  l’esprit  visuel.  Et 
pour  ceste  cause,  les  simulacres,  ima- 
ges et  caractères  , semblent  plus  pe- 
tits en  plein  iour  que  vers  le  soir  : à 
raison  que  l’esprit  animal  visuel  se  for- 
tifie lors  que  le  iour  n’est  en  sa  grande 
clarté. 

D’auantage,  si  la  cataracte  n’oc- 
cupe qu’vne  portion  de  la  pupille  , 
alors  le  patient  voit  choses  obscures 
et  de  diuerses  formes,  comme  de  crois- 
sants ou  fenestres  oblongues , et  au- 
tres corps  fantastiques.  Car  si  la  taye 
occupe  le  centre  de  la  pupille,  tous 
obiels  qui  se  présenteront  a luy  luy 
sembleront  eslre  fenestres  , estimant 
que  ce  qu’il  ne  voit  point  du  milieu 
des  obiets.estre  comme  ouuertures  en 
iceux.  Au  contraire,  si  elle  occupe  la 
moitié  de  la  pupille , il  ne  verra  et 
discernera  que  la  moitié  des  obiels, 
n’ayant  l’vsage  libre  que  de  la  moitié 
de  l’humeur  crystalin  1 : comme  aussi 
quand  elle  couure  du  tout  la  pupille, 

1 Les  deux  phrases  qui  précèdent , depuis 
ces  mots  : car  si  la  laye , etc. , manquent 

dans  la  petite  édition  de  1501 , et  même  dans 
la  première  édition  complète;  on  les  trouve 

pour  la  première  fois  dans  celle  de  1579. 


et  qu’elle  est  confirmée,  ne  peut  plus 
rien  discerner  de  sa  veuë,  forsquelque 
lueur  du  iour  et  de  la  lune  etestoiles, 
ou  de  la  chandelle  : toutesfois  sans 
rien  pouuoir  discerner  l. 


CHAPITRE  XXL 

CVRE  DES  CATARACTES. 

La  cure  des  cataractes  qui  com- 
mencent à se  former,  se  fera  en  or- 
donnant au  patient  son  régime , 
euitant  vins  forts  et  viandes  qui  en- 
gendrent suc  phlegmatique  et  grosses 
vapeurs,  et  generalement  toutescho- 
sesaiguës,  comme  saleures,espice  ries, 
ails,  oignons,  moutarde,  pois,féues, 
nauets,  chastaigries,  et  leurs  sembla- 
bles : et  principalement  le  coït  immo- 
déré, qui  en  tel  cas  est  fort  contraire. 
Son  pain  sera  fait  auec  fenoil,  pource 
qu’il  a vertu  de  clarifier  la  veuë , et 
prohiber  les  vapeurs  de  monter  en 
haut,  les  dissipant  en  l’eslomach  dé- 
liant qu’elles  puissent  gaigner  le  cer- 
ueau , par  sa  vertu  carminatiue.  Et 
pour  ceste  cause  apres  le  past,le  pa- 
tient doit  vser  de  cotignac  , conserue 
de  roses,  ou  dragée  composée  de 
choses  carminatiues.  Semblablement 
sera  purgé  et  saigné  s’il  en  est  be- 
soin 2.  Pareillement  seront  faites 
frictions  diuersiues , applications  de 
ventouses  derrière  le  col.  Aussi  le 
matin  vsera  de  masticatoires,  pour 
faire  deriuation  des  matières  pitui- 
teuses par  la  bouche. 

Quelque  ancien  praticien3  nous  a 

• Ces  derniers  mots  : toutesfois  sans  rien 
pouuoir  distinguer, sont  une  addition  de  1585. 

a L’édition  de  1561  ajoute  : selon  l'aduis  du 
docte  médecin. 

5 Cet  ancien  praticien  est  maître  Arnaud, 
cité  par  Guy  de  Chauliac. 


OPERATIONS 

laissé  par  escrit , que  la  friction  faite 
des  doigts  sur  la  palpebre , et  regar- 
der souuent  les  estoiles  du  ciel  ( et 
quelquesfois  la  lune  en  son  plein  ) 
consument  et  dissipent  la  taye,  tou- 
tesfois  non  encores  confirmée  : aussi 
fait  le  regard  du  miroir  d’acier  et  des 
pierres  précieuses , et  généralement 
de  toutes  choses  vertes  et  luisantes,  à 
raison,  peut  estre , que  par  la  vertu 
de  leurs  rayons  et  splendeur,  elles 
peuuent  dissiper  çà  et  là , et  tarir  tel 
humeur.  Pareillement  l’efflation  ou 
soufflement  faite  par  quelque  per- 
sonne ( apres  la  friction  faite  sur  la 
palpebre  ) qui  aye  l’haleine  douce  , 
ayant  masché  fenoil,  anis,  coriandre, 
noix  de  muguelte,  clou  de  girofle,  ca- 
nelle,  et  leurs  semblables,  si  ainsi  est 
que  les  ayant  encores  en  sa  bouche , 
luy  face  efflalion  dans  l’œil,  et  le  plus 
près  que  faire  se  pourra,  et  faut  con- 
tinuer telle  chose  par  plusieurs  et  di- 
ucrses  fois  : car  par  ce  moyen  on  es- 
chauffe,  subtilie , résout,  rompt  et 
dissipe  la  cataracte.  Outre-plus  on 
doit  vser  de  ce  collyre  qu’escrit 
de  Vigo  , lequel  a aussi  grande  vertu 
de  clarifier  la  veué,  et  prohiber  que 
les  cataractes  ne  se  confirment  : et 
mesmement  les  dissipe,  et  souuenles- 
fois  les  cure. 

Collyre  (le  Vigo. 

If.  Hepatis  hircini  sani  et  recentis  1b.  ij. 

Calami  aromatici,  mellis  ana  g.  fi. 

Succi  ruthæ  3.  iij. 

A(|uæ  chclidoniæ,  fœniculi,  veruenæ  et 
eufrasiæ  ana  g.  iij. 

I'iperis  longi , nucis  muscalæ,  garyo- 
phyllorum  ana  g . ij. 

Croci  3.j. 

Floris  rorismarini  aliquantulum  contriti 

m.  fi. 

Sarcocollæ,  aloës  hepaticæ  ana  3.  iij. 

Fellis  rayæ,  leporis  et perdicis  ana  §.j. 


DE  CHIRVRGIE.  43j 

Ces  choses  soyent  pilées,  et  puis  soit  ad- 

iouslé: 

Sacchari  albi  g.  ij. 

Mellis  rosati  3.  vj. 

Et  le  tout  ensemble  soit  mis  en  l’alambic  de 

verre,  et  distillé  in  balneo  Mariæ. 

Et  de  ceste  distillation,  en  soit  sou- 
uent mis  aux  yeux. 

Et  si  par  tous  ces  remedes  ladite 
taye  n’est  curée  , mais  au  contraire 
se  forme  et  engrossil  plus  fort  : alors 
la  faut  laisser  endurcir  et  confirmer, 
à fin  qu'on  la  puisse  guarir  par  ope- 
ration manuelle,  qui  se  fera  en  l’a- 
battant auecques  l’aiguille  (comme 
nous  dirons  bien  tost  ) car  si  elle  est 
Irop  tendre  lors  qu’on  la  voudroil 
abattre, l’aiguillepasseroit  au  trauers, 
et  ne  la  pourroit-on  abattre.  Au  con- 
traire , si  elle  est  trop  dure , difficile- 
ment est  abattue.  Donc  est  besoin  au 
chirurgien  connoistre  celles  qui  sont 
confirmées,  ou  non  confirmées  : sem- 
blablement celles  qui  sont  curables , 
et  celles  qui  sont  incurables  : lesquel- 
les choses  se  peuuent  connoistre  par 
les  signes  qui  s’ensuiuent. 


CHAPITRE  XXII. 

SIGNES  FOVR  CONNOISTRE  LES  CATARAC- 
TES CVRABLES  OV  NON  >. 

Premièrement  celle  qui  est  confir- 
mée : l’œil  sain  estant  fermé,  lors  que 
du  pouce  on  vient  doucement  à frot- 
ter celuy  où  est  la  cataracte  a,  et  que 

■ Ce  chapitre  est  confondu  avec  le  précé- 
dent dans  l’édition  de  1575;  il  en  a été  sé- 
paré en  1579. 

2 Tel  est  le  texte  de  l’édition  de  1579  et 
des  suivantes;  mais  en  1561  et  meme  encore 
en  1575  on  lisait  : lorsqu'on  frotte  l'oeil  soin 


438  le  QVïNzn 

subit  on  l’ouure,  on  voit  que  la  pu- 
pille se  dilate,  et  tost  retourne  en  son 
lieu  , en  mesme  estât  et  couleur 
qu’elle  estoit  au  parauant,  sans  de- 
meurer esparse  et  dilatée.  Seconde- 
ment, si  le  patient  ne  p ut  voir  et  dis- 
cerner autre  chose  par  le  sens  de  la 
veuë,  c’est  signe  infaillible  que  la  ca- 
taracte est  entièrement  confirmée. 
Au  contraire,  si  le  patient  voit  enco- 
res , et  peut  discerner  aucune  chose 
par  la  veuë  : et  aussi  que  la  pupille 
demeure  dilatée  et  esparse  apres  la 
friction  de  l’œil , c’est  signe  qu’elle 
n’est  encores  confirmée. 

Or  à sçauoir  pourquoy  le  chirur- 
gien oculiste,  pour  connoistre  siles  ca- 
taractes sont  curables  et  confirmées, 
clost  l’œil  sain  du  patient,  et  frotte 
l’autre  : est-ce  point  à fin  que  l’esprit 
animal  visuel  de  l’œil  sain  aille  eu 
plus  grande  abondance  à celuy  que 
l’on  frotte  et  que  l’on  fait  outirir 
promptement  sans  l’autre  : qui  fait 
que  la  pupille  se  dilate  , et  la  cata- 
racte se  manifeste  oculairement? 

Or  les  cataractes  qui  sont  incura- 
bles, sont  celles  qui  s’ensuiuent:  c’est 
à sçauoir  , celle  qui  est  auecques 
grande  dilatation  de  pupille,  et  qu’on 
ne  voit  aucunement  branler  lors 
qu’on  aura  frotté  la  palpebre  de  des- 
sus l’œil,  ayant  clos  premièrement 
l’œil  sain  , et  que  la  pupille  de  l’œil 
où  est  la  cataracte  ne  s’eslargit  : car 
telle  chose  monstre  qu’il  y a obstruc- 
tion au  nerf  optique  : au  moyen  de 
quoy  l’esprit  animal  visuel  n y reluist 
plus.  Parquoy,  encores  qu’on  l’eust 
abattue,  on  ne  profiteroil  rien.  D’a- 

et  qu'on  frotte  du  pouce  doucement  celmj  oft  est 
la  cataracte,  etc.  Toute  la  suite  prouve  évi- 
demment qu’il  fallait  lire  : lorsqu'on  ferme 
l'œil  sain , et  qu’il  n’y  avait  là  qu’une  faute 
d’impression. 


ÆE  LIVRE  , 

uantage  s’il  y a émaciation  ou  amai- 
grissement à l’œil,  n’y  aura  aucune 
vtilité  abattre  la  cataracte.  Aussi  si 
elle  est  causée  par  coup  ou  cheule,  et 
apres  grande  et  extreme  douleur  de 
teste  h Pareillement,  celles  qui  sont 
de  couleur  gipseuse , verte,  noire, 
plombée,  eitrine,  ou  de  couleur  d’ar- 
gent vif,  le  plus  soutient  sont  incura- 
bles : au  contraire,  celles  qui  sont  de 
couleur  celeste  , ou  blanche  , ou  de 
couleur  de  chaslaigne,  sont  curables  : 
et  entre  toutes,  la  celeste,  lors  qu’elle 
est  accompagnée  de  quelque  blan- 
cheur : et  principalement  quand  elle 
branle  en  la  pupille,  subit  qu’on  aura 
frotté  l’œil  où  sera  ladite  cataracte. 

Il  ne  faut  toucher  aux  vieilles  gens, 
parce  qu’elles  viennent  par  faute  d’es- 
prits visuels,  ny  aussi  à ceux  qui  ont 
i’œil  fort  petit  et  enfoncé  2. 


CHAPITRE  XXIII. 

CVRE  DES  CATARACTES  PAR  L’OEVVRE 
DE  MAIN  3. 

Ayant  ainsi  conneu  par  ces  signes 
la  cataracte  estre  confirmée  et  cu- 
rable, sera  procédé  par  operation  ma- 
nuelle. Toutesfois,  si  le  patient  a dou- 
leur de  leste,  toux,  ou;vomissement, 

1 Pierre  Franco , en  son  livre  Des  her- 
nies. — A.  P.  — Cette  note  existe  déjà  dans 
la  petite  édition  de  1561  ; ce  qui  prouve  ma- 
nifestement, comme  je  l’ai  dit  dans  mon 
introduction  , que  dès-lors  A.  Paré  connais- 
sait celte  publication  remarquable. 

3 Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté  dans 
l’édition  de  1585. 

5 Ce  chapitre  était  confondu  avec  les  deux 
précédents  dans  la  première  édition  des 
OEuvrcs  complètes.  Dans  la  petite  édition 
de  1561 , il  n’en  était  pas  même  séparé  par 
un  alinéa. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


ne  luy  faut  toucher  iusques  à ce  que 
tels  accidens  soyent  remis  : car  en 
vain  tu  labourerais.  Et  lors  que  tu 
voudras  ouurer,  te  faut  eslire  vu 
temps  propre  pour  telle  chose,  c’est  à 
sçauoir,  en  decours  de  la  lune,  et  que 
ne  soit  au  temps  des  foudres  et  ton- 
nerres, et  au  temps  que  le  soleil  est  au 
signe  d’Aries  qui  regarde  la  teste1. 
Adonc  le  chirurgien  prendra  conseil 
du  docte  médecin  , à fin  que  si  le  pa- 
tient a besoin  d’estre  purgé  et  saigné, 
le  soit  : de  peur  qu’il  ne  suruienne 
aucun  mauuais  accident,  qui  par  faute 
de  ce  pourroit  aduenir. 

Puis  deux  ioiirs  apres  auoir  fait  les 
choses  vniuerselles,  faut  eslire  vu  lieu 
médiocrement  clair  : et  à ieun  faire 
asseoir  le  patient  sur  vn  banc  assez 
estroit,  le  visage  tourné  non  vis  à vis 
de  la  lumière,  c’est-à-dire,  du  iourou 
de  la  chandelle,  mais  à costé  : et  dois 
de  rechef  bien  noter  que  la  lumière 
ne  doit  estre  grande,  ce  qui  est  com- 
mandé par  Hippocrates  au  liure  de 
l’officine  du  médecin , et  luy  bander 
l’œil  sain  auec  coton  ou  chose  sem- 
blable , à fin  qu’il  ne  se  menue  pen- 
dant l’œuure.  Puis  le  chirurgien  s’as- 
seoira2 sur  le  banc  vis  à vis  de  luy 
( comme  deux  fourbisseurs  ) toutes- 

1 La  recommandation  astrologique  que  j’ai 
mise  en  italique  manque  dans  la  petite  édi- 
tion de  1561,  et  même  encore  dans  la  grande 
de  1575  ; c’est  en  1579  que  Paré  a eu  la  mal- 
heureuse idée  d’en  enrichir  ce  chapitre  Elle 
appartient  à Guy  de  Chauliac,  qui  veut  que 
l’opération  soit  faite  vn  beau  iour  à heure  de 
tierce , la  lune  croissant  et  ne  voyageant  par  le 
signe  du  Belier ; mais  Paré  l’a  prise  directe- 
ment de  Dalechamps,  qui  dit  que  nos  ope- 
rateurs ne  font  cesle  operation  quand  le  soleil 
est  au  signe  d'Aries  qui  regarde  la  teste , et  si 
la  lune  ne  decroist.  Ouv.  cité  , p.  103. 

a Les  dernières  éditions  du  IC' siècle  di- 
sent: s’asserra;  celle  de  1561  : s’asseoira. 


439 

fois  le  chirurgien  vn  peu  plus  haut 
que  le  malade,  luy  faisant  poser  les 
mains  à sa  ceinture,  et  doit  embrasser 
de  ses  iambes  les  genoux  du  patient  : 
et  qu’il  y ait  vn  seruileur  qui  tienne 
la  teste  du  malade  par  derrière,  à fin 
qu’il  ne  la  tourne  ny  çà  ny  là , ains 
qu’elle  demeure  ferme  et  stable.  Et 
ayant  préparé  l’aiguille,  qui  sera  Fa- 
noir  passée  plusieurs  fois  au  trauers 
de  son  bonnet  ou  autre  accoustre- 
ment,  à fin  de  la  rendre  plus  polie  et 
aucunement  eschauffée,  pour  accom- 
plir l’œuure  à moins  de  douleur.  La- 
dite aiguille  doit  estre  de  fer  ou  d’a- 
cier, plustost  que  d’or  ou  d’argent  : et 
la  pointe  un  peu  platte  , à fin  qu’elle 
entre  plus  aisément  et  abatte  ladite 
cataracte  : et  sera  insérée  dedans  vn 
manche,  de  peur  qu’elle  ne  vacille, 
comme  tu  peux  voir  par  ce  portrait. 

Aiguille  pour  abattre  les  Cataractes,  auec  son 
manche  *. 


1 La  figure  de  l’aiguille  ne  concorde  guère 
avec  cette  partie  de  la  description  : et  la 
pointe  vn  peu  platte,  à fin  qu’elle  entre  plus  ai - 


44o 


LR  QV1NZIÉME  LIVRE, 


Ayant  ainsi  situé  le  malade  et  pré- 
paré l'aiguille,  luy  commanderas 
qu’il  regarde  vers  son  nez  : adonc 
poseras  ladite  aiguille  tout  droit  (ius- 
ques  en  la  cauité  de  l’œil  sans  aucune 
crainte)  dedans  la conioncliue,  entre 
le  petit  canlhus  et  la  tunique  cornée, 
droilement  au  milieu  des  deux  , eui- 
tant  les  veines  qui  sont  en  ladite  con- 
ionctiue:  et  alors  pousseras  la  pointe 
de  l’aiguille  iusqnes  à ce  qu’elle  soit 
au  milieu  de  la  pupille.  Puis  estant 
là  paruenue,  faut  abattre  la  cata- 
racte , en  commençant  à la  partie  su- 
périeure , la  tournant  tout  doucement 
par  le  milieu,  et  l’abbaisser  tout  au 
bas  de  l’œil,  et  toute  entière  s il  est 
possible.  Et  estant  ainsi  abbaissée  la 
luy  faut  laisser , la  tenant  suielte  de 
l’aiguille  par  l’espace  de  dire  vne  pa- 
tenostre  ou  enuiron , de  peur  qu’elle 
ne  remonte , et  pendant  faire  mouuoir 
vers  le  c el  l'œil  au  malade.  Puis  faut 
retirer  l’aiguille  en  haut,  peu  à peu, 
en  la  tournant,  et  encores  ne  la  tirant 
du  tout  hors  de  l’œil,  à cause  que  si 
la  cataracte  remontoit , faudroit  de 
rechef  la  rabattre  vers  le  petit  can- 
thus , tant  de  fois  qu  elle  y demeure. 
Et  icy  noieras  qu’en  faisant  telle 
chose , se  faut  bien  donner  garde  de 
toucher  à l’humeur  crystalin  (pource 
que,  comme  nous  auons  dit,  il  est  le 
principal  instrument  de  la  veuë  ) ny 

sèment  el  abatte  ladite  cataracte.  C’est  qu’en 
effet  cette  phrase  ne  se  lit  point  dans  la  pe- 
tite édition  de  156),  d’où  la  figure  a été  trop 
exactement  copiée  ; dans  une  autre  édition 
de  1664  , Paré  a encore  figuré  la  même  ai- 
guille sans  modification  (fol.  216);  et  ce  n est 
enfin  qu’en  1575  qu’il  a eu  l’idée  d’en  apla- 
tir la  pointe.  Celte  idée  me  paraît  lui  appar- 
tenir sans  contestation  ; Paul  d’Égine  veut 
qu’elle  soit  arrondie  à son  extrémité;  Arcu- 
lanus  la  figure  très  fine;  Vigo  la  déciit  liés 
aiguë,  et  l’on  voit  que  Paré  les  avait  d’abord 
imités. 


pareillement  à la  pupille , de  peur  de 
la  dilater  : puis  sera  l’aiguille  tirée 
hors  de  l’œil  doucement , en  la  tour- 
nant ainsi  qu’elle  y avoit  esté  mise  , 
pour  crainte  que  l’on  ne  retirast  la 
cataracte  sur  la  pupille  l. 

Quelques-vns  apresl’operation  faite 
présentent  quelque  chose  au  malade 
pour  connoistre  s’il  peut  discerner  et 
voir  distinctement  ou  non  : ce  que 
toutesfois  defend  Paulus  Ægineta , 
liure  6,  chap.  21  : parce  , dit- il, 
que  quand  le  malade  vient  à s’effor- 
cer pour  regarder  ententiuement,  la 
cataracte  derechef  remonte  prompte- 
ment : parquoy  le  plus  seur  sera 
d’appliquer  subit  vn  restreintif  sur 
l’œil  et  parties  voisines  , fait  de  albu- 
mine ouorum  et  aquâ  rosarum,  en- 
semble agités  auec  alum  de  roche 
crud  : et  ne  faut  remuer  ce  remede 
que  iusqnes  au  lendemain.  Aussi  ne 
faut  omettre  à bander  l’œil  sain , 
comme  nous  auons  dit  : car  s'il  n’es- 
toit  bandé,  se  mouueroit,  et  ce  fai- 
sant l’œil  malade  se remueroit  aussi, 
pour  la  grande  colligance  qu’ils  ont 
ensemble  , comme  nous  avons  dit  : 
et  partant  la  calaracte  pourroit  re- 
monter. 

Le  malade  estant  ainsi  bandé , doit 
estre  posé  dans  vn  lit  la  teste  assez 
haute.  Et  doit  estre  hors  de  grand 
bruit , el  ne  doit  mascher  choses  soli- 

1 Ce  procédé  opéraloire  est , à fort  peu  de 
chose  près , le  même  qu’avait  donné  Guy  de 
Chauliac;  c’est  la  même  crainte  de  toucher 
au  cristallin  et  à la  pupille,  ce  qui  était  d’ac- 
cord avec  les  idées  erronées  que  l’on  se  fai- 
sait de  la  calaracte  ; seulement  au  lieu  d’une 
patenostre  , Guy  veut  qu’on  ait  le  temps  de 
dire  trois  fois  le  Pater  nosler  ou  vn  Miserere. 
Le  même  Guy  veut  qu’après  l’opération  on 
fasse  voir  quelque  objet  au  malade;  et I’aré 
avait  d’abord  transcrit  ce  précepte  en  1561 
et  même  encore  en  1675. 

Et  alors  , disait-il,  sera  momtré  quelque 


OPERATIONS 

des  : car  en  masticant  pourroit  faire 
remonter  la  cataracte  : mais  vserade 
panade , orge-mondéou arnandé, cou- 
lis , pressis  , gelée , œufs  mollets,  et 
leurs  semblables.  Et  ayant  ainsi  de- 
meuré par  l’espace  dehuitiours,  le 
faut  débander  et  luy  lauer l’œil  d’eau 
rose,  etluy  commander  non  regarder 
promptement  grande  clarté,  luy  fai- 
sant porter  deuanl  l’œil  taffetas  vert 
ou  lunettes,  iusques  à ce  qu’il  puisse 
bien  tolerer  la  clarté  sans  douleur. 

Et  s'il  aduenoit  quelques  iours 
apres  que  la  cataracte  remontast  sur 
la  pupille,  alors  la  faut  rabattre 

chose  au  patient  pour  cognoislre  et  scauoir  si 
r œuvre  est  parfaite.  El  subit  on  applique- 
ra , etc. 

Maisen  15i9,  ayant  sans  doute  lu  avec  plus 
d’attention  la  traduction  de  Paul  d’Égine 
dans  l’ouvrage  de  Dalechamps  , il  changea 
d’opinion,  et  modifia  son  texte  comme  on  le 
lit  aujourd’hui. 

.l’ajouterai,  quant  au  procédé,  que  Paré 
s’est  borné  à transcrire  celui  qui  était  le  plus 
généralement  suivi,  et  qu’il  aurait  pu  trou- 
ver dans  Guy  de  Chauliac  quelques  notions 
sur  d’autres.  Voici  la  phrase  par  laquelle 
Guy  termine  son  chapitre  de  la  cataracte  : 

« Quelques  vns  des  anciens  Grecs  (comme 
recitent  Albucasis  et  Auicenne)  faisans  vn 
trou  sous  la  cornee  auec  vne  aiguille  cannu- 
lee,  la  tiroyent  en  succeant:  ce  que  ie  ne 
loue  pas,  car  peuteslre  que  auec  l’eau  il  ne 
sortiroit  humeur  albugineux:  et  le  dernier 
erreur  seroit  pire  que  n’esloit  le  premier.  >, 

Je  me  sers  de  la  traduction  de  Joubert 
qui  rend  littéralement  le  texte,  à l’exception 
d’un  mot  peut-être.  Dans  l’édition  latine  de 
1M6  , on  lit  cum  acu,  avec  l’aiguille  , là  où 
Joubert  a lu  curn  aquâ,  avec  l’eau  ; ce  qui  est 
une  autre  leçon,  d’ailleurs  parfaitement  in- 
différente pour  le  sens. 

Or  le  savant  Peyrilhe  n’a  pas  voulu  croire, 
malgré  I assertion  de  Guy,  que  celui-ci  avait 
puisé  ce  qu’il  dit  de  cette  opération  dans 
Albucasis,  où  cependant  elle  est  formelle- 
ment indiquée  ; et  il  a imaginé  d’en  recher- 
cher l’origine  dans  Galeatius  de  Sainte-So- 


DE  CHIRVBGIE.  ^ 

de  rechef  comme  dessus  : mais  il  ne 
faut  passer  l’aiguille  au  lieu  où  elle 
aura  esté  posée  parauant,  à raison 
qu  il  est  plus  douloureux  E 
Or  quelquesfois  la  cataracte  n’est 
abattue  enliere,  mais  se  rompt  par 
pièces  : adonc  faut  abattre  toutes 
les  pièces  l’vne  apres  l’autre  : et  en- 
cores  qu’il  en  demeuras!  quelque  pe- 
tite porlion , ne  faut  douter  qu’elle  ne 
se  consomme  par  le  bénéfice  de  la 
chaleur  naturelle.  Pareillement  au- 
cunes cataractes,  en  les  voulant 
abattre,  deuiennent  comme  lait  ou 
eau  trouble,  à raison  qu’elles  ne  sont 

phie.  J’ai  déjà  relevé  cette  cireur  dans  mon 
Introduction;  voici  toutefois  le  passage  cité 
par  Peyrilhe  : 

« T'el  aliter  fiat  hic  modus  magislralis , quem 
ego  Galeatius  de  Sancta-Sophia  jamdudum 
imaginants  fui.  Primo  ergo  accipialur  una  acus 
aurea  per  totum  , subtiliter  concavata  prope 
cttspidem,  et  dicta  acus  sit  perforant  usque  ad 
concuvitatem  foraminis  parut.  Quo  facto,  per- 
fora ocultim  ut  supra  dicturn  est,  et  cum  appo- 
suisti  acurn  intra  illam  uqtiam  , unie  volve  dic- 
tam  aettm  bis  vel  ter,  et  poslett  extraite  /latum 
a superficie  acits  superiori  former,  ad  hoc  ut 
dicta  tiqua  ingredialur  concuvitatem  tiens.  Et 
si  iota  tiqua  ingredi  non  possit,  arum  bis  vel 
ter  truhendo,  lune  bene  ipsum  preme  inferiits 
ut  nihil  remaneat.  JYam  sic  extrahendo  dictant 
aquam  extra  totum  ocultim  eslcura  cwteris  per- 
fectior,  quâ  amplius  dicta  rnateriu  reverti  non 
potest  pupillam.  Dico  tamen  qttod  hœc  cura 
fieri  débet  per  medicum  valde  peritum  in  hile 
arte.  El  quamvis  liane  curam  hoc  modo  fieri 
non  vidi,  ipsum  lumen  posai  quia  mihi  possibile 
videtur  esse.  » Hist.  de  la  ChirurfTic  t 11 
p.  G 1 2.  ’ ‘ ’ 

Toutefois  je  remarquerai  que  ce  procédé 
ri’a  probablement  été  imaginé  que  pour  i’hy- 
popyon.que  beaucoup  d’auteurs  decette  épo- 
que ne  distinguaient  pas  bien  nettement  de 
la  cataracte. 

* L’édition  de  15G1  ajoutait  ici:  -dussi se- 
ront euilees  les  veines  qui  sont  disséminées  en 
la  conioncliue  comme  a esté  dit. 


44* 


LE  QVINZIÉME  LIVRE  , 


encores  assez  dures  : et  que  telle 
chose  aduiénne , encore  y a-il  espé- 
rance de  guarison  , pource  que  puis 
apres  elle  ne  se  peut  rassembler  , et 
apres  quelque  temps  l’œil  se  clarifie , 
principalement  aux  ieunes. 

S’il  suruenoit  quelques  accidens, 
on  prendra  nouiieau  conseil  , diuer- 
sifiant  les  remedes  selon  qu’il  en  sera 
besoin. 


CHAPITRE  XXIV. 

DV  CONDVIT  DE  L’OREILLE  BOVCHÉ  NA- 
TVRELLÈMENT  OV  PAR  ACCIDENT,  ET 

des  choses  estranges  qvi  tomrent 
dedans. 

Quelquesfois  aux  petits  enfans  nou- 
uellement  nés , on  trouue  les  conduits 
des  oreilles  bouchés , à raison  de 
quelque  chair  ou  membrane  procréée 
au  fond  ou  en  la  superficie  des  oreil- 
les. Elle  est  bouchée  aussi  par  acci- 
dent depuis  nostre  natiuité,  à cause 
de  quelque  aposteme , playe  ou  vl- 
cere  : au  moyen  de  quoy  y suruient 
quelque  chair  superflue.  Lorsque  1 ob- 
struction se  fait  au  profond , la  cure 
est  plus  difficile  que  quand  elle  est  à 
la  superficie. 

Et  pour  la  curation,  la  faut  inciser 
et  couper  , ou  la  consommer  et  cor- 
roder auec  medicamens  acres  et  cor- 
rosifs. Or  il  faut  traiter  ce  mal  bien 
curieusement,  de  peur  de  faire  tom- 
ber le  malade  en  conuulsion,  et  le 
faire  mourir  , pour  la  grande  sensibi- 
lité de  ceste  partie , et  qu’elle  est  pro- 
che du  cerueau. 

Quelquesfois  aussi  le  conduit  de 
l’oreille  est  bouché  par  choses  es- 
tranges qui  sont  tombées  dedans  : 
comme  petites  pierres,  verre , ballote 


de  plomb,  d'or  ou  d’argent,  de  fer,  et 
semblables  matières,  perles,  noyaux 
de  cerises,  pois,  graines  et  autres 
choses.  Les  corps  solides  demeurent 
tousiours  és  oreilles  en  leur  propre 
grandeur  : mais  les  pois  et  graines  et 
noyaux  de  cerises  s’imbibent  et  en- 
flent de  l’humidité  qui  naturellement 
est  aux  oreilles  : et  partant  causent 
de  très  grandes  douleurs.  Parquoy  le 
plus  tost  que  l’on  les  pourra  tirer , 
c’est  le  meilleur  : qui  se  fera  auec  pe- 
tites pincettes  et  instrumens  courbés 
en  maniéré  de  cure  oreille  : et  si  on 
n’y  peut  remedier  par  ce  moyen  , à 
cause  qu’elles  sont  fort  enflées , on  les 
tirera  auec  vn  petit  tire-fond  , de  quoy 
on  tire  les  balles  de  plomb.  Les  pier- 
res et  autres  corps  durs  seront  tirés 
auec  instrumens  propres.  Et  si  on  ne 
le  peut  faire  par  ce  moyen , on  mettra 
vn  peu  d’huile  d’amende  douce  dans 
les  oreilles,  ou  autre  semblable  : 
puis  on  fera  tousser  le  m Jade , le 
prouoquant  à esternuer  par  sternu- 
taloires:  et  fermera  la  bouche  serrant 
les  narines  auec  les  doigts  quand  il 
esternuera  , à fin  de  faire  sortir  hors 
de  l’oreille  ce  qui  est  contre  Nature, 
par  l’impétuosité  de  l'air  agité  cher- 
chant issue  par  vne  violente  commo- 
tion et  esbranlement  de  loutle  corps. 

Et  si  tels  remedes  ne  profitent,  faut 
faire  vne  petite  incision  au  profond 
de  l’oreille , à fin  de  donner  lieu  aux 
instrumens  pour  extraire  les  choses 
estranges. 

D’abondant  quelquesfois  il  entre  en 
l’oreille  de  petites  bestioles , comme 
puces , punaises , fourmis , mousche- 
rons , perse-oreilles  et  autres  sem- 
blables : toutes  lesquelles  peuuent 
estre  tuées,  instillant  de  l’huile  ou 
vinaigre.  Et  quant  à la  petite  bestiole 
de  perse-oreille , on  la  pourra  atti- 
rer , appliquant  la  moitié  d’vne  pom- 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGÏE. 


me  douce  ioignant  l’oreille  : car  la 
petite  bestiole  voulant  grignotler , 
sera  soudainement  tirée,  comme  nous 
auons  dit  cy  deuant  en  l’Introduc- 
tion 1. 


CHAPITRE  XXV. 

LA  MANIERE  DE  TIRER  LES  ARESTES,  ET 

AVTRES  CHOSES  ESTRANGES  OVI  S’AT- 
TACHENT A LA  GORGE  2. 

Souuent  en  mangeant  on  aualle  des 
arestes,  ou  quelques  petits  os,  ou  au- 
tre chose  estrange.  Si  en  ouurant  la 
bouche  on  les  peut  voir,  seront  oslées 
auec  pincettes  longues  et  estroittes , 
courbées  comme  vn  bec  de  grue  : et 
si  on  ne  les  peut  apperceuoir  , il  faut 
que  le  malade  aualle  vn  morceau  de 
pain  mollet,  ou  vue  figue  seiche  bien 
peu  maschée,  ou  autre  chose  : ou  bien 
le  faire  vomir  : car  par  ce  moyen  la 
chose  estrange  est  souuentpousséede 
hors.  Ou  bien  on  prendra  vn  porreau 
courbé,  de  grosseur  que  l’on  connois. 
tra  estre  necessaire , lui  ayant  coupé  le 
bout  de  la  teste , laquelle  sera  huilée  : 
et  ayant  fait  ouurir  la  bouche  du  ma- 
lade , sera  mis  dans  le  gosier  assez 
profondément,  tant  de  fois  que  la 
chose  estrange  soit  iettée  en  bas  , ou 

1 Tout  cechapitre  date  au  plus  tôt  delà  pe- 
tite édition  perdue  de  1572;  c’est  la  traduc- 
tion de  Paul  d Égine  par  Dalechamps  qui  en 
a fourni  les  principaux  éléments.  Le  renvoi 
à l’Introduction  ne  date  que  de  l’édition  de 
1 5S5  ; il  a trait  à un  long  passage  que  l’on 
trouvera  à la  page  2G  du  tome  I,  et  qui 
lui-même  n’a  été  intercalé  en  cet  endroit 
que  dans  la  quatrième  édition. 

• Tout  ce  chapitre  est  également  pris  de 
Dalechamps,  à part  peut-être  la  tige  de  poi- 
reau substituée  à la  tige  de  laitue  dont  parle 
Paul  d’Égine. 


443 

retirée  en  haut.  Et  où  le  porreau  de- 
faudroit,  on  prendra  vn  plomb  ap- 
proprié à ce  faire,  de  figure  du  por- 
reau. 

Or  s’il  y a quelque  chose  estrange 
qui  soit  entrée  en  la  trachée  artere,  il 
faut  prouoquer  la  toux  avec  quelques 
choses  aigres , et  ietter  dedans  le  nez 
vn  sternutatoire  : car  en  faisant  ceste 
grande  agitation  par  l’expiration  vio- 
lente , souuent  ces  choses  estranges 
sont  ieltéeshors  h 


CHAPITRE  XXVI. 

DE  LA  DOVLEVR  DES  DENTS  2. 

La  douleur  des  dents  est  la  plus 
grande  et  cruelle  qui  soit  entre  toutes 
les  douleurs , sans  mort  : et  pour  la 
preuue,  ie  la  laisse  à ceux  qui  en  ont 
esté  vexés. 

I"ay  mémoire  qu’vn  varlet  de  cham- 
bre dedefunt  monseigneur  leConnes- 
table,  estant  à Chantilly,  me  dit,  que 
pour  vne  extreme  douleur  de  dent 
qu’il  auoit,s’il  n’eust  eu  peur  d’estre 
damné,  il  sefustietté  parvnefenestre 
dans  les  fossés,  et  se  fust  noyé,  pour 
eslre  exempt  de  sa  douleur  : d’auan- 
tage  me  dit,  qu’en  vingt-quatre  heu- 
res il  se  fit  vne  aposteme  sur  la  gen- 

1 II  est  à remarquer  que  Paul  d'Égine  a un 
chapitre  particulier  consacré  à la  Trachéo 
tomie,  et  que  Paré  lui-mémea  décrit  et  re- 
commandé cette  opération  ; mais  seulement 
pour  les  cas  d’angine  suffocante.  Voyez  t.  I, 
p.  383.  L’application  de  la  trachéotomie  à 
l’extraction  des  corps  étrangers  ne  date  que 
du  xvii'  siècle. 

2 Les  quatre  chapitres  qu’on  va  lire,  et 
qui , avec  un  court  chapitre  du  livre  de  la 
Prothèse , et  un  autre  du  livre  de  la  Géné- 
ration , présentent  un  tableau  à peu  près 

j complet  de  l’art  du  dentiste  au  xvr  siècle, 


ciue,  qui  se  suppura  à l'endroit  de  sa 
douleur  : et  peu  de  iours  apres,  sadent 
tomba  en  pièces , qui  montre  que  les 
dents  peuuent  apostumer  et  pourrir 
comme  les  autres  os  : ce  qu’on  voit 
parce  qu’elles  se  perluisent  et  corro- 
dent, et  par  ceste  pourriture  les  vers 
s'engendrent. 

Ce  qui  est  prouué  par  Hippocrates 
au  liu.  4 des  Epidémies,  en  l’histoire  de 
Hegesistratius.  Qui  dit  que  les  dents 
peuuent  endurer  tumeur  contre  na- 
ture en  leurs  propres  corps.  Ledit  Hip- 
pocrates le  recite  comme  par v n grand 

avaient  paru  presque  intégralement  dans 
les  Deux  livre1:  de  Chirurgie  en  1573,  où  ils 
constituaient  les  chapitre  lxxviii  et  lxxxix 
du  livre  de  lu  Génération  , de  la  page  331  à 
la  page  364.  Comment  se  trouvaient-ils 
là?  D’aiiord  il  y a un  article  spécial  consa- 
cré à la  douleur  de  dents  des  petits  enfants  ; 
et  quant  au  reste  , Paré  nous  l'explique  par 
cette  espèce  d'avis  au  lecteur. 

ADVERTISSEMENT. 

u Ami  lecteur,  pendant  que  ie  composois 
ce  Hure  , ie  receus  vne  lettre  de  mons.  Iou- 
bert,  médecin  du  Roy,  Docteur  Regent  en 
la  Faculté  de  medecine  en  l’vniuersité  de 
Montpellier,  par  laquelle,  entre  autres  né- 
goces , me  prioit  affectueusement,  si  encore 
ie  mettois  la  main  à la  plume  pour  escrire 
de  la  chirurgie,  que  ie  donnasse  vn  coup 
de  coude  à la  douleur  des  dents,  ce  que  i’ay 
bien  voulu  faire  tant  en  sa  faueur  qu  en 
celle  des  nouueaux  aprantis  en  chirurgie.  » 

Remarquez  en  passantl’orlhographe  avan- 
cée de  ces  mots  ami , coude;  cette  édition  de 
1573  offre  plus  d’un  progrès  de  ce  genre. 

Du  reste,  déjà  Paré  avait  abordé  les  af- 
fections des  dents  dans  un  ouvrage  bien  an- 
térieur , le  traité  des  Plages  de  la  Teste  pu- 
blié en  1561 , fol.  256  à 261  ; tous  les  instru- 
ments y sont  déjà  figurés,  comme  aussi  ils 
ont  été  reproduits  dans  l’édition  de  1564. 
J’aurai  soin  d’indiquer  dans  le  texte  ce  qui 
appartient  à chacune  de  ces  éditions  origi- 
nales. 


UE  LIVRE, 

miracle  de  nature,  attendu  que  les  tu- 
meurs ne  viennent  sinon  aux  lieux  où  il 
se  peut  faire  extension.  D’auantageGa- 
lien  liu.  5.  cbap  8.  delà  composition  des 
medicamens  selon  les  lieux , dit  auoir 
esprouué  en  soy-mesme,  lorsqu’il  fut 
trauaillé  d’une  forte  douleur  de  dent, 
que  non  seul  ment  le  nerf  et  la  mem- 
brane qui  lie  la  dent  estoit  trauaillée 
de  douleur,  mais  aussi  la  propre  sub- 
stance de  la  dent  estoit  douloureuse 
et  agitée  de  phlegmon,  etdelamesme 
pulsation  que  les  parties  charneuses: 
et  dit  qu’il  lient  cela  pour  chose  es- 
merueillable,  pour  la  grande  dureté 
de  la  dent,  comme  la  pulsalion  se 
peut  faire  pour  la  difficulté  de  l’ex- 
tension *. 

La  cause  de  la  douleur  des  dents 
vient  de  cause  antecedente , ou  de 
primiliue  : d’antecedente  , comme 
heumer  et  defluxion  chaude  ou  froide 
tombant  sur  icelles  , qui  remplit  l’al- 
ueole,  de  façon  qu’elle  pousse  la  dent 
hors,  qui  fait  qu’elles  sont  sonnent 
auancées  en  dehors,  tellement  que  le 
malade  n’ose  et  ne  peut  aucunement 
mascher  dessus,  pour  l’extreme  dou- 
leur qu’il  sent,  et  la  fluxion  fait  qu'el- 
les sont  relaschées,  qui  cause  les  faire 
branler:  et  si  elles  sont  corrodées, 
creuses,  etpertuisées  iusques  à la  ra- 
cine, lors  que  le  malade  boit  sur  tout 
quelque  liqueur  froide , il  lui  semble 
qu’on  luy  donne  vn  coup  de  poinçon 
dedans. 

Les  signes  que  la  cause  est  chaude, 
c’est  que  la  douleur  est  aiguë  et  poi- 
gnante, comme  si  on  meltoit  des  ai- 
guilles dedans.  On  sent  aussi  vne 
grande  pulsation  en  sa  racine,  et  aux 
temples  : pareillement  sera  conneuë 
quand  on  applique  remedes  froids, 
qui  appaisent  la  douleur. 

■ Ce  paragraphe  manque  dans  toutes  le» 
éditions  antérieures  à celle  de  15S5. 


OPERATIONS 

Les  signes  que  la  cause  de  la  dou- 
leur est  froide,  c'est  que  le  malade  a 
grande  pesanteur  de  teste,  et  ielte 
beaucoup  de  saline  et  d’humidités  par 
la  bouche,  et  la  douleur  s’appaise  par 
remedes  chauds.  El  en  ces  douleurs, 
ne  faut  que  les  barbiers  et  dentatcurs 
(c’est-à-dire  arracheurs  de  dents  ) se 
hastent  trop  subit  les  arracher,  sans  le 
conseil  de  plus  aduisés  qu’ils  ne  sont 
quelquesfois» 

Pour  la  cure  il  y a trois  intentions: 
La  première  est,  ordonner  le  régime: 
la  seconde,  purger  la  matière  antécé- 
dente : la  troisième , application  de 
remedes  particuliers  propres  à seder 
ceste  extreme  douleur. 

La  première  intention  est  ordonner 
le  régime  sus  les  six  choses  non  natu- 
relles. 

La  deuxième,  est  vacuer  la  matière 
antecedente,  comme  s’il  est  besoin 
qu’il  soit  saigné  et  purgé  1 : aussi 
pour  diuertir  la  fluxion  , on  appli- 
quera des  ventouses  derrière  le  col  et 
sur  les  espaules  : et  si  la  matière  est 
chaude,  on  appliquera  sur  la  genciue 
à l’endroit  de  la  douleur,  des  sang- 
sues pour  vacuerla  matiereconiointe, 
elouurira-onles  veines  de  dessous  la 
langue  : ce  que  i’ay  fait  par  plusieurs 
fois,  et  sedé  des  douleurs  extremes  : 
mais  auparauant  que  les  appliquer,  ie 
faisois  petites  scarifications  auec  vn 
dechaussoir  de  dents. 

La  tierce  intention  sera  accomplie 
en  appliquant  plusieurs  remedes  con- 
trarians  à la  cause  de  la  douleur: 
comme  si  la  matière  est  chaude,  il 
faut  tenir  en  la  bouche  vin  de  gre- 
nade, auec  eau  de  plantain,  et  vn  peu 

1 Dans  l’édition  de  1573,  l’autenrajoutait 
ici  : on  appellera  pour  le  faire  vn  docte  méde- 
cin. Cette  phrase  a été  retranchée  dès 
1575. 


E CHIRVRGIE.  445 

de  vinaigre  bouilli  auec  roses  et  su- 
mach  et  fleurs  de  grenades.  11  faut  icy 
noter  que  les  remedes  sédatifs  de  la 
douleur  des  dents,  doiuent  eslre  de 
ténue  substance,  à cause  qu’elles  sont 
fort  dures  : et  partant  les  anciens  ont 
tousiours  voulu  mettre  du  vinaigre, 
parce  qu’il  est  incisif  et  penetralif  *. 

1 La  question  agitée  dans  ce  chapitre  était 
autrement  traitée  dans  l’édition  de  1561.  En 
voici  le  texte  littéral  : 

« Or  ie  ne  veux  encor’  icy  me  taire  que  ie 
ne  paile  de  certains  remedes  propres  et  ap- 
prouuez , pour  seder  la  douleur  des  dents, 

laquelle  est  quelquesfois  si  grande  et  extreme^ 

que  les  patients  courent  les  rues  comme  in- 
sensez  et  detenuz  de  rage.  Et  telle  douleur 
est  causée  communément  d’vne  fluxion  pi- 
tuiteuse et  très  froide  , de  sorte  qu’elle  mor- 
tifie et  corrompt  les  dents,  les  rendant  noi- 
res, pourries  et  pertuisees  iusques  en  leurs 
racines  : de  façon  que  le  nerf,  lequel  s’insère 
en  leur  substance,  est  descouuert,  et  alors 
que  le  patient  inspire  l’air  froit,  ou  boit  et 
menge  choses  froides,  sent  vne  extreme  dou- 
leur. Et  partant  les  remedes  qui  s’ensuiuent 
sont  propres  à ceder  ladite  douleur,  à sçauoir, 
s’ils  peuuent  penetrer  iusques  au  profond  de 
leurs  racines  : partant  si  leur  trou  ou  vemi- 
neure  (sans  doute  vermineure)  n’est  suffisam- 
ment ouuert , et  qu’il  soit  à costé  de  la  dent, 
le  faut  accroistre  auecques  petites  limes  pro- 
pres à ce  faire,  ainsi  que  tu  vois  par  ces 
portraits.  » 

(Ici  venaient  des  figures  de  limes  que  je  no 
reproduis  pas,  attendu  qu’on  les  retrouvera 
à l’une  des  pages  suivantes.  Puis  l’auteur 
poursuivait  : ) 

« Après  auoir  suffisamment  amplifié  et  fait 
voye  à la  dent  vermineuse,  on  mettra  dans 
le  trou  huille  de  quinte-essence  de  clou  de 
girolTte , muguette,  rosmarin,  sauge,  ou 
leur  semblable  , auecques  vn  peu  de  coton. 

» Autre  remede.  Prenez  vne  gosse  d’aulx  , 
et  la  faites  vn  peu  cuire  sous  les  cendres 
chaudes , puis  soit  pelee  et  mise  dedans  le 


446 


LE  QVINZ1EME  LIVRE  , 


Autre. 

Prenez  roses  ronges,  sumaeh,  orge,  de 
chacun  vue  demie  poignée. 

Semence  de  iusquiame  concassée,  deux 
dragmes. 

De  tous  les  sandauls , de  chacun  vne 
dragrne. 

Laictue,  sommité  de  ronces,  morelle, 
plantain,  de  chacun  demie  poignée. 

Le  tout  sera  boüilli  en  quatre  liures  d’eau 
commune,  et  vn  peu  de  vinaigre  , ius- 
ques  à ce  que  l’orge  se  creue. 

Et  d’icelle  décoction  en  sera  tenue 
en  la  bouche  vn  peu  tiede. 

Autre. 

Prenez  semence  de  iusquiame,  sandaracha, 
coriandre , opium  , de  chacun  demie 
dragrne. 

Le  tout  pilé  et  incorporé  auec  vinaigre  , et 
en  soient  formés  trochisques. 

Puis  en  soit  apposé  sur  la  dent  dou- 
loureuse. 

Autre  trochisque. 

Prenez  semence  de  pourpié , de  iusquiame, 
coriandre,  lentilles,  escorce  de sandal 
citrin,  roses  rouges,  pyrethre,  camphre, 
de  chacun  demie  dragrne. 

El  soyent  bien  pilées  ensemble  auec  fort 
vinaigre,  et  soient  formés  trochisques. 

Lors  qu’on  eu  voudra  vser,  on  en 
prendra  vn  ou  deux  auec  eau  rose,  et 

trou  de  ladite  dent,  le  plus  chaut  que  l’on 
pourra  : pareillement  en  sera  mis  dedans 
l’oreille , du  costé  de  la  douleur. 

. Autre  remede.  Prenez  deux  dragmes  de 
racine  de  piretre  conquassee , feuilles  de 
sauge,  rosmarin,  de  chacun  vne  pugille, 
trois  ligues  grasses  , et  ferez  le  tout  bouillir 
en  vn  demi-septier  de  vin,  iusques  à la  con- 
somption de  tout  le  vin  : puis  prendrez  por- 
tion d’icelles  figues,  et  l’appliquerez  sur  la 
dent  douloureuse,  le  plus  chaut  qu  il  sera 
possible  : lequel  remede  fera  ietter  grande 
quantité  de  phlegmes. 

» Autre.  Prenez  gingembre,  poiure,  noix 


en  sera  frottée  la  genciue,  et  tenu  en 
la  bouche. 

Autre  remede. 

Si  les  genciues  sont  relaxées , faut 
que  le  malade  se  gargarise  de  choses 

de  muguette , piretre  de  chacun  demie- 
drachme  conquassez,  puis  soient  faits  bouil- 
lir dans  vn  pot,  en  vin  et  vinaigre,  et  en 
rcceuez  la  fumee  à l’endroit  de  la  dent  dou- 
loureuse par  vn  entonnoir  bien  luté,  ainsi 
que  tu  as  icy  la  figure. 

Figure  d’vn  pot  et  entonnoir , pour  receuoir  la 
vapeur  et  fumee. 


» Et  si  par  touts  ces  moyens  la  douleur 
persiste  : à lors  faut  cautériser  la  dent  auec- 
ques  vn  peu  d’eau  forte  et  eau  de  vie  mes- 
lees  ensemble , ou  auecques  vn  peu  de  chaux 
viue,  mistionnee  auecq’  miel  rosat,  ou  vn 
grain  de  cautere  potentiel,  ou  y appliquer 
vn  petit  cautere  actuel,  non  vne  seule  fois, 
mais  plusieurs.  Et  si  telles  choses  ne  prolli- 
tent , faut  venir  à l’extreme  remede , qui  est 
de  l’extraire  et  arracher.  » 

Il  est  remarquable  que  presque  pas  un  dei 


OPERATIONS 

froides  et  astringentes,  comme  oxy- 
crat,  auquel  on  aura  fait  bouillir  noix 
de  cyprès,  myrtilles,  et  vn  peu  d’a- 
lum  : et  si  la  douleur  ne  cessoit,  faut 
vser  de  narcotiques  pour  stupeüer  le 
nerf. 

Exemple. 

Scminis  iusquia.  alb.  opij , camph.  pa- 
pau.  alb.  ana  q.  s. 

Coquantur  cum  sapa. 

Et  soit  appliqué  sur  la  dent.  Pareil- 
lement sera  mis  dedans  l’oreille  ce  qui 
s’ensuit. 

2£.  Opij , et  castor,  ana  3 j . 

Misceantur  cum  oleo  rosat. 

L’ouuerture  de  la  veine  qui  est  au 
derrière  de  l’oreille,  sede  la  douleur 
( chose  par  moy  souuent  expérimen- 
tée) : autres  la  font  au  milieu  de  l’o- 
reille par  dedans,  au  dessus  du  trou 
de  l’ouye  : aussi  vn  petit  emplastre 
de  poix  et  de  mastic  posé  sur  l’artere 
de  la  temple,  du  costé  de  la  douleur. 

Pour  seder  la  douleur  de  cause 
froide , prenez  eau  de  vie  meslée 
auec  vne  décoction  faite  de  vin  et  vi- 

remèdes  proposés  par  A.  Paré  en  15G1  n’a 
été  conservé  [far  lui  en  1573.  En  général, 
en  1561,  il  s’attachait  surtout  à mettre  le  re- 
mède dans  la  cavité  de  la  dent,  et  il  allait 
même  jusqu’à  la  limer  pour  favoriser  l’ap- 
plication. En  1573,  il  se  contentait  de  placer 
le  remède  sur  la  dent,  ou  même  d’en  user 
comme  gargarisme;  et  il  réservait  le  limage 
et  les  cautérisations  pour  combattre  l’éiosion 
et  les  vers,  indépendamment  de  la  douleur. 

J’ajouterai,  en  finissant,  que  l’appareil  à 
fumigation  figuré  dans  l’édition  de  1561 , et 
retranché  de  cet  endroit  en  1573,  n’a  cepen- 
dant pas  été  perdu  pour  cela;  seulement  il 
a reçu  une  autre  destination,  et  nous  en 
retrouverons  la  figure  au  livre  de  la  Géné- 
ration, avec  ce  litre  : 

Portrait  d'vn  pot  pour  receuoir  les  parfums  au 
col  de  la  matrce. 


E CHIRVRGIE.  ^ 

naigre,  rosmarin,  sauge,  pyrethre,  et 
vn  peu  de  theriaque , et  soit  posé  sur 
la  dent. 

Autre. 

Prenez  armoniac  dissout  en  eau  de 
vie  , et  un  peu  de  sandaracha , de 
myrrhe,  el  soit  appliqué  sur  la  dent  : 
chose  louée  et  approuuée  de  Vigo. 

Autre . 

Mesué  dit  que  pourseder la  douleur, 
faut  tenir  des  aulx  pilés  en  la  main 
du  costé  de  la  douleur. 

Autre. 

Pour  vne  extreme  douleur  de 
dents  que  i’auois,  vne  petite  bonne 
femme  me  conseilla  y mettre  des- 
sus vne  gosse  d’ails  vn  peu  cuitte 
sous  les  cendres,  et  la  mettre  la  plus 
chaude  que  ie  pourrois  endurer  : ce 
que  ie  feis , et  tost  apres  ma  douleur 
fut  cessée,  tellement  que  depuis  ie 
l’ay  pratiqué  en  plusieurs , où  l’on  a 
veu  vn  effet  merueilleux  : aussi  on  en 
mettra  dedans  l’oreille. 

Autre. 

"if.  Rad.  pyret.  5 G. 

Ment,  et  rut.  ana  p.  j. 

Bullianl  in  aceto. 

Et  d’icelle  en  sera  tenu  chaud  en  la 
bouche. 

Autre. 

Faites  fumigation  de  graines  de  co- 
loquintes, et  de  moutarde,  et  d’ails, 
receuë  par  entonnoir  à la  dent,  du 
costé  de  la  douleur  : aussi  on  mettra 
en  l’oreille  huile  de  castor,  ou  de  gi- 
rofle, ou  autre  tirée  par  quinte-es- 
sence. 

Autre. 

Soit  fait  parfum  ou  suffumigation 
ainsi  que  s’ensuit. 

'¥•  Rad.  pyret.  gingib.  cinamo.  alum.roch. 
salis  coramunis , nue.  moscat.  nue.  cu- 
ries. anis.  sem.  sinap.  euphorb. 


44°  LE  QVINZIÉME  livre, 


De  ces  choses  en  sera  pris  et  faite 
décoction  en  oxycrat,  et  à la  fin  sera 
adiousté  vn  peu  d’eau  de  vie  , et  en 
sera  receuë  la  vapeur  ou  fumée  par 
vn  entonnoir  : aussi  en  sera  fait  garga- 
rismes : d’auantage  en  sera  mis  vne 
goutte  ou  deux  dedans  les  oreilles 
auec  vn  peu  de  coton. 

Autre. 

Soit  appliqué  vn  vésicatoire  au 
dessous  de  l’oreille,  à sçauoir,  en  la 
cauité  où  se  conioint  la  mandibule 
inferieure,  la  douleur  cesse  : d’autant 
qu’en  ceste  partie  il  y a veine,  artere 
et  nerf,  lesquels  se  distribuent  aux 
racines  des  dents  : et  par  la  vésication 
on  fait  vacuation  de  l'humeur  ja  (lue, 
et  de  celuy  qui  découlé,  et  partant  la 
douleur  s’appaise  : ce  que  iay  fait 
plusieurs  fois  *. 

Remedes  pour  matière  chaude. 

On  fera  tenir  en  la  bouche  du  ma- 
lade du  vin  , auquel  on  aura  fait 
bouillir  semence  de  iusquiame  , ou 
mandragore. 

D’auantage,  prenez  racines  de  tin- 
tirnal,  boulines  en  vin  et  vinaigre, et 
d’icelles  qu’il  en  soit  tenu  en  la  bou- 
che : ce  remedeest  bien  approuué. 

Si  la  dent  est  pertuisée,  et  que  le 
malade  ne  vueille  permettre  l’arra- 
cher pour  appaiser  vne  extreme  dou- 
leur : il  n’y  a rien  plus  asseuré  que 
d’y  appliquer  choses  caustiques  , 
comme  huile  de  vitriol , ou  eau  fort, 
ou  le  cautere  actuel  : car  par  ceste 
cautérisation,  on  brusle  le  nerf,  le- 
quel estant  bruslé  n’a  plus  de  senti- 
ment , et  n’en  ayant  plus , ne  peut 
faire  douleur  2. 

1 Ce  moyen  n’a  été  indiqué  par  l’auteur 
qu’en  1575. 

a Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  7579;  du 
reste,  la  cautérisation  dans  ce  cas  avait  déjà 


Lors  que  les  genciues  et  les  ioues 
s’enflent  au  dehors,  c’est  bon  signe  : 
car  la  douleur  cesse,  à cause  que  Na- 
ture a poussé  l’humeur  du  dedans  au 
dehors. 

Et  si  on  veut  faire  tomber  la  dent 
par  pièces,  faut  prendre  lait  de  tinli- 
mal  et  poudre  d’encens  incorporés 
auec  vn  peu  de  fleur  d’amidon , en 
faire  paste,  et  en  soit  enueloppée  la 
dent,  sans  toucher  aux  autres. 


CHAPITRE  XXVII. 

DE  PLVSIEVRS  INDISPOSITIONS  QVI  AD- 
VIENNENT  AVX  DENTS1. 

11  y a autres  vices  et  accidens  qui  ad- 
uiennent  aux  dents,  à sçauoir  quand 
elles  sont  relaxees,  et  quelles  bran- 
lent : dauantage,  pourriture,  corrup- 
tion , pertuisement , et  des  vers  en- 
gendrés , en  icelles , congélation  et 
autres. 

Les  dents  branlent  pour  la  relaxa- 
tion des  genciues , qui  se  fait  de  cause 
primitiue,  comme  cheute  ou  coup: 
et  aussi  par  cause  antecedente,  comme 
fluxion  qui  descend  du  cerueau  : ou 
par  certaines  vapeurs  esleuées  de 
l’eslomach , et  quelquesfois  par  faute 
de  nourrissement , ce  qu’on  voit  aux 
vieilles  gens  : pareillement  par  cor- 
rosion de  certain  humeur  acre  qui 
tombe  aux  genciues. 

Or  le  branlement  qui  vient  par 

été  recommandée,  bien  qu’avec  moins  de 
détails,  par  Guy  de  Chauliac. 

1 Ce  chapitre  faisait  partie  du  précédent 
dans  l’édition  de  1573  , et  n’en  était  pas  sé- 
paré par  un  simple  alinéa  ni  par  une  note 
marginale.  Comme  il  comprend  des  matières 
fort  diverses,  j’ai  cru  devoir  intercaler  dans 
le  texte  les  notes  marginales  qui  servaient 
d’indication  pour  chaque  sujet. 


OPE  BATIONS 
seicheresse  et  defaut  d’aliment  est 
pernicieux,  comme  tesinoigne  Hip- 
pocrates' en  l’aplior.  246,  aux  Coac- 
ques,  et  iamais  ne  se  cure  : mais  les 
autres  seront  aidés  par  choses  con- 
traires. 

lit  premièrement  le  malade  euitera 
de  mascher  choses  dures  et  de  trop 
parler.  Si  le  branlement  vient  par 
coups  ou  cheutes,  et  si  elles  sont  au- 
cunement hors  de  leur  place  , le  chi- 
rurgien les  réduira  et  les  liera  aux 
autres  proches  qui  sont  fermes  et  en- 
tières, et  ne  les  doit-on  acheuer  d’ar- 
racher : car  elles  se  peuuent  r’alTer- 
mir  et  tenir  fermement  en  leurs 
alueoles. 

Ce  que  i’ay  encores  depuis  n’ague- 
res  fait  à vn  mien  voisin  et  amy, 
nommé  Anthoine  de  la  Rue , maistre 
tailleur  d habits  , demeurant  au  bout 
du  pont  saint  Michel  : lequel  receut 
un  coup  de  pommeau  de  dague  sus 
la  mandibule  inferieure,  tellement 
qu  elle  lui  entièrement  fracturée , et 
trois  dents  mises  et  renuersées  en  la 
bouche,  et  presque  du  tout  hors  de 
leurs  alueoles:  toutesfois  la  fracture 
de  la  mandibule  fut  réduite,  et  les 
dents  remises  en  leurs  places,  lices  et 
attachées  auec  vn  fil  en  double,  ciré, 
auec  les  prochaines.  le  luy  ordonnay 
viandes  qu'il  ne  falloit  mascher , 
comme  pressis , coulis , orge-mondé , 
panade , gelée , ius  d’éclanche  de 
mouton,  et  autres  semblables  : aussi 
lauemens  et  gargarismes  astringens , 
et  autres  choses  necessaires  à la  frac- 
ture : et  ainsy  fut  guari,  de  façon 
qu'auiourd’huv  masche  autant  bien 
dessus  lesdites  dents  qu’il  lit  iamais. 
Partant  le  ieune  Chirurgien  fera  le 

1 Le  texte  est  le  même  dans  toutes  les  édi- 
tions ; seulement  la  citation  d’Hippocrate 
n’a  été  intercalée  ici  qu’en  1686. 


DE  CHIUVKGIE.  4/(g 

semblable  lorsqu’il  se  trouuera  à l’en- 
droit. Or  posons  le  fait  qu’il  y eusl 
vne  dent  mise  du  tout  hors  de  sa 
place  par  quelque  coup  , ou  par  l’im- 
peritie  de  l’arracheur  de  dents,  ou  du 
malade  qui  lui  en  auroit  fait  tirer 
vne  bonne  pour  vne  mauuuaise  , ou 
la  doit  promptement  remettre  en  sa 
piace , et  la  bien  lier  auecques  les 
autres  proches,  et  par  ce  moyen  elle 
peut  reprendre. 

Un  homme  digne  d’estre  creu , m’a 
affirmé  qu’vue  princesse  ayant  fait 
arracher  vne  dent,  s’en  fi  t remet  tre  su- 
bit vne  autre  d’vne  sienne  damoiselle, 
laquelle  se  reprint  : et  quelque  temps 
apres  maschoit  dessus  comme  sus 
celle  qu’elle  auoit  fait  arracher  aupa- 
rauant.  Cela  ay-ie  ouy  dire,  mais  ie 
ne  l’ay  pas  veu  : et  s'il  est  vray  , il 
peut  bien  es  tre. 

Si  le  branlement  vient  par  rheume 
distillant  du  cerueau , ou  par  vapeurs 
esleuées  de  l’eslomach , on  y renie  - 
diera  par  leurs  contraires  : et  aussi 
par  gargarismes  et  opiates  faites  de 
choses  astringentes  , comme  berberis, 
sumach,  nue.  cupressi,  alum.rochœ’, 
cmtinod.  e qui  s et  i , succi  acaciœ  , et 
leurs  semblables.  D’auantage  le  ma- 
lade tiendra  souucnt  en  sa  bouche  vn 
peu  d’alum  de  roche,  le  tournant 
tanlost  d’vu  costé,  lanlost  de  l’autre. 

De  la  pourriture , érosion  et  pertuise- 
ment  des  dents , et  des  vers  trouués  en 
la  racine  d’icelles. 

U érosion  se  fait  par  vn  humeur 
aigu  et  acre , qui  les  corrode  et  per- 
tuise,  voire  sonnent  iusques  en  leurs 
racines.  Pour  corriger  ceste  pourri- 
ture ( apres  auoir  fait  les  choses  vni- 
uerselles  ) on  appliquera  dedans  le 
trou  huile  de  vitriol,  ou  eau  forte,  ou 
vn  peiit  caulere  actuel,  selon  qu’il 

29 


n. 


LE  QVlNZÎÉMli  LIV11E  , 


45o 

sera  necessaire  ‘ : et  s’il  est  besoin  ( de 
peur  qu’on  touche  à autre  partie 
qu’au  lieu  qu’on  veut  cautériser  ) on 
mettra  lesdits  cautères  auecques  vne 
canule  , à fin  de  corriger  la  pourri- 
ture et  érosion2. 

Or  si  le  pertuis  estoit  entre  les 
dents , comme  souuent  aduient  , 
de  sorte  qu’on  ne  peust  appliquer 
nulle  des  choses  susdites , on  limera 
entre  la  dent  saine  et  celle  qui  est 
pertuisée,  tant  qu’il  sera  besoin. 

On  lime  pareillement  les  dents 
quand  elles  poussent  oullre  les  au- 
tres, et  font  desplaisir  à mascher , et 
à la  personne , comme  l’on  voit  aux 
sourdents.  Or  cela  est  esmerueillable, 

1 L’édition  de  1573  dit:  ou  vu  petit  caulere 
actuel  comme  tu  vois  par  ceste  figure  : 


Ce  cautère  avait  déjà  été  figuré,  comme 
il  a été  dit,  dans  les  Dix  Hures  de  Chirurgie, 
pour  la  même  Indication  en  vue  de  laquelle 
il  a été  rapporté  au  chapitre  C de  ce  livre. 
Voyez  ci-devant  page  421. 

■x  L’édition  de  1673  ajoute  ici  : et  faire  mou- 
rir les  vers. 


quand  les  dents  ne  sentent  pas  quand 
on  les  lime  ou  brusle,  et  pour  occa- 
sion plus  legere  sentent  douleur  , 
ainsi  qu'on  voit  quelques  vns  auoir 
douleur  aux  dents,  subit  qu'ils  en- 
tendent le  son  et  bruit  d’vne  lime  ra- 
clant sur  quelque  fer  assez  rude- 
ment. Aretée  dit  que  Dieu  seul  en 
sçait  la  cause  *. 

Figure  des  limes  à limer  les  dents. 


Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
sera  faite  ouuerture  telle  qu’il  sera 
necessaire  pour  appliquer  les  ebo 
ses  susdites , et  prendra-on  plus  sus 
celle  qui  est  erodée  que  sus  la  saine. 
El  pour  faire  mourir  les  vers , faut  ap- 
pliquer quelques  choses  caustiques , 
aussi  pyretre  destrempé  en  vinaigre, 
ou  theriaque  dissout  en  mesme  li- 
queur: seront  aussi  appliqués  ails, 
ou  oignons,  ou  vn  peu  d’aloés. 

1 Ce  paragraphe  manque  dans  les  éditions 
antérieures  à 1585. 


OPERATIONS  DE  CIItRVRGIE. 


De  la  stupeur,  congélation  ou  endormis- 
sement des  dents. 

La  congélation  vient  pour  trop  vser 
(les  viandes  aigres,  ou  par  aucunes 
vapeurs  mauuaises  qui  montent  de 
1 estomach  en  haut,  ou  pour  quelque 
defluxion  froide  tombante  du  cerueau 
dessus  les  dents,  ou  pour  auoir  tenu 
en  la  bouche  choses  trop  froides  et 
narcotiques. 

Pour  la  cure  : les  choses  uniuer- 
selles  faites,  il  faut  tenir  eau  de  vie 
ou  de  bon  vin , auquel  on  aura  fait 
bouillir  sauge,  rosmarin,  et  autres 
semblables  herbes , doux  de  girofle, 
et  noix  muguettes  : de  laquelle  dé- 
coction en  sera  tenu  en  la  bouche. 

De  la  maniéré  d’arracher  et  rompre  les 
dents. 

Les  dents  s’arrachent  pour  l’ex- 
treme  rage  de  douleur  qu’on  y sent, 
ou  pource  qu’elles  sont  creuses  ou 
pourries,  qui  fait  que  l’haleine  est 
rendue  de  mauuaise  odeur  , et  aussi 
qu’icelle  pourriture gaste  et  altereles 
autres  dents  qui  sont  saines  et  entiè- 
res. D’auantageon  les  arrache  quand 
elles  sont  forjettées  hors  de  leur  rang, 
qu'on  appelle  soi/rdent  *,  qui  viennent 
aux  enfans  deuant  que  la  première 
soit  tombée.  Alors  il  faudra  déchaus- 
ser celle  qui  deuoil  tomber,  puis  l’ar- 
racher , et  tous  les  iours  pousser  la 
sourdent  auec  les  doigts  en  la  place 
(le  celle  qui  aura  esté  arrachée , ius- 
ques  à ce  qu’elle  soit  en  son  lieu  na- 
turel. 

On  les  rompt  aussi  à cause  qu’elles 
tiennent  par  trop , à fin  d’instiller 
quelque  chose  en  leurs  racines,  ou 
les  cautériser  plus  aisément , à fin 

' Le  paragraphe  se  terminait  ici  dans  les 
premières  éditions;  ce  qui  suit  date  seule- 
ment de  1585. 


4r»t 

d’oster  le  sentiment  au  nerf  qui  s’in- 
sère en  leurs  racines. 

Les  dents  ne  doiuent  eslre  arra- 
chées jpar  grande  violence  , de  peur 
de  luxer  et  demettre  la  mandibule 
inferieure 1 , ioint  que  par  l’extraction 
violente  on  fait  grande  concussion  au 
cerueau  et  aux  yeux.  Aussi  sc  faut 
donner  garde  de  tirer  vne  bonne  pour 
la  mauuaise  : car  soutient  mestne  le 
malade  ne  la  sçait  discerner,  à cause 
qu  il  sent  vne  si  extreme  douleur  en 
toute  la  mandibule , qu’il  ne  peut 
connoistrc  celle  qui  est  viciée  d’entre 
les  autres.  On  ne  les  doit  arracher 
tout  à coup,  de  peur  de  rompre  et 
emporter  vne  partie  de  la  mandibule 
(ce  que  i’ay  veu  par  plusieurs  fois) 
dont  peuuent  suruenir  de  bien  grands 
accidens,  comme  fiéure,  aposteme  , 
flux  de  sang,  et  par  conséquent  la 
mort  : et  aussi  que  quelques  vns  sont 
demeurés  à iamais  ayans  la  bouche 
torse,  ne  la  pouuant  que  bien  peu 
ouurir  : et  partant  on  se  doit  garder 
de  les  arracher  par  violence,  princi- 
palement lors  qu’elles  ne  branlent 
aucunement.  Et  (l’auantage , si  elles 
sont  creuses,  on  doit  remplir  le  per- 
tuis  de  liege  ou  de  plomb  bien  ac- 
commodé , de  peur  qu’en  les  serrant 
elles  ne  soient  froissées  et  rompues , 
et  que  les  racines  demeurent. 


CHAPITRE  XXVIII. 

LES  INSTRVMENS  PROPRES  POVE  ARRA- 
CHER ET  ROMPRE  LES  DENTS2. 

Premièrement,  deuant  qu’arracher 

1 L’édition  de  1573  ajoutait,  fort  inutile- 
ment à la  vérité  : (et  non  la  supérieure). 

1 Ce  chapitre  est  le  79e  de  l'édition  de 
1573. 


45  ‘2 


LE  QV1NZIÉME  LIVRE, 


les  deuts  , il  faut  que  le  malade  soit 
assis  bas,  ayant  la  teste  entre  les  iam- 
bes  du  dentateur  : puis  qu’il  les  dé- 
chaussé profondément  d’alentour  de 
leurs  alueoles 1 2 , auec  dechaussoirs 
que  tu  as  icy  figurés  par  A : et  apres 
les  auoir  déchaussées , si  on  voit 
qu’elles  tiennent  peu,  seront  poussées 
et  iettées  hors  auec  vn  poussoir , du- 
quel tu  as  icy  la  figure  marquée 
par  B. 

Figure  d’vn  poussoir  et  dechaussoirs. 


Aussi  si  on  connoist  que  la  dent  ne 
puisse  eslre  arrachée  parle  poussoir-, 
on  prendra  vn  dauiet  qui  t’est  mar- 
qué par  D , lequel  est  propre  à rom- 
pre la  dent  qu'on  veut  quasser  : ou 
bien  on  s’aidera  des  policans  mar- 

1 L’édition  de  1561  est  plus  explicite  en- 
core ; après  avoir  dit  quand  il  faut  en  venir 
à l’extraction  (voyez  la  note  de  la  page  445), 
elle  ajoute  : 

El  pour  plus  commodément  faire,  faut  coup- 
per  et  déchausser  la  chair  d’ autour  la  genciue 
et  alueole,  gui  se  fera  auecques  deschuussoirs, 
puis  les  pousser  hors  de  la  mandibule  auecques 
vn  poussoir,  lesquels  U vois  par  ceste  figure. 

2 ici  > comme  on  le  voit,  I’aré  examine 


qués  par  CC  , et  cesluy  par  E,  selon 
que  le  dentateur  se  sera  exercé  à tirer 
des  dents:  car  véritablement  il  faut 
estre  bien  industrieux  à l’vsage  des 
policans , à cause  que  si  on  ne  s’en 
sçait  bien  aider , on  ne  peut  faillir  à 
ietler  trois  dents  hors  la  bouche 
et  laisser  la  mauuaise  et  gastée  de- 
dans. 

Figure  d’vn  dauiet  et  polican. 


Figure  d’autre  polican'. 


avant  tout  si  ladent  tient  beaucoup  ou  peu; 
dans  l’édition  de  1561 , il  commençait  dans 
tous  les  cas  par  essayer  le  poussoir  ( voyez  la 
note  précédente)  : 

El  si  par  tel  moyen  ne  peux  accomplir  ton 
intention,  ajoutait-il,  useras  d’autres  instru- 
ments nommez policants  et  dauiet,  comme  tu 
lois  par  ceste  figure. 

3 Cet  instrument  était  représenté  dans 


OPERATIONS 

Qu  il  soit  vray,  ie  veux  icy  reciter 
vne  histoire  d’vn  maistre  barbier  de- 
meurant à Orléans,  nommé  maistre 
François  Louis,  lequel  auoit  pardes- 
sus tous  1 honneur  de  bien  arracher 
\ ne  dent,  de  façon  que  tous  les  same- 
dis , plusieurs  païsans  ayans  mal  aux 

l'édition  de  15G1  avec  ce  titre  ambitieux: 

viutre  polirait  de  plus  grand  industrie  et  force 
Que  les  precedents. 

Du  reste,  tous  ces  instruments  avaient  déjà 
été  figurés  d’abord  dans  cette  édition  de 
làfit,  puis  reproduits  dans  les  Dix  livres  de 
Chirurgie  en  I5G4,  puis  dans  l’édition  de 
t.i73,  et  enfin  dans  les  œuvres  complètes. 
I.es  poussoirs,  tes  déchaussoirs , les  daviers 
avaient  été  assez  bien  indiqués  par  les  au- 
teurs antérieurs  , et  notamment  par  Guy  de 
Ghauliac,  mais  les  pélicans  sont  d’invention 
plus  moderne;  et  le  nom  de  l’inventeur  m’est 
resté  absolument  inconnu. 

\oyons  seulement  par  quelles  transfor- 
mations ont  passé  ces  noms  étranges  de  da- 
vier cl  de  pélican,  ainsi  que  nous  avons  fait 
pour  le  mot  de  bistouri  (v.  t.  I,  p.  ). 

fa  première  mention  du  pélican  se  trouve 
donc  dans  le  Traité  des  Plages  de  la  teste.  L’au- 
teur, ainsi  qu’on  l’a  vu  dans  les  notes  précé- 
dentes, y parle  d’abord  des  deschaussoirs  et 
du  pousoir,  et  je  remarquerai  que  ce  poussoir, 
destiné  à renverser  les  dents  entières,  est  le 
même  instrument  que  le  pied-de-biche  des 
modernes  , employé  si  mal  à propos  pour 
l’extraction  des  racines,  et,  dans  tous  les  cas, 
si  mal  construit  pour  l’un  et  l’autre  usage. 
Après  quoi  il  en  vient  aux  deux  instruments 
qu’il  nommealorspo/i'caiits et  dauiet.  Il  semble 
cependant  retrancher  le  t du  mot  pélican  au 
singulier,  mais  c’est  probablement  une  faute 
d’impression;  car,  en  1565,  il  répétait  en- 
core policautzel  dauiet  pour  rompre  et  arracher 
des  dents.  Mais,  en  1574,  il  ôta  définitivement 
le  t du  mot  polican,  première  modification 
de  l’orthographe  primitive.  Dès  1570,  Dalc- 
champs avait  écrit  pollican  et  pélican.  Ceque 
\lrs  Grecs  nomment  iiov-^pav,  dit-il , est  ap- 
Ipelté  par  ceux  qui  auiourdhuy  font  expresse 
profession  d'arracher  et  accoustrer  tes  dents, 


DE  CHIRVRGIE.  453 

dents  venoienl  vers  luy  pour  les 
faire  arracher  : ce  qu’il  faisait  fort 
dextrement  auec  vu  polican,  et  lors 
qu’il  en  auoit  fait,  le  ietloit  sus  vn  ais 
en  sa  boutique.  Or  auoit-il  vn  serui- 
teur  nouueau , Picard , grand  et  fort, 
qui  desiroit  tirer  les  dents  à la  mode 

Dauiet  et  Pellican.  Il  avait  emprunté  à Paré 
les  figures  de  ces  instruments,  tout  en  don- 
nant une  autre  orthographe.  Plus  tard,  Isaac 
Joubcrt,  dans  son  Interprétation  des  dictions 
chirurgicales  de  Guy  , écrivait  polican  ou  pé- 
lican. Plus  lard  encore,  Guillcmeau  accrut 
1 embarras,  en  écrivant  : Le  polycauip,  dit  en 
latin  policampus.  Je  ne  sais  où  il  avait  été 
prendre  ce  latin  barbare,  que  l’on  ne  trouve 
ni  dans  Blancard  ni  dans  Castelli  ; le  traduc- 
teur latin  de  Paré  ne  le  connaissait  pas  da- 
vantage , et  s’était  servi  d’une  périphrase: 
forceps  dentarius,  qu’il  appliquait  à la  fois  au 
pélican  et  au  daviet.  Sur  la  fin  du  xvnc  siè- 
cle, Lavauguyon  disait  encore  polican , mais 
Dionis  adopta  pélican,  et  ce  dernier  mot  est 
le  seul  resté  dans  le  langage  moderne. 

Quant  au  mot’de  dauiet,  nous  savons  un 
peu  micuxson  origine.  Les  tenailles,  dit  Isaac 
Jouberl  , que  RI.  Gag  dit  cslre  semblables  U 
celles  dont  ou  relie  lonnneaux , sont  le  rnesme 
dauiet  ou  dauiel , que  les  tonneliers  appellent 
dauid. 

Ainsi  le  daviet  ou  daviel  signifiait  un  petit 
david.  Je  ne  vois  pas  pourtant  que  le  mot 
daviel  ait  été  employé  par  d’autres  que  Jou- 
bert.  Quant  à celui  de  daviet , Paré  le  con- 
seil a dans  toutes  les  éditions  qu’il  revit  liii- 
mème,  et  c’est  pourquoi  je  l’ai  conservé; 
mais  la  première  édition  posthume  adopta 
déjà  celui  de  davier.  Guillemeau  orthogra- 
phiait dauiet  dans  son  texte,  et  laissait  im- 
primer dauier  à sa  table.  Mais  ce  dernier 
l’emporta  définitivement;  il  fut  préféré  par 
Dionis  et  Lavauguyon,  et  depuis  lors  il  est 
toujours  resté  en  usage. 

Le  pélican  est  bien  évidemment  d'origine 
Irançaise  ; et  il  a été  adopté  avec  son  nom 
original  par  presque  toutes  les  nations  de 
1 Europe.  Quant  au  davier,  il  remonte  beau 
coup  plus  haut,  et  ne  porte  ce  nom  moderne 
qu’en  français. 


454  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


de  son  maistre.  Arriue , cependant 
que  ledit  François  Loiiis  disnoit , vn 
villageois,  requérant  qu’on  luy  arra- 
chast  vue  dent.  Ce  Picard  print  l’in- 
strument de  son  maistre,  et  s’essaya 
faire  comme  luy  : mais  en  lieu  d’oster 
la  inauuaise  dent  au  pauure  villa- 
geois, luy  en  poussa  et  arracha  trois 
bonnes.  Et  sentant  une  douleur  ex- 
trême, et  voyant  trois  dents  hors  de  sa 
bouche , commença  à crier  contre  le 
Picard  : lequel  pour  le  faire  taire  luy 
dit,  qu’il  ne  dist  mot,  et  qu’il  ne  criast 
si  haut,  attendu  que  si  le  maistre  ve- 
noit , il  luy  feroit  payer  trois  dents 
pour  vne.  Donc  le  maistre  oyant  tel 
bruit , sortit  hors  de  table  pour  sça- 
uoir  la  cause  et  raison  de  leur  noise 
et  contestation  : mais  le  pauure  paï- 
san  redoutant  les  menaces  du  Picard, 
et  encor,  apres  auoir  enduré  telle  dou- 
leur, qu’on  ne  luy  tist  payer  triple- 
ment la  peine  dudit  Picard,  se  teut, 
n’osantdeclarer  audit  maistrecebeau 
chef-d’œuure  : et  ainsi  le  pauure  ba- 
daut  de  village  s’en  alla  quitte,  et 
pour  vne  dent  qu’il  pensoit  faire  ar- 
racher , en  remporta  trois  en  sa 
bourse,  et  celle  qui  luy  causoil  le  mal 
on  sa  bouche. 

Partant  ie  conseille  à ceux  qui  vou- 
dront faire  arracher  les  dents,  qu’ils 
aillent  aux  vieux  dentateurs,  et  non 
aux  ieunes  , qui  n’auront  encore  re- 
conneu  leurs  fautes. 

Or  apres  qu’on  aura  arraché  les 
dents,  il  faut  assez  laisser  saigner  le 
malade,  à fin  que  par  ce  moyen  la 
partie  en  soit  deschargée  : puis  le  den- 
tateur  de  ses  doigts  comprimera  , à 
l’endroit  de  la  genciue,  le  lieu  duquel 
i’on  aura  arraché  la  dent,  tant  d vn 
coslé  que  d’autre,  à tin  de  réduire  et 
rassembler  Pahiéole  qui  aura  esté 
eslargi , et  quelquesfois  rompu  en  ti- 
rant la  dent  : et  apres  on  fera  lauer 


la  bouche  au  malade  auec  oxycrat 1 : 
et  si  c’est  en  temps  froid  , gardera  de 
s’exposer  au  vent,  de  peur  qu’il  ne  se 
face  vne  nouuelle  fluxion  sur  les  au- 
tres dents 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  LIMOS1TÉ  OV  HOV1LLEVI1E  DES 

DENTS,  ET  LA  MANIERE  DE  LES  CON- 
SERVER 3. 

Il  faut  apres  le  repas  lauer  la  bou- 
che d’eau  et  vin,  ou  eau  auec  vn  peu 
de  vinaigre  : semblablement  les  net- 
toyer, à fin  qu’il  ne  demeure  quelque 
petit  reste  de  viande,  laquelle  se  cor- 
rompt entre  les  dents,  qui  fait  qu’a- 
pres  elles  s’altèrent  et  pourrissent,  et 
font  que  l'haleine  est  de  mauuaise 
odeur.  Aussi  il  se  eoncrée  vne  ma- 

1 L’édilion  de  15G1  ne  fait  pas  mention  de 
la  manœuvre  indiquée  pour  réduire  l’alvéole, 
et  prescrit  un  gargarisme  différent  ; voici  le 
texte  qui  termine  ce  qui  a rapport  dans  cette 
édition  aux  maladies  des  dents. 

Et  la  dent  ainsi  arrachée,  laisseras  / hier  assez 
de  sang,  et  feras  lauer  la  bouche  du  patient 
auecques  vin  dans  lequel  on  aura  fait  vn  peu 
bouillir  de  la  sauge  et  rosmarin  : et  le  patient 
ne  s'exposera  à l’air  froil , principalement  le. 
ioitr  qu’on  aura  tiré  sa  dent. 

Je  n’ai  pas  trouvé  que  la  compression  de 
la  gencive  avec  les  doigts  ait  été  indiquée  par 
aucun  auteur  antérieur  à Paré  ; la  date  pré- 
cise de  oc  procédé  ou  du  moins  de  sa  pre- 
mière publication  serait  donc  1673. 

2 L’édition  de  1573 présentait  ici  un  article 
spécial  sur  les  dents  artificielles.  Il  en  a été 
détaché  lors  de  la  publication  des  oeuvres 
complètes,  et  nous  le  retrouverons  formant 
un  chapitre  spécial  au  livre  de  la  Prothèse , 
chapitre  3. 

3 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent dans  l’édition  de  1673. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


455 


tiers  terrestre,  comme  vne  rouille 
sur  icelles,  de  couleur  iaunastre,  qui 
les  corrode  comme  la  rouille  le  fer: 
ce  qui  aduient  par  faute  de  les  net- 
toyer et  de  ne  mascher  dessus  : dont 
faut  oster  et  racler  telle  matière  par 
petits  instruments  propres  à ce  faire  : 
puis  apres  seront  frottées  d’vri  peu 
d’eau  fort  et  eau  de  vie  mesléés  en- 
semble , à fin  d’oster  le  reste  que  les 
instruments  n’aurdient  peu  faire. 

Pour  les  conseruer , ne  faut  mas- 
cher choses  par  t rop  dures,  ny  rompre 
noyaux,  ny  os,  et  autres  semblables: 
aussi  qu’on  ne  les  cure  ordinairement 
auec  chose  qui  les  déchaussé  : et 
qu’on  les  frotte  auec  denirifrices  faits 
de  racines  de  guimauue  boullues  en 
vin  blanc  et  alum  de  roche , et  en 
soient  souuenl  frottées  les  dénis  : 
aussi  poudre  faite  d’os  de  seiche , 
pourcelaine,  pierre  ponce,  alum  cuit, 
corne  de  cerf,  et  vn  peu  de  candie  y 
est  souuerainement  bonne.  Aucuns 
ne  prennent  que  la  crouste  de  pain 
bruslée  mise  en  poudre- 

Eau  pour  blanchir  les  dents  fort  excellente. 

X.  Sal.  a mm.  el  gemm.  ana  3 ■ j- 
Alum  roch.  3 . £> . 

Addendoaquæ  rosaruni  quod  sufticit,  etflat 
' distillatio 

De  laquelle  userez , et  en  frotterez 
vos  dents 2. 

' L’édition  de  1573  porte:  addendo  parum 
vint , l'eau  de  rose  ne  faisait  pas  alors  partie 
de  la  formule. 

* A la  suite  de  ce  chapitre  se  trouvait  dans 
l'édition  de  1573  un  dernier  article  intitulé  : 
De  la  douleur  des  dents  des  petits  enfants. 
C’est  par  là  seulement  que  celte  digression 
sur  les  dents  se  rattachait  au  livre  delà  Gé- 
nération (voyez  ci-devant  la  note  à de  la 
page  443);  el  cet  article  a été  rattaché  au 
môme  livre  dans  les  œuvres  complètes,  où  il 
en  forme  le  dernier  chapitre. 


CHAPITRE  XXX. 

DE  l’eMPESCHEmÜnT  ET  RETRACTION 
DE  I, A lÀNGVE. 

L’empescbement  cl  rétraction  de  la 
langue  aucunesfois  est  naturelle,  es 
tant  la  tang  ue  retenue  par  les  muscles 
el  membranes,  qui  de  leur  premier 
iour  de  leur  natiuilé,  sont  on  trop 
durs  ou  trop  courts.  Quelquesfois 
aussi  vient  par  accident,  à cause  de 
quelque  cicatrice  dure,  apres  vne  \ I- 
ccre  faite  sous  icelle  >. 

On  connoist  ce  vice  estre  naturel, 
quand  le  malade  du  commencement 
est  fort  taidif  à parler:  el  quand  la 
parole luy  est  venue,  il  parle  hasliue- 
ment  en  bredouillant  : semblablement 
le  ligament  qui  est  sous  la  langue  est 
raccourci  plus  qu’il  ne  doit,  tellement 
que  le  malade  ne  peut  bien  pousser 
la  langue  hors  la  bouche. 

Quand  ce  vice  vient  par  accident, 
faut  trenchcr  et  couper  au  trauers 
l’atlaclie  nerueuse  ( dite  vulgaire- 
ment le  filet  ) qui  la  retient , et  en  co 
faisant,  se  faut  donner  garde  d’inciser 
les  veines  et  arteres  qui  sont  sous 
icelle , de  peur  de  flux  de  sang,  qui 
apres  seroit  difficile  à estaneber.  L’o- 
peralion  faite,  faut  faire  lauer  la  bou- 
che du  malade  d’oxycrat , puis  mettre 
vn  drapeau  en  double,  trempé  en  sy- 

1 Ce  chapitre  est  à peu  près  entièrement 
copié  du  chap.  29  de  Paul  d’Egine,  dans  la 
Chirurgie  françoise  de  Dalcchamps,  sauf 
quelques  idées  qui  sont  elles-mêmes  pui- 
sées dans  les  annotations  que  Dalcchamps  a 
jointes  au  texte  de  Paul.  Ce  premier  para- 
graphe, par  exemple,  est  littéralement  co- 
pié, si  ce  n’est  que  Paul  ne  suppose  la 
langue  retenue  que  par  membranes , et  que 
Paré  y a joint  les  muscles. 


LE  QVlNZIKME  LIVRE  , 


rop  de  roses  seiches  ou  de  miel  rosat, 
dedans  la  playe,  et  principalement 
de  nuit , de  peur  qu’elle  ne  se  re- 
prenne : pour-ce  qu’en  dormant  il  ne 
parle  point,  et  ne  remue  point  la  lan- 
gue. Aussi  passera  souuentesfois  son 
doigt  au  dessous , et  tirera  la  langue 
par  interualle  hors  la  bouche. 

Or  quand  il  y a danger  de  flux  de 
sang,  à cause  de  l’incision,  on  cou- 
pera ce  ligament  en  passant  vne  ai- 
guille enfilée  au  dessous,  la  serrant  si 
fort  de  iour  en  autre  qu’il  le  coupe  l. 

Quelquesfois  ce  ligament  est  si 
large  et  court , tenant  la  langue  si 
suiette,  que  la  chirurgie  n’y  a lieu 
sans  grand  flux  de  sang , et  péril  du 
malade. 


CHAPITRE  XXXI 

DES  DOIGTS  SVPEIÎFLVS  ET  DF.  CEVX  QV1 
SONT  IOINTS  ENSEMBLE2. 

Le  nombre  naturel  des  doigts  de  la 
main  est  de  cinq,  et  ceux  qui  sont 
plus  ou  moins  sont  superflus  et  con- 
tre nature.  Ce  qui  defaut,  ne  peut 
eslre  restitué  par  chirurgie  : au  con- 
traire, ce  qui  est  superflu  se  peutos- 
ter,  et  quelquesfois  non. 

Ceux  qui  sont  superflus  naissent 
près  le  pouce  , ou  près  le  petit  doigt, 
et  rarement  les  voit-on  naistre  aux 
autres  doigts.  Iceux  sont,  ou  du  tout 
charneux,  ou  bien  ont  des  os  en  leur 

1 Ce  procédé esl  indiqué  par  üalechamps 
qui  le  rapporte  à Avicenne. 

a Ce  chapitre  qui,  outre  les  matières 
annoncées  par  son  titre,  traite  encore  de 
l’ongle  incarné  et  des  cors , a été  en  partie 
puisé  dans  les  écrivains  antérieurs;  loule- 
l'ois  Paré  peut  y revendiquer  quelques  idées 
propres  que  j’aurai  soin  de  signaler. 


composition,  et  souuentesfois  des  on- 
gles. Ceux  qui  ont  des  os  naissent,  ou 
de  la  ioinlure,  ayant  l’assemblage  d’i- 
celle comme  le  doigt  naturel  : ou 
naissent  de  l’escadron  des  os  des 
doigts,  et  ceux  n’ont  aucun  mou- 
uement.  Les  autres  qui  naissent  des 
iointures,  quelquesfois  se  remuent  et 
ont  mouuement,  et  le  plus  commu- 
nément sont  plus  courts,  et  quelques- 
fois d’egale  grandeur  au  naturel. 

Aussi  les  doigts  sont  vnis  ensemble, 
et  aulresfois  bien  peu  séparés  l’vn  de 
l’autre  : cequiaduient  naturellement, 
ou  par  accident  : naturellement , dés 
le  ventre  de  la  mere , par  le  vice  de 
la  vertu  formatrice:  par  accident, 
comme  à cause  d’vne  playe,  et  le  plus 
souuent  d’vne  brusleure , par  l’igno- 
rance du  chirurgien , qui  n’a  eu  es- 
gard  pendant  la  cure  mettre  du  linge 
et  autre  chose  entre  iceux  : car  le 
cuir  estant  vlceré  tant  d’vn  que  d’au- 
tre costé  des  doigts,  iceux  se  reioi- 
gnentensemble.  Encesdeuxaccidens, 
si  le  chirurgien  connoist  qu’il  y aye 
peu  d’espaisseur , n’ayant  que  le  cuir 
et  bien  peu  de  chair  qui  les  tiennent 
liés  et  attachés  l’vn  contre  l’autre,  ai- 
sément seront  séparés  auec  vn  rasoir 
bien  tranchant  : au  contraire,  s’ils 
estoient  grandement  ioints , et  les 
tendons  et  nerfs  vnis  ensemble,  en 
tel  cas  le  chirurgien  n’y  touchera  '. 

On  ampute  aisément  ceux  qui  sont 
charneux,  coupant  auec  le  rasoir  ce 
qui  est  superflu  : et  s’il  y a des  os,  se- 
ron t tranchés  auec  tenailles  incisiues, 
comme  tu  vois  par  ces  figures. 

' Cette  histoire  des  adhérences  des  doigts 
se  lit  déjà  dans  Celse , avec  un  peu  moins 
de  détails  qu’ici  ; Paré  a pu  en  puiser  les 
idées  dans  les  annotations  de  Üalechamps 
au  43e  chapitre  de  Paul  d’Egine,  qui  traite 
des  doigts  surnuméraires, 


OPERATIONS 

Figures  des  Tenailles  incisiues  1 . 


1 L’idée  première  des  tenailles  incisives 
pour  l’amputation  des  doigts  revient;!  Paré, 
si  je  ne  me  trompe.  Ainsi,  dès  1552,  il  écri- 
vait dans  la  seconde  édition  de  ses  Playes 
d'hacquehules , fol.  4:1. 

El  si  /’ alteration  et  carie  est  à l’un  des  doiijlz 
comme  au  nommé  médius , ou  mediciis , prin- 
cipulement  au  milieu  de  la  ioincture,  et  que 
raison  vous  persuade  n’y  auoir  autre  remede 
que  d’amputer  le  doigt  ( pour  ce  qui  ne  sepeult 
faire  en  tel  endroit  auec  scie  ) sera  necessaire 
, vser  de  tenailles  incisiues  , ainsi  qu’il  appert 
\ par  ceste  figure  suyuanle. 

Ll  cette  figure  était  la  même  que  l’on 
voit  ici  représentant  le  doigt  pris  dans 
une  tenaille.  Dans  cette  édition  de  1552, 
il  ne  recommandait  guère  ces  tenailles 
que  pour  les  caries  articulaires  des  doigts, 
et  en  quelque  sorte  pour  agir  seulement  sur 
la  portion  spongieuse  des  phalanges.  Dans 
les  Dix  livres  de  chirurgie.  1504,  il  repro- 
duisait la  même  figure,  mais  avec  un  texte 
un  peu  différent. 

El  si  la  carie  esloit  en  vn  doigt , et  qu'il  n’y 
eut  moyeu  de  la  curer,  il  sera  necessaire  d’vser 
de  tenailles  incisiues , comme  tu  vois  par  la 
figure  suiuante.  fol.  87. 

Cette  fois  il  les  recommandait  donc  pour 
toutes  les  sections  des  doigts  indifféremment, 
hnfin  , dans  les  OEuvres  complètes,  on  ne 
trouve  plus  rien  qui  ait  rapport  à l’amputa- 
tion des  doigts  , et  la  ligure  seule  est  restée 
commcexemple d’amputation  des  doigts  su- 
perflus , mais  en  désaccord  flagrant  avec  le 


DE  CHIRVRCIE. 

| . Autre  Tenaille  pour  couper  les  doigts 

superflus. 


Et  le  reste  de  la  cure  se  parache- 
uera  ainsi  qu’il  appartient. 

le  dirai  encore  qu’il  y a plusieurs 
ausquelsles  ongles  entrent  en  la  chair 
des  orteils,  qui  leur  donnent  douleurs 
extrêmes,  et  souuentesfois  on  n’a- 
uance  rien  à couper  l'ongle  : car  re- 
croissant, il  fait  le  semblable  mal.  Et 
partant  pour  la  cure,  il  conuient 
couper  entièrement  la  chair  où  la 
portion  de  l’ongle  se  cache  : ce  que 
i’ay  fait  soutient  auec  bonne  issue  1 . 

nouveau  texte. — Il  ne  faut  pas  oublier  que 
ces  tenailles  à branches  arrondies  avaient  été 
imaginées  et  figurées  par  notre  auteur  dès 
1545,  pour  couperles  saillies  des  os  brisés  par 
le  boulet.  J’ai  reproduit  la  figure  primitive 
dans  une  note  de  la  page  150  du  présent 
volume.  Dès  1552,  il  avait  changé  ses  pre- 
mières tenailles  pour  les  autres  que  l’on  voit 
| ici,  et  qui  ont  les  branches  coudées  à angles; 
mais  il  garda  cependant  toujours  la  figure 
qui  repiésente  le  doigt  médius  pincé  par  les 
tenailles  à branches  arrondies. 

Cette  méthode  me  parait  appartenir  à 
Paré;  avant  lui  les  Chirurgiens  ne  s’atta- 
quaient qu’à  l’ongle  considéré  comme  la 
cause  de  tout  le  mal.  La  question  n’est  pas 


458  LE  QVINZIÉME  LIVRE, 


Pareillement  aucuns  ont  des  cors 
aux  orteils,  qui  font  grandes  dou- 
leurs. On  les  güarit  coupant  toute  la 
callosité  , ou  corne  , puis  on  applique 
dessus  aulx  pilés  : mais  pour  le  plus 
expédient,  les  faut  cautériser  auec 
eau  forte,  ou  huile  (le  vitriol. 


CHAPITRE  XXXII. 

LA  MANIERE  D’ii AB1LLER  LE  PREPVCE 

TROP  COVRT,  ET  DES  RETAILLES1. 

Il  se  voit  à aucuns  le  prcpuce 
eslre  trop  court,  et  ne  couurir  le  glan 
ou  extrémité  de  la  verge.  Or  cela  ad- 
uient,  ou  naturellement,  ou  par  lail- 
leure  dés  l’enfance  , et  ce  par  com- 
mandement de  Religion  , à sçauoir 
circoncision,  comme  aux  Juifs,  Turcs, 
et  autres-. 

Pour  la  curation,  faut  renuerser  le 
prepuce,  puis  couper  la  peau  inté- 
rieure en  toute  sa  circonscription  , 
ëuitant  la  veine  ou  artère  qui  sont 
droit lement  sur  la  verge,  entre  les 
deux  peaux  dudit  prepuce  : puis  sera 
tiré  contre  bas,  tant  que  le  glan  soit 
couuerl  et  caché,  mettant  première- 
ment entre  le  glan  et  le  prepuce  vne 
petite  emplaslre  desiccatiue3,  de  peur 

encore  décidée  de  nos  jours  ; et  les  deux  mé- 
thodes comptent  des  partisans,  et  ont  donné 
naissance  à des  méthodes  secondaires  et  à 
un  assez  grand  nombre  de  procédés. 

■ Encore  un  chapitre  emprunté  à Paul 
d’Égine,  qui  a traité  le  même  sujet  dans  le 
53'  de  son  6'  livre  Paré  n’avait  donné  d’a- 
bord que  l’un  des  deux  procédés  décrits  par 
Paul;  il  ajouta  le  deuxième  en  1585  , 
comme  je  le  noterai  plus  bas. 

- Les  éditions  de  1575  et  t55‘J  ne  parlaient 
pas  ici  des  Tares. 

3 ï.’édition  de  1575  dit:  vue  petite  cmplas- 
ire  de  pomphalior. 


qu’ils  ne  se  joignent  ensemble  : cela 
fait,  il  faudra  lier  le  prepuce  ( que 
l'on  aura  tiré  ) à son  extrémité,  ius- 
ques  à ce  que  la  cicatrice  soit  faite  : et 
ne  faut  ome  ttre  laisser  vne  petite  ca- 
nule au  conduit  de  la  verge,  à fin  que 
le  malade  puisse  vriner  à sa  volonté. 

Il  est  icy  à noter,  que  ceux  qui  ont 
esté  taillés  et  circoncis  par  comman- 
dement de  la  loy  en  leur  enfance , 
puis  quittent  icelle  auec  toutes  ses  ce- 
remonies ( à fin  de  n’eslre  recormeus 
pour  Iuifs  circoncis  ) sont  guaris  en 
ceste  sorte  L On  coupe  la  peau  de  la 
verge  contre  sa  racine  tout  autour, 
et  quand  elle  aura  ainsi  perdu  sa  con- 
tinuité, on  la  tire  peu-û-peu  en  bas, 
iusques  à ce  que  le  glan  soit  couuerl, 
puis  on  procédera  à la  cure  pour  y 
faire  cicatrice.  Tels  sont  appelés  des 
Latins  Rcculiti , et  des  François  Re- 
taillés. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DV  PREPVCE  SI  SERRÉ  OV’ON  NE  PEVT 

DESCOVVRIR  LE  CLAN  DIT  PHYMOS1S, 

ET  PARAPHYMOS1S  2. 

La  constriction  du  prepuce  a deux 
especes  : la  première , quand  le  glan 

1 II  convient  de  remarquer  que  dans  les 
éditions  de  1575  CU579  on  lisait  : sont  guaris 
en  ceste  sorte,  et  sont  appelez  des  Latins  liccu- 
titi,  etc.  — Aussi  le  second  procédé,  dont  la 
description  com  mence  par  ces  mots  : on  coup c 
la  peau  de  la  verge,  etc.,  était  passé  sous  si- 
lence, ainsi  qu’il  a été  dit  plus  haut.  Je  ré- 
pété d’ailleurs  que  tous  deux  étaient  connus 
des  anciens;  Celse  même  avait  indiqué  le 
dernier  pour  remédier  à la  circoncision  ; et 
enfin  Paul  d’Egine,  plus  sage  peut-être  en 
ceci  que  Celse  et  que  Paré,  les  avait  à peu 
près  déconseillés  tous  les  deux. 

= Oechapitre  est  en  partie  copié  textuelle- 


OPERATIONS  DE  OIIIRYRGIE. 


est  couuert  d’iceluy,  et  qu’on  ne 
le  peut  retirer  contre-mont  et  des- 
couurir.  La  seconde,  quand  le  pré- 
puce est  retiré  contre  mont,  qui  fait 
le  glan  descouuert  : et  on  ne  le  peut 
renuerser , et  réduire  sus  le  glan.  La 
première  espece  est  nommée  phymo- 
sis.  la  seconde paraphymogis. 

La  cause  de  la  première  espece  , 
qui  est  quand  le  glan  ne  peut  eslre 
descouuert,  vient  naturellement , ou 
pour  quelque  cicatrice  et  excrois- 
sance du  prépuce  : comme  il  aduient 
soutient  pour  des  verrues.  La  seconde 
espece  vient  pour  quelque  inflamma- 
tion de  la  verge  , comme  pour  auoir 
attouebé  femmes  ordes,  dont  s’est 
lai;  des  vlceros  entre  le  prepuce  et 
balanus , auec  tumeur  et  inflamma- 
tion , de  sorte  que  l'on  ne  le  peut 
renuerser  : au  moyen  de  quoy  on 
ne  sçauroit  traiter  lesdites  vlceres, 
dont  s’ensuit  le  plus  souuent  gan- 
grené et  mortification  de  toute  la 
verge  , à cause  de  quoy  est  necessaire 
faire  amputation  d’icelle  , poureuiter 
la  mort. 

Pour  la  cure  du  prepuce  serré , 
ayant  mis  le  malade  en  bonne  situa- 
tion, on  lire  le  prepuce  en  deuant , 
l’estendant  et  ouurant  autant  qu’il 
sera  possible  : et  si  la  conslriction  est 
faite  à raison  d’vne  cicatrice  , on  le 
coupera  en  trois  ou  quatre  endroits 
en  son  intérieure  partie , ce  qui  se 
fera  commodément  auec  vne  historié 
courbe  : et  ne  faut  que  lesdites  inci- 
sions pénétrent  iusques  à l’exlerieure 
partie  d’iceluy  , lesquelles  seront  dis- 
tantes, l’vne  de  l’autre  egalement  >. 

Si  l’aslriclion  vient  pour  quelque 

ment,  en  partie  extrait  du  55*  chapitre  de 
Tard  d’Egine  traduit  par  Dalccliamps,  Chir. 
fraiiçoise,  p.  29G. 

’ Dalccliamps  rapporte  quelques  observa- 


45 9 

chair  superflue  ou  verrues,  comiien- 
dra  la  consommer,  comme  les  verrues 
du  col  de  la  matrice  et  de  la  verge. 

lions  de  phimosis  et  de  paraphimosis  qui  lie 
manquent  pas  d’intérêt. 

« l’ay  veu  en  vn  icunc  enfant  de  six  ans 
vne  conslriction  naturelle  , estant  le  trou 
du  prepuce  si  petit , que  non  seulement  le 
glan  ne  se  pouuoit  descouurir,  ains  qu’en 
pissant  il  scnloit  grandissime  douleur,  et 
presque  conuulsion  , auec  noirceur  et  flui- 
dité du  bout  de  la  verge,  mettantlonglemps 
à rendre  son  vrine  : et  fut  guary  par  cir- 
concision du  prepuce  faicte  auec  des  taillons , 
en  peu  de  iours. 

» l’en  ay  veu  vne  semblable  en  vn  fort 
grand  seigneur,  qui  deliberoity  faire  remé- 
dier par  chirurgie  , mais  non  accompagnée 
de  si  fâcheux  accidens  , ains  qui  luy  appor- 
(oit  seulement  longueur  d’vriner , et  quel- 
que difficulté  de  ielcr  la  semence. 

» Vn  autre  personnage  de  grande  qualité 
est  tombé  entre  mes  mains  et  de  certains 
docles  chirurgiens,  souffrant  phimosis  et. 
paraphimosis,  à cause  que  l’intericure  par- 
tie du  prepuce  auoit  vne  callosité  si  épaisse, 
et  quelques  creuasses,  que  sans  extrême 
tourment  il  ne  pouuoit  ny  couurir  ny  dé- 
couurir  le  glan,  et  auoit  ce  bon  seigneur 
appris  par  vsage,  quand  le  glan cstfiît  déeou- 
uert,  racler  ladicle  peau  intérieure  auec  vn 
caniuet  bien  tranchant , de  laquelle  il  em- 
portait beaucoup  de  cal , et  de  cela  se  sen- 
loit  fort  allégé  en  tirant  et  retirant  son  pre- 
puce. Luy  ayant  prédit  le  danger  où  nous  le 
voyions,  de  tomber  en  chancre  , d’vu  coup 
de  ciseaux  on  luy  tailla  le  prepuce  , depuis 
son  extrémité  iusques  à sa  racine.  Apres 
quelques  ans  luy  estant  venu  le  chancre,  la 
verge  luy  fut  tranchée  et  extirpée  auec  heu- 
reux succès  ; enfin  il  est  mort  d’vne  Heure 
continue. 

» l’ayveuen  vu  artisan  paraphimosis  auec 
priapisme  causez  de  gi  ossc  ventosité,  s’exacer- 
bans  toutes  les  nuietz  en  maniéré  de  fleure 
double  tierce,  ou  quotidienne,  auec  douleur 
insupportable  et  fluidité. 

» Ordinairement  nous  voyons  en  ceux  qui 
se  sont  approchez  des  femmes  mal  nettes  , 


J. k QvmzréMr  livre, 


\{\o 

Et  h’t  où  il  scroit  tout  en  sa  circon- 
férence adhérant  contre  le  glan,  ne 
reçoit  curation 


CHAPITRE  XXXIV. 

DF.  CEVX  QVI  N’ONT  POINT  DF  TROV  AV 
RO  VT  DV  CLAN,  OV  QV I I.’ONT  AV- 
DESSOVS,  ET  QVI  ONT  LE  LIGAMENT 
DE  LA  VERGE  TROP  COVRT2. 

Plusieurs  de  leur  naissance  n’ont 
point  le  bout  du  glan  percé , mais 
bien  au  dessous  près  le  filet , à cause 
de  quoy  ils  ne  peuuent  vriner  droit , 
s’ils  ne  renuersent  la  verge  contre  le 
ventre  : ils  ne  peuuent  aussi  engen- 

phimosis,  estant  le  prepuce  si  enflé  et  en- 
flammé. que  le  glan  ne  se  peut  dechape- 
ronner,  auec  vlceres  et  du  prepuce  et  du  glan, 
et  ell'usion  d’vne  humeur  virulente,  que  vul- 
gairement ilz  appellent  chaudepissc  , et  au- 
cuns gonorrhée. 

» l'ay  bien  voulu  noter  ces  obseruations, 
à lin  que  le  curieux  lecteur  se  f'açonneà  re- 
chercher les  diuerses  causes  des  maladies , 
encore  que  les  auteurs  ne  les  spécifient.  » — 
Cliinir.  françoise,  1570  , in-Hô  , p.  2!)9. 

l)u  reste,  A.  Paré  a décrit  un  procédé  spé- 
cial pour  la  réduction  du  paraphimosis  , au 
livre  De  lagrosse-verole, chap.  15. 

■ Paul  d’Egine  avait  traité  de  cette  adhé- 
rence complète  du  prépuce  dans  son  5Gl  cha- 
pitre, etproposé  un  procédé  pour  la  détruire. 
Ce  procédé  ne  pouvait  en  aucune  manière 
alleindre  le  but  ; cl  ce  n’est  que  de  nos  jours 
que  M.  Dieffenbach  en  a imaginé  un  qui 
semble  devoirêtre  plus  efficace.  L'arrêtporlé 
par  A.  Paré  était  donc  parfaitement  justifié 
à son  époque;  et  il  faut  même  remarquer 
que  c’était  là  l’expérience  qui  décidait  con- 
tre l’autorité  des  anciens. 

aCe  chapitre  est  composé  de  trois  portions 
fort  distinctes,  l.a  première,  relative  à l’hy— 
pospaiiias  est  emprunléc  au  54f  chapitre  de 


I drer,  parce  que  ceste  imperfection 
les  empesche  de  ietter  droit  la  semen- 
ce dans  la  matrice.  En  telle  disposi- 
tion on  vse  de  la  chirurgie.  C’est  que 
l’on  tire  le  prepuce  de  la  main  senes- 
tre,  et  de  la  dextre  on  coupe  le  bout 
du  prepuce  et  l'extrémité  du  glan, 
ioignant  le  trou  qui  est  au  dessous. 

Aucuns  ont  le  ligament  de  la  verge 
fort  court , de  façon  qu’en  l’erection 
d’icelle  elle  n’esL  droite , ains  tortue, 
en  sorte  que  cela  empesche  la  géné- 
ration , la  semence  ne  pouuant  estre 
iettée  en  la  matrice  de  ligne  droite  : 
et  pour  ce  faut  couper  le  Glet  le  plus 
dextrement  que  il  sera  possible,  et 
traiter  la  playe  comme  les  autres , 
ayant  esgard  à la  partie. 

Il  y a desenfansqui  naissent  ayans 

la  Chirurgie  de  Paul  d’Egine  ; et  la  résection 
du  gland  est  décrite  par  Paul  avec  bien  plus 
de  détails  que  par  A.  Paré.  Je  noterai  que 
l’hvpospadias  était  regardé  au  xvic  siècle 
comme  uneaffection  très  rare;  Dalechamps, 
après  avoir  rapporté  ce  qu’en  avaient  dit 
Calien  et  Paul,  ajoute:  le  ne  trouue  point 
que  les  antres  auteurs  modernes  ou  anciens , 
Gréez,  Latins  ou  Arabes  , agent  traicté  de 
ceste  maladie  : et  aussi  elle  est  fort  rare,  fors 
yJlbncasis:  et  plus  bas:  De  moy  ie  ne  l’ay 
onc  veut  qu'en  an  ieuue  homme  de  14  ans,  sus 
lequel  ne  fat  lors  execulee  aucune  operation. — 
Ouv.  cité,  p.  296. 

La  deuxième  partie  concerne  la  section 
du  frein  de  la  verge  , et  n’offre  rien  à re- 
marquer. 

Mais  le  dernier  paragraphe  n’a  aucun  rap- 
port avec  le  tilre  du  chapitre  ; il  a été  ajouté 
par  l’auteur  en  1579,  sans  que  rien  le 
distingue  du  texte  qui  précède,  ni  indication 
marginale,  ni  même  un  simple  alinéa.  Paul 
avait  consacré  à l’oblitération  de  l’anus  le 
SD  chapitre  de  sa  Chirurgie  ; mais  il  ne  pa- 
rai t pas  que  Paré  l’ait  consulté  ; et  le  pro- 
nostic qu’il  porte  en  terminant,  d’après  son 
expérience  personnelle , bien  qu’il  ne  soit 
pas  d’une  certitude  absolue  , ne  souffre  ce- 
pendant que  de  hiert  rares  exceptions. 


OPERATIONS 

le  siégé  clos  tl  vne  membrane  qui 
garde  les  excremens  de  sortir  : aus- 
quels  pour  le  deuoir  de  nostre  art , il 
y conuient  faire  ouuerture , et  l’ayant 
laite  , on  voit  sortir  quelques  excre- 
mens  : mais  neantmoins  cela  , i’ay  re- 
marqué que  tels  enfans  ne  viuenl  pas 
longs  iours  qu'ils  ne  meurent. 


CHAPITRE  XXXV. 

DE  LA  CAVSE  DES  PIERRES  L 

Les  pierres  qui  se  font  en  la  vessie 
prennent  le  plus  souuvent  leur  origi- 
ne des  reins,  et  descendent  en  la  ves- 
sie par  les  vaisseaux  vrinaires. 

La  cause  d’icelles  est  double , à sça- 
uoir  materielle  et  efficiente.  La  cause 
materielle,  pour  la  pluspart,  sont 
gros  humeurs  gluans  , espais  et  vis- 
queux, faits  de  crudités  causées  par 
intemperature  et  exercices  immodé- 
rés, principalement  soudain  apres  le 
past  : et  pour  ceste  cause  les  enfans 
sont  plus  suiets  à ceste  maladie  que 
les  plus  aagés,  ainsi  que  l’on  voit 
par  expérience,  à raison  de  leur  in- 

1 Les  quinze  chapitres  qui  vont  suivre,  du 
35e  au  50,  constituaient  le  livre  Des  [lier- 
res dans  les  Dix  tiares  de  Chirurgie  publics 
en  1 5G4  ; et  le  texte  primitif  n’a  subi  que 
peu  de  modifications;  nous  les  signalerons 
avec  soin. 

Ce  traité  des  pierres  est  en  partie  calqué 
sur  ce  qu’en  a écrit  Franco  dans  son  Traité 
des  hernies,  édition  de  15G1  ; et  même  pour 
la  description  du  grand  appareil , emprunté 
par  Franco  à Marianus  Sanctus , nous  ver- 
rons que  Paré  a pris  pour  principal  guide 
franco  : bien  que  les  modifications  notables 
qu’il  a faites  à l’appareil  primitif  témoignent 
qu’il  a eu  d’autres  enseignements.  Ainsi  que 
je  l’ai  dit  dans  mon  Introduction  , A.  Paré 
n’ayant  jamais  fait  la  taille  , il  est  probable 
que  c’est  de  Laurent  Collol  qu’il  tenait  au 


1)E  CH1UVRGIE. 

satiable  voracité  *.  La  cause  efficiente 
est  la  chaleur  excessiue,  qui  consume 
la  sérosité  subtile , et  la  plus  terrestre 
demeure  et  se  seiche , ainsi  que 
voyons  és  tuiles  et  briques  estre  fait, 
desquelles  le  feu  consumant  l’humi- 
dité , le  reste  se  tourne  en  pierre.  Ce 
qui  y aide  beaucoup , ce  sont  les  con- 
duits et  voyes  urinaires  trop  estroits  , 
en  sorte  que  les  excremens  gros  et 
visqueux  ne  peuuent  passer  et  estre 
iettés  hors  par  iceux  , ains  demeurent 
dans  la  substance  des  reins  ou  de  la 
vessie , puis  s’amassent  les  vus  sur  les 
autres  : ainsi  par  addition  est  faite  \ ne 
pierre,  comme  parescaille,  crouste 
ou  escorce.  Et  tout  ainsi  que  le  chan- 
delier trempant  sa  meiche  par  plu- 
sieurs fois  dans  le  suif,  il  en  fait  vne 
grosse  chandelle  : semblablement  la 
partie  de  l’vrine  plus  crasse  et  gluante 
en  passant  sur  vne  petite  arene  ou 
pierre,  s’ adhéré  contre,  et  s’incruste, 
puis  par  quelque  espace  de  temps  se 
grossist , et  fait  vne  grosse  pierre. 

L’vrine  contenue  en  la  vessie,  de- 
puis qu’elle  est  eschauffée,  rend 
grande  chaleur  au  corps  : partant  il 
est  bon  de  pisser  souuent 2. 

moins  en  partie  ce  qu’il  a ajouté  au  texte  de 
Franco. 

1 Ces  mots,  à raison  de  leur  insatiable  vora- 
cité, ne  datent  que  de  1585,  mais  l’observa- 
tion delà  plus  grande  fréquence  de  la  pierre 
chez  les  enfants,  avait  déjà  été  faite  par  Al- 
bucasis. 

2 Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté  en 
1585  ; le  reste  du  chapitre,  sauf  l’interca- 
lation signalée  dans  la  note  précédente  , est 
littéralement  reproduit  d’après  l’édition  de 
15(;4.  Ce  n’est  d’ailleurs  qu’une  analyse  du 
commencement  du  chapitre  31  de  Franco  : 
De  la  pierre  en  la  vessie,  ouvrage  cité  p.  104  ; 
Franco  rapporte  de  même  , d’après  Galien  , 
cette  comparaison  des  tuiles  séchées  au  four. 

La  théorie  de  Marianus  Sanctus  est  un  peu 
différente.  Il  admet  que  certaines  pierres 


462 


LE  QV1NZIÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  SIGNES  DES  l'IEIUlES  ES  REINS  , 

ET  EN  LA  VESSIE. 

Les  signes  de  la  pierre  engendrée 
és  reins  sont,  que  le  patient  iette  auec 
l’vrine  des  arenes  rouges  ou  iaunas- 
tres,  et  sent  va  prurit  obtus  aux 
reins  , auec  granité  et  pesanteur  des 
lombes  1 : et  quand  il  se  meut , il  souf- 
fre vnedouleur  poignante , et  stupeur 
ou  fouriniernent  aux  lombes,  hanches 
et  cuisses , à cause  que  la  pierre  es- 
tant enclose  dedans  le  rein  ou  dans 
le  pore  vrelaire , presse  les  nerfs  pro- 
cédais des  vertébrés  des  lombes. 2 

On  connoistra  la  pierre  eslre  en  la 
vessie  par  ces  signes  : c’est  que  le  ma- 
lade sent  vne  pesanteur  ( sçauoir  est 
si  elle  est  grosse)  au  siégé  etperineuin, 
auec  douleur  iectigatiue  et  poignante, 
qui  s’estend  iusques  à l'extrémité  de 
la  verge , tellement  qu’il  la  tire  et 
frotte  tousiours,  dont  elle  vient  al- 
longée et  relaxée  outre  mesure  : et  le 
plus  souuent  l’a  roide  , pour  la  dou- 
leur qu’il  souffre  : auec  grande  enuie 
de  pisser,  mais  ne  peut  bien  libre- 
ment, et  quelquesfois  ne  pisse  que 

sont  produites  par  le  chaud  et  le  sec,  d’au- 
tres par  le  froid  et  l’humide,  et  en  tire  cette 
conséquence  qu’on  ne  peut  espérer  de  les 
dissoudre  toutes  avec  un  remède  unique. 
L'exposition  de  celte  étiologie  lient  près  de 
trois  pages  in-fol.  de  G5  lignes  à la  page.  — 
De  lapide  renum  et  vesiece,  in  Tliesaur.  Chi- 
rur.  tlffenbachii , p.  901  à 901. 

1 Hip.  aux  Epidémies.  — A.  P. 

2 Ce  premier  paragraphe  formait  le  deuxiè- 
me chapitre  du  livre  des  Pierres  en  16G4 , 
sous  ce  titre:  Des  signes  des  pierres  és  reins  ; 
et  ce  qui  vient  après  constituait  le  troisième, 
intitulé:  Des  signes  de  la  pierre  en  la  vessie. 


goutte  à goutte  : et  en  vrinant  sent 
vne  extrême  douleur , croisant  les 
ïambes  <,  et  séant  contre  terre  auec 
cris  et  geinissemens,  auec  très  gran- 
des espréihtes , à cause  que  la  pierre 
est  chose  estrange  à nature.  Par  quoy 
la  vertu  expultrice  s’efforce  à la  ietter 
hors , qui  cause  les  espreintes  : et  par 
icelles  souuent  le  muscle  du  siégé 
nommé  sphincter,  est  relasché  : lors 
portion  de  l'intestin  droit  sort  dehors, 
et  à d’aucuns  par  les  espreintes  leur 
viennent  les  hemorrhoïdes,  auec  ex- 
trême douleur.  En  outre,  au  fond  de 
leur  yrine  est  trouué  vu  humeur 
gros,  visqueux  et  gluant , quelques- 
fois aussi  gros  comme  des  petites 
huistres,  ou  comme  du  blanc  d’œuf  : 
et  telle  chose  demonstre  que  la  pierre 
est  faite  par  diminution  de  chaleur 
naturelle.  D’auantage  le  malade  a 
vne  couleur  pâlie , iaunaslre  ou  li- 
uide  , et  les  yeux  battus  , ne  pouuant 
reposer  ny  dormir  qu’à  grande  peine, 
à cause  qu’il  est  presque  en  conti- 
nuelle douleur. 

D’abondant , on  connoistra  par  la 
sonde,  en  situant  le  patient  debout, 
vn  peu  courbé  deuant,  les  iambes 
distantes  l’vne  de  l’autre  d’vn  pied  ou 
enuiron,  et  qu’il  soit  appuyé  par  der- 
rière : alors  on  appliquera  vne  deces 
sondes  (telle qu’il  serabesoin)  premiè- 
rement ointe  d’huile  ou  beurre  , la 
passant  dextrement  iusques  dedans  la 
capacité  de  la  vessie  s’il  est  possible. 

El  où  par  telle  situation  on  ne 
poui voit  mettre  la  sonde  en  la  vessie, 
il  conuiendra  situer  le  malade  sur  le 
bord  de  son  lit,  vn  peu  à la  renuerse , 

1 Dans  l’édition  de  1564,  l’auteur  ajoutait 
en  marge: 

Les pulicntz  sont  enseignez  de  nature  à croi- 
ser les  iambes  : car  ce  faisant  reculent  la  pierre 
du  conduit,  qui  fait  qu apres  vrinent  mieux. 


OPERATIONS 

les  genoux  pliés,  et  les  talons  près  des 
fesses,  comme  tu  pourras  voir  en  la 
figure  depeinte  ey  apres  de  ceux  à 
qui  on  tire  la  pierre  par  incision.  Ce 
faisant  on  mettra  la  sonde  plus  faci- 
lement dedans  la  vessie  , et  par  icelle 
on  sentira  la  pierre  par  vue  résistan- 
ce et  dureté  d’vncorpsdur,auecvn  son 
sourd  au  bout  de  la  sonde,  qui  fera  iu- 
gcr  véritablement  y auoir  vne  pierre. 

Et  noteras  icy  pour  vn  precepte , 
qu’entre  tous  les  signes  susdits,  celuy 
de  la  sonde  est  le  plus  certain  pour 
connoistre  s’il  y a pierre  ou  non  *. 

1 outesfois  il  aduienl  qu’on  la  peut 
trouuer  au  sens  du  tact,  à cause 
qu  elle  sera  contenue  en  vne  aposte- 
me , ou  enueloppée  d’vn  humeur 
gluant  ou  visqueux , ou  couuerte 
d vne  membrane  : quelquesfois  aussi 
que  la  pierre  est  petite  et  errante  en 
la  vessie,  qui  fait  qu’on  ne  la  peut 
pas  tousiours  trouuer , et  quelques 
iours  apres  on  la  Irouue. 

Or  les  sondes  doiuent  estre  propor- 
tionnées selon  le  sexe  et  les  aages. 
Partant  il  en  faut  auoir  de  petites, 
longues,  moyennes , grosses , menues, 
courbées,  et  droites 2. 

' Les  éditions  de  15G4, 1£>75,  1579,  etaprés 
elles  1 édition  latine,  présentent  en  cet  en- 
droit une  variante  notable.  Après  ces  mots: 
s'il  y a pierre  ou  non,  on  lisait  immédiate- 
ment- Et  seront  lesdiles  sondes  courbées  , el 
le  chirurgien  en  aura  de  cliuerse  longueur  cl 
grosseur  pour  la  diuersilé  des  corps.  Dauan- 
tage  lorsqu’on  les  met  dans  la  vessie,  etc. 

C est  donc  en  15S5  que  Paré  a ajouté  les 
deux  phrases  qui  suivent  touchant  certaines 
di facultés  du  diagnostic.  Dans  toutes  les 
éditions  postérieures  on  lit  : Touiesfois  il 
aduœni  qu’on  lu  peut  irouuer  , comme  je  l’ai 
laissé  dans  le  texte;  je  dois  dire  pourtant 
que  le  sens  me  parait  exiger  ici  une  néga- 
tion, et  qu’il  faudrait  lire:  Touiesfois  il  ad- 
uiem  qu'on  ne  la  peut  irouuer. 

2 Le  traducteur  latin  a ajouté  ici  de  son  I 


DE  CHfRVRGlF. 

D’auanlagc,  lorsqu’on  les  met  en 
la  vessie  pour  les  faire  v riper , il  y 
faut  mettre  dedans  vn  filet  d’argent , 

pour  empescher  que  quelque  humeur 
ou  sang  ne  s’engorge  au  bout  , qui 
seroit  cause  que  I vrine  ne  pourroil 
passer  au  trauers  : et  quand  elle  sera 
dans  la  vessie,  oh  doit  retirer  le  fil 
d’argent , à fin  que  l’vrine  passe  libre- 
ment au  trauers  d’icelle  *. 

chef  quelques  détails  queje  vais  reproduire  : 

/ bi  in  urelhram  immissi  ( quod  imprudens 
atiie  omiseram  ) ad  cervicem  vesicœ  perve- 
neruni  (catheteres)  non  recia  in  vesicam  in- 
trudeucli  sunt , sed  simul  cum  cote  sinislru 
manu  comprehenso  in  ipsum  vesicam  dexira 
inolliier  demergendi  , in  viris  pnesenim  ob 
viœ  longhudinem  cl  inflexionem  quee  fit  in  mo- 
dem luierœ  S.  In  mulieribus  non  Ha  ob  colli 
vesicœ brevilatern  et  rectiludinem. 

1 tout  ce  tableau  des  signes  de  la  pierre 
est  emprunté  au  chapitre  de  Franco  déjà 
cité,  à l’exception  du  premier  paragraphe, 
relatifaux  pierres  des  reins.  Alarianus  Sanc- 
tus  a un  passage  assez  curieux  au  sujet  de  la 
colique  néphrétique  causée  par  des  pierres 
rénales  : 

« H reste  un  caractère  digue  d’attention  : 
c’est  que  cette  affection  est  dite  paroxismalc, 
selon  Avicenne  , et  que  les  accès  sont  sépa- 
les tantôt  par  un  mois,  tantôt  quatre  mois, 
et  quelquefois  un  an  entier  de  calme,  selon 
la  lenteur  ou  la  rapidité  que  la  pierre  met 
à s’accroître.  Quelquefois  elle  croît  avec  une 
telle  célérité  que  le  malade  semble  près  de 
mourir  subitement , à cause  de  la  douleur 
déterminée  par  cette  croissance  de  la  pierre 
arrêtée  dans  quelqu’un  des  conduits  de  l'u- 
rine. C’est  ce  qui  m’arriva  à r.aguse  , acca- 
blé que  j étais  de  sables  , de  graviers  , de 
douleurs  arthritiques  aux  pieds  el  aux  mains 
(je  ne  dis  pas  véroliques)  ; de  telle  sorte  que 
j’étais  à la  mort,  et  cela  si  rapidement  que 
j’eus  à peine  le  temps  de  prendre  ma  pou- 
die,  dont  la  vertu  et  l’efficacité  amenèrent 
ma  délivrance.  Vertu  si  grande,  que  sou- 
vent en  vingt-quatre  heures,  au  plus  en  trois 
jours,  le  malade  est  tiré  de  sa  langueur  avec 
1 extraction  de  la  pierre.  Cette  poudre  est 


46 4 LE  QVJNZIEJVIE  LIVRE  , 


La  figure  des  sundes  et  du  fil  d’argent  est  telle. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DV  PROGNOSTIC  DES  PIERRES  *. 

La  pierre  estant  sortie  hors  de  l’vn 
des  reins,  et  arrestée  dans  son  vic- 
ia propriété  de  l'excellent  et  très  brave  ca- 
pitaine Antoine  Rincon,  chambellan  etcon- 
seiller  du  roi  très  chrétien  , seigneur  de 
Germola  etPetralata,  etc.»  Loco cùafo,p.9(14. 
Il  donne  à la  page  9(1G  la  formule  de  cette 
précieuse  poudre , composée  de  semence  et 
de  racines  de  persil  et  de  fleurs  de  chardon 
étoilé  séchées  au  four,  pulvérisées,  et  don- 
nées à la  dose  d’un  à deux  scrupules. 

Quant  à la  pierre  de  la  vessie  , A.  Paré  a 
omis  le  précepte,  reproduit  par  Franco  d’a- 
près bien  d’autres,  d’introduire  le  doigt  dans 
le  rectum.  Du  reste,  il  est  juste  de  recon- 
naître que  la  symptomatologie  de  Franco,  à 
peu  près  copiée  par  A.  Paré,  est  bien  plus 
riche  et  plus  complète  que  celle  de  tous  les 
écrivains  antérieurs. 

' Franco  parle  peu  du  prognostic  ; et  pres- 
que tout  ce  chapitre  me  paraît  appartenir  à 
Paré.  On  y trouvera  cependant  l’étiologie  de 
Marianus  Sanctus  sur  les  pierres  causées  par 
le  chaud  et  par  le  froid;  et  quelques  idées 
de  Franco,  notamment  sur  la  formation  des 
pierres  dans  les  reins  chez  les  vieillards  , et 
chez  les  enfants  dans  la  vessie. 


tere,  en  sorte  qu’elle  le  bouchant  du 
fout,  ce  neanlmoins  le  patient  ne 
laissera  à vriner  : parce  que  la  natu- 
re ayant  fait  notre  corps  double,  l’vri- 
neregurgitera,et  sera  vacuéepar  l’au- 
tre vretere.  Et  si  tel  accident  aduient 
aux  deux  , l’vrine  sera  du  tout  sup- 
primée, qui  sera  cause  de  la  mort  du 
patient,  et  en  mourant  fera  sembla- 
bles aspirations  que  ceux  qui  se 
noyent  en  vue  grande  eau , à raison 
que  l’vrine  regorge  dedans  la  grande 
veine  caue , et  par  conséquent  és  au- 
tres , et  meurent  : pource  que  la  cha- 
leur naturelle  est  suffoquée  et  cs- 
teinle  par  la  trop  grande  multitude 
d’vrine  : et  aussi  aucuns  la  vomis- 
sent , ce  que  i’atteste  auoir  veu  sou- 
uentes  fois1. 

Ceux  à qui  nature  iette  quelque 
petite  pierre  des  reins,  et  s’arrestc 
aux  vaisseaux  vreteres , aucunes  font 
vne  extreme  douleur,  iusques  à ce 
qu’elles  soyent  descendues  dans  la 
vessie , et  ont  plusieurs  accidens  , 
comme  espreintes,  et  volonlé  d’aller 
à la  selle  et  vriner,  et  nepeuuent, 
pource  qu’ils  sont  le  plus  souuent 

> Cctlc  dernière  phrase:  Ta  aussi  aucuns 
la  vomissent,  elc.,  est  une  addition  de  loSâ. 


Ol’ER.lTrpNS 

constipés  de  ventosités  : qu'il  soit 
vray,  ils  routent  quasi  conlinuelle- 
ment.  Et  si  le  patient  esternue,  ou 
qu  il  tousse,  ou  qu’il  fasse  quelque 
grande  commotion  de  corps,  il  sent 
\ne  douleur  poignante  (principale- 
ment si  elle  est  cornue,  et  si  elle  a 
des  aspérités)  à l’endroit  où  est  la 
pierre  arrestée.  Semblablement  la 
douleur  est  communiquée  à la  han- 
che et  à la  cuisse,  et  à d'aucuns  leur 
semble  qu  on  leur  lire  en  haut  les 
testicules  par  vne  grande  violence. 
D’auantage  sont  vexés  de  la  colique, 
auec  vomissemens  bilieux  et  sueurs 
vniuerselles. 

La  pierre  s’engendre  le  plus  sou- 
uent  aux  vieux  és  reins  , qu’elle  ne 
fait  és  ieunes , à raison  que  leur  fa- 
culté expullrice  est  plus  debile.  Au 
contraire,  elle  s’engendre  en  la  ves- 
sie des  ieunes  plus  souuent  qu’aux 
vieux , d’autantplus  que  leur  chaleur 
naturelle  est  plus  forte,  et  par  con- 
séquent leur  faculté  expullrice  est 
plus  vigoureuse,  et  aussi  pource 
qu’ils  sont  plus  excessifs  à la  crapule, 
comme  auons  dit  cy  deuant. 

Et  quand  elle  est  en  la  vessie , et 
que  le  patient  iette  du  sang  auec  l’v- 
rine,  c’est  signe  que  la  pierre  n’est 
grosse  ny  vnie  : mais  au  contraire, 
est  petite  et  cornue , ou  espineuse , 
c’est  à dire  auec  aspérités  : car  d’au- 
tant plus  qu’elle  est  petite,  plus  faci- 
lement entre  dedans  le  col  et  orifice 
de  la  vessie , et  par  ce  moyen  a plus 
de  peine  à en  estre  reculée  et  à r’en- 
trei  dedans  sans  violence , pource 
qu’elle  esgratigne  et  vlcere  les  par- 
ties ou  telles  aspérités  touchent , qui 
est  cause  de  ielter  lesangparla  verge. 

Aussi  quand  i’vrine  est  blanche  et 
laiteuse  , c’est  signe  que  la  pierre  est 
'nie  : pareillement  le  patient  ne  sent 


DE  CHIRVKGIE.  /^(35 

telle  douleur,  que  lorsqu’elle  a des 
aspérités. 

Et  si  la  pierre  estant  aux  reins  est 
espineuse,  il  sentira  douleur  pi- 
quante comme  d’aiguillons , ne  se 
pouuant  plier  ny  remuer  qu’auec 
peine  : s il  trauaille , il  iette  vne  vrine 
sanguinolente,  voire  quelquesfois  le 
sang  tout  pur , à cause  de  la  violence 
qu  elle  lait  contre  les  parois  des  cola- 
toires  où  elle  a esté  procréée. 

Or  les  pierres  qui  naissent  aux 
reins  seront  grosses  et  petites,  et  de 
diuerses  formes  et  figures , à raison 
des  interceptions  ou  petits  ven- 
tricules qui  sont  au  profond  dos 
cauitésdcs  colatoires.  Véritablement 
i’en  ay  trouué  en  aucuns  eslans  dé- 
cédés , de  grandes  comme  le  doigt , 
et  de  figure  d’vn  léurier,  autres-, 
fois  d vn  porc,  aulresfoisrondes  et 
voies,  autresfois  quarrées,  et  auec 
plusieurs  aspérités,  comme  pomme 
de  pin  : autresfois  vne  seule , autres- 
fois plusieurs,  et  de  diuerses  couleurs, 
comme  noires,  iaunaslres,  bian- 
cheastres,  rougeastres,  cendrées  , et 
autres  de  diuerses  formes  et  cou- 
leurs , selon  la  température  des  pa- 
liens. 

Des  cholériques  et  maigres,  les 
pierres  sont  communément  faites  par 
chaleur  et  siccité  estrange  : et  des 
phlegmatiqueset  gras,  par  froideur  et 
congélation,  et  par  obstruction  des 
conduits. 

1 La  pierre  qui  est  en  la  vessie  est 

quelquesfois  errante,  autresfois  atta- 
chée en  haut , ou  en  bas , ou  au  fond. 

Si  elle  est  attachée  au  fond,  le  patient, 
pour  pisser  à sou  aise , se  couche  sur 
les  reins  : et  si  elle  est  en  haut,  il  se 

1 Ce  paragraphe  se  lit  pour  la  première 
lois  dans  l’édition  de  15S6. 

3 o 


il 


466  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


courbe  pour  vriner  : si  elle  en  est  bas, 
il  se  tientdebout  : et  si  elle  eslerrante, 
qui  est  lors  qu’elle  est  petite , il  se 
met  en  diuerses  figures. 

Quelquesfois  la  pierre  tombe  du 
fond  de  la  vessie  au  conduit  de  l’ vrine, 
et  du  tout  le  bouche,  dont  aduient  en- 
tière suppression  d’viinè.  Alors  il  faut 
situer  le  patient  sur  le  dos,  et  esle- 
uèr  les  iambes  en  l’air,  l’agitant  et 
secoüant  comme  si  on  vouloit  ensa- 
cher quelque  chose  dans  vn  sac , à fin 
de  la  repousser  hors  du  conduit  de 
l’vrine  : et  semblablement  se  peut  re- 
pousser auec  vne  sonde. 

Ceux  qui  ont  la  pierre  és  reins  ou 
en  la  vessie,  sont  presque  en  conti- 
nuelle douleur  : toulesl'ois  à d’aucuns 
leur  douleur  vient  par  paroxysmes  , 
et  seront  quelquesfois  vît  mois  ou 
deux , plus  ou  moins , voire  vn  an  en- 
tier, sans  sentir  de  douleur  1 , qui  est 
lors  que  les  pierres  sont  licées  et  po- 
lies : mais  si  elles  sont  raboteuses 
auec  aspérité,  causent  de  très  gran- 
des douleurs,  principalement  apres 
auoir  pissé  : à cause  que  le  corps  de 
la  Vessie  se  comprime  et  resserre  con- 
tre la  pierre  pour  ieiter  l’vrine  : et  la 
pierre  qui  luy  est  contre  nature, 
la  vertu  expulsiue  s’efforce  autant 
qu’elle  peut  la  vouloir  ietter  hors. 
Or  ces  pauures  lapidaires , pour  l’ex- 
treme  douleur  qu’ils  endurent , dési- 
rent plus  mourir  que  viure,  qui  fait 
qu’ils  s’exposent  entre  les  mains  du 
tailleur  : mais  le  plus  souuent  c’est 
trop  tard.  Car  iamais  ils  ne  s’y  met- 
tent , si  ce  n’est  lors  que  leurs  vertus 
sont  prosternées  et  abbatues,  et  la 
vessie  escorchée  et  vlcerée  , qui  est 
cause  qtl’ils  meurent.  Parlant  n’en 
faut  donner  auctin  blasmc  au  chirur- 
gien. 

1 Le  paragraphe  s’arrête  ici  dans  les  pre- 
mières éditions,  le  reste  a clé  ajouté  en  1 585. 


Ceux  qui  ont  pierres  aux  reins  , le 
plus  souuent  font  les  vrines  claires, 
et  quelquesfois  laiteuses  et  sanieuses 
auec  du  poil  '. 

Les  femmes  ne  sont  si  suiettes 
d’engendrer  pierres  comme  les  hom- 
mes, à cause  qu’elles  ont  le  col  de  la 
vessie  plus  court  et  plus  large,  taxe  , 
et  ample  : parquoy  lorsqu’il  y a com- 
mencement de  pierre,  elle  sort  de- 
uanl  qu’elle  soit  fort  grosse  : néant- 
moins  à aucunes  se  forment  et  gros- 
sissent autant  qu’aux  hommes,  dont 
les  conuient  inciser , et  leur  aider  par 
semblables  remedes  qu’on  fait  aux 
hommes. 

Lorsque  la  pierre  excede  la  gros- 
seur d’vn  œuf  és  hommes,  le  plus 
souuent  en  la  tirant  on  dilacere  le 
corps  de  la  vessie.  Et  si  telle  chose 
est  faite,  l’vrine  Huera  inuolontaire- 
ment  à iamais,  à cause  que  la  vessie 
estnerueuse  et  exsangue: parquoy  ne 
se  peut  consolider  ny  réunir , et  d’a- 
uantage  le  plus  souuent  y suruient 
inflammation  et  gangrené,  et  par 
conséquent  la  mort. 

Les  pierres  médiocrement  grosses 
se  tirent  plus  seurement,  et  le  mala- 
de en  eschappe  pluslosl  que  si  elles 
estoienl  petites,  à raison  que  le  ma- 
lade est  accouslumé  de  longue  main 
à patience,  en  tolérant  ordinaire- 
ment inflammation,  douleur,  et  au- 
tres accidens  : ce  qui  n'est  de  œesme 
aux  autres. 

Si  la  pierre  adhéré  fort  contre  la 
vessie,  et  est  couuerte  d’vne  mem- 
brane, la  voulant  tirer  on  dilacere 
ladite  vessie , et  par  tel  moyen  s’en- 
suit conuulsion , gangrené  , et  par 
conséquent  la  mort.  Tu  doisicy  noter, 
que  la  pierre  estant  ainsi  couuerte 

1 Ces  mots,  et  quelquesfois  laicleuses  , etc., 
sont  encore  une  addition  de  1585, 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


d’vne  membrane,  mal -aisément  se 
péut  trouuer  par  la  sonde. 

En  outre,  si  la  pierre  est  de  figure 
longue  , et  que  I on  la  prenne  en  tra- 
uef9,  on  dilucerera  et  rompra  on  la 
vessie , dont  s’ensuiuront  les  accidens 
prédits. 

Si  le  chirurgien  par  cas  fortuit  pince 
le  corps  de  la  vessie  avec  ses  inslru- 
mens,  et  qu’il  la  dilacere  et  séparé 
des  parties  ou  elle  est  jointe,  s’ensui- 
tira  conuulsion  et  autres  accidens 
prédits.  Or  parce  qu’eile  sera  séparée 
des  parties  où  elle  adhéré,  se  fera 
grande  inflammation , à cause  du 
sang  qui  coulera  entre  icelles  parties, 
lequel  se  putréfiera  suiuant  l’apho- 
risme d’Hippocrates  , qui  dit  : Si  in 
ventrim  sanguis  prœler  nalurameff im- 
dilur , necessariô  puirescit.  Parquoy 
s’ehsuiura  aussi  gangrené,  mortifi- 
cation , et  consequemmenl  la  mort. 

Apres  auoir  ainsi  escrit  les  causes 
des  pierres  qui  sont  trouuées  au 
corps,  la  manière  comme  elles  sont 
procréées,  les  signes  des  lieux  où  elles 
sont,  les  symptômes  et  accidens,  et  le 
prognoslic  : à présent  faut  escrire  la 
curation,  à seauoir  preseruatiue  et 
curatiue , et  comme  il  faut  diuersifier 
les  remedes  et  instl  uinens  selon  les 
corps  et  parties  où  elles  sont  trouuées. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

bE  tA  Ctf.E  rr.ESEP.VATIVE  L 

La  cure  preseruatiue  sera  faite  en 
ordonnant  le  régime  sur  les  six  cho- 
ses non  naturelles,  en  euilant  les 

1 Franco  a un  chapitre  De  la  cure  de  la 
pierre  aux  reins,  qui  traite  des  mêmes  ma- 
tières que  celui-ci  et  que  le  suivant;  mais 
ta  rédaction  de  Paré  est  lout-à-fait  diffé- 
rente. 


467 

causes  qui  engendrent  humeurs  gros 
et  visqueux. 

Donc  pour  t’en  instruire  sommai- 
rement , faut  euiler  la  demeure  en  vn 
air  gros  et  vaporeux.  Quant  aux  ali— 
mens , faut  s’abstenir  de  poisson,  chau- 
de bœuf,  de  porc , oiseaux  de  riuiere, 
légumes,  formages,  laictages,  œufs 
fri  (s  et  durs,  ris,  pâtisseries,  pain 
sansleuain , et  generalement  tous  au- 
tres alimens  qui  font  obstruction. 
Aussi  se  garder  de  manger  ails,  oi- 
gnons, porreaüx,  moustarde,  espi- 
ceries , et  generalement  toutes  choses 
qui  eschauffent  le  sang  , et  principa- 
lement ceux  esquels  on  aura  coniec- 
turé  que  la  cause  de  la  pierre  vient 
par  excessiue  chaleur.  Et  quant  à 
leur  boire,  faut  s’abstenir  de  inau- 
uaises  eaux,  marescageuses  et  bour- 
beuses , et  de  gros  vins  troubles,  biè- 
res, et  autres  breutiages  semblables. 
En  outre  ne  faut  trop  manger,  ne 
gloutement,  de  crainte  qu’il  ne  s’en- 
gendre des  crudités,  et  par  consé- 
quent obstructions.  Le  dormir  tost 
apres  le  repas  est  fort  nuisible,  à 
cause  qu’il  engendre  crudités.  Le 
trop  veiller,  trauailler,  et  ieusner 
sont  aussi  incommodes , pource  qu’ils 
enflamment  le  sang,  et  si  sont  cause 
aussi  d’indigestion  et  de  chaleur  es- 
trange.  S’il  y a replelion , faut  va- 
cuer  tant  par  medicamens  et  phlébo- 
tomie, que  par  vomissement , lequel 
est  vn  singulier  remede  pour  précau- 
tion de  la  pierre.  11  ne  faut  aussi  mes- 
priser  les  passions  de  l’esprit.  Et  pour 
l’euacuation  des  humeurs  cras  et  vis- 
queux , tu  pourras  auoir  le  conseil  du 
docte  médecin  : loutesfois  considérant 
qu’on  ne  peut  toujours  le  recouurer, 
ie  t’ay  bien  voulu  icy  descrire  aucuns 
remedes  bons  et  approuués,  desquels 
pourras  vser  selon  que  verras  estre 
besoin  : et  icy  noteras  pour  vn  pre- 


LE  QVINZIÊME  LIVRE, 


468 

cepte  de  Galien 1 , qui  a commandé 
qu’il  faut  euiter  les  choses  diurétiques 
et  fortes  purgations  au  commence- 
ment de  l’inflammation  des  reins  ou 
de  la  vessie,  parce  qu’elles  l’aug- 
menteroient , y faisans  îluer  les  hu- 
meurs en  plus  grande  abmdance  : 
qui  seroit  cause  d’augmenter  la  dou- 
leur et  autres  accidens.  Parquoy  fau 
dra  vser  en  tel  cas  de  choses  réfrigé- 
rantes et  lenientes,  tant  par  dedans 
que  par  dehors , comme  de  ce  syrop  : 

Tf.  Summitatum  maluæ,  bismal.  et  violariæ 
ana  m.  fi. 
adic.  altheæ  § . j. 

Glycyrrhizæ  rasæ  3.  iij.  F. 

Quat.  seminum  frigid.  maiorum  ana  5.j. 
Fiat  decoctio.  Accipe  prædictæ  decoclionis 
tt . fi . et  in  colatura  dissolue  : 

Sacch.  albiss.  5 . ij. 

Mellis  albi  § . j.  fi . 

Fiat  syrupus  secundum  arlem. 

Duquel  le  patient  pourra  vser  sou- 
uent.  Aussi  vsera  par  fois  d’vne  de- 
mie once  de  casse  fraischement  mon- 
dée, auecvne  dragme,ou  dragmeet 
demie,  ou  deux  dragmes  de  rheu- 
barbe  en  poudre , selon  qu’il  en  sera 
besoin  , deux  heures  deuant  le  past. 
Tu  pourras  aussi  vser  de  cest  apoze- 
me  auec  grand  effet. 

2f,  Rad.  asparagi,  graminis  polypodij  quer- 
cini,  passularum  mundatarumana  g . fi . 
Betonicæ,  herniosæ,  agrimoniæ,  omnium 
capill.  et  bipinellæ  ana  rn.  fi . 

Quatuor  semin.  frigid.  maiorum,  semi- 
nis  fœniculi  ana  3.  j. 

Folior.  senæ  3.  vj. 

Fiat  decoctio  ad  Ib.  fi.  in  colatura  dissoluat.  : 
Syrupi  de  alth.  et  de  herniosa  ana  § . 
j.  fi. 

Fiat  apozema  clarif.  et  aromatis.  cum  tan- 
tillo  cinnamomi  pro  duabus  dosibus  : 
capiat  primam  dosin  manè  duabus  ho- 

1 Au  13.  de  la  Méthode.  — A.  P. 


ris  ante  cibum,  et  alteram  quarta  po- 
meridiana. 

L’vsage  des  choses  diurétiques  sont 
bonnes  à ceux  qui  sont  suiels  à ietter 
de  la  grauelle,  d’autant  qu’elles  pro- 
uoquent  à vrincr,  et  ne  demeurent 
gueres  à passer  par  les  reins  et  pores 
vreteres.  Les  matières  qui  causent  la 
pierre  n’ont  pas  loisir  de  s’assembler 
pour  s’endurcir  et  lapidifier1. 

Parquoy  on  vsera  parfois  du  bouil- 
lon qui  s’ensuit , lequel  est  de  mer- 
ueilleux  effet  et  bien  expérimenté2: 

Prenez  vn  coq  et  vn  jarret  de  veau , qu’on 
fera  cuire  en  eau  auec  vne  poignée  d’or- 
ge, racines  de  persil,  oseille,  fenoil,  chi- 
corée, brusci,  de  chacun  vne  once  = des 
quatre  semences  froides  concassées  de 
chacune  demie  once  : à la  fin  on  ad- 
ioustera  fueilles  d’oseille,  pourpié,  Iaic- 
tue,  sommités  de  maulue,  violettes  de 
Mars,  de  chacune  demie  poignée. 

Puis  sera  gardé  le  bouillon  : duquel 
le  patient  en  prendra  par  quatre  ma- 
tins , deux  heures  deuant  manger , la 
quantité  de  demy  sexlier  auec  vn 
doigt  de  jus  de  citron,  le  faisant 
bouillir  vn  boüillon  auant  chasque 
prise,  et  en  bref  on  verra  vne  ope- 
ration merueilleuse.  Car  par  l’vrine 
on  verra  arenes  et  grande  quantité  de 
matière  crasse  et  visqueuse.  Parquoy 
demonstre  par  son  effet,  qu’il  net- 
toyé et  expelie  les  matières  des  par- 
ties dediées  à l’vrine,elnefait  aucune 
nuisance  à l’estomach,  ny  aux  autres 
parties  par  où  il  passe  : ie  puis  dire 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  J 585. 

2 En  1364  et  1575,  Paré  se  contentait  de 
dire  que  son  bouillon  était  d’vu  merveilleux 
effet.  En  1577  il  ajouta:  et  bien  expérimenté  ; 
et,  ce  qui  est  assez  curieux,  c’est  qu’alors 
même  il  changeait  la  composition  du  bouil- 
lon, et  le  faisait  avec  vn  coq  au  lieu  d’i n 
chapon  qu’il  avait  recommandé  auparavant. 

Du  reste,  la  plupart  de  ces  formules  ne  sont 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


que  c’est  vn  aliment  médicamenteux. 

Tu  pourras  aussi  vser  de  la  poudre 
suiuante  auec  grand  profit. 

X.  N'ucleorum  mespil.  5 . j. 

Put.  elect.  diatrag.  frigidi  3.  ij. 

Quatuor  seminum  frigidor.  maiorum 
inundalorum.  glycyrrliizæ  rasæanaS.  j. 
Sem.  saxi.  5.  ij. 

Seminum  rnilij  solis,  genislæ,  pimpinel- 
læ,  brusci,  -et  asparagi  ana  3 . j. 

Semin.  altheæ  3.  j.  fi . 

Sacc.  albissimi  g . vj. 

Fiat  puluis. 

Il  faut  vser  de  ceste  pondre  le  pre- 
mier iour  de  la  lune  nouuelle,  du 
premier  quartier  de  la  pleine  lune,  et 
du  dernier  quartier,  et  tous  les  mois 
ensuiuans,  et  en  prendre  la  quantité 
d’vne  cuillerée  au  matin  à trois  heu- 
res déliant  manger. 

Aussi  lexiue  faite  des  cendres  de 
troncs  de  febues  , est  singulière  pour 
tel  effet. 

Outre-plus  pourra  le  patient  vser 
d’vn  cjystere  tel  que  cestuy-cy. 

X.  Lactucæ.  scariolæ,  fol.  sali,  portulacæ, 
ana  m.  j. 

Flor.  viol,  et  nenuph.  ana  p.  fi. 

Fiat  decoet.  ad  it>.  j.  In  colatura  dissolue: 
Cassiæ  fistulæ  5 . j 
Mell.  viol,  et  sacc.  rub.  ana  §.j. 

Olei  viol.  5 . iiij. 

Fiat  clysterium  ‘. 

ni  dans  Guy  de  Chauliac,  ni  dans  Vigo,  ni 
dans  Marianus  Sanctus,  ni  dans  Franco. 

1 L’édition  de  1564  ajoutait  ici  : Que  l’on 
donnera  auec  vne  seringue  pareille  à cesle-cy 
plustost  qu’auec  me  chausse  clés  anciens. 

Suivait  la  figure  de  la  seringue  ordinaire; 
ensuiie  celle  d’une  autre  syringue  pour  une 
femme  qui  seroil  honteuse,  laquelle  se  pourrait 
soi-mesme  bailler  le  clislere. 

Ces  deux  figures  ont  été  retranchées  de 
cet  endroit  dès  1575,  et  reportées  au  chapi- 
tre 22  du  livre  des  Medicamens , où  nous 
les  retrouverons. 


4^9 

Autre  pour  seder  pareillement  la  douleur. 

■if.  Flor.  camom.  rnelil.  summit.  anelh.  be- 
rul.  ana  p.  ij. 

Fiat  decoct.  in  lacté  vaccino,  et  in  colatura 
dissolue  : 

Cass.  fist.  et  sacc.  albi  5 . j. 

Vitell.  ouor.  num.  iij. 

Olei  anetb.  et  cam.  ana  5-'j- 
Fiat  clysterium. 

Par  dehors  sur  les  reins  et  au  long 
on  appliquera  de  l’onguent  rosat  , 
nutritum  ou  populeumseuls  ou  meslés 
ensemble  : puis  par  dessus , vne  ser- 
uietle  trempée  en  oxycrat. 

Or  si  la  génération  de  la  pierre 
prouientpar  frigidité,  il  y faut  sub- 
uenir  par  choses  contraires,  dont  fau- 
dra vser  souuent  du  remede  suiuant. 

if.  Tereb.  veter.  3.  j. 

Cortic.  citri.  3.  ij. 

Aquæ  cocîæ  § . j.  fi . 
fllisce,  liai  potus. 

Autre  potion. 

X.  Cass,  recent,  extract.  3.  vj. 

Benedic.  3.  iiij. 

Aquæ  tonie.  5 . ij. 

Aquæ  aspar.  §.j. 

Fiat  pot.  capiat  tribus  hor.  ante  prandium. 

Pourra  semblablement  vser  d’vn 
tel  apozeme  : 

if.  Rad.  cyper.  barda,  gramin.  ana  3.  iij. 
Bismal.  curn  loto,  béton. ana  m.  fi. 
Sem.  mil.  solis,  bard.  vrti.  ana  3.  ii. 
Sem.  melo. glycyrrliizæ  razæ  ana  3.  ii.  fi . 
Fie.  iiij.  num. 

Fiat  decoct.  ad  quar.  iii.  colalo  et  expresso, 
dissolue  : 

Syr.  de  raph.  et  oxymelilis  squillitici 
ana  3.  i.  fi . 

Sacc.  albis.  § . iij. 

Fiat  apozema  pro  tribus  dosibus  clarifi.  et 
aromatis.  cum  3.  j.  cinnam.  et  3.  fi. 
saut,  citrini. 

Capiat  5.  iiij.  trib.  hor.  ante  prandium. 


0 LE  QVINZ1EME  LIVRE, 


D’auantage  on  peut  vser  de  ceste 
poudre  qui  a grande  efficace  pour 
dissiper  la  matière  du  calcul  l. 

"2f.  Sem.  petroselini  etradicis  eiusdem  mun- 
datæ  ana.  3.  iiij. 

Sem.  card.  quem  calcitra.  vocant,  g.  j. 
Desiccenlur  in  furno  lento  igni,  postea  pis- 
tenlur  separatim,  quibus  fiat  pul.  de 
quo  capiat  æger  3.j.  fi.  vel  3.  ij. 
curn  vlno  albo,  vel  cum  iure  gallinacei 
pulli,  de  quo  bibat  æger  tribus  diebus 
ieiuno  stomacho. 

Autre  remede. 

Tf.  F, ad.  pelros.  fœnic.  ana  g.j, 

Saxifrag.  pimpinel.  granor.  alkekengi  et 
bardanæ  ana  m.  fi . 

Quat.  sem.  frig.  maior.  mund.  sem.  milij 
solis  ana  3.  ij. 

Misce,  fiat  decoct.  cape  de  cola.  lb.  fi.  in 
qua  diss. 

Sacchar.  rub.  et  syrup.  capill.  Veneris 
ana  g . j.  fi . 

Capiat  in  tribus  dosibus  duabus  horis  ante 
cibum. 

Autre  poudre. 

2£.  Coriandr.  præp.  3.  iiij. 

Anisi,  marathri,  granor.  alkekengi,  mi- 
lij solis  ana.  5,  ij- 
Zinzib.  cinnam.  ana  3.  ij. 

Turbit.  elect.  3.  j. 

Carui  3.ij. 

Galaug.  nucis  moscal.  et  lap  d.  iudaici 
ana  3.j. 

Folio,  senæ  mund.  ad  duplurr.  mnium. 
Diagredij.  3.  ij.  fi . 

Misce,  et  fiat  puluis. 

l)osis  erit  ad  3.  j.  curn  vino  albo  capiat 
æger  tribus  horis  ante  prandium. 

Pareillement  pourra  le  patient  vsër 
de  tels  clysteres  contre  les  vcrotosités. 

1 C’est  la  fameuse  poudre  de  Marianus 
Sanclus.  Voyez  ci-dessus  la  note  3 de  la 
page  463. 


2£.  Maluæ.  bismaluæ,  parietariæ,  origani, 
calamenthi,  florum  camomillre,  sum- 
mitalum  anelhi , ana  m.  j. 

Anisi,  cauri,  cumini  , fœniculi,  ana 
§•  «• 

Baccarum  latiri  3.  iij . 

Seminis  rutæ  3.  ij. 

Fiat  decoclio:  in  colatura  dissolue: 
Benedictæ  vel  diaphoenici  g . fi . 
Confeclionis  bac.  laur.  3.  iij. 

Saccbari  rubei  g.j. 

Olecrum  anethi , camom.  rutæ  ana  g . j. 

Fiat  clyster. 

Autre  facile  à faire  pour  mesme  intention. 

2f.  Olei  nucum,  vini  maluat.  ana  îb  3. 
Aquæ  vitæ  g.  fi. 

On  les  doit  tenir  le  plus  longue- 
ment que  l’on  pourra,  parce  qu’ils 
feront  meilleure  operation,  et  appai- 
seront  mieux  les  douleurs  : et  par  les 
moyens  susdits,  on  peut  empeseber 
la  génération  des  pierres , et  subue- 
nir  aussi  à la  douleur  de  la  colique 
tant  venteuse  que  neplirilique. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DES  MOYENS  DE  SECOVRIR  CELVY  QV1 
AVROIT  VISE  PIERRE  DANS  l’vN  DES 
VRETERES,  DESCENDVE  DV  REIN. 

Ayant  assez  parlé  de  la  cure  pre- 
seruatiue  de  la  pierre  , il  nous  reste 
de  poursuiure  les  moyens  pour  sou- 
lager ceux  qui  en  sont  affligés  , tant 
aux  reins , vreteres , qu’en  la  vessie. 
Et  en  premier  lieu  nous  parlerons 
d'vn  patient  qui  auroit  vne  pierre 
sortie  de  l’vn  des  reins,  estant  de- 
meurée dedans  l’vn  des  a releres  , et 
que  l’vrine  fust  supprimée  en  partie  : 
lors  le  patient  sent  grande  douleur  à 
l’endroit  où  elle  est  demeurée  , et  par 
consentement  et  voisinage  à la  ban- 


OPERATIONS  DE  CH1RVRGIE. 


cbe,  vessie,  testicules,  et  à la  verge, 
auec  vue  volonté  d’vriner  et  aller  à 
la  selle. 

Pour  la  faire  descendre,  faut  (s’il 
est  possible  au  patient)  qu’il  monte 
sur  vn  trotlier  ou  courtault , et  qu'il 
le  cbeuauche  vne  lieiie  plus  ou 
moins  : car  par  cesle  équitation  et 
mouuement,  la  pierre  souuenl  des- 
cend en  la  vessie  : et  où  il  n’aura  pas 
le  moyen  d'aller  à chenal,  faut  qu’il 
monte  et  descende  vn  escallier  plu- 
sieurs fois  , iusques  à ce  qu’il  soit  las 
et  en  sueur. 

Et  luy  faut  alors  donner  à boire 
choses  qui  lenissent , adoucissent , et 
relaxent , comme  huile  d’amendes 
douces  recentement  tirée,  avec  eau 
de  pariloire  et  vin  blanc  : aussi  on  doit 
faire  des  frictions  auec  linges  chauds 
en  deualant  en  bas , et  appliquer  des 
ventouses  auec  grandes  flammes  : et 
doiuent  estre  appliquées  tanlost  sur 
les  lombes  , tanlost  sur  le  ventre,  ti- 
rant vers  les  aines  vn  peu  au-dessous 
de  la  douleur,  pour  tousiours  attirer 
la  pierre  en  la  vessie.  Si  le  patient  ne 
vomist,  il  le  faut  prouoquer  à ce  faire, 
en  luy  donnant  à boire  eau  et  huile 
tiede  en  quantité  suffisante  : car  le 
vomissement  aide  beaucoup  à chasser 
la  pierre  contrebas,  à cause  de  la  com- 
pression des  parties  qui  se  fait  en  telle 
action. 

Et  si  par  tels  remedes  le  patient 
n’est  allégé  , le  faut  mettre  en  vn 
demi -bain  fait  de  la  décoction  qui 
s’ensuit. 

2C.  Maluæ,  bism.  cum  toto  ana  m.  ij. 

Bethon.  nastur.  et  berulæ , saxifr.  parie- 
tariæ,  violariæ  ana  ni.  iij. 

Sem.  melonis,  milij  solis , alkekengi  ana 
5-  vj. 

Cicerum  nibr.tb.  j. 

Rnd.  apij , gram.  tonie,  et  ering.  ana 

o •*iij. 

Coquan.  omnia  in  sulî.  quant,  aq.  pro  in- 
ccssu. 


471 

Toutes  ces  choses  seront  mises  dans 
vn  sac,  sur  lequel  sera  assis  le  patient, 
et  qu’il  se  trempe  iusques  au  nombril. 
Et  ne  faut  qu’il  demeure  iusques  à 
extreme  foiblesse  : car  par  les  bains 
est  faite  grande  résolution  desesprits, 
et  défaillance  des  vertus.  Tels  bains 
sedent  la  douleur,  relaxent  toutes  les 
parties,  et  ouurent  et  dilatent  les 
voyes  de  l’vrine.  En  quoy  faisant , 
souuentesfois  la  pierre  descend  en  la 
vessie. 

Et  où  la  pierre  par  tel  moyen  ne 
déplaças!,  et  qu’il  y eust  entière  sup- 
pression d’vrine , et  aussi  qu’aupara- 
uantlebain  onn’eust  sceu  faire  passer 
la  sonde  en  la  vessie,  le  faut  derechef 
sonder  à la  sortie  du  bain  : pource 
que  lors  la  sonde  y entrera  plus  faci- 
lement qu’auparauanl , et  pareille- 
ment seringuer  de  l’huile  d’amendes 
douces.  D’auanlage,  il  faut  que  le  ma- 
lade se  garde  bien  du  froid. 

Tu  pourras  par  cesle  figure  con- 
noistre  la  façon  d’vne  chaire  pour 
faire  le  demi-bain. 

Figure  de  la  chaire  à demi-bain. 


47 2 i LE  QVINZIÉME  LIVRE, 


Description  de  ht  chaire  à demi-bain. 

A La  chaire. 

B Le  trou  d’icelle,  là  où  le  patient  est 
assis. 

C La  cuuette  où  on  met  l'eau. 

D La  fontaine  pour  vacucr  l’eau  quand 
elle  est  trop  froide. 

E L’entonnoir  par  lequel  on  met  de 
l’eau  chaude. 

Autre  décoction  pour  faire  un  demi-bain. 

If.  Rad.  raph.  alth.  ana  ïb.  ij. 

Lad.  brusci.  pelrosel.  et  asparagi  ana 

» -J. 

Cumini,  fœnic.  du!cis,ameosana  3.  iiij. 
Sem.  liai , et  fœnug.  ana  5 . vj. 

Flor.  camom.  meli)  aneth.  folior.  mar- 
rub.  parict.  ana  m.  ij. 

Bul.  omnia  simul  secundum  artem,  cum 
aqua  sufTicienti  et  parum  vini  albiodo- 
riferi,  vsque  ad  consumplioncin  tertiæ 
partis,  et  fiat  semicupium. 

D’auantage  esl  vtile  de  teste  décoc- 
tion en  fait  e clystere  auec  huile  de  lis 
quatre  onces,  et  deux  iaunes  d’œufs  : 
et  lorsqu’on  le  voudra  donner  au  pa- 
tient, estant  en  la  chausse  ou  canon 
à clystere  , on  y adioustera  vne 
dragme  d’huile  de  genéure  : vous 
asseurant  qu’elle  sede  promptement 
la  douleur  causée  par  ventosités.  Et 
icy  il  faut  noter  qu’aux  grandes  dou- 
leurs nephriliques  ne  faut  bailler 
trop  grande  quantité  de  décoction,  de 
peur  que  tes  intestins  trop  remplis  ne 
compriment  les  reins  et  pores  vrete- 
res,  qui  sont  ja  commencés  à enflam- 
mer : pource  que  par  cela  la  douleur 
s’augmenteroit , et  seroient  prouo- 
qués  autres  accidens. 

Outre-plus  on  peut  appliquer  vn 
tel  cataplasme  sur  l’endroit  de  la  dou- 
leur, et  au  petit  ventre,  et  sur  les 
parties  génitales  , lequel  a grande 
puissance  d’appaiser  la  douleur , et 
aider  à faire  descendre  la  pierre  des 
vreteres  on  la  vessie. 


24.  Rad.  allh.  raph.  ana  3.  iiij. 

Pariet.  fœnicu.  senecionis , naslurtij 
berulæ  ana  m.  j. 

Herniariæ  m.  6 . 

Omnibus  in  aqua  sulTicienter  decoctis  ,deiu- 
de  pislatis , adde  : 

Olei  anethi , camomil.  pinguedinis  cuni- 
culi  ana  5 . ij. 

Farinæ  cicerum  quantum  suflicil. 

Fiat  cataplasma  ad  vsum  diclum. 


CHAPITRE  XL. 

COMME  IL  F A VT  PROCEDER  A LA  (iVA- 
RISON  DE  LA  PIERRE  ESTANT  DES- 
CENDVE  EN  LA  VESSIE. 

Et  estant  la  pierre  tombée  en  la 
vessie,  s’il  n’y  en  a qu’vne  ( car  sou- 
uentesfois  il  y en  a plusieurs  qui  des- 
cendent auec  multitude  d'arene  ou 
sable)  lors  la  douleur  cesse,  et  sen- 
tira le  patient  prurit,  auec  vn  petit  ai- 
guillonnemenl  à l’extremité  de  la 
verge , et  au  siégé.  Et  alors  s’il  n’est 
debüe,  faut  qu’il  trauaille  à pied  ou  à 
cheual,  et  qu’il  vse  d’vne  telle  poudre. 

if.  Pul.  clectuarij  lilbontribon  g iuj. 
Sumatur  3.  j.  tribus  lions  tam  ante  pran- 
dium  quam  ante  cœnam  vinocum  aibo, 
vel  cum  iurc  cicerum  rubrorum. 

Et  faut  aussi  qu’il  boiue  de  bon  vin 
blanc  en  assez  bonne  quantité,  et 
qu’il  retienne  longuement  son  urine 
s’il  peut,  à fin  que  le  grand  amas  d’i- 
celle chasse  et  pousse  plus  aisément 
la  pierre  hors  la  vessie.  Pareillement 
luy  faut  faire  telle  iniection. 

'if.  Syrupi  capill.  Veneris  3,j. 

Aquæ  alkekengi  § . iij. 

Olci  de  scorpionihus  3 • 6 • 


si 

m 


operations  dê  ceirvrcje. 


Et  il’icelle  luy  en  sera  ietté  en  la 
vessie  auec  vne  seringue  *. 

La  pierre  en  la  vessie  fait  vlcerepar 
son  aspérité  et  astriclion , et  la  sanie 
<]ui  en  sort  mordique  et  ronge  les 
parties  où  elle  demeure,  qui  fait  tous- 
iours  augmentation  de  douleur,  et 
autres  accidens2. 


CHAPITRE  XLI. 

DE  LA  PIERRE  ESTANT  AV  CONDVIT  DE 
LA  VERGE,  OV  AV  COL  DE  LA  VESSIE. 

La  pierre  estant  sortie  hors  d u corps 
de  la  vessie , et  demeurée  au  col  d’i- 
celle , ou  à la  verge , lors  faut  que  le 
chirurgien  se  garde  bien  de  la  repous- 
ser au  dedans  : mais  la  mènera  tant 


4?3 

que  faire  se  pourra,  auec  les  doigts, 
à l’extremité  de  la  verge, en  y ietfant 
huile  d’amendes  douces,  ou  autres 
choses  lubrefiantes.  Et  si  elle  descend 
iusques  à l'extrémité  de  la  verge , et 
qu'elle  y demeure , la  faut  tirer  auec 
petits  crochets  *. 

Et  si  on  ne  peut  par  tels  crochets 
l’extraire,  on  mettra  cest  instrument 
nommé  lire-fond  auec  sa  camïule,  en 
la  verge  iusques  auprès  de  la  pierre  : 
puis  on  le  tournera  doucement,  à lin 
qu’il  comminue  \\  pier.  e , et  la  mette 
en  petites  portions,  qui  se  fera  aisé- 
ment, parce  que  ledit  tire-fond  a son 
extrémité  en  maniéré  de  foret  : ce  que 
i’ay  fait  plusieurs  fois 2. 

1 L’édition  de  1564  dit  . aux  petits  cro- 
chciz  tels  que  lu  vois  en  ceste  Jigure. 


1 L’édition  de  1564  dit  : avec  vne  seringue 
de  telle  façon. 

Seringue. 

fl 


C’est  la  seringue  quenous  avons  déjà  vue 
au  chap.21  du  livre  des  Plaies  en  particu- 
lier. Voyez  ci-devant  page  63. 

2 Ce  dernier  paragraphe  a élé  ajouté 
en  1585. 


Crochelz  propres  pour  extraire  vne  petite 
pierre  demeurée  à l'extrémité  de  la  verge. 

<■  ^=jptr— Tÿrrrfo 

— 

Ce  sont  les  petits  crochets  dont  il  se  ser- 
vait dès  1561  pour 'l’extirpation  du  plerygion. 
Voyez  ci-devant  page  430. 

2 Ces  derniers  mots  : à que  i’ay  fait  plu- 
sieurs fois,  se  lisent  pour  la  première  lois 
dans  l’édition  de  1579. 

MarianusSanctus  ne  parle  pas  delà  pierre 
engagée  dans  l’urctre  : c’est  de  Franco  que 
Paré  a extrait  ce  chapitre,  ainsi  que  la  lig. 
de  son  premier  tirefond;  ouv.  cité,  p.  113  et 
suiv.  Albucasis  le  premier  avait  proposé  de 
rompre  le  calcul  dans  l’urètre  à l’aide  d’un 
perforateur  à pointe  triangulaire;  mais  ce 
perforateur  sans  canule  devait  être  fort 
dangereux  à employer.  L’addition  de  la 
canule  est  donc  un  perfectionnement  im- 
portant, et  la  transformation  de  la  pointe 
triangulaire  en  vis  a aussi  son  avantage. 

On  remarquera  que  le  deuxième  tire-fond 
ne  diffère  que  par  les  ornemens  du  manche 


4?4 


LE  QVÏNZIÉME  LIVRE, 


Figure  d'trn  lire-fond  propre  à comminuer 
la  pierre  estant  dans  la  verge. 


A.  La  vis. 

IS.  Le  fourreau. 

Et  faut  noter  qu’il  ne  doit  estre  gros 

de  celui  que  Paré  préconisait  dès  1545  poui 
l'extraction  des  balles.  Voyez  ci-devant  pa- 
ge 150.  Dans  l’édition  de  1564 , ce  deuxième 
tire-fond  n’était  point  figuré,  et  l’auteur, 
en  pariant  du  premier,  ajoutait  entre  pa- 
renthèses : ( approchant  de  la  figure  du  lire- 
bulle  des  hacquebules,  descrit  cij-deuanf-  mais 
n'est  si  gros  ni  si  long).  Ce  texte  convenait 
mal  à la  figure;  en  effet  le  tire-balle  est  bien 
un  peu  plus  gros,  mais  il  est  notablement 
moins  long,  et  c’est  pour  cela  même  que 
Paré  en  le  llgurant  ici  dès I f>7 5,  1 a intitulé: 
Autre  plus  petit. 


non  plus  qu’vne  grosse  sonde,  à fin 
qu’il  ne  face  violence  à le  mettre  de- 
dans la  verge. 


CHAPITRE  XLII. 

DES  MOYENS  QV’lL  FA  VT  VSF.R  POVR 
TIRER  PAR  INCISION  VNE  PIERRE  AR- 
RESTÉE  AV  CONDVIT  DE  L’VRINE,  OVE 
L’ON  N’AVRA  PEV  EXTRAIRE  PAR  LES 
VOYES  SVSDITES. 

D’abondant , posant  le  cas  qu’elle 
l'usl  si  grosse  et  dure  1 , ou  ayant  des 
aspérités,  et  loing  de  l’extremite  delà 
verge,  de  façon  qu’elle  ne  peust  estre 
tirée  et  [’  vrine  fust  supprimée  : adonc 
faut  l'aire  incision  ( ce  que  i’ay  plu- 
sieurs fois  fait  ) à costé  de  la  verge,  et 
non  au  dessus,  ny  au  dessous2.  Au 
dessvs,  à raison  d’ vue  grosse  veine  et 
artere,  qui  pourroit  estre  cause  de 
flux  de  sang  : au  dessous  n’est  conue- 
nable,  parce  que  la  partie  est  exsan- 
gue, et  pource  difficile  à estre  conso- 
lidée, et  aussi  que  l’vrine  ne  permet- 
troit  l’vnion  estre  faite,  parce  qu’elle 
passeroit  par  l’vlcere , et  tomberait 
entre  les  léures  de  la  playe.  Et  pour 
ces  causes , l’incision  sera  faite  sur  la 
pierre  à costé,  qui  est  vne  partie  plus 
charneuse.  Mais  lu  dois  icy  nolei 
qu’auant  de  faire  l’incision,  il  te  faut 
lier  la  verge  au  dessus , et  bien  pies 
de  la  pierre,  pour  la  tenir  contrainte 
et  suielle , et  ployer  la  verge  en  cer- 

■ Ces  deux  mots  et  dure  ont  été  ajoutés 
en  1579. 

a ce  procédé  n’est  autre  que  celui  de 
Cclse.  Au  reste,  ce  chapitre  et  le  suivant  sont 
tirés  de  Franco,  p.  nG;  quelques  phrase» 
mêmes  sont  littéralement  copiées.  Toutefois, 
I Franco  n’avait  pas  figuré  les  instruments. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGJE. 


475 


de,  pour  mieux  faire  sortir  la  pierre  : 
puis  tirer  assez  fort  vers  toy  le  pré- 
puce, à fin  qu’apres  l’incision,  le  cuir 
estant  relasché,  retourne  et  couure 
ladite  incision,  dont  plus  aisément  et 
briefuement  l’vnion  et  consolidation 
de  la  playe  puis  apres  se  fera.  Lors 
tu  tireras  la  pierre  par  tel  instru- 
ment. 


Iristnimens  propres  à extraire  la  pierre,  apres 
l’incision  de  la  verge. 


CHAPITRE  XLI1I. 

COMMENT  IL  FAVT  TRAITER  LA  PLAYE, 
l’incision  FAITE. 


Puis,  s’il  est  besoin,  faudra  faire  vn 
point  d’aiguille  pour  reunir  la  playe: 
et  sur  icelle  ou  appliquera  vn  tel  glu- 
tinatif. 


'if..  Terebenthinæ  Venetæ  §.  iij. 

Gummi  elemi  § . j. 

Sanguinis  draconis,  et  masliches  aria 
5 • 3- 

Fiat  medicamentum  ad  vsum  diclum. 

Et  autour  de  toute  la  verge  faudra 
mettre  vn  tel  repercussif. 

if.  Albumina  ouorum  cum  puluer.  boli  ar- 
meni,  aloes,  farinæ  volatilis , olei  ro- 
sali. 

Puis  faut  suiurele  reste  de  la  cure, 
comme  des  autres  playes faites  és  par- 
ties charneuses.  Aussi  on  mettra  de- 
dans la  verge  vne  chandelle  de  cire, 
ou  vne  verge  de  plomb , ointe  de  le- 
rebenthine  de  Venise,  pour  aider  na- 
ture à glutiner  la  playe,  et  tenir  le 
canal  vni  et  egalement  dilaté  en  oust 
endroit,  de  peur  qu’il  ne  sefist  quelque 
chair  superflue , dont  puis  apres  se 
pourroit  engendrer  vne  carnosité. 


CHAPITRE  XLIY. 

DE  LA  MANIERE  DE  TIRER  PAR  INCISION 
LES  PIERRES  QVI  SONT  EN  LA  VESSIE 
D VN  PETIT  ENFANT  MASLE  '. 

Apres  auoir  ainsi  escrit  les  moyens 
comme  les  petites  pierres  sont  extrai- 
tes, maintenant  faut  monstrer  par  mé- 
thode comme  les  grosses  se  peuuent 

' Ce  chapitre  est  consacré  à décrire  le 
petit  appareil,  dont  Alarianiis  Sanclus  n’a 
rien  dit.  Cen’cstpas  d’ailleurs, comme  011  le 
verra,  le  procédé  deCelse,  car  l’incision 
de  Celse  était  courbe  et  dirigée  en  travers; 
c'est  plutôt  celui  d’Antyllus,  adopté  par 
presque  tous  les  opérateurs  du  moyen-âge. 
Franco  décrit  à peu  près  le  même  procédé 
(chap.  32,  pag.  121  et  suivantes);  mais  il 
attache  le  patient  sur  une  table,  un  banc, 
un  lit  ou  une  échelle,  et  ne  fait  aucune  dif- 
férence pour  les  adultes  et  les  enfans. 


lil(S  LE  QVINZIÊME  LIVRE 


et  doiuent  tirer  hors  le  corps  de  la 
vessie,  et  par  quels  instruments.  Et 
commencerons  aux  petits  enl'ans, 
puis  aux  hommes  , et  conséquem- 
ment aux  femmes. 

Ayant  donc  supposé  que  nous  ayons 
vn  ieunc  enfant  à inciser , il  faut  pre- 
mièrement que  le  chirurgien  le  face 
sauter  cinq  ou  six  fois  . à fin  de  faire 
descendre  la  pierre  au  fond  de  la  Ves- 
sie '.  Puis  le  posera  sur  les  genoüils 
d’vn  homme  assis  sur  vue  escabelle  , 
sur  lesquels  y aura  vn  drap  en  plu- 
sieurs doubles,  l’enfant  ayant  les 
fesses  esleuées  en  haut  : aussi  sera  vn 
peu  renuersé,  à fin  qu’il  ait  son  in- 
spiration et  expiration  libre,  et  aussi 
que  les  parties  nerueuses  ne  tendent, 
mais  qu’ils  sovent  laxes  pour  mieux 
donner  passage  à la  pierre  lors  qu’on 
la  tirera  hors.  Il  faut  d’auantage  te- 
nir les  mains  dudit  enfant  par  dessus 
sa  cuisse , au  dessus  du  genoüil . es- 
largissant  sesdites  cuisses,  afin  que 
l’œuure  soit  plus  seurement  et  mieux 
fait. 

Et  estant  ainsi  situé,  le  Chirurgien 
mettra  ses  deux  doigts  de  la  main  se- 
nestre  dedans  le  fondement  le  plus 
auant  qu’il  pourra , et  pressera  de 
l’autre  main  sur  le  petit  ventre,  y 
ayant  premièrement  mis  vn  linge,  à 
fin  de  moins  offenser  et  meurtrir  les 
partiesainsi  pressées,  de  peur  que  puis 
apresil  ne  vint  inflammation  et  autres 
accidens,  plustost  que  par  l’incision 
Geste  compression  se  fait  à fin  de  faire 
descendre  la  pierre  du  fond  de  la  ves- 
sie par  sous  l’os  pubis , vers  le  col  d’i- 

■ Toutes  les  éditions  faites  du  vivant  de 
l’auteur  portent  : A fin  de  faire  descendre  la 
pierre  en  bas.  La  nouvelle  leçon  se  lit  pour 
la  première  fois  dans  l’édition  de  16Ü8  ; tou- 
tefois comme  celte  édition  avait  été  prépa- 
rée par  l’auteur , j’ai  dù  garder  cette  correc- 
tion qui  parait  lui  appartenir. 


celle,  et  l’ayant  conduite,  la  faut  te- 
nir suietle,  de  peur  qu’elle  ne  re- 
tourne en  sa  capacité.  Cela  fait,  le 
chirurgien  fera  vne  incision  au  peri- 
neum , à deux  doigts  près  le  siégé , à 
costé  de  la  suture , auec  vn  rasoir 
tranchant  des  deux  costés  Et  d’ice- 
luy  sera  coupée  doucement  toute  la 
chair  , iusques  à ce  que  l’on  soit  par- 
venu à la  pierre  : et  en  faisant  telle 
incision  , faut  donner  si  bon  ordre 
que  l’on  ne  coupe  l’intestin  culier: 
pour  ce  que  quelquesfois,  si  on  n’y 
prend  bien  garde , en  attirant  la 
pierre  au  col  de  la  vessie, l’intestin  se 
replie  et  redouble  : et  lors  qu’il  est 
coupé , la  matière  fecalesort  vne  par- 
tie par  la  playe,  et  l’vrinepar  le  siégé, 
qui  puis  apres  empeschela  consolida- 
tion d’icelle,  ce  qui  est  aduenu  à 

1 L’édition  de  15Gi  dit  : duquel  tu  as  eu  le 
portrait  au  traillé  des  mortifications. 

Dans  l’édition  actuelle  ce  renvoi  nous  re- 
porterait au  chap.  1 S du  Livre  X ; mais  ainsi 
que  nous  l’avons  remarqué  alors  (voyez  ci- 
devant  p.  218)  la  ligure  du  rasoir  avait  été 
transportée  ailleurs,  et  on  la  trouve  pag.  7 
de  ce  volume.  Toutefois,  afin  de  mettre 
sous  les  yeux  du  lecteur  la  collection  en- 
tière des  instruments  de  taille  décrits  par 
Paré  , je  reproduirai  ici  cette  figure. 


OPERATIONS  DE  CHI11VRGIE. 


d’aucuns  : mais  aussi  plusieurs  n’ont 
laissé  d’estre  bien  guaris,  pource  que 
la  jeunesse  fait  choses  qui  semblent 
estre  impossibles. 

Ayant  fait  ladite  incision  , faut  tirer 
et  mettre  hors  la  pierre  par  tel  instru- 
ment. 

Crochet  propre  pour  extraire  la  pierre  aux 
petits  en  fans 


Ayant  tiré  la  pierre , faut  appliquer 
vne  petite  cannule  dans  la  playe  , et 
l’y  tenir  quelque  temps  pour  les  rai 
sons  que  nous  dirons  cy  apres  : et  la 
trailter  selon  qu’il  sera  besoin , ob- 
uiant  aux  accidens,  ayant  esgard  à 
l'habitude  et  tendresse  du  corps.  Pa- 
reillement ne  faut  oublier  à lier  les 

1 Paré  avait  figuré  ici  deux  crochets  dif- 

férant seulement  par  la  longueur;  il  sufli- 
sait  donc  d’une  seule  figure.  Du  resle  Franco 
ai  ait  représenté  trois  crochels  à peu  prés 
semblables,  si  ce  n’est  que  leur  concavité  ne 
parait  point  armée  de  pointes  comme  dans 
ceux  d’A.  Paré.  Ouvrage  cité,  pag.  126. 


477 

genoiiils  ensemble,  à fin  que  la  con- 
solidation soit  mieux  et  plus  subtile- 
ment faite  b El  le  reste  de  la  cure  se 
fera  comme  il  appartient  : toutesfois 
diuersifiant  les  remedes  selon  la  tem- 
pérature du  corps  tendre  et  ieune, 
et  plus  sensible  que  les  vieils1 2. 

' Cette  recommandation  ne  se  trouve  ni 
dans  Franco  ni  dans  Guy  de  Chauliac. 

2 Après  la  description  du  petit  appareil , 
Paré  saute  sans  façon  une  assez  grande 
étendue  du  texte  de  Franco , et  passe  ainsi 
sous  silence  les  procédés  les  plus  intéressants 
de  la  taille  au  xvie  siècle,  procédés  dont 
quelques  uns  paraissent  avoir  été  connus 
dès  lors  généralement , et  dont  les  autres 
appartiennent  à Franco  en  propre.  Paré  a-t- 
il  gardé  ce  silence  peu  loyal  pour  ne  pas  êtie 
obligé  de  citer  l’auteur  qu’il  copiait,  ou  bien 
n’a-t-il  pas  cru  devoir  reproduire  ces  procé- 
dés, parce  que  Laurent  Colot,  son  ami , em- 
ployait à peu  près  exclusivement  le  grand 
appareil?  J’ai  regret  de  dire  que  la  première 
conjecture  est  malheureusement  très  pro- 
bable. J’ai  déjà  averti  quel’cruvre  de  Franco 
est  trop  riche  et  trop  originale  pour  pouvoir 
être  transcrit  ou  analysée  dans  ces  notes;je 
me  bornerai  donc  à indiquer  seulement  les 
procédés  omis  par  A.  Paré. 

1°  Page  130,  Fianco  décrit  un  procédé 
qui  paraît  avoir  été  généralement  répandu  , 
et  qui  se  rattache  à la  méthode  du  chirur- 
gien de  Gènes  dont  il  a été  question  dans 
mon  introduction.  Cathéter  cannelé,  rasoir 
à deux  tranchants  , gorgeret  et  tenailles,  tel 
est  l’appareil  instrumental.  Le  procédé  es t 
d une  simplicité  admirable  : c’estcelui  qu’on 
attribue  à frère  Jacques,  et  que  frère  Jacques 
avait  grossièrement  défiguré;  c’est  celui  doi  t 
se  servent  encore,  pour  la  taille  latéralisée,  les 
chirurgiens  de  nos  jours  qui  n’ont  point 
adopté  le  litholome  caché  de  frère  Côme. 

2°  Page  134,  Franco  décrit  la  taille  en 
deux  temps,  méthode  de  son  invention  , et 
il  figure  à cette  occasion  des  tenettes  aussi 
de  son  invention  que  l’on  a justement  con- 
servées dans  la  pratique. 

3°  Page  136,  il  conseille  la  lithotrilie  à 
travers  l’incision  périnéale  pour  les  pierres 


LE  QV1JVZIÉME  LIVRE  } 


47b 


CHAPITRE  XLV. 

DE  La  ManieKè  d’extraire  Les  pierres 

AVX  HOMMES  , Ov'UN  APPELLE  LE 

GRAM!  ET  riAVT  APPAREIL  '. 

Auparauant  l’extraction  de  la 
pierre,  le  patieiit  doit  estre  bien  pur- 
gé et  saigné , s’il  en  est  besoin , et  ne 

trop  Volumineuses,  et  figure  à Cét  effet  des 
tenailles  tranchantes  de  son  invention. 

4°  Page  133  , il  raconte  son  opération  dè 
taille  hypogastrique,  dont  il  est  également 
l’inventeur,  et  dont  l’opinion  commune  est 
qu’il  a en  même  temps  prononcé  la  prO- 
cription.  Or,  il  n’en  est  pas  ainsi  , et 
en  lisant  attentivement  le  texte  , on  arrive 
à ce  résultat,  que  Franco  recommande 
la  litholr i lie  pour  les  pierres  trop  gros- 
ses; qu’avant  de  l avoir  imaginée  , il  était 
obligé  de  laisser  ses  opérations  imparfaites; 
qu’une  fois  cependant  il  eut  l’audace  et  le 
génie,  après  une  incision  périnéale  inutile, 
de  faire  une  incision  hypogastrique,  ce  qui 
faisait  deux  opérations  sur  le  même  sujet. 
Or  c’est  cela  qu’il  ne  veut  pas  qu’on  fasse, 
attendu  qu’avec  la  lithotrilie  l’incision  pé- 
rinéale suffira  toujours  : combien  que  ie  ne 
conseille  à personne,  d'ainsi  faire  •’  ainsi  plus- 
tosl  vser  du  moyen  par  nous  inuenlè. 

6°  Page  145  et  suivantes,  il  décrit  le 
fondamental  de  son  invention  pour  saisir  la 
pierre  à la  manière  d’une  anse,  et  l’attirer 
plus  aisément  au-dehors. 

6°  Page  147,  il  décrit  le  vésical  à quatre 
inventé  par  un  sien  cousin  , et  par  lui  per- 
fectionné, espèce  de  pince  à quatre  bran- 
ches destinée  à saisir  la  pierre  comme  les 
lilholabes  de  la  lithotrilie  moderne. 

7°  Page  151  , il  propose  directement  une 
véritable  taille  bilatérale,  à l’aide  d’un  litho- 
tome double,  analogue  à celui  de  Dupuy- 
tren.  Je  dois  dire  seulement  que  cet  instru- 
ment avait  déjà  été  décrit  et  figuré  par  Guy 
de  Chauliac  pour  le  débridemcntdes  plaies. 

Et  enfin, page  155,  il  ajoute  à tous  ces  pro- 
cédés la  description  du  grand  appareil  qu’il 


faire  l’operation  le  lendemain  qu’il 
aura  pris  médecine  : ptiurce  que  tout 
le  corps  en  est  encore  esmeu.  D’a- 
uantage  ôri  pourra  fomenter  les  par- 
ties pudibondes  de  choses  qui  humec- 
tent et  relaxent , à fltt  que  la  pierre 
soit  mieux  tirée. 

Il  faut  situer  le  patient  sur  vne  ta- 
ble ferme , les  teins  sût  rn  coussin,  et 
sous  les  fesscS  vü  drap  en  plusieurs 
doubles,  et  qu'il  soit  à demy  renuer- 

a extrait,  dit-il,  d'vii  docteur  appelé  Mariani 
Sancti  Harolitani.  C’est  là  que  Paré  a repris 
le  texte  et  les  figures , et  nous  aurons  dans 
'es  notes  suivantes  à examiner  à la  fois  la 
description  originale  de  Marianus  Sanctus, 
la  première  copie  de  Franco,  et  la  deuxième 
copie  de  Paré. 

1 C’est  à ce  chapitre  que  commence  l’ex- 
position du  grand  appareil,  décrit  pour  la 
première  fois  par  Marianus  Sanctus  ; et  le 
Libellas  aureus  de  celui-ci  est  assez  célèbre 
pour  que  nous  indiquions,  chemin  faisant, 
comment  il  est  écrit. 

On  trouve  d’abotd  une  lettre  de  Marianus 
à Jean  Antracino,  une  réponse  de  celui-ci, 
une  dédicace  à l’archevêque  Caraffa , et  une 
préfacé  ou  proemium.  Après  quoi  commence 
l’ouvrage  divisé  en  23  chapitres. 

Le  premier  chapitre  est  consacré  à exposer 
l’ordre  quel’auleur  veut  suivre.  Il  est  cepen- 
dant terminé  par  quelques  mots , sur  l'uti- 
lité d’une  purgation  avant  l’opération,  pour 
évacuer  la  bile. 

Le  deuxième  traite  de  l’anatomie  de  la 
vessie  ; il  n’y  a pas  une  idée. 

Le  troisième  s’occupe  du  temps  d’élection. 
L’auteur  démontre  très  longuement  que 
l’astronomie  est  essentielle  au  médecin  ; le 
tout  pour  appuyer  celte  proposition:  qu'il 
faut  choisir  la  saison  conforme  à la  com- 
plexion  de  la  vessie  , qui  est  froide  et  siihè  ; 
c’est-à-dire , en  première  ligne  l’automne; 
en  second  lieu  le  printemps.  Il  faut  éviter 
par-dessuS  tout  la  quadrature  ou  l'opposition 
de  Saturne  et  de  Mars  avec  ta  Lune. 

Le  quatrième  chapitre  entame  la  descrip- 
tion des  instruments,  ets’occupe  d’abord  delà 
Sonde  exploratrice,  flstulo  Seu  sirittga  tentaiiua  • 


OPERATIONS  UE  OHIRVRGIE. 


sé,  les  cuisses  pliées  -,  et  les  talons 
vers  les  fesses  : et  luy  faut  lier  les  pieds 
pies  les  chenilles  auec  vue  bande 
forte  et  large  de  trois  doigts,  la  pas- 
sant par  derrière  le  co!  deux  ou  trois 
fois  : et  d’icelle  seront  liées  les  mains 
contre  ses  genoüils , ainsi  que  tu  vois 
par  ceste  figure1. 

elle  ne  diffère  de  celles  que  nous  avons  repré- 
sentées ci-devant  page  4G4  , que  par  l’ad- 
jonction de  deux  ailes  au  pavillon. 

Les  dix  chapitres  suivants  achèvent  de 
décrire  l’appareil  instrumental,  et  c’est  au 
15'  seulement  que  l’auteur  traite  de  la  po- 
sition à donner  au  malade,  tandis  que  c’est 
par  là  que  débute  A.  Paré. 

■ Le  commencement  de  ce  «hapitre  est 
extrait  presque  entièrement  du  chapitre  32 
de  Franco,  page  121.  Je  noterai  cependant 
que  Franco  recommande  de  lier  les  mains  , 
sur  le  car  pus  ou  sur  lu  malléole  du  piecl,  et 
qu'ainsi  il  ne  demande  que  deux  forts 
hommes  pour  tenir  le  patient , au  lieu  de 
quatre. 

Probablement  Paré  avait  suivi  en  ce  point 
les  indications  de  Laurent  Colot,  bien  que 
sa  description  soit  fort  loin  d être  claire. 
Marianus  a oublié  de  dire  ce  qu’il  faut  faire 
des  mains  du  malade.  Uans  son  15e  cha- 
pitre , il  recommande  d'aliacher  la  table  à la 
muraille  avec  des  clous,  cl  d’y  plucer  le  lit, 
de  telle  sorte  que  le  patient,  regardé  du  côté  où 
est  l'opérateur , y paraisse  plutôt  assis  que 
couché.  La  ligature  est  décriteau  chapitre  1 G : 

« Que  l’on  prenne  pour  faire  celte  liga- 
ture deux  bandes  égales  , de  la  longueur  de 
16  palmes , attachées  l’une  à l’autre  par  le 
milieu  de  leur  longueur;  cette  portion 
moyenne  sera  appliquée  sur  le  cou  du  pa- 
tient, et  un  aide  les  y maintiendra  fixes 
d’un  côté,  tandis  que  de  l’autre  côté  le 
mailre  commencera  la  ligature.  Il  prendra 
donc  les  deux  chefs  de  la  première  bande, 
qu’il  conduira,  l’un  par  devant  la  poitrine, 
l’antre  par  derrière,  les  rapprochera  sous 
l’aisselle , et  les  réunira  en  les  tordant  en 
gui.-e  de  corde;  et  descendra  ainsi  en  les 
entrecroisant  toujours  jusqu’à  la  région  du 
coude;  il  liera  ensuite  la  jambe  près  du 


47  9 

La  figure  d’vu  homme  situé  comme  il  faut 
quand  ou  luy  veut  extraire  la  pierre  de  In 
vessie  s. 


Estant  le  patient  ainsi  lié,  faut 
auoir  quatrehommesforts,non  crain- 
tifs nÿ  timides , à seatloir , deux  pour 
luy  tenir  les  bras , et  les  deux  autres 
qui  luy  tiendront  d’vbe  main  vn  ge- 
noüil  et  de  l’autre  le  pied  : si  bien  et 
dextremenl  qu’il  ne  pourra  remuer 
les  iambes  ny  hausser  les  fesses,  mais 
demeurera  stable  et  immobile,  à fin 
que  l’œuure  soit  mieux  faite. 

Estant  le  patient  ainsi  situé,  faut 
auoir  vne  sonde  d’argent  ou  de  fer  , 

jarret,  de  la  même  manière,  descendra  jus- 
qu’auprès du  talon,  croisera  les  deux  chefs 
sur  le  cou-de-pied,  en  entourant  deux  fois 
le  pied  lui-même  ; reviendra  les  croiser  sur 
le  cou-de-pied,  et  les  assujettira  en  ce  point 
par  un  nœud,  ou  remontera  jusqu’au  mol- 
let, si  la  bande  est  assez  longue.  Il  en  fera 
ensuite  autant  de  l’autre  côté,  et  complétera 
ainsi  la  ligature.  » 

Cela  n’est  pasnon  plussuffisamment  clair, 
sans  doute  parce  que  cela  n’est  pas  suffisam- 
ment exact. 

» A.  Paré  a corrigé  l’inexactitude  de  cette 
figure  par  la  note  marginale  suivante  : 

Il  faut  que  le  malude  soit  situé  tes  fesses  plus 
près  du  bout  et  extrémité  de  la  table. 


48o  LE  QV1NZIÉME  LIVRE, 


ouuerte  au  dehors,  et  assez  large,  à 
fin  que  le  tranchant  du  rasoir  puisse 
entrer  librement  dans  sa  cauilé  pour 
guider  la  inain  del  inciseur.  La  figure 
est  telle 

' Avant  d’en  venir  à l’opération  , Maria- 
nus  a un  chapitre  de  medici  piœparaiione  , 
qui  a trop  d’intérêt  relativement  à l’histoire 
de  l’art  au  xvie  siècle,  pour  que  nous  le  pas- 
sions sous  silence.  Le  voici  donc  en  entier. 

De  la  préparation  du  médecin. 

« Avant  que  de  passer  à l’incision  , nous 
disons  que  le  médecin  doit  disposer  en 
ordre  tous  les  instruments  que  nous  venons 
de  décrire,  afin  que  quand  il  en  demandera 
un,  un  aide  un  peu  intelligent  ne  lui  en 
présente  pas  un  autre;  ce  qui  ne  l’embar- 
rasserait pas  peu  dans  l’opération.  C’est 
pourquoi  pour  éviter  toute  perle  de  temps, 
nous  exposerons  comme  il  doit  s’arranger 
avec  ses  instruments. 

» Le  lit  étant  donc  préparé,  et  le  malade 
couché,  avant  d’appliquer  les  bandes  qui 
tourmentent  déjà  le  patient,  l’opérateur  doit 
se  munir  de  ses  instruments  en  secret  et  à 
la  dérobée,  pour  ne  pas  causer  parle  dé- 
ploiement de  l’appareil  un  surcroît  d’é- 
pouvante. Il  mettra  donc  tous  les  instru- 
ments en  argent  entre  les  manches  de  l’ha- 
bit et  la  chemise  ( inter  tunicæ  et  diuploidis 
mtinicus),  dans  l’ordre  où  nous  les  a\ons 
décrits,  la  sonde  d’abord  et  ensuite  les 
autres  jusqu’au  dilatatoire.  Quant  à celui- 
ci  dont  les  bras  écartés  tiendraient  trop  de 
place,  il  lecacheradans  un  étui  de  cuir  [in  ca- 
litjis)  attaché  sur  l’ombilic;  un  peu  au-des- 
sous seront  placées  les  tenailles;  et  en  der- 
nier lieu  les  latéraux,  à cause  de  l’affinité 
qu’ils  ont  avec  les  tenailles.  Ceci  a un  autre 
but , c’est  de  réchauffer  un  peu  ces  instru- 
ments , de  peur  que  le  froid  du  métal  ne 
blesse  la  vessie,  attendu  que  le  froid  est 
ennemi  non  seulement  des  os,  des  dents, 
des  nerfs  et  de  la  moelle  . mais  encore  est 
capable  d’amener  la  destruction  du  corps 
humain.  Tous  les  instruments  étant  ainsi 
cachés , il  doit  encore  recouvrir  ses  deux 
manches  d’une  petite  compresse  , tant  pour 


Sonde  ouuerte  en  sa  partie  extérieure  1 . 


Le  chirurgien  la  passera  ointe 
d’huile  en  la  verge  iusques  à la  vessie, 
puis  la  tournera  vn  peu  vers  !e  cos  té 
fenestre2,  et  le  serviteur  situé  à la 

que  le  patient  ne  vienne  pas  par  un  regard 
de  côté  à apercevoir  ce  qu’elles  cachent, 
que  pour  éviter  d’être  sali  par  le  sang.  C’est 
ainsi  que  le  maître  doit  se  préparer,  afin 
que  l’opération  se  fasse  plus  rapidement.  » 

Les  instruments  que  Marianus  veut  ainsi 
cacher  dans  les  manches,  étaient  la  sonde, 
l’explorateur,  les  deux  conducteurs  et  le 
bouton.  Comme  il  ne  parle  plus  que  des 
instruments  en  argent,  le  cathéter  ou  itiné- 
raire , le  rasoir  et  le  cochléar  étaient  sans 
doute  confiés  aux  aides.  Quantaux  latéraux, 
je  dois  avertir  que  le  texte  est  fort  obscur; 
le  voici  : Ibidemque  Forceps  occullcndus  est , 
quem  ultirno  propter  affmilalem  quam  secuvi 
duo  Lulera  conlraxerant , in  liujus  modi  extra- 
lione  commode  subsequelur.  J’ai  traduit 
comme  s’il  y avait  subsequentur. 

1 Le  cathéter  de  Marianus,  exactement 
copié  par  Franco,  offre  une  courbure  plus 
forte  que  celui-ci. 

2 L’édition  de  1564,  suivie  encore  par  celle 
de  1575,  disait  : vers  le  costé  droit.  Le  chan- 
gement du  texte  a eu  lieu  en  1579. 


OPERATIONS  DE  CHrRVRGIE. 


48 1 


maindextre,  alors  esleuera  de  sa  main 
senestre  les  testicules  en  haut  vers  le 
costé  dexlre  : cela  fait , le  chirurgien 
fera  l'incision  sur  la  sonde,  à costé 
seneslre , euitant  la  cousture  du  pe- 
rineum  , et  pareillement  ne  la  fera 
trop  près  du  siégé  l.  Or  l’incommodilé 

1 Marianus  ne  procède  pas  aussi  vite  que 
Paré.  Après  avoirarmé  son  opérateur  comme 
on  l’a  vu  dans  les  notes  précédentes,  il  veut 
que  l’on  examine  l’urine  du  malade  , afin 
de  conjecturer  la  nature  de  la  pierre  : l’urine 
sanguinolente  annonce  une  pierre  rugueuse 
ou  épineuse;  l’urine  laiteuse  et  trouble  in- 
dique une  pierre  lisse  et  polie.  Ensuite  il 
faut  introduire  la  sonde  exploratrice  pour 
reconnaître  la  pierre  , et,  si  l’opérateur  n’est 
stupide  ou  de  plomb , pour  apprécier  son  vo- 
lume, et  y conformer  l’ouverture  du  dilata- 
loire.  Enfin  , toutes  les  précautions  bien 
prises,  le  médecin  dispose  ses  aides  au 
nombre  de  trois:  l’un,  de  sa  main  gauche 
passée  par-dessus  la  cuisse  , embrassera  les 
testicules , et  les  relèvera  en  haut  vers  le 
pubis  ; et  de  la  main  droite,  les  doigts  rap- 
prochés et  égalisés,  il  tendra  la  peau  vers  le 
côté  de  la  fesse  gauche,  pour  attirer  le  raphé 
de  ce  côté  , et  faire  que  l’incision  ne  tombe 
pas  sur  le  raphé,  ce  qui  serait  mauvais  : en 
effet,  l’expérience  a fait  voir  que  l’incision 
pratiquée  sur  ce  point  serait  mortelle.  Des 
deux  autres  aides,  l’un  maintient  le  pied 
gauche  du  malade,  et  l’autre  le  pied  droit. 

« Les  choses  étant  ainsi  , l’opérateur  s’a- 
genouille en  face  des  parties  honteuses  du 
malade  , commence  par  raser  les  poils  entre 
l’anus  et  les  coudions  ; puis  il  examine 
soigneusement  où  l’incision  devra  se  faire; 
car  cet  examen  mal  fait  entraînerait  deux 
dangers  , d’une  part  un  écoulement  invo- 
lontaire d’urine , si  l’on  intéressait  l’orifice 
des  muscles  qui  ferment  la  vessie;  ensuite 
un  péril  de  mort  peut-être  , si  l’incision 
était  portée  trop  bas  près  de  l’anus,  à cause 
de  la  lésion  des  veines  hémorroïdales  qui 
verseraient  beaucoup  de  sang,  et  aussi 
parce  que  l’action  du  dilatatoire  s’étendrait 
trop  vers  la  partie  membraneuse  de  la 
vessie.  C’est  pourquoi , et  pour  n’avoir  rien 
It. 


qui  pourroit  venir  pour  la  faire  sur 
la  cousture,  ce  seroit  que  la  playe  ne 
pourroit  estre  apres  si  bien  reunie  ny 
consolidée  pour  la  callosité  d'icelle 
cousture  , et  qu’elle  est  exangue,  et 
que  l’vrine  passe  par  dessus,  qui  puis 
apres  flueroit  perpétuellement  par 

de  pareil  à craindre,  nous  désignerons  le 
lieu  lui-même  , entre  l’anus  et  l’extrémité 
de  1 os  femoris,  qu’on  appelle  aussi  le  milieu 
des  deux  extrémités.  » 

( Il  est  essentiel  de  s’arrêter  ici , pour  re- 
marquer que  l’os  femoris  , dans  le  langage 
de  Marianus , signifie  l’os  iliaque  ; et  que  le 
milieu  des  deux  extrémités  de  ces  os  indique 
manifestement  la  symphyse  pubienne.  Ceci 
bien  entendu  , je  continue.  ) 

« Le  lieu  ainsi  désigné,  l’opérateur  se  re- 
lève, et  de  sa  main  gauche,  ou  s’il  estgaucher 
de  la  main  droite  , il  saisit  la  verge  ; de  son 
autre  main  il  introduit  l’itinéraire  dans 
le  canal  ; et  dirigeant  son  extrémité  vers 
l ombilic  ( et  complicando  instrumentum  versus 
umbilicum),  il  le  fera  pénétrer  jusque  dans 
la  cavité  de  la  vessie.  Embrassant  alors  la 
verge  avec  la  main  gauche,  il  la  ramènera 
vers  soi;  puis  avec  le  doigt  auriculaire 
(s/c)  de  la  main  droite,  il  palpera  à diverses 
reprises  le  point  désigné  pour  l’incision  sur 
l’itinéraire;  pour  cela  il  faut  que  le  périnée 
soit  tendu,  et  s’il  ne  l’était  pas,  on 
appuierait  de  la  main  gauche  sur  l’itiné- 
raire , pour  obtenir  la  tension  désirée.  Et 
enfin  d’un  seul  coup,  à droite  s’il  est  droi- 
tier , à gauche  s’il  est  gaucher,  il  fera  une 

incision  longitudinale;  en  effet  cette  incision 

suivant  la  direction  des  fibres,  des  muscles 
et  des  rides  de  la  peau , en  rendra  la  conso- 
lidation plus  facile.  C’est  pourquoi  je  ne 
puis  retenir  mon  étonnement  de  voir  les 
autres  écrivains,  et  toi  surtout,  Cornélius 
Celse,  recommanderde  faire  l’incision  selon 
la  largeur  des  fibres  et  des  plis  de  la  peau  , 
et  tomber  ainsi  directement  dans  l’incon- 
vénient qu’ils  voulaient  éviter.  N’est-il  pas 
hors  de  toute  espèce  de  doute  qu’après  une 
telle  incision , soit  que  le  malade  repose  les 
membres  étendus,  soit  qu’il  affecte  toute 
autre  position,  le  simple  rapprochement  des 

3l 


I.E  QVINZI^ME  EIVRp  , 


48a 

la  playe.  L’autre  incommodité  qui 
pourroit  aussi  venir,  fcjisqnt  l’incision 
trop  pies  du  siégé , serpit  qqp  l’on 
pourroit  en  tirant  la  pierre,  rompre 
quelque  rameau  veines  hemor- 
rhoïdes,  qui  causproit  vn  flux  de  spng 
qui  pial  aisément  en  cesfp  pqrtie  est 
estanché  : dont  aucuns  par  telle  faute 
ont  perdu  la  vie.  Pareillement  il  y au- 
roit  encore  danger  en  tirant  la  pierre, 
qu’fin  dijqcergst  grapdepient  le  muscle 
sphincter , et  le  corps  de  la  vessie  I. 
Parquoy  l’incision  se  fera  deux  doigts 
près  le  siégé,  et  selon  le  long  des  fi- 
laments , à fin  que  puis  apres  elle  se 
reprenne  mieux  et  piustost.  Ladite  in- 
cision, faite  du  rasoir,  doit  estre  seu- 
lement de  la  grandeur  d'vn  pouce  : 

jambes  écarte  notablpmept  |ps  Igvres  de  la 
plaie  j1  ce  qui  en  cas  pareil,  Ot  à raison  plu 
siiiqLcrnciit  très  fréquent  de  l’uriqc,  favorise- 
rait éminemment  Information  d une  fistule. 
Au  contraire  en  incisant  selon  la  longueur 
dps  fibres  et  la  direction  des  fidps , ce  serait 
upp  chose  admirable  que  la  promptitude  de 
la  consolidation , les  |èyres  de  lq  plaie 
demeurant  accolées.  Donc  pour  ne  pas  tom- 
ber dans  l’erreur  signalée,  que  l’incision 
soit  faite  suivant  lq  longueur,  et  que  l'op 
presse  sur  le  rasoir  jusqu’à  ce  que  l’opéra- 
teur le  sente  logé  dans  la  gouttière  creusée 
sur  la  convexité  de  l’itinéraire , et  que  là 
même  il  le  fasse  couper  un  peu,  de  manière 
à diviser  (a  paroi  intérieure  du  canal.  La 
longueur  fie  l’ipcision  doit  être  de  la  lar- 
geur de  l’ongle  du  ponce,  ou  un  peu  plus.  » 

1 Franco  craint  aussi  la  non-réunion 
d’une  plaig  qui  léserait  la  commissure 
majs  de  plus  (1  a peur  qu’elle  n’amène  des 
coiHiidïiM*  cl  iii/laKiiuaiioui.  Quant  à la  re- 
commandation de  ne  noint  trop  s’approcher 
du  §iége , Paré  a suivi  en  cet  endroit  les 
idées  de  Marianus  Sanctus;  Franco  avait 
bien  posé  le  même  précepte , mais  upn  point 
par  cette  crainte  futile  de  la  lésion  d’une 
veine  hémorroïdale  , et  seulement  en  vue 
du  danger  réel  d’atteindre  le  rectum  . 
Ouvrage  cité,  p.  l?3çt  12L 


pource  qu’on  l’augmente  puis  apres 
par  vn  bec  de  corbin  et  par  le  düala- 
toire,  et  niesmement  par  la  pierre  loi  s 
qu’on  la  tire.  La  raison  poqrquoy  on 
fait  la  playe  au  commencement  si  pe- 
tite, c’est  pource  que  ce  qui  est  coupé 
ne  se  reunit  si  bien  ny  en  brief  temps 
que  ce  qui  est  dilaceré  et  deschiré  '. 
Car  la  dilacération  se  fait  selon  la  rec- 
titude et  longitude  des  fibres  ner- 
. ueux. 

Doncques  apres  auoir  fait  l’incision 
sur  la  sonde  auec  le  rasoir  tranchant 
des  deux  costés,tu  mettras  dans  la 
playe  l’vne  de  ces  verges  d’argent, 
appelées  conducteurs  (pource  qu’ils 
seruent  de  guide  aux  autres  instru- 
mens  que  l’on  veut  introduire  en  la 
vessie)  laquelle  en  son  extremitéa  vue 
petite  eminence  et  rondeur,  qui  s’in- 
sère et  entre  dans  la  cauité  de  la  sonde 
descrite  cy  deuant  2.  Ladite  verge  est 
marquée  AA.  Puis  en  faut  couler  vne 

1 Aipsi  qu’on  l’a  vu  dans  la  note  précé- 
dente , Marianus  recommande  aussi  une 
petite  incision , et  Franco  suit  le  même  pré- 
cepte; mais  Paré  est  le  seul  qui  en  ait 
donné  une  raison  aussi  mal  fondée.  J’ai  en- 
tendu des  chirurgiens  de  notre  temps  re- 
produire cette  idée  de  Paré , et  professer 
que  les  déchirures  guérissent  plus  vite  que 
les  incisions.  On  ne  saurait  s’élever  trop 
fortement  contre  une  assertion  aussi  dan- 
gereuse qu’elle  est  mal  fondée. 

2 Paré  oublie  ici  un  des  temps  de  l’opéra- 
tion de  Marianus.  Après  l’incision  faite , 
l’opérateur  « fait  tenir  à quelqu’un  Je  rasoir 
dans  la  plaie  même,  tandis  qu’il  prend  l’ex- 
plorateur qu’il  introduit  dans  la  gouttière 
de  l’itinéraire,  en  le  glissant  sur  les  cotés  du 
rasoir  légèrement  incliné,  et  qu’il  pousse 
ainsi  jusqu’à  l’extrémité  de  la  gouttière. 
Quand  il  sera  arrêté  à cette  extrémité,  il  se 
trouvera  dans  la  cavité  de  la  vessie  même; 
et  s’il  y a de  l’urine , elle  s’échappera  à tra- 
vers l’explorateur.  Cela  étant  fait,  le  chirur- 
gien retiendra  d’une  main  l’explorateur  en 


OPERATIONS  DE  CHJRVRGIE. 


autre  par  dessus  icelle  , qui  aura  en 
son  extrémité  vne  cauitéet  petite  ho- 
che comme  vn  fourchon,  qui  embras- 
sera et  coulera  iusques  à l’extremité 
de  la  première.  Ledit  second  conduc- 
teur est  marqué  B1L 


483 

Puis  on  tirera  hors  la  sonde,  et  se- 
ront lesdits  conducteurs  poussés  de- 
dans le  corps  de  la  vessie,  les  tournans 
sans  dessus  dessous  : et  alors  on  doit 
mettre  les  cheuilles  au  pertuis  d’icel- 
les. Les  autres  où  ne  sont  icelles  che- 


Les  figures  des  Conducteurs  sont  telles,  et  en  a 
de  deux  Jaçons  *. 


place,  et  de  l’autre  main  H retirera  l’itiné- 
raire hors  de  la  verge.  » 

Cet  explorateur  ou  guetteur,  comme 
l’appelle  Franco  , n’était  autre  qu’une  sonde 
d’argent  à peu  près  droite,  mais  aplatie  à 
l’extrémité,  de  manière  à offrir  une  sorte  de 
tranchant  mousse,  lout-à-fait  propre  à se 
glisser  dans  la  gouttière  de  l’itinéraire  ou 
cathéter.  Telle  «est  au  moins  la  description 
qu’on  peut  en  donner,  d’après  la  figure  de 
Marianus  Sanctus;  franco  ne  l’a  point  re- 
présenté. 

1 Ces  conducteurs  ont  été  différemment 


figurés  par  Franco , elles  figures  de  Franco 
ne  s’accordent  pas  même  tout-à-fait  avec 
celles  de  Marianus,  du  moins  dans  l’édition 
d’QITenbach.  Selon  Marianus,  c’étaient 
deux  stylets  assez  gros,  en  argent,  sans  ca- 
vité intérieure  ni  extérieure,  longs  chacun 
des  deux  tiers  d’une  palme,  recourbés  à 
leur  extrémité  externe  , droits  dans  le  reste 
de  leur  étendue.  A l’extrémité  externe  était 
attachée  une  petite  clavette  , comme  celle 
que  l'on  voit  dans  les  figures  de  Paré , qui 
s’introduisait  de  même  dans  un  trou  du 
conducteur.  Voici  d’ai.lleurs  comment  Ma- 
rianus enseigne  à s’en  servir. 

« L’itinéraire  retiré  , il  prend  un  des  con- 
ducteurs et  l’introduit  le  long  de  l’explora- 
teur, pour  ne  pas  être  exposé  à quitter  le 
chemin  de  la  vessie.  Ce  premier  conducteur 
introduit,  il  retire  l’explorateur,  devenu 
désormais  inutile , et  porte  le  deuxième 
conducteur  dans  la  vessie  en  le  glissant  le 
long  de  l’autre.  Après  quoi  les  saisissant 
entre  l’index  et  le  médius,  il  ajuste  les  cla- 
vettes, et  les  écarte  l’un  de  l’autre  assez 
pour  que  l’ouvreur  ou  dilatatoire  se  puisse 
loger  entre  eux.  Il  met  donc  entre  eux  le 
dilatatoire  , de  façon  que  celui-ci  les  regarde 
par  ses  côtés  ( per  costas  ) , et  le  pousse 
ainsi  dans  la  vessie , par  un  effort  continu 
et  uniforme  , de  peur  que  des  variations 
dans  cette  impulsion  n’irritent  la  nature; 
faisant  cependant  toujours  attention  à ceci  , 
que  l’un  des  conducteurs  reste  collé  au  côté 
droit , l’autre  au  côté  gauche  du  dilatatoire, 
de  façon  que  les  côtes  ( costœ  ) de  celui-ci 
semblent  glisser  sur  eux  dans  la  vessie,  et 
qu’il  n’est  besoin  de  le  pousser  que  pour 
la  petite  portion  de  sa  surface  qui  déborde 
latéralement  les  conducteurs.  » 

Les  deux  chevilles  ou  clavettes  avaient 
pour  effet,  comme  l’auteur  l’explique  très 
bien,  d’ empêcher  les  conducteurs  de  glisser 
eux-mêmes  dans  la  vessie  , lorsqu’on  pousse 


LE  QVINZ1ÉME  LIVRE, 


484 

uilles  sont  plus  aisées,  etsontnommées 
espées  par  ceux  qui  font  telles  opera- 
tions. Puis  seront  fort  serrées  entre 
les  doigts  de  l’operateur,  lequel  puis 
apres  doit  entre  ses  deux  conducteurs 
pousser  auec  violence  dedans  la  ca- 
uité  de  la  vessie  vn  autre  instrument 
nommé  bec  de  cune  : puis  l’ouurir  des 
deux  mains,  le  tournant  à dextre  et  à 
senestre , çà  et  là,  auec  force,  pour 
dilacerer  et  aggrandir  la  playe  tant 
qu’il  sera  besoin,  pour  faire  passage 
et  entrée  aux  autres  instruments  qu’il 
faut  encor  y mettre.  Tôutesfois  , s’il 
est  possible  de  dilater  assez  la  playe 
et  extraire  la  pierre  par  ce  mesine 
instrument  pendant  qu’il  est  dedans 
la  vessie,  ce  seroit  bien  fait  ‘. 

entre  eux  le  dilalatoire,  et  qu’on  ne  les  lient 
qu’entre  l’index  et  le  médius. 

Franco  a figuré  un  conducteur  tout-à-fait 
arrondi  et  cylindrique,  et  un  autre  qui  est 
creusé  d’une  gouttière  longitudinale.  Celui- 
ci  devait  entrer  Je  premier,  sa  gouttière 
glissant  sur  l’explorateur,  et  servant  plus 
lard  à faire  glisser  l’autre. 

A.  Paré  supprimant  l’explorateur,  fait 
glisser  le  conducteur  à bec  arrondi  le  long 
de  la  gouttière  du  cathéter,  et  le  conduc- 
teur à fourche  le  long  du  cylindre  du  pre- 
mier. Cette  moditication,  qui  porte  à la  fois 
sur  la  forme  et  sur  le  nombre  des  instru- 
ments, ne  peut  guère  lui  appartenir  puis- 
qu’il n’avait  jamais  fait  la  taille;  je  répète 
donc  ce  que  j’ai  dit  dans  mon  introduction , 
que  probablement  il  suivait  ici  les  indica- 
tions de  Laurent  Colot.  Toutefois  il  faut 
bien  dire  qu’il  ne  le  nomme  pas,  et  que  tout- 
à-l’heurc,  en  faisant  allusion  à une  autre 
forme  du  conducteur  , il  leur  donne  le  nom 
d'espées  , d’après  ceux  qui  /ont  telles  opera- 
tions. De  tout  ceci  force  nous  est  de  conclure 
que  le  grand  appareil  était  pratiqué  en 
France  dès  iSCi  par  d’autres  que  par  les 
Colot,  et  qu’il  avait  même  déjà  subi  di- 
verses modifications. 

1 Voici  une  des  plus  notables  modifications 
du  procédé  de  Marianus  Sanclus.  Celui-ci, 


La  figure  du  bec  de  Cane  , cane  en  sa  partie 
extérieure  , est  telle. 


Et  aussi  si  on  ne  peut,  et  qu’il  faille 
dilater  la  playe  d’auantage,  la  pierre 
estant  trop  grosse,  adonc  faut  vser  de 
cest  instrument  nommé  dilalatoire , 
lequel  ayant  mis  dedans  la  vessie, 
sera  pris  par  les  deux  bouts,  les  pres- 
sant ensemble  : par  cela  on  dilatera 
la  playe  tant  qu’on  voudra. 


La  figure  d’vn  Dilataloire  clos  *. 


comme  on  l’a  vu  dans  la  note  précédente  , 
après  les  conducteurs  introduisait  le  dilata— 
toire  ; Franco  a suivi  cette  description  , et 
voici  que  l’aré  recommande  un  autre  instru- 
ment, qui  suffit  quelquefois  pour  terminer 
l’opération  , mais  qui  d’autres  fois  demeure 
insuffisant , et  à défaut  duquel  il  faut  re- 
prendre le  dilalatoire  de  Marianus  Sanctus. 
Ces  modifications  du  grand  appareil  n’ont 
été  notées  par  aucun  historien. 

1 Ce  dilalatoire  est  le  même  que  celui  de 
Marianus,  reproduit  par  Franco,  et  la  figure 
est  si  nette,  que  toute  description  serait  su- 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 

Apres  la  dilacération  et  dilatation , 
tu  le  seruiras  du  bec  de  cane  cy-des- 


sus  escnt,  ou  de  cestuy  quiest  courbé  *. 

Tenailles  en  forme  de  bec  de  cane  courbé. 


Par  icelles  tenailles  sera  cherchée 
la  pierre,  dilatant  laplaye  pour  l’em- 
poigner : et  lors  que  l’operateur  con- 
noistra  la  pierre  estre  entre  ces  te- 

perflue.  Je  noterai  cependant  que,  dans 
le  chapitre  assez  long  que  Marianus  con- 
sacre à le  décrire  , il  ne  fait  point  mention 
de  ses  côtes , costæ  , dont  il  parle  en  détail- 
lant le  procédé  opératoire,  et  que  j’ai  tra- 
duite indistinctement  par  côtes  ou  côtés. 
Voyez  la  note  de  la  page  483. 

1 Voici  un  nouveau  changement  dans  les 
instruments.  iMarianus, et  Franco  qui  le  suit, 
figurent  des  tenailles  que  le  premier  appelle 
Forceps,  et  qui  diffèrent  essentiellement  du 
bec  de  cane  droit,  en  ce  que  chaque  cuiller 
se  termine  par  une  pointe  fort  aiguë  et  re- 
courbée. Manifestement  ces  pointes  expo- 
saient à blesser  la  vessie.  Marianus  décrit 
longuement  leur  dimension  ; Franco  néglige 
ces  détails,  d autant,  dit-il,  nue  ce  sont  des 
moindres  poincts  dudit  art. 

Les  tenailles  courbes  sont  une  autre  addi- 
tion des  opérateurs  français.  Je  ne  sais  à qui 
elles  appartiennent:  Franco  n’en  parle  pas. 


485 

nailles  , promptement  faut  lier  les 
branches  d’icelles , et  la  tenir  ferme- 
ment, puis  la  tirer  non  tout  à coup  : 
mais  la  faut  tourner  d’vn  costé  et 
d autre , l’amenant  dehors  peu  à peu 
auecques  la  plus  grande  dextérité 
que  l’on  pourra.  Et  ce  faisant,  se  faut 
garder  de  trop  comprimer  et  estrain- 
dre  la  pierre  par  lesdiis  instrumens, 
de  peur  de  la  comminuer  et  rompre 
en  pièces. 

Aucuns,  à tin  qu’elle  n’eschappe 
d’entre  les  instrumens,  mettent  deux 
doigts  dedans  le  siégé,  et  gaignent  le 
dessus  de  la  pierre  : chose  qui  aide 
grandement  à la  tirer,  et  que  i’ap- 
prouue.  Les  autres  se  seruent  de  ces 
deux  pièces  appelées  ailerons , et  les 
mettent  à costé  des  tenailles  : l’vne 
dessus  et  l’autre  dessous  : puis  les  joi- 
gnent ensemble , de  sorte  que  la 
pierre  ne  peut  aucunement  eschap- 
per,  comme  tu  vois  par  ceste  figure. 

Figure  des  filerons  et  de  la  pierre  prise  en 
iceux  auec  le  bec  de  cane  *. 


Les  ailerons,  que  Paré  appelait  ailerons 


LE  QVIN7.1ÉME  LIVRE, 


486 


Autre  figure,  où  à V extrémité  des  ailerons  y a 
vne  vis  pour  les  mieux  tenir  , auec  vne  piece 
de  fer  pliée , pour  encor  les  serrer  d’auan- 
façje.  Ladite  piece  est  marquée  A. 


dans  les  éditions  antérieu res  à celle  de  1585, 
sont  une  imitation  des  laieres  de  Marianus, 
que  Franco  appelle  les  latéraux.  Ces  latéraux 
étaient  d’uné  construction  vraiment  pitoya- 
ble, et  les  ailerons  constituent  à cet  égard 


En  lieu  des  ailerons,  on  peut  vser 
d’vn  bec  de  cane;  et  l'extraction  en 

un  perfectionnement  réel.  Le  but  est  d’ail- 
leurs absolument  le  même.  Voici  ce  que  dit 
Marianus  : 

« Cela  étant  fait  (l’introdüelion  du  dilata- 
toire  enseignée  tout-à-l’heure)  on  rapproche 
les  branches  de  l’instrument  pour  obtenir 
une  dilatation  égale  au  volume  de  la  pierre, 
du  moins  autant  que  le  médecin  a pu  le  con- 
jecturer par  l’exploration  ; et  à travers 
cette  dilatation,  on  pofte  dans  la  vessie  les 
tenailles,  en  les  faisant  glisser  de  même  le 
long  des  conducteurs;  Les  tenailles  introdui- 
tes, on  retire  les  conducteurs  , et  on  incline 
les  tenailles  d’un  côté  et  de  l’autre  pour 
trouver  et  saisir  la  pietre  ; et  quand  celle-ci 
sera  saisie  , on  continuefa  à porter  l’instru- 
ment de  côté  et  d’aulrè , et  on  l’extraira 
sans  apporter  à cètte  manœuvre  aucune 
violence , sous  prétexte  de  se  bâter.  J’en- 
tends parler  des  petites  pierres , qu’elles 
soient  lisses  ou  épineuses  ; mais  si  la  pierre 
est  grande,  l’extraction  rt’èst  plus  aussi  sim- 
ple. Voici  comment  il  faut  agir  : 

» Lors  donc  qu’on  t-ëêonnaîl  le  calctd  si 
volumineux,  qu’il  ne  pourra  qu’à  grand’ 
peine  ou  même  qu’il  ne  pourra  jamais  être 
extrait  par  la  dilatation,  11  faut  d’abord  lier 
ensemble  les  branches  des  tenailles,  de  sorte 
que  là  pierre  ne  puisse  s’échapper  de  leurs 
cuillers  ; puis  le  médecin  prendra  les  deux 
latéraux,  dont  il  introduira  l’un  par-dessous 
les  tenailles  jusqti’à  ce  qu’il  soit  arrivé  par- 
dessus la  pierre;  l’autre  sera  introduit  de 
même  pâr-dessus  les  tenailles.  » 

Ici  suivent  quelques  détails  qui  ne  pour- 
raient être  compris  que  par  la  figure  de 
l’instrument , et  d’où  il  résulte  que  ces  délit 
latéraux  ne  faisaient  pas  seulement  office  de 
deuxièmes  tenailles,  comme  Francd  semble 
le  croire,  mais  qu’en  se  joignant  l’un  à 
l’autre  , ils  dilataient  la  plaie  en  avant  de  là 
pierre,  au  degré  que  le  chirurgien  jugeait 
convenable  : vnurn  cum  aller o aggretjet  (me- 
dicus'  et  crucem  vnam  constituât,  quatn  tantum 
poteril  dilalare  quantum  ad  extractionem  lapi- 
da necessariam  esse  presenserit  far  cette  voie, 
ajoute  Marianus , on  pourra  extraire  toute 
pierre, quelque  volumineuse  qu’elle  soit. 


OPERATIONS  fiE  CÜfftvftfelE. 
sera  plus  subite,  ét  auec  înalnS  de 


douleur  *. 

La  pierre  tirée  par  les  moyens  fcy 
dessus , il  la  faut  diligemment  regar- 
der pour  voir  si  elle  est  en  quelque  en 
droit  vsée  et  polie  : ce  qui  se  fait  par 
la  collision  , confriclion,  et  altrilion 
d’vne  ou  de  plusieurs  autres  pierres. 
Toutesfois  le  signe  le  plus  certain 
( comme  par  cy  deuant  auons  dit) 
c’est  la  sonde,  qui  se  peut  faire  à pré- 
sent auec  vn  des  bouts  de  l'instru- 
ment descrit  cy  dessous  : duquel  tu 
te  seruiras  , tant  de  sonde  que  de  cu- 
rette. 

Figure  d’vn  instrument  d’argent  nommé  Cu- 
rette, propre  pour  l’extraction  d’vne  pierre  , 
sonder  s'il  y en  a d’autres , et  aussi  pour  re- 
cueillir et  amasser  le  sable,  sang  coagulé,  et 
autres  choses  eslranges  qdi  seroient  en  la 
vessie  , la  pierre  tirée 1  2. 


1 Cette  phrase  manque  dans  les  premières 
éditions,  et  se  lit  pour  lâ  première  fois  dans 
celle  de  1585. 

2 Cette  curette,  invention  française  quant 
au  nom  et  quant  à la  forme,  semble  avoir 
été  faite  pour  remplacer  les  deux  instru- 
ments queMarianus  décrit  sous  tes  noms  la- 
tins AéKerriculum  filÀbsiergeiis  oü  Cochlear. 

Le  verricùlum  était  un  fil  d’argent  pareil 
au  mandrin  de  nos  sondes,  terminé  par  une 
petite  boule  d’argent,  pila  artjéntea , qui  ne 
devait  pas  dépasser  au  plus  le  volume  d’une 
cerise.  Le  cochlear  avait,  suivant  Marianus, 
la  forme  de  la  cuiller  des  Turcs  ; on  en 
aura  une  idée  assez  rapprochée,  en  se  figu- 
rant une  spatule  à extrémité  large,  garnie 
d’un  rebord  soudé  à angle  droit  avec  la  cir- 
conférence elliptique  de  la  lame.  Marianus 
nous  apprend  que  les  opérateurs  vulgaires 
appelaient  le  premier  instrument  buclon  , et 
c’est  manifestement  de  là  qu’est  venu  le 
bouton  des  lithotomistes,  tel  que  Paré  le  fi- 
gure à l’autre  bout  de  la  curette.  Franco  a 


4^7 

Si  paf  icëltiÿ  011  cofinoisl  en  la  ves- 
sie y axioil-  fÜitfëS  pierrés,  il  les  faut 
tirer  comme  défiant  : ët  les  ayant 
ainsi  tirées  , ftidt  riiëüfe  en  la  vessie 
1 antre  bout  qui  est  caüe  en  façon  de 

commis  ici  une  erreur  assCg  gravé;  trompé 
par  la  méchante  figure  de  MarianUs,  il  a Cru 
que  le  verricùlum  était  ereüSé  en  ciiiller,  et 
lui-même  l’a  représenté  et  décrit  avec  cette 
forme.  Il  ne  donne  même  au  lerrlbnlitfrt  et 
au  cochlear  d’autres  synonymes  français  qüe 
ceux-ci  : le  grand  et  le  petit  culier.  Le  texte  de 
Marianus  ne  pouvait  cependant  laisser  de 
doute.  Èn  effet , outre  la  description  fort 
claire  de  l’Ihstrutnehf , voici  comment  le 
docteur  romain  en  explique  l’Usage  : 

« La  pléfre  étaiïteitraitejemédccin  pren- 
dra aussilôtlè  t’érricn/nm, qu’on  appelle  aussi 
buclon,  l’introduira  dans  la  vessie,  et  le  pro- 
mènera par  la  circonférence  de  ce  viscère 
pour  rechercher  s’il  n’y  aurait  pas  quelque 
autre  pierre,  attendu  qu’on  en  a trouvé 
non  pas  Une  ou  deux  , mais  quelquefois  qua- 
tre et  jusqu’à  huit:  ce  que  l’on  reconnaîtra 
facilement  si  le  médecin,  prenant  dans  sa 
main  le  calcul  déjà  extrait , l’examine  avec 
diligence;  s’il  le  voit  comprimé  d’un  côté  et 
présentant  là  une  facette  polie  comme  par 
usure,  ce  qui  provient  du  frottement  de  deux 
ou  plusieurs  calculs, il  devra  aussitôt  en  aller 
chercher  un  second  avec  les  tenailles,  et 
l’examiner  à son  tour  pour  voir  s’il  ëstsem- 
blable  au  premier. 

» S’il  y avait  plusieurs  facettes,  on  jugerait 
qu’il  y a encore  d’autres  pierres  dans  la 
vessie  : Sinon  on  peut  assurer  qu’il  n’en 
reste  plus.  Cette  assurance  une  fois  don- 
née, on  prendra  en  dernier  lieu  Yabster- 
gens  ou  cochlear,  et  le  portant  dans  la  ves- 
sie , on  ramènera  au-dehors  les  caillots  de 
sang,  en  répétant  cette  manœuvre  trois  ou 
quatre  fois  et  plus  s’il  est  nécessaire , et 
prenant  soin  de  ramener  en  même  temps 
tous  les  fragments  que  les  tenailles  auraient 
pu  détacher  de  la  pierre,  et  qui  devien- 
draient le  noyau  d’une  nouvelle  pierre. 

» Tout  cela  étant  fait  dans  l’ordre  indi- 
qué, on  est  sûr  d’avoir  véritablement  ter- 
miné l’extraction  de  la  pierre.  » 


488 


LE  QVINZ1ÉME  LIVRE, 


pueillier,  et  le  tourner  d’vn  costé  et 
d’autre  pour  prendre  et  attirer  les 
choses  estranges  qui  peuuent  rester 
en  la  vessie,  comme  sang  coagulé  et 
arenes , qui  puis  apres  seroient  cause 
de  génération  d’autres  pierres. 

Rembert  de  Douay  , médecin  de 
l’empereur  César,  en  ses  observations 
médicinales  au  liure  1.  chapitre  44, 
dit  s’estre  trouué  douze  pierres  en  la 
vessie  d’vn  homme, dont  la  plus  grosse 
estoit  d’vnenoix1. 

Pour  retourner  à notre  propos,  où 
la  pierre  seroit  trouuée  trop  grosse, 
et  qu’il  y eust  danger  de  rompre  et  di- 
lacerer  le  corps  de  la  vessie  , la  vou- 
lant tirer,  il  la  faut  rompre  auec  bec 
de  corbin,  tels  que  ceux-cy2. 

1 Cette  citation  manque  dans  les  premiè- 
res éditions  , et  a été  intercalée  ici  en  1685. 

2 Voici  encore  un  nouveau  témoignage 
des  travaux  et  des  recherches  de  ces  opéra- 
teurs obscurs  du  xvE  ou  du  XVIe  siècle,  qui 
sont  restés  ignorés  jusqu’ici,  parce  que  les 
historiens  n’ont  pas  pris  la  peine  de  descen- 
dre dans  ces  détails.  A quelle  époqueeut-on 
l’idée  de  briser  la  pierre  dans  la  vessie , lors- 
qu’elle était  trop  grosse  ? nous  l’ignorons; 
toutefois  il  est  certain  que  ce  fut  avant  Ma- 
rianus  Sanctus.  Il  a en  effet  son  chapitre  12 
qui  est  ainsi  intitulé  : 

De  frangente  in  curant  non  adrnitlendo. 

« Ce  serait  ici  sans  contredit  le  lieu  d’ex- 
poser la  forme  et  la  manière  d’agir  de  ce 
qu’on  appelle  le  brise-pierre  (f rangeas) , si 
son  application  n’était  pas  si  périlleuse  et 
pour  le  patient  et  pour  le  mailre.  Même  entre 
les  mains  d’un  homme  très  exercé  à l’opé- 
ration , il  expose  le  malade  à la  mort;  c’est 
pourquoi  je  n’en  dirai  mot.  » 

Quel  était  ce  brise-pierre  si  redoutable? 
Je  n’oserais  môme  former  aucune  conjec- 
ture à cet  égard  ; mais  si  les  inciseurs  vul- 
gaires coüüuissaieDl  le  boulon,  verriculum,  la 


La  figure  d’vn  bec  de  corbin  dentelé  pour 
rompre  les  pierres  en  la  vessie , lequel  ferme 
à vis. 


cuillère  ( abstergens  quod  alii  cochlcar  nomi- 
nant,  dit  Marianus),  le  brise-pierre,  que 
Marianus  rejette,  et  que  son  maître  Jean  de 
Romanis  n’employait  pas , enfin  le  crochet 
de  Celse,  les  tenailles  de  Gaddesden  , et  le 
cathéter  du  chirurgien  génois  dont  j’ai  par- 
lé dans  mon  introduction,  que  reste-t-il  donc 
pour  mériter  au  procédé  de  Jean  de  Roma- 
nis le  titre  de  grand  appareil?  Ce  que  l’on 
peut  lui  accorder  en  propre,  c’est  l’idée  de 
faire  une  très  petite  plaie  à l’urètre,  et  de 
dilater  le  col  de  la  vessie  ; et  l’on  voit  que 
déjà  du  temps  de  Paré, on  avaitdes  idées  fort 
nettes  sur  la  valeur  de  celle  dilatation  pré- 
tendue , et  l’on  savait  qu’on  ne  dilatait 
qu’en  déchirant. 

11  est  assez  remarquable  que  Franco,  qui 
avait  lu  Marianus,  n’ait  pas  fait  attention  à 
ce  chapitre  du  brise-pierre , et  ait  donné 
comme  une  idée  nouvelle  le  broiement  de 
la  pierre  quand  elle  est  trop  grosse.  Il  n’y 
avait  là  de  nouveau,  comme  il  a été  dit,  que 
les  tenailles  tranchantes  qu’il  avait  ima- 
ginées pour  cet  objet. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


Autre  hcc  de  corbin  1 . 


CHAPITRE  XLVI. 

COMMENT  IL  FA  VT  PENSER  LA  PLAYE  , 
LA  PIERRE  ESTANT  TIREE. 

Apres  auoir  ainsi  tiré  la  pierre  et 
autres  choses  eslranges,  si  on  voit 
qu’il  soit  necessaire  faire  vn  point  ou 
deux  d’aiguille  à la  playe  ( laissant 

1 Ce  dernier  bec  de  corbin  était  le  seul 
représenté  dans  l’édition  de  1564,  et  après 
en  avoir  donné  la  figure  , l’auteur  ajoutait  : 

« Lequel  a seulement  trois  dents,  assauoir 
deux  en  haut  et  vne  en  bas  ; celle  d’en-bas 
sera  située  en  sorte  qu’elle  entrera  au  milieu 
des  deux  autres  de  dessus , et  qu’elles  soient 
en  pointe  de  diamant.  Et  l’ayant  rompue  et 
mise  en  pièces,  faut  du  tout  mettre  hors 
les  portions,  et  prendre  garde  qu’il  n’y  en 
demeure  aucune,  pour  le  danger  qu’il  y 
auroit , qui  seroit  que  les  fragments  d’icelle 
puis  apres  ne  s’augmentassent  et  reprissent 
ensemble  , et  feissent  de  rechef  une  grosse 
pierre.  » 

Dans  la  première  édition  des  œuvres 
complètes,  en  1575,  Paré  avait  déjà  ajouté 
la  figure  de  l’autre  bec  de  corbin  à cinq 


489 


seulement  l’espace  à mettre  vne  can- 
nule  ) il  les  faut  faire,  et  faut  que  le 
fil  soit  de  soye  cramoisie  assez  grosse 
et  forte,  et  vn  peu  cirée,  de  peur  que 
si  elle  estoit  trop  deliée,  ne  trancliast 
la  chair,  et  aussi  qu’elle  11e  se  pour- 
rist  pour  l’humidité  de  l’vrine , et 
pour  les  excremens  de  la  playe.  Fai- 
sant icelle  couslure,  sera  pris  assez 
bonne  portion  de  chair,  qu’elle  ne  se 
rompe  et  dilacere  : à fin  que  la  dou- 
leur faite  au  patient  par  ladite  cou- 
ture n’ait  esté  faite  en  vain,  et  sans 
aucun  profit  *. 

Tout  cela  fait , faut  mettre  dans  la 
playe  iusques à la  vessie,  vne  tente 
d’argent  cannulée , de  laquelle  lu  as 
icy  plusieurs  figures. 

( 'annules  d argent  pour  sentir  en  lu  plage, 
l extraction  de  la  pierre  faite  : dont  lu  en  as 
icy  de  plusieurs  sortes , afin  de  les  accom- 
moder aux  plages,  et  non  pas  les  playes 
aux  connûtes  a. 


dents , mais  i!  avait  conservé  le  paragraphe 
qu’on  vient  de  lire  ; c’est  en  1579  qu’il  l’a 
supprimé,  l’on  11e voit  pas  pour  quelle  raison. 

1 Marianus  ne  parle  en  aucune  façon  de 
cette  suture.  — « Si  la  playe  estoit  trop 
grande,  dit  Franco,  on  peult  faire  un  poinct 
ou  deux  d’aiguille , comme  Guidon  enseigne. 
Il  est  vray  que  ie  n’en  ay  iamais  usé  , ny  veux 
fuire  , etc.  — Ouvr.  cité,  p.  125. 

2 Les  deux  figures  de  canules  que  je 


LE  QVINZIÉME  LIVRE, 


490 

Par  le  moyen  d’icelles  le  sang  issu 
de  la  playe  et  coagulé  en  la  vessie,  se 
pourra  ietter  et  purger,  et  aussi  tout 

donne  en  ce  lieu  sont  extraites  de  l’édition 
originale  de  1564.  Elles  étaient  suivies  d’au- 
tres figures  qui  11e  convenaient  pas  aussi 
bien  pour  le  but  à remplir,  et  je  ne  sais 
à quel  propos  A.  Paré  a supprimé  les  pre- 
mières et  conservé  les  autres  dans  toutes  les 
éditions  de  ses  œuvres  complètes.  Voici 
d’abord  ces  figures  qU’ij  avait  conservées  et 
que  j’ai  cru  devoir  rcjetdr  : 


On  comprend  ’que  les'  trous  nombreux 
qui  perforent  les  canules  dans  presque 
toute  leur  étendue  étaient  inutiles  d’abord, et 
ensuite  nuisibles,  attendu  que  les  chairs  à vif 
presseraient  sur  les  trous  et  finiraient  par  y 
pénétrer  et  s’y  étrangler.  Aussi  Paré,  dans 
ses  œuvres  complètes,  avait  accompagné  ces 
figures  d’une  note  marginale  ainsi  conçue  : 

Ces  trbis  lentes  (la  troisième  n'était  que  la 
répétition  de  la  canule  droite,  et  en  consé- 
quence a dû  être  supprimée)  nedoiuent  estre 
trouées  qu'en  leurs  extrémités, pour  les  raisons 
dites  cij  aeuant. 

Qu’était-ce  que  ces  raisonsdites  cydeüant? 
Pour  les  trouver,  il  faut  remonter  jusqu’au 
chapitre  33  du  livre  des  pluyes  en  particu- 
lier (voyez  cl-devant  page  102) , où  déjà  se 
retrouvent  les  figures  des  mêmes  canules, 
avec  la  même  ihdication  qu’elles  sont  mal 
construites.  On  ne  conçoit  pas  en  vérité 
comment  Paré  a pu  faire  graver  de  telles 
figures,  puisque  nulle  part  dans  ses  ouvra- 
ges il  n’indique  un  seul  cas  où  elles  con- 
viennent, et  on  ne  comprend  pas  davantage 
comment  il  les  a conservées  dans  toutes  ses 
éditions  complètes. Riais  ce  qui  est  plus  étran- 
ge encore,  c’est  qu'il  possédait  les  figures 
gravées  de  ces  véritables  canules;  qu’il 
avait  employé  l’ùnè,  la  canule  courbe, 


autre  excrement  retenu  en  icelle:  et 
11e  la  luy  faut  tenir  longue  espace 
de  temps,  de  peur  que  nature  ne  s’a- 
cheminast  à ietter  perpétuellement 
l’vrine  par  la  playe,  et  qu’il  ne  se  üsl 
vne  fistule 

El  aux  parties  d’autour,  faut  mettre 
vn  repercussif  tel  que  celuy  qui  s’en- 
suit , pour  reprimer  le  sang  et  la 
fluxion  qui  pourroit  estre  faite  en 
icelle,  à cause  de  la  douleur. 

If.  Alb.  ouor.  num.  iij. 

Pulu.  boli  armen.  sanguinis  draconis 
ana  g . ij. 

Olei  rosati  g . j. 

Pii.  lepor.  quantum  sufficit. 

Fiat  medicamentum  ad  formam  mellis. 

dans  le  chapitre  21  du  livre  déjà  cité  (voyez 
ci-devant  page  63) , et  l’autre , la  canule 
droite,  au  chapitre  27  du  même  livre  (ci- 
devant  page  87).  A la  vérité  dans  les  deux 
cas  il  veut  qu’elles  soient  plates,  tandis  que 
pour  le  pansement  après  la  taille , elles 
doivent  ètté  rondes;  mais  ce  sont  toujours 
exactement  les  mêmes  figures  qu’il  avait 
données  dans  son  édition  de  1504  comme 
canules  rondes,  devant  être  mises  dans 
la  plaie  après  la  taille  ; et  j’ai  préféré  don- 
ner les  instruments  conseillés  par  l’auteur 
en  réalité  , et  rejeter  dans  les  notes  ceux 
qu’il  déclare  expressément  lui-inème  ne 
pouvoir  pas  servir. 

J’ajouterai  que  RIarianus  se  tait  sur  ces 
canules  comme  sur  la  suture.  — Aucuns 
y mettent  vne  tente , dit  Franco,  laquelle  doit 
estre  percée. ..le  n’ay  point  accouslumé  y mettre 
tentes,  que  bien  peu  souuenl. — Ouvr.  cité, 
p.  127. 

I Ces  mots  : et  qu’il  ne  se  fist  vne  fistule,  se 
lisent  pour  la  première  fois  dans  l’édition 
posthume  cle  1598.  Riais  dans  les  éditions 
antérieures,  même  dans  celle  de  1564,  Paré 
ajoutait  ici  cette  note  marginale  qu’il  est 
essentiel  de  reproduire: 

II  faut  tenir  la  cannule  en  la  playe , ius- 

Iques  à ce  qu’on  voye  que  l'vrine  seule  isse  d’i- 
celle. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


CHAPITRE  XLVlî. 

DE  LA  SITVATION  OVE  L’ON  DOIT  DONNER 

AV  PATIENT  L’OPERATION  FAITE. 

le  patient  sera  posé  en  son  lit,  met- 
tant dessous  lui  un  sac  plein  de  son, 
ou  paille  d’auoine,  à fin  que  l’vrine  et 
autres  excremens  s’y  imbibent  : et  en 
faut  auoir  plusieurs  pour  les  changer 
lors  qu’il  en  sera  besoin. 

Quelquesfois  apres  l’extraction , il 
descend  du  sang  en  grande  quantité 
dedans  le  scrotum  , que  si  on  n’y 
donne  bon  ordre  et  prompt,  auec  re- 
mèdes discutiens , consumons  et  des- 
SCichans,  la  partie  se  toiirne  én  gâil- 
gPene  : ce  qui  se  connoistra  en  trai- 
tant la  playe. 

Et  aussi  quelques  iours  aptes,  faut 
faire  iniection  par  la  playe  en  la  ves- 
sie, faite  des  liqueurs  qui  s’ensuiuent; 

Prenez  eau  de  plantain,  morelle,  et  eau  rose, 

avec  un  peu  de  rosat. 

Telle  iniection  seruira  pour  modérer 
l’intemperature  qui  peut  estre  en  la 
vessie,  tant  pour  la  playe  que  pour  la 
contusion  des  instrumens.  L’iniec- 
tlon  s’ÿdoit  ietter  vn  peu  tiede,  et  non 
actuellement  froide  *. 

Et  d’auantage  aduient  apres  l’inci- 
sion, que  le  sang  coagulé , ou  autres 

' L’édition  de  15G4  ajoute  : auec  telle 
syringue. 

Dès  la  première  édition  des  Œuvres  com- 
plètes, la  figure  de  la  seringue  fut  suppri- 
mée en  cet  endroit,  et  reportée  au  chapi- 
tre 33  du  livre  des  plages  en  particulier, 
(voyez  page  101  de  ce  volume),  de  même 
que  quelques  unes  des  figures  de  canules 
avaient  déjà  été  reproduites  au  même  cha- 
pitre. Il  aurait  donc  à la  rigueur  suffi  d’y 
renvoyer;  mais  j’ai  voulu  représenter  en 
regard  du  texte  tous  les  instruments  qui  à 


49 1 

excremens,  font  telle  obstruction  au 
conduit  de  la  verge , que  l’vrine  n’y 
peut  passer , ou  bien  à grande  diffi- 
culté. Parquoi  il  leurconuient  mettre 
et  laisser  dedans  la  verge  aussi  vne 
sonde  pour  quelque  temps , à Gn  que 
l’vrine  et  autres  excremens  puissent 
auoir  issue  par  icelle l. 

l’époque  de  Paré  constituaient  l'arsenal  des 
lilhotomistes , ou  du  moins  de  ceux  qu’il 
avait  vus  pratiquer. 

Syriiigue  polir  faire  injection  en  la  vessie 
par  là  platje , apres  l’ extraction  de  ta  pierre. 

Q 


' Ce  dernier  paragraphe  formait  le  cha- 
pitre 15  du  Livre  des  pierres  dans  l’édition 
de  1564,  avec  ce  titre  : Des  moiens  par  les- 
quels il  faut  remedier  à la  rétention  d'vrine 
gui  vient  apres  l’operation.  Ce  titre  a passé 
dans  les  éditions  complètes , mais  en  note 
marginale  ; et  il  y avait  une  autre  note  mar- 
ginale servant  de  titre  au  deuxième  paragra- 
phe et  ainsi  conçue:  Moyen  ü’aiiiser  au  sang 


492  le  QVINZIÉME  LIVRE 


CHAPITRE  XL VIII. 

COMMENT  IL  F AVT  TRAITER  LA  PLAYE 
FAITE  PAR  INCISION. 

Quand  à la  playe,  elle  se  doit  trai- 
ter comme  les  autres  playes  recentes, 
à sçauoir  en  la  digérant , mondifiant 

qui  descend  dans  les  bourses.  Le  lecteur  a 
déjà  eu  plus  d’une  occasion  de  se  convaincre 
que  les  titres  imposés  par  A.  Paré  à ses  cha- 
pitres ne  répondent  pas  toujours  suffisam- 
ment à leur  contenu 

Voici  maintenant  comment  Marianus  dé- 
crit les  premiers  soins  à prendre  après  l’o- 
pération. 

CHAPITRE  XIX. 

« De  quelle  manière  il  faut  traiter  la  plaie, 
prévenir  les  accidents,  et  comment  il  faut 
situer  le  malade. 

» La  pierre  étant  donc  extraite  comme  il 
a été  dit , avant  tout  l’opéré  doit  être  délivré 
de  ses  liens  ; puis  on  appliquera  un  appareil 
tout  différent  du  premier,  lequel  se  fera  ainsi: 
que  l’opérateur  prenne  une  bande,  et  l’ayant 
conduite  autour  des  reins,  en  croise  les  deux 
chefs  sur  le  pubis  de  manière  à envelopper 
les  testicules  et  à les  relever  sur  l’abdomen 
autant  que  le  faisait  le  serviteur,  et  cela 
dans  le  but  de  distendre  cette  pellicule  qui 
est  dans  le  péritoine  (ad  Itoc  ut  pellicula  ilia 
quœ  est  in  perilonœo  distendalur ; le  sens  est 
ici  excessivement  obscur,  peut-être  faut-il 
lire  in  perinœo),  et  de  rapprocher  plus  facile- 
ment les  lèvres  de  la  plaie.  On  évite  aussi 
par  là  que  le  sang,  en  cas  d’hémorrhagie,  ne 
s’épanche  dans  les  enveloppes  des  testicules 
ou  le  scrotum,  et  n’en  détermine  la  gan- 
grène , ce  qui  serait  une  erreur  plus  funeste 
que  la  première,  et  pourrait  entraîner  la 
mort....  Le  bandage  appliqué,  on  fait  lever 
le  malade  eton  le  mène  à son  lit,  où  il  se  cou- 
chera dans  la  position  qui  lui  paraîtra  la  plus 
commode  pour  reposer;  toutefois  le  maître 
étendra  bien  également  sous  ses  fesses  un 
coussin  rempli  de  son,  pour  absorber  l’urine 


et  glutinant,  et  la  conduire  à cicatrice. 
Aussi  que  le  patient  tienne  les  jambes 
croisées  l’vne  sur  l’autre , à fin  que 
l’vnion  soit  plustost  faite. 

Qu’il  tienne  diele  iusqu’au  septième 
ou  neufiéme  iour.  Surtout  qu’il  euite 
le  vin , s’il  n’est  fort  debile  : en  lieu 
d’iceluy  vseras  d’eau  d’orge,  ptisane, 
hyppocras  d’eau,  bouebet,  eau  bouil- 
lie auec  syrop  de  roses  seiches,  ou  de 

qui  filtrera  par  la  plaie.  Le  malade  étant 
couché,  on  lui  appliquera  sur  le  ventre  et 
les  membres  inférieurs  des  compresses  chau- 
des, pour  garantir  la  plaie  des  accidents  qui 
pourraient  survenir  pour  cause  de  froid  ; et 
ces  précautions  prises,  on  abandonnera  la 
plaie  à la  nature,  sans  nul  médicament;  la 
nature  y veillera  en  effet  avec  plus  de  dili- 
gence que  jamais  ne  saurait  le  faire  le  chi- 
rurgien , car  en  toute  maladie  c'est  la  na- 
ture qui  guérit,  et  le  médecin  n’en  est  que 
le  ministre.  » 

On  voit  que  Paré  a aussi  été  frappé  du 
danger  de  l’épanchement  du  sang  dans  le 
scrotum  ; mais  il  n’enseigne  qu’à  y remé- 
dier, tandis  que  Marianus  s’occupe  de  le 
prévenir.  Pour  le  pansement  de  la  plaie, 
Marianus  l’abandonne  à la  nature;  Paré, 
comme  on  le  verra  au  chapitre  suivant, 
veut  que  le  chirurgien  la  traite  comme  les 
autres  plaies,  c’est-à-dire  avec  des  médica- 
ments. Ils  different  aussi  dans  la  position  à 
donner  au  malade  , et  enfin  dans  les  moyens 
de  remédier  aux  caillots  de  sang  accumulés 
dans  la  vessie.  Paré  introduit  une  sonde 
dans  l’urètre;  Marianus,  à son  chapitre 21 , 
parle  ainsi  de  cet  accident. 

« Que  s’il  y a des  caillots  de  sang  dans 
la  vessie  (ce  que  l’on  reconnaît  par  la  réten- 
tion d’urine , et  à ce  que , quand  on  en  rend 
avec  effort,  il  sort  en  même  temps  un  peu 
de  sang  caillé  comme  du  volume  d’une 
mouche  , et  enfin  parce  que  l’hypogastre 
est  gonflé),  à l’apparition  de  ces  symptômes 
il  faut  injecter  par  la  plaie  dans  la  vessie,  à 
l’aide  d’une  seringue  , une  lotion  composée 
avec  du  vinaigre,  du  sel  et  de  l’urine 
humaine,  suivant  qu’on  présumera  que  le 
sang  est  en  caillots  denses  et  durs  ; en  effet, 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


4g3 


capill.  veneris , et  leurs  semblables. 
Pour  son  manger  vsera  de  panade , 
raisins,  pruneaux,  poulets  cuits  auec 
semonces  froides,  laitue,  pourpier, 
ozeille,  bourrache,  espinars,  et  autres 
semblables. 

Et  s'il  n’a  bon  ventre , vsera  de 
casse  recentement  mondée,  clysteres, 
et  autres  choses  qui  luy  seront  neces- 
saires, tousiours  selon  l’aduis  du 
docte  médecin,  s’il  est  possible  le  re- 
couurer  K 

celte  lotion  a une  vertu  incisive  qui  le  liqué- 
fiera, et  réduira  le  caillot  en  menus  gru- 
meaux. Si  cela  ne  suffit  pas  pour  le  faire 
sortir,  on  introduira  par  la  plaie  le  verri- 
cttlum  ou  bucion,  pour  ramener  au-dehors 
tous  les  caillots  de  sang,  sans  douleur  pour 
la  vessie,  ce  qui  est  par-dessus  tout  à éviter: 
car  'irritation  de  la  vessie  prostrerait  tel- 
lement la  nature,  que  nul  remède  ensuite 
ne  serait  capable  de  la  relever.  » 

A.  Paré  a oublié  de  traiter  de  l’hémor- 
rhagie trop  abondante;  Marianus  s’en  occu- 
pe au  même  chapitre  : 

« Et  attendu  que  quelquefois  le  sang 
pourrait  couler,  on  le  réprimera  avec  des 
compresses  pliéesensix  doubles  et  imbibées 
de  sel,  qu’on  appliquera  autour  de  la  plaie.» 

L’auteur  s’élève  à ce  propos  contre  l’er- 
reur des  chirurgiens  qui  appliquaient  des 
réfrigérants  sur  la  plaie  même;  ce  n’est  pas 
sur  le  lieu  par  où  le  sang  s’écoule  que  les  to- 
piques répercussifs  doivent  être  mis,  mais 
au  voisinage,  suivant  le  mot  d’Hippocrate  : 
In  liis  vero  oporlel  frigido  uli  lindè  sanguis 
fluere  futur  us  eut , non  super  loca , sed  circa 
ea.  « Si  cela  ne  suffit  pas,  ajoute-t-il,  on 
appliquera  des  ventouses  sur  les  hanches  et 
les  cuisses,  coxis  et  femori  ; » et  enfin  si 
l’hémorrhagie  était  trop  considérable,  il  ren- 
voie au  chapitre  spécial  qu’il  a consacré  à 
l’hémorrhagie  dans  son  compendium. 

1 Le  chapitre  20  de  Marianus  règle  le  régi- 
mc;il  est  assez  curieux  pour  le  reproduire  ici: 
chapitre  xx. 

Du  régime. 

« 11  est  necessaire  après  avoir  mis  l’opéré 


CHAPITRE  XI. IX. 

DES  MOYENS  DE  GVERIR  LES  VLCERES 

PAR  LESQVELLES  LONG  I EMPS  APRES 

l'extraction  de  la  pierre,  l’vrine 

PASSE  ENCORE. 

Et  d’abondant  il  te  faut  icy  noter, 
qu’à  d’aucuns  hommes,  apres  leur 
auoir  tiré  la  pierre,  l vlcere  par  où  la 

en  bonne  situation  de  lui  prescrire  un  ré- 
gime, attendu  que  l’homme  ne  saurait  se 
nourrir  sans  aliment;  c’est  pourquoi  nous 
allons  dire  ce  qu’il  faut  donner  en  pareil 
cas  et  ce  qu’il  faut  éviter.  Le  premier  jour 
on  fera  prendre  du  pain  trempé  dans  du 
bouillon  de  poulet  sans  sel , et  du  vin  bien 
coupé  d’eau  , car  il  est  absolument  mauvais 
et  mortel  de  boire  de  l’eau  pure  ou  bouillie.  T.e 
deuxième  jour  il  pourra  manger  avec  une 
certaine  modération  ou  d’une  poule  ou  du 
mouton  , du  veau  et  du  chevreau,  et  à peu 
près  tout  ce  qui  est  d’une  facile  digestion  et 
d'une  bonne  alimentation, en  fuyant  lesgros- 
ses  viandes, comme  le  bœuf, la  vache, le  buffle, 
les  oiseaux  de  marais;  il  faut  surtout  s’abste- 
nir rigoureusement  de  tout  ce  qui  pourrait 
reproduire  la  pierre, comme  serait  le  poisson, 
les  fruits  acides  et  encore  verts , le  pain 
sans  levain  , le  pain  mal  cuit,  le  fromage 
nouveau  , le  vin  gros  et  trouble , aussi  l’eau 
trouble,  et  tous  les  aliments  visqueux  de 
difficile  digestion  et  donnant  un  mauvais 
chyme;  par-dessus  tout  il  faut  éviter  l’excès 
dans  le  manger  et  le  boire:  et  si  par  hasard 
il  était  pris  dans  la  nuit  d’une  soif  avide, 
afin  d’user  d’une  certaine  tolérance,  il  com- 
mencera par  manger  une  rôtie  de  pain  bien 
fermenté , trempée  dans  du  vin,  qu’il  fera 
suivre  d’un  verre  de  vin  bien  arrosé  d’eau 
pure  et  bouillie.  Voilà  l’ordre  qu’il  suivra 
durant  huit  jours,  après  quoi  il  reviendra 
à son  régime  ordinaire,  faisant  toujours 
attention  à ceci  : qu’il  faut  éviter  l’eau  comme 
une  chose  pernicieuse  et  comme  la  calamité  de 
la  vie  humaine.  » 

C’est  l’auteur  qui  a mis  ces  passages  en 


LE  QVINZ1ÉME  LIVRE  , 

La  figuie  des  tenons  est  telle. 


494 

pierre  a passé  , ne  se  peut  consolider, 
et  par  icelle  continuellement  l’vrine 
sort  inuolonlairement  : dont  demeu- 
rent tout  le  reste  de  leur  vie  en 
grande  douleur  et  fascherie , si  ce 
n’est  par  l’aide  du  chirurgien  expert. 
Lequel  doit  couper  la  callosité  des  lé- 
ures  de  la  playe,  et  faire  comme  si  c'es- 
toit  vne  playe  toute  nouuelle  : puis 
ioindra  les  léures  de  l’vlcere,  lesquel- 
les seront  pincées  et  serrées  auec  cest 
instrument  nommé  tenon,  auquel  sont 
trois  trous , par  lesquelles  on  mettra 
des  aiguilles  au  trauers,  en  compre- 
nant assez  bonne  portion  de  chair  : 
puis  tu  lieras  les  aiguilles  autour  du- 
dit instrument,  et  appliqueras  vn  mé- 
dicament glutinatif,  comme  tereben- 
thinœ  venelœ,  gummi  elemni,  sangumis 
i traçant s boit  armenici.  El  au  bout  de 
cinq  ou  six  iours , faut  psler  les  ai- 
guilles et  ledit  instrument , et  trou- 
ueras  l’vlcere  presque  glutinée , puis 
paracheueras  de  la  cicaltiser  '. 

italique,  et  l’on  se  demande  en  lisant  de  pa- 
reilles choses  si  jamais  il  avait  lui-même 
pratiqué  la  taille.  Paré  recommande  au  con- 
traire de  ne  pas  donner  de  vin  , et  Franco 
avant  lui  avait  déjà  insisté  sur  le  même 
précepte , et  blâmé  Marianus  d’avoir  donné 
le  précepte  opposé. 

Ce  qui  est  plus  fort  que  l'amour  du  vin  chez 
Marianus , c’est  l’horreur  de  l’eau.  On  a pu 
en  juger  par  les  passages  mis  en  italique; 
au  chapitre  suivant  où  il  examine  les  acci- 
dents qui  peuvent  suivre,  savoir  la  consti- 
pation qu’il  combat  par  des  lavements  laxa- 
tifs, l’hémorrhagie,  les  caillots  dans  la  vessie, 
les  chairs  molles  qui  naissent  sur  la  plaie, 
et  enfin  la  fièvre  , il  recommande  contre  le 
mouvement  fébrile  des  sirops  appropriés, 
des  lavements  , et  il  déclare  préférer  à tout 
cela  la  diète  simple;  mais  il  revient  sur  le 
défaut  de  donner  de  l’eau  au  malade  , et  il 
ajoute  que  le  médecin  doit  dans  ce  cas  évi- 
ter l’eau  comme  la  peste , tuiiquum  pesos  à 
medico  fugienda  est. 

i Ni  Marianus  ni  Franco  ne  parlent  de 


A.  Monstre  le  grand  tenon. 

B.  Le  petit,  lesquels  lu  choisiras  à ta 
commodité. 


Et  si  tu  q’auois  tels  instruments,  tu 
pourras  en  leur  lieu  vser  d’autre  ma- 
uiere,  que  i’approuue  beaucoup,  et 
qui  est  aussi  plus  aisée , comme  s’en- 
suit. Il  faut  prendre  deux  petits 
tuyaux  de  plume,  de  la  longueur  et 
vu  peu  plus  que  ne  sera  l’vlcere,  et 
les  mettre  au  coslé  d’icelle,  et  passer 

ces  fistules,  et  je  ne  trouve  l’indication  de 
leur  traitement  dans  aucun  auteur  antérieur 
à Paré.  Voici  tout  ce  que  dit  Marianus, 
chap. 21  : 

« Lorsque  le  malade  aura  passé  trois  ou 
quatre  jours  sans  accidents,  alors  toute  l’at- 
tention du  médecin  se  tournera  vers  la  plaie; 
s’il  s’y  développe  des  chairs  molles  qui 
nuisent  à la  consolidation,  on  appliquera 
de  la  poudre  d’alun  de  roche  brûlé,  ou  de  la 
poudre  de  coquilles  de  mer  brûlées  au  four; 
car  il  n’est  rien  de  meilleur  et  qui  réussisse 
mieux  à consolider  les  plaies  de  cette  na- 
ture. » 

Il  recommande  ici  spécialement  certaines 
coquilles  qui  viennent  de  Tarente,  et  dont 
on  nous  permettra  sans  doute  de  passer  la 
description  sous  silence. 


OPERATIONS 

les  points  au  trauers  d’iceux  auec  la 
chair , ei  faire  Je  nœud  du  fil  sur 
iceux,  taisant  tant  de  points  d’aiguille 
qu  il  sera  besoin.  Par  ces  moyens 
1 vlcere  se  rcioindra  sans  que  la  chair 
se  rompe , qui  se  leroit  à cause  des 
points  d’aiguille. 


CHAPITRE  E. 

LA  MANIERE  DE  TIRER  LES  PIERRES 
AVX  FEMMES1. 

Or  apres  auoir  ainsi  escrit  tout  par 
le  menu  de  la  curation  de  la  pierre 
aux  hommes  par  l’operation  ma- 
nuelle, maintenantiedeclareray  aussi 
la  maniéré  comme  il  faut  secourir  les 
femmes. 

Et  premièrement,  les  signes  pour 
connoistre  les  pierres  és  femmes,  sont 
tels  qu’aux  hommes,  mais  plus  aisés  à 
estre  conneus  par  la  sonde , à raison 
( comme  nous  auons  dit  cy  deuant  ) 
qu’elles  ont  le  col  de  la  vessie  plus 
court,  et  plus  large,  et  plus  droit  que 
les  hommes.  El  partant  on  peut  faci- 
lement connojlstre  s’il  y a pierre,  met- 
tant la  sonde  en  leur  vessie,  ou  les 
doigts  dedans  le  col  de  la  matrice,  les 
esleuant  vers  finterieure  partie  de 
1 os  pubis  ou  le  penii  : et  ce  faisant  on 


DE  CHIRVRGIE.  ^5 

trouuera  facilement  s’il  y a pierre  ou 
non  : et  doiuuent  estre  en  mesme  si- 
tuation que  les  hommes. 

H faut  icy  noter  que  les  filles  11e 
peuuent  estre  sondées  par  le  col  de 
leur  matrice,  si  ce  n’est  qu’ellps  soient 
aagées  de  six  à sept  ans,  sans  grande 
violence.  Parlant , pour  leur  tirer  la 
pierre,  il  y faut  procéder  comme  aux 
enfans  masles  , en  mettant  les  doigts 
dedans  le  siégé  : et  ayant  trouué  la 
piene,  on  la  doit  amener  en  pressant 
sur  le  petit  ventre  auec  les  doigts,  et 
l’amener  vers  le  col  de  la  vessie  : puis 
l’extraire  comme  nous  auons  dit  aux 
masles. 

Et  où  la  fille  seroit  assez  aagée 
pour  permettre  ( sans  violence  ) met- 
tre les  doigts  dedans  le  col  de  sa  ma- 
trice , comme  on  fait  aux  femmes , 

1 œuure  se  feroit  plus  commodément 
que  de  les  mettre  en  dedans  le  siégé  -, 
à raison  que  la  vessie  est  bien  plus 
près  de  1 amarry  que  du  boyau  cul- 
lier,  comme  ainsi  soit  que  ledit  amarry 
soit  situé  au  milieu  entre  l’vn  cl  l’au- 
tre. Et  apres  on  mettra  vne  sonde  de- 
dans le  col  de  la  vessie,  laquelle  doit 
estie  semblablement  caue  en  sa  par- 
tie extérieure,  comme  celles  qui  ont 
esté  par  cy  deuant  figurées  : mais  ne 
seront  courbées,  ains  toutes  droites, 
comme  tu  vois  par  ceste  figure. 


Sonde  pour  faire  incision  au  col  de  la 


vessie,  pour  extraire  les  pierres  aux  femme». 


' La  première  partie  de  ce  chapitre  paraît 
empruntée  au  chap.  24  de  Franco , de  la  cure 
de  la  pierre  aux  femmes  , et  le  texte  de  Fran- 
coest  bien  plus  complet.  Il  faut  noter  cepen- 
dant que  Paré  est  le  premier  qui  ait  appli- 
qué la  sonde  cannelée  droite  à la  taille  chez 
la  femme;  mais  ce  qui  donne  surtout  de 


1 intérêt  à ce  chapitre , c’est  la  description 
du  beau  procédé  deCollotquel’on  ne  trouve 
nulle  part  ailleurs. 

1 La  phrase  s’arrêtait  ici  dans  l’édition  de 
1564  et  dans  celle  de  1575;  elle  a été  com- 
plétée en  1579. 


LE  QV1NZ1ÉME  LIVRE  , 


496 

Et  sur  icelle  sera  faite  incision , et 
procédé  à extraire  la  pierre , comme 
nous  auons  dit  par  cy  douant  aux 
masles.  Puis  faut  dilater  la  playeauec 
le  dilatatoire , plus  ou  moins,  selon 
qu’il  en  sera  besoin,  ayant esgard  que 
le  col  de  leur  vessie  est  court  : parlant 
ne  faut  tant  dilater,  de  peur  de  lacé- 
rer le  corps  de  la  vessie , car  apres 
ne  pourroient  tenir  leur  vrine.  Et 
ayant  dilaté  auec  dilacération,  le  chi- 
rurgien mettra  vn  ou  deux  doigts  par 
dedans  le  col  de  la  matrice  , et  pres- 
sera le  fond  delà  vessie  : puis  y mettra 
par  la  playe  des  crochets  ou  tenailles, 
et  d’icelles  prendra  la  pierre  : et  de  ses 
deux  doigts  qui  seront  dans  le  col  de  la 
matrice,  tiendra  fermement  la  pierre 
contrainte  etarrestée  par  derrière,  de 
peur  qu’elle  ne  recule.  Et  ainsi  sera 
plus  facilement  tirée  et  mise  hors. 

Autres  praticiens  opèrent  en  autre 
façon  à l’extraction  des  pierres  aux 
femelles  : comme  i’ay  veu  plusieurs 
fois  faire  à maistre  Laurent  Collot, 
chirurgien  ordinaire  du  roy,  etmes- 
mement  à ses  deux  enfans  , les  plus 
excellens  et  parfaits  ouuriers  en  leur 
vocation  qu’il  est  possible  de  trouuer 
de  nostre  temps , et  croy  que  par  cy 
deuant  y en  a eu  peu  de  tels.  C'est 
que  nullement  ne  mettent  les  doigls 
dedans  le  siégé,  ny  dedans  le  col  de  la 
matrice  : mais  se  contentent  de  mettre 
les  conducteurs  dessus  mentionnés , 
dans  le  conduit  de  l’vrine  : puis  apres 
font  vne  petite  incision  tout  au  des- 
sus, et  en  ligne  droite,  de  l'orifice  du 
col  de  la  vessie,  et  non  à costé,  comme 
on  fait  aux  hommes , à fin  que  puis 
apres  l’vnion  se  face  mieux.  Puis  font 
couler  les  tenailles  caues  en  leur  par- 
tie extérieure , figurées  au  chapi- 
tre 45.  entre  les  deux  conducteurs, 
dilalans  et  dilacerans  tant  qu’il  est 
necessaire,  pour  donner  passage  à la 


pierre , laquelle  par  mesines  moyens 
est  tirée  hors  la  vessie.  Le  reste  de  la 
cure  se  fera  comme  nous  auons  cy 
dessus  monstré  à celles  des  hommes1. 

Et  s'il  suruenoit  quelque  vlcere  au 
col  de  la  matrice  , par  la  dilacération 
faite  en  l’extraction  de  la  pierre,  on 
pourra  vser  du  Spéculum  malricis 
pour  dilater  le  corps  d’icelle  matrice, 
à fin  de  mieux  appliquer  les  remedes 
qui  sont  necessaires  2. 

1 C’est  là  le  procédé  attribué  de  notre 
temps  à A.  Dubois  par  des  écrivains  qui  n’a- 
vaient pas  lu  Paré  , ou  qui  l’avaient  lu  dans 
de  mauvaises  éditions.  Ainsi  le  savant  et 
consciencieux  Deschamps,  dans  son  Traitédc 
la  taille  , attribue  à Colot  un  procédé  tout 
contraire  à celui  qu’on  vient  de  lire  ; il  a lu  : 
tout  au-dessous  et  en  ligne  droite  de  l’orifice  du 
col  de  ta  vessie,  au  lieu  de  tout  au-dessus,  et  il 
cite  pour  garant  l’édition  de  Lyon  de  164 1. 
Rien  de  plus  facile  assurément  que  l’addition 
ou  la  suppression  d’une  lettre , et  l’on  voit 
quel  danger  cela  peut  entraîner.  Il  suffisait 
sans  doute  de  dire  que  toutes  les  éditions 
faites  du  vivant  de  Paré  portent:  au-dessus, 
et  que  la  traduction  latine,  à l’abri  de  tout 
équivoque,  dit:  mox  stiprà  incisionem  reclam 
moliunlur , ad  perpendiculurn  osculi  cervicis 
vesiecc.  Mais  j’ai  voulu  rechercher  quelles 
éditions  avaient  commis  la  faute  , et  je  n’ai 
trouvé  que  la  dixième. 

2 L’édition  de  1564  donnait  ici  la  figure 
de  deux  spéculums  que  nous  retrouverons  au 
chapitre  86  du  livre  de  ta  Génération,  avec 
une  note  qui  regarde  leur  usage.  Et  après 
ces  ligures  et  cette  note,  l’auteur  ajoutait: 

« Et  icy  ferons  fin  de  l" extraction  des 
pierres , admonestant  ceux  à qui  on  tes  aura 
lirees  qu'ils  tiennent  bon  régime , à Jin  qu'il 
ne  s’en  engendre  d’autres  , euilanl  choses  qui 
grandement  eschauffenl  le  sang,  et  les  viandes 
de  gros  suc,  visqueux  et  glulineux.  » 

Là  en  effet  se  terminait  le  livre  des  Pierres; 
et  je  ne  sais  pourquoi  ce  précepte  a été  re- 
tranché lorsque,  dans  ses  OEuvres  com- 
plètes, Paré  a fait  entrer  ce  livre  primitif 
dans  le  livre  nouveau  des  Operations, 


OPERATIONS  DE  CH1RVRGIE. 


CHAPITRE  LT. 

DE  LA  SVPrUESSION  OV  RETENTION 

D’VRINE  PAR  CAVSES  INTERIEVRES 1 . 

Outrelescausesdeclarées  cy  deuant 
de  la  difficulté  d’vriner,  il  y en  a en- 
cores  beaucoup  d’autres  qui  sont  bien 
necessaires  estre  conneues  au  chirur- 
gien : et  partant  il  me  semble  bon 
en  escrire  de  ce  que  i’en  ay  veu  et 
conneu  par  expérience  et  raison. 
Parce  que  la  pluspart  des  chirurgiens, 
et  autres,  lors  qu'ils  voyent  vne  diffi- 
culté d’vriner,  ils  pensent  prompte- 
ment la  cause  venir  des  pierres,  à quoy 
le  plus  soutient  se  trompent  : et  par- 
tant vont  incontinent  et  sans  discré- 
tion ordonner  choses  diurétiques,  les- 
quelles sont  causesdegrandsaccidens, 
et  le  plus  soutient  de  la  mort  des 
pauures  malade,  comme  nous  mons- 
lierons  présentement. 

Les  causes  de  la  rétention  d’vrine 
sont  plusieurs , à sçauoir , intérieure 
et  extérieure  : intérieure  , comme 
quelque  sang  coagulé,  verrues , peti- 
tes eminences  de  chair  procréées  és 

1 Ce  chapitre  formait  dans  l’édition  de 
I5(M  deux  chapitres,  tous  deux  notés  par 
erreur  chapitre  1 , d’un  livre  spécial,  inti- 
tulé de  la  suppression  d’vrine.  Ce  livre  conte- 
nait 17  chapitres , qui  tous  ont  été  transpor- 
tés dans  le  livre  nouveau  des  opérations,  lors 
de  la  première  édition  des  œuvres  com- 
plètes. 

Le  l*r  paragraphe  du  chapitre  actuel 
constituait  le  1er  chapitre  du  livre  en  1564, 
avec  ce  titre  : De  la  suppression  d’vrine  ; i 1 n’a 
rien  été  changé  au  texte.  Tout  ce  qui  vient 
après  faisait  l’autre  chapitre,  intitulé  : 
Des  causes  internes  de  la  rétention  d’vrine  : ils 
ont  été.  réunis  en  seul  dès  1575;  mais  ce 
n'est  qu’en  1579  que  le  titre  a été  rédigé 
comme  on  le  lit  actuellement. 


497 

voyes  de  l’vrine,  ou  ( comme  nous 
auons  dit)  pierres  et  arenes  : ou  que  le 
patient  aura  eu  vne  grande  fiéure  ar- 
dente qui  aura  consommé  la  sérosité  de 
la  masse  sanguinaire  : ou  par  grandes 
sueurs,  ou  /lux  de  ventre,  ou  tous  deux 
ensemble 1 : ou  pour  quelque  ventosité 
ou  inflammation  et  aposteme  l'aile 
aux  parties  dediées  à l’vrine  , ou  aux 
parties  proches  et  voisines , comme  à 
l’intestin  rectum,  auquel  se  peut  faire 
vne  inflammation,  à cause  de  laquelle 
ledit  intestin  tuméfié  et  douloureux 
fera  vne  rétention  d’vrine,  au  moyen 
que  la  vessie  est  pressée  de  l’inflam- 
mation et  tumeur,  aussi  pour  la  con- 
nexion et  voisinage  que  la  vessie  et 
l'intestin  ont  ensemble.  Semblable- 
ment pour  le  vice  du  foye  , ce  qu’on 
voit  aux  hydropiques  qui  nepeuuent 
vriner  : ou  vice  de  faculté  segrega- 
trice  du  sérum  abolie  : par  quelque 
intempérie  des  reins 2 : aussi  par  le  vice 
de  la  faculté  animale,  comme  l’on 
voit  aux  maniaques,  léthargiques, 
apoplectiques  , paralytiques,  et  aux 
spasmes.  Semblablement  la  pituite  et 
autres  humeurs  froids , gros  et  vis- 
queux, se  peuuent  purger  de  tout  le 
corps  par  la  vessie  : et  iceluy  humeur 
passant  par  les  voyes  de  l’vrine , fait 
quelquesfois  telle  obstruction,  qu’il 
empesche  que  l’vrine  ne  peut  passer. 
Aussi  pour  auoir  retenu  trop  longue- 

1 Les  cinq  lignes  en  italique,  qui  pré- 
cèdent à partir  de  ces  mots  : ou  que  lepatient, 
etc.,  se  lisent  dans  toutes  les  éditions  faites 
du  vivant  de  l’auteur , et  ont  été  retran- 
chées à partir  de  la  première  édition 
posthume.  Je  présume  que  ce  retranche- 
ment est  le  résultat  d’une  erreur  d’impres- 
sion ; et  toutefois  jen’ai  pas  voulu  rétablir  le 
texte,  sans  en  tenir  le  lecteur  bien  averti. 

2 Ce  membre  de  phrase  depuis  les  mots. 
ou  vice  de  faculté segregatrice,  manque  dans 
l’édition  de  1564. 


II. 


32 


49°  LE  QVtNZIÉMÊ  LIVRE, 


ment  l’vrine,  parce  que  la  vessie  es- 
tant extrêmement  pleine  ne  peut  sor- 
tir, à cause  que  le  conduit  est  estreci, 
et  rendu  plus  angusle  : ioint  que  la 
vertu  expultrice  ne  peut  comprimer 
la  vessie  pour  ietler  ce  qui  y est  con- 
tenu, à raison  de  la  grande  dilatation 
d’icelle,  et  de  la  douleur  qui  débilité 
et  abbat  incontinent  toutes  les  vertus 
de  la  partie  assiégée  1 : et  partant  il  se 
fait  entière  suppression  d’vrine  : ce 
qu’on  a veu  aduenir  à plusieurs. 

Et  encores  n’agueres  à vn  ieunc  ser- 
uiteur  qui  reuenoit  des  champs , me- 
nant en  croupe  vne  bonneste  damoi- 
selle , sa  maistresse , bien  accom- 
pagnée : et  estant  à cheual  luy  print 
vouloir  de  pisser  : toutesfois  n’osoit 
descendre,  et  moins  encores  faire  son 
vrinc  à cheual.  Et  estant  arriué  en 
ceste  ville  , voulant  pisser  , ne  peust 
nullement  : et  auoit  de  très  grandes 
douleursetespreintes,  auec  vne  sueur 
vniuerselle,  et  tomba  presque  en 
syncope.  Et  alors  fus  en  noyé  quérir  : 
et  disoit-on  que  c’estoit  vne  pierre 
qui  l’engardoit  de  pisser  : et  estant 
arriué  luy  mis  vne  sonde  dedans  la 
vessie,  et  pressay  le  ventre  : et  par 
ce  moyen  pissa  enuiron  vne  pinte 
d’eau  : et  n’y  trouuay  aucune  pierre, 
et  depuis  ne  s’en  est  senti. 

D’auantage  les  vieils  ont  grande 
difficulté  de  ietter  leursvrines,  parce 
que  les  parties  dediées  à l’vrine 
sont  llestries , desseichées,  et  retirées, 
et  ont  la  vertu  expultrice  foible  et 
debile  : et  quelquesfois  aussi  ne  la 
peuuent  retenir,  parce  qu’elle  est 
acre  et  mordante'2. 

1 Ces  mots,  et  de  la  douleur  qui  débilité, 
etc. , manquent  dans  l’édition  de  1564. 

2 Ce  paragraphe  a été  ajouté  ici  en  15S5; 
l’édition  de  1564  et  celle  de  1675  portaient 
en  place  : 

Outre  plus,  d’vne  pleurésie  suppurée  dans  le 


CHAPITRE  LII. 

Discovns  de  l’avthevr  dv  sang  et 

PVS  QVI  PEWENT  ESTRE  EVACVÉS 

PAR  LES  VRINES1. 

Cela  est  accordé  entre  les  médecins 
et  chirurgiens  tant  anciens  que  mo- 
dernes , qu’il  peut  sortir  par  la  verge 
du  sang  et  du  pus  séparément,  et  aussi 
meslés  ensemble  : lequel  vient  ou  de 
la  verge  , de  la  vessie,  des  vreteres , 
des  reins , du  foye , râtelle , mezen- 
tere,  pancréas,  intestins , et  de  la  ma- 
trice : ou  des  parties  plus  hautes  qui 
sont  sur  le  diaphragme , comme  du 
poulmon  et  poitrine,  du  cœur,  ou 
des  bras , ou  de  quelque  autre  partie, 
voire  de  toute  l’habitude  du  corps. 
Pour  connoistre  de  quelle  partie  il 
vient,  il  faut  considérer  le  lieu  de  la 
douleur,  la  couleur  et  odeur  de  ce 
qui  sort,  et  des  accidens  qui  ont  pré- 
cédé ou  sont  encore  presens,  comme 
douleur  et  fiéure,  et  autres,  et  du 
temps  que  ceste  descharge  s’est  faite  : 
aussi  le  fera  la  quantité  et  qualité  du 
pus.  Telles  choses  demonstreront  le 
lieu  d’où  s’escoule  le  pus. 

Car  s’il  vient  des  poulmons,  ou 
d’vne  empyéme , ou  du  foye  , ou  de 

thorax,  la  sanie  est  souuenles  fois  enuoyée  et 
purgée  par  les  vrilles. 

Ce  qui  semblait  servir  de  transition  au 
chapitre  suivant.  Ce  paragraphe  lut  retran- 
ché dans  l’édition  de  1570,  et  le  chapitre  se 
terminait  alors  avec  l’histoire  du  ieune  ser- 
uiieur. 

1 Ce  chapitre  faisait  le  deuxième  du  Livre 
de  la  suppression  d’vrine  en  1564,  et  il  avait 
été  simplement  reproduit  avec  son  texte  pri- 
mitif en  1575  et  1579;  mais  dans  l’édition 
de  1585,  il  fut  amplement  augmenté  et 
reçut  le  litre  qu’on  lit  encore  aujourd’hui. 
Dans  les  éditions  précédentes , il  était  inti- 
tulé : Digression  de  l’autheur. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIli. 


la  râtelle  , et  en  grande  abondance , 
sera  conneu  ne  procéder  des  reins  : 
parce  que  telle  quanlité  ne  peutestre 
contenue  en  iceux.  Ioint  que  lors  qu’il 
vient  du  foye , ou  d’autres  parties 
situées  sur  le  diaphragme,  le  pus  est 
bien  plus  exactement  meslé  auec  l’v- 
rine , qu’alors  qu’il  vient  des  reins  ou 
de  la  vessie. 

S’il  vient  seulement  de  la  verge , 
le  pus  sera  ietté  pur  sans  l’vrine.  Or 
il  vient  de  la  verge  pour  quelque 
aposteme  qui  y sera  faite  , ou  de 
quelque  carnosité,ou  d’vne  chaude- 
pisse. 

S’il  vient  de  la  vessie  vlcerée,  il  sera 
meslé  et  ietté  auec  l’vriue  : mais  à la 
fin,  apres  auoir  pissé,  il  est  ietté  sans 
l’vrine,et  si  sera  fetide,  d’autant  qu’il 
sort  d’vne  partie  membraneuse  : et  si 
on  y trouue  dejietites  escailles  furfu- 
reuses,  la  vessie  sera  rongneuse.  Pa- 
reillement quand  on  voit  vn  sédiment 
ou  lie  espaisso  et  visqueuse,  comme 
mucilage  et  blanc  d’œuf  meslé  auec  l’v- 
rine , et  que  promptement  il  aille  au 
fond,  cela  monstre  qu’il  a sa  généra- 
tion en  la  vessie  : et  telle  chose  se  fait 
ordinairement  pour  vne  pierre  qui 
sera  eu  la  vessie.  Hippocrates  dit,  que 
si  quelqu’vn  pisse  pus  ou  sang,  ou  es- 
cailles auec  mauuaise  odeur,  cela 
monstre  la  vessie  estre  vlcerée  *. 

Si  les  vreteres  ou  reins  sont  vlcerés, 
le  pus  ou  sang  sort  par  la  verge. 

Galien  escrit  que  le  pus  de  l’apo- 
steme  du  poidmon  receu  par  l’artere 
veineuse  au  senestre  ventricule  du 
cœur , de  là  en  la  grande  artere  , et 
d’icelle  en  l’emulgente  du  rein,  peut 
passer  par  les  vrines2. 

Monsieur  Houlier  sur  le  commen- 
taire de  l’Aphor.  75.  liure  4.  dit , 

1 Aphor.  81. — A.  P. 

2 Au  4.  cil.  du  6.  liure  de  loc  affect.  — 
A.  P. 


499 

qu’vne  notable  femme  par  l’espace  de 
quatre  mois  entiers  pissoit  de  la  boue, 
et  quelquesfois  du  sang  auec,  à cause 
de  l’acrimonie  qui  corrodoit  quelque 
veine.  Les  médecins  la  traitèrent 
comme  si  les  reins  eussent  esté  vlce- 
rés, parce  que  par  interualle  elle  y 
sentoit  grandes  douleurs  : et  mourut 
le  quatrième  mois.  Estant  ouuerte, 
on  trouua  les  reinset  la  vessie  en  leur 
entier  : mais  il  fut  trouué  deux  pier- 
res en  son  cœur,  et  plusieurs  apo- 
stemes,  lesquelles  se  purgeoient  par 
les  vrines  , et  en  passant  par  les  reins 
causoient  douleur. 

Galien  dit  que  les  menstrues  rete- 
nues sont  iettées  par  l’vrine,  laquelle 
se  trouue  sanguinolente , et  quel- 
quesfois espaisse  et  noire  comme 
encre,  ce  que  i’ay  veu.  La  pituite  et 
autres  humeurs  froids  et  visqueux  se 
peuuent  semblablement  purger  par 
les  vrines , et  par  les  hémorroïdes. 

Or  maintenant  il  nous  faut  parler 
du  sang  qui  est  ietté  en  la  vessie,  et  de 
là  en  la  verge.  Telle  chose  se  fait,  pour 
ce  que  les  hémorroïdes  ou  menstrues 
sont  supprimées,  ou  pour  quelque 
grande  plénitude  de  sang  contenu  aux 
veines , péchant  en  quanlité  et  qua- 
lité, ou  les  deux  ensemble,  lesquelles 
se  repurgenl  par  les  veines  emul- 
gentes  aux  reins , et  de  là  par  les 
pores  vreteres  à la  vessie  : ou  à cause 
d’vne  imbécillité  du  foye,  ou  des 
veines  mezaraïques , ou  d’autres  par- 
ties : ou  pour  vne  imbécillité  des 
reins , lesquels  ne  peuuent  assimiler 
le  sang  enuoyé  pour  leur  nourriture  : 
ou  par  attrition  et  fray  d’vne  pierre 
contenue  ausdits  reins.  Ce  que  ie 
sçay  véritablement  pour  l’auoir  veu 
à plusieurs. 

Aurelianus  docte  médecin  dit , que 
l’on  pisse  le  sang  tout  pur,  pour  auoir 
vsé  interapestiuement  de  Venus.  Et 


000  LE  QVINZIEME  LIVRE 


tout  ainsi  que  par  certain  temps  les 
mois  aduiennent  promptement  aux 
femmes , et  aux  hommes  des  hémor- 
roïdes : ainsi  il  se  fait  vn  amas  de 
sang  au  corps,  lequel  se  repurge  quel- 
quesfois  par  les  reins  , et  d’iceux  à la 
vessie , sans  qu’il  y ail  ruplure  d’au- 
cun vaisseau  : au  moyen  de  quoy  les 
vrines  sont  cruentes  et  sanglantes. 
Pour  auoir  pris  aussi  du  poison, 
comme  cantharides,  ou  autres  choses 
semblables. 

11  y en  a qui  pour  auoir  esté  trop 
long  temps  à cheual,  ont  pissé  le 
sang  : ie  le  sçay  par  moy-mesme,  al- 
lant en  poste  au  camp  de  Parpignan, 
estant  près  de  Lyon  ie  pissois  le  sang 
tout  pur.  Toulesfois  à la  vérité  on  ne 
doit  dire  pisser  le  sang,  quand  il  sort 
de  la  verge  pur , mais  se  doit  dire 
émission  de  sang. 

Le  sang  sort  pareillement  auec  les 
vrines  par  diapedese  ou  anastomose 
des  vaisseaux,  et  alors  il  ne  sortira 
pur,  mais  les  vrines  seront  seulement 
teintes. 

D’auantage  le  sang  sort  par  inci- 
sion des  veines  promptement  et  en 
abondance  et  en  \ rinant  : comme 
i’ay  escrit  cy  deuant  de  défunt  mon- 
sieur de  Martigues,  qui  fut  blessé  d’vn 
coup  de  harquebuse  à laprise  du  chas- 
teau  de  Hedin,  au  milieu  du  thorax, 
où  tout  subit  ietta  le  sang  par  la 
playe , la  bouche  et  par  les  vrines  et 
selles,  et  mourut  bien  tost  apres. 

Monsieur  Selecgue,  Allemau,  co- 
lomnel  des  reistres,  eut  en  ceste  ville 
vn  coupd’espée  au  trauers  le  ventre, 
dont  incontinent  ietta  le  sang  par  la 
verge,  le  siégé,  et  par  ses  playes  : et 
non  seulement  le  sang,  mais  aussi  la 
matière  fecale.  Il  fut  pensé  par  mon- 
sieur de  la  Corde,  médecin  célébré  et 
docteur  à Paris, et  monsieur  Pigray, 
chirurgien  ordinaire  du  roy,  et  moy^ 


et  Dieu  le  guarit.  l’ay  veu  plusieurs 
qui  ont  eu  semblables  playes  qui  ont 
reschappé,  et  d’autres  de  bien  petites 
qui  en  sont  morts. 

Or  quant  au  pus  qui  est  ietté  des 
bras  parles  vrines,  cela  sera  demons- 
tré  par  ces  deux  histoires  *. 

I’ay  veu  monsieur  Sarret,  secré- 
taire du  roy,  auoir  vn  coup  de  pistolle 
au  bras  dextre  : à sa  playe  suruin- 
drent  plusieurs  accidens  et  aposte- 
mes,  desquelles  sortait  bien  grande 
quantité  de  boue,  et  par  quelques 
iours  n’en  sortoit  que  bien  peu  : et 
alors  la  ieltoit  par  le  siégé  et  par  ses 
vrines  : et  quand  ses  vlceresiettoient 
beaucoup,  on  ne  voyoit  ny  par  les 
selles  ny  par  les  vrines  aucune  appa- 
rence de  boue.  Et  fut  guari  grâces  à 
Dieu,  et  est  encore  à présent  viuant. 

Monsieur  Houlier,  docteur  regent 
en  la  faculté  de  medecine  à Paris, 
Germain  Cheual,  et  maistre  Rasse, 
chirurgiens  iurés,  hommes  excellens 
en  la  medecine,  et  moy,  auons  pensé 
vn  gentilhomme  nommé  monsieur 
de  la  Croix , qui  fut  blessé  d’vn  coup 
d’espée  au  bras  senestre,  auquel  ad- 
uint  pareille  chose  : loutesfois  il  mou- 
rut, Or  maistre  liasse  disoit  qu’il  es- 
toit  impossible  que  la  bouë  peust 
prendre  vn  si  long  chemin  pour  estre 
vacuée  : ioint  qu’elle  ne  pouuoit  pas- 
ser par  les  veines  sans  qu’elle  ne  fust 
meslée  auec  le  sang,  et  partant  qu’elle 
pouuoit  pluslost  venir  du  mezentere 
ou  des  intestins,  et  non  du  bras  ou 

1 Toutcequi  précède  a été  ajouté  en  15S5; 
dans  les  trois  éditions  de  1664, 1675  et  1579, 
le  chapitre  commençait  ainsi  : 

Je  le  veux  icy  racompler  deux  exemples 
merueilleux  de  la  prouidence  de  nature  en 
l’expulsion  des  choses  qui  lu  peuuenl  blesser  et 
offenser , ce  que  lu  coynoislras  parles  deux 
histoires  saluantes.  l'ay  vu  Monsieur  Sar- 
rel,  etc. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE.  5ol 


de  quelque  autre  part.  le  disois  au 
contraire  qu'elle  venoit  du  bras,  à 
raison  que  lors  que  ses  vlceres  iet- 
toient  grande  quantité  de  sanie,  il 
n en  sortoit  nullement  par  en  bas. 
Monsieur  Houlier  estoit  de  mon  par- 
ty,  disant  que  les  anciens  auoient 
laissé  par  escrit  telle  chose  se  pouuoir 
taire  : et  ce  qui  nous  mettroit  d’ac- 
cord, seroit  que  lors  que  ledit  de  la 
Croix  seroit  mort,  qu’on  regardast 
en  son  corps  s’il  y auoit  quelque  apos- 
teme  ou  vlcere.  Il  mourut,  et  fis  ou- 
uerture  de  son  corps  en  la  presence 
des  susdits  : et  ayant  regardé  et  exa- 
miné toutes  les  parties  internes,  ne 
fut  trouué  aucun  lieu  d’où  la  boue 
pouuoit  sortir  : dont  fut  conclu  de 
tous,  que  ladite  boue  procedoit  du 
bras,  estant  vacuée  par  les  selles  et 
vrines  : adioustant  que  telle  chose 
n’estoit  pas  impossible  , parce  que 
noslre  corps  est  confluxible  et  trans- 
pirable  *.  D’auantage,  nous  voyons 

1 Cette  histoire  était  déjà  racontée  dans 
l’édition  de  1564,  mais  avec  quelques  diffé- 
rences dans  la  rédaction.  Voici  le  texte  pri- 
mitif : 

« D’auantage  Germain  Chcual  et  François 
Rasse,  hommes;accompliz  et  excellentz  chi- 
lurgiens  iurez  en  ceste  ville  et  moy  auons 
pensé  vn  gentil-homme  nommé  Monsieur  de 
la  Croix,  lequel  fut  blessé  d’vn  coup  d’espée 
au  bras  senestre,  auquel  aduint  pareille 
chose,  toutesfois  il  mourut.  Et  par-ce  qu’au- 
cuns tenoient  qu’il  estoit  impossible  que  la 
boue  feit  vn  si  long  chemin , ioint  aussi 
qu  icelle  ne  pouuoit  passer  par  les  veines 
quelle  n’eust  gasté  le  sang,  et  partant  di- 
soient que  telle  boue  ne  venoit  du  bras, 
mais  du  foye  ou  de  quelque  autre  partie, 
et  quant  à moy,  persistois  et  tenois  pour 
une  chose  asseuree  que  c’étoit  du  bras,  à 
raison  que  lors  que  de  ses  apostemes  et  vl- 
ceres sortoit  grande  quantité  de  boue,  il 
n cniettoitpointparles  parties  basses:au  con- 
traire, lorsqu’elles  iettoient  peu  ou  rien,  en 
«ortoit  grande  quantité  El  leur  disois  qu’il 


par  expérience  de  deux  vaisseaux  de 
verre  appelles  monte-vins , que  l’vn 
soit  rempli  d’eau,  et  l’autre  de  vin 
clairet,  et  soyent  posés  l’vn  sur  l’au- 
tre, à sçauoir  celuy  qui  sera  rempli 
d’eau  sur  l’autre  rempli  de  vin,  on 
voit  à l’œil  le  vin  monter  au  haut  du 
vaisseau  au  trauers  de  l’eau,  et  l’eau 
descendre  dedans  le  vin,  sans  mes- 
lange  des  deux  , ce  que  nous  auons  dit 
par  cy  deuant.  Et  si  telle  chose  se  fait 
ainsi  extérieurement  et  apertement 
au  sens  de  nostre  veuë  par  choses  in- 
animées : il  faut  croire  en  nostre  en- 

n’estoit  pas  impossible,  parce  que  tout  nos- 
tre corps  est  confluxible  et  transpirable.  » 
Suivait  la  comparaison  des  monte-vins, 
que  Paré  ne  se  faisait  faute  d’appeler  dans 
une  note  marginale  Belle  comparaison ; et 
puis  la  tin  de  l’histoire,  avec  une  rédaction 
un  peu  différente  du  texte  actuel;  c’est 
pourquoi  je  la  reproduirai. 

« I.edit  de  La  Croix  mort,  son  corps  fut 
ouuert,  et  exquisitement  cherché  si  on  pour- 
roit  apperceuoir  aucun  lieu  dont  telle  sanie 
sortoit,  ce  qui  ne  peut  estre  cogncu,  et  par- 
tant nous  conclusmes  tous  que  la  mort  estoit 
aduenue  parle  moien  du  coup,  et  non  par 
aucune  aposteme  qu’il  eust  en  aucune  par- 
tie de  dedans  son  corps.  » 

Dés  1579,  au  lieu  de  François  Basse,  Paré 
avait  écrit  Maistre  Basse  , sans  rien  changer 
d’ailleurs  à son  récit  ; mais  en  1585  il  le  ré- 
digea comme  on  le  lit  aujourd’hui , faisant 
intervenir  Houllier,  et  nommant  Rasse  pour 
son  contradicteur.  Houllier  était  mort  en 
1562:  François  Rasse  des  Neux , si  l’on  en 
croit  Devaux,  aurait  vécu  jusqu’en  1588. 
Peut-être  s’était-il  brouillé  avec  Paré, ce  que 
l’on  pourrait  induire  d’un  autre  changement 
de  rédaction  que  nous  avons  noté  au  cha- 
pitre 26  du  dixième  livre.  Voyez  ci-devant 
page  280. 

Enfin  les  mots  .Ce  que  nous  auons  dit  parcij 
deuant,  ont  été  ajoutés  en  1585,  et  se  rap- 
portent sans  doute  au  chapitre  14  du  neu- 
vième Livre  (voyez  la  page  169  de  ce  vo- 
lume), où  l’on  retrouve  une  histoire  et  une 
théorie  analogues. 


LE  QVINZ1ÉME  LIVRE  , 


502 

tendement,  que  Nature  peut  faire 
passer  la  bouë  par  les  veines,  sans 
qu’elle  soit  meslée  auec  le  sang. 

Parquoy  faut  conclure  auec  Ga- 
lien, que  la  bouë  faite  aux  parties 
intérieures , et  loin  des  reins  et  de  la 
vessie,  peut  estre  vacuée  par  les  vri- 
nes 1 : ce  que  par  raison  on  peut  en- 
core prouuer.  Car  aux  excremens  de 
noslre  corps  qui  s’expurgent  par  les 
reins,  intestins,  râtelle,  kystis  fellis, 
Nature  par  sa  vertu  sequestrice  y re- 
serue  quelque  portion  du  sang  et  suc 
bénin  et  propre  pour  leur  nourri- 
ture, que  chacune  d’icelle  partie  at- 
tire et  séparé  d’auec  les  excremens. 
D’auantage,  le  sang  pur  et  le  meilleur 
qui  soit  au  corps,  enuoyé  de  toutes 
les  parties  pour  estre  ietté  par  la  ver- 
ge , à fin  de  génération,  passe  par- 
dedans  les  vaisseaux  spermatiques, 
qui  tousiours  sont  remplis  de  sang  : 
neantmoins  la  semence  coule  au  tra- 
uers  sans  se  mesler  aucunement. 
D’abondant  ne  voit-on  pas  que  les 
femmes  nouuellement  accouchées 
iettenl  le  lait  pur  contenu  aux  mam- 
melles  par  leur  matrice  , lequel  aussi 
faut  qu’il  passe  au  trauers  des  veines 
et  arteres  mammillaires 2? 

Tout  le  semblable  se  fait  aux  vei- 
nes mezaraïques,  par  lesquelles  le 
chyle  se  porte  au  foye,  pour  estre  fait 
sang , et  fait  sang  aux  boyaux,  pour 
leur  nourriture,  sans  meslange  de 
de  l’vn  auec  l’autre. 

■ Gai.  au  4 .De  loc.  aff.  A.  P. 

a Tout  ce  qui  suit  appartient  à la  nou- 
velle rédaction  de  1585  ; dans  les  éditions 
précédentes, le  paragraphe  actuel  se  termi- 
nait ainsi: 

« ....  par  dedans  les  veines  et  arteres  mam- 
millaires, qui  ont  communication  au  mi- 
lieu des  muscles  longitudinaux  de  l’epigastre 
auec  celles  de  la  matrice?  Parquoy  ne  se 


Le  pus  peut  aussi  passer  au  trauers 
des  os,  ce  qui  est  proimé  par  Galien 
au  Commentaire  sur  le  54.  aphoris- 
me du  7.  liure,  et  pareillement  par 
autres  parties,  par  conduits  imperspi- 
rables.  Exemple,  comme  nous  voyons 
sortir  le  lait  d’vne  nourrice  par  le 
bout  de  son  tetin,  et  la  sueur  par  les 
pores  de  nostre  cuir,  à grosses  gout- 
tes comme  perles  : neantmoins  on  ne 
peut  trouuer  aucun  conduit,  pour  y 
mettre  aucune  chose,  tant  déliée  soit 
elle.  D’auantage,  ne  voit-on  pas  aux 
pauures  verolés,  qui  ietteront  par 
chacun  iour  et  nuit  cinq  et  six  gran- 
des bassinées  de  baue?  Semblable- 
ment au  flux  de  ventre,  vn  malade 
iettera  par  le  siégé  des  matières  de 
diuerses  substances  et  couleurs,  la 
quantité  qu’on  ne  peut  estimer  pou- 
uoir  estre  contenue  aux  intestins.  Pa- 
reillement par  le  vomissement  ou 
iette  quantité  d’humeurs  qui  y abor- 
dent de  toutes  les  parties  du  corps, 
comme  torrens,  par  conduits  imper- 
spirables  et  inconnus.  Il  faut  aussi  re- 
marquer qu’il  apparoist  aux  vrines 
quatre  substances,  à sçauoir  la  se- 
mence, le  pus,  la  pituite  et  le  sang.  La 
semence  nage  dessus,  parce  qu’elle 
est  plus  legere  et  subtile  : le  pus  et  la 
pituite  vont  au  fond  : la  pituite  est 
vnie,  au  contraire  le  pus  se  dissout 
lors  que  l’vrine  est  agitée  ; et  quant 
au  sang,  il  apparoist  aucunesfois  seul, 
et  quelques  fois  meslé  auec  l’vrine, 

faut  esmerueiller  si  le  pus  peut  estre  euacué 
des  parties  supérieures  par  les  vrines,  sans 
estre  aucunement  meslé  auec  le  sang,  car 
telle  chose  se  fait  par  la  faculté  naturelle 
expultrice.  » 

Après  quoi  venait  une  digression  sur  les 
facultés  que  l’on  retrouvera  à la  fin  de  ce 
chapitre,  toutefois  avec  quelques  modifica- 
tions. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


cotome  nous  auons  dit  cy  dessus.  Il 
faut  de  nécessité  conclure,  que  tou- 
tes cesdiles  matières  ne  viennent  seu- 
lement des  lieux  où  ils  sortent,  parce 
qu’il  est  impossible  qu’ils  puissent 
contenir  vne  si  grande  abondance 
des  matières  qui  en  sortent. 

Apres  auoir  discouru  des  matières 
qui  s’euacuent  par  les  parties  infe- 
rieures, faut  escrire  de  celles  qui  s’e- 
uacuent par  les  supérieures.  Exem- 
ple : les  menstrues  se  peuuent  pur- 
ger par  vomissemens,  par  le  nez  et 
par  les  mammelles,  voire  en  grande 
quantité  tous  les  mois  (comme  i’ay 
escrit  cy  deuant)  ou  par  vne  aposte- 
me  faite  au  thorax  : comme  d’vne 
pleuresie,  le  pus  sort  partie  parla 
bouche  en  crachant,  ou  par  vomisse- 
ment : et  partie  par  les  vrines,  comme 
i’ay  desia  dit.  Semblablement  l’v- 
riue  est  iettée  par  vomissement  (ce 
que  i’ay  veu  plusieurs  fois)  quand  les 
pores  vreleres  sont  bouchés,  ou  la 
vessie  et  verge  gangrenés.  Véritable- 
ment i’ay  veu  à vn  corps  mort,  vn 
des  pores  vreteres  de  grosseur  d’vn 
doigt,  plein  d’vne  matière  gypseuse, 
et  en  l’autre  y auoir  vne  pierre  qui 
estoit  descendue  dans  les  reins,  en 
sorte  que  l’vrine  ne  pouuoit  couler 
en  la  vessie,  et  regorgeoit  en  haut. 
Le  patient  deux  iours  deuant  que 
mourir,  vomissoit  et  iettoit  son  vrine 
par  la  bouche.  Pareillement  quand 
les  intestins  sont  estouppés,  comme 
nous  voyons  estre  descendus  aux 
bourses,  et  aux  femmes  entre  les 
muscles  de  l’epigastre,  ou  pour  estre 
entortillés  par  les  vers,  et  qu’ils  n’ont 
peu  estre  réduits,  lors  la  matière 
fecale  remonte  en  l’estomach,  et  est 
vomie  par  la  bouche  : tel  accident 
est  appellé  miserere. 

Il  reste  encore  vne  difficulté  à res- 
pondre,  comme  le  pus  se  peut  purger 


5o3 

par  la  vessie,  sans  se  mesler  parmy  le 
sang?  A cela  faut  respondre,  que  nos- 
tre  corps  est  gouuerné  de  faculté  se- 
crelrice,  qui  peut  tirer  et  faire  choix 
des  matières  entièrement  confuses  et 
meslées  de  bon  et  de  mauuais.  Exem- 
ple : la  vessie  du  fiel  attire  à soy  la 
colere  d’auec  le  sang,  et  la  ratte  la 
mélancolie,  qui  n’apparoissent  au 
sens  de  la  veuë  estre  dedans  le  sang. 
Aussi  les  rognons  tirent  la  sérosité 
du  sang.etla  mettent  à part,  laquelle 
est  iettée  par  l’vrine.  D’auantage, 
c’est  que  plusieurs  bien  tost  apres 
auoir  pris  leur  réfection,  vomiront 
grande  quantité  de  pituite  et  colere , 
sans  ielter  vn  seul  morceau  de  leur 
viande,  ce  que  ie  sçay  pour  l’auoir 
expérimenté  en  moy-mesme. 

Et  icy^notera  le  ieune  chirurgien, 
que  lors  que  nous  disons  qu’il  y a cer- 
taines vertus  et  facultés  naturelles, 
comme1  : 


■ Ce  paragraphe  terminait  déjà  le  chapi- 
tre dans  les  éditions  de  1564  , 1575  et  157‘J , 
mais  avec  des  différences  essentielles  sous 
le  rapport  des  doctrines  physiologiques  pro- 
fessées par  l’auteur.  Nous  avons  vu  déjà 
suffisamment  dans  son  introduction  qu’il 
n’avait  pas  toujours  admis  le  même  nombre 
de  facultés  : on  en  aura  une  preuve  nou- 
velle dans  le  texte  primitif  que  nous  allons 
reproduire. 

« Et  icy  notera  le  ieune  chirurgien  que 
lorsque  nous  disons  qu’il  y a certaines  fa- 
cultez  naturelles  comme 


Allractice , 

Retendue, 

Digestiue, 

Expultrice, 

Assimilatrice , 

Formatrice, 

Visiue, 


Auditiue, 

Odoraliue. 

Gustatiue, 

Sensitiue, 

Animale, 

Vitale,  et 

Naturelle, 


et  autres  qui  gouuernent  nostre  corps,  il  ne 


LE  QV1NZIÉME  LIVRE, 


5o4 

Animale, 

Vitale, 

Naturelle, 

Attractrice, 

Retentrice, 

Concoctrice, 

Assimilatrice, 

Formatrice, 

Augmentatrice, 

Expultrice, 

Sensitiue, 

Motiue, 

Génératrice, 

Régénératrice, 

Agglutinatrice, 

Visible, 


Auditiue, 

Odoratiue, 

Gustatiue, 

Tactile, 
Ratiocinatrice, 
Animositiue, 
Risificque, 
Imaginatrice, 
Memoratrice, 
Concupiscible, 
Chyliücque, 
Sanguificque, 
Calorificque, 
Lactiflcatrice, 
Sequestrice,  et  au- 
tres : 


Il  ne  faut  pourtant  imaginer  que 
telles  facultés  ayent  entendement  et 
raison  pour  faire  leurs  effets  : car  el- 
les ne  sont  qu’instrumens  de  nostre 
ame,  laquelle  a esté  creée  par  l’eter- 
nelle  prouidence  de  Dieu  , espandue 
en  toutes  les  parties  du  corps,  et  en- 
tière en  soy,  qui  n’occupe  point  de 
lieu  par  extension  corporelle,  laquel- 
le est  incompréhensible  à l’esprit  hu- 
main. 

faut  imaginer  que  telles  facultez  aient  enten- 
dement et  raison  pour  faire  leurs  effets.  Car 
elles  ne  sont  que  instruments  de  nostre  ame, 
laquelle  est  creée  de  Diev,  et  seule  raisonna- 
ble par  l’eternelle  providence  d’iceluy,  qui 
est  incompréhensible  à l’esprit  humain.  » 

Et  dans  l’édition  de  1504  , il  ajoutait  cette 
note  marginale  : 

Tout  nostre  corps  est  regy  par  l'eterneile 
prouidence  de  Dieu. 


CHAPITRE  LUI. 

DES  CAVSES  EXTERIEVRES  DE  LA 
RETENTION  DE  L’VRINE 

Les  causes  extérieures  sont  pareil- 
lement plusieurs,  comme  s’estre  bai- 
gné en  eau  froide,  ou  auoir  esté  lon- 
guement au  froid,  ou  auoir  par  trop 
appliqué  de  choses  narcotiques  sur 
la  région  des  reins,  et  vsë  de  viandes 
trop  froides,  et  autres  choses  sembla- 
bles. Pareillement  pour  vne  luxation 
intérieure  faite  aux  vertebres  des  lom- 
bes, à cause  de  la  compression  des 
nerfs  qui  sortent  d’entre  lesdites  ver- 
tebres, y est  faite  stupeur,  dont  la  fa- 
culté expultrice  est  affoiblie,  et  par- 
tant le  muscle  qui  tient  la  vessie  ser- 
rée ne  permet  que  l’vrine  sorte. 


CHAPITRE  LIV. 

DV  PROGNOSTIC  DE  LA  RETENTION 
DE  L’VRINE2. 

Si  l’vrine  n’est  euacuée  selon  que 
Nature  le  desire,  et  qu’on  soit  quel- 
ques iours  sans  vriner,  le  patient 
mourra  s’il  ne  vient  fiéure  ou  flux  de 
ventre,  ou  les  deux  ensemble  : par 
lesquels  l’vrine  puisse  estre  consu- 
mée et,  euacuée  par  autres  voyes  que 
par  la  vessie.  Car  retenue  en  la  vessie 
par  plusieurs  iours  plus  qu’elle  ne 
doit,  acquiert  vne  qualité  acre  et  ve- 

• Ce  chapitre  est  textuellement  le  même 
que  le  3'  chapitre  du  livre  delà  suppression 
d’vrine,  en  1564. 

2 La  première  phrase  de  ce  chapitre  est 
aussi  la  première  phrase  du  4'  chapitre  du 
livre  de  la  suppression  d’vrine,  en  1564  ; mais 
le  reste  est  de  rédaction  nouvelle,  et  date 
de  1575. 


5o5 


OPERATIONS 

neneuse,  dont  aduient  que  parla  re- 
pletion  de  la  vessie,  venant  à regor- 
ger en  haut,  se  mesle  parmy  toute  la 
niasse  du  sang  : mesme  se  transporte 
aisément  au  cerueau,  à raison  de  la 
sympathie  qu'ont  les  méningés  auec 
la  vessie,  par  similitude  de  matière 
membraneuse.  Or  en  tel  cas  Nature, 
si  elle  est  forte,  souuent  se  déchargé 
manifestement  par  le  ventre,  ou  par 
vomissement  1 , autresfois  par  le 
moyen  d’vne  heure  : sensiblement  si 
à icelle  suruient  vue  grande  sueur, 
comme  ainsi  soit  que  la  matière  de  la 
sueur  et  de  l’vrine  est  mesme  : insen- 
siblement, l’vrine  estant  résolue  en 
tenues  et  subtiles  exhalations  par  l’ar- 
deur de  la  chaleur  fiéureuse. 

Par  vne  réfrigération  du  sphincter 
de  la  vessie,  ou  d’ vn  humeur  froid  qui 
y sera  découlé,  il  se  fait  paralysie, 
dont  l’vrine  ne  peut  estre  iettée  : aussi 
par  la  lésion  de  l’espine,  comme  d’v  - 
ne playe  ou  contusion  : par  mesme 
moyen  aussi  coule  inuolonlairement 
auec  les  autres  excremens,  pour  la 
lésion  de  ladite  espine. 


CHAPITRE  LV. 

DE  L’VRINE  SANGLANTE  ET  PVRVLENTE  2. 

Aucuns  pissent  le  sang  tout  pur, 
autresfois  meslé  auec  l’vrine,  comme 
vne  eau  en  laquelle  on  aura  laué 
quelque  piece  de  chair  sanglante,  et 

1 Ces  mots  ou  par  vomissement  ont  esté 
ajoutés  en  1 585,  et  se  trouvaient  intercalés 
un  peu  plus  bas,  après  ceux-ci  : vne  grande 
sueur  ; le  sens  exigeant  leur  changement  de 
place,  je  n’ai  pas  hésité  à l’opérer,  sauf  à en 
prévenir  le  lecteur. 

2 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent, sous  le  titre  du  prognoslic  de  la  ré- 
tention d’vrine,  dans  l’éditionde  1664.  Le  texte 
est  resté  le  même , hors  pour  les  deux  der- 
niers paragraphes. 


PE  CHIRVRGIE, 

quelquesfois  auec  de  la  boue  meslée 
auecques  l’vrine. 

Les  causes  sont  plusieurs,  comme 
de  trop  grande  repletion  de  sang , le- 
quel s’euacue  par  période  et  paroxys- 
me, ainsi  que  fait  le  flux  menstrual 
ou  hémorroïdal  : et  à plusieurs  à 
qui  tels  flux  sont  cessés,  s’euacuent 
par  les  reins.  Aussi  par  vne  cause  de 
maladie  faite  de  repletion,  ou  par exe- 
sion  de  veine,  ou  par  quelque  hu- 
meur acre  et  mordant  : ou  pour  auoir 
leué  trop  pesant  fardeau,  ou  sauté, 
ou  tombé  de  haut  en  bas,  ou  auoir 
esté  frappé  de  quelque  coup  orbe,  ou 
qu’il  fust  tombé  quelque  chose  pe- 
sante sur  les  reins,  ou  couru  la  poste, 
et  fait  autres  exercices  grands  et  vio- 
lents, et  (comme  nous  auons  dit  cy 
dessus)  pour  vne  pierre  aux  reins 
ayant  aspérités  et  pointes  ou  cornes  : 
ou  pour  l’imbécillité  de  la  faculté  re- 
tentrice  d’iceux  : ou  pour  auoir  vsé 
immodérément  de  l’acte  venerique, 
et  autres  semblables,  ou  pour  auoir 
receu  quelque  playe  aux  parties  ser- 
uantes  à l’vrine.  Pareillement  pour 
auoir  vsé  de  quelques  potions,  ali- 
mens  et  medicamens  trop  chauds, 
acres  et  diurétiques,  et  contraires  de 
toute  leur  substance  aux  parties  dé- 
diées à l’vrine,  comme  cantharides, 
et  autres  que  ie  ne  veux  icy  nommer. 
Et  pour  ces  causes,  il  se  fait  aux  reins 
et  à la  vessie  vne  si  grande  inflamma- 
tion, qu’elle  se  termine  le  plus  sou- 
uent en  aposteme  et  suppuration,  et 
par  conséquent  vlcere  : de  laquelle  la 
sanie  est  iettéepar  les  voyes  des  vrines. 

En  telle  et  si  grande  variété  de 
causes  d’vrine  sanglante,  nous  discer- 
nerons d’où  procédé  tel  symptôme 
par  l’action  de  telle  ou  telle  partie  of- 
fensée, par  la  qualité  du  sang  qui 
sort,  ou  pur  ou  meslé  : auec  l’vrine 
seule,  ou  auec  du  pus.  Exemple  ; Si 


LE  QVINZIÉME  LIVRE  , 


5o6 

la  sanie  vient  des  poumons,  du  foye, 
des  reins,  ou  des  vertebres  luxées,  ou 
du  vice  de  l’intestin  droit,  ou  d’autre 
partie,  sera  conneu  par  la  situation 
des  parties  affectées,  et  par  les  acci- 
dents, qui  sont  tiéure,  douleur  et 
autres,  qui  ont  précédé  ou  sont  enco- 
res  presens,  demonslreront  infailli- 
blement le  lieu  d’où  procédé  et  coule 
la  sanie  : aussi  fera  la  quantité  et 
qualité  du  pus.  Car  si  c’est  d’vne  vl- 
cere  située  au  bras , comme  nous 
auons  dit,  lors  que  de  l’vlcere  sortira 
quantité  de  sanie , ne  s’en  fera  émis- 
sion par  les  vrines  : au  contraire,  lors 
que  l’vlcere  demeure  seiche,  on  la 
voit  sortir  par  les  vrines  ou  selles, 
voire  et  en  grande  quantité.  Sembla- 
blement si  elle  vient  des  poumons, 
comme  d’vnempyéme,  ou  du  foye, 
et  en  abondance,  sera  conneu,  pource 
que  telle  quantité  de  sanie  ne  peut  es- 
tre  contenue  aux  reins  1 : ioint  que 
comme  sortant  du  conduit  de  l’vrine, 
tel  sang  est  pur  : aussi  venant  du  foye 
ou  autre  partie  dessus  le  diaphragme, 
est  bien  plus  exactement  meslé  auec 
l’vrine,  que  lors  qu’il  vient  des  reins 
ou  de  la  vessie. 

Quant  à la  curation,  nous  sortirons 
des  bornes  de  notre  profession , si  nous 
la  voulons  poursuiure  spécialement. 
11  suffira  de  dire  en  un  mot,  qu’il  ne 
faut  esperer  guarir  vn  tel  symptôme, 
que  la  cause,  c’est-à-dire  le  vice  de 
telle  ou  telle  partie  ne  soit  guarie 
premièrement.  Au  reste,  si  tel  flux 
d’vrine  sanglante  vient  par  simple 
ouuerlurede  vaisseaux,  il  sera  guari 
par  choses  astringentes  : si  de  ruptu- 
re, par  agglutinantes  : si  d’erosion, 
par  sarcotiques  2 

1 L’édition  de  15G4  disait  ici  : 

Ioint  que  iamais  ne  résidé  au  fond  des 
vrines,  mais  est  confuse  auec  lesdites  vrines. 

2 Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté 
en  1575. 


CHAPITRE  LVI. 

DES  SIGNES  DES  VLCERES  AVX  REINS1. 

Combien  que  ie  n’eusse  délibéré  de 
poursuiure  spécialement  les  causes 
d’vrine  sanglante  : toulesfois  parce 
que  celle  qui  dépend  des  vlceres  des 
reins  et  de  la  vessie  tombe  fort  sou- 
uent  en  pratique,  il  m’a  semblé  bon 
d’en  dire  un  mot  en  passant. 

Les  signes  des  vlceres  des  reins 
sont  douleur  aux  lombes  : d’auanta- 
ge,  la  sanie  qui  sort  de  leur  substan- 
ce est  meslée  auec  l’vrine,  et  trouue- 
on  les  sedimens  sanieux  et  rouges  : 
e t iamais  ne  sort  qu’  auec  1 adite  vrine , 
et  tousiours  résidé  au  fond  d’icelle. 
D’auantage,  des  vlceres  des  reins  sor- 
tent quelquesfois  de  petites  pellicules, 
et  portions  de  chair  et  filamens  rou- 
geastres.  Outre-plus,  n’est  desimau- 
uaise  odeur  comme  celle  qui  vient 
de  l’vlcere  de  la  vessie,  d’autant 
qu’elle  est  de  substance  nerueuse,  à 
cause  de  quoy  la  matière  ne  peut  es- 
tre  si  bien  suppurée  comme  és  reins, 
qui  sont  charneux. 


CHAPITRE  LYH. 

DES  VLCERES  EN  LA  VESSIE,  ET  DES 
SIGNES  d’icelles  2. 

L’vlcere  de  la  vessie  peut  estre  faite 
au  profond  et  capacité  d’icelle,  pa- 
reillement en  son  col. 

1 Ce  chapitre  est  littéralement  le  même 
que  le  5e  chapitre  du  livre  de  la  suppression 
d’vrine,  en  1564,  à l’exception  du  premier  pa- 
ragraphe, qui  a été  ajouté  en  1575. 

2 C’est  le  chapitre  G du  livre  de  ta  sup- 
pression de  l’vrine  de  1564. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


Les  signes  que  l’vlcere  est  en  la 
vessie,  c’est  que  le  patient  sent  per- 
pétuelle douleur  au  profond  du  pe- 
nil.  Et  si  l’vlcere  est  au  col,  le  patient 
ne  sent  que  peu  de  douleur,  si  ce  n’est 
alors  qu’il  pisse,  et  vn  peu  apres  auoir 
pissé,  comme  nous  dirons  és  chaudes- 
pisses.  La  sanie  qui  sort  de  l’vlcere  de 
la  vessie  est  fort  fetide 1 : et  aussi  qu’en 
la  iettant,  la  verge  le  plus  souuent  se 
roidit,  à cause  de  la  douleur  qu’elle 
fait  passant  par  la  voye  de  l’vrine. 
Outre-plus  on  voit  dedans  l’vrine  des 
petites  peaux  blanches  et  déliées,  et 
non  rouges,  ou  peu  souuent.  Et  voit- 
on  icelle  sanie  estre  à la  fin  iettée 
apres  l’vrine,  et  non  tant  meslée  auec 
Pvrine  comme  lors  qu’elle  vient  des 
parties  supérieures. 


CHAPITRE  LVIII. 

DV  PROGNOSTIC  DES  VLCERES  DES  REINS, 
ET  DE  LA  VESSIE2. 

Les  vlceres  des  reins  sont  plustost 
gueries  que  celles  de  la  vessie,  d’au- 
tant qu’ils  sont  charnus,  et  la  vessie 
exangue,  membraneuse,  nerueuse,  et 
plus  sensible. 

1 En  lisant  de  suite  toute  cette  phrase,  on 
s’aperçoit  qu’il  y a un  que  de  trop.  Je  n’ai 
cependant  rien  voulu  changer  au  texte  , qui 
se  lit  de  même  dans  toutes  les  éditions  com- 
plètes; mais  je  vais  rétablir  la  phrase, 
d’après  l’édition  de  1564  , en  laissant  en 
italique  les  mots  supprimés  : on  verra  ainsi 
d’où  vient  le  que  surabondant. 

» La  sanie  qui  sort  de  l’vlcere  de  la  vessie 
est  fort  fetide,  d' autant  qu’elle  est  de  sub- 
stance nerueuse,  et  que  la  matière  ne  peut  estre 
suppuree  et  cuiite  comme  elle  est  en  vue  partie 
churneuse , ce  qu’on  voit  en  celle  des  reins  : et 
aussi  qu’en  la  iettant , etc.  » 

2 Reproduction  littérale  du  chapitre  7 du 
liu.  de  la  suppression d’vrine,  de  1564. 


607 

L’vlcere  qui  est  au  fond  de  la  ves- 
sie est  incurable,  ou  fort  difficile  à 
curer,  à cause  qu’elle  est  nerueuse, 
et  que  l’vrine  qui  descend  et  y de- 
meure, point  et  mordique,  dont  aug- 
mente tousiours  l’vlcere,  tellement 
qu’elle  11e  peut  estre  glutinée  qu’à 
grande  peine  : car  iamais  l’vrine  ne 
peut  estre  du  tout  euacuée  : et  le  reste 
qui  est  laissé  esteschaufféparl’intem- 
perature  de  la  vessie , et  parce  aussi 
qu’elle  se  dilate  et  se  resserre  selon 
l’vrine  qu’elle  contient.  Qu’il  soit 
vray,  nous  voyons  aux  suppressions 
d’icelle  ietter  vne  pinte  d’vrine  à vn 
coup. 

Quand  les  vlceres  sont  en  la  vessie, 
et  que  les  cuisses  du  malade  maigris- 
sent et  tombent  en  atrophie,  c’est  si- 
gne de  mort  prochaine. 

Si  les  vlceres  ne  sont  tost  gueries 
tant  d'vne  partie  que  d’autre,  demeu- 
rent incurables. 

Si  la  sanie  vient  des  parties  supé- 
rieures , comme  des  bras,  ainsi  qu’a- 
uons  dit,  ou  des  poulmons,  du  foye  ou 
râtelle,  sera  conneu,  à cause  que  tel- 
les parties  ont  esté  premièrement 
blessées.  , 


CHAPITRE  LIX. 

DE  LA  CVRATION  DE  LA  RETENTION 
D’VRINE  *. 

Pour  la  curation  des  choses  qui 
prohibent  vriner,  il  faut  prendre  in- 
dication de  la  maladie  et  de  sa  cause, 
si  elle  est  encore  présente.  Pareille- 
ment selon  les  parties  blessées  faut 

1 Ce  chapitre  est  le  même  que  le  chap.  8 
du  Livre  de  la  suppression  de  l’vrine  en  1564. 


5o8 


LE  QVINZIÉME  LIVRE  , 


diuersifier  les  remedes,  appelant  le 
médecin  s’il  l’est  possible  : lequel  or- 
donnera les  choses  vniuerselles  au 
malade  : et  ce  qui  appartiendra  à la 
chirurgie,  auec  son  conseil,  le  met- 
tras en  execution. 

Et  subit  voyant  vne  difficulté  d’v- 
riner,  ne  courras  aux  remedes  des 
pierres  ou  sables,  comme  souuent 
(ont  ceux  qui  ne  sont  conduits  par 
méthode , qui  ordonnent  choses  diu- 
rétiques : lesquelles  sont  cause  de  per- 
nicieux accidens,  si  c’esloit  vn  hu- 
meur acre,  ou  quelque  sang  causé 
d’vne  contusion,  ou  par  trop  auoir 
exercé  l’acte  venerique  , ou  autre 
grand  et  violent  exercice,  ou  auoir 
vsé  de  quelques  potions  chaudes, 
ausquelles  il  y eust  cantharides,  ou 
apostemes  et  vlceres  qui  fussent  és 
parties  dediées  à l’vrine,  ou  pour  auoir 
tenu  trop  longuement  son  vrine,  et 
autres  semblables.  Car  si  en  telles 
choses  on  donne  les  diurétiques,  on 
accroistroit  la  douleur  et  l'inflamma- 
tion, gangrené,  et  par  conséquent  on 
seroit  cause  de  la  mort  du  patient. 

Mais  telles  choses  diurétiques  pour- 
roient  auoir  lieu,  lorsqu’il  y auroit 
quelque  petite  pierre  ou  sable,  ou  vn 
humeur  gros  et  visqueux  demeuré 
aux  voyes  de  l’vrine.  Et  semblable- 
ment pour  s’estre  baigné  en  eau  froi- 
de, ou  parle  froid  intérieur,  ou  indeuë 
application  des  choses  narcotiques 
sur  les  reins  ou  à la  vessie,  ou  d’vn 
empyeme  , ou  de  pituite  et  humeurs 
froids,  espais  et  visqueux,  qui  fussent 
cause  de  faire  obstruction  aux  voyes 
de  l’vrine,  et  autres  semblables  : les 
diurétiques  pourroient  alors  auoir 
lieu,  pourueu  encor  que  les  choses 
vniuerselles  fussent  faites,  et  non  au- 


trement. Or  les  diurétiques  peuuent 
estre  administrés  en  diuerses  façons, 
comme  s’ensuit. 

Pour  prouoquer  l’vrine. 

"if.  Agrim.  vrticæ  et  parietariæ  surculos  ru- 
bros  habentis  ana  ni.  j. 

Radicum  asparagi  mundatar.  g . iiij. 
Granorum  alkekengi  nuni.  \x. 

Sera,  raaluæ  § . G . 

Radie,  acori  g.j. 

Rulliant  orania  sirnul  in  sex  libris  aquæ  dul- 
cis  ad  tertias,  deinde  coletur. 

De  qua  capiat  æger  g . iiij.  cum  g . j.  sac- 
ctaari  candi,  et  calidum  bibat  ieiuno 
storaacho  tribus  horis  ante  cibum. 

Pour  mesme  effet. 

Prenez  trente  ou  quarante,  voire  plus, 
bayes  de  lierre  ',  et  broyez  en  vin  blanc , 
et  en  baillez  à boire  au  patienl  deux  heu- 
res deuant  manger. 

Autre  pour  mesme  cause. 

If..  Sem.  vrt.  puluerisalæ  3.  j. 

Dissolualur  cum  decoctione  pulli. 

Et  faut  que  le  patient  l’aualle  le 
plus  subit  qu’il  pourra,  de  peur  qu’il 
n’adhere  contre  la  gorge  : pource 
qu’il  y causeroit  ardeur. 

Autre. 

if.  Decoctionis  milij  solis,  bipinellæ,  paric- 
tariæ  , saxifrag.  rad.  petroselini , aspa- 
ragi, acori , brusci  et  ireos. 

El  en  soit  donné  à boire  au  patient, 
la  quantité  de  trois  ou  quatre  onces 
tiedes.  Et  entre  tous  ceste  eau  est  ex- 
cellente pour  prouoquer  l’vrine,  et 
destoupper  les  voyes  d’icelle  de  quel- 
que cause  que  ce  soit. 

1 L’édition  de  1564  dit:  prenez  dix  oit  douze 
bayes  de  lierre , etc. 


OPERATIONS 

If.  Rad.  osmondæ  regalis,  cyperi,  bismal. 
graminis,  petroselini,  fœniculi  ana  g .ij. 
Rapliani  crassioris  in  taleolassecti  g .iiij. 
Macerentur  per  noctem  in  aceto  albo 
acerrimo  : bulliant  postea  in  aquæ  flu- 
uialis  1b.  x. 

Saxifra.  cristæ  marinæ , rubiæ  tincto- 
rum  , milij  solis  , summitatum  maluæ  , 
bismal.  ana  p.  ij. 

Folio,  viol.  p.  iij. 

Berulæ , cicerum  rnb.  ana.  p.  j. 

Seminis  melonum, citruli , ana  § . ij.  fi. 
Alkekengi  grana  x\. 

Glycyrrhizæ  g.j. 

Bulliant  omnia  simul  ad  tertias  : in  coia- 
lura  infunde  per  noctem  : 

Folliculorum  senæ  oriental.  1b.  ni. 

Fiat  ilerum  parua  ebullitio,  in  express,  co- 
lala  infunde  : 

Cinnamomi  electi  5.  vj. 

Colentur  ilerum  : colatura  iniiciatur  in 
alembicum  vitrcum  , postea  adde- 
Terebenlhinæ  Yenetæ  lucidæ  fl>.  ij 
Aquæ  vitæ  vj. 

Agitentur  omnia  simul  diligentissime,  lu- 
telur  alembicum  luto  sapientiæ,  fiat 
distillatio  lento  igné  in  balneomari  : 

Desquels  tu  as  les  figures  cy-apres 

Tf.  Aquæ stillatitiæ  præscriplæg.  ij.  aut  iij. 
Secundum  operalionem  quam  præstabit, 
quatuor  horisantc  pastum. 

Aussi  au  lieu  d’icelle,  on  peut  don- 
ner eau  de  raues  distillée  pareille- 
ment in  balneo  mariœ  : et  donnée  à 
boire  la  quantité  de  trois  ou  quatre 
onces  auee  sucre,  deux  heures  de- 
uant  manger,  est  1res  propre  pour 
destoupper  les  voyes  de  l’vrine,  soit 
de  cause  pituiteuse,  sable,  ou  autre 
obstruction. 

Les  bains  et  demy-bains  faits  com- 
modément relaxent,  dilatent,  et  ou- 
urent  et  amollissent  tout  le  corps  : et 

’ L édition  de  1564  disait  : Desquelz  lu 
vois  les  ligures-,  mais  je  n’ai  pas  jugé  à pro- 
pos de  reproduire  ici  les  planches  que  nous 
retrouverons  au  Livre  des  Distillations. 


DE  CHIRVRGIE.  5o() 

à la  sortie  d’iceux , lorsqu’on  veut 
fort  destoupper,  on  donnera  des  cho- 
ses diurétiques,  comme  encores  pour 
exemple,  demie  dragme  de  theriaque 
dissout  en  eau  de  raues,  ou  autres 
choses  semblables. 

Maintenant  nous  descrirons  quel- 
ques remedes  pour  la  mondification 
des  vlceres  des  reins  et  de  la  vessie. 
Et  premièrement,  les  syrops  de  capit- 
lorurn  Veneris , de  roses,  beus  auec  hy- 
dromel ou  eau  d’orge,  la  quantité 
pour  chacune  fois  d’vne  once,  sont 
bons  pour  lesdils  vlceres  : aussi  le 
lait  d’asnesse  ou  de  chéure  y est  pro- 
pre, à cause  que  de  sa  substance  se- 
reuse  les  deterge,  et  les  glutine  pour 
sa  substance  formageuse  , il  nourrit 
pour  sa  substance  butireuse.  El  doit 
estre  pris,  s’il  est  possible,  toutrecen- 
tementtiré  de  la  beste.  Le  malade  en 
prendra  pour  chacune  fois  unposson», 
auec  vn  peu  de  miel  rosat,  et  vn  peu 
de  sel,  de  peur  qu’il  ne  se  corrompe 
et  tourne  en  l’estomach.  D’auantage 
apres  l’auoir  pris,  on  ne  doit  boire  ne 
manger  que  iusques  à ce  qu’il  soit 
digéré,  et  passé  hors  l’estomach. 

Les  trochisques  qui  s’ensuiuent 
sont  pareillement  propres  pour  mon 
di  fier  les  vlceres  des  reins  et  de  la  ves- 
sie. 

"if.  Quatuor  semin.  frigid.  maior.  semin. 
papaueris  al bi  , portulacæ  , planlaginis, 
cydoniorum  , myrtillorum  , gummi  Ira- 
gacantlii  et  Arabici , pinearum  , gly- 
cyrihizæ  mundatæ  , et  hordei  mundati, 
mucilag.  psillij , amygdal.  dulcium  ana 
3;  J'- 

Boli  armen.  sang,  draco.  spodij , ros. 
maslich.  terræ  sigillatæ , myrrhæ  ana 

§•  'j- 

Secundum  artem  conüciantur  cum  oxymel- 
lite  simplici,  et  fiant  trochisci. 

1 Unposson;  le  traducteur  latin  dit;orf 
quanlilalem  unciarurn  quatuor. 


5lÔ  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


Et  le  patient  en  doit  prendre  demie 
dragme , dissoute  en  lait  clair,  ou 
ptisane,ou  eau  d’orge,  et  autres  sem- 
blables. Pareillement  tu  eu  peux  dis- 
soudre en  eau  de  plantain,  et  en  iet- 
ter  aussi  auec  la  syringue  dedans  la 
vessie. 

Le  malade  en  lieu  de  vin,  boira 
eau  d’orge  , ou  hydromel , ou  ptisane 
faite  auec  vne  once  de  raisins  de  Da- 
mas, ausquelson  aura  osté  les  pépins 
du  dedans  : et  seront  faits  bouillir  en 
cinqchopines  d’eau  de  riuiere,  en  vu 
pot  vernissé,  ou  en  vne  fiolle  de  ver- 
re , iusqu’à  la  consomption  d’vne 
quarte  : puis  y soit  adiousté  sur  la  fin 
vne  once  de  reglisse  mondée,  et  deux 
dragmes  de  semences  froides  con- 
cassées : et  les  faire  de  rechef  un  peu 
bouillir,  puis  les  passer  par  la  chaus- 
se d’hippocras,  auec  vn  quarteron  de 
succre  fin , et  deux  treseaux  1 de  ca- 
nelle  triée,  et  d’icelle  en  sera  vsé  en 
lieu  de  vin.  Le  reste  de  la  cure  s’ac- 
complira selon  l’art. 


CHAPITRE  LX. 

DE  DIABETES  ET  STBANGVR1E2. 

Apres  auoir  descrit  les  causes  de  la 
rétention  d’vrine,  et  des  vlceres  des 
reins  et  de  la  vessie  : ie  ne  puis  enco- 
res  passer,  que  ie  ne  déclaré  aucu- 
nement les  causes  de  ietter  l'vrine  in- 
uolontairement  goulte-à-goutle,  ou 
tout  à l’instant  que  le  malade  aura 
beu  : qui  vient  par  le  defaut  de  la 

« Deux  trebeaux;  le  latin  dit  : dragmis 
duabus. 

•i  Le  chapitre  9 du  Livre  de  la  suppression 
d’vrine  en  1564,  portait  le  même  titre,  mais 
il  ne  comprenait  que  le  premier  paragra- 
phe de  celui-ci.  L’observation  de  Goyet  a 
été  ajoutée  en  1575. 


vertu  retentrice,  et  d’vne  depraua- 
tion  de  la  vertu  expultrice.  Si  l’vrine 
est  iettée  en  grande  quantité,  les  an- 
ciens l’appellent  diabètes  : et  si  elle 
est  iettée  seulement  goutte  à-goutte, 
telle  disposition  est  nommée  slrangu- 
rie  : qui  est  vne  inuolontaire  émis- 
sion d’vriue , frequente , en  petite 
quantité  : aucunes  fois  auec  douleur, 
et  autresfois  sans  douleur. 

I’ay  souuenance  auoir  traité  auec 
monsieur  Houlier,  médecin  très  doc- 
te, défunt  monsieur  Goyet,  aduocat 
du  roy  au  Chastelet  de  Paris,  lequel 
auoit  vne  difficulté  de  retenir  son 
vrine,dite  strangurie,  et  pissotoit  or- 
dinairement tant  le  iour  que  la  nuit, 
auec  très  grandes  douleurs,  se  plai- 
gnant sentir  grande  chaleur  et  cui- 
son  à la  vessie,  et  à l’extremité  de  la 
verge,  et  iettant  ses  vrines  lactueu- 
ses,  et  à la  fin  de  l’vrine,  du  pus.  On 
luy  fit  beaucoup  de  remedes  : et 
pour  luy  appaiser  la  douleur,  ie  luy 
faisais  par  l’aduis  dudit  Houlier,  des 
iniections  auec  eau  de  plantain,  cen- 
tinodium,  ausquelles  estoit  dissout  de 
la  craye  et  terre  sigillée  : autresfois 
ie  luy  faisois  des  iniections  faites  de 
mucilages  de  coings  et  de  psyllium 
auec  l’eau  de  plantain  et  de  rose,  les- 
quels remedes  tendoient  à fin  de  ra- 
freschir  l’intemperie  de  la  vessie , et 
desseicher  les  vlceres.  Deuisant  auec 
ledit  Houlier,  pour  sçauoir  la  cause 
des  susdits  accidens,  il  me  dit  que 
Goyet  auoit  la  vessie  rongneuse  et 
teigneuse,  auec  petites  vlceres,  et 
lors  que  l’vrine  tomboit  à la  vessie, 
elle  mordiquoit  les  vlceres  : qui  fai- 
soit  que  la  faculté  expultrice  la  vou- 
loit  promptement  ietter  : et  que  le  pus 
qu’il  iettoit  apres  l’vrine  venoit  de  la 
rongne  qui  estoit  à la  vessie,  pour  la 
compression  qu’elle  faisoit  à ietter 
icelle  vrine. 


OPERATIONS  DE  CIÏIRVRGIE. 


Ledit  Goyet  estant  décédé,  ie  fis 
ouuerture  de  son  corps  à la  presence 
dudit  Houlier,  et  trouuasmesla  ves- 
sie toute  calleuse,  et  pleine  de  pus- 
tules de  grosseur  d’vn  petit  pois  : et 
lorsque  ie  les  comprimois,  en  sortoit 
du  pus  tout  blanc,  tel  que  celuy  qui 
estoit  ietté  auec  les  vrines  pendant 
sa  vie. 


CHAPITRE  LXI. 

DES  CAVSES  DE  DIABETES1. 

Les  causes  de  diabètes  sont  dou- 
bles, à sçauoir  internes,  et  externes. 
Les  externes , c’est  d’auoir  vsé  intem  - 
pestiuement  de  choses  trop  chaudes 
et  diurétiques , ou  trop  grand  trauaii 
immodéré  , et  autres  semblables.  Les 
causes  internessont  plusieurs,  comme 
inflammation  de foye,  poulinons,  râ- 
telle , reins,  vessie  : ou  du  vice  de 
tout  le  corps , comme  par  vne  crise 
de  quelque  maladie , laquelle  se  ter- 
mine par  flux  d’vrines. 


CHAPITRE  LXII. 

LES  CAVSES  DE  STRANGVRIE 2. 

Les  causes  de  strangurie  sont  aussi 
primitiues  et  antécédentes.  Les  pri- 
mitiues,  d’auoir  beu  trop  grande 
quantité  d’eau  froide , ou  auoir  en- 
duré trop  grand  froid.  Les  antécé- 
dentes, sont  humeurs  froids  deflués 
sur  les  parties  dediées  à l’vrine , qui 
les  rend  paralytiques  : au  moyen  de- 

1 Reproduction  littérale  du  chap.  10  du 
Livre  de  la  suppression  d’ urine  de  1564. 

2 C’est  le  chapitre  11  du  Livre  de  la  sup- 
pression d’vrine  en  1564. 


5i  i 

I quoy  le  muscle  qui  serre  la  vessie 
j es^  aucunement  relaxé  et  amolli, 
parquoy  ne  peut  tenir  la  vessie  ser- 
rée 1 : ou  bien  bouschent  en  partie  le 
conduit  de  Fvrine  : dont  s’ensuit 
cours  d vrine  goutte-à-goutte,  contre 
nostre  volonté. 


CHAPITRE  LXIII. 

DES  SIGNES  ET  PROGNOSTIC  DE 
DIABETES2. 

On  pourra  connoistre  la  cause  venir 
d’intemperalure  chaude  par  ces  si- 
gnes : à sçauoir  que  le  patient  sent 
vne  douleur  poignante  et  mordante, 
auec  vne  grande  alteration  et  soif 
exlieme,  ioint  aussi  qu’il  se  trouue 
bien  d vser  de  choses  réfrigérantes,  et 
non  diurétiques  : au  contraire  il  se 
trouue  mal  de  choses  chaudes.  Et  si 
ia  cause  prouient  d in température 
troide,  au  contraire  la  douleur  sera 
petite,  et  quasi  insensible  : et  se  trou- 
uera  le  malade  mal  à l’vsage  des 
choses  froides.  Or  neanlmoins  que  la 
cause  de  Diabètes  soit  chaude,  si  est- 
ce  que  l’vrine  n’est  trouuéé  teinte  ou 
rouge,  ny  trouble  ny  espaisse  : mais 
crue  et  blanche  , claire  et  subtile , à 
raison  qu’elle  demeure  peu  au  foye 
et  en  la  grande  veine  caue  : mais  est 
attirée  par  la  chaleur  in temperée  des 
reins  et  de  la  vessie , sans  aucune  ou 
peu  de  concoction. 

1 Le  reste  de  la  phrase  ne  se  lit  point 
dans  1 édition  de  1564,  où  l’auteur  ajoute 
simplement  : dont  s’ensuit  émission  d’urine 
inuolontaire. 

2 C’est  exactement  le  12°  chapitre  du  Li- 
vre de  la  suppression  d’vrine  déjà  cité;  hors 
que  le  titre  était  plus  court,  et  portait  seu- 
lement : Des  signes  de  Diabele. 


5l  2 LE  QVINZTÉME  LIVRE 


Et  quant  au  prognostic  , si  tels  llux 
d vrines  durent  longuement,  donne- 
ront grande  fascherie  au  malade, 
et  tombera  en  atrophie  et  émaciation 
ou  amaigrissement  de  tout  le  corps, 
et  par  conséquent  mourra. 


CHAPITRE  LXIV. 

DE  LA  CVRE  DE  DIABETES1. 

La  cure  se  fera  selon  la  diuersité  de 
la  cause.  Exemple  : Si  c’est  par  vne 
intemperature  chaude,  le  patient  sera 
purgé  et  saigné.  Et  faut  icy  noter,  que 
les  quatre  semences  froides,  néant- 
moins  qu’elles  soient  froides,  sont 
diurétiques, prouoquans  l’vrine  : par- 
tant en  telle  indisposition  ne  conuient 
en  donner  au  patient.  Et  vsera  d’aii- 
mens  froids  et  astrin gens  , qui  engen- 
drent gros  suc,  comme  ris,  orge- 
mondé , et  leurs  semblables  : boira 
eau  froide,  ou  gros  vin  astringent , 
auec  bonne  quantité  d’eau.  Et  sur  les 
reins  et  parties  dediées  à l’viine  , se- 
ront appliquées  choses  fort  froides  et 
narcotiques , prenant  indication  de  la 
. ituation  des  reins  , qui  sont  sous  les 
muscles  lombaires.  Parquoy  tu  dois 
appliquer  les  remedes  plus  froids,  que 
s’ils  estoienl  superficiels.  Donc  tu 
vseras  d’huile  papaueris  albi , ius- 
quiami , opij , seminis  portulacœ , lac- 
lucœ , aceti,  coriicis , mandragorœ, 
et  leurs  semblables,  soit  en  linimens, 
cataplasmes,  et  onguens,  pour  es- 
treindre  la  chaleur  estrange  , et  ro- 
borer  les  parties  affectées. 

Au  contraire  , si  la  cause  vient  du 

' C’est,  a part  le  dernier  paragraphe  qui 
ne  date  que  de  1585,  le  chap.  13  du  Livre 
de  la  suppression  d’vrine. 


froid,  faut  changer  du  tout  les  reme- 
des froids,  tant  par  dedans  que  par 
dehors  : et  vsera  de  viandes  plustost 
rosties  que  bouillies1. 

Ce  remede  est  singulier  : faut  faire 
boire  de  la  ceruelle  de  liéure  , cuite 
et  deslayée  en  vin  clairet,  et  en  don- 
ner à boire  quand  le  malade  ira  cou- 
cher. Oii  remede  a souvent  esté  ap- 
prouué  estre  excellent  pour  ceux  qui 
iettent  l’vrine  inuolontairement. 


1 Ici  finissait  le  chapitre  en  1564,  et  le 
Livre  de  la  suppression  d’vrine  s’y  arrêtait 
également;  toutefois  l’auteur  ajoutait  en  cet 
endroit  une  sorte  d’épilogue  qui  fut  natu- 
rellement retranché  des  œuvres  complètes. 
Le  voici  : 

« Tu  te  contenteras,  amy  Lecteur,  pour 
le  présent,  de  ce  mien  trauail,  et  ne  trou- 
ueras  hors  de  raison  si  ie  te  donne  icy  les 
portraits  de  beaucoup  d’instrumens  apper- 
tenans  à nostre  art,  auec  leurs  noms,  priz  tant 
de  leur  figure  que  de  leur  vsaigc,  et  sont  en 
nombre  63  : lesquels  ie  n’ay  peu  accommo- 
der et  employer  aux  liures  que  maintenant 
i’ay  mis  en  lumière  : mais  ce  sera,  Diev  ai- 
dant, pour  ma  prattique  generale.  Ce  qui 
m’a  meu  les  faire  mettre  à la  fin  de  ces  li- 
ures, ç’a  esté  la  crainte  que  i’auois  qu’ils 
ne  te  fussent  communiquez  estant  perdus 
pour  beaucoup  d’occasions  à quoy  les  cho- 
ses humaines  sont  subiettes.  Et  aussi  le  dé- 
sir que  i’ay  de  seruir  au  public,  ensemble 
de  stimuler  les  autres  à mieux  faire.  Car 
assurément  c’est  chose  misérable  d’vser  des 
choses  incertains,  sans  y adiouster  (s’il  en 
est  besoin)  ce  que  ie  prie  de  faire  toutes 
personnes,  tant  pour  l’vtilité  de  la  républi- 
que que  pour  l’acquit  de  leur  vocation,  fai- 
sants profiter  le  talent  que  üieij  leur  a 
donné.  » 

En  suite  de  quoi  venait  en  effet  la  série 
des  figures  d’instruments  annoncés.  Voyez 
au  reste,  sur  cette  édition,  ce  que  j’ai  dit 
dans  mon  Introduction,  § Bibliographie 
d'A.  Paré. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


5l3 


CHAPITRE  LXV. 

DE  LA  CVRE  DE  STRANG VRIE 1 . 

Pareille  indication  doit  estre  suuie 
pour  les  remedes  de  la  strangurie  : à 
sçauoir,  tirant  iceux  de  la  variété  des 
causes  dont  elle  est  faite.  Car  comme 
ainsi  soit  que  toute  intempérie  peut 
causer  strangurie,  comme  escrit  Ga- 
lien sur  l’Aph.15.  delà  section  3 : cer- 
tes selon  que  sera  le  vice  d’in  tempéra- 
ture, selon  cela  nous  vserons  de  fo- 
mentations contraires  : comme  si  elle 
est  froide,  nous  estimerons  les  parties 
honteuses  de  décoction  de  mauues, 
roses,  origan  , calaraent,  et  sembla- 
bles : puis  lesoindrons  d’huile  laurin. 
de  castoreum,  et  d’autres  de  pareil 
effet  : commanderons  au  malade  de 
boire  de  bon  vin,  et  iceluy  pur  : 
comme  aussi  quand  la  strangurie 
sera  excitée  par  obstruction  de  quel- 
que humeur,  et  sans  froid  , sans  plé- 
thore. Mais  si  elle  vient  de  quelque 
inflammation  auec  pléthore , nous  la 
guarirons  par  la  saignée , comme 
note  Galien  sur  l’Aphor.  48.  de  la 
sect.  7.  Au  reste,  si  tel  mal  vient  d’ob- 
struction de  quelque  chose,  nous  y 
remédierons  par  diurétiques  chauds 
ou  froids  , selon  la  qualité  du  corps 
qui  fera  telle  obstruction. 

Quant  à la  dysurie  , c’est-à-dire , 
difficulté  d’vrine,  nous  n’en  parle- 
rons point  d’auantage  , pour  autant 
que  les  causes  et  remedes  d’icelle  sont 
mesmes  auec  l'iscurie  , c’est-à-dire  , 

1 Ce  chapitre  date  de  1575,  et  termine  ce 
que  Paré  consacrait  dans  ce  livre  aux  réten- 
tions d’urine.  La  partie  véritablement  chi- 
rurgicale de  cette  question,  c’est-à-dire  l’his- 
toire des  rétrécissements,  etc.,  sera  traitée 

plus  loin  au  Livre  de  la  grosse  verolle. 

II. 


suppression  d’vrine,  dont  nous  auons 
parlé  cy  deuant , différant  seulement 
selon  le  plus  ou  moins. 


CHAPITRE  LXV. 

DE  LA  COLIQUE  *. 

S’il  aduient  quelque  obstruction 
ou  autre  accident , que  les  matières 
contenues  aux  boyaux  ne  puissent 
estre  vacuées  par  la  descharge  ordi- 
naire, qui  se  fait  par  le  siégé  : si  le 
vice  est  aux  gresles,  il  s’appelle  vol- 
uulus  ou  iléon  (vulgairement  Miserere 
met)  : mais  s’il  est  aux  gros,  c’est  ce 
que  nous  nommons  proprement  co- 
lique, qui  a pris  son  nom  de  la  partie 
malade  qui  est  colon  , c’est-à-dire  la 
continuité  des  gros  boyaux,  mais 
principalement  en  celuy  que  nous 
nommons  colon.  Pour  cesle  cause  la 
colique  est  deflinie  par  Auicenne, 
douleur  intestinale,  en  laquelle  mal- 
aisément on  rend  ses  excremens  parle 
siégé2.  PaulusÆgineta  réduit  la  cause 
en  quatre  especes  : à sçauoir,  crassi- 
tude  d’humeurs  contenus  entre  les 
tuniques  des  boyaux  , et  esprits  fla- 
tueux  qui  ne  peuuent  sortir):  in- 
flammation des  intestins,  et  humeurs 
acres  et  mordans3.  Mais  pour  mieux 
instruire  le  ieune  chirurgien , nous 
en  parlerons  plus  particulièrement, 
et  dirons  les  causes  et  différences 
estre  plusieurs. 

Et  premièrement  pour  auoir  trop 
vsé  de  viandes  pituiteuses,  venteuses 

1 Ce  chapitre  manque  dans  la  première 
édition,  et  il  a été  ajouté  seulement  en  1S79. 
J’ignore  où  Paré  en  a puisé  l’idée , et  le 
lecteur  pourra  juger  qu’il  ne  valait  guère 
la  peine  de  s’en  enquérir. 

2 Auicen.  liu.  3.  — A.  P. 

3 Liu.  3.  — A.  P. 


33 


5lâ  LE  QVINZIÉME  LIVRE 


et  gluantes,  la  colique  venteuse  est 
procréée,  ou  pour  auoir  mangé  de 
plusieurs  et  diuerses  sortes  de  vian- 
des, en  trop  grande  quantité  (néant- 
moins  qu’elles  fussent  de  bon  suc  ) se 
seroient  engendrées  crudités  et  ob- 
struction, puis  ventosités,  causant 
vne  douleur  lensiue  : ou  pour  auoir 
beaucoup  mangé  de  fruits  cruds,  et 
beü  par  trop  froid  apres  s’eslre  fort 
escbauffé  : car  par  cesle  froideur 
Peslomach  et  les  boyaux  sont  refroi- 
dis, et  les  humeurs  aucunement  con- 
gelés. 

Il  y a une  colique  appellée  néphré- 
tique qui  est  aux  reins,  ainsi  appel- 
lée, parce  que  en  grec  le  rognon  est 
dit  Nephros.  Ceste  colique  procédé 
communément  de  quelque  pierre  ou 
graüier  engendrée  aux  reins  , ou  es- 
tant descendue  aux  pores  vrinaires  : 
alors  le  malade  sent  douleur  à la  han- 
che et  aux  lombes , à cause  qu’elles 
pressent  les  nerfs  qui  naissent  des 
vertebres  des  lombes , lesquels  se  ra- 
mifient autour  de  la  iointure  de  la 
hanche,  et  aux  muscles  des  lombes  et 
de  là  cuisse.  Semblablement  les  pores 
vreteres  (qui  sont  nerfs  caues),et  les 
muscles  suspensoires  pâtissent  : et  est 
aduis  aux  malades  qu’on  leur  tire  en 
haut  les  testicules  d'une  grande  vio- 
lence, auec  douleurs  exlremes  ac- 
compagnées de  grands  vomissemens 
pituiteux  et  bilieux,  et  sueurs  vni- 
uerselles  qui  durent  iusques  à ce  que 
la  pierre  ou  sable  soient  descendus  en 
la  vessie.  Or,  le  Vomissement  vient  à 
cause  que  l’eslomach,  pour  la  conti- 
nuité et  voisinage  qu’il  a auec  les 
intestins,  souffre  pareille  peine  et 
douleur  que  font  les  boyaux  : mesme 
que  l estomach  est  de  semblable  sub- 
stance que  les  boyaux , n’eslans  les- 
dils  boyaux  qu’une  production  de 
l’estomach  : parquoy  quand  Nature 


veut  ietter  ce  qui  est  contenu  contre 
nature  aux  reins,  ou  aux  pores  vri- 
naires, ou  enlre  les  tuniques  des  in- 
testins, ou  au  mezenlere,  ou  au 
pancréas  et  hypochondres  . cause  la 
douleur  coliqueuse,  auec  grandes 
douleurs  et  vomissemens. 

D’auanlage  la  colique  se  fait  par 
intemperature  chaude  et  seiche,  qui 
fait  douleur  poignante  et  mordante, 
desseichant  les  excremens  contenus 
aux  boyaux,  ensemble  les  humidités 
qui  doiuent  rendre  les  boyaux  glis- 
sansetcoulans  : aussi  se  fait  par  vne 
pituite  grosse  et  visqueuse , acre  et 
glülineuse. 

Pareillement  la  colique  se  fait  par 
vne  contorsion,  c’est-à-dire  que  les 
boyaux  s'entortillent  et  tournoyent , 
de  sorte  que  la  matière  fecale  ne  peut 
passer  pour  estre  iettée  hors,  comme 
nous  voyons  euidemment  en  la  des- 
centedesboyauxen  la  bourse  des  testi- 
cules, qu’on  appelle  hargne  intesti- 
nale. Semblablement  parles  vers  qui 
s'entortillent  dedans  le  boyau  colon, 
qu’ils  occupent  ensemble,  retortillent 
et  replient  le  boyau.  Hippocrales, 
liurc  troisième,  des  maladies  traitant 
du  voluulus,  dit  vulgairement  Mise- 
rere mei,  conseille  (apres  avoir  vsé 
de  plusieurs  remedés  ) d’introduire 
du  vent  dedans  le  ventre  auec  vn 
soufflet  qui  sera  mis  au  siégé,  à fin 
de  faire  distendre  ledit  ventre,  et 
deslourner  le  boyau  entortillé. 

Aussi  par  trop  longue  demeure  des 
matières  fecales  contenues  aux  intes- 
tins, qui  sé  fait  par  l’intemperalure 
des  malades,  chaude  et  seiche,  ou 
pour  auoir  voyagé  en  temps  de  gran- 
des chaleurs,  ou  pour  auoir  long- 
temps vsé  de  viandes  trop  seiches.  Vé- 
ritablement ie  connoisdes  personnes 
qui  seront  huit  ou  dix  jours  sans  pou- 
uoir  aller  à leurs  affaires,  et  quand 


OPERATIONS  DE  CIIIRVRGIE. 


ils ÿ vont,  leurs  excremens  sont  secs 
et  durs  comme  crottes  de  chéure  : 
et  tels  sont  fort  suiets  à la  colique 
et  mal  de  teste,  pour  les  vapeurs  qui 
s’esleuent  au  cerueau , voire  que 
telle  chose  est  cause  de  la  mort  des 
malades,  raysouuenanceauoirouuert 
le  corps  mort  d’un  ieune  garçon  aagé 
de  douze  ans,  qui  auoit  entièrement 
tous  les  intestins  remplis  de  matière 
fecale  fort  dure  et  seiche , et  aupa- 
rauant  sa  mort  la  ieltoit  par  la  bou- 
che, qui  fust  cause  le  faire  mourir, 
faute  de  l’auoir  secouru  en  temps 
conuenable. 

Or  voylà  les  causes  et  différences 
de  la  colique , ce  que  i’ai  peu  appren- 
dre des  anciens  et  modernes  méde- 
cins 1 . A présent  il  nous  faut  parler 
des  signes  de  chacune  espece  en 
particulier. 

Les  signes  de  la  colique  néphréti- 
que ou  pierreuse  : c’est  que  la  douleur 
est  fixe , c’est-à-dire  arrestée  en  vn 
lieu,  à l’endroit  des  reins,  ioinl  que 
souuenl  auparauant  le  malade  aura 
ielté  quelque  petite  pierre  ou  sable 
par  ses  vrines  : et  sent  vne  douleur 
à la  hanche  et  aux  testicules,  pour 
les  raisons  cy  dessus  alléguées  : ioint 
aussi  que  le  malade  a vne  extreme  en- 
uie  d’asseller  et  vriuer  , à cause  que 
Nature  s’efforce  mettre  et  ietter  hors 
ce  qui  lui  nuist. 

Les  signes  de  la  venteuse  ; c’est  que 
le  malade  sent  une  grande  douleur 
lensiue , comme  qui  lui  tireroit  et  des- 
chireroit  les  boyaux , auec  bruit  de- 
dans le  ventre,  qu’Hippocrales  a 
couslumc  de  nommer  borborygmes. 
Par  telle  ventosité  quelquefois  les 
boyaux  se  rompent  : ainsi  qu’on  voit 

* L’édition  de  1579  ajoutait  : Ensemble  ce 
que  i’ay  peu  coynoistre  et  apprendre.  Ceci  a été 
retranché  des  1585. 


5 1 5 

à vne  vessie  de  porc  , lorsqu’on  la 
remplit  trop  de  vent , on  voit  les 
fibres  de  ses  tuniques  se  rompre  : et 
quand  cela  aduient , le  malade  meurt 
auec  grands  vomissemens,  ne  pou- 
uant  tenir  aucune  chose  du  boire 
ou  manger , qui  se  fait  à cause  que  les 
boyaux  estant  remplis  de  vents, 
pressent  l’estomach , de  façon  que  les 
alifnens  n’ypeuuent  demeurer  pour 
estre  cuits  et  digérés. 

La  colique  qui  se  fait  par  les  excre- 
mens retenus  : le  patient  sent  vne 
extreme  douleur  et  pesanteur  au  ven- 
tre et  tension  aux  boyaux,  et  lors 
qu’on  presse  sur  le  ventre  on  sent 
grande  dureté,  et  aussi  que  le  malade 
n’a  de  long  temps  esté  à ses  affaires. 

La  colique  qui  est  faite  par  inflam- 
mation bilieuse  : le  malade  sent  vne 
grande  chaleur  et  pulsation  au  mi- 
lieu du  ventre,  à cause  des  veines  et 
arteres  qui  sont  au  pancréas  et  me- 
zentere,et  de  celles  qui  sont  dissémi- 
nées entre  les  tuniques  des  intestins  : 
et  autres  signes  des  inflammations 
qu’on  Irouue  aux  apostemes  causées 
par  inflammation.  Aussi  l’inflamma- 
tion se  fait  à cause  d’vne  pituite  salée, 
acre,  grosse,  et  glutineuse  , qui  no 
peut  estre  iettée  hors  : combien  que 
nature  s’efforce  de  ce  faire  , tant  par 
les  vomissemens  que  par  grandes  es- 
preintes  , auec  difficulté  d’vriner, 
parce  que  la  vessie  est  pressée  pour 
l’inflammation  de  l’intestin  droit , 
pour  l’affinité  et  conionclion  qu’ils 
ont  ensemble. 

La  colique  faite  parce  que  les  loyaux 
sont  cnlors  et  repliés  : le  malade 
sent  vne  extreme  douleur,  à cause 
que  l’intestin  n’est  en  son  lieu  et 
situation  naturelle,  et  aussi  que  la 
matière,  pour  sa  trop  longue  demeu- 
re, acquiert  vne  chaleur  estrange.  Et 
faut  icy  noter  en  passant,  que  toutes 


LE  QVINZIÉME  LIVRE  , 


5l6 

les  .fois  qu’vne  partie  n’est  en  son  lieu 
naturel,  on  sentira  tousiours douleur, 
iusques  à ce  qu’elle  y soit  réduite  : et 
voilà  que  plusieurs  meurent  les  intes- 
tins estant  tombés  ployés  au  scrotum 
par  vne  hargne  , la  matière  fecale  y 
estant  endurcie , accompagnée  de 
ventosités  et  inflammation,  ne  pou- 
uant  estre  remis  dedans  le  ventre,  la 
matière  regorge  par  la  bouche,  et  Fait 
la  maladie  nommée  Miserere  mei.  El 
quant  aux  signes  des  hargnes,  il  n’est 
pointicy  besoin  lesescrire,  parce  qu’il 
en  a esté  suffisamment  parlé  cy- 
deuant,  escriuantdes  hargnes. 

Lesprognoslicsde  la  colique  sont  de 
deux  sortes,  les  vns  bons  , les  autres 
mauuais.  Les  mauuais  se  diuisent  en 
deux,  à sçauoir,  en  ceux  qui  sont  dan- 
géreux,  et  en  ceux  qui  sont  mortels  : 
les  bonis  sont,  selon  Auicenne  ‘,  quand 
la  douleur  n’est  pas  pas  fixe,  c’est-à- 
dire,  arrestée  en  vn  lieu,  et  aussi  que 
les  matières  ne  sont  du  tout  retenues. 

Les  signes  mauuais  auec  danger  de 
mort,  sont  extremes  douleurs,  vomis- 
semens  continuels , sueur  froide  , et 
les  extrémités2,  qui  se  font  parce  que 
le  sang  et  les  esprits  se  retirent  au 
dedans  du  corps  : hocquet  continuel, 
qui  se  fait  par  la  sympathie  et  conti- 
nuité des  intestins  à l’estomach  : alie- 
nation d’esprit  par  communication  de 
J’estomach  au  cerueau,  et  par  consé- 
quent conuulsion  par  transport  aux 
nerfs. 

Hippocrates  dit  que  les  tranchées 
et  douleurs  du  nombril,  qui  ne  s’ap- 
paisent  ny  par  saignée  ny  purgation, 

» Lin  3.  —A.  P. 

2 J’ai  respecté  le  texte,  attendu  qu’il  est  le 
même  dans  toutes  les  éditions  ; mais  il  faut 
évidemment  lire  : le  refroidissement  des  ex- 
trémités. Le  traducteur  latin  a mis  : extremi- 
loium  refrigeratio. 


se  terminent  en  hydropisie  seiche!, 
c’est-à-dire  en  tympanite  L 

La  cure  sera  diuersifiée  selon  les 
especes  et  différences  : car  celle  qui 
prouient  de  la  pierre  ou  sable,  se  doit 
curer  par  les  retnedes  propres  aux 
néphrétiques  : aussi  celle  qui  est  faite 
par  la  hargne,  par  la  reposilion  de 
l’intestin  : et  celle  qui  est  faite  par  le 
vice  des  vers , par  medicamens  pro- 
pres à iceux  , à sçauoir,  par  potions 
amerespour  les  faire  mourir,  et  prin- 
cipalement s'ils  sont  au-dessus  du 
nombril,  faites  derheubarbe  infuse  en 
eau  d’absinthe,  et  autres  choses  pro- 
pres à tuer  les  vers  : et  s’ils  sont  au- 
dessous  du  nombril , par  clysteres 
faits  de  choses  douces,  à fin  de  les  faire 
descendre  et  sortir  par  le  siégé.  Si  elle 
est  causée  par  débilitation  et  réfrigé- 
ration des  intestins  et  de  l’estomach, 
ils  seront  roborés,  tant  par  bons  ali- 
inens  que  par  application  de  choses 
chaudes  sur  l’estomach  et  sur  le  ven- 
tre, et  par  iniections  des  clysteres. 

La  colique  qui  est  faite  de  pituite 
visqueuse  et  de  ventosités,  se  com- 
mencera premièrement  à seder  la 
douleur,  parce  qu’il  n’y  a chose  qui 
prosterne  et  abat  plus  les  vertus 
que  fait  douleur.  Et  les  tranchées  sont 
causées  de  gros  phlegmes  visqueux, 
et  de  ventosités , lesquelles  enflent  et 
font  tension  aux  intestins  : aussi  que 
tels  phlegmes  ne  peuuent  entrer  des 
orifices  des  veines  mezaraïques  de- 
dansles  boyaux  sans  donner  des  tran- 
chées et  extorsions.  Exemple  : Nous 
voyons  des  phlegmes  fort  espais  iet- 
tés  par  les  selles  descoliqueux,  qui  ne 
peuuent  venir  de  l’estomach , ny  du 
dedans  des  boyaux,  attendu  que  plu- 
sieu rs  v omissemens  et  assellalions  ont 
précédé,  et  n’eussent  peu  tant  seiour- 

1 Apho.  du  lin.  4.  — A.  P. 


OPERATIONS  DE  CH1RVRG1E. 


lier  là.  11  faut  donc  conclure  qu’ils 
viennent  d’ailleurs  , lesquels  faut 
qu’ils  passent  par  les  orifices  des  vei- 
nes mezaraïques , non  sans  faire 
grande  douleur  : neantmoins  qu’ils 
n'y  passent  aussi  gros  que  nous  les 
voyons  par  les  selles,  car  ils  filent  dé- 
liés au  sortir,  et  depuis  se  ramassent 
et  espaississent  comme  glaire  d’œufs1. 
Et  partant  il  faut  faire  des  bains 
et  demy-bains , fomentations,  où  il 
y entre  mauues , guimauues , vio- 
liers , pouliot,  fenoil  , origan,  semen- 
ces de  lin  , fœnugrec,  fleurs  de 
camomille,  melilot,  et  autres  sembla- 
bles , qui  ayent  faculté  d’escbauffer, 
seicher,  atténuer  et  raréfier  le  cuir,  à 
fin  que  les  vens  soient  dissipés  : et  doi- 
uent  tousiours  estre  actuellement  te- 
nus chauds  sur  le  ventre.  Et  pour  les 
remedes  topiques  et  particuliers , on 
frottera  tout  le  ventre  d’huile  de 
camomille  , d’anet , beurre  frais , de 
chacun  vne  once,  semence  d’apion  et 
petroselinum , galanga  , de  chacun 
demie  dragme  , et  vn  peu  d’eau-de- 
vie  , et  huile  de  sauge,  et  de  thym  , 
extraites  par  quinte-essence  : ces  re- 
medes fondent  ces  grosses  humeurs , 
et  les  font  couler  plus  facilement. 

Autre  de  Houlier,  qui  afferme  ce 
Uniment  estre  fort  excellent  et  bien 
approuué : 

if.  Olei  rutæ  et  nardiana  3.  vj 

Galbani  cumaqua  vitæ  dissoluli  5.  ij. 
Liquéfiant  simul,  adde: 

Zibet.  g . iiij. 

Croci  g . vj. 

Fiat  liniroentum. 

Semblablement  seront  appliquéssa- 
chets,  où  il  y aura  du  mil , ou  de  l’a- 
uoiue , du  sel , fricassés  en  vne  poile 

1 Tout  ce  passage  depuis  ces  mots  : Et  les 
tranchées,  a été  ajouté  en  15S5. 


auec  vn  peu  de  vin  blanc,  puis  appli- 
qués tout  chauds  sur  le  ventre  et 
sur  les  hanches , et  renouuellés  lors 
qu’ils  se  refroidiront  : en  lieu  de  sa- 
chets , on  pourra  mettre  des  vessies 
de  bœuf,  demies  pleines  d’vne  décoc- 
tion d’herbes  resolutiues  , comme 
sauge,  romarin,  thym,  lauande,  bayes 
de  laurier,  et  autres  semblables. 

Cela  fait,  on  baillera  clystere  tel 
qui  s’ensuit  : 

if.  Quatuor  remollitiuorum  ana  in.  j. 

Origani,  pulegi,  calami,  ana  m.  û . 

Anisi,  carui,  ana  3.  j. 

Florum  ancthi  p.  j. 

Fiat  decoctio  in  hydromeli.  ad  Ib.  j.  In  qua 
dissolue  : 

Benedict.  laxat.  mellis  anlhos.  sacchari 
rubri  ana  g . j. 

Olei  anethi  et  camomill.  ana  §.  G. 

De  ce  soyent  faits  clysteres  pour 
deux  iniections  , à raison  que  les 
boyaux  estans  remplis,  ne  peuuent  re- 
ceuoir  grande  quantité  de  décoction. 

Autre  excellent  bien  approuué. 

if.  Vini  maluatici',  et  olei  nucis,  ana  § . iij. 

Aquæ  vitæ  § . j. 

Olei  iuniperi,  vcl  olei  ruthæ  3.  iij. 

Fiat  clysterium. 

Et  sera  baillé  le  plus  chaud  qu’il 
sera  possible , toutesfois  sans  brusler 
le  malade  : et  faut  que  l’huile  de  ge- 
néure  , ou  de  rue , soyent  extraites 
par  quinte-essence.  le  proteste  en 
auoir  soutient  vsé  moy-mesme  auec 
heureuse  issue , quasi  comme  chose 
miraculeuse  à seder  promptement 
vne  vehemenle  douleur  causée  de 
ventosités,  et  de  matières  crues  et  vis- 
queuses. 

Auicenne  ordonne  clystere  carmi- 
nalif , composé  d’hysope  , origan  , 
achor,  semence  d’anis,  cyperi,  calam. 


5l8  LE  QVIJtfZIEME  LIVRE 


aromat.,  et  autres  semblables  choses 
chaudes. 

Le  malade  doit  vser  de  bonnes 
viandes  et  faciles  à digerer,  el  bouil- 
lons ausquels  seront  mis  moyeux 
d’œuls,  saffran,  fines  herbes,  et  bon- 
nes espices  de  muguetle,  et  clou  de 
girofle  : et  boire  de  bon  vin  genereux, 
ou  maluoisie , ou  hypocras  fait  de 
bon  vin  , à fin  d’eschauffer  l’estomac 
et  les  intestins  : par-ce  que  toute  fla- 
tuosité prouient  de  chaleur  debile, 
comme  escrit  Galien  1 : partant  il  faut 
vser  de  toutes  choses  chaudes. 

D’auantage  si  la  douleur  persiste, 
il  faut  appliquer  vne  assez  grande 
ventouse  sur  le  nombril  : car  elle 
dissipe  les  vents.  Galien  dit2,  que  la 
ventouse  est  si  admirable  contre  les 
flatueuses  douleurs,  qu’il  semble  es- 
tre  vn  enchantement , parce  qu’elle 
les  appaise  promptement , à cause 
qu’elle  dissipe  et  consomme  les  vents. 
Aussi  il  ne  faut  oublier  à bien  fort 
serrer  le  ventre,  auecques  fortes  et 
larges  bandes , à fin  de  pousser  les 
ventosités  hors,  etroborer  les  boyaux: 
ce  que  les  malades  mesmes  nous 
monstrent,  parce  qu’ils  se  pressent  le 
ventre  auec  leurs  mains,  et  mettent 
la  teste  entre  les  genoux.  Et  si  la  dou- 
leur persiste,  nous  vserons  de  reme- 
des  qui  opèrent  par  propriété  occulte, 
comme  intestinum  lupi,  resiccatum, 
duquel  puluerisé  on  donnera  à boire 
vne  dragme  auec  du  vin  blanc. 

La  colique  bilieuse  est  celle  qui 
prouient  d’inflammation,  laquelle  de- 
mande remedes  contraires  à celle  qui 
est  faite  de  ventosités  et  de  crudités. 
Le  premier  est  la  saignée , régime  de 
viure  réfrigérant  : Potions  de  calho- 
licum,  casse , dissouls  en  eau  d orge  : 
Çlysteres  relrigerans,  ausquels  seront 

> De  symptom.  causis.  — A.  P. 

* Au  dernier  chap.  de  la  Méthode.  —A.  P. 


casse  , catholicum  , dissouts  en  eau 
d’orge.  En  la  grande  douleur,  Aui 
cenne  ordonne  les  narcotiques,  pour- 
ce  qu’ils  sent  froids  : ils  contrarient  à 
la  cause  de  la  maladie  qui  est  chaude 
et  seiche,  comme  sont  les  pilules  de 
Plutonium,  ou  de  hiere  picre  la  quan- 
tité de  5 ifij.  opij  et  croci  ana  gran.  j. 
fiant  pi  ulœ  cum  vino.  Aussi  les  bains 
faits  d'eau  douce , ausquels  seront 
mises  mauues,  guimauues,  violiers, 
fleurs  de  nénuphar,  laitues,  pourpié, 
et  autres  semblables  refrigerans,  à 
fin  de  corriger  l’acrimonie  des  hu- 
meurs chaudes  causans  la  maladie. 

Celle  qui  est  faite  d’vnepiluile  sal- 
lée,  acre,  grosse,  et  glutineuse,  il  faut 
premièrement  atténuer  l’humeur  , 
puis  le  fondre  et  l’attirer:  qui  se  fera 
par  remedes  chauds , pris  tant  par  la 
bouche  que  par  çlysteres,  et  applica- 
tions extérieures  qui  serontordonnées 
par  le  docte  médecin. 

Cure  de  la  colique  faite  par  reientiondes 
excremenls,  et  des  replis  des  boyaux. 

En  icelle  , Auicenne  recommande 
les  alimens  qui  ont  vertu  d’amollir  le 
ventre , comme  toutes  especes  de 
bouillons  humides,  et  entre  autres 
celuy  qui  est  fait  d’vn  vieil  coq,  qu’on 
aura  fait  courir  long-temps , puis 
battu,  et  le  faire  cuire  auec  anet  et 
polypode,  el  quelque  peu  de  sel,  ius- 
ques  à ce  que  telle  substance  se  re- 
soude en  eau.  Faudra  pareillement 
vser  de  çlysteres  delersifs,  à quoy  le 
mesme  aulheur  se  sert  de  çestuy  cy  : 

If.  Bctæ  m.  j. 

Furfuris  p.  j. 

Ficuum  numéro  x. 

Allbææ  m.  j. 

Fiat  decoct.  ad  Ib.j.  in  qua  dissolue: 

Ni  tri  et  muriæ  ana  3.  ij. 

Sacchari  rub.  § . j. 

OleFsesam.  §.  ij. 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


Et  si  l’obstruction  est  trop  contu- 
mace, il  en  faut  vser  de  plus  forts, 
ausquels  on  mettra  du  cyclamen  et 
de  la  centaure,  et  de  la  biere  diacolo- 
cin.  ad  3 ij. 

Et  si  encore  pour  toutes  ces  choses 
le  malade  n’est  allégé,  et  qu’il  jette 
sa  matière  fecale  par  la  bouche , Ma- 
rianus  Sanctus , homme  fort  expéri- 
menté en  la  medecine  et  chirurgie, 
dit  auoir  veu  plusieurs  qui  estoient 
eschappés  de  l’iliaque  passion  (mala- 
die mortelle  ) en  prenant  trois  liures 
d'argent  - vif , auec  de  l’eau  sim- 
plement : ce  qui  aduient , d’autant 
que  par  sa  ponderosilé  destourne 
l'intestin  , qui  esloit  entors  et  replié , 
et  pousse  la  matière  fecale  en  bas,  et 
fait  mourir  les  vers  qui  pourroient 
auoir  causé  ladite  contorsion  *. 

Maistre  Jean  de  Saint  - Germain  , 
apoticaire  à Paris,  homme  bien  ac- 
compli en  son  art,  m’a  affermé  auoir 
pensé  vn  gentilhomme  ayant  la  co- 
lique accompagnée  d’exlremes  dou- 
leurs, et  pour  s’en  deffaire,  auoit  pris 
plusieurs  clyslcres,  et  autres  choses 
ordon  nées  par  doctes  médecins:  neanl- 
moins  tout  cela,  sa  douleur  ne  cessoit 
point.  Il  suruint  vn  Allemand  , son 
amy,  qui  lui  conseilla  boire  trois  on- 
ces d’huile  d’amandes  douces  tirée 
sans  feu  , mixlionnée  auec  du  vin 
blanc , et  eau  de  paritoire  : ce  qu'il 
fit,  puis  tost  apres  luy  fit  aualler  vne 
balle  d harquebuse  faite  de  plomb, 
frottée  et  blanchie  de  vif  argeni  (à 
fin  qu’ellecoulasl  mieux)  où  bien  tost 
apres  les  jetta  par  le  siégé,  el  quant 
çtquanlsa  douleur  fut  du  tout  cessée. 

Telle  chose  peut  aider  grandement 
à la  colique  venteuse.  En  la  colique 

1 Marianus  Sanctus.  — Lib.  de  casu  et 
offensione.  — A.  P.  — Je  ne  connais  pas  ce 

livre. 


£19 

l’estomac  souffre,  et  partant,  aucuns 
disent  auoir  la  colique  d’estomach. 


CHAPITRE  LXVI. 

QUE  C’EST  QUE  SAIGNÉE1. 

Phlébotomie  est  incision  de  veine 
euacuant  le  sang  auec  les  autres  hu- 
meurs, comme  l’incision  de  l’artere 
est  dite  artériotomie. 

Le  premier  scope  de  la  phléboto- 
mie, est  euacuer  le  sang  péchant  en 
quantité  : combien  aussi  que  souuent 
on  se  propose  de  tirer  le  sang  qui 
peche  en  qualité,  ou  tous  les  deux 
ensemble.  La  quantité  ou  replelion 
s’entend  en  deux  maniérés  : l’vne, 
quant  à la  vertu, jaçoil  que  les  veines 
ne  se  montrent  trop  pleines,  qui  rend 
soudain  les  hommes  foiblesetdebiles, 
Nature  ne  pouuant  porter  vn  tel  faix 
ou  pesanteur  : l’autre  maniéré  de  re- 
plelion se  prend  quant  aux  vaisseaux 
quiconliennentlesang,  et  se  rapporte 
à l’abondance  d’iceluy,  encore  que  la 
vertu  le  comporte  sans  aucun  ennuy. 
En  cesle  replelion  les  veines  souuent 
se  rompent , et  le  malade  crache  le 
sang,  ou  bien  il  sort  par  quelque  au- 
tre partie  du  corps,  comme  par  le 
nez,  par  la  bouche  en  vomissant,  par 
la  matrice  aux  femmes,  par  les  ron- 
gnons,  de  façon  que  l’on  pisse  le  sang 
t ut  pur,  ou  par  les  hémorroïdes, 
ou  quelques  veines  variqueuses , ou 
sans  eslre  variqueuses.  La  replelion 
qui  se  fait  quant  à la  vertu  , se  con- 
noisl  par  1a  pesanteur  et  lassitude  de 
tout  le  corps.  La  replelion  quant  aux 
vaisseaux,  se  connoist  par  l’extension 
d’iceux , et  qu’ils  apparoissent  fort 

1 Ce  chapitre  et  les  suivants  ont  la  date 
commune  de  1575. 


LE  QVINZIÉME  LIVRE, 


5ao 

pleins  : et  l’vne  et  l’autre  repletion  a 
besoin  d’euacuation  *. 

D’auantage  , pour  cinq  intentions 
on  fait  la  phlebolomie.  La  première 
est  pour  euacuer  l’abondance  du  sang 
et  des  humeurs , comme  és  pléthori- 
ques , et  à ceux  qui  sont  vexés  de 
quelque  passion  sans  pléthore,  comme 
pour  quelque  inflammation.  La  se- 
conde est  pour  détourner  et  diuertir, 
ce  que  l’on  appelle  reuulsion  : comme 
lors  qu’il  suruient  vn  flux  de  sang 
par  la  narille  senestre,  on  doit  faire 
la  saignée  au  costé  dextre,  et  ainsi  au 
contraire.  La  troisième  est  pour  at- 
tirer , comme  lors  que  nous  voulons 
prouoquer  les  mois  des  femmes,  nous 
ouurons  les  veines  saphenes  aux  mal- 
léoles. La  quatrième  est  pour  altérer, 
comme  nous  saignons  és  fiéures  ai- 
guës, à fin  d’euacuer  le  sang  bouil- 
lant , et  refroidir  ce  qui  reste.  La  cin- 
quième est  pour  preseruer  , comme 
nous  phlebotomons  au  printemps  et 
automne,  ceux  qui  sont  disposés  à 
cracher  le  sang,  ou  suiets  àsquinance, 
pleuresie,  epilepsie,  apoplexie,  gout- 
tes, et  à d’autres  indispositions  : aussi 
és  playes  nous  saignons  pour  euiter 
le  phlegmon. 

Auant  que  saigner  on  doit  considé- 
rer si  les  excremens  du  ventre  ont 
esté  retenus  long  temps  dans  les 
boyaux  , et  si  ainsi  est , les  faut  pre- 
mièrement vuider  auec  clysteres  gra- 
cieux, ou  suppositoires , ou  noüets, 
à fin  que  les  veines  mesaraïques  ne 
tirent  des  boyaux  quelque  substance 
putride. 

On  ne  doit  saigner  les  vieils  ( si  ce 
n’est  en  vne  nécessité  ) pour  crainte 

» Toute  cette  dissertation  sur  les  deux 
repliions  ad  vires  et  ad  vasa  est  de  Paul 
d’Egine,  liv.vi.ch  40,  et  copiée  presque  mot 
à mot  de  la  traduction  de  Dalechamps. 


de  la  diminution  de  leur  chaleur  na- 
turelle , et  desiccation  de  leur  sub- 
stance : pareillement  ny  les  ieunes 
enfans , pour  crainte  de  trop  grande 
resolution  de  leur  habitude  faite  par 
l’abondance  de  leur  chaleur  natu- 
relle : à raison  de  la  rarité  de  l’habi- 
tude de  leurs  corps , aussi  de  la  mol- 
lesse et  délicatesse  de  leur  substance. 

La  quantité  du  sang  que  l’on  tire 
se  mesure  à la  force  de  la  vertu  et  à 
la  grandeur  de  la  maladie.  Si  le  ma- 
lade est  debile,  et  que  la  maladie 
demande  grande  euacuation , on  fera 
la  saignée  à deux  ou  trois  fois,  et 
quelques  iours  interposés. 

Pour  vne  grande  douleur  de  teste 
qui  est  en  la  partie  postérieure , nous 
incisons  les  veines  du  front,  et  pre- 
mièrement nous  fomentons  la  partie 
auec  eau  chaude  pour  amollir  lecuir, 
et  attirer  d’auantage  de  sang  dans  les 
vaisseaux. 

Aux  squinances,  on  ouurira  les 
veines  au  trauers  qui  sont  sous  la 
langue  , sans  aucunement  lier  le  col, 
de  peur  de  suffoquer  le  malade. 

A toutes  affections  ou  maladies  qui 
ostenl  l’haleine  et  nous  estranglent , 
et  à celles  qui  soudain  font  perdre  la 
parolle,  la  phlébotomie  est  neces- 
saire : aussi  à toutes  grandes  contu- 
sions des  parties  internes  ou  exter- 
nes, comme  est  tomber  de  haut , ou 
auoir  receu  quelque  coup  orbe,  en- 
cores  que  la  vertu  fust  debile , et  que 
le  sang  ne  pechast  ny  en  quantité 
ny  qualité , il  faut  faire  la  saignée  : 
pareillement  en  apoplexie,  squi- 
uance,  pleuresie,  fiéures  ardentes. 
Aussi  si  le  malade,  apres  s’estre  pré- 
cipité, vomist  le  sang,  soudain  luy 
faut  ouurir  la  veine  : autrement  le 
sang  se  pourrait  cailler,  si  on  le  laisse 
reposer  et  refroidir. 

Il  ne  faut  saigner  le  malade  en  la 


OPERATIONS  DE  CHIRVRGIE. 


vigueur  de  la  fiéure  *.  Or  si  la  fiéure 
ne  oroist  plus , et  aussi  ne  decroist 
point , et  n’esperons  aucune  déclina- 
tion d’icelle , en  tel  cas  il  ne  faut 
perdre  ceste  seule  occasion  de  la  sai- 
gnée , encore  qu’elle  soit  pire  qu’en 
la  déclination  de  l’accès. 

Quelques-vns  débattent  que  le  sang 
doit  estre  tiré  au  plus  loin  qu’il  est 
possible  du  lieu  où  il  fait  le  mal , et  y 
cause  inflammation , et  que  par  ce 
moyen  le  cours  des  humeurs  est  des- 
tourné : le  faisant  autrement , que 
Ion  attire  à la  partie  malade  ce  qui 
le  charge  et  offense.  Ceste  opinion  est 
fausse  : car  la  saignée  vuide  et  euacue 
premièrement  le  lieu  le  plus  pro- 
chain 2.  Car  i’ay  souuentesfois  ouuert 
les  veines  et  arteres  du  mesme  lieu , 
comme  à la  chiragre  et  podagre,  les 
veines  du  pied  ou  de  la  main , et  à la 
migraine  les  arteres  et  veines  des 
temples  : et  par  ceste  euacuationjde 
sang  qui  estoit  Hué  auec  le  virus 
arthritique  , et  les  esprits  bouillants 
qui  estoient  euacués . la  douleur  sou- 
dain s’appaisoit  : ce  que  i’ay  fait  plu- 
sieurs fois  auec  bonne  et  heureuse 
issue.  Ainsi  Galien  commande  inciser 
les  arteres  des  temples  pour  la  fluxion 
des  yeux , et  pour  vne  douleur  de 
teste  inueterée  , ou  pour  vne  mi- 
graine3 ce  que  i’ay  fait  plusieurs  fois 
auec  bon  succès4. 

‘L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : et  qui  le 
feroit,  seroit  luy  couper  la  gorge. 

' Il  s’agit  ici  de  la  grande  question  de  la 
révulsion  soulevée  par  Brissot  au  commen- 
cement du  xvie  siècle  , et  résolue  contre  les 
Arabes  à l’époque  d’A.  Paré.  Celui-ci  repré- 
sente donc  en  cet  endroit  l’opinion  victo- 
rieuse. 

5 Gai.  13.  Met.,  chap.  dern.  — A.  P. 

•*  Paré  ne  décrira  pas  ici  la  manière  de 
faire  l’artériotomie  : mais  il  en  a donné  une 
description  excellente  pour  l'époque  dans 
son  chapitre  de  la  migraine,  en  racontant 


5*i  i 


CHAPITRE  LXVII. 

LE  MOYEN  DE  BIEN  FAIRE  LA  SAIGNÉE. 

Maintenant  ie  te  veux  donner  le 
moyen  de  bien  faire  la  saignée. 

Premièrement  faut  bien  situer  le 
malade  , à sçauoir,  s’il  estfoible,  sera 
saigné  dedans  le  lict  : et  si  les  vertus 
sont  fortes,  sera  assis  dans  vne  chaire, 
situé  de  maniéré  que  le  iour  donne 
droit  au  lieu  où  l’on  voudra  inciser  le 
vaisseau. 

Cela  fait , le  chirurgien  frottera  la 
partie  auec  sa  main  ou  linge  chaud  , 
à fin  d’attirer  le  sang  au  vaisseau  : 
puis  fera  vne  ligature  vn  peu  au  des- 
sus dudit  vaisseau  qu’il  voudra  ou- 
urir,  et  r’enuoyera  le  sang  des  par- 
ties inferieures  vers  la  ligature  : et 
empoignera  le  bras  du  malade  auec 
sa  main  senestre,  si  c’est  le  bras 
droit  : et  si  c’est  du  bras  senestre  , le 
prendra  de  la  dextre,  mettant  le  pouce 
un  peu  plus  bas  que  le  vaisseau  à fin 
qu’il  le  tienne , et  ne  vacille  çà  et  là  , 
et  le  faire  esleuer  à cause  du  sang  qui 
aura  esté  enuoyé.  Cela  fait , de  son 
ongle  marquera  le  cuir  qui  sera  sus 
la  veine,  à l’endroit  où  il  la  voudra 
inciser  : puis  subit  prendra  vne  petite 
goutte  d’huile  ou  de  beurre  frais , et 
frottera  le  lieu  marqué  par  l’ongle , à 
fin  de  rendre  le  cuir  plus  lice  et  l’a- 
mollir, et  par  ce  moyen  sera  plus  fa- 
cile à couperet  fera  moindre  douleur 
au  malade  , à raison  que  la  lancette 
entrera  plus  doucement.  Or  le  chirur- 
gien tiendra  sa  lancette  du  pouce  et 
de  l’index  , non  trop  loing  ny  trop 
pi  es  de  la  pointe,  et  de  ses  trois  autres 
doigts  s’appuyera  contre  la  partie  : 

l’observation  du  prince  de  la  Roche-sur- 
Yon.  Voyez  ci-devant  page  411.  Il  revien- 
dra sur  ce  sujet  dans  sa  grande  Apologie  eu 
défendant  son  procédé. 


522 


LE  QVINZIÉME  LIVRE , 


et  d’abondant  mettra  les  deux  doigts 
susdits,  desquels  il  tient  la  lancette, 
sus  le  pouce,  pour  auoir  d’auantage 
sa  main  ferme  et  non  tremblante  : 
alors  fera  incision  vn  peu  oblique- 
ment au  corps  du  vaisseau,  qui  soit 
moyenne,  non  trop  grande  ny  trop 
petite  selon  le  corps  du  vaisseau  , et 
le  sang  gros  et  subtil  que  l'on  aura 
coniecluréy  estre  contenu  Elsefaut 
garder  de  toucher  l’artere  qui  est 
souuent  couchée  sous  la  basilique , et 
sous  la  médiane  vn  nerf,  ou  le  ten- 
don du  biceps  : et  quant  à la  veine 
céphalique,  il  n’y  a aucun  danger  >. 

Il  sera  tiré  du  sang  selon  qu’il  sera 
besoin  , puis  déféra  la  ligature,  et  en 
fera  vne  autre  sur  le  corps  de  la 
veine,  pour  arresler  le  sang  aucc  vne 
petite  compresse  : et  la  ligature  ne 
sera  trop  lasche  ny  trop  serrée,  de 
façon  que  le  malade  pourra  plier  le 
bras  à son  aise.  Et  pour  la  faire 
comme  il  appartient,  faudra  à l’heure 
que  Ion  la  voudra  faire,  commander 
au  malade  de  plier  le  bras  : car  si  on 
le  bandoit  estant  droit , il  ne  le  pour- 
roit  apres  plier,  ainsi  qu’il  a esté  dit 
cy  dessus.  Ce  qui  se  fera  auec  vne 
telle  lancette  : 


Lancette  pour  Paire  les  saignées  \ 


' C’était  peut-être  ici  le  lieu  de 
rappeler  la  piqûre  du  nerf  dans 
uncsaignée  faite  àCharles  IX.  Paré 
en  a parlé  dans  un  chapitre  spécial 
du  livre  vm.  Voyez  ci-devant, 
page  115. 

* La  figure  de  celle  lancette  avait 
paru  pour  la  première  fois  dans 
la  Melliode  de  traiter  les  plages  de 
la  teste,  1501 , fol.  156,  verso  : avec 
cette  annotai  on  : 

Vue  lancette  de  laquelle  feras  les 
scarifications  glustosl  qu'auec  vn  ra- 
soir, d’autant  qu’elle  coupe  plus  sub- 
tilement, et  il  moins  de  douleur. 

Plus  tard,  en  1564,  l’auteur  re- 
produisait la  même  figure  à côté 


CHAPITRE  LXVIII. 

DES  VENTOVSES  *. 

Ventousps  est  vn  vaisseau  ventru 
qu’on  applique  sur  le  corps  pour  atti- 
rer violenlement.  Il  y en  a de  cuiure, 
de  corne,  de  verre,  de  bois,  de  terre , 
d’or  et  d’argent  : les  vnes  sont  gran- 
des, autres  petites  (appelées  petits 
cornets) les  autres  moyennes.  Et  s’il 
aduient  qu’on  ne  trouuast  des  ven- 
touses , on  se  peut  aider  d’vn  verre 
ou  gobelet, ou  d'vnpetitpot  de  terre. 
Elles  sont  grandes  ou  petites  , selon 
la  diuersitédes  parties  où  elles  set  ont 
appliquées.  Or  celles  qui  ont  l’embou- 
clicure  estroile  et  qui  sontlonguetles 
tirent  de  plus  loing.  On  met  dedans 
des  eslouppes  ou  chandelles  de  cire 
allumées  au  cul  d’icelles.  Les  petits 
cornets  sont  appliqués  les  ayant 
trempés  en  eau  chaude  , et  apres 
qu’on  les  a vn  peu  escliauffés  à la 
flamme  d’vue  chandelle,  ou  de  lampe 
ayant  grande  flamme:  ou  par  succer 
auec  la  bouche. 

On  applique  les  ventouses  lors  que 
Ion  veut  faire  vacualion  de  quelque 
matière  coniointe  en  vne  partie,  prin- 
cipalement quand  elles  sont  auec  sca- 

du  bistouri  courbe , avec  ce  titre  nouveau  •• 

Lancettes  courbées  et  toutes  droites  propres 
à saigner  et  à ouurir  apostemes  et  faire  autres 
incisions. 

Enfin,  elle  a été  reportée  à ce  chapitre  à 
la  date  du  chapitre  même,  c’est-à-dire  en 
1575. 

' Ce  chapitre,  comme  le  précédent,  date 
de  1575;  toutefois,  le  premier  paragraphe 
n’y  a été  ajouté  qu’en  1585.  Il  a été  en 
grande  partie  emprunté  aux  annotations  de 
Dalecbamps  sur  le  41e  chap.  de  Paul  d’E- 
gine , chir.  frattçoise  , p.  231  et  suiv. 


OPERATIONS  DE  CH1RVRGIE. 


rification,  et  sont  aussi  appliquées 
pour  faire  reuulsion  et  deriuation  en 
quelque  partie,  comme  pour  la  de- 
fluxion  qui  se  fait  aux  yeux. 

On  les  applique  sur  les  espaules 
auec  grandes  flammes  : car  par  ce 
moyen  font  plus  grande  attraction. 

Pareillement  aussi  sous  les  mamel- 
les des  femmes  pour  faire  reuulsion 
de  leurs  mois, quand  ils  fluent  trop, 
et  sont  trop  pareillement  appliquées 
aux  plats  des  cuisses,  quand  ils  ne 
coulent  assez  : aussi  aux  morsures 
des  bestes  veneneuses,  et  bubons  , et 
charbons  pestiférés , pour  attirer  le 
venin  du  dedans  au  dehors. 

Cornélius  Celsus  veut  que  l’on  ap- 
plique la  ventouse  sus  la  partie  do- 
lente que  nous  prétendons  guarir, 
en  faisant  euacualion  du  sang  et  es- 
prits üatueux  imprimés  en  quelque 
partie. 

Les  ventouses  s’appliquent  sus  le 
nombril  pour  résoudre  vue  grosse 
ventosité  enfermée  en  nos  boyaux, 
ou  en  quelque  autre  spaciosilé,  comme 
entre  quelque  autre  membrane  des 
muscles  de  l’epigastre,  qui  causent 
colique.  Aussi  sont  appliquées  sur  le 
flanc  dextre  ou  senestre,  quand  au 
foye  ou  en  la  râtelle  il  y a tension 
douloureuse  faite  des  ventosités  , ou 
qu’il  y hémorrhagie  par  le  nez. On  les 
applique  aussi  sus  les  reins  et  sus  le 
ventre,  à l’endroit  où  sont  situés  les 
vreteres,  pour  faire  descendre  la 
pierre  à la  vessie , et  sont  appliquées 
plus  grandes  ou  plus  petites,  selon  la 
nécessité. 

D'auantage  tu  vseras  des  cornets 
comme  des  susdites  ventouses,  és 
lieux  esquels  les  ventouses  ne  peu- 
nent  eslre  , pour  leur  grandeur,  ap- 
pliquées : desquelles  t’ay  voulu  don- 
ner le  portrait. 


5a3 

Ventouses  de  diuerse  grandeur,  ayons  de  pe- 
tits trous,  lesquels  seront  bouschés  de  cire 
lors  qu'elles  seront  appliquées  : et  quand  on 
les  voudra  osier,  on  leur  donnera  vent  pur 
iceux  *. 


Cornets  de  plusieurs  sortes,  auec  les  flammctles 
et  lancette  propre  pour  faire  les  scarifications  \ 


i'-  ' Paré  avait  fait  figurer  sous  ce  titre  qua- 
tre ventouses  exactement  semblables,  si  ce 
n’est  qu’elles  étaient  rte  diverse  grandeur; 
il  m’a  paru  dès  lors  suffisant  d’en  donner 
une,  d’autant  p us  qu’aucune  des  figures 
originales  n’était  de  grandeur  naturelle. 

Ces  premières  ventouses  avaient  été  figu- 
rées d’abord  dans  le  traité  des  Playes  de  la 
teste,  en  150/,  fol.  150,  verso;  puis,  en 
1504,  dans  les  Dix  liures  de  chirurgie, 
page  102. 

2 Ici  surtout  Paré  avait  multiplié  les  fi- 


5a4  LE  qvinziéme  livre 


Cornels  qui  attirent  sans  Jeu,  mais  par  le  be 
nejice  de  la  bouche,  en  retirant  son  ha- 
leine '. 


CHAPITRE  LXIX. 

DES  SANGSVES,  ET  LE  MOYEN  D’EN  VSËR2. 

La  sangsue  est  vn  ver  aquatique, 
de  figure  d’vn  ver  de  terre.  Au  bout 
où  est  la  teste , elle  a vn  trou  rond 
comme  celuy  d’vn  lamproyon,  et 

gures  de  ses  cornets  ; il  n’y  en  avait  pas 
moins  de  huit,  luxe  d’autant  plus  inutile 
que  d’abord  ils  se  ressemblaient  tous,  mais 
surtout  que  plusieurs  étaient  même  repré- 
sentés avec  des  dimensions  égales.  Ces  figu- 
res avaient  paru  d’abord  dans  les  Dix  Hures 
de  chirurgie,  1564,  page  70  (voyez  ci-devant 
la  note  2 de  la  page  200),  en  même  temps 
que  les  flammeltes.  Quant  à la  lancette, 
c’est  la  même  que  la  lancette  à saigner,  re- 
présentée à la  page  522,  à part  les  ornements 
du  manche,  pour  lesquels  j’ai  voulu  la  con- 
server. 

» Ces  trois  cornets,  fort  différents  des 
précédents,  avaient  été  figurés  pour  la  pre- 
mière fois  dans  le  magasin  d’instruments 
qui  termine  les  Dix  liures  de  chirurgie, 
p.  226. 

2 Ce  chapitre  existait  en  partie  dans  les 
deux  éditions  de  1575  et  1579:  mais  ce  n’est 


trois  petites  dents  ou  aiguillons,  auec 
lesquels  elle  perce  la  peau,  non  seu- 
lement de  l’homme,  mais  aussi  d’vn 
cbeual  ou  d’vn  bœuf,  et  s’y  attache 
et  succe,  et  se  remplit  de  sang. 

II  y en  a qui  sont  venimeuses,  et 
sont  celles  qui  ont  grosse  teste,  de 
couleur  verdoyante , et  reluisent 
comme  vers  ardans,  et  sont  rayées  de 
bleu  sur  le  dos,  ou  toutes  noires. 
Aussi  sont  venimeuses  celles  qui  vien- 
nent es  marets,  et  aux  eaux  bour- 
beuses, et  engendrent  inflammation, 
aposteme,  fiéure  et  malins  vlceres, 
voire  souuent  incurables. 

Les  bonnes  sont  celles  qui  sont  de 
couleur  de  foye , menues , rondes , 
ayans  petite  teste,  le  ventre  rougeas- 
tre,  et  le  dos  verd  et  rayé  de  couleur 
d’or  par  dessus , et  qui  habitent  és 
eaux  claires  et  coulantes.  Apres  les 
auoir  prises , il  les  faut  garder  enui- 
ron  vn  mois  et  plus,  à fin  qu’elles  se 
desgorgent  de  leur  baue  et  ordure,  et 
leur  changer  d’eau  souuent  : par-ce 
que  aucunesfois  elles  se  seront  ietlées 
sur  quelque  beste  morte  et  charon- 
gneuse  : et  qui  les  appliqueroit  sans 
estre  desgorgées,  elles  pourroient 
imprimer  quelque  venin  à la  partie. 
Partant  il  les  conuient  faire  desgor- 

qu’en  1585  qu’il  a acquis  toute  son  étendue. 
Les  trois  premiers  paragraphes  relatifs  au 
choix  des  sangsues  sont  de  celte  date  ; de 
même  que  le  dernier,  qui,  au  reste,  n’a  nul 
rapport  au  titre  du  chapitre.  Le  reste  est  de 
1575. 

Ce  chapitre  se  lit  d’ailleurs  avec  un  cer- 
tain intérêt;  la  section  du  corps  de  la  sang- 
sue pour  la  faire  mieux  tirer,  les  manières 
d’arrêter  le  sang,  ne  se  trouvent  pas  dans 
Guy  de  Chauliac.  Paré  n’en  était  pas  pour 
cela  l’inventeur,  et  il  a pris  presque  tout 
ce  qu’il  en  dit  dans  les  annotations  de  Da- 
lechamps  sur  le  chap.  41  de  Paul  d’Egine, 
Chir.  françoise,  page  239. 


OPERATIONS 

geret  vomir  leur  ordure  auparauant 
que  les  appliquer. 

Or  ou  les  applique  aux  endroits  du 
corps  où  les  ventouses  et  cornets  ne 
peuuent  tenir,  comine  au  fondement, 
pour  rompre  la  tunique  des  veines 
hémorroïdales,  à l’entrée  de  la  val- 
ue, aux  genciues,  léures,  nez,  et  sur 
les  doigts.  Si  on  veut  faire  grande 
euacuation  de  sang,  apres  que  la 
sangsue  est  tombée,  si  le  lieu  le  per- 
met, on  appliquera  des  ventouses  ou 
cornets,  ou  bien  on  en  remettra  d’au- 
tres. 

11  fautnoterquesi  la  sangsueest  ma- 
niée «à  main  nue,  elle  se  rend  desdai- 
gneuse  et  despiteuse,  et  ne  veut  pas 
mordre  : parquoy  quand  on  la  veut  ap- 
pliquer , ou  la  prendra  auec  vn  linge 
blanc  et  net,  faisant  auparauant  sur  la 
partie  petites  scarifications  ou  mou- 
chetures, ou  bien  sera  mis  sus  quelque 
peu  de  sang  tiré  de  quelque  beste  : par 
ce  moyen  elle  prendra  plus  facile- 
ment.Et  pourla  faire  tomber,  on  jette 
sus  sa  teste  de  la  poudre  d'aloës,  du  sel 
ou  de  la  cendre  : et  estant  tombée,  si 
l'on  veut  sçauoir  combien  de  sang  elle 
aura  tiré,  on  la  mettra  dans  vn  vais- 
seau , et  sera  couuerle  de  sel  broyé 
bien  menu,  et  soudain  elle  vomist  tout 
ce  qu’elle  a succé.  Et  qui  la  voudra 
faire  tirer  dauantage,  auant  qu’elle 
lasche  prise  et  desmorde,  il  la  faut 
couper  d’vn  cizeau  par  en  bas  vers  la 


E CHIRVRGIE.  525 

troisième  partie  de  son  corps  : en  ces- 
te  façon  elle  tire  tousiours,  et  le  sang 
qu’elle  attire  découlé  par  son  corps. 

Or  la  sangsue  par  son  succement 
attire  du  profond  elparties  voisines  : et 
non  seulementde  celle  qui  est  malade 
sur  laquelle  elle  est  appliquée.  Ce  qui 
est  manifeste  à voir,  à raison  qu’es- 
tant tombée,  il  sort  bonne  quantité 
de  sang  et  par  longue  espace  de 
temps  par  la  morsure,  encore  qu’elle 
soit  petite,  joint  que  difficilement  on 
l’estanche  : ce  qui  ne  se  fait  par  les 
scarifications  et  applications  de  cor- 
nets et  ventouses.  Si  on  ne  pounoit 
estancher  le  sang  apres  la  morsure,  il 
faut  appliquer  la  moitié  d’vne  feue  : 
la  tenant  et  pressant  dessus , iusques 
à ce  qu’elle  y demeure  attachée  et 
adhérente , infailliblement  cela  re- 
tient le  sang  : ou  bien  y appliquer  du 
linge  bruslé  auec  compresse  et  liga- 
ture propre. 

le  ne  veux  'laisser  en  arriéré  \ ne 
autre  operation,  qui  se  fait  par  poin- 
ture ou  piqueure  auec  vne  espingle 
ou  aiguille,  ou  par  la  pointe  de  la 
lancette,  ou  par  la  piqueure  des  sang- 
sues. On  pique  les  petites  apostemes 
és  membranes  de  l’œil,  pour  abattre 
les  cataractes,  ou  pour  euacuer  le 
pus,  appelé  hypopyon,  contenu  entre 
les  membranes  de  l’œil  : ou  appliquer 
vnseton,  ou  faire  sutures  à coudre 
les  playes  et  autres, 


LE  SEIZIÈME  LIVRE 

TRAITANT 

DE  LA  GROSSE  YEROLLE, 


DITE  MALADIE  VENERIENNE,  ET  DES  ACCIDENS 
QUI  ADVIENNENT  A ICELLE1. 


AU  LECTEUR. 

Je  n’ay  voulu  laisser  en  arriéré  à parler  de  la  grosse  Verolie.  Et  pour  ce 
faire , i’ay  pris  la  plus  grande  part  de  ce  qu’en  auoit  escrit  defunct  Thierry 
de  Hery,  Chirurgien  demeurant  à Paris  : lequel  en  a autant  bien  traité 
qu’aucun  de  ceux  que  i’ay  peu  lire,  qui  en  auoient  parlé  deuant  luy.  Et 
pour  ce  n’ay  voulu  changer  sa  méthode  et  maniéré  de  pratiquer,  à raison 
que  n’eusse  sceu  mieux  faire  : et  l’ay  inséré  en  ce  présent  liure  pour  deux 
raisons.  La  première  , à fin  que  le  ieune  Chirurgien  ne  desirast  la  méthode 
de  guarir  ceste  maladie  en  ce  présent  Oeuure.  La  seconde , pour  le  faire 
renaistre  si  possible  m’estoit,  pour  la  preud’hommie  du  personnage , et 
bonne  amitié  que  nous  auions  ensemble  dés  nos  ieunes  ans. 


' C’est  ici]  que  nous  commençons  à nous 
écarter  formellement  de  l’ordre  suivi  par 
A.  Paré  dans  la  disposition  de  ses  livres. 
Car  en  retranchant  le  livre  des  Animaux  et 
le  livre  des  Fiéures  au  commencement  de  la 
collection  , nous  pouv  ions  alléguer  telle  ou 
telle  édition  qui  ne  les  offrait  pas  à celte  place; 
mais  toutes  les  éditions  complètes  donnent  le 
livre  des  Gouttes  après  celui  des  Operations, 
et  avant  celui  de  la  Grosse  V erolle.  Mais  le 
livre  des  Gouttes  est  presque  purement  mé- 
dical ; celui  de  la  Grosse  Verolie  est  tout 
chirurgical;  et  il  se  trouve  d’autant  mieux 
placé  après  celui  des  opérations,  qu’il  vient 
compléter  ce  que  celui-ci  contenait  déjà  sur 
les  affections  de  la  verge  et  les  rétentions 
d’urine.  J’ai  exposé  d’ailleurs  dans  mon  in- 
troduction l’ordre  général  que  j’avais  cru 
devoir  adopter;  les  livres  anatomiques, 
puis  les  livres  chirurgicaux,  réservant  les 


livres  médicaux  en  quelque  sorte  pour  la 
troisième  partie  de  l’oeuvre. 

Ce  livre  est  formé  de  trois  portions  bien 
distinctes  par  leur  date  et  leur  sujet.  La 
première,  du  chapitre  1 au  chap.  18,  date 
seulement  de  1 575  ; et  c’est  à elle  surtout 
que  se  rapporte  l’avis  au  lecteur , où  Paré 
donne  à Thierry  de  Héry  un  si  touchant  sou- 
venir. La  deuxième  du  18'  au  29e  chapitre, 
et  pour  laquelle  Paré  avait  beaucoup  em- 
prunté à l’ouvrage  de  Thierry  , sans  en  rien 
dire  , date  de  1504  , et  avait  été  publié  dans 
les  dix  Hures  de  chirurgie  , OÙ  elle  formait  le 
livre  8,  intitulé  : Des  chaudes-pisses  et  car- 
nositez  engendrées  au  meal  vrillai.  Les  deux 
chapitres  suivants  se  rattachent  à la  vérole 
et  datent  de  1575.  La  troisième  partie  com- 
prend quatre  chapitres,  qui  en  faisaient  dix 
dans  l’édition  de  1564  , et  constituaient  le 
6e  livre  sous  ce  titre  : De  la  maniéré  delraitter 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


CHAPITRE  I. 

DESCRIPTION  DE  LA  VEROLLE. 

Les  François  nomment  ceste  mala- 
die, la  maladie  de  Naples  : et  les  Nea- 
politains,  lo  mal  di  Françose:  les  Ge- 
neuois,  lo  male  di  brosuse  : les  Espa- 
gnols, la  bouez  .Tes  Allemans,  Fran 
çouse  : les  Latins,  pudendagra.  Tous 
lesquels  noms  ont  esté  ainsi  imposés 
selon  le  plaisir  des  nations:  mais  pour 
ne  faillir, ie  suisd'auis  que  si  leFran- 
cois  en  est  vexé,  que  Ion  l’appelle  la 
maladie  du  François  : et  si  c’est  le 
Neapolilain,  la  maladie  du  Neapoli- 
tain  : ainsi  des  autres  nations.  Et  ne 
faut  estre  curieux  des  noms,  pourueu 
que  l’on  entende  la  chose  par  eux  si- 
gnifiée. 

Verolle  est  vne  maladie  causée  par 
attouchement,  et  principalement  de 
compagnie  charnelle,  auec  qualité 
occulte,  commençant  le  plus  souuenl 
par  vlceres  des  parties  honteuses, 
pustules  en  la  teste,  et  en  autres  par- 
ties extérieures,  infectant  aussi  les 
parties  internes,  auec  douleurs  noc- 
turnes extremes  à la  teste,  espaules, 

les  caries  des  os.  Mais  ils  sont  d’une  date 
bien  plus  ancienne;  et  pour  en  retrouver  le 
texte  primitif,  il  faut  remonter  à l’édition 
de  1552,  où  Paré  l’avait  mis  entre  le  Traité 
des  fractures  d’os,  él  le  Traité  de  la  gangrène, 
sous  ce  titre  courant  : Traité  des  os  carieux, 
et  avre  celui-ci  en  tête  : La  maniéré  de  gué- 
rir les  os  carieux , sans  aucune  distinction  de 
chapitres.  Apres  cette  histoire  de  la  carie, 
il  reste  encore  les  six  derniers  chapitres, 
qui  ont  la  même  date  que  le  livre  lui-même, 
c’est-à-dire  1575.  Voilà,  comme  on  voit, 
des  dates  et  des  sources  assez  variées;  je 
prendrai  soin,  comme  toujours , de  rappor- 
ter toutes  les  variantes  un  peu  notables. 


537 

iointures  et  autres  parties  : et  par 
succession  de  temps  fait  desnodosités, 
alteration  et  caries  aux  os1,  les  liqué- 
fiant comme  si  c’estoit  métal  fondu, 
laissant  les  parties  charneuses  d’au- 
tour souuent  en  leur  entier  : ensem- 
ble cause  plusieurs  autres  et  diuers 
accitlens,  comme  corruption  totale 
des  parties  selon  lintemperature  et 
cachexie  des  corps,  et  la  diuturnilé  du 
temps  que  le  malade  en  sera  espris. 
Car  aucuns  perdent  vn  œil,  et  sou- 
uent les  deux,  ou  vne  bonne  portion 
des  paupières,  et  les  malades  demeu- 
rent apres  estre  curés,  hideux  à re- 
garder, ayans  les  yeux  éraillés.  Au- 
tres perdent  l’ouye  : autres  le  nez  : 
autres  ont  le  palais  troué  auec  déper- 
dition d’os,  qui  est  cause  de  les  faire 
parler  Renaud 2:  autres  ont  la  bou- 
che torse,  comme  renieurs  de  Dieu  : 
autres  perdent  le  culliueurdu  champ 
de  nature  humaine,  de  façon  qu’ils 
demeurent  apres  stériles  : et  les  fem- 
mes y laissent  la  moitié,  et  quelques- 
fois  d’auanlage  de  leurs  parties  géni- 
tales : qui  fait  qu  elles  sont  laissées 
comme  inhabiles  d’auoir  la  compa- 
gnie des  hommes.  Et  à d’aucuns  par 
vn  reiiqua  d’vne  chaude-pisse,  se  pro- 
crée des  carnosités  en  la  verge,  qui 
fait  que  iamais  ne  peuuent  pisser  que 
par  le  bénéfice  d’vne  sonde,  et  sou- 
uenl meurent  par  vne . suppression 
d’vrine,  ou  d’vne  gangrener  la  ver- 
ge. Autres  demeurent  impolens  des 
bras  ou  iambes,  cheminant  tout  le 
cours  de  leur  vie  à potences.  Autres 
demeurent  en  vne  contraction  de 
tous  leurs  membres,  de  maniéré  qu’il 

1 Celle  définition  ert  à peu  de  chose  près 
celle  de  Thierry  de  Hery,  ouvrage  cité  p.  5. 
Mais  lé  premier  paragraphe  et  le  reste  du 
chapitre  appartiennent  à lJaré. 

’ Parler  Renaud , parler  du  nez,  nasiller. 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


5s>.8 

ne  leur  reste  que  la  parole,  qui  est  le 
plus  souuent  en  criant  et  lamentant, 
maudissans  l’heure  qu’ils  ont  esté 
engendrés.  Autres  demeurent  asth- 
matiques et  hectiques,  auecvne  fié- 
ure  lente,  et  meurent  tabides  et  des- 
seichés  : aucuns  deuiennent  lepreux  : 
autres  ont  des  vlceres  putrides,  chan- 
creuses  et  corrosiues  à la  gorge  et  és 
autres  parties  du  corps  : aucuns  ont 
vne  cheute  de  poil,  dite  alopécie,  ou 
pellade  : autres  des  dartres  squa- 
meuses aux  pieds  et  mains  : il  se  con- 
cret à d’aucuns  des  boutons  et  pustu- 
les dans  le  conduit  de  l’vrine,  qui 
s’exulcerenl  et  enflamment,  et  se  tu- 
méfient, de  façon  que  les  malades  ne 
peuuent  vriner,  puis  la  gangrené  et 
mortification  suruiennent  : qui  fait 
que  pour  leur  sauner  la  vie,  leur 
ennuient  entièrement  couper  la  verge 
si  on  n’y  remedie.  Aucuns  sont  vexés 
d’epilepsie  : autres  de  flux  de  ventre, 
iettans  les  matières  sanguinolentes  et 
corrompues. 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  on  peut 
voir  la  verolle  compliquée  de  toutes 
especes  et  différences  de  maladies , 
lesquelles  ne  se  peuuent  guarir  sans 
ablation  du  virus  verollique,  auec 
son  alexipharmaque,  qui  est  le  vif- 
argent,  que  l’on  peut  comparer  à vn 
furet  faisant  sortir  le  connin  hors  de 
son  terrier. 


CHAPITRE  IL 

DES  CAVSES  DE  LA  VEROLLE. 

Il  y a deux  causes  de  la  verolle.  La 
première  vient  par  vne  qualité  spéci- 
fique et  occulte,  laquelle  n’est  su- 
iette  à aucune  démonstration  : on 
la  peut  toutesfois  attribuer  à l’ire  de 
Dieu,  lequel  a permis  que  ceste  ma- 


ladie tombast  sus  le  genre  humain, 
pour  refrener  leur  lasciueté  et  des- 
bordée concupiscence.  La  seconde 
est  pour  auoir  eu  compagnie  d'hom- 
me ou  de  femme  ayant  ladite  mala- 
die, laquelle  se  prend  à cause  que 
l’homme  aura  à la  verge  quelques  vl- 
ceres de  verolle  ou  chaude-pisse,  ou 
la  femme  à sa  matrice  : ou  qu’elle  au- 
ra vne  chaude-pisse  (qu’elles  appel- 
lent fleurs  blanches)  ou  de  la  semence 
recentement  receuë  de  quelque  verol- 
lé  : et  par  le  contact  de  la  verge,  la 
mucosité  et  sanie  virulente  retenue 
aux  rugosités  du  col  de  la  matrice, 
s’imprime  aux  porosités  de  la  verge, 
causant  vlceres  malins  ou  chaude- 
pisse.  Puis  le  virus  pullulera  et  che- 
minera par  les  veines,  arteres  et  nerfs 
aux  parties  nobles  : ainsi  que  l’on 
voit  le  feu  espris  à vne  corde  d’har- 
quebuse  : et  le  foye  se  ressentant  de 
tel  vice,  souuent  par  sa  faculté  expul- 
trice  chasse  ledit  virus  aux  aines,  et 
fait  apostemes  appellées  bubons  (vul- 
gairement poulains)  lesquels  s’ils  ne 
iettent  leur  gourme  et  retournent  au 
dedans  par  delitescence,  ce  venin  in- 
fecte la  masse  du  sang,  dont  s’ensuit 
la  verolle. 

Toutesfois  elle  peut  aduenirparau- 
tre  cause,  comme  par  la  réception  de 
l’haleine  infectée  d’vn  verollé  ou  ve- 
rollée,baisantplusieurs  fois  vn  enfant: 
ce  qui  n’est  hors  de  raison . Car  par  la  ré- 
ception des  vapeurs  corrompues,  le  v i- 
russepeut  imprimer  au  corps  de  l’en- 
fant , attendu  sa  délicatesse  et  rarité 
puerile.  Pareillement  pour  auoir  ex- 
trait et  receu  vn  enfant  d’vne  femme 
verollée,lesmatronesen  peuuenteslre 
entachées,  d’autant  que  par  les  po- 
rosités de  leurs  mains  le  virus  se  com- 
munique aux  veines  et  arteres,  et  d’i- 
celles par  tout  le  corps  : comme  mon- 
sieur le  Coq,  docteur  médecin  à Paris, 


DE  LA  GROSSE  VEP.OLLE. 


fesmoigne  auoir  veuau  traité  qu’il  a 
fait,  De  ligno  sanclo  non  ptrmisccndo  *. 
Aussi  par  expérience  on  voit  que 
gens  de  toutes  coinplexions,  sexes, 
soient  enlans,  adolescens,  hommes  en 
aages  consistons,  solides,  et  robustes, 
couchans  auec  au  très  infectés  de  ceste 
maladie,  sans  aucune  compagnie 
charnelle,  s’en  trouuent  atteints  et 
espris.  Il  ne  faut  pas  en  attendre 
moins  de  celuy  qui  couchera  au  lit 
d vn  verollé,  si  la  sueur  ou  sanie  sor- 
tant de  quelque  vlcere  infecte  les 
draps  et  couuerture,  estons  imbus  de 
ce  venin  .-  à cause  que  nos  veines 
et  arteres  attirent  l’air,  mettant  en 
nos  corps  la  qualité  maligne  des  ex- 
cremens  imprimés  aux  linceuls.  Au- 
tant en  sera-il  de  manger  et  boire 
aux  vaisseaux  où  ils  auront  beu  et 

Cette  citation  se  Ut  pour  la  première 
fois  dans  l’édition  posthume  de  1598.  An- 
toine Lecoq,  médecin  de  la  faculté  de  Paris, 
était  mort  en  1550,  et  le  livre  cité  ici  avait 
paru  en  1540.  C'est  ce  Lecoq  qui,  ayant  été 
consulté  pour  François  Ier,  répondit,  si  l’on 
en  croit  Guy  Patin  : C’est  un  vilain  qui  a 
gagné  la  vérole;  frottetur  comme  un  autre, 
et  comme  le  dernier  de  son  royaume,  puis- 
qu’il s’est  gâté  de  la  même  manière.  — Du 
reste,  Paré  a emprunté  celte  citation  à 
Thierry,  et  voici  comment  celui-ci  s’ex- 
prime : 

« Maistre  Anlhoine  Lecoq  , docteur  re- 
gent  en  la  faculté  de  médecine,  homme 
docte  et  d’authorité,  affirme  au  liure  qu’il 
a faict,  De  ligno  sanclo  non  permiscendo,  qu’il 
a cogneu  sage  femme,  laquelle  en  receuant 
l’enfant  à vne  femme  vairollée,  gaigna  la- 
dicte  vairollc  (l’enfant  sain  et  non  affecté  d’i- 
celle), qui  n’esloit  que  par  la  réception  de  l’air 
et  vapeur  veneneuse,  receue  assez  prompte- 
ment et  plus  lost  parles  porositez  des  mains 
et  bras,  qui  plus  difficilement  peuuent  in- 
fecter les  parties  nobles,  que  par  la  respira- 
tion qui  se  faict  par  la  bouche.  — Ibid., 
p.  17. 

ir. 


529 

mangé  : car  de  leur  bouche  ils  y lais- 
sent vne  saliue  sanieuse,  contenue 
enlre  leurs  dénis,  laquelle  est  vene- 
neuse en  son  espece  , ainsi  qu’aux  lé- 
preux, ou  que  la  baue  d’vn  chien’en- 
ragéen  la  sienne.  Semblablement  les 
enfans  allaitans  nourrices  verollées 
en  sont  infectés  : attendu  que  le  lait 
n’est  que  le  sang  blanchi,  lequel  es- 
tant infecté  du  virus,  et  l’enfant  en 
estant  nourri,  en  prend  les  mesmes 
qualités  : d’autant  que  nous  retenons 
de  la  nature  dequoy  nous  sommes 
nourris.  Souuent  aussi  l’enfant  ayant 
la  verolle,  la  donne  à sa  mere  nour- 
rice : car  par  la  grande  chaleur  et  vl- 
cere qu’il  a en  sa  bouche,  et  par  les  va- 
peurs q ui  s’esleuen  t de  son  corps,  il  im- 
prime au  mammelon,  qui  est  poreux, 
laxe  et  rare,  le  virus  qui  subit  se 
communique  par  tout  le  corps,  qui 
premièrement  et  le  plus  soutient  se 
monstre  au  mammelon1. 

En  cest  endroit  ie  veux  bien  reci- 
ter ceste  histoire.  Vne  honneste  et  ri 
che  femme  pria  son  mary  qu’il  luy 
permist  d’estre  nourrice  d’vn  sien 
enfant  : ce  que  luy  accorda,  pourueu 
qu’elle  print  vne  autre  nourrice  pour 
la  soulager  à nourrir  l’enfant.  Icelle 
nourriceauoitla  verolle,  et  la  bailla  à 
l’enfant,  et  l’enfant  à la  mere,  et  la 
mere  au  mary,  et  le  mary  à deux  au- 
tres petitsenfanls  qu’il  faisoit ordinai- 
rement boire  et  manger,  et  souuent 
coucher  auecques luy, non  ayant  con- 
noissance  qu’il  fust  entaché  de  ceste 
maladie.  Or  la  mere  considérant  que 
le  petit  enfant  ne  profitoit  aucune- 
ment,et  qu’il  esloil  en  cry  perpétuel, 
m’enuoya  quérir  pour  connoislre  sa 
maladie,  qui  ne  fut  difficile  à iuger  : 

■ Ces  mots  : qui  premièrement,  et  le  plus 
souuent,  se  monstre  au  mammelon,  sont  une 
addition  de  15S5. 

34 


53o 


LE  SEIZIEME  LIVRE 


♦ 


d’autant  qu'il  estoit  tout  couuert  de 
boutons  et  pustules,  et  que  les  tetins 
de  la  nourrice  estoient  (ousvîcerés  : 
pareillement  ceux  de  la  mere,  ayant 
sus  son  corps  plusieurs  boulons  : et 
semblablement  le  prie  et  les  deux 
petits  enfans,  dontl’vn  estoit  aagéde 
trois,  et  l’autre  de  quatre  ans.  Lors 
declaray  au  pere  et  mere  qu’ils  es- 
toient tous  entachés  de  la  verolle,  ce 
qui  estoit  prouenu  par  la  nourrice  : 
lesquels  i’ay  traités,  et  furent  tous 
guaris,  reste  le  petit  enfant  qui  mou- 
rut. Ei  la  nourrice  eut  le  fouet  sous 
la  custode  et  l’eust  eu  par  les  quar- 
refours,  n’eust  esté  de  crainte  de  des- 
honnorer  la  maison. 


CHAPITRE  111. 

EN  QVEL  HVMEVR,  LE  VIRVS  VEROL- 
LIQVE  EST  ENRACINÉ. 

Combien  que  selon  aucuns,  la  cause 
antecedenle  de  ceste  maladie  se  fait 
indifféremment  des  quatre  humeurs: 
toulesfois  il  me  semble  que  le  fonde- 
ment et  la  cause  materielle  première 
et  principale  d’icelle,  est  vne  matière 
pituiteuse,  grosse  et  visqueuse,  alté- 
rée et  viciée  par  ce  virus  : lequel 
conséquemment  altéré  et  corrompt 
les  auires  humeurs, selon  la  prépara- 
tion qu  ils  auront  à le  receuoir.  El 
pour  probation  que  ce  virus  est  fondé 
en  l’humeur  pituiteux,  c’est  que  par 
l’euacualion  qui  se  fait  de  ceste  hu- 
meur, soit  par  flux  de  bouche  ou 
de  ventre,  ou  par  l’vrine,  sueurs, 
et  en  toutes  températures,  soit  cholé- 
riques, sanguines  ou  melancholiques, 
ladite  verolle  est  guarie  : ce  que  Ion 
voit  par  expérience.  Aussi  que  les  pa- 

‘ Sou-sla  cusiode;  l’édition  latine  traduit: 


roxysmes  ou  mouuemens  des  dou- 
leurs se  font  la  nuit  plus  que  le  iour, 
parce  que  lors  la  matière  est  en  son 
rut  ou  mouueinent.  faisant  disten- 
sion au  périoste,  membranes  et  au- 
tres parties  nerueuses,  et  retourne 
tous  les  iours  en  mesme  maniéré  que 
fait  vne  fiéure  quotidienne,  causée 
d’humeurs  pituiteux.  Aussi  l’on  voit 
que  les  cholériques,  sanguins  et  me- 
lancholiques, ne  peuuent  estre  gu.1- 
ris  que  par  l'euacuation  de  l’humeur 
pituiteux  : et  sont  tous  ou  la  pluspart 
des  accidens  suiuans  ceste  maladie, 
causés  d’humeurs  froids.  Pareille- 
ment les  malades  se  sentent  blessés 
auec  choses  froides,  et  aidés  et  guaris 
par  choses  chaudes,  soit  par  décoc- 
tions, onguens,  emplastres,  parfums 
et  autres  remedes,  pris  tant  par  de- 
dans que  par  dehors. 

D’abundant  en  toutes  pustules  ou 
vlceres,  on  trouue'vne  dur  té  en  la 
racine,  encores  qu’elles  apparaissent 
extérieurement  bilieuses  ou  sangui- 
nes: car  les  ayant  ouuerles  on  les 
trouuera  farcies  d’vne  matière  gyp- 
seuse  et  blanche,  ou  vne  pituite  cras- 
se, ou  vn  pus  visqueux:  aussi  les  par- 
ties froides  et  spermatiques  en  sont 
plus  affectées  que  les  chaudes.  Les 
exostoses  1 ou  nodus  ne  sont  procréés 
que  d’vne  pituite  ci asse  et  visqueuse,2. 
Aussi  les  vlceres  ne  peuuent  estre  cu- 
rez que  le  corps  ne  soit  vacué,  et 
principalement  par  sueur  : parquoy 
si  la  matière  estoit  chaude  et  seiche, 
seroit  pluslost  entretenue  par  tels  re- 
medes, que  guarie.  Pareillement  on 
void  que  ladite  verolle  est  guarie  par 
remedes  chauds  et  secs,  comme  par 

1 Les  éditions  de  1575  et  1579  disent  : les 

cparosloses. 

5 l.e  reste  de  ce  paragraphe  a été  ajouté 

en  1579. 


in  carcere. 


DE  LA  GRÔSSË  VÈKÔLLE.  «3, 


la  décoction  de  gaiac,  d’esquine  salse- 
parille,  et  vif-argent,  et  autres  choses 
prouoqunns  la  sueur1. 

D’auanlage,  ceste  maladie  se  cache 
au  corps  vn  an  sans  démontrer 
quelquesfois  signes  appareils  : ce  que 
ne  font  les  maladies  causées  d’intem- 
perature  chaude. 

Parquoy  ces  choses  bien  considérées, 
on  peut  conclure  que  la  base  et  fon- 
dement du  virus  verollique  est  l’hu- 
meur pituiteux  : toutesfois  elle  peut 
estre  compliquée  auec  autres  hu- 
meurs, comme  il  appert  aux  tumeurs 
contre  nature,  lesquelles  se  tromlent 
peu  ou  point  qui  purement  et  simple- 
ment soient  faites  d’vn  seul  humeur: 
mais  celuy  qui  domine  en  la  tumeur 
prend  la  dénomination , comme  nous 
auons  dit  au  traité  des  tumeurs  contre 
nature. 


CHAPITRE  IV. 

SIGNES  DE  LA  VEP.OLLE. 

Lors  que  la  verolle  est  recent© , il 
il  s’apparoist  vlCeres  à la  verge , 
ou  à la  vulue,  tumeurs  aux  aines, 
chaude-pisse,  iettant  quelquesfois 
sanie  puante  et  fort  fetide,  laquelle 
prouient  des  parastates2,  ou  des 
vlceres  qui  sont  au  conduit  de  la 
verge  : i;s  ont  aussi  douleurs  aux  ioin- 
lures,  teste,  espaules,  et  autres  par- 
ties, auec  vne  lassitude  des  bras  et 
iambes , de  façon  que  les  malades 
disent  qu’il  leur  semble  auoir  esté 

1 Ici  Paréauait  ajouté  en  1579  un  para- 
graphe sur  lu  pelade  qui  coupait  le  sens,  et 
n'élail  manifestement  pas  à sa  place.  Je  l'ai 
reporté  au  chapitre  Du Proynosiic,  ci-après, 
page  5-i4. 

2 Toutes  les  éditions  du  vivant  de  Paré 
disent  parastates , l’édition  latine  prostates. 


battus  de  bastoUS,  ne  pouuans  che- 
miner, ny  porter  leürs  mains  sur 
la  teste  sinon  auec  grande  difficulté. 
Il  leur  surnient  inflammation  à la 
bouche,  et  tumeur  aux  amygdales, 
qui  les  garde  de  bien  parler,  et  aualler 
leurs  viandes,  et  mesmes  leursdliue  : 
aussi  ils  ont  pustules  et  boutons  à la 
teste,  et  par  tout  le  corps,  et  souuent 
vil  chappelet  autour  du  front,  cheute 
de  poil  ( dite  alopécie,  ou  pelade  ) à la 
teste , sourcils,  et  à la  barbe,  auec 
amaigrissement  de  tout  le  corps,  et 
grandes  inquiétudes. 

il  faut  icy  noter,  que  tous  ces  signes 
ne  surUiennent  pas  à chacun  malade, 
mais  à aucuns  d’icebx.  Les  plus  cer- 
tains sont , quand  le  malade  a quel- 
que vicere  malin  aux  parties  honteu- 
ses, calleux,  dur  et  difficile  : et  encore 
que  les  vlceres  soient  consolidées,  et 
qu’il  y reste  certaine  dureté  , princi- 
palement à la  verge,  cela  dénoncé  la 
verolle  à curer:  et  apparoissent  tu- 
meurs aux  aines,  qui  s’en  retournent 
dedans  le  corps  sans  se  suppurer.  Et 
lorsqu’il  sufuient  aucun  des  signes 
susdits,  il  faut  idger  qu’ils  ont  la  ve- 
rolle : toutesfois  il  faut  bien  noter 
que  plusieurs  ont  signes  euidensde  la 
verolle,  sans  qu’ils  ayent  vlceres  à la 
verge,  ny  bubons  aux  aines,  ne 
chaude-pisse,  neantmoins  qu’en  telles 
parties  le  plussouuent  s’apparoissent 
les  premiers  signes  : mais  ont  quel- 
ques vlceres  ou  pustules  en  autres 
parties,  lesquelles  ne  peuuent  estre 
curées  , quelque  diligence  qu’on  y 
puisse  faire,  si  ce  n’est  par  le  bénéfice 
du  vif-argent. 

Lorsqu’elle  est  inueterée,  les  dou- 
IrUrs  sont  fixes  et  a r restées,  auec  to- 
phes  ou  nodus  : carie  et  pourriture 
aux  os  de  la  teste,  ou  aux  bras,  et  au 
douant  des  iambes  : aussi  ils  ont  des 
tumeurs  noueuses,  remplies  de  ma- 


532  LE  SEIZIEME  LIVRE 


tieredure,  en  maniéré  dechaslaignes, 
ou  comme  vn  nerf  ou  tendon  pourri , 
qui  sont  fort  enracinées  : et  apres 
estre  ouuertes,  degenerent  en  diuer 
ses  especes  d’vlceres,  à sçauoir, putri- 
des, et  corrosiues , et  autres,  selon  la 
diuersilé  des  corps.  Les  douleurs 
vexent  plus  les  malades  la  nuit  que  le 
iour  : ce  qui  aduient,  pource  qu’es- 
tans  tenus  chaudement  icelle  chalenr 
esmeul  l’humeur:  ioint  que  le  virus 
verollique  s’attache  le  plus  souuent 
à l’humeur  pituiteux,  lequel  la  nuit  a 
son  mouuement  : parlant  il  s’esleue 
et  distend  le  périoste  , et  autres  par- 
ties nerueuses,  qui  est  cause  auec 
l’acrimonie  du  virus,  faire  de  grandes 
douleurs.  Qu’il  soit  vray , les  pauures 
verollés  , au  matin , apres  auoir  crié 
toute  la  nuit,  commencent  à se  repo- 
ser : parce  que  ledit  humeur  pituiteux 
commence  à s’abaisser,  et  quitter 
place  au  sang , qui  a sa  domination  au 
matin.  On  peut  ici  adiousler  autre  rai- 
son, c’est  que  le  malade  ne  trouuanl 
occasion  de  parler  la  nuit  à aucuns, 
et  voir  choses  diuerses,  son  esprit  est 
attentif  du  tout  à sa  douleur1. 


CHAPITRE  V. 

DV^  PP.OGNOSTIC. 

Si  cette  maladie  est  recente  auec 
peu  d’accidens  , comme  pustules,  et 

> Cette  dernière  phrase  manque  dans  l’é- 
dition de  1575. 

Cette  exposition  des  signes  de  la  vérole 
est  plus  nette  et  infiniment  plus  concise  que 
celle  de  Thierry.  Celui-ci  décrit  en  cinq 
articles  et  en  douze  pages  , les  signes  de  la 
vairolle  sanguine,  les  signes  de  la  vuirolle  bi- 
lieuse, les  signes  de  la  vairolle  pituiteuse , les 
signes  de  la  vairolle  melanclwlique  ; le  tout 
couronné  par  une  spéculation  requise  en  la 
considération  des  signe*. 


quelques  petites  douleurs  mobiles,  et 
que  le  corps  soit  ieune  et  de  bonne 
habitude  , et  que  le  temps  soit  com- 
mode, comme  le  printemps,  la  cure  se 
fera  facilement. 

Mais  à l’opposite,  celle  qui  est  in- 
ueterée  auec  grand  nombre  d’acci- 
dens, comme  douleur  de  teste,  nodus, 
et  carie  aux  os,  pareillement  vlceres 
cacoëthes  en  corps  fort  exténués , de- 
biles,  et  qui  auront  esté  par  diuerses 
fois  pensés  par  empiriques,  ou  bien 
par  personnes  méthodiques  qui  n’au- 
ront rien  oublié  selon  l’art  à executer: 
à quoy  toutesfois  la  maladie  n’aura 
voulu  ceder  par  sa  grande  malice, 
de  façon  que  le  virus  sera  plus  fort 
que  les  reinedes  : et  aussi  lors  que  le 
malade  est  fort  émacié  , sec , et  hec- 
tique ( pour  la  consommation  de  l’hu- 
midité radicale)  lors  sera  du  tout  in- 
curable. Parquoy  à tels  faut  ordonner 
cure  palliatiue  : toutesfois  faut  vser 
de  grande  prudence  en  prognosti 
quant,  pour  n’encourir  mauuaise  ré- 
putation : parce  que  l’on  en  a veu 
plusieurs  que  l’on  eslimoil  ne  deuoir 
iamais  recouurer  santé,  auoir  esté 
guaris  : car  Dieu  et  Nature  font  sou- 
uent choses  admirables  L 

1 Tout  ce  commencement  du  chapitre  est 
extrait  presque  textuellement  de  l’ouvrage 
de  Thierry,  article  Ou  prognostique  44  Voici 
la  dernière  phrase  de  Thierry,  afin  que  l’on 
puisse  juger  des  modifications  qu’y  a faites 
Paré;  Thierry  ajoute  en  preuve  une  histoire 
que  j’ai  cru  devoir  aussi  reproduire. 

« Toutesfois  faut  vser  de  grande  prudence 
en  prognostiquant,  pour  n’encourir  mau- 
uaise réputation  : car  i’ay  veu  maintz, 
qu’aucuns  disoyenl  estre  incurables,  qui  ont 
esté  guariz. 

» Encor  n’a  pas  fort  longtemps  que  ie  pen- 
say  vn  homme  d’estat,  affligé  de  cesle  mala- 
die inuelerée,  et  de  longtemps  demouré  au 
lict,  qui  auoist  esté  traicté  et  médicamenté 
par  plusieurs  empiriques,  de  sorte  qu’aui 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


Lesieunes  qui  sont  de  texture  mol- 
lasse, rare,  et  délicate  , sont  plus  dis- 
posés à receuoir  tel  virus,  qui  sont  de 
contraires  températures,  et  non  pré- 
parés à receuoir  tel  venin.  Comme 
nous  voyons  en  temps  de  peste,  que 
tous  ceux  d’vne  maison  en  seront 
morts , et  qu’aucuns  conuerseront 
auec euxiour  et  nuit,  voireà  ieun  ou 
saouls,  qui  ne  prendront  aucun  mal: 
ce  qui  appert  souuenl  en  aucuns  qui 
habiteront  auec  femmes  infectées,  et 
ne  prendront  la  verolle,  là  où  les  au- 
tres qui  n en  auront  tiré  qu’vne  seule 
pauuredragme,  la  prendront. 

Et  quant  aux  douleurs  dites  goûtes, 
elles  different  de  celles  qui  sont  vul- 
gaires : car  les  vulgaires  ont  certains 
périodes  et  paroxysmes , et  celles  de 
la  verolle  sont  presque  continuelles  ». 
En  outre,  les  goules  vulgaires  demeu- 
rent quelquesfois , non  seulement 
cinq  ou  six  ans  au  plus , cachées  en 

consultations  qui  en  furent  faictes  il  fut  dé- 
ploré quasi  de  tous,  à cause  d’vne  douleur 
de  teste  intolérable,  qui  par  plus  de  qua- 
torze sepmaines  ne  l’auoit  laissé  dormir,  et 
de  plusieurs  nodositez  grosses  et  petites  en 
la  teste,  tant  sur  les  os  parietaulx  qu’aussi 
sur  le  coronal , vlceres  au  palais,  auec  dis- 
perdition de  l’os  d’iceluy,  au  moyen  de  quoi, 
par  deffault  de  reuerberation  de  l’air  fai- 
sant la  voix,  parloit  (que  l’on  dit  commu- 
nément) du  nez.  Pareillement  il  auoit  deiec- 
tion  d’appetit,  les  ge  oulx  fort  enflez  et 
extresmemenl  douloureux,  tophes  ou  nodo- 
sitez sur  le  milieu  des  os  des  iambes,  auec 
exténuation  vniuerselle  de  toute  l’habitude 
de  son  corps,  tellement  que  plusieurs  l’esti- 
moyent  éthique  ; loulesfois,  traie  té  auec  les 
indications  susdicles,  fut  guéri,  sain  et  dis- 
pos, comme  encor  tous  les  iours  on  le  voit 
cheminant  par  cesle  ville  de  Paris.  » 

1 Cette  phrase  est  empruntée  à la  page  14 
du  livre  de  Thierry.  Je  n’ai  pas  retrouvé 
dans  ce  livre  la  source  du  reste  de  ce  chapi- 
tre, qui  parait  donc  appartenir  à Paré. 


f>33 

vn  corps  : mais  aussi  toute  la  vie  (Tvn 
homme,  viuant  de  bon  régime,  sans 
qu’il  s’en  ressente  , et  toutesfois  les 
enfans  yssans  de  luy  en  seront  affli- 
gés : ce  qui  n’est  pas  ainsi  de  celles 
de  la  verolle.  Car  on  les  voit  ordinai- 
rement ou  souuent  guarir  auec  tou- 
tes leurs  racines,  sans  iamais  recidiuer 
de  pere  au  fils.  D’auantage,  lesgoutes 
qu’on  appelle  naturelles  occupent  les 
iointures,  et  y causent  des  nodus,  de- 
dans lesquels  on  trouue  vne  matière 
pierreuse  et  gypseuse  : et  celles  de  la 
verolle  occupent  plustost  le  milieu  des 
os,  les  rendons  carieux  et  pourris'. 

S’il  y a vlceres  à la  verge,  sont  diffi- 
ciles à guarir,  et  apres  les  auoir  cica- 
trisées, s’il  demeure  dureté  au  lieu, 
telle  chose  infailliblement  monstre  le 
malade  auoir  la  uerolle. 

Quant  au  reste  du  prognoslic,  la 
verolle  du  temps  présent  est  beau- 
coup moins  cruelle  et  plus  aisée  à 
guarir  qu’elle  n’estoit  le  temps  passé 
de  son  premier  commencement  : car 
elle  s’adoucit  de  iour  en  iour  eui 
demment.  Les  astrologues  estiment 
la  cause  de  cecy  prouenir  de  ce  que 
les  influences  du  ciel,  qui  semblent 
auoirpremierement  causé  telle  mala- 
die, semblent  aussi  par  laps  de  temps 
et  contraires  reuolulions  estre  affoi- 
blies  : tellement  qu’il  y a apparence 
qu’auec  le  temps  elle  se  perdra  comme 
fil  la  mentagre,  qui  luy  resemble  en 
plusieurs  accidents  , èt  qui  affligea 
beaucoup  les  Romains  sous  le  régné 
de  l’empereur  Tibere:  et  la  Lichene, 
qui,  sous  Claude  son  successeur,  mo- 
lesta non  seulement  l’Italie,  mais 
aussi  toute  l'Europe.  Mais  les  mé- 
decins aiment  mieux  attribuer  la 
cause  de  tel  adoucissement  à l’in 

1 Le  chapitre  finissait  en  1575;  ce  qui 
suit  date  de  1579. 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


534 

ueiltiop  d’vne  infinité  d’excellens  re- 
medes , que  plusieurs  geps  de  bon 
esprit  ont  recherché  diligemment 
pour  opposer  à vn  mal  si  cruel. 

Que  puis-ie  dire  d’auanlage  du 
progpostic?  C’est  que  plusieurs  ayans 
gaigné  la  verolle,  subit  l’appelil  ve- 
nerien  est  quasi  comme  esteint , et  la 
verge  se  rend  mollasse , et  tombent 
en  yne  tristesse  : puispeu  à peu  le  mal 
accrois!.,  accompagné  de  plusieurs  et 
diuers  accjdens,  comme  nous  auons 
dit.  A ceux  qui  ont  les  humeurs  sub- 
tils, suruient  la  pelade  : à autres,  vl- 
ceres  malinsel cacoél lies.  A quelques 
vns  suruiennent  des  dertres  et  feptes 
aux  mains  et  aux  pieds,  qui  procèdent 
d’vne  pituite  sallée. 

La  pelade  se  fait  d’humeur  sereuse 
introduite  sous  le  cuir,  qui  corrode 
la  racine  des  cheueux.  On  cognoist 
ladite  pelade  quand  on  void  déperdi- 
tion de  poil  à la  teste,  barbe  et  sour- 
cils. Elle  est  plustost  curée  par  l'onc- 
tion que  par  la  dieile.  Kondelet  escril 
que  pour  faire  renaistre  le  poil,  faut 
prendre  vne  iaupe  et  la  faire  bouil- 
lir, et  en  frotter  la  partie1. 

Lors  que  la  verolle  est  inuelerée, 
les  douleurs  sont  fixes,  et  ont  des  no- 
dosités, et  le  plus  souuent  dertres  aux 
mains,  op  aux  pieds,  et  ont  yne  cou- 
leur plombine  , et  pesanteur  fie  tout 
le  corps , et  sont  chagrins  et  mélan- 
coliques ‘i. 

' J’ai  transporté  ce  paragraphe  ici  comme 
étant  mieux  à sa  place  qu’au  chap.  3,  où  on 
le  lit  dans  les  éditions  ordinaires.  Il  date 
d’ailleurs  de  1579. 

a Ce  paragraphe  a été  ajouté  ici  en  1585,  et 
je  l’y  ai  laissé,  bien  que  ce  ne  soit  guère  sa 
place.  En  effet,  l’auteur  y revient  sur  les  si- 
gnes de  la  vérole  invétérée;  et  il  répète 
même  en  partie  ce  qu’il  avait  déjà  dit  dans 
'es  derniers  paragraphes  du  chapitre  pré- 
cédent. 


CHAPITRE  VI. 

OVELLES  CHOSES  IL  pAVT  SÇAVOIB  ET 

ENTENDRE  POVR  ENTRER  ES  I.A  CVttE 

PE  I.A  VEROLLE. 

Galien  afferme  que  toute  curation 
de  maladie  se  fait  par  j’vpe  de  ces 
trois  parties  de  medecine  çuratoirc, 
à sçauoir,par  dicte,  chjrurgie  , ou 
pharmacie,  ou  la  plupart  d’icelles 
ensemble.  Or  en  ceste  perqprse  e{ 
maligne  maladie,  loptesles  Irojssonf 
necessaires  :car,  comme  la  pharmacie 
a besoin  de  die{e  et  de  chirurgip, 
aussi  la  chirurgie  q besoin  de  diete  çt 
de  pharmacie.  EL  partant  il  faut  que 
le  chirurgien  ralionel  aye  la  connois- 
sance  de  trois  choses,  en  ^ignorance 
desquelles  gïst  le  defqifi  de  çprq|ion 
fie  toutes  maladies , c’est  à sçauoir 
l’essence  , cause  , et  qci  ifiens  fie  la 
maladie.  Aussi  la  diuersilé  des  tem- 
pératures, tant  generales  que  par- 
ticulières, auec  les  remedes  et  me- 
dicamens  propres  pour  la  curation 
d’icelles,  est  necessaire.  Car  sans  la 
conpoissapce  et  méthodique  afitpinis- 
traliop  fi’iceux.ne  se  pejfi  faire  cura- 
(ion , si  ce  ivest  par  cas  d’auenlure. 

Donc  pour  bien  curer  ceste  mala- 
die, il  faut  connoislre  les  choses  na- 
turelles, et  les  dépendances  d’icelles, 
pour  la  variété  des  corps  et  parties 
blessées  : car  il  faut  que  le  chirurgien 
méthodique  sçache  que  les  hommes 
d’habitude  fiure  et  robuste,  comme 
laboureurs,  nautonpiers,  forgerons, 
chasseurs,  erpeheteurs,  posfillpns,  cl 
autres  telles  gens  de  grand  trauail, 
endureront  medicamens  violens  et 
euacuations  plus  fortes  que  les  an- 
tres qui  sont  d’habitude  et  com- 
plexion  molle  et  délicate  , comme 
femmes,  eunuques  ou  ehastrés,  et 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE.  535 


ieunes  enfans  et  sédentaires.  Aussi, 
selon  la  température  de  cüacun  ma- 
lade , faut  diuersifier  les  remedes, 
comme  les  personnes  qui  sont  de 
complexion  cholérique,  sanguine,  de- 
mandent autre  forme  de  curer  que 
les  pituiteux  et  melancholiques.  Car 
encores  que  le  fondement  de  la  ve- 
rolle  ( comme  nous  auons  dit  ) soit  en 
l’alteration  de  l’humeur  pituiteux,  si 
est-ce  qu’il  s'ensuit  vice  et  corruption 
des  autres,  pour  la  température  des 
corps  et  abondance  des  humeurs. 
Mais  il  y a vn  tas  de  coquins,  impos- 
teurs et  maquerelles,  qui  traitent  fous 
malades  d’vn  seul  onguent,  ou  d’vnc 
décoction  de  gaiac  auec  vin  , ou  sans 
iceluy , adioustant  quelquesfois  me- 
dicamens  purgatifs,  et  font  vne  infi- 
nité de  fautes,  dont  les  pauures  ve- 
rollésdemeurent  estropiés  et  languis- 
sans  toute  leur  vie  '. 

A sçauoir,  si  au  commencement  de 
la  verolle  , comme  il  aduienl  que 
quelqu’vn  aura  vlcereà  la  verge,  ou 
à la  vulue,  pour  auoireu  compagnie 
d’vn  verolle  ou  verollée , s'il  faut 
promptement  purger  et  saigner.  Mon- 
sieur Rondelet  del’end  de  non  purger 
et  saigner,  de  peur  de  retarder  le  ve- 
nin verollique  à sortir  hors  , et  osier 

1 Ici  finissait  le  chapitre  dans  les  deux 
premières  éditions;  on  en  retrouve  les  élé- 
ments, et  jusqu’aux  phrases  textuelles,  dans 
VarliiïeCuration,  de  Thierry,  de  la  page  47  à 
la  page  55.  Mais  apiés  ces  idées  générales, 
Thierry  passait  à un  autre  article  intitulé 
les  Indications  particulières,  long  de  douze 
pages,  et  consacré  à l’exposition  des  théo- 
ries galéniques  les  plus  absurdes.  Après  quoi 
l’auteur  entrait  en  matière  par  la  Preserua- 
lion  de  la  vai.olle , pour  laquelle  il  recom- 
mandait une  eau  philosophique  de  son  inven- 
tion, à prendre  à l’intéoeur,  et  dans  la  com- 
position de  laquelle  il  n’entrait  pas  moins 
de  trente-quatre  substances.  Paré  a passé 
sous  silence  tout  ce  fatras. 


la  connoissance  pour  quelque  temps  : 
mais  il  faut  attirer  le  venin  au  de- 
hors, par  fomentations  et  lauemens, 
bains,  estimes,  emplaslres  de  Vigo 
curn  mercurio , onguents  vif-argen- 
tés appliqués  aux  aines  et  enlre-fes- 
son  , décoction  de  gaiac  donnée  en 
potion,  à fin  de  chasser  le  venin  ve- 
rollique hors,  et  luy  obtondre  sa  ma- 
lice : telles  choses  plus  soutient  gar- 
dent la  verolle  de  venir.  Aussi  qu’il 
nous  est  commandé  des  anciens,  de 
non  purger  ny  saigner  au  commence- 
ment des  piqueures  et  morsures  des 
chiens  enragés,  et  autres  bestes  veni- 
meuses, de  peur  d’attirer  le  venin  du 
dehors  au  dedans.  Parquoy  c’est  mal 
fait  de  purger  et  saigner  au  commen- 
cement de  la  verolle 


CHAPITRE  VII. 

LES  MOYENS  DE  CVRER  LA  VEROLLE  , 
ENSEMBLE  DV  BOIS  DE  GAIAC. 

Plusieurs  ont  cherché  et  expéri- 
menté diuersremedespour  la  curation 
de  ceste  maladie  : ma  s auiourd’hui , 
de  tous  elle  se  pratique  en  quatre 
maniérés  : la  première,  par  décoction 
de  gaiac.  La  seconde,  par  onctions. 
La  troisième,  par  emplaslres,  aus- 
quels  entre  le  furet , que  i’appello 
argent-vif.  La  quatrième,  par  par- 
fums A 

La  première  qui  se  fait  par  décoc- 
tion de  gaiac , n’est  pas  scure  , ce  qui 
est  manifesté  par  l’experience  : car  il 
n est  suffisant  pour  esleindre  ce  vi- 

1 Tout  ce  paragraphe  a élé  ajoutéen  1585. 

2 Thierry  ne  distingue  que  trois  maniérés-, 
mais  il  comprend  dans  la  seconde  les  onc- 
tions et  les  emplâtres,  qui  constituent  la  se- 
conde et  la  troisième  de  Paré.  üuvr.  cité, 
p.  67. 


530 


LE  SEIZIÈME  LIVRE  , 


rus,  mais  seulement  pour  pallier: 
parce  qu’il  eschauffe,  atténué,  pro- 
uoque  les  sueurs  et  vrines , desseiche 
et  consomme  les  humidités  super- 
flues : et  semble  qu'il  guarisse,  veu 
que  pour  quelque  temps  appaise  les 
douleurs,  et  autres  accidens.  Mais 
tous  ses  effets  sont  imbecilles,  et  ne 
fait  vacuation  que  du  plus  subtil  par 
les  sueurs  : mais  largent-vif  a toutes 
les  actions  du  gaiac,  et  sans  compa- 
raison plus  grande  puissance  et 
vertu  : car  outre  ce  que  l’on  voit  par 
expérience  qu’il  eschauffe,  atténué  , 
incise,  dissout,  résout  et  desseiche , il 
prouoque  sueurs  , vrines  , flux  de 
bouche,  et  ventre, par  lesquels  non 
seulement  les  humeurs  subtils  , mais 
aussi  les  gros  ( siégé  principal  de 
ceste  maladie  ) sont  euoqués  et  tirés 
dehors.  Or  apres  Fvsage  de  la  decoc 
tion  du  gaiac,  on  voit  quelquesfois 
retourner  les  noduset  plusieurs  dou- 
leurs , lesquelles  sont  causées  par  les 
reliques  des  humeurs  plus  lents,  es- 
paiset  visqueux,  délaissés  au  profond 
des  parties,  lesquelles  le  vif-argent 
chasse  et  tarit  entièrement  '. 

1 Ce  paragraphe  est  une  exacte  analyse 
d’un  article  beaucoup  plus  long  de  Thierry 
de  Héry,  pages  71  à 74  de  l’ouvrage  cité. 
Mais  on  lira  avec  intérêt  le  passage  que  j’en 
extrais  au  sujet  de  la  valeur  attribuée  au 
gaiac : 

« Quant  est  de  la  première  [maniéré),  qui 
se  faict  par  décoction  de  gaiac,  ie  ne  me  dé- 
libéré d’en  faire  icy  vn  traicté  : mais  vous 
déclarer  en  brief  ce  que  par  mes  assidues 
expériences  i’en  ay  cogneu  et  comprins  par 
l’aduis  des  plus  ralionelz  et  sufflsans  practi- 
ciens,  tant  de  mes  compaignons  chirurgiens 
que  des  principanlx  médecins  de  ceste  ville 
de  Paris,  auec  lesquelz  iournellemenl  som- 
mes appeliez  es  consultations,  ou  sainement 
et  charitablement  est  deuisé  (apres  la  co- 
gnoissance  de  la  maladie)  des  remedes  les 
plus  seurs  et  briefz  pour  la  cure  et  guérison 


Quant  à l'election  du  bois  de  gaiac, 
celuy  est  le  meilleur  qui  a le  tronc 
assez  gros , auec  vne  couleur  tannée 
tendante  à noirceur,  et  qui  est  recent 
et  gommeux,  et  de  bonne  odeur,  fort 
pesant,  auec  saueur  acre,  et  quelque 
mordication , ayant  l’escorce  fort 
adhérente  au  bois  : sa  faculté  est 
d’eschauffer , raréfier,  atténuer,  at- 
tirer, prouoquer  sueurs  et  urines,  et 
outre,  a quelque  chose  de  propre 
contre  le  virus  verollique 

Et  faut  icy  noter,  qu’en  iceluy  bois 
y a trois  facultés  : la  première  est  en 
l’esaorce  : la  seconde  est  en  la  partie 
d’apres  , qui  est  extérieure  et  blan- 
cheaslre  : la  troisième  est  le  dedans, 
ce  que  l’on  appelle  le  cœur,  qui  est  le 
noir,  toutes  lesquelles  doiuent  estre 
considérées. 

Car  la  première  substance,  qui  est 
l’escorce  , est  plus  seiche,  au  moyen 
de  quoy,  quand  il  est  besoin  de  fort 
desseicher , on  vsera  d’icelle  : la  se- 
conde est  moins  seiche , parce  qu’elle 
est  aucunement  plus  gommeuse  : non 
toutesfois  comme  la  troisième,  qui 
est  le  dedans,  pource  qu’elle  a plus 
d'humidité  gommeuse,  au  moyen  de 
quoy  peut  moins  desseicher.  Et  pour 
ce  és  corps  délicats , humides,  et  de 
rare  texture,  où  il  est  besoin,  pour 
la  conserualion  des  choses  qui  leur 
sont  naturelles,  moins  desseicher, 
l’vsage  de  la  deuxième  ou  troi- 
sième sera  plus  propre  : et  à ceux 

d’icelle.  Or,  entr’eulx,  l vsage  de  cette  dé- 
coction est  estimé  le  plus  doulx  et  moins  vio- 
lant : mais  il  ne  suffit,  pour  l’entiere  cure 
et  extirpation  de  ceste  maladie  : mesmes  ie 
leur  ay  maintes  fois  ouy  affermer  que  ja- 
mais ilz  n’auoyentveu  homme  perfectement 
guery  auec  seule  décoction  : ce  que  de  ma 
part  ie  suis  contrainct  leur  accorder,  pour 
l’infinité  d’expcrience  que  nous  en  auon* 
tous  les  iours.  » 


DE  LA  G BOSSE  VEROI.LE. 


qui  de  leur  nature  sont  robustes,  il 
faudra  d’autant  plus  desseiclier , et 
partant  l’vsage  de  l'escorce  leur  sera 
propre  auec  les  autres  susdits,  mes- 
lés  selon  qu’il  leur  sera  besoin  l. 

Or  quand  ie  parle  icy  de  l’escorce 
dudit  bois,  il  faut  entendre  qu’elle  ne 
soit  trop  vieille,  noire,  vermoulue  ou 
pourrie  : qui  se  fait  à cause  que  sou- 
uent  le  bois  est  demeuré  en  chantier 
au  bord  de  la  mer,  dont  l’escorce  se 
sera  altérée  et  pourrie:  aussi  que  les 
mariniers  mettent  le  bois  au  fond  de 
leur  nauire,  où  souuent  résidé  vne 
eau  puante etinfecle  : ioint  que  d’au- 
tres eaux  sales  et  ordes  tombent  d’en 
haut  dessus,  et  ce  le  plus  souuent  par 
longue  espace  de  temps.  Or  estant  les 
nauires  arriuésau  port,  le  distribuent 
et  le  vendent  à la  liure.  Les  apoticai- 
res  voulans  conseruer  leur  poids  , le 
mettent  en  leur  caue,  où  il  demeure 
bien  fort  long  temps-:  qui  fait  que  la- 
dite escorce,  encore  qu  elle  f.ist  toute 
recente,  se  chancit  et  pourrit,  voire 
sous  icelle  deux  ou  trois  doigts  dudit 
bois.  Et  parlant,  ie  conseille  n’ordon- 
ner l’escorce,  ny  du  bois  qui  est  trois, 
doigts  proche  d’elle. 


CHAPITRE  VIII. 

LA  MANIERE  DE  PREPARER  LA  DECOCTION 
DE  GAI AC. 

Et  premièrement,  il  le  faut  râper  , 
et  pour  liure  d’iceluy,  adiouster  huit, 
dix  ou  douze  liures  d’eau  de  riuiere  , 

1 Les  deux  paragraphes  qui  précèdent  sont 
une  analyse  de  l’article  de  Thierry  : La  des- 
cription du  bois  de  gaiac,  pages  14  à 78  ; mais 
le  paragraphe  suivant  appartient  à Paré,  et 
l’on  peut  même  remarquer  qu'il  y émet  une 
opinion  qui  n’est  pas  sans  quelque  contra- 
diction avec  ce  qui  précède. 


plus  ou  moins,  selon  que  l’on  verra 
estre  necessaire,  suiuant  les  indica- 
tions prédites  : et  le  faut  laisser  infu- 
ser par  l’espace  de  vingt-quatre  heu- 
res, et  l’eau  sera  quelque  peu  chaude, 
spécialement  l’hyuer,  à fin  qu’il  s'a- 
mollisse mieux,  et  pénétré  en  sa  sub- 
stance solide. 

Cela  fait,  la  décoction  doit  estre 
faite  pour  le  mieux  in  balneo  Maria, 
à fin  d’euiter  vne  empyreume,  c’est-à- 
dire  impression  ignée,  qui  s’acquiert 
par  bouillir  simplement  deuantle  feu. 
Autres  le  font  en  vn  pot  de  terre 
plombé  deuant  le  feu  : et  faut  garder 
que  rien  ne  s’enfuye  par  dessus,  pour 
l’euaporation  et  la  déperdition  qui  se 
feroit  de  sa  vertu  Cela  fait , soit  con- 
sommé à la  moitié,  tierce , ou  quarte 
partie,  selon  qu’il  sera  requis.  Au- 
cuns y meslent  en  le  cuisant  certains 
simples  pour  cuider  rendre  son  action 
meilleure  : comme  lors  que  l’on  doute 
qu’il  y aye  quelque  partie  affectée , y 
meslent  simples  qui  spécialement  ont 
esgard  à icelle,  lesquels  opèrent  com- 
me en  propre  suiet,  et  seruent  comme 
de  véhiculé  pour  y conduire  la  faculté 
de  ladite  décoction.  Autres  mettent 
medicamens  purgatifs  : mais  quand 
à moy,  ie  serois  d’auis  (sauf  meilleur 
jugement)  n’y  mesler  aucun  simple1, 
parce  qu’il  n’est  bon  faire  deux  va- 
cuationsensemble,  comme  prouoquer 
la  sueur,  et  purger  le  ventre  : car  si  le 
malade  sue  beaucoup  , le  ventre  ne 
peut  Huer  : aussi  s’il  a flux  de  ventre, 
ne  peut  suer , parce  que  ces  deux 
mouuemens  sontcontraires:  parquoy 
ne  doiuent  estre  faits  ensemble,  d'au- 
tant que  le  médicament  purgatif  tire 
de  la  circonférence  vers  le  centre,  et 

1 L’édilion  de  1575  disait  seulement  ici -• 
Craignant  luy  osier  ou  diminuer  ses  vertus.  El 
tel  esi  l’aduis,  etc. 


538 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


la  sueur  tout  au  contraire.  Et  tel  est 
l’atluis  de  plusieurs  grandspersonna- 
ges  et  doctes  médecins. 

La  première  décoction  faite,  coulée 
et  passée,  l'on  remettra  auec  le  marc 
du  bois  ja  cuit  autant  d’eau  sans  le 
laisser  plus  tremper,  parce  qu’il  est 
assez  macéré , puis  on  le  fera  bouillir 
comme  la  première  : en  laquelle  on 
peut  adiouster  à la  fin  vn  peu  de  ca- 
ndie pour  l'aromatiser  et  roborer 
l’estoniacb  : car  en  ce  faisant,  on  ne 
luy  peut  osier  sa  vertu  : et  d’icelle  dé- 
coction, le  malade  en  vsera  à ses  re- 
pas, et  en  Ire  iceux  s’il  a soif1. 

le  laisse  ici  à descrire  qu’aupara- 
uanl  que  le  malade  prenne  de  ladite 
décoction  doiteslre  purgé  et  saigné 
selon  l’aduisdu  docte  Médecin , et  s’il 
est  en  besoin  : pareillement  qu’il  soit 
en  vnechambrebienchaudeenhyuer, 
et  qu’il  ne  sorte  nullement  dehors  : 
et  si  c’est  en  esté  , ne  laissera  d’aller 
quelquesfois  <i  ses  affaires  La  dose  ou 
quanliléde  ladite  décoction  estdecinq 
à six  onces,  plus  ou  moins  , bien  peu 
tiede,  à fin  que  elle  soit  pluslost  ré- 
duite de  puissance  à effet , et  que  par 
sa  froideur  actuelle  l’estomacb  n’en 
fust  blessé  : et  apres  le  malade  sera 
couuert  médiocrement , à fin  qu  il 
sue  : et  où  à grande  difficulté  sueroit, 
la  sueur  lui  seroit  prouoquée  par  le 
moyen  de  bouteilles  de  terre,  rem- 
plies d’eau  chaude,  mises  à la  plante 
des  pieds  : et  autour  des  parties  dou- 

1  Tout  ce  qui  précède  est  extrait  de  La 
maniéré  de  préparer  le  gaiac,  pages  7S  à S2 
du  livre  de  Thierry.  Il  faut  noter  cependant 
que,  pour  ce  qui  concerne  l’addition  d’au- 
tres médicaments , Paré  émet  une  opinion 
absolument  opposée  à celle  de  son  ami; 
Thierry  considère  en  effet  que,  la  vérole 
étant  rarement  une  maladie  simple,  il  n’est 
impertinent  de  mêler  au  gaiac  d’autres  remè- 
des qui  satisfassent  à toutes  les  indications. 


loureuses  , on  lui  appliquera  vessies 
à demy  remplies  de  ladite  décoction 
chaude  : d’abondant  deuant  que  le 
mettre  au  lit , on  luy  frottera  tout  le 
corps  auec  linges  chauds  , à fin  ti’ou- 
urir  les  pores,  attirer  et  subtilier  les 
humeurs.Quand  il  aura  sué  par  deux 
heures  ou  enuiron , selon  que  les  for- 
ces le  permettront , on  luy  essuyera 
premièrement  les  parties  o;  posites 
dos  douleurs,  si  aucunes  en  y a : puis 
doucement  les  dolentes,  pour  crainte 
d’attirer  d’auanlage  d'humeurs.  Cela 
fait, se  rafreschira  en  son  lit,  euilant 
le  froid,  et  deux  heures  apres  il 
pourra  disner  de  bonnes  viandes , et 
en  petite  quantité,  selon  sa  nature  et 
coustume,et  la  puissance  de  sa  bour- 
se. Puis  enuiron  cinq  ou  six  heures 
apn  s disner,  prendra  de  la  décoction, 
et  sera  mis  au  lit  comme  dessus.  Et 
où  le  malade  auroità  desdain  se  met- 
tre deux  fois  le  iour  dedans  le  lit,  ou 
qu’il  fust  aucunement  foible,  il  se 
pourra  tenir  chaudement  sans  se  cou- 
cher. Car  en  cores  qu'il  ne  sue  (les  po- 
res estants  ouuerts),ne  laisse  pour- 
tant à se  faire  grande  exhalation  des 
vapeurs  et  esprits  venimeux  et  cor- 
rompus , comme  il  est  bien  à croire  : 
veu  que  ceux  qui  couchent  auec  gens 
infectés  de  telle  maladie,  gaignent 
bien  la  verolle  par  la  réception  des 
vapeurs  venimeuses.  11  faudra  qu’il 
continue  les  choses  susdites,  tant  que 
l’on  verra  eslre  vtilepour  la  curation 
de  ceste  maudite  et  détestable  mala- 
die. Par  inlerualle  il  sera  très  expé- 
dient qu’il  vse  de  quelques  purga- 
tions, pendant  qu’il  prend  ladite  dé- 
coction , ou  des  clysteres,  de  quatre, 
cinq  ou  six  iours,  pour  nettoyer  les 
intestins  et  premières  veines  des  ex- 
crements  recuits  et  desseh  liés  par  la 
chaleur.  La  dicte  de  gaiac  est  fort 
propre,  principalement  pour  la  cure 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


des  nodus , d’autant  qu’elle  con- 
somme l'humidité  superflue,  et  ma- 
tière visqueuse  imbue  aux  os.  Or  il 
faut  iey  noter,  qu’aucuns  empiriques 
donnent  la  décoction  laxaliue,  et  font 
suer  tout  ensemble:  ce  qui  est  contre 
le  precepte  des  anciens.  Car  à celuy 
qui  sue  beaucoup , le  ventre  ne  peut 
Aller  : et  s'il  a le  flux  de  ventre  , ne 
pourra  suer.  Parqupy  on  ne  doit  en- 
semble purger  et  faire  suer,  d’autant 
quecesontdeux  mouuementsconlrai- 
res,  comme  i’ay  dit  cy  dessus.  Car  la 
purgation  attire  de  la  circonférence 
vers  le  centre  , et  la  sueur  tout  au 
contraire.  L’usage  de  ladite  décoction 
durera  six  sepmaines.plus  ou  moins, 
selon  la  grandeur  de  la  maladie , et 
tempérament  du  malade,  et  le  temps 
de  l'année  II  faut  bien  auoir  esgard 
à bailler  de  ladite  décoction  discrète- 
ment , et  à quelques- vns moins,  com- 
me à ceux  qui  ont  grande  chaleur  au 
corps,  et  qui  sont  émaciés,  et  qui  ont 
des  scames  et  defedalions  de  cuir 
estant  sec  et  aride  : qui  demonslre 
vue  grande  adustion , et  quasi  inciné- 
ration de  toute  l'habitude  du  corps  , 
de  peur  qu’ils  ne  soient  rendus  ladres. 
Mais  an  contraire  il  les  faut  pluslost 
humecter  et  rafreschir,  tant  par  de- 
dans que  par  dehors,  auec  bains, 
onguens,  sans  que  le  furet  y entre,  et 
autres  choses  pour  lemperer  la  trop 
grande  chaleur  et  siccilé.  Apres  l’a- 
uoir  ainsi  lemperée,  faut  venir  à la 
friction,  et  non  à la  décoction  : tou- 
tesfois  on  luy  en  peut  donner  vn  peu 
qui  soit  aqueuse  deuant  la  friction  , 
pour  tousiours  d’auantage  l’humec- 
ter  L 

1 Tout  ce  paragraphe  offre  une  analyse 
admirable  de  concision  et  de  netteté  du  long 
article  de  Thierry  : Le  temps  pour  l vsage  de 
telle  décoction,  qui  n’occupe  pas  moins  de 
neuf  pages  (p.  82  à 91).  Thierry  s’élève  aussi 


539 

Lors  que  le  malade  prend  de  la  dé- 
coction , vsera  de  viandes  de  bon  suc 
en  quantité  médiocre  : considérant 
que  la  trop  grande  diete  aux  maladies 
longues,  est  périlleuse.  Or  il  est  ainsi 
que  ceste  maladie  est  des  plus  lon- 
gues, et  leur  faisant  vser  d’vne  trop 
cslroile  diete,  ils  deuiennent  émaciés 
et  hectiques  : et  s'ils  ont  vlceres , se 
rendent  quejquesfois  rebelles  et  incu- 
rables. Parquoy  le  chirurgien  ne  doit 
chausser  tous  malades  à vne  forme , 
comme  leur  donner  seulement  trois 
ou  quatre  onces  de  pain  ( encores  bis- 
cuit) dix  ou  douze  pruneaux  : mais 
vseront  plustost  de  chair  rostie  , ou 
bouillie,  selon  qu’il  sera  necessaire  , 
comme ieunes  moutons,  veaux,  ché- 
ureaux,  connins  de  garennes,  pou- 
lettes faisandées,  alloüettes  grasses, 
merles,  et  leurs  semblables  : parce 
que  le  suc  de  telles  viandes  est  meil- 
leur, pour  la  similitude  qu’il  a auec 
nous,  que  cesluy  de  pruneaux.  Leur 
pain  doitestrede  forment  bien  leuéet 
bien  cuit,  ny  trop  tendre,  ny  trop  dur. 
Leur  boire  sera  de  la  seconde  décoc- 
tion de  gaiac  ; cl  si  le  malade  esloit 
trop  debile,  on  lui  donnera  du  vin  , 
non  trop  furt,ny  fumeux,  mais  petit 
et  délicat,  principalement  apres  le 
premier  trait  de  ladite  décoction.  pt 
quant  au  dprmir,  il  l’euitera  promp- 
tement apres  le  disner  et  souper  , 
parce  que  tel  dormir  remplit  le  cer- 
ueau  de  vapeurs  , augmentant  les 
douleurs.  Faut  euiter  toutes  passions 
d’esprit , à cause  qu’elles  enflambent 
les  esprits  : à quoy  luy  seruira  beau- 
coup passer  le  temps  à quelque  chose 
joyeuse,  comme  deuiser,  ioüer  des 

contre  ceux  qui  administrent  à la  fois  et  la 
décoction  et  les  laxatifs;  mais  il  a trouvé  de 
grand  effect  de  donner  de  eeux-ci  tous  les 
quatre,  cinq  ou  six  jours.  On  voit  que  Paré  le 
suit  trace  à trace. 


54o 


LE  SEIZIÈME  LIVRE  , 


instrumeDS  musicaux  , aussi  lire  cho- 
ses facétieuses.  Il  faut  extrêmement 
fuir  Venus,  pour  la  débilitation  des 
parties  nerueuses  L 

Plusieurs  au  lieu  de  gaiac  vsent  de 
l’esquine,  qui  est  vne  racine  d’vn  cer- 
tain jonc,  croissante  aux  Indes  , fort 
noueuse,  rare,  pesante  lorsqu’elle  est 
recenle,  et  fort  legere  quand  elle  est 
vie  lie  : laquelle  legereté  demonstre 
n’est  re  bonne,  ayant  perdu  sa  vertu  : 
elle  est  sans  odeur,  dont  quelques-vns 
tiennent  qu  elle  est  sans  qualité. 

P réparation  de  l’esquine. 

Il  faut  la  diuiser  en  petites  pièces 
rondes,  et  la  faire  cuire  en  eau  de  fon- 
taine , ou  de  riuiere  : et  d’icelle  en 
boiuentlesmaladesmatin  etsoir.  Elle 
doit  eslre  cuille  trois  fois.  La  seconde 
et  troisième  décoction  se  doit  faire 
auec  moindre  quantité  d’eau  que  la 
première  , ou  doit  bouillir  plus  long- 
temps que  la  première,  l’ayant  fait 
plustost  tremper  l’espace  de  douze 
heures. 

IJ  ordonnance  est  telle. 

24.  Radie,  chynæ  in  taleos  diuisæ,  ^ . ij. 

Aquæ  fontis  ft.  xij. 

Infundantur  per  xij.  horas,  et  decoquantur 
ad  consumptionem  tertiæ  partis. 

Et  de  ceste  décoction  en  faut  pren- 
dre le  matin  la  quantité  de  six  onces 
à chaque  prinse,vn  peu  tiede,  et  suer 
dedans  le  lit.  La  seconde  décoction 
soit  faite  de  la  mesme  racine  qui  aura 

'Tout  ce  paragraphe  est  également  ana- 
lysé de  l’article  de  Thierry  : Le  régime  en 
l’vsage  de  la  décoction  degaïae,  p.  91  à 9G. 

Thierry  passe  ensuite  immédiatement  à 
la  seconde  maniéré  de  curer  par  friction;  il 
ne  dit  rien  de  l’emploi  de  la  squine,  ni 
de  la  salsepareille.  Paré  n’en  avait  pas  fait 
mention  non  plus  dans  sa  première  édi- 
tion; et  tout  ce  qui  va  suivre,  à l’exception 
du  dernier  paragraphes  été  ajouté  en  1579. 


esté  bouillie  : le  patient  en  peut  boire 
en  ses  repas  et  entre  ses  repas.  Au- 
cuns la  font  encore  reboüillir  pour 
en  faire  une  tierce  décoction,  qui  ne 
peut  auoir  grande  vertu. 

De  la  salseparille  se  fait  mesme  dé- 
coction que  de  l’esquine. 

Le  gaiac,  l’esquine,  et  la  salsepa- 
rille, et  autres  prouoquans  la  sueur, 
ne  le  font  seulement  par  leur  chaleur, 
mais  par  leur  qualité  et  tenuité  de 
substance  fondante,  poussée  par  vn 
peu  d’astriction  L 


CHAPITRE  IX. 

LA  SECONDE  MANIERE  DE  CVRER  LA 
VEROLLE,  P A R FRICTION2. 

La  seconde  maniéré,  qui  est  l’onc- 
tion ou  friction,  est  la  plus  certaine 
et  necessaire  à la  cure  de  ceste  mala- 
die, non  toutesfois  en  toutes  les  espe- 
ces et  dispositions  d’icelle,  ny  en  tout 
temps.  Car  où  la  maladie  seroit  inue- 
terée,  faite  d’vn  humeur  lent,  gros  , 
visqueux , et  adhérant  aux  parties  so- 
lides, comme  nodosités  aux  os,  lors 
tant  s’en*faut  que  la  friction  immé- 
diatement en  tel  cas  soit  commode, 

' Ce  paragraphe  date  seulement  de  1 585. 

2 Ce  chapitre  est  calqué  sur  l’article  de 
Thierry  qui  porte  le  même  titre,  cl  qui  s’é- 
tend de  la  page  96  à la  page  101.  Toutefois 
Paré  s’écarte  quelque  peu  de  son  auteur; 
ainsi  Thierry  prépare  ses  malades  avec  la 
décoction  de  gaiac,  dans  laquelle  même  il 
fait  bouillir  leur  viande;  il  recommande  en 
outre  des  bains,  puis  des  frictions  de  médi- 
camenls  gras  et  onctueux,  en  évitant  d’y 
ajouter  du  mercure;  et  enfin  quelquefois 
il  fait  précéder  ces  frictions  préparatoires 
par  les  estuues  seiches. 

I.es  indications  qui  doivent  faire  cesser 
les  frictions  mercurielles  ne  se  trouvent  pas 
dans  cet  article  de  Thierry. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


que  mesmes  on  pourroit  tuer  le  ma- 
lade, siauparauanton  n’auoit  amolli, 
digéré  et  préparé  l’humeur,  anec  les 
emplaslres  de  Vigo  : mais  quand  elle 
est  recente,  auec  douleurs  mobiles, 
et  plusieurs  pustules  et  vlceres  à la 
gorge , et  parties  honteuses  , on  se 
passera  de  telles  choses,  principale- 
ment si  on  connoist  la  matière  eslre 
préparée.  Et  se  faut  garder  de  mettre 
le  malade  pléthorique  à la  friction  , 
deuant  que  le  corps  soit  bien  purgé 
des  excremens,  à fin  qu’il  ne  soit  fait 
plus  grande  attraction  que  ne  peut 
estre  euacuée  par  la  sueur.  Qu’il  soit 
vray, a on  veu  plusieurs  qui  apres  les 
onctions  ont  eu  grandes  douleurs,  et 
leur  sont  suruenus  des  nodus,  n’en 
ayant  iamais  senti  auparauant:  par- 
ce que  la  matière  la  plus  subtile 
auoit  esté  résolue,  et  la  crasse  estoit 
demeurée  et  auoit  esté  attirée  aux 
parties  extérieures , et  non  euacuée. 
Donc  apres  les  choses  vniuerselles, 
faut  venir  à la  friction  , laquelle  sera 
continuée  tant  qu’il  suruienne  flux  de 
ventre,  et  auec  ce  l’haleine  du  ma- 
lade sera  fetide  , et  les  genciues  en- 
flées, et  la  langue.  Telle  chose  mons- 
tre que  la  pituite  est  enflammée. 
Parquoy  faut  cesser  la  friction  , et 
changer  de  linceuls  et  de  chemise,  de 
peurque  le  malade  n’cust  trop  grand 
flux  de  bouche  >. 


CHAPITRE  X. 

DE  L'ELECTION,  PREPARATION,  ET  MIX- 
TION DE  L’ARGENT-VIE  2. 

Le  meilleur  est  clair,  subtil , blanc 
et  fluide  : et  celuy  qui  est  terne , non 

1 Ces  mois  ; De  peur  que  le  malade,  elc.,  da- 
tentseulemcnt  de  l’édition  posthume  de  159S. 
J L’édition  de  1575  contenait  ici  un  cha- 


54l 

fluide,  est  meslé  auec  du  plomb,  et 
falsifié.  Or  pour  le  bien  nettoyer,  on 
le  fera  passer  au  trauers  d’vne  peau 
de  mouton  , et  en  pressant  pénétrera 
au  trauers  de  ladite  peau  par  sa  sub- 
tilité, et  y laissera  sa  substance  grosse 
elplombine  : puis  on  le  fera  boüillir 
en  vinaigre  auec  sauge,  rosmarin, 
thym,  camomille,  melilot,  apres  sera 
de  lechef  coulé  : et  estant  ainsi  pré- 
paré, on  le  pourra  mesler  auec  les 
onguens  et  emplaslres.  Et  pour  le 
bien  esteindre,  le  faut  long-temps 
agiter  et  battre  en  vn  mortier,  à fin 
de  le  séparer  en  parties  tenuissimes , 
pour  lui  oster  le  moyen  de  se  reiinir 
en  son  premier  corps  : et  pour  mieux 
ce  faire  on  adioustera  vn  peu  de 
soulphre  et  sublimé  , comme  dirons 
cy  apres.  Le  plus  souuent  on  le  mesle 
auec  axonges  de  porc,  ausquelles  011 
peut  adiouster  oleum  hrebenlhinœ, 
nucis  moscatœ,  caryopliyllorum,  sal- 
utœ.  Si  auec  icelle  maladie  il  y auoit 
leucophlegmatie , il  faut  adiouster 
remedes  chauds,  attenuans  incisifs, 
et  dessicatifs  au  médicament  dont 
la  friction  sera  faite,  et  lors  qu’il  fau 
dra  penetrer  iusques  en  la  substance 
des  os.  Au  contraire  , si  c’est  à vue 
température  bilieuse , et  que  l’on  voit 
les  humeurs  chauds  et  ténus  presls  à 
s’enflamber,  nous  y adiousterons  me- 
d ica  mens  moins  chauds,  attractifs  et 
résolutifs.  Aussi  quand  l’on  verra  des 
nodosités,  scirrhes  ou  resiccation 
generale  de  tout  le  corps,  on  y mes- 
lera  des  remollitifs  et  humectatifs  *. 

pitre  entier  intitulé  : De  la  propriété  de  iar- 
gent-vif,  qui  a été  retranché  des  suivantes. 
Ce  n’est  toutefois  qu’un  changement  de 
place,  et  nous  le  retrouverons  notablement 
augmenté  à la  tin  du  livre  Des  venins. 

' Ce  paragraphe  est  extrait  de  l’arlicleZte 
la  préparation  de  l'argent-vif  de  Thierry  , 

p.  144à  J 49.  Je  noterai cependantqueThier- 


54 1 


Lfi  seizième  livré, 


Or  pour  donner  consistance  à tels 
linimens  , i'ay  couslume  y adiousler 
pour  liure  . quatre , cinq , ou  six 
moyeux  d’œufs  durcis,  et  par  tel 
moyen  le  médicament  acquiert  vne 
bonne  consistance. 

Exemple  du  médicament  de  de  Vigo. 

If.  Axungiæ  porci  tb.  j. 

Olei  camoin.  anet.  masl.  et  lauri  ana 
5-  j- 

Stiracis  liquidæ  3.  x. 

Radicum  enulæ  campanæ  parum  con- 
trilæ , radicum  ebuli  ana  g . iij. 

Pul.  euphorbij  3.  G. 

Vini  odoriferi  tb.  j« 

Bullianl  omnia  simul  vsque  ad  cotisunipt. 
vini,  deinde  colentur,  euicoiaturæ  addc: 
Lilharg.  auri  § . vj. 

Thuris,  masliches  ana.  3.  vj. 

Resinæ  pini  5 . j.  G. 

Therebentinæ  Venetæ  g . j. 

Argent!  viui  3 . iiij. 

Ceræ  albæ  § . j.  G . 

Liquefactis  oleis  cum  cera  incorporentur 
omnia  simul,  fiat  linimentum  ad  vsum. 

Autre. 

if-  Argenti  viui  præparati  5 . vj. 

Sublimât.  3.  G . 

Sulpbur.  viui  g . G. 

Axungiæ  porci  sal.  expertis  Ib.j. 

Vitcllos  ouorum  sub  cinerib.  coctor.  iij. 
Olei  terebinth.  et  laurini  ana  g . ij. 

Fiat  linimentum  vtartisest. 

Le  moyen  de  le  faire  sera  en  cesle 
maniéré  : Premièrement  vous  pulue- 
riserez  subtilement  le  subiimé  et  le 
soulpbre  : puis  mettrez  \ ncporlion  de 

ry  ne  fait  point  ment  on  de  l’éprcuvcdu  mer- 
cure par  la  peau  de  mouton.  Tout  le  reste 
du  chapitre  est  étranger  a l'œuvre  de  Thierry. 

Ou  voit  par  la  comparaison  des  renvois  à 
cet  ouvrage  que  nous  sautons  ici  43  pages 
consacrées  parThierry  à établir  les  propriétés 
de  t'argent-v/f.  Paré  en  avait  cependant  tiré 
parti;  mais  il  a ensuite  renvoyé  sou  extrait 
â une  autre  place.  Voyez  la  note  précédente. 


vif-argent, ensemble  vnpeu  d’axon  go, 
puis  vn  morceau  de  moyeu  d’œuf,  en 
remuant  le  lout  fort  diligemment  : et 
le  tout  estant  bien  incorporé,  adious- 
terez  encores  autant  de  vif-argent , 
d’axonge  et  d'œuf,  lusques  à ce  que 
tout  soit  bien  incorporé , et  sus  la  fin 
adiouslerez  vos  huiles,  en  agitant  le 
tout  ensemble  l'espace  d’vn  iour  : 
par  ainsi  aurez  vn  onguent  de  lionne 
consistance,  duquel  i’ay  plusieurs 
fois  vsé,  auec  bonne  et  heureuse  is- 
sue. Ladite  axonge  doit  cuire  aupa- 
rauant  auec  les  herbes  neruales , 
Comme  sauge  , rosmarin , thym,  mar- 
jolaine, lauande,  et  autres  aromati- 
liques,  selon  que  l’on  pourra  recou- 
urer1  : l’axonge  par  telle  cuisson,  est 
rendue  plussubtile  etconfortaliuedes 
parties  que  la  verolle  offense. 

Les  onguens  se  font  pour  attirer  la 
matière  virulente  du  dedans  au  de- 
hors, par  les  pores  du  cuir,  par  sueur, 
et  par  insensible  transpiration  : par- 
quoy  ils  doiuent  estre  relaschans , 
rarefactifs  , et  attractifs.  L’axonge  de 
porcy  est  fort  propre  , parce  qu'elle 
relasche,  amollit,  et  resoull  facile- 
ment le  vif-argent.  L’huile  laurin  , 
d’aspic,  rue,  y sont  pareillement 
bonnes , à cause  qu’elles  raréfient  et 
digèrent,  et  sedent  les  douleurs.  La 
terebenthine  y est  aussi  fort  commode, 
à raison  qu  elle  suffoque  et  esleint  le 
vif-argent , eschauffe  modérément , 
digéré  et  euacue,  et  robore  les  parties 
nerueuses.  Le  vif-argent  est  le  vray 
antidote  de  ceste  maladie,  parce  qu  il 
la  cure  en  quelque  sorte  qu’il  soit  ap- 
pliqué : il  esmeut  les  sueurs,  dessei- 
che , à cause  de  la  tenuité  de  ses  par- 
ties. C’est  le  furet2,  et  le  vray  alexi- 

r Le  chapitre  finissait  ici  en  1575;  tout  le 
reste  est  de  1570. 

• Les  édition*  de  1579  et  1585  portaient 


DE  LA.  GROSSE  VEROLLE.  5^3 

benings , tant  syrops  concoctifs,  que 


tere  de  ceste  maladie  et  accidens, 
pourueuque  le  chirurgien  eu  sçache 
vser  méthodiquement. 

•S’ensuit  vn  onguent  pris  de  la 
pratique  de  Rondelet,  au  Traité  delà 
vero! le,  propre pourseder  les  douleurs 
de  teste  et  des  jointures.  Or  il  sede  les 
douleurs  en  eschauffant  la  matière 
verollique  , en  la  fondant  et  en  eua- 
cuant  par  sueurs,  par  flux  de  bouche, 
et  flux  de  ventre. 

1£.  Quatuor  vnguentcrum  calid. ' ana  q.  s. 
Axungiæ  porci,  olei  Jaurini,  anelhi,  iiini 
ana  5 . ij. 

Olei  de  spica  5 . j. 

Argenti  viui  5 . vj. 

Terebenlliinæ  loiæ  in  aqua  vitæ  g.  ilj. 
Fiat  vnguenlum. 

S il  y a des  nodus,  on  appliquera 
dessus  ceste  emplastre  : 

"if..  Emplaslri  de  Vigo  cum  mercurio  dupli— 
cato  § . ii ij. 

Pul.  euphorbij  et  iris  ana  5.j. 

Le  tout  malaxé  auec  terebenlhine 
lauée  en  eau  de  vie  : et  soit  appliqué 
sur  les  nodus. 


CHAPITRE  XI. 

LA  FORME  D’EXECVTER  LADITE 
FRICTION  2. 

Estant  donc  le  corps  et  les  humeurs 
préparés  auec  medicamens  doux  et 

ifi  • Le  theriaque  et  milhridat  contrarient  au 
virus  verollique  : mais  le  vif-arjent  est  le  fu- 

rel>  e^Ci  ha  suppression  est  de  la  première, 
édition  posthume  ; c’est  pourquoi  j’ai  cru 
devoir  m’y  conformer. 

1 Les  ongucns  chaudssont  Alartiatum,  Ara- 
gon, Agrippa,  Diallhca.  — A.  P. 

Voici  un  des  exemples  les  plus  remar- 
quables de  la  liberté  avec  laquelle  Paré  en 


médecines  purgatiues,  et  section  de 
veine  s’il  y auoit  plénitude,  inflam- 
mation generale  ou  particulière,  ou 
autres  indications,  pour  lesquelles 
auras  recours  au  médecin  : le  patient 
sera  mis  en  vn  lieu  chaud  naturelle- 
ment , ou  par  artifice,  exempt  de  tout 
vent  froid  , lequel  (pénétrant  parles 
portes , fenestres , ou  semblables  ou- 
uertures)  est  en  ce  cas  fort  pernicieux 
et  nuisible,  pour  ce  qu’il  peut  pene 
trer  et  faire  lésion  aux  parties  ner- 
ui  uses,  et  aussi  diminuer  et  deprauer 
l’action  des  medicamens.  Et  en  cecy 
plusieurs  faillent  grandement,  les- 
quels autant  l'hyuer  comme  l’esté, 
frottent  les  patiens  en  vue  grande 
chambre  commune , où  tous  vents 
peuuent  transpirer.  El  pour  ce,  quand 
ladite  friction  se  fera , sera  bon  auoir 
linceux  et  couuertures  eslendues  à 
l’enniron  du  feu  en  forme  de  demy 
pauillon , pour  en  toutes  sortes  se 
garder  de  l’air  froid.  Mais  ie  n’ay 
trouué  chosemcilleure  ny  plus  propre 
à cecy,  que  de  faire  eri  la  chambre 
vne  petile  chambrette,  où  deux  per- 
sonnes puissent  demeurer,  et  au  des- 
sous faire  quelque  petit  poisle,  ou  en- 
fermer  vue  partie  d vne  grande 
chambre,  et  icelle  eschauffée  médio- 
crement, y frotter  le  patient,  sans 
qu’il  puisse  sentir  aucun  vent  : et  là 
demourera  assis  (si  bon  luy  semble) 
trop  plus  long  temps,  et  auec  moindre 
fasoherie  qu’il  n’eust  fait  deuant  le 
feu  : et  si  aura  la  chaleur  vniuerselle- 
ment  et  egalement  par  tout  le  corps, 
où  s’il  eust  esté  deuant  le  feu  , il  se 

usait  à l’endroit  des  auteurs  qu’il  suivait. 
Tout  ce  chapitre  est  copié  à quelques  mots 
près,  de  l’article  de  Thierry  qui  porie  le 
même  titre,  page  1 4ü  de  son  livre,  même 
cette  phrase  qui  semble  personnelle  à l’é- 
crit ain  : Mais  ie  n’ay  trouué  , etc. 


544  LE  seizième  livre 


fust  bruslé  d’un  costé  et  morfondu  de 
l’autre  , qui  sont  mouuemens  et  cho- 
ses contraires  à ce  que  demandons. 
Aussi  où  le  patient  seroit  débité,  ne 
pouuant  endurer  la  chaleur  du  feu  , 
ou  eslre  debout,  ou  ne  voudroit 
s’exposer  nud  deuant  ceux  qui  le 
traiteroient  (comme  entre  autres 
font  les  femmes  honnestes  et  honteu- 
ses en  ce  cas)  estant  couché  dedans 
le  lit,  on  pourra  lui  frotter  les  par- 
ties les  vnes  apres  les  autres:  comme 
ayant  présenté  un  bras  hors  le 
le  lit , et  luy  auoir  frotté  les  articles 
d’iceluy  auec  l’onguent  préparé,  au 
dessus,  ou  près  d'vn  petit  feu  de 
charbon,  mis  dans  vn  rescbaut  ou 
poêle  rougie , pour  rectifier  l’air,  et 
pour  donner  entrée  aux  medicamens 
on  luy  enueloppera  d’estouppes,  ou 
de  cotton  cardé,  de  compresses  de 
linge,  d’vne  fueille  de  papier  noir, 
ou  autre  semblable  : puis  on  le  ban- 
dera et  remettra  dedans  le  lit,  en  fai- 
sant autant  à l’autre  bras  : pareille- 
ment des  articles  des  iambes,  et  des 
autres  parties. 


CHAPITRE  XII. 

LE  TEMPS  DE  LA  FRICTION1. 

La  friction  se  fera  le  malin , lors 
que  la  concoction  et  digestion  sera 
parfaite,  et  l’estomach  2 et  intestins 
deschargés , à fin  qu’il  ne  se  face 

1 Ce  que  j’ai  dil  du  chapitre  précédent 
convient  presque  absolument  à celui-ci.  Le 
titre  est  pris  d’un  article  de  Thierry,  p.  1 ôO, 
et  le  texte  en  est  à très  peu  près  littérale- 
ment copié,  même  quand  Paré  semble  par- 
ler à la  première  personne.  Pour  donner 
une  idée  de  l’emprunt,  je  noterai  toutes  les 
modifications  que  Paré  a laites  au  texte  de 
Thierry. 

1 Thierry  dit  : et  le  ventricule. 


subuersion  d’icelle , et  distraction  des 
operations  de  nature.  Mais  où  nature 
serait  dobile  , le  patient  pourroit  vne 
heure  deuant  la  friction  prendre 
quelque  gelée,  moyeu  d’vn  œuf,  ou 
cinq  ou  six  raisins  de  damas  les  pépins 
estans  ostés1,  ou  quelque  consommé, 
et  autre  chose  semblable  de  facile  di- 
gestion , et  en  petite  quantité,  pour 
n’empescher  nature  à la  concoction 
d iceux.  Puis  faudra  commencer  la- 
dite friction  aux  articles  seulement , 
comme  des  mains,  coudes,  espuules, 
pieds , et  genoux.  Mais  où  le  patient 
sera  fort , et  où  sera  besoin  plus  fort 
esmouuoir,  on  en  pourra  appliquer 
aux  emoncloires  des  parties  nobles, et 
je  long  de  l’espine  dorsale,  auec  proui- 
dence  et  discrétion,  euilanl  sur  toutes 
choses  les  parties  nobles  (comme  nous 
auons  prédit  en  nos  indications),  à fin 
de  ne  faire  comme  ces  malheureux , 
lesquels  frottent  indifféremment  tout 
le  corps,  depuis  la  plante  des  pieds 
iusques  à la  sommité  de  la  teste.  Et 
en  ces  frictions  faut  considérer  la  si- 
tuation des  symptômes  : comme  pour 
exemple,  si  les  parties  supérieures 
sont  plus  affectées,  la  friction  sera 
plus  copieuse  en  icelles . et  ainsi  des 
inferieures  : mais  il  faudra  première- 
ment frotter  les  parties  moins  dolen- 
tes, pour  ne  remplir  d’auantage  les 
parties  plus  affectées.  Pareillement 
faut  noter,  que  tout  ainsi  comme  les 
trop  douces  frictions  ne  font  sulfi- 
sante  ouuerlure  des  pores  : aussi  les 
trop  fortes  sont  cause  de  les  serrer, 
faisant  douleur,  commotion , et  at- 
traction en  la  partie  : parquoy  sera 
meilleur  les  faire  médiocres , et  nous 
arrester  principalement  sur  la  vertu 
et  force  du  patient  : estant  ceste  indi- 

1 Ces  rrots.oft  cinq  ou  six  raisins  de  Damas, 
les  pépins  estant  ostés , sont  une  addition  de 
Paré. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


cation  la  première  et  principale  entre 
les  autres. 

Il  y a encore  vne  autre  chose  , à la- 
quelle il  faut  sur  toutes  autres  auoir 
esgard  , et  qui  est  cause  (le  tous  les 
maux  et  recidiues  qui  suruiennent 
aux  affligés  de  ceste  maladie  : c’est 
la  quantité  des  remedes,  et  nom- 
bre des  frictions  : laquelle  ( auec  la 
parfaite  connoissance  et  gradation  des 
temps  de  la  maladie,  et  de  la  tempe  - 
rature  des  corps  et  parties)  fait  la  mé- 
decine coniecturale  et  deuineresse , et 
y sont  tous  méthodiques  et  rationels 
bien  empescliés.  le  vous  laisse  donc  à 
présupposer  comme  un  tas  de  vieilles 
et  autres  empiriques  pourront  limiter 
la  quantité  d’iceux?  Et  ne  m’esmer- 
ueille  plus  si  l’on  voit,  par  expé- 
rience, vn  nombre  infiny  de  gens  per- 
dus à iamais.  Suiuant  doncques  nos 
indications  tant  de  fois  répétées  , il 
faut  auec  méthode  et  raison  en  ap- 
procher le  plus  que  nous  pourrons  , 
et  sçauoir  quand  nous  cesserons  les- 
dites  frictions.  loint  qu’il  n'est  possi- 
ble exactement  descrire  le  nombre 
d’icelles,  ou  quantité  des  medica- 
mens.  Il  ne  faut  doncques  , comme 
nos  empiriques1,  en  donner  (selon 
leur  recepte  ) aux  vns  quatre , aux 
autres  cinq,  aux  autres  six,  ny  plus 
ny  moins,  à l’vn  comme  à l’autre  , 
pource  qu’ils  n’ont  que  vne  forme 
pour  chausser  vn  chacun  : mais  faut 
pour  la  grandeur  et  qualité  de  la 
maladie  , et  la  nature  des  corps , les 
appliquer , en  continuant  iusques 
à ce  que  l’on  connoisse  suffisante 
eduction  des  humeurs  veneneux , 
soit  par  flux  de  bouche,  de  ventre, 
sueurs,  Mines,  ou  resolutions  insen- 
sibles : qui  se  connoistra  par  la  des- 
siccation des  pustules  et  vlceres  , se- 

1 Thierry  avait  écrit  : comme  nos  ameino- 
diques. 


545 

dation  des  douleurs,  et  autres  acci- 
dens  communs  à telle  maladie. 

Et  où  nous  verrions  qu’és  corps  so- 
lides et  robustes  Nature  ne  voudroil 
par  la  maniéré  des  frictions  susdites 
s’esmouuoir,  i’ay  pratiqué  en  aucuns1, 
qu’il  estoit  bon  les  frotter  sur  la  fin 
deux  fois  le  iour  , vne  au  matin  , et 
l’autre  au  soir  , enuiron  cinq  ou  six 
heures  apres  le  disner  (parce  que  lors 
la  digestion  sera  acheuée  et  ay  trou- 
ué  qu’elles  faisoient  trop  plus  d’ac- 
tion , que  ne  feroient  trois  par  trois 
diuers  iours  : comme  au  contraire  és 
corps  délicats  et  de  températures 
rares,  i’ay  laissé  maintes  fois  (par 
mesme  prouidence  ) un  iour  entre 
deux  frictions  , voire  deux,  ou  trois  , 
de  crainte  que  par  les  frequentes  ne 
se  feist  trop  grande  resolution  des  es- 
prits, et  fust  par  conséquent  nature 
rendue  siimbecille  (laqueileest  prin- 
cipale agente  en  cecy)  qu’elle  11e  peust 
nous  aider  à expugner  et  chasser 
hors  ce  qui  lui  est  eslrange  et  nuisi- 
ble. Et  faut  noter  qu’és  dernieres  fric 
fions,  spécialement  quand  ils  com- 
mencent à cracher,  les  corps  sont  tel- 
lement préparés  à cause  des  prece- 
dentes, qu’vne  fera  plus  que  deux  au 
commencement. 

Pour  ceste  cause,  ayant  tousiours 
les  indications  deuant  les  yeux , faut 
considérer  la  nature  et  force  des 
corps , et  ( s’il  est  possible)  ne  point 
donner  plus  d’vne  friction,  lorsqu’on 
verra  nature  esmeuë,  soit  par  flux  de 
bouche,  de  ventre  ou  autres  des  sus- 
dits : et  seroit  trop  plus  seur  les  faire 
à diuerses  fois  suiuant  Galien  en  son 
liure  De  venæ  sectione , où  il  dit , que 
si  la  maladie  est  grande , et  la  vertu 

1 II  ne  faut  pas  oublier  que  c’est  le  texte 
pur  de  Thierry,  et  en  conséquence  que  les 
mots  i’ay  pratiqué , et  plus  loin  i'ay  trouué , 
i’ay  laissé,  ne  se  rapportent  point  à Paré. 

35 


11. 


LE  SEIZIÈME  LIVRE, 


546 

foible,  il  faut  tirer  du  sang,  non  à vne 
fois,  mais  à plusieurs.  AussiMassa  ra- 
conte vne  histoire  d’vn  qui  estoit  tout 
marasme,  et  desseici;é,  auec  extre- 
mis douleurs,  lequel  il  pensa,  estant 
quasi  déploré  d’vn  chacun  : et  dit 
qu’apres  l’auoir  fait  frotter  par  quel- 
ques fois,  il  le  laissoit  refociller  et  re- 
prendre ses  forces  par  aucuns  iours: 
et  ainsi  continua  par  si  long  temps, 
qu’il  fut  frotté  trente  sept  fois , et  fut 
guari.  I’en  ay  veu  traiter  à aucuns 
de  mes  compagnons,  et  fait  frotter 
plusieurs,  quinze,  seize,  ou  dix  sept 
fois  (laissant  quelques  interualles) 
et  par  apres  estve  gu  ans  l.  Autant 
s’en  doit  faire  és  corps  resouts  et 
debiles  : prenant  toutesfois  garde  que 
les  frictions  ne  soient  par  trop  imbe- 
cilles,  et  en  si  petit  nombre,  que  la 
cause  ne  fust  suffisamment  touchée  : 
car  par  art  et  aide  des  medicamens  , 
il  se  procure  vne  crise  par  le  moyen 
de  laquelle  nature  aidée  et  domina- 
trice, expelle  et  chasse  le  venin  par 
les  euacuations  susdites  : de  sorte  que 
estant  la  crise  parfaite  , il  s’ensuit 
vraye  et  entière  curation. 

Les  signes  de  ladite  crise  sont  in- 
quiétudes telles,  que  debout  ny  cou- 
ché les  patiens  ne  peuuent  se  conte- 
nir, boire  ny  manger  : et  sont  auec 
perpétuelles  lassitudes,  quasi  iusques 
à syncope  : toutesfois  le  pouls  bon , 
fort  et  égal  : il  leur  suruient  des  es- 
preintes,  iettant  par  leurs  selles  quel- 
que matière  sanguinolente  et  vis- 
queuse : puis  au  bout  d’vn  iour  ou 
deux  que  Nature  commence  à expel- 
ler,  et  se  deschargeant  euacuer  la 
cause  du  mal,  autant  se  diminuent 
tels  accidens,  et  sentent  allégement 
de  toules  douleurs.  Mais  par  n’estre 
les  remedes  suffisants,  la  crise  de- 

1  Même  remarque  que.  plus  haut  : c’est 
toujours  Thierry  qui  parle. 


meure  imparfaite,  et  laisse  tousiours 
quelques  restes  de  ferment  qui  pour- 
ra corrompre  toute  la  masse  et  en- 
gendrer recidiue  de  maladie , dont 
s’ensuiuront  accidens  pires  que  les 
premiers  : et  est  cause  qu’aucunes- 
fois  demeure  caché  ce  leuain  en  vn 
corps,  six  mois,  vn  an,  deux  ans,  dix 
ans,  et  plus1. 

Aussi  pareillement  il  faut  bien  se 
donner  de  garde  que  les  medicamens 
ne  soient  trop  violens  ou  indiscrète- 
ment appliqués,  pour  les  grands  ac- 
cidens qui  ont  de  coustume  d’en  ad- 
uenir  : comme  i’ay  veu  en  plu- 
sieurs, qui  par  telles  fautes  estoient 
tourmentés  et  affligés  en  plusieurs 
et  diuerses  sortes  : les  vns  ( par  la 
trop  grande  violence  des  medica- 
mens qui  auoient  colliqué  et  consom- 
mé l’humeur  radical  ) estoient  deue- 
nus  tabides  : aux  autres  suruenoieut 
vlceres  sordides  et  putrides  en  la 
bouche  , qui  mangeoient  et  ron- 

1 Jusqu’ici  Paré  a copié  exactement  le 
texte  de  Thierry;  dans  cet  endroit  il  com- 
mence par  retrancher  un  passage  assez 
long  de  l’auteur  original.  Voici  ce  passage: 

« Qui  faict  doubler  aucuns  que  cesle  ma- 
ladie soit  héréditaire,  comme  lepre,  arthritis 
(qui  est  maladie  des  articles,  communé- 
ment dicte  gouttes  naturelles),  cpilepsie, 
néphrétique  (qui  est  passion  des  reins),  et 
semblables,  lorsqu’elles  ont  de  coustume 
demourer  cachées  en  vn  corps,  non  seule- 
ment quelquefois  dix  ou  douze  ans,  mais  la 
vie  d’vne  personne  (viuant  de  régime)  sans 
qu’il  s’en  doute,  et  les  enfants  de  luy  en  se- 
ront affligez  : ce  qui  n’est  pas  ainsi  de  reste 
maladie  : car  on  la  voit  ordinairement  guo 
rir  auec  les  racines,  et  ne  se  voyent  point 
rccidiuer  du  pere  au  (ilz  (comme  les  prece- 
dentes), si  ce  n’est  faulte  d’estre  traitez.  » 

A part  celte  suppression  , Paré  reprend  le 
reste  de  l’article,  non  plus  cependant  tout- 
à-fait  mot  à mot,  mais  peu  s’en  faut.  Il  en 
faut  excepter  deux  petites  intercalalions 
que  je  noterai  plus  bas. 


DE  I.A  GROSSE  VEROLEE. 


geoient  vne  bonne  partie  d’icelle , et 
de  la  langue  : quelquesfois  se  dege- 
neroient  iusques  en  gangrené  et  mor- 
tification, dont  aucuns  sont  morts 
misérablement.  A aucuns  la  langue 
s’est  tellement  enflée  qu’elle  remplis- 
sait toute  la  boucbe, ne  pouuant  man- 
ger, qui  estoit  cause  de  leur  mort. 
Es  autres  la  colliqualion  estoit  telle, 
qu’vn  mois  apres  leur  iluoit  la  bou- 
che , et  iettoient  continuellement 
humidité  par  icelle.  S’ensuit  aussi 
aucunesfois  vne  déperdition  ou  de- 
prauation  grande  de  l’action  des  mus- 
cles qui  font  le  mouuemenl  de  la 
mandibule  inferieure,  en  sorte  qu’au- 
cuns sont  demeurés  sans  Jamais  ou- 
urir  la  boucbe  que  bien  peu  : autres 
ont  perdu  les  dents  auec  déperdition 
de  la  maschoire  : qui  est  chose  misé- 
rable, que  par  l'ig  norance  et  asnerie 
de  tels  coquins,  tant  de  personneSsans 
occasion  languissent , ou  misérable- 
ment périssent  : attendu  mesmes  que 
pour  la  connoissance  qu’ont  auiour- 
d’buy  gens  rationels  (plus  que  iamais) 
tant  de  la  maladie  que  des  remedes  , 
il  est  possible  de  les  curer  plus  seu- 
rement,  et  auec  moindre  violence. 

Lors  qu’on  craint  le  flux  de  bouche 
trop  grand  apres  deux  ou  trois  fric- 
tions, faut  purger  le  malade,  selon 
l'aduis  de  Rondelet  *. 

Semblablement  il  ne  faut  tousiours 
continuer  les  frictions  iusques  à ce 
qu’il  se  face  flux  de  bouche  ou  de 
ventre,  par-ce  qu’il  y en  a plusieurs 
à qui  iamais  il  n’aduient  , encores 
qu’on  les  frottast  infiniemenl(à  quoy 
aide  beaucoup  la  préparation  prece- 
dente des  humeurs  ) : et  à beaucoup 
d’iceux  ( traités  méthodiquement  ) 
aide  nature  par  ïesi’esolutions  insen- 

‘ Ce  paragraphe  n’est  pas  du  texte  de 
Thierry  ; du  reste  il  n’a  été  ajouté  ici  qu’en 
1585. 


54? 

sibles,  ou  flux  d’vrine,  auec  quelque 
petit  flux  de  ventre  incité  de  nature, 
ou  par  art  : et  me  suis  fort  bien 
trouué  en  tel  cas  leur  faire  vser  apres 
par  quelques  iours  d’une  décoction 
degaiac  le  matin  , aucunement  laxd- 
tiue,  pour  la  nature  de  l’humeur.  Et 
si  le  corps  est  plein  et  abondant  en 
humeur  cras,  lent  et  visqueux,  i’y 
adioustedu  vin  blanc  parmy.  Mesmes 
ie  l’ay  veu  aussi  préparé  auec  vin 
seul  , profiter  à des  gens  , voire  bi- 
lieux et  marasmes. 

S’il  suruient  dysenterie  apres  les 
frictions,  il  faut  bailler  clysteres 
ausquels  y entre  bonne  quantité 
d’axonge  de  porc,  à fin  de  lentr  et 
adoucir  l’acrimonie  du  médicament 
qui  a causé  la  dysenterie.  Aussi  le 
lait  en  tel  cas  est  souuerain  , deléié 
auec  theriaque  recente  L 


CHAPITRE  XIII. 

DE  LA  TROISIEME  CVRATION  PAR  CEROI- 

1VES  , OV  EMPLASTRES  , VICAIRES  flE 

LA  FRTCTIOW2. 

Pour  ce  que  plusieurs  abhorrent  le 
nom  et  l’vsage  de  la  friction  faite 
auec  lesdits  onguents , on  a pratiqué 
l’admotion  des  ceroines  , ou  emplas- 
tles,  lesquelles  sont  vicaires  et  tien- 
nent les  lieux  des  frictions  , excepté 
seulement  quelles  sont  plus  tardiues: 
et  non  seulement  doiuent  estre  pra- 

' Ce  paragraphe  final  n’appartient  pas 
non  plus  à Thierry;  mais  il  se  lit  déjà  dans 
l’édition  de  1575. 

2 Ce  chapitre  est,  comme  le  précédent,  ou 
extrait  ou  copié  littéralement  de  l’article  de 
Thierry  de  Héry,  intitulé  : Des  ceroines  ou 
emplaflrës  vicaires  de  la  friction , pag.  15S 
à 167.  Il  y à cependant,  conlnfe  dans  le  pré- 
cédent, quelques  petite^  tntercaiàt  Ions. 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


548 

tiquées  et  vsitées  en  ce  fait,  celles  qui 
sont  descrites  par  de  Vigo  , mais 
aussi  (comme  nous  avions  dit  des  fric- 
tions) celles  qui  sont  composées  de 
choses  plus  ou  moins  anodynes,emol- 
lientes,  incisiues,  resolutiues,  ou  de- 
siccatiues,  pour  la  nature  des  symp- 
tômes ouaccidens,  aussi  des  humeurs 
qui  doiuenl  estre  vacués,  et  autres  in- 
dications susdites,  sans  oublier  l’ar- 
gent-vif  pouralexipharmaque  contre 
le  venin,  cause  de  la  maladie.  Par  vne 
transpiration  insensible  par  sueurs  et 
flux  de  bouche  , elles  mitiguent  les 
douleurs  , et  resoluent  les  nodus  et 
autres  duretés. 

Au  lieu  de  l’emplastre  de  de  Vigo 
on  peut  vser  de  ceste  cy  1 : 

If.  Massæ  emplastri  de  melilolo  et  oxycro- 
cei  ana  ïb.  G . 

Argenti  viui  exlincti  §.  vj. 

Oleo  laurino  et  de  spica. 

Reducantur  ad  formam  emplastri. 

Lesdits  emplastres  sont  de  grand 
effet,  pource  que  demourans  conti- 
nuellement sur  les  parties,  leur  action 
est  aussi  continuelle  : et  doiuent  estre 
appliqués  spécialement  aux  recidi- 
ues,  et  où  les  humeurs  sont  gros, vis- 
queux, et  adherans  aux  parties  pro- 
fondes, et  difficiles  à eradiquer  : parce 
qu’elles  besongnent  et  font  leur  ac- 
tion plus  lentement , et  auec  moin- 
dre violence  que  ne  font  les  frictions  : 
de  sorte  que  nous  sommes  maintes- 
fois  contraints  sur  la  fin  desdits  em- 
plastres donner  quelques  frictions, 
pour  inciter  nature  à plus  prompte 
euacuation.  Nous  les  auons  aussi 
quelquesfois  appliqué  à des  natures 
où  les  humeurs  estoient  tellement 

1 Ce  paragraphe,  avec  la  formule  qui  le 

termine,  n’est  pas  du  texte  de  Thierry  ; mais 
on  le  lit  déjà  en  1575. 


préparés,  qu’au  bout  de  deux  ou  trois 
iours  elles  avoient  fait  action  suffi- 
sante pour  la  consomption  de  la 
cause  de  la  maladie  : e;  fallait  les  os- 
ter,  autrement  eussent  fait  colliqua- 
tion  , et  les  mesmes  accidens  que 
nous  auons  dit  delà  friction  violente 
et  trop  copieuse.  Pour  ce  faut  auoir 
mesme  iugement  à les  oster  , comme 
nous  l’avions  dit  en  la  friction. 

Les  emplastres  se  doiuent  estendre 
svtr  du  cuirvniement,etlesappliquer 
à l’enuiron  des  articles , et  mesmes 
lieux  des  frictions  '.  Les  autres  con- 
urent  tout  le  bras  depuis  la  main 
iusqu’à  l’espaule,  et  lesiambes  depuis 
le  dessus  du  genoüil  iusqu’à  l’extre- 
mité  des  doigts  : mais  à l’endroit  des 
articles,  ie  voudrois  estendre  l’em- 
plastre  vn  petit  plus  espais.  Et  faudra 
les  y laisser  iusques  à ce  que  nature, 
aidée  par  le  moyen  delà  crise  susdite, 
face  eduction  ou  euacuation  des  hu- 
meurscorrompusde  ce  venin,  comme 
nous  avions  déduit  parlant  des  fric- 
tions. Et  faut  aussi  les  augmenter  ou 
diminuer  suiuant,  les  intentions  sus- 
dites. 

Et  où  en  l’vsage  d’icelles  suruien- 
dra  prurit  ou  démangeaison  , lors 
faudra  leuer  les  emplastres,  et  fo- 
menter les  lieux  auec  vin  chaud , y 
adioustant  flores  chamœmeli,  meliloti, 
rosarum,  et  semblables,  pour  résou- 
dre ce  qui  est  cause  dudit  prurit  : le- 
quel cessé  , faudra  les  y remettre. 
Aussi  pour  euiter  ledit  prurit,  pourrez 
couurir  les  emplastres  de  quelque 
taffetas,  ou  linge  délié  appelé  crespe 2, 

' Voyez  le  chapitre  28  De  la  composition 
des  medicarnens.  — A.  P.  — Cette  note  n est 
pas  dans  l’ouvrage  de  Thierry,  bien  que  le 
texte  auquel  elle  se  rattache  soit  littérale- 
ment celui  de  Thierry  même. 

2 Thierry  dit  seulement  : ou  linge  délié. 


DE  LA  GKOSSE  VEKOLLE. 


à fin  de  garder  qu’ils  ne  s’attachent, 
ou  adhèrent  au  cuir  pour  empescher 
la  transpiration. 

Les  effets  d’iceux  emplastres  sont 
tels  que  des  frictions , et  font  crise 
quelquesfois  par  resolution  insensi- 
ble, flux  d’vrine,  flux  de  ventre  : mais 
le  plus  souuent  par  flux  débouché, 
qui  est  bien  le  plus  certain.  Doncques 
au  moyen  de  l’operation  faite  par 
l’application  des  emplastres,  et  aussi 
de  la  friction  ( incitant  le  flux  de  bou- 
che susdit  ) sont  procréées  vlceres  vi- 
rulenset  sordides  par  l’acrimonie  des 
humeurs  malings  et  corrompus  de  ce 
venin  adherans  aux  parois  de  la 
bouche  : qui  fait  érosion,  et  s’aug- 
mente autant  comme  l’humeur  aci’e 
continuellement  passant  les  abreuve. 
Et  pour  empescher  leur  augmenta- 
tion, et  le  grand  flux  de  bouche,  fau- 
droit  vser  souuent  de  clysleres  re- 
mollitifs  seulement , pour  empescher 
les  humeurs  des  parties  inferieures 
de  ne1  monter  aux  supérieures  : qui 
seroit  cause  d’augmenter  le  flux  sans 
vtilité,  spécialement  au  commence- 
ment d’iceluy  , et  lors  que  les  hu- 
meurs se  commencent  à esmouuoir 
et  se  fondre.  Aucuns  pour  la  mesme 
intention  donnent  au  malade  médi- 
cament purgatif  à l’heure  du  mouue- 
ment  des  humeurs,  à fin  de  les  eua- 
cuer  par  les  selles,  et  euiter  lesdits 
vlceres  de  la  bouche  : qui  n’est  tou- 
tesfois  la  voye  plus  certaine. 

La  curation  de  tels  vlceres  est  dif- 
ferente des  autres,  parce  que  nulle- 
ment doiuent  estre  réprimés  , ou 
repercutés,  encore  que  soyent enflam- 
més : mais  peuuent  estre  tempérés 
auec  gargarismes  anodins , pour  leur 
diminuer  l’ardeur,  et  defendre  par  ce 
frequent  lauement  que  les  humeurs 
gros  et  visqueux  ( adherans  aux  par- 
ties internes  de  la  bouche  ) n’augmen- 


549 

lent  les  vlceres  : à quoy  est  bon  l’v- 
sage  de  la  décoction  d’orge  , lait  de 
vache  tiede  tenu  dedans  la  bouche  : 
aussi  mucilagines  sem.  maluœ  , allh. 
psillij,  lactucœ , Uni,  extradai  inaqua 
hordei , maluœ  vd  parietariœ  : les- 
quels tenus  en  la  bouche  adoucis- 
sent les  vlceres , et  empeschent  les 
humeurs  d’y  adhérer.  Pour  le  com- 
mencement , il  se  faut  garder  d’y  ap- 
pliquer choses  fort  detersiues,  parce 
que  la  plupart  des  medicamens  dé- 
tersifs ont  quelque  acrimonie  qui 
pourroit  causer  douleur , et  si  les  vl- 
ceres estoient  nets  et  detergés  , 
pourroienl  par  ceste  acrimonie  de 
tels  remedes  estre  irrités  d’auantage. 
Etpource  faudra  au  commencement, 
et  pendant  le  flux,  se  contenter  de  l’v- 
sage  des  choses  susdites,  empeschant 
que  la  sordide  et  corruption  n’aug- 
mente : pourueu  toulesfois  que  les- 
dits vlceres  ne  fussent  trop  violens  : 
car  où  par  la  vehemence  des  medica- 
mens, ou  deprauation  de  nature,  le 
flux  seroit  exlreme , et  rendroit  la 
bouche  et  les  ioües  si  tuméfiées  que 
par  trop  grande  repletion  les  esprits 
ne  peussent  reluire , il  se  pourroit 
ensuiure  une  gangrené , comme  au- 
cunesfois  aduient.  En  ce  cas  , nous 
sommes  contraints  de  laisser  la  pro- 
pre cure  poursuruenir  aux  accidens  : 
et  pour  ce  faire,  nous  vsons  de  medi- 
camens refrenans,  comme  est,  decoc- 
tum  hordei,  plantag.  solani,  poiygoni, 
bursœ  past.  etc.  cum  syr.  ros.  violar. 
nymphœœ , cydoniorurn , berberis,  gra - 
natorum , etc.  Aussi  comme  sont  mu- 
cilag.  et  decocta  sem.  lactucœ,  psyllij, 
cydoniorurn,  plantag.  cucumer.  melo- 
num,  papaueris  albi,  hyoscyami  albi, 
etc.inaquis  hord.  ros.  plantag.  solani, 
nymphœ,  caprifolij,  etc1. 

1 Paré  a ici  passé  sous  silence  un  passage 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


55o 

Faut  pareillement  faire  estimes  sei- 
ches, auec  choses  chaudes,  desicca- 
tiues,  et  roborantes,  à fin  qu’estans 
les  sueurs  prouoquées  par  l’ouuer- 
ture  des  pores,  le  trop  grand  mouue- 
ment  de  la  nature  soit  retiré  ». 

Lors  donc  qu’on  verra  le  flux  dimi 
nuer,  Fou  pourra  adiouster  auec  les 

de  Thierry  qui  u’est  pas  cependant  dépourvu 
d’intérêt  : 

« Et  d’aduantage  pour  reuoquer  et  re- 
primer le  flux,  nous  vsons  de  frictions  aux 
extremitez  auec  la  main  ou  linge  moyenne- 
ment chaulx , nous  appliquons  ventouses 
sur  la  région  des  espaules  et  fesses:  et  faisons 
emplastres  de  mastic  ou  semblable,  qui 
comprend  entièrement  tout  le  ceruix  et  à 
l’entour  du  col  : pareillement  sur  les  arteres 
des  temples  : il  est  bon  aussi  de  couper  les 
cheueux,  et  y appliquer  choses  pour  dessei- 
cher  et  roborer  le  cerueau,  comme  sachetz 
faietz  de  c yperus,  calumus  aromalicus,  etc.  » 

' Ici  encore  Paré  a retranché  un  passage 
de  Thierry  bien  plus  curieux  que  le  précé- 
dent : 

« Or,  ou  ce  mouuement  prouiendroit  de 
la  force  des  médicaments,  et  trop  grande 
quantité  d’argent  vif,  i’ay  en  ce  cas  noté 
vne  chose,  en  laquelle  i’ay  trouué  vn  mer- 
ueilleux  offert  : c’est  que  le  patient  vse  de 
choses  dorées,  soit  auec  fueilles  d’or  (qu’on 
peult  mesler  auec  ses  viandes)  ou  auec  petis 
grains  d’or  creux  , en  la  cauité  dosquelz 
soyent  mises  choses  qui  ayent  vertu  de  ro- 
borer les  parties  nobles  : comme  iheriaca, 
confeeliu  demu.ico,  allzermes,  et  autres  con- 
fections cordiales  : ces  grains  ainsi  auallez, 
et  mis  dedans  l’estomacb,  ilz  ne  fauldrontà 
attirer  ce  qu’il  y aura  de  la  faculté  de  l’ar- 
gent vif  de  toute  l’habitude  du  corps,  et  se 
congoistra  quand  ilz  seront  rendez  par  les 
selles,  pource  que  lors  ilz  apparoislront 
blanez  comme  s’ilz  auoyent  esté  frottez  d’ar- 
gent vif.  Et  voyla  le  moyen  comme  le  flux 
incité  par  l’action  d’iceluy  pourra  infalli- 
blement  eslre  euacué  et  diminué...  » 

Je  saute  le  reste,  qui  offre  beaucoup  moins 
d’intérêt. 


gargarismes  susdits , quelque  peu  de 
syrop.  ex  ros.  siccis,  mel.  ras.  diamor- 
rhon,dianucum , et  semblables,  pour 
doucement  delerger. Et  où  on  voudroit 
desseirher  les  vlceres , on  pourra  les 
toucher  auec  eau  alumineuse,  ou  eau 
des  alkemistes  corrigée  et  adoucie, 
comme  celle  qui  aura  ja  opéré  (qui 
est  bleue  ) eau  de  sublimé , ou  attire 
faite  auec  choses  desiccatiues  : les- 
quelles en  peu  de  temps  les  dessel- 
clieront , ioint  que  lors  on  pourra 
vser  de  gargarismes  desiccatifs  auec 
quelque  astriction  : adioustés  auec  les 
eaux  prédites,  ex  ros.  planlaginc,  so- 
lano,polygono,  bursa  et  virgapast . cy~ 
noglosso  , les  simples  qui  s’ensuiuent, 
balaust.  rosæ  rub.  myi  tilli , sumnch, 
alutnen,  acacia,  berberis,  gallœ,  mali~ 
coi  mm,  et  semblables. 

Il  faut  noter  que  le  flux  de  bouche 
ne  cessera  iamais  iusques  à ce  que 
les  vlceres  des  genciues  et  de  la  lan- 
gue soient  consolidées  et  cicatrisées. 
Parlant,  elles  seront  touchéesde  l’eau 
de  sublimé,  ou  de  celle  qui  aura  serui 
aux  orféures,  qui  ont  puissance  d’ar- 
resler  la  putréfaction  et  corrosion». 

Pendant  ieflux,  il  faut  restaurer  et 
nourrir  les  pa tiens  auec  v iandes  pro- 
pres , lesquelles  seront  liquides , de 
bon  suc  , et  de  facile  concoction  : at- 
tendu lors  qu’il  ne  leur  est  possible 
de  mascher,  et  que  nature  est  debile, 
et  diuertie  ailleurs  à l’expulsion  de  ce 
qui  est  eslrange:  ioint  aussi  la  grande 
résolution  qui  est  faite  des  vertus, 
tant  par  les  grandes  douleurs  prece- 
dentes, inquiet  udes  nocturnes,  comme 
pendant  le  flux  de  bouche  : entre  au- 
tres ils  pourront  vser  d'œufs  mollets, 
potages  faits  auec  moyeux  d’œufs, 
orge  mondé , consommés  faits  auec 

' Ce  paragraphe  n’est  pas  du  texte  de 
Thierry.  Il  n’a  été  ajouté  ici  qu’en  1685. 


DE  LA  GROSSE  VF.ROLLE. 


65  1 


extremiîés  de  veau  et  quelque  vo- 
laille sans  sel,  gelée,  espreintes, cou- 
lis, et  semblables  : desquels  ils  vseront 
peu  et  souuent,  ayans  à chacune 
fois  laué  et  nettoyé  la  bouche.  Pareil- 
lement vseront  de  décoction  de  gaiac, 
aromatisée  cum  cinamomo,  ou  de  vin 
vieil  bien  meur,  clairet  et  subtil,  auec 
eau  d’orge  : si  on  veut  leur  donner  vn 
boire  plus  nourrissant , pour  autant 
qu’ils  ne  mangent  rien  de  solide  , on 
pourra  leur  faire  tremper  de  la  mie 
de  pain  blanc  bien  leué  auec  du  vin 
prédit , puis  l’exprimer  pour  mesler 
de  la  substance  du  pain  auec  le  vin, 
qui  le  rendra  plus  nourrissant,  et  luy 
diminuera  son  acrimonie  : autrement 
faire  tremper  du  pain  chaud  auec  du 
vin  par  1’espace  d’vne  nuit , puis  le 
faire  distiller  in  balneoMariæ  : le  com- 
mencement de  la  liqueur  qui  sortira 
sera  quelque  peu  forte  : mais  l’autre 
sera  douce,  et  d’icelle  pourra  mesler 
parmy  son  vin , qui  le  refocillera  et 
nourrira. 

Aussi  où  pour  les  grandes  euacua- 
tions  le  patient  seroil  fort  debile , ou 
syncopiseroit,  on  luy  pourroit  donner 
à sentir  bon  vin  bastard,  maluoisie, 
hippocras,  eau  rose  , vinaigre  rosat , 
et  autres  telles  choses  pour  restaurer 
les  esprits  : loutesfois  faut  obseruer 
la  nature  du  patient,  et  s’enquérir  di- 
ligemment si  en  santé  il  les  a appelés 
ou  non  : pource  qu’autrement  telles 
choses  luy  pourroient  pluslost  nuire 
qu’aider  , les  ayant  en  horreur.  Sur 
toutes  choses  ne  faut  négliger  son 
ventre,  et  où  il  s’endurciroit,doilvser 
de  clysteres,  lesquels  seront  d ux  et 
lenilifs  : parquoy  est  bon  auoir  l’aduis 
du  médecin. 


CHAPITRE  XIV. 

LA  OVATRTEME  MANIERE  DE  CVRÊR  LA 
VEROLLE,  PAR  PARFVMS  '. 

Il  faut  à présent  parler  de  l’vsage 
des  parfums,  qu’aucuns  ont  dit  estre 
la  troisième  ou  quatrième  voye  ge- 
nerale de  curer  ladite  maladie  vene- 
rienne  : laquelle  ie  n’appreuue  beau- 
coup , pour  les  accidens  qui  en 
aduiennent,  parce  qu’ils  blessent  le 
cerueau,  poulmons.et  demeurent  leS 
malades  parfumés  auec  vne  haleine 
puante  toute  leur  vie  : aussi  que  plu- 
sieurs en  les  traitant  sont  tombés  eh 
spasme,  tremblement  de  teste  et  iam- 
bes  , en  apoplexie  , surdité  , et  sont 
morts,  pour  la  mauuaise  vapeur  et 
qualité  du  soulphre  et  vif-argent, dont 
ledit  cinabre  est  composé,  qui  blessé 
le  cerueau  et  autres  parties  nobles. 
Parquoy  ie  conseille  n’en  vser  vni- 
uersellement  ny  par  le  nez  ny  par  la 
bouche  : mais  bien  particulièrement 
pour  desseicher  quelque  vlcere  ca- 
coëthe,  ou  quelque  nodus  et  douleur 
fixe , qui  n’auroient  peu  estre  curés 
par  les  au  1res  moyens  : car  véritable- 
ment lesdils  parfums  ont  puissance 
par  le  moyen  du  vif-argent  d’alle- 
nuer,  inciser  et  résoudre  ce  qui  pour- 
roit  auoir  resté  particulièrement  en 
quelque  partie. 

' Ce  chapitre  est  extrait  en  partiè  de  trois 
articles  de  Thierry  intitulés  : La  troisium» 
maniéré  de  curer  lavairolle, — La  maiiere  des 
per  fiant.  — La  maniéré  d’vser  des  perfums, 
pages  167  à 174.  Mais  ce  n’est  plus  une  re- 
production littérale  ; et,  loin  de  là,  on  peut 
juger  combien  Paré  a abrégé  le  texte  de 
Thiirry,  si  l’on  considère  que  les  sept  pages 
de  ce  dernier  n’en  font  pas  une  entière  dans 
son  abréviateur. 


55q 


I,E  SEIZIEME  L1VHE  , 


Ceux  qui  en  vsent  vniuersellement, 
font  poser  les  pauures  malades  sous 
vn  pauillon  couuert  et  clos  de  toutes 
parts,  auquel  y a vn  vaisseau  plein 
de  braise,  sus  laquelle  iettent  leur  ci- 
nabre , et  les  fricassent  et  parfument 
comme  font  les  mareschaux  quelque 
cheual  morueux  : et  continuent  par 
tant  de  iours  lesdits  parfums , qu’ils 
voyent  venir  le  flux  de  boucbe. 

Or  la  maliere  principale  et  fonde- 
ment des  parfums  est  le  cinabre,  qui 
est  composé  desoulpbreet  argent  vif: 
on  adiousteauec  luy  rad.  ireosFlorent. 
thus , olib.  mgrt.  iunc.  odorat,  assam 
odoratam , mast.  terebent.  et  theriacam  : 
lesquels  ont  puissance  d’empescher  la 
trop  grande  dissolution  de  nature,  et 
de  corriger  la  feleur  et  mauuaise 
qualité  du  vif-argent  *. 

On  peut  faire  autres  parfums  apres 
auoir  arreslé  le  vif-argent:  qui  se  fera 
ainsi.  Il  faut  faire  fondre  du  plomb, 
puis  lors  qu’il  sera  presque  refroidi, 
il  faut  mesler  l’argent  vif  ensemble  : 
puis  sera  rédigé  en  poudre , adious- 
tant  antimonium , aloës  , mastic  , vi- 
triol , auripig.  benjoin  en  poudre  et 
auec  terebenthine  : on  en  forme  tro- 
chisques. 

Autre. 

"if..  Cinnabaris  g . j. 

Styracis  rubri  et  calamitæ , nue.  mus- 
catæ,  ana  3.  iij. 

Benjoin  g . û. 

Excipe  terebeuthina,  fiant  trochisci  pon- 
déré 3.  ij.  ad  vsum  dictum. 

La  terebenthine  y est  mise  pour  lier 
les  autres  choses  qui  sont  seiches  : et 

1 Ici  s’arrête  tout  ce  qui,  dans  ce  chapitre, 
a été  emprunté  au  livre  de  Thierry.  Le  reste 
appartient  à Paré,  ou  du  moins  a été  puisé 
à d’autres  sources  qu’il  est  assez  inutile  de 
rechercher. 

La  plupart  de  ces  formules  se  lisent  déjà  en 
1575. 


pour  aussi  faire  fumée,  on  y adiouste 
semblablement  des  gommes. 

On  parfume  les  vlceres  cacoëthes 
causées  de  la  verolle  , apres  qu’elles 
sont  mondjfiées,  et  non  auparauaut. 

Exemple  d’en  parfum  pour  les  vlceres. 

X.  Cinnabaris  g . 

Benjoin,  myrrbæ,  styracis,  olibaui,  opo- 
poriacis  ana  g . G . 

Maslich.  macis,  thuris  ana  5.  ij. 
Excipiatur  terebeuthina,  et  fiat  fumi- 
gium. 

Autre  pour  deseicher  les  vlceres  humides 
if.  Cinnabaris  g . j. 

Benjoin,  styracis,  olibani,  opoponacis 
ana  g . £> . 

Mastic,  thuris  ana  §.ij. 

Nucis  cupressi  et  corticis  granatorum 
ana  g . û . 

Terebenthinæ  communis  quantum  suf- 
ficiat. 

Fiant  trochisci  pro  fumigio. 

Et  seront  lesdits  parfums  continués 
tant  qu’il  sera  besoin. 


CHAPITRE  XV. 

CVRATION  DES  SYMPTOMES,  OV  ACCIDENS 
DE  LA  MALADIE  VENERIENNE  OV  VE- 
ROLLE : ET  PREMIEREMENT  DES  VL- 
CERES DE  LA  VERGE 1  2. 

Il  se  fait  à la  verge  vlceres  calleu- 
ses-et  malignes  : et  celles  qui  naissent 

1 Cette  dernière  formule , avec  la  phrase 
finale,  a été  ajoutée  en  1585. 

* Thierry  de  Héry  a un  premier  article, 
p.  175,  intitulé  : Curation  des  symptômes  ou 
accidents  de  la  maladie  venerienne  ou  vai- 
rolle ; et  un  autre,  page  176,  allant  jusqu’à 
la  page  S00,  et  qui  traite  Des  vlceres  de  la 
\ verge  On  voit  que  Paré  le  suit  à la  trace, 
au  moins  pour  l’ordre  des  matières;  car, 
J cette  .fois,  il  abandonne  complètement  le 


DE  LA  GRO! 

sur  le  gland,  le  sont  moins  que  celles 
qui  naissent  sur  leprepuce,  et  sont 
rebelles  aux  inedicamens  communs 
aux  vlceres  faites  par  autre  cause , et 
sonnent  se  terminent  en  gangrené, 
en  sorte  que  plusieurs  y perdent  la 
teste  de  la  verge,  voire  tout  le  corps, 
comme  auons  dit  cy  dessus,  faute  de 
recourir  à Palexipharmaque,  qui  est 
le  vif-argent.  Toutesfois  ie  suis  d’ad- 
uis  que  l’on  commence  premièrement 
aux  remedes  communs  et  propres  à 
la  curation  des  vlceres  : car  toutes 
vlceres  qui  viennent  à la  verge  parle 
coït , ne  sont  pas  verolliques.  Mais 
apres  auoir  vsé  de  plusieurs  remedes, 
et  que  l’on  voye  l’vlcere  cheminer  et 

texte  et  la  doctrine  de  Thierry.  Cela  est  à 
regretter,  peut-être  du  moins  pour  le  pre- 
mier article,  dans  lequel  Thierry  commence 
par  établir  trois  ordres  de  symptômes  véro- 
liques  ; je  pense  qu’on  lira  avec  un  grand 
intérêt  ce  passage  si  remarquable. 

« Les  symptômes  ou  accidens  communs 
de  ceste  maladie,  dit  Thierry,  sont  plusieurs, 
desquelz  les  vns  precedent,  les  autres  suy- 
uent,  les  autres  suruienncnt.Ceulx  qui  pre- 
cedent sont  vlceres  de  diuerse  nature  en  la 
verge,  ardeur  d’vrine  ou  pisse  chaulde,  bu- 
bons ou  poulains  : lesquelz  seront  dicts  pré- 
céder, pource  que,  encor  qu’ils  soyent  equi- 
uoques,  et  puissent  aduenir  et  non  aduenir 
sans  ou  auec  contagion  d’icelle  maladie,  ont 
neantmoins  (le  plus  souuent)  accoustumé 
de  les  précéder,  et  seruir  quasi  comme  d’ad- 
uant  coureurs. 

»Les  autres,  que  nous  appelons  suyuants 
ou  consequutifz,  sont  pustules  et  vlceres 
naissans  par  tout  le  corps,  principalement 
aux  parties  honteuses,  au  siégé,  à la  bou- 
che, à la  gorge,  à la  teste,  au  front  et  aux 
emunctoires.  Pareillement  chute  du  poil, 
communément  dicte  pelade,  douleurs  arti- 
culaires, souuent  mobiles,  aussi  (mais  peu 
souuent  tophes  ou  nodositez. 

» Les  derniers,  que  nous  appelons  surue- 
nants,  ou  extraordinaires,  qui  naissent 


iE  VEROLLE.  553 

ne  voulant  cederà  nul  médicament, 
alors  on  doit  venir  à ceux  ausquels 
entre  le  furet,  pour  obuier  que  le  ve- 
nin n’occupe  toute  l’habitude  du 
corps. 

Les  remedes  que  l’on  doit  appli- 
quer, faut  qu’il  ayent  faculté  d’ob- 
tondre  l’acrimonie  de  ce  virus , 
comme  ce  collyre  de  Lanlranc 1 : 

7f.  Vini  alhi  B>  j. 

Aquæ  rosar.  et  plant,  ana  q. 

Auripig.  3.  ij. 

Virid.  æris  3.  j. 

Alloës,  myrrh.  ana  3 . ij. 

Terantur  subtilis.  et  fiat  collyrium. 

Aussi  on  les  pourra  toucher  d’eau 

apres  les  imparfaictes  et  non  méthodiques 
curations  (cause  des  recidiues),  sont  douleurs 
fixes  de  toute  la  teste  ou  d’vne  partie  d’i- 
celle, des  bras,  des  iambes,  principalement 
auec  nodositez,  ou  souuent  sont  les  os  ca- 
riez et  corrompuz,  vlceres  virulentz  et  pha- 
gedeniques,  communément  dietz  ambula- 
tifz,  scissures  ou  dartres  aux  mains,  piedz  et 
autres  parties  du  corps,  vice  prouenant  de 
chascune  des  concoctions,  auec  marasma- 
lion  et  amaigrissement  d’iceluy.  » 

N’esl-ce  pas  là  la  doctrine  moderne  des 
accidents  primitifs,  secondaires  et  tertiaires? 
Jean  de  Vigo  avait  bien  distingué  la  vérole 
commençante  et  la  vérole  confirmée,-  mais 
il  n’avait  pas  classé  les  symptômes  en  trois 
séries;  et  d’ailleurs  sa  description  n’est  pas 
aussi  exacte  que  celle  de  Thierry,  soit  que  la 
syphilis  eût  véritablement  changé  de  forme, 
comme  le  veulent  certains  auteurs,  soit  qu’on 
la  confondît  alors  auec  d autres  affections. 
Notez  aussi  cette  distinction  lumineuse  que 
fait  Thierry  entre  les  symptômes  primitifs  qui 
peuvent  se  produire  en  dehors  de  la  vérole 
aussi  bien  que  par  l’effet  de  la  vérole  même, 
et  dites  si  son  livre  mérite  le  mépris  avec  le- 
quel plusieurs  bibliographes  en  ont  parlé. 

' Thierry  de  Héry  recommande  aussi  ce 
collyre,  p.  19!)  de  son  livre,  mais  sans  l’at- 
tribuer à Lanfranc. 


554  LE  SEIZIEME  LIVRE 


de  sublimé , ou  d’eau  fort  qui  aura 
serui  aux  orféures,  dite  eau  bleue: 
ou  bien  on  y appliquera  vn  peu  de 
poudre  de  mercure  , ou  de  nostre 
ægyptiac  : et  pour  prouoquer  la 
cheute  de  l’escarre,  on  vsera  de  basi- 
licon  ou  beurre  frais.  Tels  medica- 
mens  acres  seront  appliqués  auec 
discrétion , de  peur  de  gangrené  et 
mortification , qui  souuent  vient  à 
ceste  partie. 

Et  où  la  pertinacité  et  rébellion  de 
ladite  vlcere  viendroient  de  la  velie- 
mence  du  virus  verollique,  en  sorte 
quïls  ne  voulsissent  ceder  aux  reme- 
des  susdits,  alors  faut  faire  friction 
aux  aines , perinenm , et  ausdites  vl- 
ceres  , auec  les  onguens  prescrits 
pour  la  friction.  Aussi  on  pourra 
faire  parfums  , comme  auons  dit  cy 
dessus  : ce  faisant,  on  verra  la  malice 
et  acrimonie  de  l’humeur  estre  abat- 
tue , les  duretés  amollies,  et  les  vlce- 
res  quasi  se  desseicher,  et  mondiûer 
et  consolider. 

Or  quelquesfois  apres  la  curation 
et  cicatrisation  desdites  vlceres , en 
aucuns  s’ensuiuent  signes  apparens 
de  la  verolle  , comme  douleurs  noc- 
turnes, pustules,  lesquelles  ne  se  sont 
apparues  auparauantla  curation  des- 
dites vlceres,  parce  que  le  virus  auoit 
issue  par  icelles,  et  estans  closes,  le 
virus  se  manifeste  par  les  autres 
voyes  : à telles  faut  vser  de  la  friction 
vniuerselle  *. 

ïcy  ie  veux  aduerlir  le  ieune  cbi- 
fürgien  , que  s’il  aduient  qu’apres 
âùoif  renuersé  et  descouuert  le  gland 

1 Ici  s’arrêtait  le  chapitre  dans  toutes  les 
éditions  publiées  du  vivant  de  l'auteur;  elle 
long  paragraphe  qui  va  suivre  sur  le  para- 
phimosis  est  une  addition  posthume  qui  se 
lit  pour  la  première  fois  dans  la  cinquième 


pour  penser  les  vlceres  qui  naissent 
entre  le  prepuce  et  le  balanus,  le 
prepuce  ne  peut  plus  retourner  en 
son  lieu  : ce  qui  aduient  aussi  sou- 
uent à quelque  follastre  ieune  marié 
trouuant  la  partie  génitale  de  la 
femme  auguste  et  fort  estroite,  vou- 
lant entrer  au  champ  de  bataille 
comme  par  force,  descouurelegland, 
et  renuerse  en  haut  le  prepuce,  de 
façon  que  souuent  ne  se  peut  rabat- 
tre pour  couui  ir  le  gland  : il  se  fait 
vue  inflammation  et  gangrené.  Donc 
pour  sauuer  la  vie  dudit  combattant, 
il  conuient  entièrement  couper  le  cul- 
tiueur  du  champ  de  nature  humaine. 
Librement  ie  confesse  y auoir  esté  au- 
tresfois  bien  empesché,  mettant  fo- 
mentations, cataplasmes , et  emplas- 
tres  résolutifs  et  relaxatifs  : pour  tout 
cela  ie  n’auançois  rien  , au  contraire 
la  tumeur  et  douleur  s’augmentoient. 
Estant  à Milan,  deuisant  auec  vn  vieil 
chirurgien,  il  me  dit  qu’il  falloit  bas- 
siner le  petit  ventre  et  parties  génita- 
les d’eau  fort  froide , et  espreindre 
toute  la  verge  auec  la  main  assez 
fort  : par  ces  choses  les  parties  se  reti- 
rent au  dedans  et  flétrissent  : puis 
faut  retirer  le  prepuce  en  son  lieu,  ce 
que  i’ay  fait  plusieurs  fois  auec  heu- 
reuse issue.  Et  si  la  tumeur  du  pre- 
puce est  si  grande  que  ces  remedes 
n’y  eussent  point  de  lieu , alors  fau- 
droit  faire  des  scarifications  tout  au- 
tour. Car  par  icelles  les  vents  se  re- 
soluent,  et  le  prepuce  se  relasche.qui 
fait  qu’apresonlepeutplus  facilement 
réduire. 

édi I ion.  Ce  long  oubli  où  Paré  avait  laissé  lé 
procédé  intéressant  du  chirurgien  de  Milan 
est  d’autant  plus  singulier,  qu’il  avait,  dci 
1575,  traité  du  paraphimosis  au  chapitre  3J 
du  livre  Des  operations. 


DE  LA.  GROSSE  VEROLLE. 


555 


CHAPITRE  XVI. 

EN  OVOY  DIFFERE  I.A  GONORRHEE  DE 
LA  CIIAVDE-PISSE  1. 

Aucuns  ont  iusques  icy  pensé  que 
la  chaude-pisse  eust  quelque  chose  de 
commun  auec  la  gonorrhée  des  an- 
ciens : mais  elles  sont  fort  differentes 
l’vne  de  l’autre  , comme  tu  pourras 
yoirpar  ce  traité.  Car  la  gonorrhée 
est  vn  flux  de  semence  inuolonlaire, 
découlant  de  toutes  les  parties  de 

' Bien  que  ce  chapitre  paraisse,  et  soit  en 
réalité  la  suite  des  précédents,  il  est  cepen- 
dant d’une  date  bien  plus  ancienne;  il  avait 
été  publié  dans  l’édition  partielle  de  15G4, 
où  il  commentait  le  livre  Des  chaudes  pisses 
et  carnositez enyendrees au  méat  vriuat.  Ce  li- 
vre était  composé  de  14  chapitres,  que  l’on 
retrouvera  dans  les  13  chapitres  suivants  à 
partir  de  celui-ci.  Paré,  pour  le  composer, 
avait  mis  à profit  la  lecture  du  livre  de 
Thierry  sans  en  rien  dire;  et,  quand  il  vou- 
lut faire  un  traité  complet  de  la  vérole,  il 
n'eut  donc  qu’à  analyser  la  première  moitié 
de  l’ouvrage  de  Thierry,  et  à faire  venir  son 
ancien  extrait  à la  suite.  En  effet,  après 
l’article  Des  vlceres  de  h verge,  cité  dans  une 
des  notes  précédentes,  Thierry  en  a un  au- 
tre consacré  aux  bubons  veneriens,  dont 
nous  verrons  Paré  profiter  un  peu  plus  tard: 
après  quoi  il  entame  l’histoire  De  l'ardeur 
de  l’vrine,  autrement  appellée  pisse  cltaulde, 
p.  211.  C’est  là  que  recommencent  les  nou- 
veaux emprunts  de  Paré.  Disons  cependant 
par  avance  qu’ils  sont  moins  nombreux  et 
moins  importants  que  pour  l’histoire  de  la 
vérole,  et  que  Paré  va  se  montrer  beaucoup 
plus  original. 

Avant  d’indiquer  quelles  sont  les  idées 
empruntées  à Thierry,  il  convient  de  mettre 
sous  les  yeux  du  lecteur  la  préface  que  Paré 
avait  placée  en  avant  de  son  livre  dans  l’é- 
dition de  1564. 

Préfacé  du  Hure  8 des  chaudes-pisses. 

« Combien  que  ma  première  intention  ne 


nostre  corps  aux  parties  génitales  », 
causée  par  la  résolution  et  paralysie 
(le  faculté  retenliue  d’icelles  parties, 
comme  dit  Galien  à la  fin  du  liure  6. 
De  locis  aff  relis, ou  bien  de  trop  grande 
abondance  de  sang  et  matière  sémi- 
nale dedans  le  corps,  qui  ne  se  tour- 
nant point  en  gresse  et  habitude  du 
corps , prend  son  cours  vers  les  par- 
ties génitales. 

Au  contraire  , la  chaude-pisse , ou 
ardeur  d vrine,  est  vne  sanie  qui  sort 
par  la  verge,  de  couleur  iaunastre, 
quesquesfois  verdoyante,  autresfois 

feust  que  de  reuoir  mon  liure  des  playes 
failles  par  haequcbultes  et  auties  hastonsà 
feu,  pour  à iceluy  adiouster  beaucoup  d’ex- 
periences  (confirmées  par  raisons  fort  soli- 
des) des  choses  aduenues  en  ces  derriieres 
guerres,  tant  pour  la  malignité  et  indisposi- 
tion du  temps  que  pour  aulres  causes  am- 
plement traitlees  en  mon  discours  adressé 
au  Roy,  et  fait  par  le  commandement  de 
Sa  Maieslé,  lequel  i’ay  mis  au  front  de  cest 
œuure  : neanlmoins  i’ay  voulu,  pour  l’vtilité 
du  public  et  l’adresse  des  ieunes  chirur- 
giens (car  c’est  pour  ceux-lu  que  i’escry), 
mettre  en  lumière  quelques  autres  petits 
œuures  (petits  puis-ie  bien  dire,  car  ils  ne 
seruiront  que  d’arres  de  ma  pratlique  gene- 
ra lie  que  i ay  ia  dediee  au  Roy,  et  promise 
à la  republique  françoise),  lesquels,  iaçoit 
qu’ils  n’ayent  rien  de  commun  auec  ma  pre- 
mière intention  : le  croy  pourtant  que  l’ac- 
croissement que  i’ay  mis  à mon  premier 
labeur  n’apportera  peu  de  fruit  à nostre 
nat  on  : considéré  qu’aux  liures  que  i’y 
ay  adioustez  ie  ne  Iraltle  que  d’aucunes 
parties  de  chirurgie,  voire  mais  des  plus 
mal  aisées  : et  entre  autres  de  la  guérison 
des  chaude  pisses,  maladie  autant  fas- 
clieuse  à guérir  qu’elle  est  commune  : ce 
que  lu  prendras  autant  en  bonne  part, 
comme  de  bonne  affection  ie  desire  qu’en 
la  lecture  de  mes  liures  tu  proflittes,  et 
m’en  sache  gré.  » 

1 L’édition  de  1564  donne  une  tout  autre 
I terminaison  à ce  paragraphe.  Après  ees 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


006 


sanguinolente,  approchant  de  la  qua- 
lité d’vn  pus  non  bien  cuit  et  de  mau- 
uaise  odeur,  auec  vne  acrimonie  qui 
le  plus  souuent  ronge  et  vlcere  le  ca- 
nal de  l’vrine  , faisant  érection  de  la 
verge  et  des  parties  génitales , auec 
douleur  : pour-ce  qu’en  ladite  érec- 
tion se  fait  vne  contraction  comme 
par  vn  spasme  particulier  : tesmoins 
les  patiens,  qui  disent  sentir  comme 
une  corde  qui  leur  tire  la  verge  con- 
trebas : et  telle  chose  se  fait  au 
moyen  d’vn  esprit  flatueux,  qui  rem- 
plit le  canal  ou  le  nerf  cauerneux,  et 
toute  la  substance  du  membre  viril. 
A cause  de  laquelle  repletion  se  fait 
vne  distension  de  la  verge  Outre 

mots  : aux  parties  génitales,  elle  poursuit  : 

«Ce  qui  se  fait  lorsque  quelque  portion 
de  sang  doux  et  bénin,  et  du  plus  pur  qui 
soit  en  la  masse  sanguinaire,  pellucide  en 
couleur,  de  substance  visqueuse,  égalé  et 
sans  aucune  mauuaise  odeur,  tumbe  parles 
conduits  auec  vne  petite  délectation,  prin- 
cipalement faitte  à l'extremité  de  la  verge, 
qui  Unit  le  conduit  d’icelle  contre  l’erosion 
et  acrimonie  de  l’vrine.  » 

La  nouvelle  rédaction  date  de  1575;  la 
citation  de  Galien  est  empruntée  à Thierry 
de  Héry. 

1 L’édition  de  1564  ajoute  : laquelle  enten- 
due en  largeur  se  monstre  vn  peu  plus  courte. 

Cette  singulière  erreur  venait  de  Thierry, 
qui  avait  dit  : 

« Aussi  en  l’ereclion  de  la  verge  se  faict 
contraction,  et  comme  spasme  particulier, 
prouenant  d’vn  esprit  vaporeux  ou  llatueux, 
lequel  rernplist  le  nerf  cauerneux,  par  la- 
quelle repletion  est  accourcy.  » Page  215. 

N'aurait-on  pas  pu,  avec  quelques  modi- 
fications, appliquer  à Thierry  ce  que  Pitcairn 
disait  d’Astruc  à propos  d’une  théorie  tout 
aussi  singulière  sur  la  défécation  : Credo 
Astruccium  nunqunm  cacasse. 

Du  reste,  à part  cette  idée  erronée  et  la 
citation  de  Galien,  et  l’idée  primitive  de  la 
distinction  à établir  entre  la  gonorrhée  et 
la  chaude-pisse,  le  reste  du  chapitre  ne  doit 
rien  à Thierry. 


lesquels  accidens,  lors  que  le  conduit 
est  vlceré  , le  patient  vrinant  sent 
vne  griefue  douleur  : pour-ce  que 
l’vrine , passant  par  les  vlceres , les 
mordique  etpoind. 

Or  le  flux  de  ladite  sanie  continue 
quelquesfoisdeux  ou  trois  ans  et  plus: 
qui  nous  fait  croire  que  la  chaude- 
pisse  n’a  rien  de  commun  auec  la  go- 
norrhée , comme  nous  monstrerons 
cy  apres,  descriuant  les  parties  qui 
principalement  sont  affectées.  Auec 
ce  qu’il  est  impossible  que  la  semence 
peust  sortir  du  corps  par  vn  si  long 
temps , qu’elle  ne  fust  cause  que  le 
corps  deuint  languide  , debile  et  af- 
faibli , attendu  que  la  semeuce  est 
faite  d’vn  sang  bening  prouenant  de 
toutes  les  parties  du  corps  : dont  la 
mort  s’ensuiuroit , comme  dit  l’au- 
theur  des  Définitions.  Ce  qui  est  aussi 
aisé  à connoislre  en  ceux  qui  ont  eu 
cinq  ou  six  fois  la  compagnie  d’vne 
femme,  voire  moins,  le  corps  desquels 
se  trouue  fort  debile  et  abatiu,  et  à 
quelques  vus  tout  assoupi.  Parquoy 
faut  conclure  que  la  sanie  que  l’on 
ietle  aux  chaudes-pisses  ne  procédé 
du  suc  bon  et  dédié  à la  génération 
de  la  semence  humaine  : mais  plus- 
tost  que  c’est  vn  humeur  virulent, 
acre,  visqueux,  altéré  et  corrompu. 


CHAPITRE  XVII. 

DE  L’ERECTION  ET  TENSION  CONTINVE 
DV  MEMBRE  GENITAL. 

Ces  accidens  s’appellent  en  latin 
Priapismus ,et  Satyriasis:  et  sont  deux 
noms  signifions  deux  choses  de  di- 
uerses  especes.  Car  le  premier aduienl 
seulement  aux  hommes,  et  est  vne  ten- 
sion du  membre  viril  sans  aucun  ap- 


DE  LA  GROSSE  YEROLLE. 


petit  charnel  : le  second  aduient  aux 
hommes  et  femmes,  accompagné  d’vn 
désir  furieux*. Outre  cela,  le  premier 
est  sans  effusion  de  semence,  le  se- 
cond auec  effusion  : d’où  vient  que  si 
tost  que  l’habitation  a esté  auec  la 
femme,  incontinent  il  cesse.  Mais  au 
premier  rien  moins  , qui  est  cause 
qu’il  s’augmente  de  telle  façon,  que 
si  l’on  n’y  preuoit  bien  tost,  suruient 
vne  mort  cruelle , ou  conuulsion  in- 
supportable. 

L’vn  et  l’autre  procédé  d’vne 
excessiue  chaleur  , et  dilatation  des 
arteres,  d’abondance  de  vents  qui 
remplissent  le  nerf  caue  du  membre 
génital , pour  auoir  mangé  trop  de 
viandes  venteuses,  et  autres  causes. 

Si  cela  aduient  à vne  femme,  au  lieu 
de  la  tension  sent  en  ses  parties  géni- 
tales vn  prurit , ardeur,  et  douleur, 
accompagné  d’vn  désir  intolérable  de 
Venus,  et  est  contrainte  de  porter 
souuent  la  main  pour  se  frotter. 

Pour  curer  l’erection , soit  appli- 
qué sur  les  reins  vn  cataplasme  fait 
de  morelle,  joubarbe , pourpié , laic- 
tues,  iusquiame  , nénuphar,  ciguë, 
pilés  ensemble,  et  appliqués  sur  les- 
dits  reins  et  sur  l’entrefesson.  Faut 
boire  de  l'eau  froide,  et  vser  de  vian- 
des semblables. 

Maintenant  nous  retournerons  à 
parler  des  causes  et  différences  de 
la  chaude-pisse. 

1 Ici  l'arés’éloigneentiérementdeThierry; 
car  si  la  définition  du  priapisme  est  chez 
tous  deux  la  même,  Thierry  dit  du  satyria- 
sis  que  c’est  érection  de  lu  verge  auec  appétit 
d’habiter , p.  212. 

Au  raste,  ce  chapitre  est  tout  entier  de 
rédaction  nouvelle,  et  manque  non  seule- 

ment dans  l’édition  de  1 5G4 , mais  dans  cel- 
les de  1576  et  1579;  on  le  lit  pour  la  pre- 
mière fois  en  1585. 


557 


CHAPITRE  XVIII. 

DES  CAVSES  DE  LA  CHAVDE- PISSE  , ET 
DIFFERENCES  D’iCELLË  *. 

La  chaude-pisse  vient  de  trois  cau- 
ses : à sçauoir,  de  trop  grande  reple- 
tion  , de  trop  grande  inanition  , et  de 
contagion 1  2. 

Celle  qui  se  fait  par  repletion  , est 
causée  d'vne  trop  grande  abondance 
de  sang , ou  pour  auoir  esté  à cheual 
ayant  le  soleil  à dos,  ou  pour  auoir 
vsé  de  viandes  chaudes,  acres,  diuré- 
tiques, et  flatueuses,  qui  causent  ten- 
sion et  chaleur,  dont  s’ensuit  inflam- 
mation des  parties  génitales  : qui  est 
cause  de  faire  fiuer  non  seulement  la 
semence,  mais  aussi  les  humeurs  sus 
lesdites  parties,  principalement  sur 
les  glandes  prostates  situées  au  com- 
mencement du  col  de  la  vessie , là  où 
finissent  et  desinent  les  vaisseaux 
spermatiques  3.  Ou  pour  s’estre  trop 
longtemps  abstenu  de  la  compagnie 
des  femmes,  eu  ceux  qui  ont  de  cous- 
lume  d'en  vser,  et  desquels  l’excre- 
trice  de  telles  parties  est  debile,  ne 
s’en  pouuant  desfaire  de  soy-mesme  : 
de  tant  que  telle  matière  supprimée 

1 Ce  chapitre  est  le  second  du  livre  Des 
chaudes-pisses  de  l’édition  de  1564. 

2 Cette  division  de  la  chaude-pisse  en 
trois  espèces,  et  tous  les  développements 
qu’on  va  lire,  se  retrouvent  en  germe  ou 
même  textuellement  dans  l’ouvrage  de 
Thierry,  p.  212  à 215. 

3 L’édition  de  1564  ne  contient  pas  la  lin 
de  cette  phrase  ; après  ces  mots,  les  vaisseaux 
spermatiques,  elle  ajoute  : dont  lu  trouueras 
la  figure  et  description  en  ta  fin  de  ce  trailté, 
pour  esclaircir  dauanlage  ce  que  nous  te  di- 
sons. Or  ces  prostates,  etc.  — La  nouvelle 
rédaction  date  de  1575. 


558 


LE  SEIZIÈME  LIVRE . 


se  corrompt , et  venant  à sortir  fait 
ardeur  et  douleur  par  acrimonie  de 
chaleur  estrange.  Or  ces  prostates 
puisapres  s’apostemeni , et  leur  sanie 
qui  découlé  auec  vne  certaine  corro- 
sion , le  long  du  canal  de  la  verge  , y 
fait  quelques  vlceres , au  moyen  des 
quels  Fvrine  qui  est  acre , passant 
par  dessus,  les  mordique  et  corrode 
d’auantage  : chose  qui  cause  aux  pa- 
tiens  vne  grande  douleur,  qui  mesme 
continue  quelque  temps  apres  auoir 
vriné.  Aussi  en  l’erection  de  la  verge 
se  fait  vne  contraction  (comme  dessus 
a esté  dit)  qui  prouient  de  l'inflam- 
mation et  de  l’esprit  flatueux  qui 
remplit  le  nerf  cauerneux  , par  la- 
quelle repletion  la  verge  se  grossit  et 
allongil  G 

Celle  qui  se  fait  par  inanition  , ad- 
uient  pour  auoir  trop  et  intempesri- 
uement  vsé  de  l’aceollade amoureuse  : 
car  tel  excès  et  autres  semblables 
tarissent  l’humidité  huileuse  et  natu- 
relle de  ceste  glandule,  laquelle  con- 
sommée , l’vrine  de  son  acrimonie 
blesse  et  offense  la  verge,  causant 
vne  cuisson  et  chaleur  contre  nature 
en  ceste  partie,  qui  se  sent  principa- 
lement en  vrinant , dont  est  appellée 
pisse-chatulc 1  2. 

1 On  reconnaît  ici  le  texte  de  Thierry  de 
Héry,  rappelé  dans  une  des  notes  précéden- 
tes. J’ajouterai  que  Paré  avait  écrit  en  1564  : 
la  verge  se  yrossisl  et  accourcisl,  comme  s’il 
eût  copié  son  auteur  sans  réflexion;  et  qu’il 
corrigea  allongil  dès  1575. 

1 L’édition  de  15G4  porte  une  tout  autre 
rédaction  ; voici  le  texte  : 

« Car  tel  exces  cause  inflammation,  et  au 
moien  d’icelle  vne  attraction  de  sang  et  se- 
mence ausdilles  parties,  lesquelles  s’altèrent 
et  corrompent  par  la  challeur  estrange,  qui 
fait  que  la  semence  sort  à demi  elabourée, 
voire  quelquefois  le  sang  pur,  dont  la  mort 
s’ensuit  en  quelques  vns.  Aucunes  fois  aussi 


Celle  qui  vient  de  contagion,  se 
fait  par  auoir  eu  la  compagnie  de 
ceux  qui  en  sont  infectés,  soit  homme 
ou  femme,  pour  auoir  habité  auec 
celle  qui  peu  auparauant  auroit  recen 
la  semence  de  l’homme  contaminé 
dudit  mal,  ou  qui  auroit  ses  purga- 
tions blanches , quelque  vlcere  dans 
les  parties  honteuses,  quelque  ma- 
tière procédante  de  la  verolle , ou 
quelque  esprit  veweneux  et  virulent, 
qui  s’insinuant  és  parties  génitales, 
les  infecte , et  quelquesfois  tout  le 
corps.  Car  (comme  Galien  monstre 
au  troisième  liure  De  locis  affectis ») 
qui  est-ce  qui , sans  le  voir,  croiroit 
que  par  la  piqueure  d’vn  Scorpion  le 
corps  peust  estre  si  fort  blessé , at- 
tendu la  petite  quantité  de  venin  qu'il 
introduit  dedans  le  corps,  et  qui 
neantmoins  a si  grande  puissance, 
qu’il  fait  mourir  celui  qui  en  est  pi- 
qué? D’auantage,  voit-on  pas  que 
par  vne  petite  piqueure  de  mousche 
à miel  , ou  d’vne  guespe,  ou  de  fres- 
Ion  , aduiennent  douleurs  , tumeurs, 
et  inflammations  tres-grandes?  Et 
combien  que  telles  piqueures  ne 
soient  que  superficielles  , leur  venin 
toulesfois  peut  communiquer  sa  ma- 
lice iusques  aux  parties  nobles.  En 

ledit  sang  et  semence  sont  retenuz  dans  les 
vaisseaux  spermatiques,  à cause  de  la  débili- 
tation de  la  faculté  expullrice,  qui  n’a  puis- 
sance de  les  mettre  hors,  et  eslans  là  hors 
de  leuis  propres  vaisseaux,  se  pourrissent, 
corrompent  et  blessent  les  prostates,  dont 
vient  la  chaude-pisse.  » 

La  première  de  ces  deux  phrases  était  ti- 
rée presque  textuellement  de  Thierry  de 
Héry,  p.  2 1 4. 

1 Chapitre  5.  — A.  P.  — Cette  citation 
est  de  Thierry;  cependant  il  faut  que  Paré 
l'ait  vérifiée;  car  Thierry  désigne  le  chapi- 
tre par  son  titre,  et  non  point  par  son  chif- 
fre. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


cas  semblables  se  peut  faire  que  la 
vapeur  du  virus  de  la  semence,  ou 
d’autres  humeurs  corrompus,  soient 
communiqués  aux  parties  génitales  , 
principalement  aux  prostates,  les 
quels  reçoiuent  non  seulement  la  se- 
mence, mais  les  autres  humeurs,  qui 
se  putrefians  causent  aposlemes  et 
vlceres , desquelles  sort  vn  pus  felide 
et  virulent,  que  les  hommes  iellent 
par  la  verge,  et  les  femmes  par  le  col 
de  la  matrice.  Quelquesfois  aussi  vne 
partie  de  ladite  fluxion  tombe  sur  les 
testicules  et  sur  le  perineum,  mesme 
sur  la  verge,  qui  cause  en  icelles  par- 
ties le  plus  souuent  des  gangrenés,  et 
des  vlceres  caues  et  fisluleux.  D’abon- 
dant se  peuuent  esleuer  d’iceluy  vi- 
rus quelques  vapeurs  corrompues  et 
veneneuses,  qui  sont  po<  tées  aux  par 
ties  nobles  par  les  veines , arteres,  et 
nerfs,  dont  bien  souuent  procédé  la 
verolle  *. 


CHAPITRE  XIX. 

DV  PROGNOST1C  DES  CHAVDES-P1SSES 2. 

La  pisse-chaude  ne  se  doit  négliger, 
pour  ce  que  plusieurs  pernieieux  ac- 
cidens  en  aduiennent  (comme  nous 
auonsdit)  et  en  quelques-vns  est  in- 
curable, qui  ieltent  perpétuellement 
vne  sanie  virulente,  laquelle  fait 

' La  cliaude-pisse  souuent  ameine  la  ve- 
rolle, et  se  peut  dire  verolle  particulière.  — 
A.  P.  — Cette  note  marginale  se  lit  déjà,  en 
partie  du  moins,  dans  l’édition  de  1564  ; 
mais  les  mots  soulignés  ne  datent  que  de  l’é- 
dition posthume  de  1598. 

’ Ce  chapitre  est  textuellement  le  même 
que  le  chapitre  3 du  livre  Des  chaudes  pisses 
de  1564,  sauf  une  intercalation  qui  sera  no- 
tée. En  conséquence,  quand  l’auteur  parle 
du  fait  qu’il  a vu  nagueres,  ce  mot  nagueres 
*e  rapporte  à la  date  de  1564. 


55g 

quelquesfois  vne  entière  suppression 
d’vrine,  à cause  que  les  prostates  et 
tout  le  col  de  la  vessie  s’enflent  et 
enflamment , tant  par  le  coït  que  par 
l’vsage  des  viandes  chaudes  et  vapo- 
reuses, ou  par  trop  grand  exercice, 
comme  est  celuy  de  la  poste  : aussi 
par  le  changement  des  lunes.  De  la- 
quelle suppression  la  mort  s’ensuit 
aucunesfois  : ainsique  n’agueres  i’ay 
veu  aduenir  à vn  quidam  , qui  ayant 
porté  vne  cliaude-pisse  dix  ans  et 
plus , la  garda  iusques  à la  mort. 

Cest  homme , apres  auoir  fait  quel- 
ques excès  violents , ne  failloit  incon- 
tinent d’estre  pris  d’vne  suppres- 
sion d’vrine , au  moyen  de  laquelle 
ne  pouuoit  vriner  sans  le  beneüce 
d’vne  sunde  qu’il  portoit  touiours 
auec  luy.  Or  ne  pointant  vn  iour  la 
mettre  iusques  dans  la  vessie,  m’en- 
uoya  quérir  pour  le  faire  pisser  ; ce 
que  ie  ne  peu  faire,  ores  que  Rem- 
ployasse tous  les  remedes  à moy  pos- 
sibles , qui  fut  cause  de  sa  mort  : la- 
quelle aduenue  , ie  priay  sa  femme 
me  permettre  de  Touurir  : ce  que  vo- 
lontiers elle  m’accorda.  le  trouuay  sa 
vessie  toute  pleine  d’vrine  el  fort 
estendue  , les  prostates  grosses,  en- 
flées, vlcerées  , et  toutes  pleines  de 
pus  semblable  à celuy  qu'il  ieltoit 
pendant  sa  maladie. 

Par  quoy  i’ose  conclure  *,  que  ce 
pus  qui  vient  des  chaudes-pisses  est 
fait  dedans  la  substance  des  glandes 
prostates , et  non  des  reins  : ce  qu’au- 
cuns ont  estimé,  et  voulu  affirmer, 
le  ne  veux  neantmoins  iey  nier 
que  les  reins  ne  s’apostement  et  se 
consument  entièrement,  iellans  sem- 
blablement grande  quanlité  de  pus  : 
toulesfois  les  accidens  ne  sont  pareils 
à ceux  des  chaudes-pisses. 

1 Edition  de  1564  : parquoy  i’ausay  con- 
clure. 


LE  SEIZIÈME  LIVRE  , 


56o 

Les  vieilles  chaudes-pisses  est  une 
verolle  particulière  : partant  pour  sa 
cure  faut  le  furet 

Or  l’vlcere  qui  est  au  col  de  la  ves- 
sie et  à la  verge,  est  facile  à discerner 
d'auec  celuy  qui  est  au  corps  d'icelle , 
par-ce  que  s’il  est  en  la  vessie,  la  sa- 
nie sera  meslée  auec  l’vrine,et  y aura 
de  petites  membranes  ou  filamens: 
l’odeur  en  sera  fetide  et  acre,  et  n’au- 
ra hi  patient  si  grande  douleur.  Et 
notez  que  ie  dis  si  grande,  pour-ce 
que  lors  qu’il  y aura  vn  vlcere  aux 
prostates  ou  conduit  vrinal,  tousiours 
on  sent  douleur  à l’extremité  de  la 
verge,  pour-ce  qu’en  toutes  extrémi- 
tés le  sentiment  est  tousiours  plus 
aigu  et  exquis,  et  principalement  à 
la  verge.  Et  si  auec  ce  le  pus  sort  de- 
uant  l’vrine,  selon  Galien  liure  6, 
chap.  6.  De  locis  affectis  2. 

Or  ayant  amplement  discouru  les 
signes  et  différences , tant  de  la  go- 
norrhée que  de  la  chaude-pisse  , il 

1  Cette  phrase  étrange  manque  dans  l’édi- 
tion de  I5G4;  mais  elle  se  lit  déjà  comme 
ici  dans  celle  de  1575.  Jusqu’en  15S5,  Paré 
n’y  avait  point  ajouté  d’explication  ; mais, 
dans  sa  quatrième  édition,  il  mit  en  marge 
cette  note  explicative  : 

L’auteur  appelle  te  vif  arpent  furet , parce 
qu’il  eslrangle  et  fait  sortir  la  verolle  hors  de 
sa  lasniere. 

Cette  bizarre  métaphore  avait  déjà  été  em- 
ployée à la  lin  du  Ier  chapitre  de  ce  livre. 

1 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée  seu- 
lement dans  l’édition  posthume  de  1598  au 
texte  précédent,  qui  est  celui  de  l’édition  de 
15G4;  mais  il  est  fort  singulier  que  ce  texte 
primitif  ait  été  altéré  dans  toutes  les  édi- 
tions complètes  faites  du  vivant  de  l’auteur, 
pour  être  rétabli  et  augmenté  dans  la  pre- 
mière édition  posthume.  En  effet,  dans 
toutes  celles  qui  se  sont  succédé  de]  1575  à 
1585  inclusivement,  le  paragraphe  s’arrête 
après  les  mots  : l’odeur  en  sera  fetide  et  acre. 

Du  reste,  Thierry  de  Héry  n’a  rien  fourni 
à ce  chapitre  Du  prognoslic. 


conuient  maintenant  traiter  des  re- 
medes  concernans  la  guérison  de  l’vn 
et  l’autre  mal,  et  commencer  à la 
gonorrhée. 


CHAPITRE  XX. 

SOMMAIRE  DE  LA  CVRE  DE  LA 
GONORRHÉE  l. 

Il  faut  appeler  vn  docte  médecin 
qui  purge  et  saigne  le  malade , s’il  en 
est  besoin  , et  qui  luy  ordonne  son 
régime,  luy  défendant  (si  telle  gonor- 
rhée vient  d’abondance  excessiue  de 
sang  et  matière  séminale2)  toutes 
choses  qui  engendrent  grande  quan- 
tité de  sang,  augmentent  la  semence, 
et  prouoquent  à coït  : semblablement 
l’vsage  du  vin,  s’il  n’est  petit  et  aus- 
tère : l’aduertissant  de  fuir  la  fréquen- 
tation des  femmes,  mesmemenl  de 
les  voir  en  peinture  ou  autrement 
représentées,  nommément  celles  à 
quilemalade  porte  quelque  affection. 
L’exercice  vehement  leur  est  bon 3, 
et  porter  pesans  fardeaux  iusques  à la 
sueur:  baigner  en  eau  froide,  dormir 
peu,  et  appliquer  sur  les  lombes,  et  au- 
tour des  parties  génitales,  vnguenlum 
rosalum  réfrigérons  et  nutritum  : puis 

1 Ce  chapitre,  dont  il  n’existe  pas  de  trace 
dans  l’ouvrage  de  Thierry,  est  presque  litté- 
ralement le  même  que  le  chapitre  4 du  li \ re 
Des  chaudes-pisses,  de  1564. 

2 Cette  parenthèse  a été  ajoutée  en  1575. 

3 C’est  là  le  texte  de  toutes  les  éditions 
laites  du  vivant  de  l’auteur;  la  traducliou 
latine  dit  de  même  : exercilia  valida prosunt  ; 
c’est  pourquoi  je  l’ai  substitué  à celui  de  la 
cinquième  et  des  suivantes,  qui  portent  : 
l’exercice  médiocre.  Je  dois  dire  aussi  que 
j’ai  rétabli  dans  le  texte  ces  mots  ':  et  porter 
pesans  fardeaux  iusques  à la  sueur,  qui  exis- 
tent dans  toutes  les  éditions  du  vivant  de 
l’auteur,  et  qui  manquent  dans  les  éditions 
posthumes. 


UE  LA.  GROSSE  VEROLLE. 


par  dessus  vn  grand  linge  trempé  en 
oxycrat,  et  soutient  le  renouueller, 
comme  il  est  dit  cy  apres.  Car  si  elle 
est  causée  par  débilitation  de  la  fa- 
culté retenlrice des  parties  génitales, 
singulièrement  pour  auoir  trop  vsé 
de  l’acte  venerien , il  faut  vser  de 
choses  roboratiues  et  astringentes  : et 
sur  tout  euiter  les  femmes , voire  les 
mettant  du  tout  en  oubly,  iusquesà 
ce  que  les  malades  soient  restaurés 
et  entièrement  guéris. 

Il  te  suffira  de  ces  remedes  gene- 
raux pour  la  curation  de  la  gonor- 
rhée , attendu  qu’aniplement  la  gué- 
rison d’icelle  est  traitée  dans  les  doctes 
commentaires  des  médecins  et  chi- 
rurgiens, tant  anciens  que  modernes  : 
et  aussi  que  ma  principale  intention 
est  de  te  donner  seulement  les  re- 
medes de  chaude-pisse  : la  curation 
de  laquelle,  tant  generale  que  parti- 
culière , sera  cy  apres  déduite. 


CHAPITRE  XXI. 

CV RATION  GENERALE  DE  LA 
CHAVDE-PISSE  *. 

La  cure  sera  changée  selon  la  di- 
uersité  des  causes  et  accidens. 

Pour  les  choses  vniuerselles,  faut 
que  le  patient  tienne  bonne  maniéré 
de  viure,  et  qu’il  euite  toutes  choses 

A?  tl 

1 Ce  chapitre  est  le  cinquième  du  livre 
Des  chaudes-pisses  dans  l’édition  de  1564. 
Paré  y a emprunté  quelques  idées  de  Thierry 
deHéry;  mais  cela  se  réduit  à fort  peu  de 
choses,  et  le  chapitre  peut  passer  pour  ori- 
ginal. 11  est  à remarquer  surtout  que  Thierry 
parle  à peine  de  la  térébenthine,  que  Paré 
préconise  si  fort  et  dans  son  texte  et  dans 
une  note  marginale,  où  il  la  déclare  excellent 
remede  à la  chaude-pisse. 


56  1 

qui  eschauffent  le  sang,  principale- 
ment tous  alimens  flatueux,  diuréti- 
ques , et  violens  exercices  : qu’il  soit 
purgé  et  saigné  , principalement  si  le 
mal  procédé  de  repletion.  II  doit  fuir 
l’habitation  desfemmes,  si  ladite  chau- 
depisse  n’estoit  venue  du  defaut  de 
coït  : il  ne  sedoit  couchersur  vn  lit  de 
plume , mais  sur  vn  matelas,  ou  vne 
molle  paillasse , sur  lesquelles  on 
mettra  vn  drap  en  plusieurs  doubles 
à l’endroit  de  la  région  des  reins  : et 
s’il  lui  est  possible  , ne  doit  dormir 
ne  coucher  aucunement  sur  le  dos.  Il 
mangera  ses  viandes  plustost  bouil- 
lies que  rosties , cuittes  auec  ozeille  , 
laitues , pourpié,  et  quelque  quantité 
d'orge  mondé,  et  des  quatre  semen- 
ces froides  concassées.  Pour  saulse , 
se  doit  contenter  de  jus  de  citron  , 
d’oranges , grenades,  ou  de  verjus.  Il 
s’abstiendra  de  vin,  en  lieu  duquel 
vsera  d’eau  d’orge,  de  ptisane,  de 
bouchet , potus  diuinus , ou  bien  de 
l’hippocras  d’eau  , auec  vn  bien  peu 
de  caneile.  Au  matin  prendra  quatre 
heures  auant  que  manger 1 , vn  orge 
mondé,  auec  lequel  aura  cuit  vn 
petit  noüet  plein  des  quatre  semences 
froides  concassées,  vn  peu  de  graine 
de  pauot  blanc , pour  ce  qu’il  rafres- 
chit,  adoucit,  et  deterge.  Pareille- 
ment vsera  quelquesfois  du  syrop  de 
guimauues , ou  de  capill.  veneris  : par 
fois  d’vne  demi-once  de  casse  seule , 
à laquelle  aussi  de  fois  à autre  on 
pourra  adiouster  vne  dragme  de 
rheubarbe , ou  demie  dragme  en 
poudre  , selon  l’exigence  du  cas , ou 
bien  de  ces  pilules  2 : 

' Edition  de  1564:  deux  heures  auant  que 
manger. 

’ Cette  formule  manque  dans  l’édition  de 
1564. 


II. 


36 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


56  2 

"if.  Massæ  pilai,  sine  quib.  9 . j. 

Rhei  elecli  3.  (a . 

Camph.  g.iiij. 

Cum  tcrebenth.  formentur  pilulæ  septera 

deuorandæ  post  primum  somnum. 

i ’ » ' ) i i i 4 1 >»  1 » 

Semblablement  la  terebenthine  de 
Venise  seule , ou  auec  rheubarbe  en 
poudre  , ou  auec  huile  d’amandes 
douces  recentement  tirée  et  sans  feu, 
ou  auec  dudit  syrop  de  capill.  vçneris , 
estvn  remede  souuerain  et  singulier , 
parce  qu’elle  a vne  tres-grapde  vertu 
d’adoucir  et  mondiüer , et  qu’elle  ai- 
de grandement  la  vertu  expullrice  à 
pousser  hors  la  matière  virulente  et 
infectée  contenue  aux  prostates  : con- 
sidéré aussi  qu  à cause  de  son  amer- 
tume, elle  est  fort  contraire  à pour- 
riture : outre  lesquelles  vertus  elle  a 
esgard  aussi  par  une  propriété  occulte 
sur  les  reins  , et  les  autres  parties  dé- 
diées à l’vrine  : ce  qui  se  connoiçt  tant 
par  son  effect,  que  par  l’odeur  qu’elle 
délaissé  en  l’vrine  apres  que  Fou  en  a 
vsé. 

Et  s’il  y auoit  quelque  patient  , 
comme  il  s’en  trouue , qui  ne  peust 
aucunement  prendre  en  bolus  ladite 
terebenthine  (en  la  façon  que  l’on  la 
baille  ordinairement)  il  est  aisé  de  la 
rendre  potable  en  la  destrempant 
dans  vn  mortier  auec  un  peu  de  iaune 
d’œuf  et  de  vin  blanc,  l’ayant  pre- 
mièrement lauée  auec  plisane  : ce  que 
i’ay  sceu  d’un  Apothicaire , qui  ca- 
choit  ce  moyen  de  la  rendre  potable 
comme  vn  grand  secret , que  ie  n’ay 
voulu  oublier  à escrire  : parce  que 
ie  sçay  que  peu  de  personnes  pensent 
que  l’on  la  puisse  faire  aisée  à boire , 
attendu  sa  glutinosité  et  espaisseur. 

Semblablement  la  lexiue  faite  de 
paille  de  (pue,  est  excellente  pour 
mondifier  les  reins,  et  vaisseaux  sper- 
matiques et  vreteres.  La  quantité  sera 
de  deux  ou  trois  onces,  auec  vne 


dragme  de  miel  rosat , ou  autre  sem- 
blable, pris  deux  heures  au  matin 
deuant  manger.  La  lexiue  de  sarment 
fait  le  semblable,  donnée  auec  sucre 
rosat  b 

Celle  qui  vient  d’inanition  se  guérira 
par  iniec lions  grasses,  huileuses  et 
remollientes  : par  breuuages  et  appli- 
cations de  choses  de  mesrne  effet , 
fuyant  les  causes  qui  ont  engendré  le 
mal.  De  celle  qui  vient  de  conta- 
gion , nous  en  allons  traiter  ample- 
ment2. 

Te  pouuant  asseurerque  l’on  a veu 
par  les  remedes  susdits , grand  nom- 
bre de  malades  de  chaude-pisse  re- 
couurer  guérison  : neantmoins,  à fin 
que  nous  n’oublions  rien  de  ce  que 
nousauons  délibéré  de  traiter,  ayans' 
fait  les  choses  vniuerselles , nous 
viendrons  aux  particulières. 


CHAPITRE  XXII. 

CVP.ATION  PAIïTICVLIERE  DE  LA 
CH AVDE-PISSE  3. 

Et  premièrement  nous  faut  com- 
mencer à seder  la  douleur,  et  dimi- 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  seulement 

en  1585. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579; 
d’où  l’on  voit  que  dans  l’édition  de  1561  le 
dernier  paragraphe  du  chapitre,  qui  ne  pro- 
cède pas  très  logiquement  de  celui-ci,  sui- 
vait immédiatement  le  texte  relatif  à la  té- 
rébenthine, et  que  c’est  à ce  remède  que 
Paré  attribuait  un  si  grand  nombre  de  gué- 
risons. 

3 Ce  chapitre  est  textuellement  le  même 
que  le  chapitre  G du  livre  Des  chaudes-pis- 
ses. Paré  y a copié  deux  ou  trois  prescrip- 
tions de  Thierry  de  Héry  ( ouv.ciié , p 217  et 
suiv.);  mais  les  autres  paraissent  lui  appar- 
tenir, et  l’ordonnance  du  traitement  est 
toute  différente  de  celle  de  Thierry. 


DE  LA.  GROSSE  VEROLLE.  503 


nuer  l’inflammalion  tant  que  nous 
pourrons , en  faisant  une  iniection 
dans  la  verge,  de  la  décoction  qui 
s’ensuit  : 

Sem.  psylîij,  lactucæ,  papaueris  albi, 
plant,  cÿdoniorum,  Uni,  hyoscyami  albi 
ana  3.  ij. 

Detrahantur  mucores  in  aquis  solan.  plant, 
et  rosarum  quantum  sufficit. 

Trochiscorum  albi  Rasis  camphorato- 
rum  puluerisatorum  3.j. 

Misce  simul,  seruetur  pro  iniectione. 

Ceste  ordonnance  cy  dessus  escrite, 
te  seruira  pour  vn  formulaire  que  tu 
pourras  diuersiGer,  l’augmentant  ou 
diminuant  selon  la  nécessité,  et  te 
conduisant  tousiours  auecques  rai- 
son. lU 

Ladite  iniection  a puissance  d'ap- 
paiser  la  douleur,  pour-ce  qu  elle  est 
réfrigérante,  et  par  sa  viscosité  lenit 
et  adoucit  le  caual  de  l’vrine  , le  de- 
fendant  de  l’acrimonie  et  mordacité 
des  humeurs,  et  des  matières  viru- 
lentes. On  doit  vser  de  ladite  iniection 
tiede  : en  lieu  de  laquelle  on  pourra 
aussi  vser  de  laict  venant  de  la  vache, 
ou  bien  un  peu  tiédi  : mesmement  de 
laict  clair  , ou  petit  laict.  Le  laict  est 
fort  propre  à faire  iniection , ou  à 
boire  aux  chaudes-pisses  et  ardeurs 
d’ vrine,  pour  la  vertu  qu’il  a de  rafres- 
qhir  et  de  deterger  : et  aussi  pour-ce 
qu’il  passe  aisément,  estant  fort  sub- 
til et  d’essence  tenue. 

Par  dehors  sera  fort  bon  de  faire 
vne  onction  de  ceratum  Galeni  réfrigé- 
rons, additacamphora,  ou  de  ceratum 
santalinum,  ou  comitiss .,  ou  de  nulri- 
tum,  sus  la  région  des  reins,  des 
lombes,  et  du  perineum,  mesmes  en 
frotter  le  scrotum,  et  toute  la  verge. 
Mais  auantque  d’vser  desdits  onguens 
ou  semblables  , les  faut  faire  fondre 
sur  le  feu,  et  prendre  garde  de  ne  les 


faire  beaucoup  chauffer,  à fin  qu’ils 
ne  perdent  leur  faculté  de  réfrigérer, 
qui  est  nostre  principale  intention. 
Ladite  onction  faite,  conuient  appli- 
quer par  dessus  quelques  linges  trem- 
pés en  oxycrat , composé  ex  aquis 
plantaginis,  solani,  semperuiui,  rosa- 
rum , et  semblables. 

En  ce  , s’il  aduenoit  que  le  patient 
eust  vne  grande  douleur  en  vrinant 
et  apres  auoir  vriné,  ce  qui  est  pres- 
que ordinaire,  il  sera  bon  que  le  ma- 
lade pisse  en  vn  vaisseau  plein  de  laict 
tiede,  y trempant  sa  verge  pendant 
le  temps  qu’il  rendra  son  yrine,  et  au 
defaut  de  laict,  faudra  prendre  de 
l'eau  tiede  : par  ce  remede  tu  appai- 
seras  vne  grande  parliede  lacuisseur. 
La  douleur  mitigée  par  ces  moyens  , 
tu  commenceras  à mondiûer  les  vl- 
ceres  de  la  verge  par  vne  iniection 
telle  : 

Hydromelit.  simpl.  g.iiij. 

Syrupi  rosali  de  siccis,  et  de  absinth. 
ana  § . ft. 

Fiat  iniectio,  seruelür  ad  vsum. 

Et  où  il  sera  besoin  de  plus  grande 
detersion,  tu  adiousteras  ù l’iniection 
vn  peu  d’Egypliacum , ce  que  i’ay 
fait  plusieurs  fois  : dont , grâces  à 
Dieu  , 1 issue  a esté  bonne.  I’ay  veu 
aussi  gran  iement  profiter  en  ceste  in- 
tention, la  décoction  qui  s’ensuit: 

’if.  Vini  albi  odoriferi  ib.  G. 

Aquaruin  plantag.  et  rosarum  ana.  § . ij. 

Auripigmenti  3 . j.  fi. 

Viridis  æris  3.j. 

Aloës  succotrini  5.  G. 

Puluerisentur  puluerisanda,  et  bulliant  si- 
mul, seruetur  decoctum  pro  iniectione. 

Il  te  faudra  diminueret  augmenter 
la  force  des  ingrediens,  selon  que 
verras  estre  necessaire.  Les  vlceres 
mondifiés,  il  conuient  vser  de  desic- 


564  I.E  SEIZIÈME  LIVRE, 


cation  pour  les  mener  à cicatrice , 
deseichant  l’humeur , et  corroborant 
les  parties  qui  ont  esté  imbues  et 
relaxées  par  la  longue  et  grande 
fluxion  -.pour  à quoy  remedier,  la 
décoction  suiuante  est  bien  conve- 
nable. 

If.  Aquæ  fabrorum  B>.  j. 

Psidiarum  et  balaustiarain,  nucum  cu- 
pressi  conquassat.  ana  3.  j.  fi. 

Sumac,  et  berberis  ana  3.  ij. 

Syrupi  rosati,  et  de  absint.  ana  5 . j. 
Fiat  decoctio,  seruetur  pro  iniectione. 

De  ceste  décoction  en  faut  ietter 
souuent  dedans  la  verge  auec  vne 
syringue  , et  continuer  iusques  à ce 
qu’il  ne  sorte  plus  de  sanie  : lors 
tu  pourras  esperer  le  patient  estre 
guéri. 

Reste  maintenant  à parler  des  ac- 
cidens  qui  prouiennent  d’aucunes 
chaudes-pisses , qui  sont  des  carnosi- 
tés  procréées  au  canal  de  l’vrine, 
dont  plusieurs  sont  tourmentés  : et 
à cause  de  ce  , tombent  souuent  en 
en  vne  rétention  d’vrine , et  meu- 
rent1. 


CHAPITRE  XXIII. 

DES  CARNOSITES  QUI  S’ENGENDRENT  AV 
CONDVIT  DE  L’VRINE  APRES  AVCVNES 
CHAVDES-PISSES  2. 

L’humeur  virulent  qui  sort  des 
glandes  prostates,  et  passe  continuel- 

’ Ces  derniers  mots,  et  meurent,  sont  les 
seuls  qui  manquent  dans  l’édition  de  1564  ; 
ils  n’ont  été  ajoutés  qu’en  1585. 

’ C’est  le  chapitre  7 du  livre  Des  chaudcs- 
pisses  de  1564. 

Alphonse  Ferri  avait  publié  dès  1553.  à 
Lyon,  un  livre  spécial  sur  les  carnosités: 
De  carunculâ  sive  callo  quœ  cervici  vesiccc 


lement  par  le  canal  de  la  verge,  erode 
par  son  acrimonie  et  vlcere  en  quel- 

innascunlur  liber.  Il  ne  sera  pas  sans  intérêt 
de  comparer  la  monographie  italienne  à la 
monographie  française , comme  nous  avons 
fait  pour  le  livre  de  Marianus  Sanctus. 

Ferri  commence  par  une  préface  adressée 
à Philippe  Archintus.  Après  avoir  donné 
aux  médecins  ses  ouvrages  sur  le  Bois  saint 
(le  gaiac)  et  sur  les  plaies  d’arquebuses,  il 
s'est  décidé  à aborder  ce  nouveau  sujet,  re- 
cueillant avec  soin  ce  qu’il  a pu  apprendre 
durant  nombre  d’années  en  professant  pu- 
bliquement la  chirurgie,  soit  à Naples,  soit 
à Rome,  ou  faisant  des  leçons  particulières 
(i intrà  privutos  parietes ) , ou  dans  les  argu- 
mentations, ou  enfin  dans  sa  longue  prati- 
que. Il  parait  que  le  livre  était  achevé  de- 
puis cinq  ans  lorsqu’il  fut  livré  à l’im- 
pression, ce  qui  reporterait  la  date  de  sa 
composition  à 1548. 

Il  est  divisé  en  12  chapitres.  Le  chapi- 
tre 1er  est  consacré  à Y examen  du  col  de  la 
vessie ; l’anatomie  est  faite  d’après  Galien; 
il  est  donc  inutile  de  s’y  arrêter.  Le  chapi- 
tre 2 recherche  ce  qu’il  faut  entendre  par  ca- 
roncule ou  callus  ; c’est  une  maladie  de  mau- 
vaise composition  dans  le  canal  de  l’urine, 
une  sorte  d’excroissance  charnue  siégeant 
au  col  vésical,  qui  rétrécit  la  voie  et  peut 
même  amener  la  suppression  de  l’urine.  Il 
y en  a de  diverses  espèces  -.franche  (sincera), 
molle,  dure,  fongueuse,  ou  ronde,  ou  blanche 
et  calleuse,  verruqueuse,  poreuse,  etc.,  avec 
une  induration  tantôt  profonde  et  tantôt 
superficielle. 

Le  chapitre  3 traite  des  causes.  Bien  que 
les  caroncules  puissent  provenir  ici,  comme 
dans  toutes  les  autres  parties  du  corps,  par 
le  vice  des  quatre  humeurs  , le  plus  souvent 
toutefois  elles  sont  dues  à un  écoulement 
de  sanie  durant  depuis  long-temps,  et  occa- 
sionnant sans  cesse  l’excoriation,  et  enfin 
l’ulcération  du  col  de  la  vessie.  Quant  aux 
causes  de  l’écoulement  lui-même,  Ferri  les 
range  sous  quatorze  chefs,  parmi  lesquels 
ceux-ci  seulement  méritent  d’être  cités  : 
l’arrêt  et  le  développement  d'un  calcul  dans 
l’urètre  ; — un  abcès  de  la  vessie  ou  de  son 
col;  — la  gonorrhée,  et  cette  cause  a ceci  de 


DK  LA  CROSSE  VEROLLE. 


5(15 


ques  endroits  le  conduit  de  la  verge 
des  hommes,  et  aux  femmes  le  col  de 
la  matrice.  Quelquefois  en  ces  vlceres 
s’engendre  une  chair  superflue,  ainsi 
que  nous  voyons  aduenir  aux  vlceres 
extérieurs  , laquelle  empesche  quel- 
quesfois  que  la  semence  et  l’vrine  ne 
passent  aisément  par  leur  voye  ordi- 
naire , dont  aduiennent  grands  ac- 
cidens.  Parquoy  faut  diligemment 
prendre  garde  ausdits  vlceres,  se  met- 
tant en  tout  deuoir  de  les  guérir.  Et 
pour  ce  faire,  conuient  sçauoir  en 
premier  lieu  s’ils  sont  recents  ou  inue- 
terés  : à raison  qu’ils  sont  d’autant 
plus  fascheux  à guérir,  que  plus  ils 
sont  vieils  et  anciens  : car  lors  ils  sont 
plus  durs  et  calleux , mesmes  que  la 
pluspart  desdites  carnosités  a ja  pris 
cicatrice. 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  SIGNES  DES  CARNOSITÉS  *. 

Les  carnosités  sont  conneuës  par 
la  sonde  qui  ne  peut  passer  librement 
par  le  conduit  de  l’vrine,  ains  trouue 

spécial,  qu’elle  peut  ulcérer  tout  le  canal  de 
l’urètre,  et  qu'ainsi  les  caroncules  peuvent 
occuper  tout  ce  canal;  — des  plaies  et  des 
fractures,  etc.  Pour  édifier  le  lecteur  sur  les 
causes  que  je  passe  sous  silence,  il  suffira, 
je  pense,  de  mentionner  un  écoulement  sa- 
nieux  descendant  du  foie  ou  du  cerveau  vers 
les  reins  et  la  vessie,  etc. 

1 Reproduction  littérale  du  chapitre  8 du 
liure  Des  chaudes-pisses. 

A.  Ferri  consacre  son  4e  chapitre  aux 
signes  de  la  caroncule.  Il  s’attache  d’abord 
à ceux  qui  feront  reconnaître  les  causes  étu- 
diées dans  le  chapitre  précédent;  quant  à 


autant  de  fois  résistance  qu’il  y a de 
carnosités  : pareillement  par  la  diffi- 
culté que  le  patient  a en  vrinant.  L’v- 
rine sort  grandement  deliée,  four- 
chue, ou  de  trauers  : quelquesfois  ne 
vient  que  goutte  à goutte,  auec  gran- 
des espreintes  : de  façon  que  le  plus 
soutient  le  patient  voulant  vriner,  est 
contraint  d’aller  à la  selle , comme 
ceux  qui  ont  vne  pierre  dans  la  ves- 
sie : d’auantage  , apres  auoir  pissé, 
demeure  vne  petite  portion  d’v- 
rine  derrière  les  carnosités  ; aussi 
fait  la  semence  après  le  coït , en 
sorte  que  le  patient  en  tel  cas  est  con- 
traint de  comprimer  le  haut  de  sa 
verge  pour  faire  sortir  lesdites  matiè- 
res. Aucunesfois  est  aduenu  à quel- 
ques-vns  vne  entière  suppression  d’v- 
rine,  qui  leur  a causé  vne  telle  exten- 
sion de  la  vessie,  qu’il  en  ensuiuoit 
vne  grande  inflammation,  et  quelques 
apostemes  en  diuers  lieux  : dont  l’v- 
rine  regorgeant  en  haut,  puis  apres 
sortoit  par  plusieurs  endroits,  sça- 
uoir, à l’enuiron  du  siégé  , par  le  pe- 
rineum,  les  bourses , le  penil,  et  les 
aines  , ainsi  que  i’ai  veu  à plusieurs  , 
qui  est  vn  mal  du  tout  incurable. 

ceux  de  l’affection  elle-même,  voici  tout  ce 
qu’il  se  borne  à dire  : 

« La  preuve  évidente  de  la  présence  d’une 
caroncule  éminente,  c’est  l’écoulement  de 
l’urine  goutte  à goutte,  ou  par  un  jet  tor- 
tueux ou  beaucoup  plus  délié  que  de  cou- 
tume; mais  le  signe  important  pardessus 
tous  les  autres  se  tire  de  l’introduction  d’une 
argalie,  ou  d’une  sonde,  ou  d’un  autre  in- 
strument; • avec  leur  aide  en  effet,  on  re- 
connaît aisément  qu’une  chair  excroissante 
ou  un  callus  ferme  le  passage  à l’urine.  » 
Le  chapitre  de  Paré  est  manifestement 
bien  supérieur. 


56G 


I,E  SEIZIEME  LIVRE 


CHAPITRE  XXV. 

DV  PIîOGNOSTIC  DES  CAP.NOSITÉS,  ET  DE 
LA  CVRE  D'iCELLES1. 

Lors  qu’il  y aura  commencement 
de  carnosité,  le  plustost  qu’il  sera 
possible  la  conuiendra  curer  : car 
elle  croistroit  de  iouren  iour,  et  ne 
sevoit  aucunement  guérissable  par 
nature.  La  suppression  entière  de 
l’vrine,  et  les  accidens  cy  dessus  es- 
crits,  monslrent  assez  la  difficulté  de 
sa  guérison  : ioint  aussi  que  les  re- 
medes  sont  mal- aisés  à y appliquer  : 
neantmoins  te  gouuernant  tant  en 
general  qu’en  particulier  ainsi  que 
nous  t’enseignerons,  tu  pourras  par- 
uenir  à la  fin  par  toy  prétendue. 

Hippocrates  dit  que  ceux  qui  ont 
tubereule  ou  carnosité  en  la  cauité 
de  là  verge,  sont  guaris  par  la  sup- 
puration et  éruption  du  pus  2: 

Or  le  temps  plus  propre  pour  les 
curer,  est  le  printemps,  et  puis  l’hy- 
uer  : toulesfois  si  la  maladie  presse  , 
on  n’aura  esgard  au  temps.  En  faisant 
la  curation,  le  patient  se  doit  garder 
de  l’acte  venerien  : car  par  iceluy  les 
reins,  les  vaisseaux  spermatiques  , 
glandes  prostates,  et  toute  la  Verge, 
s’enflent,  eschauffent  , et  par  consé- 
quent attirent  de  toutes  les  parties 
supérieures  : dont  aduient  que  sont 
enuoyées  plusieurs  superfluités  aux 
parties  blessées  , qui  empesclient  la 
guérison 3. 

-ni  fi,î i ’ t >• 

1 Ce  chapitre  est  formé  des  chapitres  9 et 
10  du  liuro  Des  chaudes-pisses  ; le  chapitre 
9 comprenait  seulement  le  premier  paragra- 
phe de  celui-ci. 

* Aphor.  82,  liure  4.  — A.  P.  — Cette 
phrase  a été  intercalée  en  cet  endroit  en 
1535. 

s Les  chapitres  5 et  6 de  Ferri  traitent  des 


Poursuiuant  la  curation  desdites 
cafnosités , il  se  conuient  garder  de 
trop  vser  en  la  voye  de  l’vrine  des 
remedes  acres  et  corrosifs  : pour  ce 
que  la  sensibilité  de  ce  conduit  estant 
par  iceux  offensée  , pourroit  estre 
cause  de  grands  accidents.  Il  ne  faut 
auoir  peur  si,  de  fois  à autre,  vient 
quelque  flux  de  sang  desdiles  carno- 
silés  : car  c’est  vne  chose  fort  conue- 
nable  (s’euacuant  une  portion  de  la 
matière  coniointe)qui  mesme  soulage 
la  partie,  et  empesche  le  mal  de  gran- 
dir, attendu  que  le  sang  est  cause  de 
la  carnosité.  Pource  n’aduenant  de 
soy  mesme  ledit  flux  de  sang,  ce  sera 
fort  bien  fait  de  te  prouoquer  discrè- 
tement par  la  sonde  *. 

instruments  et  des  soins  préparatoires, nous  y 
reviendrons  plus  tard. Le 7e s’occupe  du  temps 
d’élection;  c’est  le  printemps  d’abord  ; puis 
l’automne,  puis  l’hiver,  et  plus  particulière- 
ment les  mois  de  mars,  avril,  mai,  septem- 
bre et  octobre;  et  l’auteur  ajoute,  ce  que 
Paré  a omis,  que  les  lieux  les  plus  secs  sont 
les  plus  favorables  à la  guérison.  Quant  aux 
cas  urgents,  et  à la  nécessité  de  s’abstenir 
du  coït,  Ferri  en  parle  de  la  même  manière 
que  Paré.  t , i:  : -i.  i£| 

I Ce  précepte  n’est  pas  jeté  au  hasard, 
comme  on  le  pourrait  penser;  Paré  y in- 
siste dans  unenote  marginale  ainsi  conçue  : 

II  est  bon  de  faire  soutient  saigner  les  car- 
no  sités. 

Les  chirurgiens  modernes  n’ont  point 
adopté  cette  manière  devoir,  et,  sanss’ef- 
frayer  de  ce  petit  écoulement  de  sang,  ils  se 
gardent  de  le  provoquer.  Il  y a une  autre 
assertion  de  Paré  qui  sera  trouvée  un  peu 
téméraire,  savoir,  que  le  printemps  et  l’hi- 
ver sont  les  saisons  les  plus  favorables  au 
traitement  des  rétrécissements.  Si  j’en  ju- 
geais par  ma  propre  expérience,  je  dirais 
précisément  tout  le  contraire.  « (*■ 

Au  reste,  Thierry  de  Héry  avait  consacré 
quelques  pages  de  son  livre  à l’histoire  des 
carnosités  (223  à 22(1),  et  il  est  curieux  de 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


CHAPITRE  XXYI. 

CVRE  PARTICVLIERE  DES  CARNOSITÉS 

. 

Si  les  carnosilés  sont  vieilles  et  cal- 
leuses , il  les  faut  amollir  par  fomen- 
tations, cataplasmes,  liniments,  em- 
plastres,  et  sulfumigations2.  Geste  fo- 
mentation te  seruira  de  forme  : 

voir  comment  il  aborde  le  traitement  géné- 
ral. 

« La  curation  d’icelles  (carnositez),  ius- 
ques  à présent,  a esté  estimée  impossible, 
faulte  d’inuention  et  de  bon  iugement,  en 
ce  que  de  soy  elles  ne  sont  incurables.  Seu- 
lement y a difficulté  pour  l’immission  des 
remedes  : car  pourcc  qu’ilz  doyuent  estre 
calheretiques,et  erodents,  pour  laconsump- 
tion  d’icelles,  et  que  les  parties  prochaines 
sont  d’aussi  grand  sentiment,  il  se  fault  bien 
garder  d’en  vser  : mais,  au  lieu  d’iceulx, 
faudra  s’enquérir  quelz  médicaments  ont 
faculté  de  consumer  ces  carnositez  sans  éro- 
sion deS  autres  parties  : parquoy  pour  nos- 
tre  deuoir  ie  ne  vetilx  tenir  caché  ce  que 
par  méthode  et  raison  nous  auons  prati- 
qué auec  heureuse  yssue. 

» Fault  donc  premièrement  considérer  si 
telles  carnositez  sont  recentes,ou  inueferées: 
car  estant  inueterées  elles  seront  plus  en- 
durcies, et  quelquefois  cicatrisées:  qui  gar- 
dera que  les  médicaments  ne  puissent  si 
facilement  operer.  El  pour  la  curation  fault 
premièrement  préparer  le  corps,  de  paour 
que  par  l'admotion  des  medicamens  chaulx 
ne  s’excite  émotion  nouuelle...  » 

Puis  il  passe  au  traitement  local,  dont 
Paré  vas’occuper  dans  les  chapitres  suivants. 

1 C’est  le  chapitre  1 1 du  livre  Des  chaudes- 
pisses. 

Ferri  a son  chapitre  8,  qui  est  intitulé  : 
Carunculam  sive  callum  medicamenlis  prœ- 
mollienduin  est;  et  il  recommande  comme 
Paré  des  fomentations,  des  cataplasmes,  des 
emplastres,  mais  de  plus  des  injections 
émollientes.  C’était  d’ailleurs  la  méthode 
générale,  que  l’on  retrouve  également  dans 
\igo  et  ailleurs. 


567 

2f.  Rad.  altheæ,  et  lilior.  albor.,ana  o-  iiij- 

P<ad.  bryoniæ  et  fœnicuii  ana  g.  fi . 

Fol.  mal.  viol.  par.  et  mercur.  anam.  fi. 

Sem.  lini,  fœnug.  ana  5.  fi. 

Caricas  ping.  nu.  xij. 

Flor.  camom.  melil.  ana  p.j. 
Contundanlur  contunclenda.incidantur,  bul- 
Iiant  omnia  in  aqua  coin.,  et  liât  folus 
cum  spongiis  fœmellis  et  mollibus. 

Du  marc  de  la  fomentation  , tu 
pourras  faire  vn  cataplasme  ainsi 
qu’il  s’ensuit  : 

Prædicta  materialia  colentur,  pistentur 
et  passentur:  adde, 

Axung.  porci,  vng.  basilic,  ana  g . ij. 
Fiat  cataplasma. 

Tu  vseras  de  ce  cataplasme  apres 
la  fomentation.  Entre  ladite  fomen- 
tation et  application  du  cataplas- 
me , lu  pourras  te  scruir  du  Uniment 
subséquent,  ou  d’autre  à pareille 
fin. 

"if.  Vng. dialtheæ Agrip.  ana  g.j.  1$. 

OEsypi  huinidi,  et  axung.  huinanæ  ana 
5 • j- 

Dutyri  recenlis,  olei  lit.  et  camom.  ana 
5.  vj. 

Liquéfiant  simul , addendo  aquæ  vitæ  g . j. 
Fiat  linimentum. 

Duquel  tu  frotteras  par  dehors 
l’endroit  où  tu  penses  estre  les  car- 
nosités.  Tu  y pourras  aussi  appliquer 
emplastres  tendans  à ce  mesme  but , 
que  tu  ordonneras  ainsi  que  verras 
estre  bon  de  faire  : mais  si  tu  te  veux 
contenter  de  l’emplastre  de  de  Vigo 
cum  mermrio,  tu  le  pourras  faire  : car 
ie  t’asseure  qu’il  emporte  l’honneur 
sur  tous  autres  pour  remollir  et  deu 
gaster  telles  duretés , pourueu  qu’il 
soit  fidèlement  dispensé i. 

' Thierry  recommande  également  d’amol- 
lir les  carnositez  intérieurement  auecinieelions 
émollientes,  auxquelles  il  joint  des  fomenta- 


568 


LE  SEIZIÈME  LIVRE 


A cette  mesme  intention  , tu  pour- 
ras user  de  la  suffumigation  et 
euaporation  qui  s’ensuit.  Il  te  faut 
prendre  vn  morceau  d’vne  meulle  de 
moulin  (car  nous  vsons  de  cette  pierre 
au  lieu  de  celle  que  les  anciens  ont 
nommé  Pyrites)  ou  grosses  bricques  , 
et  les  ayant  bien  eschauffées  dans  le 
feu  , les  mettras  dans  vn  bassin  de 
cuiure  ou  vn  petit  chauderon  sous 
vne  chaire  percée  : puis  le  malade  es- 
tant assis  sur  icelle,  comme  s’il  vou- 
loit  aller  à ses  affaires  , tu  verseras 
sur  lesdites  pierres  de  bon  vinaigre, 
et  de  l’eau  de  vie  meslée  ensemblé- 
ment  p r parties  égalés  : et  garniras 
ladite  chaire  si  bien  à l’entour,  que  la 
vapeur  ne  se  perde  , ains  qu’elle  soit 
portée  droit  contre  le  mal.  Pour  en- 
cores  mieux  faire,  tu  pourras  vser  de 
ce  tonneau,  dedans  lequel  le  patient 
sera  nud  , et  assis  au  milieu  sur  vn 
ais  pertuisé  à l’endroit  des  parties  gé- 
nitales. Puis  y aura  vn  chauderon 
entre  ses  iambes,  où  l’on  posera  les 
pierres  escbaufTées  : et  par  la  petite 
fenestre  marquée  B,  tu  arroseras  les- 
dites pierres  de  la  liqueur  susdite  , la 
fumée  de  laquelle  le  patient  receura 
commodément  sur  la  partie  atfectée. 
Mais  il  faut  que  ledit  patient  soit  bien 
clos  et  couuert  dedans  le  tonneau  , 
marqué  A,  de  peur  que  la  vapeur  ne 

lions,  des  bains  locaux,  et  des  embrocations 
de  même  nature.  Il  n’oublie  pas  non  plus 
les  emplastres,  entr'aulres  celuy  de  Vigo  est 
excellent  ou  de  Pltilagria  : et  continuera  cecy 
iusques  à l'emollilion  desdictes  carnositez , afin 
de  les  réduire  à la  raison  et  qualité  des  recentes. 

Jusque  là,  Paré  ne  s’écarte  pas  de  la  pra- 
tique de  Thierry;  mais,  après  avoir  ramolli 
les  carnosités,  celui-ci  fait  usage  en  injec- 
tion d’une  eau  distillée  légèrement  exci- 
tante, tandis  que  Paré  passe  immédiatement 
à un  traitement  plus  actif,  comme  on  le 
verra  dans  le  chapitre  suivant. 


se  perde:  et  que  la  petite  fenestre  soit 
pareillement  bien  close. 


Tonneau  propre  pour  receuoirvne  fumigation. 


Telle  euaporation  pénétré , incise , 
discute,  liquéfié,  mollit  et  résout 
grandement  toutes  duretés  scirrheu- 
ses , tesmoin  Galien  2.  à Glaucon  ‘. 


CHAPITRE  XXVII. 

DE  QVELS  REMEDES  FAVT  VSER  SI  LES 

DITES  CARNOSITÉS  TIENNENT  DE  LA 

VEROLLE,  ENSEMBLE  DE  LEVR  CVRE2. 

Mais  s’il  y a soupçon  que  lesdites 
duretés  et  carnosités  soient  causées 
de  quelque  humeur  tenant  de  la  ve- 
rolle,  il  faut  que  le  malade  face  diete, 
et  vse  de  décoction  de  gaiac,  luy 

1 Au  2'  liv.  à Glauc.  traitant  de  la  cura- 
tion des  scirrbes,  ch.  5.  — A.  P. 

' Ce  chapitre  est  formé  de  la  réunion  de 
deux  chapitres  du  livre  Des  chaudes-pisses  : 
le  12',  intitulé  : De  quelz  remedes  il  faut  vser 
si  lesdittes  carnosilez  tiennent  de  la  vérole; 


DR  LA  GROSSE  VEROLLE. 


frottant  les  aines,  tout  le  perineum 
et  la  verge  d’vn  onguent  propre  à la 
verolle  : car  autrement  on  perdroil 
sa  peine  et  son  temps1.  Pendant  qu’il 
sera  en  sueur,  on  luy  fera  tenir  entre 
ses  iambes  vne  bouteille  remplie 
d’eau  bouillante , ou  vne  brique 
chaude,  et  bien  enueloppée  de  linges 
arrousés  en  vinaigre  et  eau  de  vie  : 
poui'ce  qu’au  moyen  de  ces  pierres, 
s’esleuera  vne  vapeur  et  chaleur  qui , 
auec  l’onguent  de  verolle  , amollira 
et  fondra  l’humeur  causant  lesdites 
carnosités  : ce  que  i’ay  pratiqué  en 
plusieurs  auec  tres-bonne  issue'2. 

Apres  auoir  par  ces  moyens  ainsi 
amolli  lesdites  carnosités,  il  les  faut 
consumer  auec  remedes  qui  ont  puis- 
sance de  ce  faire. 

Et  si  on  connoist  qu’elles  soient 
calleuses  et  ayent  pris  cicatrice  (qui 
sera  aisé  à voir,  parce  que  d’elles  ne 
sortira  aucune  humidité  superflue) 
alors  les  conuient  escorcher  et  rom- 
pre, auec  vne  sonde  ou  verge  de 
plomb  ayant,  vn  doigt  près  de  son 
extrémité,  plusieurs  aspérités  comme 
vne  lime  ronde  : et  l’ayant  passée 
dans  la  verge  outre  les  carnosités , 
le  patient  ou  le  chirurgien  la  tirera, 
repoussera  et  retournera  de  costé 
et  d’autre  tant  de  fois  qu’il  verra  à 
son  aduis  estre  necessaire  pour  com- 


5f>9 

minuer  lesdites  carnosités , laissant 
fluer  apres  assez  bonne  quantité  de 
sang  , à fin  de  descharger  la  partie. 
On  pourra  aussi  vser  de  quelques 
sondes  propres  pour  tel  effet,  dedans 
lesquelles  y aura  vn  fi!  d’argent , et  à 
l’extremité  d’iceluy  vne  petite  ron- 
deur qui  sera  tranchante  et  caue  vers 
le  bout  de  la  sonde  , à fin  qu  elle  se 
ioigne  contre,  pour  la  mettre  sans 
violence  dedans  la  verge  , à l’endroit 
des  carnosités  : et  lors  on  poussera  la- 
dite verge  de  contre  la  sonde , tant  et 
si  peu  que  l’on  voudra  : car  l’ayant 
ainsi  poussée,  on  la  relire  tant  de  fois 
qu’on  veut.  Ce  faisant,  on  pince  et 
comminue  de  ladite  carnosilé  tant 
qu’il  semble  estre  bon  pour  vne  fois, 
le  te  puis  asseurer  que  i’en  ay  fait  de 
belles  cures 3. 

La  cannule  merquée  a est  sembla- 
blement vtilepour  tel  effet. Son  vsage 
est  tel:  Il  la  faut  mettre  en  la  verge , 
et  ses  ouuertures  merquéesfr.  b.  ser- 
uent  pour  couper  et  comminuer  les 
carnosités,  lorsqu’elles  sont  posées 
dedans,  parce  qu’elles  sont  tranchan- 
tes : et  alors  on  doit  tourner  la  can- 
nule, et  comprimer  des  doigts  l’en- 
droit de  la  verge  où  sont  les  carnosités. 

Sondes  et  cannules  propres  à couper  et 
comminuer  les  carnosités. 


et  le  13e,  Comment  il  faut  procéder  à la  cu- 
ration desditles  carnosités  lorsqu’elles  sont  mol- 
lijiees.  Le  texte  est  demeuré  presque  entière- 
ment le  même,  à part  un  passage  qui  sera 
signalé  plus  loin. 

1 Ferri  s’est  également  occupé  de  la  com- 
plication de  vérole  dans  son  chapitre  6,  trai- 


tant des  soins  préparatoires;  mais  il  se  borne 
à l’administration  du  gaiac,  sans  employer 
les  frictions. 

’ Ce  paragraphe  constituait  le  chapitre  12 
du  liure  Des  chaudes  pisses-,  le  reste  formait 
le  chapitre  13. 

3 M.  Desruelles  a ressuscité,  dans  ces  der- 


LE  SEIZIÈME  LIVRE, 


570 

Apres  faudra  vser  de  la  poudre 
suiuante,  laquelle  est  prompte  à 
consumer  lesdites  carnosités  et  ex- 
croissances de  chair  és  parties  hon- 
teuses , tant  à l’homme  qu’à  la 
femme,  sa  ns  notable  douleur  : 

1 I 

il.  Herbæ  sabinæ  in  vmbra  exsiccatæ  3.  ij. 

Ochræ  anlimonij,  tulhiæ  præparat.  aiia 
3.  D. 

Fiat  puluis  subtilis,  vt  alcohol. 

Il  faut  appliquer  ladite  poudre 
auec  la  susdite  cannule , et  auec  vne 
verge  d’argent  (qui  sera  de  la  pro- 
portion de  la  cauité  de  ladite  cannule) 
au  bout  de  laquelle  tu  auras  lié  vne 
petite  piece  de  linge  délié  : et  ladite 
cannule  estant  mise  la  fenestre  con- 
tre-mont, à On  que  ladite  poudre  ne 
tombe  au  conduit  de  l’vrine  , tu  ad- 
dresseras  ladite  fenestre  sur  la  car- 
nosifé  : car  en  poussant  auec  ladite 
verge  , lu  pousseras  hors  de  ladite 
cannule  la  poudre  : puis  apres  tu 
retireras  ladite  cannule,  ayant  re- 
tourné la  fenestre  de  l’autre  part  de 
la  carnosité,  à fin  de  ne  rapporter  en 


ladite  fenestre  la  poudre  : ains  qu’elle 
demeure  sur  la  carnosité  le  plus  long 
temps  qu’il  sera  possible.  Et  s’il  sur- 
uient  grande  douleur,  il  conuient 
vser  de  l’iniection  suiuante  , pour 
adoucir  la  douleur  et  fuir  l’inllam- 
mation  : 

2 £.  Succor.  portul.  plantag.  solani  et  scm- 
peruiui  ana  •§  . R. 

Albumina  ouor.  numer.  vj. 

Agitentur  diu  in  mortario  plumbeo. 

Et  tiede  sera  ietté  en  la  verge  par 
vne  seringue.  Tu  pourras  au  lieu  de 
cesle  cy  vser  de  l’iniection  que  nous 
auons  cy  deuant  escrite  au  chapitre 
De  la  cure  particulière  de  la  chaude- 
pisse.  Il  sera  besoin  aussi  mettre  par 
dehors,  au  long  des  parties  génitales, 
quelques  remedes  repercussifs  pour 
empescher  la  douleur  et  inflamma- 
tion. 

On  peut  pareillement  vserde  reme- 
des qui  ont  faculté  de  diminuer  et 
consumer  les  carnosités  , entre  les- 
quels les  suiuans  sont  fort  excel- 
lons 


niers  temps , la  lime  de  Paré,  et  il  a bien 
voulu  l’appliquer  sur  un  de  mes  malades  à 
l’hôpital  des  Vénériens,  où  je  faisais  le  ser- 
vice de  M.  Cullerier.  La  lime  joua  dans  l’u- 
rètre sans  causer  la  moindre  douleur  au 
malade;  mais  il  fut  pris  dans  la  soirée  d’un 
accès  de  fièvre  intermittente,  qui,  à la  vé- 
rité, céda  très  facilement  au  sulfate  de  ki- 
nine. Le  rétrécissement  sembla  diminuer 
pendant  quelques  jours;  mais  il  revint  en- 
suite à son  premier  état,  et  il  fallut  le  trai- 
ter par  la  dilatation.  Toutefois,  M.  Desruel- 
les a obtenu  de  nombreux  et  notables  succès 
de  l’emploi  de  la  lime  qu’il  appelle  râpe,  et 
qu’il  conduit  dans  une  canule  appelée  por- 
te-râpe. 

Quant  aux  sondes  tranchantes,  qui  pa- 
raissent également  de  l’invention  de  Paré, 
on  leur  reconnaîtra  une  grande  analogie 
avec  quelques  uns  des  urétrotomes  de 
M.  Amussat. 


2 C.  Viridis  æris,  auripigmenti , vitrioli  Ro- 
mani, aluminis  rochæ  ana  g , ij. 

Toutes  ces  choses  soient  infuses  en  très- 
fort  vinaigre,  e!  entre  deux  pierres  de 
marbre  soient  diligemment  menées  et 
réduites  en  poudre  tres-subtile,  et  puis 
soient  mises  au  soleil  d’esté.  De  rechef 
ces  choses  ainsi  seichées  soient  encore 
infuses  de  vinaigre  , et  menées  comme 
deuant , iusques  à ce  qu’il  n’y  ait  au- 

1 Jusqu’ici  le  texte  est  celui  de  l’édition  de 
15G4  ; mais  les  formules  et  les  remarques  qui 
suivent  jusqu’au  paragraphe  : On  peut  aussi 
vser  d’autres  chandelles,  etc.,  sont  d’une  date 
plus  récente,  et  ont  été  changées  ou  ajoutées 
en  diverses  fois.  Voici  d’abord  la  rédaction 
primitive  de  1664: 

« On  peut  pareillement  vser  de  remedes 
qui  ont  faculté  de  diminuer  et  consu- 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


cune  aspérité  : et  de  rechef  les  mettre 
au  soleil,  iusques  à ce  qu’elles  viennent 
en  subtile  poudre,  et  que  toute  l’acri- 
monie de  ces  mcdicamens  soit  esteinte, 
ce  qui  pourra  se  faire  en  huit  iours. 
Cela  fait, 

If.  Olei  rosacei  g . iiij. 

Litharg.  g . ij. 

Soient  cuites  au  feu  iusques  à ce  que 
l’pm  piastre  acquière  consistence  de 
corps  ferme  : puisostc  du  feu, 
Adioustez  de  la  poudre  prédite  g . ij. 

Et  soit  meslée  auec  l’espatule , et 

mer  les  carnositez  , entre  lesquels  les  sui- 
uants  sont  fort  excellents. 

If.  Tuthiæ  preparatæ,  5.  vj. 

Antim.  3.  iij. 

Trochiscorum  albi  Rhasis,  camphor.  3.  j. 
Cort.  granatorum,  aluminis  vsti  ana 
3.  G . 

Spongiæ  vstæ  9.  ij. 

«Puluerisentur  omnia  subtilissimè  vt  alcool. 

Postea. 

if.  Vnguent.  diapompholigos  et  albi  Rhasis 
ana  3.  ij. 

»Misceanturcum  predictis  puluer.  in  morta- 
rio  plumbeo,  et  diu  agitentur. 

»Cest  vnguent  s’appliquera  auec  vne  pe- 
tite chandelle  de  cire  ou  sonde  entortillée 
d’vn  linge  bien  délié,  lequel  demeurera 
dans  la  verge  en  tournant  la  sonde  ou  chan- 
delle d’autre  sens  qu’elle  aura  esté  entortillée 
et  couuerle  : puis  retireras  ledit  linge  par 
vn  bout  qui  passera  la  verge,  et  verras  à 
l’endroit  où  ledit  linge  couuert  d’vnguent 
toueboit  la  carnosité  l'operation  du  remede. 
On  peut  aussi  vser  d’autres  chandelles  de 
cire,  etc.  » 

L’édition  de  1579  conserva  ce  texte,  et 
ajouta  seulement,  avant  la  formule  primi- 
tive, celle  des  chirurgiens  de  Montpellier, 
que  Paré  avait  sans  doute  recueillie  dans 
son  voyage  en  Provence.  Enfin , en  1585,  il 
retrancha  tout-à-fait  le  texte  de  1564,  et  y 
substitua  celui  qu’on  lit  aujourd’hui. 

Au  reste,  toute  cette  histoire  descarnosi- 
tés  est  vraiment  très  remarquable,  surtout  si 
l’on  considère  le  peu  de  progrès  que  l’art  avai  t 


571 

mis  sur  le  feu  , iusques  à ce  que  le 
médicament  acquière  dureté , tant 

faits  jusqu’alors.  Nous  y avons  signalé  de 
frappantes  analogiesavec  quelques  procédés 
modernes;  l’introduction  des  poudres  calhé- 
rétiques,  l’emploi  des  sondes  de  plomb  , 'les 
plus  grosse s quele  palient  pourra  enduref  (voir 
le  chapitre  28),  semblent  recéler  comme  en 
germe  les  procédés  de  MM.  Jobert  et  Mayor. 
Jetons  maintenant  un  coup  d’œil  sur  ce  que 
Paré  avait  pu  emprunter  à ses  devanciers  et 
à ses  contemporains. 

J’ai  montré  dans  mon  introduction  que 
les  bougies  de  cire  étaient  connues  et  em- 
ployées dès  le  xvc  siècle;  et  nous  verrons 
à l’époque  suivante  leur  usage  devenu  pres- 
que général. 

11  faut  dire  cependant  que  Jean  de  Vigo 
ne  paraît  pas  les  avoir  connues.  Il  se  borne, 
dans  les  cas  de  rétention  d’urine,  soit  par 
excroissance  du  col  , soit  par  toute  autre 
cause,  à introduire  des  sondes  ordinaires,  et 
à faire  des  injections  détersives  dans  la  ves- 
sie. « Et  parce  moyen,  ajoute-t-il,  enauons 
guéri  plusieurs  tant  à Germes  comme  à Homme 
a nosire  honneur  ela  futilité  despatienis.»  Liv. 
des  Additions,  ch.  28,  trad.  deNicolas  Godin, 
édit,  citée,  pag.  436. 

Marianus  Sanctus  avait  abordé  l’histoire 
des  rétrécissements  à la  fin  de  son  livre  De 
lapide  remua  et  vesicœ  ; et , chose  assez  re- 
marquable, il  semble  n’avoir  eu  en  vue  que 
le  rétrécissement  spasmodique,  qu’il  désigne 
d’une  manière  très  précise, 

« Fréquemment,  par  un  refroidissement, 
les  musclessont  tellement  resserrés,  que  non 
seulement  ils  retiennent  l’urine,  mais  qu’ils 
empêchent  la  sonde  de  passer  ; et  les  dou- 
leurs, suite  de  la  rétention  d’urine,  devien- 
nent assez  fortes  pour  déterminer  la  mort. 
Pour  éviter  un  pareil  malheur,  il  faut  les 
dilater  avec  un  instrument  introduit  dans 
le  canal  de  la  verge;  car  à l’instant  le  ma- 
lade urinera  et  sera  sauvé.  Je  donne  à cet 
instrument  le  nom  de  bec  arqué,  rostrum  ar~ 
cuaturn,  pour  sa  ressemblance  avec  le  bec  de 
l’animal  que  les  "Vénitiens  appellent  arqué  , 
arcuatum,  et  qu’à  raison  du  son  de  sa  voix 
nous  appelons  terlinum.  Sa  longueurdoit  être 


LE  SEIZIÈME  LIVRE 


qu’vne  chandelle  de  cire,  ou  verge  de 
plomb  y tienne,  et  s’y  puisse  bien 

égale  à celle  de  la  verge  , afin  qu’il  opère  la 
dilatation  jusqu’au  col  de  la  vessie,  si  quel- 
quefois cela  devient  nécessaire. 

»Et  si  le  malade  était  sujet  aux  récidives 
de  cette  cruelle  affection  , qu’il  se  soumette 
sans  délai  à notre  extraction  dorée  et  sûre 
et  salutaire,  avant  l’apparition  des  plus  gra- 
ves accidents , qui  compromettraient  non 
seulement  le  succès  de  l’opération,  mais  la 
vie  même  du  malade.  C’est  pourquoi  qu’il 
soit  hardi  et  sans  aucune  crainte,  laissant  là 
les  belles  paroles  des  physiciens  qui,  en  lui 
conseillant  d’éviter  le  danger,  le  condamne- 
raient à une  souffrance  perpétuelle;  pourvu 
toutefois  qu’il  tâche  de  trouver  un  opérateur 
diligent  et  instruit  de  notre  méthode  d’ex- 
traction. » 

L’instrument  est  figuré  sous  le  titre  de 
Terlinum  ; c’est  une  sorte  de  bec  de  grue 
allongé  qui  a quelque  ressemblance  avec 
celui  de  la  page  18C  de  ce  volume,  mais  à 
manches  plus  courts  et  à branches  plus  lon- 
gues, effilé  de  manière  que  les  deux  bran- 
ches réunies  figurent  une  petite  sonde,  et 
courbé  à peu  près  comme  les  sondes  ordi- 
naires. Peut-être  ne  mérite-t-il  pas  tout-à- 
l'ait  l’oubli  dans  lequel  il  est  tombé  , ou  du 
moins  pourrait-il  donner  l’idée  d'une  dila- 
tation du  même  genre  à la  fois  simple  et  ef- 
ficace. Je  ne  sache  pas  qu’aucun  chirurgien 
s’en  soit  servi  ou  même  en  ait  fait  mention 
après  Marianus.  Ce  qu’il  faut  encore  noter 
dans  le  passage  que  nous  avons  traduit,  c’est 
l’application  de  son  procédé  de  taille,  qui , 
dans  le  cas  de  simple  rétrécissement , se  ré- 
duit à la  boutonnière,  et  nous  donne  l’ori- 
gine de  cette  opération  que  l’on  ne  faisait 
pas  remonter  si  loin. 

L’ordre  des  dates  nous  conduit  à Thierry 
de  Héry,  dont  l’ouvrage  parut  un  an  avant 
celui  d’Alphonse  Ferri.  Je  transcrirai  tout  le 
paragraphe  où  Thierry  parle  de  l’emploi  des 
instruments. 

« Aussi  ay  ie  trouué  bon  de  leur  mettre 
quelquefois  vne  chandelle  de  cire,  ou  soit 
inséré  la  vertu  de  Sabina,  la  faisant  tremper 
en  la  décoction  d’icelle,  et  aucunes  fois  ma- 
laxant la  pouldre  d’icelle  auec  la  chandelle 


adhérer,  et  que  mesme  ne  tombe  es- 
tant maniée  des  doigts  : et  de  ce  re- 

susdicte.  Pareillement  leur  ay  fait  vne  tante 
de  plomb  en  forme  d’algarie  , laquelle  i’ay 
frotté  d’argent  vif,  qui  en  tel  cas  a grand 
efficace,  continuant  à l’enuiron  du  lieu  de 
lacarnosité  l’emplastre  deVigo,  iusquesà  la 
consumption  d’elle. Ce  faict,  on  doibt  y pro- 
céder auec  remedes  fort  astringents  et  cica- 
trisalifz  tant  par  les  iniections  susdictcs  et 
fomentations  qu’emplastres  extérieurement 
appliquez.  »Uav.  cil.,  pag.  226. 

Voilà  les  bougies  de  cire  revenues  en  hon- 
neur, et  aidées  des  bougies  de  plomb.  Mais 
nul  autre  auteur  ne  nous  donne  à cet  égard 
autant  de  détails  qu’Alphonse  Ferri;  son 
chapitre  5 mérited’abord d’être  traduitpres- 
que  en  entier. 

Des  sondesou  instruments  dont  il  faut  se  servir 

dans  lu  cure  delà  maladie. — chapitre  v. 

« 11  y a plusieurs  espèces  de  sondes  ou 
d’argalies,  et  d’autres  qui  peuvent  les  rem- 
placer. Ainsi  nous  avons  d’abord  les  tiges  ou 
les  turions  de  mauve,  de  persil,  de  fenouil, 
ou  d’herbes  semblables,  pourvues  d’une  lon- 
gueur et  d’une  solidité  suffisantes,  avec  les 
quelles  nous  pouvons  sans  inconvénient  pro- 
céder à la  recherche  et  même  à la  rupture 
des  caroncules. Viennent  ensuite  les  bougies 
oblongues  et  un  peu  épaisses,  mais  auxquel- 
les l’art  et  l’usage  donnent  la  mollesse  dési- 
rable; le  plus  souvent  fabriquées  avec  la 
cire  blanche,  quelquefois  aussi  avec  la  cire 
jaune  ou  verte  , mêlée  à une  petite  portion 
de  vert  de  gris,  œruginis  rasœ.  Le  vert  de  gris 
en  effet  est  un  puissant  détersif,  très  pro- 
pre pour  la  cure  des  caroncules.  On  peut  le 
remplacer  par  quelque  autre  médicament 
détersif  ou  agglutinatif,  comme  nous  le  di- 
rons plus  bas.  On  aura  encore  des  sondes 
assez  convenables  en  les  fabriquant  avec  une 
verge  de  plomb  arrondie  et  flexible,  de  l’é- 
paisseur et  de  la  longueur  qui  paraîtront  le 
plus  commodes  pour  pénétrer  dans  l’urètre 
et  en  sortir  facilement;  et  il  en  faut  d’un  ca- 
libre plus  faible  ou  plus  fort,  selon  l’étroi- 
tesse du  canal.  Quand  il  s’agit  de  rompre  la 
caroncule,  il  les  faut  plus  épaisses;  et  plus 
minces  si  c’est  seulement  pour  tenir  lieu  de 


DE  LA.  GROSSE  VEROLLE. 


mede  vsent  les  chirurgiens  de  Mont- 
pellier. 

bougies;  il  faudra  aussi  enduire  l’extrémité 
qui  doit  pénétrer  dans  l’urètre  de  quelques 
uns  des  médicaments  que  nous  dirons.  On 
peut  en  faire  de  la  même  manière  en  or,  en 
argent , ou  de  tout  autre  métal  semblable. 
Les  argalies  faites  d’après  les  mêmes  règles 
et  de  la  même  matière,  doivent  être  arron- 
dies et  polies  à leur  extrémité,  et  partout  uni- 
formes, pour  pouvoir  être  introduites  plus 
facilement,  et  couper  et  détruire  la  caron- 
cule. » 

Malgré  la  tournure  de  la  dernière  phrase, 
il  parait  bien  que  Ferri  n’établit  aucune  dis- 
tinction entre  les  sondes  et  les  argalies. 
Voyons  maintenant  comment  il  règle  leur 
usage,  aussi  bien  que  celui  des  bougies. 

Au  chapitre  8,  où  il  traite  des  moyens  d’a- 
mollir la  caroncule,  après  des  lotions  et  des 
injections  émollientes,  il  veut  qu’on  intro- 
duise une  bougie  ointe  de  beurre  de  vache  ou 
de  buffle,  ou  d'huile  d'amandes  douces,  ou  de 
sésame,  ou  d'huile  commune,  ou  de  graisse  d’oie 
ou  de  canard. 

Au  chapitre  9 il  s’agit  des  médicaments  pro- 
pres à enlever  la  caroncule.  Le  chirurgien, 
ayant  choisi  une  bougie  de  la  longueur  et  de 
l’épaisseur  convenables,  en  enduira  l’extré- 
mité, dans  l’étendue  d’un  travers  de  doigt, 
de  l’un  des  médicaments  dont  les  formules 
vont  suivre.  Mais  il  faut  qu’il  ait  toujours 
cette  précaution  devant  les  yeux,  de  ne  ja- 
mais employer  des  remèdes  corrosifs  à l’état 
liquide  ou  a l’état  mou,  parce  que  leur  ac- 
tion s’étendrait  sur  les  parties  saines;  et  la 
texture  du  canal  est  si  molle  qu’elle  n’y  ré- 
sisterait pas.  Donc  il  faut  une  composition 
assez  solide  pour  pouvoir  être  portée  sur  la 
caroncule  , sans  affecter  aucune  partie  en 
passant.  On  peut  pour  cela  mêler  le  médi- 
cament actif  avec  quelques  emplâtres,  com- 
me le  cérat  de  mucilage,  le  diachylon  , le 
cérat  de  céruse,  l’emplâtre  de  litharge,  celui 
de  minium,  etc.  Si  le  mélange  est  trop  dur, 
on  l’amollira  avec  un  peu  d’huile  ou  de 
graisse  de  poule. 

Les  remèdes  actifs  sont  de  plusieurs  de- 
grés. La  poudre  la  plus  faible  est  composée 
d’alun  et  de  poudres  d’écorce  de  racine  de 


573 

Apres  la  suppuration  de  la  carno- 
sité  , on  vsera  de  l’onguent  suiuant, 

grenadier;  on  la  mêle  avec  le  cérat  de  céruse. 

Une  composition  déjà  plus  forte  se  fait 
avec  du  sel  commun,  du  sel  gemme,  du  vert- 
de-gris,  et  des  sucs  végétaux,  tels  que  le  suc 
de  la  scille , le  lait  de  figuier  , etc.  Je  me 
borne  à cet  exemple  ; Ferri  ajoute  à la  suite 
cinq  ou  six  formules  du  même  genre. 

«Mais il  faut,  dans  l’emploi  des  médica- 
ments caustiques,  faire  attention  à unechose: 
c’est  que  plus  la  caroncule  est  ancienne,  et 
plus  elle  est  difficile  à guérir.  En  consé- 
quence, lorsque  les  moyens  les  plus  doux 
ont  échoué,  il  faut  en  essayer  de  plus  loris. 
Et  s’ils  ne  paraissent  pas  suffisants  pour  dé- 
truire la  caroncule,  à raison  de  sa  dureté 
calleuse,  il  faut  avoir  recours  à une  argalie 
ou  une  sonde  bien  piquante  et  tranchante, 
argalia  vel  specillo  bene  perforantibus  el  in 
cidentibus,  pour  pénétrer  plus  aisément;  et 
il  n’y  a pas  lieu  de  s’eff  rayer  de  l’eff  usion  de 
sang  produite  par  ces  instruments;,  c’est  en 
effet  une  circonstance  très  salutaire,  pourvu 
que  le  sang  vienne  de  la  caroncule  et  non 
d’ailleurs  ; ce  qu’il  est  bien  facile  de  recon- 
naître, puisqu’on  peut  toujours  sentir  si  le 
bout  de  l’argalie  ou  de  la  sonde  est  arrêté 
par  la  caroncule.  Et  dans  ce  cas,  l’opération 
réussit  à merveille. 

» J’ai  vu  plusieurs  sujets  guéris  par  le  seul 
emploi  de  la  sonde  ou  de  l’argalie,  lors- 
qu’elles avaient  traversé  cette  caroncule. 
L’urine  alors  en  passant,  par  sa  vertu  dé- 
tersive  et  dessiccative  , amène  la  cicatrisa- 
tion sans  aucun  secours  de  l’art. 

» Mais  si  la  malignité  de  la  maladie  résis- 
tait à ces  moyens,  il  faudrait  en  venir  aux 
plus  violents  ; par  exemple  à un  médicament 
composé  de  chaux  vive  el  d’arsenic  rouge  ma- 
cérés durant  un  jour  dans  du  vinaigre,  de  cha- 
que demi-drachme , mêlée  avec  une  demi- 
once  de  cérat  de  mucilage.  » 

Je  me  borne  également  à cette  formule, 
que  Ferri  fait  suivre  de  quatre  autres  de 
même  espèce.  Ainsi  l’on  voit  que  la  dilata- 
tion simple,  employée  par  Vigo  et  Marianus, 
fiait  alois  négligée,  sans  doute  commetrop 
laible;  et  que  les  méthodes  en  vigueur  étaient 
la  cautérisation  et  la  section  des  rétrécisse- 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


574 

qui  a puissance  de  les  mondifler,  et 
consumer  la  chair  excroissante. 

ments.  Ici  le  chirurgien  italien  a manifeste- 
ment la  priorité  sur  A.  Paré;  et  l’identité  de 
cette  remarque  sur  l’innocuité  de  l’écoule- 
ment sanguin  provenant  des  carnosités  mê- 
mes, semble  attester  que  notre  auteur  avait 
quelque  connaissance  du  Livre  d’Alphonse 
Ferri. 

Reste  maintenant  à examiner  ce  qu’a  écrit 
de  la  même  affection  Arnatus  Lusitanus. 

Dans  sa  4e  centurie,  obs.  19,  il  raconte 
qu’il  traita  de  cette  affection  à Rome,  où  il 
avait  été  appelé,  en  1550,  par  le  pape  Ju- 
les III,  le  docteur  Castelli.  Il  commença  par 
lui  introduire  dans  l’urètre  une  tige  d’ail 
ointe  d’huile  d’amandes  douces  ; ce  premier 
moyen  ayant  échoué,  il  se  servit  d’une  bou- 
gie de  cire  qui  se  plia  dans  l’urètre;  enfin  il 
franchit  les  caroncules  avec  un  cathéter, 
non  sans  écoulement  desang.  Pour  procéder 
à leur  destruction,  il  avait  vingt  bougies  fa- 
briquées avec  la  cire  blanche  et  un  peu  de 
térébenthine,  de  la  longueur  de  douze  tra- 
vers de  doigt,  d’un  calibre  proportionné  au 
canal  de  l’urètre  ; et  de  plus  trois  à quatre 
bougies  de  plomb  de  même  calibre.  Il  Gt  à 
deux  bougies  de  cire  une  rainure  circulaire 
semblable  à celle  que  portent  les  fuseaux 
pour  arrêter  le  fil  ; remplit  cette  rainure 
d’un  emplâtre  dont  il  donne  la  composition, 
et  qui  devait  être  fortement  cathérétiquc  ; 
introduisit  une  de  ces  bougies  dans  le  canal, 
et  la  Gt  porter  constamment  durant  six  ou 
huit  jours,  en  la  changeant  tous  les  jours. 
Cependant  le  malade  devait  la  retirer  pour 
uriner,  à la  condition  de  la  réintroduire 
aussitôt  après.  Le  jet  de  l’urine  rétabli,  du- 
rant les  huit  jours  suivants,  on  ne  mit  dans 
l’urètre  qu’une  bougie  un  peu  plus  grosse, 
mais  sèche  et  sans  médicament  ; après  quoi, 
l’on  en  vint  à des  injections  détersives ; et  au 
bout  d’un  mois  le  malade  fut  guéri. 

Après  Castelli,  l’auteurcite  comme  traités 
et  guéris  de  la  même  manière  un  certain 
Gauthier  et  un  homme  de  Cbio,  et  il  dit  en 
avoir  traité  plusieurs  autres. 

D’où  lui  venait  ce  mode  de  traitement? 
c’est  ce  qu’il  explique  dans  la  Scholie  à la 
suitode  l’observation. 

« Lacuna , dit-il , homme  d’un  grand  nom 


Onguent  polit-  les  carnosités. 

Prenez  ceruse  de  Venise  § . iij. 

Camphre  5 . j. 

Tulhie préparée  auec  eau  rose  § . fi . 

Litharge  d’or  lauée  3.  vj. 

Antimoine  cru,  subtilement  puluerisé  et 
passé  par  le  cicôtrin  5 . j. 

Trochisques  blancs  de  Rhasis  3.  ij. 

Mastic,  oliban,  aloës,  hepatic  subtile- 
ment puluerisés,  ana  3.  ij. 

Huile  rosat  tant  qu’il  sufGse  pour  faire 
onguçnj,.  . 

Il  faut  broyer  tout  en  vn  mortier 
de  plomb , auec  vn  pilon  aussi  de 
plomb , et  qu’il  soit  long  temps 

• i«  .i  . 1. . 1 11  n 1.  h.'  1 . 

en  médecine  , a publié  à Rome  il  y a trois 
ans  (le  livre  de  Lacuna  avait  été  publié  en 
1551,  ce  qui  reporte  à 1554  la  rédaction  de 
cette  centurie  qui  ne  parut  Cependant  que  plus 
tard)  un  petit  livre  dans  lequel  i!  décerne  des 
éloges  divins  à cette  decouverte  de  l’extir- 
pation des  caroncules , et  l’attribue  â un  cer- 
j tain  Philippe  que  j’ai  particuliérement 
! connu.  Et  comme  Lacuna  est  à l’égard  de 
j ses  amis  d’une  remarquable  candeur  , il  ra- 
conte qu’il  a appris  cette  méthode  de  Phi- 
| lippe,  et  la  décrit  tout  comme  il  l’a  reçue,  ne 
voulant  pas,  autant  que  j’en  puis  juger,  pas- 
ser pour  avoir  mis  du  sien  dans  Une  œuvre 
étrangère.  En  conséquence  je  dirai  qu’il  y a 
dans  ce  traitement  plusieurs  ebosès  que  j'ai 
dû  médiler  et  modifier  , et  que  j’ai  à reven- 
diquer d’avoir  d’abord  corrigé  celte  pratique, 
savoir  , qu’après  avoir  extirpé  et  détruit  les 
caroncules  dans  l’espace  de  6 ou  8 jours , à 
l’instant  et  sans  autre  délai , ils  passaient  à 
l’injection  d’un  collyre  détersif.  » 

Suit  la  formule  du  collyre  de  Philippe, 
qu’Amatus  trouve  très  bon,  mais  qu’il  ne 
veut  pas  qu’on  applique  sitôt  ; sa  grande 
modiücation  consiste  donc,  ainsi  qu’on  l’a 
vu,  à faire  suivre  l'emploi  des  bougies  cm- 
plastiques  de  celui  des  bougies  simples,  pen- 
dant six  jours.  Plus  loin  il  revient  à l’inven- 
tion de  la  méthode  même: 

« Pour  ce  qui  regarde  la  découverte,  je 
voudrais  que  Philippe  lui-même,  que  j’ai 
appris  exercer  maintenant  à Damas  , fût  ici 
présent:  il  avouerait  franchement  de  qui  il 
l’a  reçue,  car  il  n’est  ni  méchant  ni  ingrat.  11 
était  venu  à Lisbonne  à peu  près  à l’époque 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


broyé  : se  donnant  garde  de  le  faire 
en  vn  mortier  de  bronze,  ou  autre 
metail , de  peur  qu’il  n’acquiere  vne 
acrimonie,  et  ne  cause  inflammation 
ou  autres  accidens  qui  pourroient 
arriuer,  comme  on  a veu.  De  cest  on- 
guent en  oindrez  la  candellette  enui- 
ron  deux  trauers  de  doigt , et  le  reste 
sera  oint  de  l’onguent  suiuant. 

Prenez  onguent  rosat  de  Galien,  laué  en 
eau  rose,  onguent  blanc  de  Rhasis,  cam- 
phre et  pommade  simple  ana  § . G . 

Incorporez  ensemble  dans  le  susdit 

où  l’empereur  s’empara  de  Tunis  (en  1535) 
pour  me  demander  un  service  ; car,  ainsi  que 
tout  le  monde  sait,  c’est  un  chirurgien  plus 
remarquable  par  son  expérience  des  choses 
que  par  la  lecture  des  auteurs;  et  je  me  sou- 
viens qu’il  me  dit  qu’il  était  arrivé  en  cette 
ville  , d’un  pays  voisin , un  malade  assez 
riche  qui  souffrait  d'un  suintement  d’urine, 
et  suivant  son  avis  d’un  calcul  de  la  vessie; 
il  me  priait  donc  instamment  de  le  voir.  J’y 
allai,  et  je  trouvai  un  jeune  homme  de 
25  ans,  qui  avait  fait  plusieurs  campagnes 
en  Afrique  et  dans  l’Inde  , et  qui,  intempé- 
rant comme  la  plupart  des  militaires,  avait 
attrapé  le  mal  français,  avec  un  écoulement 
de  semence  qui  lui  avait  duré  deux  ans  en- 
tiers. (Il  convient  de  noter  ici  que  pour 
Amatus  la  gonorrhée  et  l’écoulement  de  se- 
mence sont  la  même  chose  ; gonorrheum , 
dit-il  quelques  pages  auparavant,  hoc  eut 
seminis  pro/luvium  ).  Il  était  cependant  d’une 
constitution  robuste  et  toute  guerrière , en 
sorte  qu’il  me  vint  en  idée  qu’il  n'avait  point 
de  pierre;  car  cette  autre  allection  atroce 
débilite  les  forces,  amène  la  pâleur,  et 
apporte  avec  elle  comme  un  dégoût  de  la 
vie;  elle ad’aillcurs  d’autres  symptômes  qui 
la  font  distinguer  des  caroncules.  Présumant 
donc  ce  qui  était  en  effet,  à l’aide  d’une  tige 
d’ail  et  des  autres  bougies  dont  j’ai  parlé, 
je  reconnus  facilement  qu’il  avait  des  caron- 
cules dans  l’urètre  , et  ayant  recours  aux 
moyens  dont  plus  tard  Philippe  se  servit  à 
Rome  avec  tant  d’honneur  et  de  profif,  je 
rendis  promptement  notre  jeune  homme  à 
la  santé.  Je  ne  veux  point  accuser  Philippe 


575 

mortier  de  plomb,  et  en  vsez  par  in- 
terualle  pour  oster  la  cuisseur. 

Pareillement  on  fera  iniection  de 
laict. 

Faut  noter  qu’en  l’application  dudit 
onguent , il  ne  faut  vser  de  bougies 
ordinairement,  comme  aucuns,  les- 
quels apres  auoir  pissé,  prompte- 
ment en  remettent  d’autres,  pensans 
bien  faire  : parce  que  le  plus  souuent 
il  s’en  ensuit  tumeur  en  la  verge,  et 
inflammation , qui  contraint  le  chi- 
rurgien de  différer  l’vsage  : et  parlant 

d’ingratitude;  je  regrette  seulement  que 
près  de  plusieurs  personnages  illustres  en 
médecine,  comme  près  de  Lacuna,  cet  autre 
Galien  de  l’Espagne,  il  se  soit  attribué 
toute  la  découverte,  façon  d’agir  impudente 
en  vérité,  et  pour  dire  le  mot,  ingrate;  car 
j’avais  eu  pour  témoins  de  cette  cure  des 
hommes  très  savants  et  d’une  grande  au- 
torité dans  leur  pays , Louis  Munius  de 
Coimbre,  George  Henri  de  Lisbonne, 
célèbres  médecins  et  philosophes,  et  Manuel 
Lindus,  astronome  renommé.  Et  pour  11e 
pas  être  accusé  à mon  tour  de  la  même  faute 
que  Philippe,  je  dirai  que  quand  j’étais  a 
Salamanque,  j’avais  appris  cette  méthode 
d’Aldercte,  médecin  fort  célèbre  et  mon  très 
savant  maître , ainsi  que  beaucoup  d'autres 
connaissances  précieuses  et  que  j’estime 
moi-même  de  la  plus  haute  valeur.  » 

Tel  est  le  récit  d’Amatus,  et  c’est  ainsi 
qu’Alderete  a passé  jusqu’à  présent  pour 
l’inventeur  des  bougies  en  cire.  Or  nous  les 
avons  vues  mentionner  dès  le  xv1'  siècle  par 
Guainer,  qui  ne  s’en  donnait  pas  lui-même 
comme  l’inventeur;  et  au  milieu  du 
xvie  siècle,  leur  emploi  simultané  par 
Thierry  de  Héry  qui  était  revenu  d’Italie 
avant  1540,  et  par  A.  Ferri  qui  écrivait  en 
1548,  avant  la  publication  du  livre  de 
Lacuna,  prouve  assez  que  l’usage  s’en  était 
conservé  ailleurs  qu’à  Salamanque  , et  que 
c’était  là  une  de  ces  découvertes  faites  de- 
puis long-temps  comme  le  grand  appareil  , 
et  que  l’on  a attribuées  trop  facilement  au 
premier  écrivain  qui  s’en  est  donné  comme 
l’inventeur. 


O76  LE  SEIZIEME  LIVRE, 


ie  me  contente  d’en  vser  vne  fois  en 
vingt  quatre  heures , spécialement  la 
nuit.  Et  pour  mieux  faire  et  abréger 
la  cure  , il  est  besoin  de  faire  sor- 
tir du  sang  de  la  carnosité  auec  vne 
sonde,  à fin  de  descharger  la  partie, 
et  aussi  que  le  médicament  puisse 
plus  librement  faire  son  operation. 

On  peut  aussi  vser  d’autres  chan- 
delles de  cire,  dont  la  meiche  sera 
faite  expies  de  fil  bien  fort  et  délié  , 
de  peur  qu’elles  ne  se  rompent  : mais 
il  faut  qu'à  l’endroit  qu’elles  louche- 
ront lesdites  carnosités,  elles  soient 
formées  et  embouties  de  la  composi- 
tion qui  s’ensuit  : 

if..  Emplastri  nigri  vel  diachylonis  ireati 

0-  >j- 

Pul.  sab.  ochræ.vitrioli  Romani  calcinât, 
pul.  mercur.  ana  5.  fi. 

Omnia  liquescant  simul  ad  vsum  dicturn. 

Ledit  remede  sera  augmenté  de  ses 
forces,  ou  diminué,  selon  que  le  chi- 
rurgien connoistra  eslre  necessaire. 

Pendant  que  l'on  vsera  des  susdits 
remedes , faut  soigner  que  le  malade 
secoué  bien  sa  verge , et  qu’il  s’ef- 
force qu'il  ne  demeure  pas  vne  goutte 
d’vrine  au  conduit  apres  qu  il  aura 
pissé  : car  il  n’en  sauroit  demeurer 
si  peu  qu’il  n’empeschasl  l’action  des 
susdits  remedes. 


CHAPITRE  XX VIII. 

DES  REMEDES  CONVENABLES  POVR  CICA- 
TRISER LES  VLCERES  APRES  L’ABLATION 
DES  CARNOSITÉS1. 

Apres  que  par  ces  remedes  la  car- 
nosité sera  consumée,  ce  qu’on  peut 

1 Ceci  est  le  chapitre  14  et  dernier  du  li- 


connoistre  quand  ie  patient  pissera  li- 
brement et  à l’aise , et  aussi  gros  qu’il 

vrc  Des  chaudes-pisses  de  l’édition  de  15(14. 

Le  chapitre  10  d’A.  Ferri  est  consacré 
au  même  sujet  que  celui-ci,  et  porte  à peu 
près  le  même  tilre  ; Quâralione  intentas  par- 
les exulceralœ  atque  injlummatæ  cnrentur 
posi  carunculœ  dimimuionem.  C’est  un  amas 
de  formules  pour  lotions,  emplâtres,  on- 
guents, injections,  etc.,  qu’il  serait  fasti- 
dieux même  d’analyser. 

Le  chapitre  11  a pour  titre  : Quibusme- 
dicameniis  abscessibus,  phlegmonis,  et  erysipe- 
laiis  scron  succuralur ; autre  amas  de  for- 
mules entassées  avec  une  abondance  inta- 
rissable. Je  remarquerai  seulement  que 
Paré  n’en  a pas  emprunté  une  seule;  ce  qui 
n’empêche  pas  notre  bon  chirurgien  d’offrir 
aussi  en  ce  genre  une  remarquable  fécon- 
dité. 

Enfin  le  dernier  chapitre  touche  à une 
question  oubliée  par  Paré,  et  qui  a pour- 
tant une  haute  importance  : Quâ  raiione 
sanati  conservenlw.  Ferri  insiste  sur  l’im- 
minence des  récidives;  et,  pour  les  éviter, 
il  conseille  d’abord  un  régime  de  vie  con.c- 
nable,  l’abstinence  du  coït,  et  puis  son  re- 
mède universel,  le  gaïae.  Pour  maintenir  le 
canal  dilaté,  il  veut  qu’on  introduise  une 
bougie  simple  ou  enduite  de  quelque  médi- 
cament selon  le  besoin,  autant  de  fois  qu'il 
sera  necessaire. 

L'expérience  moderne  n’a  pas  été  plus 
loin. 

Enfin  Amalus  Lusitanus  rapporte  une  ob- 
servation curieuse  qui  complète  en  quelque 
sorte  l’histoire  des  bougies  au  xvie  siècle. 
Un  malade  atteint  de  caroncules  avait  soin 
de  se  tenir  l’urètre  dilaté  avec  des  bougies 
de  cire  blanche  ; mais  comme  il  ne  les  rete- 
nait pas  au-dchors  avec  un  fil,  ou  qu’il 
n’en  laissait  pas  une  portion  suffisante  dé- 
passer le  méat  urinaire,  il  arriva  qu’une 
bougie  s’enfonça  tout  entière  dans  le  canal. 
On  fit,  durant  trois  ou  quatre  jours,  de  vains 
efforts  pour  la  retirer;  elle  était  arrivée  jus- 
que dans  la  vessie,  dans  le  bas  fond  de  la- 
quelle elle  s’était  pliée. 

« Pour  la  retirer,  nous  fîmes  fabriquer 
des  pinces  fines  en  argent,  en  forme  de  bec 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


auoit  accoustumé  autant  qu'il  fust 
malade  : semblablement  lors  qu'en 
mettant  la  sonde  dans  le  conduit  on 
ne  sent  aucun  empeschement:  il  faut 
adonc  desseicher  et  cicatriser  l’vlcere, 
ce  que  l’on  pourra  faire  auec  telle  et 
semblable  iniection , qui  a grande 
vertu  de  desseicher  et  cicatriser  sans 
grande  mordication  *. 

if.  Aquæ  fabror.  ü>.  G. 

Nucis  cupressi,  gallarurn  , cort.  granat. 
ana  3.  j. 

Aluminis  rochæ  3.  G . 

Bulliant  omnia  simul  secundurn  artem,  liât 
decoctio  pro  iniectione. 

De  laquelle  on  vsera  iusques  à ce 
que  l’on  n’apperçoiue  aucune  humi- 
dité sanieuse  sortir  hors  de  la  verge. 

Pareillement  pour  desseicher  d’a- 

de  grue;  mais  elles  se  trouvèrent  trop  cour- 
tes, et  il  en  eût  fallu  une  d’une  longueur  au 
moins  de  quinze  travers  de  doigt...  Alors 
j'ordonnai  au  chirurgien  d’introduire  le 
doigt  médius  dans  le  rectum,  et,  en  pressant 
peu  à peu  sur  la  bougie,  de  la  repousser  hors 
de  la  vessie,  comme  font  les  inciseurs  pour 
la  pierre  qu’ils  veulent  extraire  par  une  sim- 
ple incision.  Par  ce  moyen,  en  trois  jours  la 
cire  de  la  bougie  se  trouva  fondue,  et  sor- 
tit librement  avec  l’urine,  ainsi  que  la  mè- 
che; et  le  malade  se  trouva  délivré.  » Cent, 
iv,  curât.  20. 

L’auteur  n’a  point  ajouté  de  scholie  à 
cette  observation;  il  résulte  manifestement 
de  son  récit  même  que  les  efforts  du  chirur- 
gien ne  pouvaient,  en  aucune  manière,  ai- 
der à l’expulsion  directe  de  la  bougie,  et  que 
tout  au  plus  servirent-ils  à amollir  et  à 
mettre  en  pièces  la  cire,  que  la  nature  suf- 
fit seule  ensuite  à expulser. 

1 L’édition  de  15Gi  ajoute  : comme  l’on 
cognoislra  par  ses  ingrédients. 


577 

uantage,  et  auancer  la  cicatrisation, 
sera  bon  d’vser  de  cette  poudre,  la- 
quelle desseiche  sans  nulle  douleur 
et  mordication. 

Prenez  pierre  calaminaire  lauée,  coquilles 
d’oeufs  bruslés,  corail  rouge,  escorce  de 
grenade,  le  tout  mis  en  poudre  subti- 
lement. 

Puis  soit  appliquée  sur  les  vlceres 
auec  chandelles  de  cire,  ointes  d’on- 
guent dedesiccatif  rouge,  ou  autre 
semblable. 

Pour  mesme  effet  , on  vsera  de 
verges  ou  sondes  de  plomb , les  plus 
grosses  que  le  patient  pourra  en- 
durer, et  icelles  mettre  daus  la 
verge  iusques  sus  lesdits  vlceres,  les 
ayant  premièrement  frottées  de  vif- 
argent , et  les  tenir  iour  et  nuit,  le 
plus  long  temps  que  le  patient  pour- 
ra. Elles  ont  vertu  de  desseicher,  ci- 
catriser, et  dilater  le  conduit  de  l'u- 
rine , sans  aucune  douleur,  et  gardent 
que  les  parois  des  vlceres  ne  se  tou- 
chent *. 

Je  te  pourrois  encore  escriré  vn 
grand  libelle  de  remedes  tendans  à 
pareil  but  que  ceux  cy  dessus  es- 
crits  : mais  sçaehant  bien  que  le  chi- 
rurgien expert  les  peut  changer  et 
varier  par  raison,  comme  le  mal  le 
requiert  , ceux  - cy  te  seruiront 
d’exemple. 

1 Ces  mots  : et  gardent  que  les  parois  des 
vlceres  ne  se  touchent  ont  été  ajoutés  en 
1575,  et  leur  importance  signalée  par  celte 
note  marginale  : bon  document.  L’utilité  de 
ce  document  a été  en  effet  reconnue  et  dé- 
montrée par  les  recherches  des  modernes,, 
principalement  de  MM.  Desruelles  et  Ricord. 


II. 


37 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


678 


CHAPITRE  XXIX. 

DES  BVBONS  OV  POVLAINS  VENERIENS1. 

Quelquesfois  le  virus  verollique  se 
communique  au  foye,  et  si  la  vertu  ex- 
pullrice  est  la  plus  forte,  les  reiette 
aux  aines  , qui  sont  ses  emunctoires, 
d’où  s’ensuiuent  apostemes  appelées 
Poulains  : la  plus  part  desquels  sont 
engendrés  d'humeurs  froids,  lents  et 
visqueux , comme  il  appert  par  la 
tumeur  dure,  blanche,  et  de  petite 
douleur,  estant  très  difficile  à curer  : 
qui  est  vpe  autre  raison , outre  celles 
que  nous  avons  alléguées  au  cha- 
pitre troisième,  qui  monstre  que  le 
virus  de  la  verolle  est  principalement 
fondé  en  l’humeur  pituiteux.  Quel- 
quesfois aussi  il  y en  a d’autres  faits 
d’humeur  chaud,  bilieux  et  acre,  auec 
grande  inflammation  et  douleur,  qui 
souuent  degenerent  en  vlceres  viru- 
lens  et  corrosifs  : et  aucuns  d’eux  sont 
accidens  precedans  la  verolle  : comme 
ceux  qui  se  tournent  et  se  cachent 
par  delitescence  aux  parties  internes. 
Il  y en  a d’autres  qui  ne  sont  accidens 
de  la  verolle , mais  sont  maladies  à 
part , qui  se  peu  uent  curer  sans  les 
remedes  propres  à la  curation  de  la 
verolle , comme  iournellement  ap- 
pert : et  pour  ce  estans  comparés  aux 
autres  bubons  veneriques , ils  se  peu- 
uent  appeler  simples , et  non  com- 
pliqués. 

Pour  la  curation  il  ne  faut  vser  de 
résolutifs  , craignant  qu’vne  partie 
seulement  se  résolue,  et  l’autre  de- 

1  Ce  chapitre  est  extrait  d’un  article  de 
Thierry  de  Héry  intitulé  : Des  bubons  véné- 

riens, communément  appelez  poulains ; ouv. 
cité  p.200à20l. 


meure  au  dedans  : aussi  ne  faut  ia- 
mais  vser  en  tel  cas  de  repercussifs. 
Donc  on  appliquera  medicamens  at- 
traclifs  et  suppuratifs,  propres  à la 
nature  de  l’humeur,  àsçauoir,  plus 
chauds  aux  tumeurs  œdémateuses  et 
scirrheuses , qu’aux  sanguines  et  bi- 
lieuses. Aussi  seront  diuersifiés  se- 
lon les  corps  rares  et  délicats.  L’ap- 
plication des  ventouses  ont  grande 
efficace , car  elles  ont  puissance  d’at- 
tirer l’humeur  du  dedans  au  dehors  : 
aussi  faut  subit  y appliquer  un  médi- 
cament emplaslique  : somme1  il  faut 
conduire  la  cure  par  suppuratifs. 

Et  apres  la  suppuration  faite , l’a- 
postemesera  ouuerte  par  cautere  po- 
tentiel , si  elle  est  causée  d’humeur 
froid  : car  par  leur  chaleur  et  douleur 
ils  aideront  à cuire  le  reste  de  l’hu- 
meur, ioint  que  par  l’ouuerture  la 
matière  sera  mieux  cuacuée  : et  ne 
faudra  y mettre  aucune  tente,  mais 
seulement  des  plumaceaux 2 . On 

1 Somme,  pour  en  somme. 

2 11  y a ici  une  lacune  dans  le  texte,  la- 
quelle existe  dans  toutes  les  éditions,  et  dans 
toutes  est  accusée  par  celle  note  marginale  : 
Quels  poulains  il  faut  ouurir  auec  le  cautere 
actuel. Voici  ce  que  dit  Thierry  à cct  égard: 

« La  suppuration  ou  maturation  faicte, 
pour  l’yssue  du  pus  conioinct  et  contenu  en 
la  partie,  fauldra  venir  à l’ouuerture  : la- 
quelle se  peult  faire  en  trois  sortes  : la  pre- 
mière est  auec  la  lancette,  ou  autre  chose 
incisiue  : la  seconde  avec  le  cautere  actuel 
(qui  est  fer  principalement,  actuellement 
igné)  la  tierce  sera  le  cautere  potentiel  : les- 
quelles trois  manières  d’ouuerture  seront 
1res  vtiles  à la  curation  desdietz  bubons  et 
de  toutes  tumeurs  contre  nature,  selon  leur 
diuerse  considération  : car  si  par  quelque 
négligence  ou  autrement,  au  lieu  de  sup- 
puration se  trouuoit  putréfaction  : ou  si 
| l’humeur  chaull,  acre  et  bilieux,  au  lieu  de 
suppurer,  ambule,  corrode  et  gaigne  pais, 
lors  le  cautere  actuel  par  sa  siccité  (robo- 


DE  LA.  GROSSE  VEROLLE. 


579 


traitera  l’aposteme  par  remedes 
emolliens  et  suppuratifs  , en  mon- 
di  fiant  l’vlcere  : et  apres  Je  malade 
sera  saigné  et  purgé , s’il  est  besoin , 
et  non  au  parauant  que  la  suppu- 
ration soit  faite. 

Si  on  fait  l’ouuerture  auecques  la 
lancette,  on  la  fera  en  trauers,  selon 
le  ply  de  l’aine , parce  qu’en  pliant 
la  cuisse  contre  le  ventre,  les  léures 
de  l’vlcere  se  couchent  l’vne  sur  l’au- 
tre, et  l’agglutination  est  mieux  faite, 
et  n’y  demeure  tant  de  difformité 
quand  la  cicatrice  est  faite 

rant  la  partie),  contrarie  et  empesche  ladicte 
putréfaction  et  ambulation  : et  pareille- 
ment consomme  par  sa  chaleur  et  siccilé 
ladicte  virulence  et  acrimonie,  rendant  l’hu- 
meur plus  médiocre  , bening  et  obéissant  : 
toutesfois  il  est  icy  moins  en  vsage  qu’au 
pais  de  Prouuence  et  Languedoc , ou  i’ay 
vcu  les  peres  et  meres  faire  ouurir  à leurs 
enfants  vn  bien  petit  aposteme  auec  lediet 
caulere  actuel.  » 

Puis  venait  l’indication  du  cautere  poten- 
tiel, qui  a été  copiée  par  A.  Paré  ; et  enfin 
celle  de  l’instrument  tranchant,  que  Paré 
avait  oubliée,  comme  le  cautère  actuel,  du 
moins  dans  ses  premières  éditions.  Voyez 
la  note  suivante. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1585  ; l’i- 
dée première  s’en  trouve  également  dans 
Thierry 

« Celle  qui  se  faict  par  aperlion  auec 
Choses  incisiues...  et  pour  le  iourd’huy  elle 
est  le  plus  pracliquée  de  toutes,  pour  la  ti- 
midité de  plusieurs  personnes  de  ce  pays, 
ausquels  il  fault  s’accommoder...  elle  se 
dôibt  faire  selon  la  rectitude  des  filamens 
qui  est  aux  aynes,  selon  Galien  au  tre- 
ziesme  desametbode.  » 

Malgré  l’autorité  de  Galien,  et  celle  non 
moins  imposante  de  Paré,  je  dois  dire  que 
la  recommandation  est  mauvaise  ; elle  ex- 
pose les  bords  de  la  plaie  à chevaucher  l’un 
sur  l’autre  et  à devenir  calleux;  elle  favo- 
rise la  formation  de  sinus,  et  retarde  la 
cicatrisation  ; en  un  mot , l’incision  en  tra- 
vers du  pli  de  l’aine  est  de  beaucoup  pré- 
férable. 


CHAPITRE  XXX. 

DES  EXOSTOSES  , TOPHES  OV  NODVS 

VENANS  DV  VIP.VS  VEROLLIQVE  '. 

Les  tumeurs  dures  et  exostoses 
ou  nodus  sont  engendrées  de  pituite 
et  melancholie  crasse,  froide,  et  vis- 
queuse, laquelle  ne  se  peut  dissoudre 
que  par  remedes  chauds , qui  ont  fa- 
culté d’amollir  et  fondre  ledit  hu- 
meur : et  outre  les  indicalions  com- 
munes des  scirrhes , faut  y appliquer 
le  vif-argent  avec  les  remedes  pro- 
pres. 

Exemple. 

Emplastri  fïlii  Zachariæ,  et  ccronei  ana 
3-  üj. 

Euphorbij  g.  G. 

Emplastri  de  Vigo  g . ij. 

Ceroti  hysopi  descriptione  Philagrij.  § . j. 

Argenti  viui  extincti  g . iiij. 

Vt  dictum  est,  et  Gat  emplaslrum  : extenda- 
tur  super  alutam  ad  vsum. 

Cependant  le  malade  doit  tenir  bon 
régime,  et  par  tels  moyens  ser  aguari, 
pourueu  que  les  os  ne  soyent  inté- 

1 Ce  chapitre  est  aussi,  pour  la  plus 
grande  partie,  extrait  de  l’article  de  Thier- 
ry, Des  loplicsou  uodosiiez,  ouv.  cité,  p.  230 
à 235.  La  formule  n’est  pas  de  Thierry,  et 
le  chapitre  commençait  différemment  en 
1575 ; voici  le  texte  primitif  : 

« Les  nodus  sont  faits  d’humeurs  gros, 
visqueux,  imbus  en  la  substance  des  os, 
quelquesfois  sans  corruption  d’iccux.  Or, 
pour  leur  curation,  outre  les  indications 
communes  des  scirrhes,  faut  y appliquer  le 
furet,  qui  est  le  propre  alexiphaririaque  de 
la  verolle  : donc  pour  leur  curation  faut 
faire  fomentation,  puis  les  frotter  auec  vn 
linimenl  emollient  vif  argentin , et  appli- 
quer i’emplaslre  de  Vigo  cum  mercurie dupli- 
caio. 

«Cependant  le  malade  doit  tenir  bonne 
diette,  etc.  » 


oSo  LE  SEIZIEME  LIVRE 


ressés  : car  s'ils  estoient  carieux  et 
pourris  , les  susdits  remedes  n’au- 
roient  plus  de  lieu.  Et  faudra  faire 
nécessairement  aperliou  en  descou- 
urant  l’os  , soit  avec  rasoir , cautere 
potentiel  ou  actuel:  lequel  est  en  ce 
cas  meilleur  et  plus  certain  , à cause 
qu'il  consomme  vne  certaine  viru- 
lence imbue  en  l’os , et  aide  à la 
cheutte  de  l’os  corrompu.  Il  sera  de 
figure  du  tophe 1 que  l'on  veut  cau- 
tériser, soit  rond,  quarré,  ou  long. 
I’ay  de  coutume,  auparauant  l’appli- 
cation desdils  cautères  actuels,  cou- 
per la  chair  de  dessus  auec  vn  ra- 
soir , à fin  de  faire  moindre  douleur 
par  le  cautere  : parce  qu’au  parauant 
que  la  chair  fust  bruslée,  la  douleur 
serait  trop  grande , pour  la  longitude 
du  temps  que  l’on  seroit  à la  hrusler 
deuanl  que  de  descouurir  l’os. 

Or  ne  sera  icy  hors  de  propos  de 
traiter  de  la  carie  des  os. 


CHAPITRE  XXXI. 

LA  CAVSE  POVRQVOY  L’OS  S’ALTERE  ET 

POVRRIT  , ET  DES  SIGNES  POVR  LE 

CONNOISTRE  2. 

La  solution  de  continuité  faite  aux 
os  est  nommée  au  sixième  de  la  Mé- 
thode par  .Galien,  Catagma.  La  ca- 

1 L’édition  de  1575  dit  : De  l' Os. 

2 Les  cinq  chapitres  qui  suivent  ont  une 
date  bien  différente  des  autres;  Paré  avait 
d’abord  traité  ce  sujet  en  1552,  dans  sa  2e 
édition  des  Pluyes  d’hucquebutes,  sous  ce  ti- 
tre spécial  : La  maniéré  de  Iraicler  el  ijuerir 
des  os  curieux,  fol.  35;  et  il  commençait  en 
ces  termes  ■ 

« Apres  toutes  ces  choses , il  m’a  semblé 
necessaire  de  non  omettre  à dire  quelque 
chose  de  la  carie  et  alteration  des  os.  » 

Ce  travail  reparut  modifié  et  augmenté 


rie  se  fait  en  eux , pource  qu’ils  sont 
froissés , fendus  , percés,  fracturés, 
luxés , aposlemés , et  descouuerts  de 
leur  chair.  Quand  donc  il  y a déper- 
dition de  substance  de  la  chair  qui  les 
couuroit,  ils  s’altèrent  alors,  et  le 
sang  et  leur  propre  nourriture  se  des- 
seichent  par  l’air  extérieur  quiles  tou- 
che , que  les  os  nuds  ne  peuuent  lon- 
guement endurer  sans  qu’ils  s’altè- 
rent. Aussi  quand  une  playe  est  de 
longue  durée  , la  sanie  croupissant 
dessus  s’imbibe  en  leur  substance , 
et  les  pourrit.  Pareillement  par  l’ap- 
plication des  choses  onctueuses  et 
oléagineuses , et  autres  medicamens 
humides  et  suppuratifs,  à cause  qu’ils 
rendent  la  playe  sordide  et  maligne  : 

dans  le  Traité  des  play  es  de  la  leste,  en 
1561,  et  plus  tard  les  Dix  liures  de  chirurgie, 
où  il  formait  le  livre  6 sous  ce  titre  : De  la 
maniéré  de  traillcr  les  caries  des  os.  Ce  livre 
contenait  dixchapitres;  le  premier,  qui  a été 
retranché  depuis,  était  ainsi  conçu  : 

Intention  de  l’aucleur. 

« Apres  auoir  declairé  les  fractures  des  os, 
il  nous  faut  maintenant  parler  des  caries  et 
pourritures,  qui  le  plus  souuent  leur  ad- 
uiennent  à raison  des  accidentz  susdits  : 
traitté  très  necessaire  au  chirurgien , à fin 
d’obuier  aux  perilz  qui  s’en  ensuiuent.  Et 
combien  que  i’en  aye  parlé  en  mon  liure  des 
playes  de  la  teste,  si  est-ce  qu’il  me  semble 
que  ce  ne  sera  chose  hors  propos  si  i’cn  es- 
cris  encor  en  ce  présent  liure  : pource  que 
quelcun  s'en  pourra  scruir,  n’ayant  l’autre 
à son  commandement  : ainsi  le  chirurgien 
ne  demeurera  sans  reracde  pour  la  curation 
des  os  carieux.  » 

Le  chapitre  2 avait  pour  titre  : Les  causes 
pourquoi  l’os  s’ullere elpourrisl ; le  chapitreS: 
Les  signes  pour  cognoistre  l'alteration  et  carie 
des  os  ; ils  étaient  d’ailleurs  à peu  près  co- 
piés sur  deux  articles  portant  les  mêmes  li- 
tres de  l’édition  de  1561,  et  ils  ont  été  réu- 
nis en  1576  pour  constituer  celui  qu’on  va 
lire. 


DE  EA  GROSSE  VEROLLE. 


puis  la  chair  des  parties  voisines  s’es- 
chauffe  et  suppure , et  la  boue  de- 
fluante  sus  l’os  l’enflamme  auec  son 
périoste  1 , à cause  de  quoy  il  tombe 
souuent  en  fleure.  Pour  dire  en  bref, 
les  os  peuuent  souffrir  fous  les  in- 
conueniens  dont  la  chair  est  vexée  : 
partant  se  peuuent  carier  et  pourrir2. 
D'auantage,  Galien  nous  a laissé  par 
escrit  que  souuentesfois  l’inflamma- 
tion commence  aux  os  3. 

Sur  ce  quelques-vns  pourront  objec- 
ter que  les  os  ne  peuuent  auoir  pul- 
sation , attendu  qu’ils  n’ont  sentiment 
aucun.  Caries  anciens  ont  escrit  que 
le  pouls  signifie  mouuement  des  ar- 
teresauecdouleur.Ce  que  ie  confesse  : 
mais  ie  respons  aussi , que  la  mem- 
brane qui  les  couure , et  les  arteres  et 
nerfs  qui  entrent  en  leurs  cauités  , 
ont  un  exquis  sentiment  : et  que  quand 
lesdites  arteres  se  meuuent,  estans 
eschauffées  de  l’os  malade  , elles 
causent  douleur  en  la  membrane  qu’l 
1 eueloppe  : tellement  que  les  patiens 
disent  senlir  une  douleur  pulsaliue 
au  profond  des  os,cewque  l’on  connoist 
manifestement  à la  douleur  des 
dents 4. 

L’alteralion  et  pourriture  des  os  est 
aucunes  fois  conneué  à l’œil , sçauoir 
est  quand  l’os  est  decouuert  : car  lors 
on  voit  qu’il  y a mutation  en  sa  cou- 

Ces  mots  : auec  son  périoste,  manquent 
dans  toutes  les  éditions  faites  du  vivant  de 
I auteur,  et  ont  été  ajoutés  dans  la  première 
édition  posthume. 

1 Hip.  au  lui.  Des  vlceres  et  fractures.  — 
A-  p-  — Cette  citation  ne  date  que  de  1564. 

3 Au  liu.  Des  tumeurs  contre  nature. — A.  P. 

’ *c*  finissait  le  2?  chapitre  de  l’édition  de 
1564;  il  faut  ajouter  cependant  que  ces  mots, 
ce  que  l’on  connoist  manifestement  à la  douleur 
des  dents,  ne  sont  dans  aucune  des  éditions 
du  vivant  de  l’auteur,  et  datent  seulement 
de  1598. 


58 1 

leur  naturelle , quand  au  lieu  d’estre 
blanc , il  se  trouue  liuide , iaunastre , 
ou  noir  : pareillement  on  la  connoist 
au  toucher  de  la  sonde  , quand  on  y 
trouue  aspérité  et  inégalité , et  en  la 
poussant  on  entre  en  sa  substance, 
comme  en  vn  bois  pourri  : car  l’os 
sain  doit  estre  solide  , et  non  mol. 
Neantmoins  de  ce  signe  n’en  faut 
faire  vne  reigle  certaine , pource  que 
quelquesfois  i'ay  veu  l’os  ayant  esté 
longuement  descouuert,  deuenir  al- 
téré, et  tellement  dur,  que  la  tré- 
pané ou  autre  instrument  ne  pou- 
uoit  entrer  dedans  qu’auecques  peine. 
Aussi  ladite  alteration  et  pourriture 
se  peut  connoislre  par  la  sanie  qui 
sort  de  l’vlcere , laquelle  est  plus  sub- 
tile et  claire  que  celle  qui  coule 
d’vne  autre  vlcere  estant  en  la  chair: 
mesme  est  moins  visqueuse  et  plus 
puante  que  celle  qui  sort  de  la  chair, 
des  nerfs,  tendons,  et  des  membra- 
nes. D’auantage  en  J’vlcere  se  trou- 
uera  tousiours  quelque  chair  molle 
baueuse  et  spongieuse  : pareillement 
l’vlcere  sera  mal-traitable , et  rebelle 
à clorre  et  cicatriser  : combien  toules- 
fois  que  par  la  longue  continuation 
des  medicamens  desiccatifs  astrin- 
gens , on  y induise  quelquesfois  ci- 
catrice : mais  tost  apres. l’vlcere  s’ou- 
ure  et  renouuelle,  à raison  queNalure 
ne  peut  faire  bon  fondement  ny  en- 
gendrer une  chair  louable  sur  l’alte- 
ration et  carie  de  l’os , car  c’est  chose 
contre  Nature  : et  partant  elle  doit 
estre  ostée  le  plustost  qu’il  sera  pos- 
sible ‘. 

‘ Voici  le  texte  de  l’édition  de  1552  qui 
correspond  au  chapitre  qu’on  vient  de  lire; 
je  répète  la  phrase  par  laquelle  il  com- 
mence ; 

« Apres  toutes  ces  choses,  il  m’a  semblé 
necessaire  de  non  omettre  à dire  quelque 
chose  de  la  carie  et  alteration  des  os  : pour 


58a  LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


CHAPITRE  XXXII. 

DES  MOYENS  DE  PROCEDER  A LA  SEPA- 
RATION DES  OS  CARIEVX1. 

Or  il  ne  suffit  au  chirurgien  connois- 
tre  que  l’os  soit  altéré  et  corrompu, 
mais  il  conuient  aussi  qu’il  sçache  si 
l’alteration  est  superficielle  ou  pro- 
fonde , à fin  de  diuersifier  les  medi- 
camens  et  les  instrumens  pour  don- 
ner issue  à la  sanie  qui  peut  estre  en 

tant  que  souuent  aduient,  tant  par  la  sanie 
imbibee  en  la  substance  d’iceux  que  par  la 
diuturnité  de  l’vlcere  : ou  pour  la  temeraire 
application  des  medieamenlz  humides,  aussi 
par  l’attouchement  de  l’air  extérieur,  que 
les  os  nudz  ne  peuuent  longuement  endu- 
rer sans  estre  altérez.  Parquoy  est  besoin  y 
auoir  grand  esgard.  Car  icelle  corruption 
ambule,  de  sorte  que  si  on  n’y  donne  bon 
ordre,  la  partie  se  corrompt  et  mortifie  : la- 
quelle carie  et  corruption  se  manifeste 
quelquefois  oculairement,  sauoir,  que  l’os 
estliuidc  ou  noir,  et  aucunefois  citrin  : le 
plus  souuent  peult  estre  cogneu  au  tact  de 
la  sonde,  par  laquelle  on  sent  l’aspérité  et 
inequalité.  Aussi  qu’en  comprimant  l’os,  la 
sonde  entre  dedans.  Pareillement  se  cognoist 
la  carie  et  corruption  de  l’os  par  la  sa- 
nie, etc.  >» 

Le  reste  ne  diffère  pas  assez  du  texte  ac^ 
tuçl  pour  être  reproduit. 

L’édition  de  1561,  traitant  de  la  carie  à 
l’occasion  des  plaies  de  tête,  ajoutait,  à la 
fin  de  ce  chapitre  : « Le  plus  lost  qu’il  sera 
possible,  de  peur  que  les  membranes  et  le 
cerueau  n’acquiercnt  vne  mauuaise  dispo- 
sition, pour  la  sanie  virulente  et  fetide  ys- 
sant  de  l’os  altéré,  dont  la  mort  s’en  suit  lé 
plus  souuent.  » 

• Ce  chapitre  est  formé  de  la  réunion  des 
chapitres  4 et  5 de  l’édition  de  1564,  mais 
avec  des  adjonctions  et  des  retranchements 
que  nous  signalerons  en  leur  lieu. 


la  substance  de  l’os  ».  Et  pour  ce  faire, 
faut  séparer  l’os  altéré  et  pourri.  Le 
moyen  de  ce  faire  est  de  corriger 
leur  corruption,  en  mondifiant  l’vl- 
cere  , à fin  que  la  sanie  ne  tombe  sur 
l’os  et  qu’elle  le  rende  humide.  Pa- 
reillement le  desseichant  bien  fort , 
tant  par  medicamens  que  par  cau- 
tères potentiels  ou  actuels  : car  par 
ce  moyen  on  le  rend  exangue,  sans 
nourriture  et  vie. 

Celse,  livre  8.  chapitre  2.  veut  qu'on 
perfore  les  os  vermoulus  et  altérés,  en 
quelqu'endroit  que  ce  soit , iusques 
à la  partie  saine  et  entière,  qui  est 
quand  il  en  sort  un  peu  de  sang  : puis 
appliquer  dedans  les  trous,  cautères 
actuels  faits  en  maniéré  de  poinçons, 
à fin  que  l’os  deuienne  tout  sec.  Tou- 
tesfois  il  se  faut  garder  de  trop  pro- 
fonder les  poinçons, de  peur  qu’ils  ne 
touchent  sur  l’os  vif  : et  par  ceste 
maniéré  on  fait  séparer  l’os  altéré , 
pourri,  et  vermoulu,  et  par  ce  moyeu 
on  le  rend  exangue  et  sans  nourri- 
ture 2. 

Ce  qui  se  peut  monstrer  par  l’exem- 
ple des  arbres , esquels  les  fueilles 
tombent  à cause  que  le  suc,  par  le- 
quel elles  sont  adhérentes  aux  bran- 
ches, est  desseiché  : dont  aduient  que 
les  fueilles  n’ayans  plus  d’humidité 
et  vie , se  séparent  de  l’arbre  verd  et 
vif,  qui  est  la  cause  pourquoy  elles 
tombent  : ainsi  consumant  l’humidité 
des  os , on  leur  oste  la  vie,  qui  est 
cause  de  les  faire  séparer.  A cause 
dequoy  les  poudres  appellées  Catag- 
matiques  sont  propres  pour  aider  à 

■ Edition  de  1561  : pour  donner  yssuê  à la 
sanie  qui  peut  estre  en  la  substance  de  l’os,  ou 
entre  le  crâne  et  dure  mere. 

’ Ce  paragraphe  a été  intercqlé  ici  en 
1585. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


583 


séparer  l’os , qui  sera  altéré  superfi- 
ciellement >. 

"if.  Pul.  aloës,  cretæ  combust.  pompholygos 
ana  3,  ij. 

Ireos  Florentiæ,  aristol.  rotund.  myrrh. 
cerus.  ana  3.  j. 

Pul.  ostreorum  combustorum  3.  (J. 
Terantur  subtilissimé,  flat  puluis. 

Icelle  peut  estre  appliquée  seule , 
ou  auec  miel  rosat  et  vn  peu  d’eau 
de  vie  Aussi  on  peut  appliquer  de 
ceste  emplastre,  qui  a faculté  d’aider 
Nature  à extraire  les  os  fracturés,  et 
de  nettoyer  la  sanie  grosse  et  vis- 
queuse des  vlceres. 

If..  Ceræ  nouæ,  resinæ  pini , gummi  aramo- 
niaci  et  elemi  ana  3.  vj. 

Terebenthinæ  g . iiij. 

Pulu.  mast.  myrrbæana  g.  fi. 
Aristolochiæ  rotundæ,  ireos  Florentiæ, 
aloës,  opopanacis,  euphorbij,  ana  3.  j. 
Olei  rosati  quantum  sufficit. 

Fiat  emplastrum  secundumartem 

L’euphorbe  fait  tomber  les  esquilles 
des  os,  comme  dit  Dioscoride  liure  3. 
chapitre  8 2.  Aussi  l’emplastre  de  be- 
tonica  a pareille  vertu3. 

■ Les  éditions  de  1561  et  1564  ajoutaient: 
o Comme  ceste-cy  escrile  par  ]Vicolas  Massa. 

Tf.  Radicis  ireos,  aristolochiæ  ana  3.  i. 
Centaurij,  3.  ij. 

Corticis  pini  3.  15. 

Misce,  et  puluerisentur  subtilissimé  ••  et  en 
soit  mis  sur  l’os  altéré.  » 

Cette  formule  a'été  retranchée  dès  1575;  et 
il  n’en  est  resté  de  traces  que  cette  note  mar- 
ginale, où  le  motpoudresest  mis  au  pluriel  : 
Poudres  propres  pour  faire  séparer  les  os, 
appe/lées  par  Hippocrates  catagmaliques. 

Dans  l’édition  de  1561,  ces  poudres  étaient 
appelées  céphaliques. 

1 Cette  ciiation  a été  ajoutée  en  1579. 

? Ici  finissait  le  chapitre  4 de  l’édition  de 
1564.  La  formule  suivante  date  de  1575; 
mais  çlle  avait  d’abord  été  mise  en  tête  de 


Autre. 

Olei  caryophyll.  g.  fi>. 

Camph.  3.  ij. 

Misceantur  simili  in  mortario,  et  vtere. 

Et  si  l’alteration  ne  peut  estre  ostée 
par  les  remedes  susdits , on  peut  V6er 

toutes  les  formules  de  ce  chapitre,  et,  en 
1579,  elle  a été  replacée  Ici. 

Dans  l’édition  de  1552,  Paré  ne  faisait 
pas  même  mention  de  ces  poudres  et  médi- 
caments catagmaliques,  et  il  avait  recours, 
sans  nul  délai,  aux  rugines  ou  autres  ins- 
truments. Mais  le  texte  de  celte  édition 
présente  en  cet  endroit  un  long  passage  qui 
a été  retranché  en  1564,  et  qui  cependant 
ne  manque  pas  d’intérêt;  le  voici  : 

« Or  ne  suffit  au  chirurgien  cognoistre  la 
quantité  de  la  carie  , mais  aussi  la  figure  et 
grandeur,  tant  de  la  carie  que  des  os  ca- 
rieux. Car  quelquefois  l’alteration  est  super- 
ficielle, aucunesfois  profonde,  etsoudente- 
fois  tout  l’os  est  trouué  carieux  et  putréfié, 
soit  en  la  teste,  au  thorax,  costes,  braz, 
doigtz,  iambes  ou  autres  parties,  et  selon 
icelles  différences  fault  diuersifier  la  cure. 

» Dauanlage,  il  fault  noter  que  souuent  se 
peult  faire  corruption  és  os,  sans  lacognois- 
sance  et  coniecture  (que  bien  petite)  du 
chirurgien  médiocrement  expert,  pource 
que  n’apparoissent  aucuns  signes  assez  ma- 
nifestes eu  lieu  d’icelle  carie  : comme  sont 
tumeur,  liuidité,  noirceur  au  cuir,  et  grande 
douleur  : toutefois  faisant  ouuerture  (qui 
peult  et  doiht  estre  faicte  par  la  seule  suspi- 
cion, l’on  trouue  carie,  asperitez  et  esquil- 
les separees.  Et  au  contraire,  nous  voyons 
le  patient  souuent  estre  en  douleur  intolé- 
rable : pareillement  tumeur  en  la  partie. 
Parquoy  le  chirurgien  peult  estre  deceu, 
coniecturant  y auoir  carie  : mais  apres  l’in- 
cision faicte,  il  trouue  l’os  en  son  intégrité 
et  consistence  naturelle,  en  quoy  il  fault 
considérer  les  causes  de  la  maladie:  car  i’ay 
veu  le  plus  souuent  és  nodus  et  tophus  de 
la  maladie  Neapolitaine,  principalement  au 
crasne,  apres  l’incision  faicte,  trouuer  ea- 
uité  et  perdition  de  la  substance  de  l’os, 
iusques  aux  méningés  du  cerueau,  sans  y 


58.4  LE  SEIZIÈME  LIVRE, 


de  trépanes  exfoliatiues , et  autres 
rugines  descrites  aux  playes  de  teste , 
lors  que  la  carie  est  en  vn  grand  os, 
et  fort  solide  *. 

trouuer  aucune  esquille  de  l’os  , qui  est  ar- 
gument pour  ceux  qui  afferment  en  icelle 
peste  neapolitaine  estre  veues  proprietcz 
indicibles,  et  non  subiectes  à raison. 
Comme  nous  voyons  que  par  sa  pernicieuse 
malignité  (ainsi  que  fouldre  et  tonnaire) 
corrompt  plus  tost  les  parties  solides,  et  con- 
sume la  substance  des  os,  nonobstant  que 
par  leur  siccité  terrestre  soient  plus  répu- 
gnantes à corruption  et  putréfaction  que  les 
parties  carni  formes  : lesquelles  en  peut  iuger 
estre  plus  disposées  à putréfaction  que  les 
os,  a cause  de  leur  humidité  et  mollesse, 
par  laquelle  raison  il  se  peult  iuger,  comme 
i’ay  dict,  qu’en  icelle  maladie  y a malice 
occulte  et  non  subiecte  à raison  d’aucuns 
vlceressans  autre  cause  externe.  » 

Ori  remarquera  que  Paré  dit  ici  avoir  vu 
des  pertes  de  substance  aux  os  du  crâne 
sans  esquille,  ce  qui  pour  lui  équivaut  à dire 
sans  carie.  Il  n’existe  que  quelques  cas  de 
ce  genre  dans  la  science;  Benivieni  en  avait 
vu  un,  que  j’ai  relaté  dans  mon  Introduc- 
tion; et  cependant  Paré  dit  en  avoir  vu  le 
plus  souuent  dans  la  vérole.  C’est  probable- 
ment parce  qu’il  se  sera  méfié  plus  tard  de  ce 
qu’il  a cru  voir  qu’il  a retranché  ce  passage. 

■ Il  est  assez  intéressant  de  suivre  d’édi- 
tion en  édition  le  texte  et  la  pratique  de 
Paré  à l’égard  de  la  carie.  Nous  avons  dit 
qu’en  1552  il  procédait  immédiatement  à 
l’emploi  des  instruments;  ainsi,  après  le 
long  passage  cité  dans  la  note  précédente, 
il  continuait  ainsi  : 

« Mais  pour  retourner  à nostre  propos,  est 
à considérer,  si  la  corruption  et  carie  est  su- 
perficielle, qu’il  fault  ruginer  et  ratisser 
l’os,  iusques  à ce  que  l’on  aura  osté  tout  ce 
qui  est  carieux  auec  telz  instrumentz  des- 
quelz  as  icy  le  pourlraicl  en  plusieurs  sortes, 
à fin  que  tu  puisses  choisir  (selon  qu’il  te 
sera  besoin)  pour  subuenir  aux  cas  vrgentz. 
Et  les  pourras  tous  insérer  l’vn  apres  l’au- 
tre, dedans  la  vis  de  ce  manche,  laquelle  tu 
cognois  assez  par  les  extremitez  desdietz 
instrumentz. 


Mesme  tu  te  pourras  seruir  de  la 
trépané  perfora  tiue,  dont  tu  as  le  por- 


Ruyines. 


» D’auantage,  si  la  carie  est  fort  grande, 
profonde,  et  solide,  comme  se  faict  souuent 
par  alteration  de  l’air  extérieur:  il  fault 
couper  les  os  corrompuz  auec  telz  instru- 
mentz que  tu  vois  cy  dessoubz,  lesquelz 
feras  entrer  frappant  d’vn  maillet,  qui  sera 


de  la  grosse  verolle.  585 

trait  cy  dessous,  en  pertuisant  l’os  ca-  rie,  et  en  profondant  iusques  à ce  qu’il 
rieux  en  plusieurs  endroits  de  sa  ca-  en  sorte  comme  vne  humidité  san- 


de  plomb,  pour  paour  d’estonner  la  partie  : 
puis  tu  osteras  les  fragmentz  et  esquilles 
d’os  auec  petites  pincettes  que  tu  vois  par 
ceste  figure. 


» Le  signe  pour  cognoistre  que  l’on  aura 
osté  la  carie,  est  qu’au  dessoubz  d’icelle  l’os 
sera  trouué  solide,  duquel  aussi  on  voit 
sortir  du  sang  naturel  : mais  si  la  corrup- 
tion est  encores  plus  profonde,  nécessité  con- 
t ra inet  l’oster  auec  telle  trépané  que  ceste 
qui  s’ensuit. 


Trépané  exfolialiue. 


» Et  là  ou  la  trépané  pour  la  grande  cor- 
ruption n’a  lieu,  les  cautères  actuelz  ou  po- 
tentielz  sont  conueuables...  » 

Alors  il  passait  à l’étude  des  cautères, 
que  nous  retrouverons  au  chapitre  suivant. 
Mais  apres  avoir  parlé  des  cautères  et  des 
médicaments  à employer  à la  suite  pour 
faire  tomber  l’escarre,  il  reprenait  : 

« Et  si  d’aduenture  la  vertu  expultrice  est 
veue  tant  sopite  et  négligente  qu’elle  ou- 
blie d’exfolier  et  expeller  l’os  carieux 


(comme  elle  doibt  faire  toutes  choses  à soy 
contraires),  il  sera  besoin  l’esmouuoir  en 
pertuisant  en  plusieurs  endroitz  l’os  carieux 
auec  tel  instrument  nommé  trépané  perfo- 
ratrice. » 

(Et  ici  se  trouvait  placée  la  première  fi- 
gure de  trépan  qui  se  voit  dans  le  texte  du 
chapitre  actuel,  désigné  toujours  sous  le 
même  nom.  Puis  l’auteur  continuait  :) 

« Par  tel  moyen  l’on  excitera  et  aydera 
grandement  nature  à séparer  et  iecter  l’os 
corrompu,  mais  que  le  chirurgien  soit  tant 
rationel  et  coniecturatif,  comme  il  est  re- 
quis , de  ne  perluiser  plus  outre  que  le  dict 
os  est  altéré.  Le  signe  pour  bien  le  cognois- 
tre est  (comme  i’ay  dict)  que  l’on  voirra  re- 
suder  vne  humidité  sanguinolente,  venant 
de  l’os  sain,  lequel  Nature  veult  conseruer 
et  garder  de  putréfaction.  » 

Venaient  ensuite  quelques  remarques  que 
nous  retrouverons  plus  loin  sur  la  manière 
d’extraire  les  esquilles  ; après  quoi  il  disait 
un  mot  de  la  carie  très  étendue  des  os  longs  : 

« Et  là  ou  il  aduiendroit  que  la  carie, 
sphacele,  ou  corruption  d’os  serait  telle,  que 
la  partie  vint  à mortification  , en  vn  mem- 
bre particulier,  comme  bras  ou  iambe  : 
fauldroit  de  nécessité  amputer  et  extirper 
ledict  membre  corrompu,  à cause  que  le 
mal  est  desesperé,  comme  nous  dirons  plus 
amplement.  » 

Et  enfin  il  abordait  la  question  de  la  carie 
et  de  l’amputation  des  doigts,  par  laquelle 
il  finissait  son  Traité,  mais  comme  j’ai  rap- 
porté ce  dernier  passage  dans  la  première 
note  de  la  page  457  du  présent  volume , il 
est  inutile  de  le  reproduire. 

Dans  le  Traité  des  play  es  de  lu  teste  en 
1561,  d’abord  toutes  les  figures  de  rugines 
étaient  renvoyées  à l’article  De  scissure  qui, 
dans  le  texte  actuel,  forme  le  4P  chapitre 
du  8e  livre;  de  même  le  trépan  exfoliatif  à 
l’article  De  contusion,  qui  fait  aujourd’hui 
le  5e  chapitre;  et  enfin  les  ciseaux  et  pin- 
ces à l’article  Des  embarreures,  qui  est  notre 
6e  chapitre.  (Voyez  pages  10,  14  et  16  de  ce 


586 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


glante  : et  ce  pour  donner  air  et  trans- 
piration : et  à tin  aussi  que  la  vertu  des 

volume.)  Mais  la  doctrine  elle-même  était 
présentée  d’une  façon  différente  : 

« Et  si  l’alteration  ne  peut  estre  ostée  par 
iceux  remedes,  faut  venir  aux  cautères,  etc.» 

Alors  vient  la  comparaison  des  cautères 
actuels  avec  les  potentiels , que  nous  retrou- 
verons un  peu  plus  loin.  Puis  voici  tout  ce 
qu’il  accorde  aux  instruments  perforants  : 
« D'auantage  il  y a encore  autre  ayde,  ou- 
tre lesdites  cautères,  à faire  séparer  les  os, 
principalement  lorsque  la  carie  est  profonde. 
C’est  de  les  percer  en  diuers  lieux  en  pro- 
fondant iusques  à ce  qu’il  en  sorte  vnc  hu- 
midité sanglante,  qui  se  fera  auec  tel  ins- 
trument nommé  trépané  perforaliue  : à 
fin  de  donner  transpiration  : et  ainsi  que  la 
vertu  des  remedes  puisse  mieux  consumer 
l’humidité  superflue.  » 


remedes  puisse  mieux  consumer  l’hu- 
midité superflue. 

Et,  au  lieu  d’un  seul  trépan,  il  donnait  les 
deux  ligures  qui  se  retrouvent  encore  dans 
le  texte  actuel. 

Dans  l’édition  de  1564,  le  chapitre  5 
commence  d’abord  à peu  près  comme  le 
texte  actuel: 

« El  si  l’alteration  ne  peut  estre  ostée  par 
les  remedes,  on  peut  vser  des  instrument 
desquelz  tu  as  icy  les  portraitz  en  plusieurs 
et  diuerses  façons.  » 

(Ici,  sous  le  titre  deBuginesqui  se  peuuent 
insérer  l’ vue  apres  l'autre  déduits  leur  manche  , 
se  reproduisaient  toutes  les  ligures  de  ru- 
gines  de  l’édition  de  1552;  puis  venaient  les 
deux  suivantes,  empruntées  au  Traité  des 
plages  de  la  teste  de  1561,  et  qui  se  retrouvent 
aussi  dans  le  livre  actuel  des  Platjes  en  par- 
ticulier, page  11  de  ce  volume. 


« Rugines  d'autre  façon  que  les  precedentes , pour  coupper  d'auantage  l'os.  » 


« Tu  pourras  aussi  vser  de  la  trépané 
suiuante  à mesme  intention  , de  laquelle  on 
vse  principalement  au  crâne  pour  séparer 
la  première  table. 

« Trépané  exfoliattue , auecques  vne  petite 
chenille  pour  la  tenir  dedans  le  manche.  » 

(C’était  la  même  ligure  qu’en  1552,  après 
quoi  il  continuait  ai <isi  ) : 

« Mesmes  tu  pourras  seruir  de  la  trépané 
perforaliue  , dont  tu  as  le  pourtraict  cy 
dessous,  en  perluisant  l’os  carieux  en  plu- 
sieurs endroicls  de  sa  carie  , et  en  profon- 
dant iusqu’à  ce  qu’il  i n sorle  vne  humidité 
sanglante,  et  ce  pour  donner  air  et  transpi- 
ration : à fin  aussi  que  la  vertu  des  remedes 
puisse  mieux  consumer  l’humidité  super- 
flue. » 

Ici  venait  la  figure  du  trépan  perforatif 


avec  le  même  titre  que  dans  le  texte  actuel, 
suivie  de  celle  du  trépan  quadrangulaire  et 
sexangulaire  ; puis  le  dernier  paragraphe 
relatif  aux  ciseaux,  maillets  et  pinces,  en 
reproduisant  les  figures  de  l’édition  de  1552, 
puis  quelques  mots  sur  la  carie  des  doigts 
que  j’ai  reproduits  dans  la  note  de  la  p.  457 
de  ce  volume,  à laquelle  je  renverrai  consé- 
quemment le  lecteur;  et  enfin  le  chapitre 
finissait  comme  le  chapitre  actuel , sauf  le 
dernier  mot  : 

« Le  signo  pour  cognoistre  que  l’on  aura 
oslé  la  carie,  est  quand  au-dessus  d’icelle 
l’os  sera  trouué  plus  solide,  et  quand  aussi 
on  verra  sortir  du  sang  naturel.  » 

Ce  mot  naturel  n’a  été  elfacé  qu’à  la 
quatrième  édition  en  1585.  La  première 
édition  des  OEuvres  complètes  offrait  déjà  ce 
chapitre  arrangé  commeif  l’est  ici,  àl’excep- 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


Les  os  se  troüent , raclent , liment, 
scient , coupent , et  bruslent. 

Trépané  perforathie  auec  deux  pointes  en 
triangle,  et  ta  petite  cheuille  pour  luy  sentir 
à l'emmancher. 


Autre  trépané  à ceste  intention  : 
mais  faisant  plus  grande  ouuerture, 
propre  pour  les  gros  os  grandement 

lion  de  ces  mots  au  premier  paragraphe , 
lorsque  la  carie  est  en  vn  grand  os  fort  et 
solide,  qui  ont  été  ajoutés  en  J579,  et  cette 
petite  phrase  isolée:  Les  os  se  troüent, 
rgclent,  etc.,  qui  a été  intercalée  seulement, 
en  15S5.  En  résumé,  on  voit  qu’en  1552 
Paré  débutait  par  ruginer,  et  trépaner  et  qu’il 
réservait  les  cautères  pour  les  cas  de  carie 
trop  profonde.  En  1561,  mais  à la  vérité  pour 
la  carie  spéciale  des  os  du  crâne,  il  s’en  te- 
nait aux  cautères,  soit  actuels,  soit  potentiels, 
réservant  uniquement  le  trépan  perforatif 
pour  aider  l’action  des  cautères,  et  dans  le 
cas  où  la  carie  était  profonde.  Et  enfin  en 
1564  et  depuis,  il  commençait  par  l’emploi 
des  médicaments,  pour  passer  plus  tard,  le 
cas  échéant,  à l’usage  des  rugines  et  du  tré- 
pan, et  plus  tard  encore  à l’extrême  res- 
source des  cautères.  Notez  encore  que  pour 
la  carie  spéciale  des  os  du  crâne,  dés  1575  il 
conseillait  ou  les  cautères,  ou  les  médica- 
ments , et  dans  la  carie  étendue,  les  rugines. 
Noyez  ci-devant,  page  65. 

Mais  ce  qui  est  surtout  à remarquer,  c’est 
la  persistance  de  l’auteur  à conserver  le  pré- 


587 

carieux  : de  laquelle  les  pointes  sont 
quadrangulaires  ou  sexangulaires , 
comme  tu  peux  voir  par  ceste  figure 
subséquente. 

Trépané  dont  les  pointes  sont  quadrangulaires 
et  sexangulaires. 


D’auantage,  si  la  carie  est  fort  pro- 
fonde , et  l’os  est  solide  (comme  se  fait 
souuent  par  alteration  de  l’air  exté- 
rieur) alors  il  faut  couper  les  os  cor- 
rompus auecques  les  instrumens  des- 
crits  aux  playes  de  teste , desquels  tu 
osteras  la  corruption  , frappant  d’vn 
maillet  dessus , lequel  doit  estre  de 
plomb  , à lin  de  moins  estonner  la 
partie  : puis  tu  osteras  les  fragmens 
et  esquilles  auec  petites  pincettes. 

Le  signe  pour  connoistre  que  l’on 

cepte  de  perforer  l’os  en  divers  endroits , 
dans  la  carie  profonde,  pour  donner  air  et 
transpiration , et  aussi  pour  aider  la  vertu 
des  remèdes.  C’est  là  encore  une  de  ces 
doctrines  attribuées  à Belloste,  et  qu'il  faut 
restituer  à Paré,  comme  nous  avons  déjà 
fait  pour  la  suppression  des  tentes.  Voyoz 
t.  1«,  page  435. 


588 


LE  SEIZIEME  LIVRE 


aura  osté  la  carie , est  quand  au  des- 
sus d’icelle  l’os  sera  trouué  plus  so- 
lide , et  quand  aussi  on  verra  sortir 
du  sang-. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DES  CAVTERES  ACTVELS  ET  POTENTIELS1. 

Et  si  ces  instrumens  prédits  n’a- 
uoient  lieu , à cause  de  la  trop  grande 
corruption , il  conuiendroit  vser  de 
cautères  actuels  ou  potentiels  : entre 
lesquels  ie  prise  plus  les  actuels 2 : 

' Le  fond  de  ce  chapitre,  et  même  en  par- 
tie la  forme,  se  retrouvent  déjà  dans  les  édi- 
tions de  1552, 1561,  1564;  et  en  conséquence 
nous  n’aurons  guère  qu’à  noter  les  additions 
successives  qu’a  éprouvées  le  texte  primitif. 

2 L’édition  de  1552  commence  à peu  près 
de  même  , mais  elle  n’ajoute  que  peu  de  li- 
gnes pour  rendre  les  mêmes  idées  qui  com- 
prennent le  reste  de  ce  paragraphe. 

« ...  entre  lesquelz  ie  prise  plus  tes  aeluelz  , 
pource  qu’en  roborant  ilz  absument  et  de- 
seichent  les  superfluitez  imbibées  en  la  sub- 
stance de  l’os  ( qui  sont  cause  materielle  de 
carie),  ce  que  ne  peuuent  faire  si  seulement 
les  potentielz.  Toutefois  sommes  souuent 
contrainctz  vser  d’iceux,  pareeque  les  pa- 
tientz  abhorrent  le  fer  ardant.  » 

L’édition  de  1561  dit  la  même  chose  avec 
une  autre  forme  de  rédaction  ; mais  cepen- 
dant, trois  pages  plus  loin  , elle  ajoute  ces 
quelques  lignes  qui  ne  se  trouvent  pas  dans 
les  éditions  suivantes  : 

« Le  cautere  actuel  est  plus  commode  que 
le  potentiel,  à cause  qu’il  opéré  plus  promp- 
tement, et  qu’il  ne  communique  sa  vehe- 
mence  aux  parties  proches.  Aussi  n’est  cause 
de  si  grande  douleur,  et  par  conséquent  ne 
fait  telle  attraction  d’humeur  que  le  poten- 
tiel. Pareillement  corrobore  la  partie,  en 
consumant  les  humeurs  et  malice  d’iceux, 
et  ayde  à faire  la  séparation  de  l’os  cor- 
rompu. » 

Celle  de  1564  reprend  presque  absolument 


parce  que  leur  action  est  plus  sou- 
daine et  plus  seure  , et  ne  bruslent 
qu’où  ils  touchent,  sans  offenser  les 
parties  proches.  Ioint  qu’ils  sont  en- 
nemis de  toute  pourriture , parce 
qu'ils  consomment  et  desseichent 
l’humidité  eslrange , imbue  en  la 
substance  des  os,  et  corrigent  l’in- 
temperature  froide  et  humide  : ce 
que  ne  peuuent  faire  les  potentiels. 
Tou  tesfois  nous  sommes  souuent  con- 
traints d'vser  d’iceux,  pource  que  les 
malades  abhorrent  le  fer  ardent  , 
pour  leur  délicatesse  effeminée , et 
aussi  pour  la  couardise  et  timidité  des 
chirurgiens.  Or  l’action  des  potentiels 
est  tardiue , et  ne  brusle  pas  seule- 
ment l’endroit  où  ils  sont  appliqués  : 
mais  aussi  pendant  qu’ils  sont  es- 
chauffés  par  la  chaleur  naturelle  de 
la  partie,  ils  agissent  et  impriment 
leur  qualité  ignée  tout  doucement , 
et  plus  loin  : et  aux  corps  cacochymes, 
quelquesfois  causent  inflammation, 
gangrené  et  mortification.  Ce  que 
i'ay  veu  à mon  grand  regret  : toutes- 
fois  nous  sommes  souuent  contraints 
d’en  vser , pource  que  les  paliens 
abhorrent  souuentesfois  le  fer  ar- 
dent. 

Les  potentiels  sont  comme  eau 
forte , eau  de  vitriol , huile  feruente , 
soulphre  fondu  et  bouillant,  et  au- 
tres semblables.  En  l’application  des- 
quels est  requise  au  chirurgien 
grande  discrétion  et  habileté  : car  il 
y a danger  que  par  faute  d’industrie 

la  rédaction  de  1552,  et  les  éditions  complè- 
tes de  1 57 5 e t I579n’y  ajoutent  rien.  C’est  en 
1585  que  Paré  remania  le  premier  paragra- 
phe, comme  on  lelit  ici;  je  noterai  seulement 
que  dans  l’édition  decettedate  on  lit  ■■loinct 
qu’ils  sont  aduenus  de  toute  pourriture;  étrange 
faute  d'impression  qui  a été  corrigée  dans 
l’édition  de  1598. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


et  dextérité , il  touche  d'iceux  quel- 
que partie  de  la  chair  saine  : qui  se- 
roit  cause  d’exciter  grandes  douleurs 
et  inflammation  , chose  grandement 
à craindre. 

Quant  aux  actuels,  ils  sont  faits 
en  tant  de  sortes , que  le  recil  en  se- 
roit  trop  long  pour  la  diuersité  des 
formes,  qui  ne  peut  estre  limitée , et 


589 

encore  moins  escrite,  à cause  qu'il 
les  faut  diuersifier  selon  la  grandeur 
du  mal,  et  figure  des  os  carieux. 
Tou  lesl'ois  ie  proposeray  icy  quelques 
portraits  de  ceux  qui  sont  mainte- 
nant plus  vsilés  pour  lesdites  caries  : 
desquels  aucuns  sont  cultellaires,  les 
autres  ponctuels,  les  autres  oliuaires, 
et  d’autre  figure  *. 


Diuersités  des  cautères  actuels,  desquels  pourras  user  à ta  commodité 1  2. 


=t= r~) 


1 Ce  paragraphe  et  le  précédent  sont  les 
mêmes,  à quelques  mots  près,  dans  toutes 
les  éditions. 

2 Le  nombre  des  figures  de  cautères  repré- 
sentées sous  ce  titre,  avarié.  Ainsi,  en  1552, 
sous  ce  titre  : Cautères  actuels,  cultellaires , 
ponctuels  et  oliuaires,  on  voyait  en  première 
ligne  les  huit  cautères  qui  sont  groupés  au- 
tour du  réchaud,  et  cinq  autres  qui  précé- 
dent les  quatre  derniers.  Toutes  les  autres 
figures  avaient  cependant  été  gravées,  et  se 
trouvaient  dans  l’ouvrage  même,  mais  à une 
autre  place, et  comme  devant  serviràarrêter 
l’hémorrhagie  après  les  amputations.  J’ai 


transcrit  le  curieux  article  où  elles  se  trou- 
vent dans  la  longue  note  de  la  page  227  de 
ce  volume. 

Dans  l’édition  de  1561 , ces  figures  furent 
changées.  Ainsi  on  voyait  d’abord  les  cau- 
tères avec  canules,  que  nous  retrouverons 
à la  fin  du  chapitre;  puis  les  six  premiers 
du  groupe  actuel,  suivis  des  huit  autres  au 
centre  desquels  se  voit  le  réchaud.  Enfin  , 
en  1564,  ils  furent  tous  réunis,  bien  que 
dans  un  ordre  un  peu  différent  ; et  dès 
la  première  édition  complète,  ils  ont  été 
disposés  dans  l’ordre  où  on  les  voit  au- 
jourd’hui. 


5go 


le  seizième  livre, 


Autres  cautères. 


Cestuy  suiuant  est  propre  aux  no- 
dus  de  la  verolle  qui  sont  au  crâne, 
lors  qu’on  veut  emporter  la  chair 
qui  couure  l’os  : pour  ceste  cause  est 
fait  caue  et  tranchant , de  figure 
triangulaire  et  quandrangulaire  , et 
séparé  en  trois  pour  en  vser  à ta 
commodité  K 

> Ce  paragraphe  et  la  figure  qui  le  suit 
ont  été  ajoutés  en  cet  endroit  en  1664. 


Ceux  qui  s’ensuiuent  auront  lieu 
si  l’os  carieux  est  profond , en  sorte 
qu’on  n’y  puisse  toucher  sans  brusler 
les  bords  et  léures  de  l’vlcere  , qui  ne 
se  fait  sans  grande  douleur  : pource 
est-il  plus  seur  et  doux  vser  de  can- 
nule  de  fer,  par  laquelle  l’on  fera 
passer  le  cautere  actuel  iusques  sus 
la  carie , en  la  façon  qui  s’ensuit , sans 
que  la  chair  sente  notable  action  de 
feu  ». 

Cautères  actuels  auec  canules. 


i ZD 


£3- — — .-=n> 

1 Ce  paragraphe  , avec  les  figures  qui  le 
suivent,  se  trouvait  déjà  dans  l’édition  de 
1552,  et  a été  conservédans  toutes,  sauf  celle 
de  1561,  qui  a donné  les  figures  sans  le 
texte. 


UE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


CHAPITRE  XXXIV. 

DV  MAL  OVI  ADVIENT  DES  CAVTERES 
ACTVELS  INDEVÈMENT  APPLIQVES,  ET 
QVELS  REMEDES  IL  FA  VT  METTRE  APRES 
i/VSAGG  D’iCEVX1. 

Il  te  faut  icy  noter  que  si  lesdits 
cautères  sont  mal  appliqués , c’est  à 
(lire  trop  souuent,  ou  qu’ils  soient 
laissés  trop  long  temps  sur  l’os , il 
s’en  ensuit  grand  inconuenient  : car 
par  leur  excessiue  chaleur  et  seiche- 
resse,  non  seulement  est  consumée 
1 humidité  superflue  de  l’os  carieux  : 
mais  aussi  l’humeur  substanlifique  , 
qui  doit  faire  séparation  de  la  carie, 
et  induire  chair  et  couuerture  entre 
l’os  carié  et  le  sain  qui  demeure  des- 
sous 2.  Parquoy  l’application  desdits 
cautères  se  fera  tant  que  le  chirur- 
gien verra  estre  necessaire,  et  selon 
que  la  carie  sera  grande  et  profonde, 
les  tenant  dessus , jusques  à ce  que 
l’on  verra  sortir  quelque  sanie  aucu- 
nement spumeuse  par  les  porosités 
de  l’os  carieux.  Ce  faisant , on  aidera 
à nature  ù exfolier,  séparer,  et  iet- 
ter  hors  l’os  corrompu. 

Je  te  veux  bien  icy  aduertir  de  ce 
que  tu  dois  obseruer  soigneusement 
en  cautérisant  les  caries  des  os,  nom- 
mément si  elles  sont  profondes, 
comme  en  la  cuisse , et  autres  par- 
ties fort  charnues.  C’est  qu’auant 
l’apposition  d’iceux  , il  te  faut  bien 
couurir  les  parties  d’entour  de  la 
playe  ou  vlcere  : pource  que  le  sang 
ou  humeur  contenu  en  la  playe,  au- 
quel on  donne  chemin , estant  es- 

1 Ce  chapitre  est  formé  par  la  réunion 
des  chapitres  7 et  8 de  l’édition  de  1504. 

’ Toutes  les  éditions  portentdmus,  ce  qui 
me  parait  une  pure  faute  d’impression. 


59i 

chauffé  par  le  feu  sortant  hors , fait 
autant  d'impression  de  brusleure 
sur  la  chair,  que  feroit  de  l’huile 
bouillante  C 

Apres  la  cautérisation , on  doit 
pour  séparer  les  os,  et  faire  choir  les 
squames,  y appliquer  deux  ou  trois 
fois  de  notre  huile , cy  deuant  nom- 
mée Oleum  calellorum,  feruente.  Et 
combien  qu’elle  y soit  propre,  ie 
n approuue  qu’on  en  applique  sou- 
uent : pource  que  de  sa  substance 
oléagineuse,  subtile  et  humide,  elle 
pourroit  derechef  offenser  l’os  sain  , 
qui  est  sous  l’os  carieux.  Or  l’os  est 
plus  sec  que  nulle  autre  partie  de 
nosfre  corps  : parquoy  les  medica- 
mens  cras,  onctueux  et  humides  luy 
sont  contraires.  D’auantage  par  mes- 
me  raison  la  chair  qui  est  prochaine 

1 Ici  finit  le  chapitre  7 de  l’édition  de 
1564.  La  matière  dont  il  traite  n’est  pas 
même  touchée  en  1552  ; mais  en  1561  déjà 
Paré  s’en  était  occupé  dans  le  passage  sui- 
vant : 

« F.t  te  faut  aussi  bien  noter  que,  s’ils  sont 
indeuërrienl  appliquez,  c’est  à dire  trop  fre- 
quentement,  ou  qu’ils  fussent  laissez  trop 
longuement  sur  l’os,  par  leur  trop  grande 
chaleur  et  siccité,  seroit  non  seulement  con- 
sumoe  l’humidité  superflue  de  la  carie,  mais 
aussi  l’humeur  substanlifique  qui  doit  faire 
séparation  de  la  carie,  et  produire  chair  et 
couuerture  entre  l’os  carié  et  le  sain.  Par- 
quoy l’application  d’iceux  se  fera  selon  que 
la  carie  sera  grande  et  profonde  : et  seront 
tenuz  sur  l’os,  iusques  à ce  qu’on  verra 
sortir  quelque  sanie  ( aucunement  spu- 
meuse) par  les  porositez  de  l’os  carieux.  Ce 
faisant  aydent  à nature  à exfolier,  séparer 
et  ietter  hors  l’os  corrompu.  » — Fol.  ccj, 
verso. 

On  voit  que  c’est  à très  peu  prés  le  pre- 
mier paragraphe  de  ce  chapitre;  et  j’ai  bien 
voulu  donner  cet  exemple  de  ce  que  j’en- 
tends par  un  simple  changement  de  rédac- 
tion. 


LE  SEIZIÈME  LIVRE  , 


502 

des  os , d’autant  qu’elle  est  de  nature 
plus  seiche  et  approchante  de  la  tem- 
pérature desdits  os,  requiert  aussi 
niedicamens  plus  secs:  au  contraire , 
d’autant  qu’elle  en  est  loin,  desire 
medicamens  moins  desiccatifs.  Parce 
il  conuient  vser  de  ladite  huile  auec 
discrétion  '. 

Mais  quelquesfois  aussi  faudra  es- 
branler  doucement  les  os,  pour  ai- 
der nature  à les  séparer,  sans  les  ti- 
rer et  arracher  par  violence,  si  on  ne 
les  voit  esleués  en  haut,  et  ne  tenir 
quasi  point.  Et  si  le  chirurgien  est  in- 
discret iusques  à tirer  l’os  carié , de- 
uant  que  nature  ait  fait  couuerture 
sur  celuy  qui  est  sain  , il  sera  cause 
qu’il  se  fera  nouuelle  alteration. 
Pource  le  chirurgien  doit  bien  noter 
ce  passage , lequel  n’est  de  petite  con- 
séquence 2. 

Outre -plus,  quand  nature  aura  ' 
ietté  et  exfolié  l’os  carieux,  il  se  faut 
bien  garder  d’appliquer  dessus  quel- 
ques medicamens  corrosifs  de  peur 
de  consumer  la  chair  que  nature 

1  Ce  paragraphe  se  retrouve  en  entier 
dans  l’édition  de  1552;  l’auteur  y ajoutait 
même  quelque  chose  : 

« Donc  failli  vser  de  ladicle  huile  pour  bonne 
discrétion,  et  qu’elle  soit  plus  chaulde  que 
tiede  : considéré  que  l’on  opéré  sur  l'os,  le- 
quel est  dur  et  insensible.  Es  autres  parties 
ne  la  faudroit  appliquer  si  chaulde.  » 

L’édition  de  1561  ne  contenait  rien  qui 
concernât  l’emploi  de  celte  huile;  mais,  en 
1564,  le  paragraphe  fut  rétabli  comme  on  le 
lit  dans  le  texte  actuel,  avec  suppression  du 
passage  reproduit  dans  cette  note. 

’ Ce  paragraphe  n’existe  pas  dans  l’édi- 
tion de  1552;  il  a été  écrit  en  1561,  et  alors 
il  finissait  ainsi  : 

« El  doit  le  chirurgien  bien  noter  ce  pas- 
sage, lequel  n’est  de  petite  conséquence , non 

seulement  au  Crâne,  mais  semblablement  à 
tous  les  os  des  autres  parties  de  nostre 
corps.  » — Fol.  cciij,  recto. 


aura  produite  dessus 1 : laquelle  es- 
tant nouuellement  engendrée , est 
molle  comme  fromage2  nouuelle- 
ment coagulé,  à cause  qu’il  n’y  a 
gueres  que  le  sang  y est  concret  et 
pris  : pourtant  se  faut  donner  garde 
de  la  consumer  par  medicamens 
acres.  Car  auec  le  temps  elle  s’en- 
durcit , et  se  forme  en  maniéré  de 
petits  grains  de  grenade , en  laquelle 
on  voit  la  sanie  rougeastre , polie , 
égalé , glutineuse , non  fetide , et  puis 
blanche.  Ce  fait,  seront  dessus  appli- 
quées des  poudres  capitales  de  fa- 
culté dessiccatiue , sans  aucune  mor- 
dication,  comme  celles  de  racine  d’i- 
reos  de  Florence,  d’aloës  laué,  et 
mastic  , myrrhe  , farine  d’orge , et 
semblables  : et  conduire  la  playe  à 
cicatrice , diuersifiant  les  remedes 
comme  le  mal  le  requiert3. 

Les  esquilles  des  os  vallent  mieux 
qu’elles  tombent  par  Nature  que 
par  medicamens , ou  par  instruirions 
qui  les  séparent  : car  les  choses  qui 
sont  tirées  par  vne  force  subite , lais- 
sent des  sinuosités  semblables  aux  fis- 
tules. Or  les  os  se  séparent  par  le 
moyen  d’vne  carnosité  qui  croist  des- 
sous : puis  on  doit  mettre  vn  médica- 
ment desiccalifet  astringent  sans  éro- 
sion, de  peur  de  consommer  la  chair 
nouuellement  engendrée  , laquelle 

1 Les  éditions  de  1551  et  1564  portaient  ici  ■> 
dessous,  ce  qui  s’entendrait  sans  doute  des- 
sous les  medicamens,  ou  dessous  t exfolialion  ; 
les  suivantes  ont  corrigé  dessus. 

2 Toutes  les  éditions  complètes  du  temps 
de  l’auteur  écrivent  formage,  quelques  unes 
des  postérieures  fourmage ; l’orthographe 
que  j’ai  suivie  se  trouve  dans  les  premières 
éditions  partielles  de  1561  et  1564. 

3 Ici  se  terminait  le  chapitre  actuel  dans 
l’édition  de  1575,  et  le  chapitre  8 du  livre 
Des  caries  en  1564.  Le  paragraphe  suivant 
ne  date  que  de  1579,  tandis  que  celui  qui 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


est  molle,  à cause  qu’il  n’y  a gueros 
que  le  sang  est  concrec  pource  qu’il 
est  fait  comme  le  fromage  nouuelle- 
ment  figé  et  coagulé.  Pareillement 
les  membranes  supput  ées  et  pourries 
ne  doiuent  estre  tirées  par  force,  d’au- 
tant qu’elles  sont  attachées  aux  par- 
ties saines  : et  les  tirant  et  arrachant 

précède  se  lisait  déjà  dans  le  traité  Des 
play  es  de  la  leste  en  1561. 

L’édition  de  1552  traitait  cesujet  d’une  ma- 
nière un  peu  différente  ; en  voici  le  texte  : 
« Apres  les  cheutes  et  exfoliations  des  os 
altérez,  faull  vscrde  tel  mondificalif: 

^.Farinæ  lupinorum  et  orobiorumana  g . ij. 
Succi  apij,  absinthij,  marrubij  anaquan- 
tum  sulficit. 

Mellis  g.  iij. 

Coquantur  lento  igné  : adde  in  fine  ; 

Pulueris  aloës,  myrrhæ,  aristolochiæ  ro- 
tundæ,  ana  § . 6 . 

Fiat  mundificatiuum  vt  decet. 

» Apres  la  mondification  faut  regencrer 
chair  auec  tel  remede , lequel  a faculté  de 
regenerer  chair  et  extraire  les  esquilles  de- 
meurées, si  aucunes  en  y a. 

if. Radie,  panacis  et  capparis  ana  g.vnam. 
Aristolochiæ  rotundæ,  mannæ,  tliuris 
ana  § . semiss. 

Fiat  ex  omnibus  puluis  tenuissimus. 

» D’icelle  pouldre  on  peult  vser  par  soy, 
ou  auec  miel  rosat. 

» Autre  pour  mesme  intention. 

if.  Pulueris  radie,  salyrij,  ircos  florent. 
farinæ  orobij  et  lup.  ana  5.  ij. 

Myrrhæ,  aristolochiæ  rotundæ  ana  9.15. 
Sanguinis  draconis  veri  9 . j. 

Misce,  fiat  ex  omnibus  puluis  subtilissimus. 

» Ceste  pouldre  peult  estre  appliquée  par 
soy,  ou  auec  miel  rosat,  comme  dessus.  Et 
si  d’aduenture  la  vertu  expultrice  est  veue 
tant  lopite  et  négligente  qu’elle  oublie  d’ex- 
folier et  expeller  l’os  carieux,  etc.  » 

Ici  se  plaçait  l’indication  du  trépan  perfo- 
ratif  à la  manière  de  Belloste  ; ce  passage  a 


5ç)3 

par  force,  ou  qu’on  y applique  des  rae- 
tlicamens  acres  et  corrosifs  , on  in- 
duit douleur  et  inflammation,  et  quel- 
quesfois  conuulsion  et  autres  perni- 
cieux accidens  : parquoy  faut  laisser 
faire  à Nature,  qui  les  iettera  et  les 
séparera  auec  le  temps.  Car  le  vif 
chasse  tousiours  le  mort. 


CHAPITRE  XXXY. 

nE  LA  POTION  V VLNERAIP.E  *. 

Or  si  l’alteration  de  l’os  et  consoli- 

été  reproduit  dans  la  note  ci-devant,  p.585. 
Après  quoi  l’auteur  reprend  : 

« Semblablement  icy  fault  noter  ce  qui  a 
esté  dict  à l’extraction  des  esquilles  d’os,  c’est 
que  iamais  (non  plus  qu’icelles)  on  ne  doit 
extraire  par  violence  les  escailles  d'os,  mais 
il  est  besoin  d’attendre  que  Nature  com- 
mence d’exfolier  et  iettor  l’os  altéré,  régé- 
nérant chair  sur  le  sain,  pour  le  munir  et 
defendre,  tant  de  medicamentz  aucune  fois 
indeuement  appliquez  que  de  l’iniure  de 
l’airexterieur,  qui  est  tolallement  contraire 
aux  os  nudz,  comme  a esté  dict.  Pour  ceste 
cause,  fault  euiter  la  temeraire  application 
des  medicamentz  chauldz  et  acres,  apres 
que  nature  aura  exfolié  et  iecté  l’os  carieux, 
de  paour  qu’ilz  n’absument  la  chair  regene- 
rée  pour  la  munition  de  l’os  et  instauration 
de  la  perdue,  principalement  si  on  voit 
qu’elle  soit  bonne,  sçauoir  est  qu’elle  ne  soit 
trop  molle,  spongieuse  ou  (comme  dict  le 
vulgaire  des  chirurgiens)  baueuse,  mais  au 
contraire  qu’elle  apparoisse  solide,  et  en 
forme  de  petitz  grains  de  grenade,  qui  est 
quand  il  faull  ayder  Nature,  la  conduisant  à 
cicatrisation.  » — Fol.  4 1 et  suiv. 

C’est  donc  en  1561  que  Paré  a modifié  sa 
doctrine  et  sa  rédaction  à la  fois  : et  à la 
suite  du  paragraphe  conservé  dans  le  texte 
actuel,  il  ajoutait  pour  les  os  du  crâne  l’in- 
dication du  temps  qu’ils  mettent  à s’ex- 
folier; indication  qu’il  a eu  soin  de  repro- 
duire dans  son  chapitre  22  du  livre  Des 
playes  en  particulier,  ci-devant,  page  65. 

1 Ce  chapitre , tel  qu’on  le  lit  ici,  et  sauf 

38 


M 


LE  SEIZIEME  LIVRE, 


dation  des  playes  sont  repugnans  aux 
remedes  susdits , faut  ordonner  au 

quelques  petites  additions,  ne  date  que  de 
l’édition  de  1579;  mais  déjà  il  en  existait  un 
du  mêmetitreen  1575elen  15G4,  copiés  tous 
deux  surl’édition  de  15G1.  Je  noterai  même 
à cet  égard  que  le  testé  de  1575  est  absolu- 
ment le  mêmeque  celui  de  1501  ; tandis  que 
l’édition  intermédiaire  offre  do  légères  dif- 
férences. Voici  ce  texte  primitif  : 

« Or  si  l’alteration  de  l’os  et  consolidation 
des  playes  sont  répugnants  aux  remedes 
susdits,  faut  ordonner  au  patiént  potion 
vulnéraire.  Ce  que  i’ay  souuentes  fois  fait 
àuec  heureuse  yssuë  pour  ce  que  Nature  fait 
choses  admirables  avdee  par  telle  potion, 
lion  seulement  aux  playes  de  testé,  mais 
aussi  de  toutes  les  parties  de  nostre  corps. 
Cesle  potion  est  telle  : 

Tic.  Saniculæ,  buglæ,  piloscllæ,  pimpinclUe, 
caryophyllatæ,  herbæ  carpentarii,  den- 
tisleonis,  summitatum  rubi,  consolidæ 
majoris  et  minimæ  quinqueneruiæ,  be- 
torticæ,  summitatum  cannabis,  agrimo- 
niæ,  verbenæ,.osmondæ  regalis,  rubæ 
majoris,  calitrichi , linguæ  auis  terres- 
tris,  fragariæ,  buglossæ,  gentianæ,  her- 
niæ,  omnium  capil.  recentium,  scordij 
veH , nepitæ,  pentaphyllon,  lanaceti, 
herbæ  Roberti  ana  m.  0. 

Vuarum  passarum  mundatarum  , gly- 
cyrrhizæ  rasæ,  seminis  byperici  et  car- 
dui  benedicti  ana  § . i. 

Trium  florum  cordialium  p.  iiij. 
Coquantur  complété  in  aquâ  commun!  : 
postea  in  fine  adde  vini  albi  et  mellis 
rosati,  cinamomi  quantum  sulïicit  : fiat 
decoclio  : 

» Laquelle  on  passera  par  la  chausse 
d’IIippocras , et  en  sera  donné  vne  once  et 
demie  ou  deux  au  patient  au  matin,  deux 
heures  deuant  manger. 

(L’édition  de  1575  dit  trois  ou  quatre  onces.) 

» Et  noteras  icy  que , si  l’on  ne  trouuoit 
toutes  les  susdites  herbes,  que  l’on  se  con- 
tente d’vne  partie. 

» Aussi  le  puis  asseurer  que  l’ay  veu  par 


patient  potion  vulnéraire.  Ce  que  i’ay 
souuenlesfois  fait , auec  heureuse  is- 
sue, pource  que  Nature  fait  choses 
admirables  aidée  par  telle  potion. 
Car  nous  voyons  sonnent  aduenir 
que,  les  playes  et  vlceres,  qui  de 
leurs  premiers  commencemens  sem- 
bloienl  estre  des  plus  légères,  deuien- 
nentauec  le  temps  si  rebelles , qu'il 
n’est  possible,  quelque  diligence  et 
industrie  qu’on  y employé  , les  ame- 
ner à raison  cl  consolidation  par  les 
remedes  ordinaires  : soit  à cause  de 
leur  malignité  et  cacoëlhie,  soit  à rai- 
son qu’iceux  remedes  communs  et  or- 
dinaires sont  repugnans  à l’alteration 
et  consolidation  desdites  playes,  vl- 
ceres , et  fistules.  Parquoy  les  anciens 
en  tel  cas  onl  inuenlé  et  ordonné  cer- 
taines potions , qui  à ceste  occasion 
ont  esté  appcllées  vulnéraires , à rai- 
son de  leurs  merueilleux  effets  pour 
la  guarison  des  playes , vlceres  et 

expérience  merueilleux  cITects  de  telle  po- 
tion pour  les  vieilles  vlceres  cacoethes  et 
fistules  : ce  qui  se  peut  aussi  prouucr  par 
raison  : car  tout  ainsi  que  nous  sommes 
nourriz  des  alimentz  que  nous  prenons, 
s’ils  sont  bons,  noslre  corps  et  noz  esprits 
s’en  Irouuent  bien  : au  contraire,  s’ils  sont 
mauuais  nous  trouuons  mal.  Or,  s’il  est 
ainsi  que  celuy  qui  a vne  vlccre  ou  fistule, 
ou  passion  arthritique,  subit  qu’il  fait  quel- 
que desordre,  spécialement  à son  manger  et 
boire, comme  s’il'mange  viandes  fort  salees, 
espices,  ou  aulx  et  oignons,  vin  fort  et  sans 
eau,  et  autres  choses  contraires,  subit,  ou 
tosl  apres,  sentira  douleur  et  inflammation 
en  scs  articles  ou  à son  vlcerc,  cl  pareille- 
ment mutation  de  sanie  en  icelle.  Dont  ie 
conclus,  que  tant  ainsi  que  donnerez  icelle 
potion  vulnéraire  (laquelle  a faculté,  puis- 
sance et  vertu  de  purifier  la  masse  sangui- 
naire, tant  par  vrines,  sueurs  que  per  hali- 
tum)  aidera  aussi  à la  cure  desdiles  vlce- 
res et  fistules  : ce  qui  est  cogneu  par  l’expe- 
rience  quotidiane.  » 


DE  LA  Gftdfe'sfe  VBRolie. 


5g5 


fistules  désespérées.  Gar  ièllés  po- 
tions, bien  qu'el les  ne  vuident  les 
humeurs  pal  le  bas,  si  sont  elles  con- 
uennbles  à nettoyer  les  playes  et  vlce- 
res  de  tou  tes  les  humeurs  superflues , 
à purifier  le  s an  g de  toutes  Itesimp  mi- 
tés,;! recoler  les  os  brisés,  et  guarir 
les  nerfs:  brief  à aider  Nature  en  telle 
façon  , qu’en  peu  de  temps  lés  playes 
soyenl  incarnées  et  cicat  risées,  mesme 
quelquesfois  sans  appliquer  autre  re- 
mede.  Ce  considéré,  il  m’a  semblé 
bon  d’en  dire  quelque  chose , d’au- 
tant principalement  que  leur  vsage 
ayant  esté  approuué  anciennement , 
est  pour  le  iourd’huy  presque  du  tout 
anéanti  et  négligé  par  les  Aîedecins 
et  Chirurgiens  , cllose  grandement 
dommageable  au  public.  Car  si  la 
gUarison  de  leiies  playes  et  vlceres 
inueterées  est  ladetersion  et  régéné- 
ration de  la substanceperdue, quelles 
choses  le  pourroiint  mieux  faire  que 
celles  par  la  vertu  miraculeuse  des- 
quelles lé  sang  humain  est  tellement 
mondifië,  que  d iceluy,  comme  de  ma- 
tière competente  et  bien  disposée,  la 
chair  et  substance  perdue  est  promp- 
tement reparée,  et  la  partie  rendue 
en  sa  première  vnion?  Que  si  les  vl- 
ceres fistuleux,  les  chancres  vlcerés, 
les  passions  arthritiques,  et  autres 
semblables  maladies,  par  vsage  de 
viandes  salées,  espicées,  acres  et  sub- 
tiles, comme  d'aulx,  d’oignons,  mous 
tarde , bref  par  quelconques  excès  en 
boire  et  manger,  s’aigrissent  et  en- 
flamment, pourquoy  par  viandes  et 
medicamens  contraires  ne  se  pour- 
ront-iis  amènera  quelque  raison? 

Or  à fin  que  les  ieunes  chirurgiens 
se  puissent  aider  de  tel  remede,  ie  me 
délibéré  présentement  d’en  descou- 
urir  et  desployer  le  thresor  : dont  les 
simples  et  ingrediens  de  telles  com- 
positions sont  : 


La  Scabieusë, 

Le  seniclé, 

Le  bugle, 

La  pilozelle, 

La  pimpinelfe, 

Là  garence, 

Là  tenaisié, 

Les  sommités 
chanure, 

Les  sommités 
ronces, 

Le  cicîatnen, 

Les  consoldes 
grande  et  petite  h 
La  verueine, 

La  serpentaire, 
L’armoyse, 

La  peruenche, 

La  centaurée, 
L’herbe  dite  lan- 
gue de  serpent, 
La  beloine, 

Le  petum  ouNico- 
tiane, 

Vlmaria, 

Tussilago, 

Dens  Leonis, 


Vuæ  passte  -, 
L’arislolochie, 

La  véronique, 
L’aigremoine, 

Les  capillaires, 
L’iiérbe  Robert, 

Le  pied  de  coulon, 
de  Le  planlain, 
L’herbe  dite  lan- 
de gue  de  chien, 

Le  caryophyllate, 
La  charpentîere, 
L’osmonde  royale, 
La  toute-bonne, 
La  gentiane, 
L’herbe  au  Turc, 
Le  chou  rouge, 

Le  scordium, 

L’i  erbe  à chat3, 
Le  pentaphyllon*, 
Le  mille-pertuis, 
Le  chardon-faenist, 
Les  trois  fleurs  cor- 
diales, 

Le  soucy, 

Fenoil, 

Le  macis. 


De  tous  ces  simples,  le  chirurgien 
choisira  ceux  que  bon  luy  semblera 
estfe  propres  aux  parties  vlcerées, 
comme  auons  dit  au  Traité  dcsVlctrcs 
particulières , et  selon  la  saison  et  le 


1 Tel  est  le  texte  de  la  cinquième  édition  ; 
mais  la  seconde  et  la  quatrième  portent  : 
Les  consoldes  yrunde  et  moyenne. 

' Les  cinq  ingrédients  qui  précédent  ne  Se 
trouvent  pas  dans  la  formulé  de  1679;  ils  ont 
été  ajoutés  en  1686;  et  le  dernier,  Vncepnssœ, 
a été  retranché  dans  tes  éditions  posthumes. 

3 L’édition  de  1579,  après  les  trois  fleurs 
cordiales , énumère  les  capillaires  déjà  cités, 
les  chancres  de  riuiere,  les  escreuices,  le  ma- 
sis,  et  le  boliarmene.  Celle  de  15S5  retranche 
ce  dernier,  et  ajoute  le  soucy  et  fenoil;  et 
enfin  nous  donnons  ici  le  texte  de  la  pre- 
mière édition  posthume. 


5g6 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


temps , selon  le  tempérament  du  pa- 
tient , et  selon  l’espece  et  propriété 
de  la  maladie.  le  puis  asseurer  les 
potions  qui  seront  faites  des  jus  ou 
décoctions  d’icelles , soit  en  vin  blanc 
simple  ou  vin  miellé  , estre  par  l’ex- 
perience  que  i’en  ay  par  plusieurs  fois 
faite , tres-vliles  à purifier  et  mondi- 
fier  le  sang,  et  nettoyer  les  vlceres 
sanieuseset  virulentes,  et  dysentéri- 
ques , à prohiber  la  pourriture , et 
dissiper  les  humeurs  superflus,  à ex- 
folier les  os  à dissoudre  le  sang  des 
meurtrisseures  et  contusions , chasser 
tous  corps  estranges,  et  faire  autres 
merueilleux  effets  au  corps  humain. 
Parquoy  de  crainte  que  le  ieune  chi- 
rurgien ne  se  perde  en  si  grand  iar- 
din  d’herbes  dessusdites , i’en  presen- 
teray  deux  exemples,  à l’imitation 
desquels  il  pourra  dresser  toutes  ses 
autres  potions  vulnéraires  L 

Prenez  bugle,  petum  ou  nicotiane,  tussi— 
lago,  vlmaria,  dicte  royne  des  prez,  se- 
nicle,  aigremoine , de  trois  sortes  de 
plantain,  des  consoldes,  prunella,  ver- 
ueine, armoise,  dent  de  Lyon.caryophyl- 
lata,  racines  ou  sommités  de  ronces, 
de  chacun  demv  poignée  : 

Herbe  Robert,  aluine  blanche  ou  Ro- 
maine, fenoil  verd,  choux  rouge,  de 
chacun  vne  poignée. 

Le  tout  sera  mondé  et  laué , puis 
mis  en  vn pot  neufet  plombé,  en  huit 
liures  de  vin  blanc,  et  demie  liure  de 
miel  crud,  puis  le  tout  boüillira  in  bal- 
neo  Mariœiel  ne  doiuent  lesdiles  her- 
bes y estre  plus  d’vne  heure  et  demie, 
de  peur  que  leur  vertu  ne  se  dissipe, 
et  soit  rendue  de  mauuaisgoust.  Puis 
sera  passée,  coulée  , et  mise  en  petite 
bouteille  bien  bouschée  : de  laquelle 

t Dans  l’édition  de  1579,  l’auteur  dit  seu- 
lement : l’en  preseriteray  vn  exemple  ; et  cette 
première  formule  manque.  Elle  a été  ajoutée 
en  1585. 


potion  le  malade  prendra  trois  onces 
pour  chaque  prise  au  matin , trois 
heures  auant  le  repas.  Les  susdites 
décoctions  peuuent  estre  aromatisées 
de  canelle,  pour  donner  meilleur 
goust  au  malade. 

filtre. 

’2f.  Saniculæ,  buglæ,  scabiosæ,  betonicæ, 
scordij  et  nepitæ  ana  m.  C . 

Vuarum  mundalar.  sem.  hyperici,  et 
cardui  benedicti  ana  §.j. 

Trium  florum  cordialium  ana  p.  ij. 
Coquantur  complété  in  H>.  viij.  aquæ  com- 
munis,  postea  in  fine  adde  : 

Vini  albi  1b.  ij. 

Mellis Narbonensis  1b.  j. 

Fiat  decoctio  lento  igné,  vel  in  balneo  Ma- 
riæ  : passetur  per  manicam  Hippocra- 
tis,  addendo  cinnamomi  §.6. 

Detur  manè  tribus  horis  ante  prandium 
ad  5.  iij. 

Mesme  de  telle  liqueur  on  peut  vser 
és  iniections  és  fistules , et  en  lauer 
les  vlceres , et  mettre  desdites  herbes 
dans  les  potages  des  malades,  de  tant 
que  le  suc  d’icelles  peut  estre  dit  mé- 
dicament alimenteux  '.  Et  puis  asseu- 
rer auoir  fait  choses  merueilleuses 
par  long  vsage  desdites  potions,  és 
fistules  de  la  poitrine  et  ventre  infe- 
rieur , et  autres  parties , où  les  autres 
remedes  ordinaires  n’auoient  sceu 
obtenir  la  parfaite  guarison  : ayant 
tousiours  eu  esgard , suiuant  le  bon 
vieillard  Guidon , de  n’en  vser  au 
commencement  és  playes  recenles , 
à cause  que  telles  herbes  sont  chau- 
des et  aperitiues,  et  partant  eschauf- 
fent  et  subtilient  le  sang,  le  faisant 
fluer  en  la  partie  blessée.  Parquoy 
apres  que  la  suppuration  sera  faite , 

1 Ce  membre  de  phrase  : Et  puis  asseu- 
rer, etc.,  jusqu’aux  mots  : ayant  tousiours  eu 
esgard,  se  lit  pour  la  première  fois  dans  l’é- 
dition de  1585. 


UE  LA  GROSSE  VEROLLE. 
et  qu'il  ne  reste  plus  qu’à  delerger  et 


incarner,  et  l’inflammation  passée,  il 
sera  tres-vtile  et  expédient  d’en  vser1. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  DARTRES  OV  SCISSVRES  SERPI- 
GINEVSES  2. 

Reste  maintenant  à traiter  des  scis- 
sures ou  creuasses, lesquelles  suruien- 
nent  le  plus  souuent  apres  la  cura- 
tion de  la  verolle.  Le  lieu  qu’elles 
occupent  le  plus  souuent , sont  les 
palmes  des  mains  , et  plantes  des 
pieds.  Elles  sont  causées  d’humeur 
pituiteux  salé , ou  de  cholere  rendue 

1 A la  fin  du  chapitre  consacré  à la  potion 
vulnéraire,  dans  le  livre  Des  caries,  de  1564, 
il  y avait  un  dixième  et  dernier  chapitre  in- 
titulé • La  superficie  de  l’os  ne  tombe  seule- 
ment, oins  tout  l’os.  Il  était  emprunté,  comme 
le  précédent,  au  traité  Des  playes  de  la  teste 
de  1561;  et,  ayant  bien  plutôt  rapport  aux 
plaies  de  tête  qu’aux  caries,  il  a été  con- 
servé dans  l’histoire  de  ces  plaies,  au  cha- 
pitre 22  du  livre  S.  Voyez  ci-devant  page 66, 
le  paragraphe  qui  commence  ainsi  : Or 
quelquesfois,  etc.,  suivi  de  l'observation  du 
laquais  de  M.  de  Goulaines:  le  texte  y est 
le  même  que  dans  l’édition  de  1561  ; mais 
dans  celle  de  1564  il  finissait  ainsi  : 

« Pour  ceste  cause , feis  faire  audit  laquais 
vn  bonnet  de  cuir  bouilly,  pour  résister  aux  in- 
iures  externes , qu’il  porta  iusques  à ce  que  la 
cicatrice  fut  bien  solide,  et  la  partie  forti- 
fiée de  quelque  porus  ou  cal  fait  paria  pro- 
uidence  de  nature,  chose  digne  de  grande 
admiration  : qui  te  seruira  de  conclusion 
pour  le  discours  des  caries.  » 

2 Ce  chapitre  a paru  en  1575,  comme  com- 
plément de  l’histoire  de  la  vérole  emprun- 
tée à Thierry  de  Héry  ; et  en  effet  il  est  pres- 
que entièrement  extrait  d’un  article  de 
Thierry  qui  porte  le  même  titre,  ouv.  cité, 
p.  235. 


^97 

aduste  par  l’intemperie  chaude  de  la 
masse  sanguinaire , ou  de  quelque 
reliquat  et  portion  du  ferment  de  ce 
virus,  lequel  est  enuoyé  ausdites 
parties.  Or  quant  à leur  curation , 
elle  est  difficile  , principalement 
quand  elles  sont  inueterées,  à cause 
que  les  parties  se  sont  habituées  àre- 
ceuoir  tel  humeur  : si  elles  sont  récen- 
tes, elles  seront  moins  difficiles  à gua- 
rir.  Les  recentes  sont  conneuës  par 
vne  rougeur  accompagnéed’vn  grand 
prurit,  et  le  cuir  est  plus  gros,  espais, 
et  aride  que  de  coustume  : celles  qui 
sont  inueterées,  outre  les  signes  pré- 
dits, il  y a des  duretés  squameuses 
et  furfureuses,  de  sorte  qu’en  les  frot- 
tant rudement,  on  en  voit  sortir  des 
escailles  en  maniéré  de  farine  de  son. 

Quant  à la  curation , pour  les  cho- 
ses vniuerselles  il  faut  auoir  esgard 
au  vice  du  foye,  ordonnant  le  ré- 
gime , purgations  , bains , ventouses, 
cornets*.  Et  quant  aux  topiques,  si 
elles  sont  recentes,  on  vsera  d’eau 
desiccatiue,  et  de  ténue  substance, 
comme  ceste-cy  : 

Aquæ  rosar.  pariet.  ana.  § . j. 

Aquæ  alum.  § . ij. 

Chalcitis  3.  ij. 

Aluminis  3.  iij. 

Pul.  sublimati  3 . iiij. 

Fiat  lenta  et  minima  ebullitio  in  balneo 

Mariæ. 

On  augmentera  la  force  de  ceste 
eau  par  le  sublimé , ou  sera  diminuée 
selon  qu’il  sera  nec  ssaire. 

7f.  Olei  de  tartar.  g.ij. 

Sapo  commuais  § . iiij, 

Misce  et  fiat  vnguentum  ad  vsum. 

1 Thierry  ajoutait  ici  : scion  l’ordonnance 
du  médecin.  Paré  avait  mis  de  même,  en 
1575  : ce  qui  se  fera  par  l’ expérience  de  l’ex- 
pertmedecin.  Cela  a été  effacé  en  1579. 


LE  SEIZIÈME  LIVRE , 


598 

Autre  de  merueilleux  effet  l. 

If.  Sublimati  puluerisati  5.  ij. 

Aluminis  rocbæ  5-  j- 
Albumina  ouorum  fortiler  agitatorum 
quantum  sudiciat. 

Applicetur  super  partem  affectam  ; intérim 
vtatur  decocto  gaiaci. 

Si  elles  sont  inueterées , il  les  faut 
ramollir  par  décoctions  emollien- 
tes,  attenuatiues  et  incisiues,et  par 
linimens  , onguens , emplaslres  de 
mesme  faculté  : puis  y proçedei  auec 
parfums  , comme  de  cestuy  qui  s’en- 
suit : 

?f  Pul.  cinab.  5 . ij. 

Labdani,  assæ  odoratæ,  styrac.  calamitæ 
ana  g . fi. 

Olibani,  mast.  ana  5.  iij. 

Olei  tart.  et  theriaeæ  quant,  suff. 

Fiant  trochisci. 

Desquels  on  pourra  vser  la  dose 
de  demie  once  par  chacune  fois  ou 
enuiron  : et  faut  que  1 on  face  re- 
ceuoir  le  parfum  seulement  à la  par- 
tie , sans  que  la  fumée  soit  commu- 
niquée à la  bouche,  nez,  yeux,  ou 
oreilles  2. 

Pareillement  ce  rerpede  est  fort 
propre  pour  se  lauer  les  mains  : 

« cette  formule,  et  de  même  aussi  la  précé- 
dente, ne  sont  pas  de  Thierry,  et  manquent 
dans  l’édition  de  157a.  En  1579,  Paré 
donna  la  prerpière,  qui  se  terminait  alors 
par  ces  mots  : Intérim  vtatur  decocto  gaïaei, 
qui  ont  été  ensuite  reportés  après  la  seconde, 
publiée  en  15S5. 

2 Ici  finissent  les  emprunts  faits  â Thierry 
pour  ce  qui  concerne  les  dartres;  et  Iq  for- 
mule suivante,  quoique  datant  de  1575,  ap- 
partient à Paré,  ou  du  moins  à quelque  au- 
tre auteur  inconnu. 


Prenez  cendre  de  grauelée,  et  en  faites  ca- 
pitel  dans  vne  chausse  d’hippocras  : et 
en  iceluy  faut  dissoudre  de  la  pre- 
seure,  et  battre  assez  longuement  en 
vn  mortier,  et  de  ce  en  faut  frotter  les 
mains. 

Autre  t. 

Prenez  vnguenti  enulati  g . iij. 

Fugitini  g . ij. 

Resinæ  pini  g . j. 

Cerussæ  g • fi  • 

Argenli  viui  3.  iiij. 

Succi  citri  et  lapathi  acuti  ana  § . (5 . 
Incorporentur  simul  : fiat  linimentum  quo 
illinatur  pars, 

Si  on  y adiouste  demie  dragme  de 
sublimé,  lauéet  préparé  comme ce- 
luy  des  fars  , il  sera'de  grande  effi- 
cace. 

Autre. 

Prenez  alum  bruslé,  et  subtilement  pulue- 
risé,  et  incorporé  auec  blanc  d'œuf  et 
suc  de  citron , et  un  peu  d’aloës  des- 
trempé en  oxymel  scilli tic. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DE  LA  MALADIE  VENERIENNE  0V  GROSSE 

VEROLLE  OVI  SVRVIENT  AVX  PETITS 

ENFANS  2. 

Souuenf  on  voit  sortir  les  petits 
enfans  hors  le  ventre  do  leur 
mere , ayans  ceste  maladie , et  lost 
apres  auoir  plusieurs  pustules  sur 
leur  corps  : lesquels  estans  ainsi  in- 
fectés, baillent  la  verolleà  autant  de 
nourrices  qui  les  allaictent.  Aucuns 
prennent  la  verolle  (Ie  leurs  nour- 

■ Cette  formule  et  la  spivapte  onf  été 
ajoutées  à ce  chapitre  en  1579. 

2 Ce  chapitre  est  de  1575;  cependant  j’ai 
feuilleté  en  vain  le  ljvre  de  Thierry  pour  en 
retrouver  l’origine , et,  sauf  erreur,  il  m® 
paraît  appartenir  à Paré. 


DE  LA  GROSSE  VEP.OLLE. 


rices  : par  - ce  qu’icelle  maladie  , 
comme  auons  dit,  est  contagieuse. 

Or  on  voit  peu  souuent  les  enfans 
naiz  auec  ceste  maladie,  receuoirgua- 
rison  : mais  ceux  qui  l’ acquièrent  par 
tetter  ou  autrement,  estans  ja  gran- 
delels  , sont  quelquesfois  guaris. 

Le  moyen  de  paruenir  à la  cura- 
tion est  de  faire  vser  à la  nourrice 
de  l'eau  tlieriacale,  que  descrirons  cy 
apres,  l’espace  de  vingt  iours  ou  plus, 
tant  pour  s’exempter  de  ceste  mala- 
die , que  de  rendre  son  laïct  alimen- 
teux  et  médicamenteux  : et  lorsqu’elle 
donnera  à tetter  à l’enfant , n’oubliera 
lauer  et  essuyer  le  bout  de  sontetin,à 
fin  que  le  virus  sortant  par  la  vapeur 
de  la  bouche  du  petit  enfant , ne  s'im- 
prime en  son  mammelon  par  les  trous 
où  passe  le  laict.  Et  quant  aux  petits 
enfans , on  leur  frottera  seulement  les 
pustules  d’vn  onguent  bien  peu  vif- 
argentin  , comme  vnguentum  émula- 
tion curn  mercurio , ou  autre  sembla- 
ble : et  sera  puis  apres  enueloppé  en 
vne  couche  ou  linge,  lequel  sera  pre- 
mièrement parfumé  des  parfums  cy- 
dessus  mentionnés,  et  sera  tenu  fort 
chaudement. 

Or  telles  choses  se  doiuent  faire  par 
espaulelées , c'est  à dire  petit  à petit , 
et  non  par  con  inualion , de  peur 
qu’il  ne  leur  vienne  mal  à la  bouche. 

Aussi  s'il  auoit  quelques  vlceres 
en  la  bouche,  on  les  louchera  des 
eaux  cy  dessus  mentionnées , les  cor- 
rigeant, ayant  esgard  à la  délicatesse 
de  l’enfant.  Aucuns  ont  esté  guaris 
par  ces  moyens  : autres  aussi  sont 
morts,  non  par  le  vice  du  médica- 
ment , mais  pour  la  grandeur  de  la 
maladie. 

D’auantage  si  l’enfant  a pris  lave- 
rolle  de  sa  nourrice,  la  faut  changer, 
et  luy  en  bailler  vne  autre  qui  soit 
saine:  autrement  ne  pourroit  iamais 


S99 

estre  guari,  pouree  qu’il  seroit  tous- 
iours  nourri  du  sang  infecté  du  virus 
verollique. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DESCRIPTION  DE  L EAV  THERIACALE  *. 

Recipe  rasuræ  interioris  ligni  sancli  gum- 
mos.  îî>.  j. 

Polipodij  quercini  § . iitj. 

Vini  albi  dulcedinis  experlis  îî>.  ij. 

Aquæ  fonlanæ  purissimæ  tb.viij. 
Aquarum  cichorij  etfumariæana.  § .iiij. 
Sc  mirés  iuniperi,  hederæ  et  baccar.  laur. 
apa  5 . ij. 

Cariophyl.  et  macis  ana  g.  fi. 

Corlicis  citri  saccbaro  cond.  çonseruæ 
rosarum,  anthos,  cichor.  buglos.  bor- 
rag.  ana  5 . fi . 

Çonseruæ  enulæ  campanæ,  theriaeæ  ve- 
teris  et  milhrid.  ana  o • ‘j- 
Fiat  omnium  dislillatio  in  balneo  Mariæ, 
modo  scquenli. 

Vous  infuserez  le  gaiac  en  la  moitié 
de  vostre  vin  et  eau,  l’espace  de  douze 
heures  : et  le  reste  de  vos  ingrediens 
en  l’autre  moitié  dudit  vin  et  eaux,  en 
conquassant  ceux  qui  peuuent  estre 
conquassés  : seront  mis  à part  ep  in- 
fusion l’espace  de  six  heures,  puis 
mettez  tout  ensemble,  à fin  qu’ils  se 
puissent  fermenter  : laquelle  ferraen- 

I Ce  chapitre  se  lisait  déjà  en  1575,  où  il 
terminait  le  livre  de  la  grosse  vexolle.  L’eau 
thériacale  dont  il  donne  la  description  sem- 
ble avoir  été  pratiquée  sur  le  modèle  de 
l 'eau  philosophique  de  Thierry  de  Héry,  ouv. 
cité,  p.  G9;  là  formule  commence  de  même  : 

7f.  Rasuræ  inleriori  substantiæ  gumtnosæ 
gaïaei  lb.  j. 

II  y a aussi  d’autres  ingrédients  communs; 
mais,  au  total,  les  deux  préparations  sont 
différentes. 


6oo 


LE  SEIZIEME  LIVRE  , 


tation  se  fera  en  vne  ou  deux  grosses 
bouteilles  de  verre , les  laissant  bouil- 
lir ( estans  bien  estoupées  ) en  vn 
grand  chanderon  plein  d’eau  chaude, 
l’espace  de  cinq  ou  six  heures.  Le  tout 
estant  bien  fermenté  et  confit  ensem- 
ble , sera  mis  en  vn  alambic  de  verre, 
et  en  sera  fait  distillation  : de  laquelle 
eau  en  donnerez  quatre  onces  pour 
chaque  prise , laquelle  sera  aroma- 
tisée d’vue  dragme  de  canelle , et  d’vn 
scrupule  de  diamarguriton  , adious- 
tant  demie  once  de  sucre  pour  la 
rendre  plus  agréable. 

La  nourrice  en  pourra  vser  sans  se 
mettre  au  lit  : car  elle  a vertu  par 
vne  propriété  d’obtondre  ce  virus,  et 
fortifier  les  parlies  nobles.  Aussi  la 
nourrice  en  lauera  son  mammelon 
apres  que  l’enfant  l’aura  allaicté. 

Autre  Eau  theriacale  '. 

Eau  theriacale  composée  par  Ron- 
delet, qui  provoque  les  sueurs  en  la 
verolle  inueterée , et  cure  les  dou- 
leurs, baillée  auec  les  autres  suiuan- 
tes:  et  dit  en  auoir  fait  vser  auec  heu- 
reux succès. 

: ¥ . Theriacæ  veteris  ü>.  j. 

Acetosæ  m.  iij. 

Radicum  graminis  ^ . iij. 

Pulegij,  cardui  benedicti  anam.  ij. 

Flor.  chamæmeli,  p.  ij. 

Temperentur  omnia  in  vino  albo,  et  distil— 
lentur  in  vase  vitreo  , et  aqua  seruetur 
vsui. 

De  laquelle  on  baille  deux  onces 
auec  trois  onces  d’eau  de  vinette , et 
buglosse  : et  cecy  se  doit  faire  lors 
que  le  malade  s’en  va  au  lit.  Ceste 
eau  cure  les  douleurs,  baillée  seule 
ou  avec  décoction  d’esquine  ou  de 

i Cette  autre  formule  a été  ajoutée  en 

1579,  avec  les  réflexions  qui  viennent  à la 
suite,  et  c’est  ainsi  que  se  terminait  le  livre. 


bardane  : si  c’est  vn  pituiteux , en 
lieu  de  l’esquine  on  prendra  la  décoc- 
tion de  gaiac  : car  à cause  de  sa  sub- 
stance subtile  pénétré  bien  tost , et 
ex  pelle  les  matières  causant  les  dou- 
leurs. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DE  LA  PVANTEVR  D’HALEINE,  DES  AIS- 

CELLES,  DES  PIEDS,  ET  DE  LA  SVEVR 

VNIVERSELLE  ‘. 

La  puanteur  d’haleine  vient  de  plu- 
sieurs causes,  comme  à ceux  qui  ont 
i esté  frottés,  emplastrés,  etprincipa- 
| lementi 2  parfumés  de  vif-argent  : ou 
pourla  pourriture  des  dents  et  genci- 
ves , ou  vlcere  des  poulmons  , ou  par 
une  indigestion  d’estomach,  ou  pour 
l’obstruction  et  corruption  des  os  col- 
latoires  : ou  pour  auoir  mangé  ails, 
oignons,  choux, viel  fromage, etautre 
chose  de  mauuaise  odeur.  Les  bossus 
on  t volon  tiers  l’haleine  puante  ^rai- 
son que  l’air  qu’ils  inspirent  est  trop 
long  temps  retenu  dedansleur  thorax 
courbé,  qui  fait  que  leur  haleine  est 
puante. 

La  puanteur  des  aiscelles  vient,  par 
ce  que  le  lieu  est  concaue , non  pers- 
pirable , qui  fait  que  les  tueurs  ne 
sexhalent  et  ne  perspirent  : et  par- 
tant acquièrent  pourriture  et  mau- 
uaise odeur,  comme  la  senteur  d’vn 
bouc  : c’est  pourquoy  l’on  dit  qu’ils 
sentent  le  bouquin , ou  l’espaule  de 
mouton. 

1 Ce  chapitre  et  le  suivant  ont  été  publiés 
pour  la  première  fois  en  1585:  et  ils  sont 
restés  ainsi,  à part  quelques  mots  ajoutés 
dans  l’édition  posthume  de  1598. 

2 Ce  mot  principalement  manque  dans 
l’édition  de  1585. 


DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


601 


Ordinairement  la  plante  des  pieds 
est  de  mauuaise  odeur,  par-ce  qu’il 
en  sort  vne  sueur,  laquelle  n’est 
transpirée,  à cause  de  la  grande  es- 
paisseur  du  cuir  qui  est  calleux  et 
dur  *. 

La  puanteur  de  la  sueur  sortant  de 
tout  le  corps,  vient  de  la  corruption 
d’humeurs,  et  principalement  aux 
rousseaux  lauelés.  Ilyena  plusieurs 
quisesont  abusés, voulansperdreceste 
mauuaise  senteur,  lesquels  se  frot- 
tans  les  aiscelles  et  plantes  des  pieds 
de  choses  odoriférantes,  se  sont  ren- 
dus plus  puants.  Car  d’autant  que  les 
choses  odoriférantes  sont  chaudes, 
d’autant  plus  ils  fondent  les  vapeurs 
esquelles  la  feteur  consiste,  qui  est 
cause  qu’elle  apparoist  d’auantage  : 
ce  qu’on  voit  par  expérience. 

I’ay  souuenance  que  ie  pensois  vn 
prince  de  quelque  maladie,  et  le  ser- 
uiteur  de  l’Apoticaire  auoit  les  pieds 
puants , de  façon  qu’on  le  sentoit  lors 
qu’il  entroil  en  la  chambre.  Il  s’ap- 
perceut  qu’on  le  fuyoit  pour  ceste 
puanteur,  et  pour  y remedier , il  se 
frotta  le  dessous  des  pieds  de  grande 
quantité  de  musc  : dont  au  lieu  de  ca- 
cher et  esteindre  ceste  feteur,  il  aug- 
menta de  telle  façon , qu’il  parfumoit 
toute  vne  chambre  où  il  entroit  d’vne 
odeur  si  forte  et  si  puante,  qu’on  ne 
la  pou u oit  endurer  : qui  fut  cause 
qu’il  fut  chassé  et  banni  entièrement 
de  la  maison  dudit  Seigneur. 

Or  pour  la  cure,  elle  sera  diuersiüée 
selon  la  diuersitédes  causes.  La  cure 
palliatiue  se  fera  en  se  frottant  les  ais- 
celles et  les  pieds  d’eau  alumineuse, 
ou  autre  décoction  astringente,  qui 
aura  vertu  de  condenser  et  reprimer 
ceste  exhalation  puante. 

1 Ces  mots,  à cause  de  la  grande  espaisseur 
du  cuir,  etc.,  manquent  également  en  1585. 


CHAPITRE  LX. 

DE  LA  SVRDITE  DES  OREILLES1. 

Question  problématique,  à sçauoir, 
qui  est  la  cause  de  surdité. 

Est-ce  point  que  la  membrane  qui 
est  au  cæcum  foramen  , faite  du  nerf 
de  la  cinquième  conjugaison,  est 
rompue,  ou  empeschée  de  quelque 
humeur  tombé  dessus,  ou  dislocation 
des  petits  osselets  appelés  Incus  , 
Malleolus  et  Stapes  : et  que  les  causes 
peuuent  estre  internes,  ou  externes. 
Internes,  comme  quelque  fluxion 
tombée  aux  oreilles,  qui  fait  apos- 
teme,  dont  s’engendre  vlcere  hyper- 
sarcose  , ou  chair  supercroissante  : 
Ou  de  l'excrement  ou  sordilie , qui 
continuellement  se  fait  en  nos  oreil- 
les, faute  d’estre  nettoyées,  et  s’ac- 
cumule et  deseiche  en  forme  de  pe- 
tites pierres , qui  estoupent  le  conduit 
auditif:  Ou  d’vn  grain  prouenant  de 
la  petite  verolle,  ainsi  qu’on  voit  sou- 
rient les  verollés  vexés  de  la  grosse 
verolle  perdre  l’ouye  pour  vne 
grande  douleur  de  teste  : Ou  aussi 
vient  de  la  première  conformation , 
et  héréditairement , ainsi  qu’a  remar- 
qué Fernel  au  livre  5.  chap.  6,  lequel 
fait  mention  d’vn  Sénateur  qui,  ayant 
vne  femme  bien  saine,  engendra  tous 
ses  enfaus  sourds  et  muets,  de  la- 

1 J’ai  déjà  dit,  à l’occasion  du  chapitre 
précédent,  que  celui-ci  datait  de  1585.  et 
si  à toute  force  on  peut  trouver  une  appa- 
rence de  rapport  entre  la  puanteur  de  la 
bouche,  etc.,  et  la  vérole,  il  est  bien  diffi- 
cile de  comprendre  comment  un  article  sur 
la  surdité  a pu  être  ajouté  à la  fin  de  ce  li- 
vre-ci. Il  ne  contient  d’ailleurs  que  des 
vues  théoriques  qui  n’offrent]  pas  grand 
intérêt. 


LE  SEIZIEME  LIVRE,  DE  LA  GROSSE  VEROLLE. 


602 

quelle  chose  on  ne  peut  donner  rai- 
son. 

De  cause  externe  : Est- ce  point 
d’vn  grand  bruit  de  tonnerre,  de 
grosses  cloches,  ou  d’artilleries,  ainsi 
qu’on  voit  souuent  les  canonniers 
perdre  l’ouye  tirans  les  grosses  piè- 
ces, pour  la  grande  agitation  de  l'air 
qui  rompt  ladite  membrane , et  de- 
place  et  renuerse  lesdits  osselets  du 
lieu  naturel  : de  façon  que  l’air  im- 
planté aux  resorls,  anfractuosités,  ou 
petits  labyrinthes  contenus  en  la 
cauité  mastoïde  (nommée  d’aucuns 
Tabourin)  le  malade  oit  vn  bruit  et 
tintamarre  aux  oreilles,  duquel  bruit 
il  y a plusieurs  et  diuerses  différences: 
A sçauoir,  Sibilus,  ou  sifflement,  qui 
est  fait  d’vne  vapeur  subtile  : Tinnitus, 
ou  tintement,  fait  d’vn  cours  et  abon- 
dance d’humeur  pituiteux  : Sonitus , 
Bombas , ou  bourdonnement  , causé 
d’vnhumeurpluscraset  visqueux  : et 
s’il  y a vn  bruit  comme  d’ vue  eau  cou- 
lante d’vn  moulin  en  bas,  monstre  une 
agitation  d’humeur  meslé  parmy  la  va- 
peur : Strepitus,  ou  estonnemeni,  fait 
d’vne  grande  commotion  , esbranle- 
ment , ou  escousse  du  cerueau.  Ou 
pour  esti  e tombé  et  auoir  receu  quel- 
que coup  sur  la  teste  : ou  d’vn  air 
froid , qui  auroit  entré  aux  oreilles  et 
refroidi  le  cerueau  : ou  quelques 
noyaux  de  cerises  , ou  autres  corps 
eslranges.  Qr  la  surdité  eau  e de  gran- 
des fascheries  aux  maladies , pour  la 


diuersité  des  sons  qui  perpétuelle- 
ment les  tourmente  : qui  se  fait  à 
cause  que  l’air  naturel  implanté  aux 
anfractuosités  du  tabourin  est  em- 

pesché. 

Seconde  question  problématique  , à 

sçauoir,  pourquoy  les  sourds  par 

lent  d’vne  autre  façon  qu'aupara- 

uant  qu’ils  fussent  sourds. 

Est  ce  point  par-ce  que  les  nerfs  de 
la  cinquième  coniugaison  ont  com- 
munication auec ceux  de  la  sixième, 
qui  sont  les  nerfs  récurrents  (appellés 
nerfs  de  la  voix), lesquels  descendans 
en  bas  baillent  de  petites  ramifica- 
tions au  poulmon,  magazin  de  l’air, 
qui  est  matière  de  la  voix , qui  fait 
depraualion  de  la  parolle,  et  semble 
que  les  malades  parlent  ayant  la  teste 
dans  un  pot?  Tous  lesquels  accidens 
seront  guaris  par  leurs  contraires  , 
tant  que  possible  sera  : toutesfois  , 
ce  qui  vient  héréditairement  est  in- 
curable , comme  celle  qui  est  faite 
par  la  dislocation  des  trois  petits  os- 
selets, ou  par  la  ruplion  de  la  mem- 
brane qui  est  tendue  sur  l’entrée  de 
la  cauité  dite  Tabourin  ‘.Semblable- 
ment celle  qui  suruient  par  vne  su- 
percroissance de  chair,  si  elle  est  fort 
profonde,  ne  se  peut  guarir. 

■ L’édition  de  1585  portait  seulement,  de 
la  membrane  dicte  tabourin,  ce  qui  était  pro- 
bablement une  faute  de  l’imprimeur. 


LE  DIX-SEPTIEME  LITRE 

TRAITANT  DES 

MOYENS  ET  ARTIFICES  D’ADIQVSTER  CE  QVI  DEFAYT 

NATVRELLEMENT  OV  PAR  ACCIDENT  *. 


CHAPITRE  I. 

LE  MOYEN  D’AVOIR  VN  OEIL  ARTIFICIEL. 

Par  cy  deuant  nous  auons  ample- 
ment descrit , aux  liures  des  tu- 
meurs, playes  , vlceres  , fractures, 
et  dislocations  , les  trois  points  aus- 
quels  s’exercent  les  operations  de 
chirurgie  , qui  sont  ioindre  le  sépa- 
ré , osier  le  superflu , et  séparer  le 
continu.  Reste  maintenant  en  bref  la 
quatrième,  qui  est  adiousler  ce  qui  de- 
faut naturellement  ou  par  accident. 

Car  ainsi  ( pour  entrer  en  matière  ) 
nous  voyons  souuent , à raison  de 
quelque  coup  ou  inflammation,  les 
yeux  se  creuer  et  sortir  hors  la  leste, 
ou  bien  deuenir  émaciés.  Parquoy  où 

1 Voici  assurément  l’un  des  livres  les 
plus  originaux  et  les  plus  intéressants  de  la 
collection  de  Paré.  Il  ne  parut  comme  livre 
spécial  qu’en  1575;  mais  plusieurs  des  arti- 
cles dont  il  se  compose  avaient  déjà  été  pu- 
bliés dans  quelques  éditions  partielles  , et 
notamment  dans  celles  de  15G1  et  15G4. 
Dans  les  éditions  complètes  anciennes,  il 
n’occupe  pas  la  place  que  j’ai  cru  devoir  lui 
donner.  Il  est  rejeté  après  le  livre  de  la 
Peste;  en  sorte  qu'il  est  coté  le  22=  encore 
en  1579,  quoique  l’ordre  des  premiers  soit 
différent;  le  23e  en  1585,  et  dans  toutes  les 


tel  accident  aduiendroit,  apres  la  cu- 
ration de  l’vlcere,  on  pourra  adapter 
dans  l’orbite  vn  œil  fait  par  artifice , 
comme  ceux  cy  figurés,  qui  sont  seu- 
lement pour  l’ornement  du  malade 


Yçax  artificiels , desquels  l’est  demons(ré  le 
dessus  et  le  dessous,  qui  seron{  d’or  émaillé, 
et  de  couleur  semblable  aux  naturels. 


Et  s’il  aduenoit  qu’on  ne  peust  loger 
cest  œil  artificiel  dedans  l’orbite , on 
pourra  encore  en  faire  vp  autre  tel 
que  tu  vois  par  cesle  figure,  fait  d’vu 

éditions  postérieures.  Tar  son  objet,  par  la 
phrase  même  par  laquelle  il  commence,  il 
forme  le  complément  de  la  chirurgie  pro- 
prement dite  de  Paré;  et  c’est  pourquoi  je 
l’ai  pl  acé  ici. 

1 Ce  paragraphe,  avec  les  figures  des 
yeux  artificiels,  avait  été  publié  pour  la  pre- 
mière fois  en  15GI,  dans  le  traité  Des  playes 
de  la  teste,  foi.  22G.  — Voyez  ci-devant  la 
note  1 de  la  page  79.  Du  reste,  avec  le  para- 
graphe précédent,  il  constituait  à lui  seul 
tout  le  chapitre  en  1575,  et  même  encore  en 
1579;  le  reste  ne  date  donc  que  de  15S5. 


b04  LE  DIX-SEPTIEME  LIVRE 


fil  de  fer  applati  et  ployé , et  couuert 
de  velours  ou  taffetas,  ayant  son  ex- 
trémité platte , à fin  qu’il  ne  blesse  , 
et  l’autre  extrémité  sera  couuerte  de 
cuir  façonné,  et  le  peintre  luy  don- 
nera par  son  artifice  figure  d’œil.  Cela 
fait,  on  le  posera  sur  l’orbite.  Or  ledit 
fil  se  peut  estendrc  et  reserrer,  comme 
fait  celuy  que  les  femmes  ont  à leur 
tenir  leurs  cheueux.  Il  sera  passé  par 
dessus  l’oreille , autour  de  la  moitié 
de  la  teste. 

A uire  figure  d'œil  artificiel  ' . 


Il  aduient  souuent  aux  petits  enfans 
une  maladie  dite  Strabismu1 . , qui  est 
vne  distorsion  contrainte  auec  inéga- 
lité de  la  veuë , ce  que  nous  appelions 
en  françois  louche  ou  bigle.  Le  plus 
souuent  telle  maladie  aduient  (comme 
nous  dirons  plus  amplement  au  liure 
de  la  Génération  pour  auoir  mal  si- 
tué le  berceau  de  l’enfant , soit  de 
nuit  ou  de  iour,  le  mettant  à costé  de 
la  lueur  : qui  fait  que  pour  voir  la- 
dite lueur  il  est  contraint  de  retour- 
ner ses  yeux  à costé  d’icelle,  estant 

• Cette  figure  et  les  deux  suivantes  ont 
bien  été  produites  pour  la  première  fois 
par  A.  Paré;  mais  elles  ne  sont  que  la 
traduction  du  texte,  que  notre  auteur  avait 
puisé  dans  Paul  d’Êgine  qu’il  cite  un  peu 
plus  bas,  et  spécialement  dans  la  traduction 
française  de  Dalechamps. 


toujours  désireux  de  la  regarder  : ou 
bien  pource  que  la  nourrice  est  lou- 
che , qui  fait  que  l’enfant  la  contre- 
fait. Or  posons  le  cas  que  quelque 
petit  enfant  fust  louche,  ayant  la 
veuë  torse  , ou  par  le  vice  de  la 
nourrice  , ou  autrement  : Paul  Ægi- 
nele,  liure  3.  cltap.  22,  nous  a laissé 
vn  moyen  propre  pour  y remedier 
et  redresser  la  veuë , lequel  n’a  esté 
pratiqué  d’aucun  de  nostre  temps , 
que  Paye  peu  sçauoir  : c’est  qu’il  veut 
que  l’on  face  vn  faux  visage  en  forme 
de  masque , lequel  doit  estre  si  bien 
proportionné  et  accommodé  sur  le 
visage  de  l’enfant,  qu’il  ne  le  blesse 
aucunement:  et  toutesfoisil  faut  qu’il 
soit  si  iuste , que  le  iour  n’y  puisse  en- 
trer par  les  entre-deux,  craignant  que 
ledit  enfant  ne  tournast  sa  veuë  vers 
le  iour.  Tel  faux  visage  ou  masque 
aura  seulement  deux  petits  trous 
droit  au  milieu  de  l’œil , à fin  que  le 
iour  y puisse  reluire  : ce  qui  sera  cause 
que  l’enfant  n’apperceuant  autre  lu- 
mière et  clartéquepar  les  trous,  il  tien- 
dra sa  veuë  tousiours  fichée  en  cest 
endroit,  de  sorte  que  l’œil  s’accoustu- 
mera  a demeurer  droit  et  arresté , re- 
prenant une  nouuelle  habitude,  et 
laissant  celle  qu’il  auoit  acquise  re- 
gardant de  costé.  Ledit  faux  visage 
sera  fait  de  matière  la  plus  legere 
que  l’on  pourra , et  ne  doit  couurir  le 
visage  plus  bas  que  le  nez  , laissant 
la  bouche  à descouuert,  à fin  que 
l’enfant  puisse  à toutes  heures  teler 
ou  manger  : attendu  qu’il  doit  de- 
meurer continuellement  sur  son  vi- 
sage. Pour  lequel  tenir  plus  commo- 
dément, il  sera  attaché  par  le  der- 
rière de  la  teste  auec  quatre  petites 
attaches  , deux  de  chaque  costé  , 
comme  on  peut  voir  par  ce  portrait  : 


D ADIOVSTER  CE  QVI  DEFAVT.  6o5 


Portrait  d’vn  masque  par  lequel  la  veuë  est 
redressée. 


Au  lieu  de  ce  masque , on  pourra 
pareillement  vser  de  besicles  faites  de 
corne , que  l’on  adaptera  sur  du  cuir, 
et  seront  posées  sur  les  yeux  : au  mi- 
lieu y aura  vn  petit  trou  , par  lequel 
l’enfant  pourra  voir,  et  addresser  sa 
veuë.  Les  besicles  sont  marquées  par 
BB.  et  la  piece  du  cuir  par  A.  Les 
courroyes  par  lesquelles  sont  atta- 
chées, CC. 


Fiqure  des  besicles. 


LE  MOYEN  DE  CONTREFAIRE  VN  NEZ 
PAR  ARTIFICE. 


Pareillement  le  nez  peut  estre  du 
tout  coupé , ou  portion  d’iceluy,  et 
ne  peut  iamais  estre  reioint , parce 
que  vnion  ne  peut  estre  faite  aux 
membres  organiques  : ce  qui  est 
prouué  par  Hippocrates.  La  raison  est, 
qu’vne  partie  de  nostre  corps  pour 
estre  reiointe  et  consolidée , a besoin 
de  receuoir  nutrition,  vie  et  senti- 
ment des  membres  principaux , au 


contraire  des  greffes  qui  se  repren- 
nent aux  troncs  des  arbres.  Parquoy 
cel  uy  qui  aura  perd  u son  nez, faut  qu’il 
en  face  faire  vn  autre  par  artifice, 
soit  d’or  ou  d’argent,  ou  de  papier 
et  linges  collés , de  telle  figure  et  cou- 
leur qu’esloit  le  sien  : lequel  sera  lié 
et  attaché  par  certains  filets  derrière 
l’occiput , ou  à vn  bonnet.  Et  d’abon- 
dant s’il  aduenoit  (comme  souuent  se 
fait)  qu’auecques  le  nez  on  empor- 
tast  portion,  ou  du  tout  la  léure  su- 
périeure , ie  t’ay  bien  voulu  donner 
les  ligures,  à fin  d’aider  à l’ornement 
du  patient:  lequel  s'il  portoit  barbe, 
en  pourras  faire  adapter,  ainsi  qu’il 
en  sera  necessaire  L 


Portraits  de  nez. 


11  s’est  trouué  en  Italie  vn  chirur- 
gien , qui  par  son  artifice  refaisoit 
des  nez  de  chair,  en  ceste  maniéré. 
C’est  qu’il  coupoit  entièrement  les 
bords  calleux  ou  cicatrisés  du  nez 
perdu  , comme  l’on  fait  aux’  becs 
de  liéure  : puis  faisoit  vne  incision 
tant  grande  et  profonde  qu’il  es- 
toit  necessaire , au  milieu  du  muscle 
dit  Biceps  , qui  est  l’vn  de  ceux 

'Tout  ce  commencement  du  chapitre, 
avec  les  figures  ci-jointes,  a été  repris  du 
traité  Des  play  es  de  la  leste,  fol.  253,  et  re- 
monte ainsi  à la  date  de  1561 . Le  reste  date 
de  1575. 


666  Lfe  faix Septième  LiVkÉ, 


qui  fléchit  le  bras  : puis  subit  fai- 
soit  poser  le  nez  en  ladite  incision, 
et  bamloit  si  bien  la  teste  auec  le 
bras , qu’il  ne  pouuoit  vaciller  çà  ne 
ià  : et  certains  ioUrs  apres,  qui  est 
ordinairement  sur  le  quarantième 
iour,  connoissant  l'agglutination  du 
nez  ailée  la  chair  dudit  muscle,  en 
edupoit  tant  qu’il  eh  falloit  pour  lü 
portion  du  nez  qui  manqilolt  : en 
apres  le  façonno  l de  sorte , qu’il  ren- 
doit  le  néz  en  figure,  grandeur  et  gros- 
seur qu’il  esloit  requis , et  traitoit 
cependant  la  playe  du  bras  comme 
les  autres,  lors  qu’il  y a déperdition 
de  substance.  Et  durant  lesdits  qua- 
rante iours  faisoit  vSer  à son  ma- 
lade de  panades , pressis  : et  autres 
viandes  faciles  à transglou  tir  : et  quant 
aux  remedes  desquels  il  vsoit,estoient 
de  quelques  baumes  agglutinalifs. 

Nous  auons  de  ce  lesmoignage  d’vn 
gentil -homme  nommé  le  Cadet  de 
Saint-Thoan,  lequel  ayant  perdu  le 
nez,  et  porté  long  temps  vn  d’argent, 
se  fascha  pour  la  remarque , qui  n’es- 
loit  sans  vne  risée , lors  qu’il  esloit  en 
compagnie.  Et  ayant  ouy  dire  qu’il  y 
auoit  en  Italie  vn  maistre  refaiseur 
de  nez  perdus,  s’en  alla  le  trouuer, 
qui  le  lu  y refaçonna  en  la  maniéré 
que  dessus,  comme  une  infinité  de 
gens  l’ont  veu  depuis  : non  sans 
grande  admiration  de  ceux  qui  l’a- 
uoient  connu  auparauant  auec  vn 
nez  d’argent1. 

Telle  chose  n’est  impossible  : tou- 
tesfois  me  semble  fort  difficile  et 
onereuse  au  malade  , tant  pour  la 

1 La  date  de  celte  histoire,  comme  on  t’a 
dit  dans  la  note  précédente,  estl57f>.  C’est 
un  témoignage  souvent  cité  de  l’existence  des 
rhinoplastes  italiens  qui  avaient  précédé 
Tagliacozzi.  D’ailleurs  j’ai  exposé  l’origine 
de  la  rhinoplastie  italienne  dans  mon  Intro- 

duction, pages  c et  suivantes. 


peine  de  tenir  la  teste  liée  long 
temps  auec  le  braS , que  pour  la  dou- 
leur des  incisions  faites  aux  parties 
saines , coupant  et  esleuant  portion 
de  la  chair  du  bras  pour  former  le 
nez.  loint  aussi  qu’icelle  chair  n’est 
de  telle  température  nv  semblable  à 
celle  du  nez  : et  pareillement  estant 
agglutinée  et  reprise,  ne  peut  iamais 
estre  de  telle  figure  et  couleur  que 
celle  qui  esloit  auparauant  à la  por- 
tion du  nez  perdu  : aussi  les  creux 
des  narines  ne  peuvent  estre  tels, 
comme  ils  estoient  premièrement1. 


CHAPITRE  III. 

LA  MANIERE  D 'ACCOMMODER  DES  DENTS 
ARTIFICIELLES  2. 

Quelquesfois  par  vn  coup  orbe  ou 
autrement,  les  dents  dé  deuant  sont 
rompues  : ce  qui  fait  que  puis  apres 
le  patient  demeure  edenlé  et  défi- 
guré, auec  depraualion  de  sa  parole. 
Parquoy  apres  la  cure  faile , et  que 
les  gènciues  seront  endurcies,  luy  en 
faut  adapter  d’autres  d’os  ou  iuoire, 
ou  de  dents  de  Kobart  qui  sont  excel- 
lentes pour  cest  elTel,  faites  par  artifi- 
ce : lesquelles  seront  liées  aux  autres 
dents  proches  auec  fil  et  mmun  d’or 
ou  d’argent,  comme  nous  apprend 
Hippocrates  au  liure  De  arliculis , 
sect.  2 sent.  25.  De  ces  choses  lu  en 
as  icy  les  figures. 

1 L’origine  de  ces  deux  premiers  chapitres 
remonte,  comme  il  a été  dit,  au  traité  Des 
platjes  de  la  lesie,  publié  en  151Î1.  A.  l’aré  y 
avait  indiqué  aussi  un  moyen  de  masquer 
la  perte  d'une  oreille;  mais  comme  l'article 
était  trop  court  pour  faire  un  chapitre,  il  a 
été  laissé  à la  suite  de  l’article  sur  les  Playes 
des  oreilles,  liv.  vin,  chap.  23. 

3 Ce  chapitre  se  lit  presque  textuellement 


d’adiovster  ce  qvî  defavt. 


Figure  des  dents  artificielles. 


dans  le  traité  Des  plages  de  la  teste  de 
1561,  à part  la  citation  d’Hippocrate,  qui  n’a 
été  ajoutée  qu’en  1579,  et  une  autre  addi- 
tion plus  importante  concernant  la  matière 
dont  sont  faites  les  dents  artificielles.  En 
15S1,  on  lisait  donc:  lug  en  faut  adapter  d’au- 
tres d'os;  il  n’était  nullement  fait  mention 
de  l’Ivoire.  Dans  les  Dix  luires  de  chirurgie 
de  1564,  Paré  avait  reproduit  ses  figures,  et 
il  les  signalait  encore  seulement  par  cette 
indication  : Denlz  artificielles  failles  d os , 
qui  s'attachent  par  un  fil  d’argent  en  lieu  des 
autres  qu’on  aura  perdues.  Je  ne  sais  pour- 
quoi il  ne  parlait  que  du  fil  d’argent;  car, 
dès  15G1,  il  disait  déjà  auecqnes  fil  cl’or  ou 
d'argent.  Quoi  qu’il  en  soit , c’est  en  1573, 
dans  ses  Deux  hures  de  chirurgie,  qu’il 
mentionna  pour  la  première  fois  l’ivoire 
dans  un  article  ainsi  conçu  (page  358)  : 

La  maniéré  de  remettre  les  dents  artificielles. 

« On  peut  remettre  des  dents  artificielles 
faictes  A'iuoire  ou  autres  os,  qui  pourroienl 
estre  attachées  entre  les  autres,  lesquelles 
ne  peuuent  seruirque  pour  orner  et  à mieux 
proférer  la  parolle,  dont  la  figure  ne  peut 
bien  estre  donnée,  pour  l’incertitude  de  la 
grosseur  et  longueur  ••  toutefois,  il  faut 
qu’elles  soient  faictes  à la  façon  que  tu  vois 
ces  portrais.  » 

Et  ensuite  viennent  ces  mêmes  figures 
Avec  ce  titre  : Portrais  des  dens  artificielles 
pour  mettre  en  lieu  d’autres  qu’on  aura  per- 


607 


CHAPITRE  IV. 

LE  MOYEN  D'ADAPTER  VN  INSTRVMENT 
AV  PALAIS  POVR  RENDRE  LA  rAROLE 
MIEVX  FORMÉE'. 

Quelquesfois  vne  porlion  de  l'os  du 
palais  est  brisée  et  emportée  par  coup 
de  harquebuse  ou  autrement,  ou 
bien  par  vicere  de  verolle , dont  ad- 
uient  que  pour  cesle  cause  les  paliens 
ne  puissent  bien  prononcer  ny  faire  en- 
tendreleur  parolle: pour  à quoy  sur- 
uenir,  nous  leur  auons  trouvé  vn  ex- 
pédient par  l’aide  et  ministère  de  nos- 
treart2.  Ce  qui  se  fera  en  appliquant 
vn  instrument  vn  peu  plus  grand  que 
le  trou  où  l’os  defaudra.  Et  ledit  ins- 
trument sera  fait  d’or  ou  d’argent,  et 
de  figure  voûtée,  et  délié,  d’espaisseur 
comme  d’vn  escu:auquel  sera  attachée 
vne  esponge , par  laquelle  estant  mis 

dues,  principalement  au  deuant  de  la  bouche. 

En  1575,  il  reprit  le  texte  de  1561,  mais  en 
écrivant  celle  fois  : d’autre s d’os  ou  i noire  ; 
et  cetle  leçon  resta  la  même  dans  toutes  les 
éditions  faites  de  son  vivant.  Ce  n’est  que 
dans  la  première  édiiion  posthume  qu’on 
trouve  celte  addition  : ou  de  dents  de  llclhurt, 
qui  sont  excellente^  pour  cesl  effecl.  Il  reste- 
rait à savoir  ce  qu’il  entendait  par  dents  de 
Rohart;  GuillemeaUjSon  élève,  recommande 
l’os  du  poisson  nommé  Roüart;  c’est  très  pro- 
bablement l’hippopotame. — Albucasis  avait 
déjà  indiqué  la  manière  de  remplacer  les 
dents  perdues  par  des  dents  d’<w  de  bœuf. 

' Ce  chapitre  se  lit  déjà  presque  textuelle- 
ment dans  le  traité  Des  plages  de  la  teste, 
1561,  fol.  561,  sous  ce  litre  : Des  plages  et 
fractures  des  os  du  palais. 

2 Cette  construction  de  phrase,  par  la- 
quelle Paré  revendique  comme  sienne  l’in- 
vention des  obturateurs,  ne  date  que  de 
1579.  En  1561,  et  même  encore  en  1575,  il 
disait  seulement  : ils  pourront  recouurer  la 
parolle  par  l’aide  et  ministère  de  noslre  art. 


6o8 


LE  DIX-SEPTIEME  LIVRE  , 


ledit  instrument  au  trou  où  man- 
quera l’os , ladite  esponge  assez  tost 
s’imbibera  et  s’enflera  par  certaine 
humidité,  et  puis  apres  tiendra  ferme  : 
et  par  ce  moyen  la  parolle  se  formera 
mieux  >.  Ce  que  i’ay  veu  aduenir  aux 
guerres  quelquesfois  par  coup  de  har- 
quebuse  et  autres  sortes  d’armes  : 
mais  principalement  (comme  i’ay  dit) 
par  vlceres  prouenus  de  la  verolle. 
Or  tu  as  icy  le  portrait  des  instru- 
mens  dont  il  est  mention. 

Figure  des  insirumens  dits  obturateurs  du 
palais  a. 


Autre  instrument  sans  esponge , lequel  a une 
eminence  par  derrière,  qui  se  tourne  auec 
vn  petit  bec  de  corbin  ( que  tu  vois  en  cesle 
figure)  lorsqu’on  le  met  dans  le  trou. 


1 Edition  de  1561  : El  par  ce  moyen  la  re- 
uerberalion  de  la  parolle  sera  retenue  en  lieu 
de  l’os  deperdu. 

* Dans  l’édition  de  1561,  ces  instruments 
n’avaient  pas  encore  reçu  de  nom  particu- 
lier, et  on  lisait  seulement  : Figure  des  ins- 
truments pour  le  palais  troué  et  perluisé. 
Dans  les  Dix  Hures  de  chirurgie,  en  1564, 
les  mêmes  figures  étaient  reproduites  avec 
ce  titre  : Instrument  appelez  couuercles, 
propres  pour  couurir  cl  eslouper  les  trouz  des 
os  perdus  au  palais  de  la  bouche,  etc.  Le  nom 
A' obturateurs  ne  leur  a été  appliqué  par  Paré 
qu’en  1575. 


CHAPITRE  V. 

LE  MOYEN  DF.  SECOVRIR  CEVX  QVI  AV- 
ROIENT  LA  LANGVE  COVPEE  , ET  LES 
FAIRE  PARLER  *. 


Maintenant  faut  déclarer  l’aide  que 
peut  donner  le  chirurgien  à celuy  qui 
auroit  perdu  porlion  de  la  langue , 
dont  il  auroit  du  tout  perdu  la  parolle: 
artifice  qui  n’a  esté  trouué  que  par 
accident  , ainsi  comme  ie  deduiray 
présentement. 

Vn  quidam  demeurant  à vn  village 
nommé  Yuoy  le  Chasleau  , qui  est  à 
dix  ou  douze  lieués  de  Bourges , eut 
portion  de  la  langue  coupée,  et  de- 
meura près  de  trois  ans  sans  pouuoir 
par  sa  parolle  estre  entendu.  Aduint 
que  luy  estant  aux  champs  auec  des 
faucheurs,  beuùant  en  vne  escuelle 
de  bois  assez  deiiée , l’vn  d’eux  le  cha- 
touilla, ainsi  qu'il  auoit  l’escuelle  en- 
tre ses  dents  : et  profera  quelque  pa- 
rolle, ensorle  qu’il  fut  entendu.  Puis 
de  rechef  connoissant  auoir  ainsi  par- 
lé, reprint  son  escuelle,  et  s’efforça 
à la  mettre  en  mesme  situation  qu’elle 
estoit  au-parauant  : et  de  rechef  par- 
loit , de  sorte  qu’on  le  pouuoit  bien 
entendre  auecques  ladite  escuelle.  El 
fut  long  temps  qu’il  la  portoit  en  son 
sein,  pour  interpréter  ce  qu’il  vou- 
loit  dire,  la  mettant  tousiours  entre 
ses  dents.  Puis  quelque  temps  apres 
s’aduisa  (par  la  nécessité  qui  est  mais- 
tresse  des  arts)  de  faire  vn  instrument 


■ Ce  chapitre  est  extrait  presque  textuelle- 
ment du  traité  Des  plages  de  la  leste,  1561, 
fol.  264,  verso,  à l’article  Des  plages  de  la 
langue,  dont  la  première  partie  a déjà  con- 
stitué le  chapitre  du  même  nom  dans  le  8* 
livre.  Voyez  ci-devant,  page  88. 


DAIUOVSTER  I 

de  bois  , de  telle  figure  que  cestuy  : 
lequel  il  portoit  pendu  à son  col.  Et 
parle  moyen  d’iceluy  faisoit  entendre 
par  sa  parole  tout  ce  qu’il  vouloit 
dire. 

Instrument  pour  aider  à parler  â vn  patient, 
lequel  auroit  portion  de  la  langue  coupée. 


L’vsage  est  tel.  A,  est  la  partie  su- 
périeure, qui  doit  estre  d’espaisseur 
enuiron  d’vn  teston  et  demy»,  laquelle 
il  tenoit  entre  les  dents  de  deuant, 
nommées  incisiues,  non  qu’elle  sortist 
hors  , mais  sembloit  qu’il  n’eust  rien 
en  sa  bouche.  B,  la  partie  inferieure 
plus  subtile  , espaisse  d’vn  teston 1  2 : 

1 Edition  de  1561  : enuiron  de  deux  tes- 
tons. Le  même  instrument  est  figuré  dans 
les  Dix  liures  de  chirurgie,  à la  fin  du  vo- 
lume, les  deux  derniers  folios  n’étant  point 
paginés;  et  le  bord  A est  indiqué  comme 
devant  être  seulement  espois  d’vn  teston.  En 
1575,  Paré  a remis  vn  lésion  et  demy. 

’ Edition  de  1561  : espesse  d’vn  double  du- 
cal ; celle  de  1 564  dit,  espois  d’vn  demy  (lésion). 
Au  reste,  la  description  de  l’instrument 
étant  plus  complète  peut-être  dans  celte 
dernière  édition,  en  voici  le  texte  : 

« L’instrument  icy  figuré  doit  estre  de  bois 
dur  et  ferme,  enuiron  de  la  grandeur  d’vn 
teston,  de  figure  ronde  en  circonférence,  et 
platte  en  eslendue,  aiant  l’vne  de  ses  su- 


E QVI  DEFAVT.  609 

seulement  la  tenoit  justement  contre 
l’extremité  du  reste  delà  langue,  es- 
tant au  droit  du  filet  ou  ligament  de 
la  langue  : et  ce  qui  est  vn  peu  con- 
caue  intérieurement  (qui  est  la  troi- 
sième portion  dudit  instrument)  mar- 
quée par  C,  la  tenoit  dessous  en  sa  si- 
tuation toute  platte.  Et  quant  au  filet 
que  tu  vois , c’estoit  pour  pendre  le- 
dit instrument  au  col.  D.  est  la  par- 
tie extérieure  dudit  instrument. 

Or  ie  te  puis  asseurer  qu’apres 
auoir  recouuert  ledit  instrument , et 
la  maniéré  d’en  vser,  (qui  fut  par  le 
moyen  de  monsieur  le  Tellier,  mé- 
decin trc s-docte,  demeurant  à Bour- 
ges) que  i’en  ay  veu  l’experience  à vn 
ieune  garçon , auquel  on  auoit  coupé 
la  langue , lequel  neantmoins  par  le 
bénéfice  dudit  instrument , proferoit 
si  bien  sa  parole,  qu’en tierement  on 
le  pouuoit  entendre  de  tout  ce 
qu’il  vouloit  dire  et  expliquer.  Et  de 
ce  chacun  en  face  l’espreuue,  Jors 
qu’on  se  trouuera  à l’endroit  pour  ce 
faire. 

perfides  concaue  le  moins  du  monde,  et 
l’autre  conuexe;  l’un  des  bords  portant  l’es- 
poisseur  d’vn  teston  , et  l’autre  d’vn  demy 
tant  seulement.  Pour  exemple,  soit  le  bord 
signé  par  A espois  d’vn  teston,  et  celuy  si- 
gné par  B espois  seulement  d’vn  demy. 
Quand  il  sera  question  d’en  vser  et  s’en 
seruirà  temps,  le  pouure  muet  mestra  l’in- 
strument en  sa  bouche,  et  tiendra  entre  les 
deux  dents  incisoires  la  partie  A,  c’est  à sça- 
uoir  qui  est  espoisse  d’vn  teston,  sans  qu’il 
en  apparoisse  aucune  chose  hors  les  dentz, 
de  sorte  qu’il  semble  qu’il  n’y  ait  rien  en  la 
bouche,  et  adioustera  l’autre  partie  plus 
subtile,  à sçauoir  B , n’ayant  que  l’espois- 
seur  d’vn  demy  teston,  iustement  au  lieu 
où  sa  langue  aura  esté  couppee,  situant  la 
concauité  de  l’instrument  contre  bas,  et  la 
conuexité  en  haut.  » 


II. 


39 


LE  DIX-SEPTIEME  LIVRE, 


6lO 

«3=S= 

CHAPITRE  VI. 

LE  fllOYEîi  DE  REPARER  LE  VICE  DE  LA 
FACE  DEFIGVRÉE1.. 

Il  aduient  quelquesfois , par  vne 
brusleure  de  poudre  à canon , char- 
bon pestiféré , ou  autre  occasion , 
que  la  face  est  demeurée  extrême- 
ment hideuse  à voir,  de  façon  que 
le  malade  est  grandement  espouuan 
table  à le  voir:  et  à ceux-là  ii  leur 
faut  bailler  vne  masque  faite  si  pro- 
prement , qu’ils  puissent  conuerser 
auec  les  hommes. 

Aussi  peut-on  reparer  le  vice  des 
léures  qui  auront  esté  amputées  par 
un  coup  d’espée,  ou  d’vn  charbon 
pestilent , ou  par  vn  chancre  qui  aura 
occupé  telle  partie  : apres  Falloir  ex- 
tirpé, les  dents  demeurons  descou- 
uerles , ce  qui  est  difforme  à voir.  A 
tels  on  leur  doit  réparer  ce  qui  de- 
faut au  plus  près  du  naturel,  par  le 
moyen  d’vne  léure  d’or  émaillé,  de 
coujeur  du  visage,  laquelle  sera  at- 
tachée à vne  petite  calotte-,  ou  plus- 
tosl  à la  face  : que  nous  auons  heu- 

1 Je  n’ai  trouvé  aucune  trace  de  ce  cha- 
pitre avant  l’édition  de  1575. 

5 Le  chapitre  finissait  ici  dans  l’édition  de 
1575;  le  reste  a été  ajouté  en  1579. 

Ce  serait  en  vain  que  l’on  recourrait,  non 
plus  au  chapitre,  niais  aux  six  chapitres  con- 
sacrés à ('histoire  du  chancre,  et  qui  font 
partie  du  livre  5*',  pour  y trouver  quelque 
mention  de  ccs  léures  d'or.  Il  est  probable 
que  cette  citation  se  rapporte  à la  petite 
édition  perdue  de  1572,  dans  laquelle  Paré 
avait  fait  pour  la  première  fois  l’histoire 
des  tumeurs;  et  que  plus  tard,  dans  ses  œu- 
vres complètes,  il  en  détacha  ce  qui  avait 
rapport  à la  prothèse,  comme  il  avait  fait 
pour  plusieurs  des  chapitres  précédents. 


l’eusement  pratiqué  et  enseigné  cy 
deuant  au  chapitre  du  chancre. 


CHAPITRE  VIL 

DE  L’OREILLE  PERD  VE  '. 

Ceux  qui  auront  faute  d’oreilles, 
soit  par  le  defaut  de  nature , ou  par 
accident , comme  par  playe,  ou  par 
vn  charbon  pestiféré  , ou  par  mor- 
sure de  beste , ou  par  autre  maniéré, 
si  l’oreille  n’a  esté  du  tout  emportée, 
et  qu’il  en  soit  resté  bonne  portion  , 
on  doit  trouer  le  cartilage  auec  vne 
petite  porte-piece,  et  y faire  des  trous 
tant  qu’il  sera  necessaire.  Apres  la  ci- 
catrisation desdits  trous,  on  attachera 
vne  oreille  artificielle  : et  où  l’oreille 
auroit  esté  du  tout  amputée,  on  y 
en  appliquera  vne  artificielle  de  pa- 
pier collé,  ou  cuir  bouilli 2 , façon- 
née de  bonne  grâce,  comme  tu  vois 
par  ceste  figure.  Et  sera  tenue  auec 
petits  liens  autour  de  la  teste. 

Ou  le  malade  laissera  croistre  ses 

■ Ce  chapitre  11e  sc  lit  dans  aucune  édi- 
tion antérieure  à celle  de  1575.  Dès  1561, 
Paré  s’était  occupé  des  moyens  de  masquer 
la  perle  d’une  oreille,  et  l’on  peut  voir,  au 
chapitre  29  du  S' livre  (ci-devant,  page  89), 
la  pauvre  ressource  qu’il  conseillait  alors. 
Les  nouveaux  moyens  qu’il  indique  main- 
tenant sont  bien  autrement  ingénieux,  et 
paraissent  tout-à-fait  lui  appartenir. 

» L'édition  de  1575  disait:  en  cuir  boüilltj, 
et  sera  tenue  auec  petits  liens  autour  de  la 
teste.  — Et  c’est  ainsi  que  se  terminait  le 
chapitre.  En  1579,  Paré  ajouta  : Ou  le  ma- 
lade laissera  croistre  ses  cheveux  longs,  ou. 
portera  line  calotte  ; et  il  ne  donnait  pas  de 
figure.  La  rédaction  définitive  de  ce  chapi- 
tre et  la  figure  qui  la  suit  datent  seulement 
de  1585. 


DADIOVSTER 

eheueux  longs , ou  portera  vne  ca- 
lotte. 

Aussi  faire  vn  bonnet  de  cuir  bouil- 
li, lors  qu'il  y a eu  grande  quantité 
du  crâne  perdu,  pour  résister  aux 
iniures  externes,  ainsi  que  i’ay  par  cy 
douant  escrit  qux  playes  de  teste. 

Figure  cl’ vne  oreille  artificielle. 


CHAPITRE  VIII. 

DE  CEVX  QVI  SONT  VOVTÉS  , AVAÇtT 
l’espine  COVRBEE1. 

Quelques  - vns , et  principalement 
les  filles,  par  ce  qu’elles  sont  plus 
mollasses,  deuiennent  bossues , pour- 
ce  que  leur  espine  n’est  pas  droite , 
mais  en  arc  ou  en  figure  de  S : et  tel 
accident  leur  aduient  quelquesfois 
par  cheutte  ou  coups  , ou  quelque 
vice  de  se  situer,  comme  nous  auons 
amplement  monstré  au  liure  des 
Luxations.  Ou  pareillement  par -ce 
que  les  folles  meres , subit  qu’elles 
voyent  leurs  filles  se  pouuoir  tant 
soit  peu  tenir  debout,  leur  apprennent 
à faire  la  reuerence , les  faisant  bais- 
ser l’espine  du  dos,  de  laquelle  es- 
tant encore  les  ligamens  laxes , mois, 
et  glaireux  , en  se  releuant,  pour  la 

1 Ce  chapitre  a paru  pour  la  première 
fois  en  1575. 


CE  QVl  DEFAVT.  6 1 1 

pesanteur  de  tout  le  corps,  dont  l’es- 
pine  est  le  fondement  comme  la  ca- 
rine  d’vne  nauire,  se  contourne  de 
costé  et  d’autre,  et  se  ployé  en  figure 
de  la  lettres,  qui  fait  qu’elles  demeu- 
rent tortues  et  bossues,  et  quelques- 
fois boiteuses. 

Aussi  plusieurs  filles  sont  bossues 
et  contrefaites  pour  leur  auoir  en  leur 
jeunesse  par  trop  serré  le  corps.  Qu’il 
soit  vray,  on  voit  que  de  mille  filles 
..  villageoises , en  n’en  voit  vne  bossue  : 
à raison  qu’ils  n’ont  eu  le  corps  as- 
traint  et  trop  serré.  Parquoy  les  me- 
res et  nourrices  y doiuent  prendre 
exemple 

Pour  reparer  et  cacher  tel  vice  , on 
leur  fera  porter  des  corcelets  de  fer 
délié,  lesquels  seront  troüés,  à fin 
qu’ils  ne  poisent  pas  tant , et  seront 
si  bien  appropriés  et  embourrés  qu’ils 
ne  blesseront  aucunement  : lesquels 
seront  changés  souuenlesfois  si  le 
malade  n’a  accompli  ses  trois  dimen- 
sions : ei  a ceux  qui  croissent , les  fau- 
dra changer  de  trois  mois  en  trois 
mois,  plus  ou  moins,  ainsi  que  l’on 
verra  estre  necessaire  : car  autrement 
en  lieu  de  faire  vn  bien  on  feroit  vn 
mal.  La  figure  du  corcelet  est  telle. 

Corcelel  pour  dresser  un  corps  lorlu. 


' Ce  paragraphe  n’existait  pas  dans  la 
première  édition  ; il  a été  ajouté  en  1579. 


6l2 


le  dix-septiéme  livre  , 


CHAPITRE  IX. 

DE  CEVX  QV1  IETTENT  LEVR  VR1NE  IN- 
VOLONTAIREMENT, ET  LE  MOYEN  DE 
SVRVENIR  A CEVX  QV1  ONT  LA  VERGE 
VERDVE 

Strangurie  , est  lorsque  l’vrine  dis- 
tille inuolontairement  goutte  à gout- 
te : ce  qui  aduient  par  le  defaut  de  la 
vertu  retentriceel  deprauation  de  1 ex- 
pulsiue,  comme  auonsdit  en  son  lieu. 

Ceux  qui  ont  telle  disposition , sont 
en  grande  peine.  Et  pour  les  soula- 
ger , i’ay  inuenté'cest  instrument , le- 
quel est  de  fer  blanc,  de  la  figure  d’vne 
brayette,  et  contient  en  sa  cauité  en- 
uiron  un  posson.  11  se  doit  mettre  en 
la  brayette  du  malade,  à laquelle 
sera  attaché  auec  vne  aiguillette  par 
l’anneau  qui  t’est  assez  apparent.  Et 
le  malade  posera  l’extremité  de  sa 
verge  dans  la  cavité  marquée  C,  en 

1 Ce  chapitre  est  également  de  1575; 
mais  le  titre  avait  été  oublié,  et  il  semblait 
faire  suite  au  précédent.  Dès  1579,  Paré  y a 
mis  le  titre  qu’on  lit  aujourd’hui , et  en  a 
fait  un  chapitre  spécial. 


laquelle  il  y a vne  piece  aussi  de  fer 
blanc  enfoncée  assez  profondément , 
tant  pour  sousteDir  le  bout  de  la 
verge , que  pour  garder  et  empes- 
cher  l’vrine  de  sortir  hors,  mesmes 
en  cheminant. 

B monstre  ladite  piece.  A et  D 
monstrent  le  corps  dudit  instrument , 
à sçauoir  A la  partie  anterieure , et 
D la  postérieure. 

Figure  d’vn  instrument  qui  peut  estre  dict 
reseruoir  de  l’vrine. 


Ceux  qui  ont  entièrement  perdu  la 
verge  virile  iusques  au  ventre , sont 
en  peine  lors  qu’ils  veulent  vriner,  et 
sont  contraints  s’accroupir  comme  les 
femmes.  le  leur  ay  inuenté  ceste  ca- 
nule , laquelle  on  peut  faire  de  bois, 
ou  de  fer  blanc,  ou  d’autre  matière , 
de  longueur  et  grosseur  d’vn  doigt , 
et  caue. 

A C,  monstrent  le  corps  et  lon- 
gueur de  ladite  canule.  B,  l’extre- 
mité  supérieure,  qui  est  platte  et  plus 
large  que  le  corps.  D,  la  partie  ex- 
terne d’icelle  extrémité. 

Il  s’appliquera  par  sa  partie  supé- 
rieure platte  contre  le  conduit  de 
l’vrine , laquelle  passera  au  trauers  : 
et  ainsi  pourra  vriner  debout  sans 
s'accroupir. 


6 1 3 


b’aüiovster  CK 

Figure  dudit  instrument  ou  canule  pour  ceux 
qui  ont  perdu  la  verge,  qu’on  peut  nommer 
V retere. 


CHAPITRE  X. 

L’ARTIFICE  DE  METTRE  VN  POVCIER 
OV  DOIGTIER  L 

Lorsqu’vn  nerf  ou  tendon  sont  en- 
tièrement coupés , leur  action  qu'ils 
faisoient  se  perd,  et  partant  la  partie 
demeure  manque  à fléchir  ou  esten- 
dre,  et  quelquesfois  peut  estre  aidée 
par  l’artifice  du  chirurgien. 

Ce  que  i’ay  fait  à vn  Gentilhomme 
estant  à monseigneur  le  Connestable, 
lequel  receut  vn  coup  de  coutelas  le 
iour  de  la  bataille  de  Dreux,  pies  la 
iointure  de  la  main  dextre , partie 
externe  , de  sorte  que  les  tendons  qui 
esleuent  le  pouce  furent  du  tout 
coupés  : dont  ledit  pouce,  apres  la 
consolidation  de  la  playe,  demeura 
fléchi  au  dedans  de  la  main , sans  se 
pouuoir  leuer,  si  ce  n’estoit  par  le 
bénéfice  de  l’autre  main  : mais  subit 
se  retournoit  à réfléchir  comme  au- 
parauant,  qui  estoit  cause  que  le 
Gentilhomme  ne  pouuoit  prendre  ny 
tenir  espée , dague , lance , pique , ny 
autres  armes.  Or  voyant  sa  main 
estre  quasi  inutile  et  priuée  des  ar- 

1 Ce  chapitre  est  de  1575;  mais  l’instru- 
ment avait  déjà  été  figuré  en  1564,  dans  les 
Dix  liures  de  chirurgie,  fol.  219,  verso. 


QVI  DE K A VT 

mes,  me  pria  luy  couper  le  pouce, 
ce  que  ne  luy  voulus  accorder  : mais 
ie  luy  fis  faire  vn  instrument  de  fer 
blanc,  danslequel mettoit  son  pouce. 
Ledit  instrument  estoit  attaché  par 
deux  lanières  à deux  petils  annelets 
sur  la  iointure  de  la  main , si  dextre- 
ment  que  le  poulce  demeuroit  esleué: 
et  par  ainsi  le  gentilhomme  pouuoit 
tenir  espée,  pique,  lance,  et  autres 
armes.  La  figure  t’est  icy  représentée. 


Figure  d’vn  policier  de  fer  blanc\pour  tenir  le 
pouce  esleué 


CHAPITRE  XT. 

DV  VICE  DES  ÏAMBES  DONT  LES  MALADES 
SONT  APPELLES  VARI  ET  VALGI , ET 
DES  ÏAMBES  TROP  GRESLES 2. 

U m’a  semblé  bon  d’escrire  vn  vice 
dont  le  patient  selon  la  disposition 
est  nommé  en  latin  varus,  à sçauoir, 
quand  le  pied  est  tourné  vers  le  de- 
dans : et  ce  vice  vient  quelquesfois 

1 J’ai  dit  dans  la  note  précédente  que 
cette  figure  avait  déjà  été  publiée  en  1564. 
Elle  avait  pour  titre  : Vn  denier  de  fer  blanc, 
lequel  se  peut  attacher  (au  moyen  de  ses  deux 
petites  boucles ) au  poignet,  pour  empescher 
que  le  poulce  ne  se  ployé  dedans  la  main,  qui 
se  fait  par-ce  que  les  nerfz  ou  tendons  qui  es- 
tendent  ont  esté  couppez.  Du  reste,  la  ba- 
taille de  Dreux  ayant  été  livrée  en  1563,  c’é- 
tait donc  le  doigtier  imaginé  pour  le  gen- 
tilhomme blessé  à cette  bataille  que  Paré 
s’était  hâté  de  figurer  dans  le  livre  qu’il 
avait  sous  presse. 

’ Ce  chapitre  et  les  figures  qui  l’accom- 
pagnent datent  de  1575. 


LE  DtX-SEPTIÉME  LIVRÉ, 


614 

fiés  le  ventre  de  la  mere  : laquelle 
pendant  sa  grossesse  s’est  tenue  trop 
longuement  assise  les  ïambes  croi- 
sées : ou  pdur-ce  què  la  mere  à tel 
vice  : ou  pour  la  mauuaise  figure 
qu’aura  tenue  la  nourrice  enuers 
l’enfant,  pour  ne  l’auoir  tenu  bien 
droit,  ou  pour  auoir  pressé  et  tourné 
le  pied  contre  sa  figure  naturelle. 
Car  les  os  des  petits  enfants  nouuel- 
lernent  nés  sont  fort  mois. 

Au  contraire,  quand  le  pied  est 
tourné  vers  la  partie  extérieure,  on 
nomme  le  patient  qui  a tel  vice  , val- 
gus  , qui  se  fait  aussi  de  mesme 
cause  : et  l’vn  et  l’autre  vice  est 
nommé  du  vulgaire  pied-bot  : et  n’ad- 
vient pas  seulement  au  pied , mais 
aux  genoüils  pareillement. 

Pour  remedier  à tels  vices,  et  ré- 
duire les  os  en  leur  lieu,  il  les  faut 
pousser  en  leur  situation  naturelle. 
Et  faut  icy  noter,  que  si  le  malade 
est  varus , il  faut  pousser  le  pied  et 
le  tenir  comme  si  on  le  vouloit  ren- 
dre valgus.  Au  contraire,  s’il  estoit 
valgus,  le  faut  pousser  comme  si  on 
le  vouloit  rendre  varus  : et  les  y faut 
tenir  assez  long  temps,  à fin  que  les 
os  puissent  demeurer  en  leur  deuë  si- 
tuation. Car,  où  l’on  se  contenteroit 
de  remettre  seulement  les  os  à leur 
place , ils  retourneroient  en  leur  pre- 
mier vice.  Parquoy  il  faut  d’auantage 
les  poüsser,  et  les  y faut  tenir , tant 
par  bandages  et  compresses  appli- 
quées au  lieu  vers  lequel  tend  le 
vice , et  aussi  par  petites  bolines  pro- 
pres à ce  faire , lesquelles  seront  de 
l’espaisseur  d’vn  teston  , faites  de 
cuir  bouilli,  et  fendues  par  le  deuant 
et  sous  le  pied,  à fin  qu’elles  s’ou- 
urent  niieüx  pour  y mettre  le  pied  : 
et  seront  liées  et  attachées  commo- 
dément : et  y sera  appliqué  ce  reiüede, 
qui  en  tel  cas  est  excellent  : 


X.  Tluiris,  mastiches,  àloiis,  boli  Armeniæ 
ana  5 . j. 

Aluminis  rochæ,  resinæ  pini  siccæ  sub- 
tilissimè  puluerisatorum  ana  5.  iij. 

Far.  volatilis  5 . j.  fi. 

Albumina  ouorum  q.  s. 

Fiat  medicamentum. 

On  y peut  adiousler  de  la  téré- 
benthine, de  peur  qu'il  ne  se  dessei- 
che  trop. 

Il  faut  icy  noter  qu’oil  ne  doit 
aucunement  faire  cheminer  les  en- 
fans  vares  etva'ges,  que  première- 
ment les  iointures  ne  soient  bien 
affermies,  de  peur  qu’ils  ne  se  des- 
boitent de  rechef.  Et  lors  qu’on 
voudra  les  faire  marcher,  on  leur 
baillera  des  souliers  assez  hauts, 
comme  des  demies  bolines , et  lacés 
par  le  défiant , ou  attachés  à vn  pe- 
tit crochet,  et  qü’ilS  soient  de  cüit 
assez  solide  : à fin  de  tousiours  tenir 
les  os  fermes  sur  leur  iointure , et 
qu'ils  soient  contraints  d’y  dcméurer. 
Et  faut  faire  que  la  semelle  soit  plus 
haute  du  costé  où  le  vice  est  enclin  à 
se  tourner,  à fin  de  le  faire  renherset 
du  costé  qu’il  sera  necessaire , commè 
tu  vois  par  ceste  figure. 

Portrait  de  deux  petites  bolines,  l’vnt  bu- 
uerie,  et  l’autre  close. 


d’adiovster  ce  qvi  defavt.  6 1 5 


CHAPITRE  XII. 

LES  MOYENS  D’ACCOMMODER  DES  MAINS, 
BRAS  ET  ÏAMBES  ARTIFICIELLES,  AV 
LIEV  DE  CEVX  OVI  AVRONT  ESTÉ 
COVPÉS  L 

Lanecessité  nous  a contraints  à cher- 
cher les  moyens  d’imiter  Nature  , et 

■ Ce  chapitre  avec  ses  figures  est  extrait 
des  Dix  Hures  de  chirurgie , livre  Des  gan- 
grenés et  mortifications,  chapitre  19,  fol.  117. 
La  disposition  du  texte  y.  est  cependant  as- 
sez différente  pour  que  je  donne  quelque 
idée  de  la  rédactiori  primitive.  Voici  com- 
ment le  chapitre  commençait. 

Les  md'iens  d‘ accommoder  des  mains,  bras  el 
iambes  artificielles  au  lieu  des  membres  ex- 
tirpez. 

« Ét  combien  que  ce  soit  vne  chose  fort 
inhumaine  d'ainsi  extirper  vn  mertibre , 
neantmoins  nous  deüons  préposer  la  vie  de 
tout  le  corps  à la  perte  d’vne  partie  d’iceluy, 
mesmement  des  membres  que  ton  peut  ex- 


suppleer  au  defaut  des  membres 
deperdus,  comme  tu  verras  aux 
membres  artificiels.  Les  figures  et 
portrails  des  mains,  bras  et  iam- 
bes qui  s’ebsuiuent,  représentent 
les  mouuemens  volontaires,  de  tant 
près  qu'il  est  possible  à l’art  ensuiure 
Nature.  Car  flexion  et  extension  se 
peuuent  faire  par  bràs  et  iambes  arti- 
ficiellement faites  Sur  ces  portraits  : 
lesquels  i'ay,  par  grande  priere,  re- 
couuert  d’vn  n mmé  le  petit  Lorrain, 
serrurier  demeurant  à Paris,  homme 
de  bon  esprit , auec  les  noms  et  ex- 
plication de  chacune  partie  desdits 
portraits , faite  en  propres  termes 
et  mots  de  l’artisan  : à fin  que 
fchacun  serrurier  ou  borologeur  les 
puisse  entendre,  et  faire  bras  ou 
iambes  artificielles  semblables  : qui 
seruentnon  seulement  à l’action  des 
parties  coupées,  mais  aussi  à la 
beauté  et  ornement  d’icelles,  comme 
on  peut  cobüoistre  et  voir  par  les  fi- 
gure suiuantes. 

tirper  auec  esperance  de  guérison  : qui  plus 
est  l’vsage  nous  a donné  les  moiens  d’imiter 
nature,  et  supplier  [sic)  au  deffaut  des 
membres  perduz  comme  tu  verras  aux 
membres  artilicielz  que  nous  descrirons  cy 
apres.  » 

Venait  alors  la  figure  de  la  iambe  de  bois 
pour  les  pauures,  reportée  un  peu  plus  loin 
dans  les  éditions  suivantes;  puis  un  para- 
graphe reproduit  tout  entier  au  commen- 
cement du  chapitre  actuel  : Les  figures  çt 
poiiriraits?  etc. j puis,  sans  autre  texte,  la 
jambe  artificielle,  la  main  de  fer  et  le  bras 
de  fer.  Les  autres  figures  sont  d’une  aqtre 
date,  que  nous  fixerons  à l’occasion  de  cha- 
cune d’elles. 


6 1 6 


LE  DIX- SEPTIÈME  LIVRE, 
% 

Portrait  de  la  main  artificielle. 


Description  de  la  main  de  fer. 

1 Pignons  seruans  à vn  chacun  doigt,  qui 

sont  de  la  piece  mesme  des  doigts,  ad- 
ioustés  et  assemblés  dedans  le  dos  de 
la  main. 

2 Broche  de  fer  qui  passe  par  le  milieu 

desdits  pignons,  en  laquelle  ils  tour- 
nent. 

Gaschettes  pour  tenir  ferme  vn  chacun 
doigt. 

4 Estoqueaux  ou  arrests  desdites  gaschettes, 

au  milieu  desquelles  sont  cheuilles  pour 
arrester  lesdiles  gaschettes. 

5 La  grande  gaschette  pour  ouurir  les  quatre 

petitesgascheltes,  qui  tiennent  les  doigts 
fermés. 


6 Le  bouton  de  la  queue  de  la  grande  gas- 

chette, lequel  si  on  pousse,  la  main  s’ou- 
urira. 

7 Le  ressort  qui  est  dessous  la  grande  gas- 

chette, seruant  à la  faire  retourner  en 
son  lieu  , et  tenant  la  main  fermée. 

8 Les  ressorts  de  chacun  doigt,  qui  ramènent 

et  font  ouurir  les  doigts  d’eux-mesmes , 
quand  ils  sont  fermés. 

9 Les  lames  des  doigts. 

La  figure  suiuante  te  monstre  le 
dehors  de  la  main  , et  le  moyen  de 
l’attacher  au  bras  et  à la  manche 
du  pourpoint. 


d’adiovstkr  ce  qvi  defavt. 


61 7 


Description  du  bras  de  fer 


l,  1 Le  bracelet  de  fer  pour  la  forme  du 
bras. 

2 L'arbre  mis  au  dedans  du  grand  ressort 

pour  le  tendre. 

3 Le  grand  ressort  qui  est  au  coude,  lequel 

doit  estre  d’acier  trempé , et  de  trois 
pieds  de  longueur  ou  plus. 

4 Le  rocquet. 

5 La  gaschette. 

1 Ce  bras  de  fer  était  déjà  figuré  comme 
il  a été  dit  en  1564.  C’est  probablement 
d’une  machine  de  ce  genre  que  se  servait 
François  de  la  Noue,  capitaine  huguenot  du 
xvr  siècle;  je  Iis  dans  la  notice  que  lui  a 
consacrée  M.  Iiurhon: 

« Au  siège  de  Fontenoy,  il  eut  le  bras 
gauche  Tracassé  d’vn  coup  d’arquebuse.  Il 
se  refusa  d’abord  à l’amputation,  déclarant 


6 Le  resort  qui  poise  sur  la  gaschette,  et 

arreste  les  dents  du  rocquet. 

7 Le  clou  à vis  pour  fermer  ce  resort. 

8 Le  tornant  de  la  hausse  de  l’auant-bras, 

qui  est  au  dessus  du  coude. 

9 La  trompe  du  gantelet  fait  à tornant  auec 

le  canon  de  de  l'auant-bras  qui  est  à la 
main  : lesquels  seruent  à faire  la  main 
prone  et  supine  : c’est  à sçauoir  prone 
vers  la  terre,  et  supine  vers  le  ciel. 

qu’il  aimoit  mieux  mourir  que  de  se  mettre 
hors  d’état  de  combattre.  Ses  amis  le  per- 
suadèrent enfin,  et  la  reine  de  Navarre  eut 
la  force  de  caractère  de  lui  tenir  le  bras 
pendant  l’operation.  Un  bras  de  fer  le  mit 
en  état  de  tenir  la  bride  de  son  cheval,  et  il 
vola  aux  combats  avec  une  ardeur  nouvelle.» 
[Panthéon  littéraire, chroniques  du  xvi*  siècle, 
Salignac,  Coligny,  etc.,  p.  xviij.) 


6i8 


LÈ  ÎJIX-SEPTIEME  LIVRE  , 


Autre  portrait 1 

D’vne  main  faite  de  cuir  bouilli , 
ou  papier  collé,  les  doigts  tenant 
vne  plume  pour  escrire,  à celuy  qui 
auroit  eu  la  main  du  tout  coupée  et 


amputée  (où  le  malade  mettra  de- 
dans son  moignon  le  plus  auant 
qu'il  pourra):  laquelle  s’attache  à la 
manche  du  pourpoint  par  certains 
trous  que  tu  vois  en  la  figure. 


Semblablement  quand  à quelqu’vn 
par  une  playe  les  tendons  et  nerfs  de 
dessus  la  main  seront  coupés,  qui 
fait  que  le  malade  ne  peut  leuer  la 
main  , demeurant  quasi  inutile  : elle 
sera  tenue  et  esleuée  par  cest  instru- 
ment fait  de  fer  blanc , couuerl  de 
taffetas  ou  autre  chose,  et  sera  posé 
sous  la  main,  ioignant  la  première 
ioinlure  des  doigts  : puis  attaché  par 


dessus  le  carpe.  Cela  fait  que  la 
main  demeure  droite,  de  façon  que 
le  malade  s’en  dide  par  le  moyen  du- 
dit instrument,  qu’on  peut  nommer 
Bresse-main  Le  bout  de  cest  instru- 
ment qui  est  rond,  se  doit  mettre 
contrelapremiereiointure  des  doigts, 
et  l’autre  bout  contre  le  carpe  : et 
sera  serré  par  les  liens  fort  ou  peu 
serrés , ainsi  qu’il  sera  necessaire. 


Figure  du  dresse-main  ". 


' Cel  autre  portrait  se  voit  pour  lapremicre  i “Cette  figure  du  dresse-main,  avec  le  texte 
fois  dans  l'édition  de  lt>Sà.  qui  s’y  rapporte,  a été  ajoutée  en  1685.  t 


d’aDIOVSTER  ce  QVI  i)ÊFÀVT. 

Portrait  des  iambe's  artijicieltei. 


6I9 


ïarübe  teùeslue.  ïambe  nue , 


Description  d6  la  iambe  de  bois. 

0.  Le  lien  par  lequel  on  tire  l’anneau  de  la 
gaschette,  pour  plier  la  iambe. 

1 Le  cuissot,  auec  les  clous  à vis,  et  les  trous 

desdits  clous,  pour  eslargir  ou  astreindre 
sur  la  cuisse  qui  sera  dedans. 

2 La  pomme  pour  poser  et  appuyerla  main 

dessus  et  se  tourner. 

3 Le  petit  anneau  qui  est  au  deuant  de  la 

cuisse,  pour  dresser  et  conduire  la 
iambe  où  l’on  veut. 


4 Les  deux  boucles  de  deuant,  et  celle  de 

derrière,  pour  tenir  et  attacher  au  corps 
du  pourpoinct. 

5 Le  petit  fond  au  bas,  dedans  lequel  se  met 

la  cuisse  iusques  à deux  doigts  près  du 
bout,  seruant  aussi  à faire  la  beauté  et 
forme  de  la  iambe. 

G Le  ressort  pour  faire  mouuoir  la  gaschette 
qui  ferme  la  iambe. 

7 La  gaschette  qui  tient  le  baston  de  la 
iambe  droit  et  ferme,  de  peur  qu’il  ne 
renuersc. 


6ao  LE  DIX-SEPTIÈME  LIVRE 


8 L’anneau  auquel  est  attaché  vne  corde 

pourtirerlagaschette.àfinque  le  baston 
se  puisse  plier,  lorsque  l’on  se  sied  et  que 
l’on  est  à cheual. 

9 La  charnière  pour  faire  ioüer  et  mouuoir 

la  iambe  , mise  au  deuant  du  genoüil. 

10  Vn  petit  estoqueau  ou  arrest  pour  garder 

que  la  gaschette  ne  passe  outre  le  cuis- 
sot : car  si  elle  passoit  outre,  le  resort  se 
romproit,  et  l’homme  tomberoit. 

1 1 La  virolle  de  fer,  dedans  laquelle  le  baston 

est  inséré. 

12  L’autre  virolle  au  bout  du  baston,  qui 

porte  la  charnière  à faire  mouuoir  le 
pied. 

13  Vn  resort  pour  faire  remettre  et  reietter 

le  pied  en  sa  place. 

14  L’arrest  qui  sert  au  resort  pour  reietter 

le  pied  en  bas. 

ïambe  reueslue. 

k Lames  pour  la  beauté  du  genoüil. 

B La  greue  pour  la  beauté  et  forme  de  la 
iambe. 

C Le  gras  pour  acheuer  la  forme  de  la  iambe. 
D Lames  pour  former  le  coup  de  pied. 


Figure  d’vne  iambe  de  bois  pour  les  panures. 


Description  de  la  figure  de  la  iambe  de  bois 
pour  les  panures. 

au  Représente  l’arbre  de  la  iambe. 

bb  Lesdeux  fourchons  pour  insérer  la  cuisse, 
dont  le  plus  court  se  doit  mettre  dedans 
iambe. 

ce  Te  monstre  le  coussinet,  lequel  se  met 
pour  supporter  mollement  le  genoüil  sur 
la  rondeur  de  l’arbre. 

dd  Sont  les  courroyes  auec  boucles  trauer- 
santes  en  deux  endroits,  les  fourchons  de 
la  cuisse  pour  la  serrer  et  tenir  entre 
iceux. 

Par  e t’est  marquée  la  cuisse,  à fin  de  t’en- 
seigner la  vrayeposition  d’icelle  surladite 
iambe  de  bois. 


D’abondant  il  aduient  soutient , 
que  pour  auoir  receu  quelque  coup 
d’espée,  ou  autre  instrument  tran- 
chant, aux  tendons  et  nerfs  de  la 
iambe,  le  malade  apres  la  consolida- 
tion, ne  peut  qu’à  bien  grande  peine 
marcher  et  leuer  le  pied,  le  traînant 
en  arriéré,  comme  estant  à demy  pa- 
ralytique. Pour  remedier  à cest  acci- 
dent, le  malade  aura  vn  chausson  au 
pied, auquel  sera  attachée  vne  bande 
marquée  par  A A,  icelle  faite  de  toile 
large  de  trois  doigts , laquelle  sera 
fendue  au  milieu  de  la  iambe,  à lin 
qu’elle  passe  aux  costés  du  genoüil, 
attachée  fermement  aux  œillets  du 
pourpoinct,  à fin  de  tenir  le  pied  es- 
leué  lors  que  le  malade  chemine. 

La  figure  est  telle  *. 

1 Cette  figure  avec  le  texte  qui  précède 
est  une  addition  de  1575  ; et  c’est  ici  qu’alors 
se  terminait  le  Livre. 


d’adiovster  ce  qvi  defavt.  6a  i 


Ligure  d’vue  bande  pour  uider  à leuer  le  pied. 


CHAPITRE  XIII. 

LE  MOYEN  DE  FAIRE  ALLER  DROIT  VNE 
PERSONNE  QVI  SEROIT  BOITEVX  , A 
RAISON  DE  L’aCCOVRCISSEMENT  DE  LA 
ÏAMBE  *. 

Si  par  quelque  accident  la  iambe 
demeuroit  courte , dont  le  malade 
seroit  boiteux  : à tel  symptôme  fau- 

1 La  première  partie  de  ce  chapitre  avec 
la  figure  qui  s’y  rattache  a été  ajoutée  au 
livre  en  1679.  C’est  donc  de  1575  à 1579, 
et  d’une  manière  plus  précise  encore  dans 
le  voyage  que  Paré  fit  vers  ce  temps  en 
Lorraine  (voyez  mon  Introduction),  qu’il 
revit  son  ancienne  connaissance  Nicolas 
Picart,  lequel  lui  communiqua  la  figure  de 
son  nouvel  instrument. 


dra  vser  de  cest  instrument,  dit  Po- 
tence à siégé  , laquelle  est  faite  de  tel 
artifice,  que  l’on  pourra  facilement 
aller  droit  et  bien  à l’aise,  eu  esgard  à 
la  grandeur  de  l’inconuenient , de 
laquelle  potence  ie  t’ay  voulu  don- 
ner le  portrait  accommodé  à la  per- 
sonne *. 

Figure  d’vn  homme  boiteux  situé  sur  r ne  po- 
tence de  grand  artifice,  laquelle  i’ay  recouuerl 
de  maistre  Nicolas  Picurt  chirurgien  de 
monseigneur  le  duc  de  Lorraine. 


' Toutes  les  éditions  ajoutent  en  cet  en- 


L£  JX-SEPTIÉMF  jûJYKE,  £TC. 


63/1 

A ftlqpstre  l’arbre  de  la  potence,  lequel  est 
(le  bols. 

p Le  sigge  qui  est  de  fer,  lequel  embrasse  la 
cuisse  le  long  du  ply  de  la  fesse. 

C L'arc-boutant  qui  soutient  ledit  siégé. 

D L’estrier  de  fer  sur  lequel  est  posée  la 
plante  du  pied,  lequel  est  crochu,  à fin 
de  tenir  le  pied  suiet. 

E L’arc-boutant  dudit  estrier. 

F Vn  fer  à plusieurs  pointes  pour  tenir  la 
potence  qu’elle  ne  glisse. 

G La  croix  de  la  potence,  laquelle  se  met 
sous  l’aisselle. 

Ceux  qui  auront  perdu  leurs  che- 
veux pour  avoir  eu  la  ligne , pelade, 
ou  d’autre  cause , auront  vne  fausse 
perruque. 

Aussi  les  femmes  qui  auront  les 

droit  : tant  par  devant  que  par  derrière; 

parce  qu’en  effet  il  y avait  deux  figures; 
celle  qui  représentait  le  boiteux  par  douant 
m’a  paru  pouvoir  être  relranchée  sans  in- 
convénient. 


cheueux  argentés,  de  peur  d’estre 
eslimées  vieilles,  porteront  des  ra- 
teponades1,  desquelles  à présent  se 
sçauent  bicq  accopslrer  et  farder, 
pour  souuent  depepoir  les  hommes. 
Et  aussi  pour  se  monslrpr  plus  gran- 
des qu’elles  ne  spnt,  portent  des  pa- 
tins à la  façon  des  femmes  Italiennes 
et  d’Espagne.  Ellps  font  aussi  plu- 
sieurs autres  choses  pour  tromper 
les  hommes , que  ie  ne  veux  icy  des- 
crire  , de  peur  d’encourir  leur  mau- 
vaise grâce. 

' jRalepenades ; le  glossaire  de  Rabelais 
traduit  ce  mot  par  mus  pennalus,  chauve- 
souris.  Dans  ce  passage  de  Paré,  cela  équi- 
vaut sans  doute  à ce  que  nous  appellerions 
aujourd’hui  des  tours  de  cheveux.  L’édition 
latine,  bornée  au  texte  de  1579,  ne  con- 
tient pas  ce  passage. 

Ces  deux  derniers  paragraphes  qui  se  rap- 
portent bien  plutôt  au  sujet  du  Livre  qu’au 
sujet  du  chapitre,  sont  une  addition  de  1585. 


LÀ  MANIERE  DE 

EXTRAIRE  LES  ENFANS  TANT  MORS  QVE 

y IFN  N S HORS  LE  VENTRE  DE  LA  MERE , LORS 
QVE  N AT  V RE  DE  SOY  NE  PEVLT  VENIR  A 
SON  EFFECTK 


Maintenant  fault  dire  en  brief  la 
maniéré,  qu’auons  obseruée  plusieurs 
fois  Thierry  dehery,  et  Nicole  lam- 
bert  maislres  barbiers  et  cliyrurgiens 
en  ceste  ville  de  Paris,  touchant  l’ex- 
traction des  enfans  tant  mors  que  vi- 

* Apres  les  livres  de  chirurgie  yieqnent 
naturellement  ceux  qui  traitent  des  accou- 
chemens,  et  qui  ont  encore  une  couleur  chi- 
rurgicale. Ici  donc  aurait  dû  se  placer  le 
Livre  de  la  génération  ; mais  j'ai  cru  devoir 
le  faire  précéder  du  petit  traité  d’accouche- 
mens  publié  par  Paré  en  1551  à la  suite  de 
la  Brief ue  collection  anatomique,  folio  88  à 96; 
et  je  dois  ici  exposer  mes  motifs. 

Dans  l’excellent  article  consacré  à l’histoire 
de  l’ Obstétrique  ( Diction . de  médecine  en  25 
vol.,  t.  21),  M.  Raige-Delorme  a appelé  l’at- 
tention des  érudits  sur  un  singulier  plagiat 
commis  par  Franco  au  préjudice  de  Paré, 
pour  la  partie  de  son  livre  qui  a trait  aux 
accouchements.  « Les  chapitres  du  livre  de 
Franco  où  il  est  question  de  la  génération  et 
de  l’accouchement,  dit  M.  Raige-Delorme, 
sont  copiés  presque  mot  pour  mot  de  l’o- 
puscule antérieur  de  Paré.  » C’est  là  une 
véritable  découverte  historique,  puisqu’elle 
fait  remonter  à Paré,  et  probablement  plus 
haut  encore,  la  méthode  delà  version  par  les 
pieds  que  l’on  avait  généralement  attribuée 
à Franco.  Il  y avait  donc  quelque  intérêt  à 
mettre  les  lecteurs  à même  de  vérifier  le 
fait:  mais  le  Livre  de  la  génération  est  telle- 
ment différent  deLn  Maniéré  de  exlraireles 
enfans,  qu’il  devenait  indispensable  de  re- 
produire ce  dernier  opuscule  pour  mettre  le 
plagiat  dans  tout  son  jour  ; et  cette  réimpres- 


uans  hors  le  ventre  t}e  la  qiere. 

1 Et  pour  venir  à Eœuure  fault  en- 
tendre qu’il  y a deux  maniérés  d’en- 
fantement, l’vne  naturelle,  et  l’autre 
contre  nature,  plus  ou  moins. 

La  naturelle  est  quand  les  enfans 

sion  aura  d’autant  plus  de  prix  que , ainsi 
que  je  l’ai  dit  dans  mon  Introduction,  je 
n’ai  pu  découvrir  que  deux  exemplaires  de 
la  Bricfue  collection  anatomique. 

J’ai  suivi  celle  fois  d’autres  principes  que 
ceux  qui  me  dirigent  pour  le  texte  général 
de  Paré;  et  j’ai  voulu  donner  le  petit  traité 
en  question  avec  sa  forme  originale,  respec- 
tant l’orthographe,  la  ponctuation,  et  jus- 
qu’aux fautes  d’impression,  qui  d’ailleurs 
ne  seraient  pas  toujours  faciles  à distinguer 
des  simples  licences  d’orthographe.  J’ai  ré- 
tabli dans  les  notes  la  plupart  des  mots  al- 
térés dans  le  texte  ; le  lecteurdoit  néanmoins 
se  tenir  pour  averti,  et  ne  pas  trop  s’effrayer 
s’il  rencontre  des  virgules  pour  des  points, 
des  points  pour  des  virgules,  des  alinéas 
coupantles  phrases  par  le  milieu;  les  apos- 
trophes manquant  là  où  il  en  serait  besoin, 
se  rencontrant  là  où  elles  n’ont  que  faire; 
et  enfin  de  temps  à autre  une  grande  pé- 
nurie d’accents. 

A part  les  notes  destinées  à l’explication 
du  texte,  je  n’en  ai  voulu  ajouter  d’autres 
que  pour  indiquer  le  parallélisme  du  texte 
de  Paré  et  de  la  copie  de  Franco.  Les  remar- 
ques touchant  les  doctrines  trouveront 
mieux  leur  place  dans  le  Livre  de  la  géné- 
ration. 

• Ici  commence  le  chapitre  80  de  Franco 
avec  ce  titre  . De  diuerses  maniérés  d'en  fan*- 


MANIERE  D EXTRAIRE  LES  ENFANS 


6a4 

viennent  à terme,  qui  est  au  neu- 
fiesme  mois  ou  enuiron,  et  sortent  la 
teste  la  première.  Et  celle  qui  appro- 
che plus  du  naturel,  est  quand  ilz 
vienent  apres  ou  peu  auant  la  fin 
du  neufiesme  mois,  et  sortent  les 
pieds  premiers.  Toutefois  on  voit  au- 
cunes femmes,  qui  accouchent  au 
septiesme  mois  dont  les  enfans  vi- 
uent.  mais  quand  il  aduient  sur  le 
huitiesme,  leur  vie  est  briefue  ou 
nulle.  Ce  que  l’experience  monstre 
journellement.  Toutes  les  autres  ma- 
niérés denfantement , sont  contre 

ter,  Avant  ce  chapitre  ilena  plusieursautres 
qui  traitent  déjà  des  accouchemens , par 
exemple  : 

« Chap.  LXXY.  Des  vaisseaux  spermatiques 
des  femmes. 

» Chap.  LXXVI.  De  la  matrice. 

« Chap.  LXXVII.  Des  moyens  que  Dieu  a 
ordonné  en  nature,  quand  la  femme  a conceu. 

» Chap.  LXXVIII.  De  l'assiette  et  position 
de  l’enfant  dans  la  matrice. 

» Ciiap.  LXXIX.  S’il  y a deux  enfans  au 
ventre,  l’un  vif,  et  l’autre  mort,  et  tous  deux  se 
présentent  à l’yssue,  comme  il  convient  se  por- 
ter. » 

Il  semblerait  donc  que  M.  Raige-Delorme 
est  allé  un  peu  trop  loin  , en  donnant  les 
chapitres  de  Franco  sur  l’accouchement, 
sans  exceplion,  comme  empruntés  à Paré. 
Mais  enpoursuivantcetexamen.on  reconnaît 
que  le  ch.  75  de  Franco  est  à très  peu  près 
copié  d’un  article  antérieur  de  la  Briefue  col 
lection, fol.  22,  ayant  pourtitre.Oes  vaisseaulx 
spermatiques  et  parties  génitales  de  la  femme  ; 
le  76e  de  l’article  suivant,  fol.  22,  v., 
intitulé:  De  la  matrice;  le  77e  de  la  fin  du 
même  article;  j’en  donnerai  une  analyse 
et  des  extraits  à l’occasion  des  chapitres  6, 
7,  8 et  9 du  livre  De  la  génération.  On  voit 
donc  qu’il  ne  reste  à Franco  que  les  chapi- 
tres 78  et  79;  à partir  de  son  80e  chapitre, 
il  copie  sans  en  rien  omettre,  en  modifiant 
seulement  un  peu  le  style,  l’opuscule  que 
nous  reproduisons;  et  nous  ne  trouverons 
plus  à lui  attribuer  en  propre  que  deux  ad- 
ditions qui  seront  indiquées  plus  tard. 


nature  plus  ou  moins,  selon  la  diuer- 
site  des  figures  : Car  aucuns  vienent 
en  double , cest  assçauoir  le  ventre 
premier,  ou  le  dos  : les  autres  les 
bras  premiers.  Les  autres  les  piedz. 
Aucunefois  vn  bras  ou  vn  pied  pre- 
mier, et  aucunesfois  aussi  les  mains 
et  piedz  ensemble.  Et  lorsque  l’en- 
fantement vient  hors  le  terme  par 
nature  destiné,  ne  viuent  point.  Et 
tel  enfantement  est  appellé  abortif, 
ouaduortement  '.  Les  causes  duquel, 
sont  plusieurs,  comme  grands  flux  de 
ventre,  strangurie,  ou  ardeur  d’v- 
rine,  auec  grandes  espraincles,  gran- 
des, loues  2,  vomissemens  violens,ou 
trop  grand  trauail  et  agitation , 
comme  danser,  basler,  et  saulter. 

Aussi  cheutes  et  coups , spéciale- 
ment faietz  contre  le  ventre  de  la 
mere,ou  forte  compression  faictepar 
les  bustes,  ou  autres  choses,  lesquel- 
les compriment  le  ventre. 

Et  à cause  de  ce,  ledict  enfant  ne 
peult  prendre  croissance  naturelle. 
Parquoy  est  contrainct  sortir  deuant 
le  terme  deu. 

Doncq’  par  telz  efforcemens  les- 
dictes  meres  aborlent,  au  moyen  de 
la  Lésion  qu’on  faict  à lenfant.  Et 
poureeque  aussi  les  veines  cotilidoi- 
nes  3,  fibres , et  liaison  du  chorium, 
ou  arrierefais  se  relaxent  et  rompent 
par  telz  effors  ou  compression.  En 
outre  le  trop  iusner,  aucunesfois  est 
aussi  cause  défaire  aduorler.Etpour 
pareille  cause  celles  qui  ont  grand 
flux  de  sang,  par  le  nez,  ou  des  mens- 
trues , spécialement  apres  le  troi- 
ziesme  ou  quatriesme  mois  de  leur 
grosesse,  le  plus  souuant  aduortent. 

'.Ici  finit  le  chap.  80  de.  Franco,  et  com- 
mence le  81e  avec  ce  titre:  Les  causes  d'a- 
uortement. 

’ Grandes  toux. 

5 Lisez  : les  veines,  cotylédons,  etc. 


HORS  LE  VENTRE  DE  LA  MERE. 


Mais  si  lenfant  est  encores  petit , 
comme  d’vn  moys  ou  deux,  le  dan- 
gier  n’est  si  grand  : à cause  qu’en  tel 
temps  n’a  besoing  de  grande  nourri- 
ture. 

Outre  plus,  si  la  femme  grosse  est 
longuement  malade,  sera  cause  le 
faire  aduorler,  pourceque  le  sang  se 
consomme. 

Parquoy  ledict  enfant  est  con- 
trainct  à sortir,  par  deffault  d’ali- 
mentz  qui  ne  luy  sont  enuoyes  en  suffi- 
sante quantité,  ou  qualité  mauuaise. 

Dauantage  peult  auortement  venir, 
par  glotonie1.  Car  par  icelle  ledict 
enfant  est  suffoqué,  et  son  aliment 
corrumpu,  à cause  que  le  trop  boire 
et  manger  faict  que  la  digestion  est 
mal  faicte,  et  par  conséquent  la 
masse  du  sang  se  corrompt , dont 
l’enfant  doibl  estre  alimenté  et 
nourry. 

Et  encores  de  rechef  abortement 
ce  peult  faire  par  lusage  des  bains 
et  estuues,  à cause  qu’ilz  molifient, 
lubrifient,  et  relaxent  les  cotilidoi- 
nes,  fibres,  et  liaison  duchorion,et 
par  conséquent  toutes  les  autres  par- 
ties du  corps. 

Et  ausi  que  par  la  chaleur  des- 
dictz  bains  la  chaleur  interne  de  tout 
le  corps  est  bien  fort  augmentée,  et 
l’enfant  sentant  icelle  chaleur  es- 
trange,  ne  la  peult  tollerer  ne  souf- 
frir, dont  faict  ses  effors  à sorlir  hors 
delà  matrice  : dabondant  peult  venir 
ledict  auortement  par  trop  grand 
ioye  ou  ire,  pour  la  mutation  qui  se 
faict  trop  subite,  Or  voila  les  causes 
qui  font  les  femmes  aduorter  2. 

Les  signes  de  brief  enfanter  aux 

1 Gloutonnerie.  Franco  met  : le  trop  boire 
et  manger. 

• Là  finit  le  81'  chapitre  de  Franco.  Le  82' 
suit  le  texte,  avec  ce  litre  : Les  signes  de 
brief  enfanter. 

II. 


6a5 

femmes,  sont  qu’elles  sentent  doleurs 
au  dessoubz  lombilic,el  aux  haines1, 
et  est  la  douleur  communiquée  aux 
vertebres  des  lombes  et  l’os  pubis, 
spécialement  alors  que  les  ligamens 
desdictz  os  se  relaxent,  dépriment,  et 
séparent,  tant  à l’os  pubis,  que  à l’os 
sacrum. 

Aussi  les  cuisses  et  toutes  leurs 
parties  coitionales  2 , ou  génitales,  se 
tumifient  et  leur  font  mal.  Et  outre 
leur  suruient  tremblement  vniuersel 
tel  qu’il  se  faict  au  commencement 
des  accès  des  fiebures.  En  outre  leur 
face  rougy,  et  leurs  menstrues,  aquo- 
sités3 et  excremens  coulent. 

Si  lelz  signes  se  monstrent,  soys 
asseurez  que  la  femme  en  brief  en- 
fantera. Pourueu  que  la  vertu  de  na- 
ture soit  suffisante. 

Parquoy  si  nature  et  vertu  expul- 
siue,  ne  faict  son  debuoir,  luy  fault 
aider  tant  que  possible  sera  par  les 
remedes  cy  apres  déclarez. 

El  note  aussi  qu’on  doibt  bien  eui- 
ter  de  mettre  la  femme  aux  peines 
de  trauuail,  deuant  que  les  signes  sus- 
diclz  precedent  : Car  deuant  iceulx 
le  trauuail  est  faict  en  vain.  Et  en  sont 
les  femmes  plus  molestées  et  débiles, 
quand  ce  vient  au  trauail,  à cause 
qu  elles  n’ont  tant  de  force  et  vertu, 
lorsque  l’expulsion  de  l’enfantement 
se  doibt  faire. 

Et  quand  au  prognostic  fault  en- 
tendre, que  les  femmes  fort  maigres 
et  seiches  sont  dangereuses  à aduor- 
ter, parcequ’elle  conuertissent  l’a- 
liment qu’elle  preignent  en  nourris- 

1 si nx  aines. 

1 Coitionales,  qui  servent  au  coït.  Franco 
dit  : toutes  leurs  parties  obscènes. 

3 Les  aquosités  semblent  ici  signifier  l’é- 
coulement du  mucus  vaginal  qui  précède  ce 
travail  ; plus  loin  ce  mot  sera  employé  pour 


4o 


626 


LA.  MANIERE  D EXTRAIRE  LES  ENFANS 


6ement  et  restitution  de  leurs  propres 
corps,  sans  en  enuoyer  portion  sur- 
lisante à leur  enfant. 

Parquoy  ne  peuuent  demourer  en 
la  matrice,  mais  sont  conlrainctz  sor- 
tir hors,  auant  le  terme  par  faulte  de 
nourrissement. 

En  outre  les  femmes  endurent  plus 
grand  doleur  en  aduortant,  que  alors 
qu’elles  accouchent  à terme,  et  ainssi 
sont  en  plus  grand  péril  d’accident 
mauuais.  Pource  que  ce  qui  se  faict 
contre  nature  est  plus  brief1  et  mau- 
uais, que  ce  qui  se  faict  naturelle- 
ment. 

L'enfantement  est  fort  difficille,  et 
souuentefois  impossible  quand  la 
mere  est  dehile  et  foible,  à cause  que 
la  vertu  expulsiue  ne  peult  faire  son 
debuoir  à ieter  et  mettre  hors  ledict 
enfant.  Cest  chose  perileuse  quand 
l’enfant  ne  sort  subit,  apres  que  les 
aquositez  sont  vacuees.  Pourceque 
ïesdictes  aquositez  sont  constituées 
pour  supporter  l’enfant,  et  lubrifier, 
amolir,  relaxer,  et  rendre  les  voyes 
glissantes  ou  coulantes2.  Et  quand 
elles  sont  vacuées,  ledict  enfant  de- 
meure à sec , à donc  la  matrice  se 
reserre,  et  se  comprime  en  soy.  Par- 
quoy ledict  enfant  ne  peult  ou  bien 
à grande  peine  sortir  hors 3. 

Si  les  mammelles  de  la  femme 
grosse  sont  dures  et  pleines,  puis  su- 
bit diminuent,  et  se  rident,  ou  fleuris- 
sent, telle  chose  signifie,  et  demons- 
tre  que  la  femme  aduortera.  Si  la 
femme  porte  deux  enfants,  et  1 vne 

1 II  faut  sans  doute  lire,  plus  yrief,  plus 
grave , autrement  la  phrase  n’aurait  pas  de 
sens.  Je  dois  dire  cependant  que  Franco  a 
traduit  la  faute  d’impression:  ce  qui  se  fait 
contre  nature  est  plus  subite!  dangereux,  etc. 

’ Hijppocrutes.  — A.  P. 

3 Myppocrates.  — A.  P.  — Franco  a omis 

ces  citations. 


de  ses  mammelles  se  fleitrisse  et  di- 
minuée, cest  signe  que  l’enfant  qui 
est  de  ce  costé  est  en  dangier.  L’en- 
fantement sera  difficile,  lorsqu’il  y 
aura  deux  enfants  gemeaulx.  Aussi 
sera  il  si  ledict  enfant  est  monstrueux, 
comme  ayant  vn  corps  auec  deux 
testes  et  quatre  iambes , ou  dautre 
maniéré  contre  nature.  Ce  qu’on  a 
veu  naguieres  à deux  en  cesle  ville 
de  Paris,  dont  maistre  Thierry  de 
Hery  en  garde  vn  pour  spéculation 
et  mémoire  K 

LES  SIGNES  POVE. 

congnoislrc  si  l’enfant  est  mort , ou 

viuant  dans  le  ventre  de  la  mere 2. 

On  peult  sçauoir  si  ledict  enfant 
est  viuant  ou  mort  dans  le  ventre  de 
la  mere  par  les  signes  qui  s’ensuy- 
uent. 

Et  premièrement  fault  sçauoir  si 
l’enfant  ne  se  remue  plus.  Ce  qu’on 
sçaura  tant  par  l’interrogation  de  la 
mere,  que  en  posant  la  main  sur  son 
ventre.  Et  aussi  peult  on  auoir  cop- 
ieclure,  quant  les  eaues  auroyent 
esté  de  longtemps  vacuées  hors  la 
matrice.  Dauantage  la  mere  sent 
plus  grande  pesanteur  de  son  enfant, 
qu’elle  n’auoit  de  coustumé  3.  Et  la 
raison  de  ce  est  que  l’esprit  ny  est 
plus,  et  qui  n’est  régir  par  les  facul- 
tés naturelles 4.  Et  outre  plus,  quand 

’ Ici  finit  le  chapitre  82  de  Franco.  Je  no- 
terai toutefois  qu’il  ne  cite  point  Thierry  de 
Iléry  ; et  il  se  contente  dire  : ainsi  qui  est 

aduenu  souuent. 

s Ce  titre  est  copié  exactement  de  l’opus- 
cule de  Paré;  c’est  le  même  titre  que  Franco 
a donné  à son  83e  chapitre. 

5 De  coustumé.  Franco  dit  : qu’elle  n'a  ac- 
couslumé. 

Sens  fort  obscur,  si  on  s’attachait  à la 
lettre.  Franco  a fort  bien  traduit  : Ce  nous 


HOKS  LE  YEüfTBE 

ladicte  mere  se  tourne  ça  ou  la,  l’en* 
fant  tumbe  sur  la  partie  decliue 
comme  vne  masse , ou  pierre.  Aussi 
ladicte  mere  est  fort  vexée  et  tormen- 
tée  de  griefues  doleurs  vers  son  om* 
bile  et  parties  génitales , et  à vou- 
loir 1 de  vriner  et  asseller  2,  mais  le 
plus  souuent  en  vain.  Aussi  que  en 
posant  la  main  sur  ledict  vmbilic  et 
parties  génitales,  on  les  sent  aucune- 
ment refroidies,  ioinct  que  ladicte 
mere  sent  aussi  froideur  dans  sa  ma- 
trice. Et  telle  cliosc  se  faict  pour  lex- 
tinction  et  abolition  de  la  chaleur  vi- 
tale dudict  enfant.  Dauantage  il  sort 
certaines  humidités  et  autres  excre- 
mens  fort  fœtides  Isprs  la  matrice.  Et 
l’alaine  3 de  ladicte  mere  est  aussi 
bien  fort  fœtido  et  puante.  Ce  qui  se 
faict  volontiers  au  deuxiesme  ou  troi- 
ziesme  iour  apres,  que  l’enfant  est 
mort.  Et  tombe  spuuant  ladicte  mere 
en  syncopes  ou  euanoissemens. 

I elle  chose  se  faict  des  vapeurs  ou 
fumées  putréfiées  et  corrompues,  qui 
se  eslieuent 4 de  l’enfant  mort. 

El  sont  communiquées  au  cœur  et 
au  cerueau.  Et  note  que  l’enfant  mort 
estant  en  la  matrice  se  corrompt  plus 
en  demy  iour,  qu’il  ne  feroit  en  deux, 
ou  plus  s’il  estoit  hors  de  ladicte  ma- 
trice. 

Aussi  peult  on  coniecturer  par  la 
coleur  de  la  mere  muée  et  changée 
du  naturel,  cest  qu’elle  tend  à Piui- 
dité6,  noirceur,  ou  plombeuse. 

Au  moyen  de  quoi,  est  ladicte 
femme  hideuse  à voir  et  regarder. 

eu  signifiance  de  la  mort  de  son  fruit  qui  est  ainsi 
pesant  à cause  qu'il  es(  destitué  de  tout  esprit, 
cl  n’est  regy  par  les  facilitez  naturelles. 

1 Lisez  : et  a vouloir. 

’ Asseller,  aller  à la  selle. 

•’  L’haleine. 

' Qui  s’élèvent. 

5 Lividité. 


PE  LA  MEKE.  {Jay 

Et  de  tous  ces  signes,  quand  plu- 
sieurs se  treuuent  en  vne  personne 
et  vn  mesme  temps,  pourras  iuger 
certainement  que  l’enfant  est  mort, 
et  au  contraire  non,  Et  note  que  tou- 
tes ces  choses  cogneues  et  considé- 
rées on  doibl  faire  diligence  de  aider 
à la  mere , le  plutost  qu’il  sera  pos- 
sible. toutefois  cognoistras  se  on 
peult  besongner  sans  dangier  do  la 
mort,  qui  se  fera  en  considérant  les 
forces  et  vertus  de  la  femme,  en  ta- 
tant  son  poulx  : sçauoir  s’il  est  de- 
bile,  ou  grandement  changé  contre 
le  naturel.  Aussi  sçauoir,  si  les  cinq 
sens  de  nature  extérieurs  et  inte- 
rieus  font  bien  leur  aclion  : comme 
si  elle  parle,  gouste,  odore,  oyt,  voit, 
et  entent,  ratiocine,  et  memoue 
bien1.  Et  se  tourne  et  meut  sans 
grand  difficulté. 

En  oultre  fault  contempler  la  face, 
comme  Hippocrates  nous  enseigne, 
en  ses  présagés  2 : C’est  assçauoir,  si 
elle  est  grandement  changée  du  na- 
turel, comme  si  elle  est  noire,  l’i- 
uide  3,  ou  plombeuse.  Le  nez  et  les 
narines  aigues,  et  extenuees. 

Les  yeulx  concaues,  Les  temples 
descharnes,etla  peau  du  fronc  dure, 
seiche,  et  tendue,  et  les  oreilles  froides 
et  retirées,  ou  quasi  renuersées.  Et 
en  somme  qu’elle  est  hideuse  à re- 
garder. 

En  outre,  si  elle  a les  piedz  et  mains 
froides,  et  sueur  froide,  et  qu’elle 
tumbe  souuent  en  sincope  ou  eua  - 
noissement.  Et  si  telz  signes  appa- 
roissent,  demonstrent  présagé  et  pro- 
gnostic  la  mort  estre  prochaine, 
Parquoy  la  fault  laisser  à nature,  et 
recommander  à dieu. 

1 Sans  doute  : etmemorebien,  et  a conrené 
la  mémoire. 

2 Hyppocrates . — A.  P. 

5 Livide. 


LA  MANIERE  ü’eXTRAIRE  LES  ENFANTS 


6a8 

Mais  au  contraire,  si  elle  est  forte, 
et  les  cinq  sens  bons , auecq’  bonne 
ratiocination  et  bonté  des  autres  ac- 
tions tant  naturelle  que  vitale,  luy 
fault  aider  en  diligence  à expeller 
l’enfant,  tant  par  potions,  bains,  su- 
fumigations,  fomentations  faictesde 
choses  fetides  par  le  nez , et  cho- 
ses aromatiques  iucudes  1 et  délec- 
tables par  les  parties  coitionales  2, 
sternutatoires  , vomitoires  , et  l’ini- 
mens  à appliquer,  tant  par  dehors, 
que  par  dedans  la  vulue.  Lesquelles 
chose  n’est  besoing  escripre  en  parti- 
culier. Ce  que  nous  enseigne  Hippo- 
crates en  sa  protestation,  mais  de  ce 
on  pourra  auoir  recours  au  docte 
medicin,  ou  chyrurgien.  Et  si  telles 
choses  ne  profitent,  fault  besongner 
par  œuure  manuelle,  et  instrumcntz 
propres  en  la  maniéré  qui  sensuyt 3 *. 

Premièrement,  rectifiras  l'air  de  la 
chambre,  sçauoir  est,  s’il  est  froid, 
leschaufferas,  et  s’il  est  trop  chault, 
le  refroidiras. 

Cela  faict,  fault  situer  la  mere  en 
la  posant  au  borg  du  lict  et  la  cou- 
cher à l’enuers , ayant  les  fesses  au- 
cunement eleuées  sur  quelque  quar- 
rcau,  ou  autre  chose  semblable.  Et 
qu’elle  soit  renuersée,  toutefois  en 
figure  moyenne.Cestassçauoir  qu’elle 
ne  soit  du  tout  couchée  ny  leuée,  à 
fin  qu’elle  p <sse  auoir  son  inspira- 
tion, et  expiration  libéré.  Aussi  luy 
fault  courber  les  iambes  vers  les  fes- 
ses, et  les  lier  auec  vne  grande  et 
large  bande  de  toille,  laquelle  pose- 
ras premièrement  par  sus  le  col,  et 

1 Lisez  iucundes , agréables.  Franco  dit  : 

de  bonne  senteur. 

“ Génitales,  servant  au  coït. 

Ici  finit  le  83*  chapitre  de  Franco,  et 

commence  le  84*  avec  ce  titre  : Pour  l’ex- 
traction de  l'enfant. 


au  trauers  des  espaules  de  ladicte 
femme  en  maniéré  de  croix  sainct 
André.  X 

Puis  de  rechef  croiseras  ladicte 
bande  à chascun  pied,  et  la  tourne- 
ras autour  de  la  iambe  et  cuisses,  en 
la  rapportant  encores  par  sus  le  col, 
et  la  nouer  et  attacher  si  ferme,  que 
ladicte  patiente  ne  se  puisse  mou- 
uoir,  ça  ou  la. 

Et  feras  en  sorte  qu’elle  ayt  les  ta- 
lons appuyez  contre  le  bois  du  lict. 
Et  la  feras  tenir  par  soubs  les  escel- 
les  et  cuisses  par  bons  ministres,  tel- 
lement qu’elle  ne  pourra  en  tirant 
l’enfant,  estre  attirée.  Cela  faict  fault 
prendre  vn  drap  chault  en  double, 
elle  poser  sur  les  cuisses  de  ladicte 
patiente.  Puis  fault  oindre  toutes  ces 
parties  génitales  auecq’  choses  vn- 
tueuses  1 et  oléagineuses,  à fin  de 
rendre  les  parties  plus  lubricques , 
glissantes  et  colantes.  pour  plus  fa- 
cilement extraire  l’enfant.  Aussi  te 
fault  oindre  ta  main,  ayant  les  vngles 
rognés , et  qu’il  n’y  ayt  aucuns 
aneaulx  aux  doigtz  pour  crainte 
qu’ils  ne  fissent  lésion  aux  parties. 
Puis  posetas  2 ta  main  doulcement 
sans  aucune  violence  dans  la  ma- 
trice,ce  faisant  congnoistrasen  quelle 
situation  et  figure  sera  l’enfant.  Et 
posé  qu’il  lust  tourner  selon  nature, 
ayant  la  teste  au  coronement  pour 
deument  l’extraire  part  art5,  fault 
doulcement  le  reposer  contre  mont 
et  chercher  les  piedz,  et  les  tirer  au 
coronement.  Ce  faisant  tourneras  fa 
cilement  l’enfant. 

' Et  alors  que  auras  attire  les  piedz 
au’  coronement,  t’en  fault  tirer  l’vn 
hors,  ?t  le  lier  au  dessus  du  talon  en 

1 Onctueuses. 

3 Poseras. 

3 Par  art. 


HORS  LE  VENTRE  DE  LA  MERE. 


manière  de  lacq  colant,  auec  lien  mé- 
diocrement long, don  t les  femmes  lient 
leurs  clieueulx  , ou  autre  semblable. 

Puis  remettras  ledict  pied  dans  la- 
dicte  matrice. Ce  faict  chercheras  l’au- 
tre pied,  et  layant  trouué  le  tireras 
hors,  et  alors  tireras  le  lien,  auquel 
l’autre  pied  est  attaché. 

Et  quand  lu  auras  ainsi  attiré  les 
piedz  horz  la  matrice,  les  tireras 
ioinctz  egalement , tant  d’vn  costé 
que  d’autre,  peu  à peu,  et  sans  vio- 
lence, tant  que  possible  te  sera. 

Et  pendant  ce  faict,  fault  compri- 
mer médiocrement,  et  presser  le  ven- 
tre de  la  mere  audessus  de  lumbilic, 
et  commander  à la  mere  , qu’elle 
tienne  son  balaine  par  interuale,  en 
clouant  le  nez  et  la  bouche.  El 
qu’elle  se  epreignent  tant  que  pos 
sible  lui  fera  *.  En  outre  on  luy  doibt 
souffler  dedans  les  naseaulx  pouldre 
sternutaloire , à fin  de  stimuler  la 
vertu  expulsiue  à ieler  hors  l’enfant. 
Et  ne  fauldra  oblier  à lors  qu’elle 
eslernura  tirer  ledict  enfant , non  à 
vn  coup,  mais  peu  à peu,  iusques  à 
ce  qu’il  soit  du  tout  tiré  hors.  Or  s’il 
aduenoit,  ce  que  se  faict  plusieurs 
fois,  que  l'enfant  eust  les  mains  ou 
bras  au  coronement,  ou  hors  les  par- 
ties génitales,  iamais  on  ne  doibt 
tendre,  ny  essayer  à l’extraction  par 
iceulx,  veu  qu’il  viendroit  la  teste 
ployée  auecques  les  épaulés. 

Ce  faisant  on  seroit  cause  de  faire 
grande  lésion  à la  mere,  et  par  con- 
séquent de  la  mort  de  l’enfant  s’il 
auoit  vie. 

I’ay  esté  appellé  quelquefois2à  ex- 

‘ Et  qu’elle  s’efforce  tant  qu’elle  pourra. 

’ M.  Raige  Delorme  {art.  cité)  a déjà  re- 
marqué que  ces  mots  : l'uxj  esté  appelé  quel- 
quefois,] sont  de  Paré,  et  ont  été  copiés  par 
Franco  avec  une  liberté  qui  serait  aujour- 


629 

traire  hors  le  corps  de  la  mere  l’en- 
fant mort,  que  les  obstetrices  ma- 
trones, soy  disans  sages  femmes, 
s’estoient  efforcées  le  vouloir  tirer 
par  l’vn  des  bras,  auroyent  esté* 
cause  de  faire  gangrenés  2 et  morti- 
fier ledict  bras,  et  par  conséquent  de 
faire  mourir  l’enfant,  en  sorte  qu’on 
ne  pouuoit  remettre  le  bras  dans  la 
matrice,  pour  la  grande  tumeur, 
tant  des  parties  génitales  de  la  mere, 
que  du  bras  de  l’enfant,  doncq’  de 
nécessité  le  failloit  couperet  séparer, 
et  du  tout  l’amputer. 

Or  le  moyen  de  ce  faire,  cest  le 
couper,  auec  rasouer 3 le  plus  près  de 
l’cspaule  qu’il  est  possible , toutefois 
en  obseruant  que  parauant  l’incision 
que  l’on  lire  la  partie  charneuse  en 
haull , puis  coupper  l’os  auec  tenail- 
les incisiues  propres  à ce  faire,  à fin 
que  la  chair  couure  l’extremilé  de 
l’os,  de  paour  qu'il  ne  fist  lésion  à la 
matrice,  et  aux  autres  parties  géni- 
tales. Puis  ce  faict,  fault  chercher,  les 
piedz  dudict  enfant  et  l’extraire  hors, 
comme  auons  parcy  deuant  déclaré, 
s’il  est  possible.  Et  à où  4 ledict  enfant 
mort , seroit  si  gros  natullement 5 , 
ou  par  accident  tuméfié  par  putré- 
faction , en  sorte  qu’il  ne  peust  nul- 
lement passer,  alors,  premier  que 

d’hui  de  l’impudence,  et  qui  n’était  guère 
alors  qu’une  négligence  du  copiste.  Nous 
avons  noté  plusieurs  négligences  dece  genre 
au  Livre  delà  verolle,  où  Paré  a fait  de  si 
larges  emprunts  à Thierry  de  Héry. 

Du  reste,  Franco  a modifié  la  rédaction 
du  reste  delà  phrase,  et  entre  autres  choses 
il  a effacé  ce  trait  malin  : les  obstetrices  ma- 
trones soy  disans  sages  femmes. 

1 Sans  doute  auoyenl  esté. 

2 Sans  doute  gangrener. 

5 Avec  le  rasoir. 

4 Sans  doute  et  là  ou. 

4 Naturellement. 


LA  MANIERE  D’EXTRAIRE  LÉS  ÈNFANS 


63o 

laisser  mourir  la  mere  fauldroil  par 
tous  moyens  diminuer  la  grosseur 
dudict  enfant.  C’est  assçâuoir  eu  luy 
perçeant  le  ventre,  à fin  de  donner 
issiies  aux  ventosités. 

Dottcq’  le  ventre  abattu  et  dimi- 
nué, plus  facilement  on  mettra  ledict 
ëüfaüt  hors. 

et  aussi  si  la  teste  estoit  si  grosse, 
que’lle  ne  peust  passer,  la  fauldroit 
inciser,  et  extraire  le  crâne  et  le  cer- 
üeau  auec  inslrumens  propres,  que 
déclarerons  et  figurerons,  aidant 
Dieu,  ennostre  pratique  *. 

Les  omise  qui  font  demeurer  larriere 
fais  2. 

Et  s'il  aduenoit  que  le  corion  ou 
arrierefais  demeurast  dans  la  ma- 
trice apres  l’enfantement,  qui  se  faict 
pour  plusieurs  causes  : comme  par 
l’imbecillite  de  la  vertu  delà  femme. 

A cause  qu’elle  est,  ou  à esté  agi- 
tée et  trauaillée  de  doleurs  très 
grandes,  pendant  le  trauail  de  son 
enfantement,  et  que  la  matrice  et  le 
col  d’icelle,  et  autres  parties  génita- 
les, se  sont  si  fort  tuméfiées  et  en- 
flées, par  les  longues  labeurs  et  do- 
leurs. Au  moyen  de  quoy  lyssue  se 
clos  et  ferme , en  sorte  que  ledict 
clxorium  ne  peult  estre  expelle  ne 
iecte  hors.  Dauantage,  peult  demou- 
rer,  a cause  qü’il  est  entortillé  ou 
reployé,  dans  ladicte  matrice,  ou 
pource  qu’il  est  demouré  a sec,  a 
cause  que  les  eaues  ont  esté  vacuéeS 

* Ici  finit  le  S4*  chapitre  de  Franco j il 
n’a  pas  copié  la  promesse  de  donner  des 
figures;  et  il  s’est  contenté  de  dire  : auec 
instruments  conuenables  à tel  effuit, 

* Ce  titre  était  en  marge  , comme  une 
simple  note;  je  me  suis  écarté  ici  de  l’origi- 
nal, en  lui  donnant  une  place  qui  m’a  paru 
plus  rationnelle.  Du  reste,  c’est  le  même  titre 
que  Franco  a donné  à son  85e  chapitre. 


plustost  qu’il  n’estoit  besoing,  par- 
quoy les  voyes  ne  sont  lubriques, 
glissantes,  ou  coulantes , ou  a raison 
aussi  que  ledict  arriéré  fais  est  enco- 
res  adhérant  Hé  et  attaché  contre  la 
matrice,  par  la  traduction  et  lésion 
des  veines,  et  artefes  nommées  par 
cy  deuant  cotilidoües,  oü  acetablcS. 
Ce  qui  se  faict  voluntiers  aux  femmes 
qui  aduortent  ou  n’accouchent  a 
terme.  Car  tout  ainsi  que  voyons  les 
fruielz  des  arbres,  lesquelz  ne  sont 
encores  en  parfaicte  maturité , plus 
dificilement  tumbent  que  ceülX  qui 
sont  du  tout  meurs.  Car  adonc  qü’ilz 
sont  en  parfaicte  maturité,  tumbeüt 
d’eulx  mesmes.  Aussi  se  séparent  et 
dépriment  ledict  chorion  contre  la 
matrice  quand  lenfant  est  à son 
terme.  Et  la  ou  il  ne  sé  separeroit  de 
soy  mesme,  et  demeurast  dans  la 
matrice,  seroit  cause  qu’il  suruien- 
droit  plusieurs  accidens  a la  mere  : 
comme  suffocation  de  matrice  ne 
pouUant  inspirer  ne  expirer  son  air, 
esprit,  ou  halaine,  au  moyen  de  la 
putréfaction  qui  sé  faict  eh  peu  de 
temps  dans  ledict  chorium,  comme 
auons  déclaré  de  lenfant  mort  de- 
dans le  ventre  de  la  mere.  Pource 
qu’il  se  elieuent  vapeurs  ou  fumées 
putréfiées  et  corrumpues,  qui  mon- 
tent au  cœur  et  au  cerueau,  parquoy 
ladicte  mere  tumbe  souuent  en  sin- 
cope  ou  euanoissement  : Dont  soü- 
uent  est  suffoquée  et  rend  l’esprit. 
Parquoy  fault  suruenir  à telz  perilz 
le  mieulx  qu’il  sera  possible,  pat  les 
choses  predictes  en  general  a l'ex- 
pulsion de  l’enfant.  Èt  la  oïl  telles 
choses  ne  profiteroient,  fauldroit  opé- 
rer et  besongner  de  la  main,  en  si- 
tuant la  femme,  comme  qui  voul- 
dfont  ‘ tirer  l’enfaiit,  et  poulsant  la 

1 Lisez  comme  qûivtiuldroit.  Franco  a mis, 
comme  si  on  vouloir. 


HORS  LE  VENTRE  DE  LA.  MERE. 


main , doulcement  dedans  la  ma- 
trice. Et  suiure  l’umbilic , que  les 
matrones  appellent  petit  boyau , et 
prendre  ledict  chorium,  et  le  tirer 
hors,  et  entier  s’il  est  possible.  Et  la 
ou  il  seroit  encores  adhérant  et  at- 
taché par  la  traduction  desdictes 
veines  et  arteres  contre  la  matrice,  le 
fauldroit  déprimer  et  séparer  sans 
violence,  auec  les  doigtz  nécessaire- 
ment, et  à l’extraire  hors  pour  ob- 
uicr  et  euiter  les  accidentz  predictz. 
Puis  ce  faicl,  fault  suruenir  aux  ac- 
cidens  de  la  mere,  comme  emorrha- 
gies  ou  (lux  de  sang,  débilitation  de 
vertus  et  autres  plusieurs  accidens, 
que  ie  délaissé  pour  le  présent,  a 
cause  de  brieueté  *.  Or  s’il  aduenoit 
que  la  femme  grosse  d’enfant  fust  en 
agonie,  ou  aux  traietz  de  la  mort,  qui 
se  peull  cognoislre  par  les  signes  cy 
deuant  déclarés,  fault  que  le  chyrur- 
gien  se  tienne  près  et  appareillé  pour 
l’ouurir  subit,  apres  le  dernier  soupit 
de  la  mor  2,  a lin  de  sauuer  lenfant 
s'il  est  possible.  Et  ne  fault  auoir 
confidence  à la  balongner3,  et  tenir 
sa  bouche  et  parties  génitales  ouuer- 

1 Ici  finit  le  85e  chapitre  de  Franco;  mais 
avant  de  reprendre  le  texte  de  Paré , il  a 
un  chapitre  tout  entier  qui  est  à lui,  et  qui 
est  intitulé  : d’une  autre  façon,  et  plus  legere, 
auec  le  spéculum  mairicis.  Nous  reviendrons 
sur  ce  chapitre  dans  nos  notes  sur  le  Livre 
de  la  génération. 

Du  reste,  immédiatement  après,  Franco 
revient  à l’auteur  qu’il  copie,  dans  son  87e 
chapitre,  intitulé:  La  maniéré  de  tirer  l'en- 
fant quand  la  mere  esl  aux  traits  de  la  mort. 

* Evidemment  il  faut  lire  : apres  le  dernier 
soupir  de  la  mere  : Franco  cependant  s’en 
est  tenu  à la  faute  d’impression,  et  il  a tra- 
duit : Ayant  fait  le  dernier  souspir  de  la  mort. 

a Pour  bâillonner.  Franco  traduit  : Sans 
s’amuser  à ce  qu’aucuns  en  ont  dit,  assauoir 
qu’il  luy  fault  mettre  des  baillons  en  la 
bouche. 


63 1 

tes,  pour  donnerait-  à l’enfant,  estant 
en  la  matrice,  et  encores  inuolue  1 
dedans  les  membranes.  Vcu  que  le- 
dict enfant  estant  au  ventre  de  sa 
mere,  na  son  air  que  par  les  mouue- 
mens  de  l’artere  umbilicale.  Et  la 
mere  decedée,  ses  poulmons  n’ont 
plus  leur  action,  qui  estoit  «attirer 
l’air  extérieur  par  la  bouche,  et  con- 
duit de  la  trachée  artere  ausditz 
poulmons,  et  des  poulinons  au  cœur 
par  l’artere  venale,  et  du  cœur  par 
la  grand  artere,  et  d’elle  aux  arteres 
de  la  matrice  et  colilidoines,  qui  sont 
au  chorium,  par  les  acetables,  et  des 
acetables  a Pvmbilic  de  lenfant , par 
lartere  vmbilicale,  et  d’elle  à la  bi- 
furcation de  la  grand  artere,  près  de 
l’os  sacrum,  et  d’icelle  au  cœur,  et  de 
la  a toutes  les  parties  de  lenfant.  Et 
la  mere  estant  decedée,  tous  lesmou- 
uemens  d’elle  cessent, dontne  pourra 
ledict  enfant  recepuoir,  ny  attirer 
nullement  l’air  par  l’ouuerture  de  la 
bouche  et  parties  génitales  de  la 
mere  decedée,  et  par  conséquent  le 
mouuement  naturel  dudict  enfant 
cessera  en  brief,  que  la  femme  aura 
rendu  l’esprit.  Parquoy  sitost  quelle 
sera  expirée,  et  iecte  le  dernier  sou- 
pir, la  fault  ouurir  en  diligence,  et 
ne  se  fier  aucunement  a l’ouuerture 
des  parties  génitales,  ny  de  la  bou- 
che, comme  a esté  dit.  Et  quant  a 
l’ouuerture  de  la  femme  grosse  de- 
cedëe,  elle  doibt  estre  commancée 
près  la  cartilage  nommée  par  cy  de- 
uant Ziphoides  ou  pomum  granatum, 
en  leuant  le  cuir  et  muscle  de  l’ab- 
domen, ou  ventre  inferieur  auec  le 
péritoine  en  figure  d’escusson , en 
euitant  bien  de  faire  apertion  des 
intestins.  Puis  ce  faict,  inciseras  a 

1 Franco  traduit  : encore  couuert  et  enue~ 
loppé  de  ses  membranes.  ■ 


63a 


LA  MANIERE  D EXTRAIRE  LES  ENFANS  , ETC. 


matrice  *,  la  leuant  en  hault  auec 
arainées2ou  pesitz  crochetz  propres 
a ce,  de  paour  qu’en  faiant  linci- 
sion  3 on  ne  touche  du  rasouer  a l’en- 
fant que  trouueras  naigeant  en  cer- 
taines aquosités,  comme  auons  par 
cy  deuant  déclaré , et  souuent  le 
nombril  entourné  au  col  ou  au  bras. 
Lequel  enfant  le  plus  souuent  subit 
apres  1 ouuerture  faicle  ne  se  meut, 
pous  l’oppresion , débilitation , et 
faulte  des  espritz  et  vertus , qui 
n’aura  receues,  à cause  du  deces  de 
la  mere.  Parquoy  de  prime  face  sem- 
blera aux  assistans  qu’il  naura  nulle 
vie, ce  que  véritablement  cognoistras 
en  touchant  et  tatant  l’vmbilic  dudict 
enfant,  lequel  sentiras  poulser  et 
battre  l’artere  vmbilicale,  s’il  a vie. 
Aussi  que  bien  tost  apres,  qu’il  aura 
sentu  l’air  ambiant,  se  mouuera  tout, 
ou  aucun  de  ses  membrer 

Or  si  lu  cognoist,  que  les  vertus  et 
forces  dudict  enfant  soyent  debiles, 
te  fault  bien  euiter  de  lier,  trancher, 
et  séparer  l’vmbilior  dauec  larriere 
fais,  a cause  queledict  enfant  peult 
attirer  et  recepuoir  chaleur,  et  quel- 
que reste  d’esprit  contenuz  encores 

1 Faute  d’impression  : la  matrice. 

’ Erignes.  Franco  a passé  ce  mot.  Pour  les 
suivants,  il  faut  évidemment  lire  : ou  petits 
crochets. 

3 Faute  d’impression  : en  faisant  l’incision. 

* Faute  d’impression  : de  ses  membres. 


audict  arriéré  fais.  Parquoy  ne  sépa- 
reras ledict  arriéré  fais  dauec  l’vm- 
bilic,  mais  le  poseras  sur  le  ventre 
de  lenfant , et  le  laisseras  quelque 
temps  iusques  a ce  que  la  chaleur 
soit  exhalée.  Car  par  ce  moyen  seras 
cause  d’augmenter  les  vertus  dudict 
enfant,  et  par  conséquent  alonger 
sa  vie1.  Mais  la  ou  ledict  enfant  se- 
roil  fort,  pourras  lier  subit  ledict  vm- 
bilic  a trois  doigtz  ou  enuiron  près 
le  ventre.  El  apres  auoir  serré  le  pre- 
mier nœud,  te  fault  retourner  en 
faire  deux  autres  de  l’autre  costé  du 
premier  nœud  en  le  serrant  plus  fort 
que  le  premier.  Et  layant  ainsi  lié 
auec  lien  propre  et  fort,  te  fault 
couper  ledict  nombril,  et  de  la  reste 
laisse  l’enfant  a Dieu  et  aux  fem- 
mes 2. 


Fin  est  la  mort  et  principe  de  vie. 


1 Franco  ajoute  ici  : si  Dieu  seveult  ayder 

de  tel  moyen. 

' Franco  dit  simplement;  en  recommandant 

le  tout  à Dieu. 

Là  ne  s’arrête  pas  son  chapitre.  II  décrit 
encore  sous  ce  titre  : autre  procedure,  une 
autre  manière  de  faire  pour  éviter  de  léser 
l’enfant,  laquelle  paraît  lui  appartenir.  Nous 
y reviendrons  à l’occasion  du  Livre  de  la 
génération  ; et  nous  aurons  aussi  à mention- 
ner les  sept  chapitres  qui  suivent  et  qui  ont 
rapport  aux  maladies  de  l’utérus. 


LEVRE 


LE  DIX-HVITIÉME 

TRAITANT 

DE  LA  GENERATION  DE  L’HOMME, 

RECVEILLI  DES  ANCIENS  ET  MODERNES1. 


PREFACE. 

Dieu  le  créateur  de  toutes  choses, 
au  commencement  du  monde,  par 

1 Nous  voici  hors  de  la  chirurgie  propre- 
ment dite;  et  les  deux  livres  qui  vont 
suivre  sont  spécialemeut  destinés  à la 
science  et  à l’art  des  accouchements.  Tous 
deux  avaient  paru  ensemble  pour  la  pre- 
mière fois  en  1573,  in-8°,  sous  ce  titre  : 
Deux  liures  de  chirurgie  ; et  ils  furent  repro- 
duits en  1575  dans  la  première  édition  des 
œuvres  complètes.  Une  partie  de  celui-ci 
aurait  pu  être  copiée  sur  un  opuscule  imprimé 
par  Paré  vingt-deux  ans  auparavant,  et  que 
nous  avons  reproduit  dans  les  pages  précé- 
dentes ; on  verra  cependant  que  Paré  a 
préféré  partout  une  rédaction  nouvelle. 
Lui-même  a écrit  en  tête  de  ce  livre,  dès 
1573,  ce  modeste  aveu  répété  dans  toutes  ses 
éd.tions  : recueilli  des  anciens  et  modernes  ; 
et  nous  essaierons  de  rechercher  les  sour- 
ces où  il  a puisé,  toutes  les  fois  qu’il  ne 
les  indiquera  pas  lui-même.  Je  dois  dire 
toutefois  par  avance  que  pour  ces  deux  livres 
surtout,  il  me  paraît  avoir  eu  besoin  de  re- 
courir, sinon  à une  rédaction  étrangère,  du 
moins  à des  recherches  préliminaires  faites 
par  des  hommes  plus  érudits  qu’il  ne  pou- 
vait l’être,  attendu  les  nombreuses  citations 
d’ouvrages  qui  n’avaient  point  été  alors,  et 
dont  quelques  uns  même  ne  sont  pas  encore 
aujourd'hui  traduits  en  français. 


un  conseil  indicible  et  prudence  in- 
estimable, a créé  non  seulement  en 
l’espece  humaine,  mais  aussi  en  tou- 
tes autres  especes  d’animaux,  deux 
sexes  : l’vn  masle,  l’autre  femelle  1 : 
lesquels  par  certains  allechemens  de 
volupté  se  conioindroient  ensemble 
pour  la  génération  de  leur  sembla- 
ble, à cause  de  la  condition  ineuita- 
ble  de  mort  à tous  indiuidus  ani- 
maux, quela  volonté  diuineleur  auoit 
ordonnée.  En  ceste  conjonction  vo- 
luptueuse, l’homme  et  la  femme, 
principalement  au  sacré  mariage , 
iettent  leurs  semences , lesquelles 
iointes  l’vne  auec  l’autre  sont  re- 
ceuës  et  conseruées  en  la  matrice  de 
la  femme. 

Or  la  semence  est  vn  humeur  es- 
cumeux,  plein  d’esprit  viuifiant,  qui 
la  fait  bouillonner  et  accroistre  en 
la  matrice  : et  sont  lesdites  semences 
la  matière  et  forme  naturelle  de  l’en- 
fant, fait  du  sang  le  plus  pur  de  la 

• Galien  au  14'  livre  de  l’vsage  des  parties. 
— A.  P. 

Celte  citation  est  de  1579;  dans  l’édition 
de  1573,  Paré  citait  en  marge  en  cet  endroit: 
Maistre  Nicolle  du  Uault  pas,  en  son  liure  de 
la  formation  de  l’enfant.  Celle-ci  a été  effacée 
dès  1579. 


634  EE  DIX-HVITIEME  LIVRE, 


masse  sanguinaire.  La  virile  estant 
iettée  en  la  matrice,  se  fait  principe 
et  cause  effectiue  de  la  génération  de 
l’aniinal.  Icelle  semence  doit  estre 
blanche,  splendide  et  claire,  gluti- 
neuse,  globulente,  et  d’odeur  de  su- 
reau , ou  de  palme , et  appetée  des 
mousches,  descendante  au  fond  de 
l’eau  :car  si  elle  nage  dessus,  elle 
sera  inféconde. 

Or  la  plus  grande  partie  d’icelle 
vient  du  cerueau  : mais  le  total  pro- 
cédé de  tout  le  corps  vniuersel , et 
de  chacune  partie,  tant  solide  que 
molle.  Car  c’est  chose  manifeste  que 
si  elle  ne  venoit  de  tout  le  corps,  les 
parties  de  l’enfant  n’en  pourroient 
estre  faites,  parce  qu’il  faut  que  tou- 
tes les  parties  soient  faites  de  leur 
semblable.  Et  cecy  est  prouué  par  la 
similitude  ou  semblance  des  enfans 
aux  pere  et  mere,  et  par  l’imbécillité 
de  certains  membres  : car  si  le  pere 
ou  mere  ont  le  cerueau,  ou  foye, 
poulmon,  estomach,  ou  autre  partie 
debile,  l’enfant  le  plus  souuent  tient 
deceste  débilité,  et  mesme  est  suiet  à 
certaines  maladies  héréditaires,  tant 
du  corps  que  de  l’esprit  ».  Or  il  faut 
icy  entendre,  que  lors  que  les  an- 
ciens ont  dit  la  semence  venir  de  tou- 
tes les  parties  du  corps, ilnelefauten- 
teudre  de  la  matière,  car  elle  est 
tirée  de  la  masse  sanguinaire  : mais 
auec  icelle  l’esprit  animal,  vital  et 
naturel,  et  les  idées  de  la  vertu  for- 
matrice d’vne  chacune  des  parties 
sont  tirées  de  tout  le  corps  en  gene- 
ral , et  parties  d’iceluy.  Et  qu’il  ne 
soit  ainsi,  nous  voyons  ceux  ausquels 
on  a coupé  vn  bras  ou  vne  iambe,  ou 
autres  parties,  auoir  toulesfois  des 
enfans  bien  formés. 

1 Ces  mots,  tant  du  corps  que  de  l'esprit, 

manquent  dans  l’édition  de  1573,  et  ont  été 

ajoutés  en  1575. 


Or  la  semence  attize  et  allume  le 
désir  d’habiler,  et  cause  vn  plaisir 
délectable,  et  principalement  à l’é- 
mission d’icelle 1 : de  crainte  que 
l'homme  , de  soy  braue  et  fier,  ne 
desdaignast  vn  acte  tel  que  semble 
l’accouplement  charnel , et  par  ce 
moyen  ne  se  souciast  de  perpétuer 
son  nom  à la  postérité  par  lignée  pro- 
créée de  son  corps2,  et  de  peur  que 
la  semence  ne  fust  iettée  en  autre  lieu 
qu’en  la  matrice.  Et  à fin  que  la  gé- 
nération fust  faite,  les  masles  ayans 
compagnie  de  la  femelle  , les  parties 
génitales  de  l’vn  et  de  l’autre  s'esten- 
dent  de  toutes  parts  : aux  masles  la 
verge,  pour  ietter  droit  la  semence 
en  la  capacité  de  la  matrice  : et  aux 
femelles  le  col  d’icelle , qui  pour  la 
receuoir  s’ouure  et  eslargit,  et  se 
tient  droit  pour  aussi  vuider  sa  se- 
mence , qui  est  enuoyée  par  les 
vaisseaux  spermatiques  aux  testicu- 
les, tant  de  l’homme  que  de  la 
femme3  : lesquels  vaisseaux  font  plu- 
sieurs retours  et  reuolutions  et  replis 
comme  capreolesde  vignes,  à ün  que 
dans  ces  entortilleures  et  anfractuo- 
sités , le  sang  et  esprit  enuoyés  aux 
testicules  soient  cuits  et  digérés  par  si 
long  chemin , et  partant  élaborés  et 
blanchisen  substance  séminale4  : etse 
terminent  ces  dernieres  entortilleures 
aux  testicules,  qui  sont  de  substance 
rare,  laxe  et  spongieuse,  receuanscest 
humeur  qui  ja  a commencé  d’estre 
cuit  aux  vaisseaux,  et  l’acheuent 

1 Galien  de  vsu  part.  liu.  14.  chap.  2.  — 
A.  P.  — Citations  de  1579. 

a Ce  membre  de  phrase  , de  peur  que 
l'homme,  etc.,  a été  ajouté  en  1575. 

3 Galien  ibidem  chap.  10.  — A.  P.  — Celte 
citation  est  de  1579;  en  1573  il  renvoyait  au 
chapitre  9. 

* Gai.  chap.  3,  de  usu  port.  — A.  P.  — 
Citation  de  1579. 


DE  LA  GEWERATIOK. 


de  cuire  de  plus  grande  perfection , 
luy  donnant  les  qualités,  forme  et 
essence  requise  pour  la  génération  de 
Tanimal.  Or  la  semence  est  rendue 
blanche  par  la  faculté  des  testicules 
qui  sont  blancs. 

Le  masle  iette  la  semence  hors  de 
son  corps  : et  la  femelle  dedans  le 
sien  , par  les  vaisseaux  spermatiques 
qui  sont  implantés  dans  la  capacité 
interne  de  sa  matrice. 


CHAPITRE  I. 

POVRQVOY  LES  PARTIES  GENERATIVES 

SONT  ACCOMPAGNÉES  D’VN  GRAND 

PLAISIR 

L’vsage  des  parties  generatiues  est 
accompagnée  d’vn  très  grand  plaisir, 
et  aux  animaux  qui  sont  en  la  fleur 
de  leur  aage,  certaine  rage  et  cupi- 
dité furieuse  procédé  dudit  vsage  : 
ce  que  Nature  a ordonné , à fin  que 
l’espece  demeure  à iamais  incorrup- 
tible et  eternelle  , par  la  multiplica- 
tion de  ses  indiuidus  : et  partant  Na- 
ture a voulu  que  les  animaux  fussent 
aiguillonnés  d’vne  ardeur  et  enuie 
extreme  de  se  coupler  ensemble,  et 
qu’à  ce  désir  fust  coniointe  vne 
grande  et  chatouilleuse  volupté,  à 
fiü  , de  tant  qu’ils  n’ont  point  de  rai- 
son, ils  fussent  neantmoins  par  l’ai- 
guillon du  plaisir  incités  à se  mettre 
en  deuoir  pour  conseruer  et  mainte- 
nir leur  genre  et  espece-  Pline  2 dit 
que  tons  les  animaux  ont  certains 
temps  limités  de  charger  et  porter 
leurs  petits  : toutesl'ois  l’homme  seul 

1 Gai.  au  liu.  14.  de  vsu  part.  chap.  9.  — 
A.  P.  — Cette  citation  existe  déjà  en  1573. 

2 Liu.  7.  ch.  5.  — A.  P.  — Citation  de 
1573. 


635 

n’a  aucun  temps  ny  terme  prefix  ou 
defini,  mais  vient  au  monde  en  tout 
temps.  Outre  que  Nature  a donné  aux 
parties  génitales  vn  grand  sentiment 
plus  aigu  et  vif  qu’à  nulle  autre  par- 
tie , par  le  moyen  des  nerfs  qui  y sont 
dispersés  : partant  nul  ne  se  doit  es- 
merueiller  pourqitoy  à leur  action 
elles  sentent  plus  grande  délectation 
et  plaisir. 

Or  d’abondant  il  y a vne  certaine 
humeur  sereuse  semblable  à la  se- 
mence , mais  plus  liquide  et  subtile , 
contenue  dedans  les  prostates,  qui 
sont  deux  glandules  situées  au  com- 
mencement du  col  de  la  vessie,  et  aux 
femmes  au  fond  de  la  matrice  par  les 
vaisseaux  spermatiques.  Icelle  hu- 
meur a vnepetite  acrimonie  piquante 
et  aiguillonnante , auec  vn  petit  pru- 
rit et  démangeaison , qui  irrite  les 
parties  à faire  leur  action , en  don- 
nant volupté  et  plaisir,  parce  qu’elle 
est  accompagnée  de  grande  quantité 
d’esprits  qui  s’eschauffent  et  désirent 
à sortir  hors.  Et  pour  exemple  , 
comme  lors  qu’il  y a en  vne  partie  de 
nostre  corps  quelques  humeurs  aigres 
ou  acres,  accumulées  sous  le  cuir, 
qui  chatouillent  et  démangent , in- 
uitent  à se  gratter,  et  en  se  grattant 
on  a vn  grand  plaisir.  D’auantage  les 
parties  génitales  ont  vn  plus  grand 
sentiment  que  celles  de  la  peau , les- 
quelles estant  aiguillonnées  de  cest 
esprit,  sentent  un  plus  grand  plaisir, 
principalement  à l’heure  du  coït1.  Pa- 
reillementlorsque  ladite  humeur  sort 
auec  la  semence  , on  sent  vn  extreme 
et  incomparable  plaisir  et  volupté 2 : 
et  telle  chose  a été  faite  par  dame 

1 Cette  phrase  est  une  addition  de  1575. 

3 Hip.  liU.de  la  génération.  — Gai.  ibid. 
chap.  1 1.  — A.  P.  — Ces  deux  citations  sont 
de  1579. 


636  LE  DIX  -HVITIÉIUE  LIVRE 


Nature  de  peur  que  la  semence  ne 
fust  iettée  hors  la  matrice,  pour  le 
désir  qu’elle  a à faire  génération. 

D’auantage  ceste  humeur,  oulre 
qu’elle  donne  enuie  de  s’assembler,  et 
s’assemblant  donne  vn  grand  plaisir, 
elle  arrouse  et  moüille  le  canal  de 
l’vrine  contre  l’acrimonie  d’icelle. 
Autrement  qui  considereroit  le  con- 
duit du  champ  de  nature  humaine, 
et  les  immondices  qui  passent  par 
iceluy  , et  ses  deux  voisins  le  boyau 
cullier  et  la  vessie1,  jamais  l’homme 
ne  voudroit  s’accoupler  auec  la 
femme  : de  l’autre  costé  , si  la  femme 
auoit  esgard  au  mal  qu  elle  doit 
auoir  de  porter  l’enfant  neuf  mois  en 
son  ventre , et  l’extreme  douleur 
d’enfanter,  jamais  ne  desireroil  d’a- 
uoir  compagnie  d’homme.  Néant- 
moins  tout  cela , il  y a des  hommes 
qui  vsent  intempesliuement  du  coït , 
pour  l’appetence  excitée  pour  la  mé- 
moire du  plaisir  et  de  la  volupté  : et 
n’estant  detenue  de  la  ratiocination, 
enflamme  et  allume  le  sang  et  les  es- 
prits, lesquels  eschauffez  excitent 
ce  plaisir  lubrique,  tellement  que 
plusieurs  en  vsent  sans  reigle  et  im- 
modérément : bien  souuent  au  lieu  de 
semence  ietlent  vn  humeur  demy- 
cuit  et  sanguinolent,  voire  le  sang 
tout  pur,  dont  la  mort  s’ensuit  : car 
la  concupiscence  et  l’appetit  desor- 
donné sont  si  grands,  que  bien  sou- 
uent ils  contraignent  Nature  de  sor- 
tir hors  de  ses  bornes  et  limites  2. 

Or  il  aduient  quelquefois  difficulté 
d’vriner  pour  auoir  trop  usé  du  coït3, 

‘ L’édition  de  1573  disait  seulement  ses 
deux  voisins;  les  noms  de  ces  deux  voisins 
ont  été  ajoutés  en  1575. 

•Cette  grande  phrase,  commençant  par: 
néanmoins  tout  cela,  a été  ajoutée  en  1575. 

* Chose  digne  à noter.  — A.  P.  — 1573. 


pour  la  consomption  de  ceste  hu- 
meur glaireuse  , dont  les  parties  dé- 
diées à l’vrine  ont  esté  trop  dessei- 
chées  : à tels,  pour  les  faire  vriner, 
faut  ietter  de  l’huile  auec  la  syringue 
dedans  la  verge. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
pour  bien  habiter  auec  les  femmes , il 
faut  que  la  verge  de  l’homme  soit 
bien  fermement  tendue  , à fin  que  la 
semence  par  son  canal  soit  iettée  au 
loin  dedans  la  matrice1  : et  estoit 
necessaire  qu'à  l’émission  d’icelle 
ledit  canal  demeurast  fort  droit  et 
fort  large,  à fin  que  promptement  et 
sans  intermission  elle  fust  iettée  au 
profond  de  la  matrice 1 : car  si  elle 
tardoit  en  chemin  , elle  se  refroidi- 
roit,  et  par  euaporation  de  ses  esprits 
seroit  rendue  inféconde. 

Or  la  verge  se  dresse  par  le  moyen 
du  sang  et  esprits  flalulens  , et  pour 
ceste  cause  est  composée  d’vne  partie 
nerueuse,  spongieuse  et  caue.  La  ma- 
trice a vue  faculté  propre  d’attirer 
la  semence  du  masle  à elle  par  son 
conduit  ou  emboucheure  : et  par 
deux  autres  conduits  qui  sont  ses  cor- 
nes (Où  sont  les  vaisseaux  spermati- 
ques) est  iettée  la  semence  de  la 
femme  en  la  cauité  de  sa  matrice2, 
lesquelles  cornes  ont  esté  faites  pour 
tirer  la  semence  de  ses  propres  testi- 
cules: lesquels  sont  fort  petits , et 
beaucoup  moindres  que  ceux  des 
hommes  : à ceste  cause  ne  sont  si 
chauds  ne  vigoureux,  et  ainsi  leur 

1 Galien  liu.  15.  de  vsu  part.  chap.  1 et  3. 
— A.  P.  — 1579. 

• L’édition  de  1573  dit  : elle  fust  iettee  en 
lamairice,  et  la  phrase  finit  là.  Le  reste  a été 
ajouté  en  1575,  mais  le  texte  primitif  était 
toujours  resté  le  même  ; et  ce  n’est  que  daus 
la  première  édition  posthume  qu’on  lit , au 
profond  de  lu  matrice. 


DE  LA  GENERATION. 


semence  est  plus  froide  et  humide 
que  celle  de  l’homme , et  parlant 
meslée  auec  celle  de  l’homme  , se 
tempere.  Aussi  l’orifice  de  la  matrice 
s’ouure  à l’émission  de  sa  semence  , 
pareillement  à On  que  celle  de  l’hom- 
me entre  en  sacauilé:et  iamais  la 
conception  ne  se  fait , que  les  deux 
semences  ne  concurrent  ensemble  en 
vn  mesme  instant,  et  que  la  matière 
ne  soit  bien  disposée,  et  que  les  deux 
semences  de  l’vn  et  de  l’autre  ne 
soient  bien  élaborées  par  bonne 
concoction.  Et  s’il  y a plus  grande 
quantité  et  qualité  plus  vigoureuse 
de  semence  de  l’homme,  il  se  fera  vn 
masle  : au  contraire , si  la  semence 
de  la  femme  surmonte  celle  de 
l’homme,  tant  en  quantité  qu’en 
vertu,  il  se  fera  vne  femelle  : car 
comme  vne  grande  lumière  obscurcit 
la  petite,  pareillement  la  vertu  estant 
plus  forte  et  plusgrandedes  semences, 
la  moindre  cesse  : toutefois  et  en 
l'homme  et  en  la  femme  il  y a geni- 
ture,  tant  pour  engendrer  masle  que 
femelle.  Qu’il  soit  vray , il  y a plu- 
sieurs femmes  qui  n’ont  eu  de  leurs 
premiers  maris  que  des  Allés  seule- 
ment : lesquelles  depuis  estans  re- 
mariées à d’autres  maris , n’ont  fait 
que  des  Gis.  El  aussi  mesmes  les  ma- 
ris desquels  les  femmes  ne  faisoient 
que  des  Ailes,  et  estant  remariés  à 
d’autres  femmes,  ont  engendré  des 
masles  : et  autres  qui  ne  faisoient  que 
des  masles,  ont  engendré  des  Ailes 
estans  remariés  à d’autres  femmes.  Et 
pour  le  dire  en  vn  mot , tant  en  la 
femme  qu’en  l’homme,  est  contenue 
semence  masculine  et  féminine. 

Toutesfois  il  faut  entendre,  qu’il 
ne  se  produit  pas  tousiours  en  un 
mesme  homme  vne  semence  pour 
engendrer  vn  01s,  ny  aussi  pour  faire 
vne  fille  : mais  cela  varie  selon  la 


637 

variété  de  l’aage  et  façon  de  viure  : 
ce  qu’on  voit  presque  ordinairement  : 
ainsi  est-il  de  la  femme.  Parquoy  nul 
ne  se  doit  esmerueiller  de  ce  qu’vn 
mesme  homme  auec  vne  mesme 
femme  engendrent,  tantost  vn  enfant 
masle,  et  tantost  vne  femelle. 


CHAPITRE  II. 

DE  QVELLE  QV ALITÉ  EST  LA  SEMENCE 

DONT  EST  ENGENDRÉ  LE  MASLE  ET  LA 

FEMELLE. 

Il  est  certain  que  la  semence  plus 
chaude  et  plus  seiche  engendre  le 
masle,  et  la  plus  froide  et  humide  la 
femelle  *,  car  il  y a beaucoup  moins 
de  vertu  au  froid  qu’au  chaud  : ainsi 
l’humidité  est  de  moindre  efficace 
que  la  siccité  : et  c’est  pourquoy  la 
femelle  est  plus  tard  formée  que  le 
masle.  En  la  semence  gist  la  vertu 
creatiue  et  formatrice  : Exemple,  en 
vne  graine  de  melon , potentiellement 
est  le  tronc,  les  branches,  les  fueil- 
les , les  fieurs , le  fruit , la  forme , la 
couleur,  l’odeur,  la  saueur  et  se- 
mence : ainsi  est-il  de  toutes  autres 
semences.  Ce  qu’on  connoist  aussi  aux 
greffes  entées  sur  sauuageons , rete- 
nans  la  nature  du  fruit  de  l’arbre 
d’où  elles  sont  tirées. 

Semblablement  quand  la  semence 
du  pere  surmonte  celle  de  la  mere, 
lors  l’enfant  ressemble  au  pere  : et 
quand  celle  de  la  femme  surmonte 
celle  de  l’homme,  l’enfant  ressem- 
ble à la  mere.  Toutesfois  on  voit  le 
plus  communément  les  enfans  res- 
sembler plus  au  pere  qu’à  la  mere, 
pour  la  grande  imagination  et  ardeur 

1 Hippocrates,  au  liure  de  la  nature  de 
l'enfant.  — A.  P.  — 1573. 


LE  DIX-H VÎTIEME  LIVRE, 


638 

qu’a  la  niere  en  la  copulation  char- 
nelle : tellement  que  l’enfant  attire  la 
forme  et  couleur  de  ce  que  si  fort  elle 
connoist  et  imagine  en  son  entende- 
ment : comme  il  aduint  de  la  Roync 
d’Ethiopie,  laquelle  en  la  copulation 
de  son  mary, imaginant  vne  couleur 
fort  blanche  , enfanta  vn  fils  blanc. 
Telle  chose  se  peut  encore  prouuer 
par  l’artiBce  de  Iacob  , qui  meit  des 
vergesdediuersescouleursdans  l’eau, 
au  temps  de  la  conionction  de  ses  bre- 
bis : ce  qui  sera  ey  apres  déclaré  plus 
au  long  parlant  des  Monstres.  Il  ad- 
uient  aussi  quelquesfois  ( mais  rare- 
ment) que  l’enfant  ne  ressemble  à 
pere  ny  mere,  mais  à quelques  vns 
de  leurs  parens , comme  à leur  pere 
et  mere  grands  et  ayeuls  : parce  que 
naturellement  la  vertu  des  ayeuls  est 
fichée  et  enracinée  aux  cœurs  de 
ceux  qui  engendrent1.  En  quoy  Na- 
ture ressemble  à vn  peintre , qui 
pourtrait  vne  chose  sur  le  naturel , 
s’efforçant  de  faire  ressembler  les  en- 
fans  aux  parens  le  plus  qu’il  luy  est 
possible. 

Les  enfans  ne  ressemblent  seule- 
ment à leurs  pere  et  mere  de  corsage 
( comme  en  ce  qu’ils  sont  grands  ou 
petits,  gros  ou  déliés , camus  ou  bos- 
sus, boiteux  ou  tortus  ) de  parler  , et 
de  maniéré  de  cheminer  : mais  aussi 
des  maladies  auxquelles  lesdits  pere 
et  mere  sont  sujets,  qu’on  appelle 
héréditaires,  comme  il  se  voit  aux 
lepreux,  goutteux,  epileptiques,  la- 
pidaires, splenetiques,  asthmatiques, 
et  autres  semblables  : parce  que  la 
semence  suit  la  complexionet  tempé- 
rament de  celui  qui  engendre,  en 
sorte  qu’vn  homme  et  vne  femme 

• L’édition  de  (573  ajoutait  : ou  de  la  dis- 
position des  premières  qugliiez,  ou  à l’in  fluxion 
d’aucunes  constellations  celestes.  Gecj  a été 
effacé  dès  1675. 


bien  tempérés  produiront  une  se- 
mence bien  complexionnée  >.  Au  con- 
traire s’ils  sont  intemperés , produi- 
ront vne  semence  mal  compiexion- 
née , et  non  propre  pour  engendrer 
vn  enfant  sain  et  de  bonne  habitude  , 
suiuant  la  sentence  de  Catulle  : Vn 
chacun  îousiours  suit  l’origine  et  se- 
mence de  sa  nature  propre 2.  Parquoy 
celui  qui  sera  goutteux,  lepreux,  ou 
en  autre  disposition  susdite,  s’il  en- 
gendre vn  enfant , à grande  peine 
pourra-il  euader  qu’il  ne  soit  suiet 
aux  maladies  du  pere  et  de  la  mere  : 
ce  que  toutesfois  n’aduient  pas  tous- 
iours , comme  l’experience  le  mons- 
tre , ainsi  que  i’ay  escrit  aux  liures 
des  Gouttes 3.  Car  on  voit  plusieurs 
estre  vexés  des  gouttes  et  d’autres 
maladies,  desquelles  les  pere  et  mere 
n’en  auoient  esté  malades  : et  d'au- 
tres n’en  estre  iamais  affligés,  des- 
quels toutesfois  les  pere  et  mere  en 
estoient  grandement  tourmentés.  La- 
quelle chose  se  fait  par  la  bonté  de 
la  semence  de  la  femme  , et  tempe- 
rature  de  sa  matrice , corrigeant  l’in- 
temperature  de  la  semence  virile, 
tout  ainsi  que  celle  de  l’homme  peut 
corriger  celle  de  la  femme.  De  là 
vient  qu’on  voit  souuent  par  expé- 
rience des  enfans  n’estre  point  gout- 

1 Aristote,  au  liure  de  la  génération  des  ani- 
maux. — Hippocrates,  au  liure  de  l’air,  des 
régions  et  des  eaux.  — A.  P.  — 1573. 

2 Cette  citation  manque  dans  l’édition 
primitive  de  1573  ; on  la  lit  pour  la  première 
fois  en  1576. 

3 Ce  renvoi  au  livre  des  gouttes  est  fort 
remarquable,  en  ce  qu’il  se  trouve  déjà  dans 
l’édition  de  1673.  Il  faut  donc  que  ce  livré 
des  gouttes  ait  paru  avant  cette  époque,  et 
sgos  douLe  dans  les  cinq  Liures  de  chirurgie, 
bien  qu’il  soit  fort  peu  chirurgical.  Voyez 
rpon  Introduction,  § Bibliographie,  t.  i.  pag. 
cccxvi. 


PE  LA  GENERATION. 


toux,  ou  suiets  à autres  maladies  hé- 
réditaires, encorcs  que  leurs  pere  ou 
mere  lussent  suiets  à telles  disposi- 
tions : laquelle  correction  si  elle  de- 
faut à la  semence  du  pere  ou  de  la 
inere , à grand’peine  les  enl'ans  peu- 
uent-ils  eschapper  qu’ils  ne  soient  su- 
iets ausdiles  maladies,  lesquelles  ne 
se  peuuentparfaitementguarir,  quel- 
que grande  diligence  qu’on  puisse 
faire*  1 , parce  qu’elles  ont  pris  leur 
habitude  auec  les  principes  de  la  gé- 
nération de  l’enfant. 

Plutarque  au  liure  intitulé,  Pour- 
quoi! la  Justice  diuine  différé  quelque- 
fois la  punition  des  maléfices  , dit,  que 
Hesiodeconseilleden’engendrerpoint 
enfaus  quand  l’on  a esté  aux  obsè- 
ques et  funérailles  des  trespassés , 
mais  bien  apres  auoir  esté  en  quelque 
magnifique  banquet  et  comédies 
ioyeuses  : car  combien  que  la  semence 
et  geniture  recoiue  non  seulement  la 
bonté  ou  malice  de  sa  matière,  mais 
aussi  elle  transféré  la  ioye,la  tristesse, 
et  semblables  affections  en  la  pro- 
création des  enfans,  les  faisans  gai6 , 
ioyeux  et  gaillards  , ou  melanchoii- 
ques , selon  la  disposition  de  la  se 
mence  et  de  la  vertu  imaginatiue. 


CHAPITRE  III. 

POVEQYOY  LES  FEMELLES  DES  BESTES 
BRYTES,  AEDES  ESTRE  EMPREINTES  , 
NE  DESIRENT  PLVS  DE  s’ACCOVPLEB 
AVX  MASLES2. 

C’est  qu’elles  s’addressent  seule- 
ment à ce  qui  s’offre , et  qui  est  de 
présent  en  leur  chaleur  et  rut,  n’ayant 

1 Le  chapitre  se  termine  ici  dans  l’édition 
de  1573  ; le  reste  de  la  phrase  a été  ajouté 
en  1575,  et  le  dernier  paragraphe  en  1579. 

' Aristote,  problème  7,  section  de  la  cormp - 


639 

aucune  rccordation  du  plaisir  apres 
estre  empreintes  : mesmes  abhorrent 
le  coït  apres  la  conception  : parce 
que  leur  imagination  ne  leur  est 
donnée  de  nature  que  pour  leur  es- 
pece , et  non  pour  volonté  et  délecta- 
tion. Or  les  masles  les  vont  chercher 
lorsqu’elles  sont  en  rut , à cause  qu’il 
s’esleue  de  leur  matrice  vne  certaine 
exhalation  vaporeuse,  qui  s’espapd 
en  l’air,  et  sentant  ceste  odeur  en- 
trent en  amour , qui  fait  qu’ils  dési- 
rent s’accoupler  ensemble.  Ce  con- 
traire est  aux  femmes  : car  elles  dé- 
sirent pour  leur  délectation  , et  non 
seulement  pour  l’espece  : et  aussi 
qu’elles  abondent  en  sang  qui  les  es- 
chauffe,  quand  elles  s’en  recordent, 
et  que  la  vertu  imaginaûue  procé- 
dant du  cerneau , et  la  concupiscible 
ou  désireuse  du  foye  J (qui  est  i’vne 
des  principales  causes  d’habiter)  s’en 
ressentent,  ayans  recordation  de  ce 
plaisir  délicieux  qu’elles  ont  receu 
au  coït.  Et  faut  entendre,  que  la 
vertu  concupiscible  ou  désireuse 
commande  à la  vertu  expulsiue  du 
cœur,  lequel  lors  enuoye  la  chaleur 
aux  parties  génitales  par  les  arteres  , 
et  le  foye  par  les  veines , et  icelle  cha- 
leur accompagnée  d’esprits  vaporeux 
font  enfler  et  tendre  les  parties  géni- 
tales, tant  aux  hommes  qu’aux  fem- 
mes .-  puis  par  le  coït  la  semence  est 
expulsée. 

Les  bestes  saunages  sont  grande- 
ment furieuses  quand  elles  demandent 
les  femelles2  : ainsi  nous  voyons  le 

lion  charnelle.  — A.  P.  — Cette  citation  qui 
suffit  à indiquer  la  source  du  chapitre,  ne 
date  que  de  1579. 

1 L'édition  de  1573  dit  du  cueur,  ce  qui 
constitue  une  doctrine  toute  différente.  La 
correction  : du  foye,  a été  faite  dés  1579. 

’ Aristote  en  ses  problèmes.  — A.  P.  — 
Cette  citation  est  de  1573. 


LE  DIX-HVITIEME  LIVRE 


64o 

cerf  estant  en  rut  bramer  et  crier  apres 
les  biches:  aussi  les  asnes  en  deuien- 
nent  à peu  près  enragés,  par  ce  que 
leur  membre  sort  alors  fort  eschauffé 
d’vn  désir  des  femelles , et  tel  désir  de 
s’accoupler  les  dispose  à telle  ire  et 
fureur  : mais  aussi  apres  l’accointance 
des  femelles,  sont  rendus  doux  et 
paisibles.  Or  comme  i’ay  ditcy  dessus, 
il  y a vne  très  grande  délectation  en  la 
copulation  du  masle  et  delà  femelle, 
par-ce  que  c’est  vn  acte  si  abiect  et 
immonde,  que  s’il  n’esloit  accompa- 
gné d’vn  tel  plaisir  délicieux,  tous 
animaux  naturellement  le  fuiroient 
et  l’auroient  en  horreur,  ce  que  re- 
uiendroit  en  briefue  consommation 
des  especes  : mais  Nature  s’exerçant 
volontiers  en  telle  voluptueuse  titil- 
lation , fait  que  chacune  espece  est 
conseruée,  et  de  plus  en  plus  aug- 
mentée1. 

Les  choses  necessaires  à la  génération. 

f:  Trois  especes  sont  necessaires  à la 
génération  : la  première , l’excremeut 
humide  et  bénin,  qui  vient  la  plus 
grande  part  du  cerueau  : la  seconde, 
ventosités  pleines  d’esprits  vitaux  , 
qui  procèdent  du  cœur,  qui  causent 
distension  et  érection  des  parties  ge 
nitales  : la  troisième,  est  vne  concu- 
piscence et  appétit  naturel  , lequel 
prend  sa  source  du  foye  : de  là  s’es- 
pandparlesparties  génitales.  D’abon 
dant,  faut  que  l’objet  plaise  et  soit 
désiré,  tant  de  la  part  de  l’homme  que 
de  la  femme  : si  l’vne  de  ces  choses 
manque,  les  personnes  sont  impuis- 
santes. 

‘ Le  chapitre  se  terminait  ici  dans  les  édi- 
tions de  1573,  1575  et  1579  ; ce  qui  suit  aété 
ajouté  en  1 585. 


CHAPITRE  IV. 

LA  MANIERE  D’HABITER  ET  FAIRE 
GENERATION  L 

L’homme  estant  couché  auec  sa 
compagne  et  espouse , la  doit  m ignar- 
der , chatoüiller  , caresser  et  esmou- 

1 Ce  chapitre  est  pris  de  Gourdon,  liu.  7, 
chap.  14,  lequel  i’ay  exprimé  le  plus  bon- 
nestement  qu’il  m’a  esté  possible.  — A.  P. — 
Cette  indication  manque  dans  l’édition  de 
1573,  elle  a été  ajoutée  en  1579.  Comme  ce 
chapitre  est  assurément  le  plus  grassement 
écrit  de  tout  le  livre,  pour  me  servir  de  l’ex- 
pression de  Bayle,  on  pourrait  donc  penser 
qu’en  effet  Paré  avait  reçu  quelques  admo- 
nestations à cet  égard,  et  qu’il  cherchaità  se 
mettre  à l’abri  derrière  un  auteur  déjà  tort 
ancien  et  assez  connu.  J’ai  dit  dans  mon 
Introduction  1. 1.  p.  cclxxxiii)  combien  par 
l’anecdote  rapportée  par  Guyon,  Moréri  et 
Bayle  était  vraisemblable;  Ambroise  Paré 
ne  manquait  pas  d'autorités  qui  avaient 
écrit  avec  autant  de  liberté  et  de  complai- 
sance pour  leur  sujet;  et  à part  Goi don 
qu’il  cite,  il  aurait  pu  alléguer  également 
l’exemple  de  Matthieu  de  Gradi  dont  j’ai 
rapporté  (voir  mon  Introduction  p.  xevi) 
un  long  passage  tout— à— fait  comparatde  au 
chapitre  actuel.  Mais  une  dernière  preuve 
que  notre  auteur  ne  crut  jamais  nécessaire 
de  modifier  son  stjle  dans  le  sens  indiqué 
par  Bayle,  se  tire  de  la  comparaison  que 
nous  allons  faire  entre  le  texte  primitif  de 
1573  et  la  rédaction  définitive  de  1579. 

Le  chapitre,  à l’une  et  l’autre  époque,  ne 
se  composait  que  des  deux  premiers  para- 
graphes ; le  second  a subi  peu  de  modifica- 
tions, mais  il  touche  bien  moins  à la  ques- 
tion en  litige  que  le  premier.  Or  voici  en 
quoi  celui-ci  consistait  dans  la  rédaction 
primitive-. 

L’homme  estant  couché  auec  sa  compagne  et 
espouse,  lu  doiOt  miynarder  et  esmouuoir[si 
elle  ne  l’estoit)  la  baisant,  et  parlant  du  ieu 
des  dames  rabattues,  en  luy  maniant  les  telins, 
et  ses  parties  genuatles,  a/jin  qu'elle  prenne 


DE  LA  GENERATION. 

Hoir , s il  trouuoit  qu’elle  fustdure  à 
1 esperon  : et  le  culliueur  n’entrera 
dans  le  champ  de  Nature  humaine  à 
1 eslourdy  , sans  que  premièrement 
n aye  fait  ses  approches,  qui  se  feront 
en  la  baisant,  et  luy  parlant  du  ieu 
desDames  rabattues  : aussi  eu  maniant 
ses  parties  génitales  et  petits  mame- 
lons, à fin  qu’elle  soit  aiguillonnée  et 
titillée,  tant  qu’elle  soit  esprise  des 
désirs  du  masle  (qui  est  lors  que  sa 
matrice  luy  frétillé  ) à fin  qu’elle 
prenne  volonté  et  appétit  d’habiter  et 
faire  vne  petite  créature  de  Dieu,  et 
que  les  deux  semences  se  puissent 
rencontrer  ensemble  : car  aucunes 
femmes  ne  sont  pas  si  promptes  à ce 
ieu  que  les  hommes. 

Et  pour  encore  auancer  la  beson- 
gne , la  femme  fera  vne  fomentation 
d’herbes  chaudes,  cuites  en  bon  vin 
ou  maluoisie,  à ses  parties  génitales, 
et  mettra  pareillement  dedans  le  col 
de  sa  matrice  vn  peu  de  musc  et  ci- 
uette  : et  lors  qu’elle  sentira  estre  ai- 
guillonnée et  esmeuë  , le  dira  à son 
mary:adonc  se  ioindront  ensemble , 
et  accompliront  leur  ieu  doucement , 
attendant  l’vn  l’autre,  faisant  plaisir  à 
son  compagnon.  Quand  les  deux  se- 
mences seront  iettées , l’homme  ne 
doit  promptement  se  desioindre 1 , afin 
que  l’air  n’entre  en  la  matrice  et 


64 1 


volonté  et  apestil  d'abiter,  et  que  les  deux  se- 
mences se  puissent  rencontrer  ensemble,  car 
aucunes  femmes  ne  sont  pus  si  promptes  à ce 
ieu  que  les  hommes.  » 

C’est  déjà  une  première  esquisse  assez 
chaudement  burinée,  si  l’on  veut;  mais  ce 
n’est  qu'une  esquisse,  que  l’on  retrouve  re- 
touchée, corrigée  et  conduite  à perfection 
dans  le  texte  actuel.  Pour  l’explication  du  ieu 
des  dames  rabuttues,  expression  que  Paré  a 
consenée  avec  soin,  il  faut  renvoyer  au 
glossaire  de  Rabelais. 

' Edition  de  1573  et  de  1575  : de  desioin- 
dre et  descendre. 

II. 


n’altere  les  semences , et  qu’elles  se 
mixtionnent  mieux  l’vne  auec  i’au- 
tre  : et  subit  que  l’homme  sera  des- 
cendu , la  femme  se  doit  tenir  coy,  et 
croiser  et  joindre  les  cuisseset  iambes, 
les  tenant  doucement  rehaussées , de 
peur  que  par  le  mouuement  et  situa- 
tion decliue  de  l’amarry,  la  semence 
ne  s’escoule  hors1  : pour  lesquelles 
mesmes  raisons  il  ne  faut  qu’elle  ne 
pat  le,  ne  tousse,  ny  esternue  : et 
qu’elle  dorme  promptement  apres  s’il 
luy  est  possible2. 

Ainsi  Dieu  donna  à l’homme  la 
femme  pour  son  aide  et  compagnie, 
et  rn‘t  à l’vn  et  à l’autre  vne 
vertu  d’amour  et  vn  désir  d’en- 
gendrer lignée , ayant  préparé  en  eux 
vn  humeur  et  esprit  inllatil , auec 
instrumens  conuenables  à tel  vsage. 
EL  à celle  fin  que  l’vn  ne  desdaignat 
l’attouchement  de  l’autre,  il  adiousta 
en  eux  certains  allechemens  et  façons 
de  faire  attractiues , auec  vn  appétit 
et  mutuel  embrassement,  afin  que 
quand  ils  conuiendroient,  il  leur  ad- 
uint  de  receuoir  vn  souef  et  délicieux 
plaisir.  Car  de  vray , si  cela  n’estoit 
int  us  de  nature  en  tou  tes  especes  d’ani- 
maux, de  pouruoir  à la  postérité  , et 
attendre  à génération  : véritablement 
tout  le  genre  humain  periroit  et  vien- 
droit  à néant , et  ne  pourroit  longue- 
ment subsister.  Puis  donc  que  telle 
affection  est  si  forte  et  difficile  à 
dompter , Dieu  a permis  à ceux  qui 
ne  peuuent  modérer  leurs  conuoitises, 
et  qui  sont  despourueus  du  don  de 

Ce  membre  de  phrase,  les  tenant  douce- 
ment rehaussées,  etc.,  manque  dans  l’édi- 
tion de  1573,  où  on  lit  seulement  : Et  croi- 
ser et  ioindre  les  cuisses  et  iambes,  et  qu’elle 
ne  parle,  ne  tousse,  etc. 

’ Le  chapitre  se  terminait  ici  dans  les 
trois  éditions  de  1573,  1575  et  1570;  le  pa- 
ragraphe qui  suit  est  de  1585. 

4* 


642 

continence,  le  lict  de  mariage  : à fin 
qu’ils  puissent  se  contenir  dedans  les 
bornes  d’iceluy , et  ne  se  point  conta- 
miner par  vue  paillardise  çà  et  là  va- 
gabonde. 


CHAPITRE  V. 

LES  SIGNES  QVE  LA  FEMME  AVRA  CON- 
CEV,  ET  EST  GROSSE  D’ENFANT. 

Les  signes  par  lesquels  la  femme 
sera  asseurée  d’auoir  conceu  , sont  : 
premièrement , si  elle  a eu  autresfois 
enfans , elle  prendra  garde  quand  la 
semence  ne  luy  sera  point  sortie  de 
sa  matrice  apres  la  copulation  : car  si 
elle  est  retenue,  elle  sera  asseurée 
d’auoir  conceu  : pareillement  elle 
sent , lors  que  les  semences  sont  ioin- 
tes  , vn  petit  frisson  et  horripilation , 
ou  herissonnement  en  tout  le  corps  : 
et  telle  chose  se  fait  à cause  que  la 
matrice  se  comprime , et  son  orifice 
se  clost  pour  retenir  les  semences  : 
ainsi  que  par  fois  nous  sentons  à la 
fin  qu’  auons  pissé  , qui  se  fait  par  la 
contraction  de  la  vessie , à cause  de 
l’air  qui  subit  s’introduit  pour  rem- 
plir aucunement  ce  qui  est  vuide  *. 
Aussy  si  elle  a senti  quelque  petite 
douleur  autour  du  nombril  et  petit 
ventre  : si  elle  est  fort  endormie2,  et 
si  la  compagnie  de  l’homme  ne  luy 
plaist  comme  auparauant  : si  sa  face 
est  descoulourée , entre  blanche  et 
pâlie,  c’est  signe  de  conception.  Au- 
cunes quelque  temps  apres  la  con- 
ception ont  des  tauelures3  en  la  face, 
les  yeux  enfoncés , et  le  blanc  d’iceux 

1 Ce  membre  de  phrase  : Ainsi  que  par- 
fois nous  sentons,  elc.,  a été  ajouté  en  1579. 

’ Ces  mots,  si  elle  est  fort  endormie,  sont 
une  addition  de  1575. 

* Des  tauelures  ; le  latin  traduit  vari,  des 
taches. 


LIVRE, 

liuide  : autres  ont  douleur  de  teste 
auecvn  vertigo,  leur  semblant  que 
tout  tourne  dessous  dessus1,  pour  la 
conturbation  des  esprits  animaux  cau- 
sée des  vapeurs  qui  s’esleuent  au  chef 
du  sang  menstruel  retenu  : et  le 
terme  de  ses  fleurs  reuenu , au  lieu  de 
les  auoir,  ses  tétons  s’endurcissent  et 
luy  cuisent  : à raison  du  sang  qui  les 
distend  et  amplifie.  Adonc  peut  estre 
asseurée  d’estre  grosse  d’enfant  : ioint 
que  sur  les  trois  mois  ou  quatre  , le 
mouuement  de  l’enfant  les  rend  cer- 
taines et  asseurées  : et  lors  que  l’en 
faut  est  ja  parfait , et  commence  à se 
mouuoir , le  lait  sort  des  mammclles. 
Autres  sont  rechjgnées2 , melancho- 
liqueset  dcsplaisantesà  elles mesmes, 
tant  pour-ce  que  les  esprits  sont  obs- 
curcis de  vapeurs  suscitées  de  bas  en 
haut,  que  pour  le  fardeau  non  ac- 
coustumé,  dont  tout  le  corps  est  ap- 
pesanti. Aucunes  ont  mal  de  dents, 
défaillance  de  cœur,  appétit  depraué, 
auec  nausée3,  dit  des  anciens  Pica, 
faisant  qu’elles  desdaignent  les  bon- 
nes viandes,  et  quelquesl'ois  appelent 
choses  contre  nature  , comme  char- 
bons , terre , cendres  , vieux  barons 
pourris  , fruits  verts  et  aspres  , poi- 
uro  et  autres  espiceries  , boire  vinai- 
gre , et  autres  semblables,  le  tout  se- 
lon la  qualité  et  saueur  des  humeurs 

1 La  phrase  se  terminait  ici  en  1573,  et 
l’auteur  reprenait  immédiatement  : Elles 
sont  reckignees , etc.  En  1575  il  ajouta: 
pour  la  conturbation  des  esprits  animaux  cau- 
sés des  vapeurs  qui  s’esleuent  au  chef  du  sang 
menstruel  retenu;  et  le  reste  du  paragraphe 
fut  enfin  ajouté  en  1585. 

’ L’édition  de  1573  dit  seulement,  elles 
sont  rechignees,  et  ajoute  immédiatement 
après  : Aucunes  ont  mal  de  dents , etc.  Le 
reste  de  la  phrase  a été  ajouté  en  1575. 

3 La  phrase  s’arrêtait  ici  en  1573,  et  tout  le 
reste  du  paragraphe  est  uncaddition  de  1575. 


LE  DTX-HVITI^ME 


DE  LA  GENERATION. 


qui  regorgent  de  l’amarry  au  ventri- 
cule. Or  quelquesfois  tel  appétit  de- 
praué  dure  iusques  à ce  que  la  femme 
ayeenfanté:  etaussisouuent  cesselors 
que  l’enfant  est  plus  grand,  qui  con- 
somme tout  le  superflu  tant  bon  que 
mauuais.  Les  femmes  vefues  et  filles, 
et  autres  qui  ne  sont  grosses,  sont 
remédiées  en  leur  prouoquant  leurs 
mois  ( car  cessant  la  cause  cesse  l’ef- 
fet) lesquels  en  vain  on  combat  et 
tasche  à guarir  pendant  que  leur 
cause  est  entretenue:  mais  aux  fem- 
mes grosses  on  ne  le  doit  faire , de 
peur  de  les  faire  auorter , acte  inhu- 
main et  damnable.  Autres  ont  tel  mal 
le  plus  souuent  trois  mois  apres,  et  se 
rengrege  lors  que  les  cheueux  vien- 
nent à l’enfant , et  principalement 
quand  c’est  vue  fiile. 

D’auantage,  communément  au  se- 
cond mois  il  suruient  rétention  des 
fleurs  : d’autant  que  l’enfant  agran- 
dit , aussi  plus  attire-il  de  sang  pour 
sa  nourriture  que  de  coustumo:  es- 
tant  employé  en  trois  parties,  de  la 
première  desquelles  plus  pure  , 1 en- 
tant s’en  nourrit.  La  seconde,  qui 
est  moins  pure,  est  enuoyée  aux 
mamelles  de  la  femme  à faire  le  laict 
pour  la  nourriture  de  l’enfant 
quand  il  sera  né.  La  troisième , qui 
est  la  moins  pure  que  les  deux  autres, 
demeure  en  la  matrice,  faisant  ce 
qu’on  appelle  le  giste  ou  arriere-faix 
seruant  de  lict  et  coussin,  attendu  que 
dedans  iceluy  l’enfant  nage , et  y est 
supporté,  puis  ietté  deuant  et  apres 
l’enfantement. 

Autres  sentent  leur  vrine  plus 
chaude  et  ardente  que  de  coustume1, 

' L’édilion  de  1573  dit  en  cet  endroit  : 
Qui  se  fuicl  pour  la  rétention  de  ses  /leurs, 
qui  faicl  que  la  bouche  de  la  matrice  en  est 

plus  chaulde.  Le  texte  nouveau,  jusqu’à  la 


6/}3 

et  en  outre  rougeastre:  car  à cause 
de  la  rétention  des  mois,  la  bouche 
de  la  matrice  est  eschauffée,  estant 
par  conséquent  la  vessie  qui  luy  est 
au  dessus  , coniointe  par  certains  pe- 
tits filaments , par  lesquels  la  plus 
subtile  et  sanieuse  portion  du  sang 
resude  dans  icelle , faisant  l’vrine 
teinte  de  rougeur , comme  monstre 
Hippocrate,  liu.  1 De  morbis  mulierum. 

Autres  ont  grande  douleur  aux 
reins  et  aux  aines  , et  par  interualle 
sentent  tranchées  au  ventre.  Item  si 
les  veines  de  la  poitrine  et  celles  qui 
sont  sur  les  mamelles,  sont  plus  en- 
flées que  de  coustume  : mesme  les 
mammelles  s’enflent  et  durcissent  1 
dés  le  second  mois , et  leur  cuisent  vn 
peu , à raison  du  sang  qui  monte  : 
aussi  leurs  papilles  et  mammelons  de- 
uiennent  rougeastres  ou  noirastres, 
auec  petites  tubercules  semblables 
à porreaux,  tout  le  corps  s’appesan- 
tisl , le  ventre  s’enfle , par-ce  que  l’en- 
fant prend  croissance , partant  les 
costes  et  lombes  se  dilatent  : et  par 
succession  de  temps  rendent  du  laict, 
qui  est  quand  l’enfant  est  ja  parfait, 
acheué,et  commence  à se  mouuoir. 
Et  lors  qu’ils  sont  sus  les  derniers 
mois,  sentent  grande  pesanteur  aux 
hanches,  la  face  maigrit , les  yeux  , 
le  nez  , la  bouche  agrandissent , et  ses 
parties  génitales  se  tuméfient.  Item 
toutes  les  veines  de  son  corps  sont 

fin  du  paragraphe,  date  de  1575.  Le  texte 
primitif  montre  suflisammenl  quel  est  le 
sens  du  mot  fleurs  employé  plus  haut;  il  est 
synonyme  de  mois  ou  réglés-,  il  ne  faut  pas 
oublier  son  étymologie  latine,  fluorés. 

1 L’édition  de  1573  , suivie  cette  fois  par 
celles  de  1575  et  1579,  ajoutait  immédiate- 
ment : et  par  succession  rendent  du  laict.  Ces 
mots  se  lisent  environ  dix  lignes  plus  loin 
dans  le  texte  actuel;  et  tout  ce  qui  les  sé- 
pare a été  intercalé  en  1585. 


644  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


fort  pleines  de  sang,  principalement 
celles  des  cuisses  et  des  iambes,  et  au- 
tour de  leur  nature , et  sont  trouuées 
souuent  variqueuses , dilatées  , et  en- 
tortillées , et  quelquesfois  de  plusieurs 
reuolutions  circulaires  iointes  ensem- 
ble pour  la  suppression  du  sang1  : 
dont  s’ensuit  grauité  et  pesanteur  de 
tout  le  corps,  qui  fait  qu’elles  ne 
peuuent  cheminer  qu’à  bien  grande 
peine , principalement  quand  elles 
sont  proches  d’accoucher. 

Hippocrates  Aphorisme  41 , liure  5, 
dit,  que  pour  prouuer  si  vue  femme 
est  grosse,  luy  faut  faire  boire  de 
l’hydromel  fait  auec  eau  de  pluye, 
quand  elle  s’en  va  coucher  : si  elle 
est  grosse  , sentira  des  tranchées , 
pourueu  qu’elle  ne  soit  accoustume 
à tel  breuuage. 


CHAPITRE  YI. 

COMMENT  LA  MAT1ÎICE  SE  RESSERRE  SI 
TOST  QVE  LA  SEMENCE  Y EST  1ETTEE 
ET  RETENVE. 

Lors  que  les  deux  semences  seront 
ainsi  receuës  en  la  matrice , l’orifice 
intérieur  d’icelle  se  resserre  ferme- 
ment et  estroitement , à fin  qu’elles 
ne  retombent  : et  quand  la  matrice  a 
pris  et  retenu  les  deux  semences  mes- 
lées  ensemble  (dont  celle  du  masle 
est  nourrie  de  celle  de  la  femelle,  qui 
luy  est  plus  familière  que  le  sang  , 
par-ce  que  chaque  chose  piusfacile- 

' L’édition  de  1573  disait:  pour  la  sup- 
pression du  sang  de  leurs  /leurs , cl  ne  peu- 
nent  cheminer  qu’à  bien  grand  peine,  princi- 
palement quand  elles  sont  proches  de  leur 
terme  d'accoucher.  La  nouvelle  rédaction 
date  de  1575,  et  la  citation  d’Hippocrate 
qui  termine  le  chapitre  a été  ajoutée  en 
1579. 


ment  est  nourrie  et  augmentée  de  ce 
qui  luy  est  semblable 1 ) se  coagulent 
et  adhèrent  contre  les  parois  de  la 
matrice,  et  par  sa  chaleur  naturelle 
sont  eschaoffées  subit  et  si  fort,  qu’a- 
lentour  se  concrée  vne  petite  peau 
subtile,  semblable  à celle  qui  se  fait 
sus  du  lait  non  escremé,  ou  d’vne 
toile  d’araignée,  de  façon  que  le  tout 
est  fait  comme  un  œuf  abortif,  c’est 
à dire,  qui  n’a  encore  sa  coquille 
ferme  et  dure.  Or  à l’entour  sontveus 
des  fila  mens  entrelacés  ensemble, 
auec  vne  substance  glutineuse  et 
glaireuse,  de  couleur  rouge , et  au- 
cunement meslée  de  gros  sang  noir  , 
et  au  milieu  se  manifeste  vn  peu  le 
nombril , duquel  est  produite  ladite 
taye2.  El  à la  vérité  l’on  peut  auoir 
connoissance  de  beaucoup  de  choses 
des  enfans  au  ventre  de  la  mere  en 
faisant  couuer  vingt  œufs  à vne  ou 
plusieurs  poules,  les  cassant  tous  les 
ioursl’vn  apres  l’autre  en  vingt iours: 
car  en  ce  temps-là  le  poulet,  est  par- 
fait, et  a va  nombril. 

Ladite  pellicule  est  nommée  se- 
cond, ine  ou  chorion , et  des  vulgaires 
arrierc-faix,  ou  le  Uct  de  l’enfant  : et 
icelle  est  faite  dés  les  six  premiers 
iours,  selon  Hippocrates 3,  et  ne  sert 
point  seulement  à contenir  les  deux 
semences  ensemble  enfermées  , mais 

1 Celte  parenthèse  a été  ajoutée  en  1575. 

* L’édition  de  1573  ajoutait  ici  : Cest  ce 
que  Hippocrates  aj ferme  auoir  veu  à sa  cham- 
brière, aussi  dict  que  l’on  peut  auoir  coynois- 
sance  de  beaucoup  de  choses,  etc.  Ces  cita- 
tions d’Hippocrate  sont  tirées  de  son  livre 
De  nalurâ  pueri,  et  je  ne  sais  pourquoi  Paré 
les  a effacées  dans  toutes  ses  grandes  édi- 
tions. 

3 Liure  De  la  nature  de  l’enfant.  — A.  P. 
— Dans  l’édition  de  1573,  cette  note  mar- 
ginale s’appliquoit  aux  expériences  sur  les 
œufs  cités  ci-dessus. 


I>K  LA.  GENERATION". 


aussi  à attirer  leur  aliment  par  les 
orifices  des  veines  et  arteres,qui  se 
terminent  en  la  malrice  par  où  est 
expurgé  le  sang  menstruel , pour  la 
purgation  vniuerselle  de  la  femme 
en  temps  opportun  : et  iceux  orifices 
ont  esté  appellés  des  Grecs  Cotylé- 
don.'ï,  et  les  Latins  Acetables,  et  res- 
semblent aux  petites  eminences  ou 
appendices  qui  sont  aux  extrémités 
des  Seches  : aux  femmes  sont  peu  ap- 
parents 1 : par  lesquels  est  ladite  se- 
condine  attachée  et  liée  de  toutes 
parts  à la  matrice , pour  la  conser- 
uation  et  augmentation  desdites  se- 
mences2. 

Les  anciens  ont  laissé  par  escrit, 
que  la  bouche  de  la  matrice  des  fem- 
mes enceintes  est  tant  serrée , que  de- 
puis la  conception  iusques  à l'accou- 
chement , la  pointe  d’vn  poinçon  n’y 
sçauroit  entrer  : toutesfois  on  peut 
monstrer  que  le  contraire  est  veri 
table  : tesmoin  la  superfétation  , à 
sçauoir  engendrer  de  rechefsur  vn  en- 
gendrement, laquelle  chose  ne  se  fe- 
roit , si  la  matrice  ne  s’ouuroit.  D’a- 
uanlage  on  voit  ietter  souuent  aux 
femmes  grosses  grande  quantité  d’a- 

* Ces  mots,  aux  femmes  sont  peu  appareils, 
semblent  isolés  et  ne  se  rallier  à rien  dans 
le  texte.  Ils  s’expliquent  par  une  note  mar- 
ginale de  l’édition  de  1673  qui  a disparu 
dans  les  suivantes,  et  qui  est  ainsi  conçue  : 

Les  cotylédons  sont  fort  apparens  aux 
bestes,  comme  vaches,  cheures  et  aultres,  et 
aux  femmes  peu. 

' Le  chapitre  finissait  ici  dans  les  premiè- 
res éditions,  le  reste  ne  date  que  de  1585, 
et  il  est  à remarquer  que  cette  addition  est 
une  argumentation  énergique  contre  une 
opinion  soutenue  par  Paré  lui-mcme,  et 
qu’il  a conservée  dans  toutes  ses  éditions; 
on  la  trouvera  nettement  exprimée  au  cha- 
pitre 15.  Toutefois  je  n’ai  voulu  rien  re- 
trancherni  modifier  dans  le  texte,  et  il  suffit 
d’en  avertir  le  lecteur. 


645 

quosités  et  autres  excremens  hors 
la  matrice  , qu’on  ne  peut  dire  qu’ils 
vinssent  seulement  du  col,  qui  n’a 
telle  capacité  pour  contenir  tant  de 
matière.  Plus,  la  femme  grosse  ayant 
affaire  à son  mary,  iette  sa  geniture 
hors  : et  si  elle  ne  s’ouuroit,  elle  ne 
pourroit  en  découler.  Item  aux  fem- 
mes qui  ont  leurs  fleurs  estant  en- 
ceintes, vient  du  dedans  de  la  matrice 
par  l’ouuerture  de  certaines  veines 
acetabulaires  ou  cotylédons,  aus- 
quclles  l’enfant  n’est  pas  attaché  par 
sa  secondine  ou  arriere-faix.  Car  s’il 
venoit  par  icelles  mesmes,  il  s’ensui- 
uroit  auortement.  Ce  qui  ne  se  fait  : 
n’empesche  et  n’offense  ce  sang  pas- 
sager, non  plus  que  l’enfant  enue- 
loppé  en  ses  membranes  , qui  font  les 
fleurs  blanches  et  autres  matières 
putrides.  Toutesfois  peut-estre  (et 
non  nécessairement)  que  lorsque  na- 
ture se  descharge  immédiatement 
par  quelques  veines  du  col  de  la  ma- 
trice , comme  elle  fait  aussi  par  les 
hemorrlioïdes , et  par  le  nez,  lieux 
plus  mal  à propos  que  le  col  de  la  ma- 
trice , voire  mesme  qu’on  a veu  par 
vomissemens  de  sang,  et  parles  te- 
lins , au  temps  prefix  que  les  fleurs 
doiuent  couler  : choses  admirables  en 
telles  diuersions  et  vacuations,  qui  se 
fait  par  nature,  et  non  imitable  par 
artifice  de  Médecin  >.  D’auantage , la 
femme  estant  grosse  de  deux  enfans, 
la  matrice  s’ouure  quelquesfois  pour 
ietter  vn  mort,  comme  à elle  es- 
trange , sans  que  le  vif  sorte  qu’à  son 
terme  prefix2. 

1 Roussct  au  liu.  De  l’enfantement  cœsa- 
rien. — A.  P.  — Le  livre  de  Rousset  avait 
paru  en  français  en  1581;  l’édition  latine, 
fort  augmentée,  est  de  1590. 

’ Il  manque  ici  quelques  détails  sur  le* 
enveloppes  du  fœtus.  A.  Paré  n’a  pas  voulu 


646 


LE  mX-HVlTFÉME  LIVRE 


CHAPITRE  VII. 

DE  LA  GENERATION  DV  NOMBRIL1. 

Or  en  chacun  de  ces  orifices  de 
veines  et  arteres,  dits  cotylédons,  la 
femme  ayant  conçeu , il  s’engendre 
vn  autre  vaisseau  nouueau  , qui  est 
vne  veine , au  droit  de  la  veine , et 
vne  artere  au  droit  de  l’artere  : ces 
vaisseauxnouueaux  sont  attachés  par 
vne  membrane  subtile  et  deliée , qui 
par  dehors  est  estendue  à l’enui- 
ron  de  tous  lesdits  vaisseaux  , et  co- 
here  ou  adhéré  à iceux.  Ceste 
membrane  sert  ausdits  vaisseaux  de 

répéter  ce  qu’il  avait  dit  dans  son  Anatomie; 
je  renverrai  donc  le  lecteur  au  chapitre  35 
du  premier  livre,  tome  Ier,  page  169;  et  j’a- 
jouterai que  ce  chapitre,  qu’on  ne  lit  guère, 
est  un  des  plus  intéressants  et  des  plus  ori- 
ginaux que  Paré  ait  écrits.  On  verra  qu’il 
s’y  élève  contre  la  doctrine  de  Galien,  qui 
admettait  trois  membranes,  le  chorion, 
l’amnios  et  l'allantoïde,  et  qu’il  rejette  cette 
dernière.  Il  était  moins  hardi  dans  la 
Briefue  collection,  en  1550,  bien  que  déjà  il 
n’admit  qu’un  seul  réceptacle  d’aquosités. 
Voici  le  passage  le  plus  saillant  de  son  texte, 
fol.  27  et  28  : 

« Les  deux  autres  membranes  alantoide 
et  amnios  despendent  et  naissent  dudict 
chorion,  et  sont  bien  fort  subtiles  et  déliées. 
Et  sont  enuoyes  (disent  aucuns  anatomis- 
tes) à la  couuerture  de  l'enfant,  cest  assça- 
uoir  la  alantoide  pour  enuelouper  les  par- 
ties les  plus  eminentes  d’iceluy  enfant  : qui 
sont  la  teste,  les  fesses  et  les  piedz.  Et  di- 
sent dauantage  qu’en  icelles  (faute  d’impres- 
sion : il  faut  icelle)  est  contenue  vne  aquo- 
sité rousse  qui  est  de  l’vrine;  et  la  tierce 
appelée  amnios  couure  et  enuelouppe  du 
tout  ledict  enfant.  Et  contient  vne  grande 
quantité  de  aquosités,  prouenantes  de  la 
sueur  dudict  enfant. 

» Toutefois  pour  certain  me  suis  trouué 


rempart,  de  ligature  et  eouuerlure, 
qui  les  attache  ensemble , et  se  re- 
double auec  les  deux  autres  pour 
couurir  le  boyau  ou  ombilic  fait  delà 
veine  et  arteres  ombilicales , iusques 
au  pertuis  de  l’ombilic  de  l’enfant. 

Or  chacun  de  ces  vaisseaux  nou- 
ueaux  commence  vis  à vis  des  em- 
boucheures  de  ceux  de  la  matrice, 
appelles  cy-dessus  Cotylédons , et 
sont  bien  petits  et  déliés,  comme  sont 
les  dernieres  racines  d’vh  arbre 
planté  en  terre  : mais  estans  auancés 
vn  peu , ils  s’accouplent  deux  à detlX, 
tellement  qu’il  s’en  fait  de  deux  vn , 
puis  de  rechef  ils  s’assemblent,  à sça- 
uoir  , veine  auec  Veine , artere  auec 
artere  : et  cela  va  tousiours  en  conti- 

plusieurs  fois  à ouurir  fémes  grosses  dece- 
dées,  pour  sauluer  leur  fruict,  et  vous  puis 
asseurer  que  i’ay  tousiours  trouué  l’enfant 
naigeant  en  bien  grande  quantité  de  aquo- 
sités visqueuses  et  rousses.  Et  n’estoyent 
lesdicles  membranes  séparés  l’vne  d’auecq’ 
l’autre,  mais  contiguës  et  adhérantes  l’vne 
contre  l’autre , par  certains  petiz  fillamens 
nerueux,  et  ne  les  ai  iamais  trouuées  comme 
disent  ceulx  qui  de  ce  ont  escrips , mais 
aux  chiennes  pleines  oui.  Et  aux  femmes 
non.  Et  de  ce  chascun  en  face  l’expericnce, 
lorsqu’on  se  trouuera  à l’endroict.  Et  pour 
faire  ladicte  espreuue,  on  peult  veoir  en- 
core lesdictes  membranes  vnies  ensemble, 
à l’arriere  fais  des  femmes  recentement 
accouchées,  ce  que  i’ay  plusieurs  fois  ob- 
serué.  » 

Franco  a copié  toutes  ces  idées  dans  son 
77e chapitre,  mais  en  retranchant  absol li- 
ment tout  ce  qui  montre  l’auteur  parlant  en 
son  nom  et  exposant  ses  expériences,  dé 
manière  celte  fois  à rendre  le  plagiat  un  peu 
moins  effronté. 

1 Comparez  ce  chapitre  et  le  suivant  avec 
le  chapitre  Du  nombril  au  premier  liurc  De 
l’anatomie,  tome  Ier,  page  172.  D’ailleurs 
Paré  avait  déjà  exposé  les  mêmes  idées, 
qui  ne  lui  appartenaient  pas,  dans  la 
Briefue  collection  anatomique,  fol.  27. 


DE  LA  GENERATION. 

Ruant  et  augmentant  ensemble,  ius- 
quçSà  ce  que  flnablement  tous  les  pe- 


tits vaisseaux  se  rapportent  et  finis- 
sent en  deux  grands  vaisseaux  ombili- 
caux, qui  entrent  au  corps  de  l’en- 
fant par  le  perluis  du  nombril.  Et  icy 
Galien  admire  la  grandeur  de  Dieu  et 
de  Nature1,  qu’en  si  grand  nombre  de 
vaisseaux  , conduits  et  menés  par  si 
grande  espace  de  chemin , iamais 
l’artere  ne  s’adiousle  à la  veine,  ny 
la  veine  à l’artere,  mais  chacune  d’i- 
celles connoist  le  vaisseau  de  sa  pro- 
pre espece,  et  à celuy-là  s’addresse  et 
se  Joint.  Subit  que  les  veines  sont 
passées  outre  le  nombril, se ioignenl 
ensemble , et  d’icelles  en  est  veu  vne 
seule , qui  entre  en  la  partie  caue 
du  foye  de  l’enfant.  Et  l’artere  subit 
qu’elle  y est  entrée , se  fourche  en 
deux,  qui  descendent  aux  costés  de 
la  vessie,  et  s’insèrent  aux  deux  artè- 
res iliaques,  et  sont  couuertés,  eslans 
dedans  le  corps  de  l’enfant,  du  péri- 
toine, qui  les  lie  aux  parties  où  elles 
passent. 

Les  veines  et  arteres  nouuellement 
engendrées,  faites  des  cotylédons, 
sont  comme  les  racines  d’vn  arbre  : et 
la  veine  et  artere  ombilicale  sont 
comme  le  gros  tronc  , pour  attirer  le 
nourrisseinent,  et  viuifier  la  semence 
dont  l’enfant  est  fait  : car  nous  vl- 
uons  comme  les  plantes,  et  apres 
comme  les  bestes  brutes  au  ventre 
de  la  mere.  La  seconde  tunique  est 
appellée  Amnios  ou  Agnclclte 2,  qui 
enueloppe  de  toutes  parts  la  se- 
mence. 

' Diuitie  contemplation.  — A.  P. 

’ Les  éditions  de  1573  à 1575  portent  am- 
nios ou  coeffe.  Le  latin  traduit  amnios  seu 
agnina.  Le  premier  livre  de  l’anatoinie  , 
cliap.  35  ( voyez  tome  1er,  p.  172  ),  l’appelle 
également  agnina. 


647 

Or  ces  membranes  sont  fort  dé- 
liées, ressemblansau  commencement 
à petites  toilettes  d’araignées  *,  et  sont 
lés  vrtes  sus  les  autres,  et  en  plusieurs 
lieux  et  endroits  sont  vnies  et  atta- 
chées ensemble  par  certains  filets 
subtils , qui  vont  espars  les  vns  entre 
les  autres,  et  ainsi  se  fortifient  : 
comme  vne  corde  ou  tissu  de  poil , 
ou  de  laine  , ou  de  fil , qui  acquiert 
grande  force  par  complication  des 
choses  assemblées,  combien  que  cha- 
cune d'icelles  séparément  soit  fort 
foible  2.  Et  telle  chose  est  à respon- 
dre  à ceux  qui  voudroient  dire  : Veu 
que  la  femme  grosse  dance  et  saulte, 
et  aussi  que  l’enfant  se  remue  quel- 
quefois violentement  au  ventre  de  sa 
mere , comme  esl-il  possible  que  les- 
dites  membranes  ne  se  rompent? 
C’est  qu’estans  liées  et  entrelacées  se 
fortifient  estans  ensemble , comme 
par  l’exemple  d’vn  tissu,  comme  nous 
auons  dit,  et  ne  sont  séparées  les 
vnes  des  autres,  et  ne  trouue-on 
rien  entre  elles , à sçauoir,  sueur  ne 
vrine.  Nature  toutesfois  ne  les  a 
voulu  faire  si  fortes  qu’elles  ne  se 
rompent  facilement  à l’heure  que 
l’enfant  veut  sortir  et  naistre.  Or  le 
contraire  de  cela  est  tant  enraciné 
en  l’opinion  de  plusieurs,  qu’il  est 
impossible  leur  pouuoir  oster  : mais 
pour  ce  faire  , ie  les  renuoyeray  au 
liure  de  Nature:  c’est  qu’ils  ouurent 
vne  femme  morte  , grosse  d’enfant , 
et  alors  ils  pourront  voir  et  connois- 
tre  la  vérité,  s’ils  veulent  ouurir  les 
yeux  : ce  que  i’ay  voulu  faire  sans 
croire  au  crédit  d’autruy. 

' Hippocrates  appelle  toutes  les  trois 
layes  secondines.  — A.  P. 

’ Galien  , liu.  de  vsu  partium. — A.  P. 


648 


LE  niX-HVITlÉME  LIVRE 


CHAPITRE  VIII. 

DES  VAISSEAVX  QVI  SONT  AV  NOMBRIL 

de  l’enfant. 

Aucuns  de  nos  deuanciers  ont  es- 
crit  qu’au  nombril  il  y auoit  cinq 
vaisseaux  , à sçauoir,  deux  veines  et 
deux  arteres  , et  le  conduit  appelle 
vrachus  : mais  quant  à moy  , iamais 
ie  n’en  ay  sceu  trouuer  que  trois  , à 
sçauoir  la  veine  ombilicale , qui  est 
fort  ample , de  façon  qu’on  y mettroit 
aisément  le  fer  d’une  aiguillette  : 
et  deux  arteres , lesquelles  ne 
sont  si  grosses  à beaucoup  près1.  Et 
telle  chose  a esté  ainsi  faite , par-ce 
qu’il  falloit  plus  de  sang  à l’enfant 
fant  pour  sa  nourriture  et  augmenta- 
tion que  d’esprit  vital i. 

Or  ces  veines  et  arteres  (dont  est 
constitué  le  nombril 2,  qui  est  fait  le 

'Dans  la  Briefue  collection  en  1550,  Paré 
n’admettait  dans  le  cordon  qu 'une  veine, 
une  artere  et  Vouraque.  C’est  en  1561  qu’il 
corrigea  cette  erreur,  tandis  que  Franco,  la 
même  année,  s’empressait  de  la  copier  dans 
son  chapitre  77. 

’ L’édition  de  1573  contenait  ici  le  passage 
suivant,  conservé  encore  en  1575  et  retran- 
ché en  1579  : 

« Et  quant  au  porus  vracos,  soudain  apres 
que  toutes  les  parties  de  l’enfant  sont  formées, 
iette  son  vrine  par  ledict  vracos  ( qui  est  au  fond 
de  sa  vessie ) dedans  la  matrice,  mais  aux 
derniers  mois  prochains  de  la  naliuité  de  l’en- 
fant , ledict  vrachos  se  ferme , et  se  deseche , 
alors  le  masle  iette  V vrine  par  la  verge , et 
la  femelle  par  le  col  de  sa  vessie  : voila  com- 
ment le  porus  vracos , ne  faisant  plus  son 
vsage,  s’ endurcit  comme  vn  tendon,  et  sa  cauité 
se  clost , qui  est  cause  qu’elle  ne  peut  eslre 
cogneüe  et  apperceüe  dans  l’ombilic,  au  sens  de 
la  veuc,  vea  que  la  veine  cl  les  deux  arteres 
auecques  le  porus  vracos  ( dont  est  constitué  le 
nombril  qui  est  fait  le  neuftesme  iour  ) , etc.  » 


neufiéme  iour)  estans  ensemble  se  re- 
doublent et  entortillent,  et  font  cer- 
tains nœuds  comme  la  ceinture  d’vn 
cordelier  : et  cesdits  nœuds  ainsi  an- 
fractueux n’ont  esté  faits  sans  grande 
vtilité  , qui  est  à fin  que  le  sang  con- 
duit au  corps  de  l’enfant  fust  arresté, 
et  cessast  vn  petit  son  cours  , à fin 
qu’il  fust  plus  parfaitement  élaboré , 
cuit  et  digéré  : ainsi  qu’il  se  fait  aux 
vaisseaux  spermatiques,  dicts  Eiacu- 
latoires , c’est-à-dire  seruans  à darder 
et  ietter  la  semence.  Aussi  lesdits 
vaisseaux  et  ombilicaux  ont  esté  faits 
de  longueur  de  plus  de  demie  bras- 
sée pour  la  raison  prédite  : tellement 
qu’à  d’aucuns  enfans  on  trouue  ledit 
nombril  entortillé  vne  ou  deux  fois 
autour  du  col , et  autresfois  autour 
de  leurs  iambes. 

L’enfant , comme  auons  dit , re- 
çoit son  aliment  et  vie  au  ventre  de 
la  mere  par  l’ombilic  1 , et  ne  prend 
aucun  aliment  par  la  bouche  : ny 
aussi  pendant  qu’il  est  au  corps  de 
sa  mere , il  n’a  nul  vsage  des  yeux  , 
nez,  ny  oreilles,  ny  du  siégé.  D’a- 
uantage  il  n’a  besoin  de  l’office  du 
cœur  : car  le  sang  spirituel  lui  est 
enuoyé  par  les  arteres,  ombilicales 
aux  arteres  iliaques,  et  d’icelles  à 
toutes  les  autres  arteres,  par  les- 
quelles l’enfant  respire 2 : et  parlant 
l’air  n’est  pas  porté  des  poulmons  au 
cœur , mais  du  cœur  aux  poulmons , 

1 L’enfant  prend  son  nourrissement  par  son 
nombril,  ainsi  que  fait  le  fruict  par  sa  queue 
pendant  à l’arbre.  — A.  P.  Cette  note  est 
de  1575. 

2 Paré  avait  déjà  exposé  la  même  doctrine 
dans  la  Briefue  collection , folio  28 , verso  ; et 
cette  respiration  qu’il  disait  se  faire  par 
l’artère  ombilicale  lui  servait  à réfuter  la 
crainte  qu’on  aurait  pu  avoir  que  l’enfant 
n’étouffàt  dans  les  eaux.  Franco  a copié  tout 
ce  passage  jusqu’au  bout  dans  son  77*  cha- 


DE  LA  GENERATION. 


tellement  qu’il  ne  trauaille  point  en 
la  génération  du  sang , ny  des  esprits 
vitaux,  par  le  bénéfice  des  poulmons. 
Car  ces  clioses  estans  ja  élaborées, 
cuites  et  digérées  par  la  mere,  sont 
portées  à toutes  les  parties  de  l’en- 
fant : lequel  ne  doit  encore  estre  ap- 
pellé  enfant , tant  que  toutes  ses  par- 
ties soient  bien  formées  et  figurées  , 
et  que  l’ame  y soit  introduite1  : mais 
seulement  sera  appellé  Genitura  , ou 
Embryon,  ou  pullulant,  ou  naissant , 
ou  meurissant , ou  fœtus. 


CHAPITRE  IX. 

DE  L’EBVLLITION  DES  SEMENCES  EN  LA 
MATRICE,  ET  DES  TROIS  AMPOVLLES 
qVI  SONT  LES  LIEVX  DES  TROIS  MEM- 
BRES PRINCIPAVX,  A SÇAVOIR  : LE 
l'OYE,  LE  COEVR,  ET  LE  CERVEAV. 

Aux  six  premiers  iours  se  font  les 
vaisseaux  nouueaux , qui  naissent 
des  orifices  des  veines  et  arteres,  ap- 
pelés cy  dessus  Cotylédons,  comme 
certaines  fibres  par  toute  la  semence, 
laquelle  boust  tousiours  dedans  les 
susdites  membranes  : et  le  neufiéme 
iour  est  formé  l’ombilic.  Or  il  faut 
icy  entendre,  que  ces  vaisseaux  pro- 
duits des  cotylédons  font  pareille  ou- 
uerture  à la  secondine  qu’à  la  ma- 
trice , par  lesquelles  ouuerlures 

pitre , à l’exception  de  la  phrase  par  la- 
quelle Paré  termine  : 

V oila  quant  aux  parties  que  Nature  faict  et 
ordonne  lorsque  la  femme  a conceu. 

1 M.  Nicole  du  Haut  pas,  au  liu.  de  la  gé- 
nération. — A.  P.  Ce  Nicole  était  un  mé- 
decin d’Arras,  qui  avait  traduit  et  annoté 
les  Aphorismes  d’Hippocrate.  L’ouvrage  cité 
par  Paré  aurait  paru , selon  Eloy,  en  1555, 
sous  ce  litre  : De  contemplalione  nalurœ  hu- 
manœ,  nempè  de  formatione  fœtus  in  utero. 


64g 

passe  grande  quantité  de  sang  et 
d’esprits  dedans  les  petites  veines 
qui  sont  tissueset  entrelacées  autour 
de  ladite  secondine , et  dedans  la 
semence,  tant  pour  la  nourriture  et 
augmentation  de  l’embryon,  comme 
pour  la  conformation  des  membres 
principaux.  Les  esprits  donc  et  le 
sang,  meslés  auec  la  semence,  qui 
desia  auparauant  boiiiiloit,  et  boust 
tousiours  de  plus  en  plus  , font  le- 
uer  trois  petites  ampoulles  sem- 
blables à trois  petites  bulles  ou 
vessies,  ressemblantes  à celles  qui 
s’esleuent  en  l’eau  agitée  par  la 
pluye  : et  icelles  ampoulles  sont  les 
lieux  où  seront  formés  le  foye,  le 
cœur,  et  le  cerneau  : et  auparauant 
qu’icelles  soient  esleuées,  la  semence 
est  tousiours  appellée  semence , et 
non  encore  fœtus  ou  pullulant. 

La  première  ampoulle  où  le  foye  se  fige 1 . 

Le  quatrième  iour  apres  que  la 
veine  ombilicale  est  faite,  elle  succe 
par  les  cotylédons  le  sang  plus  gros 
et  de  grand  nourrissement , lequel  à 
cause  de  sa  grossesse  se  coagule  ai- 
sément au  lieu  où  se  doit  engendrer 
le  foye.  Estant  acheué  et  parfait,  il 
est  admirable  en  la  grandeur,  pour 
laquelle  dés  le  commencement,  à 
comparaison  des  autres  membres,  il 
se  peut  aisément  remarquer.  Or  en 

1 Ceci  était  une  simple  note  marginale 
dans  la  plupart  des  éditions  complètes.  Je 
l’ai  mise  en  titre,  parce  que  je  l’ai  trouvée 
ainsi  dans  l’édition  de  1573  et  encore  dans 
celle  de  1575,  de  même  que  l’autre  titre 
qui  va  suivre  , parce  que  ces  deux  premiers 
titres  rendent  raison  de  celui  du  chapitre 
suivant.  Au  reste,  les  éditions  de  1573  et 
1575  portent  : De  la  première  ampoulle  ouïe 
foye  se  concret  ; celle  de  1585  et  les  suivan- 
tes : f,a  première  ou  le  foye  se  fige  ; j’ai  suivi 
le  texte  de  celle  de  1579, 


65o 


LE  DIX-HVIT1ÉME  LIVRE 


outre  aussi  il  peut  estre  dit  admira- 
ble en  ce  que  dont  il  a perfection  et 
croissance , n’est  qu’vne  effusion  de 
sang,  dont  il  est  appelle  paren- 
chyma  '.  Il  s’engendre  en  sa  partie 
bossue  vn  gros  tronc  de  veine,  qui 
est  la  veine  caue,  laquelle  insérée, 
estend  ses  rameaux  par  toute  la  sub- 
stance du  foye  : puis  apres  dresse 
deux  rameaux,  dontl’vn  va  aux  par- 
ties supérieures,  et  l’autre  aux  infe- 
rieures , qui  se  ramifient  et  distri- 
buent en  toutes  leurs  particules 
pour  leur  formation  et  nourriture  : 
et  apres  cela  fait,  la  vertu  forma- 
trice ayant  la  matière  , dresse  ses  de- 
lineamens  pour  faire  la  mesentere, 
les  intestins,  estomach,  râtelle,  et 
tous  autres  membres  nutritifs,  et  les 
rend  parfaits  ainsi  qu’il  appartient. 
La  seconde  ampoulle  où  le  cœur  prend 
sa  forme2. 

L’arlere  ombilicale  succe  pareille- 
ment le  sang  arterial  des  arteres  co- 
tyledoines,  qui  est  très  chaud  et  fort 

■ Phrase  fort  obscure;  l’édition  de  1573 
dit  seulement  : Cay  dict  admirable,  paceeque 
sans  affusion  de  sang  ne  peut  estre  parfait  ni 
aecroistre. 

5 C’est  le  texte  de  1579;  en  1573  et  1575 
on  lisait  : La  seconde  ampoulle  ou  le  cœur  se 
concret ; et  en  1585  seulement:  La  seconde 
où  le  cœur  prend  sa  forme.  Ces  remarques 
sont  sans  doute  peu  importantes;  mais  elles 
témoignent  de  mon  respect  pour  le  texte. 

J’ai  dit  dans  une  note  du  chap.  35  du  Li- 
vre lei  de  l’Anatomie  (1.  1er,  p.  1 G9 ) , que 
celte  théorie  des  trois  ampoules  se  trouvait 
déjà  dans  la  Èriefue  collection  , fol  2G;  voici 
le  début  de  ce  long  passage  , copié  presque 
textuellement  par  Franco  en  tète  de  son 
77e  chapitre. 

« Apres  auoir  parlé  de  l’anatomie  de  la 
matrice,  fault  contempler  les  choses  que 
Nature  inuentc  et  ordonne  lors  que  la 
femme  a conceu. 

» Et  ne  sera  hors  de  propos  dire  quelque 


spirituel  : duquel  en  ceste  seconde 
ampoulle  se  forme  le  cœur,  qui  est 
de  substance  cbarneuse,  solide,  et 
espaisse , ainsi  qu’il  appartient  au 
membre  le  plus  chaud  de  tous  les 
autres  : en  la  substance  duquel  Na- 
ture formatrice  fait  deux  ventricules, 
Pvn  à dextre,  l’autre  à senestre.  Au 
droit  ventricule  se  vient  insérer  le 
tronc  de  la  veine  caue , et  icelle  ap- 
porte la  nourriture  au  cœur.  Au 
ventricule  senestre  se  fait  vn  tronc 
d’artere,  qui  pareillement  se  diuise 
en  deux  : l’vn  moindre  monte  aux 
parties  supérieures,  et  l’autre  plus 
grand  aux  inferieures,  lesquels  se  ra- 
mifient et  se  distribuent  par  toutes 
les  parties  pour  les  viuifier. 


CHAPITRE  X. 

DE  LA  TROISIÈME  AMPOVLLE  OV  LA 
TESTE  SE  FORME. 

Apres  la  production  des  parties 
deuant  dites,  la  plus  grande  partie 

chose  en  brief  de  la  conception  de  l’enfant. 
Laquelle  se  faict  par  la  concurrence  des 
deux  spermes  : viril  et  féminin  : lesquelz 
receuz  en  la  capacité  de  la  matrice  se  fer- 
mentent et  nourrissent  ensemble  auec  au- 
cune portion  subtile  du  sang  menstrual  plus 
spermatique,  iusques  à ce  que  l’augmen- 
lation  de  la  matière  soit  suffisante  pour 
faire  les  proietz  de  l’enfant,  qui  est  enuiron 
le  quattorziesme  iour  aux  masles,  et  le 
soixanliesme  es  femelles  selon  la  plus  com- 
mune opinion  de  ceux  qui  en  ont  escript. 
Et  alors  ce  faict  la  fermentation  des  geni- 
tures  à la  maniéré  qui  sensuit.  Nature  et 
vertu  formatrice  par  sa  diuine  prouidcncc 
départ  et  ordonne  les  parties  de  ladicte  ma- 
tière, chascune  selon  l’action  et  vsage  par 
elle  prédestinée  cest  assçauoir  de  la  matière 
dssifique,  faict  les  os,  carnifiquc  la  chair, 
neruilique  les  nerfs , veniüque  les  veines. 
Et  ainsi  des  autres  parties  similaires,  des- 


DE  LA  GENERATION. 


de  la  semence  est  poussée  en  la  troi- 
sième ampoulle,  de  laquelle  le  cer- 
ueau  est  fait:  et  n’est  fait  de  sang 
comme  les  autres  bubes  et  autres 
parties  , mais  est  fait  de  la  seule  se- 
mence : comme  sont  aussi  les  os,  car 
tilages,  veinés  et  arteres,  nerfs,  li- 
gamens,  pannicules,  la  peau  exté- 
rieure. Toutes  icelles  parties  sont 
faites  de  la  seule  semence,  et  par- 
tant sont  appellées  membres  sperma- 
tiques : lesquels  toulesfois  ne  sont 
nourris  de  semence  1 : car  depuis 
qu’ils  sont  formés,  prennent  aliment 
mesme  auec  les  charneuses,  comme 
le  foye,  le  cœur,  les  poulmons,  les 
muscles,  qui  sont  nourris  de  sang. 

Et  apres  le  cerueau  formé,  sont 
adioustées  et  formées  toutes  les  au- 
tres parties  de  la  teste  : autour  de 
laquelle  est  fait  vri  couuercle,  le- 
quel par  succession  de  temps  se  des- 
seiche et  est  fait  osseux. 

Or  du  cerueau  et  de  la  moelle 
de  l’eschine  procèdent  les  nerfs , qui 
sont  distribués  par  toutes  les  parties 

quelles  sont  faictes  les  organiques.  Com- 
menceant  aux  principes  des  facultés. 

» Lesquelles  gouuernent  et  régissent  nos- 
tre  corps  : comme  le  foye,  le  cueur,  le  cer- 
ueau, qui  sont  représentez  au  commence- 
ment de  la  formation  par  trois  petites  bul- 
les , toutefois  non  séparées  de  leur  tout.  » 

Je  laisse  le  reste  de  la  théorie,  qui  est  la 
même  que  dans  le  texte  actuel;  il  suffit  de 
cet  exemple,  et  pour  faire  voir  la  similitude 
de  la  doctrine,  et  pour  permettre  de  vérifier 
le  plagiat  de  Franco. 

1 Toutes  les  éditions  à partir  de  celles  de 
1579  ont  fait  ici  un  contre-sens  en  retran- 
chant la  négation  ne  , qui  est  essentielle,  et 
que  j’ai  restituée  d’après  les  éditions  pri- 
mitives de  1573  et  de  1575.  L’édition  latine  a 
bien  vu  l’erreur,  et  a traduit  comme  si  la 
négation  avait  été  conservée. 


65 1 

du  corps  qui  ont  besoin  de  mouue- 
ment  et  de  sentiment. 

La  teste  (comme  siégé  des  sens , 
rempart  de  raison  et  de  sapience , de 
laquelle  comme  d’vne  fontaine  sor- 
tent diuerses  operations)  est  située 
sus  tout  le  corps,  à fin  que  l’esprit 
animal  régisse,  gouuerne,  et  dispose 
de  tout  ce  que  Nature  a ordonné 
sous  icelle  : et  pour  le  dire  en  vn 
mot,  en  icelle  sont  contenues  les  fa- 
cultés de  l’ame,  qui  sont  choses  su- 
blimes et  obscures,  si  bien  que  leur 
excellence  surmonte  la  capacité  de 
nostre  entendement.  Puis,  ainsi  que 
les  architectes,  maçons  et  charpen- 
tiers ayans  ielté  le  premier  fonde- 
ment d’vne  maison,  ou  dressé  la  ca- 
rined’vnenauire,  édifient  etbastissent 
le  reste  du  bastiment  : aussi  Nature 
par  bonne  raison , apres  auoir  basti 
ces  trois  principes,  fait  les  os,  qui 
sont  comme  fondement  des  autres 
parties  : et  ainsi  sont-ils  mis  au  des- 
sus et  au  dessous,  comme  muraille  et 
rempart. 

Les  premiers  formés  sont  les  os  des 
Isles  : et  entre  iceux  les  vertebres  : 
puis  apres  toutes  les  autres  parties, 
Nature  fabrique  auec  vn  indicible  , 
admirable  et  incomparable  artifice, 
les  bras  et  les  iambes,  et  au  dedans 
du  corps  les  creux  et  canaux  : et  en 
la  teste  fait  sept  trous,  à sçauoir, 
deux  aux  oreilles , deux  aux  yeux  , 
deux  au  nez,  et  vn  pour  la  bouche  : 
et  aux  parties  inferieures , vn  pour  le 
siégé,  vn  autre  pour  le  canal  de  la 
vessie,  et  aux  femelles  vn  pour  leur 
matrice , sans  lequel  ne  pourroient 
estre  appellées  meres  : puis  Nature 
couure  tout  le  corps  de  cuir,  lpquel 
elle  polit , comme  font  les  ouuriers 
leurs  derniers  ouurages.  Or  de  con- 
noistre  comme  Nature  fait  par- 


65 1 LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


faitement  toutes  ces  choses,  cela  ex- 
cede  l'intelligence  humaine  ».  Apres 
ce  noble  ouurage , appelle  des  an- 
ciens microcosme , ainsi  parfaitemeut 
basty,  Dieu  luy  infonde  et  transmet 
l’ame,  de  laquelle  nous  parlerons  cy 
apres  le  plus  succinctement  qu’il  sera 
possible2. 

Or,  en  tel  temps  l’enfant  com- 
mence à se  mouuoir  et  auoir  vie,  qui 
est  au  soixantième  iour  : mais  la 
mere  ne  le  peut  apperceuoir  pour 
estre  encore  trop  debile.  En  iceluy 
temps  l'ame  raisonnable  est  estimée 
entrer  au  corps  de  l’enfant.  Ce  que 
saint  Augustin  prouue  par  le  lesmoi- 
gnage  de  Moyse3.  « Si  quelqu’vn,  dit- 
» il,  frappe  vne  femme  enceinte , et 
» qu’elle  en  auorte,  si  l’enfant  est  ja 
» formé,  qu’il  en  perde  la  vie  : mais  s’il 
» n’est  encore  formé,  qu’il  soit  con- 
» damné  à amende  pécuniaire i.  » Par 
laquelle  ordonnance  il  dénoté  claire- 
ment que  l’ame  n’est  point  à l’en- 
fant, qu’il  ne  soit  entièrement  formé 
de  tous  ses  membres.  Et  pour  ceste 
cause,  il  ne  faut  point  croire  que 
l’ame  soit  deriuée  d’Adam , ou  des 
pere  et  mere,  mais  qu’à  chacun  mo- 
ment elle  est  creée  et  infuse  diuine- 
ment.  Aussi  les  moles  et  faux  ger- 
mes, et  autres  choses  monstrueuses, 
encore  qu’ils  se  meuuent  et  qu’il 
semble  qu’ils  ayent  quelque  vie,  tou- 

1 Soit  veu  Lactance  de  l'opifice'de  Dieu. 
— A.  P.  — Cette  note  date  seulement  de 
1575. 

’ Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  le 
reste  a été  ajouté  en  1575. 

3 Quest.  80.  — A.  P.  — L’édition  de  1575 
porte  Quest.  32. 

* Exode  21.  — A.  P.  — Je  ne  sais  pour- 
quoi cette  note  a été  effacée  de  la.  4*  édi- 
tion. Celle  de  1575  portait  Exode  20,  ce  qui 
était  inexact. 


tesfois  ils  ne  tiennent  rien  de  l’ame 
raisonnable,  mais  seulement  de  la 
faculté  de  la  matrice  et  de  l’esprit 
generatif,  qui  sont  en  la  semence  et 
au  sang  menstruel,  et  mesme  par 
iceux  reçoiuent  accroissement  et  vie 
au  ventre  de  la  mere,  et  non  l’ame 
raisonnable. 


CHAPITRE  XI. 

DE  L’AME i. 

L’ame  est  vn  esprit  diuin,  inuisi- 
ble  et  immortel,  respandu  en  toutes 
les  parties  du  corps , infuse  par  la 
puissance  de  Dieu  le  créateur  sans 
aucune  vertu  de  la  semence  génitale, 
quand  les  membres  sont  desia  formés 
et  figurés  au  ventre  de  la  mere  2 , qui 
est  le  40.  iour  au  masle  (d’autant  que 
sa  chaleur  est  plus  grande,  et  sa  ma- 
tière plus  vigoureuse)  et  le  50.  à la 
femelle,  quelquesfois  plustost,  quel- 
quesl'ois  plus  tard.  Toutesfois  à l’ins- 
tant qu’elle  est  infuse,  ne  peut  faire 
ses  fonctions  ou  operations,  à cause 

1 La  plus  grande  partie  de  ce  chapitre 
date  de  15G1  , et  avait  été  publié  dans  l'A- 
natomie de  la  Teste.  J’ai  rapporté  dans  une 
longue  note  sur  le  3'  livre  de  l’Anatomie  , 
tome  1er , p.  217 , le  commencement  de  celte 
longue  digression  sur  la  psychologie;  j’aurai 
soin , dans  le  courant  du  chapitre  actuel, 
de  signaler  les  emprunts  faits  par  Paré  à son 
ancien  texte,  et  les  changements  les  plus 
importants. 

1 S.  Augustin  en  la  définition  de  la  Joy.  — 
A.  P.  — Celte  citation  existait  déjà  en  1573 
et  1575;  mais  alors  le  chapitre  commençait 
un  peu  différemment  : 

L’ame  se  ioignant  au  corps  soudain  qu'ice- 
Itty  est  formé  au  rentre  de  la  mere , qui  est  le 
quarantième  mur  au  masle , etc. 


DE  Là  GENERATION.  653 


qu’en  l’enfance  les  organes  ou  instru- 
mens  ne  sont  encores  capables  pour 
luy  seruir  : mais  auec  le  temps,  et  à 
mesure  que  lesdits  organes  se  par- 
font et  que  le  corps  croist,  alors 
commence  à agir  eu  ses  operations, 
lesquelles,  à la  vérité,  manquent 
quand  iceux  organes  ne  sont  en 
bonne  disposition. 

Or  ils  peuuent  estre  viciés  dés  la 
première  conformation , comme  à 
ceux  qui  ont  le  sommet  de  la  leste 
esleué  en  pointe,  comme  l’auoient 
Tbersités  Grec,  Triboulet  et  Tonin  : 
tels  n'ont  iamais  bonne  ratiocination, 
et  partant  sont  naturellement  fols, 
à raison  que  les  ventricules  du  cer- 
ueauet  autres  organes  sontangustes 
et  pressés  : partant  l’ame  ne  peut 
faire  ses  œuures 

Pareillement  iceux  organes  peu- 
uent estre  viciés  par  mauuais  régime, 
comme  par  trop  boire  et  s’enyurer  : 
ou  par  vne  fiéure  chaude  qui  aura 
causé  v ne  phrenesie,  ou  autre  acci- 
dent : par  autre  intempcralure , 
comme  à ceux  qui  par  trop  grande 
humidité  du  cerueau  tombent  en  lé- 
thargie : ou  auoir  receu  quelques 
coups  sus  la  teste,  ou  par  autres  cho- 
ses semblables  fortuites  aduenues:  ou 
parla  faute  de  la  sage-femme,  en  ti- 
rant de  force  l’enfant,  qui  naturelle- 
ment présente  la  teste  : ou  de  la 
nourrice,  en  donnant  mauuaise  con- 
formation ou  situation  aux  os  ten- 
dres et  délicats,  dont  seroit  venu  em- 

’Ce  paragraphe  est  presque  textuellement 
extrait  de  Y Anatomie  de  la  Teste,  folio  33  , 
verso  ; Paré  y citait  également  Thersités  et 
Triboulet;  mais  il  appelait  Tonin  Tonny ; 
en  1675  et  1679  il  écrivait  Thonin.  L’édition 
latine  dit  au  datif  Tonino.  Je  ne  sais  quand 
vivait  Tonin  : Triboulet  était  le  fou  de  Fran- 
çois Ier. Voyez  ce  passage  t 1er,  p.  219,  dans 
la  note. 


peschement  és  organes  et  instrumens 
de  l’ame. 

Or  Dieu  a distribué,  apres  la  créa- 
tion et  infusion  d’icelle , certains 
dons  particuliers  à vn  chacun , à me- 
sure et  proportion  1 : à l’vn  de  pro- 
phétie, à l’autre  l’exposition  des  Es- 
critures  saintes , aux  autres  d’estre 
constitués  Roys , Princes , et  grands 
seigneurs  : aux  vns  de  suiure  la  Mé- 
decine, aux  autres  d’embrasser  les 
loix  : à quelques-vns  de  nauiguer  sur 
la  mer , aux  autres  de  labourer  la 
terre,  les  autres  seruans  d’aides  aux 
maçons , autres  à autres  choses  : de 
sorte  que  les  vns  sont  subtils , les 
autres  grossiers,  et  s’adonnent  à 
choses  diuerses  : ainsi  ont  les  autres 
animaux  leurs  diuerses  propriétés 
et  nature,  selon  que  sa  sapience  infi- 
nie ordonne,  et  qu’il  luy  plaist  : et  ne 
faut  que  nul  conteste  contre  son 
Créateur. 

Et  ne  faut  estimer  qu’elle  soit  vne 
partie  de  la  diuinité  , et  que  Dieu 
l’aye  creée  de  son  essence , comme  le 
pere l’enfant  scion  le  corps  : ce  seroit 
grand  blasphémé.  Car  il  s’ensuiuroil 
que  la  nature  de  Dieu  seroit  suiette  à 
mutation  et  passion  : ce  qui  n’est 
nullement.  Car  les  choses  que  Dieu 
fait  par  sa  prédestination , il  n’est  pas 
licite  ne  possible  à l’homme  de  les 
sç.auoir  : et  pariant  l’ignorance  en 
est  docte  , et  l’appetit  de  les  sç.auoir 
est  vne  espece  de  rage  : pour-ce  que 
si  nous  attentons  de  penetrer  et  en- 
trer en  son  conseil  sacré  et  eternel , 
ce  nous  seroit  vn  abysme  pour  nous 
engloutir.  Gardons-nous  donc  sur 
toutes  choses  de  ce  rocher  auquel  on 
ne  peut  heurter  sans  malenconlre  2. 

1 1 . Cor.  12.  — 2.  Cor.  2.  — A.  P. 

’ Tout  le  commencement  du  paragraphe 
jusqu’en  cet  endroit  a été  ajouté  en  1686. 


t,E  DlX-HVITlÉME  livre, 


654 

Car  la  chose  formée  dira-elle  à celuy 
qui  l’a  formée , Pourquoy  m’as  lu  fait 
ainsi1  ? Le  potier  de  terre  n’a-il  point 
de  puissance  d’vne  mesrae  masse  de 
terre  faire  vn  vaisseau  à honneur , 
et  vn  à deshonneur?  Or  ce  n’est 
icy  de  ma  vacation  rendre  la  cause 
de  tels  hauts  secrets  de  Dieu,  lequel 
a voulu  que  fussions  curieux  , non 
de  les  sçauoir  et  comprendre , mais 
seulement  de  les  admirer  en  toute 
humilité  : et  partant  ie  ne  veux  ny 
ne  puis  entrer  plus  auant  au  ca- 
binet du  conseil  priué  et  sacré  de 
Dieu  : mais  ie  diray  que  la  bonne  ame 
contemne  les  choses  élémentaires , 
c’est  à dire  , corporelles  et  sensibles, 
et  prise  les  choses  hautes  et  celesles 
pour  contempler  la  béatitude  éter- 
nelle : laquelle  sortie  du  corps , se 
peut  dire  heureuse,  estant  hors  de 
toute  ignorance  et  de  tous  maux,  et 
en  estât  de  demeurer  à Jamais  en  re- 
pos : i’entends  l’arae  de  ceux  qui  par 
la  grâce  spéciale  de  Dieu  sont  faits 
dignes  et  capables  de  telle  condition 
et  félicité2. 

Ceste  ame  est  l’entelechie,  ou  per- 
fection intérieure,  donnant  mouue- 
ment  et  causant  l’action  naturelle  et 
volontaire  : qui  est  la  vraye  forme  de 
l’homme,  appellée  l’esprit  celeste, 
d’essence  supérieure,  incorporée,  in- 
uisible , intellectuelle  et  immortelle , 
extraite  comme  de  l’idée  de  la  diui- 
nité,  diuinement  communiquée  et 
transmise  en  l’homme  extérieur  : la- 
quelle tout  ainsi  qu’elle  est  viue,  aussi 
donne-ellc  au  corps  vie  et  mouue- 
ment,  quand  elle  est  conjointe  et 
vnie  à iceluy  : c’est  le  réceptacle 
d’illumination  diuine,  attendu  que 

1 S.  Paul  aux  Rom.,  ch.  8.  — A. P. 

’ L’édition  de  1673  disait  seulement  : ïen- 
lens  l’ame  de  ceux  qui  sont  esclaues  de  Dieu. 


par  la  presence  d’icelle  , le  eorps  ne 
meurt  point  : crcée  par  la  puissance 
de  Dieu,  qui  n’est  point  corporelle 
ny  composée  d’aucune  matière  : faite 
pour  vinifier  le  corps  humain  , et  le 
conduire  à tout  œuure  de  vertu  et 
piété,  à l’honneur  de  son  Créateur,  et 
à l’aide  de  son  prochain  *.  D’auan- 
tage , outre  qu’elle  est  vn  esprit  iriui- 
sible , espandu  par  toutes  les  parties 
du  corps,  toutesfois  elle  est  toule  en- 
tière en  vne  chacune  partie  d’iceluy, 
et  vue  en  soy,  ayant  plusieurs  facultés, 
puissances  , vertus  et  operations  en 
di u erses  parties  du  corps,  comme 
imaginer,  entendre,  iuger,  memorer, 
et  régir  les  inonuemcns  volontaires  : 
elle  voit , oit , odore  , gousle , et  ra- 

' Gabriel  du  Préau , au  liure  de  la  coynois- 
sance  de  soy-mesme  , dit  que  telle  descrip- 
tion est  apprise  par  oracles  celesles,  et  non 
par  disputes  des  Philosophes.  — A.  P. 

Celte  citation  se  retrouve  non  seulement 
dans  l’édition  de  1573,  mais  bien  aupara- 
vant, dans  l 'Anatomie  de  la  Teste  de  1561, 
avec  la  majeure  partie  de  ce  chapitre.  Ainsi 
le  long  morceau  qui  commence  avec  le  pa- 
ragraphe actuel,  et  qui  s'étend  jusqu’à  la 
page  657,  au  paragraphe  : Or  pour  ce  que 
nous  auons  dit  cy  dessus,  avait  été  presque  en 
entier  publié  dans  P Anatomie  de  la  Teste, 
fo).  34  à 37.  Le  début  en  a été  un  peu 
changé  en  1579;  voici  ce  que  portait  le 
texte  de  1501  , reproduit  en  1573  : 

« Ceste  asme  est  vn  esprit  ou  substance 
incorporée  , inuisible  , intellectuele  , qui 
tout  ainsi  qu’elle  est  viue,  aussi  donne  elle 
au  corps  vie  et  mouuement,  quand  elle  est 
vnie  et  coniointe  à iceluy.  C’est  le  récepta- 
cle d’illumination  diuine,  immortelle  et 
perpétuelle  , creée  par  la  puissance  de  Dieu, 
faite  de  rien  pour  viuilier  le  corps  humain.» 

Je  noterai  dans  ce  passage  une  curieuse 
ressource  de  l’orthographe;  dans  tous  les 
féminins  en  ce,  cette  édition  omet  constam- 
ment l’accent,  mais  dans  le  mot  creée  il  y 
aurait  eu  trois  e muets,  et  elle  a mis  l’ac- 
cent sur  le  deuxième. 


DE  LA  GENERATION.  655 


tiocine  : de  sorte  que  nous  voyons 
qu’elle  contient  le  ciel  et  la  terre , 
sans  qu’ils  s’v  entr’empescheqt  : le 
passent  le  présent,  sans  qu’ils  s’en- 
tre-nuisent : infinis  lieux,  personnes, 
villes,  sans  qu’il  y ait  presse  en  nostre 
entendement  : que  les  choses  gran 
des  y sont  selon  leur  grandeur , les 
petites  selon  leur  petitesse  , les  vnes 
et  les  autres  toutes  entières  en  toute 
enliere,  et  non  partie  d'elles  , ou  en 
vne  partie  d’elle  seulement.  D’auan- 
tage  plus  elle  se  remplit  et  plus  elle 
est  capable,  plus  elle  loge  de  choses 
et  plus  en  appete-elle  : et  plus  gran- 
des elles  sont , et  plus  propre  est-elle 
à receuoir  les  Ires-grandes.  S’ensuit 
donc  queceste  ame,  qui  est  en  quel- 
que façon  infinie  , ne  peut  estre  vn 
corps  : et  d’autant  moins  le  peut-elle 
estre  , que  logeant  tant  de  choses  et 
si  grandes  en  elle , elle  loge  soy- 
mesme  en  vn  si  petit  corps1.  Dere- 
chef, comme  mille  lieux  divers  se 
trouuent  en  elle  sans  tenir  place, 
aussi  sans  changer  de  place  se  trouue- 
elle  en  mille  lieux  , et  non  par  suc- 
cession de  temps  , ni  par  interualles, 
mais  bien  souuent  tout  en  vn  mo- 
ment. Exemple  : commande  à ton 
esprit  d’aller  en  Constantinople,  à 
l’heure  même  de  reuenir  à Rome, 
et  derechef  à Paris  ou  à Lyon  : com- 
mande luy  de  passer  le  trauers  de 
l’Amerique , ou  de  circuir  l’Afrique  : 
il  fait  tout  ce  chemin  en  vn  instant,  et 
entant  que  tu  commandes,  il  y est, 
et  premier  que  Payes  r’appelé,en  est 
reuenu 

Selon  lesquelles  operations  elle  ob- 

' Philippes  de  Mornay,  lin.  de  la  Religion 
Chresiientie , cl).  14,  parlant  de  l’immorta- 
lité de  l’âme.  — A.  P. 

’ Toute  la  fin  de  ce  paragraphe  depuis  les 
mots  : Pc  sorte  que  nous  voyons  quelle  con- 


tient plusieurs  noms.  Elle  est  appel- 
le Ame , pour  ce  qu’elle  anime  et 
viuifie  le  corps  Elle  est  dite  Esprit, 
pour-ce  qu’elle  aspire  au  corps.  Elle 
est  appelée  Raison  , pour  ce  qu’elle 
iuge  et  séparé  le  vray  d’auec  le  faux. 
Elle  est  dite  Pensée, parce  qu'elle  re- 
cole  les  choses  passées.  Elle  est  dite 
Courage  , pour  l’operation  de  la  vo- 
lonté. Elle  est  dite  Sens,  parce  qu’elle 
senties  choses  sensibles  : et  d’auan- 
tage  elle  est  inuisible  , intactible  , et 
de  nature  intellectuelle.  Et  pour  ce 
aussi  qu’elle  est  incorporée  , n’oc- 
cupe point  de  lieu  par  extension  cor- 
porelle : et  estant  de  simple  nature  , 
ne  croist  ne  diminue  : car  elle  n’est 
point  plus  grande  en  vn  grand  corps 
qu’en  vn  petit,  ny  plus  pelileenvn 
petit  qu'en  vn  grand  : et  est  aussi 
grande  en  sa  nature  dés  le  commen- 
cement de  la  vie  d’vn  petit  enfant , 
qu’elle  sera  iamais,  selon  la  distinc- 
tion qui  sera  cy  apres  touchée. 

Autre  définition.  — L’ame  est  vne 
partie  principale  et  plus  excellente 
de  l’homme,  creée  de  Dieu  , vn  esprit 
par  lequel  non  seulement  nous  sen- 
tons, mouuons,  et  viuons,  mais  aussi 
voulons  et  entendons  : habitant  au 
corps  comme  en  vn  domicile,  pour 
auoir  primauté  , régir  et  gouuerner 
la  vie  de  l’homme,  donner  vigueur 
aux  membres,  rendre  les  organes 
ou  inslrumens  extérieurs  propi  es  et 
vtiles  à leurs  actions,  non  seulement 
és  choses  qui  concernent  la  vie  cor- 
porelle, mais  aussi  la  vie  spirituelle 
et  eternelle  L 

Autre  définition.  — L’ame  est  vn 

lient  le  ciel  et  la  terre,  a été  ajoutée  en  1585, 
avec  la  citation  de  Philippes  de  Mornay  qui 
s’v  rapporte. 

1 Cette  deuxième  définition  de  l’ùme  date 
seulement  de  1585. 


656  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


esprit  orné  de  raison  et  d’intellect 
( comme  escrit  Moyse  en  son  lime  de 
la  Création  du  monde)  laquelle  est 
celeste  et  diuine , et  n’a  rien  de  con- 
uenance  auec  noslre  corps  terrestre  : 
mais  il  luy  sert  seulement  d’habita- 
tion , auquel  il  faut  qu’elle  demeure 
iusques  au  temps  qu’il  plaira  à Dieu 
la  r’appeller  '. 

Or  il  y a trois  maniérés  de  corps  qui 
ont  ame  , par  laquelle  ils  viuent  : le 
premier  et  le  plus  imparfait  est  celuy 
des  plantes  : le  second , des  bestes  : 
et  le  tiers,  des  hommes.  Les  plantes 
viuent  par  l’ame  vegetatiue , qui  est 
cause  de  trois  choses,  à sçauoir,  mou- 
rir, croistre  et  engendrer  : les  bestes 
par  l’ame  sensiliue  : et  les  hommes, 
outre  ces  deux  , par  l’ame  raison- 
nable et  intellectuelle.  Les  bestes 
qui  ont  l’ame  sensiliue,  ont  pareille- 
ment les  actions  de  l’ame  vegetatiue, 
qui  est  és  plantes:  mais  l’ame  humaine 
qui  est  intellectuelle,  emporte  toutes 
les  perfections  et  vertus  des  autres  : 
et  partant,  tout  ainsi  que  l aine  vege- 
tatiuedonne  vie  aux  piantesetles  lait 
croistre,  aussi  fait  famé  intellectuelle 
au  corps  humain  : et  comme  les  bestes 
ont  mouuement  et  sentiment  par 
l’ame  sensitiue  qui  est  en  elles,  aussi 
l’âme  intellectuelle  (au  moyen  de  la 
portion  sensiliue,  par  laquelle  elle 
participe  auec  les  bestes  ) donne  sen- 
timent et  mouuement  au  corps  hu- 
main : mais  par  dessus  ces  deux  por- 
tions , elle  a la  ratiocination  , qui  est 
la  vraie  connoissance  des  choses , la- 
quelle procédé  d’vne  lumière  diuine, 
et  par  spécial  priuilege  a esté  faite  à 
l’image  et  semblante  de  Dieu  2.  Et  y 

• Cetle  autre  définition  est  encore  posté- 
rieure à la  précédente,  et  se  lit  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  posthume  de  1598. 

1 Dans  l’ Anatomie  de  la  Tente , Paré  citait 


a différence  entre  l’ame  et  l’esprit. 
Car  l’ame  est  commune  à toute  chose 
ayant  vie  , comme  nous  auons  dit  cy 
dessus  : mais  l’esprit  est  immortel  et 
• susceptible  de  raison  et  science,  et 
est  seul  propre  et  particulier  à l’hom- 
me. Et  pour  conclure,  l’ame  hu- 
maine a toutes  les  trois  puissances 
susdites,  non  séparément,  mais  vnies 
en  vne  seule  L 

ici  en  marge  Platon  -,  cette  citation  avait 
déjà  disparu  dans  l’édition  de  1573. 

1 Ici  se  termine  le  deuxième  emprunt  fait 
par  le  chapitre  actuel  à X Anatomie  de  la 
Teste.  Seulement  le  texte  primitif,  suivi 
encore  par  l’édition  de  1573  , ajoutait  ces 
derniers  mots  : Taies  en  une  seule , laquelle 
ne  peut  nullement  entre  cogneuë'par  l’intelli- 
gence et  raison  humaine.,  parce  qu’elle  est  ce- 
leste et  diuine. 

Ce  texte  avait  été  fort  amplifié  dans  la 
première  édition  des  œuvres  complètes  ; on 
y lisait  : 

» ....  vins  en  vne  seule,  et  lesquelles  sé- 
parées font  especes  d’ame , coiointes  en 
l’homme  font  trois  parties  de  l’ame  humaine 
et  parfaite,  desquelles  la  principale  est  l’en- 
tendement ou  esprit,  rayon  de  la  diuine 
clarté,  qui  est  la  partie  la  plus  noble  (dy-ei) 
immortelle,  susceptible  et  capable  de  raison 
et  religion,  se  déclarant  telle  par  ses  effets, 
qui  se  raportent  aux  deux  autres  parties  es- 
sentielles duditesprit,  qui  sont  l’Intelligence 
et  la  Volonté.  Par  le  moyen  de  cest  esprit 
l’homme  est  fait  sage,  prudent,  surmontant 
par  son  artifice,  vertu  et  dextérité  tous  au- 
tres animaux:  vsanl  de  ses  membres,  comme 
d’instruments  conuenables  à domter  tous  les 
autres  animaux  : fabricant  tousoutils,  vsten- 
siles  et  ouurages  pour  l’vsage  de  cesle  vie  : 
faisant  de  tout  poinctceque  les  autres  ani- 
maux font  par  l’instinct  naturel,  en  partie 
pour  la  commodité  de  viure.  Somme  que 
l’excellence  de  l’amc  est  telle,  qu’elle  ne 
peut  nullement  estre  cogncuc  par  l’intelli- 
gence et  raison  humaine,  parccqu’cllc  est 
celeste  et  diuine.  » 

Ce  passage  n’existe  que  dans  l'édition 
de  1575,  cta  été  retranché  dès  la  suivante.  La 


DE  LA 

Or  pour  ce  que  nous  auons  dit  cy 
dessus  que  l’ame  a plusieurs  facultés  , 
puissances,  vertus,  et  operations  en 
diuerses  parties  du  corps,  il  seroit  be- 
soin de  dire  de  chacune  en  particu- 
lier : mais  laissons  cela  à ceux  qui 
voudront  philosopher  plus  ample- 
ment, nous  nous  contenterons  , pour 


GENERATION.  Ç>5y 

acheuer  ce  discours , de  parler  seu- 
lement du  Sens  commun , de  ia  fan- 
taisie , de  la  ratiocination , et  de  la 
mémoire. 

Du  Sens  commun1. 

Le  Sens  commun  est  ce  qui  reçoit 
les  images  et  formes  à luy  offertes  et 


suppression  ne  s’est  pas  bornée  là.  En  effet 
on  lisait  dans  l’édition  de  1573  un  assez  long 
passage,  copié  dans  celle  de  1575  à la  suite 
du  précédent,  et  qui  fut  également  retranché 
en  1579;  le  voici  d’après  le  texte  primitif, 
p.  51  : 

«Toutefois  à fin  que  ne  fussions  igno- 
rans  comme  les  bcsies  , Dieu  a voulu 
qu  en  quelque  partie  de  nostre  corps  nous 
contemplions  nature  (par  laquelle  i’entens 
le  Dieu  viuanl  facteur  de  Pvniuers)  en  cher- 
chant les  choses  qui  se  peuuent  grossement 
demonstrer.  Et  de  fait  pour  éclaircir  icelles 
choses  hautes  et  obscures,  les  antiens  ont 
faictcinqsens  intérieurs,  correspondants  aux 
extérieurs,  qui  sont  voir,  odorer,  goutter, 
ouir,  et  toucher. 

» Des  Sens  Intérieurs. 

» Or  donc  les  sens  intérieurs  sont  cinq,  a 
sçauoir  la  faculté  et  puissance  animale,  en- 
uoyee  aux  parties  du  corps  qui  ont  besoing 
de  sentiment  et  mouuement  volontaire, 
desquels  les  instruments  sont  les  nerfs  et 
les  muscles  ; mais  deuant  que  passer  plus 
oultre  à déclarer  les  autres  sens,  nous  dirons 
que  c’est  que  sentir,  qui  n’est  autre  chose 
qu’aperceuoir  quelque  chose  auec  les  sens  : 
et  auparauant  que  le  sentiment  extérieur 
puisse  estre  faict,  quatre  choses  sont  requi- 
ses, lesquelles  concurrent  ensemble,  à sça- 
uoir, la  faculté  ou  puissance  de  l’ame,  par 
laquelle  sont  faictes  quelques  œuures  ou 
fonctions  qui  viennent  à l’esprit  animal 
conduit  par  les  nerfs  : la  seconde,  c’est  l’or- 
gane ou  instrument  teroperé  et  idoine  à re- 
ceuoir  les  fonctions,  en  laquelle,  comme  à 
sou  subiect,  la  puissance  de  l’ame  faict  son 
operation  : la  troisiesme  l’obiect,  qui  est  la 
chose  sensible  et  perceptible,  ou  ce  qui  est 
II. 


obiecté  et  présenté  à l’organe,  et  enuers  le- 
quel la  faculté  ou  puissance  de  l ame  exerce 
ses  operations  : la  quatriesme  est  le  moyen 
qui  reçoit  l’obiect  de  la  qualité  sensible  et  l’a 
porte  à l’organe.  Exemple,  sans  la  faculté 
animale  sensitiue  on  ne  pourroit  nullement 
sentir,  pareillement  sans  son  organe,  qui 
sont  les  nerfs  dont  le  vray  cuir  est  tissu,  par 
lesquels  l’esprit  et  faculté  animale  sont  por- 
tez, on  ne  pourroit  sentir  : aussi  sans  le 
moyen,  qui  est  la  vole  ou  pauime  de  la 
main,  et  des  doigs,  principalement  estans  en 
leur  température  naturelle,  ear  autrement 
ne  peutestre  idoine  à recepuoirles  fonctions 
de  l’arne.  Par  quoy  la  main  estant  trop  re- 
froidie, ou  cschauffee,  ou  calleuse  ( comme 
peuuent  auoir  les  charpentiers,  forgerons, 
et  autres  semblables  manouuriers)  on  ne 
pourroit  auoir  certain  iugement  du  tact. 
L’obiect  du  tact  c’est  la  chose  sensible  ou 
perceptible,  qui  est  obiectee  et  présentée  à 
l’organe,  enuers  lequel  la  faculté  sensitiue 
exerce  son  operation  : et  ce  dict  obiect  est 
toute  qualité  tactile,  faicte  desqualitez  pre- 
mières, comme  chaleur,  froideur,  humidité, 
siccité , et  autres  qui  les  accompagnent, 
comme  dureté,  molesse,  aspérité,  leuilé,  pe- 
santeur, legereté,  espesseur,  rarité,  friable, 
onctueus,  et  encore  d’autres  adjointes  à 
icelles,  comme  grandeur,  petitesse,  figure, 
nombre,  motion  et  repos.  » 

Après  quoi  venait  l’article  intitulé  Du 
sens  commun. 

On  peut  d’ailleurs  comparer  les  idées 
émises  dans  les  passages  retranchés  avec 
celles  du  chap.  9 de  l 'Introduction,  t.  1er, 
p.  56. 

Ici  commence  enfin  pour  se  continuer 
presque  jusqu’à  la  fin  du  chapitre,  le  der- 
nier emprunt  fait  par  l’édition  de  1573  a 
V Anatomie  de  la  Teste  de  1561 , fol.  27  à 33. 

4*2 


658 


LE  DIX-HV1TIÉME  LIVRE, 


apportées  parles  cinq  sens  extérieurs, 
et  discerne  les  objets  d’iceux,  c’est  à 
dire  qu’il  comprend  et  reçoit  les  ope- 
rations, especes,  ou  sembiances  des 
choses  materielles  , qui  ont  esté  re- 
ceuës  par  les  cinq  sens  extérieurs, 
lesquels  sont  seulement  comme  mes- 
sagers au  sens  commun,  pour-cequ’il 
n’y  a rien  en  l’entendement  ou  sens 
commun  qui  premièrement  n’ait  esté 
aux  sens  extérieurs  : et  partant  lesens 
commun  nous  est  donné  pour  rece- 
uoir  les  actions  des  sens  extérieurs. 
Car  l’œil  ne  connoist  point  le  blanc, 
ou  noir,  partant  ne  peut  discerner 
des  couleurs:  ny  la  langue  ce  qu’elle 
gouste , ny  le  nez  ce  qu’il  odore , 
ny  l’oreille  ce  qu’elle  entend  , ny  la 
main  ce  qu’elle  touche  et  palpe,  soit 
chaud  ou  froid  : par- ce  que  telles  ac- 
tions appartiennent  au  sens  commun, 
qui  iuge  l’œil  auoir  veu  blanc  , rouge 
ou  noir,  ou  auoir  veu  vn  homme  ou 
vn  cheual,  ou  autre  chose  materielle, 
comme  vn  chasteau  ou  nauire , ou 
autres  choses  semblables  : et  nonob- 
stant qu’on  ne  les  voye  plus,  on  aura 
neantmoins  connoissance  que  lachose 
esloit  blanche  ou  noire , grande  ou 
petite  : ou  auoir  senti  vne  odeur  si 
elle  est  bonne  ou  mauuaise,  ou  apres 
auoir  gousté  vne  chose  douce  ou 
amere , ou  auoir  ouy  vn  son  estre 
graue  ou  agu , ou  ayant  palpé  ou 
touché  vne  chose  si  elle  est  chaude 
ou  froide  : car  toutes  les  actions  des 
sens  extérieurs  finissent  au  sens  com- 
mun comme  à leur  centre,  ainsi  que 
d’vn  cercle  toutes  les  lignes  viennent 
de  la  circonférence  finir  au  centre, 
qui  est  le  point  commun,  comme  il  le 
peut  estre  demonslré  par  ceste  pe- 
tite figure. 


Et  pour  ceste  cause  est  appelé  ice- 
luy  Sens  commun , et  prince  de  tous 
les  sens  extérieurs , pour-ce  qu’il  en 
vse  comme  de  ses  seruiteurs  en  di- 
uers  négoces  et  maniérés,  iugeanl  et 
discernant  les  choses  qui  luy  ont 
esté  offertes  et  portées.  Et  pour  con- 
clusion , l’intention  de  Nature  a esté 
seulement , que  les  sens  extérieurs  ne 
receussent  sinon  que  superficielle- 
mens  les  obiels,  comme  vn  miroir 
fait,  non  pour  autre  fin  sinon  que 
pour  les  présenter  au  Sens  commun, 
comme  à leur  centre , prince  et  sei- 
gneur, à fin  de  les  discerner  et  com- 
muniquer a l’ame:  le  siégé  duquel, 
selon  Auicenne  et  Auerrois.est  en  la 
partie  anterieure  du  cerueau  '.  Par- 
tant le  sens  commun  est  comme  vn  ré- 
ceptacle vniuersel  desseusextei  ieurs. 

De  la  fantasie  ou  imagination  2. 

Apres  le  sens  commun  vient  l’ima- 
gination , appellée  des  Grecs  l lianta- 
sia  , à cause  que  d’icelle  viennent  les 
idées  et  visions  qu’on  appelle  fanla- 
sies,  laquelle  n’a  point  d’arrest,  si 
ce  n’est  en  dormant  : encore  le  plus 
souuent  est  occupée  en  songeant  et 
resuant  plusieurs  choses,  qui  n ont 
esté  et  iamais  ne  seront.  Iceluy  sens 
a grande  seigneurie  en  nous,  telle- 
ment que  le  corps  naturellement  luy 
obéit  en  plusieurs  et  diuerses  choses, 
lorsqu’il  est  fort  arreslé  en  quelque 
imagination. 

1 Avicenne  et  Averrhoès  n’étaient  point 
cités  dans  1 ’ Anatomie  de  la  Teste;  ils  l’ont 
été  seulement  en  1679.  Et  quant  à la  der- 
nière phrase  : Parlant  le  sens  commun,  etc., 
elle  a été  ajoutée  en  1586. 

7 L' Anatomie  de  la  'J'este  met  ici  en  titre: 
Du  sens  imaginatif,  estimatif  ou  phantasie; 
et  ce  titre  se  lit  encore  dans  les  éditions  de 
1573  et  1576. 


de  la  génération. 


Qu’il  soit  vray,  les  histoires  font 
mention  qu’Alexaridre  le  Macedon 
estant  à disner,  son  harpeur  Timo- 
thée ioiiant  de  sa  harpe  vn  assaut 
de  guerre , luy  fit  abandonner  la  ta- 
ble et  demander  ses  armes,  et  alors 
qu’il  cbangeoit  et  adoucissoit  son 
jeu  , se  r’asseoit  : et  par  telle  admira- 
tion d'harmonie  de  ses  sons  forts  et 
concités,  ses  esprits  demeurons  vain- 
cus estoient  contraints  y obéir , 
le  rendant  audacieux,  tranquille  et 
ioyeux , selon  la  mutation  du  son  de 
sa  harpe. 

D’auantage  , ceste  imagination 
donne  effroy  et  peur , lors  qu’on  voit 
quelqu’vn  en  quelque  péril  eminent. 
Exemple,  lors  qu’vn  certain  Turc  1 
dançuit  sur  vne  corde  en  ceste  ville 
de  Paris  les  pieds  dans  vn  bassin  , 
plusieurs  le  voyant  en  péril  de  se 
rompre  le  col,  bras  etiambes , trem- 
bloient  de  peur,  ne  l’osans  bonnement 
regarder. 

Pareillement  quelquesfois  ceste 
vertu  imaginatiue  fait  cheoir  la  per- 
sonne de  dessus  quelque  planche , ou 
quelque  lieu  haut , pour  la  grande 
appréhension  et  timidité  qu’elle  a de 
tomber.  Et  partant  auec  les  choses  dé- 
liant dites,  nousauons  encore  besoin 
d’vneplus  haute  faculté  poursauoir 
discerner  si  les  choses  imaginées, 
veuës,  oüyes  et  senties  par  dehors  , 
sont  bonnes  ou  mauuaises.  Et  pour 
ceste  cause,  Nature  nous  a donné 
autre  puissance,  qui  discerne  du  bien 
et  du  mal , à cause  dequoy  est  appel- 
lée  Raison  ou  cogitation,  que  décla- 
rerons bien  tost. 

Or  ceste  faculté  imaginatiue  a son 


' Les  éditions  de  1661  et  1573  disaient  tout 
simplement,  et  comme  d’une  chose  bien 
connue  : Lorsque  le  Turc. 


65g 

siégé  pareillement  aux  ventricules 
anterieurs  du  cerueau,  auec  le  Sens 
commun  : mais  le  Sens  commun  est 
situé  (comme  nous  auons  dit  ) en  la 
partie  anterieure  desdits  ventricules, 
et  l’imaginatiue  plus  derrière. 

De  la  Ratiocination  ». 

Apres  l’Imagination,  est  la  faculté 
nommée  Raison , qui  gist  en  l’enten- 
dement , laquelle  est  comme  vne 
lampe  prouenante  de  la  puissance  de 
Dieu  , pour  conduire  toutes  nos  deli- 
berations, et  modérer  nostre  vo- 
lonté 2:  qui  est  la  principale  partie 
de  l’ame,  laquelle  peut  ratiociner, 
composer  et  diuiser , et  iuger  en  der- 
nier ressort  : et  pour  ceste  cause  a 
esté  nommée  des  anciens  intellec- 
tuelle , qui  est  une  puissance  su- 
prême, non  suiette  à aucun  organe 
ou  instrument,  ne  chose  corporelle, 
mais  au  contraire,  en  toutes  ses  ac- 
tions est  libre  et  pénétrante  jus- 
qu’aux profondilés  des  choses  : se 
treuue  sans  bouger  en  mille  lieux  , 
trauerse  les  mers,  pénétré  les  cieux  , 
perce  iusquesaux  abysmesde  la  terre, 
et  fait  vne  infinité  d’œuures  admi- 
rables que  nous  ne  pouuons  connois- 
tre , qui  se  font  par  vn  haut  secret 
caché  en  la  sapience  diuine,  qui  ne 
peut  tomber  en  la  petitesse  de  nostre 
entendement  humain  : parquoy  nous 
les  deuons  admirer.  Car  l’homme  n’est 
pas  proprement  ce  que  nous  voyons , 
mais  bien  l’ame  et  l’esprit,  lequel 
nous  ne  voyons  pas , et  qui  a le 

1 L'Anaiomie  de  la  Teste  et  les  éditions 
de  1573  et  1575  portaient  ici  en  titre  : Du 
sens  appelle  cogitation,  ratiocination  ou  en- 
tendement. 

’ Cette  comparaison  de  la  lampe  n’a  été 
ajoutée  au  texte  qu’en  1585. 


6(jo 


LE  DIX-H  VITIÉME  LIVRE 


corps  pour  son  logis1.  En  somme, 
icelle  seule  inuente  levray,iuge  le 
faux  , et  distingue  ce  que  de  l’vn  ou 
de  l’autre  s’ensuit  ou  répugné,  en 
rapportant  les  circonstances  des  cho- 
ses veuës  et  imaginées,  les  compa- 
rant les  vnes  aux  autres:  et  ainsi 
discerne  la  chose  se  deuoir  faire  ou 
non.  Et  pour  conclusion , ceste  ratio- 
cination nous  est  plus  que  necessaire, 
et  vn  grand  bien  à vn  homme  de 
n’estre  trop  soudain  à faire  ou  parler, 
sans  que  premièrement  Raison  ait 
discouru  et  discerné  le  bien  d’auec  le 
mal.  Car  plusieurs  se  laissent  aller 
par  leur  subite  appréhension , n’at- 
tendans  le  Jugement  de  Raison  pour 
penser  et  discourir  aux  circonstances 
particulières  : par  ce  moyen  tombent 
en  plusieurs  inconueniens , dont  puis 
apres  s’en  repentent. 

Le  siégé  de  ladite  Ratiocination  est 
au  ventricule  moyen  , tesmoin  Ga- 
lien au  3.  liure  de  Placitis  2 , comme 
la  plus  haute  et  seure  forteresse  de 
toute  la  teste , à cause  de  sa  princi- 
pauté. 

De  la  Mémoire  3. 

Apres  la  ratiocination  descrite , 
nous  faut  parler  de  la  Mémoire  , la- 
quelle comme  lidele  tutrice , retire  et 
garde  ce  qui  a esté  aux  trois  ventri- 
cules du  cerueau  receu  et  élaboré.  Et 
pour  ceste  cause  à bon  droit  elle  a 
esté  des  anciens  accomparée  au 
greffe,  auquel  (comme  apres  vn 
procès  debatu)  ce  qui  est  décrété 

1 Les  lignes  qui  précédent  à partir  des 
mots  : se  treuue  sans  bouger  en  mille  lieux, 
sont  encore  une  addition  de  1585. 

5 La  citation  de  Galien  n’a  été  intercalée 
dans  celte  phrase  qu’en  1571). 

3 L 'Anatomie  de  lu  Teste  et  les  éditions 
de  1573  Cl  1575  portaient  ■.  Dusensmcmoratif. 


est  enregistré  : car  par  mesme  raison  , 
ce  qui  a esté  longuement  en  doute  et 
controuerse , par  la  Ratiocination  en 
la  fin  le  tout  est  conclud  et  arresté 
en  l’esprit,  et  cela  s'imprime  en  la 
Mémoire,  à fin  qu’il  soit  reuoqué 
et  qu’on  s’en  puisse  aider  quand  il 
sera  requis  et  necessaire.  Qu’il  soit 
vray,  que  vaudroit  d’auoir  tant  de 
conceptions  en  son  esprit , et  tant  de 
diuersités , si  elles  n’estoient  en  quel- 
ques lieux  gardées?  Et  pour  ceste 
cause,  le  grand  Ai  chilecteur,  facteur 
de  toutes  choses,  curieux  de  nostre 
perfection  , nous  a donné  ce  singu- 
lier remede  prompt  et  commode 
contre  l’ignorance  et  oubliance  des 
choses,  qu’à  l’aide  de  la  mémoire , 
nous  pouuons  de  ce  que  nous  auons 
veu  (comme  de  choses  enregistrées  ) 
remémorer,  et  des  appréhendées  ra- 
tiociner. 

Aucuns  philosophes  appellent  la 
mémoire  le  thresorde  science:  de  là 
vient  que  Sapience  est  fille  de  la  mé- 
moire et  d’experience  : d’autant  que 
la  mémoire  est  vn  cabinet  de  tout  ce 
que  nous  apprenons  et  voyons  '. 

Le  siégé  et  domicile  d’icelle  est  au 
ventricule  postérieur,  situé  au  cere- 
belle,  moins  humide  et  plus  solide 
que  nulle  autre  partie  du  cerueau  , 
pour  ceste  cause  apte  et  idoine  à re- 
ceuoir  les  choses  qui  ont -esté  aux 
trois  ventricules  receuës  et  élabo- 
rées2. 

Et  outre  toutes  ces  choses , Lame  a 
encores  six  autres  facultés  , par  les- 

' Cette  phrasca  été  ajoutée  en  1575  ; elle  a 
d’ailleurs  été  reproduite  au  dernier  chapitre 
du  Liure  des  animaux,  que  Paré  publia 
en  1579. 

’ Ici  s’arrêtent  les  emprunts  faits  a l'A- 
natomie de  la  Teste,  non  pas  que  celle-ci 
s’arrête  dans  ces  doctes  divagations , mais 


DE  LA  GENERATION. 


quelles  chaque  partie  de  nostre  corps 
est  conseruée  : la  première  attractrice, 
qui  attire  son  aliment  : la  seconde  re- 
tentrice,  qui  le  retient  : la  tierce  con- 
coctrice,  qui  le  cuit:  la  quatrième 
assimilatrice,  ou  génératrice  et  aug- 
mentatrice,  c’est  à-dire , qui  le  rend 
semblable  à la  pariie  : la  cinquième 
expultrice,  qui  ielte  hors  les  excre- 
meris  qui  pechent  en  quantité  ou 
qualité,  ou  tous  les  deux  ensemble  , 
et  toutes  les  choses  qui  luy  sont  con- 
traires, comme  le  fer  d’vne  fléché, 
vne  balle,  une  esquille  d’os,  et  au- 
tres choses  estranges  1 : la  sixième 
séparatrice , qui  séparé  les  choses 
qui  doiuent  estre  séparées  •:  exem- 

Paré  n’a  pas  jugé  à propos  de  reproduire 
tout  ce  qu’il  avait  écrit  d’abord.  On  retrou- 
vera d’ailleurs  ce  texte  complet  dans  la 
grande  note  déjà  citée  de  la  page  217  du 
t:.me  I". 

' Jusqu’ici,  le  paragraphe  est  exactement 
reproduit  d’après  le  texte  de  l’édition  de 
1573  j mais  la  dernière  phrase  n’a  été  ajoutée 
qu’en  1585.  Il  s’ensuit  que  jusqu’en  1585 
Paré  n’admettait  que  cinq  facultés;  et  il  ne 
parle  même  que  de  ces  cinq  facultés  dans  le 
premier  livre  de  son  anatomie  (Voyez  t.  Ier, 
p.  111  ).  Mais  en  1585  aussi  il  avait  ajouté 
la  sixième  aux  cinq  premières  dans  le  cha- 
pitre 8 de  son  Introduction.  Voyez  dans  le 
t.  Ier  le  texte  et  les  notes  des  pages  54  et  55. 

Il  faut  dire  encore  que  cette  édition  de  1573 
ne  s’arrêtait  pas  là  , mais  avait  fait  son  pro- 
fit d’un  long  passage  de  l 'Anatomie  de  la 
Teste  déjà  reproduit  dans  l’ Anatomie  géné- 
rale. 

Voyez  pour  les  diverses  reproductions  de 
ce  morceau  la  note  de  la  page  229  du  t.  Ici  ; 
et  le  morceau  lui-même  se  lit  en  entier 
p.  75  et  suivantes  du  même  volume.  Toute- 
fois, comme  l’édition  de  1573  n’en  avait 
donné  qu’une  analyse  très  rapide,  et  qu’elle 
y avait  joint  quelques  autres  idées,  je  don- 
nerai tout  le  passage  qui,  dans  cette  édition, 
terminait  le  chapitre  : 

« Dauantage  l’ame  a quelques  passions, 


GGi 

pie , comme  le  laict  dans  le  sang  , ou 
le  pus  ou  les  humeurs  de  la  masse 
sanguinaire,  comme  la  cholere  qui 
est  enuoyée  à la  follicule  du  fiel , la 
melancholie  à la  ratte,  l’vrine  à la 
vessie,  et  autres  choses  qui  se  font 
par  le  bénéfice  de  Nature. 


CHAPITRE  XII. 

DES  EXCREMENS  NATVRELS,  ET  DE  CEVX 

OVE  IETTE  L’ENFANT  EN  LA  MATRICE 

DE  SA  MERE. 

Deuant  que  descrire  par  quels  con- 
duits l’enfant  estant  au  ventre  de  sa 

comme  ioye,  tristesse,  crainte,  honte,  vere- 
condie.  Or  la  ioye  procédé  du  cœur,  lequel 
estant  frappé  de  ce  qui  luy  semble  agréable, 
se  dilate  et  eslargit,  comme  pour  embrasser 
l’obiect  présenté,  et  lors  les  esprits  s’cspan- 
dent  par  tout  le  corps  : Au  contraire  quand 
le  cœur  se  reserre  et  retrainct,  suruient  la 
tristesse,  d’autant  qui  ne  s’y  peut  engendrer 
grande  quantité  d’esprits,  et  encore  si  peu 
qu’il  y en  a ne  peuuent  estre  ayscment  dis- 
tribués. Semblablement  crainte  reuoque  et 
attire  subitement  le  sang  et  les  espris  au 
cœur,  et  partant  on  voit  que  le  visage  pal- 
list,  et  les  extrémités  demeurent  froides,  et 
la  voix  est  interrompue  auec  vn  grand  trem- 
blement de  tout  le  corps.  Honte  est  vne  af- 
fection meslee  de  courroux  et  de  crainte,  et 
si  la  crainte  surmonte  le  courroux,  faict  que 
le  sang  se  relire  au  cœur  : adonc  le  visage 
pallit  ; et  si  lecourroux  surmonte  la  crainte, 
esmcut  le  sang,  et  le  faict  monter  au  visage. 
Il  y a vne  autre  honte  appelée  verecondia, 
qui  fait  que  les  esprits  se  retirent  au  centre, 
et  à l'instant  mesme  reuiennent,  laquelle 
chose  est  fort  familière  aux  enfans  et  aux 
vierges  : et  par  ainsi  l’on  cognoist  que  les 
passions  de  l’ame  font  de  grandes  mutations 
en  nostre  corps. 

» Or  pour  donner  fin  aux  actions  et  ope- 
rations de  l’ame,  laquelle  a trois  facilitez 
principales  qui  regissentetgouuernent  nostre 


602 


LE  DIX-HVITIÉMG  LIVRE, 


mere,  iette  ses  excremens,  il  m’a 
semblé  bon  de  proposer  au  ieune 
chirurgien  ceux  qui  sont  naturels. 

Donc  on  appelle  excrement  ce  que 
Nature  séparé  d’auec  le  pur  et  net.D’i- 
ceux  il  y a plusieurs  genres  : le  premier 
est  de  la  première  digestion,  laquelle 
se  fait  en  l’estomach,  qui  estant  poussé 
par  les  intestins , sort  par  le  fonde- 
ment. Le  second  procédé  du  foye , et 
comprend  deux  especes  : à sçauoir  la 
cholere,  de  laquelle  vne  partie  esten- 
uoyée  du  foye  au  kyslis  fellis,  pour 
irriter  la  faculté  expultrice  à ietter  la 
matière  fecale  à sortir  par  les  intes- 
tins : l’autre  semblable  à megue  et 
sérosité  s’en  va  du  foye  par  les  gran- 
des veines  auec  le  s ng  pour  luy  ser- 
uir  de  véhiculé  à couler  çà  et  là  : 
quoy  fait,  reuoqué  et  cbassé  par  Na- 
ture, sort  par  l’vrineet  sueur  L L’au- 

corps,  à sauoir  animale,  naturelle  et  vitale, 
laquelle  vitale  principalement  lient  l’excel- 
lence pardessus  les  autres,  qui  se  fa:ct  par  le 
moyen  de  la  dilatation  et  constriclion  du 
cœur,  et  des  arleres,  laquelle  cessant,  l’ame 
se  séparé  du  corps,  qui  alors  est  appelé  ca- 
dauer,  ou  pourriture  et  corruption,  qui  ne 
mérité  plus  de  demeurer  sur  la  terre,  mais 
estre  enseuely  aux  entrailles  d’icelle,  iusques 
à la  résurrection  vniuersellc,  pour  entrer  en 
la  béatitude  immortelle. 

» Maintenant  nous  retournerons  sus  nos 
brisees,  et  parlerons  des  excrements  natu- 
rels et  de  ceux  que  iette  l’enfant  en  la  ma- 
trice de  sa  mere,  estant  en  icelle.  » 

L’édition  de  1575,  en  supprimant  tout  ce 
passage,  avait  cependant  gardé  la  dernière 
phrase  qui  sert  de  transition  pour  le  chapitre 
suivant  ; maiselle  a été,  comme  tout  le  reste, 
supprimée  en  1579. 

1 L’édition  de  1573,  suivie  encore  par  celle 
de  1575,  dit  simplement  : et  vne  partie  s’en 
va  au  foye  par  les  grandes  veines  auec  l’a- 
quosité du  sang,  et  sort  aucc  l’vrine  et  sueur. 

Le  nouveau  texte  date  de  1579.  Je  n’ai 
pu  découvrir  l’exacte  signification  du  mot 
megue-,  le  latin  se  borne  à dire  : alterum  est 


tre  espece  est  l’humeur  mélancolique, 
lequel  est  attiré  par  la  ralte  , se 
nourrissant  du  meilleur  d’iceluy,  et 
ieltant  le  reste,  partie  à la  bouche 
de  l’estomach , à fin  d'irriter  l’appelit 
par  son  acrimonie,  partie  aux  in- 
teslins  ’.  Le  dernier  se  fait  à chacune 
partie  du  corps,  par  la  derniere  di- 
gestion propre  à chacune  d’icelles , et 
est  poussé  hors  du  corps , partie  par 
transpiration  insensible , et  quelques 
fois  par  sueur  par  les  pores  du  cuir, 
partie  aussi  par  certains  passages  et 
conduits  propres  à chacune  desdites 
parties  : comme  sur  toutes  autres 
aduient  au  cerueau,  lequel  se  purge 
par  plusieurs  canaux,  comme  par 
le  nez , par  la  bouche , de  ce  troi- 
sième excrement,  qui  descend  par 
les  trous  du  palais,  par  les  oreilles, 
par  les  commissures  du  crâne,  par 
les  yeux.  Et  tous  ces  excremens  se 
doiuent  purger  tous  les  malins,  en- 
core qu’en  autre  temps  du  iour  cela 
se  peut  aussi  faire  : et  si  quelques  vns 
sont  par  trop  long  temps  retenus,  il 
failt  remedier  aux  causes  de  leur  ré- 
tention, tant  par  régime  que  par  mé- 
decine. Il  y a bien  d’au  très  excremens, 
lesquels  ne  sont  naturels , desquels  si 

sèrosum.  Mais  d’après  un  autre  passage  des 
éditions  de  1573  et  1575,  il  paraît  vouloir 
dire  le  sérum  du  lait.  Voyez  la  nolesuivanle. 

1 Galien  , De  vsu  partium. — A.  P. 

Les  éditions  de  15t3  et  1575  contenaient 
ici  un  passage  qui  a été  retranché  en  1579, 
et  que  voici  : 

« La  troisiesme  se  congrege  és  venes  et 
arteres,  semblable  au  megue  et  sérosité  du 
laid,  semant  de  véhicule  au  sang,  qui  ne 
pourroit  pour  sa  grosseur  couler  fà  et  là  és 
venes,  cl  nature  s’en  estant  ainsi  aydee,  est 
reuoqué  de  l’habitude  du  corps  par  la 
grande  veine  caue  le  chassant  aux  reins,  et 
d’iceux  aux  pores  vrcleres,  puis  à la  vessiè, 
pour  estre  mis  hors  par  le  canal  de  la  verge.  » 


DE  LA  GENERATION. 


663 


tu  veux  auoir  la  connoissance  , voy 
le  traité  de  la  Peste. 

L’enfant  estant  au  ventre  de  sa 
mere,  commence  ù vriner,  soudain 
que  toutes  ses  parties  sont  formées  , 
par  le  conduit  de  l’ombilic  nommé 
vrarhus  : mais  aux  derniers  mois 
prochains  de  sa  naliuilé , ledit  vra- 
chus  se  ferme , comme  auons  dit 1 , et 
alors  l’enfant  masle  vrine  par  la 
verge , la  femelle  par  le  col  de  sa  ves- 
sie. Ceste  vrine  se  conserue  auec  les 
autres  exeremens  , à scaucrt,  la 
sueur  et  les  sérosités , et  autres  su- 
perfluités du  sang  menstruel,  qui  ser- 
uent  pour  supporter  plus  facilement 
l’enfant  nageant  en  icelles.  El  lors 
que  le  temps  est  venu  d’enfanter,  il 
rompt  les  membranes  , et  adonc  les- 
dites  aquosités  sortent,  et  alors  les 
matrones  prédisent  que  bien  tost  la 
femme  accouchera,  puis  que  les  eaux 
s’escoulent  : et  si  l’enfant  sort  promp- 
tement auec  l’expulsion  d’icelles  ( ou 
subit  après)  l’enfantement  sera  heu- 
reux : car  par  l’humidité  desdiles 
eaux,  le  col  de  la  matrice  et  autres 
parties  en  sont  rendues  plus  lubri- 
ques, laxes,  glissanles  ou  coulantes, 
qui  fait  que  plus  facilement  le  col  de 
la  matrice  se  dilate  et  ouure.  Et  si 
l’enfant  retarde  à sortir  apres  qu’el- 
les sont  issues,  la  femme  enfantera 
avec  une  très  grande  difficulté,  parce 
que  l'enfant  demeure  à sec,  et  aussi 
que  la  matrice  et  le  col  d’icelle 
se  resserrent.  Les  matrones  rendent 
bons  tesmoignages  de  cela:  car  quand 
la  mere  a perdu  en  abondance  et 
tout  à coup  ses  eaux , long  temps  au- 
parauant  que  l’enfant  se  présente  au 
couronnement  de  la  partie  honteuse , 

1 Les  mots  : comme  auons  dil , se  rappor- 
tent au  passage  supprimé  que  j’ai  reproduit 

dans  la  note  l de  la  page  C48. 


sont  contraintes  ( à l’exemple  et  imi- 
tation de  Nature)  oindre  le  col  de  la 
matrice  de  choses  onctueuses  et  oléa- 
gineuses. 

Or  ledit  enfant  ne  iette  aucune  ma- 
tière fecale  par  le  fondement , estant 
au  ventre  de  sa  mere , si  ce  n’est  lors 
que  la  femme  est  preste  d’accoucher, 
et  qu’il  aye  rompu  les  layes  : à raison 
qu’il  ne  prend  point  d’aliment  par  la 
bouche  , et  aussi  que  son  estomach 
ne  fait  encores  son  office,  dont  rien 
n'est  transporté  aux  boyaux  : et  luy 
estant  enuoyé  vn  sang  pur  et  digéré, 
il  n’y  a nulle  superfluité  fecale.  Qu’il 
soit  vray , i’ay  veu  des  enfans  naistre 
à terme  , lesquels  n’auoient  aucune 
ouuerlure  au  siégé  , iceluy  estant 
clos  d’vne  petite  peau , de  laquelle 
ayant  fait  aperlion  , tout  subit  en 
sortoit  des  exeremens.  Dont  nous 
conclurons  que  l’enfant  ne  iette  au- 
tre excrement  au  ventre  de  sa  mere  , 
fors  la  sueur  et  l’vrine,  parce  qu’il 
est  nourri  de  sang  bénin  et  louable, 
et  non  de  sang  menstruel , vilain  et 
corrompu  , comme  aucuns  ont  pensé 
et  escrit. 

Or  il  faut  ici  noter,  que  lesdites 
aquosités  sont  à la  capacité  de  la  ma- 
trice encloses  dans  les  membranes,  es- 
quelles  l’enfant  nage  entièrement,  et 
ne  sont  séparées  de  l’enfant,  comme 
on  voit  aux  chéures,  brebis,  chiens, 
et  autres  bestes  : ce  que  i’ay  bien  ob- 
serué  plusieurs  fois  L 

Les  signes  que  la  femme  aura  conceu 
vn  masle  ou  vne  femelle. 

Si  elle  est  grosse  d’vn  fils,  la  femme 
est  plus  dispose  et  gaillarde  en  toute 
sa  grossesse,  et  la  couleur  plus  ver- 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  dans  les 
éditions  de  1573  et  1575. 


LE  DIX-HVIT1ÉME  LIVRE  , 


664 

meille  , l’œil  gay,  vif,  et  le  teint  plus 
net  et  plus  clair  que  d’vne  fille  1 : 
parce  que  le  fils  estant  plus  chaud  de 
son  tempérament , redouble  la  cha- 
leur de  lamere.  La  femme  aura  meil- 
leur appétit  : elle  sent  son  enfant 
mouuoir  dedans  trois  mois  et  demy, 
et  d’vne  fille  plus  tard  : son  ventre 
est  pointu  , toutes  ses  parties  droites 
sont  plus  habiles  à tous  mouuemens: 
que  le  premier  pas  qu’elle  fait  estant 
debout,  est  du  pied  droit  : et  estant 
assise , quand  elle  se  veut  leuer,  met 
plustost  la  main  droite  sur  le  genoüil 
droit  pour  s’y  appuyer.  L’œil  dextre 
est  plus  mobile,  le  tetin  droit  engros- 
sit  plustost,  et  le  mouuement  de  l’en- 
fant est  plus  au  costé  droit  : le  con- 
traire est  d’vne  fille  2.  Ces  signes 
aduiennent  le  plus  souuent,  comme 
ont  les  anciens  et  modernes  remar- 
qué. L’enfant  masle  est  plus  excel- 
lent et  parfait  que  la  femelle , tes- 
moin  l’autorité  et  preminence  que 
Dieu  luy  a donné,  le  constituant  sur 
la  femme  comme  chef  et  seigneur  3. 

Plusieurs  tiennent  que  les  masles 
se  font  parla  vertu  du  testicule  droit, 
parce  qu’il  est  plus  chaud  et  plus  so- 
lide , à cause  de  quoy  rend  vne  se- 
mence plus  chaude  et  seiche  , et 
plus  spiritueuse  : partant  plus  idoine 
à engendrer  masles.  Et  c’est  pour- 
quoy  les  pasteurs,  lorsqu’ils  veulent 
auoir  des  masles  de  leur  bestial , ils 
leur  lient  le  testicule  gauche , comme 
au  toreau , bellier,  bouc,  qui  doiuent 
saillir  les  vaches,  chéures,  et  brebis. 

Outre  ces  belles  raisons , on  voit 

1 Hipp.  aph.  42.  liu.  6. — A.  P. 

’ L’édition  latine  cite  en  cet  endroit  l’a- 
phorisme 47  d’Hippocrate,  sect.  6;  cette  ci- 
tation ne  se  trouve  dans  aucune  édition 
française. 

s Ici  Unissait  le  chapitre  en  157!),  le  reste 
est  de  1 585. 


par  expérience,  que  des  hommes  à 
qui  on  a amputé  le  testicule  dextre 
engendreront  des  enfans  masles.  Et 
par  la  vertu  de  Dieu  les  masles  et 
femelles  sont  engendrés  ainsi  qu’il 
luy  plaist  en  ordonner  : et  me  semble 
que  les  maris  ne  sont  sages  se  cour- 
roucer contre  leurs  femmes  et  com- 
pagnes, pour  auoir  fait  des  filles: 
car  il  n’est  en  la  puissance  de  l’ homme 
ny  de  la  femme  d’engendrer  vn  masle 
ny  vne  femelle  quand  ils  veulent. 


CHAPITRE  XIII. 

COMMENT  L’ENFANT  ESTANT  A TERME 
S’EFFORCE  DE  SORTIR  HORS  DV  VENTRE 
DE  SA  MERE,  ET  DE  SA  NATIVITÉ. 

Quand  l’enfant  est  venu  à son  terme 
prefix , alors  il  a affaire  de  plus  grand 
nourrissementqu’auparauant,eln’en 
pouuant  tirer  par  le  nombril  tant 
qu’il  en  a besoin  , cela  est  cause  que 
par  vne  grande  impétuosité  cherche 
à sortir  hors  : adonc  il  se  meut , et 
rompt  les  membranes  qui  le  sous- 
tiennent  : et  si  elles  estoient  si  dures 
qu’elles  ne  peussent  rompre,  il  les 
faut  fendre  et  deschirer  auec  les 
doigts,  pour  donner  libre  issue  aux 
eaux  et  à l’enfant  Dont  la  matrice 
se  trouuant  intéressée  , ne  le  peut 
plus  soustenir  : adonc  s’ouure,  et 
par  icelle  ouuerture  sentant  l’air  en- 

1 Cette  phrase  : Et  si  elles  estoient  si  du- 
res, etc.,  a été  ajoutée  seulement  en  J 585. 
Mais  à part  ces  mots,  toute  la  théorie  qui 
précède,  touchant  la  sortie  de  l’enfant,  sem- 
ble avoir  été  extraite  et  presque  traduite  du 
chapitre  1er  du  Livre  3 de  RuefT  : De  la 
conception  et  génération  del’liomme,  imprimée 
en  allemand  à Zurich  en  1553;  traduit  et 
, publié  en  latin  par  l’auteur  lui-même  en  1554. 


DE  LA  GENERATION. 


trer,le  poursuit,  et  s’efforce  de  sortir 
hors , la  teste  deuant  : alors  se  fait  la 
natiuilé  naturelle  de  l’enfant , non 
sans  douleur  de  son  corps  tendre  et 
délicat , estant  pressé  , dont  en  pleu- 
raut  fait  icy  son  entrée  des  calamités 
de  la  vie  humaine.  Semblablement 
la  mere  enfante  auec  vne  extreme 
douleur  , parce  qu’il  faut  que  le  col 
de  sa  matrice  ( qui  est  rond , estroil 
et  nerueux)  se  dilate  et  eslargisse 
grandement  pour  faire  passage  à 
l’enfant , et  aussi  que  les  os  des  han- 
ches se  séparent  de  l’os  Sacrum , à 
fin  qu’estans  dilatés,  toutes  les  autres 
parties  se  puissent  plus  facilement 
ouurir. 

Or  que  lesdits  os  se  disioignent  et 
séparent , il  est  aisé  à croire  et  à 
prouuer  : car  comme  seroit-il  pos- 
sible qu’vn  enfant  estant  à terme,  ou 
deux  gemeaux  s’entretenans  joints 
ensemble,  peussent  passer  par  ceste 
petite  voye  estroite , sans  que  les- 
dits os  ne  fussent  disioints  l’vn  d’a- 
uecques  l’autre?  Or  véritablement ie 
le  sçay, pour  auoir  ouuert  des  fem- 
mes subit  apres  auoir  rendu  leur 
fruit,  ausquelles  i’ay  trouué  entre 
les  os  des  hanches  et  os  Sacrum  , dis- 
tance à mettre  le  doigt  entre  deux. 
D’auantage  i’ay  remarqué , estant 
appellé  aux  accouchemens  des  fem- 
mes , ayant  la  main  sous  leur  crou- 
pion , auoir  ouy  et  senti  vn  bruit  de 
crépitation  ou  craquement  desdits  os 
pour  la  séparation  qui  s’y  faisoit  : et 
mesmes  i’ay  entendu  de  plusieurs  fem- 
mes honorables,  que  quelques  iours 
vnpeu  deuant  que  d’accoucher,  apper- 
ceuoient  auec  douleur  certains  bruits 
desdits  os  qui  croquctoient  ensemble. 
D’auantage,  lesfemmesqui  ont  recen- 
temenl  enfanté  se  plaignent  fort  auoir 
douleur  en  la  région  de  l’os  Coccyx  ou 
Caudœ , qu’ils  appellent  les  Reins  : et 


665 

icyieeonclus  (sauf meilleuriugement 
que  1e  mien)  que  lesdits  os  commen- 
cent à s’entr’ouurir,  quelquesfois 
deuant  l’enfantement , et  principa- 
lement à l’heure  que  l'enfant  sort 
et  est  mis  sur  terre  '.  Mais  véritable- 
ment les  os  des  hanches  et  Pubis 
s’ouurent  et  séparent  les  vus  des  au- 
tres, en  sorte  que  plusieurs  femmes 
(faute  que  Nature  ne  les  a puis  apres 
bien  reioints),  sont  demeurées  boi- 
teuses. Et  quant  à ce  qu’on  dit,  qu’en 
Italie  on  rompt  l’os  Pubis  aux  ieunes 
filles  ( à fin  que  lorsqu’ils  auront  des 
enfans  accouchent  plus  facilement) 

1 Tout  le  commencement  de  ce  paragraphe 
est  textuellement  reproduit  d’après  l’édition 
de  1573.  Mais  ce  qui  suit  était  fort  différent 
dans  l’origine;  ainsi  en  1573,  en  1575,  et 
même  encore  dans  l’édition  de  1579,  on  li- 
sait : 

« El  n’ay  iamais  aperceu  qu’il  se  face  ou- 
uerlure  punie uant,  comme  aucuns  disent,  mais 
véritablement  les  os  des  hanches  s’ouurent  et 
séparent,  en  sorte  que  plusieurs  femmes  (faute 
que  nature  ne  les  a puis  apres  bien  reioincls) 
sont  demeurees  boyteuses.  » 

C’est  donc  en  1585  qu’il  changea  son  texte 
et  sa  doctrine,  d’après  une  observation  qui 
sera  citée  plus  bas,  et  dont  il  fut  rendu  té- 
moin le  1er  février  1579.  L’édition  de  cette 
année  était  presque  entièrement  imprimée, 
puisqu’elle  fut  en  état  de  paraître  le  8 fé- 
vrier, ce  qui  explique  pourquoi  il  ne  put 
parler  de  cette  observation  que  dans  l’édi- 
tion suivante.  Il  est  à noter  même  que  dans 
toutes  ses  éditions  il  a laissé  subsister,  sans 
doute  par  oubli,  un  passage  de  son  anato- 
mie où  l’écartement  des  pubis  demeure  ré- 
voqué en  doute.  ( Voyez  t.  Ier,  p.  295.) 

Mais  ce  que  l’on  s’explique  difficilement, 
c’est  la  longue  persistance  de  Paré  à nier 
l'écartement  de  la  symphyse  pubienne, 
quandil  avaitécritlui-même,  dans  sa  Rriefue 
collection,  qu’il  avait  vu  toutes  les  sym- 
physes écartées  sur  deux  femmes  mortes 
d’hémorrhagie.  J'ai  rapporté  ce  passage  à 
la  page  déjà  indiquée  du  t.  !«>■. 


666 


LE  DIX-II VITIÉME  LIVRE 


c’est  une  chose  fausse  et  mensongère  : 
car  encore  qu’on  les  eust  rompus , i! 
s’y  feroit  un  callus  , comme  ii  se  fait 
tousiours  aux  fractures  des  os  , dont 
puis  apres  l’enfantement  seroit  rendu 
plus  difficile1. 

I Ici  s’arrêtait  le  chapitre  dans  les  trois 
éditions  de  1573,  1575  et  1 579,  et  consé- 
quemment amsi  dans  l’édition  latine.  Ce 
qui  suit  a été  ajouté  en  15S5. 

II  me  parait  étonnant  qu’on  n’ait  pas  fait 
plus  d’a  lenlion  jusqu’à  présent  à la  pré- 
tendue coutume  italienne,  mentionnée  par 
A.  Taré.  Evidemment  il  n’en  parle  que 
d’ouï-dire,  et  cet  oui-dire  est  absurde;  mais 
ceux  qui  le  lui  avaient  rapporté  n’auraient- 
ils  pas  confondu  avec  une  manœuvre  stupide 
et  impossible  une  opération  plus  ration- 
nelle, qui  aurait  eu  quelque  rapport  avec  la 
symphyséotomie  proposée  en  France  seule- 
ment au  xviti'  siècle? 

Celte  question  de  l’écartement  de  la  sym- 
physe pubienne  a été  reprise  plus  tard  par 
Severin  Pineau,  Opusculum  phÿsiologicurri  et 
anatomicum,  Parisiis,  1597  ; et  bien  que  par 
sa  date  l’ouvrage  soit  un  peu  postérieur  à 
Paré,  les  faits  et  les  raisonnements  sont  bien 
de  la  meme  époque.  Pineau  avait  été  long- 
temps l’un  des  collègues  et  des  amis  de  Paré, 
et  lui  avait  même  fait  présent  d’une  pièce 
anatomique  assez  curieuse , savoir,  un  os 
pubis  qui  offrait  une  apophyse  styloïde  fort 
longue  à sa  face  interne  et  près  de  l’extré- 
mité inférieure  de  la  symphyse;  et  enfin  la 
principale  observation  de  son  livre  n’est 
autre  que  celle  alléguée  par  Paré  lui-même. 
Il  m’a  paru  curieux  de  rapporter  en  entier 
cette  observation,  qui  constitue  le  8e  cha- 
pitre du  2e  Livre  de  l 'Opusculum;  elle  est  un 
peu  longue,  mais  elle  nous  donne  d’abord 
une  liste  complète  des  chirurgiens  qui 
étaient  alors  à Paris  (la  table  des  matières 
dit:  Map.  in  Chirurg.  gui  Luleliœ  aderam)  • 
elle  nous  les  montre  ensuite  en  grande  con- 
sullalion  agitant  des  questions  de  science, 
et  quelles  questions!  en  sorte  (pie  c’est  un 
petit  tableau  assez  curieux  de  l’époque.  J’ai 
traduit  aussi  littéralement  que  possible. 

« En  février  16*9,  dans  le  collège  royal 


Il  y a des  hommes  si  fermes  en  leurs 
opinions,  qu’encore  qu’on  leur  fist 
toucher  au  doigt , et  voir  à l’œil  la 
vérité  du  contraire  de  ce  qu’ils  main- 
tiennent , si  est-ce  toulesfois  que  ia- 
mais  ils  ne  se  voudront  départir  de 

des  chirurgiens  de  Paris,  André  Malesieu, 
homme  très  docte  et  chirurgien  très  expert, 
étant  alors  prévôt  du  collège,  Jacques 
d’Amboise,  maîlre-és  arts  et  bachelier  en 
chirurgie  (aujourd’hui  docteur  dans  l’une 
et  loutre  médecine  et  médecin  du  roi),  sui- 
vant la  coutume  ducol’ége  et  des  bacheliers 
parcourant  le  stade  chirurgical , disséqua 
un  cadavre  de  femme , démontra  avec  un 
art  admirable  toutes  et  chacune  de  ses  par- 
ties, exposa  les  sièges  et  les  remèdes  des 
maladies  qui  ont  principalement  besoin  du 
secours  de  la  main  Cette  femme,  âgée  d’en- 
viron vingt-quatre  ans,  par  sentence  et  ju- 
gement du  lieutenant-criminel,  confirmés 
par  l’autorité  du  Parlement,  avait  été  pen- 
due dix  jours  après  être  accouchée,  attendu 
qu’aussitùt  après  sa  délivrance,  poussée  par 
je  ne  sais  quel  mauvais  génie  , elle  avait  de 
ses  propres  mains  tué  son  enfant:  et  saisie 
en  flagrant  délit,  elle  avait  été  mise  en  pri- 
son. Le  lendemain  de  la  pendaison,  le  ca- 
davre commença  à être  anatomisé  par  ledit 
M.  d’Amboise,  en  présence  de  MM.  les  chi- 
rurgiens ci-dessous  nommés.  Il  y avait 
donc  : MM.  Robert  Gaignard,  doyen  ; Ni- 
colas Langlois , François  des  Neux,  Guil- 
laume Uuboys  chirurgien  du  roi , Ambroise 
Paré  premier  chirurgien  du  roi,  Louis  le 
Brun,  Jean  d’Amboise  chirurgien  du  roi,  et 
juré  pour  le  roi  au  Châtelet  de  Paris,  Jean 
Dclisle,  JeanCoinlerctchirurgien  de  la  reine 
mère,  et  juré  pour  le  roi  au  Châtelet,  N. 
Des  Neux,  Raoul  Lefort , Richard  Hubert, 
chirurgien  du  roi , Pierre  Pigrey  chirurgien 
du  roi,  Antoine  Portail  chirurgien  du  roi, 
aujourd’hui  premier  chirurgien,  Jacques 
Dioneau  chirurgien  du  roi,  André  Malésieu 
prévôt  dudit  collège,  nous  Severin  Pineau, 
Ismael  Lambert  chirurgien  du  roi,  Jérôme 
de  Lanoue  chirurgien  de  la  reine-mère  Ca- 
therine de  Médicis,  Pierre  Cheval,  Simon 
Pietre,  Urbain  Larbalestrier,  Jacques  Guil- 


DE  LA  GENERATION-. 


ce  qu’ils  auront  conceu  et  engrauéen 
leur  esprit:  en  quoy  ils  se  monslrent 
merueilleusement  amoureux  d’eux- 

lemeau,  chirurgien  du  roi.  Avec  Ions  ces 
messieurs  et  maîtres  en  chirurgie,  inscrits 
ici  dans  l'ordre  de  leur  réception  , il  y avait 
aussi  les  écoliers  et  bacheliers  en  chirurgie  : 
Louis  Hubert,  Philippe  Col lo t , Ions  deux 
chirurgiens  du  roi  désignés,  Josse  de  Beau- 
vais et  Claude  Viard;  en  outre  étaient  ve- 
nus du  dehors,  M.  Laurent  Joubert,  docteur 
en  médecine  et  professeur  royal  en  l’univer- 
sité de  Montpellier,  et  M.  Barthélemy  Ca- 
brol  chirurgien  de  Montpellier,  tous  deux 
très  versés  en  anatome,  qui  se  lrou\alent 
alors  à Paris  par  ordre  du  roi.  Il  y avait 
enfin  quelques  étudiants  en  médecine  et  en 
chirurgie  ; et  avant  tous  les  autres,  ces  dili- 
gents anatomistes  auxquels  nous  avions 
montré  dans  les  années  précédentes  l’art  de 
disséquer  non  seulement  les  corps  humains, 
mais  aussi  les  cadavres  des  autres  ( aliorum ) 
animaux  qui  nous  tombaient  entre  les 
mains;  parmi  lesquels  étaient,  si  je  ne  me 
trompe,  P.  Erald  (Eraldus),  Jerome  Coupé 
( Copœus ),  tous  deux  champenois;  et  Gaspar 
Bauhin  de  Bâle,  aujourd’hui  très  célèbre 
médecin  dans  son  pays,  et  professeur  élu  de 
botanique  (simpliciurn)  et  d’anatomie;  c’é- 
tait le  plus  curieux  de  tous,  et  pour  cette 
raison  et  à cause  de  son  père,  homme  fort 
versé  dans  l’une  et  l’autre  médecine,  et  au- 
trefois notre  collègue,  nous  professions  pour 
lui  la  plus  vive  amitié.  La  première  dé- 
monstration du  sujet  commencée  en  pré- 
sence de  tous  les  assistants  ci-dessus  nom- 
més, l’un  de  nous  souleva  cette  question,  et 
elle  fut  donnée  pour  la  dissection,  attendu 
la  présence  de  MM.  Joubert  et  Cabrol  de 
Montpellier,  savoir  : s’il  y avait  abouche- 
ment des  veines  mammaires  descendantes  et 
des  épigastriques  ascendantes,  et  s’il  se  faisait 
une  communion  manifeste  des  vaisseaux  au 
milieu  de  l’épigastre,  à l’intérieur  dans  le 
muscle  droit,  à l’extérieur  dans  le  panni- 
cule  charnu  ou  plutôt  adipeux;  réunion 
commune  qui  devait  être  d’autant  plus  fa- 
cilement et  ouvertement  aperçue,  que  la 
femme  était  accouchée  plus  récemment;  le 
sang  chez  les  mères  qui  nourrissent  leurs 


667 

mesmes,  s’ils  aiment  mieux  leurs  opi- 
nions que  la  raison  : ou  fort  ennemis 
de  la  postérité,  si  connoissans  la  vérité, 

enfans  devant  être  porté  par  des  vaisseaux 
de  ce  genre  de  l’utérus  et  des  autres  parties 
inférieures , et  par  d’autres  vaisseaux  des 
parties  supérieures  aux  mamelles,  pour  que 
le  lait  se  fasse.  Si  au  contraire  la  femme  ne 
donne  pas  le  sein,  le  lait  est  encore  éliminé 
par  l’utérus,  où  il  est  envoyé  des  mamelles 
par  le  moyen  de  ces  vaisseaux  mammillaires 
et  épig istriques,  suivant  l’opinion  de  plu- 
sieurs. D’autres  disent  que  le  lait  est  re- 
porté des  mamelles  dans  la  veine  cave  as- 
cendante par  la  veine  mammaire,  puis  dans 
le  tronc  descendant,  et  de  là  par  les  reins  et 
les  uretères  dans  la  vessie,  ou  par  les  veines 
spermatiques  dans  l’utérus,  ou  par  l’une  et 
l’autre  voie  à la  fois,  ce  que  l’on  peut  voir 
le  plus  souvent  ( la  double  élimination  ) chez 
les  femmes  récemment  accouchées  qui  ne 
nourrissent  pas.  Ce  concours  multiple  et 
manifeste  des  vaisseaux  épigastriques  était 
difficilement  admis  par  ceux  de  Montpellier, 
de  même  qu’il  est  à peu  près  nié  par  toute 
l’école  de  Montpellier.  Et  cependant  nous 
avons  toujours  vérifié  la  réalité  du  fait,  sa- 
voir, la  communion  des  vaisseaux  , non 
seulement  chez  les  femmes , mais  môme 
chez  les  hommes  et  dans  tous  les  âges. 

» De  celte  question  nous  passâmes  à une 
autre  de  grande  importance  ; il  s’agissait  de 
savoir  si,  dans  l’enfantement  des  femmes, 
les  os  pubis  et  ilion  se  séparaient,  ceux-ci 
de  l’os  sacrum,  et  ceux-là  l’un  de  l'autre, 
oui  ou  non? 

» La  question  soulevée,  chacun  donnait 
son  sentiment;  la  majeure  partie  des  assis- 
tants niait  absolument  que  ces  os  pussent 
s’écarter;  d’autres  l’affirmaient;  d’autres, 
sans  pencher  ni  vers  l’une  ni  vers  l'autre 
opinion,  se  tenaient  dans  le  doute  et  gar- 
daient le  silence.  Mais  le  doute  fut  immé- 
diatement résolu,  et  la  vérité  brilla  d’un 
éclat  manifeste;  en  effet, lune  des  cuisses 
du  cadavre  ou  la  jambe  entière  ayant  été 
saisie  et  soulevée,  sans  aucune  incision  de 
la  peau,  mais  en  la  gardant  intacte  de 
même  que  toutes  les  parties  qui  recouvrent 
la  symphyse,  l’os  pubis  du  même  côté  s’é- 


668  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


veulent  toutefois  icelle  estre  cachée 
et  ignorée.  Sainct  Augustin  n’a  point 
fait  de  difficulté  de  composer  luy- 
mesme  vn  liure  de  ses  Rétracta- 
tions. Pareillement  Hippocrates  escrit, 
comme  font  les  excellens  hommes  et 
qui  se  tiennent  asseurés  de  leur  grand 
sçauoir,  qu’il  a esté  deceu  à recon- 
noistre  la  suture  de  la  teste  d’auec  la 
fracture.  Certes,  comme  escrit  Celse, 
les  petits  et  l'oibles  esprits , parce 
qu’ils  n’ont  rien  , ne  se  peuuent  aussi 
rien  oster  : mais  il  est  bien  séant  à vn 
genereux  esprit  de  confesser  et 
auoüer  pleinement  sa  vraye  faute , 
et  principalement  encores  qu’on  l’en- 
seigne à la  postérité  pour  le  bien  pu- 
blic . à fin  que  nos  successeurs  ne  se 
trompent  en  mesme  façon  que  nous 
auons  esté. 

Or  qui  me  fait  tenir  ce  propos  , est 

levait  en  même  temps,  et  dépassait  le  ni- 
veau de  l’autre  au  moins  d’un  demi-pouce. 
Ceci  fut  constaté  et  vérifié  partoutle  monde, 
par  les  yeux  et  par  le  toucher;  et  pour  le 
faire  mieux  et  plus  aisément  voir,  le  ca- 
davre étant  couché  sur  le  dos,  on  étendit 
fortement  l’autre  jambe,  sans  laisser  le 
moindre  degré  de  flexion  à son  articulation 
avec  l’ischion;  et  les  deux  mains  étant  pla- 
cées sous  la  fesse  opposée,  le  plus  léger  ef- 
fort suffisait  pour  porter  en  haut  l’os  pubis , 
et  avec  lui  tout  l’os  innominé,  lequel,  comme 
on  sait,  se  compose  de  trois  os,  savoir,  l’is- 
chion, le  pubis  et  l’ilion,  entièrement  réunis 
à cet  âge  par  une  symphyse,  sans  aucu.  e 
partie  molle  intermédiaire;  d’où  nous  con- 
clûmes nécessairement  que  les  deux  syn  • 
chondroses  postérieures  étaient  beaucoup 
plus  lâches  que  de  coutume.  En  effet  la 
cuisse  étant  soulevée  de  la  manière  que 
nous  avons  dit,  avec  les  os  innommés,  l’é- 
pine du  pubis  du  même  côté  s’éloignait 
d’un  demi-travers  de  doigt  du  pubis  opposé, 
et  faisait  saillie  au-dessus;  au  contraire,  les 
mains  étant  retirées,  et  les  fesses  reposant 
sur  le  même  niveau,  les  deux  pubis  repre- 


que  iusques  icy  i’auois  maintenu  et 
par  parole  et  par  escrit , les  os  Pubis 
ne  se  pou  noir  séparer  et  entr’ouurir 
aucunement  en  l’enfantement  : tou- 
tesfois  il  m’est  apparu  du  contraire  le 
premier  iour  de  feuriermil  cinq  cens 
septante  neuf,  par  l’anatomie  d’vne 
femme  qui  auoit  esté  pendue , quinze 
iours  apres  estre  accouchée,  de  la- 
quelle ie  veis  la  dissection , et  trou- 
uay  l’os  Pubis  séparé  en  son  milieu 
d’enuiron  demy  doigt,  és  présences  de 
maistre  Claude  Rebours , docteur 
regent  en  la  faculté  de  Medecine  , de 
maistre  Iean  d’Amboise,  Coinleret, 
du  Bois,  Dionneau  , Pineau,  Larba- 
lestrier,  Viard,  tous  Chirurgiens  iu- 
rés  à Paris  : et  mesmes  nous  veismes 
l’os  Ischion  séparé  de  contre  l’os  Sa- 
crum.Qui  ne  le  voudra  croire,  ie  le  ren- 
uoyerai  au  liure  de  Nature,  laquelle 

naient  leur  égalité  de  position  ; puis  en  sou- 
levant l’autre  cuisse,  le  pubis  qui  s’était 
élevé  dans  l’autre  expérience  apparaissait 
déprimé  à son  tour,  ce  qui  excita,  et  non 
sans  cause,  l’admiration  de  la  plupart  des 
assistants.  » 

Là  finit  l’observation  et  le  chapitre;  le 
fait  était  clair  pour  tout  le  monde;  cepen- 
dant quelques  uns  s’endurcirent  la  tête,  dit 
Pineau,  et  sans  nier  le  fait,  en  niaient  les 
conséquences.  Leur  principale  et  sans  con- 
tredit leur  plus  puissante  objection  , c’est 
que  c’était  un  fait  unique , qui  peut-être  ne 
s’était  jamais  vu,  et  ne  se  reverrait  jamais. 
Pineau  prétend  au  contraire  qu’il  arrivera 
toujours;  l’observation  moderne  a donné 
tort  aux  uns  et  aux  autres.  La  diduction 
des  symphyses  a lieu  quelquefois,  mais  il 
s’en  faut  de  beaucoup  que  l’on  puisse  la 
considérer  comme  un  phénomène  ordinaire 
et  nécessaire.  Il  faut  nolerd’ajlleurs,  comme 
un  cachet  de  l’époque,  que  nul  des  contra- 
dicteurs ne  se  demanda  si  ce  n’était  pas  là 
une  maladie  des  symphyses  indépendante 
de  l’accouchement,  et  que  la  dissection  ne 
fut  pas  faite. 


DE  LA  GENERATION. 


fait  des  choses  que  nostieinlelligence 
n’est  pas  capable  d’entendre.  Et 
principalement  ces  os  s’ouurent  et 
ferment  à l’enfantement. 


CHAPITRE  XIV. 

DE  LA  SITVATION  DE  L’ENFANT  AV 
VENTRE  DE  LA  MERE  * . 

On  ne  peut  bien  descrire  la  vraye 
situation  de  l’enfant  au  ventre  de  sa 
mere  : car  véritablement  ie  l’ay  trou- 

1 Cechapitre  n’on'rericn  de  bien  nouveau  ; 
Paré  y a surtout  suivi  Roesslin  et  I’.uetT, 
mais  il  n’est  pas  aussi  complet.  Roesslin 
commence  dans  son  premier  chapitre  par 
donner  la  figure  de  l’enfant  dans  l’utérus, 
les  pieds  en  bas,  la  tète  en  haut,  les  mains 
sous  les  cuisses;  au  chapitre  2,  il  montre 
l’enlant  étendu  la  tète  en  bas,  puis  étendu 
la  tête  en  haut  : la  première  position  est 
celle  de  l’enfantement  naturel;  l’autre  est 
proche  du  naturel.  Et  au  chapitre  4,  après 
avoir  d’abord  reproduit  ces  deux  positions,  il 
rassemble  14  figures  des  positions  contre- 
nature.  Rucff  représente  l’enfant  accroupi 
dans  son  liv.  1”,  chap.  G,  liv.  2,  chap.  4,  et 
liv.  3,  chap,  1 ; ces  trois  figures  sont  à peu 
près  semblables  entre  elles,  mais  diffèrent 
beaucoup  de  celles  de  Roesslin,  et  notam- 
ment l’enfant  a les  mains  relevées  contre 
les  oreilles.  Dans  ce  même  premier  chap. 
du  liv.  3,  il  montre  l’enfant  étendu  la  tète 
en  bas,  comme  type  de  l’enfantement  natu- 
rel ; et  enfin  son  livre  4 est  divisé  en  15  cha- 
pitres, chacun  pourvu  d une  figure  qui  re- 
présente une  position  contre-nature;  la 
première  de  ces  positions  est  celle  de  l’en- 
fant debout,  les  bras  contre  le  corps,  et 
venant  par  les  pieds;  les  14  autres  sont  les 
mêmes  et  se  suivent  dans  le  même  ordre 
que  celles  de  Roesslin.  Franco  a aussi  son 
chapitre  78  intitulé  : De  Cassiete  ei  position 
de  l’enfant  dans  la  matrice  ; c’est  toujours  la 
même  doctrine,  seulement  il  n’y  a pas  de 
figures. 

Quand  je  citerai  PiuelT  dans  mes  notes,  ce 


669 

uée  diuerse , tant  aux  femmes  mortes 
qu’aux  viues  : aux  mortes,  en  les  dis- 
séquant promptement  apres  qu’elles 
auoient  ietté  le  dernier  souspir  : aux 
viues,  lors  que  i’ay  esté  appelle  pour 
lesdeliurer,  Nature  ne  pouuant  faire 
son  deuoir  : ayant  la  main  en  leur 
matrice,  trouuois  quelquesfois  la 
teste  de  l’enfant  en  bas  : autresfois 
en  haut , et  les  pieds  premiers  : au- 
tresfois les  fesses  : autresfois  les  mains 
et  les  pieds  ensemble1. 

Et  faut  icy  noter,  que  le  petit  fœtus 
ou  embryon  est  tousiours  trouué  en 
figure  spherique  : mais  alors  que 
l’ame  y est  infuse,  et  à mesure  qu’il 
croist,  il  se  deueloppe  , et  estend  ses 
membres,  et  prend  autre  figure, 
comme  tu  vois  par  ces  figures  sib- 
ilantes,J. 

sera  toujours  d’après  l’édition  latine  origi- 
nale, Tiguri,  1554,  dont  je  possède  un  très 
bel  exemplaire;  pour  l’ouvrage  de  Roesslin, 
j’ai  eu  sous  les  yeux  l’édition  allemande  pri- 
mitive, dont  j’ai  parlé  dans  mon  Introduc- 
tion p.  ccvj  ; la  traduction  latine  publiée 
à Francfort  en  1532  par  les  soins  de 
Christian  Egenolph;  et  enfin  la  traduction 
française  de  153G  , sans  nom  d’auteur, 
attribuée  à Paul  Bienassis.  Les  planches 
de  l’édition  latine  sont  détestables;  celles 
de  l’édition  française  semblent  absolument 
calquées  sur  celles  de  l’édi  1 ion  allemande  ; et 
les  plus  belles  de  toutes  sont  celles  de  RuefT. 
Les  quatre  figures  de  Paré  ont  été  faites  évi- 
demment sur  ces  dernières,  auxquelles  elles 
étaient  bien  inférieures.  Grèce  au  crayon  de 
M.  Chazal,  celles  que  nous  mettrons  cette 
fois  sous  les  yeux  du  lecteur  Remportent  in- 
finiment sur  toutes  les  autres,  sans  rien 
changer  cependant  aux  rapports  que  l’au- 
teur voulait  représenter. 

1 Les  éditions  de  1573,  1575  et  1579  ajoutent 
ici  : Comme  lu  vois  par  cesle  figure.  Le  petit 
paragraphe  qui  suit  a été  ajouté  en  1585. 

’Lapremière  figure  est  copiécsurla  l Ie  du 
Livre  4 de  Rueff,  fol.  35  v.  : seulement  dans 
RuefT,  la  tête  de  l’enfant  regarde  à droite. 


67O  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


Autresfois  les  genoux , autresfois 
vn  seul  pied  , autresfois  le  dos  : a u- 
tresfois  le  ventre , les  mains  et  les 
pieds  en  Laut,  comme  tu  vois  par  la 
figure  suiuante1. 


Autresfois  les  pieds  escortés  l’vn 
de  l’autre  : autresfois  vn  seul  bras,  es- 
tant l’enfant  hermaphrodite,  comme 
lu  vois  par  ceste  figure  *. 


Aucuns  iumeaux  , dont  l’vn  d’i- 
ceux  vient  la  teste  première , et  l’au- 
tre les  pieds,  comme  tu  peux  voir 
par  ceste  figure2. 

verso;  seulement  la  lèle  de  l’enfant  a changé 
de  côté  comme  dans  la  précédente. 

‘ Celle  figure  est  la  septième  de  Rueff, 
fol.  34  recto;  la  têlc  a toujours  été  changée  de 
côlé,  et  pour  ne  plus  revenir  sur  ce  point, 
il  parait  que  le  graveur  de  Paré  a copié 
sur  le  bois  toutes  les  figures  comme  il  les 
voyait  sur  le  papier;  ce  qui  à l’impression 
devait  nécessairement  produire  la  transpo- 
sition indiquée. 

2 Cette  figure  est  la  quinzième  de  RucIT, 
fol.  37  verso.  Il  faut  dire  que  dans  Rueff, 
comme  auparavant  dans  Roesslin  , l’un  des 
jumeaux  empoigne  le  pied  de  l'autre,  ce  que 
Paré  avait  fidèlement  copié  , et  ce  qui  a été 
corrigé  parM.  Chazal. 


* Cette  figure  est  la  12e  de  Rueff,  fol.  36 


1>E  LA  GENERATION'.  67  i 


Aux  femmes  mortes,  lors  que 
l’enfant  esloit  encore  fort  petit,  les 
ay  trouués  en  figure  ronde,  aya  ns  la 
teste  sur  les  genoux  , et  les  deux 
mains  par  dessous,  et  les  talons  con- 
tre les  fesses,  qui  semble  estre  la  plus 
vraye  et  naturelle  situation  de  l’en- 
fant 1 : d’auantage  , ie  proteste  en 
auoir  trouué  \n  (ayant  ouuert  la 
mere  promptement  estant  decedée) 
situé  de  son  long , la  face  vers  le  ciel, 
et  encore  viuant,  ayant  les  mains 
iointes  : et  partant  nul  ne  peut  don- 
ner réglé  certaine  de  la  situation  des 
enfans  aux  ventres  de  leurs  meres. 


CHAPITRE  XV. 

DV  TEMPS  COMMODE  OV  INCOMMODE 
DE  LA  NATIVITÉ  DE  L’ENFANT. 

Tous  animaux  ont  certains  temps 
limités  de  charger  et  porter  leurs  pe- 

1  Ces  mots  : Qui  semble  estre  la  plus  vraye 


tits , mais  l’homme  seul  n’a  aucun 
temps  ny  terme  prefix,  ains  vient  au 
monde  en  tout  temps  : aussi  les  vns 
naissent  à sept  mois  , les  autres  à 
huit,  les  autres  à neuf,  qui  est  le 
plus  commun  , les  autres  à dix , voire 
au  commencement  de  l’onzième. 
Massurius  dit,  que  Lucius  Papyrius 
condamna  par  arrest  vn  substitué 
sur  le  rapport  de  la  mere  du  pos- 
thume institué  heritier,  qu’elle  di- 
soit auoir  porté  treize  mois  apres  la 
mort  du  testateur  : et  parlant  il  n’y  a 
aucun  ternie  certain  cl  defini  à por- 
ter les  enfans  L L’enfant  naissant  à 
six  mois  ne  peut  viure  , à cause  que 
ses  membres  et  tout  son  corps  n’ont 
point  encor  toute  leur  perfection  : 
au  septième  il  peut  viure,  ce  que 
l’experience  nous  monstre , et  toutes- 
fois  au  huitième  ne  viuent  Jamais, 
ou  rarement  2.  Maistre  Nicole  du 
Haut-pas,  en  son  liure  de  la  contem- 
plation de  la  nature  humaine  3,  dit 
que  la  raison  ne  se  doit  rapporter  à 
l’astrologie  , qui  lient  que  le  hui- 
tième mois  n’est  critique  comme  le 
septième,  ou  le  neufiéme,  ou  l’on- 
zième, et  que  le  huitième  est  attri- 
bué à Saturne,  ennemy  des  vies  et 
naissances  : et  où  ils  viuent,  seront 
tout  le  cours  de  leur  vie  valeludinai- 

et  naturelle  situation  de  l’enfant,  ne  se  lisent 
dans  aucune  des  édifions  publiées  du  vi- 
vant de  Paré,  et  ont  été  intercalés  dans  la 
première  édition  posthume. 

' Arist.  cap.  4.  De  general,  animaliiim. 
Pli.  li.  7.  c.  5.  Autent.  De  restit.  et  eaque 
jpeperit  vndecirno  mense.  — A.  P.  — En  1578 
et  1575,  l’auteur  ne  citait  en  marge  que 
Pline;  les  autres  citations  sont  de  1579. 

2 Hip.  lib.  De  aliment.  — A.  P.  — Celte 
citation  a été  aussi  ajoutée  en  1579. 

3 Voyez  sur  cet  auteur  la  note  1 de  la 
page  649. 


LE  D1X-HVITIÉME  LIVRE, 


672 

res.  Les  enfans  qui  naissent  au  hui- 
tième mois  ne  viuent  gueres  1 , et 
sont  appelles  genitures  de  la  lune, 
pource  que  la  lune  est  planette  froide, 
et  par  sa  grande  froideur  presse  le 
fruit , de  façon  qu’en  bref  il  meurt. 

Toutesfois  la  vraye  raison  dépend 
de  ce  que  l’enfant , tousiours  sur  le 
septième  mois , s’efforce  de  sortir 
hors,  ce  qu’il  fait  heureusement  et 
auecques  asseurance  de  vie , sans 
autre  accident,  s’il  est  fort  et  puis- 
sant de  nature.  Que  si  au  contraire  il 
est  foible  et  floiiet , non  seulement  il 
ne  peut  sortir  : mais  en  outre  estant 
d’auantage  debile  par  le  combat  et 
effort  qu’il  a fait  en  vain  pour  sortir, 
a besoin  quasi  d’estre  comme  recuit 
et  retenu  dansl’vterusiusquesàdcux 
ou  trois  mois  apres,  ne  sortant  que 
sur  le  neufième  ou  dixiéme  mois, 
pour  ce  pendant  recueillir  et  ramas- 
ser ses  forces.  Que  s’il  sort  vu  mois 
apres, sçauoir  sur  le  huitième  mois,  il 
est  estimé  mal-hèureux,  et  sans  espé- 
rance de  longue  vie,  pource  qu’il  n’a 
eu  assez  de  temps  à reparer  et  ramas- 
ser ses  debiles  forces,  atténuées  par 
le  conflit  pour  sortir  naturellement 
au  septième  mois.  Note  toutesfois , 
que  si  la  femme  est  forte  et  gaillarde, 
qu’elle  peut  heureusement  enfanter 
au  huitième  mois  : de  sorte  que  l’en- 
fant mesme  sera  vital,  comme  tes- 
moigne  Aristote  des  femmes  d’E- 
gypte, et  Auicenne  des  femmes  d’Es- 
pagne 2. 

En  la  naissance  de  l’enfant,  on 
peut  dire  aussi  cecy  estre  vne  chose 
fort  admirable,  qui  surpasse  l’en- 
tendement humain  : car  l’orifice  de 

1 Aristote  en  ses  problèmes.  — A.  P.  — 

1573. 

’ Tout  çe  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 


la  matrice,  tout  le  temps  que  la 
femme  est  grosse , est  tellement  clos, 
que  seulement  la  pointe  d’vue  es- 
prouuette  ou  d’vne  aiguille  n’y  peut 
entrer,  si  ce  n’est  qu’il  se  face  vne 
superfétation , ou  que  Nature  se  des- 
charge de  grande  quantité  de  sang  et 
d’eaux  qui  sont  en  la  matrice  ‘ : et  au 
contraire,  au  temps  de  l’enfantement 
s’ouure  et  s’estend , de  façon  que 
l’enfant  estant  sorti,  bien  tost  apres 
se  reserre  par  une  très  grande  et  ad- 
mirable prouidence  de  Nature  2 , la- 
laquelle  ne  se  peut  exprimer.  Et 
pour  ce , nul  ne  doit  être  si  hardy  et 
audacieux  de  s’enquester  comme  telle 
chose  se  fait  : car  si  on  entreprend 
de  passer  outre  et  d’esplucher  par  le 
menu  comme  telle  chose  se  fait,  on 
demeurera  condamné  et  conuaincu  de 
n’auoir  conneu  la  puissance  de  Dieu, 
ny  la  foiblesse  de  son  esprit. 

Communément  les  femmes  sont 
plus  trauaillées  à leur  premier  en- 
fantement qu’aux  autres , et  tant 
plus  qu’elles  ont  enfanté , trauaillent 
moins  que  la  première  fois  : et  parce 
ie  leur  conseille  d’vser  d’vn  onguent 
emollient  comme  cestuy , quelque 
temps  deuant  l’enfantement 3. 


1 On  peut  remarquer  que  Paré  demeure 
ici  d’accord  avec  ce  qu’il  avait  dit  au  com- 
mencement du  chapitre  C ; mais  qu’il  est  en 
coniradiction  avec  le  dernier  paragraphe  de 
ce  même  chapitre,  ajouté  en  1585.  Ces 
sortes  de  contradictions  ne  sont  pas  bien 
rares  dans  ses  ouvrages,  et  s’expliquent  par 
les  dates  diverses  de  la  rédaction.  La  partie 
du  texte  à laquelle  se  rapporte  cette  note 
est  de  1573. 

’ Le  paragraphe  se  terminait  ici  en  1573  ; 
le  reste  est  de  1575. 

3 Ces  mots  : Quelque  temps  deuant  l’en  • 
f antement  ont  été  ajoutés  en  1579. 


PE  LA  GENERATION. 


Gy3 


Spermalis  celi  5 . ij. 

Olei  amygdalar.  dulcium  j.  iiij. 

Ceræ  albæet  medullæ  ceruinæana  5 .iij. 

Axung.  anseris  et  gall.  ana  § . j. 

Terebenthinæ  Venetæ  5 . ij. 

Fiat  vnguentum. 

Duquel  en  seront  frottés  les  cuisses 
et  le  ventre  de  la  femme  grosse , et 
tout  autour  de  ses  parties  génitales  : 
d’auantage,  pourra  semblablement 
porter  vne  maniéré  de  ligature  faite 
de  peau  de  cuir  de  chien  deliée , 
laquelle  sera  frottée  de  l’onguent  sus- 
dit , qui  luy  aidera  à supporter  l’en- 
fant. Plus  quand  elle  sera  sus  son 
neufiéme  mois,  faut  qu’elle  se  bai- 
gne par  plusieurs  fois  dans  un  bain  , 
auquel  auront  bouilli  herbes  émol- 
lientes. 

Or  l’enfantement  naturel  est,  quand 
la  teste  vient  la  première , et  suit  ses 
eaux  : l’autre  qui  est  moins  bon  et 
facile,  est  quand  il  vient  les  pieds  do- 
uant : tous  les  autres  sont  très  diffi- 
ciles. Parquoy  ie  veux  icy  aduerlir 
les  matrones,  que  là  où  elles  connois- 
tronl  que  l’enfant  ne  viendra  point 
en  ces  deux  maniérés , mais  le  dos 
premier,  ou  le  ventre,  ou  les  mains 
et  pieds  ensemble,  ou  vn  bras,  ou  en 
autre  figure  contre  Nature,  qu’elles 
ayent  à les  tourner  et  les  tirer  par  les 
pieds  dehors  : et  si  elles  ne  se  sentent 
assez  expérimentées , qu’elles  appel- 
lent les  chirurgiens  exercés  en  cest 
atTaire.  Car  comme  seroit-il  possible 
à Nature  les  ietter  hors  estant  ainsi 
situés,  si  ce  n’estoient  d'aduenture 
petits  auortons,  lesquels  pour  leur 
petitesse,  Nature  pourroit  ainsi  faci- 
lement mettre  hors  L 

1 Ce  dernier  paragraphe  est  calqué  en 
partie  sur  le  commencement  de  La  maniéré 
de  extraire  les  enfans,  etc.,  dont  Franco  a 
fait  son  chapitre  80. Voyez  ci-devant  p.  623. 

II. 


CHAPITRE  XVI. 

LES  SIGNES  A LA  FEMME  DE  BIEN  TOST 
ENFANTER. 

Les  signes  sont,  qu’elle  sent  dou- 
leur au  dessous  de  l’ombilic,  et  aux 
aines,  et  est  ladite  douleur  commu- 
niquée aux  vertebres  des  lombes,  et 
principalement  lorsque  les  os  des 
hanches  se  séparent  de  contre  l’os  sa- 
crum, et  l’os  de  la  queue  se  recule 
en  arriéré  : leurs  cuisses  et  parties 
génitales  se  tuméfient,  et  leur  font 
grande  douleur  : d’auantage  il  leur 
suruient  vn  tremblement  vniuersel 
de  tout  le  corps,  tel  qu’il  se  fait  au 
commencement  des  accès  desfiéures: 
plus  leur  face  rougit,  à cause  que  le 
sang  s’eschaufle  etbouillonne,  parce 
que  Nature  s’aide  de  toutes  ses  for- 
ces à mettre  hors  l’enfant,  lequel 
s’esmeul  vehementeinent  : et  le  sang 
ainsi  eschauffé  et  esmeu  , sort  auec 
portion  des  aquosités  premier  que 
l’enfant  ’. 

Et  si  tels  signes  se  demonstrent , 
sois  asseuré  qu’en  brief  la  femme  en- 
fantera : et  partant  qu’on  luy  préparé 
tout  ce  qu’elle  aura  besoin  pour  tel 
affaire,  et  principalement  à la  bien 
situer  en  un  lit  en  figure  moyenne , à 
sçauoir,  non  du  tout  à la  renuerse  ny 
assise,  mais  aucunement  le  dosesleué, 
à fin  qu’elle  puisse  mieux  respirer,  et 
auoir  force  à mettre  l’enfant  hors  : 
d’auantage,  faut  qu’elle  ait  les  iam 
bes  courbées , et  les  talons  vers  les 

1 Ce  paragraphe  est  absolument  calqué 
sur  un  passage  de  La  maniéré  de  extraire  les 
enfans,  dont  Franco  a fait  le  commence- 
ment de  son  chapitre  82.  Voyez  ci-devant, 
page  628. 


43 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE  , 


6?4 

fesses  , et’  les  cuisses  escartées  l’vne 
de  l’autre , et  qu’elle  s’appuye  contre 
vne  busche  de  bois  posée  en  Irauers 
de  son  lit , ayant  vn  peu  les  fesses  es- 
leuées  l. 

Aucunes  accouchent  debout  estans 
appuyées  des  bras  sur  le  bord  du  lit , 
ou  d’vn  banc  : autres  en  vne  chaire 
propre  à cela,  laquelle  ne  doit  pas 
estre  plus  haute  de  la  terre  que  de 
deux  pieds.  L’vtilité  de  ceste  chaire 
n’est  à mespriser,  par-ce  que  la  femme 
grosse  y est  située  estant  renuersée 
sur  le  dos,  de  sorte  que  elle  a son  ins- 
piration et  expiration  libre  : aussi 
que  l’os  sacrum  et  l’os  caudæ  sont 
en  l’air,  n’estant  aucunement  pressés, 
qui  fait  que  lesdits  os  se  desioignent 
et  séparent  plus  aisément  : pareille- 
lement  l’os  pubis , à cause  que  les 
cuisses  son  l escartées  l’vne  de  l’autre  : 
ioint  aussi  que  la  sage-femme  beson- 
gne  plus  à l’aise,  estant  assise  deuant 
la  femme  grosse.  L’on  mettra  un 
oreillier  au  dossier  de  la  chaire,  et 
quelques  linges  où  les  cuisses  seront 
appuyées,  à fin  que  la  femme  grosse 
soit  plus  à son  aise  2. 

1 La  manière  de  extraire  les  enfans  re- 
commande une  autre  position  que  celle  qui 
est  indiquée  ici  (voyez  ci-devant  pageG2). 
Mais  il  faut  remarquer  qu’ici  Paré  s’occupe 
seulement  de  l’accouchement  naturel,  tandis 
que,  dans  son  premier  opuscule,  il  traitait 
uniquement  de  l’accouchement  artificiel. 
Aussi  quand  il  arrivera  à cette  question  un 
peu  plus  tard  (chap.  32  et  suivants  ),  nous 
le  verrons  remettre  en  lumière  non  seule- 
ment sa  doctrine,  mais  même  sa  rédaction 
de  1650. 

= Tout  ce  paragraphe,  avec  la  figure  qui  le 
suit,  a été  ajouté  en  1585;  les  éditions  an- 
térieures disent  seulement  : 

« Aucunes  femmes  accouchent  en  vne 
ehaire  propre  à cela  : les  autres  accouchent 
debout,  estant  appuyées  des  bras  sus  le 
bord  du  lict,  ou  sus  vn  banc.  » 


La  figure  de  la  chaire  l’est  icy  représentée  ' * 


Or  il  faut  bien  se  garder  de  mettre 
la  femme  aux  peines  de  trauail,  de- 
uant que  les  signes  susdits  prece- 

1 Cette  figure  est  absolument  la  même 
que  celle  de  l’édition  allemande  et  de  la 
traduction  française  de  Roesslin.  Dans  la  tra- 
duction latine,  la  ligure  est  changée  : le  dos 
est  moins  concave,  et  ses  deux  bords  sont 
retenus  par  deux  montants  arrondis  ; tandis 
que  les  quatre  pieds  paraissent  réunis  par 
une  paroi  circulaire  complète,  excepté  entre 
les  pieds  de  devant.  RuetTa  copié  les  figures 
originales;  mais  du  contour  du  siège  jus- 
qu’en bas,  il  fait  pendre  une  sorte  de  dra- 
perie circulaire,  ouverte  seulcmenlen  avant, 
et  qui  empêche  les  courants  d’air  par-des- 
sous la  femme.  Paré  connaissait  le  livre  de 
Rueffen  1573,  et  cependant  il  ne  lui  a pas 
alors  emprunté  sa  figure  ; il  y a plus,  c’est 
que  manifestement  il  l’a  prise  ailleurs  ; car 
en  supposant  la  draperie  enlevée,  la  chaire 
de  Rued  a le  pied  de  devant  arrondi,  et 
celle  de  Paré  a les  pieds  carrés.  Il  y a plus 
de  ressemblance  avec  la  figure  originale  de 
Roesslin, copiée  dans  latraduelion  française; 
mais  celle-ci  n’a  pas  les  pieds  réunis  par 
les  trois  barreaux  courbes  que  montre  celle 
de  Paré  ; en  sorte  que  tout  bien  considéré, 
il  est  probable  que  la  figure  de  notre  auteur 


DE  LA  GENERAI ION. 


dent  : car  deuant  iceux  le  trauail  est 
fait  en  vain , et  en  son  l les  paum  es  fem- 
mes plus  molestées  et  debiles , quand 
se  vient  à mettre  hors  l’enfant  à bon 
escient , à cause  qu’elles  n’ont  tant 
de  force  et  vertu  , lors  que  l’expul- 
sion de  l'enfant  se  doit  faire  *.  Estant 
la  femme  en  trauail  d’enfant , le  tout 
venant  bien  , faut  laisser  faire  à Na- 
ture et  à la  sage-femme  : toUtesfois 
faut  commander  à la  femme  (lors 
qu’elle  aura  des  ondées  et  tranchées) 
qu’elle  s’espreigne  le  plus  qu’elle 
pourra  , luy  clouant  le  nez  et  la 
bouche  : et  vne  malrone  luy  presse 
les  parties  supérieures  du  ventre,  en 
poussant  l’enfant  en  bas  : car  telle 
chose  aide  grandement  à les  faire 
accoucher , n’estant  si  vexées  des  tran- 
chées ou  ondées  : comme  i'ay  sou- 

a été  dessinée  d’après  quelque  modèle  em- 
ployé à Paris.  Du  reste  l’invenleur  de  cette 
chaire  est  inconnu,  et  jusqu’à  son  pays 
même.  Voici  en  effet,  d’après  la  traduction 
française  dont  j’ai  vérifié  l’exactitude,  le 
passage  de  Iloesslin  qui  a rapport  à cet  ins- 
trument : 

« Pour  le  surplus  quant  la  femme  enceinte 
sent  sa  matrice  estre  laschee  : et  que  les 
humeurs  coulent  plus  habondamment  : elle 
se  doit  derechef  recllner  et  renuerser  sur  le 
dos  : tellement  quelle  ne  soit  veue  ne  cou- 
chée neleuee  totalement  : et  doit  tellement 
renuerser  sa  teste  en  forme  de  pendant  en 
arriéré  quelle  aye  plus  que  autrement  : a 
laquelle  chose  faire  en  aucunes  régions  ] comme 
en  la  France  et  la  haulte  Allemaigne  les  obs- 
letrices  et  saiges  femmes  ont  aucunes  chaires 
assez  basses  > et  peu  esleuees  de  terre  creuses 
pardeuant  autant  qu'il  est  necessaire  / et  telle- 
ment sont  faictes  que  la  femme  en  peine  dén- 
iant ij  peult  estre  comme  couchee  sur  le  dos  ■ 
desquelles  la  forme  et  figure  peult  on  icy  veoir.» 

' Ce  paragraphe  est  extrait  d’un  passage 
de  La  maniéré  de  extraire  les  erifctns,  qui  fait 
suite  au  passage  indiqué  dans  la  note  de  la 
page  précédente:  et  qui  se  retrouve  dans  le 
chapitre  82  de  Franco. 


675 

uentesfois  expérimenté  en  plusieurs 
femmes,  où  i’ay  esté  appellé  pour 
leur  aider  à accoucher  >. 

Si  le  trauail  est  long  et  laborieux 
( à cause  que  les  vidanges  sont  sorties 
long  temps  auant  l’enfantement,  et 
que  la  matrice  demeure  à sec)  faut 
faire  ce  qui  s’ensuit  : 

"if.  Butyri  recenlis  sine  sale  in  aquâ  artemis. 
loti  § . ij. 

Mucag.  seminis  lini,  ficuum,  et  seminis 
allh.  cum  aqua  sabin.  extract,  ana  § . . 
Olei  lillorum  § . j. 

Fiat  Uniment,  ex  quo  obstetrix  liniat  fré- 
quenter collum  vteri. 

Ou  huile  d’amandes  douces,  ou 
graisse  d’oye,  ou  d’autre  semblable, 
à fin  de  les  lubrifier  et  relascher  2. 
Aussi  on  baillera  de  ceste  poudre  : 

If.  Cinamo.  corli.  cass.  fist.  dictam.  ana  3. 

' j.  fi. 

Sacchar.  alb.  ad  pondus  omnium. 

Et  fiat  pulu.  subtiliss.  sumat  5.  iiij.  cum 
decocto  seminis  lini  : celeriorem  enim 
et  fuciliorem  partum  facit  : cum  minori 
molestia  potest  hic  puluis  dari  cum  vino 
albo  tenui s. 

D’auantage  la  sage-femme  (quand 
le  trauail  est  ainsi  fascheux)  pourra 
oindre  sa  main  de  ce  liniment,  et  en 
mettre  dans  le  col  et  parties  voisines 
de  la  matrice  : 

■if.  Olei  de  semin.  lini  § . j.  fi. 

Olei  moscelini  § . fi . 

Gall.  moscatæ  3.  iij. 

Ladani  3.  j. 

Fiat  linimentum. 

■ Ces  moyens  avaient  déjà  été  indiqués 
dans  La  maniéré  de  extraire  les  enfans,  et  co- 
piés par  Franco  dans  son  chapitre  84.  Voyez 
ci-devant  page  C2S. 

2 Ces  mots  : Ou  huile  d’amandes  douces , etc., 
n’ont  été  ajoutés  ici  qu’en  1585. 

3 Cette  phrase  latine  se  lit  déjà  en  1575, 


LE  MX-HVITIÉME  LIVRE 


676 

Plus  on  fera  esternuer  la  femme 
cum  puluere  piperis,  vel  ianiillo  hel- 
Icbori  albi  in  nares  immisso  '. 

Plus  pour  faire  haster  la  femme 
d’accoucher,  la  semence  de  lin  pilée 
auec  eau  d’armoise  et  de  sabine  sert 
grandement,  ou  ce  remede  : 

IL.  Cortic.  cassi.  fist.  concass.  § . ij. 

Cicer.  rubro.  m.  fi . 

Bulliant  cum  vino  albo , et  cum  aquâ 
sufficienti,  addendo  sub  finem  sabinæ 

5-  U- 

Et  fiatdecoct.  in  coll.  pro  vna  dosi. 

Adde  cina.  5.  fi . 

Croci  g . vj. 

Fiat  potio. 

Apres  elle  taschera  à esternuer 
auec  sternutatoires  : quoy  faisant  la 
femme  auec  moins  de  tranail  enfan- 
tera 2. 

Quelques  fois  les  enfans  naissans 
apportent  autour  de  la  teste  vne  par- 
tie de  la  membrane  agnelette  3 , 
principalement  quand  les  parties  gé- 
nitales de  la  mere,  par  s’efforcer  d'en- 
fanter, et  par  le  bénéfice  de  Nature, 
se  sont  ouuertes  et  eslargies,et  que 
l’enfant  sortquant-et-quanl  les  eaux  : 
et  alors  les  matrones  présagent  que 
l’enfant  est  heureux , par  ce  (disent- 
elles)  qu’il  est  né  coëffé.  Véritable- 
ment ie  suis  d’auecques  elles,  et  en- 
core ie  dis  d’auantage , que  la  mere 
est  aussi  bien  heureuse,  à cause  que 

imprimée  en  italique  comme  je  l’ai  laissée 
ici. 

1 L’éternuement  était  aussi  au  nombre 
des  moyens  recommandés  par  Paré  dès  1 550, 
dans  le  passage  dont  il  est  question  dans  la 
note  1 de  la  page  675. 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1576;  le 
reste  a été  ajouté  à diverses  dates. 

3 Tout  ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575; 
au  lieu  de  membrane  agnclelle,  on  lisait  alors 
la  membrane  alanthotde.  Le  changement  de 
nom  a eu  lieu  en  1579. 


l’enfant  est  sorti  assez  librement  : 
mais  quand  l’enfantement  est  labo- 
rieux , ils  n’apportent  iamais  ceste 
membrane  sur  la  teste,  car  elle  est 
arrestée  au  passage,  ainsi  qu’vne  cou- 
leuure  voulant  laisser  sa  peau,  passe 
par  un  vn  lieu  estroit  pour  estre  des- 
pouillée  : ainsi  le  semblable  se  fait  à 
l'enfant,  laissant  sa  coëffe  au  ventre 
de  sa  mere  K 

On  baillera  à la  femme,  subit  apres 
l’enfantement , deux  ou  trois  cueille- 
rées  d’huile  d’amandes  douces  tirée 
sans  feu  auec  vn  peu  de  sucre.  Au- 
tres prennent  deux  iaunes  d’œufs 
auec  sucre,  autres  prennent  de  bon 
hippocras  : autres  un  consommé  ou 
de  la  gelée.  Ainsi  on  diuersifiera  tel- 
les choses , selon  le  goust  et  la  né- 
cessité qu’il  faudra  pour  alimenter 
l’accouchée , et  garder  les  tranchées  : 
lesquelles  viennent  à cause  que  les 
veines  se  desgorgent  du  sang  super- 
flu qui  estoit  retenu  à cause  de  l’en- 
fant , et  estant  gros  et  bourbeux 
comme  lye,  s’amasse  de  toutes  parts, 
et  accourt  par  les  veines  et  arteres 
en  la  matrice  , laquelle  il  pénétré  dif- 
ficilement : et  par  grand  violence  le 
reiette  comme  inutile,  qui  la  refroidit 
et  enfle.  Aussi  lesdites  tranchées  sont 
souuent  causées  du  vent  qui  entre  au 
corps  et  capacité  de  la  matrice , faute 
d’auoir  serré  les  cuisses  et  lié  le  ven- 
tre de  l’accouchée  comme  il  falloit. 


CHAPITRE  XVII. 

CE  QV’lL  F A VT  FAIRE  A L’ENFANT  SVBIT 
QV  IL  EST  NÉ. 

Premièrement,  estant  sorti  du  ven- 
tre de  la  mere,  la  sage-femme  doit 

' Le  chapitre  finissait  ici  en  (575;  le  reste 
est  de  1579. 


DE  LA  GENERATION. 


subit  tirer  l’arierre-faix  , s’il  luy  est 
possible,  et  s’il  est  besoin  mettra  sa 
main  dans  la  matrice  delà  femme  pour 
l’extraire  et  mettre  hors  : autrement 
sortiroit  apres  avec  grande  difficulté  , 
par-ce  que  la  matrice  et  toutes  les 
autres  parties  se  reserrent  inconti- 
nent que  l’enfant  en  est  hors.  Cela 
fait , l’enfant  doit  eslre  séparé  d’a- 
uec  son  arriere-faix , en  luy  liant  le 
nombril  d’un  fil  double,  à distance 
du  ventre  de  la  largeur  d’vn  pouce, 
et  non  plus  : et  la  ligature  ne  doit 
estre  trop  serrée , de  peur  que  la  par- 
tie qui  est  outre  la  ligature  ne  tombe 
plustost  qu’il  n’est  besoin  : ne  aussi 
trop  lasche,  de  peur  que  le  sang  ne 
Hue  des  vaisseaux  ombilicaux , aussi 
que  l’air  n’entre  dedans  le  ventre  de 
l’enfant.  Et  apres  estre  lié,  il  doit  es- 
tre coupé  deux  doigts  dessous  la  li- 
gature , auec  vn  rasoir  ou  ciseau  bien 
tranchant  : et  puis  appliqué  dessus  vn 
linge  en  double,  trempé  en  huile  ro- 
sat  ou  d’amandes  douces  , pourseder 
la  douleur  : et  apres  cela  , au  bout 
de  quelques  iours , ce  qui  est  coupé 
tombera  auec  la  ligature. 

Aduertissement  aux  sages-femmes  : 
c’est  que  la  portion  du  nombril,  apres 
Fauoir  lié  et  coupé,  demeure  pen- 
dante, qui  se  meurt  peu  à peu,  en 
fin  tombe  en  gangrené  , puis  en  mor- 
tification. Les  sages-femmes  le  cou- 
chent communément  contre  la  chair 
nue  du  ventre  de  l’enfant,  dont  il 
s’en  ensuit  grandes  tranchées  pour  la 
froideur  de  ce  qui  est  mortifié  : à ceste 
cause  il  faut  l’enuelopper  de  linges 
ou  cotton,  iusques  à ce  qu’il  soit 
tombé  *. 

Or  plusieurs  matrones  coupent  in- 
continent le  nombril  apres  l’auoir  lié, 

' Ce  paragraphe  manque  en  1573  et  1575, 
et  a été  ajouté  en  1579. 


677 

sans  attendre  que  l’arriere-faix  soit 
hors  : mais  celles  qui  entendent  mieux 
ces  choses  different  iusques  à ce  qu’el- 
les ayent  tiré  ledit  arriere-faix  hors 
la  matrice. 

Cela  fait,  l’enfant  doit  estre  net- 
toyé d’huile  rosat  ou  de  myrtilles  , 
pour  luy  oster  la  crasse  ou  excre- 
ment  qu’il  apporte  dessus  son  cuir  : 
aussi  pour  clorre  les  pores,  à fin 
qu’apres  son  habitude  en  soit  rendue 
plus  ferme.  Aucuns  les  baignent  en 
eau  chaude  et  vin  astringent , puis  les 
huilent  des  huiles  sus-nommées  : ou 
bien  se  contentent  de  maccrer  et 
faire  bouillir  dans  le  vin  , duquel  il 
doiuent  baigner  l’enfant , des  roses 
rouges , on  fueilles  de  myrtils , y ad- 
ioustant  vn  peu  de  sel  * : et  font  cela 
par  cinq  ou  six  jours,  à fin  de  net- 
toyer son  corps  et  résoudre  les  meur- 
trisseures  et  gourd-foullement 2 qu’il 
a eu  en  sortant  hors  du  ventre  de  sa 
mere.  Il  luy  faut  pareillement  manier 
les  doigts  les  vns  apres  les  autres,  et 
estendre  et  fléchir  ses  iointures  des 
bras  et  iambes,  voire  par  plusieurs 
et  diuers  iours , à fin  de  chasser 
quelque  humeur  superflu  qui  pour- 
roit  estre  en  ses  iointures  3.  Et  si  on 
voit  qu’il  y ail  quelque  vice  aux  os, 
il  les  faut  habiller  , soit  qu’ils  soyent 

' Les  trois  lignes  qui  précèdent  depuis  les 
mots  : Des  huiles  sus-nommées,  ont  été  ajou- 
tées en  1575;  en  1573  on  lisait  seulement: 
Puis  les  huilent,  et  font  cela  pur  cinq  ou  six 
iours,  etc. 

a Gourd  foullement.  Je  n'ai  pu  trouver 
l’exacte  signification  de  ce  mot,  qui  se  lit 
de  même  dans  toutes  les  éditions,  sauf  le 
trait  d’union  qui  manque  en  1573.  L’édi- 
tion latine  dit  : Si  quid  contusum  à duro 
enixu  côllisumque  est. 

3 Chose  dirjne  d’eslre  bien  notée  aux  ma- 
trones.— A.  P. — Note  de  1573,  répétée  dans 
toutes  les  éditions. 


LE  DIX-HVITIEME  LIVRE, 


678 

hors  (le  leur  place,  ou  fracturés, 
lesquels  seront  réduits  et  redressés 
par  la  main  du  chirurgien. 

D'auantage,  faut  auoir  esgard  si  ses 
conduits  sont  estoupés  par  vne  pe- 
tite membrane  (qui  se  fait  à d’au- 
cuns) comme  aux  oreilles,  nez , bou- 
che, verge  , fondement , et  à l’orifice 
du  col  de  la  matrice  aux  femelles  : et 
si  telle  chose  se  trouue  , seront  des- 
toupés  par  l’artifice  du  chirurgien  : 
puis  on  appliquera  tentes  et  pessaires, 
et  quelque  linge  entre  deux , de  peur 
que  les  panies  qui  auront  esté  cou- 
pées ne  se  rejoignent  de  rechef. 

Antonius  Beniuenius,  médecin  flo- 
rentin , au  liure  1,  chap.  30,  dit  auoir 
veu  deux  enfans  masles,  lesquels  es- 
tans  venus  sur  terre  auoient  le  siégé 
fermé  : dont  l’vn  estoit  clos  d’vne 
chair,  et  mourut  : l’autre  d’vne  mem- 
brane, laquelle  fut  incisée,  et  guarit. 
Pareillement  plusieurs  dés  leur  nais- 
sance n’ont  point  le  bout  du  gland 
percé:  mais  il  est  au  dessous,  où  la 
figure  du  gland  finit.  Ils  ne  peuuent 
vriner  droit  en  deuant , sans  renuer- 
ser  la  verge  contre-mont  : ils  ne  peu- 
uent pareillement  engendrer,  par  ce 
que  la  semence  11e  peut  eslre  lancée 
ne  iettée  droit  au  champ  de  nature 
humaine.  D’auantage,  ceste  défec- 
tuosité cause  vne  difformité.  Galien, 
en  l 'Introduction , et  aux  Dif finitions 
médicinales,  appelle  ceste  affection 
hypospadias.  La  cu,ration  se  fera  en 
tranchant  le  bout  du  gland  à l’en- 
droit de  sa  couronne  , le  plus  proche 
du  trou  qu’il  sera  possible  l. 

Aussi  quelques-uns  ont  six  doigts  à 
chacune  main.  Autres  ont  les  doigts 
des  pieds  et  des  mains  ioints  ensem- 
ble : le  vulgaire  appelle  tel  vice 
patle-d,oye.  Autres  ont  vn  ligament 

1 Tout  ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1585. 


sous  la  langue  qu’on  appelle  le  filet , 
lequel  les  garde  de  tetter,  ou  quand 
ils  seront  deuenus  grands,  il  les  fait 
balbutier,  à cause  qu’il  tient  la  lan- 
gue liée  contre  la  mandibule  infe- 
rieure : tous  lesquels  vices  sont  aidés 
par  la  main  du  chirurgien. 

Semblablement  faut  prendre  garde 
s’il  y a quelque  excrement  blanc  sem- 
blable à la  croye  *,  qui  adhéré  contre 
les  parties  internes  de  la  bouche  , et 
sus  toute  la  langue , qui  vient  à cause 
de  leur  intemperalure , qui  pareille- 
ment les  garde  de  tetter  : et  par  faute 
de  les  nettoyer,  il  s’engendre  souuent 
des  vlceres  , voire  iusqu’à  la  gorge  , 
qui  est  cause  de  leur  mort.  Or  pour 
y remedier,  faut  prendre  huile  d’a 
mandes  douces  tirée  sans  feu , miel 
commun , sucre  fin , et  auec  vn  peu 
de  linge  lié  au  bout  d’vu  polit  baston, 
luy  seront  frottés  doucement  les 
lieux  où  il  sera  besoin  : telle  mixtion 
ne  doit  estre  trop espaisse ne  liquide: 
elle  deterge  et  fait  tomber  la  sordicie. 
Aussi  luy  en  peut-on  donner  quel- 
quesfoisla  quantité  d’vne  petite  cueil- 
lerée  pour  luy  lascher  le  ventre  lors 
qu’il  sera  constipé,  et  cecy  appaise  la 
toux , s’il  en  y a , sede  la  douleur  des 
tranchées,  pareillement  nourrit,  de 
sorte  qu’on  peut  dire  telle  mixtion 
estre  médicamenteuse  et  alimen- 
teuse  : par-ce  que  Nature  se  delecte 
par  grande  volupté  d’attirer  les 
choses  douces  qui  luy  sont  familières 
de  leur  nature. 

le  diray  d’auantage,  qu’aucuns  en- 

‘ Le  vulgaire  appelle  ceste  maladie,  le 
chancre  blanc.  — A.  P.  — Celle  noie  est 
de  1573,  et  a été  répétée  dans  toutes  les 
éditions.  11  est  sans  doute  inutile  d’avertir 
que  la  croye  est  tout  simplement  de  la  craie. 
L’édition  latine  dit  : Creiaceum  aliquod  ex- 
cremenlum. 


DE  LA.  GENERATION. 


fans  nouuellement  nés  ont  les  pau- 
pières prises  auecques  le  cil,  et  quel- 
quesfois  auec  la  conionctiueetcornée, 
lesquels  seront  séparés  auec  instru- 
niens propres,  se  gardant  de  toucher 
à la  cornée,  à l’endroit  du  trou  de  la 
pupille  : et  apres  en  auoir  fait  sépa- 
ration, on  mettra  dedans  les  yeux  et 
aux  parties  voisines  blanc  d’œuf 
battu  auec  eau  rose,  et  liendra-on  la 
paupière  ouuerte  , mettant  quelque 
petit  linge  délié  entre  le  cil  des  yeux, 
trempé  en  ladite  mixture,  de  peur 
qu’elle  ne  se  reaggluline  : et  souvient 
on  leur  ouurira  les  yeux:  puis  apres 
on  leur  appliquera  quelque  collyre 
desiccalif  pour  produire  la  cicatrice. 

Que  diray-ie  plus  ? c’est , comme 
nous  auons  dit,  que  quelquesfois  on 
trouue  aux  enfans  nouuellement  nés, 
entre  le  cuir  et  le  crâne,  vne  assez 
grande  tumeur  mollasse,  parce  que  la 
sage-femme  aura  tiré  la  teste  par 
violence,  ou  par  quelque  contusion  : 
ou  par  grande  abondance  d’aquosi- 
tés, qui  seront  sorties  du  cerueaupar 
les  sutures  qui  ne  seront  encor  ioin- 
tes  ensemble,  comme  on  voit  en  liy- 
drocephalos.  Pour  la  cure,  il  faut 
faire  ouuerture  avec  la  lancette,  et 
euiter  le  muscle  temporal:  puis  trai- 
ter la  playe  comme  il  est  requis  *. 

Des  seings  ou  marques  des  enfans. 

D’auantage  les  enfans  souuent  ap- 
portent du  ventre  de  leurs  meres 
plusieurs  taches  et  macules  dites  vul- 
gairement seings,  dont  les  vnes  sont 
plates  et  égalés  au  cuir,  autres  sont 
esleuées  en  tumeur  : aucunes  ont  du 
poil,  et  d’icelles  les  vnes  sont  noiras- 
tres,  tirantes  surla  couleur  plombine, 
mais  la  pluspart  d’icelles  sont  rou- 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573} 

l'article  suivant  a été  ajouté  en  1575. 


679 

ges:  autres  sont  esleuées  en  petite 
tumeur  rondesemblablesà  verrues1  : 
autres  de  diuerses  formes,  qui  sont 
surnommées  des  figures  qu’elles  re- 
présentent, comme  cerises,  fraises, 
meures,  figues,  raisins,  melons,  abri- 
cots, et  autres,  lesquelles  ne  peuuent 
estre  effacées  pour  quelque  chose 
qu’on  y face.  Si  par  fois  elles  sont 
comme  flestries  et  obscurcies,  néant- 
moins  quand  leur  temps  vient  qu’el- 
les sont  en  vigueur,  et  en  leur  sai- 
son, lesdites  taches  reuerdissent  et  se 
colorent  comme  auparauant.  Or  c’est 
vne  chose  merueilleuse,  que  l’imagi- 
nation, outre  la  forme  qu’elle  im- 
prime sur  le  petit  enfant,  puisse  lais- 
ser vne  disposition  suiette  à certaines 
saisons,  de  sorte  que  ces  taches  sui- 
uent  la  figure  des  choses  qu’elles  re- 
présentent : ie  dis  que  c’est  vne  chose 
admirable,  veu  l’absence  de  l’imagi- 
nation generaliue  de  ces  taches,  apres 
la  parfaite  formation  de  l’enfant 2.  Il 
ne  faut  prétendre  en  parler  comme 
si  nous  eu  sçauions  ce  qui  en  est:  et 
ne  peut-on,  à mon  aduis,  dire  autre 
chose,  sinon  que  la  vertu  formatrice 
rend  souple  et  obéissante  la  matière 
susceptible  d’infinies  formes,  à la  va- 
riété et  multiplicité  de  ses  impres- 
sions : tellement  qu’elle  la  dispose  à 
receuoir  la  condition  de  la  saison  et 
constitution  du  ciel,  en  laquelle  les- 
dites taches  ont  esté  produites. 

Telles  choses  sont  grandement  dif- 
formes et  hideuses  à voir,  et  principa- 
lement quand  elles  sont  au  visage,  et 
s’espandent  tellement  qu  elles  cou- 
urent  souuent  par  succession  de  temps 
vne  bonne  partie  de  toute  laLface. 

1 Ce  paragraphe  n’allait  pas  plus  loin 
en  1579  ; ce  qui  suit  est  de  15S5. 

! Simon  de  Prouanchieres  en  son  Com- 
mentaire sur  le  liure  deFernel.^ — A/jP. 


68o 


LE  DIX-H  VITIÉMÊ  LIVRE  , 


Or  telles  marques  (ce  me  semble) 
viennent  à raison  que  les  mois  cou- 
lent encore  vn  peu  à la  femme,  ou  bien 
qu’il  en  reste  quelque  portion  contre 
les  paroisde  la  matrice,  ayant  la  com- 
pagnie de  son  mary  : et  les  semences 
se  meslans  auec  tel  sang , il  teint 
et  baille  couleur  à quelque  partie 
de  l’enfant.  Les  femmes  disent  que 
cela  prouient  d’auoir  eu  enuie  de 
manger  quelque  viande  ou  fruits  pen- 
dant leur  grossesse , ou  qu’on  leur 
aura  ietté  au  sein  ou  au  visage  quel- 
ques choses.  Cela  m’est  bien  difficile 
à croire  : toutesfois  ie  croy  bien  que  la 
forte  imagination  a grand  force  à es- 
mouuoir  les  humeurs,  et  qu’elle  im- 
prime en  elles  la  figure  des  choses 
imaginées,  aisément  sus  chacun  indi- 
uidu,  puis  les  met  en  œuure  en  leur 
sang  (comme  nous  dirons  cy  apres 
parlansdes  enfans  monstrueux,  faits 
par  la  vertu  imaginaliue).  Mais  que 
l’enfant  ja  formépuissereceuoir  telles 
marques  par  vn  désir  démanger  quel- 
que viande,  ou  qu’on  aye  ietté  aucu- 
nes choses  sur  elles,  c’est  chose  diffi- 
cile à croire 1. 

Aucunes  de  ces  taches  sont  cura- 
bles, les  autres  non,  principalement 

1 C'est  chose  difficile  à croire.  Ces  mots 
ne  sont  qu’une  répétition  de  ce  que  l’auteur 
a dit  plus  haut;  aussi  ne  les  lisait-on  pas 
dans  la  rédaction  primitive  ; et  le  paragra- 
phe se  terminait  ainsi  : 

«...  Ou  qu’on  aye  ietté  aucunes  choses  sur 
elles  le  le  croy  tout  autant  que  ce  que  l’on 
raconte  de  Chypus  Roy,  lequel  ayant  par 
grande  attention  veu  combattre  deux  tau- 
reaux, il  se  meit  vn  iour  à dormir,  ayant 
ceste  imagination,  à son  reueil  il  se  trouua 
auoir  des  cornes  de  taureau  qui  lui  estoyent 
venues  à la  teste.  » 

I,a  traduction  latine,  qui  a sauté  tant  de 
passages,  avait  cependant  conservé  celui-là; 
ce  qui  n’a  pas  empêché  Paré  de  le  retran- 
cher en  1585. 


celles  qui  sont  fort  grandes,  ou  qui 
sont  aux  léures,  nez  et  palpebres.  Et 
celles  qui  sont  comme  verrues,  à rai- 
son qu’elles  participent  de  quelque 
mauuaise  qualité,  laquelle  s’irrite  les 
voulant  curer,  ne  doiuent’  estre  au- 
cunement touchées  : car  participans 
d’vn  humeur  melancholic,  facilement 
estans  irritées  se  tourneroient  en 
chancre,  appellé  des  vulgaires Noli 
metangere.  Celles  qui  se  peuuent  cu- 
rer sont  petites,  et  en  partie  qui  peu- 
uent permettre  d’estre  ostées  : ce  qui 
se  fera  prenant  vne  aiguille  enfilée, 
laquelle  sera  passée  au  trauers  de  la 
tache,  à sçauoir  dessous  le  cuir,  à fin 
de  le  leuer  en  haut  pour  couper  toute 
la  marque  qui  est  imprimée  en  ice- 
luy  : et  la  playe  qui  restera,  sera  trai- 
tée ainsi  qu’il  appartient. 

Aucuns  m’ont  fort  loué  telle  chose. 
C’est  qu’appliquant  par  plusieurs  fois 
du  sang  menstruel  de  la  femme,  ou 
bien  quelque  petite  portion  des  ar- 
riere-faix,  guarissoit  les  marques  rou- 
ges qui  ne  sont  esleuées  en  tumeur  '. 

Celles  qui  sont  médiocrement  lar- 
ges et  esleuées  en  tumeur,  ayans  poil 
comme  vne  taulpe  ou  souris,  seront 
liées  selon  leur  largeur  et  grosseur, 
passant  une  aiguille  au  trauers  de 
leur  racine  en  trois  ou  quatre  en- 
droits, plus  ou  moins  2 , qui  est  le 
moyen  de  les  faire  tomber,  n’ayant 
plus  denourrissement  et  vie:  et  apres 
estre  tombées,  l’vlcere  qui  restera 
sera  guarie  : et  s’il  resloit  quelque 
chair  à consommer,  se  fera  commo- 
dément auecques  Ægyptiac,  poudre 
de  mercure,  et  autre.  Ou  bien  si  on 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 

* C’est  là  en  quelques  mots  toute  la  mé- 
thode des  ligatures  mulliples,  sur  lesquelles 
M.  Mathias  Mayor  a écrit  de  nos  jours  un 
traité  d’ailleurs  très  intéressant. 


UE  LA.  GENERATION. 


craint  qu  elles  reuiennent,  la  racine 
n'estant  ostée,  sera  cautérisée  auec- 
ques  vn  peu  d’huile  de  vitriol,  ou 
d’eau  fort. 

Outre  cesdites  marques  appellées 
seings,  il  s’en  trouue  d’antres  qui  sont 
de  couleur  liuide  tirant  sur  le  violet, 
qui  occupent  les  parties  de  la  face,  et 
principalement  lesléures,  faisant  tu- 
meur molle,  laxe,  rare,  sans  douleur, 
ayant  aux  enuirons  plusieurs  veines 
variqueuses.  Icelle  tumeur,  lors  que 
les  enfans  crient , et  les  plus  aagés 
se  mettent  en  cholere,  s’enfle  d’un  es- 
prit flatulent,  et  pour  lors  est  de  cou- 
leur diuerse,  semblable  à celle  de 
creste  de  coq  d’Inde  : le  cry  et  cho- 
lere passés,  la  tumeur  s’abbaisse  et 
esuanouit,  demourant  comme  aupa- 
rauant.  El  à telle  tumeur  ne  faut  met- 
tre la  main. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  MANIERE  D’EXTRAIRE  l’ARRIERE- 
FAIX  APRES  L’ENFANTEMENT. 

L’arriere-faix  a esté  ainsi  appelle  du 
vulgaire,  parce  qu’il  vient  apres  l’en- 
fant, et  qu’il  est  un  autre  faix  à la 
femme:  des  autres  est  appelé  le  lict , 
parce  que  l’enfant  y est  couché  et  en- 
ueloppé,  et  y demeure  : des  autres  la 
deliurance,  parce  qu’estant  hors,  la 
femme  est  entièrement  deliurée  : et 
autant  qu’il  y aura  d’enfans,  autant 
y aura  d’arriere-faix  séparés  l’vn  de 
l’autre,  chose  aux  matrones  digne 
d’estre  bien  notée.  Ce  qui  nous  est 
demonstré  par  expérience,  en  celles 
qui  ayans  enfanté  auiourd’huy  , et 
mishorsleur  arriere-faix, ayans  deux 
enfans,  lors  qu’elles  viennent  à en- 
fanter, quelque  temps  apres  iettent 
vn  autre  arriere-faix. 


68 1 

Or  iceluy  demeure  soutient  dans  la 
matrice  apres  l’enfantement , pour 
plusieurs  et  diuerses  causes  : comme 
par  l’imbécillité  de  la  vertu  de  la  fem- 
me, pour  auoir  esté  trop  agitée  et 
trauaillée  de  douleurs  pendant  le 
trauail  desonenfantement,  ou  quele 
col  de  la  matrice  et  autres  parties  voi- 
sines se  seront  si  fort  enflées,  par  long 
et  mauuais trauail,  au  moyen  de  quoy 
l’issue  se  ferme,  en  sorte  qu’il  ne  peut 
estre  ietté  hors.  D’auantage  peut  de- 
meurer à raison  qu’il  est  entortillé 
et  reployé  dedans  la  matrice,  ou  s’il 
est  demeuré  à sec,  à cause  des  eaux 
qui  auront  esté  euacuées  plustost 
qu’il  n’estoit  besoin  , par  quoy  les 
voyes  ne  sont  si  glissantes  et  coulan- 
tes: ou  qu’il  est  encore  attaché  à la 
matrice  , par  la  liaison  et  embou- 
cheure  des  veines  et  arteres  qu’on 
nomme  Cotylédons1:  ce  qui  se  fait 
volontiers  aux  femmes  qui  auortent. 
Car  tout  ainsi  que  nous  voyons  les 
fruits  des  arbres,  lesquels  ne  sont  en- 
core en  parfaite  maturité,  plus  diffi- 
cilement tomber  que  ceux  qui  sont 
du  tout  meurs,  et  lors  qu’ils  sont  en 
parfaite  maturité  , tombent  d'eux- 
mèmes:  ainsi  est-il  de  l’arriere-faix, 
lequel  se  séparé  de  contre  la  matrice, 
quand  l’enfant  est  à son  terme  pre- 
fix.  D’auantage  quelquesfois  aduient 
(ce  que  i’ay  veu)  qu’il  ne  peut  nulle 
ment  estre  tiré  dehors  pource  qu’il 
sera  demeuré  trop  long-temps  en  la 
matrice,  et  que  la  femme  se  sera  te 
nue  descouuerte,  de  façon  que  l’air 
sera  entré  en  la  dite  matrice,  qui  aura 
esté  cause  de  faire  grandement  enfler 
le  col  et  corps  d’icelle  2. 

1 Ces  mots  : qu'on  nomme  Cotylédons, 
manquent  dans  toutes  les  éditions  faites 
du  vivant  de  Paré,  et  ont  été  ajoutés  dans 
la  première  édition  posthume. 

’ Cette  dernière  phrase  : D’auantage  quel- 


682  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


Et  là  où  il  ne  seroit  séparé  de  soy- 
mesme,  et  demeurast  en  la  matrice, 
il  suruiendroit  à la  mere  plusieurs 
accidens,  comme  suffocation  de  ma- 
trice, ne  pouuant  auoir  son  haleine, 
au  moyen  de  la  putréfaction  qui  se 
fait  en  peu  de  temps,  parce  qu’il  s’e- 
leue  plusieurs  vapeurs  corrompues  et 
putrides  qui  montent  au  cœur  et  au 
cerueau.  Parquoy  ladite  mere  tombe 
souuentesfois  en  défaillance  de  cœur, 
et  quelquesl'nisest  suffoquée,  et  rend 
l’esprit  : pour  cesle  cause  le  faut  ex- 
traire subit  que  l’enfant  est  sorti,  en 
le  tirant  par  le  nombril,  appellé  petit 
boyau. 

Et  où  il  ne  pourroit  estre  ainsi  ex- 
trait, faut  situer  la  femme  comme  si 
on  vouloit  tirer  l’enfant  mort  ou  vif, 
lors  que  nature  de  soy  ne  le  peut 
faire:  dont  la  sage-femme  mettra  sa 
main  doucement  dans  la  matrice, 
ointe  d’huile,  ou  de  quelque  axonge, 
et  suiura  ledit  nombril,  qui  lui  ser- 
uira  de  guide  pour  prendre  l’arriere- 
faix,  et  le  séparera,  s’il  est  encor  ad- 
hérant contre  le  fond  de  la  matrice, 
auec  les  doigts,  le  tournant  de  costé 
et  d’autre  : et  le  tirera  hors  tout  dou- 
cement, et  non  par  violence,  comme 
font  les  folles  et  idiotes  matrones,  de 
peur  de  tirer  quant-et-quant  le  corps 
de  la  matrice,  et  la  déprimer  de  son 
propre  lieu,  dont  puis  apres  plusieurs 
accidens  aduiennent,  et  souuent  la 
mort1.  Carie  tirant  rudement,  on  peut 
rompre  et  dilacerer  quelques  veines, 
arteres,  ou  fibres,  et  ligaments  ner- 
ueux,  où  ladite  matrice  est  liée  et  at- 
tachée , dont  le  sang  sort  : et  estant 
sorti  de  ses  propres  vaisseaux , se 

quesfois  aduient , etc.,  n’est  pas  dans  l’édition 
de  ) 573 ; c’est  une  addition  de  1575. 

1 Hippocrates  Aph.  G.  1.  5.  — A.  P.  — 
1573. 


corrompt  et  putréfié,  cause  inflam- 
mation, aposteme,  gangrené,  et  par 
conséquent  la  mort  : ou  pour  le  moins 
(pour  auoir  tiré  et  rompu  les  liga- 
rnens)  aduient  que  la  matrice  tombe 
entre  les  iambes  de  la  femme,  qui  luy 
est  vne  peine  et  douleur  inestimable, 
de  quoy  nous  parlerons  cy  apres.  Et 
si  lasage-femme  trouue  en  tirant  l’ar- 
riere-faix  quelque  thrombus  ou  sang 
caillé,  il  faut  qu’elle  le  tire  hors,  et 
aussi  qu’il  ne  demeure  aucune  por- 
tion dudit  arriere-faix  : quelquesfois 
la  femme  le  iel  le  quelque  temps  apres 
par  sa  nature  en  pourriture,  qui  ne 
se  fait  sans  grands  accidens. 

On  aide  à l’expulsion  d’iceluy  par 
sternutations  et  fomenlalions  faites 
au  col  de  la  matrice  de  choses  aro- 
matiques, et  par  iniections  de  choses 
glaireuses  et  remollientes  : d’auan- 
lage  les  senteurs  félidés  seront  admi- 
nistrées par  la  bouche,  et  autres  cho- 
ses qui  prouoquent  les  mois,  et  prin- 
cipalement vne  décoction  faite  de 
artmiisii  et  baecis  lauri , auec  vin 
miellé,  ou  demie  drachme  de  poudre  : 
de  sauinier  donnée  à aualler  à la  pa- 
tiente : semblablement  les  cheueux 
de  la  femme  bruslés  et  puluerisés 
sont  profitables,  les  luy  faisant  boire 
auec  du  vin. 


CHAPITRE  XIX. 

CE  QV’ON  DOIT  BAILLER  A L’ENFANT  PAR 
LA  BOVCUE  DEVANT  QVE  LVY  DONNER 
A TETER. 

On  doit  frotter  la  bouche  et  le  pa- 
lais de  l'enfant  auec  vn  peu  de  thé- 
riaque et  de  miel,  ou  d’huile  d’aman- 
des douces  tirée  sans  feu,  luy  tenant 
la  teste  esleuée,  à fin  qu’il  en  aualle 


DE  LA  GENERATION. 


683 


quelque  peu  : car  alors  sortent  de  sa 
bouche  quelques  humidités,  et  quel- 
ques fois  cela  esmeut  l’estomach  à 
vomir  les  superfluités  qui  y sont,  les- 
quelles est  bon  de  mettre  hors  : car 
non  seulement  on  pense  que  l’enfant 
aye  des  superfluités  à la  bouche,  pa- 
lais et  gorge,  mais  il  est  à croire  qu’il 
en  a encore  plus  en  l’estomach,  et 
mesme  aux  intestins.  Parquoy  est  bon 
de  bailler  les  choses  susdites  deuant 
que  de  le  faire  teter,  de  peur  que  le 
laict  ne  se  mesle  auecques  telle  or- 
dure, et  soit  corrompu,  et  qu'il  ne 
s’esleue  quelques  vapeurs  mauuaises 
au  cerueau , qui  pourroient  beau- 
coup nuire  à l’enfant. 

Or  que  l’enfant  nouuellement  né 
n’apporte  du  ventre  de  sa  mere  beau- 
coup de  superfluités,  on  le  voit  ocu- 
lairement  par  les  excremons  qu’il 
iette  des  intestins  auparauant  qu’il 
ait  iamais  teté,  ny  pris  aucunes  cho- 
ses par  la  bouche,  qui  sont  de  diuer- 
ses  couleurs,  à sçauoir,  cilrines,  ver- 
des,  noires  comme  encre,  et  autres 
couleurs.  Parquoy  pour  vuider  telles 
superfluités  des  intestins,  et  garder 
qu’elles  ne  causent  des  tranchées,  es- 
tans  retenues,  il  est  besoin  donner  à 
l’enfant  vn  peu  de  syrop  de  roses  laxa- 
tif1, ou  du  theriaque,  ou  du  miel  le 
gros  d’vn  pois  chiche,  ou  demie  cuil- 
lerée d’huile  d’amandes  douces  tirée 
sans  feu,  auec  vn  peu  de  sucre  et  eau 
de  vie. 

Et  auant  que  l’enfant  tete,  il  sera 
bon  luy  faire  rayer  vn  petit  de  laict 
en  la  bouche,  à lin  que  les  fibres  de 
l’eslomach  s’exercent  peu  à peu  à ti- 
rer le  laict. 

■ Le  chapitre  se  terminait  ici  dans  les  deux 
éditions  de  1673  et  1676  ; le  reste  est  de  1679. 


CHAPITRE  XX. 

DE  L'ELECTION  ü’VNE  BONNE  N0VP.R1CE  1 . 

Il  faut  à présent  parler  de  l’election 
d’vne  bonne  nourrice  pour  allaicter 
et  alimenter  l’enfant,  qui  se  fera  tou- 
tesfois  de  la  propre  mere  s’il  est  possi- 
ble, plustost  que  d’vne  estrangere  : 
car  puis  qu’il  est  ainsi  que  l’enfant, 
estant  au  ventredelamere,est  nourri 
du  sang  d’icelle,  et  que  du  sang  est 
fait  le  laict  aux  mammelles,  vérita- 
blement le  laict  de  la  mere  sera  plus 
propre  que  nul  autre  , parce  qu’il 
est  plussemblable  à la  substance  dont 
il  esloit  nourri  dedans  le  ventre  de 
sa  mere.  Tou  tesfois  ne  luy  donnera  à 
teter  dés  les  premiers  iours  apres 
qu’elle  sera  accouchée,  iusques  à ce 
qu’elle  soit  bien  purgée  de  ses  vui- 
danges,  et  ce  pendant  se  fera  teter 
par  quelques  vns,  à fin  que  son  laict 
soitpurifié.  Car  és  premiers  iours  elle 
est  encore  esmeuë  et  altérée,  à cause 
de  l’enfantement  : aussi  que  son  laict 
a demeuré  long  temps  croupi  aux 
mammelles,  dont  il  pourroit  estre 
trop  espais  et  caillebotté,  et  aucune- 
ment altéré  et  corrompu,  ainsi  que 
par  sa  substance  grossière,  qualité 
excessiuement  chaude,  et  couleur  ci- 
trine,  est  aisé  à iuger  : toutes  lesquel- 
les alterations  ne  prouiennent  au 
laict  que  de  la  douleur  qu’a  enduré  la 
mere  en  l’enfantement. 

Parquoy  les  femmes  qui  veulent 
estre  nourrices  de  leurs  enfans , se 

1 Valambert  au  lib.  De  la  maniéré  de 
nourrir  les  enfans.  — A.  P.  — Celte  citation, 
placée  à la  marge  et  en  tête  du  chapitre 
dans  les  éditions  de  1673,  1676  et  1679,  avait 
disparu  à partir  de  celle  de  1585. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


684 

(loiuent  aux  premiers  iours  faire  te- 
ter  par  quelque  pauure  fille,  à fin 
que  le  laict  mauuais  soit  euacué,  et 
le  bon  soit  de  nouueau  engendré  : et 
par  ainsi  en  quelque  temps  que  la 
mere  sera  mal  disposée,  ne  doit  al- 
laicler  son  enfant  iusques  à ce  qu’elle 
soit  bien  restituée  en  bonne  disposi- 
tion, et  bien  purgée  de  ses  vuidanges, 
de  peur  d’infecter  l’enfant,  et  ne  luy 
soit  communiqué  semblable  disposi- 
tion qu’auroit  la  mere,  comme  fiéure, 
flux  de  ventre,  et  autres,  qui  seroit 
cause  de  le  faire  mourir,  ou  luy  im- 
primer quelque  grande  maladie , 
comme  tranchées,  epilepsie,  aposte- 
mes,  et  autres  indispositions 1 : mes- 
mes  les  mœurs  de  leurs  nourrices, 
ioint  qu’elles  les  peuuent  changer  à 
d’autres  enfans,  ce  qu’on  aveu.  Et 
pour  ce  ie  suis  d’aduis,  et  conseille 
auxmeresd’allaicter  et  nourrir  leurs 
enfans,  non  seulement  à raison  qu’ils 
ne  changent  de  nourrissement,  mais 
aussi  d’autant  qu’elles  en  ont  plus 
grand  soin  et  sollicitude.  Marc  Au- 

1 L’édition  de  1573  disait  : et  autres  dis- 
positions; ce  qui  pour  le  sens  revient  au 
même.  Mais  après  ces  mots  elle  passait  im- 
médiatement au  petit  paragraphe  terminal  : 
Et  s’il  aduient , etc.  En  1575,  après  ces 
mots:  et  autres  indispositions , l’auteur  pas- 
sait à la  phrase  suivante  : et  pour  ce  ie  suis 
d’aduis,  etc.,  laquelle  se  continuait  ainsi  : 

« D’autant  qu’elles  en  ont  plus  grand 

soin  et  sollicitude  : ce  qui  nous  est  manifeste 
és  bestes  brutes  : telles  choses  se  voyent  aux 
poulies,  lesquelles  ont  vn  soin  incroyable  de 
leurs  petits,  osants  assaillir  et  combattre 
hardiment  pour  leur  tuition, contre  les  bra- 
ues  et  farouches  animaux,  qui  auparauant 
les  fuyoyent  et  redoutoient,  exposants  leur 
vie  pour  les  garder  et  conserucr.  » 

Après  quoi  venait  la  dernière  phrase  du 
chapitre  : et  s’il  aduenoit,  etc.  Le  texte  actuel, 
avec  ce  passage  retranché  et  quelques  au- 
tres ajoutés,  date  de  1579. 


rele,  empereur  romain,  dit  que  les 
femmes  doiuent  nourrir  et  allaicter 
leurs  enfans,  à fin  qu’elles  soyent 
meres  enliereset  non  imparfaites:  car 
la  femme  est  moitié  mere  pour  l’en- 
fanter, et  moitié  pour  la  nourriture 
de  son  fruit , de  maniéré  que  la  femme 
se  peut  appeler  mere  entière,  lors 
qu’elle  a enfanté  et  nourri  son  en- 
fant du  laict  de  ses  propres  mam- 
melles.  Car  les  nourrices  n’aiment  les 
enfans  d’autruy  que  d’vne  amour 
supposée,  et  pour  vn  loyer  merce- 
naire : mais  les  meres  les  nourrissent 
par  vne  amitié  et  grande  affection 
naturelle.  Parquoy  elles  nourriront 
leurs  enfans  elles-mesmes  s' elles  peu 
tient,  et  que  leurs  maris  le  veulent 
souffrir. 

Et  s’il  aduient  quelamerenevueille 
ou  ne  puisse  nourrir  son  enfant,  alors 
on  luy  choisira  vne  bonne  nourrice. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  OVELLE  OVALIïÉ  DOIT  ESTRE 
CHOISIE  LA  NOVRRICE. 

Pour  bien  choisir  vne  bonne  nour- 
rice, faut  qu’elle  aye  enfanté  deux  ou 
trois  enfans,  d’autant  que  les  raain- 
melles  qui  ont  esté  pleines,  ont  les 
veines  et  arteres  qui  sont  en  icelles 
plus  grosses  et  dilatées,  partant  con- 
tiendront du  laict  d’auantage  : et  puis 
faut  considérer  ces  choses  qui  s’en- 
suiuent,  à sçauoir,  l’aage,  l’habitude 
du  corps,  les  mœurs,  la  forme  des 
mammelles  etmammelons,  la  nature 
du  laict,  la  distance  du  temps  qu’elle  a 
enfanté,  le  sexe  de  son  dernier  enfant  : 
et  qu’elle  ne  soit  point  enceinte  *,  et 

1 L’édilion  de  1573  ajoutait  seulement  : 
Sans  aucune  note  de  lepre,  et  finissait  ainsi 
le  chapitre.  Elle  avait  de  plus  en  note  mar- 


DE  LA  GENERATION. 


685 


qu’elle  soit  saine,  sans  aucun  soup- 
çon de  lepre  ou  de  verolle  : pource 
que  c'est  vne  reigleinfaillible,  que  du 
laict  que  l’enfant  lete,  dépend  toute 
santé  corporelle  de  la  vie  de  l’enfant. 


CHAPITRE  XXII. 

de  l’aage  de  la  novbrice. 

La  nourrice  ne  doitestre  plusieune 
que  de  vingt-cinq  ans,  ne  plus  vieille 
que  de  trente-cinq,  parce  que  l’espace 
de  temps  qui  est  en  Ire-deux  est  l’aage 
de  vigueur,  d’autant  qu’il  est  plus 
lemperé  et  plus  sain  que  les  autres 
aages,  parce  qu  il  n’abonde  de  super- 
fluités d’humeurs  : d’autant  aussi  que 
le  corps  ne  croist  plus,  de  tant  est-il 
plus  abondant  en  sang.  Mais  au  des- 
sous de  vingt-cinq  ans  le  corps  croist 
encores,  parquoy  elle  n’a  pas  le  nour- 
rissement  ny  le  sang  si  parfait  : et  de- 
puis trente-cinq  ans  les  mois  cessent 
à beaucoup,  ou  bien  elles  en  ont  peu  : 
et  partant  cela  monstre  qu’elles  ont 
moins  de  nourrissement , et  moins  de 
bon  laict  pour  allaicter  l’enfant. 


CHAPITRE  XXIII. 

DE  l’iIABITVDE  DV  CORPS  DE  LA 
N0VRR1CE. 

Il  faut  que  la  nourrice  soit  de  bonne 
habitude,  et  bien  saine,  bien  quarrée 

ginale  : Neuf  choses  à considérer  pour  l'elec- 
tion  d'vue  bonne  nourrice.  En  1575  Paré 
ajouta  : aussi  qu’elle  ne  soit  touche , et  dès 
lors  la  note  marginale  portait  ; Dix  choses 
à considérer,  e le.  Enfin,  en  1579,  le  texte  fut 
complété  et  modifié  comme  on  le  lit  ici;  et  la 
note  marginale  est  toujours  restée  la  même. 


de  poitrine,  et  bien  croisée  d’espau- 
les  *,  ayant  bonne  etviue  couleur,  ny 
trop  grasse  ny  trop  maigre,  la  chair 
non  mollasse, mais  ferme, à lin  qu’elle 
soit  plus  robuste  à veiller  et  trauail- 
ler  à l’entour  de  l’enfant.  Et  qu’elle 
ne  soit  rousse,  aussi  qu’elle  aye  le  vi- 
sage beau  2,  et  qu’elle  soit  brunette, 
parce  que  le  laict  est  meilleur  que 
d’vne  blanche  : caries  brunes  sont  de 
température  plus  chaude  que  les 
blanches:  partant  la  chaleur  digéré 
et  cuit  mieux  l’aliment,  dont  le  laict 
est  rendu  beaucoup  meilleur.  Ce  qui 
se  prouue  par  Sexte  Cheronese,  le- 
quel au  liure  de  la  nourriture  des 
enfans  dit  : qu’ainsi  que  la  terre  noire 
est  plus  fertile  que  n’est  la  blanche , 
par  semblable  la  femme  brunette 
porte  tousiours  le  laict  plus  substan- 
tieux. 

On  doit  regarder  à sa  teste  si  elle 
n’a  point  de  ligne,  ou  autre  mal  : si 
aussi  elle  a les  dents  gastees,  et  si  elle 
al’haleine  forte  : qu’elle  n’aye  point 
vlceres  sus  son  corps,  ou  quelques 
autres  dispositions  comme  de  race 
de  gouteux  ou  lepreux  : d’auantage 
qu’elle  soit  habillée  honnestement. 


1 Ce  membre  de  phrase  : Bien  quarrée  de 
poitrine,  et  bien  croisée  d’espaules,  ne  SC  lit 
pas  en  157-3,  et  a été  ajouté  en  1575.  Du 
reste  le  251,  chapitre  recommandait  déjà 
auparavant  cette  largeur  de  poitrine. 

! L’édition  de  1573ajoutail  : F.t  non  louche. 
En  1575  Paré  reporta  cette  condition  à la  fin 
du  chapitre  21  (voyez  la  note  2 de  la  page 
précédente),  et  enfin  en  1579  il  l’effaça  de 
ces  deux  endroits,  attendu  qu’il  avait  traité 
cette  question  fort  largement  dans  son  cha- 
pitre 28.  En  revanche,  dans  cette  édition 
de  1579,  le  paragraphe  a été  allongé  de  tout 
ce  qui  suit  ; et  notamment  enrichi  de  la  ci- 
tation de  Sextus  Cheronese,  c’est-à-dire 
Sexlus  de  Cberonée,  le  neveu  de  Plutarque. 


686 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE  , 


= 1 1 ■■■  --  ' ~ commencement  ne  s’abreuue  de  fo- 

lie, et  de  manu  aise  opinion.  Et  aussi 
CHAPITRE  XXIV.  conseille  sagement  le  poëte  Phocyli- 

des,  quand  il  dit  : 

DES  MOEVRS  DE  LA  NOVRP.ICE. 


Elle  doit  estre  diligente  et  non  fe- 
tarde  1 à tenir  l’enfant  nettement, 
chaste,  sobre,  ioyeuse,  chantant  et 
riant  à l’enfant,  l’aimant  comme  le 
sien  mesme,  et  plus  s’il  est  possible  : 
aussi  faut  qu’elle  parle  et  proféré  bien 
sa  parole,  d’autant  que  l’enfant  ap- 
prend à parler  par  sa  mere  nourrice  : 
semblablement  qu’elle  soit  sage,  et 
bien  moriginée 2 : car  l’enlant  ne  tire 
tant  du  naturel  à personne,  apres  le 
pere  et  la  mere,  que  de  sa  nourrice, 
à raison  du  laict  qu’il  tete.  Ce  qui  est 
conneu  par  expérience  des  petits 
chiens  quiserontallaictésd’vnelouue 
ou  d’vue  lionne,  lesquels  seront  plus 
furieux,  hardis  et  mauuais  : au  con- 
traire on  apprivoise  les  petits  lion- 
ceaux et  leopars,  les  faisant  nourrir 
de  laict  de  chéure  ou  de  vache.  D’a- 
uantage  les  petits  agnelets  qu’allaic- 
tera  vne  chéure,  auront  leur  laine 
plus  dure:  au  contraire  les  chéureaux 
qu’allaicte  une  brebis,  auront  leur 
poil  plus  mol 3 : l’agneau  qui  aura 
teté  une  chéure,  n’aura  pas  seule- 
ment la  laine  plus  dure,  mais  aussi 
sera  plus  farouche  que  ne  porte  son 
naturel.  Platon  admoneste  les  nour- 
rices de  ne  compter  pas  in  lifferem- 
ment  toutes  sortes  defablesaux  petits 
enfans,  de  peur  que  leur  ame  dés  ce 

• Non  feiarde,  non  négligente.  L’édition 
latine  traduit  : Diligensque  in  puera  nilid'e  cl 
mandé  lenendo. 

2 L’édition  de  1573  disait  : Fa  bien  mori- 
gerêe , du  latin  morigeraia.  Ce  mot  a été 
changé  dès  1575;  l’édition  latine  traduit  : 
JBene  morala  sic. 

3 Le  paragraphe  s’arrêtait  ici  en  1573;  le 
reste  est  de  1579. 


Dés  que  l’homme  est  en  sa  première  enfance, 
Monstrer  luy  faut  du  bien  la  connoissance. 

Parquoy  ie  conseille  qu’on  regarde 
bien  à eslire  vne  nourrice  , et  qu’elle 
ne  soit  gloutte  1 , ne  adonnée  au  vin , 
non  seulement  parce  que  plusieurs 
s’estans  endormies  allailans  l’enlant, 
l’ont  suffoqué  de  leurs  mammelles  : 
ce  que  i’ay  vcu  trop  souuent  aduenir 
en  cesle  ville  de  Paris2  : mais  par-ce 
que  quasi  auec  le  lait  les  mœurs  et 
vices  de  la  nourrice  influent  dans  les 
enfans.  D’auanlage  ne  doit  que  rare- 
ment coucher  auec  les  hommes3, 
pour  plusieurs  raisons  : car  première- 
ment le  coït  trouble  son  sang,  par 
conséquent  le  laict  : secondement  il 
diminue  la  quantité  du  laict,  par-ce 
qu’il  prouoque  les  fleurs,  en  diuer- 
tissant  par  le  moyen  du  coït  le  sang 
des  mammelles  à la  matrice  , qui  est 
l’ vne  des  principales  causes  qui  altéré 
et  corrompt  le  laict  : carie  coïtesmeut 
le  sang  menstruel,  le  fait  sortir  et 
changer  de  situation  : tiercement  il 
engendre  mauuaise  odeur  au  laict  et 
qualité  vitieuse,  lelleque  noussenlons 
exhaler  des  corps  de  ceux  qui  sont  en 
rut  et  eschauffés  en  l’amour  et  acte 

1 Glouiie,  gloutonne,  gourmande. 

2 C’était  là  la  seule  raison  qu’il  donnait 
en  1573,  mais  déjà  appuyée  de  son  expé- 
rience; le  reste  de  la  phrase  a été_ajouté 
en  1575. 

3 A partir  de  l’édition  de  1585,  la  phrase 
commence  ainsi  : D’auanlage  on  ne  doit,  elc. 
Cet  on  est  évidemment  de  trop;  car  il  ne 
s’agit  pas  d’une  personne  indéterminée, 
mais  de  la  nourrice;  et  j’ai  suivi  le  texte 
plus  pur  des  trois  éditions  antérieures. 


DE  LA  GENERATION. 


venerien  1 : la  quatrième  raison  , 
c’est  que  le  coït  est  queiquesfois  cause 
d’en  grossir  la  nourrice,  dont  il  ad- 
uient  double  inconuenient,  l’vn  à 
l’enfant  qu’elle  nourrit , l’autre  à 
l'enfant  qu’elle  a dans  le  ventre  : car 
le  meilleur  sang  abandonne  les  mam- 
melles,  estant  attiré  à la  matrice 
pour  nourrir  et  augmenter  l’enfant 
qui  est  conceu,  et  le  pire  se  retire  aux 
mammelles  , duquel  est  fait  le  laict 
pour  la  nourriture  de  l’enfant  nour- 
riçon,  lequel  se  corrompt  et  diminue. 
Parquoy  l’enfant  qui  est  au  ventre 
de  la  nourrice  ne  prend  suffisante 
nourriture  , et  l’enfant  qui  est  au 
dehors  en  prend  de  mauuaise2. 

Les  petits  enfans  se  delectent  à 
voir  choses  belles  et  luisantes  , par- 
tant ils  regardent  volontiers  le  feu  et 
les  chandelles  allumées,  et  autres 
choses  qui  flamboycnt  : et  à ouïr  pa- 
roles flateuses  et  qui  les  amignardent, 
tellement  que  les  plus  criarts  et  dif- 
ficiles à appaiser  se  taisent  oyans 
chanter,  et  lorsqu’on  présente  deuant 
leurs  yeux  choses  luisantes.  Car  ils 
craignent  l’obscurité  , et  ne  veulent 
nullement  voir  choses  laides  et  hi- 
deuses. Parquoy  quand  quelque 
femme  vieille  , laide,  et  ridée  porte 
vn  petit  enfant  entre  ses  bras  , si  tost 
qu’il  la  voit,  tressailli  tout  pleurant: 
au  contraire , là  où  ce  sera  quelque 
belle  femme  et  proprement  habillée 
qui  s’approchera , lors  luy  tendra  les 
bras,  pour  aller  vers  elle.  Parquoy 
il  ne  faut  qu’vnenouirice  soit  triste  et 
mélancolique,  mais  belle  , gaillarde, 
chantant  volontiers,  bien  habillée, 

1 Ces  mois  : telle  que  nous  senlons,  etc., 

sont  une  addition  de  1575. 

1 Ici  se  terminait  le  chapitre  dans  ies  trois 


687 

et  qu’elle  aime  (comme  il  a esté  dit) 
son  nourriçon  comme  le  sien  propre. 


CHAPITRE  XXV. 

DES  MAMMELLES  ET  DE  LA  POITRINE 
DE  LA  NOVRRICE. 

Elle  doit  auoir  la  poitrine  large, 
et  les  mammelles  assez  grosses , et 
non  lasches  et  pendantes,  moyennes 
entre  dures  et  molles  : car  celles  qui 
ont  une  moyenne  fermeté , digèrent 
mieux  le  laict  de  leur  chaleur  natu- 
relle , laquelle  est  tousiours  plus 
forte  en  vne  chair  ferme  , pleine  de 
veines  et  arteres  , apparentes  par  de- 
hors, qu’en  vne  chair  lasche  et  mol- 
lasse : celles  qui  ont  vne  moyenne 
grosseur,  comprennent  le  laict  suffi- 
samment pour  le  nourrissement  de 
Tentant  : et  celles  qui  sont  dures  et 
serrées  , ont  le  laict  quasi  eslouffé  : 
parquoy  il  fine  difficilement  quand 
l’enfant  le  succe  et  tire.  D’abondant 
l’enfant  imprime  le  bout  de  son  nez  à 
la  mammelle  : la  trouuant  trop  dure 
se  fasche , et  ne  veut  leter,  et  quei- 
quesfois en  dénient  camus  : et  aussi 
les  molles  et  lasches  n’ont  point  la 
vertu  lacliüante  assez  forte.  Pareil- 
lement les  bouts  des  mammelles  ne 
doiuent  estre  cachés  ne  retirés  au 
dedans,  par-ce  que  l’enfant  11e  les 
pourroit  succer  qu’à  bien  grande 
peine:  ny  trop  gros,  à raison  qu’ils 
rempliroient  la  bouche  de  l’enfant, 
qui  seroit  cause  qu’il  ne  pourroit 
bien  aualler ». 

éditions  de  1573,  1575  et  1579;  le  dernier 
paragraphe  est  de  1585. 

1 Cette  fin  de  phrase  : ny  trop  gros,  etc., 
a été  ajoutée  en  1579. 


688 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXVI. 

DE  LA  NATVRE  DV  LAICT  DE  LA  NOVRRICE. 

On  fait  iugement  du  bon  laict,  à la 
quantité1,  à la  qualité,  à la  cou- 
leur, à l’odeur,  au  goust. 

A la  quantité  : le  peu  de  laict,  outre 
qu’il  ne  suffit  pas  pour  nourrir  l’en- 
fant , aussi  ne  peut-il  pas  estre  guere 
bon , parce  qu’il  demonstre  le  tem- 
pérament trop  chaud  et  trop  sec  : 
aussi  la  trop  grande  quantité  n’est 
pas  bonne , tant  pour  la  nourrice 
que  pour  l’enfant , de  crainte  qu’il  ne 
se  caillebotte  et  corrompe  aux  mam- 
melles.  Toulesfois  il  vaut  trop  mieux 
qu’il  y enaye  trop  que  trop  peu  : car 
elle  en  peut  espancher  quelque  quan- 
tité deuant  qu’en  donner  à l’enfant. 

De  la  substance:  le  laict  qui  est 
entre  subtil  et  gros  et  blanc , signifie 
que  la  vertu  lactifiante  a pleine  do- 
mination en  la  digestion  du  laict,  et 
par  conséquent  que  le  laict  en  est  très 
bon.  Or  pour  le  connoistre  il  en  faut 
tirer  une  goutte  dessus  l’ongle  , de  la 
mammelle  , et  s’il  coule  et  s’espand 
sans  branler  l’ongle,  c’est  signe  qu’il 
est  aqueux,  non  suffisant  pour  nour- 
rir : au  contraires'il  ne  coule  pointen 
baissant  l’ongle , il  est  trop  gros  et 
gluant  : mais  s’il  demeure  ferme  sans 
incliner  l’ongle,  et  en  le  penchant  il 
coule  tout  bellement,  c’est  signe  qu’il 
est  bon. 

On  peut  iuger  le  laict  pareillement 

1 On  lit  dans  les  éditions  posthumes  • A 
la  quantité  ou  substance,  à la  qualité,  etc. 
Évidemment  la  substance  se  rapporte  à la 

qualité,  et  c’est  bien  ainsi  que  l’auteur  l’a 
entendu  dans  le  reste  du  chapitre.  J’ai  donc 
supprimé  ces  deux  mots,  ou  substance,  qui 
n’existent  dans  aucune  des  éditions  faites 
du  vivant  de  l’auteur. 


estre  bon  par  sa  couleur,  par  ce  que 
ledit  laict  n’est  autre  chose  qu’vn  sang 
blanchi  : et  celuy  qui  est  fait  d’vn 
sang  temperé,  est  tout  blanc,  et  celuy 
qui  est  d’autre  couleur  se  doit  rciet- 
ter  : car  s’il  tire  sus  le  brun , c’est 
signe  qu’il  est  procréé  desang  mélan- 
colique : et  s’il  est  verdoyant , signi- 
fie adustion  : et  s’il  est  aucunement 
citrin,  c’est  signe  qu'il  est  cholé- 
rique : et  s’il  est  rubicond,  c’est  signe 
que  la  verlu  digestiue  lactifiante  est 
debile  C Icy  nous  deuons  bien  admi- 
rer la  prouîdence  de  Nature,  d’a~ 
uoir  ainsi  transmué  le  sang  en  cou- 
leur blanche  par  la  vertu  lactifiante 
des  mammelles  : car  si  elle  se  fust 
oubliée  (ce  que  iamais  n’a  fait)  de 
laisser  couler  le  sang  en  sa  substance 
et  couleur  rouge , la  femme  nourrice 
eust  eu  en  horreur  de  voir  ainsi  es- 
pandre  son  sang  : et  aussi  cela  eust 
esté  odieux  à l’enfant  de  le  succer 
pur  et  rouge  de  la  mammelle  , ioint 
que  nous  n’eussions  point  eu  de 
beurre  ny  fromage.  Pareillement 
les  assislans  eussent  abhorré  de  voir 
la  bouche  de  l’enfant  et  tetins  de  la 
mere  sanglants  : bref  Dieu  a fait  tou- 
tes ses  œuures  par  vne  très  grande 
sagesse.  C’est  ce  que  chante  ce  grand 
Prophète  du  Ciel 2 : 

En  tout  se  voit  ta  grand’vertu  parfaicte, 
Iusqu’à  la  bouche  aux  enfaus  qu’on  allaicte  : 
Et  rends  par  là  confus  et  abbatu 
Toutennemy,  qui  nie  ta  vertu. 

Et  quant  à l’odeur,  elle  doit  estre 
douce  et  suaue  et  non  autre  : car  s’il 
estoit  de  mauuaise  odeur,  comme 

1 L’édition  de  1673  arrêtait  ici  ce  para- 
graphe, et  passait  immédiatement  à l’odeur 
du  lait;  ce  qui  suit  a été  ajouté  en  1675,  à 
l’exception  des  quatre  vers  du  psaume,  qui 
n’ont  pris  place  que  dans  l’édition  de  1585. 

’ Ps.  8.  — A.  P. 


689 


DE  LA  GENERATION. 


d’eschauffaison , c’est  signe  de  cha- 
leur superflue  et  de  sang  aduste, 
comme  volontiers  on  voit  celuy  des 
femmes  rousses  : s’il  sent  l’aigre  , il 
demonstre  l’humeur  melancholique. 

Et  quant  au  goust,  il  doit  estre 
sucré,  et  ne  faut  pas  qu’il  soit  amer, 
ny  salé,  ny  aigre,  ny  styptique,  c’est  à 
dire  de  haut  goust , comme  verjus. 


CHAPITRE  XXVII. 

de  la  distance  dv  temps  qve  la 

NOVRR1CE  A ENFANTÉ,  ET  DV  SEXE 

DE  SON  ENFANT. 

La  nourrice  doit  estre  cinq  ou  six 
iours 1 apres  qu’elle  a enfanté  deuant 
que  donner  à teter  à l’enfant , poul- 
ies raisons  qu’auons  dites  cy  dessus  , 
aussi  d’autant  qu’elle  demeure  long 
temps  au  lit  sans  faire  nul  exer- 
cice : parquoy  se  fera  teter,  ou  soy- 
mesme  se  tetera  auec  vn  instrument 
de  verre  que  nous  déclarerons  cy 
apres , et  en  donnerons  le  portrait. 

Si  la  nourrice  a enfanté  vn  masle 
dernier,  son  laict  est  plus  à louer,  par- 
ce qu’elle  a son  sang  plus  elabouré , 
et  par  conséquent  moins  excremen- 
teux,  dont  le  laict  qui  en  sera  engen- 
dré sera  meilleur  : car  l’enfant  masle 
estant  au  ventre  de  sa  mere,  l’es- 
chauffe  de  sa  chaleur  naturelle  plus 
qu’vne  femelle,  ce  qui  se  connoist 
par  expérience , que  la  femme  grosse 
d’vn  masle  se  porte  mieux  coustu- 
mierement , ioint  aussi  qu’elle  est 
mieux  colorée.  Aussi  faut  que  la 
nourrice  aye  porté  son  enfant  à 
terme:  car  1’auortenaent  fait  de  cause 
interne  demonstre  qu’il  y a quelque 
vice  au  corps. 

1 En  1573  Paré  avait  dit  quinze  ou  vingt 
iours,  il  a changé  d’avis  et  de  texte  en  1579. 

II. 


CHAPITRE  XXVIII. 

DV  REGIME  DE  LA  NOVRRICE , ET  COMME 
ELLE  DOIT  COVC1IER  L'ENFANT1. 

On  doit  auoir  soin  au  régime  de  la 
nourrice,  soit  au  manger  et  boire, 
dormir  et  veiller,  exercice  et  repos, 
et  les  diuersifier  selon  la  disposition 
et  habitude  de  l’enfant  : comme  s’il 
est  trop  chaud  , doit  vser  de  régime 
réfrigérant,  et  ainsi  des  autres  tem- 
pératures : et  vsera  de  viande  de  bon 
nourrissement,  en  quantité  mesurée, 
et  doit  euiter  le  mauuais  air,  et  s’ab- 
stenir de  coucher  avec  les  hommes, 
pour  les  raisons  susdites  : elle  eui- 
tera  toutes  viandes  qui  escbauffent  le 
sang,  comme  espisseries,  pâtisseries, 
saleures,  moustarde,  vins  forts  et  sans 
eau,  et  sur  tout  aussi  la  cholere,  et 
toutes  choses  qui  brûlent  le  sang2. 
Toutes  nourrices  doiuent  vser  de  mé- 
diocre exercice,  et  plus  s’exercer  les 
parties  hautes  que  les  basses,  à fin 
que  l’attraction  y soit  plus  forte. 

Quand  la  nourrice  couche  l’enfant 
en  son  petit  berceau,  sa  teste  doit 
estre  mise  plus  haute  que  le  reste  du 
corps,  afin  que  par  telle  situation  les 
superfluités  du  cerueau  descendent 
plus  aisément  vers  les  parties  basses. 
Et  le  faut  lier  et  bander  en  son  petit 
grabat  de  si  bonne  façon,  que  son  col 
et  son  dos  ne  soyent  aucunement 
courbés  3.  Et  pour  luy  faire  venir  le 

1 Dans  l’cdition  primitive  de  1573,  ce  cha- 
pitre était  fort  court,  et  s’intitulait  seule- 
ment: Du  régime  de  la  nourrice.  Il  a étendu 
son  cadre  et  son  titre  à partir  de  1575. 

2 Ici  finissait  le  chapitre  dans  l’édition 
de  1573. 

3 II  y a ici  dans  toutes  les  éditions  pos- 
thumes une  faute  d’impression  qui  entraine 
un  complet  contre-sens.  On  lit Que  son  col 

44 


690  le  DIXtIÏVJTIEME  livre, 


sommeil,  on  Je  bercera  doucement 
d’vn  mouuement  égal,  et  non  point 
fort  : car  le  fort  et  inégal  esmeut  le 
laiçt  qui  est  en  l’estomach,  empesche 
la  digestion,  trouble  et  estonne  le 
cerueau,et  souuent  le  fait  vomir1. 
Et  po.ur  l’engarder  d’être  courbé,  il 
est  bon  de  lç  çoucher  droitement  sur 
sou  dos,  et  non  sur  les  çoslés  : prin- 
cipalement durant  le  temps  qu’il  tete, 
et  n’vse  point  encore  de  viandes  so- 
lides, et  n'est  pas  encore  fortifié  ny 
ses  os  asse?  endurcis  : parce  que  l’çs- 
pine  du  dos  est  soustepement  de  tout 
le  corps  comme  la  carine  de  toute  la 
nauire,  et  est  plus  seur  que  tous  les 
autres  os,  sur  lesquels  l’enfant  s’ ap- 
puyé en  dormant,  comme  sus  vn  fon- 
dement qui  est  fort.  S’il  esloit  çouché 
sur  les  costés,  l’vn  costé  ne  pourroit 
SOUS  tenir  l’autre  parce  que  les  costes 
sont  encore  bien  menues , laxes  et 
molles  : et  partant  il  y auroit  danger, 
couchant  longuement  l’enfant  dessus 
l’vn  des  costés,  d’encourir-  en  con- 
torsion de  l’espine  du  dos,  et  deuenir 
bossus  : parce  que  les  costes  sont 
ployables , à canse  de  leur  mollesse, 
et  les  ligantens  qui  les  lient  sont  en- 
core taxes  et  mois,  comme  nous  avons 
dit.  Pendant  donc  le  temps  que  l’en- 
fant tete,  et  iusques  à ce  que  les  dents 
commencent  à sortir,  et  n’vse  de  nour- 
rissement  plus  solide  que  le  laict,  il 
doit  estre  couché  sur  son  dos  : mais 

et  \oit  don  sçijeni  aucunement  courbez.  La  né- 
gation que  j’ai  rétablie  existe  dans  toutes 
les  éditions  du  vivant  de  l’auteur,  et  donne 
le  véritable  sens  ; tandis  que  sa  suppression 
laisserait  un  précepte  tort  dangereux.  Du 
reste,  Paré  va  revenir  dans  un  moment  sur 
ce  sujet. 

1 Cette  phrase  tout  entière  : Et  pour  luy 
faire  venir  le  sommeil  etc.,  coupe  assez  mal 
à propos  le  texte  qui  a rapport  à la  position 
de  l’enfant.  LUea  été  intercalée  en  1585. 


lors  qqe  s.es  membres  deuiennent  plus 
forts , et  ses  os  plus  durs , doit  estre 
couché  tour  à tour  sur  vn  costé,  puis 
sur  l’autre,  et  quelquefois  sur  le  dos  : 
et  tant  plus  il  se  fortifiera  et  croistra, 
tant  plus  sera  couché  sur  les  costés. 

11  faut  aussi  que  la  nourrice  aye 
çsgard  à la  situation,  de  l’enfant,  qu’il 
aye  la  lumière  de  ligne  droite,  autre- 
ment il  serait  louche.  La  raison  est 
que  noslre  œil  est  vne  substance  de 
sa  nature  pellucide  et  lumineuse  : 
dont  aduient  que  pour  ce  respect  il 
cherche  tousiours  la  lumière,  abhor- 
rant les  tenebres,  comme  chacune 
chose  naturellement  se  delecte  de  son 
semblable,  et  fuit  son  contraire.  Par- 
quoy  si  d’ordinaire  l’enfant  est  telle- 
ment situé  dans  son  berceau,  qu’il 
n’aye  la  lumière  opposite  directement 
à soy,  il  est  contraint  de  la  chercher 
à costé  : dont  aduient  que  se  virant 
et  contournant  à costé,  prend  vn  ply, 
lequel  il  ne  peut  aisément  laisser  par 
apres  • pour  laquelle  mesmc  raison 
les  nourrices  instruites  par  expé- 
riences des  inconueniens  qu’elles  en 
ont  veu  suruenir,  comment  la  teste 
de  leurs  nourriçons  couchés  dans  te 
berceau  d’vn  archet  d’osier,  et  un 
linge  par  dessus,  à fin  que  la  veuë  de 
l’enfant  soit  arrestée,  laquelle  autre- 
ment se  contournant  vers  tous  les 
obiets  circonuoisins , lui  rendroit  la 
veuë  farouche,  esgarée  et  louche. 

La  nourrice  louche  ne  peut  regar- 
der son  enfant  sinon  que  de  costé  : de 
là  vient  que  l’enfant,  comme  en  toute 
sa  substance,  ainsi  en  son  œil  estant 
fort  humide,  par  accouslumance 
d’estre  ainsi  regardé  prend  aisément 
le  ply  de  regarder  de  costé , lequel 
par  apres  il  ne  peut  bonnement  dé- 
laisser. La  raison  est  qu’és  yeux  des 
louches,  les  muscles  qui  trauaillent  le 
plus  sont  les  deux  qui  ameinent  les 


DE  LA  GFiypïlATJQN.  C91 


yeux  vers  le  petit  ou  grand  apgle. 
Ceux-cy  donc  ou  ceux-là , par  ce 
premier  ply  et  continuité  d’action 
s’estant  fortifiés  et  comme  endurcis 
(comme  toute  partie  en  no.us  par  son 
action  se  rend  plus  robuste),  les  deux 
autres  muscles  antagonistes,  c’est  à 
dire  qui  leur  sont  contraires , sont 
aisément  tirés,  et  tout  l’œil  tourné 
vers  l’angle  grand  ou  petit,  selon 
que  la  nourrice  sera  louche  de  .ceste 
façon  ou  d’autre  : aussi  que  par  le 
mouuement  continuel  le  muscle  s’es- 
chauffe.  Et  par  conséquent  le  perf 
inséré  en  iceluy  se  dilate  (comme  le 
propre  de  la  chaleur  est  d’ouurir  et 
dilater  les  conduits),  dont  adulent 
que  l’esprit,  premier  autheurdu  mou- 
uement, lequel  s’espand  tant  d’un 
costé  que  d’autre  indifféremment , 
s’insère  és  parties  lesquelles  il  trouue 
les  plus  ouuertes,  faisant  en  icelles 
principalement  le  mouuement.  Ainsi 
voyons-nous  les  enfans  deuenir  gau- 
chers, lors  que  s’exercent  tousioups 
de  la  main  senestre , et  la  dextre  de- 
meure oysiue,  laquelle  par  mesme 
moyen  est  moins  nourrie,  et  par  con- 
séquent plus  foible.  Que  si  un  homme 
ja  fait  , et  ayant  accompli  ses  trois 
dimensions,  s’accointant  d’vn  boj 
teux,  prend  et  retient  ie  ne  sçay  quoy 
du  train  du  boiteux  : pourquoy  le 
semblable  ne  se  fera-il  aux  enfans, 
desquels  la  chair  molle  et  délicate  est 
prompte  à toutes  mutations  et  in- 
flexions? 

Or  iaçoit  que  la  nourrice  ne  soit 
louche,  foutesfois  ce  vice  vient  aux 
enfans  héréditairement,  ainsique  l’on 
voit  aduenir  és  bossus  et  boiteux, 
comme  nom  auons  dit  cy  dessus. 


CHAPITRE  XXJX. 

COMME  L’ON  DOIT  ACCOVSTREP.  LA 
BOÜILLIE  DV  PETIT  ENFANT, 

% 

La  bouillie  est  bonne  au*  petits 
enfans,  à cause  qu’ils  ont  besoin 
d’vne  nourriture  humide,  de  gros- 
seur conforme  au  laict , non  de  .trop 
difficile  digestion.  Lesquelles  condi- 
tions sont  trouuées  en  la  bouillie, 
pourueu  que  la  farine  de  froment 
ne  soit  crue  : laquelle  on  doit  mettre 
dedans  vn  pot  de  lerre  neuf,  et  le 
mettre  dans  vn  four,  et  qu’il  y de- 
meure tant  que  le  pain  met  à cuire, 
à fin  qu’elle  ne  soit  tant  visqueuse  et 
grossière, et  aussi  que  le  laict  ne  cuise 
pas  si  longuement  : parce  qu’il  faut 
que  pour  donner  cuisson  à la  farine, 
le^  laict  cuise  semblablement  long 
temps  1 : en  quoy  il  perd  sa  bonté , 
parce  que  le  cuisant  beaucoup,  sa 
substance  aqueuse  se  consomme  par 
le  feu , et  engendre  gros  sang,  comme 
il  se  fait  par  la  bouillie  lors  que  la 
farine  n’est  cuite  auparauant  : car  il 
perd  en  cestc  façon  sa  substance  de 
maigue  de  beurre  2 : il  en  reste  tant 

' Au  premier  abord  , le  texte  en  cet  en- 
droit peut  paraître  assez  obscur;  n’y  a-t-il 
pas  quelque  contradiction  en  effet  entre  ces 
termes  : Que  le  laid  ne  cuise  pas  si  longue- 
ment ; et  il  faut  que  le  laict  cuise  semblable- 
ment long  temps?  Mais  en  y réfléchissant,  on 
voit  ce  que  l’auteur  veut  exprimer.  Le  lait 
perd  de  ses  qualités  par  une  longue  ébulli- 
tion = donc  il  ne  faut  pas  le  faire  bouillir 
long-temps.  Mais  une  longue  ébullition  se- 
rait nécessaire  pour  bien  cuire  la  farine; 
donc  il  faut  faire  cuire  celle-ci  préalable- 
ment; et  alors  le  lait  11’aura  pas  besoin  de 
bouillir  si  long-temps. 

2 Les  éditions  de  1&73  et  !575portent  : De 


692  le  dix-hvitieme  livre  , 


seulement  la  fromageuse,  grosse, 
visqueuse,  et  de  difficile  digestion, 
et  par  conséquent  pesante , et  faisant 
obstruction  és  premières  veines  et 
au  foye,  qui  souuent  cause  quils 
ont  des  tranchées,  et  qu’il  s’engendre 
des  vers  à l’enfant,  et  des  pierres, 
et  autres  mauuais  accidens , pour 
n’estre  ladite  farine  cuite,  et  le  laict 
trop  cuit  : par  quoy  ceux  qui  ont  des 
enfans  y prendront  garde,  si  bon  leur 
semble.  Et  ne  sert  rien  d’alleguer 
que  par  expérience  quotidiane  on 
voit  plusieurs  enfans  qui  mangent 
bouillie  sans  qne  la  farine  soit  cuite , 
et  se  portent  bien  : car  ie  dis  que 
cela  se  fait  plustost  d’auenture,  ou 
de  bonne  nature , que  de  la  bonté  de 
ceste  nourriture. 

Or  on  ne  luy  doit  donner  boüillie 
de  dix  ou  douze  iours  apres  estre  né. 
Mesme  Galien  , liure  1.  De  sanitate 
tuenda,  veut  que  les  enfans  soyent 
seulement  nourris  de  laict , tant  que 
l’on  connoistra  la  nourrice  en  auoir 
suffisamment  pour  fournir  de  nour- 
riture à l’enfant  à mesure  qu’il  crois- 
tra  *.  Et  encore  il  y a des  enfans  qui 

maifjue  et  de  beurre  ; toutes  les  autres  : De 
morgue  de  beurre.  Nous  avons  vu  ci-devant 
(Voy.lanote  1 delà  p.  662),  que  ce  mot  tnai- 
gue  ou  megue  paraissait  signifier  une  espèce 
de  sérosité;  dans  le  passageactuel  il  équivau- 
drait à peu  près  à l’expression  moderne  de 
lait  de  beurre  ; et  le  sens  resterait  le  môme 
avec  ou  sans  la  conjonction  et.  Cependant 
l’édition  latine  l’a  conservée,  bien  que, 
comme  il  vient  d’être  dit,  elle  manquât  dans 
l’édition  de  1579  qui  a servi  de  texte  au 
traducteur.  Voici  sa  version  : f^el  lac  ingé- 
rant ( guéri ) porlione  suâpingui  seu  bulyrosâ 
et  serosâ  caslratum. 

'•  Cette  citation  de  Galien  a été  ajoutée 
en  1575,  et  cette  intercalation  rompt  le  sens. 
Ainsi  on  lit  plus  bas  : El  encore  il  y a des 
enfans  qui  ne  la  veulent  prendre,  etc. ; il  faut 
entendre  ceci  de  la  bouillie,  et  non  de  la 
nourrice  ou  d’autre  chose. 


ne  la  veulent  prendre  de  deux  ou 
trois  mois  et  plus,  et  se  contentent 
du  laict,  et  où  on  leur  en  veut  bailler, 
la  reiettent  : autres  la  prennent  plus- 
tost, qui  se  fait  pour  la  diuersilé 
de  leur  nature  indicible  à escrire. 

Que  s’il  aduient  que  les  enfans 
ayent  le  ventre  constipé,  il  faut  pren- 
dre vne  dragme  d’aloés,  ellebore 
blanc  et  noir  de  chacun  quinze 
grains,  et  le  tout  puluerisé  et  meslé 
auec  suffisante  quantité  de  fiel  de 
bœuf,  et  mettre  tel  remede  sus  du 
coton  comme  vne  boüillie,  et  de  la 
grandeur  de  la  paume  de  la  main,  et 
l’appliquer  vn  peu  tiede  sur  le  nom- 
bril : tel  remede  a pareillement  fa- 
culté de  faire  sortir  les  vers.  Que  si 
leur  suruient  des  tranchées  causées 
de  crudités  ( ce  qui  se  connoist  lors 
qu’ils  crient  et  pleurent  fort,  el  se 
tournent  d’vn  costé  et  d’autre),  il 
leur  faut  appliquer  sus  le  ventre  de 
la  laine  auec  le  suif,  trempée  en  huile 
de  camomille  vn  peu  chaude  '. 

Or  quelquesfois  aduient  que  l’en- 
fant estant  ja  grandelet,  ayant  ses 
dents  incisiues,  mord  sa  nourrice, 
dont  puis  apres  est  en  grande  peine, 
à cause  de  l’vlcere  qui  y demeure. 
Et  pour  la  curation  d’icelle,  doit  la 
nourrice  lauer  son  tetin  auec  de  l’eau 
alumineuse  : et  parce  que  le  bout  de 
sa  mammelle  demeure  douloureux, 
estant  pressé  de  ses  habillements, 
aura  vn  instrument  de  plomb,  fait  en 
la  maniéré  d’vn  chapeau,  lequel  sera 
percé  au  bout  de  plusieurs  petits 
trous , dans  lequel  mettra  le  bout  de 
son  tetin , à fin  que  son  laict  puisse 
s’escouler,  et  la  sanie  de  son  vlcere  : 
ioint  que  le  plomb  est  propre  pour  la 
curation  d’icelle. 

1 Tout  ce  paragraphe  a été  intercalé  ici 
en  1579.  La  laine  auec  le  suif  signifie  ici  avec 
le  suint-,  le  latin  dit  lana  succidu. 


DE  LA  GENERATION. 


Figure  d’vn  instrument  pour  mettre  le  telin 
vice  ré  d'vne  nourrice 


Au  surplus,  les  nourrices  ont  qua- 
tre moyens  de  faire  taire  et  appaiser 

1 L’histoire  des  bouts  de  sein  et  des  ins- 
truments destinés  à allonger  le  mamelon  a 
été  traitée  avec  une  érudition  remarquable 
par  M.  Deneux  ( Mémoire  sur  les  bouts  de  sein 
et  mamelons  artificiels.  Paris,  1S33)  ; et  je  ne 
saurais  mieux  faire  que  d'analyser  la  partie 
de  cette  histoire  qui  va  jusqu’à  l’époque 
de  Paré. 

C’est  dans  Lanfranc  que  l’on  trouve  la 
première  mention  d’un  instrument  destiné 
à allonger  le  mamelon.  Il  recommandait 
une  cupule  de  gland  ou  un  instrument  de 
même  forme,  dont  la  face  interne,  enduite 
de  térébenthine  ou  de  poix,  était  appliquée 
sur  le  mamelon;  dans  le  but  très  probable- 
ment de  le  faire  adhérer  à cette  partie  afin 
de  l’allonger  en  la  tiraillant.  Guy  de  Chau- 
liac  y appliquait  une  petite  ventouse  ou  une 
cupule  de  gland  préalablement  chaullée,  ou 
bien  encore  un  tube  proportionné  au  vo- 
lume du  mamelon  pour  l’allonger  par  la 
succion.  Il  ne  fut  rien  ajouté  à ces  données 
jusqu’au  xvi'  siècle  ; mais  en  1565,  Thad- 
dæus  Dunus,  médecin  de  Locarno  dans  la 
Suisse  italienne,  revint  sur  ce  sujet  dans  un 
livre  publié  à Strasbourg  sous  ce  titre  : Mu- 
liebrium  morborum  omnis  generis  remedia  ex 
Dioscoride  , Galeno  , Plinio  , etc.  L’article 
qu’il  y a consacré  est  le  dernier  de  son  ou- 
vrage. En  voici  l’extrait  littéralement  tra- 
duit par  M.  Deneux  : 

« M’entretenant  un  jour  chez  une  honnête 
et  pieuse  matrone  de  Locarno,  ma  compa- 
triote, des  gerçures  si  douloureuses  des  ma- 


6g3 

leurs  enfans  : à sçauoir  de  leur  pré- 
senter la  tette,  de  les  bercer,  de  les 
chanter  : et  de  leur  changer  de  linge 
et  couches.  Or  il  ne  faut  les  bercer 
trop  fort , mais  bellement , à fin  que 
le  laict  qui  est  en  l’estomach  par  la 
grande  agitation  ne  se  trouble  et 
corrompe,  ny  pour  mesrae  raison,  les 
faire  sauter  trop  brusquement.  Il  est 
bon  que  les  enfans  crient  quelques- 
fois  : car  par  ce  moyen  le  poulmonet 
la  poitrine  s’eslargissent  d’auantage  : 
et  la  chaleur  naturelle  s’en  rend  plus 
forte,  et  aussi  que  le  cerueau  se  purge 

melons,  elle  me  parla  de  la  violence  du 
mal,  et  me  dit  qu’elle  connaissait  un  excel- 
lent moyen  de  les  prévenir.  Voici  quel  est 
ce  moyen.  On  fait  avec  de  la  cire  pure  deux 
calices,  semblables  à la  cupule  du  gland  ou 
à un  dé,  d’une  grandeur  telle  qu’ils  puissent 
recevoir  les  mamelons.  On  met  dans  ces  ca- 
lices de  petites  gouttes  de  résine  de  sapin, 
on  les  applique  sur  les  mamelons.  Pour  em- 
pêcher les  calices  de  tomber,  on  a recours  à 
un  bandage  artistement  disposé  pour  cet 
objet,  et  qui  entoure  le  thorax.  Lorsque  par 
une  cause  quelconque  la  résine  disparait, 
on  la  remplace.  Il  faut  porter  jour  et  nuit, 
pendant  les  trois  derniers  mois  de  la  gros- 
sesse, les  calices  ainsi  préparés  ; à l’aide  de 
ce  moyen,  les  femmes  qui  ont  eu  des  ger- 
çures à la  suite  d’accouchements  précédents, 
n’en  ont  plus  dans  les  couches  suivantes; 
il  en  est  de  même  de  celles  qui  n’en  ont 
jamais  souffert.  La  matrone  a observé  sur 
elle-même  et  sur  beaucoup  de  femmes 
qu’on  était  ainsi  constamment  préservé  des 
gerçures  des  seins.  » 

« Il  suffirait  peut-être,  ajoute  l’auteur, 
de  porter  les  calices  pendant  le  dernier  mois 
de  la  grossesse  : ce  serait  à l’expérience  à 
prononcer  là-dessus.  Je  dis  cela  parce  que 
beaucoup  de  femmes,  principalement  les 
grandes  dames,  supporteraient  peut-être 
avec  peine,  soit  pour  elles,  soit  pour  leurs 
maris,  que  les  mamelons  fussent  recouverts 
de  résine  pendant  un  temps  aussi  long.  Ce- 
pendant si  elles  avaient  éprouvé  un  si  grand 


6q4  le  DIX-HVïTIÉME  livre, 


par  le  nez,  yeux,  et  par  la  bouche  en 
pleurant , mouchant  et  crachant  : 
mais  aussi  ie  ne  loüë  pas  les  laisser 
fort  crier,  de  peur  qu’ils  ne  rompent 
le  procds  du  péritoine , et  que  puis 
apres  il  leur  fallust  couper  les  testi- 
cules pour  curer  leurs  hargnes  : qui 
ptiis  apres  degenereroient  en  nature 
féminine  J. 

tes  dents  des  enfants  leur  com- 
mencent à sortir  au  septième  mois , 
ou  vn  peu  plus  tard  : et  quand  elles 

mal,  elle  supporteraient  pour  en  être  pré- 
servées l’application  de  la  résine,  et  même 
de  toute  espèce  de  médicaments  de  l’odeur 
la  plus  forte,  non  seulement  sur  les  mame- 
lons, mais  encore  sur  toute  la  surface  des 
mamelles.  » 

Un  peu  avant  Thaddæus  Dunus , Amatus 
Lusitanus  avait  proposé  pour  allonger  le 
mamelon  de  se  servir  d’une  fiole  remplie 
préalablement  d’eau  chaude:  la  fiole  étant 
bien  échauffée,  il  fallait  la  vider  et  l’appli- 
quer sur  le  mamelon.  M.  Deneux  ajoute  que 
Paré  n'a  pas  omis  de  parler  de  cette  fiole  ; il 
y a ici  une  légère  inexactitude;  Paré  en  fera 
mention  plus  loin  au  chapitre  35,  et  figurera 
même  Un  instrument  plus  spécial  nommé 
Teline  ; mais  non  point  dans  le  but  d'allon- 
ger le  mamelon  ; il  s'agira seulementdesucer 
le  lait  pour  en  débarrasser  les  mamelles. 
Ainsi  Paré  ne  s’est  point  occupé  des  moyens 
d’allonger  le  mamelon  ; mais  c’est  à lui 
qu'il  faut  rapporter  l’emploi  du  bout  de 
sein  de  plomb  pour  guérir  les  fissures.  Chose 
étrange,  il  ne  songeait  à y remédier  qu'a- 
près  le  sevrage  de  l’enfant;  et  ce  n’est  que 
dans  le  siècle  suivant  que  Scullet,  tout  en 
copiant  la  figure  de  Paré,  lui  assigna  for- 
mellement ce  nouvel  usage  : Üt  nutrix  in- 
fantem  absquemoleslia  laciare  possit  J’ignore 
du  reste  où  Paré  avait  pris  l’idée  de  son 
bout  de  sein  en  plomb;  il  ne  semble  pas  le 
revendiquer  pour  sieh  ; et  cependant  je  ne 
trouve  rien  dansRoesslin  ni  dans  Rueff,  ni 
dans  aucun  autre  auteur  contemporain,  qui 
ait  pu  le  mettre  sur  la  voie. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  seulement 
en  1579;  celui  qui  le  suit  en  1575. 


tnencerrf  à sortir , ont  vn  prurit 
ou  démangeaison  aux  genciues,  qui 
cause  qu’ils  mordent  le  mammelon 
de  leur  nourricè. 


CHAPITRE  XXX. 

EN  QVEL  TEMPS  IL  FAVT  SEVRER 

l’enfant  l. 

Quelques  vus  sont  sevrés  à dii- 
huit  mois,  les  autres  à vingt,  et  le 
commun  est  à deux  ans  , parce  qu’ils 
ont  leurs  dents,  par  lesquelles  Nature 
semble  demander  quelque  autre  nour- 
riture que  le  laict  et  bouillie  : aussi 
qu’ils  appetent  et  désirent  les  viandes 
plus  grosses  et  solides  que  le  laict,  et 
y prennent  plaisir , et  les  mangent 
leur  estatit  baillées  en  suffisante 
quantité,  de  sorte  qu’il  ne  leur  ést 
plus  besoin  de  laict  ni  de  boüillie  : la- 
quelle, s’ils  en  mangeoientordinaire- 
ment,  se  corromproit  auec  la  chair  et 
les  autres  viandes.  Toutesfois  on  ne 
peut  certainement  designer  ne  limiter 
le  temps  légitimé  du  sevrement,  pour 
la  diuersité  du  temps  de  la  sortie  des 
dents,  ne  l’enuie  de  leur  puissance  de 
manger  les  viandes  : car  nous  voyons 
que  les  dents  sortent  plustost  aux 
vns  qu’aux  autres.  Pafqüoy  faut  bor- 
ner le  temps  de  sevrer  l’enfant  par 
la  sortie  d’icelles  : et  ceux  à qui  elles 

1 Tout  ce  chapitre,  sauf  une  petite  phrase, 
est  entièrement  reproduit  d’âprés  l’édition 
de  1573.  Je  dois  noter  Cependant  qU’alorS 
ICS  mots  seürer,  seui-ement  étalent  écrits  pâr 
un  u ; tandis  que  dans  les  éditions  de  1575, 
1579,  1685,  et  enfin  dans  celle  de  1698,  la 
dernière  qui  fasse  autorité  pour  nous,  l’a  a 
été  constamment  remplacé  par  le  t.  On 
comprend  que  je  me  suis  empressé  de  suivre 
cette  dernière  orthographe. 


DE  LA  GENERATION*  6q5 


mettent  plus  long-temps  à sortir , 
doiuent  mettre  pareillement  plus 
longtemps  à estre  sevrés  : et  ceux  à 
qui  plustost  elles  sortent,  seront  aussi 
plustost  sevrés  : pour  autant  que  l’in- 
tention pour  laquelle  Nature  a pro- 
duit des  dents,  c’est  le  brisement  et 
mastication  des  viandes,  pour  les  pré- 
parer et  rendre  plus  faciles  à la  di- 
gestion. Et  aussi  semble  que  quand 
elles  sont  sorties,  Nature  incite  l’esto- 
mach  de  l’enfant  à appeter  le  pourris- 
sement qui  se  doit  mascher  et  briser 
par  icelles  : partant  elles  ne  sont  pro- 
duites sans  cause  : et  ne  leur  faut  bail- 
ler aucune  viande  que  première- 
ment leurs  dents  ne  soient  sorties  : 
car  si  plustost  on  les  sevre,  Auicenne 
dit  que  cela  seroit  cause  de  plusieurs 
maladies,  pour  la  mauuaise  digestion 
et  corruption  qui  s’ensuiuroit  , qui 
pourroit  estre  cause  de  mort. 

Les  deux  ans  accomplis,  ou  plustost, 
si  on  voit  que  l’enfant  aye  affection 
de  prendre  autre  viande  que  le  laict, 
et  s’il  la  mascbe  bien  et  digéré , et 
lors  que  nous  verrons  qu’ordinaire- 
ment  il  appete  et  demande  à manger 
de  la  chair,  ou  autres  bonnes  viandes 
plus  solides  que  le  laict,  et  aussi  qu’il 
s’en  degouste , nous  deuons  croire 
que  cela  ne  luy  vient  pas  d’vne  vo- 
lonté ou  fantasie,  mais  d’vn  instinct 
de  Nature,  qui  raisonnablement  l’in- 
cité à cela  : parquoy  lors  on  le  doit 
asseurément  sevrer  , et  luy  donner 
viandes  plus  solides  que  le  laict  et 
bouillie,  Les  enfans  qui  tetent  trop 
long-temps , en  sont  rendus  effémi- 
nés, lasches  et  mois  Aussi  si  on  voit 
le  contraire  , qu’il  n’aye  point  enuie 
de  viandes  solides , et  n’y  prend  plai- 

1 Cette  courte  phrase  : Les  enfans  qui 
etent  trop  long  temps  etc.,  a été  ajoutée 
en  1585. 


sir,  et  les  masclie  et  aualle  contre  son 
cœur,  encore  qu’il  eust  deux  ans  , et 
ses  dents , nous  le  laisserons  encor 
sans  le  sevrer  : parce  que  la  viande 
prise  contre  son  gré  ne  se  digéré  pas 
bien  , et  se  corrompt  non  seulement 
aux  enfans , mais  à toutes  personnes, 
dont  s’ensuit  plusieurs  maladies  , 
comme  nous  auons  dit.  D’auantage 
faut  auoir  esgard  à la  disposition  de 
son  corps,  pour  sçauoir  s’il  est  temps 
de  le  sevrer  : car  s’il  est  maladif, 
comme  tautost  sain , tantost  malade, 
lors  on  ne  le  doit  sevrer , parce  qu’il 
ne  mange  pas  suffisamment , à cause 
de  sa  débilité. 

Et  lorsqu’on  le  voudra  sevrer,  la 
nourrice  ne  luy  donnera  sa  mammelle 
tant  souuent  qu’elle  auoit  de  cous- 
tume,  et  ainsi  peu  à peu  sera  sevré  : et 
mettra  dessus  son  tetin  quelque 
chose  amere , comme  aloés , ou  eau 
en  laquelle  on  aura  fait  tremper  co- 
loquintes, ou  absinthe,  ou  autre 
chose  semblable , ou  bien  vn  peu  de 
moustarde  : et  barbouillera  entière- 
ment samammelledesuye  trempéeen 
eau  , à fin  de  la  faire  haïr  à l’enfant. 

Que  diray-ie  plus?  C’est  que  les  en- 
fans qui  sont  fort  galleux  à la  teste  et 
au  corps,  et  qui  rendent  beaucoup  de 
morve  et  baue  , et  aussi  qui  ordinai- 
rement vont  bien  à la  selle,  c’est  signe 
qu’il  se  porteront  bien  quand  ils  de- 
uiendront  grands,  parce  qu’ils  se  pur- 
gent de  leurs  superfluités  : au  con- 
traire , ceux  qui  n’ont  point  ces  cho- 
ses nesont  hors  de  danger  deplusieurs 
maladies,  quand  ils  seront  en  plus 
grand  aage  : et  si  telles  superfluités 
tombent  sur  le  dos,  aucuns  en  deuiett 
nent  bossus,  courbés  et  contrefaits. 

Or  apres  auoir  ainsi  descrit  ce  qu'il 
faut  faire  à l’enfant  nouuellement 
né , voire  iusques  à estre  sevré  : 
maintenant  nous  retournerons  à de- 


6q6  LE  DIX-HVITIIiME  LIVRE 


clarer  les  signes  pour  connoistre 
quand  il  est  mort  au  ventre  de  sa 
mere. 


CHAPITRE  XXXI. 

LES  SIGNES  POVR  CONNOISTRE  SI  L’EN- 

FANT  EST  MORT  AV  VENTRE  DE  LA 

MERE  l. 

On  peut  sçauoir  si  ledit  enfant 
est  viuant  ou  mort  dedans  le  ventre 
de  sa  mere,  par  les  signes  qui  s’ensui- 
uent. 

Et  premièrement  faut  sçauoir  si 
l’enfant  ne  se  remue  plus  : ce  qu’on 
sçaura,  tant  par  l’interrogation  de  la 
mere  , qu’en  posant  la  main  sus  son 
ventre  : et  aussi  peut-on  auoir  coniec- 
ture  quand  les  eaux  auront  esté  es- 
coulées  : et  si  l’arriere-faix  est  sorti, 
lors  infailliblement  on  pourra  iuger 
l’enfant  estre  mort. 

Ce  que  i’ai  veu  2,  estant  appelé 
pour  deliurer  la  femme  de  Pierre 
Cœurly,  maistre  des  Chapellets,  de- 
meurant à Paris,  rue  Galande,  où  es- 
tant arriué,  ie  vis  son  arriéré- faix 
hors,  adonc  conneus  l’enfant  estre 
mort  : i’appelay  les  matrones,  et  leur 
demanday  si  à leur  aduis  l’enfant  es- 
toit  mort  : elles  me  firent  response 

1 Ce  chapitre  porte  presque  le  même  titre 
que  le  chapitre  83  de  Franco,  et  la  rédaction 
s’en  rapproche  aussi  tellement  que  le  pla- 
giat était  manifeste  d’un  côté  ou  de  l’autre. 
Mais  il  a été  démontré  qu’en  cette  occasion 
c’est  Franco  qui  est  le  plagiaire  ; et  Paré  n’a 
fait  que  reprendre,  en  le  modifiant,  le  texte 
de  sa  Briefue  collection.  Voyez  ci-devant  pa- 
ges 623  et  626. 

1 L’édition  de  1573  portait  : Ce  que  i’ay 
veu  encore  depuis  trois  mois,  ce  qui  fixe  exac- 
tement la  date  de  l’observation.  Cette  date  a 
été  effacée  à partir  de  l’édition  de  1579. 


qu’elles  l’auoient  encores  n’agueres 
apperceu  se  mouuoir.  le  leur  deman- 
day de  rechef  combien  de  temps  il  y 
auoit  : elles  respondirent  qu’il  y auoit 
enuiron  six  heures  : alors  ie  conneus 
que  ces  bonnesfemmes  ne  disoient  vé- 
rité : attendu  que  toutesfois  et  quan- 
tes  que  l’arriere-faix  sort  deuant  l’en- 
fant , le  plus  soutient  ledit  enfant  est 
mort,  à cause  qu’il  ne  respire  que  par 
l’artere  ombilicale,  prenant  l’esprit 
des  orifices  de  celles  de  la  matrice  , 
appelées  cotylédons  : dont  en  estant 
l’arriere-faix  séparé,  nul  esprit  n’est 
plus  enuoyé  à l’enfant  : et  ainsi  ie  fis 
prognostic  à toute  la  compagnie  l’en- 
fant estre  mort.  Neanmoins  ne  laissay 
promptement  à deliurer  la  mere,  où 
mon  dire  fut  aueré,  en  lapresence  de 
plusieurs  honorables  dames 

D’auanlage,  c’est  signe  que  l’enfant 
est  mort , quand  la  mere  sent  plus 
grande  pesanteur  de  son  enfant 
qu’elle  n’auoit  de  coustume  : et  la 
raison  de  ce  est  que  l’esprit  n’y  est 
plus,  et  qu'il  n’est  régi  par  ses  facul- 
tés naturelles  1 , dont  n’estant  plus 
soustenu  se  monstre  et  sent  plus  pe- 
sant. Ainsi  voyons  tousiours  vn  mort 
peser  plus  qu’il  ne  faisoit  estant  vif  : 
pour  laquelle  mesme  cause  vn  homme 
à ieun  poise  plus  que  celuy  qui  aura 
pris  vue  modérée  réfection.  Outre 
plus,  quand  la  mere  se  retourne  çà 
et  là,  l’enfant  tombe  sus  la  partie 
plus  decliue  , comme  vne  masse  ou 
pierre.  Aussi  ladite  mere  est  fort 
vexée  et  tourmentée  de  griefues  dou- 

' Ici  s’arrêtait  la  phrase  en  1573;  le  reste, 
jusqu’aux  mots  : Outre  plus,  etc.,  a été  ajouté 
en  1575.  Il  n’est  sans  doute  pas  besoin  de 
remarquer  que  cette  prétendue  différence 
de  poids  d’un  homme  vivant  ou  mort  est 
un  préjugé  du  xvie  siècle,  qui  ne  repose  sur 
aucun  fondement  réel. 


DE  LA  GENERATION.  697 


leurs  vers  son  ombilic  et  parties  gé- 
nitales, et  a vouloir  d’vriner  et  assel- 
ler,  auec  grandes  espreintes,  à cause 
que  Nature  se  veut  descharger  de 
l’enfant  mort,  qui  ne  luy  est  plus  na- 
turel h Car  c’est  vn  axiome  ou  réglé 
véritable,  que  tousioursle  vif  chasse 
le  mort , de  tant  que  la  chose  morte 
n’a  rien  de  commun  auec  celle  qui  est 
viue.  Or  ce  qui  allie  et  tient  les  choses 
en  vnion,  c’est  la  communauté  et  si- 
militude : ainsi  voyons-nous  aux  vl- 
ceres  , que  la  chair  viue  pousse  et 
iette  celle  qui  est  purulente  et  sa- 
nieuse,  et  és  sphaceles  : que  l’os  vif 
chasse  hors  les  esquilles  de  la  portion 
de  celuy  qui  est  mort  et  pourri. 

Pareillement  en  posant  la  main  sus 
son  ventre  et  parties  génitales,  on  les 
sent  aucunement  refroidies , ioint 
aussi  que  ladite  mere  sent  froideur 
dedans  sa  matrice  : et  telle  chose  se 
fait  par  l’extinction  de  la  chaleur  vi- 
tale dudit  enfant. 

D’auantage  il  sort  certaines  humi- 
dités et  autres  excremens  fortfœtides 
hors  la  matrice,  et  l’haleine  de  ladite 
mere  est  aussi  fort  puante  : ce  qui  se 
fait  volontiers  au  deuxième  ou  troi- 
sième iour  au  plus  près  que  l’enfant 
est  mort,  et  tombe  souuent  ladite 
mere  en  syncope  ouesuanoüissemenl. 
Telles  choses  se  font  des  vapeurs  ou 
fumées  putrides  et  corrompues  qui 
s’esleuent  de  l’enfant  mort  et  de  son 
arriere-faix  , qui  sont  communiquées 
au  cœur  et  au  cerueau.  Et  icy  noteras 
que  l’enfant  mort,  estant  à la  matrice 
de  sa  mere , se  corrompt  plus  en  vn 
iour  qu’il  ne  feroit  en  quatre,  ou  plus, 

1 L’édition  primitive  de  1573  passait  im- 

médiatement à un  autre  signe  : Pareillement 
en  posant  la  main  sus  son  ventre,  etc.  Les  deux 
phrases  intercalées  dans  cet  endroit  du 
texte  datent  de  1575, 


s’il  estoit  hors  de  ladite  matrice  ‘ : de 
tant  que  c’est  vn  axiome  approuué 
par  Galien  au  liure  De  tumoribus, 
que  toutes  choses  chaudes  et  humides 
retenues  en  vn  lieu  pareillement 
chaud  et  humide  se  corrompent  et 
putréfient , principalement  si  le  lieu 
est  estroit,  par  faute  du  bénéfice  de 
transpiration. 

Aussi  peut-on  conieclurer  par  la 
couleur  de  la  face  qui  est  changée  du 
naturel , c’est  qu’elle  tend  à liuidité 
ou  plombine , au  moyen  de  quoy  est 
ladite  femme  hideuse  à voir  : et  a les 
mammelles  ramollies , et  son  ventre 
est  grandement  enflé  et  dur  plus  qu’il 
n’estoit  auparauant1 2  : duquel  signe 
la  raison  est  de  notablecontemplation. 
Car  en  toutes  choses  pourries  la  cha- 
leur naturelle  vient  à diminuer,  et 
s’augmenter  vne  chaleur  estrange  et 
excessiue,  par  l’action  de  laquelle  les 
humidités  du  corps  pourri  viennent 
à se  résoudre  en  vapeurs  et  ventosi- 
tés , qui  tenans  plus  de  lieu  que  ne 
faisoient  les  humidités  (comme  ainsi 
soit  que  selon  l’opinion  des  physiciens, 
d’vne  portion  d’eau  par  resolution  il 
s’en  fait  dix  d’air)  font  enfler  la  chose 
pourrie  : comme  iournellement  nous 
voyons  aux  corps  de  ceux  qui  sont 
noyés,  et  és  parties  gangrenées,  des- 
quelles nonobstant  que  par  l’action 
de  la  chaleur  putredineuse  nous 
voyons  exhaler  vne  grosse  fumée  de 
vapeurs,  si  est-ce  qu’elles  deuiennent 
plus  enflées  que  de  coustume. 

Et  de  tous  ces  signes  (quand  plu- 
sieurs se  trouuent  en  vne  personne 

1 Ici  encore  s’arrèlait  le  texte  primitif; 
l’explication  qui  suit  et  la  citation  de  Ga- 
lien sont  de  1575. 

! Même  remarque  ; le  texte  primitifse  bor- 
naitàdonnerlessignes  jl’explication  qui  suit 
date  comme  les  précédentes  de  1575. 


698  LE  DIX-H  VITIÉME  LIVRE, 


et  en  vn  mesme  temps)  pourras  iuger 
certainement  que  l’enfant  est  mort, 
au  contraire  non. 

Et  note  que  toutes  ces  choses  con- 
neuës  et  considérées,  le  Chirurgien 
doit  faire  diligence  d’aider  à la  mere 
le  plustost  qu’il  sera  possible  : et  qu’il 
soit  bien  instruit  à telle  œuure,  à 
cause  qu’elle  requiert  une  singulière 
prouidence  et  expérience  : car  s’il 
faull  à faire  son  deuoir,  souuent  il  tue 
la  mere  et  l’enfant,  s’il  estoit  vif1.  Et 
qu’il  connoisse  s’il  peut  besogner 
sans  danger  de  mort  de  la  mere,  pour 
euiter  scandale  : qui  se  fera  en  consi- 
dérant les  forces  et  vertus  d’icelle , 
en  tastant  son  pouls , sçauoir  s’il  est 
debile  ou  grandement  changé  outre 
le  naturel.  Et  d’auantage  faut  con- 
templer la  face,  comme  nous  auons 
dit,  sçauoir  si  elle  est  grandement 
changée  du  naturel,  et  si  elle  a le  nez 
et  les  extrémités  et  sueurs  froides,  et 
qu’elle  tombe  souuent  en  syncope, 
aussi  si  elle  a perdu  presque  toute 
connoissance  : et  si  tels  signes  appa- 
roissent,  on  doit  prognostiquer  la 
mort  estre  prochaine  : parquoy  la  faut 
laisser  à Nature,  et  la  recommander 
à Dieu  Mais  aussi  au  contraire,  si  la 

' Je  suis  ici  la  leçon  de  toutes  les  éditions 
originales  ; la  première  édition  posthume, 
suivie  par  les  autres,  porte  s'ils  estaient 
vifs,  ce  qui  est  un  non-sens,  puisqu’il  s’a- 
git d’aider  la  mere. 

’Tel  est  le  texte  de  toutes  les  éditions  com- 
plètes publiées  du  vivant  de  Paré,  et  encore  de 
la  première  édition  posthume  pour  laquelle 
il  avait  préparé  quelques  corrections  et 
additions  que  nous  avons  signalées  en 
leur  lieu.  C’était  déjà  en  partie  le  même 
texte  qu’on  lisait  dans  la  Maniéré  de  extraire 
les  en  fans  en  1 550.  (Voyez  ci-devant,  p.  027.) 
Enfin  l’édition  latine  de  1582  n’est  pas 
moins  explicite  : Abstinebit  ab  opéré,  immi- 
nentei)i  mortem  praidixisse  contentus.  J’ai 


vertu  est  forte , il  luy  faut  aider  en 
diligence  à expeller  l’enfant  par  po- 

donc  été  fort  surpris  de  voir  citer  un  texte 
tout-à-fait  différent  par  M.  Guillemot,  dans 
ses  Remarques  historiques  relatives  à l’an  des 
accouchements , et  particuliérement  à l'accou- 
chement forcé.  (Arclilv.  gin.  de  méd,  1837, 
t.  xv,  p.  554.)  Il  s’agit  plus  spécialement 
dans  ce  travail  de  l’accouchement  forcé  dans 
le  cas  de  pertes  utérines. 

«Ambroise  Paré,  dit  M.  Guillemot,  n’a 
point  formellement  exposé,  dans  son  livre 
De  la  génération,  l’accouchement  forcé.  Ce- 
pendant, si  l’on  réunit  les  divers  passa- 
ges qui  se  trouvent  dans  les  chapitres  36  , 
31,  on  conviendra  qu’il  le  connaissait.  11  sa- 
vait qu’un  grand  flux  de  sang,  sorti  delà 
matrice,  nécessitait  l’art  du  chirurgien;  il 
savait  aussi  que  l’insertion  du  placenta  sur 
l’orihce  utérin , et  que  son  décollement  de 
la  place  qu’iloccupait  étaient  autant  decau- 
ses  de  ces  pertes  utérines.  C’est  dans  ces  cas 
surtoutqu’il  recommandait  au  chirurgien  de 
s’efforcer  de  délivrer  la  femme  , si  elle  avait 
la  face  grandement  changée  du  naturel,  si 
elle  tombait  souvent  en  syncope,  et  si  elle 
avait  presque  perdu  connaissance  : « Il  faut 
s'efforcer  de  la  délivrer,  dit-il , parce  qu’il  Vaut 
mieux  tenter  un  remède  incertain  avec  espé- 
rance , que  luisser  la  mulade  en  désespoir  tout 
assuré  , car  tant  qu'il  reste  une  sintille  de  vie, 
JVature  aydée  peut  faire  des  choses  incroya- 
bles au  récit.  » (Chapitre  31  ). 

Sans  parler  de  la  citation  directe  du  cha- 
pitre 31 , il  est  évident  que  M.  Guillemot  a 
eu  en  vue  le  passage  auquel  se  rapporte 
cette  note,  et  où  il  est  fait  mention  en  ef- 
fet de  la  face  changée  du  naturel , de  la  syn- 
cope et  de  la  perte  de  connaissance.  Mais  il 
n’est  pas  moins  évident  que  le  texte  qu’il 
rapporte  ensuite  n’appartient  pas  à Paré , et 
qu’il  est  en  contradiction  formelle  avec  la 
doctrine  que  Paré  professa  toute  sa  vie.  D’ou 
venait  cependant  le  passage  cité  par  M.  Guil- 
lemot? Nous  avons  vu  dans  la  Bibliogra- 
phie d’A.  Paré,  qu’après  la  5e  édition,  la 
dernière  à laquelle  il  ait  participé,  il  en 
avait  été  publié  à Paris  une  sixième,  reueuë 
et  augmentée  en  divers  endroits ; une  sep 


DE  LA  GENERATION.  69O 


fions,  bains,  suffnmigations  faites  (te 

tiéme,  reueuë  et  corrigée  ; et  enfin  une  hui- 
tième, remué  et  augmentée  en  infinis  lieux. 
On  peut  voir  ce  que  j’ai  dit  de  ces  révisions 
et  augmentations , copiées  plus  tard  par  les 
éditions  lyonnaises,  dans  mon  Introduction, 
page  cccxxv.  J’ai  donc  dû  chercher,  dans 
ces  éditions  reueuës  et  augmentées  par  d’au- 
tres que  l’anteor,  la  date  de  l’interpolation 
qui  a trompé  M.  Guillemot.  C’est  à la 
sixième  édition  , c’est-à-dire  en  1G07  ; et  la 
maladresse  des  éditeurs  est  si  patente  , que 
je  ne  sais  comment  M.  Guillemot  n’en  a pas 
été  frappé.  Ils  ont,  en  effet,  respecté  le  texte 
dé  Paré;  après  quoi  ils  ont  ajouté  le  leur, 
ce  qui  fait  sur  le  même  sujet  deux  précep- 
tes parfaitement  contradictoires.  Ainsi  on 
lif  : 

« Et  si  tels  signes  apparaissent , on  doit 
prognostiquer  la  mort  eslre  prochaine  , par- 
quoy  la  faut  laisser  à Nature  et  la  recomman- 
der à Dieu  : toutesfois  apres  bon  prognoslic 
faict  au  tnary  et  aux  parens  de  la  patiente  , le 
chirurgien  , auec  leur  ferme  résolution  et  vo- 
lonté, doit  s’efforeer\de  la  deliurer,  parce  qu’il 
vaut  mieux  tenter  vn  remede  incertain  auec 
esperance , que  de  laisser  la  malade  en  vn  des- 
espoir tout  asseuré , car  tant  qu’il  reste  vne 
scintille  de  vie  , Nature  aydee  peut  faire  des 
choses  incroyables  au  récit.  Mais  aussi  si  la 
vertu  est  forte  , il  luy  faut  aider  en  diligence 
à expeller  l’enfant , etc.  » 

Est-il  possible  d’imaginer  un  pareil  gali- 
matias ? 

Du  reste,  bien  que  l’accouchement  forcé, 
avant  l’apparition  du  travail  naturel , ne  se 
trouve  pas  même  encore  dans  le  texte  prêté 
à Paré  par  ses  éditeurs  posthumes,  il  n’en 
demeure  pas  moins  le  véritable  inventeur  ; 
je  ne  saurais  mieux  faire  que  d’exposer  la 
démonstration  qui  en  a été  fournie  par 
M.  Guillemot  dans  son  intéressant  travail. 

C’est  à Louise  Bourgeois,  dite  Boursier, 
que  l'on  avait  jusque  là  rapporté  l’honneur 
de  cette  découverte.  Et,  en  effet,  dans  les 
Obseniations  diverses  sur  la  stérilité,  perle  de 
fruict . etc.,  publiées  en  1609,  elle-même 
n’hésite  pas  à se  l’attribuer;  ch.  5,  fol.  40  : 
Qu’il  y a vit  accident  oit  il  faut  promptement 


choses  fetides  prises  par  le  nez  et  par 

accoucher  vne  femme  ô quelque  terme  que  ee 
soit  pour  conseruer  sa  vie. 

« Cest  quand  vne  femme  a vne  perte  de 
sang  desmesuree,  sur  sa  grossesse,  dont 
elle  tombe  en  faiblesse,...  il  faut  rompre 
les  membranes...  et  tirer  l’enfant  par  les 
pieds  ; c’est  le  moyen  de  sauuer  la  mere 
et  de  donner  le  baptesme  à l’enfant.  Je  l’ay 
fait  prattiquer  par  consentement,  et  en  la 
presence  de  feu  monsieur  le  Febure,  Médecin, 
et  de  monsieur  le  Moine , et  monsieur  de 
l’Isle,  aussi  médecin,  fort  doctes  , d’autant 
que  i’auois  veu  que  ces  perles  là  sont  cau- 
ses tout  à coup  de  la  mort  de  la  mere  et  de 
l’enfant.  Cela  fut  fait  en  la  femme  d’vn 
conseiller  de  la  Courtde  Parlement,  laquelle 
estoit  grosse  de  six  mois , etc.  » 

Elle  raconte  ensuite  que  de  pareilles 
pertes  ont  causé  la  mort  de  mademoiselle 
d’Aubray,  femme  de  monsieur d’Aubray,  et  de 
madame  la  duchesse  de  Montbazon  ; et  re- 
grette de  n’avoir  pas  alors  mis  eesle  prattique 
en  auant,  puisque  ces  dames  auraient  pu  être 
sauvées. 

M.  Guillemot  a recherché,  d’après  ce  der- 
nier passage,  en  quelle  année  était  morte  la 
duchesse  de  Montbazon,  et  a fixé  cette  mort 
en  l’an  1602.  Ainsi,  à cette  époque,  Louise 
Bourgeois  n’avait  pas  encore  mis  en  auant 
ceste  prattique-,  et  on  pourrait  présumer, 
d’après  une  observation  rapportée  par  Guil- 
lemeau,  que  l’essai  en  fut  fait  devant  elle 
l’année  suivante. 

« L’an  1603,  dit  Guillemeau,  Mademoi- 
selle Danzé  ou  Chece  fut  surprise  estant  en 
son  trauail,  d’vn  pareil  flux  de  sang  qui 
luy  dura  depuis  le  matin  iusques  à huict  à 
neuf  heures  du  soir , estant  assistée  de  ma- 
dame Boursier,  sage-femme  de  la  Royne, 
messieurs  le  Febure,  Pùolan,  le  Moine,  doc- 
teurs regens  en  la  Faculté  de  Medecine  à 
Paris,  et  monsieur  de  Sainct-Germain,  mais- 
tre  apothicaire,  furent  appelez  pourla  traic- 
ter  ! et  comme  elle  perdoit  son  sang,  appe- 
lèrent monsieur  Honoré,  chirurgien  du  roy, 
lequel  ne  voulant  rien  attenter  sans  mon 
aduis,  l’on  me  manda  quérir,  et  soudain 
que  ie  fus  arriué,  mon  opinion  fut  auec 


700  LE  DIX-H VITIÉME  LIVRE 


la  bouche,  et  de  choses  aromatiques 
et  délectables  prises  par  les  parties 

celle  de  la  compagnie  de  l’accoucher  : ce 
qui  fust  fait  par  ledit  Honoré,  l’enfant  es- 
tant viuant.  » 

M.  Guillemot  semble  meme  disposé  à pen- 
ser que  cette  observation  serait  la  même 
que  celle  de  Louise  Bourgeois;  il  a trouvé 
sur  les  registres  du  parlement  de  l’année 
1603  un  conseiller  du  nom  de  Haré  ou  Hazé, 
IV  s’écrivant  alors  à peu  près  comme  un  z. 
Quoi  qu’il  en  soit  de  cette  conjecture,  il  de- 
meure certain  du  moins  qu’avant  1G02, 
Louise  Bourgeois  ignorait  cette  ressource 
de  l’accouchement  forcé.  Or,  Guillemeau 
rapporte,  sous  la  date  de  1600,  un  cas  de 
perte  utérine  pour  lequel  l’accouchement 
fut  ainsi  provoqué;  bien  plus,  il  en  cite  une 
autre  observation  de  1599  que  nous  rappor- 
terons en  entier,  parce  qu’elle  intéresse  à la 
fois  et  le  nom  et  la  famille  de  Paré. 

« L’an  1599,  mademoiselle  Simon,  à pré- 
sent viuante,  fille  de  monsieur  Paré,  con- 
seiller et  premier  chirurgien  du  Roy,  estant 
preste  d’accoucher,  fut  surprise  d’vn  grand 
flux  de  sang,  ayant  prés  d’elle  madame  la 
Charonne  pour  sage-femme,  estant  pa- 
reillement assistée  de  messieurs  Hautin  , 
médecin  ordinaire  du  Roy  et  docteur  en 
medecine  à Paris,  et  M.  Rigault,  aussi 
médecin  à Paris,  à raison  des  grandes  sinco- 
pes  qui  luy  prenoient  de  quart  d’heure  en 
quart  d’heure,  pour  la  perle  de  sang  qu’elle 
faisoit  : M.  Marchant,  mon  gendre,  et  moy 
fusmes  mandez  : mais  la  considérant  pres- 
que sans  poulx,  ayant  la  voix  foible , les  le- 
ures  blesmes,  ie  fis  prognostic  à la  mere  et 
à son  mary  qu’elle  estoit  en  grand  danger 
de  sa  vie,  et  qu’il  n’y  auoit  qu’vn  seul 
moyen  pour  la  sauuer  de  ce  mal,  qui  estoit 
de  la  deliurer  promptement  : ce  que  i’auois 
veu  practiquer  à feu  monsieur  Paré  son  pere, 
me  l'ayant  fait  faire  à vue  demoiselle  de  ma- 
dame de  Seneterre.  Lors  ladite  mere  et  ma- 
ry nous  coniurerent  de  la  secourir,  et  qu’ils 
la  mettoient  entre  nos  mains  pour  en  dispo- 
ser : ainsi  promptement,  suiuant  l’aduis  de 
messieurs  les  médecins,  fut  heureusement 
accouchée  d’vn  enfant  plein  de  vie.  » 

Et  plus  bas  , Guillemeau  ajoute  : Il  y a 


d’embas,  sternutatoires , vomiloires , 
etlinimens  pessaires',  faits  de  poudre 

vingt-cinq  ans  que  i’ay  veu  faire  ceste  prati- 
que à feu  messieurs  Paré  et  Hubert,  ausquels, 
comme  de  plusieurs  autres  expériences,  nous 
sommes  obligez  de  le  recognoislre  et  confesser 
l’auoir  appris  d’eux.  ( L’heureux  accouche- 
ment, édition  de  1G21,  liu.  n,  chap.  13, 
p.  222  et  suiv.) 

L’ouvrage  de  Guillemeau  ayant  paru  en 
1609,  un  peu  après  celui  de  Louise  Bour- 
geois, qui  avait  été  achevé  d’imprimer  le 
24  décembre  1608;  c’est  donc  en  1584  que 
l’auteur  aurait  vu  Paré  agir  de  la  sorte. 
Comment,  dès  lors,  Paré  n’en  a-t-il  fait 
aucune  mention  dans  son  livre,  auquel  ce- 
pendant il  a fait  tant  d’additions  pour  l’édi- 
tion de  1585?  C’est  un  oubli  assez  étrange, 
mais  il  n’en  est  pas  moins  complet;  c’est  en 
vain  que  M.  Guillemot  a cru  trouver  quel- 
ques traces  de  cette  doctrine  dans  les  chapi- 
tres 31,  32,  36;  pour  quiconque  les  voudra 
lire  sans  prévention,  il  n’y  existe  rien  de 
semblable.  Mais  on  peut  assez  bien  conjec- 
turer que  l’application  à la  fille  de  Paré 
d’un  procédé  inventé  par  son  père  éveilla 
l’attention  sur  ce  point,  qu’on  dut  recher- 
cher si  Paré  en  avait  parlé  dans  ses  OEuvres; 
et  que  ses  héritiers  attachèrent  quelque 
importance  à réparer,  au  moins  en  partie, 
son  oubli,  par  la  petite  interpolation  que  je 
viens  de  signaler. 

1 Cet  accouplement  de  mots  linimens  pes- 
saires ne  date  que  de  1 585  ; les  éditions  an- 
térieures disaient  simplement  linimens.  II 
faut  se  rappeler  que  par  pessaires  les  an- 
ciens entendaient  principalement  des  com- 
positions molles  introduites  dans  le  vagin. 
Voyez  ci-après  la  grande  note  du  chapit.  48. 

Mais  à part  celte  légère  modification  du 
texte,  il  y en  a une  bien  plus  notable  qui 
date  de  1579.  En  effet,  dans  les  éditions 
de  1573  et  1575,  le  chapitre  se  termine 
comme  il  suit  : 

« ...  Et  linimens  appliqués  tant  par  dedans 
que  par  dehors  la  vulue  : lesquelles  choses 
n’est  besoing  d’escripre  en  particulier,  ce 
que  nous  enseigne  Hippocrates  en  sa  protes- 
tation, que  jamais  ne  donnera  chose  pour 
faire  auorter  les  femmes,  mais  de  ce  on 


DE  LA  GENERATION. 


de  sabin , d’aristoloche,  poudre  d’el- 
lebore  blanc,  fiente  de  pigeon,  incor- 
porés auec  miel  mercurial,  appliqués 
tant  par  dedans  que  par  dehors  la 
vulue. 


CHAPITRE  XXXIi. 

DE  I.A  MANIERE  DE  RIEN  SITVER  LA 

FEMME  POVR  LVY  EXTRAIRE  L’ENFANT1. 

El  si  telles  choses  ne  profitent,  faut 
besogner  par  œuure  manuelle  et 
instrumens  propres , en  la  maniéré 
qui  s’ensuit. 

Premièrement  rectifiras  l’air  de  la 
chambre , sçauoir  est , s’il  est  froid 
l’eschaufferas , et  s’il  est  trop  chaud 
le  refroidiras.  Cela  fait,  faut  situer  la 
mere  en  la  posant  près  le  bord  du  lit, 
et  la  coucher  à l’enuers,  ayant  les 
fesses  aucunement  esleuées  sur  quel- 
que carreau  dur,  ou  autre  chose  sem- 
blable, et  qu’elle  soit  renuersée,  tou- 
tesfois  en  figure  moyenne,  c’est  à sça- 
uoir qu’elle  ne  soit  du  tout  couchée 
ny  courbée  , comme  nous  auons  dit 
cy  dessus,  à fin  qu’elle  puisse  mieux 
auoir  son  inspiration  et  expiration 
plus  libre,  et  que  les  ligamens  de  la 
matrice  ne  tendent  point  tant  que  si 
elle  estoit  couchée  du  tout  à la  ren- 
uerse.  Aussi  luy  faut  courber  les  iam- 
bes,  ayant  les  talons  assez  près  des 

pourra  auoir  recours  aux  doctes  medecirs 
et  chirurgiens  pour  en  bien  vser,  ainsi  que 
Dieu  nous  l’a  commandé,  à scauoir  quand 
l’enfant  est  mort  au  ventre  de  sa  mere.  » 

1 Ce  chapitre  est  exactement  calqué  sur  le 
commencement  du  cliap.  84  de  Franco;  ou 
plutôt  il  est  reproduit  d’après  le  passage  de 
La  maniéré  de  extruire  les  enjans,  elc.,  qui  a 
servi  à Franco  pour  son  chapitre.  Noyez  ci- 
devant  page  628. 


701 

fesses,  et  les  lier  auec  vne  grande 
etlargebandedetoile,ou  autre  chose, 
laquelle  poseras  premièrement  par 
dessus  le  col, et  au  trauers  des  espau- 
les  de  ladite  femme , en  maniéré  de 
croix  S.  André  : puis  de  rechef  croi- 
seras ladite  bande  à chacun  pied,  et 
la  tourneras  autour  des  iambes  et 
cuisses , lesquelles  seront  escartées 
l’vne  de  l’autre,  en  rapportant  en- 
cores  ladite  lisiere  par  dessus  le  col: 
et  la  faut  lier  et  attacher  si  ferme, 
que  ladite  patiente  ne  se  puisse  mou- 
uoir  çà  ou  là , ainsi  qu’on  lie  ceux 
ausquels  on  extrait  la  pierre  de  la 
vessie1.  Et  feras  ensorle  qu’elle  aye 
les  talons  appuyés  contre  le  bout  du 
lit , et  la  feras  tenir  par  dessous  les 
aissellesetcuissesparbonsseruiteurs, 
tellement  qu’en  tirant  l’enfant  son 
corps  ne  suiue  : car  en  suiuant  et 
obéissant,  on  ne  pourroit  faire  l’ex- 
traction. 

Cela  fait , faut  prendre  vn  drap 

1 L’édition  de  1573  ajoutait  : comme  tu  vois 
par  ceste  figure;  et  donnait  en  même  temps 
la  figure  suivante,  extraite  du  Livre  des 
Pierres  de  1564,  et  replacée  depuis  au  Livre 
des  Operations,  ci-devant  page  479. 


702  LE  DIX-HVITIEME  LIVRE  , 


chaud  en  double , et  le  poser  sus  les 
cuisses  de  ladite  patiente,  à fin  que 
l’air  extérieur  ne  blesse  la  matrice, 
et  que  l’operation  soit  plus  honneste, 
à causeries  assistaus  ; puis  faire  oindre 
toutes  ses  parties  génitales  auec  cho- 
ses onctueuses , à fio  de  les  rendre 
plus  glissantes  et  coulantes,  pour  plus 
facilement  extraire  l’enfant  : ayant 
le  Ctoûwgien  ses  ongles  rongnés,  et 
qu'il  n’aye  aucun  anneau  en  ses 
doigts,  pour  garder  qu’il  ne  face  lé- 
sion aux  parties  où  il  touchera. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DE  LA  MANIERE  DE  TIRER  LES  ENFANS 
HORS  LE  VENTRE  DE  LA  MERE,  TANT 
MORTS  QVE  VI VANS. 

Le  Chirurgien  ayant  ainsi  situé  la 
femme,  mettra  sa  main  doucement 
sans  aucune  violence  dans  la  matrice  : 
ce  faisant  connoistra  en  quelle  situa- 
tion et  figure  sera  l’enfant , et  s’il  est 
seul  ou  accompagné.  Et  posé  le  fait 
qu’il  fust  tourné  selon  nature,  ayant 
la  teste  au  couronnement  : pour  deuë- 
ment  l’extraire  par  art , faut  douce- 
ment le  repousser  contremont,  et 
chercher  les  pieds,  et  les  tirer  près  le 
couronnement  : ce  faisant,  tourneras 
facilement  l'enfant: et  alors  qu’auras 
attiré  ainsi  les  pieds , .en  faut  tirer  vn 
hors®  et  le  lier  au  dessus  du  talon  en 
maniéré  de  laqs  courant,  auec  vn  ru- 
ban semblable  à ceux  dont  les  fem- 
mes lient  leurs  cheueux , ou  autre 
semblable  : puis  remettras  ledit  pied 
ainsi  lié  dans'la matrice  :,ce  fait,  cher- 
cheras l’aufrepied,  et  l’ayant  trouué, 
le  tireras  hors,  «t  alors  tireras  le  lien 
où  l’autre  pied  estoit  attaché  ». 

1 C’est  ici  l’un  des  endroits  les  plus  ori- 


Et  se  doit-on  bien  donner  garde , 
s’il  y auoit  deux  ««fans,  de  tirer  vne 
ïambe  de  chacun  en  vue  fois  : car  par 
ce  moyen  on  besogneroit  en  vain , 
et  seroit-on  cause  de  la  mort  de  la 
mere,  et  des  enfans  s’ils  estoient  vi- 
uans.  Or  pour  ne  s’abuser,  et  les  bien 
discerner  l’vn  de  l’autre,  c’est  qu’a- 
pres  auoir  tiré  l’vn  des  pieds  hors  de 
la  matrice, sera  lié  au  dessus  du  talon, 
et  alors  le  faut  remettre  en  la  matrice, 
comme  auons  dit  : car  il  occuperoit 
la  voye,  etengarderoit  que  le  Chirur- 
gien ne  pourroit  mettre  sa  main  pour 
chercher  l’autre  : puis  subira  la  liga- 
ture, laquelle  le  conduira  au  pied  lié  : 
et  l’ayant  trouué,  coulera  sa  main 
jusqu'aux  aines,  et  de  là  cherchera 
l’autre  cuisse , et  aussi  la  iatnhe , la- 
quelle quelquefois  est  trouiiiée  der- 
rière le  dos . voire  sur  son  col  : et 
l’ayant  trouuée,  amènera  hors  ledit 
pied  non  lié  , puis  tirera  le  lien , à fin 
d’amener  les  deux  pieds  ensemble 

ginaux  de  ce  livre , attendu  qu’on  ne  trouve 
ni  dans  Roesslin,  ni  dans  Rueff,  ni  dans  au- 
cun auteur  avant  Paré,  le  précepte  de  la 
version  par  les  pieds.  Ou  ,1e  lit  bien  dans  ta 
deuxième  édition  de  franco  ; mais  Franco 
l’avait  copié  presque  littéralement  dans  un 
opuscule,  publié  par  Paré  onze  années  au- 
paravant. Voyez  ci-devant  pages  623  et  628. 
Et  cependant  la  manière  dont  Paré  s’ex- 
prime en  tête  de  cet  opuscule  parait  bien 
indiquer  qu’il  n’en  est  pas  l’auteur,  et 
qu’il  l’a  trouvé  en  vigueur  parmi  les  bar- 
biers chirurgiens  de  Paris.  Ce  serait  donc  là 
encore  une  de  ces  découvertes  du  moyen 
âge  dont  l’auteur  est  demeuré  inconnu,  et 
dont  nous  connaissons  seulement  le  premier 
vulgarisateur.  Nous  avons  vu  ailleurs  que  la 
taille  du  grand  appareil  et  le  traitenientdes  ré- 
trécissements de  l’urètre  par  les  bougies 
étaient  dans  le  même  cas;  seulement  la  ver- 
sion par  les  pieds  paraît  bien  être  d’origine 
française , et  même  avoir  pris  naissance 
parmi  les  barbiers  de  Paris. 


DE  LA  GENERATION, 


pour  extraire  l'enfant  : dont  apres 
qu’il  les  aura  aiusi  attirés  buts  la  ma- 
trice , les  tirera  ioints  egalement  en- 
semble: etpeu-à-peu,  saus  violence, 
tirera  l’enfant  iusques  à ce  qu’ii  soit 
dehors.  Et  pendant  ce  , faut  compri- 
mer le  ventre  de  la  mere , comme 
auons  dit  cy  dessus,  et  qu’elle  tienne 
son  haleine  par  interualle,  en  fermant 
le  nez  et  la  bouche,  et  qu’elle  s’em- 
preigne tant  que  possible  luy  sera,  et 
face  autres  choses  qu’auons  prédit- 
Et  l’enfant  estant  sorti,  faut  subit 
pareillement  tirer  l’arriere-faix. 

Au  reste,  quand  le  Chirurgien  aura 
tiré  l’enfant  de  ceste  façon  par  les 
pieds,  et  l’aura  amené  dehors  ius- 
qu’aux  faux  du  corps  : se  faut  bien 
donner  garde  de  poursuiure  le  reste 
de  l’extraction  du  corps , les  deux 
bras  estans  couchés  de  leur  long,  sur 
les  deux  costés  : ains  faut  que  l’vn 
desdits  bras  seulement  estant  ainsi 
situé,  l’autre  soit  repoussé  en  haut  le 
long  du  col  par  dessus  la  teste  : car 
autrement  Nature  estant  deliurée  de 
ceste  grosseur  de  l’enfant , fait  que 
les  os  et  orifice  de  l’amarry  prompte 
ment  se  reioignent,  et  estans  re- 
ioints , la  teste  puis  apres  ne  peut 
passer  : et  par  ainsi  est  estranglé , et 
demeure  dedans  si  on  ne  le  tire  par 
force,  mettant  les  crochets  sous  le 
menton,  ou  dans  la  bouche,  ou  orbite 
des  yeux  K 

■ Le  sens  est  à peu  prés  le  même,  mais  le 
texte  est  un  peu  différent  dans  les  éditions 
de  1573  et  1575.  Voici  comment  s’y  lit  ce 
paragraphe  : 

« Et  faut  bien  que  le  chirurgien  se  donne 
de  garde  qu’en  tirant  ainsi  l’enfant  hors  le 
ventre  de  sa  mere  (si  par  les  pieds  y auoit 
difficulté),  que  les  parties  supérieures  ne 
sortent,  à,  lors  faudrait  tirer  vn  des  bras  et 
non  les  deux,  car  Nature  estant  deliuree  de 


o3 

Mais  s’il  aduenoif  ( ce  qui  se  fait 
plusieurs  fois  ) que  l’enfant  eust  les 
mains  an  couronnement , ou  ja  hors 
les  parties  génitales,  iamais  on  ne 
doit  tendre  ny  essayer  à l'extraction 
par  icelles,  veu  qu’il  viendroit  la 
teste  ployéeauec  lesespaules  : ce  fai- 
sant on  seroit  cause  de  faire  grande 
lésion  à la  mere,  et  à l’enfant  s’il 
auoit  vie.  I’ay  esté  appellé  quelques- 
fois  à extraire  hors  le  corps  de  la 
mere  l’enfant  mort,  que  les  matrones 
( soy  disans  sages  femmes)  s’estans 
efforcées  le  tirer  par  vn  des  bras, 
auoient  esté  cause  d’auoir  fait  gan- 
grener et  mortifier  ledit  bras , et  par 
conséquent  de  faire  mourir  l’enfant , 
en  sorte  qu  on  ne  le  pouuoit  remettre 
dans  la  matrice,  pour  la  grande  tu- 
meur tant  des  parties  génitales  de  la 
femme  que  du  bras  de  l’enfant,  tel- 
lement que  de  nécessité  le  falloit  am- 
puter. Or  le  moyen  de  ce  faire,  est 
couper  tous  les  muscles  auec  le  ra- 
soir, le  plus  près  de  l’espaule  qu’il 
est  possible,  toutesfois  en  obseruant 
que  parauant  l’incision  l’on  tire  la 
partie  charneuse  en  haut  : puis  faut 
couper  l’os  auec  tenailles  iucisi- 

ccstc  grosseur  de  l’enfant  faict  que  les  os 
promptement  se  reioignent,  et  estant  re- 
ioincts  etc.  » 

La  différence  essentielle  est  que  da,ns  le 
principe,  Paré  semblait  n’accuser  que  le 
rapprochement  des  os,  et  que  plus  tard  il  y 
a joint  le  resserrement  de  l’orllice  de  la  ma- 
trice. L’édition  latine,  plus  raisonnable, 
n’admet  que  cette  dernière  cause  : Uieri 
orificium  conslringet  sese.  Du  reste  le  précepte 
donné  par  A.  Paré,  et  sur  lequel  il  insiste 
dans  une  note  marginale  ainsi  conçue  : Bon 
aduerlissemenl  pour  le  chirurgien  el  sages- 
femmes-,  ce  précepte,  dis-je,  a été  rejeté 
* par  les  modernes,  qui  prennent  soin  de  faire 
descendre  les  deux  bras  avant  la  tête  de 
l’enfant. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE  , 


704 

ues  ',  à fin  que  la  chair  couurant  l’ex- 
tremilé  de  l’os,  ne  face  lésion  aux 
parties  génitales  : puis  cela  fait,  faut 
chercher  les  pieds  du  petit  enfant,  et 
l’extraire  hors  comme  auons  par  cy 
deuant  déclaré,  s'il  est  possible. 

El  là  où  ledit  enfant  mort  seroit  si 
gros  naturellement , ou  par  accident 
tuméfié  par  la  putréfaction  , en  sorte 
qu’il  ne  peuslnullementestre  extrait, 
premièrement  que  laisser  mourir  la 
mere , faudroit  par  tous  moyens  di- 


minuer la  grosseur  dudit  enfant.  Et 
s’il  aduenoit  qu’il  eust  la  teste  au 
couronnement,  la  faudroit  repousser 
en  haut  s’il  estoit  possible , et  le  tirer 
par  les  pieds  comme  auons  dit  : et  où 
il  ne  seroit  possible  le  repousser,  et 
que  l’enfant  fust  mort,  il  sera  tiré  par 
les  crochets  semblables  à ceux-cy, 
te  donnant  bien  garde  de  blesser  la 
femme  par  iceux  : lesquels  mettras 
dedans  les  yeux , ou  en  la  bouche , 
ou  sous  le  menton  a. 


Et  où  la  teste  de  l’enfant  viendroit 
la  première  droit  au  couronnement, 
neantmoins  que  la  femme  ne  peust 
accoucher , à raison  qu’icelle  est 

1 L’édition  de  1573  ajoutait  = Lesquelles 
le  sont  icy  figurées  , et  donnait  en  consé- 
quence la  figure  suivante,  que  l’on  a déjà 
vue  au  Livre  Des  operations,  ci-devant 
page  457. 


enorme  en  grosseur  ( que  les  Grecs 
appellent  Macrophysocephale,  à cause 
qu’elle  est  remplie  de  ventosités,  ou 
aquosités  que  lesGrecs  appellent  Hy- 

miers  se  voyaient  déjà  dans  les  Dix  Liures 
de  chirurgie  de  1564,  fol.  524,  avec  le  titre: 
Crochets  propres  pour  tirer  vn  enfant  mon  hors 
du  ventre  de  su  mere  ; et  ils  ont  été  reproduits 
depuis  lors  dans  l’édition  de  1573,  et  par 
suite  dans  toutes  les  autres.  Quant  au  troi- 
sième, représentant  une  double  érigne,  on  le 
trouve  également  dans  les  Dix  liures  de  1564, 
fol.  224,  verso,  avec  ce  litre  ••  Autre  crochet 
pour  extraire  vne  mole  de  la  matrice  ; mais  il 
avait  été  oublié  dans  les  éditions  de  1573  et 
1575,  et  il  n’a  reparu  qu’en  1579. 

Je  noterai  qu’entre  ces  trois  figures  de 
l’édition  de  1564,  il  s’en  trouvait  deux  au- 


’ De  ces  trois  instruments,  les  deux  pre- 


DE  LA  GENERATION. 


drocephale)  : alors  si  on  voit  la  femme 
estre  en  vn  extreme  trauail,  et  qu’on 
connoisse  l’enfant  estre  mort,  faut 
faire  incision  aux  sutures  du  crâne, 
ce  qui  est  contre  Na- 


7o5 

ture  : aussi  la  tirer  par  pièces  s’il  est 
besoin 

Aussi  si  le  Thorax  est  pareillement 
trop  gros,  le  faut  vuider,  puis  le  tirer 
piece  à pîece. 


Cousteau  courbé,  propre  pour  couper  le  ventre  île  l'enfant  mort,  estant  clans  le  corps  de 

ta  mere 


Et  si  le  ventre  estoit  aussi  trop  en- 
flé, qui  se  fait  par  bydropisie,  ou  ven- 
tosités, y sera  fait  incision  auec  vn 
petit  cousteau  courbé,  semblable  à 
ceste  figureque  tu  as  cy  dessus,  lequel 
tiendras  entre  les  doigts  en  le  posant 
dedans  la  matrice,  puis  vuideras  les 

lies  intitulées  : Tenailles  propres  à tel  effet 
que  l'instrument  precedent,  c’est-à-dire  que  le 
crochet  simple.  Ce  n’est  autre  chose  que 
les  tenailles  reportées  en  1579  au  Livre  des 
Playes  en  particulier  (Voyez  ci-devant, 


entrailles  : et  ce  faisant,  les  aquosités 
s’escouleront,  et  ainsi  sera  l’enfant 
plus  facilement  tiré. 

Or  si  la  teste  de  l’enfant  demeure 
seule  ( ce  que  i’ay  veu  à mon  grand 
regret  ) , alors  faut  poser  la  main  se- 
nestre  dans  la  matrice,  l’ayant  pre- 

page  16):  j’en  reproduirai  cependant  la  fi- 
gure pour  mettre  à la  fois  sous  les  yeux  du 
lecteur  tout  l’appareil  obstétrical  de  Paré. 
Les  deux  ligures  de  1564  ne  représentaient 
qu’un  seul  et  même  instrument. 


' Je  suis  le  texte  de  1573;  les  éditions  sui- 
vantes disent  : et  tirer  pur  pièces,  etc.  Cette 
édition  de  1573  contenait  en  outre  ici  un 
passage  qui  a été  supprimé  seulement  en 
1579. 

« Pareillement  si  on  cognoist  l’enfant  es- 
tre vif,  faut  repousser  la  teste  en  hault,  et 
chercher  les  pieds,  et  le  tourner  en  la  ma- 


trice, puis  tirer  l’enfant  hors,  comme  nous 
auons  dit.  » 

1 Cette  figure  se  voit  déjà  dans  les  Dix  li- 
ures  de  chirurgie  de  1564,  fol.  223,  verso, 
avec  ce  titre  : Petit  cousteau  courbé,  à fendre 
le  ventre  et  la  teste  d’vn  enfant  mort  dedans 
la  matrice , à fin  que  les  excrementz  se  puis- 
sent euacuer. 


II. 


45 


706  LE  DIX-HVITÏÉME  LIVRE, 

miercment  ointe  d’huile  de  lis  ou  de 


beurre  frais,  et  chercheras  la  bouche 
de  l’enfant,  en  laquelle  mettras  les 
doigts  : et  de  ta  main  dextre  couleras 
\n  crochet  au  long  de  la  senestre,  et 
le  mettras  dedans  la  bouche,  ou  l’œil, 
ou  sous  le  menton,  puis  la  tireras 
hors,  s’il  t’est  possible.  Et  au  lieu 
desdits  crochets,  tu  te  pourras  aider 
de  ces  deux  instrumens,  que  i’ay  pris 
au  liure  de  la  Chirurgie  Françoise  de 
monsieur  Dalechamps,  qui  sont  pro- 
pres à tel  effet , à raison  qu’ils  peuuent 
empoigner  vn  corps  rond  comme  la 
teste  de  l’enfant. 

Inslrû  mens  dits  Pieds  de  griffons, propres  pour 
extraire  la  leste  d’vn  enfant  demeurée  dans 
le  ventre  de  sa  mere. 


1 Le  premier  de  ces  instruments  se  voit 
en  effet  dans  la  chirurgie  de  Dalechamps, 
édit,  de  1570,  pages  590  et  592,  fermé  et  ou- 
vert, mais  htm  point  avec  la  destination 


I’ay  dit  qu’on  la  tirera  s’il  est  possi- 
ble, parce  qu’estant  demeurée  seule, 
pour  sa  rotondité  tourne  en  la  ma- 
trice , en  sorte  qu’à  bien  grande 
peiné  elle  peut  estre  tirée , si  on  11e 
presse  le  ventre  de  la  mere  par  le 
haut  et  aux  deux  costés,  à fin  que 
la  teste  de  l’enfant  ne  tourne  çà 
ou  là. 


CHAPITRE  XXXIV. 

CE  QV’lL  F A VT  BAILLER  A LA  FEMME 
SVBIT  QV’ELLE  EST  ACCOVCHEE,  ET 
CE  QV’lL  LVY  CONVIENT  FAIRE. 

Il  faut  garder  que  la  femme  recen- 
tement  accouchée  ne  reçoiue  aucun 
air  froid  par  sa  matrice  : car  estant 
vuide  et  vague  apres  l’enfantement , 
facilement  est  remplie  de  ventosités, 
lesquelles  la  refroidissent,  distendent 
et  tuméfient,  et  bouchent  les  orifices 
des  cotylédons  : qui  empesche  ses 
vuidanges , dont  s’ensuit  apres  suffo- 
que Paré  lui  donne  ici  ; c’était  seulement  un 
instrument  à extraire  les  flèches.  Je  ne  sais 
d’où  provient  le  deuxième,  que  j’ai  en  vain 
cherché  dans  Dalechamps. 

Du  reste,  la  plupart  de  ces  instruments  et 
des  préceptes  qui  s’y  rapportent  étaient  en 
usage  bien  avant  Paré;  on  en  retrouve  l’in- 
dication dansRoesslin  etRuetT;  mais  celui-ci 
contient  un  curieux  passage  qu’il  importe 
de  reproduire,  attendu  qu’on  a cru  y voir 
l’origine  du  forceps. 

Il  figure  d’abord  une  énorme  pince  en 
bec  de  cane,  rostrum  analis,  avec  laquelle  on 
peut  saisir  l’enfant  mort.  Puis  il  ajoute  : 

In  hoc  casu,  si  postulaveril  nécessitas,  Imic 
instrumenta  forcipem  quû  déniés  erminiur  ad- 
hibeas,  vel  depictam  hic  forcipem  longam  et 
torsam,  quâ  ità  ulalur  commode  tu  si  possibile 


DE  LA  GENERATION, 


cation  de  matrice,  et  de  tres-grandes 
tranchées  et  douleurs,  heures,  et  au- 
tres griefs  accidens  , et  souuent  la 
mort.  Et  pour  obuier  à cela,  il  faut 
qu’elle  aye  les  cuisses  croisées  les 
vnes  sus  les  autres , et  pareillement 
à ho  aussi  que  les  par  lies  distantes  se 
puissent  mieux  reioindre.  D’auan- 
tage  on  luy  comprimera  le  ventre 
d’vne  bande  assez  large,  pour  prohi- 
ber que  l’air  froid  n’entre  en  sa  ma- 
trice : ioint  aussi  qu’icelle  ligature  ai- 
dera beaucoup  à exprimer  le  sang 
imbu  en  icelle. 

Cela  fait,  on  donnera  à l’accouchée 
vn  pressis  de  chapon  , ou  vn  chau- 
deau où  il  y aura  du  saffran,  et  vn 
peu  de  poudre  de  duc , ou  vne  rostie 
auec  de  bon  hippocras , ou  moyeux 
d’œufs  auec  sucre  candi,  à fin  de 
restaurer  les  vertus , et  engarder  les 
tranchées  *.  Aucuns  donnent  des 
bouillons , moyeux  d’œufs , auec  su- 
cre et  canelle  : autres  des  coulis  et 
pressis,  et  autres  choses  fort  nourris- 


sit,  id  quod  protrahendum  est  educal  faciliter. 

Mais  il  ne  faut  pas  donner  trop  d’impor- 
tance au  mot  de  forceps  qui  se  trouve  dans 
ce  texte , et  qui  signifie  simplement  des 
pinces  ou  des  tenailles.  La  figure  en  question 
représente  de  longues  lenettes  droites,  à 
jointure  inséparable,  un  peu  renflées  en 
cuillère  à leur  extrémité,  dont  la  concavité 
est  rugueuse  et  denticulée,  en  un  mot  pres- 
que absolument  semblables  au  bec  de  cane 
figuré  par  A.  Paré  pour  l’extraction  des 
calculs  vésicaux,  ci-devant  page  4S4.  Il  y a 
loin  de  là  au  forceps. 

1 Là  se  bornait  dans  l’édition  de  1573  tout 
ce  qui  concerne  le  régime  de  la  femme  ac- 
couchée; et  les  deux  éditions  françaises 
de  1576  et  1579,  et  par  suite  toutes  les  édi- 
tions latines,  n’en'contiennent  pas  davan- 
tage. La  fin  de  ce  paragraphe  et  l’autre  pa- 
ragraphe tout  entier  qui  vient  après  sont 
des  additions  faites  en  1685. 


707 

santés  : et  en  cela  on  peut  grande- 
ment faire  faute.  Car  peut  estre  que 
la  femme  aura  bien  disné  ou  soupe 
vn  peu  auparauant  qu’elle  accouche  : 
celle-là  n’aura  besoin  de  telle  nour- 
riture, puis  qu’elle  a assez  de  viandes 
en  l’estomach  encores  crues  et  non 
cuites.  Car  ce  n’est  bien  fait  de  met- 
tre crud  sur  crud,  et  de  charger  l’es- 
tomach,  lequel  s’en  affoibliroit  plus- 
lost  que  d’en  estre  fortifié,  et  par 
conséquent  tout  le  corps.  Mais  on  luy 
pourra  bien  donner  à boire,  et  non  à 
manger , iusques  à ce  que  la  diges- 
tion soit  faite,  pour  euiter  la  fiéure  et 
autres  accidens , et  la  faut  nourrir 
comme  vne  personne  qui  aura  la 
fiéure  : laquelle  elle  a communément, 
iusques  à tant  que  la  douleur  et  au- 
tres accidens  soient  passés,  et  qu’elle 
soit  bien  purgée.  Ce  qui  se  peut  faire 
en  huit  ou  dix  iours , plus  ou  moins , 
selon  qu’elle  sera  bien  gouuernée  : 
apres  elle  doit  eslre  bien  nourrie.  Or 
si  la  femme  estoit  famélique,  subit 
apres  son  enfantement  on  luy  don- 
nera choses  nourrissantes  cy-dessus 
mentionnées. 

On  ne  peut  faillir  de  donner 
promptement  de  l’huile  d’amandes 
douces  tirée  sans  feu , auec  sucre 
candi , à fin  d’humecter  et  adoucir 
la  gorge,  qui  aura  esté  eschauffée  et 
allerée  pource  que  l’accouchée  aura 
grandement  crié , pour  les  exlremes 
douleurs  qu’elle  aura  eues  en  l’enfan- 
tement : non  pas  que  cette  huile  aille 
iusqu’à  la  matrice,  où  est  la  cause  de 
telles  douleurs  de  tranchées  : mais 
parce  qu’elle  est  receuë  dedans  les 
boyaux  , elle  sert  comme  de  fomen- 
tation liniliue  à la  matrice , qui  est 
voisine  des  boyaux,  et  fait  vuider 
plus  facilement  les  superfluités  con- 
tenues en  iceux.  Car  plusieurs  fem- 
mes trauaillent  longuement  en  ac- 


LE  DIX'HVITIÉME  LIVRE, 


708 

couchant,  et  crient  à gorge  déployée, 
lequel  cry  aide  grandement  à enfan- 
ter , à raison  qqe  par  le  cry  les  mus- 
cles du  ventre  , ensemble  ceux  de  la 
poitrine  et  le  diaphragme  sont  pres- 
sés, au  moyen  de  quoy  la  matrice  est 
contrainte  par  la  compression,  et  par 
ce  moyen  elle  se  descharge  plus  aisé- 
ment. Autant  en  font  celles  qui  ont 
fait  leurs  enfans  sans  mary  , lors 
qu’elles  accouchent  aux  lieux  où  el- 
les n'osent  crier  : c’est  parce  qu’elles 
retiennent  leur  haleine  , et  s’esprei- 
gnent  comme  lors  que  nous  voulons 
aller  vuider  nostre  ventre. 

On  doit  mettre,  subit  que  la  femme 
est  accouchée  ( principalement  en 
temps  d'hyuer  ) l’arriere-faix  sur  son 
ventre  : et  en  esté,  on  prendra  la  peau 
d’vn  mouton  noir,  lequel  sera  escor- 
ché  tout  vif,  ou  tout  subit  luy  ayant 
coupé  la  gorge  , et  sera  appliquée 
toute  chaude  sus  le  ventre  et  sus  les 
reins.  Les  fenestres  et  portes  de  sa 
chambre , et  custodes  de  son  lit  se- 
ront closes  et  fermées,  et  la  laissera- 
on  reposer  sans  bruit  : et  cinq  ou  six 
heures  apres  que  la  peau  du  mouton 
y aura  esté  mise,  sera  ostée,  puis  luy 
faudra  oindre  le  ventre  de  l’onguent 
qui  s’ensuit. 

If.  Sperma.  ceti  5 . ij. 

Olei  amygd.  dulci.  byperic.  ana  5 . j.  fi . 

Seui  Lire.  § . j. 

Olei  myrt.  ^ . ij. 

Ceræ  nouæ  quantum  suit. 

Fiat  vnguentum  ad  vsum. 

Duquel  en  sera  vsé  deux  fois  le 
iour.  Et  sus  le  nombril  sera  appliqué 
vn  petit  emplastre  de  galbanum , au 
milieu  duquel  y aura  vn  peu  de  ci- 
uette  et  musc,  etfera-on  en  sorte  que 
la  senteur  d’icelle  ne  vienne  au  nez 
de  l’accouchée  : puis  sur  tout  le  ven- 
tre sera  appliquée  ceste  toile  Gautier. 


7f.  Ceræ  nouæ  § . iiij. 

Spermat.  cet.  § • j-  fi  • 

Terebenthinæ  Venetæ  in  aqua  rosar. 
lotæ  § . ij. 

Olei  amygd.  dulc.  et  hyperic.  ana  § . j. 

Olei  mast.  et  myrt.  ana  §.  G. 

Axung.  cerui  § . j.  fi. 

Liquéfiant  simul  auferendo  ab  igné,  impone 
telam  ex  cannab.  ad  magnitudinem 
ventris. 

Ladite  toile  sera  appliquée  dessus 
le  ventre. 

Autre  rcmede  bien  excellent  L 

Prenez  limaçons  rouges  vne  liure , 
fleurs  de  romarins  trois  quarterons: 
le  tout  tranchez  et  hachez  menu  en- 
semble, puis  les  mettrez  en  vn  pot  de 
terre  plombé  et  bien  luté,  et  soit  en- 
seueli  en  du  Tiens  de  cheual  par  qua- 
rante iours  : et  apres  faut  exprimer  et 
mettre  la  liqueur  en  vne  fiole  de 
verre  bien  bouchée  , et  posée  par 
trois  ou  quatre  iours  au  soleil  : et 
d’icelle  liqueur  on  en  frottera  le  ven- 
tre de  la  nouuelle  accouchée.  Ces  re- 
medes  gardent  le  ventre  d’estre  ridé 
et  martelé. 

Or  si  la  femme  est  grandement  op- 
pressée de  tranchées,  on  luy  donnera 
de  ceste  poudre. 

: If.  Anis.  cond.  3.  ij. 

Nucis  mosc.  cornu  cerui  vst.  ana  3.  j • G . 

Nucleor.  dacty.  3.  iij. 

Lig.  aloës.  cinnamo.  ana  5 . ij. 

Fiat  pul.  subtilis.  cap.  3.  j, 

Cum  vino  alb.  calid. 

Autre. 

If.  Rad.  consolidæ  maior.  3.  j.  fi. 

Nucleor.  pers.  nucis  moscatæ  ana  3 . ij. 

Carabe  3.  fi. 

Ambr.  gris,  g . iiij. 

Fiat  puluis  : cap.  3 j.  cum  vino  albo. 

1 Cet  autre  remede  bien  excellent  ne  se 
trouve  pas  dans  l’édition  de  1573;  Paré  en 
a enrichi  son  livre  en  1575. 


DE  LA  GENERATION. 


Si  la  femme  estoit  fébricitante  , on 
luy  donnera  auec  vn  boüillon  de 
chapon. 

Aussi  seront  appliqués  petits  sa- 
chets de  toile , où  il  y aura  du  mil , 
ou  de  l’auoine  fricassée  en  vin  blanc  : 
et  tous  chauds  on  les  appliquera  sus 
le  ventre , et  sus  les  parties  génitales 
de  la  femme  , et  mesmement  aux 
reins. 

Les  causes  des  tranchées1. 

Les  causes  des  tranchées  aux  nou- 
uelles  accouchées  se  font , quand  le 
sang  gros  et  féculent  comme  lye  de 
vin,  s’amasse  de  tous  coslés,  et  court 
aux  veines  et  arteres  de  la  matrice  , 
qui  le  refroidit  et  enfle , lequel  sang 
pénétré  difficilement,  et  par  grande 
violence  est  reietlé  comme  inutile. 
Et  aussi  lesdites  tranchées  se  peuuent 
pareillement  faire  par  le  vent  qui 
aura  entré  promptement  dans  le 
corps  de  la  femme  apres  l’enfante- 
ment. 


CHAPITRE  XXXV. 

CE  QV’lL  FAVT  FAIRE  AVX  TETINS  DE 
LA  NO  WELLE  ACCOVCHEE. 

Il  faut  oindre  les  tetins  de  ce  Ani- 
ment , à fin  de  faire  fuir  le  laict  lors 
qu’il  vient  en  trop  grande  abondance, 
et  le  faire  euacuer  par  la  matrice  à 
celles  qui  ne  désirent  estre  nourrices. 

“2f.  Olei  rosa  myrt.  ana  3 . iij. 

Aceti  rosa.  § .j. 

Incorpor.  simul. 

1 Ce  court  article  a été  ajouté  au  chapitre 
en  1585. 


7°9 

De  ce  en  seront  frottées  les  mam- 
melles  trois  ou  quatre  fois  le  iour  : 
puis  on  aspergera  dessus  de  la  pou- 
dre de  myrtils  , et  quelques  iours 
apres  011  vsera  de  cest  emplastre. 

if.  Pul.  mast.  nue.  mosca.  ana  3.  ij. 

Nucis  cupres.  3.  iij. 

Boli  arm.  terræ  sigil.  ana  5.  G. 

Sang.  drac.  3.  ij. 

Myrt.  balaust.  ana  3.  j.  fi. 

Ireos  Flor.  5 . fi . 

Olei  myrtini  5 . iij. 

Terel).  Ven.  g.ij. 

Ceræ  nouæ  quant,  suff. 

Fiat  emplast.  molle. 

La  berle,  le  cresson  et  les  feuilles 
de  buys  bouillies  en  vrine  et  vinai- 
gre, est  vn  singulier  remede  pour 
faire  fuir  le  laict  des  mammelles. 

Autre.  Prenez  fange  trouuée  au 
fond  de  l’auge  des  cousteliers  ou  es- 
mouleurs,  meslée  auec  huile  rosat,  et 
soit  appliquée  tiede  sur  les  mammel- 
les : tel  remede  sede  la  douleur  et  in- 
flammation , et  chasse  le  laict  en  peu 
de  temps 2. 

Aussi  le  lierre  terrestre , peruan- 
che , sauge,  bouillies  ensemble  en 
oxycrat  : et  de  telle  décoction  en  se- 
ront fomentées  les  mammelles,  ad- 
ioustant  des  roses  et  alum  de  roche. 

Aussi  lye  de  vin  vermeil  auec  vi- 
naigre, et  appliquée  dessus  les  mam- 
melles. 

Autre.  Eau  distillée  de  pommes  de 
pin  non  meures  , appliquée  dessus 
auec  linges. 

Autre  bienapprouuê.  Ciguë  pilée  et 
fueilles  de  courges  recentes,  appli- 
quées comme  dessus. 

Autre  remede  très  asseuré.  Prenez 
oxyrrhodinum  (c’est  huile  rosat  et 

' L’édition  de  1573  disait  seulement  : Lu 
berle  et  les  fueilles  de  bouys. 

’ Remède  ajouté  ici  en  1575. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


710 


vinaigre  mistionnés  ensemble)  fueil- 
les  de  sauge,  ache,  rue,  cerfueil , 
hachées  bien  menues,  le  tout  mis- 
tionné  ensemble , et  appliqué  sur  les 
raammelles  vn  peu  tiede,  et  renou- 
uellé  par  trois  fois  le  iour  *. 

Pareillement  on  appliquera  des 
ventouses  au  plat  des  cuisses  et  des 
aines,  et  au-dessus  de  l’ombilic  , les- 
quelles ont  grande  vertu  d’attirer  le 
laict  des  mammelles  en  la  matrice,  et 
le  ietter  hors  : pource  qu’en  ce  lieu  il 
y a des  veines  de  la  matrice  qui  com- 
muniquent auec  celles  desdites  mam- 
melles 2. 

Semblablement  l’accouchée  se  fera 
telter  par  vne  grande  personne,  ou 
par  de  petits  chiens  , iusques  à tarir 
tout  son  laict  : et  faut  souuent  faire 
cela,  à ün  qu’il  soit  tiré  auparauant 
qu’il  soit  parfaitement  cuit,  incrassé 
et  imbu  d’auantage  és  glandules  des 
mammelles. 

Et  où  elle  ne  voudra,  ou  ne  pour- 
roit  trouuer  aucun  pour  se  faire  ainsi 
tetter,  elle  mesme  le  pourra  faire  par 
cest  instrument  de  verre , dedans  le- 
quel mettra  le  bout  de  son  tetin,  et 
de  l’autre  succera  de  sa  bouche  : ainsi 
tirera  son  laict,  tant  et  si  peu  qu’elle 
voudra. 

' Toutes  ces  dernières  formules,  depuis  et 
y compris  la  lye  de  vin,  ont  été  ajoutées 
on  1579. 

* L’édition  de  1573  ajoutait  : ( Ainsy  que 
i’ay  escripi  en  won  anathomie)  les  dictes  ven- 
touses seront  grandes  ou  petites,  woiennes,  se- 
lon la  corpulance  de  la  femme , et  auront  en 
haut  vn  petit  trou,  par  lequel  l’air  s’euacue 
lorsqu’on  les  veut  oster,  comme  tu  vois  par  ces 
figures . 

Et  ici  venaient  quatre  figures  représen- 
tant la  même  ventouse  sous  des  calibres  dif- 
férents. Celte  ventouse  a été  figurée  au 
dernier  chapitre  du  Livre  des  operations,  ci- 
devant  page  523. 


Instrument  propre  à tirer  le  . laict  des  mam- 
melles des  femmes,  nommé  Tetine. 


En  lieu  d’iceluy  on  peut  vser  d'une 
bouteille  de  verre , l’ayant  chauffée, 
puis  subit  mettre  le  bout  du  tetin  en 
l’emboucheure  d’icelle 

Apres  que  l’accouchée  sera  bien 
purifiée  de  ses  vuidanges  ( qui  est  le 
plus  communément  en  trois  semaines 
apres  l’enfantement,  et  qu’elle  n’aura 
fiéure , ny  autre  accident  ) , sera  bai- 
gnée deux  fois,  ausquels  bains  on  fera 
bouillir  les  herbes  qui  s’ensuiuent  : 

Maiora.  menlh.  sal.  roris.  artemis. 
agrim.  puleg.  flor.  camom.  melilot. 
anelh.  ana  m.  iiij.  L’eau  sera  de  ri- 
uiere,  ou  d’vne  claire  et  viue  fon- 
taine : le  lendemain  on  fera  vn  sem- 
blable bain,  auquel  on  aioustera  ce 
qui  s’ensuit  : 

jf.  Far.  fab.  etauen.  ana  îb.  iij. 

Fari.  orob.  lup.  et  gland,  ana  îb . j. 

Aluni,  rochæ  § . iiij. 

Sal.  comm.  1b.  ij. 

Gallar.  nucurn  cupres.  ana  g . iij. 

Ros.  rub.  m.  vj. 

Garyopbyl.  nucis  mosc.  ana  3.  ij. 

Rul.  omnia  in  aqua  communi,  et  fiat  saccul. 
cum  panno  lineo,  et  fiat  balneum,  in 
quo  fréquenter  extinctum  sit  ferrum 
candens. 

Et  ladite  accouchée  se  tiendra  en 
ce  bain  tant  qu’elle  voudra  : puis  en 

* Cette  phrase  a été  ajoutée  en  1579. 


DE  LA  GENERATION. 


sortant,  sera  posée  au  lit  chaude- 
ment, et  prendra  vn  peu  d’escorcede 
citron  , ou  vne  petite  rostie  trempée 
en  bippocras,  ou  vn  peu  de  bon  vin , 
et  endurera  la  sueur  tant  qu’il  luy 
plaira.  Le  lendemain  on  luy  fera  des 
fomentations  sur  ses  parties  génitales, 
de  choses  astringentes  et  reserranles. 

Exemple. 

if.  Gall.  nucum  cupress.  cort.  granat.  ana  g .j . 
Ros.  rub.  m.  j. 

Maior.  thymi,  ana  m.  fi. 

Alum.  rochæ  et  sal.  coin,  ana  5.  ij. 
Bulliant  in  vino  austero,  et  fiat  decoctio 
pro  fotu  ad  vsum  dictum. 

Distillation  excellente  pour  appetisser  et  affer- 
mir les  tetins  et  autres  parties  trop  relaschées 
et  mollasses  '. 

If.  Çaryophyl.  nucis  iqosc.  nucum  cupress. 
ana  5 . j.  6. 

Mast.  g . ij. 

Alum.  rochæ  § . j.  fi. 

Gland,  corticis  quercini  ana  ft>.  fi. 
Rosarum  rubrarum  m.j. 

Cort.  gran.  g . ij. 

Terræ  sigillatæ  g . j. 

Cornu  cerui  vsti  §.  fi, 

Myrt.  sang.  drac.  ana  g . j. 

Bol.  arm.  g . ij. 

Ireos  Flor.  * . j. 

Sumach.  berber.  hypur.  ana  m.  fi . 
Conquassent.  omnia,  et  macerentur  spatio 
duor.  dierum  in  &.  j.  fi.  aquæ  rosar. 
et  ft.  ij.  prunorum  syluest.  mespillo. 
porno,  querc.  et  fl>.  fi.  aquæ  fabr. 
et  g.  iiij.  aceli  forliss.  postea  fiat  dis- 
tillât. lento  igné,  et  seruetur  vsui. 

De  laquelle  on  fomentera  les  par- 

' Voyez  le  1.  llure,  chap.  2.  Gynœceorum. 
— A.  P. — Cette  citation  est  de  1579,  bien 
que  la  formule  à laquelle  elle  se  rapporte 
soit  de  1571  ; le  livre  auquel  Paré  renvoie 
est  le  Volumen  Gynœçiofiim , publié  à Bâle 
en  1566 , par  Gaspard  Wolf. 


7ti 

ties  trop  relaxées,  et  les  tetins  deux 
fois  le  iour,  et  sera  laissé  sus  la  partie 
vne  portion  de  feutre  imbu  en  icelle, 
ou  estouppes  de  lin. 

On  peut  pareillement  faire  yn  ca- 
taplasme de  farine  d’orge  et  de  féues, 
et  de  gland,  et  bol  Armene,  deslrem- 
pés  et  cuits  en  ladite  eau,  distillée  en 
forme  de  pulte  : tout  cela  accompli, 
la  femme  pourra  coucher  auec  son 
mary,  pour  refaire  une  autre  petite 
créature  de  Dieu. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  CAVSES  DE  LA  DIFFICVLTÉ 

d’enfanter. 

La  difficulté  d’enfanter  prouient 
quelquesfois  de  la  mere,  et  quclques- 
fois  de  l’enfant. 

De  la  mere , à cause  qu’elle  est 
trop  grasse,  ou  trop  maigre  , trop 
ieune,  ou  trop  vieille,  ou  trop  de- 
bile  et  foible , comme  pour  auoir 
eu  vn  grand  flux  de  sang  qui  luy 
sera  sorti  par  la  matrice  ou  d’autre 
lieu,  ou  autres  maladies  qui  auront 
esté  cause  de  prosterner  et  débiliter 
N ature,  en  sorte  qu’elle  n’a  force  suffi  • 
santé  pour  enfanter  : aussicellequi  ac- 
couche deuant  le  terme  enfante  diffi- 
cilement, ainsi qu’vn  fruit  (comme  vne 
pomme  ou  poire,  ou  autre)  n’estant 
en  sa  maturité,  tient  ferme  et  fort 
par  sa  queue,  et  lorsqu’il  est  en  sa 
parfaite  maturité,  tombe  plustost  de 
l’arbre  : ou  que  la  femme  est  ieune  , 
qui  ne  sçait  encor  se  siluer,  et  endu- 
rer les  douleurs  : ou  aussi  parce  que 
l’enfant  est  mort,  au  moyen  dequoy 
pour  sortir  ne  s’aide  aucunement  : 
ou  pour  l’ignorance  de  la  matrone  , 
qui  n’est  experte  à son  office  : ou  que 
la  femme  aura  quelque  vice  en  la 


*7  I 2 LE  DIX-ÏI V1TIEME  LIVRE 


matrice  ou  au  col  d’icelle,  comme 
s’il  est  trop  clos,  qui  vient  quelques- 
fois  par  le  vice  de  la  première  confor- 
mation, que  Nature  n’y  a fait  ample 
ouuerture,  y laissant  vne  défectuo- 
sité qui  ne  permet  les  parties  s’es- 
tendre  et  aggrandir,  pour  donner  pas- 
sage à l’enfant.  Aussi  il  y a aucunes 
femmes  qui  ont  le  col  de  leur  matrice 
dur  et  calleux  : et  tel  vice  peut  venir 
pourquelque  playe,  vlcere,  aposteme, 
ou  par  vne  combustion , douleur,  in- 
flation, rbagadies,  varices,  et  autres 
indispositions  : ou  par  vn  accouche- 
ment difficile,  qui  aura  dilaceré  les 
parties  génitales  : ou  par  ignorance, 
qui  vient  le  plus  souuent  des  ma- 
trones, qui  de  leurs  mains  sans  rai- 
son auront  fait  tel  excès  : ce  que  i’ay 
plusieurs  fois  veu , qu’apres  l’vnion 
faite  il  se  faisoit  vne  cicatrice  et 
callosité,  et  lors  qu’elle  reïteroit  à 
faire  enfant , et  l’heure  venue  d’en- 
fanter, la  partie  ne  se  pouuoit  esten- 
dre  suffisamment  : et  en  tel  cas , si 
on  ne  donne  ordre  à couper  ladite 
cicatrice  et  callosité,  la  mere  et  l’en- 
fant périront. 

Pareillement  la  difficulté  d’enfan- 
ter prouient  par  l’air  froid,  qui  com- 
prime les  parties,  ou  par  vne  exces- 
siue  chaleur,  qui  prosterne  les  forces  : 
aussi  vne  grande  crainte  garde  la 
femme  d’enfanter,  comme  voir  des 
hommes  en  sa  presence , ou  quelque 
femme  qu’elle  abhorre  de  voir  : ou 
quand  l’arriere-faix  vient  le  premier, 
lequel  accouchement  est  appellé  Fi- 
liusantepalrem,  qui  est  chose  très  dan- 
gereuse >.  Semblablement  quand  l’ar- 
riere-faix  se  séparé  et  départ  trop 
subitement  de  contre  la  matrice,  il 

1 Ce  membre  de  phrase  : Ou  quand  l’ar- 
riere-faix  vient  le  premier,  etc.,  a été  inter- 
calé en  1586. 


se  fait  vne  grande  effusion  de  sang 
qui  l’occupe,  laquelle  estant  trop 
remplie  , empesche  que  la  vertu  ex- 
pulsiue  ne  peut  ieter  l’enfant  dehors, 
ainsi  qu’on  voit  quand  la  vessie  est 
pleine  d’vrine  qu’on  ne  peut  pisser. 
D’auantage,  quand  il  y a quelque 
corps  estrange  auec  l’arriere-faix  , 
comme  vne  mole,  ou  autre  mauuais 
germe , ou  sable  : ce  que  i’ay  veu  à 
deux  femmes  où  ie  fus  appellé  pour 
extraire  leurs  enfants  morts  : ie  pro- 
teste auoir  trouué  en  leur  arriere- 
faix  du  sable,  la  pesanteur  d’une 
liure  et  plus,  semblable  à celuy  qu’on 
trouue  à la  riuiere. 

Plus,  la  difficulté  d’enfanter  vient 
quelquesfois  pour  le  trop  bas  aage , 
comme  auoir  conceu  à douze  ou  à 
treize  ans , ou  moins  : comme  Sauo- 
narola  escrit,  auoir  esté  veu  vne  fille 
de  neuf  ans  grosse  d’enfant , qui  est 
chose  rare,  attendu  qu’en  cest  aage 
les  vaisseaux  sont  encores  petits  et 
angustes.  Sainct  Augustin  escrit  aussi 
qu’vn  garçon  de  l’aage  de  dix  ans 
engrossa  sa  nourrice,  lequel  conti- 
nuait à coucher  auec  elle  l. 

Le  vice  vient  quelquesfois  à cause 
du  defaut  de  l’enfant,  parce  qu’il  est 
trop  gros , ou  qu’il  vient  de  trauers , 
ou  les  fesses  premières,  ou  les  mains 
et  pieds  ensemble:  ou  qu’il  est  mort, 
et  grandement  enflé  : qu'auec  luy  a 
esté  engendré  vne  mole  ( qui  est  vne 
masse  de  chair,  de  laquelle  parlerons 
cy  apres),  ou  que  l’enfant  est  mons- 
trueux, comme  ayant  deux  testes  : 
ou  qu’il  y en  aye  deux  jumeaux  ioints 
ensemble  : ou  quand  ils  sont  plu- 
sieurs, comme  trois,  ou  quatre,  ou 
plus  ( ainsi  qu’escrit  Albucrasis  auoir 

‘Part.  2.  et  15.  l.Epist.  63.  — A.  P. — 
Cette  citation  avec  le  texte  qui  s’y  rapporte 
est  de  1585. 


DE  LA  GENERATION. 


veu  vne  femme  qui  en  eut  sept  d’vne 
ventrée  ) : ou  parce  que  l’enfant  n’a 
suiui  assez  tost  les  eaux,  pour  ce 
qu'estans  vacuées  il  demeure  à sec , 
et  que  la  matrice  s'est  resserrée , et 
toutes  les  autres  parties  : parquoy 
ledit  enfant  ne  peut  sortir  hors  qu’a- 
uec  vne  1res  grande  difficulté. 

L’enfantement  se  connoistra  estre 
difficile,  quand  les  eaux  sont  escou- 
lées  long  temps  deuant  que  l’enfant 
sorte  : si  les  douleurs  viennent  de  loin 
à loin , bien  languides , parce  que  les 
cotylédons  se  rompent  à peine,  de 
façon  que  l’arriere-faix  ne  se  peut 
séparer  qu’à  la  longue  : si  vn  flux  de 
sang  par  la  matrice  a précédé  long 
temps  auparauant  ‘. 

Et  à toutes  ces  choses  le  Chirur- 
gien bien  expert  remédiera  autant 
qu’il  luy  sera  possible,  selon  son  art  : 
et  les  matrones  expertes  pareillement 
(desquelles  le  nombre  est  tres-petit) 
parce  qu’elles  ne  veulent  apprendre 
des  Médecins  et  Chirurgiens  pour  les 
conduire  à mieux  secourir  les  femmes 
à leur  enfantement,  qui  est  cause  d’vn 
grand  mal. 

Or  pour  faire  qu’vn  enfantement 
soit  bon,  il  faut  que  l’enfant  vienne 
à terme,  et  suiue  les  eaux,  et  qu’il 
sorte  la  teste  première  : et  en  cela 
est  requis  grande  force  à la  mere  et 
à l’enfant  : et  conseille  que  celles 
qui  trauaillent  beaucoup  à enfanter, 
lorsqu’elles  seront  sus  leur  terme, 
qu’elles  se  baignent  en  vn  demy  bain, 
auquel  on  aura  fait  bouillir  racines, 

• Ce  paragraphe  est  encore  une  addition 
de  1585  ; et  c’était  là  sans  doute  une  occa- 
sion de  parler  de  l’accouchement  forcé;  mais 
Userait  difficile  d’en  découvrir  le  précepte 
dans  la  recommandation  vague  qui  suit,  de 
remedier  à toutes  ces  choses  autant  que  possi- 
ble , selon  l’art.  Voyez  sur  cette  question  la 
note  de  la  page  698. 


7.3 

semences,  et  herbes  remollitiues,  et 
qu’on  leur  oigne  le  ventre,  et  le 
col  de  la  matrice,  et  toutes  les  parties 
voisines,  de  choses  relaxantes:  comme 
huile  d’amandes  douces,  gresse  de  ge- 
line,  oye,  et  leurs  semblables  Pareil- 
lement on  leur  donnera  vn  clystere  ai- 
gu \ pour  vacuer  les excremensabon- 
dans,et  à fin  qu’elle  s’efforce  par  les 
espreintes  qu’elle  aura  du  clystere  , 
et  auec  celles  de  l’enfant  : ce  faisant, 
accouchera  tost  et  plus  facilement, 
ce  que  i’ay  veu  plusieurs  fois.  D’auan- 
tage,  doit  estre  plustost  en  vne  grande 
chaire  percée  propre  à ce  taire,  que 
dedans  le  lit , à raison  que  les  os  qui 
se  doiuent  ouurir  à l’heure  de  l’en- 
fantement se  dilateront  plus  facile- 
ment , parce  que  la  femme  ne  sera 
couchée  dessus. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DES  CAVSES  DE  L’AVORTEMENT  DES 
FEMMES2. 

Il  y a différence  entre  auortement 
et  effluxion  : auortement,  c’est  quand 
l’enfant  est  ja  tout  formé  et  a receu 
vie:  effluxion,  c’est  quand  les  semen- 
ces premièrement  conglutinées  en- 
semble par  quelques  iours,  soudaine- 
ment s’escoulent,  et  en  sort  quelques 
membranes  et  caillebots  de  sang  con- 
cret, et  chair  sans  forme,  que  les  ma- 
trones appellent  faux  germe,  dont  les 

1 Kn  clystere  aigu;  le  latin  traduit  : 
acriore  clystere. 

1 Rueff  a le  quatrième  chapitre  de  son  5° 
Livre  qui  est  intitulé  : De  abonûs  causis  et 
signis , necnon  de  aborlienlium  omnifariâ 
curâ.  Mais  il  suffit  de  dire  que  Paré  a repris 
presque  entièrement  son  article  de  la  Ma- 
niéré de  extraire’Jes  en  fans,  etc.,  pour  écarter 


LE  DIX-HVITI^ME  LIVRE, 


714 

femities  sont  fort  tourmentées  et 
vexées  de  douleurs  et  tranchées.  Or 
l’auortement  des  femmes  vient  deuant 
le  terme, par  nature  instincte1  et  con- 
trainte d’enfanter  par  quelque  cause 
et  violence  contre  nature  , et  tel  en- 
fantement est  appelle  auortif,ou  auor- 
tement. 

Les  causes  duquel  sont  plusieurs, 
comme  grand  flux  de  ventre , stran- 
gurie  ou  ardeur  d’vrine,  auec  gran- 
des espreintes,  grandes  toux,  vomis- 
semens  violens,  ou  trop  grand  trauail 
et  agitation  , comme  courir,  dancer, 
sauter,  tomber  de  haut , ou  leuer 
quelque  pesant  fardeau,  ou  cheuau- 
cher  vn  cheual  trottier,  ou  aller  en 
coche , ou  quelque  coup  orbe  donné 
contre  le  ventre,  par  ce  que  tels  mou- 
uemens  desreglés  rompent  et  relas- 
chent  ledits  ligamens  de  la  matrice. 
Aussi  les  choses  qui  compriment  le 
ventre  de  la  mere , comme  font  les 
bustes  et  choses  semblables,  qui  em- 
peschent  que  l’enfant  ne  peut  prendre 
croissance  naturelle  : parquoy  il  est 
contraint  sortir  deuant  le  terme  deu, 
dont  par  telles  choses  les  meres  auor- 
tent,  au  moyen  de  la  lésion  qu’on  fait 
à l’enfant2.  Aussi  toutes  choses  qui 

toute  idée  d’imitation  ou  de  plagiat.  Franco 
a fait  de  ce  même  article  son  chapitre  St, 
intitulé  : Des  causes  d'auorlement.  Voyez  cl- 
devant,  page  624.  Roesslina  traité  la  même 
question  fort  au  long  dans  son  8e  chapitre; 
mais  comme  il  n’y  a rien  de  neuf  dans  au- 
cun de  ces  auteurs,  on  peut  présumer  qu’ils 
ont  tous  puisé  aux  mêmes  sources,  c’est-à- 
dire  dans  les  auteurs  de  l’antiquité  et  du 
moyen-âge,  et  il  n’y  aurait  aucun  intérêt  à 
comparer  des  doctrines  ainsi  copiées. 

1 Inslincle,  l’édition  de  1573  portait  dis- 
tincte l’édition  latine  a sauté  toute  la 
phrase.  Le  sens  de  ce  mot  est  fort  difficile  à 
deviner. 

’ Telles  causes  d’auorlement  sont  escrites 
en  français  par  les  Médecins. — A.  P. — Cette 
note  est  de  1579, 


font  que  les  veines  et  artères , liga- 
mens de  l’arriere-faix  se  relaschent 
et  rompent  par  quelques  efforts  : pa- 
reillement par  la  trop  grande  fré- 
quentation des  hommes;  aussi  le  bruit 
de  foudre  et  tonnerre,  et  de  l’artille- 
rie, et  le  son  des  grosses  cloches  font 
auorter,et  plus-tostles  ieunesque  les 
vieilles,  par  ce  que  le  corps  desieunes 
est  plus  tendre  et  délicat  et  plus  rare, 
et  le  corps  des  vieilles  plus  robuste 
et  plus  dense. 

D’auantage  il  vient  aussi  de  trop 
ieusner,  ou  à cause  de  trop  grand 
flux  de  sang  : mais  si  l’enfant  est  en- 
core petit,  comme  d’vn  mois  ou  deux, 
le  danger  n’est  si  grand,  à cause  qu’en 
tel  temps  n’a  affaire  de  grande  nour- 
riture. D’auantage  si  la  femme  est 
long  temps  malade,  sera  cause  de  la 
faire  auorter,  par  ce  que  le  sang  se 
consomme  : parquoy  ledit  enfant  est 
contraint  de  sortir  par  fauted’aliment, 
qui  ne  luy  est  enuoyé  en  suffisante 
quantité  ny  qualité.  Aussi  peut  ve- 
nir par  trop  grande  quantité  de  vian- 
des ; car  par  icelles  est  suffoquée,  et 
son  aliment  corrompu,  à cause  que 
le  trop  boire  et  manger  fait  que  la 
digestion  est  mal-faite,  et  par  consé- 
quent la  masse  du  sang  se  corrompt, 
dont  l’enfant  doit  eslre  nourri  et  ali- 
menté. Aussi  pour  avoir  mangé  vian- 
des corrompues , et  de  mauuais  suc  : 
car  souuent  les  femmes  grosses  sont 
degoustées,  et  ont  vn  appétit  insatia- 
ble et  depraué  de  manger  viandes es- 
tranges  et  mauuaises  choses , qui  se 
fait  le  plus  souuent  enuiron  le  troi- 
sième mois  qu’elles  ont  conceu  ; le- 
quel appétit  vient  à raison  de  cer- 
taines humeurs  visqueuses,  aigres,  et 
froides,  et  d’vne  pituite  qu’elles  ont  à 
l’estomach , ou  entre  les  membranes 
d’iceluy,  dont  l’enfant  en  est  infecté. 
Ainsi  aucunes  désirent  manger  des 


DE  LA  GENERATION. 


charbons,  craye,  terre,  herbes,  fruits 
non  meurs,  harancs  et  autres  pois- 
sons cruds,  et  chair,  papier,  piastre, 
poyure  et  autres  espiceries,  boire  du 
vinaigre, ayanten  haine  toutes  bonnes 
viandes  : lequel  appétit  ainsi  depraué 
augmente  lors  que  les  cheueux  com- 
mencent à venir  à l’enfant  : et  au- 
cunes qui  ont  vn  tel  désir  n’en  man- 
geans,  quelquesfois  auortent,  et  sont 
en  danger  de  leur  vie.  Les  femmes 
doiuent  en  cela  résister  et  dompter 
cette  mauuaise  affection  : toutesfois 
si  on  connoist  qu’elles  ayent  vn  si 
grand  vouloir  et  enuie  d’en  man- 
ger, leur  faut  permettre,  encore  que 
telles  choses  leur  soient  contraires, 
pourueu  qu’elles  ne  leur  apportent 
trop  grand  dommage  et  preiudice  : 
car  souuent  digèrent  telles  choses 
ordes,  et  les  transmuent  en  aliment, 
sans  qu’elles  en  ressentent  aucun  mal 
ny  dommage  en  leurs  corps. 

D’auantage,  l’auortement  se  peut 
faire  par  l’vsage  des  bains  et  estuues, 
parce  qu’elles  mollifient  et  lubrifient 
et  relaschent  les  ligamens  de  la  ma- 
trice : et  aussi  que  par  la  chaleur  des 
bains,  la  chaleur  interne  de  tout  le 
corps  est  bien  fort  augmentée,  et  t’en- 
fantsentant  icelle  quiluyestestrange, 
ne  la  peut  souffrir,  dont  fait  ses  ef- 
forts à sortir  hors  de  la  matrice1.  Les 
femmes  grosses , qui  sans  cause  ma- 
nifeste auortent  au  deuxième  ou 
troisième  mois,  tombent  en  cest  in- 
conueuient,  parce  qu’elles  ont  les  co- 
tylédons, c’est  à dire,  les  bouches  et 
orifices  des  vaisseaux  de  leur  matrice, 
pleins  de  phlegme  cras  et  gluant , et 
partant  l’enfant  ne  peut  estre  détenu 
à cause  de  sa  pesanteur,  et  se  rom- 
pent et  deschirent , parce  qu’ils  sont 

' Le  paragraphe  s’arrêtait  ici  en  1 573  ; le 
reste  est  de  1575. 


7 1 5 

oints  et  mouillés  de  phlegme  glissant. 

Aussi  peut  venir  auortement  par 
trop  grand’  ioye1,  ou  par  vn  grand 
désir  qu’elle  auroit  de  manger  quelque 
chose,  ou  par  despit  et  fascherie 
qu’elle  aura,  ne  se  pouuant  vanger 
et  faire  ce  qu’elle  desire,  ou  vne 
grande  peur,  par  la  mutation  trop  su- 
bite qui  se  fait  au  corps.  Or  voila  les 
causes  qui  font  auorter  les  femmes. 

D’auantage,  si  les  mammelles  de  la 
femme  grosse  sont  dures  et  pleines, 
puis  subit  diminuent,  c’est  signe d’a- 
uortement2:  car  de  là  nous  est  signi- 
fié qu’il  y a defaut  d’aliment  compe- 
tant  et  suffisant  pour  l’enfant  : car 
comme  est  enseigné  en  l’anatomie, 
il  y a des  veines  communes  aux  mam- 
melles et  à l’amarry,  lesquelles  lors 
qu  elles  ont  peu  de  sang,  les  mam- 
melles frustrées  de  leur  enuitaille- 
ment  ordinaire  deuiennent  plus  gres- 
les  que  de  coustume  : dont  s’ensuit 
que  par  faute  de  nourriture  suffisante, 
l’enfant  meurt,  ou  cherchant  dehors 
ce  qu’il  ne  trouue  dans  le  corps  de  sa 
mere,  rompt  violentement  les  mem- 
branes dont  il  est  enueloppé  , et  sort 
deuant  le  temps  légitimé  en  lumière. 
Aussi  si  la  femme  porte  deux  enfans, 
et  l’vne  de  ses  mammelles  flétrisse  et 
diminue,  c’est  signe  que  l’enfant  qui 
est  de  ce  costé  là  est  mort,  ou  en  bien 
grand  danger3. 

Les  femmes  endurent  plus  grande 
douleur  en  auortant  que  lors  qu’elles 
accouchent  à terme  , et  sont  en  plus 

> Aphor.  45.  sect.  5.  — A.  P.  — Cilalion 
de  1579. 

2 Proynosiic  d’auortement  de  l’Aphor.  53. 
sect.  5.— A.  P. —Note  de  1579.  Dans  l’édition 
de  1573,  l’auteur  passait  immédiatement  à 
la  dernière  phrase  de  ce  paragraphe  : Aussi 
si  la  femme  porte  deux  enfans,  etc. 

3 Par  l’Aphor.  38.  sect.  —A.  P.  — 1579. 


LE  DIX-HVITI^ME  LIVRE  , 


716 

grand  péril,  d’autant  que  ce  qui  se  fait 
contre  nature  est  plus  grief  et  mau- 
uais  que  ce  qui  se  fait  naturellement. 

Il  aduient  souuent  aux  femmes  qui 
ne  portent  au  commencement  leurs 
enfans  à terme,  qu’elles  font  les  en- 
fans  suiuans  en  ce  mesme  temps.  Par- 
quoy  cela  aduenant,  on  aura  recours 
au  Médecin  à rechercher  les  causes, 
et  euiter  toutes  les  choses  qui  font 
auorter.  Cest  emplastre  est  vtile  ap- 
pliqué sus  les  reins  : 

"if.  Labd.  3.  ij. 

Galang.  3.  j. 

Nucis  mosca.  nucis  cupres.  boli  arm. 
terræ  sigill.  sang.drac.  balaust.  ana  5.  fi . 

Acac.  psidior.  hypochisl.  ana  3.  j. 

Mastic,  myrrbæ  ana  3.  ij. 

Gummi  arabici  3.  j. 

Tereb.  Venet.  § . ij. 

Picis  naual.  § . j.  fi’ 

Ceræ  quant,  suff. 

Fiat  emplastrum  secundum  artem,  exten- 
datur  super  alutam  ad  vsum. 

S’il  suruenoit  chaleur  et  prurit  aux 
lieux  où  il  auroit  esté  appliqué,  par 
le  moyen  dudit  emplastre, il  sera  osté, 
et  appliquera-on  l’onguent  rosat,  in- 
frigidat.  Galeni,  ou  de  celuy  qui  s’en- 
suit : 

3f.  O'ei  myrt.  cydon.  et  mastic,  ana  5-  j- 

Hypochist.  acac.  boli  Arm.  sang.  drac. 
ana  3.  j. 

Sandal.  citrini  3.  iiij. 

Ceræ  quantum  sufficit. 

Fiat  vnguentum  secundum  artem. 

Quelques  femmes  portent  leur  en- 
fant dix  et  onze  mois,  parce  qu’il  a 
esté  engendré  de  grande  quantité  de 
semence  : à ceste  cause  a esté  fait 
grand,  fort,  et  vigoureux  , qui  fait 
que  pour  sa  nourriture  il  faut  qu’il 
demeure  plus  long  temps  en  la  ma- 


trice '.  Car  vn  gros  fruit  n’est  si  tost 
meur  qu’vn  petit  : aussi  vn  enfant 
menu  et  gresle  dés  sa  conception,  ou 
première  conformation  , et  qu’il  soit 
chaud  et  sec  de  sa  complexion,  a as- 
sez de  neuf  mois , et  quelquesfois  de 
sept  pour  sa  maturité,  où  à vn  autre 
en  faudra  dix , onze  et  douze  : aussi 
voit-on  communément  les  filles  venir 
iusques  au  bout  du  neufiéme  mois, 
et  le  fils  naistre  au  commencement  et 
entrée  du  mois  : car  la  complexion 
chaude  sert  beaucoup  à la  prompte 
maturité,  et  la  froide  et  humide  plus 
tardiue.  Voila  quant  à l’enfant,  que 
selon  sa  complexion  et  corpulence 
qui  en  procédé,  séjourné  plus  ou 
moins  en  la  matrice  attendant  sa  ma- 
turité. A cecy  aide  grandement  la 
matrice  : car  elle  est  de  température 
chaude  ou  froide  : la  chaude  aide  à 
cuire  le  fruit  plus  tost,  et  la  froide 
plus  tard. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DES  MOYENS  DE  SVRVENIR  A L’ENFANT, 
LA  MERE  MORTE2. 

Ors’iladuenoit  que  la  femme  grosse 
d’enfant  fust  en  agonie,  ou  aux  efforts 
de  la  mort,  qui  se  peut  connoistre  par 
les  signes  cy  deuant  déclarés , faut 
que  le  chirurgien  se  trouue  prest  et 

1 Monsieur  loubert. — A.  P. — Tout  ce  der- 
nier paragraphe,  avec  la  citation  qui  s’y 
rapporte,  a été  ajouté  en  1579. 

* Ce  chapitre,  comme  le  précédent,  est  en 
grande  partie  extrait  de  La  maniéré  de  ex- 
traire les  enfans,  etc.  Franco  en  a fait  son 
chapitre  87  intitulé  : La  manière  de  tirer 
l’enfant  quand  la  mere  est  aux  traits  de  la 
mort.  Voyez  ci-devant  page  631.  Ni  Roesslin 
ni  RuelT  n’ont  traité  ce  sujet. 


DE  LA  GENERATION. 


appareillé  à ouurir  subit  la  femme, 
apres  le  dernier  souspir  de  la  mort,  à 
fin  de  sauuer  l’enfant,  s’il  estpossible  : 
et  ne  faut  auoir  confidence  à la  bâil- 
lonner, et  tenir  sa  bouche  et  parties 
génitales  ouuertes,  pour  donner  air 
et  esprit  à l’enfant  estant  dans  le  ven- 
tre de  sa  mere  et  encor  inuolué  de- 
dans les  membranes,  veu  que  ledit 
enfant  estant  au  ventre  de  sa  mere 
n’a  son  air  que  par  les  mouuemens 
de  l'artere  ombilicale  >.  Et  la  mere 
decedée,  ses  poulinons  ne  font  plus 
leur  action,  qui  estoit  attirer  l’air  ex- 
térieur par  la  bouche,  et  le  conduire 
par  la  trachée  artere  aux  poulmons, 
et  d’iceux  au  cœur  par  l’artere  véna- 
le, et  du  cœur  par  la  grande  artere 
aux  arleres  de  la  matrice,  et  d’icelles 
par  les  cotylédons,  qui  sont  au  cho- 
rion  ou  arriere-faix  , et  d’iceux  à 
l’ombilic  de  l’enfant  par  l’artere  om- 
bilicale, et  de  là  aux  arteres  iliaques, 
puis  au  cœur,  et  d’iceluy  à toutes  les 
parties  de  l’enfant  Parquoyla  mere 
estant  decedée,  tous  ces  mouuemens 
cessent,  dont  ne  pourra  plus  receuoir 
ny  attirer  aucunement  l'air  par  l’ou- 
uerture  de  la  bouche  et  parties  géni- 
tales de  la  mere  estant  morte  : et  par 
conséquent  le  mouuement  naturel  du 
cœur  dudit  enfant  cesseroit  en  bi  ief, 
apres  que  la  femme  auroit  rendu 
l’esprit.  Parquoy  si  tost  qu’elle  aura 
expiré  et  ietté  le  dernier  soupir,  la 
faut  ouurir  en  diligence,  et  ne  se  fier 
aucunement  susdites  ouuertures. 

Et  quant  à l’ouuerlure  de  la  femme 
grosse  decedée,  pour  extraire  l’en- 
fant, elle  doit  estre  commencée  près 
le  cartilage  nommé  xiphoïde,  ou  po- 
mum  granatum,  en  leuant  le  cuir  et 
muscles  du  ventre  et  le  péritoine  en 

1 Beau  discours  comme  l'enfant  attire  son 
air  estant  auventre  de  samere. — A. P.  — 157ô. 


7l7 

figure  d’escusson,  en  euitant  bien  de 
faire  apertion  des  intestins  : puis  su- 
bit on  incisera  la  matrice,  la  leuant  en 
haut,  de  peur  qu’en  faisant  l’incision 
on  ne  touche  du  rasoir  à l’enfant,  le- 
quel trouueras  nager  aux  aquosités 
susdites,  et  souuent  le  nombril  en- 
tortillé au  col , ou  aux  bras  et 
iambes. 

Faite  l’ouuerlure,  le  dit  enfant  ne 
se  meut  pas  tousiours,  pour  l’oppres- 
sion et  la  débilitation  et  faute  des  es- 
prits et  vertus  qu’il  n’aura  receués  à 
suffisance,  à cause  du  décès  de  la 
mere.  Parquoy  de  prime  face  sem- 
blera aux  assistans  qu’il  n’aura  nulle 
vie:  ce  que  connoistras  véritablement 
en  touchant  et  taslant  son  ombilic, 
auquel  senliraspousser  et  battre  l’ar- 
tere  ombilicale,  s’il  a vie  : aussi  que 
si  tost  qu’il  aura  senti  l’air,  mouuera 
tout  en  vn  coup  aucuns  de  ses  mem- 
bres. Or  si  tu  connois  que  ses  Vertus 
et  forces  soient  debiles,  faut  bien  eui- 
ter  de  lier  et  séparer  l’ombilic  d’auec 
l’arriere-faix,  à cause  que  le  dit  en- 
fant peut  attirer  et  receuoir  chaleur 
et  quelque  reste  d'esprits  contenus 
encore  audit  arriere-faix  : parquoy 
le  poseras  sus  le  ventre  de  l’enfant, 
et  le  laisseras  iusques  à ce  que  la  cha- 
leur soit  exhalée  : car  par  ce  moyen 
seras  cause  d’augmenter  ses  vertus, 
et  par  conséquent  d’allonger  sa  vie. 
Mais  là  où  ledit  enfant  seroil  fort, 
alors  pourras  lier  subit  ledit  ombilic, 
comme  nous  auons  dit  cy  dessus,  et 
au  reste  laisser  l’enfant  à Dieu  et  aux 
femmes,  qui  luy  feront  ce  que  nous 
auons  escrit  ’. 

1 Après  avoir  copié  ce  chapitre,  Franco 
décrit  sous  le  titre:  Autre  procedure,  une 
manière  de  faire  un  peu  différente,  dont  le 
trait  le  plus  saillant  consiste,  après  la  pre- 
mière incision  faite  au  péritoine,  à le  sou- 


LE  DIX-H VI T IIJ ME  LIVRE, 


718 

Ce  qu’il  faut  faire  lors  que  la  sage 
femme  a dilaccrc  et  rompu  le  peri- 
neum 1 . 

Et  s’il  aduenoit,  comme  quelques- 
fois  se  fait,  que  par  la  violence  d’a- 
uoir  tiré  l’enfant,  on  eust  diiaceré  les 
parties  génitales  de  la  mere,  et  que 
des  deux  trous  il  s’en  fust  fait  vn, 
alors  il  faudra  faire  quelques  points 
d’aiguille  pour  reünir  ce  qui  seroit 
contre  Nature  séparé,  et  traiter  la 
playe  selon  l’art.  Et  lors  que  tel  acci- 
dent aduient,  est  vn  grand  desastre  à 
la  pauure  femme,  parce  que  si  elle 
renient  à estre  grosse  apres,  et  que 
son  heure  soit  venue  d’enfanter,  ses 
parties  génitales  ne  se  peuuent  assez 
suffisamment  dilater  pour  donner 
passage  à l’enfant,  à cause  de  la  cica- 
trice : parquoy  on  est  contraint  la 
couper  vn  peu,  puis  la  dilucerer,  à 
raison  que  l’vnion  se  fait  mieux,  ou 
autrement  la  femme  ne  pourroit  ia- 

lever  avec  les  doigts  repliés  au-dessous , 
pour  éviter  les  intestins.  Comme  la  mère  est 
morte,  cette  précaution  n’a  pas  grande  im- 
portance ; et,  en  général,  Franco  n’a  pas 
été  aussi  bien  inspiré  pour  les  accouche- 
ments que  pourlachirurgie  proprement  dite. 

Guillcmeau  dit  avoir  l'ait  l’opération  césa- 
rienne sur  le  mort,  en  présence  de  Paré: 

« l’ay  fait  telle  opération  à quelques  fem- 
mes fort  heureusement,  et  entre  autres  à 
madame  Le  Maire,  accompagné  de  M.  Phi- 
lippes,  mon  oncle  : et  à madame  Pasquier  , 
soudain  après  qu’elle  fut  decedee  , presens 
monsieur  Paré,  et  le  curé  de  Sainct-André- 
des-Arts.  » L’ heureux  accouch.  Liu  11,  ch.  28; 
1621  , p.  304. 

s J’ai  mis  en  titre  cette  note  marginale , 
alin  d’appeler  l’attention  du  lecteur  sur  ce 
passage  perdu  dans  un  chapitre  où  on  ne 
serait  guère  tenté  de  l’aller  chercher,  et  où 
l’on  trouve  cependant  le  premier  conseil  et 
la  première  exécution  de  la  suture  du 
périnée. 


mais  accoucher  : ce  que  i’ay  fait  à 
deux  en  cesle  ville  de  Paris. 

Or  ie  m’esmerueille  comme  d’au- 
cuns veulent  affermer  auoir  veu  des 
femmes  auxquelles,  pour  extraire 
leurs  enfans,  on  leur  auoit  incisé  le 
ventre,  non  seulement  une  fois,  mais 
plusieurs'  : car  telle  chose  par  raison 
m’est  du  (oui  impossible  à croire,  at- 
tendu que  pour  donner  issue  à l’en- 
fanl,  il faudroit  faire  vnegrande  playe 
aux  muscles  de  l’épigastre,  et  pareil- 
lement à la  matrice,  laquelle  estant 
imbue  de  grande  quantité  de  sang,  et 
y faisant  vne  diuision  si  grande,  il  y 
auroit  vne  très  grande  hémorrhagie, 
dont  la  mort  s’ensuiuroit.  D’auan- 
tage  apres  auoir  consolidé  la  playe, 
la  cicatrice  ne  permetlroit  apres  à la 
matrice  de  se  dilater  pour  porter  en- 
fant. 11  y a encores  d’autres  accidens 
qui  en  pourroient  aduenir,  et  le  pis, 
vne  mort  subite  à la  mere  : et  partant 
ie  ne  conseilleray  iamais  de  faire  tel 
ocuure,  où  il  y a si  grand  péril,  sans 
nul  espoir  2. 

I L’édition  de  1573  disait  en  cet  endroit  ; 
(Si  cela  est  vrai/  il  peut  estre ) si  est  ce  que  cela 
m’est  du  tout  impossible  à croire,  etc. 

* Ce  dernier  paragraphe  est  en  quelque 
sorte  l’origine  d’un  des  meilleurs  livres  du 
xvi*  siècle  ; je  veux  parler  de  Y Hysterotomo- 
toliie  de  Roussel,  qui  fut  composée  pour 
répondre  au  défi  de  Paré. 

II  semble  que  Paré  n’ait  pas  fait  preuve 
en  cette  circonstance  d’autant  desoumission 
à la  voix  de  l’expérience,  que  lorsqu’il  s’a- 
gissait de  la  diduction  de  la  symphyse  pu- 
bienne. En  effet  le  livre  de  Roussel  avait 
paru  dès  15S1  ; il  avait  été  écrit  pour  le  con- 
vaincre de  la  possibilité  de  l’opération,  et  la 
démonstration  ne  pouvait  être  plus  claire  : 
Roussel  rapporte  dix  observations,  pour 
plusieurs  desquelles  il  avait  lui-même  vu 
les  malades.  Comme  l’édition  française 
de  son  livre  est  rare,  je  reproduirai  le 
commencement  de  son  AVÎs  au  lecteur, 


DE  LA.  GENERATION 


CHAPITRE  XXXIX. 

DE  LA  SVPERFETATION  , C’EST-A-DIRE 

CONCEPTION  REITEREE  OV  SVREN- 

GENDRÉE. 

Quand  la  femme  a deux  o j trois  ou 
plusieurs  enfans,  et  chacun  d’iceux 
sont  distincts  et  séparés,  ayans  chacun 
leurarriere-faix,  il  y a superfeta  ion  : 
mais  s’ils  sont  trouués  enueloppés 
en  vn  seul,  seront  engendrés  par  vne 
grande  quantité  de  semence,  et  non 

où  il  parle  de  ses  discussions  avec  Paré. 

« le  n’auois  entrepris  ( Amy  Lecteur  ) au 
commencement,  que  de  mettre  en  escrit  vne 
simple  histoire , et  quelques  petites  disputes, 
que  monsieur  Paré  et  moy  auions  par  cy- 
deuant  amiablement  eües  ensemble  sur 
l’enfantement,  que  ieluy  baptisols  du  nom 
de  cæsarien  ; et  ce  en  stile  françois,  duquel 
il  vse  plus  volontiers  en  ses  conférences  et 
escritures.  Mais  après  que  la  veüe  de  mon 
allégué  luy  eust  descouuert  la  vérité  du  faict 
historial,  et  que  la  probabilité  de  mes  rai- 
sons sembloit  luy  auoir  persuadé,  ce  qu’il 
tenoit  pour  impossible  ; ie  deliberay  de  n’en 
escrire  rien  du  tout.  » Truilté  nouueaa  de 
ihyslcrotomolokie  ou  enfantement  cæsarien, 
par  Françoys  Rousset,  médecin.  Paris  1581. 
On  peut  remarquer  dans  ce  court  passage 
deux  points  et  virgules  (;),  ce  qui  fait  re- 
monter l’usage  de  ce  signe  beaucoup  plus 
haut  que  je  n’avais  dit  dans  mon  Introduc- 
tion. J’aurai  peut-être  occasion  de  revenir 
sur  ce  point. 

Mais  pour  revenir  à noire  objet,  on  voit 
donc  que  Rousset  s’imaginait  avoir  converti 
Paré  à son  opinion.  Qui  ne  l’eut  cru  de 
même, 'après  dix  observations  ! Et  d’un  autre 
côté,  si  l’on  songe  que  Paré , en  1579,  se 
tenait,  par  raison,  convaincu  du  contraire, 
et  qu’il  a conservé  cette  manière  de  dire  en 
1585,  il  ne  parait  pas  pouvoir  échapper  au 
reproche  d’avoir,  pour  cette  fois  au  moins, 
préféré  la  raison  à l’expérience.  Mais  un  pas- 


7 1 9 

par  superfétation  : ce  qui  se  prouue 
parles  raisons  qui s’ensuiuent.  Galien 
au  liure  des  Facultés  naturelles,  et  au 
liure  de  semine,  nous  enseigne , que 
tout  ainsi  qu’apres  que  nous  auons 
pris  noslre  repas,  l’estomacli  vient  à 
se  retirer  de  telle  sorte  que,  comme 
auec  les  deux  mains,  il  tient  de  tous 
costés  enuironnées  les  viandes  qui 
sont  au  dedans,  pour  peu  qu'il  en  ait, 
à fin  de  les  cuire  et  altérer  pour  la  gé- 
nération du  chyle,  de  sorte  que  les- 
dits  alimens  ne  peuuenl  estre  es- 
branlésçà  et  là,  pour  la  compression 
faite  par  le  susdit  estomach  (Galien 

sage  fort  curieux  de  Guillemeau  nous  don- 
nera la  véritable  raison  de  cette  apparente 
opiniâtreté  : 

« Aucuns  tiennent  que  telle  section  césa- 
rienne se  peut  et  doit  practiquer  (la  femme 
estant  viuanle]  en  vn  fascheux  accouche- 
ment : ce  que  ie  ne  puis  conseiller  de  faire, 
pour  i’auoir  expérimenté  par  deux  fois,  en  la 
presetice  de  Monsieur  Paré,  etveu  practiquer 
à messieurs  Viart,  Brunet,  Charbonnet,  chi- 
rurgiens fort  experts  : et  sans  auoir  rien 
obmis  à la  faire  dextrement  et  méthodique- 
ment : Toutesfois  de  cinq  femmes  ausquel- 
les  telle  operation  a esté  faite,  il  n’en  est 
reschappé  aucune  : le  sfay  ce  quel’oh  peut 
mettre  en  auant  qu’il  y en  a qui  ont  esté 
sauuees  : mais  quand  cela  seroit  arrivé,  il 
le  faut  plustost  admirer  que  practiquer  ou 
imiter  : d’vne  seule  arondelle  on  ne  peut 
iuger  le  printemps,  ny  d’vne  seule  expé- 
rience l’on  ne  peut  faire  vne  science. 

» Apres  que  Monsieur  Paré  nous  l'eut  fait 
expérimenter,  et  voyant  que  le  succès  en  estoit 
malheureux,  ils’ est  désisté  et  rétracté  de  cesle 
operation,  ensemble  noslre  College  des  Chi- 
rurgiens iurez  à Paris,  et  la  plus  saine  partie 
des  Docteurs  Regens  en  la  Faculté  de  méde- 
cine à Paris  : lorsque  cesle  question  fut  suffi- 
samment agitee  par  feu  monsieur  Marchand, 
en  ses  deux  déclamations  qu’il  fit  lorsqu’il 
eut  cest  honneur  de  passer  Chirurgien  iuré 
à Paris.  » ( L’heureux  accouchement,  liu.  n, 
chap.  28  j 1621,  p.  307.) 


LE  DIX-HV1TIEME  LIVRE 


720 

entend  de  l’estomach  des  personnes 
sains,  non  malades/,  de  mesme  veut-il 
estre  fait  en  la  matrice,  apres  Feiec- 
tion  de  la  semence  de  l’homme  et  de 
la  femme.  Car  de  tous  costés  la  ma- 
trice vient  se  serrer,  et  se  comprime 
le  plus  qu’elle  peut,  pour  retenir  les- 
dites  semences  en  vn,  en  quelle  quan- 
tité qu’elles  soient,  de  sorte  qu’vne 
partie  de  la  semence  ne  peut  estre  re- 
tenue en  l’vn  costé  de  la  matrice,  ny 
l’autre  en  l’autre,  pour  faire  deux  fœ- 
tus d’vn  coït  et  d’vne  mesme  semen- 
ce, couuerts  deplusieurs  arriere-faix  : 
et  moins  trois,  ou  quatre  ou  plus , 
comme  il  s’en  trouue  par  fois  : attendu 
que  la  matrice  des  femmes  n’a  milles 
sinuosités  ou  réceptacles,  comme  ont 
les  bestes,  qui  conçoiuent  plusieurs 
fœtus  à vne  fois  : autrement  faudroit 
dire  la  semence  n’estre  de  tous  costés 
comprimée  et  serrée  par  ladite  ma- 
trice, ce  qui  seroit  conlreuenirau  dire 
des  anciens  : ioint  aussi  qu’en  l’espace 
vuideil  seroit  nécessairement  contenu 
de  l’air,  par  lequel  la  vertu  genera- 
tiue  des  semences  seroit  muée  et  al- 
térée. Mais  comme  il  est  aisé  à voir 
les  deux,  ou  trois,  ou  plus  ou  moins, 
fœtus  enueloppés  de  diuers  arriere- 
faix,  c’est-à-dire,  non  gemeaux,  se- 
ront engendrés  comme  s’ensuit.  Sup- 
posé que  pour  ce  iourd’huy  l’homme 
ayeconneu  la  femme  de  telle  sorte, 
que  de  ce  soit  ensuiui  génération,  la- 
quelle, comme  nous  monstre  Aristote 
et  Galien.se  fait  en  un  moment  : aussi 
tost  que  la  semence  fertile  de  tous 
deux  a esté  receuë  dedans  la  matrice, 
aduient  qu'elle  n’est  fermée  si  exacte- 
ment et  eslroitement  qu’elle  ne  s’ou- 
ure  quelque  temps  apres,  si  l'homme 
de  rechef  se  ioint  auec  la  femme,  et 
que  tous  deux  reieltent  semence  fer- 
tile : et  lors  se  fera  nouuelle  généra- 


tion c’est-à-dire,  superfétation  : car 
Superfétation  n’est  autre  chose  qu’vne 
seconde  conception,  sçauoir  lorsque 
la  femme  ja  grosse  vient  de  rechef  à 
conceuoir:  et  telle  est  l’opinion  d’Hip- 
pocrate, au  liure  qu’il  a fait  de  la  Su- 
perfétation. 

Quant  à l’occasion  et  cause  pour  la- 
quelle l’vterus  ja  clos  par  le  moyen  de 
la  première  conception,  vient  de  re- 
chef à se  r ouurir,  icelle  est  diuerse- 
ment  rencontrée.  Quelques-vns  disent 
que  l'vterus  apres  la  conception  par 
diuers  interualles  de  temps  s’ouure, 
pour  se  vuider  de  certains  excremens 
qui  s’amassent  en  iceluy  : que  si  lors 
il  aduient  que  l’homme  s’accouple 
auec  la  femme,  la  superfétation  auoir 
lieu.  Autres  disent  que  l’vterus,  ou  de 
soypour  estre  trop  friand  et  amou- 
reux (selon  la  diuersité  du  tempéra- 
ment) ou  pour  estre  trop  amoureuse- 
ment chatoüillé  par  l'homme  en  l’ac- 
couplement, esguillonné  d’vn  appétit 
comme  enragé,  par  l’extremité  du 
plaisir  et  volupté  qu’il  sent  lors  (car 
le  propre  de  volupté  est  ouurir  et  las- 
cher,  comme  de  fascherie  fermer  et 
restraiudre)  se  r’ouure  de  rechef, 
pourreceuoiretembrasser  la  semence 
virile,  dont  se  fait  superfétation  et  se- 
conde conception  : opinion  qui  me 
semble  fort  v ray-semblable.  Car  ainsi 
voyons-nous  souuent  le  repas  pris,  et 
par  conséquent  l'estomach  fermé , 
iceluy  se  r’ouurir,  non  pour  toutes 
viandes,  mais  pour  celles  qui  sont  de 
meilleur  goust,  et  propres  pour  le  re- 
mettre et  esguillonner  de  rechef  en 
appétit2  : ce  que  mesme  n’aduient  à 

1 Le  paragraphe  s’arrêtait  ici  en  1573;  le 
reste  est  de  1575,  de  même  que  le  long  pa- 
ragraphe qui  suit  immédiatement. 

2 Belle  el  facile  comparaison.  — A.  P. 


DE  LA  GENERATION. 


toutes  personnes,  mais  à celles  seule- 
ment qui  sont  , comme  l’on  dit,  de 
plus  grande  vie  : non  plus  que  la  su- 
perfétation n'a  paslieu  en  toutes  fem- 
mes, mais  seulement  en  celles  de  plus 
friande  et  amoureuse  nature. 

Or  la  semence  peut  estre  iettée  à 
deux  ou  trois  fois,  ou  plus,  par  inter- 
ualle  de  temps,  c’est-à-dire,  entre  la 
première  et  la  seconde  copulation  : 
ce  que  recite  Pline 1 , qu’vne  femme  fit 
vn  enfant  qui  auoit  neuf  mois,  et  vn 
autre  qui  n’en  auoit  que  cinq,  tous 
deux  d’vne  ventrée  : et  dit  d’auan- 
tage  qu’vne  femme  accoucha  de  deux 
enfans,  dont  l’vn  ressembloit  à son 
mary,  et  l’autre  à son  paillard  : aussi 
dit  que  Proconnesia  esclaue  conceut 
en  vn  iour  deux  enfans,  l’vn  de  son 
seigneur,  et  l'autre  de  son  procureur, 
chacun  retirant  à son  pere. 

Rousset  dit  auoir  veu  vne  femme 
qui  accoucha  d’vn  second  enfant , 
trois  semaines  apres  vn  autre  accou- 
chement, dont  elle  estoitja  releuée2: 

1 Lib.  7,  cap.  2. 

2 Histoire  de  Roussel,  en  son  Hure  de  l'en- 
fantement Cesarien. — A.  P. — Ce  paragraphe 
a été  écrit  en  15S5,  ou  plutôt  refondu  et 
amplifié  sur  le  texte  primitif  ; et  cependant 
celui-ci  mérite  d’être  reproduit,  attendu  que 
Paré  appelle  en  témoignage  sa  propre  expé- 
rience . 

« Or,  i’ay  encor  à dire  pour  prouuer 
qu’il  se  faict  superfétation  , c’est  qu’autant 
qu’il  y aura  d’enfans  autant  se  trouueront 
d’arriercfais  : et  est  vrayseinblable  que  si  la 
conception  ne  se  faisoit  qu’en  vne  seule  fois, 
n’y  faudroit  aussi  qu’vn  arrierefais,  mais 
autant  qu’il  y a d’enfans  (s’ilz  ne  sont  iu- 
meaux,  et  ne  s’entretiennent),  autant  il  y 
a d’arrierefais  : ie  le  scay  pour  les  auoir  veus 
plusieurs  foys  séparés  l’vng  de  l’autre.  Or  C’est 
chose  monstrueuse,  etc.  » 

Ce  texte  existe  encore  en  1579;  seulement 
augmenté  de  l’histoire  de  la  femme  d’A- 
lexandrie, qui  avait  été  ajoutée  en  1575. 


721 

qui  est  bien  pour  prouuer  qu’il  se 
lait  superfétation.  Et  ceux  qui  sont 
conceus  par  superfelation , sont  en- 
ueloppés  chacun  de  leur  arriere- 
laix,  tellement  qu’il  y a autant  d'ar- 
riere-faix  que  d’enfans  : au  contraire 
des  enfans  gemeaux,  d’autant  qu’ils 
sont  conceus  d’vne  raesme  semence  , 
d’vn  mesme  coït,  et  en  mesme  instant  : 
aussi  sont-ils  couuerts  et  enueloppés 
d’vn  mesme arriere-faix.  Et  tout  ainsi 
que  les  superfétations  ne  sont  con- 
ceuës  en  vn  mesme  temps  , aussi  ne 
sont-ils  enfantés  en  mesme  temps  : 
par  ainsi  comme  le  temps  de  la  con- 
ception en  a esté  diuers  , aussi  le 
temps  de  l’accouchement  en  sera  di- 
uers. Or  la  superfétation  ne  se  peut 
faire,  sinon  depuis  le  premier  iour  de 
la  première  conception  , iusque  au 
quarantième  , et  non  plus  outre  : 
parce  que  la  matrice  estant  occupée 
du  fœtus,  qui  commence  à croistre, 
ne  permet  pas  qu’il  y ait  place  suffi- 
sante en  la  matrice  pour  receuoir  vn 
nouueau  fœtus.  V ne  femme  d’Alexan- 
drie fut  veuë  à Rome  , du  temps 
d’Adrian,  auoir  cinq  fils,  desquels  le 
cinquième  estoit  né  quarante  iours 
apres  les  quatre  nés  en  mesme  temps. 
Or  c’est  chose  monstrueuse  quand  la 
femme  porte  plusieurs  enfans,  veu 
que  Nature  ne  luy  a donné  que  deux 
mammelles  : toutesfois  il  y en  a qui 
en  portent  plusieurs,  comme  nous  di- 
rons cy-apres1. 

L’entrée  de  la  matrice  aux  vierges 
et  femmes  grosses  , et  en  celle  qui  ne 
porte  plus,  est  semblable  au  gland  de 
la  verge  de  l’homme  : mais  en  celles 
qui  sont  prestes  d’accoucher  et  cel- 
les qui  sont  recentement  accouchées, 

1 Ici  se  termine  le  chapitre  dans  les  pre- 
mières éditions  ; le  dernier  paragraphe  a été 
ajouté  en  1585. 


II. 


46 


LE  DIX-HVIT1ÉME  LIVRE, 


722 

est  tellement  estendue  et  ouuerte, 
qu’il  n’y  demeure  aucune  apparence 
d’entrée  ny  gland  : car  on  n’y  voit 
qu’vn  creux  presque  par  tout  égal , 
depuis  le  fond  de  la  matrice  iusqu’à 
la  partie  honteuse.  Ceste  entrée  se 
serre  fort  estroitement  depuis  la  con- 
ception : toutesfois  elle  s’ouure  quand 
elle  reçoit  la  semence,  ou  la  iette 
hors , ou  les  menstrues  et  certaines 
aquosités,  et  autres  excremens. 


CHAPITRE  LX. 

DE  LA  MOLE  ENGENDRÉE  EN  LA  MA- 
TRICE, APPELLÉE  DES  FEMMES  MAV- 

VAIS  GERME*. 

Mola  a pris  le  nom  de  myle , nom 
grec  , qui  est  vne  meule  de  moulin , 
pour  la  similitude  qu’elle  a , tant  de 
figure  qui  est  le  plus  souuenl  ronde, 
que  de  consistence  qui  est  dure,  auec 
ladite  meule  de  moulin  : pour  la- 
quelle mesme  raison  l’os  du  genoüil , 
dit  vulgairement  rolula  genu , a esté 
aussi  appelé  mola , des  Latins , et  des 
Grecs,  myle  2. 

Mola  donc  de  laquelle  nous  vou- 
lons icy  parler,  est  vne  fausse  im- 
prégnation d’vne  chair  sans  forme  , 
de  ligure  ronde  et  dure,  contenue  en 
la  matrice , comme  vne  masse  rude 
sans  articulation  de  membres  distin- 

1 Les  dcuxpreinierschapitresdu5c  Livre  de 
Ruelî  traitent  de  la  môle  ; mais  il  y a une  telle 
différence  dans  la  rédaction  de  Paré,  qu’il 
n’a  dû  emprunter  à son  devancier  que  fort 
peu  de  chose.  L’étymologie  du  mot  mola  est 
à peu  prés  la  même  dans  les  deux  auteurs. 

2 L’édition  de  1573  disait  seulement  : 
Molla  (sic)  n pris  le  nom  de  Motion,  nom 
grec  , qui  est  vne  chose  ronde , et  parce  que  la 
forme  de  Molla  est  ronde  a esté  ainsi / appelée. 


gués,  excitée  d’vne  semence  corrom- 
pue ou  imbecille , et  d’vn  tlux  exces- 
sif de  sang  menstruel  (et  telle  est  la 
définition  de  la  mole  donnée  par  Hip- 
pocrates * ) laquelle  n’est  enueloppée 
d'vn  arriéré  faix  , mais  seulement  de 
sa  susdite  membrane,  qui  l’enueloppe 
de  toutes  parts 2. 

Philoniusditque  la  mole  est  engen- 
drée de  la  semence  de  la  femme  et 
du  sang  menstruel  concurrens  en- 
semble , sans  semence  virile.  Galien 
dit  que  les  poulies  fout  bien  des  œufs 
sans  coq  , mais  les  femmes  ne  conçoi- 
uent  sans  les  hommes,  ny  vn  amas  de 
chair  , qui  est  vne  mole  , ny  autres 
choses  semblables,  qui  peuuent  estre 
dites  mauuais  germe.  Et  dit  d’auan- 
tage,  que  la  semence  de  l’homme  est 
la  cause  et  principe  du  mouuement , 
et  celle  de  la  femme  sert  et  aide 
comme  de  matière  pour  la  genera- 

1 Au  liure  de  Sterilib.  et  au  liure  de  Mor- 
bis  mulierum. — A.  P. 

2 L’édition  de  1573  donne  une  autre  leçon: 

«...  contenue  en  la  matrice,  et  a sa 

racine  longue  de  deux  ou  trois  doigts,  plus 
ou  moins,  faicte  de  la  membrane  qui  l’en- 
veloppe et  des  vaisseaux  qui  la  nourrissent 
(ainsy  que  nous  voyons  certaines  loupes 
faictes  aux  parties  de  noslre  corps)  : et  la  011 
elle  n’eust  eu  sa  racine  ainsy  longuette,  et 
separee  de  la  matrice,  lorsque  la  femme  se 
tourne  d’vn  costé  ou  d’autre,  elle  n’eust 
bougé  de  la  partie  contre  laquelle  elle  seroil 
attachée  : icelle  n’est  enueloppee  d’vn  ar- 
riere-fais,  etc.  » 

De  plus  on  lisait  cette  note  en  marge  : La 
molle  prend  son  nourissement  ainsy  que  font 
les  louppes,  et  les  fuiigus  des  arbres.  En  sorte 
que  cette  description  convenait  tout  aussi 
bien,  et  même  mieux  aux  polypes  fibreux 
pédiculés  qu’aux  véritables  môles.  Nous  ver- 
rons d’ailleurs  au  chapitre  suivant  que  Paré 
11e  savait  pas  les  distinguer;  et  c’est  ce  qui 
donne  même  à tout  ce  qu’il  en  a écrit  un 
intérêt  vraiment  chirurgical.  Le  texte  actuel 
date  de  1575. 


DE  LA  GENERATION. 


tion  Auicenne  baille  deux  causes  : 
la  première  est  vne  effusion  de  ma- 
tière auec  vne  chaleur  vehemente  : la 
seconde  est  la  compag  nie  de  l’homme, 
lors  que  la  matrice  reçoit  la  semence 
de  la  femme , la  faisant  croistre  par 
nourrissement , et  à raison  que  la  se- 
mence de  l’homme  n’est  fécondé,  ne 
se  fait  conception  louable  qui  par- 
uieune  à parfaite  conformation2.  Fer- 
neldit3que  la  cause  efficiente  d’vne 
mole  n’est  seulement  le  sang  mens- 
truel, ny  que  la  semence  seule  de  la 
femme  ne  la  peut  faire,  veu  qu’on  ne 
vit  iamais  femme  auoir  conceu  vne 
mole  sans  la  compagnie  d’homme  : 
parquoy  principalement  la  cause  de 
la  mole  estre  la  semence  de  l’homme, 
qui  fait  fermenter  celle  de  la  femme , 
comme  la  presure  le  fromage , ou 
le  leuain  la  paste.  Ce  que  Fernel  a 
appris  d’Hippocrates,  et  de  la  plus 
part  des  bons  autheurs,  qui  tiennent 
que  mole  n’est  faite  sans  la  semence 
virile,  mais  plus  de  la  féminine,  et 
d’vne  grande  quantité  de  sang  mens- 
truel contenu  aux  vaisseaux  de  lama- 
trice,  lequel  auec  la  grande  quantité 
de  la  semence  féminine  corrompt  et 
suffoque  la  virile,  empeschant  que  la 
vertu  formatrice  ne  face  son  action , 
laquelle  se  fait  par  vne  bonne  tempe- 
rature,  et  au  contraire  est  corrompue 
par  vne  immoderation  4.  Et  telle  opi 
nion  est  la  plus  raisonnable  : car  telle 
mole  ou  masse  de  chair  ne  s’engendre 
en  l’vterus  à la  façon  des  vers,  d’vne 
simple  chaleur  et  d’vn  humeur  es- 

1 Liure  14.  de  vsu  parlium. — A.  P. 

2 Auicenne,  liu.3.  fen.  21 . trait.  1 .cap.  18. 

— Cette  citation  d’Avicenne  manque  dans 
l’édition  primitive,  et  a été  ajoutée  en  1575. 

3 Six.  liu.  des  maladies,  ch.  15.  — A.  P. 

— 1573. 

■•Le  paragraphe  s’arrêtait  ici  en  1573;  le 
reste  est  de  1575. 


723 

pais  et  visqueux , mais  en  outre  des 
deux  semences  de  l’homme  et  de  la 
femme , par  le  moyen  de  l’esprit  ge- 
neratif  : ce  qui  est  aisé  à connoistre 
par  le  moyen  des  membranes  des- 
quelles elle  estenueloppée,  parles  li- 
gamens  auec  vn  fœtus  formé,  qui  se 
voit  quelquesfois  attaché  à icelle  par 
superfétation , par  accroissement , et 
par  le  mouuement  tremblotant. 

Or  par  mauuaise  quantité  ou  qua- 
lité des  semences  n’est  seulement 
faite  vne  mole,  mais  aussi  enfans  im- 
parfaits et  monstrueux , voire  quel- 
quesfois des  animaux,  et  autres  cho 
ses  monstrueuses,  dont  nous  parle- 
rons cy  apres.  Et  si  011  tenoit  qu’vne 
mole  peut  estre  engendrée  sans  se- 
mence d’homme , aucunes  femmes 
pourroient  par  là  couurir  leur  impu- 
dicité : ce  qui  ne  se  fait  iamais. 


CHAPITRE  XLI. 

DES  SIGNES  POVI!  CONNOISTRE  VNE 
MOLE  D’AVEC  VN  ENFANT. 

On  voit  en  vne  mole  quasi  tous 
les  signes  des  femmes  grosses  d’en- 
fant. Les  signes  du  commencement 
de  mole  sont , douleur  poignante  au 
ventre,  comme  de  colique  : le  ventre 
s’enfle  plus  subit  et  plus  fort  que 
d’vn  enfant , et  sera  plus  dur.  Pareil- 
lement la  mole  est  plus  difficile  à por- 
ter qu’vn  enfant , parce  qu’elle  est 
contre  nature  et  comme  vne  chose 
sans  esprit  et  vie,  et  l’enfant  est  selon 
nature,  ayant  une  ame  diuine.  Les 
mammelles  s’enflent  au  commence- 
ment, mais  enfin  demeurent  mollas- 
ses et  flestries1,  et  diminuent,  pource 

1 Edition  de  1573  •■Aussy  les  mamelles  ne 
s’enflent,  mais  demeurent  mollasses  et  flailries. 


LE  DÏX-HVITIÉME  LIVRE, 


794 

que  Nature  en  vain  y enuoyeroit  du 
laict , veu  qu’il  n’y  a point  d’enfant 
pour  l’allaicter  et  nourrir*.  Deuantle 
troisième  mois  on  y trouue  mouue 
ment,  toutesfois  fort  obscur,  petit,  et 
comme  tremblotant  : ce  qui  n’est 
trouué  à vn  enfant 1  2. 

Or  combien  que  la  mole  se  meuue, 
et  qu’il  semble  y auoir  quelque  vie , 
neantmoins  elle  ne  tient  point  ceste 
vie  de  l’ame  raisonnable,  mais  seule- 
ment de  la  faculté  de  la  matrice  , et 
de  l’esprit  generatif  qui  gist  aux  se- 
mences et  au  sang  menstruel , les- 
quelles choses  nourrissent  et  entre- 
tiennent, et  donnent  forme  à l’enfant 
pour  quelque  temps  : mais  puis  apres 
sa  formation  , Dieu  luy  transmet 
Famé,  qui  est  vne  inspiration  de  l'es- 
prit diuin,  laquelle  distingue  l’homme 
des  bestes  et  le  rend  immortel  : ce 
qui  defaut  à la  mole,  car  elle  a seu- 
lement vie  vegetatiue  comme  les  plan- 
tes3. Aussi  l’enfant  en  son  temps  a son 
mouuement  different , parce  qu’il  se 
meut  de  costé  dexlre  et  senestre,  ce 
qui  n’aduient  en  vne  mole  sans  com- 
pression , et  la  comprimant  à dextre, 
est  poussée  à senestre,  et  du  senestre 
au  dextre,  et  retourne  en  mesme  lieu 
d’où  elle  auoit  esté  poussée  : au  con- 
traire de  l’enfant , qui  pour  l’heure 

1 Dans  l’édition  de  1585  et  les  suivantes, 

on  lit  ici  cette  courte  phrase  . D’auantage 
le  nombril  ne  sort  hors  comme  lorsqu’il  y a 
enfant.  Je  l’ai  retranchée  sans  hésiter,  at- 
tendu que  dans  toutes  les  éditions,  même 
celle  de  1573,  on  la  retrouve  un  peu  plus 
bas,  et  presque  dans  les  mêmes  termes. 

3 La  mole  a vu  mouuement  petit  et  obscur 
comme  les  esponges  attachées  contre  les  ro- 
chers, et  comme  les  vrlies  de  mer.  — A.  P. 

a Ces  mots,  ce  qui  defaut  à la  mole,  etc., 
manquent  en  1573  et  en  1575.  Les  autres 
éditions  portent  uniformément  : car  elle  n’a 
seulement,  etc. ; j’ai  retranché  la  négation, 
qui  faisait  un  véritable  contre-sens. 


qu’on  le  pousse  ne  sort  de  sa  place. 

Pareillement  quand  la  femme  se 
tourne  en  son  lit , la  sent  tourner  de 
coslé  et  d’autre , auec  vne  pesanteur 
comme  si  c’estoit  vne  boule.  D’auan- 
tage  tout  le  corps  de  la  femmedeuient 
mollasseet  émacié, c’est  à-dire,  amai- 
gri et  sec  , principalement  les  cuisses 
et  iambes , lesquelles  s’enflent  vers  le 
soir,  de  sorte  que  la  femme  ne  se  peut 
bien  soustenir  dessus,  à cause  de  la 
débilité  de  la  chaleur  naturelle , qui 
commence  à défaillir  aux  parties  plus 
esloignées  du  cœur  : aussi  le  ventre 
est  fort  enflé , et  semble  que  ce  soit 
bydropisie , excepté  qu’il  est  plus  dur, 
et  ne  rend  point  de  son  de  tabou- 
rin  lorsqu’on  frappe  dessus.  Telle  en- 
fleure  de  ventre  prouient  de  ce  que  le 
sang  menstruel  qui  tombe  dans  l’vte- 
rus,  n’est  point  employé  en  nourri 
ture,  mais  s’accumule  ainsi  peu  à 
peu.  Aussi  le  nombril  ne  sort  dehors, 
comme  quand  il  y a enfant.  Pareille- 
ment en  la  mole  iamais  les  fleurs  ne 
coulent,  comme  il  se  fait  quelquesfois 
à lafemme  grosse  d’enfant,  si  ce  n’est 
à d’aucunes , à qui  aduient  grandes 
vuidanges,  qui  les  allègent  fort  de  la 
pesanteur  de  leur  ventre. 

Aucunesfois  la  mole  est  tant  adhé- 
rente et  attachée  contre  les  parois  de 
la  matrice , et  aux  orifices  des  vais- 
seaux ( qu’auons  par  cy  deuant  nom- 
més cotylédons)  que  iamais  n’en  peut 
eslre  séparée  : partant  la  pauure 
femme  la  porte  quelquesfois  six  ou 
sept  ans,  et  mesme  toute  sa  vie. 

La  femme  de  Guillaume  Roger, 
maislre  potier  d’estain , demeurant 
rue  sainct  Victor,  aagée  de  cinquante 
ans  et  plus,  a porté  vne  mole  dix  sept 
ans  ou  enuiron,  laquelle  décéda  le 
27.  iour  de  iuillet  1574.  Son  mari 
m’appella  pour  ouurir  le  corps  , ou 
trouuay  sa  matrice  n’estant  aucune- 


DE  LA  GENERATION. 


ment  attachée  et  liée,  sinon  que  par 
le  col  d’icelle  matrice,  et  bien  peu  par 
l’omentum  : n’ayant  qu’vnseul  testi- 
cule du  costc  droit,  assez  large,  mol 
et  flestri.  Et  quant  aux  cornes  de  la- 
dite matrice,  n’estoient  aucunement 
apparentes,  sinon  que  bien  peu  du 
susdit  costé.  Elle  ne  receuoit  aucuns 
vaisseaux  sinon  que  par  ledit  col,  les- 
quels estoient  fort  apparens  en  la  su- 
perficie. Telle  matrice  estoit  de  gros- 
seur de  la  teste  d’vn  grand  et  puissant 
homme. L’ayant  séparée  toute  entière, 
la  fis  porter  à mon  logis  pour  la  dé- 
couper, et  sçauoir  ce  qui  estoit  con- 
tenu en  icelle  : ce  que  ne  voulus  faire 
sans  auoir  compagnie  de  doctes  Méde- 
cins et  Chirurgiens,  les  noms  desquels 
s’ensuiuent  : monsieur  de  Mazille, 
conseiller  et  premier  médecin  duroy, 
monsieur  Alexis,  premier  médecin  de 
la  royne  de  France,  monsieur  Vigor, 
premier  médecin  de  la  royne  regente, 
monsieur  de  S.  Pont,  premier  méde- 
cin de  la  royne  deNauarre,  messieurs 
le  Féure,  Brouet,  médecins  ordinai- 
res du  roy  , messieurs  Violaines , 
Greaume,  Marescot,  Rauin  , Milot, 
Hautin,  Riolan,  Lusson,  docteurs  re- 
gens en  la  faculté  de  Medecine  : Coin- 
teret, chirurgien  du  roy  au  Chastelet 
de  Paris,  et  premier  de  la  royne  : le 
Rrun,  Guillemeau,  chirurgiens  iurés 
à Paris: en  la  presence  desquels  ie  fis 
ouuerturede  ladite  matrice,  laquelle 
trouuasmes  en  sa  substance  et  propre 
tunique  (l’autre  qui  vient  du  péritoine 
estant  au  reste  saine  et  entière)  toute 
scirrheuse  et  si  extrêmement  dure, 
qu’à  bien  grande  peine  le  Cousteau, 
bien  tranchant  qu’il  fust,y  peust  en- 
trer : et  estoit  icelle  matrice  d’espais- 
seurde  trois  doigtset  plus.  Au  milieu 
et  capacité  d’icelle,  fut  trouué  vne 
chair  semblable  à vne  teline  de  vache, 
de  grosseur  de  deux  poings,  n’estant 


725 

adhérante  aux  parois  d’icelle,  sinon 
qu’en  certains  endroits,  estant  fort 
dense  et  grumeleuse  : en  la  substance 
de  laquelle  estoient  infiltrés  des  corps 
estranges,  comme  atliei ornes,  cartila- 
ges et  os  : et  fut  conclu  de  tous,  que 
le  commencement  de  telle  chair  auoit 
esté  vne  mole,  prenant  nourrisse- 
ment  et  accroissement  comme  les  lou- 
pes qui  aduiennent  en  quelque  partie 
de  nostre  corps  : laquelle  auec  le 
temps  s’estoit  tournée  en  scirrhe,  et 
semblablement  toute  la  substance  de 
la  matrice.  D’auantage  nous  trouuas- 
mes vne  tumeur  au  milieu  du  col  de 
la  matrice,  de  grosseur  et  rondeur 
d’vn  bien  gros  œuf  de  poulie  d’Inde, 
dure  en  toutesa  substance,  mesléede 
cartilages  et  os,  occupant  du  tout  le 
col  d’icelle,  et  principalement  la  bou- 
che intérieure  de  la  matrice,  dite  vul- 
gairement le  couronnement,  de  sorte 
que  rien  n’y  pouuoit  entrer  ny  sortir. 
Le  tout  estoit  de  pesanteur  de  neuf 
liures  demy  quarteron.  le  la  garde 
en  mon  cabinet,  comme  chose  mons- 
trueuse. 

Lors  qu’icelle  femme  viuoit , elle 
senloit  grande  douleur  au  ventre, 
l’ayant  dur,  et  grand  à merueilles, 
comme  si  elle  eust  esté  grosse  de  plu- 
sieurs enfans,  si  bien  que  quelques  mé- 
decins voyant  passé,1  le  temps  légitimé 
d’enfanter,  l’auoient  traitée  comme 
hydropique  : toutesfois  ne  sceurent 
rien  gaigner  sur  l’enfleure  de  son 
ventre.  Quelquesfois  aussi  elle  auoit 
suppression  d’vrine  l’espace  de  deux 
ou  trois  iours,  et  lors  n’vrinoit  sinon 
qu’auec  grande  douleur  : pareillement 
elle  estoit  quelquesfois  sept  ou  huit 
iours  sans  aller  à la  selle,  pour  la 

• 

•J’ai  restitué  ici  le  mot  passé,  d’après 
l’édition  de  1573  ; il  manque  dans  toutes  les 
éditions  complètes. 


72Ü  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


compression  des  intestins  que  faisoit 
ceste  enorme  masse.  Et  par  inter- 
ualle,  comme  de  trois  mois  en  trois 
mois,  elle  auoit  de  grandesvuidanges, 
lesquelles  ne  pouuoient  sortir  de  la 
capacité  delà  matrice,  attendu  (com- 
me nous  auons  dit)  qu’elle  estoit  rem- 
plie et  exactement  close,  fermée  et 
cstoupée  : mais  telles  vuidanges  sor- 
toient  par  les  vaisseaux  dont  les  filles 
se  purgent  de  leurs  mois,  et  aucunes 
femmes  grosses.  Au  reste,  pour  l’e- 
normité  remarquable  de  telle  mole, 
ie  t’en  ay  bien  voulu  icy  représenter 
la  figure  : l’vne  entière,  et  l’autre  es- 
tant ouuerte l. 


Figure  de  la  matrice  etitiere. 


A Monstre  le  corps  de  la  matrice. 

B Le  testicule. 

C Le  col  de  ladite  matrice,  auquel  la  pe- 
tite tumeur  estoit  contenue. 

D L’extremité  du  col  de  la  matrice  séparé, 
ensemble  les  vaisseaux  par  lesquels 
ladite  matrice  estoit  nourrie. 

E Le  lien. 

FFF  Les  vaisseaux  espandus  dans  la  ma- 
trice. 

• 

1 Cette  histoire  a été  racontée  avec  tous 
les  détails  qu’on  vient  de  lire  dans  l’édition 
de  1575.  Mais  en  1573  la  malade  vivait  en- 


Fiyure  de  la  matrice  ouuerte. 


AA  Monslrent  le  dessus  du  corps  de  la 
matrice. 

BBBB  L’espaisseur  du  corps  de  la  matrice. 
C La  Mole. 

DD  La  cauité  en  laquelle  ladite  mole  es- 
toit contenue. 

Rembert  Dodonay  médecin,  en  ses 
Observations  médicinales , chapitre 
49,  dit  s’estre  trouué  vne  mole  à vne 
vefue,  laquelle  estoit  presque  de  la 
longueur  d’vn  pied,  large  de  demy 
pied,  et  espaisse  de  quatre  doigts  '. 

Aussi  il  aduient  à quelques-vnes, 
qu’elles  ne  la  portent  qu'vn  mois  ou 
deux,  ou  plus,  ou  moins , et  alors 
qu’elle  estiettée  hors,  les  femmes  la 

core,  et  conséquemment  l’observation  était 
beaucoup  plus  courte.  La  voici  : 

« La  femme  de  Guillaume  Roger,  maistre 
potier  d’estain,  demeurant  rue  Sainct-Vic- 
tor,  a vne  molle  depuis  sept  ans  ( cette  date 
s’accorde  mal  avec  celle  du  texte  actuel  ),  en 
laquelle  on  trouue  tous  les  signes  cy-dessus 
cscriptz,  et  a le  ventre  grand  et  dur  à mcr- 
ueilles,  comme  si  elle  estoit  grosse  de  plu- 
sieurs enfans,  si  bien  que  quelques  méde- 
cins voiant  les  mois  passés  de  sa  grossesse, 
l’ont  traictee  comme  hidropique,  toutefois 
n’ont  sceu  rien  gaigner  sur  l’erifleure  de  son 
ventre,  et  demeure  touiours  en  vn  mesme 
estât. » 

■ Cette  citation  a été  intercalée  ici  en  1585. 


DE  LA  GENERATION. 


nomment  mauuais  germe.  Il  s’en  est 
trouné  autresfois  (leux  ou  trois  sépa- 
rées l’vne  de  l’autre. 

Autresfois  il  s’en  est  veu  de  liées  et 
attachées  auec  vu  fœtus  bien  formé, 
comme  raconte  Valeriola  de  sa  femme 
qui  ietla  une  mole  qu’elle  auoit  porté 
douze  mois,  à laquelle  estoit  lié  vn 
fœtus  de  quatre  mois,  auquel  ladite 
mole  luy  fit  tort,  luy  ostant  sa  nour- 
ture,  et  ne  pouuoit  auoir  assez  de 
place  pour  aller  au  terme  de  sa  ma- 
turité. Or  c’est  chose  toute  asseurée 
que  ceste  mole, comme  une  ineschante 
et  cruelle  beste,  tue  tousiours  le  fœ- 
tus auec  lequel  elle  est  liée 1. 

11  me  souuient  auoir  ouuert  vne 
femme,  laquelle  mourut  parce  qu’elle 
auoit  vne  mole  de  la  grosseur  d’vn 
œufd’oye,  que  Nature  vouloit  ietter 
hors,  et  ne  put,  et  demeura  et  se 
pourrit,  dont  la  mort  s’ensuiuit. 

Auicenne  dit  que  la  femme  a des 
douleurs  comme  si  elle  vouloit  ac- 
coucher, et  iette  vne  masse  de  chair 
sans  forme.  Autres  ne  iettent  que  seu- 
les ventosités  sortans  par  le  col  de  la 
matrice  auecques  bruit  et  son,  qui  a 
esté  cause  qu’on  dit  telles  femmes 
auoir  accouché  d’vn  pet  2. 

Or  pour  conclusion,  quand  la  fem- 
me pense  estre  grosse,  et  qu’on  voit 
passer  le  temps  d’enfanter,  faut  con- 
clure que  ce  n’est  enfant  : et  partant 
faut  remedier  à la  faire  ietter  hors, 
s’il  est  possible,  ce  qui  est  contre  na- 
ture3. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 

* Ce  paragraphe  a été  également  ajouté 
en  1575.  Au  reste  on  voit  que,  pour  Paré 
comme  pour  tous  les  auteurs  de  son  temps, 
on  comprenait  sous  le  nom  de  môle  toutes 
les  tumeurs  de  la  matrice  qui  n'aboutis- 
saient pas  à l’accouchement;  ici  même  il  y 
rattache  la  tympanite  utérine. 

3 Ces  mots,  ce  qui  est  contre  nature,  man- 


727 

La  mole  adhéré  quelquesfois  si  es- 
troiteinent  aux  cotylédons  de  la  ma- 
trice, qu’elle  se  rend  sociable  à icelle, 
en  sorte  qu’elle  n’en  peut  estre  sépa- 
rée, qui  est  cause  qu’elle  y demeure 
toute  la  vie  de  la  femme.  Hippocra- 
tes appelle  telle  mole,  mole  viuante. 
Le  plus  souuent  y est  attachée  lege- 
rement,  et  parce  elle  tombeau  trois, 
quatre,  cinq,  sixième  mois  : Hippo- 
crates appelle  telle  mole,  auortanle  : 
il  aduient  qu’elle  est  seule,  et  quel- 
quesfois plusieurs  sont  moins  dange- 
reuses qu’vne  toute  seule.  Souuent 
on  trouue  des  moles  auec  des  enfans, 
quelquesfois  y sont  attachées,  quel- 
quesfois non  L 


CHAPITRE  XLII. 

CVRE  DE  LA  MOLE  LORS  QV’ELLE  n’EST 
PAS  ENCORE  TROP  GROSSE. 

L’on  ordonnera  à la  femme  choses 
qui  prouoquent  les  fleurs,  et  qui  font 
ietter  l’arriere-faix  et  l’enfant  mort  : 
quelles  choses  sont  les  trochisques  de 
myrrha,  les  herraodattes,  et  autres 

qaent  dans  l’édition  de  1573,  et  ne  se  lisent 
qu’à  partir  de  1579.  Ils  rendent  le  sens  fort 
obscur  de  prime  abord  ; pour  le  bien  com- 
prendre, il  faut  être  averti  que  le  pronom 
la  se  rapporte  à la  femme , comme  s’il  y 
avait  : à luy  faire  ietter  hors,  etc. 

1 Tout  ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1585, 
avec  ce  titre  en  italique  : Prognostic.  J’ai 
retranché  ce  titre,  qui  ne  convient  nulle- 
ment au  texte  qu’il  précédait. 

On  peut  remarquer  que  Paré  y revient  sur 
une  idée  qu’il  avait  déjà  émise  plus  haut, 
la  coexistence  d’un  fœtus  avec  une  môle. 
Peut-être  son  attention  avait-elle  été  ré- 
veillée sur  ce  point  par  un  fait  dont  il  fut 
témoin  un  peu  avant  sa  quatrième  édition , 


720  le  D1X-HV1TIÉME  LIVRE 


semblables  : les  parties  estant  tous- 
iourspremierementfomentées  decho- 


et  que  toutefois  il  n’a  pas  même  mentionné 
dans  ses  écrits.  On  le  lit  dans  l 'Heureux  ac- 
couch.  de  Guillemeau,  liu.  n,  ch.  27;  le  cha- 
pitre est  intitulé,  De  l’arrierefais  retenu  apres 
que  la  mere  est  deliuree  de  son  enfant;  et 
Guillemeau  semble  attribuer  la  tumeur 
dont  il  va  donner  l’histoire  à une  portion 
retenue  de  l’arrière-faix. 

« Marie  Beaurin,  qui  est  encore  viuante, 
femme  de  Guillaume  du  Prat,  vitrier  de- 
meurant rué  Saint  André  des  Arts,  m’en- 
uoya  quérir  il  y a vingt-six  ans  (conséquem- 
ment en  1583),  pour  me  monstrer  vne 
tumeur  grosse  comme  le  poing  et  plus,  qui 
luy  sortoit  de  sa  matrice,  laquelle  esloit 
semblable  à vne  vessie  dure  et  ferme  comme 
vn  fort  parchemin,  pleine  d'eau  assez  claire, 
dans  laquelle  l’on  sentoit  au  tact  vne  dure- 
té assez  longuette  : icelle  tumeur  ou  vessie 
se  remettoit  souuent  en  dedans  lorsque  la 
femme  estoit  situee  sur  le  dos,  sousleuant  vn 
peu  les  cuisses  et  fesses  en  haut,  et  la  pres- 
sant auec  la  main  (en  la  façon  que  l’on  re- 
met ordinairement  les  grosses  hargnes  in- 
testinales) ce  qu’elle  fit  en  ma  presence  : et 
l’ayant  interrogée  depuis  quel  temps  tel  ac- 
cident luy  estoit  suruenu,  me  respondil 
qu’il  y auoit  plus  de  deux  ans,  ce  qui  estoit 
arriué  à son  second  accouchement,  et  néant- 
moins  qu’elle  auoit  eu  depuis  six  mois  vne 
petite  fille,  laquelle  elle  nourrissoit,  mais 
que  durant  sa  grossesse  ceste  vessie  ne  luy 
tomboit  aucunement  comme  elle  faisoit  au 
precedent  sa  dite  grossesse  derniere.  le 
luy  conseillay  d’appeller  Mrs  Paré,  pre- 
mier chirurgien  du  Roy,  Coinlret,  premier 
chirurgien  de  la  Royne  Louyse  et  du  Roy 
en  son  Chastelet,  et  autres  chirurgiens  du 
Roy  et  de  Paris,  pour  iuger  ce  que  pourroit 
estre  ceste  vessie  : ils  furent  d’aduis,  apres 
l’auoir  maniée,  la  trouuant  indolente,  delà 
lier  par  en  haut,  apres  l’auoir  tiree  dehors 
le  plus  qu’il  estoit  possible,  puis  la  percer, 
ce  que  ie  fis,  laissant  le  fil  duquel  i’auois 
fait  la  ligature  longuette,  pour  le  tirer 


ses  relaschantes  et  remollientes  ' : 
pareillement  diete  tenue,  saignée, 
bains,  et  le  tout  ordonné  par  leMede- 
cin  docte  et  expérimenté.  Et  s’il  ad- 
uenoit  que  la  mole  fusl  desliée  etde- 
lachée  de  contre  la  matrice,  et  que 
Nature  ne  peust  la  ietler  hors,  le  Chi- 
rurgien situera  la  femme  en  mesme 
situation  qu’à  l’extraction  de  l’enfant, 
et  fera  tant  qu’il  la  mettra  hors  : et  la 
prendra  auec  cest  instrument  nommé 
Pied  de  griffon , lequel  s’ouure  estant 
dans  le  corps  de  la  matrice2. 

quand  il  en  seroit  besoin.  L’ouuerture  faite 
sortit  quantité  d’eau  fort  claire  et  nette,  et 
soudain  se  présenta  vn  petit  fœtus  de  la 
grandeur  d'vn  doigt  assez  ferme  et  dur,  sans 
auoir  mauuaise  odeur,  attaché  par  son  nom- 
bril, qui  estoit  gros  et  ferme  comme  vne 
petite  corde  : six  iours  apres  en  esbranlant 
ledit  fil  le  reste  sortit,  apres  l’auoir  tous  les 
iours  esbranlé  de  costé  et  d’autre,  douce- 
ment, et  ayant  fait  plusieurs  iniections 
remollientes  dedans  la  matrice,  afin  de  le 
séparer  du  lieu  où  il  estoit  attaché.  » 

Celte  observation  est  assez  singulière,  et 
il  faudrait,  pour  en  juger,  être  certain  d’a- 
bord que  Guillemeau  n’était  induit  en  er- 
reur sur  aucun  détail  par  sa  mémoire, 
après  un  intervalle  de  vingt-six  ans;  mais 
son  authenticité  admise,  elle  se  rattache 
assez  bien  à l’h  stoire  des  môles  auxquelles 
se  trouve  attaché  un  fœtus,  et  dont  Paré 
parle  dans  le  dernier  paragraphe  de  ce  cha- 
pitre. 

■ Ce  membre  de  phrase,  quelles  choses  sont 
les  trocliisques  de  niyrrlia,  etc.,  a été  ajouté 
en  157.,  avec  cette  note  marginale  : Syluius 
liure  des  mois  loue  tels  trocliisques. 

1 Je  ne  sais  à qui  appartient  cet  instru- 
ment, que  Paré  ne  revendique  point  comme 
sien,  bien  que  je  ne  l’aie  trouvé  dans  aucun 
auteur  antérieur.  Mais  le  procédé  d’extrac- 
tion des  môles, qui  ne  sont  ici  que  des  polypes 
ou  des  calculs  utérins,  revient  certainement 
à Paré,  et  il  est  juste  de  le  lui  rendre. 


DE  LA  GENERATION. 


729 


Pied  de  griffon  pour  extraire  la  mole. 


Or  il  faut  entendre  que  sans  instru- 
mensonnesçauroit  tirer  hors  la  mole, 
si  elle  est  trop  grosse,  à cause  de  sa 
rondeur,  parce  qu’il  n’y  a aucune 
prise,  et  lors  qu’on  la  veut  prendre  de 
la  main,  tourne  en  la  matrice  comme 
si  c’estoit  vne  boule  : parquoy  faut 
comprimer  le  ventre  d’vne  part  et 
d’autre,  comme  nous  auons  dit  cy- 
dessus  de  la  teste  de  l’enfant  estant 
demeurée  seule  en  la  matrice. 

Apres  l’extraction  d’icelle,  la  femme 
sera  traitée  ainsi  que  si  elle  esloit  ac- 
couchée d’vn  enfant 1 . 

Or  il  se  peut  faire  que  la  mole  et  les 
enfans  morts  dans  le  ventre  de  la 
mere,  sortent d’eux-mesmes  parpour- 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573  , et 
même  encore  en  1579.  Tout  ce  qui  suit  date 

de  1585. 


riture  : ce  qui  se  peut  prouuer  par 
Albucrasis  chap.  76.  liu.  2.  qui  dit 
auoir  veu  vne  femme  au  ventre  dela- 
quelley  auoit  vn  enfant  mort, et  néant- 
moins  ayant  conceu  et  deuenue  grosse, 
l’enfant  mourut  pour  la  seconde  fois. 
Or  long  temps  apres  il  luy  aduint 
vne  aposleme  en  l'ombilic,  et  s’enfla 
iusques  à ce  qu’estant  ouuert,  com- 
mença à ietter  de  la  boue  : dont  il  fut 
appellépouryremedier,  et  long  temps 
la  traita,  et  ne  pouuoit  consolider  ny 
raffermir  l’ouuerture  : pource  il  mit 
sur  le  lieu  quelque  emplastre  fort  at 
tractiue,  dont  à la  fin  sortit  un  os, 
dequoy  il  fust  fort  esbahi,  veu  qu’au 
ventre  il  n’y  a nul  os.  Recherchant  la 
cause,  et  pensant  à par  luy,  il  trouua 
que  c’esloit  des  os  de  l’enfant  mort. 
La  cause  de  la  maladie  estant  ainsi 
conneuë  au  vray,el  sçachant  lemoyen 
qu'il  y falloit  remedier,  il  tira  plu- 
sieurs os.  La  femme  se  portant  mieux 
a vescu  long  temps  apres,  mais  par 
l’ouuerture  sortoit  tousiours  quelque 
peu  de  boue- 

Semblablement  François  Rousset 
(homme  docte  et  bien  estimé  entre  les 
Médecins  de  Paris)  en  son  liure  de 
l’enfantement  Cœsarien  escrit , que 
Louyse  Poupart,  femme  de  maistre 
Nicolas  Seuin  dit  Champ-gasté),ielta 
son  enfant  mort,  premièrement  les 
parties  plus  molles  par  le  col  de  sa 
matrice  : les  os  se  desmirent  là  dedans 
auec  le  temps,  et  percerent  la  matrice 
sur  le  derrière  vers  le  gros  intestin, 
de  sorte  qu’elle  commença  peu-à-peu 
à les  vuider  par  le  siégé  allant  à ses 
affaires,  et  entre  autres,  vn  os  de  la 
iambe  : ayant  long  temps  langui,  elle 
mourut.  Elle  fut  ouuerte par  maistre 
Florent  Philippes  et  Michel  Picard  , 
lesquels  ne  trouuerent  leansqu’osse- 
mens  pourris,  et  principalement  ceux 
de  la  teste,  auec  grande  admiration 


J 


700  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE 


d’auoir  peu  tant  subsister  en  ceste 
pourriture. 

Pareillement  ledit  Rousset  fait 
mention  d’vne  femme  de  Bruxelle, 
laquelle  n’auoit  sceu  accoucher.  Les 
chairs  et  parties  molles  de  l’enfant 
eslans  vuidées  en  pourriture  par  em- 
bas , les  os  se  sentoient  croquetter 
(qu’on  remarquoit  à la  main)  sous 
l’epigastre,  sans  guere  empescher  les 
actions  de  la  femme,  pour  y estre  de- 
sia  la  treiziéme  année,  qui  ne  pou- 
uoit  estre  sansauoir  percé  la  matrice, 
laquelle  neanimoins  estoit  guarie 
comme  il  falloit  bien  : parce  qu’il 
n’en  sortoit  point  de  boué  par  embas, 
et  aussi  qu’elle  estoit  réglée. 

Aussi  ledit  Rousset  recite  d'vne 
femme  nommée  Catherine  des  Fiefz, 
dame  d’Onsy  près  Milly,  laquelle 
porta  vn  enfant  mort  en  son  ventre 
quinze  mois  : elle  ietta  les  parties 
molles  par  le  col  de  la  matrice  par 
pourriture,  les  osy  demeurans.  En  fin 
elle  mourut,  et  fut  ouuerte  par  Luc 
Champenois  et  laques  Dazier,  bar- 
biers à Milly,  és  présences  des  sieurs 
de  Verteau  et  la  Gaigniere,  auec  plu- 
sieurs autres  : et  fut  trouué  en  icelle 
force  boué, et  point  de  matrice,  et  tous 
les  os  d’vn  enfant,  quelques-vns  tous 
pourris,  les  autres  entiers.  Et  entre 
iceuxl’vne  de  ses  clauicules  ayant  ja 
percé  et  corrodé  le  péritoine  et  les 
muscles  du  ventre,  n’y  restoit  plus 
que  le  cuir  qu’il  n’apparust  dehors 
par  le  côté  senestre  desia  tout  liuide: 
lequel  auoit  long  temps  esté  pris 
pour  vn  scirrhe  de  ralte.  Il  recite  plu- 
sieurs autres  histoires  , que  l’on  peut 
lire  dans  son  liure  de  l’enfantement 
Cœsarien. 


CHAPITRE  XL11I. 

DE  LA  STERILITE  , OVI  EST  DEFAVT 

d’engendp.er  AVX  HOMMES,  DE  LEVR 

1MPVISSANCE  , DE  FROID VRE  ET  MA- 
LEFICE. 

Les  causes  de  la  stérilité  aux  hom- 
mes sont  plusieurs,  à sçauoir  quand 
leur  semence  est  trop  chaude,  ou  trop 
froide,  trop  seiche,  ou  trop  humide 
et  fluide,  qui  fait  qu’elle  s’escoule  su- 
bit de  la  matrice,  comme  celle  des 
vieilles  gens,  et  des  ieunes  qui  sont 
en  trop  bas  aage  : ou  à cause  du  trop 
frequent  coït,  qui  rend  la  semence  de- 
bile  et  indigeste  et  corrompue  : et 
partant  pour  engendrer,  il  faut  par 
quelque  temps  s’abstenir  du  coït. 

Partant  il  ne  faut  assaillir  son  es- 
pouse  trop  souuent  : car  ce  faisant  la 
semence  n’a  loisir  d’estre  bien  cuite, 
et  elabourée  et  parfaite,  dont  elle 
n’est  fécondé  à génération.  Car  toute 
semence  n’est  pas  conuenable  à faire 
enfans  : il  y faut  deux  conditions  ne- 
cessaires, l’vne  qu’il  y en  ait  en  bonne 
quantité,  l’autre  qu’elle  soit  bien 
cuite,  et  digeste,  espaisse  et  gluante, 
pleine  d’esprits  fretillans  : ces  deux 
choses  manquent  à ceux  qui  retour- 
nent trop  souuent.  Et  ceux  qui  vont 
médiocrement, font  amas  de  semence 
qui  se  rend  parfaite  en  bonté.  Pareil- 
lement la  femme  de  son  costé  amasse 
beaucoup  de  semence,  qui  la  cha- 
touille et  la  fait  desirer  la  compagnie 
de  son  mary  plus  beaucoup  que  quand 
il  la  connoist  souuent  : ce  qu’on  voit 
par  expérience,  quand  le  mary  a esté 
en  vn  long  voyage,  que  la  femme  de- 
uiendra  soudain  grosse,  pourueu  qu’il 
ait  gardé  loyauté  à sa  compagne,  la- 
quelle l’ayant  attendu  aussi  longue- 


DE  LA  GENERATION. 


ment,  en  est  friande  et  affamée  : et 
qu’au  reuoir  apres  long-  temps, il  sem- 
blese  faire  l’amour  comme  le  iour  des 
nopces,  où  il  se  fait  vn  combat  auec 
grande  effusion  de  sang  blanchi,  qui 
est  la  matière  de  faire  petites  créatu- 
res de  Dieu1. 

Et  lorsque  la  semence  de  l'homme 
est  trop  chaude  ou  froide,  la  femme 
en  pourra  bien  iuger,  la  sentant  fort 
chaude  et  acre,  ou  trop  froide  et 
aqueuse,  laquelle  est  iettée  tardiue- 
ment,  au  contraire  de  la  chaude  qui 
est  iettée  promptement.  Que  si  telle 
semence  n’est  du  tout  inféconde,  en- 
gendrera plustost  vne  femelle  qu’vn 
masle. 

Semblablement  apres  l’incision  de 
la  pierre,  quelques-vns  demeurent 
stériles. 

Pareillement  pour  auoir  receu  quel- 
que playe  derrière  les  oreilles,  qui 
aura  coupé  certains  rameaux  des  vei- 
nes et  arteres  iugulaires  : laquelle  sec- 
tion apres  estre  cicatrisée,  fait  ceste 
voye  solide  par  la  cicatrice,  de  façon 
que  la  matière  de  la  semence  ne  peut 
descendre , et  priue  les  testicules  de 
la  communication  du  cerueau,  de 
sorte  qu’ils  ne  peuuent  receuoird’i- 
celuy,  ny  l’esprit  animal,  ny  la  ma- 
tière, dont  le  reste  de  la  semence  est 
debile  et  en  trop  petite  quantité,  et 
par  conséquent  inféconde. 

Les  hommes  chastrés  ne  iettent 
point  de  semence,  à cause  que  les  tes- 
ticules leur  manquent  : ny  aussi  ceux 

* Voici  un  paragraphe  qui  peut  assez  bien 
soutenir  la  comparaison  avec  le  fameux 
chapitre  4.  Or  je  remarquerai  que  ce  para- 
graphe manque  en  1573,  et  n’a  été  ajouté 
qu’en  1579;  en  sorte  qu’il  serait  permis  de 
présumer  qu’il  aurait  été  inspiré  à notre 
auteur  par  son  voyage  à la  Cour  de  Lor- 
raine, qui  lui  fit  quitter  sa  nouvelle  femme 
entre  1575  et  1579. 


73i 

à qui  on  les  a tors  et  comprimés  par 
violence,  parce  que  la  voye  de  la  se- 
mence est  bouchée  par  vn  callus,  qui 
fait  qu’elle  ne  peut  estre  iettée  hors  ; 
toutesfois  iettent  l’humeur  visqueux 
contenu  aux  glandes  prostates,  et  le 
iettant  sentent  plaisir. 

Pareillement  par  plusieurs  indispo- 
sitions de  la  verge,  aduient  stérilité  à 
l’homme, comme  si  elle  est  trop  cour- 
te, ou  par  trop  enorme,  soit  en  gros- 
seur ou  longueur,  qui  blesse  la  fem- 
me et  luy  prouoque  quelquesfois 
flux  de  sang,  principalement  auxieu- 
nes,  de  sorte  qu’elles  ne  peuuent  iet- 
ter  leur  semence  : car  en  lieu  d’auoir 
plaisir  et  délectation,  souffrent  dou- 
leur. Or  si  le  vice  vient  de  la  trop 
grande  longueur  de  la  verge,  il  leur 
faut  bailler  vn  bourrelet,  à fin  qu’elle 
n’entre  si  profondément,  et  sera  de 
telle  grosseur  qu’il  sera  besoin,  à ce 
que  la  femme  ne  sente  douleur  *. 

D’auanlage,  stérilité  vient  parce 
que  la  verge  est  tortue,  pour  la  brief- 
ueté  du  ligament  (qu’on  appelle  le  fi- 
let) qui  la  lient,  de  sorte  qu’en  l’erec- 
tion  d’icelle  ne  se  tient  droite,  mais 
courbée,  de  façon  qu’il  ne  se  peut 
faire  intromission. 

Semblablement  il  se  trouue  quel- 
ques-vns qui  n’ont  point  le  trou  au 
bout  de  la  verge,  mais  ils  l’ont  des- 
sous, à cause  de  quoy  ils  ne  peuuent 
engendrer,  parce  que  ceste  imperfec- 

’ Ce  sont  là  des  détails  d’hygiène  sur  les- 
quels nos  auteurs  modernes  n’oseraient  in- 
sister. Il  faut  remarquer  que  Paré  les  avait 
d’abord  donnés  comme  une  chose  toute 
simple,  et  ou  il  n’avait  besoin  de  s’appuyer 
d’aucune  autorité;  mais  en  1579  il  trouva  à 
propos  de  citer  en  marge  Syluius  liu.  de  la 
génération ; et  dans  la  première  édition 
i posthume  il  cita  Gourdon  à la  suite  de  Syl- 
I vius. 


n?>'2  LE  DIX-HVITIEME  LIVRE 


tion  les  empesche  de  ietter  la  semence 
droit  en  la  matrice. 

Aussi  par  vne  paralysie  particulière 
de  la  verge  peut  venir  stérilité  qui  se 
connoistra  faisant  tremper  les  parties 
génitales  en  de  l’eau  froide,  et  si  elles 
ne  se  retirent,  c’est  signe  qu’il  y a pa- 
ralysie à la  partie  : car  en  telles  ma- 
ladies les  parties  ne  se  retirent  point, 
mais  demeurent  tousiours  laxes  et 
molles, et  y a quelquesfois  peu  de  sen- 
timent : ioint  que  lasemence  sort  sans 
que  la  verge  se  dresse,  et  sans  nul 
plaisir,  et  les  testicules  sont  froids  au 
tact 

Bref  les  causes  de  l’impuissance 
d’engendrer  viennent  ou  du  defaut  de 
suffisante  et  bonne  nourriture,  com- 
me on  voit  és  hectiques,  émaciés  et  ca- 
chectiques, ou  d’inlemperie,  comme 
en  ceux  qui  sont  trop  chauds  ou  trop 
froids,  ou  de  vice  de  conformation. 
On  peut  aider  à ceux  qui  sont  de  na- 
ture trop  froide , en  leur  ordonnant 
electuaires  chauds  de  diasatyrion  et 
diatrium  piperum  : aussi  viandes  tel- 
les qui  s’ensuit,  à sçauoir,  pigeon- 
neaux, passereaux,  perdreaux , le- 
ureaux,  haitoudeaux,  œufs  frais  et 
mollets,  testicules  et  crestes  de  coq  : 
aussi  le  membre  génital  d’un  tau- 
reau et  testicules  de  sanglier  ont 
très  grande  vertu  : ris  cuit  auec  laict 
de  vache,  adioustant  saffran,  canelle, 
clou  de  girofle,  muguetle,  poiure,  as- 
perges cuites  auec  vu  bon  bouillon, 
mangées  auec  beurre  frais,  et  pou- 
dre de  duc.  Aussi  nauets  et  raues  cuits 
en  bouillon  gras  auec  vn  peu  de  poi- 
ure, marrons,  truffes,  porreaux,  oi- 
gnons, ciboulles,  muguetles.  menthe, 
rocquette,  pignons,  pistaches,  saty- 
rion,  erynge  et  persil.  Et  pour  le  dire 

* L’édition  de  1573  porte  ici  en  marge 
cette  note  curieuse  : TVotez  bien. 


en  vn  mot,  toutes  viandes  qui  engen- 
drent esprit  venteux:  et  boiront  d’vn 
vin  genereux,  ou  hippocras,  ou  mal- 
uoisie,et  tout  en  quantité  médiocre'. 

Pour  les  remedes  extérieurs  : Pre- 
nez huile  de  suzeau2,en  laquelle  ferez 
infuser  des  fourmis,  et  en  frotterez 
les  reins  et  parties  génitales. 

Autre.  Prenez  œufs  de  fourmis,  et 
les  faites  bouillir  en  huile  de  camo- 
mille, et  y mettez  poudre  de  semence 
de  ciboulles,  de  rocquette,  d’euphor- 
be, et  casloreum,  cire  tant  qu’il  suf- 
fira, et  soit  fait  onguent,  duquel  en 
frotterez  comme  dessus. 

Si  la  femme  est  froide  au  déduit, 
elle  se  frottera  le  col  de  sa  matrice 
d’ambre,  ciuette  et  musc.  L’homme 
pareillement  se  frottera  la  verge  de 
poudre  de  pyrethre,  de  poiure,  mix- 
tionnés  auec  miel  : et  cecy  eschauf- 
fera  la  matrice  trop  refroidie 3. 

Retournons  sur  nos  brisées.  Ceste 
derniere  cause  esi  bien  difficile  à cu- 
rer, principalement  si  elle  gist  en 
défectuosité4. 

Il  y a d’autres  defauts  et  maléfices 
és  parties  génitales  aux  hommes,  qui 
se  font  par  incantation  qui  les  rend 
inféconds , comme  leur  auoir  noüé 
l’aiguillette,  et  fait  d’autres  charmes 
que  ie  ne  puis  dire  ny  escrire 5,  par  la 
vertu  desquels  est  restrainte  si  fort 

■ Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  157..  mais 
largement  amplifié  en  1585. 

2 Probablement  huile  de  sureau. 

3 Toutes  ces  prescriptions  de  remèdes  ex- 
ternes depuis  ces  mots  : Pour  les  remedes 
extérieurs,  ont  été  ajoutées  en  1585. 

4 Ce  paragraphe  est  de  1575;  il  paraît  ce- 
pendant se  rapporter  au  texte  de  1573,  c’est 
à savoir  à l’impuissance  provenant  de  para- 
lysie de  la  verge. 

5 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  le 
reste  du  paragraphe  est  de  1575  ; et  le  para- 
graphe final  de  1579. 


DE  LA.  GENERATION. 


la  vertu  naturelle  d’engendrer,  qu’il 
leur  est  du  tout  impossible  pouuoir 
seruir  de  maris  aux  femmes  pour  cer- 
tain temps,  qui  a esté  autresfois  cause 
que  les  mariages  ont  esté  séparés. 
Qu’il  soit  vray,  les  Canonistes  ont  es- 
tabli  loy  sur  ce  fait,  ayant  dressé  vn 
titre  particulier,  Des  froids,  male  fie  tes, 
impôt ens  et  ensorcelés. 

Il  ne  faut  douter  qu’il  n’y  ail 
des  sorciers  qui  noüent  l’aiguillette 
à l’heure  des  espousailles  1 , pour 
empescher  l’habitation  des  mariés , 
desquels  ils  se  veulent  venger  mes- 
cbantement  pour  semer  discorde  , 
qui  est  le  vray  mestier  et  office  du 
diable.  Or  pour  vray  sainct  Augus- 
tin, entre  les  moyens  de  nuire  qu’il 
a remarqué  estre  aux  sorciers , il 
speciGe  les  ligatures  au  septième 
traité  sur  l’Euangile  sainct  Iean  : dont 
nouer  l’aiguillette  est  vne  espece  de 
ligature.  Il  sera  cy  apres  plus  ample- 
ment déduit  de  ces  sorciers,  parlant 
de  l’art  Magique. 


CHAPITRE  XLIV. 

DE  LA  STERILITE  OV  FECONDITE  DES 
FEMMES. 

Les  femmes  sont  dites  slcriles,  lors- 
qu’elles ne  peuuent  monslrer  le  ta- 
lent de  mariage,  et  demeurent  sans 
lignée  (qui  est  contre  leur  désir)  pour 

1 Voici  l’un  des  exemples  où  Paré  semble 
avoir  oublié  son  excellent  jugement.  On  di- 
rait cependant  qu’il  y a eu  en  lui  une  sorte 
de  lutte,  lorsqu’il  écrivait  en  1579  cesmots: 
Il  ne  faut  douter  ; car  dans  la  même  édition, 
et  pour  ainsi  dire  de  la  même  plume,  il  ajou- 
tait en  marge  •'  Ceci t surpasse  l’esprit  de  l’au- 
teur. Mais  le  texte  affirmatif  n’en  a pas  moins 
subsisté,  avec  la  note  contradictoire,  dans 
toutes  les  éditions  postérieures. 


733 

rendre  leur  nom  immortel  : ou  bien 
cela  se  fait  quand  la  voye  de  la  se- 
mence est  bouchée1,  ou  le  col  de  la 
matrice  est  trop  estroit  de  nature, par 
le  defaut  de  la  vertu  formatrice  : ou 
quelquesfois  est  clos  d’vne  membrane 
appellée  Hymen,  dont  nous  parlerons 
cy  apres  : ou  par  accident,  comme 
par  quelque  tumeur  scirrheuse,  ou 
par  vne  vlcere  qui  a fait  cicatrice, 
qui  ne  permet  l’intromission  de  la 
verge:  aussi  par  quelques  verrues  ou 
scissures,  et  rhagadies  : ou  que  sa  ma- 
trice est  trop  lubrique  et  dilatée  : ou 
que  ses  mois  sont  retenus,  ou  qu’ils 
fluent  dereglément  et  immodérément, 
qui  font  couler  la  semence  auec  le 
sang  : ou  par  vn  flux  muliebre,  qui 
vient  du  vice  de  la  matrice,  ou  de 
tout  le  corps 2.  Tels  accidens  viennent 

1 Dans  l’édi lion  de  157.3,  le  chapitre  com- 
mençait ainsi  : La  femme  est  inféconde  quand 
la  voie  de  la  semence  est  bouchée,  etc.  Le 
texte  est  resté  le  même  en  1575  et  1579;  et  la 
nouvelle  rédaction  date  seulement  de  1585. 

Du  reste,  dans  toutes  les  éditions  on  lit  en 
marge  une  note  ainsi  conçue  : 

Les  femmes  qui  ne  portent  point  d’enfans 
sont  appelées  stériles  ou  brahengnes. 

Ce  dernier  mot  a été  conservé  pour  cer- 
taines familles  d’animaux  que  l’on  appelle 
brehaignes. 

5 A partir  de  cet  endroit  jusqu’à  la  fin  du 
quatrième  paragraphe,  le  texte  a été  rema- 
nié en  1 585  ; la  rédaction  de  1 573 , conservée 
encore  en  1579,  étaitbeaucoupplus  concise  : 

« Il  y a encore  d’autres  dispositions  de  la 
matrice,  comme  inlemperatures  chaudes  , 
froides,  secbes  , humides  : les  froides  et 
humides  suffoquent  la  semence  qui  ne  peut 
demeurer,  mais  decoulle  incontinent,  et  les 
chaudes  et  secbes  la  corrompent  par  faute 
de  nourriture.  Exemple  si  on  seme  en  vne 
terre  palustre  ou  sablonneuse  , rien  n’y  sera 
produict,  aussi  les  femmes  trop  ardentes  au 
ieu  des  dames  rabatues  ne  souuent  con- 
çoiuent,  parce  que  leur  semence  est  trop 
chaude,  et  partant  elle  s’estainct  : aussi 


I,E  DIX-HVÏTIÉME  LIVRE, 


?34 

à cause  que  la  matrice  est  trop 
chaude,  à raison  de  quoy  résout,  dis- 
sipe la  semence , et  la  brusle.  Telle 
chaleur  se  connoist  aux  femmes  hom- 
masses  et  viragines  , barbues,  hau- 
taines et  félonnes,  qui  ont  la  voix 
grosse,  lesquelles  sentent  des  clia- 
toüillemens  et  titillations  veneriennes 
en  leurs  parties  honteuses,  auec  ar- 
deur et  grand  prurit,  et  ont  leurs 
mois  auec  peine,  et  en  petite  quantité, 
et  quelquesfois  point  : d’autant  que 
leur  grande  chaleur  dissipe  le  sang. 

La  stérilité  vient  aussi  par  trop 
grande  frigidité,  qui  congele  et  as- 
treint la  semence  qu’elle  aura  receuë 
Telle  iutemperature  se  connoist  en  ce 
que  la  femme  n’a  aucun  désir  du  dé- 
duit de  Venus , au  contraire  le  fuit 
et  abhorre  du  tout:  elle  n’a  ses  fleurs 
que  bien  peu,  encor  toutes  aqueuses 
et  blafardes  : aussi  elle  sent  vne  stu- 
peur aux  lombes  et  cuisses , et  en 
toutes  les  parties  génitales. 

La  matrice  trop  humide  corrompt 
et  suffoque  la  semence,  et  ne  la  peut 
tenir  à cause  de  sa  grande  lubricité,  et 
la  laisse  incontinent  escouler.  Les 
signes  sont  pesanteur  aux  lombes  et 
parties  génitales  : et  a ses  fleurs  en 
abondance, et  toutes  aqueuses  etblan- 
chastres. 

La  matrice  trop  seiche  consomme 
et  deuorc  la  semence , et  ne  se  peut 
agglutiner  à raison  de  sa  trop  grande 
seicheresse  et  densité.  Pareillement 
la  femme  trop  maigre  ne  peut  conce- 
uoir  si  elle  n’est  engressée. 

Aussi  le  trop  boire  d’eau  froide,  et 
manger  fruits  cruds  et  non  meurs, 
parce  qu’ils  rendent  le  corps  froid,  et 
plein  de  superfluités  indigestes , qui 

vne  mole,  vne  procidance  de  la  matrice, 
sont  cause  de  stérilité.  La  femme  trop  mai- 
gre ne  peut  conceuoir , etc.  » 


font  obstruction.  Pareillement  pour 
vser  de  choses  narcotiques , parce 
qu’elles  empeschent  que  la  semence 
ne  peut  estre  iettée,  mais  demeure 
concrette  et  glacée:  etencores  qu’elle 
soit  iettée , 11e  pourra  estre  genera- 
tiue,  parce  que  l’esprit  et  la  chaleur 
sont  aucunement  esteints,  c’est  à dire 
sans  vie  : et  aussi  que  les  orifices  des 
veines  et  artères  de  la  matrice  appe- 
lés cotylédons,  sont  bouchés,  telle- 
ment que  les  mois  11e  peuuent  aucu- 
nement couler. 

D’auantage  quand  l’homme  est 
trop  gras  et  fessu , ou  la  femme , ou 
tous  les  deux  ensemble,  cela  est  cause 
de  stérilité  : parce  que  les  parties  gé- 
nitales ne  peuuent  ioindre  et  conue- 
nir  ensemble , pour  la  trop  grande 
multitude  de  la  gresse  qui  enfle  le 
ventre,  voire  quelquesfois  de  demy- 
pied  ou  plus,  et  aussi  que  le  sang  est 
employé  en  la  gresse,  et  partant  ils 
engendrent  moins  de  semence  et  de 
sang  menstruel.  Car  la  génération  et 
formation  de  l’enfant  prend  son  ori- 
gine de  deux  choses  : la  première  est, 
de  la  semence  de  l’homme  et  de  la 
femme  : la  seconde  est  du  sang 
menstruel  et  esprits , qui  donnent 
forme , inatiere  et  nourriture  à l’en- 
fant estant  au  ventre  de  sa  mere  : et 
partant  ceux  qui  sont  ainsi  gras  ap- 
petent  moins  Venus,  et  bien  à tard  en 
vsent. 

Semblablement  le  grand  trauail  ex- 
cessif , et  le  trop  ieusner , longues 
veilles,  et  grandes  euacualions, parce 
qu’elles  consument  le  sang  et  les  es- 
prits. 

Les  femmes  pâlies  et  maigres , et 
qui  sont  brunettes,  sont  plus  chaudes 
et  plus  auides  de  la  compagnie  de 
leurs  maris  que  les  grasses  et  rouges 
de  visage  : parce  qu’elles  ont  leurs 
parties  génitales  imbues  d’ vn  humeur 


DE  LA  GENERATION. 


salsugineux , acre,  et  mordicant1, 
qui  les  titille  et  aiguillonne,  et  pource 
demandent  d’estre  arrousées  et  hu- 
mectées du  suc  venerique  : mais  celles 
qui  sont  grasses  et  rouges  de  visage , 
pour  autant  qu’elles  sont  plus  humi- 
des , et  par  conséquent  leur  semence 
plus  aqueuse  et  plus  froide  , aussi 
sont-elles  moins  ardentes  à l’acte  ve- 
nerique 2 3. 

La  multitude  des  poils  qui  sont  au- 
tour des  parties  honteuses , tant  de 
l’homme  que  de  la  femme,  monstrent 
souuent  la  fécondité  ou  infécondité  ’6. 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot , Hippo- 
crates, liure  1.  De  morbis  rnulierum, 
remarque  quatre  causes  generales, 
pour  lesquelles  les  femmes  sont  sté- 
riles et  inhabiles  à engendrer  : ou 
pource  qu’elles  ne  peuuent  receuoir, 
comme  les  non  perforées,  la  semence 
virile  : ou  pource  que  l’ayant  receuë, 
elles  ne  la  peuuent  conceuoir  : ou 
pource  que  l'ayant  conceuë  , ne  la 
peuuent  porter  et  retenir  : ou  pource 
que  l’ayant  retenue , ne  la  peuuent 
nourrir. 

Quelques  femmes  portentplusieurs 
enfans , ce  qui  se  vérifie  par  ces 
histoires.  Monsieur  Ioubert , homme 
d’honneur  et  de  grande  érudition 
(voire  que  les  chirurgiens  luy  sont 
grandement  redeuables  pour  plu- 
sieurs liures  qu’il  a mis  en  lumière  de 
la  chirurgie)  recite  deux  histoires, 
lesquelles  sont  tirées  de  son  liure  de 
mot  à mot 4 *. 

1 Galien  fait  mention  de  cest  humeur  sal- 
sugineux  li.  14.  cha.  9.  de  vsu  parlium.  Arist. 
en  ses  Probl.  sect.  de  la  stérilité,  probl.  3. 
et  4.— A.  P. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 

3 Le  chapitre  finissait  ici  en  1573  ; le  reste 
est  de  1579. 

4 Au  liure  des  erreurs  populaires.  — A.  P. 

— La  première  partie  de  ce  livre  deJou- 


735 

Mademoiselle  de  Beauuille  avoit 
vne  garce  belle  et  gaillarde,  de  la- 
quelle son  mary  sembloitestre  amou- 
reux. Elle  pour  s’en  défaire  plus  hon- 
neslement.la  marie.  Ceste  garce  de  la 
première  grossesse  fait  trois  enfans, 
dequoy  la  damoyselle  print  fantasie 
que  son  mary  y auoit  participé  : ne 
se  pouuant  persuader  qu’vne  femme 
d’vn  seul  homme  peust  conceuoir  tel 
nombre  d’enfans,  dont  elle  redouble 
sa  ialousie  : et  quoy  qu’on  lui  sceusl 
remonstrer  au  contraire,  print  à diffa- 
mer et  haïr  d’auantage  la  pauure 
garce.  Aduint  que  la  demoiselle  fut 
grosse  de  là  à quelque  temps  : estant 
grosse  elle  enfanta  neuf  filles.  Ce 
qu’on  interpresta  estred’vne  punition 
de  Dieu,  à fin  qu’elle  eust  honte  de 
sa  calomnie,  puis  qu’on  luy  pouuoit 
obiecter  vne  plus  grande  faute, 
comme  d’auoir  paillardé  auec  plu- 
sieurs : car  elle  soustenoit  lousiours 
opiniastrement  que  d’vn  homme  on 
11e  pouuoit  conceuoir  au  plus  haut 
que  deux  enfans,  comme  l’homme  n’a 
que  deux  genitoires  et  la  femme  deux 
mammelles.  Ainsi  fort  honteuse, 
craignant  le  diffame  et  condamnation 
par  sa  propre  sentence,  fut  tellement 
tentée  du  mauuais  esprit,  qui  la  con- 
duit à ce  desespoir  de  faire  noyer  les 
huit  de  ses  filles,  et  n’en  retint 
qu’vne  : ayant  la  chose  secrette  entre 
la  sage-femme  et  vne  chambrière  , à 
laquelle  fut  donnée  ceste  maudite 
commission.  Mais  Dieu,  qui  preserua 
le  petit  Moyse  de  semblable  meschef, 
voulut  que  le  mary  reuenant  de  la 
chasse,  rencontra  la  chambrière  , et 
descouurant  le  fait,  preserua  ses  filles 
innocentes  de  mort  : les  fit  nourrir 
au  desceu  de  la  mere,  et  au  baptesme 

bert  avait  paru  en  1570  ; la  seconde  en 
1579. 


LE  DIX-HVIT1ÉME  LIVRE, 


736 

furent  toutes  nommées  d’vn  nom,  à 
sçauoir,  Bourgue  : comme  aussi  la 
neufiéme  que  la  mere  s’estoit  reser- 
uée.  Puis  quand  elles  furent  grande- 
leltes,  les  fit  venir  en  sa  maison  tou- 
tes habillées  d’vne  estoffe  et  sembla- 
ble façon,  ayant  aussi  fait  habiller  de 
mesme  celle  de  la  maison.  Estans  mi- 
ses ensemble  dedans  vne  chambre,  il 
y fait  venir  sa  femme,  accompagnée 
de  paï  ens  communs  et  familiers  amis  : 
et  luy  dit  qu’elle  appelast  Bourgue. 
A ceste  appellation  chacune  des  neuf 
respondit.  Dequoy  la  mere  bien  es- 
tonnée,  et  plus  encore  de  les  voir 
semblables  l’vne  à l’autre , tant  de 
face,  contenance  et  voix  que  d’habits, 
fut  confuse  en  elle-mesme  : et  soudain 
le  cœur  luy  dit  que  c’estoient  ses 
neuf  filles,  et  que  Dieu  auoit  preser- 
ué  les  huit  qu’elle  auoit  exposées  et 
cuidoit  estre  mortes.  Dequoy  le  ma- 
ry l'eclaircit  mieux,  luy  reprochant 
deuant  toute  la  compagnie  son  inhu- 
manité : et  remonstrant  que  ce  pou- 
uoit  estre  aduenu  pour  la  confondre 
delà  mauuaise  opinion  quelle  auoit 
tousiours  eu  de  luy  à l’endroit  de 
ceste  garce.  Voila  à peu  près  comme 
on  le  recite. 

Autre  histoire  presque  semblable 
est  le  fait  des  Pourcelets  de  la  ville 
d’Arles  en  Prouence,  d’où  est  sortie 
la  noble  maison  des  Pourceletis,  les- 
quels furent  ainsi  nommés , parce 
que  la  chambrière  qui  portoit  noyer 
les  huit,  estant  rencontrée  du  ma- 
ry, disoii  que  c’estoient  pourcelets 
qu’elle  alloil  noyer  : d’autant  que  la 
truye  n’en  pouuoit  tant  nourrir.  Et 
en  mémoire  de  cela  ils  fuient  nom- 
més Pourcelets,  et  ont  vne  truye  pour 
armoiries.  On  dit  que  ce  fut  par  l’im- 
précation d’vne  pauure  femme  qui 
demandoit  l’aumosne  à la  dame  de 
la  maison,  ladite  femme  estant  enui- 


ronnée  de  plusieurs  siens  petits  en- 
fans.  Ce  que  la  femme  luy  reprocha, 
comme  procédant  de  lasciueté , et 
d'estre  trop  addonnée  aux  hommes. 
Lors  la  pauure  femme  qui  esloit 
femme  de  bien,  fit  ceste  imprécation 
(comme  l’on  dit)  qu’icelle  dame  peust 
engrosser  d’autant  d’enfans  qu’vue 
truye  fait  de  petits  : et  qu’il  aduint 
ainsi  par  le  vouloir  de  Dieu,  pour 
montrer  à la  noble  dame  qu’il  ne  faut 
imputer  à vice  ce  qui  est  d’vue 
grande  bénédiction. 

Ainsi  plusieurs  histoires  lesmoi- 
gnent  que  la  femme  irrégulièrement 
porte  grand  nombre  d’enfans.  A Pa- 
ris, au  cimeliere  Sainct-Innocent,  au 
ix.  pillier  de  la  grande  gallerie,  prés 
le  Sainct-Espril , est  attaché  vn  épi- 
taphe en  pierre,  tel  qui  s’ensuit. 

Cy  gisl  honorable  femme  Yollande 
Bailli,  iadis  femme  de  hunnorablc 
homme  Denys  Cayel,  procureur  en  Châ- 
telet del'aris,qui  trépassa  le  xvij.  Auril, 
l'an  mil  vc  et  xiiij.  le  88.  un  de  son 
auge,  le  xlij.  de  son  veufuage,  laquelle 
a veu,  ou  a peu  voir  deuant  son  Ires- 
pas,  295  enfans  yssus  d’elle1. 

Bodin,  liure  5.  de  la  Republique, 
récité  que  Iustin  escrit,  que  Herolhi- 
mus,  Roy  de  Parthe,  auoit  six  cens 
enfans  pour  la  pluralité  des  femmes 
qu  il  auoit  et  aimoit.  Car  pour  faire 
des  enfans,  il  faut  auoir  l’obiect,  la 
volonté  et  la  puissance,  et  que  les 
semences  se  rencontrent,  et  soient 
retenues  iusques  au  temps  prefix  en 
la  matrice. 

1 Celle  épitaphe  se  lisait  déjà  dans  l’édi- 
tion de  1573,  au  livre  Des  monstres,  p.  403; 
elle  a été  transportée  ici  dès  1579.  J’ai  cru 
devoir  rétablir  le  texte  priinililqui  a été  al- 
téré dans  les  éditions  complètes;  ainsi  cel- 
les-ci ne  donnent  pas  la  date  de  1514,  et  ne 
font  mention  que  de  deux  cens  quatre  vingts 
enfans. 


DE  la  GENERATION. 


CHAPITRE  XLV. 

les  signes  de  la  matrice  intemperée1. 

Les  signes  qui  demonstrent  la  ma- 
trice trop  chaude,  c’est  que  les  mois 
sortent  en  petite  quantité,  vne  bonne 
partie  de  leur  maliere  estant  résolue 
par  insensible  transpiration,  à cause 
de  l’actiuité  de  la  chaleur2  : le  sang 
est  gros  et  noir  (comme  ainsi  soit  que 
le  propie  de  la  chaleur  est  d’espaissir 
par  resolution  des  parties  les  plus 
ténues,  et  de  noircir  par  adustion 3 ) 
et  coule  auec  acuité  et  douleur:  la 
femme  desire  l’acte  venerien,  auec 
piompte  expulsion  de  la  semence,  ac- 
compagnée d’vne  cuiseur  et  morda- 
cilé  apres  eslre  ieltée  aux  parties  par 
où  elle  aura  passé,  à cause  de  l’acri- 
monie chaloureuse. 

Les  signes  de  la  matrice  froide  sont 
que  les  mois  sont  supprimés,  ou  sont 
rares  et  en  petite  quantité,  et  de  cou- 
leur blafarde,  et  de  tardiue  expul- 
sion, à cause  que  le  propre  de  la  froi- 
deur est  de  retenir,  comme  au  con- 
traire de  la  chaleur,  de  pousser  hors  : 
le  pareil  se  peut  dire  en  la  se- 
mence, laquelle  par  telles  femmes 
est  ieltée  auec  peu  de  plaisir  et  dé- 
lectation, et  le  linge  sur  lequel  sera 
tombée  se  laue  legerement,  à cause 
que  telle  semence  n’est  point  espaisse 


‘Les  éditions  de  1573  et  1575  portent  in- 
tempe ree  en  chaleur,  ce  qui  ne  convenait 
qu’au  premier  paragraphe  du  chapitre. 

2 Ce  membre  de  phrase,  vne  bonne  partie 
de  leur  maiiere,  etc.,  manque  en  1573. 

3 Celte  autre  espèce  de  parenthèse  expli- 
cative , comme  ainsi  soit  que  le  propre  de  la 
chaleur,  etc.,  a été  également  intercalée 
en  1575. 


7«*7 

et  corpulente,  ains  liquide  et  de  na- 
ture d’eau1. 

Le  signe  de  la  matrice  trop  humide 
est  vne  grande  humidité  coulante  du 
col  d’icelle,  qui  cause  qu’elle  ne  peut 
ictenir  la  semence  de  l’homme  : et 
s il  aduient  qu’elle  la  retienne  et  en- 
gendre enfant,  auorte  facilement, 
principalement  quand  l’enfant  com- 
mence à croistre- 

Les  signes  que  la  matrice  est  trop 
seiche  se  monslrent  par  la  petite 
quantité  de  ses  mois,  et  ietle  peu  de 
semence,  et  desire  volontiers  l’acte 
venerien  pour  estre  humectée  et  lu- 
brifiée: et  le  col  de  la  matrice  eslsu- 
iet  aux  rhagadies,  fissures  et  prurit 
( desquels  accidens  parierons  cy 
apres2)  à cause  que  par  le  defaut 
d’humidité  (le  propre  de  laquelle  est 
de  lier  et  agglutiner  les  parties  l’vrie 
auec  l’autre)  il  endure  aisément  so- 
lution de  continuité  de  sa  substance, 
tout  ainsi  que  nous  voyons  la  terre 
resseichée  par  l’ardeur  du  soleil,  se 
fendre  et  entr  ouurir  en  plusieurs  en- 
droits. 

La  femme  engendre  volontiers  sur 
le  point  qu’elle  cesse  à ietter  ses 
fleurs  (tant  parce  qu’elle  est  bien  net- 
toyée, et  parlant  apte  à bien  conce- 
uoir 3,  qu’aussi  à cause  que  l’vterus 
est  encores  ouuert,  qui  fait  qu’il  peut 
aisément  receuoir  la  semence  de 

1 Le  paragraphe  était  plus  concis  en  1573, 
et  ne  contenait  point  ces  explications  : à 
cause  que  le  propre  de  la  froideur,  à cause  que 
telle  semence,  etc. 

2 Ici  s’arrêtait  à ce  paragraphe  en  1573;  le 
reste  , qui  consiste  encore  en  une  explica- 
tion , est  de  1575. 

3 Ici  s’arrêtait  la  première  partie  de  la 
phrase  en  1573,  et  l’auteur  reprenait  immé- 
diatement : ou  lors  qui  lut)  veulent  venir,  car 
ilz  si  arreslentpar  la  vertu  de  la  semence.  Tout 
le  reste  de  la  phrase  a été  ajouté  en  1575. 


II. 


738 

l’homme,  et  mesme  que  les  bouches 
et  cotylédons  des  veines  qui  aboutis- 
sent en  iceluy  sont  encores  entr’ou- 
uertes,qui  fait  que  l’vterus  en  sa  ca- 
pacité intérieure,  aspre,  inégal  et 
comme  raboteux,  retient  commodé- 
ment la  semence  receuë)  ou  lors 
qu’elles  luy  veulent  venir,  car  elles 
s’y  arrestent  par  la  vertu  de  la  se- 
mence : combien  que  lors  y ait  dan- 
ger que  le  sang  venant  pour  son  com- 
mencement à couler  en  grand  abon- 
dance, ne  noyé  et  suffoque  la  semence 
virile.  Aussi  quelques- vnes  engen- 
drent pendant  qu’elles  coulent  en- 
core, qui  n’est  que  le  fœtus  s’en 
ressente  de  quelque  marque  sus  son 
corps , et  est  suiet  plusieurs  mala- 
dies, voire  quelquesfois  à lepre  1 : 
principalement  si  telles  femmes  sont 
cacochymes,  mal  saines  et  valétudi- 
naires : autrement  le  sang  d’vue 
femme  saine  estant  sain  et  loüable, 
ne  pourra  communiquer  aucun  vice 
ny  séminaire  de  maladie  à l’enfant, 
sinon  (peut-estre)  de  pléthore  et  re- 
pletion.  Or  il  ^se  trouue  quelques 
femmes , l’orifice  de  l’vterus  desquel- 
les se  referme  promptement  queleurs 
mois  ont  commencé  à couler,  sçauoir 
le  premier  ou  second  iour  passé,  de 
sorte  que  par  après  elles  ne  peuuent 
receuoir  la  semence  virile.  Et  à telles 
femmes,  si  elles  veulent  auoir  enfans, 
Aristote  commande  de  se  ioindre  et 
habiter  auec  leurs  maris  lors  que 
leurs  mois  coulent , car  autrement 
n’en  pourront-elles  iamais  auoir  : qui 
est  vn  point  fort  remarquable  et  digne 
de  considération  2. 

' Le  paragraphe  finissait  ici  en  1573  ; le 
reste  est  de  1575. 

= Aristote  liu.  7.  cbap.  17.  — A.  P.  — L’é- 
dition de  1575  disait  en  cet  endroit  : « Qui 
est  vu  point  fort  remarquable,  et  lequel  ignoré 
par  le  commun  des  médecins,  fait  que  soutient 


Pour  reuenir  à nostrepremier  point, 
aussi  quand  l’homme  a les  reins  vice- 
rés,  il  découlé  quelquesfois  du  sang 
auec  la  semence , qui  peut  pareille- 
ment estre  cause  de  donner  quelque 
tache  à l’enfant,  ainsi  que  fait  le  sang 
menstruel  de  la  femme. 

Or  la  femme  peut  engendrer  de- 
puis le  quatorzième  an  iusques  au 
cinquantième,  et  l’homme  depuis  le 
douzième  iusques  à soixante  et  dix  '. 
Toutesfois  touchant  cest  article  il  y a 
grande  variété  selon  la  diuersité  de 
l’air,  du  tempérament,  de  la  propre 
et  spéciale  nature  d’vn  chacun  en 
particulier,  des  humeurs , de  la  ma- 
niéré de  viure  : dont  vient  que  Pline, 
liure  7.  chapitre  14,  escrit  que  Masi- 
nissa,  roi  de  Numidie,  ayant  passé 
l’aage  de  quatre  vingls  ans,  engendra 
vn  enfant  : chose  mesme  qu’il  afferme 
de  Cato  Censorius.  Outre  entre  les 
femmes,  la  Romaine  Cornelia  à 62 
ans  auoit  enfanté.  Valesius  de  Ta- 
renla2,  liure  6.  chapitre  12,  afferme 
auoir  veu  vne  femme  qui  eut  vn  en- 
fant en  l’aage  de  soixante  sept  ans, 
icelle  mesme  en  ayant  ja  eu  à soixante 
et  soixante  et  vn. 

Monsieur  Ioubert,  très  docte  mé- 
decin , dit  qu’en  Auignon  la  femme 

ils  se  tourmentent  la  teste  et  bourrellent  la  pan- 
ure femme  stérile  en  vain  par  médicaments , 
qui  ont  vertu  de  rectifier  l'amarry,  pensants 
que  la  cause  de  leur  stérilité  dépende  de  quel- 
que intempérie  d’iceluy.  » 

1 Ici  finissait  le  chapitre  en  1573  ; la  fin  de 
ce  paragraphe  a été  ajoutée  en  1575,  et  le 
paragraphe  final  seulement  en  1585. 

a Pour  Vulescus,  autrement  Balescon. 
J’avais  dessein  d’abord  de  corriger  cette 
faute  que  j’attribuais  à l’imprimeur;  mais 
dans  toutes  les  éditions  elle  se  répète,  et 
bien  plus,  dans  le  chapitre  C4  , l’édition 
de  1585  ayant  écrit  Valescus  de  Tarante, 
l'auteur  dans  son  errata  a remis  Talesius 
de  Tarenta. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


DE  LA  GENERATION. 


d’vn  tailleur  d’habits  nommé  André, 
seruiteur  de  monsieur  de  loyeuse , 
continua  à faire  des  enfans  à l’aage 
de  soixante  et  dix  ans  *. 


CHAPITRE  XLYI. 

DE  LA  PRECIPITATION  OV  PERVERSION 
DE  LA  MATRICE  , c’EST-A-DIRE  TOMRÉE 
OV  RENVERSÉE  HORS  DE  SON  LIEV 
NATVREL  2 

La  précipitation  ou  peruersion  de 
la  matrice  aduient  quand  elle  est 
hors  de  son  propre  lieu,  comme  es- 
tant son  fond  relasché  vers  l’un  des 
flancs  etcostés,  ou  dedans  son  col,  ou 
qu’vne  grande  partie  d’icelle  sort  du 

1 Liure  2.  des  Erreurs  populaires.  — A.  P. 
— Il  y a ici  dans  l’édition  de  1579  quelque 
chose  de  fort  singulier.  Le  chapitre  qui  suit, 
et  qui  devrait  être  le  46e,  porte  le  chilfre 
de  47e;  et  la  numération  continue  ensuite 
d’une  manière  régulière,  de  telle  sorte  qu’on 
dirait  seulement  que  le  compositeur  s’est 
trompé,  et  a compté  un  chapitre  de  plus. 
Mais  à la  table  des  matières  placée  en  tête 
du  Livre  de  la  génération,  le  46e  chapitre 
est  bien  accusé;  il  a pour  titre  Remous - 
Irance  sus  les  abus  qui  se  commettent  sur  la 
procedure  de  l’ impuissance  des  hommes  et  des 
femmes.  Paré  aurait-il  voulu  faire  un  cha- 
pitre spécial  sur  cette  question,  qu’il  aurait 
ensuite  rejeté  ou  qui  aurait  été  perdu  à 
l’impression?  Il  est  difficile  d’y  répondre; 
on  trouvera  cependant  quelque  chose  sur 
ce  sujet  dans  le  livre  des  Rapports. 

’ Franco  avait  traité  dans  son  91e  chapitre 
De  la  précipitation  ou  cheuie  de  la  matrice-, 
mais  sans  vues  qui  lui  fussent  propres,  et 
comme  un  assez  maigre  compilateur.  Sans 
doute  Paré  a beaucoup  emprunté  aux  an- 
ciens , et  il  a pris  assez  de  soin  de  les  citer; 
mais  les  trois  chapitres  qui  suivent  n’ont 
rien  de  commun  avec  celui  de  Franco , et 
portent  l’empreinte  de  l’observateur  et  du 
praticien  original. 


739 

tout  hors  d’iceluy  *.  Hippocrates,  au 
traité  des  Maladies  des  femmes , dit 
qu’on  a veu  sortir  la  matrice  hors  du 
corps  iusques  aux  cuisses,  voire  selon 
Ætius,  aussi  grosse  qu’vn  œuf  d’au- 
truche : qui  ne  peut  estre  le  seul  col , 
sans  que  tout  le  corps  n’y  soit  de- 
uallé , renuersé , et  retourné  comme 
vn  sac.  Or  ceste  masse  de  chair  des- 
cendue n’a  pas  grand  sentiment,  mais 
sont  les  lieux  dont  elle  est  attachée 
qui  sont  fort  sensibles. 

Les  causes,  signes  et  accidens  de 
ce  mal  sont,  ou  la  relaxation,  ou  rup- 
lion  des  ligamens  qui  lient  la  ma- 
trice et  la  tiennent  en  son  lieu  na- 
turel Or  ils  se  relaschent  ou  rompent 
le  plus  souuent  apres  vn  enfantement 
violent,  ou  par  l’imprudence  des  ma- 
trones, qui  tirent  la  matrice  d’auec 
l’arriere-faix  par  trop  grande  force , 
cequei’ay  veu  aduenir  plusieurs  fois  : 
aussi  par  vne  vehemente  extension  , 
lors  que  la  femme  est  grosse  d’en  - 
fant, en  eslendant  du  linge,  leuant 
les  bras  en  haut,  ou  leuant  de  terre 
vn  pesant  fardeau,  ou  autres  choses 
semblables  : pareillement  par  vn 
grand  effort  de  crier,  ou  par  vne  toux 
violente , par  tenesme,  ( c’est  à dire 
grandes  espreintes  à s’efforcer  d’aller 
à la  selle,  ou  de  pisser  : ) aussi  cheu- 
tes,  coups  orbes  donnés  contre  le 
ventre,  ou  cheuaucher  vn  cheval  al- 
lant trop  dur  : aussi  grandes  sternu- 
tations, dancer,  sauter  de  haut  en 
bas  les  iambes  séparées  l’vne  de  l’au- 
tre. Aussi  la  rétention  de  l’haleine 
par  defluxion  de  quelque  matière  pi- 
tuiteuse, accompagnée  de  quelques 
ventosités,  qui  relaschent  et  humec- 
tent les  ligamens  de  la  matrice , ou 

■ Ce  paragraphe  finissait  ici  en  1573,  et 
même  encore  en  1579;  le  reste  a été  ajouté 
en  1585. 


740  LE  DIX-H VITIÉME  LIVRE  , 


paralysie  d’iceux,  et  toutes  choses 
qui  compriment  violentement  le  dia- 
phragmeet  les  muscles  de  l’epigastre: 
aussi  pour  auoir  enfanté  souuent,  car 
l’enfant  pesant  au  ventre  la  fait  re- 
lascher  et  descendre  en  bas  1 : pour 
auoir  receu  air  froid,  comme  pendant 
l’enfantement,  ou  du  llux  menstruel , 
ou  pour  estre  long  temps  tenue  sur 
Arne  pierre  froide,  ou  pour  auoir  eu 
vne  violente  expulsion  de  l’enfant, 
ou  fausse  geniture  comme  vne  mole. 
Aristote,  chapitre  2.  liure  7.  De  hist. 
animal.,  remarque  vne  autre  cause 
fort  notable  de  la  cheute  de  l’vterus  : 
A plusieurs  femmes  (dit-il)  l’vterus 
tombe  pour  le  désir  qu’elles  ont  de 
s'accoupler  aux  hommes,  de  sorte 
que  leur  amarrv  ne  peut  estre  remis 
en  sa  place  que  par  le  remede  de  la 
conception. 

Les  signes  que  la  matrice  est  des- 
cendue, c’est  que  la  femme  sent  dou- 
leur aux  parties  esquelles  la  matrice 
est  liée  et  attachée , à sçauoir,  aux 
flancs,  aux  lombes,  et  à l’os  sacré,  et 
sent  au  col  de  sa  matrice  vne  tumeur 
auec  les  doigts  : et  si  elle  est  d’auan- 
tage  relaschée,  on  la  voit  estre  sortie 
hors  la  nature  de  la  femme,  comme 
vne  chair  rouge  en  forme  d’oualle, 
et  diuerse  en  quantité,  selon  la  gran- 
deur de  la  relaxation  : et  aura  la 
femme  difficulté  d’asseller  et  vriner, 
par-ce  que  ladite  matrice  comprime 
l’intestin  droit  et  le  col  de  la  vessie  : 
semblablement  la  femme  sent  en  sa 
nature  vne  pesanteur  et  grande  fas- 
cherie,  et  l’empesche  de  cheminer  et 
de  faire  le  ieu  de  Venus. 

La  recente  ou  nouuelle  relaxation 
de  la  matrice  en  vne  ieune  femme 
est  curable,  au  contraire  non.  Si  elle 

1 L’énumération  des  causes  se  terminait 
là  en  1673,  le  reste  date  de  1576  et  1586. 


tombe  par  paralysie  des  ligamens  , 
est  difficile  à guarir  : et  si  elle  tombe 
par  pourriture,  est  du  tout  incurable. 
Si  elle  est  fort  descendue  entre  les 
cuisses,  elle  ne  peut  estre  réduite,  et 
se  corrompt  par  l’air  ambirnt,  et  s’vl- 
cere  et  putréfié  par  le  continuel  at- 
touchement de  l’vrine  et  matière  fe- 
cale,  et  aussi  par  la  compression  et 
contusion  du  fray  des  cuisses. 

l’atteste  auoir  veu  et  médicamenté 
vne  ieune  femme,  à qui  sa  matrice 
tomboit  hors  de  sa  Nature  la  grosseur 
d’vn  gros  œuf  de  poulie  , auoir  esté 
guerie  et  porté  depuis  des  enfans,  et 
sa  matrice  n’estre  iamais  retombée. 


CHAPITRE  XLVII. 

CVRE  DF.  LA  PRECIPITATION  DE  LA 
MATRICE. 

Si  la  matrice  est  esleuée  en  haut, 
sera  aidée  par  les  remedes  que  des- 
crirons  cy  apres  en  la  suffocation  de 
la  matrice  : et  si  elle  estoit  relaschée 
du  costé  droit,  faut  appliquer  ven- 
touses au  costé  senestre  : et  si  elle 
estoit  peruerlie  au  senestre , on  les 
appliquera  au  dextre  • et  si  elle  es- 
toit tombée  en  bas,  et  peu  sortie  hors 
le  col  d'icelle , il  faut  faire  situer  la 
femme  en  sorte  qu  elle  aye  les  fesses 
fort  esleuées  en  haut,  et  les  cuisses 
croisées l’vne  sur  l’autre,  et  appliquer 
des  ventouses  sus  le  nombril  et  petit 
ventre  : puis  estant  réduite  en  son 
lieu,  on  fera  des  iniections  au  col  de 
la  matrice  de  choses  astringentes  et 
fort  desiccaliues,  parfums  fétides  re- 
ceus  par  le  col  de  la  dite  matrice  : et 
par  la  bouche  et  le  nez  d’autres 
faits  de  choses  odoriférantes  *.  Si  elle 

1 La  ponctuation  était  ici  tellement  vicieuse 
dans  les  éditions  complètes , que  le  sens  en 


DE  LA  GENERATION. 


est  endurcie  , la  faut  estuuer  de  vi- 
naigre tiede,  puis  la  saupoudrer  de 
sel  fort  menu  *. 

Or  si  la  matrice  tombe  grandement 
entre  les  cuisses  de  la  femme,  et  n’a 
peu  estre  réduite  par  les  moyens  sus- 
dits, on  y remédiera  par  autre  voye , 
tant  en  la  situation  qu’en  reraede. 


CHAPITRE  XLVIII. 

COM51E  IL  FA  VT  SITVER  LA  FEMME  , 
LORSQVE  LA  MATRICE  EST  GRANDE- 
MENT TOMBÉE  HORS  LA  NATVRE  DE 
LA  FEMME. 

Il  faut  situer  la  femme  à la  ren- 
uerse,  les  fesses  et  cuisses  esleuées  en 
haut,  ainsi  que  si  on  luy  vouloit  ex- 
traire son  arriere-faix  ou  enfant: puis 
oiüdre  le  col  de  la  matrice,  et  tout  ce 
qui  est  sorti  hors,  auec  huile  de  lis 
ou  beurre  frais,  graisse  de  geline,  ou 
autres  semblables,  puis  sera  réduite 
en  son  lieu,  en  poussant  auec  les 
doigts  tout  ce  qui  est  sorti  dehors, 
non  tout  à vn  coup,  mais  peu  à peu, 
auec  vn  linge  délié  : et  pendant  qu  elle 
sera  ainsi  poussée,  la  femme  retirera 

était  tout-à— fait  défiguré.  On  y lisait  : Par- 
fums félidés , receus  par  le  col  de  ladite  ma- 
trice, et  par  la  bouche  et  le  nez  : d’autres,  etc. 
L’édition  de  1573  porte  une  virgule  au  lieu 
des  deux  points , ce  qui  ne  m’a  pas  paru  en- 
core assez  net.  L’édition  latine  a parfaite- 
ment traduit  : Sujjilus  fœtidi  iisdern  locis  (in 
vulvarn  et  cervicem) , suaveolentes  vero  ore  et 
naribus  admiltendi.  On  verra  au  chapitre  5G 
que  les  odeurs  suaves  attirent  la  matrice, 
tandis  que  les  odeurs  fétides  la  repoussent, 
et  delà  leur  usage  différent  par  le  haut  et 
par  le  bas. 

1 Cette  dernière  phrase  n’a  été  ajoutée  ici 
qu’en  1585. 


74 1 

son  haleine  tant  qu’elle  pourra.  Et 
subit  qu’elle  sera  reduile,  faut  essuyer 
de  linges  déliés  l’onctuosité  qu’on  y 
auoit  appliquée , à fin  que  les  parties 
ainsi  ointes  ne  soient  laissées  lubri- 
ques: car  par  ainsi  la  matrice  pourroit 
facilement  tomber  derechef.Celafait, 
on  fomentera  toutes  les  parties  géni- 
tales de  la  femme  d’vne  décoction 
faite  de  chose  astringente , comme 
ceste  cy  : 

2£.  Cortic.  granat.  nue.  cupres.  gall.  alum. 
roch.  caud.  equi.  sumach,  berber. 

Cum  aqua  fabror.  fiat  decoct.  pro  fotu. 

Et  de  ces  choses  en  sera  faite  pa- 
reillement poudre , laquelle  on  as- 
pergera dessus  : et  sera  mis  vn  pes- 
saire  dedans  le  col  de  la  matrice,  de 
grosseur  médiocre  , de  longueur  de 
huit  à neuf  doigts,  plus  ou  moins,  se- 
lon la  nature  de  la  femme.  D’auantage 
on  y en  appliquera  d’autres  de  fi- 
gure d’oualle  >,  fait  de  liege  couuert 
de  cire,  pour  le  rendre  plus  lice,  au 
bout  duquel  il  y aura  vn  lien  pour  le 
retirer  quand  on  voudra.  On  en  fait 
pareillement  d’autres,  fails  en  rond 
comme  en  cercle,  qui  sont  aussi  fort 
propres,  et  ne  sortent  hors  comme 
ceux  qui  sont  de  figure  d’oualle  2. 

‘Dans  l’édition  de  1573,  il  semble  que 
c'étaient  ceux  de  huit  à neuf  doigts  qui 
devaient  être  de  figure  ovale;  on  lisait  en 
effet  : de  longueur  de  huicl  à neuf  doigts,  plus 
ou  moins,  selon  lu  nature  de  la  femme,  de  fi- 
gure d'oualle , etc.  Ce  texte  ne  s’accordait 
pas  avec  les  figures,  et  il  a été  changé  en  1579. 

2 Cette  dernière  phrase,  avec  les  figures 
de  pessaire  auxquelles  elle  a rapport,  n'a  été 
ajoutée  qu’en  1585.  Quant  aux  pessaires 
ovales,  ils  étaient  déjà  figurés  en  1 564  dans 
les  Dix  liures  de  chirurgie,  fol.  223,  avec 
cette  légende  : Pessaires  en  figure  oualle,  les- 
quelz  doiuent  eslre  de  liege,  puis  couucrts  de 


LE  DIX-HVlTléME  LIVRE 


Les  figures  te  sont  icy  représentées. 


Figure  des  pessaires  en  figure  oualle. 


A Le  corps  du  pessaire. 

B Le  lien,  lequel  doit  estre  attaché  à la  cuisse. 

Cela  fait , la  femme  se  tiendra  en 
repos  huit  ou  dix  iours,  et  aura  les 
fesses  hautes  et  les  iambes  croisées. 

cire,  qui  seruem  pour  garder  que  la  matrice  qui 
est  relaxce  ne  sorte  hors. 

A Monstre  ladille  oualle. 

B Le  lien  qu’on  tire,  lorsqu’on  veut  retirer  les 
dits  pessaires.  El  seront  de  grosseur  qu’il 
sera  besoin. 

Il  y avait  trois  figures  de  ce  pessaire  ovale 
et  deux  du  pessaire  en  cercle  ; comme  elles 
ne  représentaient  que  le  même  instrument, 


Pareillement  on  luy  appliquera  sus 
les  flancs  des  ventouses  assez  grandes, 

je  n’en  ai  gardé  qu’une  pour  chaque  forme. 

En  conséquence , c’est  Paré  qui  a pour  la 
première  fois  mentionné  et  figuré  ces  pessai- 
res ovales , et  bien  long-temps  avant  qu’au- 
cun autre  auteur  en  ait  parlé. 

Le  mot  de  pessaire  est  un  de  ceux  qui  se 
sont  le  plus  écartés  de  leur  signification 
primitive.  Dans  l’origine,  et  chez  tous  les 
auteurs  anciens , il  s’appliquait  à des  médi- 
camens  que  l’on  introduisait  dans  le  vagin, 
tantôt  seuls,  tantôt  à l’aide  de  charpie,  de 
coton  ou  de  soie  qu’on  en  imbibait,  tantôt 
enfermés  dans  des  sachets  qui  leur  servaient 
également  de  conducteurs  ; et  c’est  ainsi 
que  nous  verrons  Paré  en  parier  lui-même 
dans  son  livre  des  medicamens.  Puis  en  don- 
nant déjà  quelque  extension  au  sens  du  mot, 
on  en  vint  à appeler  pessaires  des  canules 
creuses  en  bois,  en  plomb,  en  étain,  que 
l’on  enduisait  d’onguent  à l’extérieur,  et 
qui,  pour  leur  ressemblance  avec  le  mem- 
bre yiril , avaient  reçu  spécialement  dans 
ce  cas  le  nom  de  Priapisques.  Paré  les  re- 
commandera lui-même  au  chapitre  51  de 
ce  livre,  à la  vérité  d’après  Paul  et  Dale- 
champs.  Puis,  au  lieu  d’enduire  l’extérieur 
de  cesMnstrumens , on  les  perça  de  trous 
plus  ou  moins  nombreux,  et  ils  servaient 
alors  de  canules  pour  porter  des  injections 
jusqu’au  fond  du  vagin;  tel  est  celui  que 
Paré  a figuré  au  chapitre  29  du  livre  des 
Tumeurs  en  general,  t.  I , p.  369  ; et  celui 
qu’il  représentera  lout-à-l'heure  au  chapi- 
tre 57  du  livre  actuel.  Enfin , quant  aux 
pessaires  solides  placés  à demeure  dans  le 
vagin  pour  remédier  à la  chute  de  la  ma- 
trice , la  première  mention  que  j'en  ai  trou- 
vée ne  remonte  qu’au  xv°  siècle;  j’ai  noté 
dans  mon  introduction  , p.  xcv,  que  Mat- 
thieu de  Gradi  avait  conseillé  pour  un  pro- 
lapsusutérin  un  pessaire  en  cire  assez  solide, 
de  la  forme  d’une  verge,  entouré  de  laine 
trempée  dans  des  liqueurs  astringentes. 
C’était  encore  , comme  on  voit , quant  à la 
forme  et  quant  aux  accessoires , une  imita- 
tion des  pessaires-canules  des  anciens  ; mais 
celui-ci  était  en  cire,  et  il  était  plein,  et 


DE  LA  GENERATION. 


743 

à fin  de  faire  tenir  la  matrice  en  son  trop  longtemps  descendue  etexposée 
lieu  : et  s’il  aduenoit,  pour  auoir  esté  à l’air,  qu’elle  fust  fort  refroidie,  il 


enfin  il  devait  rester  à demeure  au  moins 
un  certain  temps  ; trois  conditions  nou- 
velles, et  qui  allaient  ouvrir  la  voie  à de 
plus  heureuses  modifications.  Et  cepen- 
dant, chose  remarquable,  près  d’un  siècle 
après  Matthieu  deGradi,  Franco, en  parlant 
de  ta  cliente  de  matrice,  ne  sait  encore  appli- 
quer d’autres  pessaires  que  des  pessaires 
médicamenteux.  Enfin,  trois  ans  après  la 
dernière  édition  de  Franco,  A.  Paré  figurait 
ses  pessaires  ovales. 

Ici  une  question  se  présente  ; cette  inven- 
tion était-elle  à lui?  11  ne  la  revendique 
point  comme  sa  propriété;  mais  il  en  est 
ainsi  de  plusieurs  choses  qui  lui  appartien- 
nent. Il  semble  cependant  que  des  pessaires 
de  diverses  formes  étaient  depuis  long- 
temps dans  la  pratique,  sinon  des  chirur- 
giens , au  moins  des  barbiers  et  des  femmes, 
c’est  ainsi  qu'en  parlait  en  1581  l’un  des 
amis  de  Paré,  Rousset,  dont  je  transcrirai 
ici  le  curieux  passage  : 

« Or  n’est  il  de  mcrueille  s’il  n’en  a ja- 
mais esté  par  les  anciens  rien  parfaitement 
escrit,  car  il  y a vne  infinité  de  petits  et 
gentilsaydes  expérimentez  par  les  femmes, 
aussi  industrieuses  à se  secourir  en  telles 
maladies  et  nécessités  d’elles-mesmes  , 
comme  de  leur  nature  verecondes  à s’en 
descouurir  aux  hommes,  lesquels  sont  se- 
crets entre  elles  : de  sorte  que  la  plus  part 
de  leurs  médecins  mesmes  ne  les  scauent 
pas,etcroy  que  cestuy  en  a esté  vn  pour 
long-temps  : Mais  auiourdhuy  quelques 
chirurgiens  en  font  liures  et  leçons,  et  ce 
diuersement  : scauoir  est,  quant  à la  ma- 
trice (sans  doute  matière)  de  quoy  ils  sont 
faits,  quant  à la  figure  et  quant  à l’vsage  : 
car  les  vns  le  font  de  seule  cire,  quelques 
vns  d’argent , ou  d’or  creux  et  pertuisé,  les 
autres  de  liege  ciré.  Item  , les  vns  le  font 
rond,  les  autres  en  ouale,  les  autres 
triangle  ou  quadrangle  inequilatcral , à an- 
gles obtus  ; les  vns  en  forme  de  cœur  ap- 
platie  ; quelques  vns  de  rondeur  oblongue 
et  tronquée  : les  vns  rond  en  plat,  perluisc 
au  milieu , ou  non  : Aussi  plusieurs  l’appli- 


quent auec  vne  cordette  pour  l’attirer  mieux 
dehors , quand  ils  veulent  : les  autres  seul  , 
sans  qu’on  soit  gueres  empesché  de  l’ostcr 
qui  voudra,  aussi  bien  que  s’il  y auait  vn 
cordon  : les  autres  ne  l’ostent  nulle- 
ment, etc.»  De  l' enfant.  Cœsurien,  page  176. 

Il  cite  plus  loin,  page  180  et  suivantes , 
une  femme  qu’il  visita  en  1 570,  et  qui  de- 
puis 40  ans  portait  le  même  pessaire  en 
liège,  qui  lui  avait  été  fait  par  son  père  : 
ce  qui  nous  reporte  à 1539.  Ce  père  s’ap- 
pelait Joarmet  Herauldié,  dit  Finet,  et  il 
était  alors  barbier  à Gisors.  Rousset  vou- 
drait même  faire  remonter  l’emploi  du  pes- 
saire jusqu’à  Hippocrate,  en  vertu  de  l’A- 
phorisme 48  du  5e  livre,  qu’il  rend  ainsi  : 
Si  utérus  intrà  taxas  situs  décident , ou  de- 
silierit , necessarium  est  emmolum  , ou 
linamentum  fieri  ; et  plus  tard  , dans  son 
édition  latine,  il  signala  un  autre  passage 
d’Hippocrate  où  la  grenade  semble  avoir  été 
employée  en  qualité  de  pessaire  à demeure. 
Rousset  croyait  d’ailleurs  que  le  pessaire  se 
plaçait  dans  la  cavité  de  la  matrice  même, 
et  non  pas  dans  le  vagin. 

Suivant  Eauhin,  dans  l’appendice  qu’il 
joignit  à sa  traduction  latine  de  Rousset , 
les  femmes  allemandes  se  servaient  d’un 
peloton  de  fil  recouvert  de  cire  vierge,  d’au- 
tres d’une  noix  vidée  et  recouverte  de  cire 
à l’extérieur,  de  manière  à lui  donner  la 
forme , et  presque  le  volume  d’un  œuf  de 
poule,  et  c’est  d'un  pessaire  de  ce  genre, 
ajoute-t-il,  que  l’on  se  sert  pour  les  grandes 
dames  d’Allemagne  quand  elles  ont  une  chute 
de  matrice.  Il  convient  de  remarquer  qu’à 
ce  texte,  Bauhin  joint  une  figure  de  pessaire 
ovale  qui  est  copié  de  la  façon  la  plus  ser- 
vile sur  la  planche  d’A.  Paré. 

La  belle-mère  de  Bauhin,  femme  très 
versée  dans  la  pratique  delà  médecine,  con- 
fectionnait des  pessaires  circulaires  avec  la 
racine  de  vigne  sauvage,  recouverte  de  cire, 
vierge  à laquelle  elle  ajoutait  un  peu  de 
poix  blanche  ou  de  térébenthine  Enfin  Jean 
Bauhin,  le  frère  de  l’anatomiste,  avait  ima- 
giné de  soutenir  la  matrice  avec  un  cercle 


744  LE  DIX-HVIT1ÉME  LIVRE 


faut  fomenter  d’vne  décoction  chaude 
et  carminatiue,  pour  résoudre  les 
ventosités,  comme  ceste-cy. 

"if.  Fol.  alth.  salui.  lauand.  rorismarini,  ar- 
temis.  flor.  camom.  melil.  ana  m.  £>. 
Scminis  anisi,  fœnic.  ana  g . j. 

Coquantur  omnia  complété  in  aquà  et  vino, 
et  fiat  decoctio  ad  vsum. 

Pareillement  ne  faut  oublier  à luy 
donner  des  clysteres,  pour  ietter  hors 
lesexcremens  des  intestins  , à fin  que 
la  matrice  aye  meilleure  place  à se 
tenir  en  son  lieu  1 : et  pareillement 
faire  en  sorte  que  la  vessie  soit  tou- 
sioursvuide,  autrement  l’vterus  es- 
tant situé  au  milieu  d'icelle  et  du 
boyau  cullier,  par  la  compression  et 
plénitude  de  l’vn  et  de  l’autre,  se- 
roit  tousiours  repoussé  dehors. 

Or  ie  te  veux  icy  aduertir  d’vn  au- 
tre remede  singulier  pour  retirer  1 v- 
terus  en  haut  quand  il  est  tombé: 
sçauoir  le  vomissement,  lequel  sou- 
uent  purge  la  pituite  qui  relaschoit 
ligamens  de  l’vterus,  et  le  rappelle 

en  fil  d’argent  arrondi , supporté  par  une 
fourche  à trois  branches.  C’est  là  assuré- 
ment la  mention  la  plus  ancienne  de  nos 
pessaires  à tige.  Bauhin  en  cite  d’autres  en- 
core faits  de  fer-blanc  recouverts  de  cire; 
il  pense  que  certains  pessaires  sont  poussés 
jusque  dans  la  cavité  utérine;  mais  pour 
ceux  qu’il  a pu  mieux  étudier,  savoir,  le 
pessaire  ovale  de  fil  onde  coque  de  noix, 
le  pessaire  circulaire  de  sa  belle-mère  , et  le 
pessaire  à tige  de  son  frère , il  exprime  très 
nettement  l’idée  qu’ils  sont  placés  dans  le 
vagin,  ou  comme  on  s’exprimait  alors , in 
coltum  uleri. 

On  voit  que  Paré,  mieux  instruit  par 
l’expérience,  n’est  tombé,  ni  dans  l’erreur 
complète  de  Roussel,  ni  dans  la  demi-er- 
reur de  Bauhin. 

1  Le  paragraphe  s’arrêtait  là  en  1573;  le 
reste  est  de  1575. 


en  haut.  Car  comme  l’vterus  par  le 
coït  se  meut  en  bas  pour  receuoir  la 
semence,  ainsi  par  le  vomissement  le 
ventricule  se  monte  en  haut  pour  iet- 
ter tout  ce  qui  luy  est  nuisible  au 
fond.  Or  le  ventricule  se  leuant  ainsi 
en  Laut,  ensemble  le  péritoine,  l’vte- 
rus  et  toutes  autres  choses  qui  luy 
sont  attachées  par  vne  colligance  et 
connexion  , seront  retirées  en  haut  : 
parquoy  ne  négligeras  ce  remede,  et 
regarderas  à faire  vomir  la  femme  at- 
teinte de  ce  mal  *. 

Posons  le  cas  que  la  matrice  n’eust 
peu  est  re  réduite  par  tousces  moyens, 
et  fust  vlcerée  et  putréfiée  , les  an- 
ciens commandent  l’amputer  : mais 
premièrement  veulent  qu’on  la  lie , 
et  qu’on  coupe  ce  qui  est  necessaire, 
puis  la  cautériser,  et  paracheuer  la 
cure  selon  l’art  On  aveu  des  femmes 
à qui  toute  la  matrice  auoit  esté 
extirpée, et  neantmoins  ont  suruescu 
long  temps  apres2.  Ce  que  lesmoigne 
Paulus  au  liure  sus  allégué3  : et  de 
recenle  mémoire  loannes  Langius, 
médecin  du  comte  Palatin  , au  liure 
second  de  ses  Epistres  médicinales , 
Ep'st.  39,  dit,  qu’en  sa  presence  vn 
chirurgien  nommé  Carpus,  extirpa 
la  matrice  d’vne  femme  de  la  ville 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575,  et 
il  se  lit  encore  dans  la  dernière  édition  du 
vivant  de  l’auteur,  en  15R5;  mais  dès  la  pre- 
mière édition  posthume  il  a été  retranché, 
et  par  suite  dans  toutes  les  éditions  posté- 
rieures. Sa  présence  dans  les  trois  grandes 
éditions  originales  m’a  paru  une  raison  suf- 
fisanie  pour  le  conserver  dans  le  texte. 

2 Le  chapilre  se  terminait  ici  en  1573, 
sauf  ce  peu  de  mots  qui  ont  été  effacés  plus 
lard  : Et  te  sulfite  de  la  précipitation  de  la 
matrice.  La  fin  du  paragraphe  a été  ajoutée 
en  1575,  et  le  reste  du  chapitre  est  encore 
de  diverses  dates. 

3 Paul.  liu.  6.  — A.  P. 


DE  LA  GENERATION. 


dite  Bononie1  : ce  qui  fut  fait  heureu- 
sement , et  sans  la  mort  de  la  femme. 

D’auantage,  Antonius  Beneuenius, 
médecin  de  Florence , traité  De  mi - 
randis  morb.  causis,  chap.  12.  dit: 
qu’il  fut  appellé  par  vn  médecin 
nommé  Vgolius  pour  guarir  vne 
femme  à laquelle  sa  matrice  tomba 
par  pièces  toute  corrompue,  et  toules- 
fois  depuis  a vescu  dix  ans.  Auicenne 
et  Auenzoar  portent  suffisant  lesmoi- 
gnage  que  la  femme  peut  perdre 
toute  sa  matrice , et  loutesfois  luy  de- 
meurera la  vie. 

Histoire  d'vne  femme  à qui  la  motrice 

fut  extirpée  le  tour  des  Roys  1775. 

Vne  femme  aagée  de  vingt  cinq  à 
trente  ans,  saine  et  bien  reiglée  de  ses 
purgations  viennes,  comme  elle  di- 
soit, et  réputée  fort  bonneste  et  de 
bonne  vie , se  maria  pour  la  seconde 
fois  en  l’an  1571,  n’ayant  eu  enfans 
de  son  premier  mariage.  Peu  apres  la 
copulation,  eut  signes  de  concep- 
tion : toulesfois , auec  progrès  de 
temps  , se  sentant  vne  pesanteur  és 
parties  basses  si  fascheuse  pour  la 
douleur,  rétention  d’vrine,  et  autres 
accidens,  qu’elle  ne  la  pouuait  plus 
endurer,  s’en  descouurit  ù vn  barbier 
chirurgien  son  voisin  et  amy,  nommé 
Christofle  Mombeau,  demeurant  aux 
faux-bourgs  sainct  Germain  des  Prés, 
lequel,  ainsi  qu’il  me  rapporta, voyant 
vne  enfleure  au  perinéesuiuant  le  iu- 
gement  de  son  art , appliqua  embro- 

1 Ce  Carpus  n’est  autre  que  Bérenger  de 
Carpi  qui  raconte  celle  histoire  dans  son 
anatomie  Voy.  mon  Introduction, p.  cjlxxxvi. 
Du  reste  ces  citations  de  Langius  et  de 
Benivieni,  dont  les  ouvrages  n’avaient  point 
été  traduits  en  français,  semblent  attester 
quelque  collaboration  d’un  ami  qui  savait 
le  latin. 


745 

cations  et  cataplasmes  de  décoctions 
d’herbes,  et  autres  remedes  anodyns 
et  remollitifs , par  le  moyen  desquels 
la  douleur  cessa.  Mais  apparut  à la 
léure  intérieure  de  la  partie  honteuse 
vne  ouuerture  comme  d’abcés  rompu , 
par  laquelle  sortit,  vne  longue  espace 
de  temps,  sanie  tan  ost  rougeastre, 
tantost  iaunaslre  , lantost  blaffarde. 
Cependant  ceste  pesanteur  ne  se  per- 
doit  point . ains  s’augmentoit,  et  vint 
à telle  conséquence,  que  l'an  1573,  et 
les  autres  ensuiuans  iusques  au  iour 
de  la  cheute , si  la  malade  se  vouloit 
tourner  au  lit,  ne  le  pouuoit  aisément 
sans  mettre  les  mains  au  ventre  pour 
aider  à supporter  ce  faix  du  costé 
qu’elle  se  vouloit  tourner  : et  lors 
encore  sentoil-elle  comme  vne  boulle 
tombant  à plomb  , de  quelque  costé 
que  l’inclination  du  corps  se  fisl.  De- 
bout ou  assise,  ne  pouuoit  vriner, 
n’aller  à ses  affaires,  sans  sousleuer 
vers  le  diaphragme  auec  les  mains  le- 
dit faix.  Marchant,  auoit  grandissime 
difficulté  de  mouuoir  les  iambes.et 
pensoitauoir  tousiours  quelque  chose 
entre  deux  qui  l’empeschast.  Quel- 
quesfois  aussi  de  l’année,  se  renou- 
uelloit  ladite  ouuerture  et  yssue  de 
matière  : et  lors  senloit  douleurs 
de  teste  et  és  autres  membres , defail- 
lemens  de  cœur,  degoustemens , vo- 
missemens , suffocations , tant  qu’en- 
fin  vaincue  de  mal  et  impatience  , le 
vingt  septième  Décembre  dernier, 
sous  promesse  de  certaine  et  asseurée 
guarison , fut  persuadée  par  vne 
femme  empirique  de  prendre  de  l’an- 
timoine1. Dont  la  violence  fut  telle, 
qu’apres  avoir  plusieurs  fois  vomi 
auec  grands  efforts,  et  fait  plusieurs 
selles  d’eaux,  sentit  (ce  pensoit-elle  ) 

1 L’antimoine  produit  des  effets  merueilleux. 

— A.  P. 


LE  DIX-HV1TIÉME  LIVRE, 


746 

son  fondement  relasché.  Visitée  par 
vne  sienne  amie , fut  conseillée  d’ap- 
peller  l’aide  des  chirurgiens,  par  ce 
que  ce  quisortoit  ne  lui  sembloit  estre 
le  boyau  cullier,  mais  autre  chose 
parlant  de  sa  nature.  le  fus  donc  ap- 
pelle le  sixième  iour  de  januier  der- 
nier, et  M.  Iacques  Guillemeau  , chi- 
rurgien iuré  à Paris,  ensembleM.  An 
toine  du  Vieux  , maistre  barbier 
chirurgien , demeurant  aux  Faux- 
bourgs  sainct  Germain  des  Prés,  voi- 
sin de  ladite  malade.  Et  apres  auoir 
tout  bien  considéré,  aduisasmes  pour 
le  meilleur  qu’il  falloit  extirper  ce 
qui  paroissoit , attendu  la  couleur 
noire  , puanteur,  et  autres  signes  de 
substance  pourrie.  Si  commençasmes 
à tirer  peu-à-peu  par  deux  diuers 
iours,  sans  douleur,  vn  corps,  qui  fut 
iugé  de  messieurs  Alexis  Gaudin , 
médecin  ordinaire  du  royet  premier 
de  la  Royne,  P.  le  Féure  aussi  mé- 
decin ordinaire  du  roy  et  de  madame 
la  princesse  de  la  Roche-sur-Yon,  De 
Violaines,  docteur  en  l’Vniuersité  de 
Paris , et  nous  Chirurgiens  , estre  le 
corps  de  la  matrice,  à raison  que 
fut  trouué  l’vn  des  testicules,  et  vne 
grosse  membrane  restant  d’vne  mole 
qui  s’estoit  apostumée,  creuée  et  vui- 
dée  , comme  dit  est.  Apres  l’extirpa- 
tion de  ceste  partie , la  malade  se 
trouua  mieux.  H y auoit  neuf  iours 
deuant  l’extirpation , qu’elle  n’auoit 
esté  à ses  affaires,  et  quatre  iours 
qu’elle  n’auoit  vriné  : ce  qu’elle  fit 
depuis  reglément , se  trouuant  fort 
bien  par  l’espace  de  trois  mois,  au 
bout  desquels  luy  suruint  vne  pleu- 
résie, auec  vne  grande  fiéure  conti- 
nue, dont  elle  mourut.  Estant  ad- 
uerti  qu’elle  estoit  decedée,  désireux 
de  sçauoir  ce  que  Nature  auoit  basli 
au  lieu  de  sa  matrice,  en  fis  ouuer- 
ture  : où  n’ay  trouué  la  matrice,  ains 


en  son  lieu  vne  callosité  dure,  que 
Nature  auoit  machiné  durantles  trois 
mois  de  si  peu  qui  en  restoit,  pour 
tascher  à refaire  ce  qui  estoit  perdu  *. 

I C’est  cette  observation  qui  a été  arguée 
de  faux  par  Compérat,  dans  sa  Répliqué, 
p.  3G.  Il  combat  les  observations  sur  les- 
quelles Paré  appuyait  sa  doctrine  de  la  liga- 
ture des  artères  après  les  amputations;  il  en 
écarte  trois  par  des  motifs  que  nous  retrou- 
verons à l’occasion  de  l’apologie  de  Paré,  et 
pour  le  reste,  il  ajoute  : 

« Il  n’en  reste  donc  que  quatre  qui  puis- 
sent seruir  à son  propos  : esquëlles  si  ie  dis 
que  il  peut  y auoir  quelque  fable  mes- 
lee,  ie  ne  diray  rien  qui  ne  se  recognoisse 
és  oeuures  de  M.  Ambroise.  Et  combien  que 
iele  peusse  remarquer,  ie  n’entreray  toules- 
fois  en  ceste  peine,  me  contentant  de  luy 
remettre  deuant  les  yeux  le  mensonge  qu’il 
a escrit  en  son  liure  de  la  génération,  où  il 
dit  qu’il  a extirpé  à vne  femme  de  Sainct 
Germain  de  Prez  le  corps  de  la  matrice 
auec  ses  testicules , laquelle  depuis  se  seroit 
bien  portée.  Et  neanlmoins  demy  an  apres  la 
femme  estant  decedce,  et  son  corps  ouuert 
pour, sçauoir  si  ce  qu’ildisoilestoitveritable, 
la  matrice  fut  trouuee  toute  entière  en  la 
presence  de  Monsieur  le  Baillif  Docteur  Re- 
gent  en  la  faculté  de  Medecine  à Paris , et 
M.  Louys  le  Brun  Chirurgien  iuré  à Paris , 
hommes  exccllens  en  leur  art,  et  de  telle 
croyance,  que  M.  Ambroise  n’eut  sceu  dé- 
battre leur  tesmoignage.  » 

A une  telle  distance  des  époques , et  sans 
autres  témoignages,  laquelle  croire  de  ces 
deux  assertions?  La  question  est  insoluble, 
non  pas  que  je  veuille  mettre  en  doute  la 
bonne  foi  de  Paré;  mais  il  avait  pu  se  trom- 
per, et  bien  d’autres  se  sont  Irompés  après 
lui  en  semblable  circonstance.  Toutefois  il 
esta  regretter  qu’il  n’ait  pas  jugé  convena- 
ble, dans  les  deux  éditions  auxquelles  il 
travailla  encore  après  le  pamphlet  de  Com- 
pérat, de  répondre  à une  critique  qui  s’at- 
taquait à sa  véracité,  d’autant  plus  qu’en 
1585  il  lit  des  additions  à ce  chapitre  qui, 
en  1579,  se  terminait  avec  cette  observation. 

II  y a une  remarque  essentielle  à faire  à 


DE  LA  GENERATION. 


D’auantage,  François  Rousset  en 
son  liure  de  Y enfantement  Cœsarien, 
recite  certaines  histoires  de  femmes 
ausquelles  on  a veu  tomber  entière- 
ment leurs  matrices.  Entre  autres  dit, 
que  feu  madame  de  Blancafort  l’ais- 
née,  ayant  de  long-temps  peu-à-peu 
la  matrice  précipitée,  de  sorte  qu’elle 
ne  la  pouuoit  plus  réduire  ny  sup- 
porter : voyant  qu’elle  commençoit  à 
se  pourrir,  me  vint  trouuer  à Mon- 
targis , pour  la  penser  ou  conduire  à 
Paris  : mais  elle  luy  tomba  enchemin, 
et  ne  laissa  neantmoins  de  passer 
outre,  et  ne  luy  fut  pour  cela  fait 
autre  chose  qu’vn  lauement  de  vin  et 
de  rose,  par  Felle,  chirurgien,  qui 
à son  dire,  n’apperceut  au  lieu  où 
souloit  estre  la  matrice,  qu’vne  va- 
cuité. 

Semblablement  ledit  Rousset  fait 
mention  de  Perrine  Boucher,  vieille 
chambrière  chez  maistre  François 
Quarré,  aduocat  à Montargis,  pour 
auoir  eu  plusieurs  accouchemens  vio- 
lens,  laquelle  auoit  de  long  temps 
vne  précipitation  de  matrice,  qui 
peu-à-peu,  criant  tant  qu’elle  ne  la 
pouuoit  plus  remettre , enfin  se  gan- 
grena et  tomba  d’elle-mesme  en  cui- 
dant  vriner,  dequoy  sont  plusieurs 
tesmoins,  monsieur  Contuge  médecin , 
et  maistre  Iean  de  Beauuais,  chirur- 
gien de  Montargis  : dont  elle  ne  dai- 
gna garder  le  lit , et  vescut  trois  ans 
apres  bien  saine,  sinon  que  depuis 
elle  estoit  suiette  à se  tenir  couuerle 
par  embas,  autrement  sentoit  dou- 
leur de  colique.  Finalement  moy 
absent , estant  icelle  morte  de  fiéure 

l’occasion  des  deux  histoires  suivantes.  J’ai 
déjà  dit  que  l’édition  française  de  Rousset 
avait  paru  en  1581  ; Paré  la  copie  si  exacte- 
ment qu’il  laisse  subsister  le  pronom  me  ou 
moi,  qu’il  ne  faut  rapporter  qu’à  Rousset 
lui-même. 


74  7 

continue , et  ayant  desia  esté  in- 
humée,* fut  à mon  retour  deterrée 
par  permission  de  iustice,  à ma  solli- 
citation. L’ouuerlure  fut  faite  par 
Felle , chirurgien , és  présences  dudit 
sieur  Contuge  , médecin  , et  de  la 
sage-femme  et  autres:  et  n’apperceus 
entre  la  vessie  et  le  gros  boyau,  au 
lieu  où  deuoit  estre  la  matrice,  rien 
qu’vn  lieu  vuide  tout  cicatrisé  : et 
estoit  à la  vérité  l’ouuerture  par 
laquelle  elle  prenoit  le  froid,  causant 
douleur  de  colique. 


CHAPITRE  XLIX. 

DE  LA  MEMBRANE  APPELLEE  HYMEN 

Pareillement  il  se  trouue  quelques- 
fois  en  aucunes  vierges  vne  mem- 
brane à l’orifice  du  col  de  la  matrice, 
appellée  des  anciens  hymen , qui 
empesche  d’auoir  la  compagnie  de 
l’homme  et  fait  la  femme  stérile. 

Or  le  vulgaire  (voire  plusieurs 
gens  doctes)  cuident  et  estiment  qu’il 
n’y  a nulle  vierge  qui  n’aye  ladite 
hymen , qui  est  la  porte  virginale  : 
mais  ils  s’abusent  , pour  - ce  que 
bien  rarement  on  la  trouue,  et  pro- 
teste ( composant  mon  Anatomie  ) 
l’auoir  recherchée  à plusieurs  filles 
mortes  à l’Hôtel-Dieu  de  Paris,  aagées 
de  trois,  quatre,  cinq,  et  iusques  à 
douze  ans,  et  Jamais  ie  ne  l’ay  pu 
apperceuoir,  fors  à vne  fille  aagée  de 
dix-sept  ans,  qui  estoit  accordée  en 
mariage  : et  sa  mere  sçachant  que  sa 
fille  auoit  quelque  chose  qui  pouuoit 
empescher  estre  appelée  mere,  me  pria 
la  voir,  en  laquelle  trouuay  vne  mem- 

1 Ce  sujet  avait  déjà  été  abordé,  mais  avec 
moins  de  détails,  au  Ie*  Livre  de  l’anato- 
mie, ch.  34.  Voyez  1. 1,  p.  167. 


LE  DIX-H  VITIÉME  LIVRE 


748 

brane  nerueuse  de  l’espaisseur  d’vn 
parchemin  fort  délié , qui  estpit  au- 
dessous  des  nymphes,  immédiatement 
pies  le  conduit  par  où  les  femmes 
pissent,  deuant  l’entrée  de  l’orifice 
du  col  de  la  matrice,  ayant  un  petit 
trou  par  où  ses  mois  se  pouuoient 
escouler.  Et  ayant  veu  ladite  mem- 
brane ainsi  peu  espaisse,  la  coupay 
promptement  auecques  des  ciseaux, 
et  donnay  à la  mere  conseil  de  ce 
qu’il  restoit  pour  parfaire  la  guari- 
son  : et  luy  enchargeay  expressément 
qu’elle  mist  entre  les  deux  parties 
des  plumaceaux  ou  vne  grosse  tente, 
de  peur  que  l'union  de  ce  qui  auoit 
esté  coupé  ne  se  reprist  de  rechef 
l’vn  auec  l’autre  : peu  après  fut 
mariée,  et  eut  enfant. 

Vn  iour  deuisanl  de  cette  matière 
auec  monsieur  Alexis,  premier  méde- 
cin de  la  royne,  homme  d’honneur 
et  estimé  entre  les  gens  doctes,  ie  luy 
dis  que  i’auois  fait  plusieurs  sections 
de  filles,  tant  à l’Hôtel-Dieu  de  Paris 
qu’autre  part,  et  que  iamais  n’auois 
veu  ceste  membrane , fors  vne  fois, 
comme  i’ay  dit  cy  dessus  : lequel  me 
dit  que  véritablement  elle  se  trouue 
rarement,  et  que  Realdus  Colombus1, 
liure  2,  en  auoit  escrit  ce  qui  s’en- 
suit : « Il  se  trouue  au  dessous  des 
nymphes  en  aucunes  vierges,  non  en 
toutes,  vne  membrane  appelée  des 
anciens  hymen,  laquelle  quand  elle 
s’y  trouue  (loutesfois  se  trouue  rare- 
ment), empesche  l’entrée  de  la  verge 
de  l’homme,  et  a vn  pertuis  par  le- 
quel ses  mois  coulent.  » D’auantage 
dit,  qu’il  l’a  seulement  trouuée  à 
deux  petites  fillettes  et  vne  fois  à vne 


1 Realdus  Colombus  grand  el  excellent  ana- 
tomiste. Au  liu.  15.  — A.  P. — Cette  noteest 
de  157a,  et  a été  effacée  depuis. 


plus  grande.  Auicenne  dit1  qu’au 
col  de  la  matrice  y a vn  tissu  de 
veines  etarteres,  et  de  filamens  ner- 
ueux  tres-subtils,  qui  procèdent  de 
toutes  les  parties  d’iceluy  col,  les- 
quelles sont  rompues  au  premier 
coït  venerique,  dont  souuent  le  sang 
en  sort.  A lmensor  escrit  le  conduit  des 
pucelles  estre  estroit  et  ridé,  et  en  ses 
rides  il  y a des  veines  et  arteres  très 
subtiles  entrelacées , lesquelles  se 
rompent  à la  défloration  et  extension 
des  rides.  Voila  que  les  susdits  au- 
theurs  nous  ont  laissé  par  escrit. 

Les  matrones  tiennent  pour  vne 
chose  vraye,  qu’elles  peuuent  con- 
noistre  une  fille  vierge  d’auecques 
celle  qui  a esté  depucellée , par  ce 
qu’elles  disent  trouuer  vne  ruplion 
d’vne  taye  qui  se  rompt  au  premier 
coït,  et  souuent  à leur  rapport  les 
iusticiers  donnent  iugement , et  là 
comme! tent  grands  abus  par  lesdiles 
matrones.  Qu’il  soit  vray,  i’en  ay 
interrogué  plusieurs  pour  sçauoir  où 
elles  trouuent  ladite  îaye  : l’vne  di- 
soit tout  à l’entrée  de  la  partie  hon- 
teuse , l’autre  au  milieu , et  les  autres 
tout  au  profond  , au  deuant  de  la 
bouche  de  la  matrice  : les  autres 
disent  qu’elles  ne  peut  estre  veue 
qu’apres  le  premier  enfantement.  Et 
voila  comment  ces  sages-femmes  ac- 
cordent leurs  vielles. 

On  trouue  cette  pannicule  hymen 
rarement;  et  lors  qu’on  le  trouue,  on 
le  peut  dire  estre  contre  nature  , 
parquoy  n’en  faut  faire  reigle  cer- 
taine ni  vniuersclle:  le  sang  qui  sort 
n’est  à cause  de  la  rupture  de  l’hy- 
inen,  mais  vient  à raison  des  rugo- 
sités du  col  de  la  matrice  qui  n’ont 
encore  esté  estendues  et  déprimées, 

1 Auicenne  li.  3.  fen.  23.  trait.  1 . ch.  1 . — 
A.  P. 


DE  LA  GENERATION. 


et  à ceste  première  entrée  se  desioi- 
gnent  et  séparent,  et  se  fait  rupture 
de  certaines  petites  veines  et  arteres, 
lesquelles  descendent  par  la  superfi- 
cie interne  du  col  de  la  matrice,  se 
rompans  et  s’ouurans  , ne  pouuans 
soustenir  ceste  extension  sans  dou 
leur  et  flux  de  sang,  lorsque  la  fille 
n'a  accompli  ses  dimensions  : mais  si 
la  fille  pucelle  est  en  aage  suffisante, 
estant  mariée  auecques  vn  liomme 
qui  aura  sa  verge  proportionnée  au 
col  de  sa  matrice , n’aura  aucune 
douleur  ny  flux  de  sang  estant  depu- 
cellée 

Dont  il  est  aisé  à entendre  combien 
grandement  sont  abusés  les  habitans 
de  Fez,  cité  principale  de  Mauritanie 
en  Afrique  : desquels  la  coustume  és 
nopces  est  telle  (comme  raconte  Leon 
l’Africain  , liure  3.  de  son  histoire 
d’Afrique2):  Si  tost,  dit-il,  que  l’espoux 
et  l’espouse  sont  paruenus  en  la  mai- 
son , s’enferment  tous  deux  en  vne 
chambre  , où  ils  demeurent  ce  pen- 
dant que  le  festin  s’appresle,  et  y a 
vne  femme  dehors,  attendant  iusqu’à 
tant  que  le  mari  ayant  défloré  l’es- 
pouse, tend  vn  petit  linge  mouillé 
d’icelle  à la  femme  qui  est  à la  porte 
l’attendant,  qui,  tenant  ce  drapeau 
entre  les  mains,  s’en  va  criant  à ceux 
qui  sont  inuités  à haute  voix,  que  la 
fille  estoit  pucelle  : parquoy  on  les 
fait  banqueter.  Mais  si,  de  malheur, 
elle  n’esloit  trouuée  n’ayant  ietté  le 
sang 3,  elle  est  rendue  par  le  mari  au 
pere  et  à la  mere,  qui  en  reçoiuent 
vne  grande  honte,  auec  ce  que  les 
inuités  s’en  retournent  l’estomach 

> Chose  digne  d’estre  bien  notée.  — A.  P. 

2 Paré  citait  ici  en  note  Leon  l’africain 
et  Iean  IVier. 

3 II  y a évidemment  ici  une  négation  de 
trop;  mais  toutes  les  éditions  étant  unifor- 
mes, j’ai  cru  devoir  respecter  le  texte. 


749 

creux , sans  donner  coup  de  dent. 
Mais  le  cas  se  rencontrant  tel  que 
l'aiions  descrit  cy  dessus,  ils  seront 
bien  deceus  ’. 

Et  parlant  ne  faut  conclure,  comme 
aucuns  veulent,  que  la  fille  au  pre- 
mier coït  qui  ne  ielte  le  sang  par  le 
col  de  la  matrice,  ne  soit  pucelle,  pa- 
reillement aussi  celle  qui  en  iette  le 
soit  : parce  qu’aucunes,  par  les  mes- 
chantes  maquerelles  et  impudentes 
qui  ont  accousiumé  vendre  filles 
pour  pucelles , se  font  contrefaire 
ceste  taye  par  le  moyen  de  certaines 
iniections  d’eaux  astringentes,  puis 
mettent  profondément  au  col  de  leur 
matrice  vne  esponge  imbue  en  sang 
de  quelque  beste,  ou  en  remplissent 
quelque  petite  vessie,  comme  la  vessie 
où  est  contenu  l’humeur  cholérique 
aux  moutons  ou  autres  bestes,  qu’on 
appelle  la  vessie  du  fiel  : et  alors  que 
l’homme  vient  auoir  compagnie  d’el- 
les, font  les  reserrées,  crians  comme 
si  on  les  depucelloit,  ou  qu’on  leur 
fist  vne  douleur  extreme  : et  en 
l’acte,  ledit  sang  qui  en  est  exprimé 
coule  dehors,  et  le  pauure  badelory, 
doux  de  sel,  pense  auoir  eu  la  creme 
où  il  n’aura  eu  que  le  fonds  du  pot, 
voire  que  de  ces  pucelles  en  sera 
quelquesfois  yssu  de  petites  créatu- 
res qui  se  degenerent  eu  hommes  ou 
femmes 2.  Ioint  aussi  que  ces  pucelles 
sont  fardées  comme  vn  sepulcbre 
blanchi,  qui  est  poli  par  dehors,  et 
dedans  rempli  de  pourriture  et  puan- 
teur, comme  les  boettes  des  apoli- 
caires,  peintes  par  dehors  auec  or  et 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 

2 Dans  l’édition  de  1573  et  jusqu’en  1579, 
apres  ces  mots  en  hommes  ou  femmes,  l’auteur 
ajoutait  immédiatement  : Partunt  garde  le 
heurtqui  pourra.  La  phrase  intermédiaire  a été 
ajoutée  en  1585. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


700 

azur,  et  dedans  pleines  de  poison  : 
Ainsi  est-il  de  ces  putains  affettées 
qui  baillent  la  verolle,  et  sont  cause 
que  les  pauures  amoureux  transis 
meurent  misérablement , arides  et 
secs.  Partant  garde  le  heurt  qui 
pourra. 


CHAPITRE  L. 

HISTOIRE  MEMORABLE  DE  IEAN  WIER  , 
DE  LA  MEMBRANE  APPELLEE  HYMEN. 

Iean  Wier , médecin  du  duc  de 
Cleues,  en  son  liure  De  l'imposture 
et  tromperie  des  Diables , des  enchante- 
mens  et  sorcelleries 1 , recite  qu’il  y 
avoit  vne  fille  en  Chambourg,  la- 
quelle auoit  vne  taye  f rte  et  dure 
nommée  Hymen , qui  prohiboit  que 
lorsque  ses  menstrues  lui  suruindrent, 
ne  peurent  estre  vacuées,  à raison  de 
l’empeschement  de  ceste  membrane  : 
et  pour  la  régurgitation  du  sang  qui 
remonloit  en  haut , auoit  le  ventre 
fort  enflé  et  tendu  , et  auoit  de  gran- 
des et  extremes  douleurs  , comme  si 
elle  eust  deu  enfanter.  Alors  les  ma- 
trones furent  mandées  , lesquelles  la 
veirent  auoir  le  ventre  ainsi  dur  et 
tendu,  et  les  douleurs  si  extremes, 
que  d’vn  commun  accord  disoient 
qu’elle  esloit  grosse  d’enfant , enco- 
res  que  la  pauure  fille  leur  contre- 
dist  auecques  grands  sermens,  et  af- 
fermast  n’auoir  iamais  eu  connois- 
sance  d’hommes  : et  dit  qu’il  lut 
appellé,  lors  que  les  femmes  ne  luy 
pouuoient  plus  rien  faire,  et  qu’elles 
en  desesperoient , à raison  des  dou- 

■ Chap.  38.  — A.  P.  — Ce  livre,  comme  il 
a été  dit  dans  mon  Introduction , avait  été 
traduit  en  français  par  Grévin  vers  1868. 


leurs  insupportables , lesquelles 
auoienl  desia  duré  trois  sepmaines 
sans  luy  donner  repos  ne  iour  ne 
nuit,  auec  quelque  suppression  d’v- 
rine , veilles  perpétuelles  , et  perte 
d’appétit.  Promptement  qu’il  fut  ar- 
riué,  il  reconnut  la  partie  malade, 
où  il  trouua  l’orifice  du  col  de  la 
matrice  clos  etestoupépar  vne  taye, 
tellement  qu’il  n’en  pouuoit  rien  ou 
peu  sortir  : et  s’enquit  de  son  aage, 
qui  estoit  de  vingt  et  vn  ans,  et  que 
iamais  n’auoit  eu  ses  fleurs  : lors  con- 
nut ceste  tumeur  ne  procéder  sinon 
d’vne  subite  descharge  et  fluxion  de 
sang  vers  la  région  de  l’vterus  et 
vaisseaux  d’iceluy  : parquoy  appella 
vn  chirurgien,  et  luy  commanda 
faire  vne  ouuerture  à ladite  taye,  et 
peu  à peu  en  sortit  bien  huit  liures 
de  sang  coagulé,  noir  et  ja  commencé 
à se  pourrir  : et  l’euacualion  du  sang 
faite,  trois  iours  apres  fut  du  tout 
guarie. 

Pour  ceste  cause  ie  conseilleray 
touiours  aux  peres  et  meres,  qui  au- 
ront la  connoissance  que  leurs  filles 
ayent  ladite  hymen,  qu’ils  la  facent 
couper,  s’il  n’y  auoit  suffisante  ou- 
uerture  à expurger  leurs  fleurs, 
pource  que  quelques-vnes  pour  sem- 
blable cause  sont  mortes,  par  faute 
que  le  sang  menstruel  n’auoit  yssue. 


CHAPITRE  LE 

DE  PHIMON  *. 

Pbimon  est  vne  disposition  des 
femmes  qui  n’ont  point  la  nature 

' Ce  chapitre  manque  dans  les  premières 
éditions,  et  ne  date  que  de  1585.  Il  a été 
extrait  du  chapitre  80  du  livre  vi  de  Paul 
d’Égine,  c’est-à-dire  de  la  traduction  fran- 
çaise de  Dalechamps. 


1)E  LA  GENERATION. 


percée,  quelquesfois  de  leur  nais- 
sance, et  aussi  quelquesfois  par  acci- 
dent. Cest  empeschement  est  aucu- 
nesfoisenl’orifice  du  col  delà  matrice  : 
autresfois  aux  ailes,  et  quelquesfois  en 
l’espace  qui  est  entre  elles  : or  pour- 
ce  que  les  bords  sont  pris  et  atta- 
chés, telles  choses  prohibent  la  con- 
ception et  le  flux  menstruel. 

Si  le  passage  est  du  tout  bouché, 
pour  la  curation,  faut  que  la  main 
du  chirurgien  y besogne,  en  cou- 
pant et  extirpant  ce  qui  empesche, 
s’il  est  possible,  y appliquant  vn  pes- 
saire  que  les  Grecs  appellent  pria- 
piscum , semblable  à la  verge  de 
l’homme,  ou  vne  canule  de  plomb, 
ointe  d’vn  médicament  propre. 


CHAPITRE  LU. 

DE  LA  SVFFOCATION  DE  LA  MATRICE  , 
APPELLÉE  DES  FEMMES  LE  MAL  DE 
LA  MERE  , ET  DE  SES  CAVSES  ». 

Suffocation  de  matrice  est  ablation 
de  libre  inspiration  et  expiration,  qui 
vient,  ou  pource  que  l’vterus  gouffle 
et  s’enfle,  ou  pource  qu’il  est  raui  et 
emporté  en  haut  par  vn  mouuement 
forcé,  et  comme  conuulsif,  à cause  de 
la  plénitude  de  ses  vaisseaux.  L’vte- 
rus se  gouffle  et  enfle  pource  que 
quelque  substance  pourrie  et  corrom- 

■ Les  chapitres  qui  suivent  sur  la  suffoca- 
tion de  matrice,  qui  n’est  autre  chose  que 
l’hystérie , semblent  avoir  été  principale- 
ment extraits  d’un  chapitre  de  Sylvius  sur 
le  même  sujet  : De  Vleri  suffocalione  et  per- 
uersione,  dans  son  premier  commentaire  De 
mensibws  mulierurn.  Ce  livre  avait  paru  en 
1556,  et  n’avait  point  été  traduit  en  fran- 
çais. Il  a été  reproduit  dans  les  Gynœciorum 
libri  de  Spachius.  — Du  reste,  Paré  cite  lui- 
même  Sylvius  dans  son  chapitre  54. 


7 51 

pue  en  iceluy  se  résout  en  vapeur  et 
ventosités,  de  la  rétention  des  mens- 
trues, ou  de  la  corruption  de  la  se- 
mence, ou  d’vne  aposteme  faite  en 
la  matrice,  ou  fleurs  blanches  et  au- 
tres mauuaises  humeurs,  qui  se  pu- 
tréfient en  icelle,  ou  de  ventosités  : 
ce  qui  se  peut  connoistre,  parce  que 
la  femme  aura  grands  soupirs,  verli- 
gines,  scotomies,  douleurs  de  teste, 
nausée,  rots,  et  grands  bruits  aux  in 
testins.  Or  de  la  semence  de  la  femme 
retenue  aux  vaisseaux  spermatiques, 
ouja  respandueen  la  matrice,  ou  au- 
tour de  ses  testicules,  s’esleuent  cer- 
taines vapeurs  corrompues,  lesquel- 
les sont  communiquées  au  foye,  au 
cœur  et  au  cerueau,  dont  s’engen- 
drent de  tres-cruels  accidens,  appro- 
chans  quelquesfois  à ceux  qui  sont 
mords  de  chiens  enragés,  ou  piqués 
de  quelque  beste  veneneuse.  Les  ac- 
cidens qui  viennent  en  la  suffocation 
de  la  matrice,  sont  plus  grands  et 
cruels  pour  la  semence  retenue,  que 
ceux  qui  viennent  par  la  rétention 
des  menstrues,  à cause  que  d’autant 
que  la  semence  est  plus  parfaite,  de- 
meurant en  sa  disposition  naturelle, 
aussi  de  tant  plus  deuient-elle  maligne 
etperuerse,  estant  aliénée  d’icelle,  et 
changée  de  qualité  contraire  : de 
sorte  que  lors  qu’elle  est  corrompue, 
la  pourriture  en  est  plus  maligne, 
plus  subtile  et  penetraliue  que  du 
sang  menstruel,  dont  les  accidens 
sont  plus  grands  et  plus  veneneux  : 
ce  qu’on  voit  aduenir  au  vinaigre , 
car  d’autant  est  le  vin  meilleur,  d’au- 
tant aussi  en  est  le  vinaigre  plus  fort 
et  aigu. 

Or  les  accidens  susdits  aduiennent 
peu  souuent  aux  femmes  mariées, 
ayans  la  compagnie  de  leurs  maris, 
mais  aux  ieunes  veufues  qui  sont 
nourries  d’alimens  copieux  et  oisiues. 


LE  DIX-H  VITIEME  LIVRE, 


’jbl 

La  matrice  par  les  mois  retenus,  ou 
par  la  semence , ou  quelques  autres 
mainmises  humeurs  ou  ventosités  se 
peruertit  et  se  meut  de  son  siégé  et 
situation  naturelle,  quelquesfois  se 
relire  en  haut,  et  quelquesfois  à costé 
dexlre  ou  seneslre,  ou  s’estend  en 
largeur  pour  la  plénitude  des  vais- 
seaux qui  paruimnent  en  icelle.  Car 
les  veines,  arteres  et  autres  vaisseaux 
estans  fort  remplis,  s’estendent  en 
profond  et  en  large,  et  alors  ils  se 
font  plus  courts,  et  partant  se  reti- 
rent vers  leur  origine,  qui  est  la  veine 
caue  et  grande  artere,  adonc  retirent 
la  matrice  semblablement  à eux  : et 
s’ils  tirent  egalement,  lors  elle 
semble  monter  en  haut  vers  l’est o- 
mach  et  le  diaphragme  : et  s’ils  la  ti- 
rent inégalement,  alors  s'encline  en 
deuant  et  en  derrière,  à dextre  et  à 
senestre  vers  les  flancs,  ou  à la  seule 
région  de  l’os  pubis,  et  lors  la  vessie 
et  l’intestin  droit  sont  aggraués  de 
douleurs  et  enflés  : et  pour  le  dire  en 
vn  mot,  tout  lieu  vers  lequel  le  corps 
de  la  matrice  se  retirera  et  affais- 
sera. 

Or  il  faut  icy  noter  que  neantmoins 
que  la  matrice  s’esleue  en  haut,  si  ne 
faut-il  pour  cela  penser  les  accidens 
sus  nommés  prouenir  par  la  seule  tu- 
meur et  compression  qu’elle  fait  aux 
parties  supérieures  (à  sçauoir  vers 
l’estomach  et  le  diaphragme)  ou  in- 
également vers  d’autres  parties  : 
pource  que  ce  n’est  le  corps  de  la 
matrice  , neantmoins  que  les  femmes 
disent  qu’il  leur  semble  monter  ius- 
qu’à  la  gorge,  les  voulant  estouffer 
et  estrangler1  : mais  ce  sont  certaines 
vapeurs,  qui  sont  esleuées  d’elle  ou 
de  ses  vaisseaux,  qui  montent,  comme 
nous  auons  dit , aux  parties  supé- 


rieures : veu  qu’vne  femme  ayant  en 
son  ventre  vn  enfant  ja  grandelet,  ou 
vn  autre  qui  sera  hydropique,  et  vu 
autre  ayant  l’estomach  fort  rempli 
de  viandes,  netombera  soudainement 
par  aucune  de  ces  choses  en  pi  iuation 
du  beneflee  de  respiration,  ainsi  qu’il 
se  fait  en  la  suffocation  de  la  matrice. 
Par  quoy  on  ne  peut  vrayement 
conclure  que  la  suffocation  se  fait 
parce  que  la  matrice  s’esleue  en  tu- 
meur, mais  pour  les  vapeurs  qui 
s’esleuent  vers  les  parties  supérieu- 
res. Ce  qui  se  peut  encores  prouuer 
par  vne  autre  raison  : c’est  que  la 
matrice  d’vne  femme  n’estant  grosse, 
est  fort  compacte,  dure  et  serrée,  et 
de  grosseur  seulement  d’vne  grosse 
poire  de  certeau,etsi  trouue-on  bien 
petite  cauilé  : et  partant  faut  con- 
clure que  ce  n’est  ladite  matrice  qui 
tant  se  grossit  et  s’esleue  en  haut 
qu’elle  puisse  osier  la  respiraiion, 
mais  les  vapeurs  putrides , comme 
nous  auons  dit. 

Autres  accidens  aduiennent  pour 
la  semence  et  les  mois  retenus,  et 
sont  diuers  selon  la  quantité  et  qua- 
lité des  matières  : car  si  la  cause  est 
froide  et  venteuse,  elle  réfrigéré  tout 
le  corps,  tellement  que  la  respiraiion 
et  le  pouls  des  arteres  ne  peuuent 
estreapperceusparlesens:  et  si  la  ma- 
tière est  grosse, elle  cause  conuulsion  : 
et  si  elle  est  d’humeur  melancholique, 
elle  engendre  tristesse  : par  lesquelles 
choses  est  euident  que  la  matrice 
est  premièrement  blessée,  aussi  par 
compassion  l’estomach,  le  cœur  par 
vne  palpitation,  le  foye  et  le  cer- 
ueau.  Or  le  cerueau  est  blessé  par 
douleur  de  leste,  qui  soutient  est  auec 
rougeur  de  toute  la  face  et  des  yeux, 
auec  scotomie  et  vertigine,  c’est-à- 
dire  qu’il  semble  que  tout  tourne  c’en 
dessus  dessous,  qui  se  fait  par  vne 


* Chose  digne  d'estre  bien  notée.  — A.  P. 


DE  LA  GENERATION. 


putredineuse  vapeur  esleuée  au  cer- 
ueau,  perturbant  entièrement  les  es- 
prits, instrumens  des  facultés  anima- 
les, dont  aduient  vne  resuerie,  tantost 
de  la  vertu  apprehensiue,  tantost  de 
la  raisonnable,  et  souuent  la  femme 
parle  à part  soy  en  resuant,  décla- 
rant tant  ce  qu’elle  doit  taire  que 
dire,  et  quelquesfois  demeure  toute 
stupide  et  estonnée.  Aucunes  ont  vn 
très  long-  sommeil , appelle  des  Grecs 
caros,  dont  elles  sont  sourdes  et  muet- 
tes, et  ne  respondent  rien  quand  on 
les  appelle  hautement  : aucunes  fois 
elles  entendent  bien,  mais  elles  ne 
peuuent  respondre 1 : et  tels  sont  les 
signes  de  la  suffocation  de  l’vterus. 

Les  causes  sont,  réfrigération  de 
l'amarry,  corruption  de  semence,  ou 
autre  humeur  séminal  et  grossier  : 
les  mois  supprimés,  trop  grande  va- 
cuation  de  la  matrice,  par  laquelle 
l’vterus  reseiché  se  tourne  vers  les 
parties  humides,  et  tiré  de  la  teste  et 
de  tout  le  reste  du  corps  : ce  qui  ad- 
uient mesme  aux  femmes  grosses, 
lorsque,  ou  par  faute  d’aliment  l’a- 
marry  est  trop  reseiché,  ou  trop  es- 
chauffé  par  trauail  : outre,  quelques 
vns  tiennent  que  par  apposition  de 
choses  odorantes  mises  au  nez,  l’a- 
marry  monte  en  haut,  et  induit  telle 
suffocation 2 3. 

Et  pour  conclusion,  en  la  suffoca- 
tion de  la  matrice,  les  vapeurs  pu- 
tredineuses  montent  quelquesfois 
iusqu’au  diaphragme,  aux  poulmons 
et  au  cœur,  qui  fait  que  la  femme  ne 
peut  respirer  ny  expirer  : lesquelles 
vapeurs  ne  sont  seulement  portées 

1 Le  chapitre  se  terminait  là  en  1573;  le 

reste  a été  ajouté  à des  dates  différentes. 

3 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575,  et 
il  terminait  alors  le  chapitre;  le  reste  date 
seulement  de  1585. 


753 

par  les  veines  et  arteres,  mais  aussi 
par  les  spiracles  occultes  qui  sont  au 
corps.  Et  si  lesdites  vapeurs  montent 
iusqu’au  cerueau,  causent  epilepsie , 
catalepsie  (qui  est  quand  tout  le  corps 
demeure  roide  et  froid,  et  en  mesme 
figure  qu’il  estoit  au-parauant  qi.e 
tomber  en  tel  mal,  les  yeux  ouuerls , 
sans  voir,  et  sans  ouyr),  léthargie  , 
apoplexie , et  souuent  la  mort.  Or 
pour  le  dire  en  vn  mot , la  matrice  a 
ses  sentimens  propres,  estans  hors  la 
volonté  de  la  femme  : de  maniéré 
qu’on  la  dit  estre  vn  animal , à cause 
qu  elle  se  dilate  et  accourcit  plus  ou 
moins,  selon  les  diuersités  des  causes. 
Et  quand  elle  desire , elle  frétillé  et 
se  meut,  faisant  perdre  patience  et 
toute  raison  à la  pauure  femmelette, 
luy  causant  vn  grand  tintamarre. 


CHAPITRE  LUI. 

LES  SIGNES  QVE  TOST  LA  FEMME  AVRA 
SVFFOCATION  DE  MATRICE. 

La  femme  au-parauant  que  ces  ac- 
cidens  aduiennent,  sent  monter  de 
sa  matrice  vne  très  grande  douleur 
iusques  à la  bouche  de  l’estomach  et 
au  cœur,  et  luy  semble  qu’elle  es- 
toufTe , et  dit  sentir  monter  quelque 
morceau  ou  autre  chose  qui  luy  closl 
le  gosier,  auec  grand  battement  de 
cœur  : la  matrice  et  ses  vaisseaux 
s’entlent  à quelques-vnes,  qui  les  gar- 
dent de  se  dresser  debout,  mais  se 
couchent  courbées  sus  le  ventre , 
pour  auoir  moindre  douleur,  met- 
tant la  main  dessus , pressant  et  s’ef- 
forçant pour  empescher  que  la  ma- 
trice ne  monte,  comme  elles  cuident 
qu’elle  monte,  ce  qu’elle  ne  fait  : mais 
comme  nous  auons  dit,  ce  sont  les  va 
peurs  putredineuses.  La  patiente  est 

48 


II. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


754 

fort  décolorée,  et  deuient  pâlie  et 
iaunastre,  ne  se  pouuant  tenir  de- 
bout, pour-ce  que  les  ïambes  et  vertus 
luy  défaillent  : partant  tombe  en 
terre,  et  se  laisse  aller  comme  si  elle 
estoit  morte  : et  plusieurs  perdent 
tout  sentiment  et  mouuement,  et  le 
pouls  est  tant  petit  qu’on  ne  le  sent 
aucunement,  de  façon  qu’on  estime- 
roit  qu’elles  fussent  mortes:  toules- 
fois  elles  ne  le  sont  pas,  combien  que 
la  respiration  ne  nous  apparoisse,  qui 
est  action  inséparable  de  vie  *. 

Bref,  les  symptômes  apparoissent 
diuers,  selon  que  la  vapeur  esleuée 
de  l’vlerus  heurte  maintenant  ces 
parties,  et  maintenant  celles-là.  Car 
si  telle  vapeur  donne  vers  le  dia- 
phragme et  parties  tborachiques,  elle 
cause  vne  respiration  briefue  et  fre- 
quente, et  comme  abolie  : si  elle 
donne  vers  le  cœur,  elle  induit  syn- 
cope : si  vers  le  cerueau,  elle  ameine 
auec  soy  quelquesfois  vne  fureur 
auec  babil , quelquesfois  stupidité , 
endormissement  , auec  tacilurnité 
non  accoustumée,  le  tout  selon  la  na- 
ture de  l’humeur  bilieux,  ou  grossier 
et  melancholique  , dont  la  vapeur  est 
esleuée.  Mais  il  n’y  a rien  plus  admi- 
rable qu’à  quelques-vnes  ceste  affec- 
tion commence  par  vn  ris  , à autres 
par  pleurs,  à autres  par  tous  deux 
ensemble.  A ce  propos  monsieur  Ho- 
lier  raconte  que  les  deux  filles  du 
president  de  Roüen,  qui  estoit  de  son 
temps,  lors  qu’elles  commençoient  à 
entrer  en  paroxysme  de  ce  mal,  es- 
toient  surprises  d’vn  ris  qui  leur  du- 
roit  vne  et  deux  heures:  lesquelles 
on  ne  pouuoit  arrester,  ny  par  leur 
faire  peur  et  terreur,  ny  par  honte  et 
admonitions,  de  sorte  que,  tancées 

■ Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  le 
reste  a été  ajouté  à différentes  dates. 


par  leurs  parens,  respondoient  n’es 
tre  en  leur  puissance  de  se  garder  de 
rire  *. 

Autres  tombent  en  ecstase , qui  est 
vn  esuanoüissement  et  rauissement 
des  esprits,  comme  si  l’ame  estoit  sé- 
parée du  corps.  Autres  disent  que 
c’est  vn  sommeil,  par  lequel  les  for- 
ces, facultés  et  puissances  de  l’ame 
sont  enseuelies,  en  sorte  qu’il  semble 
que  l’on  soit  mort. 


CHAPITRE  LIV. 

LES  SIGNES  POVR  CONNOISTRE  SI  VNE 

FEMME  EST  MORTE  OV  NON  PAR  VNE 

SVFFOCATION  DE  MATRICE. 

De  tant  que  plusieurs  femmes,  non 
seulement  du  temps  passé,  mais  aussi 
de  fresche  mémoire,  esprises  de  ceste 
maladie,  ont  esté  portées  en  terre 
pour  mortes,  qui  toutesfois  ne  fes- 
toient : i’ay  pensé  qu’il  seroit  plus 
que  tres-necessaire  de  donner  signes 
démonstratifs  de  mort  ou  de  vie  en 
tel  accident 2. 

Premierementdonc  cela  seconnois- 
tra  par  application  d’vn  miroir  bien 
net  et  poli  au  nez  et  à la  bouche, 
pour-ce  que  la  vapeur  de  la  respira- 
tion , en  celles  qui  respirent,  l’obnu- 
bile, couure  et  cache  d’vne  petite 
vapeur,  et  se  ternit  : et  si  telle  chose 
apparoist , c’est  vn  tres-certain  signe 
de  vie.  Aussi  pourra-on  encores  con- 
noistre  en  luy  appliquant  vne  plume 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575;  ce- 
lui-qui  suit  en  1585. 

2 Ce  début  de  chapitre  ne  date  que 
de  1579;  en  1573  le  texte  portait  simple- 
ment : Quand  on  luy  applique  au  liez  et  à la 
bouche  un  miroir  bien  essuyé  et  polly,  pour  ce 
que  la  vapeur,  etc. 


DE  LA.  GENERATION. 


tres-molle , comme  de  duuet,  ou  vn 
petit  bourgeon  de  laine  cardée,  qui 
par  le  mouuement  puisse  testifier  la 
respiration. 

Toutes  fois  ces  signes  sont  souuent 
trompeurs,  et  non  du  tout  asseurés: 
parquoy  plusseurement  on  peut  con- 
noistre  s'il  y a encores  quelque  reste 
de  vie  en  la  femme  par  les  medica- 
mens  sternutatoires,  comme  posant 
près  le  nez  de  l’ellebore  ou  du  pyre- 
thre , ou  bien  les  soufflant  dans  le 
nez  lorsqu’ils  sont  réduits  en  poudre 1 . 

Or  encores  que  nulle  respiration 
apparoisse,  si  est -ce  pourtant  qu’il 
ne  faut  conclure  la  femme  eslre  morte: 
car  elle  peut  encores  auoir  vne  petite 
chaleur  qui  luy  reste  au  centre  du 
corps , par  le  bénéfice  de  laquelle  elle 
est  conseruée  : et  ceste  petite  chaleur 
n’a  pas  grand  besoin  de  la  respiration 
de  la  poitrine,  ny  de  l’action  des  pou- 
mons pour  sa  conseruation  (c’est  à 
dire  réfrigération  , ventilation,  et  nu- 
trition) tout  ainsi  que  tous  autres  ani- 
maux froids,  lesquels  en  hyuer  se 
cachent  en  terre  si  auant  qu’ils  ne 
peuuent  respirer,  et  toutesrois  sont 
entretenus  de  transpiration  du  cœur 
et  des  arteres  : ainsi  se  fait-il  à la 
femme.  Syluiusescrit  qu’aucunes  ont 
esté  par  trois  iours  esuanoüies , et 
pensoit-on  qu’elles  fussent  mortes , 
parce  qu’elles  ne  respiroient  nulle- 
ment, et  auoient  tous  autres  signes 
de  mort,  à sçauoir,  n’ayans  nul  sen- 
timent, mouuement,  ny  chaleur:  par- 
tant en  telle  disposition  ne  se  faut 
haster  les  enseuelir,  et  moins  ouurir 
leurs  corps  , de  peur  d’encourir  vne 
calomnie.  Ainsi  que  de  ce  siecle  est 
arriué  à vn  grand  anatomiste,  ie  dis 
grand  et  célébré , duquel  les  liures 

'•  Ce  paragraphe  manque  en  I 573,  et  a été 
intercalé  en  1575. 


reparent  auiourd’huy  les  estudes  des 
hommes  doctes , lequel  estant  pour 
lors  résident  en  Espagne , fut  mandé 
pour  ouurir  vne  femme  de  maison, 
qu’on  estimoit  cstre  morte  par  vne 
suffocation  de  matrice.  Le  deuxième 
coup  de  rasoir  qu’il  luy  donna,  com- 
mença ladite  femme  à se  mouuoir,  et 
demonslrer  par  autres  signes  qu’elle 
viuoit  encores,  dont  tous  les  assistons 
furen t grandement  estonnés  : ie  laisse 
à penser  au  lecteur  comme  ce  bon 
seigneur  faisant  cette  œuure,  fut  en 
perplexité,  et  comme  on  cria  toile 
apres  luy , tellement  que  tout  ce  qu’il 
put  faire  fut  de  s’absenter  du  pays: 
car  ceux  qui  le  deuoient  excuser, 
c’estoient  ceux  qui  luy  couroient 
sus  : et  estant  exilé  tost  apres  mourut 
de  desplaisir  : qui  n’a  esté  sans  vne 
grande  perte  pour  la  republique  *. 

Or,  iay  bien  voulu  réciter  celte  his- 
toire à fin  d’instruire  tousîoursleieune 
chirurgien  estre  discret  à se  garder 
qu’il  ne  tombe  en  tels  accidents  : et 
faut  noter  que  l’on  peut  connoistre  la 
mort  de  la  femme , par  l’escume  qui 
luy  sort  de  la  bouche. 


CHAPITRE  LV. 

,DES  DIFFERENCES  DE  SVFFOCATION  DE 
MATRICE. 

Or  il  y a plusieurs  différences  de  suf- 
focation de  la  matrice,  qui  se  font  se- 
lon la  grandeur  et  différence  de  la 
cause  efficiente  , par  ce  que  les  acci- 

' Il  s’agit  ici  de  l’histoire  de  Vésale  qui, 
d’ordinaire,  n’est  pas  racontée  ainsi.  On  dit 
que  le  sujet  qu’il  ouvrit  aussi  malheureu- 
sement était  un  gentilhomme.  Du  reste  je 
ne  sais  d’où  Paré  a pris  cette  histoire , si  ce 


y56  LE  DIX-HVIT! 

dens  sont  plus  grands  et  plus  petits  : 
car  aucunes  femmes  sentent , et  se 
remuent  et  ratiocinent,  mais  elles  ont 
une  défaillance  de  cœur  et  de  respira- 
tion par  interualle  : aussi  aucunes  se 
remuent  d’vn  mouuement  inuolon- 
taire  (comme  les  epilepliques)  re- 
muent les  bras  et  les  iambes , auec 
grincemens  de  dens  , par  la  conuul- 
sion  des  muscles  des  temples  : les  au- 
tres sont  surprises , comme  auons  dit, 
d’vn  très  profond  sommeil  (dit  des 
Grecs  caros) 1 comme  si  elles  estoient 
apoplectiques,  tous  les  sentimens  et 
mouuemens  defaillans  : les  autres  au 
contraire  crient  et  rient,  et  ne  font 
que  parler.  Et  apres  que  les  causes  de 
ce  mal  sont  cessées , résolues  et  va- 
cuées,  alors  le  corps  commence  à s’af- 
fermir, et  la  rougeur  venir  au  visage, 
et  les  mandibules  à s’ouurir  : et  à plu- 
sieurs d’icelles  s’escoule  quelque  hu- 
meur de  leur  matrice , et  à quelques- 
vnes  il  s’euacue  dehors  vne  grosse  se- 
mence, voire  en  grande  quantité, 
auec  trauail  et  plaisir,  ainsi  que  si 
elles  estoient  en  l’acte  venerien,  prin- 
cipalement à celles  à qui  les  matrones 
titillent  lecol  de  leur  matrice  : et  alors 
que  les  matières  sont  escoulées , la 
matrice  se  relasche  peu  à peu,  et  tous 
les  accidens  cessent. 


n’cst  qu’il  la  tenait  lui-même  de  la  renom  - 
mée.  Sylvius  n’en  parle  pas,  ce  qui  s’ex- 
plique par  la  date  de  son  livre,  1556;  l’histoire 
de  Vésale  est  de  1563  ou  1564. 

i La  phrase  se  terminait  là  en  1573;  les 
quatre  lignes  qui  suivent  n’ont  été  ajoutées 
qu’en  1585. 


1ÉME  LIVRE  , 


CHAPITRE  LVI. 

LES  SIGNES  POVR  CONNOISTP.E  SI  LA 
SVFFOCATION  VIENT  PAR  LA  SEMENCE 
RETENVE  ET  CORROMPVE  , ET  NON 
DV  SANG  MENSTRVAL. 

C'est  que  tout  subit  leur  suruient 
vne  difficulté  de  respiration,  puis  tost 
apres  priuation  d’icelle  : la  femme  re- 
tire les  iambes  en  haut,  et  sent  quel- 
que chose  estre  esleuéede  la  matrice 
à la  bouche  del’estomach , et  au  cœur, 
comme  nous  auons  dit  : si  la  femme 
est  addonnée  à l’homme  , et  qu’elle 
s’en  soit  ja  dés  long  temps  retenue, 
ou  bien  que  ce  soit  vne  fille  vierge, 
succulente  et  sanguine,  vsant  de  vian- 
des chaudes,  humides  et  venteuses, 
et  qu’elle  soit  oisiue,  et  auec  irrita- 
tion d’homme,  appetant  Venus,  et  les 
mois  luy  sont  supprimés , cela  de- 
monstre  que  la  suffocation  vient  de  la 
semence  retenue. 

Les  accidens  qui  viennent  aux  hom 
mespar  lasemence  retenue  sont  moins 
fascheux  qu’aux  femmes,  parce  qu’ils 
dissipent  par  le  trauail  la  plus  grande 
part  de  la  corruption. 


CHAPITRE  LVI1. 

LA  CVRE  DE  LA  SVFFOCATION  DE  LA 
MATRICE. 

La  suffocation  procédante  de  la  ma- 
trice , pour  ce  que  c’est  vn  grief  et 
pernicieux  accident,  se  veut  secourir 
promptement,  voire  en  négligeant 
pour  l’heure  la  cause  d’icelle. 

Donc  que  la  femme  subit  soit  située 
sus  l’espine  du  dos,  ayant  vn  peu  le 
thorax  esleué  , à fin  qu’elle  expire 


DE  LA  GENERATION. 


plus  librement , et  que  promptement 
on  luy  détaché  les  lacets  de  sa  poi- 
trine , et  qu’on  l’appelle  à haute  voix 
par  son  nom , criant  à ses  oreilles  : 
qu’on  luy  tire  le  poil  des  temples  et 
de  derrière  le  col , ou  plustost  celuy 
des  parties  honteuses,  à fin  que  non 
seulement  elle  soit  esueillée , mais 
d’auantage  que  par  la  douleur  exci- 
tée en  bas  , la  vapeur  qui  monte  en 
haut  et  fait  la  suffocation  soit  retirée 
et  rappellée  en  bas  par  reuulsion  : 
aussi  luy  faut  lier  les  bras  et  iambes 
de  liens  douloureux,  ensemble  qu’on 
la  frotte  rudement  auec  gros  linges 
aspres  et  rudes , auec  douleur,  trem- 
pés en  vinaigre  et  sel.  D’auantage,  on 
luy  appliquera  vn  pessaire  à la  ma- 
trice semblable  à cestuy  *: 

if..  Succi  mercur.  et  artemis.  ana  5 • ij- 
In  quibus  dissol.  pu),  benedict.  3.  iij. 

Pul.  rad.  enul.  campa,  galangæ  minoris, 
ana  3.  j. 

Fiat  pessar. 

Puis  luy  faut  oindre  la  plante  des 
pieds  d’huile  laurin , ou  autre  sem- 
blable : apres  on  luy  appliquera  vne 
grande  ventouse  sur  le  petit  ventre 
au  dessous  du  nombril,  auec  grande 
flambe  : aussi  luy  en  seront  appli- 
quées au  plat  des  cuisses,  c’est  à dire 
aux  parties  intérieures,  près  les  aines, 
à fin  de  retirer  la  matrice  en  son  lieu, 
et  faire  reuulsion  des  matières  qui 
causent  ce  mal.  S’il  est  besoin  sera 
fait  parfum  en  la  matrice  auec  choses 
fort  odorantes  : mais  premièrement 
faut  tenir  le  col  de  la  matrice  ouuert, 
à fin  que  le  parfum  puisse  mieux  en- 
trer dedans,  qui  se  fera  auec  vn  ins- 
trument fait  en  façon  de  pessaire, 

1 On  voit  encore  ici  le  mot  pessaire  pris 
dans  le  sens  des  anciens;  tout-à-1’ heure  il 
le  sera  dans  un  sens  plus  rapproché  des  mo- 
dernes. 


pertuisé  en  plusieurs  lieux , à la  bou- 
che duquel  y aura  vn  petit  ressort  qui 
le  pourra  tenir  ouuert , tant  et  si  peu 
que  l’on  voudra  : et  sera  attaché  par 
deux  liens  à vne  bande,  ceinte  au  mi- 
lieu du  corps  de  la  femme  : lequel 
sera  fait  d’or  ou  d’argent , ou  de  fer 
blanc  : le  portrait  duquel  est  icy 
donné. 

Pessaire  pour  tenir  le  col  de  la  matrice  ouuert, 
par  le  bénéfice  d’vn  ressort  *. 


Ayant  mis  le  pessaire  dans  le  col  de 
la  matrice,  la  femme  sera  assise  en 

1 Ce  pessaire  est  le  même  que  celui  qu’on 
a vu  au  chapitre  29  du  livre  V,  tome  1er, 
page  3G9.  — La  forme,  la  dimension  , la 
courbure  étant  les  mêmes,  je  n’ai  pas  jugé 
nécessaire  de  faire  graver  une  autre  figure  ; 
cependant  je  dois  avertir  que  le  pessaire  ici 
représenté  par  Paré  était  percé  de  trous 
pareils  à ceux  de  son  extrémité  jusqu’à 
deux  lignes  environ  delà  charnière. 


758 

vne  chaise  percée  et  bien  couuerte 
tout  autour,  de  peur  que  la  vapeur 
des  choses  aromatiques  qui  ont  vertu 
d’attirer  la  matrice  en  bas  ne  monte 
en  haut,  et  que  la  femme  ne  ressente 
ceste  odeur  par  le  nez  et  par  la  bou- 
che : car  tout  au  contraire  luy  faut 
faire  odorer  choses  fetides  et  fort 
pliantes,  à fin  de  renuoyer  la  matrice 
en  bas,  dont  nous  parlerons  cy  apres. 
On  peut  vser  desdits  parfums  odorife- 
rans  liquides, les  faisant  bouillir  auec 
maluoisie  ou  du  bon  vin,  y adious- 
tant  vn  peu  d’eau  de  vie , posés 
en  vn  pot  couuert  d’vn  entonnoir: 
mettant  vn  rechaud  dessous , auquel 
y aura  du  feu,  à fin  que  la  vapeur  qui 
s’esleuera  puisse  entrer  dedans  le  col 
de  la  matrice  au  trauers  du  susdit 
instrument  fait  en  maniéré  de  pes- 
saire  K 

Portrait  d’vn  pot  pour  receuoir  les  parfums  au 
col  de  la  matrice. 


■ J’ai  rétabli  ce  paragraphe , qui  est  es- 
sentiel à l’intelligence  du  texte,  d’après  l’é- 


I.IVRE  , 

Les  matières  des  parfums  odorife- 
ranssont,  Cinamom,  calam.  uromat. 
xylalocs,  ladctmm,  benioin , thym,  pi- 
per , cttrynphyl.  lauan.  calament . ar- 
temis.  p leg.  alipla  mosc.  gall.  mosc. 
mus.  ami.  iuncus  od&ratus  1 , et  avi- 
lies semblables , qui  par  leur  grande 
vertu  aromatique  attirent  la  matrice 
en  son  lieu  , et  consument  les  vento- 
sités putredineuses.  Et  faut  garder 
que  ladite  fumée  n’entre  point  aux 
narines  : au  contraire  luy  faut  faire 
vn  parfum  de  choses  puantes,  qu’elle 
receura  par  le  nez  et  par  la  bouche, 
comme , Galbanum , sagapmum , am- 
mqniacum  , assa  fœlida,  b i lumen  , 
aleum  gagatœ , huile  de  souphre  et  de 
petrolle  : aussi  des  chandelles  de  suif 
recentement  esteintes , plumes  de 
perdrix , bécasses,  et  de  tous  autres 
oiseaux:  poils  d’homme,  de  bouc,  de 
vache:  draps,  feutre,  vieilles  saua- 
les  de  souliers,  ongles  et  cornes  de 
bestes  , poudre  à canon  2 et  souphre 
vif  bruslés , et  autres  choses  sembla- 
bles , à fin  que  ceste  puante  vapeur 
contraigne  la  matrice  d’aller  en  bas 3 : 
d’autant  que  la  matrice,  d’vn  instru- 
ment naturel  et  peculiere  faculté  , 
fuit  les  choses  puantes,  et  se  plaist 
aux  choses  odoriférantes.  Or  quand 

dition  de  1573;  car  il  avait  été  omis  dans 
l’édition  de  1575,  et  par  suite  dans  toutes 
les  autres,  par  une  sorte  d’oubli  qu’il  n’est* 
pas  facile  d’expliquer. 

' Toute  cette  longue  énumération  se 
trouve  dans  l’article  cité  de  Sylvius. 

’ L’édition  de  1573  ajoute  ici,  punaises;  ce 
mot  a été  retranché  dès  1575. 

* Le  paragraphe  se  terminait  ici  en  1573  ; 
la  fin  de  la  phrase  ne  date  que  de  1579, 
mais  la  dernière  phrase  se  lisait  déjà  en 
1575,  et  elle  se  terminait  même  alors  par 
ces  mots,  retranchés  depuis  : mais  l’euapo- 
ration  faite  des  choses  susdites  est  commode , 
d’autant  qu’elle  tend  à siccité. 


I,E  DtX-HVtTIÉME 


DE  LA.  GENERATION. 


on  dit  qu’il  faut  vser  de  parfums  faits 
de  choses  puantes,  cela  ne  se  doit  en- 
tendre des  corps  des  animaux  cada- 
uereux,el  des  eaux  des  esgouts  de  la 
voirie,  et  autres  choses  semblables  , 
parce  que  de  leur  vapeur  putredi- 
neuse  pourroient  infecter  la  malade 
et  les  assistans. 

Semblablement  on  prouoquera  le 
vomir,  en  mettant  vne  plume  d’oye 
fort  profondément  en  la  gorge,  ou 
les  cheueux  mesmes  de  la  malade  : 
apres  on  luy  donnera  quinze  grains 
de  poyure  noir  pilés  auec  hydromel 
ou  bon  vin  , qui  est  le  secret  d’Aui- 
cenne  : pareillement  , on  luy  peut 
donner  vne  demie  dragme  de  théria- 
que dissout  en  vne  once  d’eau  d’ab- 
sinthe, trois  heures  auant  le  past. 

Autre  remede  bien  approunè  : Vne 
goutte  d’huile  de  gels  mise  sus  la  lan- 
gue. 

A utre  remede  : Prenez  demie  dragme 
de  castor  dissout  en  vin  blanc  , ou 
bouillon  de  chapon,  et  luy  en  don- 
nez à boire. 

Pareillement  luy  sera  ietté  profon- 
dément dans  le  col  desa  matrice,  thé- 
riaque dissout  auec  eau  de  vie,  et  luy 
en  sera  donné  vne  ou  deux  cuillerées  : 
et  dans  les  oreilles  et  nez  on  luy  met- 
tra deux  ou  trois  gouttes  d'huile  de 
sauge  de  quinte-essence  *. 

On  la  fera  esternuer,  en  luy  met- 
tant dans  les  narines  de  la  poudre 
d’hellebore  , ou  de  poyure  , ou  autre 
semblable,  à fin  de  resueiller  l’esprit 
vital  et  animal  , qui  en  tel  cas  est 
comme  endormi  et  assoupi.  D’auan- 
tage  on  fera  des  iniections  carmina- 
tiues  dans  le  siégé  et  matrice , faites 

* Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575,  où 
il  se  terminait  par  ces  mois,  retranchés  dés 
1579  ; à cause  de  la  tenue  substance  qui  est  en 
elle. 


759 

de  décoction  de  calamenthe,  armoise, 
lauande,  pouliot,  camomille,  melilot, 
et  autres  semblables  : outre  plus  on 
fera  suppositoires  et  pessaires  dela- 
danum , gingembre,  galla  mosc,  thé- 
riaque , methridat , ciuetle,  musc: 
aussi  d’huile  de  girofle , anis , sauge , 
rosmarin  , et  autres  semblables , ex- 
traites par  quinte-essence.  D’auantage 
pourra  vser  de  clysleres,  comme  ces- 
tuy-cy, 

if..  P, ad.  enulæ  campa,  ireos,  ebul.  aristo- 
loch.  ana  § . j. 

Fol.  absinlh.  artemis.  matricar.  puleg. 
origan,  ana  m.  j. 

Bacchar.  lauri  et  iunip.  samhuc.  ana  p.  j. 
Sem.  rutæ,  cumini,  amnios  ana  3.  ij. 
Florum  slœchad.  rorism.  saluiæ,  cen- 
taur.  minor.  ana  p.  ij. 

Fiat  decoctio,  cape  de  colat.  ft.  j.  in  qua 
dissolue  : 

Mellis  anthos.  sacch.  rub.  et  hened.  ana 
5-  j- 

Diacath.  3.  ij. 

Olei  aneth.  et  nard,  ana  § . j.  C . 

Fiat  clysterium. 

D’auantage  on  leur  pourra  appli  - 
quer ceste  emplastre  sur  le  ventre. 

ip.  Mass,  emplast.  oxycroc.  et  de  melil.  ana 

§•  üj- 

Olei  nard,  quant,  suff.  ad  malaxand. 

Fiat  emplastr.  extendatur  super  alutam,  et 
applicetur  reg.  matricis. 

Et  si  la  femme  est  mariée  , le  pa- 
roxysme estant  ja  passé,  et  la  femme 
estant  resueillée  ‘ , qu’elle  aye  com- 
pagnie de  son  mari,  car  telle  chose 
surpasse  tous)  autres  remedes  : et  si 
c’est  vne  femme  grosse  qui  souffre 

1 Ces  mots  : le  parnxisme  estant  ja  passé  et 
la  femme  estant  resueillée,  manquent  dans 
l’édition  de  157.1,  et  n’ont  été  ajoutés 
qu’en  1575. 


LE  DIX'HVITI^ME  LIVRE  , 


760 

suffocation,  de  ce  remede  aura  grand 
et  prompt  secours , et  seur  : car  des 
autres  aides  n’en  doit  vser  qu’auec 
grande  prudence  et  conseil  du  docte 
médecin,  depeurd’auorter,  et  en  lieu 
de  la  compagnie  de  son  mari 

La  sage-femme  doit  oindre  ses 
doigts  auec  huile  nardin  , ou  mu- 
guette,  ou  de  clou  de  girolle,  ou  d’as- 
pic meslés  ensemble,  auec  musc  et 
ambre  gris  , et  ciuette , et  quelques 
poudres  subtiles  et  aromatiques,  et 
les  appliquer  au  profond  du  col  de  la 
matrice  : et  en  frottant  qu’elle  titille 
ledit  col  del’orificed’iceluy,  et  qu’elle 
l’eschauffe  premièrement  de  quelque 
linge.  Et  toutes  ces  choses  se  feront 

' L’édition  de  1573  contenait  ici  ce  para- 
graphe •• 

« Mais  d’autant  qu’il  y a certaines  femmes 
qui  pour  nulle  chose  voudroient  prendre  vn 
clisterc  de  la  main  d’vn  homme,  pour  vne 
vergongne  qu’elles  ont  de  ce  montrer  : à 


à fin  que*la  semence  corrompue  , ou 
autres  humeurs  venimeux , ou  ven- 
tosités (qui  sont  cause  de  ses  maux)  se 
puissent  résoudre  et  s’escouler  hors  , 
à fin  qu’estans  euacuées , la  matrice 
puisse  descendre,  et  que  soudain  la 
femme  reuienne  à coriualescence  de 
sa  suffocation  , et  en  sa  première 
santé  : qui  se  connoistra,  à cause  que 
les  iouës  commenceront  à rougir,  et 
les  mandibules  à s’ouurir,  et  les  yeux 
à s’esleuer , et  le  pouls  à se  manifes- 
ter , et  la  femme  aura  connoissance 
des  assistons , et  commencera  à se  res- 
ioüir,et  autres  signes  de  reconuales- 
cence2.  Quelques-vnsliennentpour  vn 
grand  secret  de  frotter  l’ombilic  de 

ceste  cause  i’ay  fait  portraire  cet  instru- 
ment, duquel  elles  se  pourront  aider  à re- 
ceuoir  ledict  clistere,  mettant  pardeuant 
(aiant  les  fesses  esleues)  la  canule  dans  le 
siégé,  puis  versera  la  liqueur  dedans.  » 


« Instrument  par  lequel  les  femmes  se  peuuent  bailler  elles  mesmes  vn  clistere.  » 


Ce  passage  a été  retranché  dès  1575,  la£lî- 
gurc  étant  encore  conservée  ; mais  elle  a 
été  à son  tour  supprimée  en  1579;  le  tout 
alors,  ligure  et  texte,  ayant  été  transporté 
au  Livre  des  medicamens,  chapitre  22. 

- Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  la 
dernière  phrase  a été  ajoutée  en  1575. 

J’ai  ici  une  remarque  assez  importante  à 


faire  relativement  à l’arrangement  du  texte. 
A partir  de  l’édition  de  1579,  on  trouvait  à 
la  suite  de  ce  chapitre  un  assez  long  para- 
graphe qui  manifestement  ne  s’y  rapportait 
point,  et  tout  aussi  manifestement  se  rat- 
tachait au  chapitre  suivant.  J’ai  jugé  qu’il  y 
avait  eu  là  une  méprise  de  l’imprimeur 
demeurée  inaperçue  de  l’auteur,  et  je  n’ai 


DE  LA  GENERATION. 


suc  exprimé  d’vn  ail  cuit,  meslé  auec 
vu  peu  d’aloé. 


CHAPITRE  LVIII. 

PV  FLVX  MENSTRVAL  DES  FEMMES  L 

La  fleur  est  fondement  ou  prépa- 
ratif à la  semence , et  au  fruit  de 
chaque  plante.  Pour  ceste  cause  on 
appelle  fleurs  les  purgations  men- 
strualles  de  la  femme  , d’autant 
qu’elles  precedent  communément,  et 
sont  comme  préparatifs  à leur  fruit 
qui  est  l’enfant , dont  il  s’ensuit  que 
les  femmes  ne  peuuent  auoir  enfant 
deuant  qu’auoir  leurs  fleurs.  Or 
icy  faut  entendre  que  la  femme  est 
froide  et  humide  plus  que  l’homme  , 
et  engendre  plus  de  sang  qu’elle  ne 
peut  consommer  à la  nourriture  de 
son  corps  , principalement  depuis 
l’aage  de  douze  ans  , auquel  terme 
elle  a fait  la  plus  part  de  son  accrois- 
sement : alors  commence  le  sang  estre 
superflu  , et  n’estant  tout  employé  à 
la  nourriture  des  parties , il  s’amasse 
peu  à peu  autour  de  la  matrice , et 
quand  il  y en  a suffisante  quantité,  la 
vertu  expultriceleiettedehorscomme 
chose  inutile.  Car  le  sang  qu’elle  iette 
tous  les  mois,  n’est  que  la  portion  de 

pas  hésité  à remettre  chaque  chose  à sa 
place,  en  exposant  ici  les  raisons  qui  m’ont 
dirigé. 

1 Ce  chapitre  commence  dans  cette  édi- 
tion tout  différemment  que  dans  les  édi- 
tions ordinaires.  Le  premier  paragraphe,  qui 
date  seulement  de  1579,  avait  été  mis  par 
mégarde  à la  fin  du  chapitre  précédent. 
Voyez  la  note  précédente.  Du  reste,  on  n’y 
retrouve  guère  que  des  idées  déjà  émises 
dans  la  suite  du  chapitre. 


761 

tout  le  sang  la  plus  crue  et  indigeste, 
et  non  pas  comme  plusieurs  ont  pensé, 
infecte  et  de  mauuaise  et  pernicieuse 
qualité , et  n’est  à reprouuer  que  de 
sa  crudité , pourueu  que  la  femme 
soi  t saine  et  gaillarde  : et  parce  qu’elle 
abonde  grandement  en  sang , Nature 
a ordonné  que  la  portion  moins  di- 
geste s’escouleroit  tous  les  mois 

Les  femmes  appellent  leur  flux  de 
sang  par  la  matrice , mois,  parce  que 
quand  elles  sont  saines,  elles  s’eua- 
cuent  par  tel  flux  quasi  tous  les  mois: 
les  autres  appellent  leur  temps,  parce 
qu’il  coule  tousiours,  ou  le  plus  sou- 
uent  en  certain  temps  : autres  le 
nomment  semaines , à cause  que  ce 
flux  a accoutumé  de  fluer  en  quel- 
ques-vnes  qui  sont  principalement  oi- 
siues  et  gourmandes,  par  septiours  : 
autres  l’appellent  leurs  purgations , 
pource  que  par  tel  flux  se  purgent 
tout  leur  corps  : les  aulres  l’appellent 
/leurs  rouges , et  celles  qui  sont  blan- 
ches , fleurs  blanches , parce  que  tout 
ainsi  que  la  fleur  précédé  le  fruit  des 
plantes , pareillement  les  femmes  ne 
concoiuent  point , ou  rarement,  que 
leurs  mois  n’ayent  coulé  2. 

Et  pource  qu’aucuns  sont  en  doute 
si  vne  fille  estant  meure  et  apte  à re- 
ceuoir  l’homme , et  qu’elle  n’aye  en- 
core eu  ses  fleurs,  peut  conceuoir  : de 
ma  part  i’estime  que  difficilement 
cela  se  peut  faire.  Car  puis  que  ce  qui 
aide  à la  conception  defaut , et  que  la 

1 Philosophie  de  M.  loubert,  liu.  des  Er- 
reurs populaires.  — A.  P. 

2Syluius  liu.  des  mois.— A.  P. — Cette  cita- 
tion, qui  manquait  d’abord  en  1573  et  1575, 
indique  suffisamment  où  Paré  a puisé  l’idée 
et  les  principaux  détails  de  ce  chapitre,  ainsi 
que  de  ceux  qui  le  suivent,  et  qui  se  ratta- 
chent au  même  objet. 


LE  DIX-H VITIÉME  LIVBE  , 


762 

matrice  est  destituée  de  l’humeur 
dont  il  faut  que  l’enfant  soit  nourri , 
comme  se  pourroit-il  faire  que  la  con- 
ception se  parfist  ? Ce  qui  se  peut 
prouuer  par  la  similitude  des  arbres 
et  plantes  qui  iettent  leurs  fleurs,  aus- 
quels  le  fruit  n’est  point  dénié,  et  nul 
arbre  qui  fleurit  n’est  stérile  : mais 
bien  tout  arbre  qui  est  priué  de  sa 
fleur,  est  infertile  : ainsi  les  tilles  quine 
iettent  encores  leurs  fleurs,  ne  peu- 
uent  engendrer  et  deuenir  grosses  : 
mais  celles  qui  sont  d’aage  , conçoi- 
uent  et  font  des  enfans  tant  que  leurs 
mois  durent.  Toutesfois  il  se  peut 
faire,  mais  rarement,  que  les  filles 
conçoiuent  sans  auoir  iamais  eu  leurs 
fleurs,  à cause  qu’il  s’amasse  en  leur 
matrice  autant  de  sang  qu’il  y a cous- 
tume  d’en  rester  à celles  à qui  leurs 
fleurs  coulent  *. 

Or  si  les  filles  et  femmes  sont  saines, 
elles  s’euacuent  tous  les  mois,  comme 
nousauonsdil:  toutesfoisilfautenlen- 
dre  que  cela  ne  se  fait  pas  ordinaire- 
ment à toutes  femmes  tous  les  mois , 
ne  tousiours  aussi  en  vn  mois,  mais  en 
aucunes  plus  souuent,  en  autres  plus 
rarement  : car  il  y a des  femmes  qui 
les  ont  trois  fois  en  vn  mois,  qui  se 
faitpour  la  grande  multitude  desang, 
à cause  de  leur  habitude  et  ieunesse, 
et  désir  d’habiter  auec  les  hommes  : 
les  autres  ne  les  ont  que  de  deux  mois 
en  deux  mois,  plus  ou  moins.  D’auan- 
tage  , aucunes  les  ont  à la  nouuelle 
lune , les  autres  au  defaut  : et  telle 
chose  se  fait  pour  la  diuerse  com- 
plexion  et  température  qu’elles  ont 
des  vnes  aux  autres , à sçauoir , plus 
chaudes  ou  plus  froides , et  pour  plu- 
sieurs autres  causes  qui  seroient 
longues  à escrire  -2.  Car  pour  le  dire 

’Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 

2 Ici  finissait  le  chapitre  en  1573;  le  reste 
a été  ajouté  en  1575. 


en  vn  mot , celles  qui  ont  les  veines 
amples,  le  foye  grand , qui  prennent 
beaucoup  de  viandes  et  bien  nourris- 
santes, qui  sont  sédentaires  et  oisiues, 
qui  dorment  beaucoup , et  viuent  en 
pais  et  air  pluuieux  et  austral , qui 
vsent  de  bains  d’eaux  douces , ou  de 
legieres  frictions  incontinent  apres  le 
repas, lesieuneset  brunettesontleurs 
mois  en  plus  grande  abondance  : 
comme  au  contraire , en  moindre 
quantité  l’ont  celles  qui  ont  les  veines 
estroites  et  peu  apparentes,  les  bien 
charnues  et  grasses  ( de  tant  que  la 
superfluité  de  l’aliment  se  conuertit 
en  corpulence  et  graisse)  les  mollasses 
et  blanchastres  ( parce  qu’elles  ont 
le  cuir  plus  rare,  et  partant  endurent 
plus  de  dissipation  de  leur  substance, 
que  les  brunes  qui  ont  le  cuir  plus 
dense  et  ferme)  et  qui  sont  suiettes  à 
quelque  autre  euacuatiou  et  coutu- 
mière de  sang,  soit  par  le  nez,  hemor- 
rhoïdes,  ou  autre  endroit  du  corps. 
Quant  aux  ieuncs,  elles  ont  leurs 
mois  en  la  nouuelle  lune , et  les  vieil- 
les au  contraire  en  pleine  lune,  ou 
décroissante.  La  raison  est  telle:  la 
lune  est  vne  planetle  qui  seigneurie 
et  esmeul  les  corps  : de  là  vient  que 
pour  la  diuersilé  du  cours  d’icelle,  la 
mer  s’enfle , flue  et  reflue , les  os  s’em- 
plissent de  moelle , et  les  plantes  d’hu- 
midité : parquoy  les  ieunes  qui  ont 
beaucoup  de  sang  et  sont  plus  fortes 
et  gaillardes , sont  aisément  esmeiies, 
voire  au  premier  quartier  et  crois- 
sant de  la  lune  nouuelle  : mais  les 
vieilles,  de  tant  qu’elles  ont  moins  de 
sang , requièrent  une  lune  plus  forte 
et  vigoureuse;  parquoy  ne  sont  es- 
meuës  à auoir  leurs  mois  sinon  en 
pleine  lune , ou  décroissante,  en  la- 
quelle le  sang  amassé  par  la  pléni- 
tude et  vigueur  de  la  lune  passée,  est 
aisément  incité  à couler  et  fluer  : 


763 


DE  LA  GENERATION. 


raison  que  i’ay  tirée  du  texte  d’A- 
ristote, du  4.  De  generatione  anima- 
lium. 


CHAPITRE  L1X. 

P0VRQV0Y  NATVRE  A FAIT  QVE  LA  FEMME 
A VN  FLVX  MENSTRVAL*. 

Or  Nature  a fait  que  la  femme  a vn 
flux  menstrual,  pourautant  que  Dieu 
l’a  ereée  pour  estre  compagnie  à 
l’homme,  et  aussi  pour  luy  seruir  de 
suiet  et  champ  fertile  à la  génération 
des  indiuidus.  A esté  aussi  soigneux 
delà  nourriture  du  petit  enfant  con- 
ceu  et  formé  en  la  matrice  de  la  fem- 
me : aussi  a composé  la  femme  de 
tempérament  froid  et  humide,  à ce 
qu’elle  peust  amasser  suffisante 
quantité  de  sang  superflu,  appelle 
sang  menstrual,  non  seulement  pour 
la  nourriture  de  son  corps,  mais  aussi 
pour  s’en  seruir  à nourrir  l’enfant,  et 
luy  donner  accroissement  tout  le 
temps  qu’il  y seroit  : mesmement  pour 
d’iceluy  sang  conuerti  en  laict  és 
mammelles,  donner  aliment  quelque 
espace  de  temps  à l’enfant  estant  sorti 
du  ventre  de  la  mere.  Qu’il  soit  vray, 
ce  9ang  menstruel  ne  commence  à 
paroistre  aux  femmes  que  lors  qu’el- 
les sont  capables  d’estre  mariées  et 
porter  en  fans,  qui  est  en  l’aage  de 
quatorze,  quinze,  et  seize  ans,  et  cesse 
à celles  qui  approchent  de  quarante 
et  cinquante  ans. 

1 Ce  chapitre  n’existait  pas  dans  les  pre- 
mières éditions;  il  a été  publié  pour  la  pre- 
mière fois  en  16S5. 

On  trouve  quelquefois  écrit  menstruel  dans 
le  teste  de  Paré;  mais  cela  est  si  rare,  et 
toutes  les  éditions  originales  sont  si  unani- 
mes que  j’ai  dù  adopter  menstrual. 


CHAPITRE  LX. 

LA  CAVSE  DES  MENSTRVES  AVX 
FEMMES. 

Pource  que  les  femmes  sont  de 
température  froide  , au  respect  des 
hommes,  aussi  le  nourrissement  ne  se 
peut  tost  conuertir  en  bon  sang,  de 
façon  que  la  plus  grande  partie  de- 
meure indigeste,  et  se  conuertit  en 
menstnres,  desquelles  la  femme  saine 
se  purge  et  nettoye 1 : ie  dis  saine  ex- 
pressément, car  aucunes  femmesma- 
lades  en  sont  exemptes.  Or  on  peu  t af- 
firmer qu’aucunes  femmes  abondent 
cent  fois  plus  en  sang  que  l’homme  : 
qu’il  soit  vray,  depuis  treize  ou  qua- 
torzeansiusquesà cinquante,  et  quel- 
ques-vnes  iusques  à soixante2  , elles 
ietlent  tous  les  mois  grande  quantité 
de  sang  : et  neantmoinsque  quelques- 
vnes  soient  grosses  d’enfant,  aus- 
quelles  faut  abondance  de  sang  pour 
sa  nourriture  et  croissance  estant  au 
ventre  de  sa  mere,  si  est-ce  qu’elles 
ne  délaissent  à auoir  leurs  fleurs. 
D’auantage,  il  se  trouue  des  femmes 
grosses  qui  auortent  si  elles  ne  sont 
saignées,  et  disent  qu’elles  suffoque- 
roient  si  elles  ne  l’estoient.  Plus  , 
quand  l’enfant  vient  sus  terre , la 
mere  iette  grande  quantité  de  sang  : 
et  encore  apres  l’espace  de  dix  ou 
douze  iours,  et  encore  pendant  eeste 
purgation  le  sang  monte  aux  mam- 
melles et  se  conuertit  en  laict , qui 
n’est  qu’vn  sang  blanchi,  lequel  l’en- 
fant succe  ettette  iour  et  nuit:  et  ius- 

1 Aristote  en  ses  Problèmes.  — A.  P. 

2 Les  éditions  de  1573,  1575  et  1579  disent 
seulement  : depuis  treize  ans  iusques  à cin- 
quante. 


LE  DIX-H VITIEME  LIVRE, 


764 

ques  à ce  qu’il  soit  vn  peu  grandelet, 
souuent  la  nourrice  est  contrainte 
d’espandre  son  laict,  ou  se  faire  teter 
à vn  autre.  Etlors  que  l’enfant  est  ag- 
grandi  et  plus  fort,  d’autant  aussi 
succera-il  d’auantage  du  laict  des 
mammelles,  voire  queiouret  nuit  en 
peut  tirer  demie  liure  ou  plus,  neant- 
moins  plusieurs  nourrices  ne  laisse- 
ront d’auoir  leurs  fleurs  tous  les  mois. 
Et  pour  ces  causes  on  peut  vrayement 
dire  que  la  femme  a beaucoup  plus 
de  sang  que  l’homme  : mais  nousre- 
tourneronslefueillet,  et  dirons  qu’vne 
drachme  de  sang  d’vn  homme  vaut 
mieux  que  deuxliuresde  celuy  d’vne 
femme,  parce  qu’il  est  plus  cuit  et  di- 
géré, ’et  plus  spirituel  *. 

Parquoy  l’homme  ayant  vne  cha- 
leur plus  vigoureuse,  tourne  aisément 
et  promptement  en  substance  de  son 
corps  tout  l’aliment  qu’il  prend  : et 
s’il  y a quelque  superfluité,  par  le 
moyen  d’icelle  chaleur  il  la  discute  et 
dissipe  promptement  par  insensible 
transpiration  : mais  la  femme  au  con- 
traire est  plus  froide,  partant  appelé 
et  prend  plus  d’aliment  qu’elle  ne 
peut  cuire,  pource  amasse  beaucoup 
d’humeur  superflu,  lequel  pourl’im- 
becillité  de  sa  chaleur,  elle  ne  peut  ré- 
soudre par  insensible  transpiration. 
De  là  vient  que  la  femelle  est  suiette 
au  flux  menstrual,  et  non  le  masle. 


CHAPITRE  LXI. 

LES  CAV SES  POVRQVOY  LE  FLVX  MENS- 
TltVAL  EST  RETENV  AVX  FEMMES. 

Les  causes  de  la  rétention  et  cessa- 
tion sont  plusieurs,  comme  par  mala- 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  le 
dernier  paragraphe  a été  ajouté  en  1575. 


dies  aiguës,  ou  longues  : par  tristesse, 
peur,  faim,  ou  grands  trauaux,  et 
veiller, ou  pour  estre  grosse  d’enfant, 
ou  d’vne  mole,  ou  autre  mauuais ger- 
me : et  flux  de  ventre,  ou  par  hemor- 
rhoïdes,  ou  flux  de  sang  par  le  nez, 
ou  parla  bouche,  ou  d’autres  parties: 
aussi  pour  estre  trop  souuent  sai- 
gnée : par  sueurs,  aussi  vlceres  fluan- 
tes  en  grande  quantité,  par  multitu- 
des de  galles  au  cuir,  par  fiéures 
quartes  longues  1 : par  aage,  comme 
vieillesse,  par  estre  nourrice  d’enfant, 
et  autres  : et  pour  le  dire  en  vn  mot, 
par  toutes  choses  qui  desseichent  et 
euacuent  le  corps.  Pareillement  les 
menstrues  sont  supprimées  parce  que 
le  sang  est  trop  gros  etglutineux,  le- 
quel ne  peut  sortir  par  l’orifice  des 
veines  : aussi  pour  auoir  mangé 
grande  quantité  de  fruits  cruds  et 
non  meurs,  et  auoir  beu  eau  froide, 
comme  font  volontiers  les  femmes  : 
aussi  sont  supprimées  pour  quelque 
vice  de  la  matrice,  comme  quelque 
intemperature,  ou  aposteme,  vlcere, 
ou  pour  la  closture  de  son  orifice 
par  vne  callosité  ou  excroissance  de 
chair  faite  par  playe  ou  vlcere,  ou 
quelque  membrane  née  et  adhérante 
à la  bouche  delà  matrice,  ou- pour  y 
auoir  trop  iettë  de  certaines  eaux  as- 
tringentes, pour  faire  que  le  col  de 
leur  matrice  fust  plus  petit  et  estroit  : 
toutes  lesquelles  choses  bouchent  la 
matrice  2,  qui  font  que  les  menstrues 

1 Édition  de  1573  ; fleures  quartes,  longues 
et  autres  : et  pour  le  dire  en  vn  mot,  etc. 

- La  première  édition  posthume  et  toutes 
les  autres  après  elle  portaient  ici  : que  nous 
auons  par  cy  deuant  appellé  hymen.  Ce  mem- 
bre de  phrase  est  si  étrange  que  je  n’ai  pu 
penser  qu’il  v int  de  Paré,  et  que  j’ai  préféré 
suivre  le  texte  des  quatre  éditions  publiées 
par  lui-mème  et  de  son  vivant. 


DE  LA  GENERATION. 


766 


ne  pcuuent  couler,  et  le  sang  est  con- 
traint régurgiter  en  la  masse  sangui- 
naire, qui  cause  plusieurs  maladies  et 
accidens, voire  souuent  la  mort. 

D’auantage  aucunes  femmes  ayans 
perdu  leurs  fleurs,  ou  iamais  n’ayans 
eu  le  cours  d’icelles,  degenerent  en 
Nature  virile,  et  sont  appellées  hom- 
masses,  et  des  Latins  Viragines,  parce 
qu’elles  sont  robustes,  audacieuses 
et  superbes,  et  ont  la  voix  d’homme, 
et  deuiennent  velues  et  barbues,  à 
raison  que  ce  sang  qu’elles  perdent 
chacun  mois  est  retenu  : ce  qui  est 
prouué  par  Hippocrates1,  disant  qu’en 
Abdere,  Phaëtusa  femme  de  Pytheas, 
au  commencement  qu’elle futmariée, 
porta  enfans  : mais  quelque  temps 
apres  son  mari  estant  exilé  pour  quel- 
que délit,  perdit  ses  fleurs,  à raison 
dequoy  luy  suruindrent  des  douleurs 
et  rougeurs  aux  articles.  Et  cela  luy 
estant  survenu,  son  corps  se  changea 
en  homme,  deuenant  velue  et  barbue, 
sa  voix  estant  rude  et  aspre  : puis  il 
adiouste:  le  semblable  aussi  aduint 
en  Thaso,  à Namysia,  femme  de  Gor- 
gippus  2.  Telles  femmes  ou  tilles  sont 
naturellement  plus  fortes  et  de  tem- 
pérature chaude  et  seiche,  de  sorte 
qu'elles  peuuent  aisément  dissiper 
par  insensible  transpiration  les  su- 
perfluités de  leur  nourriture  à la  fa- 
çon des  hommes:  et  en  outre  sont 
stériles. 

1 Six.  des  Epid.  sect.  8.  7.  — A.  P. 

2 Ici  s’arrêtait  ce  paragraphe  en  1573;  le 
reste  est  de  1575. 


I J 


CHAPITRE  LXÏI. 

LES  SIGNES  ET  PROGNOSTIC  QVE  LES 

MENSTRVES  SONT  RETENVES  , ET  LES 

MALADIES  ET  ACCIDENS  QVI  EN  AD- 

VIENNENT. 

Quand  les  mois  sont  retenus  par 
obstruction  des  veines  et  arteres  qui 
sont  à la  matrice  et  col  d’icelle,  dé- 
diées à expulser  tel  sang,  alors  il  se 
fait  plusieurs  maladies  et  accidens, 
comme  suffocation  de  matrice,  dont 
nous  auons parlé  cy  dessus  : les  mam- 
melles  de  la  femme  deuiennent  enflées 
et  dures,  et  les  parties  génitales:  aussi 
douleur  de  teste,  défaillance  de  cœur 
et  souuent  palpitation  d’iceluy,  inflam- 
mation à la  matrice,  fîéure,  aposteme, 
chancre,  digestion  debile, nausée,  vo- 
missement (comme  aux  femmes  gros- 
ses, dont  plusieurs  le  cuident  estre) 
liydropisie  : d’auantage  aucunes  ont 
vne  strangurie,  c’est  à dire  11e  pou- 
uans  faire  leur  vrine  que  goutte  à 
goutte  *,  à cause  que  la  matrice  es- 
tant remplie,  presse  et  ferme  quasi  la 
vessie  qui  luy  est  au  dessus  : ou  bien 
si  elles  vrinent  librement,  leur  vrine 
est  espaisse  et  noirastre  ou  rougeas- 
tre,  pour  vne  partie  du  sang  retenu 
coulant  par  icelle , comme  raconte 
Galien  au  liure  De  atra  bile. 

Il  y a des  femmes  qui , lors  qu'elles 
viennent  sur  le  point  que  leurs  mois 
veulent  couler,  sentent  de  grandes 
douleurs  aux  reins  et  tranchées  au 
ventre , à cause  que  leur  sang  est  fort 
grossier,  qui  fait  qu’il  pénétré  diffici- 
lement par  les  veines  et  arteres2. 

1 Ici  finissait  le  chapitre  en  1573  ; le  reste 
est  de  1575. 

’ Ce  paragraphe  manque  dans  les  éditions 
de  1573  et  1575. 


LE  DÏX-IÎVITIÉME  LIVRE, 


766 

Les  femmes  se  peuuent  purger  de 
leurs  mois  non  seulement  par  la  ma- 
trice , mais  aussi  par  vomissement , 
par  les  vrines , par  les  hemorrhoïdes. 
le  sçay  que  ma  femme  estant  fille,  au 
lieu  d’auoir  ses  fleurs  par  le  lieu  des- 
tiné de  nature,  les  rendoit  par  le  nez 
l’espace  d’vn  an  entier.  Dauantage  la 
femme  de  Pierre  Le  Féure,  vendeur 
de  fer  demeurant  à Chasteaudun,  les 
rend  par  les  mammelles  auec  telle 
quantité  que  tous  les  mois  elle  gaste 
trois  ou  quatre  seruiettes*. 

Aussi  Uembert  Dodonay,  médecin 
de  l’empereur  César,  en  ses  Obserua- 
tions  medecinales  liure  1.  chapitre  15. 
dit  auoir  veu  vne  fille  aagée  de  seize 
ans  , laquelle  ietloit  ses  fleurs  par  les 
yeux,  comme  gouttes  de  sang,  en 
maniéré  de  larmes2. 

Autres  ont  aussi  difficulté  de  respi- 
rer, tristesse  sans  cause  raisonnable , 
manie, principalement  quan  1 les  mois 
sont  retenus,  ou  la  semence  (comme 
nous  auons  dit).  Quelques  vnes  de- 
uiennent  podagriques , la  couleur  du 
visage  liuide  , bouffie,  blaflarde  et 
difforme,  pareillement  tout  le  corps, 
et  deuiennent  (Jacques  et  languissan- 
tes , appétit  perdu  , phthisie  , epilep- 
sie  , paralysie  , apoplexie  : et  outre 
tout  cela  vu  insatiable  appétit  deve- 
nus , parce  que  toutes  les  parties  de  la 
matrice  sont  titillées  et  esmeuës  du 
sang  si  putréfiant  qui  y est  retenu. 
Or  ces  choses  aduiennent  principale- 

1  Ce  curieux  paragraphe  n’existait  pas 
en  1573,  ni  même  encore  en  1575,  bien  que 
Paré  fût  remarié  depuis  1572;  mais  sans 
doute  il  n’avait  pas  osé  mettre  en  scène  (si 
publiquement  l’histoire  des  règles  de  sa 
femme.  Au  reste  cette  crainte  ne  l’a  pas  re- 
tenu bien  long-temps,  et  ceci  était  publié 
dès  1579. 

• Cette  observation  de  Retnbert  Dodonée 
ou  Dodoens  a été  ajoutée  en  1585. 


ment  à celles  qui  sont  oisiues , et  qui 
viuent  copieusement  de  viandes  mul- 
tiplians  et  eschauffans  le  sang,  et  qui 
ont  fait  cessation  du  coït,  et  d’enfan- 
ter , aussi  estant  coustumierement 
auec  les  hommes  : desquels  maux 
lors  qu’il  y en  a quelqu’vn  ja  présent 
ou  prest  de  s’engendrer,  il  leur  faut 
aider  à prouoquer  leurs  menstrues 
par  les  choses  propres  et  dediées  à ce 
faire , comme  nous  déclarerons  bien 
tost. 

Or  la  femme  grosse  , combien  que 
ses  mois  luy  soient  longuement  sup- 
primés , loutesfois  iamais  ne  luy  ap- 
portent tel  accident  (ou  c’est  bien  ra- 
rement) parce  que  de  la  plus  pure 
partie  d’iceux  l’enfant  en  est  nourri 
en  la  matrice  , et  le  reste  qui  est  plus 
gros , et  non  gueres  corrompu , s’y 
garde  pour  supporter  l’enfant  et  ai- 
der à l’expulser  hors  quand  l’heure 
est  venue  d’enfanter,  qui  se  fait  par 
vne  grande  prouidence  de  Dieu  et  de 
Nature. 

Les  femmes  qui  conçoiuent  ne  sont 
tant  suiettes  aux  maladies  de  la  ma- 
trice , que  celles  qui  ne  conçoiuent  : 
parce  que  la  femme  estant  grosse,  ses 
vaisseaux  se  remplissent,  puis  apres 
se  purge  mieux  de  ses  menstrues. 

Quelquesfois  il  s’engendre  des  vents 
dans  la  matrice  qui  l’enflent  et  dur- 
cissent , et  leurs  fleurs  sont  retenues, 
de  façon  que  la  femme  pense  estre 
grosse  et  ne  l’est  pas  1 : et  quelques- 
fois fait  des  vents  par  le  col  de  la  ma- 
trice comme  par  le  siégé. 

La  femme  ayant  son  flux  a l’ap- 

1 Hippocrates  au  liu.  des  maladies  qui  ad- 
uiennenl  aux  femmes.  — A.  P.  — Le  para- 
graphe finissait  là  en  1573;  le  reste  de  la 
phrase  a été  ajouté  à latin  du  chap.  41  en 
1579.  L’auteur  a déjà  parlé  de  la  tympanite 
utérine  ci  devant,  page  727. 


DE  LA  GENERATION. 


767 


petit  perdu , et  mange  peu  , comme 
dit  a esté  par  cy  deuant  : parce  qu’en 
ce  temps  là  Nature  peine  et  trauaille 
plus  à iel  ter  ses  menstrues  qu’à  digé- 
rer l’aliment 1 , et  si  elle  mangeoit 
comme  de  coustume,  la  viande  11e 
pourroit  estre  digerée  : à ceste  cause 
Nature  prudente  en  toutes  ses  actions 
abhorre  les  viandes.  Aussi  la  femme 
ayant  ses  fleurs  a la  couleur  pâlie  : 
parce  que  durant  tel  flux  la  chaleur 
naturelle  se  retire  des  parties  exté- 
rieures aux  intérieures , pour  aider  à 
expeller  tel  flux,  laquelle  absente  de 
ceste  chaleur  naturelle  cause  la  cou- 
leur pâlie 2. 

Et  faut  noter  que  la  suppression  du 
sang  menstrual  retenu  dans  les  vei- 
nes, quelquesfoisse  conuerlit  en  ma- 
tière purulente.  Ce  que  Hippocrates 
a escrit  au  liure  Des  Maladies  des  fem- 
mes , dont  nous  pouuons  colliger  ce 
qu’on  dit  vulgairement  estre  faux, 
que  la  suppuration  n’est  iamais  sans 
aposteme  et  vlcere.  Galien  su r le  Com- 
mentaire du  troisième  liure  des  Epidé- 
mies , fait  mention  d’vne  femme  qui 
pour  la  suppression  de  ses  fleurs  de- 
uint  maigre  et  fort  extenuée , pâlie 
et  ridée,  à raison  de  l’impurité  du 
sang  corrompu  : laquelle  il  guarit , et 
luy  fit  reuenir  ses  mois  par  frequen- 
tes saignées.  Antonius  Beneuenius  au 
liure  1.  chapitre  41.  dit  qu’vne  femme 
estoit  tourmentée  d’vne  grande  dou- 
leur de  teste,  à cause  que  ses  mois 
estoient  retenus:  et  les  ayant  vomis, 
sa  douleur  de  teste  fut  cessée  3. 

1 Aristote  en  ses  Problèmes.  — A.  P. 

2 Ici  se  terminait  le  chapitre  dans  les 
éditions  de  1573, 1575  et  1579;  le  reste  a été 
ajouté  en  1585. 

3 Paré  a écrit  et  laissé  écrit  Benevenius ; 
c’est  Benivenius  qu’il  fallait  dire.  Il  cite  le 
liv.  I,  chap.  41  ; l’ouvrage  de  Benivieni  n’a 
qu'un  seul  livre.  Voyez  mon  Introduction.  , 


CHAPITRE  LXIII. 

DES  MOYENS  POVR  PROVOQVER  LE  FLVX 
MENSTRVAL  AVX  FEMMES. 

La  suppression  des  menstrues  est 
vne  disposition  procédante  premiè- 
rement de  repletion  ‘ : parquoypour 
sa  cure  demande  euacuation  de  la 
matière  qui  fait  la  repletion,  et  se 
fera  en  vacuant  le  sang,  ouurant  les 
veines  saphenes  : mais  où  il  y auroit 
fort  grandeplenitudeentoutle  corps, 
faudrait  premièrement  ouurir  celles 
des  bras,  à fin  de  n’en  attirer  trop  à la 
matrice,  qui  serait  cause  y faire  plus 
grandeobstruction.  Pareillement  l’ap- 
plication des  sangsues  au  col  de  la 
matrice  est  vtile  : aussi  pessaires,  prin- 
cipalement aux  femmes  et  non  aux 
filles  : car  à icelles  par  honneur  et 
honte  virginale  les  sufl'umigations 
sont  plus  propres  que  les  pessaires  : 
onguens , linimens , emplaslres  , hui- 
les, cataplasmes  apposés  au  col  delà 
matrice,  ligatures,  frictions  aux  cuis- 
ses et  aux  jambes,  ventouses  appli- 
quées près  les  aines  et  sus  le  plat  des 
cuisses,  clysteres,  parfums  pris  per 
embutum,  faits  de  choses  aromatiques, 
fomentations,  sternutations,  équita- 
tion, sauter,  cheminer,  et  autre  grand 
exercice  : aussi  surtout  la  compagnie 
de  leurs  maris,  s’ils  ne  sont  malefi- 
ciés 2.  D’auantage  on  peut  faire  rece- 
uoir  auec  vn  entonnoir  (et  cest  instru- 
ment posé  dans  le  col  de  la  matrice) 
ceste  euaporation  faite  de  baies  de 

1 Cecy  est  pris  de  Syluius  liure  des  mois. 
— A.  P. — Ce  renvoi  ne  date  que  de  1579, 
bien  que  le  texte  soit  de  1573.  Voyez  ci- 
devant  la  note  de  la  page  751. 

2 Le  paragraphe  finissait  ici  en  1573,  et 
jusqu’en  1579;  il  a été  complété  en  1585, 


768  LE  JDIX-HVXTIÉME  LIVRE 


laurier,  genéure,  pouliot , thym,  assa 
odorata , et  autres  choses  odoriféran- 
tes. Et  si  c’est  vne  fille  , l’euaporation 
susdite  est  conuenable:  aussi  un  petit 
de  cotton  trempé  en  jus  de  sabina  ou 
d’aluine , ou  petite  centaure  , ou  bien 
trempé  en  fiel  de  bœuf , et  appliqué 
au  col  de  la  matrice  en  forme  de  noiiet, 
est  vn  singulier  remede. 

Les  herbes  et  autres  choses  qui  pro- 
uoquent  les  mois,  vt  folia  et  flores  hy- 
periconis , endiuia,  chicor.  radices  fæ- 
niculi , asparagi , brusci , petroselini , 
berula  , basilici , métissa,  betonica, 
allia,  cepe,  crista  marina , cortex  cas- 
siæ  fistulœ,  calamentumoriganum,  pu- 
leg.  artemisia  , thymus  , hyssopus  , 
saluia,  maiorana , rosmarinus,  marru- 
bium , ruta  , sabina , tithymallus,  cro 
eus,  agaricus,  flores  sambuci,  baccce 
lauri,  hedera,  scammonea,  cantharides, 
pyreth.  euphor1.  Les  aromatiques  sont 
ammo.  cinam.  iuncus  odorat,  calamus 
aromat.  cyperus,  gingiber,nux  moscat. 
caryophyl.  galanga,  piper,  cubeb.  amb. 
mosc  s pieu  nardi,  et  autres.  Et  de 
toutes  ces  choses  on  en  peut  faire 
bouillons,  bolus,  potus,  pillules, 
opiates,  syrops,  apozemes,  desquelles 
choses  on  aura  recours  au  docte  mé- 
decin : toutesfois  ie  te  donneray  cet 
exemple  d’apozeme,  pource  qu’il  est 
fort  expérimenté- 

if.  Folior.  et  florum  dictamni  ana  p.  ij. 

Pimpinel.  m.  6 . 

Omnium  capil.  ana  p.  j. 

Artémis  maior.  tbymi,  orig.  ana  m.  0. 

Rad.  rudiæ  maior.  petros.  fœnicul.  ana 
5 • j-  6 • 

Rad.  pæoniæ,  bistort.  ana  g . O . 

Cicer.  rubror.  seminis  pæoni.  fœnicul. 
ana  3.  fi. 

Fiat  decoct.  in  aqua  suflicien.  ad  ft.  j. 
addendo  cinam.  3.  iij. 

' Pip.  de  JYatur,  mulieb.  — A.  P.  — 1379. 


In  colat.  dissolu. 

Syrup.  de  artemis.  et  hyssop.  ana  5.  j. 

Diarrh.  abbat.  3.  j. 

Passentur  per  manicam  Hippocratis  cum 
o.  ij.  nucleor.  dact. 

Cap.  g . iiij.  pro  dos.  mane. 

Aussi  on  en  peut  faire  bains , par- 
fums, fomentations  , iniections  , on- 
guens,  linimens  , pessaires,  supposi- 
toires , noüets , et  autres. 

Exemple  d’vn  pessaire  : Prenez  gal- 
banum  , ammoniac,  et  autres  sem- 
blables remollitifs,  lesquels  seront  mis 
en  paste  auec  vn  pilon  dans  vn  mor- 
tier chaud  , et  en  formez  pessaires , 
lesquels  seront  oints  d’huile  de  ias- 
min,  ou  d’euphorbe,  ou  de  fiel  de 
bœuf,  ou  de  jus  d’armoise,  et  d’autres 
herbes,  qui  auront  vertu  de  prouo- 
quer  les  mois  : mixtionnez  auec  scam- 
monée  mise  en  poudre.  Et  seront  les- 
ditspessairesdelongueurdesixdoigts, 
plus  ou  moins,  selon  la  corpulence  de 
la  femme , et  de  grosseur  d’un  gros 
pouce , et  enueloppés  en  linge  clair 
tissu  , et  seront  attachés  (et  principa- 
lement les  nouëtsjaucefil,  à fin  qu’on 
les  puisse  retirer  aisément  lorsqu’on 
en  voudra  remettre  d’autres. 

On  en  pourra  pareillement  faire  de 
miel  cuit , y adioustant  des  poudres 
propres,  comme  scammonée  et  eu- 
phorbe ‘.  Et  ne  faut  pas  que  tels  pes- 
saires demeurent  long  temps,  de  peur 
qu’ils  n'exulcerent  la  partie.  Parquoy 
iceux  retirés  de  bonne  heure,  faudra 
fomenter  l’orifice  de  l’amarry  de  vin 
blanc,  auquel  auront  cuit  du  pouliot 
ou  matricaria. 

Et  ici  noteras  que  si  les  mois  sont 
supprimés  par  la  closture  de  l’orifice 
de  la  matrice , ou  par  inflammation , 

1 Là  s’arrêtait  le  texte  de  ce  paragraphe 
en  1573;  le  reste  est  de  1575. 


DE  LA  GENERATION. 


ou  autre  mauuaise  disposition  1 ou 
chaleur  qui  aye  espaissi  le  sang,  ne 
faut  vser  de  remedes  qui  espaississent 
ou  eschauffent  trop,  mais  qui  refroi- 
dissent et  humectent,  autrement  on 
eschaufferoit  d’auantage  : cela  sera 
conneu  par  la  douleur  et  habitude  de 
la  malade.  Aussi  il  faut  remedier  à 
tels  vices  deuant  que  venir  aux  reme 
des  qui  prouoquent  les  mois  : car  au- 
trement on  redoubleroit  l’inflamma- 
tion , y attirant  d’auantage  de  sang  : 
et  s’il  y a quelque  excroissance  de 
chair,  ou  callosité  faite  par  playe  ou 
vlcere , qui  bouche  le  col  de  la  ma- 
trice, ou  quelque  membrane  née  à la 
bouche  d’icelle  ou  à l’orifice  de  son 
col , il  faudra  premièrement  oster  les 
callosités,  et  couper  les  membranes  2 * * *. 

Or  il  faut  icy  obseruer  vn  point  fort 
remarquable  : c’est  que  quand  nous 
voudrons  nous  efforcer  par  art  et 
moyens  sus  nommés  à faire  auoir  les 
mois  aux  femmes  , il  faut  choisir  le 
temps  propre,  sçauoir  le  decours  de 
la  Lune  en  celles  qui  ne  les  ont  ja- 
mais eus,  ou  le  temps  auquel  ils  ont 
de  coustume  de  couler  à celles  qui  ont 
ja  plusieurs  fois  parauant  eu  lesdits 
mois.  Car  ainsi  nous  aurons  auec 
l’art  et  medicamens,  Nature  et  cous- 
tume aidante  à noslre  intention.  De  là 
vient  que  nous  voyons  tant  souuent 
les  médecins  se  trauailler  en  vain  à 
prouoquerles  mois  aux  femmes  : car 
de  penser  les  faire  couler  en  temps 
indeu,  ou  deuant  et  apres  le  temps 
qu’ils  auoient  coustume  de  les  auoir, 
c’est  peine  perdue  : comme  ainsi  soit 

1 L’édition  de  1573  dit,  ou  autre  mauuaise 
disposition,  il  faut  remedier  à tels  vices,  etc. 

Les  sis  lignes  intermédiaires  ont  été  ajou- 

tées en  1579. 

î Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1673  ; le 

reste  est  de  dates  différentes. 


769 

que  les  medicamens  n’ont  aucune 
force  sans  l’aide  de  Nature.  D’auan- 
tage apres  l’vsage  de  tels  reme- 
des, ne  faut  enuoyer  les  femmes  aux 
estuues,  ny  leur  faire  vser  d’autres 
choses  qui  prouoquent  les  sueurs  : si 
ce  n'est  que  les  mois  soient  arrestés  à 
raison  de  l’espaisseur,  crassilie  et  glu- 
tinosilé  du  sang  : car  autrement  les 
sueurs  diuertissent  la  matière  ail- 
leurs, empeschans  par  ce  moyen  le 
flux  menstrual  *. 

Il  te  faut  bien  garder  de  donner 
chose  qui  prouoque  les  mois  aux  fem- 
mes grosses,  de  peur  de  les  faire  auor- 
ter,  qui  seroit  vn  acte  damnable  et  in- 
humain de  tuer  vn  petit  innocent , 
comme  auons  dit  cy  deuant. 


CHAPITRE  LXIV. 

LES  SIGNES  QVE  LES  MOIS  VEVLENT 
COVLER  AVX  FEMMES  ET  FILLES. 

La  femme  aura  les  mammelles 
grosses  et  endurcies  : aussi  est  titillée 
et  incitée  à Venus  : elle  a pareille- 
ment vn  grand  prurit  aux  parties  in- 
térieures du  col  de  la  matrice2,  par- 
ce que  le  sang  est  lors  eschauffé,  de- 
uient  acre,  et  se  putréfié  s’il  n’est 
euacué  à l’heure  deuë.  Aussi  toutes 
les  parties  génitales  sont  eschauffées 
et  tuméfiées  : toutesfois  si  la  matière 
des  fleurs  est  froide , elle  n’appele 
Venus  et  ne  s’y  delecte , et  sent  en  sa 
matrice  stupeur  auec  vn  decoule- 
ment  d’aquosités  blaffardes  : et  si 
l’humeur  cholérique  domine,  la  cou- 

1 Ce  long  paragraphe  est  de  1575;  celui 
qui  suit  date  seulement  de  1585. 

2 Ces  mots  : elle  a pareillement  vn  grand 
prurit,  etc.,  ont  été  intercalés  en  1585. 

49 


II. 


LE  DIX-HVITIlblE  LIVRE, 


7?0 

leur  dudit  flux  sera  iaune  : et  si  c’est 
le  sang,  sera  rubiconde  et  vermeille: 
aussi  si  c’est  la  melancholie , sera 
gros,  noir  et  plombin. 

Aux  filles  qui  sont  au  quatorzième 
an,  leurs  fleurs  commencent  à sortir, 
à autres  à treize,  à autres  à douze  : 
alors  leurs  tetins  se  grossissent,  poi- 
gnent  et  démangent,  et  la  voix  se 
mue  plus  grosse,  et  sont  incitées  à 
Venus,  et  ont  douleur  aux  lombes  et 
aux  parties  génitales,  semblablement 
à la  teste,  auec  vomissement  de  cho- 
lere  ou  de  phlegme,  ou  tous  les  deux 
ensemble  : et  le  sang  de  leurs  fleurs 
est  semblable  à la  laucure  d’vne 
chair  sanglante,  par-ce  qu’il  est  en- 
core indigeste  et  non  cuit,  à cause 
de  leur  tendre  ieunesse,  et  partant 
est  sereux,  aqueux  et  blaffard  l.  Et 
lorsqu’elles  sont  ja  meures  et  capa- 
bles d’vn  mari,  depuis  qu’on  attend 
trop  à les  marier,  encore  qu’elles  ren- 
dent leurs  fleurs  en  leur  temps,  on 
voit  toutesfois  qu’elles  sont  tourmen- 
tées griefuement  d’vne  défaillance 
de  cœur  et  suffocation  de  matrice, 
principalement  quand  elles  deuieu- 
nent  amoureuses,  et  sentent  vne  cha- 
leur en  leurs  parties  génitales  qui 
leur  démangent,  titillent  et  chatouil- 
lent, qui  leur  cause  de  ietter  leur 
semence  elles  seules  : laquelle  de- 
meurant aux  vaisseaux  spermati- 
ques ou  en  la  matrice,  se  corrompt  et 
se  retourne  en  venin  (comme  auons 
dit),  d’où  prouient  qu’il  s’eslcue  des 
vapeurs  putredineuses  aux  parties 
nobles  et  en  la  masse  sanguinaire, 
qui  altéré  le  sang  et  fait  qu’elles  ont 
vn  battement  et  défaillance  de  cœur, 
gémissent  et  soupirent,  à cause  que 
la  faculté  expultrice  est  incitée  à iet- 

1 Syluius,  liure  des  mois.  — A.  P.  — 1679. 

Voyez  ci-devant  la  note  de  la  page  761. 


fer  hors  cette  semence  superflue  et 
corrompue  : et  sont  pensiues  et  cha- 
grineuses  et  fort  degoustées,  ayant 
l’appetit  depraué,  dit  Pica,  ne  pou- 
uans  dormir,  ayans  la  couleur  pâlie 
et  iaunastre,  basanée,  bouffie,  et  tout 
le  corps  semblablement,  de  sorte 
qu’elles  ressemblent  plustost  mortes 
que  viues,  et  souuent  meurent  hy- 
dropiques et  languissantes,  ou  mania- 
ques. 

Donc  pour  obuier  à tels  accidens, 
ie  conseille  aux  parens  et  amis  de  la 
fille,  estant  en  aage  et  maturité, 
qu’ils  la  marient  à vn  homme  qui  ait 
de  quoy  payer,  à fin  qu’il  n'abuse  les 
marchands  1 : et  estant  ainsi  mariée 
reprendra  sa  couleur  viue  et  natu- 
relle , et  le  teint  clair,  poli  et  délicat , 
et  son  corps  retournera  entièrement 
en  sa  bonne  habitude  2.  Les  filles  vil 
lageoises  n’ont  point  ces  accidens,  ou 
bien  rarement,  à raison  qu’elles  n’ont 
les  obiets  et  muguets  comme  celles 
des  villes  : et  aussi  qu’elles  ne  man- 
gent et  boiuent  semblables  viandes, 
tant  en  quantité  qu’en  qualité  : ioint 
pareillement  qu’elles  trauaillent 
beaucoup,  qui  leur  fait  oublier  le  de- 
sir  des  hommes  : et  encore  le  cas  ad- 
uenant  qu’elles  eussent  rétention  de 
leur  semence , le  bon  air  et  le  grand 
trauail  assidu  qu’elles  prennent  con- 
somme et  tarit  ceste  matière  sperma- 
tique, corrompue  et  venimeuse,  tant 
par  sueur  que  par  insensible  transpi- 
ration. 

Que  diray-ic  plus?  C’est  qu’il  se 

1 Ce  tour  de  phrase  rabelaisien  : qui  ail  de 
quoy  payer,  à fin  qu’il  n'abuse  les  marchands, 
existait  déjà  textuellement  en  1673. 

2 Les  remedes  qu’ auons  cy  deuant  déclarés, 
luy  seront  aussi  faits.  — A.  P.  — Cette  note 
existait  déjà  aussi  en  1673,  et  je  ne  sais  pour- 
quoi elle  n’a  pas  passé  dans  le  texte. 


DE  LA  GENERATION. 


trouue  des  filles  si  succulentes,  abon- 
dantes grandement  en  sang,  qu’ice- 
luy  regorge  aux  mammelles  et  se 
conuertit  en  laict,  et  le  peuuent  taire 
rayer  comme  font  les  nourrices , à 
cause  que  les  mammelles  ont  vne 
vertu  lactifiante  : ce  qui  se  peut  prou- 
uer  par  Hippocrates , qui  dit  que  si  la 
femme  n’est  point  grosse  et  n’a  point 
enfanté,  a du  laict,  c’est  signe  que 
ses  mois  sont  supprimés  1 : et  sur  le 
Commentaire  de  cest  Aphorisme,  Ga- 
lien dit,  pour  ce  que  les  glandulesdes 
mammelles  estans  exangues  et  blan- 
ches, conuertissent  ce  sang  menstrual 
qui  y regorge  en  humeur  semblable  à 
elles  en  couleur.  Semblablement  Va- 
lescus  de  Tarante,  médecin,  dit  auoir 
veu  vne  fille,  laquelle  n’auoit  ses 
mois,  auoir  du  laict  aux  mammel- 
les2. Icy  ne  sera  hors  de  propos  dire 
que  Cardan 3 4 dit  auoir  veu  à Gennes 
vn  nommé  Antoine  Buse,  aagé  de 
trente  ans,  lequel  auoit  du  laict  en 
ses  mammelles  assez  suffisamment 
pour  nourrir  vn  enfant,  et  ne  couloit 
pas  seulement , mais  le  faisoit  rayer, 
ainsi  que  fait  vne  nourrice  de  ses 
mammelles.  Ledit  Valescus  de  Ta- 
rante , médecin , affirme  qu’on  a vu 
vn  homme  (la  femme  estant  decedée) 
allaicler  son  enfant  et  le  nourrir  , 
qui  estoit  vne  chose  admirable  4 : ce 
qui  est  confirmé  par  Aristote,  lia.  3, 
chap.  4,  lorsqu’il  parle  du  laict  des 
hommes  : parquoy  ne  faut  pas  tous- 
iours  conclure  qu’vne  fille  ayant  du 
laict  aux  mammelles  soit  grosse  ou 

1 Aph.  39.  5.  — A.  P. 

2 Cette  citation  de  Valescus  est  une  addi- 
tion de  J 585. 

3 Liu.  12  de  subtililale.  — A.  P.  — Cette 
note  n’existe  que  dans  l’édition  de  1575. 

4 Cette  nouvelle  citation  de  Valescus,  et 
celle  d’Aristote  qui  la  suit,  ont  été  égale- 
ment ajoutées  en  1585. 


771 

qu’elle  ait  enfanté,  veu  qu’vn  homme 
aussi  en  peut  bien  auoir  '.  La  raison 
est  que  le  laict  a son  origine  et  cquse 
efficiente  de  Faction  de  la  semence 
virile  : comme  il  se  peut  prouuer  de 
ce  que  quelques  hommes  en  ont,  et 
de  ce  qu’ordinairement  les  femmes 
n’en  ont  point  qu’elles  n’ayent  con- 
ceu  par  la  réception  de  Faction  de  la 
semence  du  masle.  Parquoy  les  filles 
masculinisantes,  comme  dit  Hippo- 
crates aux  liures  de  Dieta,  c’est-à- 
dire  qui  sont  de  nature  forte  et  vi- 
rile, ayans  pareillement  la  semence 
virile,  peuuent  auoir  du  laict  sans 
auoir  eu  connoissance  d’homme , 
aussi  bien  que  les  hommes  masles  eu 
peuuent  auoir,  comme  déduit  Car- 
dan expliquant  l’Aphorisme  sus  allé- 
gué. 

Or  maintenant  nous  retournerons  à 
nostre  propos,  et  dirons  que  pendant 
que  les  femmes  ont  leur  flux,  sentent 
le  corps  pesant  et  mal  aisé  : aucunes 
iettent  beaucoup  de  sang,  les  autres 
peu,  selon  leur  température  et  les 
alimens  dont  elles  sont  nourries , et 
l’exercice  qu’elles  font,  et  pareille- 
mentselonleur  aage.  Celles  qui  les  ont 
coutumièrement  en  petite  quantité, 
ce  sont  les  grasses,  à cause  qu’elles 
ont  les  veines  estroites , et  par  consé- 
quent peu  de  sang,  lequel  s’employe 
à la  gresse  (comme  auons  dit  cy  des- 
sus). A peu  de  femmes  leurs  purga- 
tions s’esmeuuent  tous  les  mois  sans 
y faillir,  mais  à plusieurs  il  se  fait 
intermission.  Celles  qui  ont  leur  flux 
tout  à la  fois,  à sçauoir,  quatre  ou 
cinq  iours  suiuans,  sont  plus  heureu- 
ses et  se  portent  mieux  que  celles  à 
qui  il  vient  peu  à peu  et  à plusieurs 
iours. 

1 Ici  finissait  en  1573  le  texte  de  ce  para- 
graphe; le  reste  est  de  1575. 


'7'T‘J  LE  DIX-HV1TIEME  LIVRE 


CHAPITRE  LXV. 

LES  ACCIDENS  QVI  VIENNENT  AV  FLVX 
DE  SANG  MENSTRV AL  IMMODERE. 

Sont  appétit  perdu,  toute  concoc- 
tion debile  et  réfrigération  de  tout  le 
corps,  et  les  vertus  prosternées,  dé- 
coloration et  amaigrissement,  enfleu- 
res  aux  iambes,  hydropisie,  fiéure 
hectique,  défaillance  de  cœur,  con- 
uulsions,  spasme  et  quelquefois  la 
mort  bien  soudaine.  Si  le  flux  est  fait 
par  humeur  chaud  et  acre,  sera  fé- 
tide et  de  mauuaise  odeur  et  cou- 
leur, estant  tousiours  accompagné 
d’vne  fiéure,  et  souuent  vlceres  aux 
genciues,  et  autres  parties  de  la  bou- 
che : la  langue  sera  aride  et  seiche 
pour  les  vapeurs  putrides  et  malignes 
qui  montent  en  haut,  et  pour  ces 
causes  faut  y preuoir  par  les  moyens 
qui  seront  dits  cy  apres. 

Les  menstrues  fluent  aux  femmes 
par  les  veines  et  arteres  naissans  des 
vaisseaux  spermatiques , finissons 
leur  orifice  dedans  le  fond  et  costés 
de  la  matrice  : mais  aux  vierges  et 
femmes  grosses  (si  l’enfant  est  sain) 
les  mois  fluent  par  les  rameaux  de  la 
veine  et  artere  hypogastrique , qui  se 
reiettent  et  ramifient  au  col  de  la 
matrice.  Ce  qui  aduient  quand  le 
sang  peche  en  quantité  ou  qualité,  ou 
tous  deux  ensemble,  ou  par  coït  ex- 
cessif, ou  par-ce  que  la  verge  virile 
est  trop  enorme  en  grandeur  et  gros- 
seur, ou  par  1 imbécillité  de  la  vertu 
îetentrice  des  vaisseaux,  et  la  force 
de  l’expultrice.  Quelquesfois  aussi 
ledit  flux  excessif  vient  apres  vn  en- 
fantement, coulant  des  cotylédons  ou 
orifices  des  vaisseaux  où  estoil  atta- 
ché l’arriere-faix  contre  les  parois  de 


la  matrice.  D’auantage  autresfois 
vient  du  col  de  la  matrice,  pour  auoir 
esté  trop  violentemenl  dilaté  à l’issue 
de  l’enfantement,  de  façon  que  telles 
veines  et  arteres  ont  esté  par  tel  effort 
dilacerées  et  rompues.  Il  vient  aussi 
de  l’vsage  de  medicamens  acres  et 
apéritifs,  comme  de  pessaires  '. 

Or  tel  flux  se  connoistra  (s’il  vient 
de  la  matrice  ) par-ce  qu’il  sera  plus 
gros  et  plus  noir,  et  qu’il  sort  par 
trombes  et  caillons,  et  s’il  vient  du 
col  d’icelle  il  viendra  autrement.  Tel 
flux  vient  aussi  par  vne  crise , lequel 
ne  faut  promptement  restreindre  : ny 
pareillement  quand  il  y a au  corps 
trop  grande  abondance  de  sang. 


CHAPITRE  LXVI. 

LES  MOYENS  D’ARRESTER  LE  FLVX 
MENSTRVAL  EXCESSIF. 

Premièrement  par  la  maniéré  de 
viure,  à sçauoir,  manger  et  boire  ali- 
mens  qui  ont  vertu  d’engrossir  et  es 
paissir  le  sang  : car  tout  ainsi  que  le- 
dit flux  est  continué  et  augmenté  par 
choses  chaudes  et  de  ténue  substan- 
ce, aussi  est-il  arresté  par  choses 
froides,  stiptiques,  grosses  et  astrin- 
gentes: comme  sont  orge-mondé  cuit 
auec  ris , gigoteaux  de  veau , tru- 
meaux de  bœuf,  pieds  de  mouton,  de 
veau  , chapons  cuits  auec  ozeille  , 
pourpié,  verjus  de  grain,  laictue,  re- 
noüée , plantain,  bourse  de  pasteur, 
suc  de  prunelles,  la  sommité  de  ron- 
ces , espine  vinette , sumac,  et  autres 
semblables  : si  on  ne  peut  trouuer  de 
l’vn,  on  prendra  de  l’autre.  La  corne 

1 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée 
en  1675. 


PE  LA  GENERATION. 


de  cerf  bruslée  et  lauée , donnée  à 
boire  auec  eau  astringente,  est  pro- 
pre pour  arrester  ledit  flux,  ensem- 
ble le  flux  de  ventre  , s’il  y en  auoit  : 
aussi  sang  de  dragon,  terre  scellée  *, 
bol  fin,  pierre  hæmatiste,  coral,  sub- 
tilement puluerisés,et  donnés  à boire 
auec  les  eaux  astringentes  ou  ferrées. 
On  peut  donner  sallades  d’oranges, 
citrons,  limons,  auec  succre  et  eau 
rose.  Pareillement  est  vne  chose  sin- 
gulière bouillir  du  laict  ferré  auec 
acier,  puis  cuit  auec  farine  de  four- 
ment  ou  amidon , ou  d’orge , ou  de 
féues,  ou  de  ris  : pareillement  coings, 
cormes,  nefles  et  cornoille. 

Le  boire  sera  eau  cuite  et  ferrée 
par  plusieurs  fois,  puis  mixtionnée 
auecques  syrops,  comme  de  roses 
seiches , aceteux  , de  grenade  , myr- 
tille, de  coings,  ou  vieille  conserue  de 
roses.  Il  faut  euiter  le  vin , si  les  ver- 
tus le  peuuent  porter  et  la  coustume  : 
et  encor  faut-il  qu’il  soit  petit , gros 
et  astringent,  et  trempé  en  eau  fer- 
rée 2. 

Sur  tout  faut  euiter  le  coït  : aussi 
le  trauail,  la  descente  des  degrés,  les 
dances,  par-ce  que  non  seulement 
elles  esmeuuent  le  sang,  mais  aussi 

1 Terre  scellée,  terra  sigillaia. 

2 Cette  phrase  est  peu  intelligible  ; encore 
ai-je  préféré  le  texte  de  1573  et  de  1575,  qui 
se  rapproche  plus  du  vrai  sens.  Toutes  les 
autres  éditions  portent  : Il  faut  euiter  le  vin, 
si  les  vertus  le  peuuent  porter  et  la  coustume  : 
sinon  il  faut  qu’il  soit  petit,  etc.  Evidemment 
Paré  permet  le  vin  quand  les  vertus  et  la 
coustume  le  permettent  ; et  c’est  ainsi  que 
l’a  très  bien  entendu  la  traduction  latine  : 
V^inum  fugiendum.  Si  tamen  vires  exolulœ 
id  flagilent , eligendum  crassum  et  astringens 
villulum.  Les  mots  petit  et  gros  du  texte  qui 
semblent  se  contredire,  signifient  seulement 
que  le  vin  doit  être  gros  et  de  qualité  non 
supérieure,  ce  que  rend  bien  aussi  la  tra- 
duction latine. 


773 

l’attirent  en  bas  : semblablement  le 
courroux  : l’air  chaud  et  partant  en 
esté  la  chambre  sera  rectifiée  par 
choses  froides.  Le  dormir  long  et  pro- 
fond est  salubre  l. 

Aussi  par  section  de  veines  aux 
bras,  application  de  ventouses  sous 
les  mammelles,  et  à costé  du  nom- 
bril , sans  oublier  pareillement  les 
frictions  et  ligatures  douloureuses 
faites  aux  parties  supérieures  2. 

Que  si  tel  flux  est  causé  d’vn  hu- 
meur bilieux,  acre  et  sereux,  il  fau- 
dra premièrement  auoir  esgard  à ce 
symptôme  par  medicamens  qui  ayent 
vertu  de  purger  la  bile  et  les  sérosi- 
tés : quels  sont  la  rheubarbe,  les  my- 
robolans , les  tamarins  , les  sebestes, 
le  syrop  de  roses  laxatif. 


CHAPITRE  LXVII. 

LES  REMEDES  PARTICVLIERS  QV’ON  DOIT 
APPLIQVER  EN  LA  MATRICE  POVR  ES- 
TANCHERLE  FLVX  DE  SANG  IMMODERE. 

On  peut  appliquer  onguens,  injec- 
tions et  pessaires. 

Exemple  d’vn  onguent  duquel  en  sera  frottée 
la  région  des  reins. 

2f.  Olei  mastich.  et  myrt.  ana  5 . ij. 

Succi  rosar.  rubrar.  §.  j. 

Pul.  mast.  5 • 'j* 

Nucum  cupressï’,  olibani,  myrtill.  ana 

3-  ij* 

Bol.  armen.  terræsigill.  ana  3.  Æ. 

Ceræ  alb.  quant,  suff. 

Fiat  vnguentum  ad  vsum. 

1 L’édition  de  1598  et  les  suivantes  por- 
tent seulement  : le  dormir  est  salubre;  j’ai 
suivi  le  texte  de  toutes  les  éditions  faites  du 
vivant  de  Paré. 

2 Là  finissait  le  chapitre  en  1573  -,  le  der- 
nier paragraphe  est  de  1575. 


LE  DIX-HVITIEME  LIVRE , 


774 

Et  apres  qu'on  en  aura  frotté  les 
reins , on  mettra  vne  seruiette  dessus 
trempée  en  oxicrat,  et  ledit  remede 
sera  réitéré  souuentes  fois  *, 

Exemple  d’vne  inieclion  qu’on  ietlera  en  la 
matrice. 

if.  Aquæ  plantag.  et  rosar.  aq.  burs.  past. 
et  centinod.  ana  0>.  15. 

Corlic.  querc.  nue.  cupress.  gall.  non 
maturar.  ana  5.  ij. 

Berber.  sumac,  balaust.  aluni,  roch. 
ana  5.  j. 

Fiat  decoct. 

De  laquelle  en  sera  faite  iniection 
auec  vne  assez  grosse  seringue,  te- 
nant bonne  quantité  d’inîection,  qui 
aura  en  son  extrémité  vn  bouton, 
craignant  de  blesser  les  parois  du  col 
de  la  matrice.  Laquelle  t’a  esté  figu- 
rée en  la  page  loi  2. 

Aucuns  tiennent  que  les  limaçons 
à coquilles  bien  broyés,  et  appliqués 
sur  le  nombril , arreslent  le  flux  im- 
pétueux menstruel 3. 

Les  coings  cuits  sous  la  braise,  in- 

1 Cette  phrase  manque  dans  toutes  les  édi- 
tions du  vivant  de  l’auteur;  et  de  même 
aussi  dans  toutes,  le  titre  de  la  formule  est 
borné  à ces  mots  : Exemple  d’vn  onguent.  Le 
texte  actuel  date  de  la  première  édition 
posthume  en  1598. 

2 Les  deux  éditions  de  1573  et  1575  don- 
naient ici  la  figure  avec  ce  titre  : 

Seringue  propre  pour  faire  iniection  à la  ma- 
trice. 

Les  éditions  suivantes  sc  sont  bornées  à 
renvoyer  à l’endroit  où  la  figure  avait  été 
transportée;  celle  de  1579  dit  -.laquelle  t’a 
esté  figurée  cent  quinziesme  ; celles  de  1585 
et  de  1598  : laquelle  l’a  esté  figurée  page  401. 
J’ai  suivi  ce  dernier  exemple  , et  renvoyé 
le  lecteur  à la  page  101  du  présent  volume. 

3 Cette  phrase  a été  ajoutée  en  1575  ; alors 
même  l’auteur  était  plus  décisif,  et  il  disait 
nettement  : Les  limaçons,  etc.,  arreslent  le 
flux  impétueux  mensiruul.  La  rédaction  a été 
modifiée  en  1579. 


corporés  auec  poudre  de  myrtil6  el 
bol  armene,  appliqués  dans  le  col  de 
la  matrice,  profitent  grandement  en 
forme  de  pessaire. 

Exemple  d’vn  autre  pessaire. 

7f.  Pul.  gall.  immatur.  combust.  et  in  aceto 
extinct.  3.  ij. 

Ammo.  5.  û . 

Sang.  drac.  pulu.  radie,  symphit.  su- 
mac, mast.  succi  acac.  cornu  cerui  vsli, 
coloph.  myrr.  coriæ  ferr.  ana  3.  j. 

Campb.  3.(ij. 

Misce  et  incorporent,  omnia  simul  cum  succo 
centinod.  semperui.  solani,  hyoscy.ne- 
nuph.  plantag.  ana  quantum  sufî. 

Fiat  pessarium. 

L’on  doit  pareillement  faire  appli- 
cation de  choses  froides  par  dehors 
sus  les  reins , cuisses , et  autour  des 
parties  génitales,  comme  oxycrat,  on- 
guent rosat,  et  autres  semblables,  et 
autres|comme  nous  auons  dit  cy  des- 
sus. 

Or  si  le  flux  venoit  par  érosion,  et 
que  la  matière  d’iceluy  eust  vlceréle 
col  de  la  matrice  on  appliquera  laict 
d’asnesse  auec  orge-mondé,  ou  mu- 
cilages astringens,  comme  psyllij,  cy- 
doniorum,  gummi  tragachant.  et  arab. 
et  autres  semblables. 


CHAPITRE  LXVIII. 

DV  FLVX  MVLIEBRE,  OV  FLEVRS 
BLANCHES2. 

Outre  le  flux  naturel  il  s’en  fait  vn 
autre,  appelle  flux  muliebre , pour-ce 

1 Le  flux  sera  conneu  par  érosion  s’il  coule 
goutte  à goutte.  — A.  P. 

2 Les  éditions  de  1573,  1575  et  1579  por- 
tent seulement  : Du  flux  muliebre-,  le  reste 
du  titre  a été  ajouté  en  1585.  Le  chapitre 
était  fort  court  dans  la  première  édition;  il 
a été  successivement  très  augmenté. 


DE  LA.  GENERATION. 


qu’il  est  propre  et  particulier  aux 
femmes,  qui  leur  est  à d’aucunes  vne 
longue  et  continuelle  distillation,  et 
quasi  sans  douleur,  qui  vient  de  la 
matrice  : et  par  icelle  se  purge  l’a- 
bondance des  superfluités  de  tout  le 
corps,  ainsi  que  quelquesfois  se  fait 
par  les  reins  : aux  autres  il  se  fait  par 
interualle,  et  est  tel  flux  fort  doulou- 
reux, principalement  lors  que  la  ma- 
trice est  vlcerée  *. 

Or  ce  dit  flux  est  different  du  flux 
menstrual 1  2,  de  la  gonorrhée  ou  se- 
mence, de  la  chaude-pisse,  et  de  celuy 
qui  sort  des  vlceres  de  la  matrice. 
Quant  à la  purgation  menstruelle,  le 
sang  louable  en  peu  de  iours  flue  au- 
tant qu’il  en  doit  estre  vuidé  : mais 
au  flux  muliebre,  le  sang  qui  en  sort 
est  corrompu  et  de  couleur  quel- 
quesfois rouge,  qui  est  vne  sanie  de 
sang  mesme  : quelquesfois  sereux  et 
liuide , autresfois  blanc  et  espais 
comme  vn  coulis  d’orge-mondé,  au- 
tresfois iaunastre,  causé  le  plus  sou- 
uent  de  sangphlegmatique.  Qu’il  soit 
vray,  tel  flux  aduient  plus  souucnt 
aux  femmes  phlegmatiques  et  qui 
ont  la  chair  mollasse  qu’aux  autres, 
et  est  nommé  d’elles  fleurs  blanches. 

Or  le  flux  de  la  gonorrhée  ou  se- 
mence est  beaucoup  different  : est 
tousiours  blancheastre,  et  porte  subit 
vn  amaigrissement  et  grande  foiblesse, 
auec  vne  mauuaise  couleur  à tout  le 
corps,  encore  qu’au  sortir  il  excite 

1 L’édition  de  1573  ajoutait  ici  : aussy 
quelquefois  la  matrice  ri  estant  'point  releuée  ; 
et  cette  fin  de  phrase  a subsisté  jusqu’en  1 585, 
où  elle  s’est  trouvée  supprimée. 

2 L’édition  de  1573,  suivie  encore  par 
celle  de  1579,  disait  tout  simplement  ■ par- 
cequ'en  la  purgation  menslrualle  le  sang  en 
peu  de  iours  llue,  etc.  Les  trois  lignes  inter- 
médiaires, avec  les  paragraphes  qu’elles  an- 
noncent, datent  seulement  de  1585. 


quelque  petite  titillation  de  volupté. 
Les  femmes  le  iettent  soutient  par 
leur  matrice  , laquelle  matière  est 
crue  et  sereuse,  et  sort  en  petite 
quantité,  non  assiduellement,  ny  tous 
les  iours,  mais  seulement  par  inter- 
ualle, et  n’est  nullement  puant  ny 
acre.  Iccluy  aduient  aux  femmes  lu- 
xurieuses , et  aux  vefues , qui  se  sont 
long  temps  abstenu  du  coït 

La  matière  sanieuse,  purulente  et 
blancheastre , qui  sort  des  vlceres  de 
la  matrice,  est  aussi  differente  des 
fleurs  blanches  Car  les  fleurs  blan- 
ches sont  plus  liquides,  sereuses  et 
aqueuses  : aussi  moins  blanches  et 
moins  félidés  : ioint  aussi  qu’elles 
fluent  en  plus  grande  quantité  que 
le  pus  qui  vient  és  vlceres  de  la  ma- 
trice. D’auantage  esdits  vlceres  il  y a 
douleur,  en  sorte  que  la  femme  ne 
peut  endurer  l’habitation  de  son 
mari  : et  aux  fleurs  blanches  ne  sent 
nulle,  ou  bien  petite  douleur. 

Le  flux  de  la  chaude-pisse  prouient 
d’vne  virulence  venerienne  qui  flue 
incessamment  comme  les  fleurs  blan  - 
ches, mais  d’vne  matière  plus espaisse, 
tantost  blancheastre,  tantost  rou- 
geastre,  ou  verdoyante,  acre,  ou  cor- 
rodante, et  puante,  qui  tost  excite  vl- 
ceres aux  parties  honteuses,  qui 
descend  des  vaisseaux  spermatiques, 
et  non  des  veines  qui  font  flucr  les 
menstrues  et  fleurs  blanches.  Tel  flux 
de  chaude-pisse  ne  cesse  point  à la 
venue  du  sang  menstrual,  mais  il 
perseuere  deuant,  et  auec  luy , et 
apres  : au  contraire  des  fleurs  blan- 
ches , qui  cessent  à l’éruption  des 
mois,  et  quelque  peu  de  temps  apres. 
Le  flux  de  chaude-pisse  fait  douleur 
et  cuison,  est  puant,  et  ielte  quel- 

» Ce  paragraphe  et  les  deux  suivans  sont 
de  1585. 


LE  Ü1X-HVITIÉME  LIVRE  , 


776 

quesfois  en  grande  quantité,  et  est  de 
couleur  verdoyante  ou  iaunastre. 
Aux  hommes  fait  eriger  la  verge,  qui 
leur  cause  grande  douleur,  principa- 
lement en  pissant  : ce  qui  ne  se  fait 
au  flux  des  fleurs  blanches. 

Or  la  matière  de  tels  flux  sera  con- 
neuë  par  la  couleur,  comme  si  c’est 
cholere,  ou  pituite,  ou  melancholie, 
les  linges  seront  teints  de  l’humeur 
qui  abonde  en  iceluy  : et  si  c’est  sang 
pur,  faut  estimer  que  tel  flux  vient 
par  érosion  ou  par  débilitation  des 
vaisseaux  de  la  matrice  ou  de  ceux 
de  son  col  ». 

Rarement  tel  flux  se  fait  de  matière 
sanguine,  sçauoir  lors  seulement  que 
les  femmes  sont  grosses,  ou  que  leurs 
mois  son  t arrestés  : car  en  lieu  de  sang 
menstruel  sort  vn  excrement  sereux, 
lequel  rougit  aucunement,  ainsi  que 
feroit  vneeau  teinte  et  meslée  de  quel- 
que peu  de  sang.  Fort  rarement  se  fait 
aussi  tel  flux  d’humeur  melancho- 
lique  : ou  s’il  se  fait , est  incontinent 
excité  vn  cancer  en  l’vterus.  Quel- 
quesfois  la  matière  qui  sort  de  quel- 
que vlcere  cachée  dans  l’vterus  abuse 
le  medecinet  chirurgien, pensant  que 
ce  soient  fleurs  blanches  et  mulie- 
bres:  toutesfois  ces  deux  affections 
sont  aisées  à distinguer: car  la  ma- 
tière qui  flüe  d’vn  vlcere  estant  puru- 
lente, est  plus  crasse,  fetide,  et  blan- 
che, eten  moindre  quantité  que  celle 
qui  prouient  du  flux  muliebre.  En 
outre,  telles  femmes  ne  peuuent  en 
durer  la  compagnie  de  l’homme  sans 
grande  douleur,  si  principalement 
l’vlcere  est  au  col  de  l’amarry  2,  mais 
en  son  corps  non. 

' Ce  paragraphe  date  de  l’édition  primi- 
tive de  1573  ; il  terminait  alors  le  chapitre. 

2 Tout  ce  long  paragraphe_date  de  1575, 


Madamoiselle  de  Chalenge  de  Bre- 
tagne ayant  quelques  fleurs  blanches, 
vint  à Paris  pour  auoir  conseil  des 
médecins,  et  estre  deliurée  de  ce  flux, 
i espérant  qu’apres  en  estre  guarie  elle 
j auroit  des  enfans.  Or  quelques  iours 
apres  il  luy  suruint  vne  grande  dou- 
leur de  costé , accompagnée  d’vne 
fiéure:  messieurs  Le  Grand,  Dure!,  et 
Rebours, Docteursenmedecine,  furent 
appelles  : estans  assemblés  fut  con- 
clu qu’elle  auoit  vne  pleuresie  con- 
iointe  d’vne  peripneumonie.  En  ce 
temps  là  elle  auoit  ses  fleurs,  néant- 
moins  luy  fut  ordonné  vn  clystere  et 
la  saignée,  qu’elle  refusa  tout  à plat. 
Le  iour  d’apres  qui  estoit  le  septième 
iour,  et  par-ce  que  les  accidens  crois- 
soient,  elle  fut  saignée.  Monsieur  Du- 
ret  la  venoil  voir  deux  fois  le  iour,  et 
dit  que  s’il  luy  suruenoil  douleur  de 
teste  auec  prurit , qu’elle  mourroit  : 
et  quecela  aduenantil  se  feroit  trans- 
port de  la  matière  des  poumons  à la 
teste.  Le  iour  suiuant  , la  douleur  et 
j démangeaison  de  teste  luy  suruin- 
drent,  et  peu  d’heures  apres  mourut. 

Quatre  ou  cinq  iours  apres , mon- 
sieur Rebours,  Viard  et  moy,  nous  ou- 
urismes  un  prebstre,  lequel  mourut 
d’vne  pleuresie  et  peripneumonie,  au- 
quel suruint  une  douleur  de  teste  : 
nous  voulusmes  voir  si  le  prognostic 
ci-dessus  auoit  lieu,  et  s’il  se  seroit  fait 
translation  de  la  matière  du  pleura  au 
cerueau.  Apres  auoir  ouuertle  crâne 
nous  trouuasmes  entre  la  pie-mere  et 
le  cerueau  tout  rempli  de  pus, comme 
en  la  damoiselle  susdite. 


à l’exception  des  mois  qui  le  terminent  : 
mais  en  son  corps  non.  Ces  mots,  avec  læ 
deux  histoires  qui  terminent  le  chapitre, 
sont  des  additions  de  1585. 


DE  LA  GENERATION.  77“ 


CHAPITRE  LXIX 

CAVSES  DES  FLEVRS  BLANCHES. 

Les  causes  des  fleurs  blanches  vien- 
nent souuenl  par  la  débilitation  de 
la  concoction  de  l’cstomach,  ou  de 
tout  le  corps,  et  de  grande  tristesse, 
ou  pour  auoir  vsé  trop  de  viandes 
crues  et  phlegmatiques.  Le  cours  de 
ces  fleurs,  combien  qu’elles  soient 
blanches,  conserue  le  corps  en  santé, 
pourueu  qu’iceluy  soit  modéré,  à sça- 
uoir  qu’il  ne  soit  trop  grand  ny  trop 
petit,  et  n’aye  nulle  acrimonie  : au- 
trement tel  flux  engendre  débilitation 
et  lassitude  vniuerselle  de  tout  le 
corps,  couleur  pâlie,  l’appetit  abba- 
tu,  atrophie  ou  amaigrissement  de 
tout  le  corps,  tristesse  qui  ne  se  peut 
appaiser  pour  la  vergongne  du  de- 
coulement  d’vn  tel  flux,  tumeurs  œdé- 
mateuses aux  iambes  : et  fait  à d’au- 
cunes descendre  la  matrice  en  bas,  ce 
que  nous  auons  par  cy  deuant  appel- 
lé  précipitation  de  la  matrice.  Tel 
flux  empescbe  la  conception,  par  ce 
qu’il  corrompt  la  semence,  ou  la  con- 
traint de  sortir  en  s’escoulant1  : aussi 
quelquesfois  acquiert  vne  acrimonie, 
pour  auoir  demeuré  cinq  ou  six  mois 
sans  estre  euacué,  lequel  s’aposteme 
au  corps  de  la  matrice  ou  au  col  d’i- 
celle, et  acquiert  pourriture,  laquelle 
est  souuent  iettée  hors,  qui  cause  vlce- 
resputridesetchancreuses.  A aucunes 
femmes  se  font  apostemes  aux  aines 
et  hanches,  qui  est  souuent  cause  de 
leur  mort,  et  le  plus  souuent  pour  ne 
s’estre  monstrées  et  déclarées  aux 
médecins  et  chirurgiens  en  temps  op- 

1  Hippocrates  au  liure  de  la  nature  de  l'en- 

faut.  — A.  P. 


portun  , pour  honte  et  vergongne 
qu’elles  ont  à monstrer  leur  mal. 

A ceste  cause  Montanus  1 recite 
ceste  histoire,  que  quelquefois  fut 
appellé  d’vne  noble  damoiselle  d’I- 
talie : laquelle  auoit  des  fleurs  blan- 
ches, et  ayant  conneu  son  mal,  luy 
ordonna  qu’elle  se  fist  seringuer,  et 
deterger  sa  matrice:  ce  qu’ayant  en- 
tendu ladite  damoyselle  tomba  en 
syncope,  et  pria  son  mary  de  non  ia- 
mais  l’appeller. 

Et  partant  les  maladies  de  la  ma- 
trice sont  difficiles  à connoistre,  et 
difficiles  à curer  : car  la  matrice  reçoit 
la  plus  grande  part  des  superfluités 
de  tout  le  corps'2,  tant  pour-ce  qu’elle 
est  partie  debile,  que  pour-ce  quelle 
est  située  en  bas,  et  a plusieurs  vais- 
seaux qui  aboutissent  en  soy  : et  d’a- 
uantage  est  naturellement  sujette  à 
purgations  et  fluxions. 


CHAPITRE  LXX. 

CyRE  DV  FLVX  MVL1EBRE  , OV  FLEVRS 
BLANCHES. 

Au  flux  muliebre  rouge,  il  faut  sai- 
gner et  faire  les  autres  choses  qui  ont 
esté  déclarées  pour  arrester  le  flux 
menstruel  immodéré  : et  au  blanc,  ou 
d’autre  couleur,  faut  purger  par  re- 
mèdes propres  : comme  s’il  est  causé 
de  cholere,  par  medicamens  propres  à 
icelle,  et  ainsi  des  autres  humeurs. 

< Il  s’agit  ici  de  Jean-Baptiste  da  Monte 
dont  le  Livre  De  uterinis  ajfeclibus  , publié  à 
Padoue  en  1554,  a été  reproduit  par  Spachius 
dans  ses  Gynœciorum  libri.  Je  remarquerai 
encore  à propos  de  ce  livre  qu’il  n’avait  pas 
été  traduit  en  français.  Du  reste  la  citation, 
comme  le  reste  du  chapitre,  est  de  1573. 

2 Le  chapitre  s’arrêtait  ici  en  1573  ; ce  qui 
suit  a été  ajouté  en  1575. 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


778 

Les  remedes  seront  changés  et  diuer- 
sifiés  selon  la  cause  d’iceluy  flux,  le- 
quel faut  laisser  couler  quelque  peu 
de  temps,  à fin  que  la  matrice  et  tout 
le  corps  se  purge  des  humeurs  super- 
abondans.  Les  bains  alumineux  et 
sulphurés,  ou  bitumineux,  ou  ferrés, 
sont  propres  à celuy  qui  est  causé  de 
pituite,  ou  en  lieu  d’iceux  faut  faire 
vne  décoction  d’herbes  chaudes  aro- 
matiques et  desiccatiues,  de  laquelle 
sera  fait  baing,  iettant  dedans  plu- 
sieurs pierres  et  cailloux  ardens  ‘,  et 
quelque  portion  d’alum,  à fin  de  le 
rendre  plus  astringent.  Et  le  remede 
le  plus  excellent  que  l’on  tient,  c’est 
de  boire  des  eaux  minérales  de  Spa 
au  Liege  ou  de  Plombiere,  lesquelles 
ont  vertu  admirable  de  tarir  les  fleurs 
blanches  et  chaude-pisses.  Toutesfois 
se  faut  bien  garder  d’arrester  trop 
tost  tels  flux  par  medicamens  reper- 
cussifs  et  astringens,  de  peur  de  faire 
renuoy  de  ceste  matière  au  foye,  qui 
seroit  cause  d’hydropisie,  ou  quelque 
fiéure,  ou  aposteme,  ou  maladie  au 
cerueau,  ou  chancre  à la  matrice,  ou 
autres  accidens  : dont  apres  les  choses 
vniuerselles  deuëment  faites,  on  vsera 
de  remedes  qui  auront  puissance 
d’astreindre,  nettoyer,  et  seicber  la 
matrice  et  le  col  d’icelle,  auec  iniec- 
tions,  pessaires,  parfums,  et  autres. 

Exemple  d’vne  décoction  et  iniection  detersiue 
etdesiccaliue. 

7f.  Fol.  absint.  agrimon.  centinod.  burs. 
pastor.  ana  m.  £> . 

Bulliant  simul , el  fiat  decoct.  in  qua  dissol. 

Mellis  ros.  § . ij. 

Aloes,  myrr.  salis  nitri.  ana  3.  j. 

Et  fiat  iniectio. 

' Là  finissait  la  phrase  en  1573  ; en  1579 
1 'auteur  avait  ajouté  seulement  : et  quelque 


La  femme  sera  située  en  vn  lit,  au- 
quel sera  vn  matelas  , et  quelque 
oreiller  sous  ses  fesses,  en  sorte  que 
le  col  de  la  matrice  soit  esleué  en 
haut  : et  apres  auoir  fait  l’iniection, 
pour  1 a faire  demeurer  quelque  temps, 
on  fera  croiser  les  cuisses  et  iambes 
de  la  malade,  les  serrant  l’vne  contre 
l’autre,  et  fléchies  vers  les  fesses. 

Et  si  on  veut  plus  astreindre  et  sei- 
cher,  on  adioustera  chose  propre  à ce 
faire,  comme  succus  acaciœ,  gall.  vi- 
rid.  cortex  granat.  alumcn  roch.  vi- 
triol. roman,  bouillis  en  eau  demares- 
chal,  et  vin  noir  et  austere.  On  peut 
semblablement  faire  des  pessaires 
ayans  semblable  vertu. 

Or  si  les  matières  qui  sortent  de  la 
matrice  sont  fort  félidés  et  puantes, 
et  de  mauuaise  couleur,  elles  signi- 
fient qu’il  y a vlcere  putride  : alors 
on  doit  vser  de  remedes  qui  ont  puis- 
sance de  corriger  tel  vice,  comme 
Ægyptiac  (duquel  i’ay  fait  mention  en 
mon  traité  des  Harquebuzades)  dis- 
sout en  lexiue  ou  vin  noir,  y adious- 
tant  vn  peu  d’eau  de  vie  : et  faire  toute 
autre  chose  necessaire  en  tel  cas. 

D'auantage  aucunes  bonnes  dames 
disent  qu’elles  ont  leurs  fleurs  blan- 
ches, qui  est  vne  gonorrhée  ou  chaude 
pisse  : iettans  grande  quantité  de  ma- 
tière purulente,  comme  au  fluxmu- 
liebre,  ausquelles  le  chirurgien  ou- 
tre les  autres  susdits  remedes  pourra 
aider  : et  s'il  connoist  que  ledit  flux 
ou  vlceres  fussent  causées  de  la  vé- 
role, alors  faudroit  faire  suer  et  ba- 

portion  d’alum-,  en  1585  il  rédigea  enfin  le 
texte  comme  on  le  lit  aujourd’hui,  avec 
cette  mention  des  eaux  de  Spa  et  de  Plom- 
bières, qui  n’existait  pas  dans  les  éditions 
antérieures.  Cette  édition  de  1585  avait 
écrit  du  Pas  au  Liege-,  celle  de  1598  a rec- 
tifié de  Spa. 


DE  LA  GENERATION. 


uer  ladite  dame,  ou  autrement  ne 
pourroit  guarir. 

Pareillement  sera  posé  en  sa  ma- 
trice vn  instrument  en  forme  de  pes 
saire,  ayant  certains  petits  trous  en 
son  extrémité,  à fin  que  les  matières 
s’escoulent.etn’acquierent  acrimonie, 
et  que  la  matrice  soitvn  peu  esuen- 
tilée  et  aucunement  refroidie  par  le 
bénéfice  d’vn  ressort  qui  le  tiendra 
ouuert 1. 

Maintenant  il  nous  faut  traiter  des 
pâlies  couleurs  2. 


CHAPITRE  LXXI. 

DES  PALLES  COVLEVr.S  3. 

Nous  auons  dit  cy  deuant  que  le 
sang  menstrual  commence  à appa- 
roistre  aux  filles  ja  meures,  commen- 
cans  à sentir  leur  cœur,  et  deuenir 
amoureuses,  et  estres  capables d’estre 

1 L’édition  de  1573  et  même  encore  celle 
de  1579  ajoutaient  : duquel  lu  vois  icy  le  por- 
iraict;  après  quoi  venait  la  figure , un  peu 
différente  de  celle  du  chapitre  57,  et  qui  a 
été  déjà  reproduite  au  chap.  29  du  Livre 
des  Tumeurs  en  general,  t.  1er,  p.  3G9.  J’y 
renverrai  d’autant  plus  volontiers  le  lecteur 
qu’il  s'agit  là  du  chancre  de  la  matrice  ; et 
qu’on  y trouvera  ainsi  le  complément  des 
matières  dont  il  est  traité  dans  le  Livre  ac- 
tuel. 

2 Cette  phrase  se  lit  pour  la  première  fois 
dans  l’édition  de  1586,  et  annonce  les  cha- 
pitres qui  vont  suivre,  et  qui  n’existaient 
pas  auparavant.  C’est  une  sorte  de  traité 
complet  des  pâles  couleurs  en  treize  chapi- 
tres, dont  la  date,  comme  on  voit,  est  fort 
tardive  eu  égard  au  reste  du  livre.  Je  ne 
sais  où  Paré  en  a pris  les  détails. 

3 Ce  chapitre  est  de  1585.  Voyez  la  note 
précédente. 


779 

mariées,  et  porter  enfans,  qui  est  en 
l’aage  de  quatorze,  quinze,  et  seize 
ans  : qui  est  lors  que  le  sang  s’es- 
chaufl'e  et  boiiillonne  dedans  les  vei- 
nes, et  monte  aux  mammelles,  qui  les 
fait  enfler  et  durcir.  Semblablement 
le  poil  folet  commence  à apparoistre 
autour  de  leurs  parties  génitales,  qui 
lors  sont  chaudes  et  tuméfiées  : leur 
voix  se  mue  et  deuient  plus  graue  : 
elles  sentent  douleur  à la  teste,  auec 
vomissement  de  cholere  et  pituite.  Le 
sang  de  leurs  fleurs  vient  à sortir 
goutteà  goutte,  semblable  en  couleur 
à la  laueure  de  chair  sanglante,  par- 
ce qu’il  n’est  encore  bien  cuit,  à cause 
de  leur  tendre  ieunesse,  qui  fait  qu’il 
est  sereux,  aqueux,  et  blafl'ard-  On 
voit  aduenir  de  grands  accidens  par 
la  rétention  de  leurs  fleurs,  et  encor 
plus  grands  si  par  l’irritation  de  la 
copulation  charnelle  elles  ne  rendent 
leur  semence  : car  estant  retenue,  se 
corrompt  et  acquiert  vénénosité,  d’où 
procèdent  les  pâlies  couleurs. 

Or  à d’aucunes  le  sang  menstrual 
ne  s’escoule,  à cause  que  les  vais- 
seaux, à sçauoir  veines  et  arteres, 
sont  angusles  et  estroils,  et  encores 
non  destouppés  : si  que  ne  pouuant 
sortir,  regorge  en  la  masse  sangui- 
naire qui  s’altere  et  corrompt,  faute 
d’estre  euacué,  et  toute  l’habitude  du 
corps  ne  peut  estre  bien  nourrie,  dont 
se  fait  Leucophlegmalie,  qui  fait  le 
corps  tout  bouffi,  et  la  couleur  du  vi- 
sage basanée  et  blaffarde  : c’est  pour- 
quoy  on  les  appelle  pâlies  couleurs. 
Dont  ensuiuent  plusieurs  maladies  et 
accidens,  comme  battement  de  cœur, 
boursoufleure  , appétit  corrompu  , 
nausée , vomissemens  , frissons,  ri- 
gueurs, souspirs , gemissemens , ris, 
resueries,  euanouissemens , fleures 
lentes  et  erratiques , veille,  et  autres 
accidens. 


780 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  LXXII. 

DV  BATTEMENT  DE  COEVR  l. 

Le  battement  du  cœur  vient  de 
grandes  crudités  de  l’estomach , et 
des  obstructions  du  foye  et  râtelle, 
dont  s’amassent  grande  quantité  d’hu- 
meurs grossiers  et  vaporeux,  desquels 
s’esleuent  plusieurs  flatuosités  melan- 
choliques,  qui  enuironnent  le  cœur, 
mesme  sont  contenus  au  péricarde, 
qui  cause  le  battement  : qui  n’est  au- 
tre chose  qu’vneconcussiondu  cœur, 
pour  mieux  secoüer,  et  comme  vne 
escousse  qu’il  prend  pour  mieux  faire 
sauter  et  bondir  loin  de  soy  telle  vé- 
nénosité et  ordure  : sautelant  par  l’ef- 
fort de  la  faculté  expultrice,  que  Na- 
ture luy  a donnée  comme  à partie 
très  noble,  pour  se  despestrer  et  des- 
uelopper  d’vn  nuage  si  odieux. 

Pour  y donner  ordre , faut  prendre 
de  l’eau  theriacale,  ou  de  l’eau  de  me- 
lisse,  ou  de  buglosse,  où  l’on  aura  dis- 
sout vn  peu  de  theriaque. 


CHAPITRE  LXX1I1. 

DE  BOVRSOVFLEVRE2. 

Boursoufleure  est  ce  que  les  Grecs 
appellent  Cachexie,  c’est-à-dire,  mau- 
uaise  habitude,  en  laquelle  la  char- 
nure  des  parties  qui  sont  autour  des 
os  est  remplie  d’aquosités  et  de  ven- 
tosités, et  le  cuir  est  lasche  et  mol- 
lasse, et  de  mauuaise  couleur,  comme 
entre  blanc  et  verdastre,  et  tout  le 

' Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 

a Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  178. 


corps  las  et  debile,  ne  se  pouuant 
soutenir,  accompagné  d’vne  courte 
haleine.  Ce  mal  est  comme  auant- 
coureur  d’hydropisie.  Ceste  disposi- 
tion vient  à cause  que  le  foye  ne  fait 
bien  sa  sanguification,  pour  estre  re- 
froidi, et  sa  chaleur  naturelle  comme 
noyée  et  estouflee  en  l’abondance  du 
sang  qui  luy  remonte  de  l’amarry, 
comme  la  lumière  d’vne  lampe  qui  est 
amortie  par  affusion  de  trop  d’huile. 
Vient  aussi  d’vne  dureté  de  ratte,  à 
laquelle  les  vierges  sont  sujettes,  à 
cause  qu’elles  ne  se  purgent  point  par 
leurs  fleurs  : comme  aussi  par  mau- 
uaise nourriture,  de  trop  boire  de 
l’eau  froide,  ou  manger  fruits  cruds, 
et  autres  viandes  de  pareille  nature. 

Pour  la  cure,  faut  prouoquer  les 
mois. 


CHAPITRE  LXX1V. 

DE  L’APPETIT  CORP.OMPV  ET  DEPRAVE1. 

Les  filles  qui  ont  les  pâlies  couleurs 
ont  l’appetit  non  moins  corrompu 
que  les  femmes  grosses  : lequel  acci- 
dent les  Latins  nomment  Pica,  ou  Ma- 
lacia,  c’est-à-dire,  langueur,  lascheté 
et  mollesse,  par  laquelle  desgoutées 
de  ce  qui  leur  est  présenté,  appetent 
toute  autre  chose,  mesmement  du 
tout  estrange  et  aliéné  de  nature.  Car 
aucunes  mangent  le  piastre,  cendre, 
terre,  charbons,  farine,  sel,  espiceries, 
et  autres  choses  non  propres  à man- 
ger : boiuent  vinaigre  tout  pur,  ce 
qui  les  rend  ainsi  desbauchées  et  des- 
contenancées,  tant  pour-ce  que  leur 
sang  est  corrompu  par  suppression, 
que  pour-ce  qu’elles  se  nourrissent 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


DE  LA.  GENERATION. 


mal  : qui  fait  qu’elles  ne  peuuent 
auoir  ny  sang,  ny  esprits,  ny  force  va- 
lide. Telle  affection  gist  en  l’orifice  de 
l’esloraach  , lequel  appete  alimens 
semblables  aux  humeurs  qu’il  con- 
tient, et  desquels  il  s’est  fait  dissipa- 
tion : car  nourriture  n’est  autre  chose 
que  repletion  de  ce  qui  s’est  vuidé. 
Dont  tels  appétits  estranges  viennent 
aux  filles  qui  ont  leurs  mois  retenus , 
qui  regorgent  à l’estomach,  et  y en- 
uoyent  vapeurs  semblables,  ou  hu- 
meurs , ou  excremens  corrompus. 
Comme  s’il  y a quelque  humeur  me- 
lancholique  naturel  espandu  à l’eslo- 
mach,  la  fille  aura  appétit  de  choses 
aigres  : si  celuy  mesme  deuient  adus- 
te,  désirera  viandes  seiches  sembla- 
bles aux  susdites.  Or  le  sang  mens- 
truel tient  beaucoup  de  l’humeur  me- 
lancholique , et  aisément  se  tourne 
en  iceluy,  qui  est  cause  que  souuent 
elles  appetent  choses  sallées:  pour- 
ce  que  tel  humeur  de  sa  nature  est 
grossier,  féculent,  ord  et  immonde. 

Pour  la  cure,  il  faut  prouoquer  les 
mois  et  vomissemens,  qui  sont  causes 
de  tels  accidens.  Le  vomissement  sera 
prouoqué  auec  décoction  tiede  de 
graine  de  raue,  et  eau  tiede,  auec 
huile,  et  autres  semblables  vomi- 
toires. 


CHAPITRE  LXXY. 

DE  NAVSÉE  ET  VOMISSEMENT  *. 

La  nausée  et  vomissement  vient  de 
mesme  cause  que  l’appetit  depraué  et 
desgouslement,  à sçauoir,  de  l’vsage 
de  mauuaises  viandes, et  delà  régur- 
gitation des  excremens  menstruaux, 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


ou  des  vapeurs  putrides  esleuées  d’i- 
ceux  en  l’estomach. 

Partant  il  faut  purger  l’humeur  qui 
est  attaché  en  l’orifice  intérieur  du 
ventricule,  ou  adhérant  contre  les  tu- 
niques d’iceluy,  auec  pilules  ou  po- 
tion de  rheubarbe,  ayant  premiere- 
mentdonnéquelque  breuuage  propre 
pour  inciser  et  atténuer  l’humeur, 
auec  syrop  aceteux  ou  oxymel.  D’a- 
uantage  faut  prouoquer  le  vomisse- 
ment, qui  guarira  iceluy  vomisse- 
ment par  euacuation  de  la  matière 
qui  de  qualité  maligne  irritoit  la  fa- 
culté excrétrice  à excrétion  par  en 
haut  : mais  en  vain  toutesfois,  ou 
pour  le  moins  sans  grand  et  suffisant 
effect.  Que  si  tel  vomissement  se  rend 
efifrené  et  impétueux,  faut  appliquer 
vne  ventouse  vn  peu  plus  bas  que 
l’estomach,  à fin  de  l’arrester  : mes- 
mes  faut  frotter  et  lier  les  extré- 
mités. 


CHAPITRE  LXXYI. 

DES  FRISSONS  ET  RIGVEVRS  ‘. 

Les  filles  ne  pouuans  auoir  leurs 
mois,  quelquesfois  sentent  des  fris- 
sons et  rigueurs  ou  horreurs  aux 
lombes,  et  par  toute  l’espinc  du  dos, 
et  au  derrière  de  la  teste.  Ce  qui  leur 
aduient  de  la  matrice  refroidie  par  les 
mois  retenus  nouuellement.et  non  en- 
core corrompus  : parce  que  la  matrice 
qui  est  membraneuse  et  nerueuse, 
communique  facilement  sa  froideur 
vniuersellement  au  pannicule  char- 
neux,  mais  principalement  aux  lom- 
bes, et  à toute  l’espine  du  dos,  tant 
pour-ce  que  telles  parties  sont  fort 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


LE  DIX-H  VITIÉME  LIVRE  , 


782 

sensibles,  que  pour-ce  qu’elles  sont 
tres-froides  , attendu  qu’elles  sont 
nerueuses,  membraneuses,  et  osseu- 
ses : et  en  outre  fort  voisines  et  con- 
tiguës à la  partie  , c’est-à-dire  à l’a- 
marry,  où  se  fait  la  corruption  du 
sang  menstrual. 

Tels  accidens  se  peuuent  corriger 
par  application  de  linges  cbauds,  et 
onction  d’huile  laurin,  ou  autre  sem- 
blable, ou  auec  eau  de  vie,  et  en  frot- 
ter toute  l’espine  du  dos.  Il  sera  bon 
de  donner  à boire  de  l’hippocras , ou 
maluoisie,  ou  de  l’eau  de  vie  où  l’on 
aura  dissout  vn  peu  de  tlieriaque,  et 
vu  peu  de  quinte-essence  de  muguette 
pu  clou  de  girofle. 


CHAPITRE  LXXVII. 

DES  SOVSP1RS,  GEMISSEMENS,  ET  RIS  ». 

Les  mois  retenus  à la  longue  se 
conuer tissent  en  excremens  melan- 
choliques  , principalement  aux  filles 
qui  sont  de  tel  tempérament,  qui  leur 
cause  vne  tristesse,  chagrin,  souspirs 
frequens , pour  la  compression  du 
diaphragme , à raison  du  sang  re- 
tourné au  foye  plus  plein  que  de 
coustume , et  des  vapeurs  esleuées  : 
des  pleux-s  et  gemissemens,  à raison 
des  vapeurs  melancholiques  qui  op- 
priment le  cœur. 

l’ai  veu  vne  bien  grande  dame  qui 
pleuroit  souuent  sans  cause , et  s’en- 
fermoit  en  sa  chambre  pour  mieux 
plorer. 

Autres  se  prennent  à rire  sans  au- 
cune occasion  : ce  qui  aduenoità  deux 
filles  que  ie  ne  veux  icy  nommer  : Car 
estant  sujettes  à vne  suffocation  d’a- 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


marry,  à raison  des  mois  arrestés,  or- 
dinairement vne  ou  deux  heures  dé- 
liant que  l’accès  les  prinst,  elles  se 
mettoient  à rire  si  effusément , que 
ny  les  remontrances  amiables,  ny  la 
honte  et  crainte  de  leurs  parens  ne 
les  en  pouuoient  destourner  et  en- 
garder.  Mais  est  bien  plus  admirable 
le  fait  d’vne  certaine  dame,  qui  en 
pareil  accident  estoit  ordinairement 
surprise  de  resuerie,  ris,  pleurs,  con- 
traction des  yeux,  et  autres  symptô- 
mes contraires  les  vus  aux  autres, 
comme  raconte  Houlier  en  son  traité 
de  la  Suffocation  vterine. 

Pour  obuier  à tels  accidens,  faut 
leur  prouoquer  leurs  mois,  et  les  pur- 
ger : aussi  qu’ils  ayent  compagnie 
ioyeuse,  et  qu’on  iouë  d’instrumens 
de  musique. 


CHAPITRE  LXXVIII. 

DES  .RESVERIES1. 

Non  seulement  la  régurgitation  du 
sang  menstrual , mais  aussi  les  va- 
peurs des  mois  retenus,  esleuées  jus- 
qu'au cerueau  par  les  veines  et  artè- 
res, quelquesfois  infectent  tellement 
le  cerueau  de  leur  puanteur  et  mali- 
gnité, quesa  substance  en  est  estour- 
die  et  abrutie,  et  ses  fonctions  abolies 
et  deprauées  ou  corrompues , non 
seulement  en  imagination,  mais  aussi 
en  mémoire  et  ratiocination  : dont 
suruiennent  plusieurs  sortes  de  resue- 
ries,  non  seulement  pour  la  diuersité 
des  parties  du  cerueau  engagées,  mais 
aussi  pour  la  diuersité  de  la  pourri- 
ture: qui  fait  que  de  telles  femmes  et 
filles,  les  aucunes  rient  sans  occasion, 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


DE  LA  GENERATION. 


autres  sont  tristes  qui  ne  cessent  de 
plorer,  comme  nous  auons  dit  cy  des- 
sus : autres  furieuses  qui  se  veulent 
estrangler,  et  se  ietlent  dedans  les 
puits,  ou  par  les  fenestres  : autres  se 
tuent  de  coups  de  Cousteau,  autres 
gazouillent  et  babillent,  reuelans  ce 
qu’elles  deurolent  taire,  et  font  des 
mouuemens  extraordinaires. 

La  guarison  dépend  del’euacuation 
de  la  cause.  Hippocrates  commande 
de  saigner  et  purger,  et  appliquer 
ventouses  sur  le  plat  des  cuisses  et 
sur  les  espaules,  faire  ligature  aux 
extrémités,  ouurir  les  hemorrhoïdes 
auec  sang-sues. 


CHAPITRE  LXXIX. 

de  l’esvanouissemext  C 

Les  filles  s’esuanoiïissent  souuent 
pourl’esleuation  des  vapeurs  puantes 
et  pourries,  excitées  de  leurs  mois  re- 
tenus : desquelles  le  cœur  assailli  et 
infecté  tombe  en  syncope  : c’est-à-dire 
grande  défaillance  des  vertus  vitales, 
et  par  conséquent  des  animales,  qui 
fait  que  lesdiles  filles  demeurent  im- 
mobiles sans  aucun  sentiment,  sans 
voir,  ouyr,  parler,  sans  pouls,  que 
bien  obscur,  et  sans  respiration. 

Pour  les  faire  reuenir,  il  les  faut 
faire  asseoir  en  figure  moyenne,  afin 
qu’elles  puissent  mieux  respirer,  las- 
cber  leurs  habillemens,  frotter  les 
cuisses  et  les  iambes  contre  bas  auec 
linges  aspres  et  rudes,  leur  donner  vn 
air  libre,  et  ferez  prouoquer  le  vo- 
missement :il  leur  faut  bailler  à boire 
vn  peu  de  theriaque  ou  methridat 
dissout  en  quelque  eau  cordiale:  et 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 


783 

fiiire  sentir  choses  puantes,  et  par 
embas  choses  odoriférantes,  et  arrou- 
ser  la  face  d’eau  rose,  vinaigre,  et 
eau  de  vie.  D’auantage  leur  faut  ti- 
rer le  poil  derrière  le  col,  et  aussi  les 
oreilles  et  le  nez,  et  les  pinser  violen- 
tement,pour  resueiller  les  esprits. 


CHAPITRE  LXXX. 

DE  LA  FIEVRE  ERRATIOVE  *. 

La  fiéure  qui  est  excitée  par  la  sup- 
pression des  mois  aux  filles,  ne  garde 
aucun  ordre,  mais  prend  à heure  et 
iours  certains,  selon  que  le  sang 
menstruel  regorge  au  cœur  et  au 
foye,  et  que  ledit  sang  s’esmeut.  C’est 
pourquoy  Hippocrates  l’appelle  Pla- 
nètes, c’est-à  dire  Erratique2:  etpeut 
estre  dicte  Epialc,  parce  qu’en  toutes 
les  parties  du  corps  on  sent  chaleur 
et  froideur  ensemble  en  vn  mesme 
temps,  à cause  que  ceste  fiéure  est 
causée  d’vne  pituite  vitrée,  laquelle 
d’autant  qu’elle  est  fort  froide,  es- 
paisse  et  glaireuse,  ne  se  pourrit,  et  ne 
s’enflamme  qu’à  peine,  de  sorte  que 
telle  matière  meslée  parmy  le  sang 
des  ieunes  filles,  est  cause  des  mou- 
uemens inégaux  et  desreiglés  de  la 
fiéure  qui  en  prouient,  faisant  ce 
que  le  feu  fait  en  vn  bois  verd,  flamme 
d’vn  costé , et  fumée  de  l’autre 3. 
Ioint  que  leur  sang  est  fort  crud,  tant 
à raison  de  l’aage,  que  de  la  façon  de 
viure  deprauée , se  nourrissans  de 
laictages,  fruits  cruds,  et  eau  froide, 
qu’aussi  à raison  de  la  suppression 
non  naturelle  d’iceluy  sang. 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 

2 Au  liure  des  maladies  des  vierijes. — A.  P. 

3 Bonne  comparaison.  — A.  P. 


784 


LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE  , 


CHAPITRE  LXXXI. 

DE  SOIF  ET  ALTERATION  l. 

La  soif  aux  vierges  prouient  de 
leurs  mois  supprimés  : la  chaleur  et 
seicheresse  sont  les  deux  causes  de  la 
soif,  à sçauoir  defaut  d’humidité,  et 
excès  de  chaleur.  L’autre  cause  peut 
estre  leur  boire  excessif  d’eau  froide  : 
car  l’eau  par  sa  crudité  et  pesanteur 
s’arreste  long  temps  aux  hypochon- 
dres,  et  y engendre  obstructions  et 
crudités,  qui  sont  cause  que  le  boire 
ne  peut  penetrer  au  foye.  Ces  crudi- 
tés Croupissantes  où  elles  sont  arres- 
tées,  se  pourrissent,  et  de  ceste  pour- 
riture s’esleuent  vapeurs  putrides  et 
acres,  se  tournent  aussi  en  phlegme 
sallé,  qui  remplissant  l'orifice  de  l’es- 
tomach  (où  est  le  siège  et  sentiment  de 
l’alteration)  fait  quasi  semblable  soif 
à celle  qui  tourmente  les  hydropi- 
ques. 


CHAPITRE  LXXXI I. 

DV  VEILLER  2. 

Les  veilles  procèdent  de  certaines 
vapeurs  corrompues  qui  montent  au 
cerueau,  qui  font  perturbation  d’es- 
prit, resuerie,  melancholie,  epilepsie, 
et  autres  mauuaises  indispositions,  le 
tout  par  alteration  qui  en  fin  induit 
et  apporte  alienation  à la  substance 
du  cerueau.  Or  ces  accidens  susdits 
ne  suruiennent  seulement,  mais  plu- 
sieurs autres,  comme  dureté  de  ratte, 

1 Suite  du  précédent.  Voir  la  note  2 de 
la  page  778. 

- Même  note  que  pour  le  chapitre  pré- 
cédent. 


aposteme  au  mesentere,  rupture  de 
veineauxpoulmons,  phthisie,  enfleure 
de  iambes,  pesanteur,  lassitude  vni- 
uerselle,  obstructions,  douleur  de 
teste,  et  autres  maladies  procédantes 
de  l’amas  des  humeurs  vicieux,  qui 
corrompent  toute  la  masse  sangui- 
naire: qui  fera  que  le  sang  menstrual 
qui  en  sortira,  ressentira  de  la  cor- 
ruption de  l’humeur  qui  aura  esté 
engendré  et  meslé  , lequel  paroistra 
bilieux,  pituiteux,  sereux,  et  meian- 
cholique,  ou  autre,  selon  la  diuersité 
de  la  corruption  conceuë  en  la  masse 
sanguinaire,  et  d’vne  inflammation 
engendrée  dedans  les  veines,  qui  y 
sera  suppurée,  comme  nous  auons  dit 
cy  dessus. 


CHAPITRE  LXXXIII. 

CVRE  L 

Le  point  souuerain  pour  remedier 
à tous  ces  accidens,  est  de  prouo- 
quer  les  fleurs:  pour  laquelle  chose 
executer,  on  appellera  vn  docte  mé- 
decin qui  ordonnera  la  saignée  (à  fin 
de  descharger  Nature  d’vne  partie  de 
son  fardeau)  et  des  purgations,  ainsi 
qu’il  verra  estre  necessaire.  Apres  les 
purgations  sera  vtile  faire  prendre 
des  choses  aperiliues  et  incisiues,  à 
fin  de  destouper  les  obstructions: 
comme  sont  les  syrops  d’armoise,  ca- 
pilli  veneris  , et  autres  semblables, 
auec  décoction  d’hyssope,  sabine,  ra- 
cine d’eringium,  dit  en  François  Pa- 
nicault,  et  de  garance.  Aussi  la  con- 
serue  de  fleurs  de  soulcy  est  singu- 

1 Ce  chapitre  termine  le  petit  traité  des 
pâles  couleurs  qui  comprend  les  12  cha- 
pitres précédents.  Voyez  la  note  2 de  la 
page  778. 


DE  LA  GENERATION. 


785 


liere,  prise  par  trois  matinées,  aussi 
gros  qu’vne  noix  commune.  Pareille- 
ment la  décoction  de  racine  de  persil, 
feuille  d’byssope  aromatisée  de  ca- 
nelle.  Semblablement  faut  appliquer 
sur  le  plat  des  cuisses,  ventouses  sans 
scarification.  On  fera  pareillement 
fomentation  aux  parties  génitales, 
d’herbes  à chat,  inatricaire,  armoise, 
thym,  origam,  agripaume,  sabine,  et 
autres  semblables.  On  fera  aussi  par- 
fums aux  parties  génitales,  faits  de 
poyure,  gingembre,  clou  de  girofle, 
musc,  ciuetle,  noix  muguetle.  Plus  il 
faut  que  la  malade  chemine , saule , 
trauaille,  danse,  monte  et  descende 
souuent,  qu’elle  tire  de  l’eau  d’vn 
puits,  et  autres  exercices,  si  elle  les 
peut  supporter,  sans  que  pariceuxse 
face  plus  grande  irritation  des  matiè- 
res amassées  et  supprimées,  ny  que 
les  douleurs  et  autres  accidens  men- 
tionnés se  resueillent  et  enaigrissent 
d’auantage.  Plus  luy  conuiendra faire 
des  frictions  aux  cuisses  et  iambes, 
auec  linges  rudes  au  malin.  Il  faut 
faire  ces  remedes  au  commencement 
des  lunes  nouuelles,  ou  autre  temps 
auquel  les  femmes  ou  filles  malades 
auoient  ou  pouuoient  auoir  leurs 
purgations  : autrement  on  tiauaille- 
roit  en  vain. 

Les  filles  villageoises  nesont  sujettes 
aux  pâlies  couleurs , et  aux  susdits 
accidens,  à raison  qu’elles  trauaillent 
beaucoup,  et  ne  mangent  tant  dedi- 
uersités  de  viandes,  comme  celles  des 
villes  : aussi  qu’elles  sont  tousiours 
en  plein  air,  lequel  fait  dissipation  et 
digestion  de  la  substance  superflue 
de  tout  leur  sang  par  insensible  tran- 
spiration : qui  fait  qu’elles  ne  sentent 
point  ou  peu  les  incommodités  de 
leurs  fleurs  arrestées . 


CHAPITRE  LXXX1V. 

DES  HEMORRHOÏDES  QVI  NAISSENT  AV 
COL  DE  LA  MATRICE  K 

Tout  ainsi  qu’il  se  fait  des  hemor- 
rhoïdes  au  siégé,  ainsi  se  fait-il  au  col 
de  la  matrice,  lesquelles  sont  extré- 
mités des  orifices  des  vaisseaux  des 

1 Nous  rentrons  ici  sinon  dans  le  texte,  du 
moins  dans  le  cadre  de  l’édition  de  1573, 
dont  ce  chapitre  Des  hemorrhoïdes  fait  le  691'. 

Mais  il  s’en  faut  réellement  beaucoup  que 
le  texte  soit  le  même.  En  1573  et  même  en- 
core en  1579,  les  trois  chapitres  qu’on  va 
lire  n’en  formaient  que  deux,  l’un  intitulé, 
Des  hemorrlwides  qui  naissent  au  col  de  la 
matrice-,  l’autre,  Curation  des  verrues  fuites 
au  col  de  la  matrice.  C’est  que  sous  ce  nom 
d'hémorroïdes,  Paré  avait  confondu  toutes 
sortes  de  tumeurs  qu’il  jugea  à propos  de 
mieux  distinguer  en  1585.  Vo'ci  du  reste, 
pour  qu’on  puisse  juger  de  la  différence  des 
doctrines,  le  texte  de  1573  et  de  1575,  avec 
deux  petites  additions  de  1579. 

Des  hemorrhoïdes  qui  naissent  au  col  de  la 
matrice. 

« Dauanlage  il  y a des  hemorrhoïdes  qui 
naissent  au  col  de  la  matrice,  comme  il  se 
faict  au  siégé,  qui  sont  comme  especes  de 
varices,  desquelles  sort  aucunefois  grande 
quantité  de  sang  auec  vne  eau  rousse  et  fé- 
tide ; Aucunes  sont  de  couleur  rouge,  sem- 
blable à meures,  et  pour  ce  sont  nommées 
morilles  : d’autres  à vn  grain  de  raisin  qu’on 
comme  vualles  : autres  à vne  verrue,  nom- 
mée aussi  pour  ceste  cause  verrucalles  : 
ainsy  selon  la  diuersité  de  forme  les  antiens 
leur  ont  imposé  le  nom  : Aucunes  sont  fort 
grosses  et  apparentes,  les  autres  sont  petites 
et  occultes,  cachées  au  profond  du  col  de 
la  matrice.  Semblablement  il  se  faict  des 
verrues  quelquefois  aux  bords  du  col  de  la 
matrice.  Aucunes  sont  larges  et  esleuees  en 

5o 


II. 


LE  D1X‘HVITIÉME  LIVRE 


786 

rameaux  des  veines  qui  viennent  de 
la  veine caue,  descendantes  à l’entour 
du  propre  orifice  de  la  matrice  et  du 

petites  tumeurs,  et  sont  nommées  humorales, 
non  seulement  parcequ’elles  sont  esleuees 
en  tumeurs  comme  une  meure,  mais  aussy 
qu’elles  sont  composées  de  plusieurs  petites 
eminences,  comme  vue  meure  de  ses  grai- 
nes. Acrochordon  est  vne  autre  espece  de 
verrue  auec  eminence  calleuse,  qui  a sa  ra- 
cine gresle,  et  la  teste  grossette , de  façon 
qu’on  diroit  estre  vn  neud  de  corde  pen- 
dante à vn  fillet.  Monsieur  d’Alechamps  en 
sa  Chirurgie  Françoise  escriptestre  appellees 
des  Arabes  verrues  botoralles  : il  y en  a vne 
autre  espece  nommee  thymus,  parcequ’elle 
ressemble  à fleur  de  thlm,  aiant  eminences 
tuberculeuses,  auec  aspérités,  creuasseespar 
dessus  : aucunes  sont  grandes,  autres  pe- 
tites, et  par  interualle  iettent  beaucoup  de 
sang,  principalement  après  la  compagnee 
d’homme,  ou  que  la  femme  chemine,  ou 
faict  autre  grand  exercice.  Il  y en  a de  toutes 
ces  especes  qui  sont  malignes,  ausquelles  ne 
faut  que  palier  de  peur  qu’elles  ne  tournent 
en  chancre,  et  telles  sont  douloureuses  au 
toucher,  parcequ'elles  sont  procréés  d’hu- 
meur maling,  aucuns  les  appellent  ficus,  et 
la  populace  le  mal  S.  Fiacre,  auquel  ne 
faut  attenter  nulle  cure  fors  la  palialiue.  » 

L’édition  de  1679  ajoutait  là  : comme 
nous  auons  dit  parlant  des  hemorrhoïdes  du 
siégé.  Le  début  du  chapitre  suivant  était  le 
meme  dans  les  trois  éditions  de  1673,  1576 
et  1579. 

« Curations  des  verrues  faictes  au  col 
de  la  matrice. 

• Celles  qui  seront  trouuees  au  col  de  la 
matrice,  et  ne  seront  malignes,  il  les  con- 
uient  lier  et  coupper,  et  celles  qui  seront 
profundément,  on  mettra  le  spéculum  ma- 
tricis  dans  le  col  de  la  matrice,  à fin  qu’on 
les  puisse  voir  et  toucher.  » 

Puis  venaient  les  figures  des  spéculums , 
et  le  reste  du  texte  retombait  d’accord  avec  le 
texte  actuel.  Je  répète  que  la  rédaction  ac- 
tuelle est  de  1686. 


col  d’icelle , par  lesquelles  les  vierges 
et  femmes  grosses  se  purgent  de  leurs 
mois  : d’autant  qu’en  elles  l’orifice 
ou  bouche  de  la  matrice  est  fermée 
aux  femmes  grosses,  à raison  de  l’en- 
fant conceu  auquel  les  cotylédons 
reseruent  le  sang  pour  sa  nourriture: 
et  aux  vierges,  parce  qu’elles  n’ont 
point  encor  esté  ouuertes.  Ces  extré- 
mités des  veines  quelquesfois  se  gros- 
sissent et  ferment  sans  ietter  sang,  et 
quelquefois  aussi  sont  ouuertes  et 
iettent  vn  gros  sang  noirastre,  comme 
font  les  hemorrhoïdes  du  siégé,  sans 
ordre  ny  période,  auec  douleur.  Par- 
tant tel  llux  est  appellé  hem orrhoï- 
dal  et  non  menstrual,  encor  que  tel 
flux  sorte  par  mesmes  veines.  Elles 
viennent  apres  les  inflammations , 
rhagadies  de  la  matrice.  Elles  sont 
connues  par  l’effusion  du  sang  qui 
coule,  non  par  temps  certain,  comme 
fait  le  flux  menstrual,  mais  par  inter- 
ualle et  sans  ordre. 

La  cure  est  semblable  que  celle  du 
siégé,  qui  est  d’appaiser  la  douleur 
par  fomentations  faites  de  semence  de 
lin,  de  guimauues,  fueilles  de  bouil- 
lon blanc  : par  linimens  faits  d’huile 
depauot,  de  nénuphar,  d’amandes 
douces,  battue  long-temps  en  vn 
mortier  et  pilon  de  plomb,  adioustant 
iaune  d’œuf  auec  vn  peu  d’opium. 


CHAPITRE  LXXXV. 

DES  VERRVES  OVI  VIENNENT  AV  COL 
DE  LA  MATRICE. 

Au  col  de  la  matrice  se  font  des 
verrues  de  plusieurs  sortes  : aucunes 
sont  eminentes  contre  la  peau,  ou  lé- 
ures'de  la  partie  honteuse,  fort  peu 


DE  LA  GENERATION. 


787 


releuées,  calleuses,  tuberculeuses  et 
noiraslres,  ayans  la  base  large.  Les 
Grecs  les  ont  appellées  il lyrmecia , 
c’est-à-dire  fourmillieres  : par-ce 
qu’au  froid  elles  font  douleur,  comme 
si  vu  fremy  les  mordoit.  Les  Arabes 
les  nomment  verrues  moral/ s,  par-ce 
qu’elles  sont  grosses  comme  vne 
meure,  et  qu’elles  sont  composées  dç 
plusieurs  eminences  petites,  comme 
vne  meure  de  ses  grains.  Il  y en  a 
d’autres  nommées  acrochordon,  qui 
sont  eminences  calleuses,  et  qui  ont 
la  racine  gresle  et  la  teste  grossette, 
de  sorte  qu’on  diroit  estre  vn  nœud 
de  corde  pendu  à vn  filet  : les  Latins 
les  appellent  verrues  pensiles.  Autres 
sont  appellées porales,  par-ce  qu’elles 
ont  la  teste  diuisée  en  plusieurs  par- 
ties, comme  la  teste  d’vn  porreau  : 
ellessont  longuettes  et  creuassées  par 
dessus,  desquelles  sort  du  sang  en 
grande  quantité  apres  la  compagnie 
de  l’homme,  ou  si  la  femme  chemine 
ou  fait  grand  exercice. 

Pour  le  prognostic,  toutes  ces  ver- 
rues sont  engendrées  d’vn  humeur 
pituiteux  et  melancholique,  enuoyé 
de  toutes  les  parties  du  corps  : par- 
ce que  ceste  partie  est  comme  vn 
cloaque  où  sont  enuoyés  tous  les  ex- 
cremens  du  corps. 

Nota,  qu’en  toutes  ces  verrues , s’il 
y a douleur,  n’y  faut  toucher  de  me- 
dicamens  acres,  par  ce  qu’elles  sont 
faites  d’humeur  malin , et  qu’elles 
se  pourroient  tourner  en  chancre  : 
parquoy  les  faut  pallier.  Si  elles  ne 
sont  douloureuses , on  les  pourra 
lier  ou  couper,  ou  appliquer  causti- 
ques, à fin  d’oster  leur  racine , et 
qu’elles  ne  repullulent  : ce  qui  se 
fera  auec  huile  de  vitriol,  ou  eau 
forte,  ou  eau  de  sublimé,  ou  par  telle 
eau  : 


"if.  Aquæ  plantaginis  §.vj. 

Virid.  æris  5.  ij. 

Aluni  rochæ  5.  ij. 

Salis  comm.  § . j. 

Vitrioli  Romani  et  sublimati  ana  3 . G 
Terantur  omnia  simul  , et  reseruetur  aqua 
ad  vsum  dictum  '. 


CHAPITRE  LXXXVI. 

DE  THYM,  ESPECE  DE  VERP.VE  QVI  VIE 
AV  COL  DE  LA  MATRICE. 

Thym  naist  aux  aisles  du  col  de  la 
matrice,  ou  dedans  le  col  mesme,  qui 
est  vne  espece  de  verrue  auec  aspéri- 
tés creuassées,  semblable  à la  teste  du 
thym.  Les  Arabes  les  nomment  ver- 
rues porales,  par-ce  que  sa  teste  est 
diuisée  en  plusieurs  parties , comme 
la  teste  d’vn  porreau  en  ses  filets.  Il  y 
en  a de  deux  especes,  vn  petit  et  l’au- 
tre fort  grand,  qui  s’appelle  Ficus  ou 
Fie,  et  du  populace,  le  mal  sainct  Fia- 
cre2.  L’vn  est  malin,  et  l’autre  bénin 
et  gracieux.  Le  bénin  est  vne  petite 
chair  estroite  par  en  bas,  et  large  par 
en  haut,  auec  deux  eminences  peu 
apparentes,  blanchastres  ou  rougeas- 
tres,  sans  douleur.  Le  malin  est  plus 
grand,  plus  dur,  plus  aspre  ou  rabo- 

1 II  y a ici  une  note  marginale  qui  ren- 
voie folio  sequetui  pour  cet  vsum  dictum, 

2 Paré  a essayé  ici  de  donner  une  histoire 
complète  sinon  de  tou  tes  les  tumeurs  du  vagin 
(qui  est  pour  lui  le  col  de  la  matrice),  au 
moins  de  toutes  celles  qui  avaient  reçu  un 
nom  particulier.  On  peut  voir,  par  la  com- 
position du  texte  primitif,  combien  cette 
tâche  l’avait  embarrassé  ; et  après  sa 
deuxième  édition  , on  peut  encore  se  hasar- 
der à dire  que  toute  cette  synonymie  est  un 
vrai  galimatias.  Il  y a du  reste  tenté  une 
autre  histoire  de  ces  tumeurs  considérées 
en  général  au  ch.  21  du  5e  Livre.  Voyez 
tome  Ier,  page  337. 


788  LE  DIX-HV1TIEME  LIVRE  , 


teux,  de  couleur  liuide,  fongueux, 
auec  vne  douleur  poignante , comme 
pointes  d’aiguilles.  Tous  deux  s’indi- 
gnent au  toucher,  et  iettent  grande 
quantité  de  sang  estans  coupés  ou 
irrités,  principalement  apres  la  com- 
pagnie de  l’homme,  ou  que  la  femme 
aye  cheminé  ou  fait  quelque  grand 
exercice. 

Ils  doiuent  estre  desseichés  par  re- 
medes  secs  et  astringens  : aussi  les 
lier  et  couper.  Ceux  qui  sont  malins 
et  douloureux , les  faut  pallier  et  n’y 
toucher,  de  peur  qu’il  n’y  suruienne 
vn  chancre  : on  pourra  mettre  le 
spéculum  matricis,  à fin  de  voir  plus 
aisément. 


Diuers  portraits  de  Spéculum  matricis  ouuert 
et  fermé  '. 


1 Ces  figures  avaient  paru  déjà  en  1564 
dans  les  Dix  liures  de  chirurgie  à la  fin  du 
livre  des  Pierres.  Voyez  ci-devant,  la  note  *2 
de  la  page  496.  Franco  a figuré,  dans  son 
édition  de  1561,  page  399,  un  spéculum 
analogue  à celui  qui  est  ici  représenté  en 
dernier;  mais  il  ne  se  l’attribue  point , et 
semble  au  contraire  indiquer  qu’il  y en  avait 
dès  lors  de  plusieurs  sortes  en  usage  général. 

J’ajouterai  du  reste  que  Franco  voulait 
qu’on  se  servît  de  ce  spéculum  pour  aller 
chercher  l’arrière-faix  dans  la  matrice  ; et 


A Demonstre  la  viz  qui  le  clostet  ouure. 
RB  Les  branches  qui  doiuent  estre  de  lon- 
gueur de  huit  à neuf  doigts. 

Ils  doiuent  estre  de  grandeur  et 
longueur  selon  l’aage  de  la  femme  : 
et  lors  que  tu  voudras  appliquer  l’vn 
d’iceux,  feras  situer  la  femme  en  telle 
façon  comme  nous  auons  dit  cy  des- 
sus à l’extraction  de  l’enfant  mort, 
duquel  ie  t’ay  baillé  le  portrait1. 
Or  celles  qui  se  pourront  lier  se  fe- 
ront par  vn  instrument  propre , des- 
crit  au  chapitre  De  la  relaxation  de 
l’vuule 2,  et  seront  serrés  de  iour  en 
autre,  tant  que  la  verrue  sera  tom- 
bée : dont  pour  les  cures  seront  liées, 
coupées  et  cautérisées,  à fin  de  leur 

tel  était  le  sujet  de  son  86'  chapitre,  inti- 
tulé : D’un  autre  façon  et  plus  legere  auec  le 
spéculum  matricis. 

• Il  est  à remarquer  que  cette  phrase  a été 
conservée  dans  toutes  les  éditions,  bien  que 
le  portrait  de  la  situation  de  la  femme  ait  été 
enlevé  dès  1575.  Voyez  ci-dessus  la  dernière 
note  de  la  page  701. 

* Tel  est  le  texte  à partir  de  l’édition  do 
1575.  Mais  en  1573  on  lisait  : 


oster  leur  racine  et  qu’elles  ne  repul- 
lulent : ce  qui  se  fera  auec  huile  de 


« Or  celles  qui  se  pourront  lier,  se  feront 
par  cest  instrument. 

Figure  d’vn  instrument  propre  à lier  les  ver- 
rues au  col  de  la  matvice. 


DE  LA  GENERATION.  789 

vitriol  ou  eau  forte 1 , ou  de  capitel, 
dont  nous  faisons  nos  cautères  poten- 
tiels. 

Aussi  ceste  eau  a grande  puissance 
de  les  consumer  et  desseicher  iusques 
à leur  racine. 


A Monstre  un  anneau  dont  sa  partie  supé- 
rieure est  un  peu  caue. 

B Un  lillet  double,  lequel  s’insère  dedans 
la  cauité  supérieure  dudict  anneau  , et 
se  serre  par  le  moicn  d'vn  neud  coul- 
lant. 

C Vn  ûl  de  fer  dans  lequel  ledict  fillet  passe 
pour  estre  serré  lorsqu’on  aura  pris  les 
choses  supercroissanles , et  demeurera 
ledict  fillet  dans  le  col  de  la  malrice  : 
et  sera  reserré  de  iour  à autre,  etc.  » 

Cet  instrument  a été  dès  1575  reporté  au 
chapitre  7 du  Livre  des  Tumeurs  en  particu- 
lier (voyez  t.  rr,  p.  385)  ; mais  il  m’a  paru 
essentiel  de  le  reproduire  ici  pour  compléter 
la  doctrine  de  Paré  touchant  les  polypes  de 
la  matrice» 


7f  Aquar.  plantag.  3.  vj. 

Virid.  ær.  3.  ij. 

Alum.  rochæ  3.  iij. 

Salis  communis  % . ü . 

Vitriol.  Roman,  et  sublimât,  ana  3.  G. 
Omnia  simul  terentur  et  bulliant. 

Et  se  gardera-on  que  telle  chose 
caustique  et  bruslante  ne  touche 
qu’au  lieu  qu’on  veut  oster  : s’il  y 
auoit  quelque  vlcere,  on  y remédiera 
comme  a esté  dit. 

Quelque  personnage  m’a  affirmé 
que  la  bouse  de  bœuf  chaudement 
appliquée,  y adioustant  des  fueilles 
ou  poudres  de  sauinier,  fait  mourir 
les  verrues  qui  sont  au  col  de  la  ma- 
trice : à l’espreuue 2. 

Quelquesfois  aussi  ces  verrues  se 
font  à la  verge,  et  s’il  y en  a aude- 
hors  et  au  dedans  du  prepuce,  il  ne 
les  faudra  oster  toutes  ensemble,  à 
fin  de  ne  pertuiser  le  prepuce,  qui  est 
mince  et  délié  : mais  premièrement 
nous  curerons  celles  du  dedans  : 
apres  auoir  cicatrisé  l’vlcere,  nous 
mettrons  la  main  à celles  du  dehors. 

Aussi  les  cantharides  incorporées 
aux  onguens  font  tomber  les  ver- 
rues et  cors  qui  naissent  entre  les 
orteils. 

le  sçay  d’asseurance  que  les  ver- 

1 Édilion  de  1573  : Eau  forte  des  Alche- 
mistes. 

2 Ici  finissait  le  chapitre  en  1573.  Le  para- 
graphe qui  suit  se  lisait  dans  l’édition  de 
1575,  et  avait  ensuite  été  omis  dans  toutes 
les  autres , sans  raison  que  je  sache  ; je  n’ai 
pas  hésité  à le  rétablir,  sauf  à en  prévenir  le 
lecteur.  Les  deux  suivans  ont  été  ajoutés  en 
1579. 


79°  LE  dix-hvitiéme  livre  , 


rues  qui  viennent  aux  mains  son  t 
guaries  y appliquant  du  pourpied  pilé 
auec  son  jus  : autant  en  font  les 
fueilles  et  fleurs  du  soucy. 


CHAPITRE  LXXXVII, 

DES  RHAGADIES  ET  CONDYLOMES. 

Rhagadies  sont  vlceres  creuassées, 
faites  d’vn  humeur  acre  et  salé,  qui 
fait  quelquesfois  contraction  et  stric- 
ture  du  col  de  la  matrice,  comme 
l’on  voit  qu’vn  parchemin  se  serre 
et  gredille  lors  qu’on  le  met  trop  près 
du  feu,  en  sorte  que  souuent  on  n’y 
sçauroit  mettre  qu’à  grand’  difficulté 
le  bout  du  doigt.  Ce  mal  ne  vient 
seulement  au  col  de  la  matrice,  mais 
au  siégé,  et  à l’extremité  du  prepuce, 
et  la  bouche,  qui  empesche  le  malade 
les  ouurir,  de  parler  et  mascher,  et 
souuent  on  est  contraint  de  faire  sec- 
tion. 

Pour  la  curation  , il  faut  euiter  les 
medicamens  acres,  mais  faut  amollir 
et  fort  humecter  la  partie  auec  fo- 
mentations, linimens,  cataplasmes, 
emplaslres,  et  y mettre  souuent  le 
spéculum  malricis  et  pessaires,  à fin 
d’agrandir  et  dilater  ce  qui  est  trop 
dur  et  serré,  puis  faire  cicatrice  aux 
vlceres  creuassées. 

Condylomes  sont  eminences  ridées, 
et  comme  excroissance  de  chair,  qui 
sont  mesmes  les  rugosités  du  col  de 
la  matrice  ‘,  ou  les  muscles  du  siégé 
ausquels  il  y a plusieurs  replis  serrés 
les  vns  contre  les  autres,  principale- 

1 Phrase  inintelligible.  Peut-être  faut-il 
lire,  qui  sorte  nées  près  ou  sus-,  le  latin  l’a 
entendu  ainsi  : in  ani  prœsertim  et  cervicis 
uleri  rugosis  marginibus  ortœ. 


ment  lorsqu’elles  sont  enflammées  et 
endurcies.  On  les  connoist  à la  veuë  et 
au  toucher  du  doigt. 

Les  remedes  froids  et  relaxans  sont 
bons,  comme  huile  d’œuf  et  semence 
de  lin, dechacun  deux  onces,  battues 
longuement  en  vn  mortier  de  plomb, 
et  de  ce  en  soit  appliqué  dessus.  S’il 
y auoit  inflammation,  on  y adiouste- 
ra  vn  peu  de  camphre,  et  fera-on 
autres  choses  que  le  chirurgien  verra 
estre  necessaires. 


CHAPITRE  LXXXVIII. 

DV  PRVRIT  DE  LA  MATRICE. 

Souuent  il  se  fait  vn  prurit  ou  dé- 
mangeaison au  col  de  la  matrice, 
principalement  aux  femmes  aagées, 
qui  leur  donne  grand  tourment  : et  y 
portent  souuent  la  main  pour  se  grat- 
ter et  frotter,  qui  les  garde  de  repo- 
ser. 

Depuis  n’agueres,  vne  femme  es- 
tant vexée  de  ce  mal  me  pria  deluy 
enseigner  quelque  remede,  et  me  dist 
qu’elle  estoit  souuent  contrainte  d’y 
mettre  des  cendres  du  foyer  poures- 
teindre  ce  prurit  : ie  luy  enseignay 
qu’elle  fist  des  inieclions  d’egyptiac 
dissout  en  eau  marine , et  autres  fois 
en  lexiue,  et  aussi  qu’elle  appliquast 
pessaires  ou  grosses  tentes  faites  d’es- 
toupes  imbues  en  ladite  iniection  : 
et  par  ce  moyen,  certains  iours  apres 
en  fut  totalement  guarie. 

Ledit  prurit  vient  aussi  souuent  au 
scrotum  et  autour  du  siégé  des  hom- 
mes vieux,  qui  prouient  d'vne  pituite 
salée  : et  alors  que  tel  humeur  tombe 
aux  yeux,  les  malades  sont  en  grand 
peine. 

le  proteste  auoir  veu  vne  vieille 


DE  LA  GENERATION. 


femme  vexée  de  cernai, laquelle,  pour 
luy  seder  sa  démangeaison,  lauoit 
et  frottoit  ses  cils  de  vinaigre  le  plus 
fort  qu’elle  pouuoit  recouurer,  et  me 
dit  qu’elle  n’auoit  peu  trouuer  meil- 
leur remede  à son  mal  que  ledit  vi- 
naigre L 

Pareillement  les  menstrues  rete- 
nues eschauffent  la  matrice,  engen- 
drent le  prurit  et  incitent  à se  grat- 
ter, et  aussi  à l’acte  venerien.  Lors 
qu’il  y aura  grande  inflammation,  on 
fera  iniection  de  pourpied,  morelle, 
plantain,  iusquiame,  et  renouuellez 
soutient.  D’abondant  on  y peut  ap- 
pliquer esponges  ou  linges  en  forme 
de  pessaires  trempés  audit  jus 2. 

Or  il  ne  vient  seulement  particu- 
lièrement, mais  aussi  en  tout  le 
corps,  accompagné  d’vne  petite  grat- 
telle  : et  pour  secourir  à tels  acci- 
dens,  faut  ordonner  régime  au  ma- 
lade tendant  à froideur  et  humidité  : 
pareillement  il  le  faut  baigner,  sai- 
gner , corneter , auec  scarifications 
faites  auec  flammettes 3. 

Pareillement  on  doit  faire  frotter 
vniuersellement  tout  le  corps  de  cest 
onguent,  et  les  faire  suer  au  lit. 

"if..  Axung.  porc,  recent.  ffi.  j.  C>. 

Saponis  nigri , vel  gallic.  salis  nitri,  as- 
sat.  tartarstaphisa.  ana  g.  £>. 

Sulph.  viui  5 . j. 

Argenti  viui  § . ij. 

Acet.  rosat.  g . iiij. 

Incorporent,  omnia  simul , et  fiat  linimen. 

secundum  artem. 

1 J’ai  rétabli  ici  cette  histoire  d’après  le 
texte  de  1573;  Paré  l’en  avait  retranchée  dès 
1575  pour  la  transporter  au  liv.  15,  chap.  II. 
Voy.  ci-devant  page  425,  et  la  dernière  note 
de  la  page  424. 

2 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  en  1585. 

*L’éditionde  1573  ajoutait,  desquelles  tu  as 

icy  le  poriraict;  et  donnait  en  effet  les  figu- 


79l 

Duquel  le  corps  du  malade  sera 
frotté  tant  de  fois  qu’il  sera  besoin. 
On  a par  plusieurs  fois  expérimenté 
vnguentum  enulatum  cum  mercuriû, 
lequel  a grande  puissance  de  guarir 
le  prurit  et  seicher  les  gratlelles  qui 
viennent  au  corps  ou  en  quelque 
partie  d’iceluy. 

Autres  vsent  de  eesluy  : 

if..  Alum.  spumæ  nitri , sulpburis  viui 
ana  3.  vj. 

Slaphisagriæ,  g.j. 

In  aceto  rosat.  omnia  dissol.  addendo  bu- 
tyri  recentis  quant,  suff.  Fiat,  linim. 

Duquel  en  soit  fait  onction. 

Autre  de  grand  effet  b 
if.  Lapathi  acuti  et  cnulæ  ana  g .J. 

Contundantur  et  macerentur  in  aceto, 
et  passentur  per  setaceum , addendo  : 
Olei  rosati  g . iij. 

Sal.  comm.  g . j. 

Myrrhæ  3.  ij. 

Lithargyri  g . (b . 

Ceræ  quantum  suff. 

Fiat  linimentum. 

Et  ou  ledit  prurit  ne  cesse,  faut  y 
adiouster  argentum  viuum  vel  subli- 
matum. 


CHAPITRE  LXXXIX. 

DE  L’HYDROPISIE  DE  LA  MATRICE2. 

La  matrice  se  remplit  d’eau  comme 
font  les  autres  parties  du  corps,  et 

res  des  cornets  et  des  flammettes.  Il  suflira 
de  renvoyer  le  lecteur  au  ch.  68  du  Livre 
des  Operations,  ci-devant  page  523,  où  ces  in- 
strumensont  été  figurés. 

1 Cette  formule  est  une  addition  de  1585. 

2 Ce  chapitre  et  les  trois  qui  le  suivent , 
manquent  à toutes  les  éditions  antérieures 
à 1585. 


LE  DIX-H  VITIEME  LIVRE, 


792 

telle  repletion  se  peut  appeller  hydro- 
pisie  vterine,  laquelle  représente  vne 
fausse  grossesse.  Ceste  eau  est  engen- 
drée en  la  matrice,  ou  luy  est  en- 
uoyée  des  autres  parties,  comme  du 
foye  , ralte  , ou  de  la  grande  veine 
cane.  Elle  s’engendre  en  la  cauité  de 
la  matrice,  principalement  apres  les 
auortemens  : ainsi  que  dit  Hippocra- 
tes au  liurc  Des  maladies  des  femmes , 
qu’elle  vient  quand  la  ratte  est  pleine 
d’eau.  Ce  qui  aduient  quand  durant 
les  fiéures  continues  la  femme  est 
fort  altérée  et  boit  beaucoup,  comme 
Fernel  enseigne  par  l’bistoire  d’vue 
femme  hydropique,  laquelle  tous  les 
mois,  quelques  iours  apres  ses  purga- 
tions, vuidoit  cinq  ou  six  bassns 
d’eau  cilrine  par  le  col  de  sa  matrice: 
et  de  là  son  ventre  se  desenfloit.  La- 
dite eau  vient  aussi  souuent  du  cer- 
ueau,  comme  font  les  fleurs  blan- 
ches. 

La  curation  se  fera  par  le  médecin. 

De  la  paralysie  de  la  matrice. 

La  paralysie  vient  des  humidités 
superflues , qui  lascbent  et  rendent  la 
matrice  mollasse,  ridée  et  froide  au 
toucher  : ioint  qu’elle  n’a  aucun  de- 
sir  au  coït , et  ne  retient  aucune- 
ment la  semence.  La  cure  se  fera  auec 
remedes  chauds,  secs,  et  astringens, 
ordonnés  par  le  docte  médecin. 


CHAPITRE  XC. 

DE  L’INFLATION  DE  LA  MATRICE  L 

La  matrice  quelquesfois  s’enfle  de 
telle  sorte,  qu’il  semble  la  femme  eslre 

1 Ce  chapitre,  comme  le  précédent,  a été 
ajouté  en  1585.  il  traite  de  la  tyrnpanite 


grosse  d’enfant.  Telle  enflure  vient 
d’vne  multitude  de  vents  contenus 
en  la  matrice , et  vient  souuent  apres 
vn  accouchement , faute  de  s’estre 
serré  le  ventre  apres  estre  accou- 
chée. Ces  vents  sortent  souuent  par 
la  bouche  et  par  le  col  de  la  matrice , 
auec  bruit , comme  par  le  siégé. 

Ils  se  resoluent  en  appliquant  sur 
le  ventre  fiente  de  vache,  de  chéure, 
ou  de  brebis,  auec  anis,  cumin,  et 
fenoil  , fricassé  auec  maluoisie  ou 
hippocras.  Aussi  par  clysteres  carmi- 
natifs  faits  de  vin  de  maluoisie,  ou 
hippocras  auec  eau  de  vie,  et  huile 
de  noix  : par  sachets  appliqués  sur  le 
ventre,  faits  auec  des  choses  carmi- 
natiues  : semblablement  par  fomen 
talions  faites  de  rue,  armoise,  herbe 
à chat,  pouliot,  camomille,  melilot, 
calament, origan, et  leurs  semblables, 
boullis  en  eau  et  vin  : pareillement 
l’emplaslre  de  laccis  lauri  , applica- 
cations  de  grandes  ventouses  sur  le 
nombril , sans  scarification.  La  femme 
boira  du  vin  ou  maluoisie,  vsera  de 
viandes  de  bon  suc , plustost  rosties 
que  boullies:  apres  le  repas  vsera 
de  dragée  carminatiue. 


CHAPITRE  XCI. 

DES  PIERRES  ET  SABLES  CONTENVS  EN 
LA  MATRICE1. 

Il  ne  faut  douter  que , tout  ainsi 
qu’il  se  fait  des  pierres  en  la  vessie  , 
aussi  s’en  fait-il  en  la  matrice  : à 

utérine;  je  rappellerai  que  déjà  Paré  en  a 
parlé  deux  fois;  la  première  à l'occasion 
des  môles,  la  seconde  à propos  d’une  autre 
question.  Voyez  ci-dessus  page  7G(J. 

1 Chapitre  ajouté  en  1585  comme  les  deux 
précédent». 


DE  LA  GENERATION. 


cause  des  humeurs  grosses,  crasses  , 
visqueuses  et  espaisses,  et  obstruction 
en  la  partie.  Si  donc  les  mois  sont 
trop  retenus  par  l’obstruction  des  co- 
tylédons, la  bouche  de  la  matrice 
close  et  fermée , plusieurs  humeurs 
mucqueuses  s’accumulent  et  accrois- 
sent en  la  matrice,  s’incrassent , et 
de  plus  en  plus  s’endurcissent  et 
conuerlissent  en  sable,  grauelle,  puis 
en  pierre. 

Les  signes  sont  que  la  femme  sent 
de  grandes  douleurs,  ayant  tous- 
iours  volonté  de  ietter  ses  sables  ou 
pierres,  et  a souuent  des espreintes 
comme  si  elle  vouloit  accoucher. 
Neantmoins  elle  ne  laisse  à auoir  ses 
fleurs  tous  les  mois , non  par  la  cauité 
de  la  matrice , mais  parles  veines  qui 
se  rendent  au  col  d’icelle  , par  où  les 
femmes  grosses  et  les  filles  se  purgent. 

Il  faut  vser  de  clysteres,  fomenta- 
tions, et  linimens  remollitifs  et  re- 
laxatifs, pour  rendre  la  bouche  de  la 
matrice  plusouuerte.  Et  lors  que  la 
femme  aura  grandes  espreintes,  et 
que  Nature  s’efforce  ietter  les  pierres 
dehors , l’on  situera  la  femme  à la 
maniéré  de  l’extraction  de  la  pierre 
de  la  vessie  : puis  l’on  mettra  les 
deux  doigts  dedans  le  fondement  le 
plus  auant  qu’on  pourra , et  de  la 
main  dextre  faut  presser  le  petit 
ventre,  à celle  fin  d’attirer  et  ietter 
la  pierre  hors , s’il  est  possible. 

Du  col  de  la  matrice  fermé. 

Plusieurs  femmes  ne  sont  encores 
ouuerles  en  leurs  parties  honteuses  , 
appelées  en  latin  imper  forât  œ , et  en 
françois , non  encores  troüées  ou  per- 
cées. Cela  leur  peut  provenir  natu- 
rellement ou  par  accident  : et  peut 
aduenir  au  commencement  de  l’ori- 
fice du  col  de  la  matrice,  ou  au  milieu 


793 

ou  au  profond.  Le  spéculum  en  fera 
foy,  et  l’apposition  des  doigts. 


CHAPITRE  XCÎI. 

DV  COL  DE  LA  MATRICE  TROP  LARGE  , 

TROP  OWERT  , ET  TROP  LVBRIQVE  '. 

Lorsque  le  col  de  la  matrice  est 
trop  large  et  dilaté,  soit  par  nature 
ou  par  accident , comme  par  un  en- 
fantement laborieux,  cela  est  cause 
de  la  stérilité , parce  qu’il  ne  se  peut 
reserrer  pour  garder  la  genilure. 
Lors  qu’il  est  trop  estroit , garde  que 
le  culliueur  n'entre  au  champ  de  na- 
ture humaine,  pour  y ietter  sa  se- 
mence : car  cela  est  cause  de  stérilité. 
Aussi  quand  les  parois  du  col  de  la 
matrice  sont  calleux  et  durs,  à raison 
de  quelque  playe  ou  vlcere,  d’vne 
cicatrice  délaissée  : tellement  qu’a- 
pres  auoir  receu  la  semence , il  ne  se 
puisse  vnir  ny  joindre  pour  la  tenir , 
au  contraire  la  laissent  escouler,  qui 
est  vne  des  causes  que  les  putains 
n’engendrent  point  : ou  s’il  est  es- 
toupé  de  quelque  membrane  ou 
carnosité,  ou  verrues,  ou  condylo- 
mes : ou  fermé , et  non  encor  ouuert  : 
bref,  mal  disposé  d’vne  infinité  d’au- 
tres accidens,  comme  de  prurit,  in- 
flammation, chancre,  vlcere,  scirrhe, 
rhagadies , apostemes,  et  autres  tels 
de  soy , ou  par  le  consentement  de  la 
matrice  ou  des  parties  voisines.  Nous 
parlerons  cy  apres  de  tous  ces  vices. 
Aussi  quelquesfois  le  col  de  la  ma- 
trice est  tellement  lubrique,  mol  et 
humide,  qu’il  ne  donne  aucun  cha- 
touillement au  culliueur,  et  ceste 

'Chapitre  ajouté  en  1585  avec  les  trois 
précédents. 


LE  DIX-HVITÏÉME  LIVRE, 


794 

humidité  esteint  la  semence , qui  est 
cause  que  la  femme  ne  peut  conce- 
uoir.  Orceste  humidité  vient  souuent 
de  tout  le  corps , ou  de  la  matrice 
seulement. 

La  cure  se  fera  par  remedes  vni- 
uersels  et  particuliers,  par  fomenta- 
tions , pessaires , iniections , parfums, 
lesquels  se  feront  en  ceste  sorte.  Pre- 
nez balaustes , escorce  de  grenades , 
noix  de  cypre,  et  de  galle,  alun  de 
roche , roses  rouges  , menthe  , de 
chacun  deux  onces  : encens  , mastic, 
bol  armene,  de  chacun  vne  once  : 
faites  le  tout  bouillir  en  bon  vinaigre, 
et  en  faites  receuoir  la  vapeur  par 
l’instrument  dont  la  figure  t’est 
présentée  en  la  page  758. 

Pareillement  la  fomentation  qui 
s'ensuit  est  très  vtile. 

Prenez  sumach  , alun , plantain , 
gomme  arabic  , sel  commun  , ba- 
laustes , escorce  de  grenades,  noix 
de  cyprès  et  noix  de  galle,  de  cha- 
cun deux  onces  : faites  le  tout 
bouillir  en  gros  vin  noir  iusqu’à 
la  consomption  de  la  tierce  partie , 
et  les  parties  génitales  de  la  femme 
seront  fomentées  et  estuuées  , et 
au  dedans  y mettrez  vne  petite  es- 
ponge , linge  ou  cotton  trempé  en 
ladite  décoction  : et  continuerez  les 
remedes  tant  que  verrez  la  partie 
estre  suffisamment  restrecie. 


CHAPITRE  XCIII. 

DE  LA  RELAXATION  DV  GROS  INTESTIN 
QVI  SE  FAIT  AVX  FEMMES1. 

A quelques  femmes,  pour  s’estre 
trop  efforcées  à leurs  enfantemens 

1 Nous  revenons  encore  une  fois  au  cadre 
et  au  texte  de  l’édition  de  1573.  Ce  chapitre 
en  est  le  73e. 


le  gros  intestin  est  relasché,  et  sort 
hors  : et  ceste  disposition  est  fort 
frequente  aussi  aux  enfans , qui  leur 
prouientd’vn  humeur  pituiteux  qui 
abreuue  les  trois  muscles  , à sçauoir 
le  sphincter,  et  les  deux  qui  le  reti- 
rent et  tiennent  en  haut. 

Pour  la  curation,  le  faut  premiè- 
rement lauer  et  fomenter  d’vne  dé- 
coction où  auront  boüilli  herbes 
chaudes  et  resolutiues,  comme  sauge, 
rosmarin  , lauande,  thym,  et  leur 
semblable , s’il  n’y  auoit  grande  in- 
flammation : puis  de  choses  astrin- 
gentes, comme  roses,  myrtils,  escorce 
de  grenade,  noix  de  cyprès,  de  galles, 
auec  vn  peu  d’alum  et  saulmure , ou 
vrine  d’enfant 1 : puis  on  le  sinapise  , 
c’est  à dire  saupoudre  d’vne  pou- 
dre fort  subtile  faite  de  choses 
astringentes,  et  non  mordicantes  : 
apres  sera  réduit  en  son  lieu  en  le 
poussant  au  dedans.  Pareillement 
est  vne  chose  singulière  , prendre 
vne  douzaine  de  limaçons  rouges,  les 
mettant  dans  vn  pot , et  les  saupou- 
drer de  sel  et  alura,  de  chacun  de- 
mie once , les  remuant  dans  le  pot , et 
les  laisser  mourir  : et  de  la  liqueur 
qui  demeurera,  en  sera  appliqué 
auec  cotton  sus  l’intestin  qui  sort 
dehors. 

Pareillement  aucunes  femmes  ont 
vne  grande  tumeur  au  nombril,  parce 
que  le  péritoine  est  relaxé  et  sou- 
uent rompu  , au  moyen  dequoy  l’o- 
rnentum  , et  souuent  aussi  les  intes- 
tins y tombent,  ou  des  ventosités: 
ce  qui  vient  et  procédé  par  la  trop 
grande  distension  du  ventre,  pour 
auoir  porté  enfans,  et  s’eslre  grande- 
ment espreintes  à les  mettre  hors. 

Les  signes  que  les  intestins  sont 

1 Les  mots,  et  saulmure  oit  vrine  d'enfant, 
ont  été  ajoutés  en  1585. 


DE  LA.  GENERATION. 


descendus,  c’est  que  la  tumeur  est 
douloureuse,  et  lorsqu’on  presse  des- 
sus pour  les  remettre  au  dedans,  font 
bruit  et  grougoullent  comme  il  se 
fait  aux  hernies  intestinales.  Si  c’est 
l’omentum , la  tumeur  sera  molle 
auec  peu  de  douleur,  et  lors  qu’on  le 
repousse  en  dedans , ne  fait  aucun 
bruit.  Et  si  la  tumeur  est  faicte  de 
ventosités  et  esprits  llatulens,  elle 
sera  molle  , et  la  pressant  fera  quel- 
que bruit,  et  subit  retourne. 

Or  si  la  tumeur  est  fort  grande  , 
elle  ne  se  peut  guarir  si  on  ne  coupe 
le  péritoine,  ainsi  qu’on  fait  aux  her- 
nies. ï’ay  veu  de  pauures  femmes  et 
hommes  aux  portes  des  temples,  aus- 
quels  les  intestins  estoient  hors  de 
leur  siégé , de  la  grosseur  d’vne  bien 
grosse  boulle  : neantmoins  alloient, 
beuuoient  et  mangeoient  bien , et 
faisoient  toutes  autres  actions  1 , de 
tant  que  la  matière  fecale  auoit  libre 
entrée  et  issue. 


CHAPITRE  XCIV. 

DE  LA  RELAXATION  ET  ENFLEVRE  DV 

NOMBRIL,  QVI  SE  FAIT  AVX  ENFANS. 

Quelquesfois  aduient  aussi  aux 
enfans  nouuellement  nés , que  leur 
nombril  est  tuméfié  de  grosseur 
d’vn  œuf,  qui  procédé  pour  auoir 
esté  mal  coupé  et  lié  , ou  pour  quel- 
ques humeurs  et  aquosités  qui  y sont 
amassées  , ou  de  trop  crier  pour  les 
tranchées  : quelquesfois  aussi  appor- 
tent ceste  tumeur  du  ventre  de  la 
mere,  accompagnée  d’vne  aposteme, 
à laquelle  ie  conseille  au  ieune  cbi- 

1 Ici  s’arrêtait  le  chapitre  en  157.1  et  1575, 
le  reste  a été  ajouté  en  1579. 


79^ 

rurgien  n’y  toucher  pour  y faire  ou- 
uerture  : car  estant  faite , les  intes- 
tins sortent. 

Ce  que  i’ay  veu  aduenir  plusieurs 
fois,  et  mesmemennt  à l’enfant  de  dé- 
funt M.  de  Martigues,  lequel  auoit  es- 
pousé  madame  de  Laual,  qui  estoit  de 
la  maison  de  Lautrec  : dont  le  chirur- 
gien, nommé  maistre  Pierre  de  la 
Roque  , fut  en  grand  danger  de  sa 
personne  : et  n’eust  esté  monsieur 
d’Estampes  et  mondit  sieur  de  Mar- 
tigues, les  seruiteurs  luy  eussent 
coupé  la  gorge,  estimans  que  la 
mort  estoit  suruenue  à l’enfant  par 
la  faute  dudit  chirurgien. 

Et  encores  depuis  n’agueres , telle 
chose  est  aduenue  à l’enfant  de  Iean 
de  Gourmont , tailleur  d’histoires  1 , 
demeurant  à l’Arbre  sec , rue  Sainct 
Iean  de  Latran  , en  l’Vniuersité  de 
Paris,  lequel  m’enuoya  quérir  pour 
faire  ouuerture  audit  ombilic  : ce 
que  ie  refusay,  et  lui  dis  qu’il  mour- 
roit  bien  sans  moi.  Trois  iours  apres 
l’aposteme  se  creua  d’elle  mesme , et 
les  intestins  sortirent, dont  il  mourut. 


CHAPITRE  XCV. 

DE  LA  DOVLEVR  DES  DENTS  DES 
PETITS  ENFANS2. 

Les  petits  enfans  ont  aussi  vne 
grande  douleur  de  dents,  principale- 
ment quand  elles  percent  les  genci- 
ues , et  sortent  hors  : ce  qui  aduient 

1 Tailleur  d’histoires,  c’est-à-dire  graveur 
d’images  sur  bois.  Le  latin  a traduit  : 
Sculpter, 

2 Ce  chapitre  se  lit  bien,  du  moins  en 
partie,  dans  l’édition  primitive  de  1573,  où 
il  termine  comme  ici  le  Livre  de  la  généra- 
tion ; mais  entre  le  précédent  et  lui  jl  n’y 


79®  LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


communément  à sept  mois,  quelques- 
fois  plus  tost,  ou  plus  lard  : et  quand 

a pas  moins  de  46  pages,  qui  ont  été  sautées 
dans  les  éditions  complètes.  Je  vais  donner 
les  titres  et  l’analyse  des  matières  ainsi 
sautées. 

chapitre  75. 

« De  la  descente  des  intestins  en  la  bourse  des 
petits  enfans,  appelée  hargne  ougreueure.  » 

Le  contenu  de  ce  chapitre  a été  reporté 
depuis  au  livre  des  Tumeurs  en  particulier 
( tome  Ier,  pages  403  et  suivantes)  ; et  comme 
je  n'avais  pas  alors  découvert  cette  première 
origine  des  chapitres  deParé  sur  les  hernies, 
j’en  donnerai  ici  une  analyse  complète,  afin 
que  l’on  puisse  juger  de  ce  que  l’auteur  y a 
ajouté  de  1573  à 1 575. 

« Souuent,  dit-il  en  commençant,  les  en- 
fans  ont  des  hargnes  ou  greueures,  qui  est 
vne  enflure  aux  aines  ou  aux  bourses,  et 
lorsqu’elle  n’est  qu'en  l’aine  , les  auteurs 
l’ont  appelée  boubonocele  : et  si  le  boyau  des- 
send  dans  la  bourse,  enterocliele  : et  s’il  n’y 
a que  de  l’eau,  hidrochele  ets’il  n’y  a que  du 
vent,  phisochele  : et  si  c’est  l’omentum  ou  la 
coiffe,  sera  appelée  epiplocele,  ou  zirbule.  La 
charneuse  est  appelée  sarcochele,  et  la  va- 
riqueuse cirsocltele  : ces  deux  icy  n’aduien- 
nent  point  aux  petis  enfans,  mesme  ie  diray 
ce  mol,  qu’il  n’y  a que  deux  vrayes  hargnes, 
à sçauoir  l’intestinale  et  zirbale,  d’autant 
que  la  venteuse,  aqueuse,  et  charneuse  ad- 
uient  aux  autres  parties,  et  partant  ne  sont 
dictes  vrayeinent  hargnes.  » 

A ce  premier  paragraphe  sont  jointes 
deux  notes  originales  ; la  première  ainsi 
conçue  : Hargne  est  ainsy  nommee  parceqite 
ceux  qui  ont  tel  mal  sont  hargneux  et  chagrins 
pour  la  douleur  qu’ils  sentent  ; l’autre  a pour 
objet  de  citer  Fallambert  au  lib.  de  la  ma- 
niéré de  nourrir  les  enfans.  L’auteur  con- 
tinue : 

« Celle  du  boyau  vientou  de  la  naissance, 
ou  par  accident , et  se  faict  par  la  dilatation 
ou  rompeure  de  la  production  du  péritoine, 
lequel  a deux  troux  aux  deux  aines,  par  les- 
quels les  muscles  suspensoires  des  testicules 
passent  anec  les  vaisseaux  spermatiques  ' et 


elles  veulent  sortir  leur  font  douleur, 
auec  vu  prurit,  démangeaison  et  pi- 

quand  ces  productions  du  péritoine  se  dila- 
tent ou  rompent,  lors  les  intestins  lombent 
dedans  cette  production,  et  est  appelée  her- 
nie intestinale.  Telle  chose  se  faict  de  trop 
crier,  ou  tousser,  ou  vomir,  et  aussy  parce- 
que  le  péritoine  en  cest  aage  est  fort  tendre, 
humide  et  délié,  et  partant  facile  à s’eslen- 
dre  et  rompre,  et  ceux  qui  l’ont  rompu  peu 
souuent  guérissent,  mais  s’il  est  seulement 
relâché  ils  se  peuuent  guérir. 

« Les  signes  pour  eognoistre  la  hargne  in- 
testinale ou  zirbale  sont,  que  si  c’est  l’in- 
testin, la  douleur  sera  plus  grande  que  si 
c’esloit  l’omentum  , et  plus  difficile  à ré- 
duire, et  quand  on  leur  repousse  dedans  on 
sent  vn  bruit,  comme  vn  gourgoullement.  » 

On  reconnaît  dans  ce  long  passage  la  pre- 
mière rédaction  du  chapitre  14du  livre  G déjà 
cité , avec  lequel  le  lecteur  pourra  facile- 
ment le  comparer.  Là  cependant  ne  s’arrête 
pas  le  chapitre  75  de  l’édition  de  1573;  mais 
le  reste  a trait  à l’engouement  de  la  hernie  , 
qui  dans  les  éditions  complètes  n’est  trailé 
qu’à  la  fin  du  chapitre  16  du  6e  livre. 

« Et  quelquefois  , dit  notre  auteur,  ne  se 
peut  réduire,  à cause  qu’il  y a trop  grande 
quaniité  de  matière  fecale  contenue  au 
boyau,  qui  faict  que  le  boyau  ne  peut  estre 
réduit,  et  se  eognoist  par  la  tension  et  du- 
reté qui  y est  trouuee,  et  alors  ne  se  faut  ef- 
forcer le  repousser  par  violence,  mais  le  ma- 
lade sera  posé  dedans  le  lict,  la  leste  située 
bas,  et  les  fesses  et  cuisses  hautes,  et  le  lais- 
sera-on  reposer,  mettant  dessus  vn  cata- 
plasme tel  qui  sensuit...  » 

La  formule  est  la  même  que  celle  du  6e  li- 
vre ( voy.  t.  Ier,  p.  409  ) , hors  qu’en  1573 
Paré  n’ajoutait  pointde  semencede  fenugrec; 
et  le  paragraphe  qui  vient  après  la  formule 
est,  à peu  de  chose  près,  copié  sur  celui  de 
1573,  qui  termine  le  chapitre  75.  Le  cha- 
pitre 76  a pour  titre  : 

« La  curation  de  la  hargne  des  petis  enfans.  » 

« La  cure  delà  hargne  des  petis  enfans  se 
fera  euitant  lesbaings.et  toutes  choses  qui 
r’amolissenl , comme  les  potages,  fruicts 


DE  LA  GENERATION. 


queure  aux  genciues , ayans  souuent 
Gux  de  ventre , liéure , epilepsie  , 

cruds,  le  trop  manger,  le  crier,  la  toux, 
courir,  sauter  : et  s’il  tombe  sans  grande 
quantité  de  matière,  le  Chirurgien  estant 
appelé  siiuera  l’enfant  la  teste  en  bas  et  les 
fesses  esleuées,  et  peu  ci  peu  de  ses  deux 
mains  fera  la  réduction  : après  on  fomen- 
tera la  partie  d’vne  fomentation  astrin- 
gente, escripte  à la  précipitation  de  la  ma- 
tière. » 

On  peut  comparer  ce  début  avec  le 
deuxième  paragraphe  du  chapitre  15  du 
livre  G,  tome  1er,  page  405  ; la  formule  qui 
suit,  elle  paragraphe  qui  vient  après  la  for- 
mule. Après  quoi  , comme  dans  l’édition 
de  1575  , celle  de  1573  passe  au  dernier 
paragraphe  de  la  page  400  de  notre  lev  vo- 
lume : El  par  ces  remedes  , etc. , jusqu’à  la 
fin  : pendant  que  d'antre  part  les  intestins 
grossissent;  maiselleajoulaillà  un  assez  long 
passage  qui  a été  supprimé  depuis  : 

« Etpartanllavoyeestant  rendue estroicte 
et  le  boyau  grossi,  la  hargne  se  guérit.  Or 
pour  guérir  la  greueure  venteuse  , Auicen- 
nes  ordonne  deux  remedes,  à sçauoir  la  se- 
mence d’atnœos  et  la  graine  de  lupins  : il 
detrempe  la  semence  d’amœos  auec  blanc 
d’oeuf  en  forme  de  cataplasme  , et  l’aplique 
dessus,  par  ce  qu’elle  eschauffe,  dessesche, 
subtile,  résout,  et  dissipe  les  ventosités , et 
retrainct  auec  le  blanc  d’œuf.  L’autre  re- 
mede , il  faict  cuire  la  farine  de  lupins  auec 
du  vin,  meslé  auec  mirrhe,  et  choses  qui 
astreignent , comme  escorce  de  grenade  , 
noix  de  galle,  et  autres  semblables  , et  tels 
remedes  dissoluent  et  consomment  les  ven- 
tosités : pour  telle  chose  i’ay  souuent  appli- 
qué l’emplastre  de  Vigosine  mercurio,  aussy 
l’emplaslrc  de  diacalcithcos  dissoute  en  gros 
vin  astringent. 

» Encore  les  deux  vrayes  hargnes  se  peu- 
uent  guérir  par  vn  seul  bénéfice  de  nature, 
voire  à ceux  qui  ont  accompli  leurs  troix  di- 
mentions , estans  en  l’aage  de  quarante  ans, 
et  pour  le  prouuer  ie  reciteray  ceste  histoire: 
c’est  qu’vn  preslre  de  S.  André  des  Ars, 
nommé  maistre  Iehan  Moret , etc.  » 

Ici  venait  presque  dans  les  mêmes  termes, 


797 

spasme,  qui  leur  cause  quelquesfois  la 
mort. 

l’histoire  qui  se  lit  au  chapitre  déjà  indiqué, 
t.  Ier,  pag.  407  ; et  après  celle  histoire  l’au- 
teur reprenait  : 

« Et  partant  iamais  ne  seray  d’auis  qu’on 
couppe  les  coüillons  aux  petis  enfans,  car 
leur  manequans  ils  se  degenerent  en  nature 
féminine,  voire  i’ose  bien  dire  plus,  parce 
que  les  femmes  ont  les  leurs,  et  les  hommes 
les  aiant  perdus,  la  voix  leur  mue,  la  force 
et  le  courage  leur  defaut,  sont  timides  et 
honteux,  et  ont  faute  de  barbe,  et  iamais 
ne  peuuent  plus  faire  génération.  » 

Ce  paragraphe  est  comme  le  premier  germe 
du  passage  qu’il  a consacré  au  même  sujet 
dans  le  18e  chapitre  du  G“.  livre,  t.  Ier,  p. 4 1 3. 
Et  enfin  il  terminait  ainsi  son  chapitre  75  : 
«Aux  enfans  vn  peu  grandelets,  et  aux 
femmes  et  hommes,  on  leur  fera  porter  des 
braiers  et  espaullieres  comme  il  est  monstré 
par  ces  deux  figures.  » 

Cette  phrase,  avec  les  deux  figures  qui  sui- 
vent, a été  reproduite  au  chapitre  15  du 
livre  67,  t.  Ier,  p.  408  et  409.  A l’occasion 
de  ces  ligures  j’ai  une  observation  assez 
importante  à faire.  Elles  se  voyaient  déjà  en 
15G4  dans  les Dixliures  de  chirurgie,  fol.  221 
et  222  ; savoir,  la  figure  de  la  double  hernie 
en  premier  lieu,  comme  aussi  en  1573  , et  le 
titre  est  toujours  resté  le  même;  puis  la 
figure  de  la  hernie  d’un  seul  côté,  qui  dans 
les  éditions  complètes  est  devenue  la  pre- 
mière; mais  le  texte  qui  l’accompagne  est 
fort  différent.  On  lisait  en  1564  : 

Autre  figure  d’vu  homme  qui  auroil  vue 
rupture  seulement  d’vu  coslé  auec  vn  bruyer , 
auquel  faut  qu’au  milieu  de  l'escusson  y ail  vue 
eminence. 

Tandis  qu’en  1 573 on  lisait  commeaujour- 
d’hui  : auquel  faut  qu’en  l'escusson  y ail  trois 
eminences;  et  c’est  à ces  trois  éminences  au 
lieu  d’une  seule  que  se  rapportent  les  mots  qui 
suivent  : l’ay  irouué  depuis  nagueres  ceste  in- 
uention  , etc.  ; d’où  l’on  voit  que  l’invention 
a été  trouvée  entre  15G4  à 1573.  11  faut  con- 
fesser que  la  figure  du  brayer  dessinée  par 
M.  Chazal,  d’après  la  mauvaise  édition  de 
1664  ne  rend  aucunement  l’idée  de  Paré; 


LE  D1X-HVITIÉME  LIVRE, 


798 

Les  signes  qu’elles  veulent  sortir  : 
la  nourrice  sent  la  bouche  de  l’enfant 
plus  chaude  que  de  coustume,  et  les 

c’est  pourquoi  j’ai  fait  reproduire  exacte- 
ment la  forme  du  bandage,  et  surtout  de  la 
pelote  d’après  les  figures  originales  de  1564 
à 1573.  A est  la  figure  primitive;  R est  le 
bandage  perfectionné. 


Là  finit  le  chapitre  76  et  ce  que  l’auteur 
avait  à dire  alors  sur  les  hernies.  Le  chapi- 
tre 77  a pour  titre  : 


« De  la  relaxation  du  yros  boyau  aux  petis 
enfants.  » 

C’est  presque  absolument  le  texte  du  cha- 
pitre 19  du  livre  6 (t.  1",  p.  41S),  à part 
la  fin  du  premier  paragraphe  , à partir  du 
mol  dysentérique;  et  la  note  qu’on  lit  en  cette 
occasion  doit  être  rectifiée  en  ce  sens,  que 
la  fin  du  paragraphe  n’a  été  ajoutée  qu’à  la 
deuxième  édition  complète;  ta  dernière 
phrase  de  l’avant-dernier  paragraphe,  et  le 
paragraphe  final  tout  entier  sont  des  ad- 
ditions de  1575. 

Viennent  ensuite  les  deux  derniers  chapi- 
tres cotés  78  et  79,  consacrés  aux  affections 
des  dents  et  qui  ont  passé  presque  tout  en- 
tiers dans  le  livre  des  opérations.  (Voyez  ci- 
devant  pages  443  et  suiv.);  il  y en  a eu  aussi 
un  court  fragment  rapporté  au  livre  de  la  pro- 
thèse, ci-devant  page  606.  Et  enfin  le  der- 
nier article,  intitulé  Delà  douleur  des  dents 
des  petits  enfans , forme  le  fond  du  dernier 
chapitre  du  livre  actuel , auquel  nous  avons 
rattaché  cette  note. 


genciues  leur  sont  enflées,  et  les 
iouës  : aussi  sont  plus  criards , et  ne 
peuuent  dormir  : le  prurit  et  déman- 
geaison se  connoist  parce  que  l'en- 
fant met  souuent  les  doigts  en  la  bou- 
che , pour  les  cuider  frotter  : aussi  il 
baue  : la  douleur  vient  à raison  que 
la  pointe  de  la  dent  rompt  et  perce 
la  chair  delà  genciue  , qui  est  sensi- 
ble et  tendre. 

Pour  remedter  à la  douleur,  faut 
que  la  nourrice  soit  traitée  comme 
si  elle  auoit  la  fleure  , et  ne  fera  tet- 
ter  l’enfant  tant  que  de  coustume, 
mais  lui  fera  boire  iulep  Alexandrin  , 
ou  syrop  de  limon,  ou  de  grenade, 
aucc  eau  boüillie,  pour  luy  estan- 
cher  son  extreme  soif,  et  le  rafres- 
chir  : toutesfois  il  ne  luy  faut  rien 
mettre  en  la  bouche  qui  soit  actuelle 
ment  froid  , de  peur  du  retardement 
d’icelles  , mais  choses  douces  et  lini- 
tines,à  fin  de  dilater  la  genciue  et 
appaiser  la  douleur.  Parquoy  la 
nourrice  frottera  souuent  de  ses 
doigts  les  genciues  d’huile  d’amandes 
douces,  ou  beurre  frais,  ou  miel  et 
succre,  ou  de  mucilages  de  semence 
de  psyllium  , guimauue  , coings,  ex- 
traits en  décoction  de  paritoire  : et 
par  dehors  on  appliquera  un  cata- 
plasme de  farine  d’orge , laict , huile 
rosat,  moyeux  d’œufs  : d’auantage 
on  luy  frottera  souuent  les  genciues 
de  ceruelle  de  liéure  rostie  , ou  boul- 
lie , à cause  qu’elle  relasche , et  a vne 
propriété  occulte  d’aider  à faire  sortir 
les  dents,  ce  que  l’experience  mons- 
tre : aussi  est  propre  la  ceruelle  de 
cochon.  On  leur  baille  volontiers  vn 
bastou  de  reclisse  trempé  en  bon 
miel 1 , ou  en  lieu  d’iceluy,  vn  ho- 

1 Ce  baston  de  reclisse  est  oublié  dans  l’é- 
dition de  1573  et  1575;  il  a été  mentionné 
| seulement  en  1579. 


DK  LA  GENERATION. 


chet  auquel  est  enchâssé  vne  dent 
de  loup , dont  ils  en  frottent  leurs 
genciues  , et  par  ce  moyen  l’enfant 
prend  plaisir  : d’autant  que  lors  que 
ses  dents  veulent  sortir,  sent  vn 
prurit  ou  démangeaison  aux  genci- 
ues , et  les  frottant  les  raréfié  et  sub- 
tilie , et  pour  ceste  cause  les  dents 
sortent  plustost.  Les  nourrices  lont 
adiouster  au  hochet  de  petites  son- 
nettes, qui  leur  seruuent  de  iouët , et 
de  folastrer  auec  eux 

Or  souuentesfois  tels  remedes  ne 
profitent  de  rien,  à raison  que  la 
genciue  est  fort  dure , qui  est  cause 
que  les  dents  ne  la  peuuent  percer  : 
dont  s’ensuit  pour  la  tension  d’icelle, 
que  les  enfans  ont  extremes  douleurs, 
dont  s’ensuit  la  fiéure,  et  autres  ac- 
cidens  susdits,  et  enfin  la  mort.  Et 
pour  ce  ie  suis  d’aduis  que  le  chirur- 
gien face  vne  incision  sus  la  genciue 
et  sus  la  dent,  pour  lui  ouurir  le  pas- 
sage , à fin  qu’elle  sorte  plus  aisé- 
ment. Ce  que  i’ai  fait  à mes  enfans  , 
en  presence  de  M.  le  Féure , médecin 
ordinaire  du  roy,  et  de  madame  la 
princesse  de  la  Roche-sur-Yon  , et 
de  messieurs  Hautin  , Courtin  , doc- 
teurs regens  en  la  faculté  de  mede- 

1 Ici  finissait  à la  fois,  dans  l’édition  de 

1573  , le  Livre  de  la  Génération  et  la  digres- 
sion sur  les  maladies  des  dents,  que  Paré 
y avait  ajouté  à la  prière  de  L.  Joubert. 
Voyez  ci-devant  la  dernière  note  de  la  page 
443.  Le  reste  de  ce  chapitre  date  de  1579, 
sept  ans  après  le  deuxième  mariage  de  Paré, 
d’où  l’on  peut  assez  bien  conclure  à quelle 
époque  il  en  eut  des  enfants. 


799 

cine  à Paris,  et  de  Iacques  Guille- 
meau  chirurgien  ordinaire  du  roy  , 
et  iuré  à Paris  1 : mesme  aucunes 
nourrices,  de  leur  instinct  naturel , 
deschirent  le  dessus  de  la  genciue 
auec  leur  ongle,  à fin  de  faire  voye 
aux  dents  qui  veulent  sortir. 

Or  il  ne  sera  hors  de  propos  reciter 
ceste  histoire  : Monseigneur  de  Ne- 
uers  m’enuoya  quérir  pour  analomi- 
ser  son  fils  mort , aagé  de  huict  mois 
ou  enuiron,  auquel  n’estoit  percé  au- 
cune dent.  Ayant  diligemment  re- 
gardé qui  pouuoil  estre  cause  de  sa 
mort,  n’en  fut  trouuée  aucune,  sinon 
qu’il  auoit  les  genciues  fort  dures , 
grosses  et  enflées,  et  les  ayant  cou- 
pées par  dessus,  trouuay  toutes  les 
dents  prestes  à sortir,  pour  le  peu 
d’aide  qu’on  y eust  fait  en  coupant 
la  genciue  : ce  qui  fut  conclud  des 
médecins  presens  et  de  moy,  que  la 
seule  cause  de  sa  mort  estoit  que 
Nature  n’auoit  esté  assez  forte  pour 
percer  la  genciue,  etpousser  les  dents 
dehors , à raison  que  pour  l’aage 
qu’il  auoit  elles  estoient  plus  dures 
qu’à  vn  plus  d’aage  que  la  sienne  2. 

1 En  1579,  le  texte  portait  - Iacques  Guil- 
lemeau  chirurgien  Iuré  à Paris  : ce  qui  sem- 
blerait indiquer  que  Guillemeau  ne  fut 
nommé  chirurgien  du  roi  qu’après  cette 
époque,  et,  conséquemmont,  qu’il  n’avait 
pu  être  chirurgien  de  Charles  IX,  comme  le 
disent  tous  les  biographes.  Du  reste,  Guil- 
lemeau, né  en  1550,  était  encore  bien  jeune 
en  1579. 

2 Édition  de  1579  : Plus  dures  qu’à  vn 
ieune  enfant;  le  texte  actuel  date  de  1585. 


FIN  DU  TOME  DEUXIÈME. 


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TABLE  DES  MATIERES 


CONTENUES  DANS  CE  VOLUME. 


Pages. 

LE  HVITIÉME  LIVRE 

Traitant  des  playes  recetites  et  sanglantes 
en  particulier. 

Chapitre  i.  Des  especes  et  différen- 


ces des  fractures  du  crâne.  1 

Chap.  ii.  Des  causes  et  signes.  4 

Chap.  iii.  Des  signes  sensuels.  6 

Chap.  iv.  De  scissure,  qui  est  la  pre- 
mière espece  de  fracture.  7 

Chap.  v.  De  la  contusion  , qui  est  la 
seconde  espece  de  fracture.  11 

Chap.  vi.  Des  embarreures  ou  enfon- 
ceures,  qui  est  pour  la  troisième  espece 
de  fraclure.  15 


Chap.  vu.  De  la  quatrième  espece  de 
fracture,  qui  est  incision,  appellée 
d’Hippocrates  merque  ou  siégé  : autre- 


ment ligure  délaissée  du  baston  duquel 
l’os  aura  esté  frappé.  17 

Chap.  viii.  De  la  cinquième  espece 
de  fracture  , qui  se  fait  du  coté  opposé 
du  coup.  20 

Chap.  ix.  De  la  commotion,  ou  es- 
branlement  et  concussion  du  cerueau.  23 
Chap.  x.  Du  prognostique.  26 

Chap.  xi.  Pourquoy  le  spasme  vient 
à l’opposite  du  coup.  29 

Chap.  xii.  Sommaire  des  signes  mor- 
tels cy  dessus  mentionnés.  31 

Chap.  xiii.  Les  signes  et  présagés  de 
bonne  guarison.  33 

Chap.  xiv.  Du  régime  vniuersel  qu’il 
faut  ordonner  aux  playes  et  fractures 
du  crâne , et  aux  accidens  d’icelles.  lb. 


Chap.  xv.  De  la  cure  particulière , et 
premièrement  des  playes  du  cuir  mus- 
culeux. 


Page* 


Chap.  xvi.  Cure  des  accidens  qui  ad- 
uiennent  au  crâne.  43 

Chap.  xvii.  Des  accidens  qui  aduien- 
nent  à la  dure-mere.  46 

Chap.  xviii.  Pourquoy  c’est  que  la 
dure-mere  se  noircit.  48 

Chap.  xix.  Pourquoy  on  trépané  aux 
fractures  du  crâne.  50 

Ciiap.  xx.  Description  des  trépanés.  54 

Chap.  xxi.  Des  lieux  esquels  on  ne 
doit  appliquer  trépanés.  01 

Ciiap.  xxii.  De  l’alteration  des  os  de 
la  teste.  64 

Chap.  xxiii.  La  cure  de  la  concussion 
ou  commotion  et  esbranlement  du 
cerueau.  68 

Ciiap.  xxiv.  Des  playes  de  la  face.  74 

Chap.  xxv.  Des  playes  des  yeux.  76 

Ciiap.  xxvi.  Des  playes  des  iouës.  82 

Chap.  xxvii.  Des  playes  du  nez.  86 

Chap.  xxviii.  Des  playes  de  la  langue.  88 

Chap.  xxix.  Des  playes  des  oreilles.  89 

Ciiap.  xxx.  Des  playes  du  col  et  de  la 
gorge.  90 

Ciiap.  xxxi.  Autres  histoires  mémo- 
rables. 92 

Chap.  xxxii.  Des  playes  du  thorax 
ou  poitrine.  94 

Ciiap.  xxxiii.  Cure  des  playes  du  tho- 
rax ou  poitrine.  300 


Problème.  Pourquoy  est-ce  que  les 
playes  faites  en  la  substance  des  Poul- 
mons , causent  fistules,  desquelles  sort 
grande  quantité  de  matière  purulente  et 
fetide,  qui  fait  que  les  malades  meurent 
labides  et  etiques.  104 

Chap.  xxxiv.  Des  playes  du  ventre 
inferieur,  dit  epigastre.  lb. 


II 


5i 


8oa 


TABLE 


Pages. 


Ciiap.  xxxv.  Cure  des  playes  du  ven- 
tre inferieur.  106 

Ciiap.  xxxvi.  Des  playes  des  aines  , 
verge  et  testicules.  109 

Ciiap.  xxxvii.  Des  playes  des  cuisses 
et  des  iambes.  110 

Ciiap.  xxxvm.Des  playes  des  nerfs  et 
parties  nerueuses.  111 

, Ciiap.  xxxix.  Cure  des  playes  des 
nerfs.  112 

Ciiap.  xl.  Histoire  du  defunct  roy 
Charles  IX.  116 

Ciiap.  xli.  Des  playes  des  iointurcs.  117 
Chap.  xlii.  De  la  situation  des  par- 
ties blessées.  119 

Chap.  xliii.  Des  playes  des  ligamens.  120 


PREFACE 

Sur  le  Hure  des  playes  faites  par 

harquebuses ; 121 

DISCOVRS  PREMIER 

Sur  le  fait  des  harquebusades  et  autres 

basions  à feu.  126 

AYTRE  DISCOYRS 

Sur  ce  qu’il  pleusl  vu  iour  au  roy  dcfunct 
me  demander  louchant  le  fait  des  har- 
quebusades kl  autres  basions  à feu,  lors 
duretour  gt  prise  de  la  ville  de  Rouan.  1 3 1 

LE  NEVFIÉME  LlYRE , 


Traitant  des  playes  faites  par  harquebu- 
ses et  autres  basions  à feu , fléchés , 
dards , et  des  accidens  d’icelles . 142 

Chapitre  i.  Diuision  des  playes  selon 
la  diüërsité  tant  des  parties  offensées , 
que  des  balles  dont  elles  sont  faites.  Ib. 

Chap.  ii.  Des  signés  des  playes  fai- 
tes par  harquebuses.  145 

Ciiap.  in.  Le  moyen  dé  pansôf  les— 
dites  playes  au  premier  appareil.  146 

Chap.  iv.  Descriplion  des  instrU- 
mens  propres  pour  tirer  les  balles  et 
autres  choses  estranges.  147 

Chap.  v.  La  maniéré  de  traiter  IeS 
playes  au  premier  appareil , apres  que 
Tes  choses  estranges  sont  tirées.  152 


Pages. 

Chap.  vi.  Comment  il  faut  traiter les- 
dites  playes  apres  le  pretnier  appareil.  157 
Ciiap.  vii.  Des  moyens  de  tirer  les 
choses  estranges  qui  seroient  demeurées 
à extrftiré.  160 

Ciiap.  viii.  Des  indications  qu’il  faut 
observer  ausdites  playes.  Ib. 

Ciiap.  ix.  Comme  les  maladies  sont 
compliquées.  162 

Chap.  x.  Comment  le  chirurgien 
pourra  poursuiure  le  traitement  desdi- 
tes playes.  163 

Chap.  xi.  Des  balles  qui  demeurent 
en  quelques  parties  long-temps  apres 
la  guérison  des  playes.  165 

Chap.  xii.  Des  grandes  contusions  et 
dilacérations  faites  parles  boulets  d’ar- 
tillerie , et  autres  gros  canons.  166 

Ciiap.  xiii.  Des  moyens  qu’il  faut  te- 
nir pour  rectifier  l’air,  et  pour  roborer 
les  parties  nobles,  et  fortifier  tout  le 
corps.  Ib. 

Chap.  xiv.  Histoires  mémorables.  168 
CnAP.  xv.  Apologie  touchant  les 
playes  faites  par  harquebuses.  172 

Ciiap.  xvl.  Autre  discours  sur  laques* 
tion  de  la  vénénosité  des  playes  d’hâf- 
quebuses.  181 

Chap.  xvii.  Les  différences  des  playes 
faites  par  fléchés,  et  de  celles  qui  sont 
faites  par  harquebuses.  183 

Chap.  xviii.  De  la  différence  des  flé- 
chés et  dards.  Ib. 

Ciiap.  xix.  De  la  différence  des  par- 
ties blessées.  184 

Chap.  xx.  De  l’extraction  des  fléchés.  185 
Ciiap.  xxi.  Comment  il  faut  procéder 
pour  tirer  les  fléchés  rompues.  187 

CitAp.  xxn.  Ce  qu’il  faut  faire  si  la 
fléché  est  insérée  en  l’os.  188 

Chap.  xxm.  Des  blesseures  envehi* 
filées.  189 


LE  DIXIÉME  LIVRE , 

Traitant  des  contusions,  combustions  et 

gangrenés.  194 

ChApiMe  i.  Des  différences  des  con- 
tusions et  meurtrisseures.  Ib. 

Chap.  ii.  De  la  curation  vniuerselle 


DES  MATIÈRES. 


8o3 


Pages. 


des  grandes  et  énormes  contusions.  195 

Chap.  ni.  De  la  maniéré  de  traiter 
les  contusions  auec  playe.  198 

Ciiap.  iv.  Des  contusions  sans  playe.  199 
Chap.  v.  Des  moyens  d’obuier  aux 
menaces  des  gangrenés  qui  peuuent 
suiure  les  contusions.  200 

Chap.  vi.  MerUéilleux  accident  qui 
vient  aux  contuslonsfaitessurlCs  costes.  201 
Chap.  vii.  Digression  de  l’auteUr  tou- 
chant l’vsage  de  la  MUmle.  202 

Chap.  viii.  Des  combustions,  brus- 
leures , et  différences  d’icelles.  Ib. 

Chap.  ix.  Des  medlcamens  chauds  et 
attractifs , qui  ostent  la  douleur  et  in- 
flammation. 203 

ChaP.  x.  Qu’vne  profonde  brusleüre 
n’est  tant  douloureuse  qu’vne  superfi- 
cielle. 208 

Chap.  xi.  Des  gangrenés  et  mortifi- 
cations. 210 

Chap.  xii.  Des  causes  generales  de 
gangrené.  21 1 

Chap.  xiiî.  Des  causes  particulières 
de  gangrené.  îb. 

Chap.  xiv.  Des  causes  antecedentes 
de  gangrené.  212 

Chap.  xv.  Des  signes  de  gangrené.  215 
Ciiap.  xvi.  Du  prognostic  des  gan- 
grenés. 216 

Ciiap.  xvii.  De  la  cure  generale  de 
gangrené.  217 

CnAP.  xvm.  De  la  cüre  particulière 
de  gangrené.  218 

Chap.  xix.  Des  signes  des  mortifica- 
tions parfaites.  220 

Chap.  xx.  Du  lieu  où  il  faut  commen- 
cer l’amputatioii.  221 

Chap.  xxi.  Du  moyen  de  procéder  à 
la  section  du  membre.  222 

Chap.  xxii.  Des  moyens  pour  atrês- 
ter  le  flux  de  sang  quand  le  membre  est 
coupé.  224 

Ciiap.  xxiii.  Comment  il  faut  procé- 
der au  traitement  d’vn  membre  am- 
puté , le  flux  de  sang  arresté.  225 

Ciiap.  xxiv.  Ce  qu’il  faut  faire  s’il 
suruenoit  flux  de  sang,  à cause  d’vn 
des  susdits  vaisseaux  deslié.  226 

Chap.  xxv.  Des  medicamens[emplas- 
liques.  ü>. 


Pages 


Chap.  xxvi.  Digression  de  l’auteur 
fort  necessaire  à bien  considérer  lou- 
chant les  cautères  actuels,  desquels  on 
a vsé  iusques  ici  apres  l’amputation.  227 
Ciiap.  xxvii.  La  maniéré  de  poursui- 
ure  la  curation  du  membre  amputé.  230 
Ciiap.  xxviii.  Histoire  mémorable 
d’vne  mortification  aduenue  à un  sol- 
dat, auquel  le  bras  fut  coupé  à la  ioin- 
ture  du  coude.  233 

LE  ONZIÈME  LIVRE, 

Traitant  des  vlceres , fistules  et  hemor- 

rhoïdes.  240 

Chapitre  i.  De  la  définition  et  cause 
des  vlceres.  Ib. 

Ciiap.  ii.  Que  c’est  qu’il  faut  enten- 
dre par  ces  mots  Pus , Ichor,  Sanies  , 
Hordes,  Ros , Cambium  et  Gluten.  244 

CnAP.  iii.  Les  signes  des  vlceres.  245 

Ciiap.  iv.  Du  prognostic  des  vlceres.  Ib. 
Ciiap.  v.  De  la  curation  des  vlceres.  248 
Ciiap.  vi.  De  l’vlcere  intemperée.  250 

Chap.  vii.  De  i’vlcere  douloureuse.  252 

Ciiap.  viii.  De  l'vlccre  compliquée 
auec  supercroissance  de  chair.  Ib. 

CnAP.  ix.  De  Tvlcere  vermineuse  et 
putredineuse.  253 

Chap.  x.  De  l’vlcere  sordide.  254 

Chap.  xi.  Des  vlceres  virulentes,  cor- 
rodantes, cdcoethes  et  chironiens,  ou 
phagedeniques.  256 

Chap.  xii.  Aduertissement  au  ieune 
chirurgien,  touchant  la  distance  du 
temps  qu’il  faut  panser  les  vlceres  ca- 
coethes.  257 

Chap.  xiii.  Du  bandage  des  vlceres.  258 
Chap.  xiv.  Des  vlceres  en  particulier, 
et  premièrement  des  yeux.  259 

Ciiap.  xv.  Des  vlceres  du  nez,  en- 
semble de  la  punaisie  ou  mauuaise 
senteur  d’iceluy,  dites  des  Grecs  et  La- 
tins Uzœna.  260 


Chap.  xvi.  Des  vlceres  de  la  bouche.  261 
Ciiap.  xvii.  Des  vlceres  des  oreilles.  263 
Ciiap.  xviii.  Des  vlceres  de  la  tra- 
chée artere , œsophague,  estomach  et 
intestins.  ib. 

Chap.  xix.  Des  vlceres  des  reins  et  de 
la  vessie.  265 


8o4 


TABLE 


Page?. 


Ciiap.  xx.  Des  vlceres  de  la  matrice.  266 
CiiAP.  xxi.  Des  varices,  et  le  moyen 
de  les  couper.  568 

Ciiap.  xxii.  Des  fistules.  270 

Ciiap.  xxiii.  Cure  des  fistules.  27Ï 

Chap.  xxiv.  Des  fistules  du  fonde- 
ment ou  siégé.  573 

Chap.  xxv.  Des  hemorrhoïdes.  275 

LE  DOVZIÉME  LIVRE, 

Traitant  des  bandages.  277 

Chapitre  i.  Différence  des  bandes.  Ib. 

Chap.  h.  Indications  et  préceptes  ge- 
neraux pour  les  bandes  et  ligatures.  278 

Chap.  iii.  Trois  bandes  necessaires 
aux  fractures.  281 

Ciiap.  iv.  Des  bandages  des  fractu- 
res auec  playe.  283 

Chap.  y.  Préceptes  et  obseruations 
communes  pour  les  fractures  et  luxa- 
tions. 284 

Chap.  vi.  Vtilité  des  bandages.  285 

Ciiap.  vii.  Vsage  des  compresses.  286 

Ciiap.  viii.  Vsage  des  ferules,  astel- 
les , torches  et  quesses.  287 

Chap.  ix.  Des  laqs  et  liens.  292 

Ciiap.  x.  Les  accidensquiaduiennent 
par  trop  lier  et  serrer  les  parties  du  corps,  lb. 


LE  TREIZIÉME  LIVRE, 

Traitant  des  fractures  des  os.  294 

Chapitre  i.  Que  c’est  que  fracture,  et 
de  ses  différences.  Il>. 

Chap.  ii.  Des  signes  des  fractures.  297 

Ciiap.  iii.  Prognostic  des  fractures.  Ib. 

CnAP.  iv.  Cure  vniuerselle  des  frac- 
tures et  luxations.  300 

Chap.  v.  La  troisième  intention  est 
corriger  les  accidens.  304 

Ciiap.  vi.  De  la  fracture  du  nez.  305 

Ciiap.  vii.  De  la  fracture  de  la  mandi- 
bule inferieure.  307 

Ciiap.  viii.  De  la  fracture  de  l’os  cla- 
uiculaire  ou  furculaire.  308 

CnAP.  ix.  Delà  fracture  de  l’omoplate.  309 
Ciiap.  x.  De  la  fracture  ou  dépréssion 
du  sternum  ou  brechet.  310 

Chap.  xi.  De  la  fracture  des  costes.  312 

Chap.  xii.  Accidens  qui  suruiennent 


Pagts. 

des  costes  rompues.  314 

Ciiap.  xiii.  De  la  fracture  des  verte- 
bresou  roüelles de  l’espine.etde  sesapo- 
physes  ou  saillies.  315 

Chap.  xiv.  De  la  fracture  de  l’os  sa- 
crum. 316 

Chap.  xv.  De  la  fracture  de  l’os  du 
croupion,  ou  de  la  queue.  Ib. 

Chap.  xvi.  De  la  fracture  de  l’os  de 
la  hanche.  Ib. 

Chap.  xvii.  De  la  fracture  de  l’os  du 
bras  ou  adiutoire.  317 

Ciiap.  xviii.  De  la  fracture  de  l’os  du 
coude  et  du  rayon  , c’est  à dire  des 
deux  fociles  du  bras.  318 

Chap.  xix.  De  la  fracture  de  la  main.  320 
Ciiap.  xx.  De  la  fracture  de  la  cuisse 
faite  au  milieu  de  l’os.  321  • 

Chap.  xxi.  De  la  fracture  faite  près 
la  iointure  dudit  os.  325 

Chap.  xxii.  De  la  rotule  du  genoüil.  327 

Ciiap.  xxiii.  De  la  fracture  de  la 
iambe.  328 

Ciiap.  xxiv.  Ce  qu’il  faut  nécessaire- 
ment obseruer  aux  bandages , quand  il 
y a playe  auec  fracture.  332 

Chap.  xxv.  Comme  l’autheur  fut  traité 
ayant  esté  porté  en  son  logis  apres  le 
premier  appareil.  334 

Chap.  xxvi.  De  la  cause  des  tressail- 
lemens  aux  membres  fracturés.  336 

Chap.  xxvii.  Aduertissement  touchant 
les  parties  sur  lesquelles  est  appuyé  le 
malade  estant  couché  au  lit.  Ib. 

Ciiap.  xxviii.  Quels  remedes  furent 
appliqués  à Tvlcere  accompagné  d’apos- 
teme.  338 

Ciiap.  xxix.  Par  quels  signes  on  con- 
noistra  le  callus  se  faire.  340 

Chap.  xxx.Dcs  choses  qui  empeschenl 
la  formation  du  callus,  et  de  la  maniéré 
de  le  corriger  s’il  est  vitié.  343 

Ciiap.  xxxi.  Des  fomentations  qu’on 
fait  aux  fractures  des  os.  347 

Chap.  xxxii.  De  la  fracture  des  os  du 
pied.  Ib. 

LE  QUATORZIÈME  LIVRE, 

Traitant  des  luxations.  348 


Chapitre  I.  Description  et  enumera- 


DES  MATIERES 


8o5 


Papes. 


tion  des  luxations,  c’est-à-dire  delo- 
üeures  et  desboëttures  d’os.  348 

Chap.  h.  Différences  des  luxations.  349 
Cii ai*,  ni.  Causes  des  luxations.  lb. 

Ciiap.  iv.  Signes  vniucrsels  pourcon- 
noistre  les  deloüeures.  351 

Ciiap.  v.  Prognoslic  des  luxations.  lb. 

Chap.  vi.  Cure  vniuersclle  des  luxa- 
tions. 353 

Chap.  vii.  Description  de  quelques 
instrumens  seruans  aux  luxations.  354 

Chap.  viii.  Cure  particulière  des 
luxations,  et  particulièrement  de  la 
mandibule  inferieure.  357 

Chap.  ix.  Maniéré  de  réduire  la  man- 
dibule , lorsqu’elle  est  luxée  en  la  par- 
tie anterieure  des  deux  costés.  358 

Chap.  x.  Maniéré  de  réduire  la  man- 
dibule luxée  seulement  d’vn  costé.  359 

Ciiap.  xi.  De  la  luxation  de  l’os  cla- 
uiculaire  ou  jugulaire.  lb. 

Chap.  xii.  De  l’espine  luxée.  3G0 

Chap.  xiii.  De  la  luxation  delà  teste 
auec  la  première  vertebre  du  col.  361 

Chap.  xiv.  De  la  luxation  des  vertè- 
bres du  col.  lb. 

Chap.  xv.  De  la  luxation  des  vertè- 
bres du  dos.  362 

Ciiap.  xvi.  La  maniéré  de  réduire 
l’espine  luxée  en  la  partie  extérieure.  363 

Chap.  xvn.  Delà  luxation  des  verté- 
brés faite  de  cause  interne.  364 

Chap.  xviii.  Prognoslic.  365 

Chap.  xix.  De  la  luxation  de  l’os  coc- 
cyx, caudæ,  ou  queue.  366 

Ciiap.  xx.  De  la  luxation  des  costes.  367 
Chap.  xxi.  De  la  dépréssion  ou  enfon- 
ceure  du  sternum.  lb. 

Chap.  xxii.  De  la  luxation  de  l’es- 
paule.  368 

CnAP.  xxiii.  La  première  maniéré  de 
réduire  l’espaule,  auec  le  poing  ou  les 
doigts  ioints  ensemble.  369 


Chap.  xxiv.  Autre  manière  de  réduire 
l’espaule  auec  le  talon,  lorsque  le  ma- 
lade nesepourroit  tenir  droit  ny  assis.  371 
Chap.  xxv.  Autre  maniéré  de  réduire 
l’espaule.  372 

Chap.  xxvi.  La  cinquième  maniéré  de 
réduire  l’espaule  auec  vne  eschelle.  473 


Page». 


Chap.  xxvii.  Autre  maniéré  de  ré- 
duire l’espaule.  375 

CnAP.  xxvni.  La  maniéré  de  réduire 
l’espaule,  quand  la  luxation  est  faite  en 
la  partie  anterieure.  377 

Chap.  xxix.  De  la  luxation  de  l’es— 
paule  faite  en  la  partie  extérieure.  378 

Ciiap.  xxx.  De  la  luxation  faite  en  la 
partie  supérieure  de  l’espaule.  379 

Ciiap.  xxxi.  De  la  deloüeuredu  coude.  380 
Ciiap.  xxxii.  La  maniéré  de  réduire 
la  luxation  du  coude  faite  en  la  partie 
extérieure.  382 

Ciiap.  xxxiii.  Delaluxation  du  coude 
faite  en  la  partie  intérieure.  383 

Chap.  xxxiv.  De  la  luxation  incom- 
plète du  coude  faite  en  la  partie  supé- 
rieure ou  inferieure.  384 

Chap.  xxxv.  De  la  deloüeure  de  l’ex- 
tremilé  de  l’os  du  coude  appelée 
styloide,  qui  est  proche  du  carpe.  Ib. 

Chap.  xxxvi.  De  la  luxation  du  poi- 
gnet. 385 

Chap.  xxxvii.  De  la  luxation  des  os 
du  carpe.  386 

Ciiap.  xxxviii.  De  la  luxation  des  os 
du  métacarpe.  lb. 

Chap.  xxxix. De  laluxation  desdoigts,  lb. 
Ciiap.  xl.  De  la  luxation  de  la  hanche.  387 
Ciiap.  xli.  Prognostic  de  la  luxation 
de  la  hanche.  Ib. 

Chap.  xlii.  De  la  luxation  de  la  han- 
che faite  en  dehors.  389 

Ciiap.  xliii.  Les  signes  que  la  luxa- 
tion est  faite  en  dehors,  390 

Chap.  xuv.  De  la  luxation  faite  en 
deuant.  lb. 

Ciiap.  xlv.  De  la  luxation  faite  en 
derrière.  391 

Ciiap.  xlvi.  La  maniéré  de  réduire  la 
luxation  delà  cuisse  faite  en  dedans.  393 
Ciiap.  xlvii.  La  maniéré  de  réduire 
la  luxation  de  la  cuisse  faite  en  dedans, 
par  machines,  lorsque  la  main  du  chi- 
rurgien n’est  assez  suffisante.  394 

Chap.  xlviii.  La  maniéré  de  réduire 
la  luxation  de  la  cuisse  faite  en  dehors.  395 
Chap.  xlix.  La  manière  de  réduire  la 


luxation  de  la  cuisse  faite  en  deuant.  396 
Ciiap.  l.  La  maniéré  de  réduire  la 


8o  6 


TABLE 


Pages. 


luxation  de  la  cuisse  faite  en  derrière.  396 
Chap.  li.  De  la  luxation  de  la  rouelle 
du  genoüil.  Ib, 

Ciiap.  ni.  De  la  deloüeure  du  ge- 
noüil. 397 

Ciiap.  un.  De  la  luxation  du  genoüil 
faite  en  derrière.  Ib. 

CiiAr.  iiv.  De  la  luxation  du  genoüil 
faite  en  deuant.  398 

Çiiap.  lv.  De  la  luxation  et  disjonc- 
tion de  l’os  péroné,  autrement  dit  petit 
focile  de  la  iambe.  Ib. 

Ciiap.  lvi.  De  laluxation  du  grand  fo- 
cile auec  l’astragale.  399 

Chap.  lvii.  De  la  luxation  du  talon.  Ib, 


Ciiap.  lviii.  Des  accidens  qui  sur- 
viennent par  la  contusion  faite  au  talon.  400 
Ciiap.  lix.  De  la  luxation  de  l’os  as- 


tragale, c’est-à-dire  de  l’osselet.  401 

Ciiap.  lx.  De  la  luxation  des  os  du 
tarse,  et  du  pedium.  Ib. 

Ciiap.  lxi.  De  la  luxation  des  os  de 
la  plante  du  pied  et  des  orteils.  Ib. 

Ciiap.  lxii.  Des  complications  et  ac- 
cidens qui  peuuent  suruenir  à la  partie 
fracturée  ou  luxée,  Ib. 


LE  QVINZIÉME  LIVRE, 
Trailant  de  plusieurs  indispositions  et  ope- 
rations particulières  , appartenant  au 


chirurgien.  405 

Chapitre  i.  Do  l’alopecie.  Ib. 

Cuap.  ii.  De  la  teigne.  406 

Chap.  iii.  De  scotomie  ou  vertigo.  409 
Chap.  iv.  De  la  migraine.  410 

Ciiap.  v.  Des  maladies  et  indisposi- 
tions qui  aduiennent  aux  yeux.  412 

— Méthodique  division  et  dénom- 
brement des  maladies  qui  surviennent 
aux  yeux.  414 


Ciiap.  vi.  Explications  de  quelques 
maladies  particulières  contenues  en  la 
susdite  table  , et  premièrement  du 
moyen  de  rehausser  la  paupiore  su- 
périeure. 420 

Chap.  vii.  De  lagophthalmie  ou  œil 
de  liéure.  421 

Ciiap.  viii.  De  la  gresle  des  paupiè- 
res nommée  Chalazion  en  grec  : et  d’vn 
autre  vice  nommé  Hordeoltim.  422 


Page». 


Chap.  ix.  D’vne  substance  grasse  qui 
e couche  sous  la  paupière,  nommée 
Uydatis.  Ib. 

Chap.  x.  Des  paupières  prises  et  ioin- 
tes  ensemble.  423 

Chap.  xi.  Du  prurit  des  palpebres 
des  yeux.  424 

Chap.  xii.  Delà  lippitude  et  chassie.  425 

Chap.  xiii.  D’ophthalmie.  426 

Ciiap.  xiv.  De  l’œil  qui  chet  dehors, 
dit  proptosis.  427 

Ciiap.  xv.  De  vngula.  429 

Chap.  xvi.  Des  fistules  lacrymales, 
appelées  des  Grecs  JEgylops.  431 

Ciiap.  xvii.  Du  staphylome.  433 

Chap.  xviii.  De  l’œil  plein  de  ma- 
tière purulente,  dit  hypopyon.  Ib. 

Chap.  xix.  De  la  dilatation  de  la  pu- 
pille, appelée  des  anciens  Mydriasis.  434 
Ciiap.  xx.  Des  cataractes.  435 

Ciiap.  xxi.  Cure  des  cataractes.  436 

Ciiap.  xxii.  Signes  pour  connoistre  les 
cataractes  curables  ou  non.  437 

Ciiap.  xxii|.  Cure  des  cataractes  par 
l’œuure  de  main.  438 

Ciiap.  xxiv.  Du  conduit  de  l’oreille 
bouché  naturellement  ou  par  accident , 
et  des  choses  estranges  qui  y tombent 
dedans.  442 

Chap.  xxv.  La  maniéré  de  tirer  les 
arestes  et  autres  choses  estranges  qui 
s’attachent  à la  gorge.  443 

Chap.  xxvi.  De  la  douleur  des  dents.  Ib. 
Ciiap.  xxvii.  De  plusieurs  indisposi- 
tions qui  aduiennent  aux  dents.  448 

Chap.  xxviii.  Les  instrumens  propres 
pour  arracher  et  rompre  les  dents.  45J 

Chap.  xxix.  De  la  limosité  ou  roüil- 
leure  des  dents,  et  la  maniéré  de  les 
conseruer.  454 

Ciiap.  xxx.  De  l’empeschement  et  ré- 
traction de  la  langue.  455 

Chap.  xxxi.  Des  doigts  superflus  et  de 
ceux  qui  sont  ioints  ensemble.  456 

Ciiap.  xxxii.  La  maniéré  d’habiller  le 
prepuce  trop  court,  et  des  retaillés.  458 

Ciiap.  xxxiii.  Du  prepuce  si  serré 
qu’on  ne  peut  descouurir  le  gland,  dit 
phymosis  et  paraphymosis.  458 

Ciiap.  xxxiv.  De  ceux  qui  n’ont  pas 


DES  MATIERES. 


Pages. 


de  trou  au  bout  du  gland,  ou  qui  l’ont 
au-dessous,  et  qui  ont  le  ligament  de 
la  verge  trop  court.  4C0 

Ciiap.  xxxv.  De  la  cause  des  pierres.  4Gi 
Chaf.  xxxvi.  Des  signes  des  pierres 
és  reins  et  de  la  vessie.  462 

Chap.  xxxvii.  Du  prognostic  des  pier- 
res. 464 

Ciiap.  Xxxym.  De  la  cure  preserua- 
tiue.  467 

Chap.  xxxix.  Des  moyens  de  secourir 
celuy  qui  auroit  vne  pierre  dans  l’vn 
des  vreteres,  descendue  du  rein.  470 

Chap.  xl.  Comme  il  faut  procéder  à 
la  guérison  de  la  pierre,  estant  des- 
cendue dans  la  vessie.  472 

Chap.  xli.  De  la  pierre  estant  au 
conduit  de  la  verge,  ou  au  col  de  la 
vessie.  473 


Chap.  xui.  Des  moyens  qu’il  faut 
vser  pour  tirer  par  incision  vne  pierre 
arrestée  au  conduit  de  l’vrine,  que  l’on 
n’aura  peu  extraire  par  les  voyes  sus- 


dites. 474 

Chah,  xliii.  Comment  il  faut  traiter 
la  playe,  l’incision  faite.  475 

Chap.  xliv.  De  la  maniéré  de  tirer 
par  incision  les  pierres  qui  sont  dans  la 
vessie  d’vn  petit  enfant  masle.  Ib. 

Chap.  xlv.  De  la  maniéré  d’extraire 
les  pierres  aux  hommes,  qu’on  appelle 
le  grand  et  haut  appareil.  478 

Ciiap.  xlvi.  Comment  il  faut  penser 
la  playe , la  pierre  estant  tirée.  489 

Chap.  xlvii.  De  la  situation  que  l’on 
doit  donner  au  patient , l’operation 
jaite.  491 

Ciiap.  xlviii.  Comment  il  faut  traiter 
la  playe  faite  par  incision.  492 

Ciiap.  xlix.  Des  moyens  de  guérir  les 
vlceres  par  lesquels,  long  temps  apres 
l’extraction  de  la  pierre,  l’vrine  passe 
encore.  493 

Chap.  l.  La  maniéré  de  tirer  les  pier- 
res aux  femmes.  495 

Chap.  u.  De  la  suppression  ou  réten- 
tion d’vrine  par  causes  intérieures.  497 
Chap.  lii.  Discours  del’autheur,  du 
sang  et  pus  qui  peuuent  estre  euacués 
par  les  vrines.  498 


807 

Pages. 


Chap.  lui.  Des  causes  extérieures  de 
la  rétention  de  l’vrine.  504 

Ciiap.  liv.  Du  prognostic  de  la  réten- 
tion de  l’vrine.  lb. 

Chap.  lv.  De  l’vrine  sanglante  et  pu- 
rulente. 505 

Ciiap.  lvi.  Des  signes  des  vlceres  aux 
reins.  506 

Ciiap.  lvii.  Des  vlceres  en  la  vessie  , 
et  des  signes  d’icelles.  lb. 

Chap.  lviii.  Du  prognostic  des  vlceres 
des  reins  et  de  la  vessie.  507 

Chap.  lix.  De  la  curation  de  la  réten- 
tion d’vrine.  lb. 

Chap.  lx.  De  diabetes  et  strangurie.  510 
Chap.  lxi.  Des  causes  de  diabetes.  511 
Chap.  lxii.  Des  causes  de  strangurie.  II». 
Ciiap.  lxiii.  Des  signes  et  prognostic 
de  diabetes.  lb. 

Chap.  lxiv.  De  la  cure  de  diabetes.  512 
Chap.  lxv.  De  la  cure  de  strangurie.  513 
Ciiap.  lxv.  De  la  colique.  lb. 

Chap.  lxvi.  Que  c’est  que  saignée.  519 
Cjiap.  lxvii.  Le  moyen  de  bien  faire 
la  saignée.  521 

Ciiap.  lxviii.  Des  ventouses.  522 

Chap.  lxix,  Des  sangsues,  et  le  moyen 
d’en  vser.  524 


LE  SEIZIÈME  LIVRE, 

Traitant  de  la  grosse  verolle,  dite  mala- 
die venerienne , et  des  accidens  qui  ad- 


uiennent  à icelle.  526 

Av  lectevb.  lb. 

Chapitre  i.  Description  de  la  verolle.  527 
Chap.  ii.  Des  causes  de  la  verolle.  528 
Chap.  iii.  En  quel  humeur  le  virus 
verolique  est  enraciné.  530 

Ciiap.  iv.  Signes  de  la  verolle.  531 

Chap.  v.  Du  prognostic.  532 

Chap.  vi.  Quelles  choses  il  faut  sça- 
uoir  et  entendre  pour  entrer  en  la  cure 
de  la  verolle.  534 

Chap.  vii.  Des  moyens  de  curer  la  ve- 
rolle, ensemble  du  bois  de  gaiac,  535 

Ciiap.  viu.  La  maniéré  de  préparer  la 
décoction  de  gaïae.  537 

Ciiap.  ix.  La  seconde  maniéré  de  cu- 
rer la  verolle,  par  frictions.  540 


8o8 


TABLE 


Pages. 

Chap.  x.  De  l’election,  préparation  et 
mixtion  de  l’argent  vif.  541 

Chap.  xi.  La  forme  d’executer  ladite 
friction.  543 

Chap.  xii.  Le  temps  de  la  friction.  544 

Ciiap.  xiii.  De  la  troisième  curation, 
par  ceroines  ou  emplastres , vicaires 
de  la  friction.  547 

Chap.  xiv.  La  quatrième  maniéré  de 
curer  la  verolle  par  parfums.  551 

Chap.  xv.  Curation  des  symptômes 
ou  accidens  de  la  maladie  venerienne 
ou  verolle  : et  premièrement  des  vlceres 
de  la  verge.  552 

Chap.  xvi.  En  quoy  différé  la  gonor- 
rhée de  la  chaude-pisse.  555 

Chap.  xvii.  De  l’ereclion  et  tension 
continue  du  membre  génital.  55G 

Chap.  xviii.  Des  causes  de  la  chaude- 
pisse,  et  différences  d’icelle.  557 

Chap.  xix.  Du  prognostic  des  chaudes- 
pisses.  559 

Chap.  xx.  Sommaire  de  la  cure  de  la 
gonorrhée.  5G0 

Ciiap.  xxi.  Curation  generale  de  la 
chaude-pisse.  561 

Chap.  xxii.  Curation  particulière  de 
la  chaude-pisse.  562 

Chap.  xxiii.  Des  carnosités  qui  s’en- 
gendrentdansle  conduitdel’vrine  apres 
aucunes  chaudes-pisses.  564 

Chap.  xxiv.  Des  signes  des  carnosités.  565 
Ciiap.  xxv.  Du  prognostic  des  carno- 
sités , et  de  la  cure  d’icelles.  5G6 

CnAP.  xxvi.  Cure  particulière  des 
carnosités.  567 

Chap.  xxvii.  De  quels  remedes  faut 
vser  si  lesdites  carnosités  tiennent  de 
la  verolle,  ensemble  de  leur  cure.  568 

Ciiap.  xxviii.  Des  remedes  conuena- 
bles  pour  cicatriser  les  vlceres  apres 
l’ablation  des  carnosités.  576 

Ciiap.  xxix.  Des  bubons  ou  poulains 
veneriens.  578 

Ciiap.  xxx.  Des  exostoses,  tophes,  ou 
nodus  venant  du  virus  verolique.  579 

Chap.  xxxi.  Des  causes  pourquoy  l’os 
s’altere  et  pourrit,  et  des  signes  pour 
le  connoistre.  580 

Ciiap.  xxxii.  Des  moyens  de  procéder 


Pjges 

à la  séparation  des  os  carieux.  582 

Ciiap.  xxxui.  Des  cautères  actuels  et 
potentiels.  588 

Chap.  xxxiv.  Du  mal  qui  aduientdes 
cautères  actuels  indeuëment  appliqués, 
et  quels  remedes  il  faut  mettre  apres 


l’vsage  d’iceux.  591 

Ciiap.  xxxv.  De  la  potion  vulnéraire.  593 
Chap.  xxxvi.  Des  dartres  ou  scissures 
serpigineuses.  597 

Chap.  xxxvii.  De  la  maladie  vene- 
rienne ou  grosse  verolle  qui  suruient 
aux  petits  enfans.  598 

Ciiap.  xxxviii.  Description  de  l’eau 
theriacale.  599 

Ciiap.  xxxix.  De  la  puanteur  d’ha- 
leine , des  aiscelles,  et  des  pieds , et  de 
la  sueur  vniuerselle.  600 

Chap.  xl.  De  la  surdité  des  oreilles. 
Question  problématique , à sçauoir  qui  est 
la  cause  de  surdité.  601 


LE  DIX-SEPTIÈME  LIVRE, 

Traitant  des  moyens  et  artifices  d’adious- 
ter  ce  qui  defaut  naturellement  ou  par 
accident.  603 


Chapitre  i.  Le  moyen  d’auoir  un  œil 
artificiel.  Ib. 

Ciiap.  ii.  Le  moyen  de  contrefaire 
vn  nez  par  artifice.  605 

Chap.  ni.  La  maniéré  d’accommoder 
des  dents  artificielles.  606 

Chap.  iv.  Le  moyen  d’adapter  vn  in- 
strument au  palais  pour  rendre  la  pa- 
role mieux  formée.  607 

Ciiap.  v.  Le  moyen  de  secourir  ceux 
qui  auroient  la  langue  coupée,  et  les 
faire  parler.  608 

Chap.  vi.  Le  moyen  de  reparer  le 
vice  de  la  face  défigurée.  610 

Ciiap.  vu.  De  l’oreille  perdue.  Ib. 

Chap.  vin.  De  ceux  qui  sont  voûtés, 
ayant  l’espine  courbée.  611 


Ciiap.  ix.  De  ceux  qui  iettent  leur 
vrine  inuolontairement , et  le  moyen 
desuruenir  à ceux  qui  ont  la  verge 
perdue. 

Ciiap.  x.  L’artifice  de  mettre  un  pou- 
cierou  doigtier. 


613 


DES  MATIÈRES. 


Pages. 

Cn ap.  xi.  Du  vice  des  ïambes  dont 
les  malades  sont  appellés  vari  et  valgi, 
et  des  iambes  trop  gresles.  613 

Ciiap.  xii.  Les  moyens  d’accommoder 
des  mains  , bras  et  iambes  artificielles, 
au  lieu  de  ceux  qui  auront  esté  coupés.  615 
Ciiap.  xiii.  Le  moyen  de  faire  aller 
droit  une  personne  qui  seroit  boiteux  à 
raison  de  l’accourcissement  de  laiambe.  621 

LA  MANIERE  DE 

Extraire  les  encans  tant  mors  que  viuans 
hors  le  ventre  de  lu  mare  , lors  que  Na- 
ture de  soy  ne  peut  venir  à son  ejfecl.  623 

LE  DIX-HVITIÉME  LIVRE, 


Traitant  de  la  génération  de  l’homme  , 
recueilli  des  anciens  et  modernes.  633 

PREFACE.  Ib. 

Chapitre  i.  Pourquoy  les  parties  ge- 
neratiuessontaccompagnées  d’vn  grand 
plaisir.  635 

Ciiap.  ii.  De  quelle  qualité  est  la  se- 
mence dont  est  engendré  le  masle  et 
la  femelle.  637 

Chap.  ni.  Pourquoy  les  femelles  des 
besles  brutes,  apres  estre  empreintes', 
ne  désirent  plus  de  s’accoupler  aux 
masles.  639 

Ciiap.  iv.  La  maniéré  d’habiter  et 
faire  génération.  640 

Chap.  v.  Les  signes  que  la  femme 
aura  conceu,  et  est  grosse  d’enfant.  642 

Chap.  vi.  Comment  la  matrice  se  res- 
serre si  tost  que  la  semence  y est  iettée 
et  retenue.  644 

Chap.  vu.  De  la  génération  du  nom- 
bril. 646 

Chap.  viii.  Des  vaisseaux  qui  sont  au 
nombril  de  l’enfant.  648 

Chap.  ix.  De  l’ebullition  des  semen- 
ces en  la  matrice,  et  des  trois  ampoulles 
qui  sont  les  lieux  des  trois  membres 


principaux,  à sçauoir  le  foye,  le  cœur 
et  le  cerueau.  649 

Chap.  x.  De  la  troisième  ampoulle 
où  la  teste  se  forme.  650 

Chap.  xi.  De  l’ame.  652 

Chap.  xii.  Des  excremens  naturels, et 


8°9 

Poges. 


de  ceux  que  iette  l’enfant  en  la  matrice 
de  sa  mere.  661 

Chap.  xiii.  Comment  l’enfant  estant 
à terme  s’efforce  de  sortir  hors  du  ven- 
tre de  sa  mere,  et  de  sa  natiuité.  664 
Chap.  xiv.  De  la  situation  de  l’enfant 
au  ventre  de  la  mere.  669 

Chap.  xv.  Du  temps  commode  ou  in- 
commode de  la  natiuité  de  l’enfant.  671 
Chap.  xvi.  Des  signes  à la  femme  de 
bien  tost  enfanter.  673 

Chap.  xvii.  Ce  qu’il  faut  à faire  l’enfant 
subit  qu’il  est  né.  676 

Chap.  xviii.  Delà  manière  d’extraire 
l'arriere-faix  apres  l’enfantement.  68 1 

Chap.  xix.  Ce  qu’on  doit  bailler  à 
l’enfant  par  la  bouche  deuant  que  luy 
donner  à teter.  682 

Chap.  xx.  De  l’election  d’vne  bonne 
nourrice.  683 

Ciiap.  xxi.  De  quelle  qualité  doit  es- 
tre choisie  la  nourrice.  684 

Ciiap.  xxii.  De  l’aage  de  la  nourrice.  685 

Chap.  xxiii.  De  l’habitude  du  corps 
de  la  nourrice.  Ib. 

Chap.  xxiv.  Des  mœurs  delà  nourrice.  686 
Chap.  xxv.  Des  mammelles  et  de  la 
poitrine  de  la  nourrice.  687 

Ciiap.  xxvi.  De  la  nature  du  laict  de 
la  nourrice.  688 

Ciiap.  xxvii.  De  la  distance  du  temps 
que  la  nourrice  a enfanté,  et  du  sexe 
de  son  enfant.  689 

Ciiap.  xxviii.  Du  régime  de  la  nour- 
rice, et  comme  elle  doit  coucher  l’enfant.  Ib. 

Chap.  xxix.  Comme  l’on  doit  accous- 
trer  la  boüillie  du  petit  enfant.  691 

Chap.  xxx.  En  quel  temps  il  faut  se- 
vrer l’enfant.  694 

Chap.  xxxi.  Les  signes  pour  connois- 
tre  si  l’enfant  est  mort  ou  viuant  au  ven- 
tre de  la  mere.  696 

Ciiap.  xxxii.  De  la  maniéré  de  bien 
situer  la  femme  pour  lui  extraire  l’en- 
fant. 701 

Ciiap.  xxxiii.  De  la  maniéré  de  tirer 
les  enfans  hors  du  ventre  de  la  mere , 
tant  morts  que  viuans.  702 

Ciiap.  xxxiv.  Ce  qu’il  faut  bailler  à la 
femme  subit  qu’elle  est  accouchée , et 


8io 


TABLE 


Pages. 


ce  qu’il  Iuy  conuient  faire.  706 

Chap.  xxxv.  Ce  qu’il  faut  faire  aux 
tetins  de  la  nouuelle  accouchée.  709 

Chap.  xxxvi.  Des  causes  de  la  diffi- 
culté d’enfanter.  711 

Chap.  xxxvii.Des  causes  de  l’auortc- 
ment  des  femmes.  713 

Chap.  xxxviii.  Des  moyens  de  surue- 
riir  à l’enfant,  la  mere  morte.  716 

Chap.  xxxix.  be  la  superfétation, 
c’est-à-dire  conception  réitérée  ou  sur- 
engëiidrée.  719 

Chap.  xl.  De  la  mole  engendrée  en 
la  matrice,  appeilée  des  femmes  mau- 
tiàis  germe.  722 

Chap.  xli.  Des  signes  pour  connois- 
tre  vne  mole  d’auec  vn  enfant.  723 

Chap.  xlii.  Cure  de  la  mole  lorsqu’elle 
n’est  pas  encore  trop  grosse.  727 

Chap.  xuu.  De  la  stérilité  qui  est  de- 


faut d’engendrer  aux  hommes,  de  leur 
impuissance,  de  froidure  et  maléfice.  730 
Chap.  xliv.  De  la  stérilité  ou  fécon- 


dité des  femmes.  733 

Chap.  xlv.  Les  signes  de  la  matrice 
inlemperée.  737 

Chap.  xlvi.  De  la  précipitation  ou 
peruersion  de  la  matrice , c’est-à-dire 
tombée  ou  renuersée  hors  de  son  lieu 
naturel.  739 

Chap.  xlvu.  Cure  de  la  précipitation 
de  la  matrice.  740 

CnAP.  xlviii.  Comme  il  faut  situer 
la  femme,  lorsque  la  matrice  est  grande- 
ment tombée  hors  la  nature  de  la 
femme.  741 

Chap.  xlix.  De  la  membrane  appei- 
lée hymen.  747 

Chap.  l.  Histoire  mémorable  de  lean 
Wier,  de  la  membrane  appeilée  hymen.  749 
CnAP.  li.  be  phimon.  750 

CnAP.  lu.  De  la  suffocation  de  la  ma- 
trice, appeilée  des  femmes  le  mal  de  la 
mere,  et  de  ses  causes.  Ib. 

Chap.  liii.  Les  signes  que  tost  la 
femme  aura  suffocation  de  matrice.  753 

Chap.  liv.  Les  signes  pour  connois- 
tre  si  une  femme  est  morte  ou  non  par 
vne  suffocation  de  matrice.  754 

Chap.  lv.  Des  différences  de  suffo- 


t 


Pages. 


cation  de  matrice.  755 

Chap.  lvi.  Les  signes  pour  connoislre 
si  lasufi'ocalion  vient  par  la  semence  re- 
tenue et  corrompue,  et  non  du  sang 
menstrüal,  756 

Chap.  lviI.  La  cure  de  la  suffoca- 
tion de  matrice,  Ib* 

Chap.  lvui.  Du  flux  menstrüal  des 
femmes.  7G1 

Ciiap.  lix.  Pourquoy  nature  a fait 
que  la  femme  a vn  flux  menstrüal.  763 


Chap.  lx.  La  cause  des  menstrues 
aux  femmes.  Ib. 

Chap.  lxi.  Des  causes  pourquoy  le 
flux  menstrüal  est  retenu  aux  femmes.  764 
Ciiap.  lxii.  Les  signes  et  prognostic 
que  les  menslrues  sont  retenues , et  les 
maladies  et  accidens  qui  en  adulen- 
nent.  7G^ 

Ciiap.  lxiii.  Des  moyens  pour  pro- 
uoquer  le  flux  menstrüal  aux  femmes.  767 

Chap.  lxiv.  Les  signes  que  les  mois 
veulent  couler  aux  femmes  et  tilles.  769 

Chap.  lxv.  Les  accidens  qui  viennent 
au  flux  du  sang  menstrüal  immodéré.  772 
Chap.  lxvi.  Les  moyens  d’arrester  le 
flux  menstrüal  excessif,  Ib. 

Chap.  lxvii.  Les  remedes  particuliers 
qu’on  doit  appliquer  en  la  matrice  pour 
estancher  le  flux  de  sang  immodéré.  773 

Ciiap.  lxviii.  Du  flux  muliebre  , ou 


fleurs  blanches.  77 

Ciiap.  lxix.  Causes  des  fleurs  blan- 
ches. 777 

Chap.  lxx.  Cure  du  flux  muliebre,  ou 
fleurs  blanches.  Ib- 

CnAP.  lxxi.  Des  pâlies  couleurs.  779 

r.nAP.  r xxn.  Du  battement  de  cœur.  7S0 


Chap.  lxxiii.  De  boursoufleure.  Ib. 

Ciiap.  lxxiv.  De  l’appetit  corrompu 
et  depraué.  Ib. 

Chap.  lxxv.  De  nausée  et  vomisse- 
ment. 781 

Ciiap.  lxxvi.  Des  frissons  et  rigueurs.  1b. 

Ciiap.  lxxvii.  Des  soupirs,  gemisse- 
mens  et  ris.  782 

CnAP.  Lxxviu.  Des  resueries.  Ib. 

Chap.  lxxix.  De  l’espauoüissement.  783 

Chap.  lxxx.  De  la  fiéure  erratique.  Ib. 

Chap.  lxxxi.  De  soif  et  alteration.  784 


DBS  MATIÈRES, 


8 1 1 


Pages. 


Chap.  lxxxii.  Du  veiller.  Ib. 

Chap.  lxxxiii.  Cure.  Ib. 

Chap.  lxxxiv.  Des  hemorrhoïdes  qui 
naissent  au  col  de  la  matrice.  785 

Chap.  lxxxv.  Des  verrues  qui  vien- 
nent au  col  de  la  matrice.  786 

Chap.  lxxxvi.  De  thym , espece  de 
verrue  qui  vient  au  col  de  la  matrice.  787 
Chap.  lxxxvii.  Des  rhagadies  et  con- 
dylomes. 790 

Chap.  lxxxviii.  Du  prurit  de  la  ma- 
trice. Ib. 

Chap.  lxxxix.  De  l’bydropisie  de  la 
matrice.  791 


Pages. 


Chap.  xc.  De  l’inflation  de  la  ma- 
trice. 792 

Chap.  xci.  Des  pierres  et  sables  con- 
tenus en  la  matrice.  Ib. 

Chap.  xcii.  Du  col  de  la  matrice 
trop  large,  trop  ouuert  et  trop  lu- 
brique. 793 

CnAp.  xciii.  De  la  relaxation  du  gros 
intestin  qui  se  fait  aux  femmes.  794 

Chap.  xciv.  De  la  relaxation  et  en- 
fleure  du  nombril , qui  se  fait  aux  en- 
fans.  795 

Chap.  xcv.  De  la  douleur  des  dents 
des  petits  enfans.  Ib. 


FIN  DE  LA  TABLE  DU  TOME  DEUXIÈME 


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